Nous voici arrivés à Vaison la Romaine où on est accueilli par le chant des cigales. Cela en est presque assourdissant. On les a surtout entendues près du logement où nous sommes restés quatre jours et on avait une très belle vue sur le mont Ventoux.
Vaison-la-Romaine est connue pour son pont romain construit au 1er siècle de notre ère, le seul pont qui a résisté à la crue de l'Ouvèze en 1992. Seul son parapet construit ultérieurement n'a pas tenu.
Vaison-la-Romaine est aussi connue pour ses vestiges romains. Il y deux sites principaux : le site de la Villasse (qui se visite librement) et celui de Puymin où des visites guidées sont organisées. Au sein de ce site, il y a un théâtre antique qui pouvait accueillir 7000 personnes (on n'a pas pu le voir car il y avait la répétition d'un concert) et un musée archéologique très intéressant où sont rassemblés des vestiges trouvés sur place. Il y a en particulier une mosaïque au paon magnifique.
Le site de Puymin était un quartier de la ville antique où se trouvaient des maisons privées.
Sur le site de la Villasse, il y avait la place principale de la ville antique, des boutiques et des thermes.
En début de soirée, Ta d loi du cine est monté vers la Haute-ville qui domine la vallée mais il n'a pas pris l'appareil photo.
Nous avons eu un temps exceptionnel pendant ces quatre jours. La suite dans un prochain billet.
Les livres que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais présenter aujourd'hui représentent deux "histoires de planètes" dans lesquels sont assez peu présents vaisseaux spatiaux ou combats à coup de laser ou même d'épée... même si je vais quand même considérer qu'ils peuvent rentrer dans la catégorie "planet opéra". Ils ont aussi pour caractéristique de dater des débuts de la seconde moitié du XXe siècle.
Brian W. Aldiss, Le monde vert, J'ai lu SFF N°520, 303 p., 1974 (EO 1962)
Murray Leinster, La planète oubliée, J'ai lu SF N°1184, 191 p., 1981 (EO 1954, "fix-up composé à partir de trois nouvelles datant respectivement de 1920, 1921 et 1953" *)
Citation introductive: "Obéissant à une loi inéluctable, toutes choses croissaient, se développaient dans le désordre et l'étrangeté. La chaleur, la lumière, l'humidité étaient constantes. Elles l'étaient depuis... personne ne savait depuis combien de temps. "Depuis quand...?" "Pourquoi...?" C'étaient là des questions que nul n'avait plus l'idée de poser. réfléchir n'avait plus de sens. Dans ce monde, un seul problème se posait: croître. C'était le règne du végétal. C'était un monde qui ressemblait à une serre." Ainsi débute Le monde vert.
Sur cette terre en décadence, une pauvre humanité survit avec ses règles et ses superstitions. Parmi les enfants de la tribu, peu atteindront l'âge adulte, et les enfants-hommes ne sont pas bien nombreux non plus, sous la tutelle de la femme-chef... Les végétaux ont quasiment acquis une vie autonome, et sont une menace permanente. Carnivores, parasites psychiques... Bien des pièges seront à déjouer avant que Gren, l'enfant-homme, le héros, une fois fait le voyage vers la lune, en revienne, constate que même les descendants de nos chiens ou chats peuvent paraître bénéficier d'un sort privilégié, et fonde famille... pour un avenir modérément optimiste?
Au second, maintenant. Je me souviens que lorsque j'avais acheté cet autre livre J'ai lu, il y a une vingtaine d'années, je cherchais en fait à retrouver un vieux "bibliothèque verte" lu dans ma jeunesse (et, en vrai, titré La planète ignorée). Mais ceci est une autre histoire.
