Waterworld - Kevin Reynolds (film) / Max Allan Collins (novellisation)
Les Québécois, toujours plus attachés à la place du français face à l'anglais que nous autres Français de France, ont traduit Waterworld par Un monde sans terre lorsque le film portant ce titre est sorti en 1995. Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais (peut-être) vous faire découvrir que, outre le film, une novellisation (sans doute moins connue) en avait été tirée à l'époque.
Kevin Reynolds, Waterworld, 1995, 136 minutes
Novellisation: Max Allan Collins (d'après le scénario de Peter Rader et David Twohy [page de couverture] / d'après un scénario de Marc Norman, sur une idée de Peter Rader [page de titre]),
Pocket N°4443, 1995, 253 pages (traduit par Anita Potier)
Commençons par le livre. Je suppose que les divergences de crédit ci-dessus portent sur le fait que les uns concernent spécifiquement le film et les autres sa novellisation... La surface de notre planète Terre, dans un avenir indéterminé, n'est plus qu'un océan salé. Dès le début du livre, deux pages de "prologue" à la première personne rappellent un peu le traitement de Mad Max 2 Le défi (évoquant un personnage devenu un mythe). Les quatre pages du chapitre I nous présentent celui-ci et son embarcation, un trimaran de quarante pieds fait de bric et de broc (aluminium, plastique, fibre de verre...) à bord duquel, manifestement, il passe toute sa vie. Son environnement? D'autres "navigateurs solitaires", des "communautés" à l'ancre sur des points plus ou moins fixes (les deux qu'on voit successivement sont une sorte d'atoll comportant des dizaines de membres [couverture / affiche!], ou une "plateforme" plus restreinte), et des méchants pillards qui traquent une fillette. Celle-ci porterait un tatouage permettant d'atteindre un lieu mythique: la terre ferme, "Dryland". Naturellement, la route du Marin va croiser celle de la fillette (et de sa mère adoptive).
On remarque assez vite que cette version écrite est parfois édulcorée. Ainsi, la scène muette où le Marin envoie un dernier signe au "pilleur de citron", dont il vient d'endommager le navire, avant qu'on entende un cri d'agonie, devient: "se retournant pour regarder le capitaine déconfit, dont le voilier commençait à sombrer, sa grand-voile claquant inutilement sur le pont, le Marin lui décocha un regard noir tout en pointant sur lui un doigt vengeur. (...) Tu n'aurais pas dû me voler les citrons, dit le Marin à voix haute".
On a par contre l'avantage que le livre, d'autres fois, apporte davantage de précision narrative. Dans la "novellisation", le personnage costaud (au final plutôt sympathique) qui s'oppose au lynchage sans jugement du Marin est expressément qualifié comme "L'Exécuteur" (!) de la communauté (atoll artificiel) où il assure le rôle de chef des "forces de l'ordre" (milice, pour la police intérieure ou la défense extérieure...).
Le livre insiste aussi sur le fait que les "communautés" flottantes étaient jadis bien plus nombreuses et que leur univers est plutôt en extinction. Le chapitre VII nous donne un certain nombre d'informations sur "l'ingénieur" de l'atoll. Mais malgré tout son savoir, lui aussi cherche Dryland, et il laisse le Marin en fâcheuse posture...
Ses principaux antagonistes sont puissants (et motorisés de surcroit). Je ne vais pas tout vous dire des nombreuses péripéties. Au trentième chapitre (p.244), quelques personnes arriveront à rejoindre, par les airs, la terre ferme. Les origines du mythe, peut-être un endroit où reprendre racine pour une poignée de rescapés? Mais cette vie (polyculture-élevage?) ne conviendra peut-être pas à tout le monde, notamment à qui s’est adapté à la vie aquatique en tirant profit de ce que dissimulent les profondeurs…
J'inscris ce livre pour le Book trip en mer (saison 3) de Fanja. Je pense que cette uchronie concernant quelques survivants sur une Terre submergée peut compter comme "planet opéra" pour le [XVIIe] Summer Star Wars Grogu chez Lhisbei.
Je précise que j'en ai aussi publié une (courte) présentation dans le cadre du système de prêt de livres de l'AMAP dont je fais partie...
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Pour cette double chronique, j'ai revu pour la (troisième - ou quatrième fois?) ce "film à grand spectacle" (sur petit écran, ça reste impressionnant). Je me souviens que j'ai toujours trouvé génial, dès les premières secondes, comment le logo "Universal" bien connu pour sa course autour de notre planète terre, laisse place à une planète submergée. Mais je me souviens aussi avoir regretté, à une époque où le grand public n'avait pas vraiment la conscience aiguisée sur les impacts à venir du réchauffement climatique (élévation du niveau des océans et submersion de certaines terres à basse élévation...), qu'il ne nous soit pas montré d'autres sources possibles de cette eau: "bombardement" par des nuées de comètes (une des hypothèses possibles sur l'apparition de l'eau sur terre) ou des "chondrites", éruptions volcaniques générant d'une manière ou d'une autre de la vapeur d'eau (à partir de celle piégée dans le Manteau ou encore plus bas...).
En tout cas, bien évidemment, le livre ne peut pas restituer la magie de certains instants à l'écran. Mais ce ne sont pas forcément les scènes - spectaculaires - de combat qui m'ont le plus marqué. Plutôt les (nombreuses) touches d'humour noir. Je pense par exemple au "mitrailleur fou", aveugle et sourd au reste du monde dans le fracas de ses mitrailleuses 12,7 (calibre ".50", pour les Anglo-saxons) quadruplées, même si ses cibles changent sournoisement... Ou l'enthousiasme manipulé des centaines de galériens du pétrolier Valdez (quand celui-ci se met en marche, c'est pour moi, à chaque fois, un moment "wahou!"), regonflés à bloc "pour un mois au moins!".
Dans le film, il y a rarement des explications verbeuses, nous avons plutôt des faits et des dires bruts et brutaux. Ainsi, la longue scène sans paroles où nous voyons un trimaran immobile et d'aspect inoffensif se transformer, à l'aide d'une brise opportune mais surtout d'aménagement suffisamment astucieux pour être manoeuvrés par un seul homme (contrepoids, poulies, leviers...), en une "bête de concours" toutes voiles dehors. Après, chaque arme a son utilité, et il n'est pas toujours opportun d'envoyer un harpon attaché par un filin incassable sur une cible trop puissante... [occasion de citer un tout autre film: "on la puissance de feu d'un croiseur et des flingues de concours" - si ma mémoire est bonne... (1)].
Si j'ai bien compris, à sa sortie, le film a déçu au Box-office américain (il est fort loin d'avoir rapporté le triple de son budget de 175 millions de dollars - ce qui semble la norme pour qu'Hollywood parle de "succès"?). Le cinéaste n'avait sans doute pas suffisamment pris en compte les avertissements de Steven Spielberg qui se rappelait les déboires entraînés par le tournage des séquences en pleine mer pour Les dents de la mer...
(1) Vous aviez reconnu Les tontons flingueurs...