La planète oubliée: une planète stérile, sans aucune trace de vie... Des vaisseaux humains, au fil des millénaires, la répertorient, l'ensemencent avec des micro-organismes unicellulaires, puis un peu plus complexes (champignons, levures...), puis des insectes. Un dernier vaisseau apporte poissons et plantes. Mais l'ultime apport prévu (oiseaux, mammifères) n'aura pas lieu, car la fiche de la planète est purement et simplement perdue! Un jour, les survivants du naufrage d'un paquebot spatial (l'Icare) s'y posent.
Citation (p.14): "Après quarante générations, les êtres humains sur l'astre oublié survivent, sans feu ni métaux, au milieu du grouillement des insectes et des champignons géants, devenus des sauvages. Jusqu'au jour où, face à la mort, un adolescent ne recule pas, invente une arme et revient, paré des ailes du phalène vaincu." Ici, le héros (celui qui exhorte son peuple à affronter leurs peurs et leurs insectes) se nomme Burl. Et à peine a-t-il fini par conquérir le coeur de Saya que débarque (enfin? Moins de 10 pages avant la fin du livre) un astronef, le Wapiti, à bord duquel se trouve un "Educateur", une machine électronique plutôt destinée à instruire les enfants que les adultes, mais bon... La planète ne sera plus oubliée, elle ravira les amateurs de safaris, et Burl en sera le président! Tout est bien qui finit bien, non?
P.S. du 2 août 2025: en revoyant les biographies (et bibliographies, suite à la remarque de Nathalie) des auteurs, je prends conscience que j'ai "oublié" d'inscrire aussi le livre de Murray Leinster (auteur américain) pour l'American Year 2 chez Belette2911. Dont acte!
* Merci à Lhisbéi pour avoir répercuté une précision donnée par Jean-Daniel Brèque.
Un fois n'est pas coutume, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais chroniquer un livre plutôt récent (2024), que je me suis offert après l'avoir aperçu sur divers blogs: le "journal de bord" d'une "fermière" sur la lune... C'était à la fois afin de participer à des challenges sur lesquels j'ai du retard, et pour le verser après lecture au système de prêt de livres de l'AMAP dont je fais partie!
Catherine Dufour, Les champs de la lune, Robert Laffont, Coll. Ailleurs et demain,
2024, 284 pages
Nous sommes manifestement dans plusieurs siècles (au XXIVe s.). Sur notre satellite, les colons, d'abord installés sous des dômes, n'ont pu s'empêcher de s'affronter en des guerres qui ont éclairci leurs rangs, avant de décider, sous la conduite de quelques "sages", d'opter pour une vie souterraine, en aménageant d'immenses tunnels de lave... devenant ainsi pleinement des "soulunaires". Des "animaux augmentés" (chiens, chats, qui parlent...) vivent avec eux.
Celle qui nous raconte au fil des pages ces événements, El-Jarline, veille en surface au maintien en bon état de l'écosystème de sa "ferme" sous dôme. Le temps passe doucement au fil de ses rapports (sur une durée d'une dizaine de mois). Lorsque commence le livre, on vient de lui demander d'abandonner son style trop "sec" pour rédiger avec de vraies phrases. Pour cela, elle s'aide du contenu d'une bibliothèque qu'elle a téléchargée. Notre fermière reçoit de rares stagiaires (les enfants sont trop sensibles aux radiations) venus voir plantes et animaux, accueille (recueille?) cependant sous "son" dôme, pour un temps plus ou moins long, des enfants plus ou moins orphelins, des vieillards plus ou moins désorientés...
Sa principale inquiétude, l'objet de ses alertes quotidiennes, porte sur les fragilités de son dôme (une fissure qui s'étend malgré toutes les consolidations effectuées en "duracier"), cependant que ces alertes ne provoquent strictement aucune action chez les "décideurs" (le dôme comme parabole?). Elle se préoccupe également de découvrir ce qui cause la "fièvre aspic", une espèce de "maladie du sommeil" qui décime les colons sélénites... Son enquête dérange-t-elle certains puissants personnages? Lors d'un long trajet pour visiter une autre cité, son "rover" est saboté (contrairement aux assurances qui lui ont été données, il ne sera pas réparé). Elle finit par trouver ce qui pourrait être un charnier (ou un grand cimetière sous la terre?). En son absence, le dôme subit une décompression fatale.
Quand elle décide de quitter définitivement les lieux, ses collègues lui offrent un choix de quelques plantules, ainsi que quelques larves (chrysalides) d'insectes: de quoi re-créer un embryon d'écosystème... cependant que, dans le ciel, la Terre passe d'une image d'"orange bleue" à un globe gris. J'ai perçu les 23 chapitres de ce livre, au départ, comme un conte empreint de poésie, de lenteur, d'humanité. Mais le pessimisme se fait de plus en plus sentir au fil des pages, tirant l'oeuvre vers un roman d'anticipation amère, de la lecture duquel je ne suis pas, moi, ressorti exagérément optimiste sur le sort de l'espèce humaine... alors même qu'on finit par s'interroger sur la "part d'humanité" que porte en elle El-Jarline elle-même.
Keisha en avait parlé il y a quelques mois, Manou plus récemment. Les chroniques du chroniqueur l'avait longuement analysé l'an dernier. Citons encore Lhisbei... dont le billet contient plein d'autres liens!
Et oui, je suis en vacances. Je n'étais pas vraiment partie depuis 2023. Avec Ta d loi du cine, nous sommes dans le sud de la France après une halte à Beaune et un mini-séjour à Vaison La Romaine. Puis nous ferons une halte au Pont du Gard (que Ta d loi du cine ne connait pas) avant de repartir vers le Nord.
Tout d'abord, je voulais dire que le début de notre périple fut laborieux. L'autoroute A6 est barrée quand on sort de Paris depuis le 15 juillet jusqu'au 2 août. Je l'ignorais (c'est moi qui conduis). On nous a fait prendre une déviation pendant une trentaine de km jusqu'à Evry-Lisses pour ceux qui connaissent. On a mis plus de deux heures en semaine pour parcourir 50 km. J'étais dans un état de nerfs, je ne vous dis pas. Après les choses se sont améliorées jusqu'à Lyon. De là, pour éviter le tunnel de Fourvière, on peut contourner la ville via plusieurs tunnels. C'est rapide mais il faut payer 2,60 euros avant de repartir vers le sud. Cela en vaut la peine car la direction Lyon Centre était archi-bouchonnée. Mais n'anticipons pas.
J'avais décidé de faire une halte pour visiter les Hospices de Beaune. Je ne fus pas déçue. C'est une belle institution fondée en 1443 par le chancelier du duc de Bourgogne Nicolas Rolin et son épouse Guigone de Salins, qui, d'abord, s'est appelé Hôtel-Dieu et est devenu Hospices Civils de Beaune en 1796. L'établissement a reçu des malades jusqu'en 1971 et des personnes âgées jusqu'en 1984. La production de son domaine viticole permet, lors de ventes aux enchères, de financer ses frais de fonctionnement.
Voici quelques photos :
La salle principales où étaient soignés les "pôvres", comme on appelait les pauvres à cette époque.
La pharmacie - quelques centaines de pots
Un coffre à vêtement
Et un vitrail "macédoine", un assemblage de fragments de vitraux anciens que Ta d loi du cine a trouvé très beau.
Ken Follet, Les piliers de la terre, Le livre de poche N°4305, 1050 pages
2016 (1ère éd. 1992, trad. Jean Rosenthal 1990, EO 1989)
De cet épais ouvrage, on peut dire qu'il dépeint une fresque monumentale, de laquelle il est possible de parler sous de nombreux angles. Pour moi, c'est d'abord une histoire de famille(s) et de fratries plus ou moins recomposées, qui se soutiennent ou qui s'affrontent, avec des liens d'amour ou de haine, de violences ponctuelles dont les conséquences se font encore sentir des décennies plus tard... Et pourquoi? Le mystère qui relie un certain nombre des personnages n'est dévoilé qu'à la fin du livre par l'un des derniers protagonistes survivants. Le prologue se déroule en 1123 et le livre s'achève en l'an 1174, sous le règne d'Henri II, roi d'Angleterre.
Si j'essaye d'en dire quelques mots: rien à voir avec Blake et Mortimer, mais deux jeunes frères, élevés par des moines, deviendront, l'un (Francis) un prélat conseiller des prétendants à la couronne d'Angleterre, l'autre (Philip) le puissant prieur du prieuré (fictif) de Kingsbridge, dont la cathédrale est ruinée au début du récit, cathédrale dont la (re)construction va occuper la majeure partie du livre. Le premier "maître bâtisseur" [= maître d'oeuvre] (Tom) a plusieurs enfants, légitimes, caché ou adoptif. L'antagoniste principal (William) violera la future épouse [bah non, je vous dis pas son prénom - pas si bête!] du fils adoptif (Jack - vous suivez?) qui continuera l'oeuvre dans le style gothique, mais son frère à elle tuera son mari légitime (Alfred) qui allait la violer derechef (vous suivez itou?) [bon, il aura fallu lire plus de 900 pages avant ça... Vous voyez bien que je ne vous raconte pas tout!].
Ce livre prend le parti de présenter l'Eglise comme l'un des tenants des pouvoirs médiévaux, en insistant bien davantage sur ce "pouvoir" que sur le besoin "spirituel" de la religion. Le comte local, le prieur, l'évêque, le roi même, sont des gestionnaires, des "meneurs d'hommes", managers d'entreprises, comme on dirait aujourd'hui, et comme ces "profils" particuliers de "leaders" (à compétences au-dessus de la moyenne, que la naissance, ou le hasard, permettent d'amener à éclosion) le seraient certainement devenus aux XIXe, XXe ou XXIe siècles.
Pour construire des destins de futurs "cadres", on peut donc s'interroger sur la part d'inné ou d'acquis (au-delà de la seule couleur de cheveux ou des traits du visage), sur la part de l'éducation, au sein d'une famille aimante ou pas... (même si le "projet" de Follett n'était sans doute pas le même que celui des Rougon-Macquart de Zola). Je crois que c'est Françoise Dolto qui disait quelque chose comme: "faites comme vous voulez pour élever vos enfants, quoi que vous fassiez, vous ferez mal".
Petit "bémol" adoucissant (affadissant?) peut-être un peu trop ce monde (réaliste) de brutes, j'ai trouvé que la "quête" d'Aliéna sur les chemins de Compostelle, son nourrisson sur les bras (pp.724-757), faisait quelque peu "Bibliothèque verte" ("livre pour la jeunesse" - bon, pas bibliothèque rose quand même): dans ce monde médiéval décrit comme fortement violent, il ne lui arrive rien de fâcheux, aucune mauvaise rencontre... Est-ce que seuls les Anglais étaient "barbares"?
Et pour finir, cet épais livre culmine (c'est ce que je me suis dit, du moins) en une magnifique parabole du combat jamais achevé entre dictatures et démocraties, avec un meurtre universellement connu, "[un] crime qui ne sera jamais, jamais oublié!" (p.1037).
Enna l'avait chroniqué pour les Epais 2024, Wakanda [Andrea, dernier billet en 2024] pour le Pavé 2014 (chez Brize). Plus loin de nous, le blog Hugin & Mugin l'avait chroniqué en 2008, Galleane en 2010, Oth67, Paco et Akialam en 2011, Lady of the blog en 2012. Ma toute petite culture en 2022 (dernier billet en 2023), Nanne (goût de lire) en 2021 (dernier billet en 2022), Yuko en 2018 (dernier billet en 2021)... [liste non exhaustive]
Je blaguais avec Blake et Mortimer en début de billet: plus sérieusement, signalons tout de même qu'est en cours de parution une adaptation en bande dessinée dont j'ai lu les deux premiers tomes parus (ça a d'ailleurs été mon premier contact avec l'oeuvre). Au final, Les piliers de la terre constituait donc le premier gros volume de Ken Follett que je lisais, je pense que ce ne sera pas le dernier.
J'ai été ravie de découvrir une nouvelle voix du polar venue de la péninsule ibérique: Marto Pariente, né en 1980, ancien membre de la Guardia Civil. Ses deux romans parus en français et lus l'un après l'autre sont de grandes réussites. Il y avait longtemps que je n'avais pas apprécié autant une lecture de ce genre.
J'ai commencé par le deuxième paru, Balanegra (Série noire, Gallimard, 216 pages) paru en 2025 et emprunté en bibliothèque. Je l'ai lu en une après-midi. Coveiro, un ancien tueur à gages âgé d'environ soixante ans, est devenu fossoyeur à Balanegra en remplaçant son frère Richi qui s'est suicidé quelques années auparavant. Richi était veuf mais il était père d'un garçon autiste prénommé Marco. Dans cette petite ville de Balanegra, il se passe des choses pas banales, dont l'enterrement d'un politicien accusé de pédophilie et mort subitement d'une crise cardiaque lors d'une instruction judiciaire. Pourquoi "pas banales"? Parce qu'il se trouve que Leonardo de Miguel (le mort) est le fils de Rubi de Miguel, la patronne de Carbac, le plus gros acteur de l'industrie de la viande en Espagne. Un enchainement de morts s'ensuit car l'info sur le mort pédophile fuite et c'est inconcevable pour la mère qui a le bras très long. Elle fait engager un certain "Duc" qui va faire le "ménage". Un avocat, un policier et quelques autres plus ou moins proches de l'affaire vont connaître une mort violente. Ce "Duc" a des tueurs a sa solde, le couple Bobby, un homme et une femme. Et Coveiro, me demandez-vous? Et bien Coveiro (ce surnom vient du fait qu'il tient à enterrer lui-même ses victimes) est témoin, une nuit, de l'enlèvement de son neveu Marco qui, comme à son habitude après un enterrement, restait planté devant la tombe fraîche. Coveiro voit l'enlèvement de loin mais il trouve vite les auteurs de ce méfait. Ça fait mal pour ceux qui se trouvent sur son chemin. Comme ce sont les "méchants" (à quelques exceptions près) qui disparaissent, on pardonne à Coveiro, très attaché à son neveu. Il y a beaucoup d'empathie pour certains personnages de la part de Marto Pariente et il y a de l'humour noir. Je ne vous raconte pas tout de cette histoire qui va vite grâce à des chapitres courts de trois ou quatre pages avec des flash-backs. Lire les billets de Pierre Faverolle, La petite souris, Clete et Jean-Marc Laherrère.
Dans un prochain billet, je parlerai de La sagesse de l'idiot.
Une fois de plus, j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) pêché ce petit livre dans un bac de livres d'occasion dans l'une des librairies que je fréquente. Je ne connaissais pas du tout le nom de l'auteur (belge).
Pascal de Duve, Cargo Vie, J.-C. Lattès, Le livre de poche N°13521, 1994 (EO 1993), 117 pages
L'ouvrage prend la forme d'un journal intime. "Ceci sera un journal de bord; ce sera aussi un journal de corps et un journal de coeur. On pourra le sous-titrer: "Vingt six jours du crépuscule flamboyant d'un jeune homme passionné"" (p.11). Il a été rédigé lors de deux traversées de l'Atlantique (l'aller puis le retour), à bord d'un cargo mixte (bananier avec passagers à bord), entre Le Havre et Les Antilles, par un jeune homme de 28 ans "bien sonnés" (p.10), du 28 mai au 22 juin 1992. Il regarde la mer, partage la vie des passagers lorsqu'il le peut, entre deux malaises (encéphalopathie) mais reste discret, passe du temps allongé dans sa cabine, écoute de la musique classique... Une fois arrivé aux Antilles, il passe des appels téléphoniques depuis des cabines publiques (ceux nés après 2016 ne pourront plus comprendre!).
Ses stances (présentes à chaque chapitre, sinon à chaque page), ses plaintes, ses regrets sont adressés à "E." Ils se sont connus 15 mois avant, ont vécu un an ensemble, jusqu'à ce que Pascal se fasse plaquer sans un mot. Une nuit, il balancera à la mer toutes les lettres ou photos d'E., "scellées" dans une boite à chaussures, comme prévu lors de son départ.
Ce texte est plein de poésie, et de philosophie également. Il ne manque pas de style, avec inventivité et prouesses langagières (jeux de maux et de mots). Pour ma part, je dirais que je l'ai lu d'un oeil plutôt distant. J'avoue avoir rigolé en lisant qu'à 18 ans l'auteur était brancardier à Lourdes et rêvait d'entrer au séminaire, puis que, faisant de l'alphabétisation au Caire aux côtés de soeur Emmanuelle, il s'était converti à l'*sl*m, avant que ses études de philosophie, et en particulier la lecture de la Critique de la raison pure de Kant, fissent de lui un agnostique très résolu. La recherche de l'Absolu... Il a fini sa carrière comme prof de philosophie (à enseigner à des gamins d'au mieux 10 ans (ou moins!) plus jeunes que lui).
Lorsque "E." et lui se sont connus, tous deux, homosexuels, étaient séropositifs au VIH. "E." a abandonné Pascal dès que celui-ci est devenu sidéen. "Sida mon amour. Toi au moins tu me resteras fidèle jusqu'à la Mort" (p.84). Né en février 1964, Pascal de Duve est mort en avril 1993, il y a maintenant plus de 32 ans (il en avait 29). Les traitements antirétroviraux (trithérapie) sont arrivés en 1996. Pour la petite histoire, son frère est l'auteur de Tintin en Thaïlande.
J'inscris ce livre (que je viens de terminer et qui quittera bientôt ma bibliothèque) à un seul challenge, le Book trip en mer (saison 2) de Fanja.
Mais je vais en profiter pour caser quelques considérations sur la définition d'un "classique". J'apprécie que Nathalie ait choisi une "borne" constante (est classique ce qui a été publié avant 1970). Je pense que nous verrons bientôt l'époque où, pour de jeunes blogueurs et blogueuses, sera "classique" tout ce qui est paru avant leur propre naissance (bon allez, disons... jusqu'à la fin du XXe siècle, l'an 2000). "De mon temps" (quand j'ai commencé à lire, il y a plus d'un demi-siècle!), je crois que je considérais comme des "classiques" ce qui avait été publié avant la Seconde guerre mondiale (alors même que mes grands-parents en avaient vécu la publication, avec dans leurs bibliothèques des séries en éditions d'époque que je dévorais durant mes vacances). Mais tout le monde ne descend pas de dynasties d'enseignants... Pour tout ce qui a pu être écrit durant la SGM, je ne me posais pas trop la question (Romain Gary, Vercors, et d'autres, avaient commencé à écrire à cette époque, cependant que d'autres n'avaient plus publié après). Enfin, récemment, j'ai entendu une boutade dont je vais vous faire part: "un auteur classique? C'est un auteur qui est mort!".
Après avoir lu le billet de Miriam, je me suis décidée à aller voir Once Upon in Gaza des réalisateurs palestiniens jumeaux Arab et et Tarzan Nasser (nés à Gaza), et je la remercie. Once Upon in Gaza a été réalisé en Jordanie. C'est une histoire tragi-comique avec trois morts: Abou (un policier véreux) tue Osama (un dealer de médicaments), mais Yahya, un étudiant idéaliste devenu complice d'Osama et engagé dans un film comme acteur par hasard, tue Abou avant d'être tué lui-même (je vous laisse découvrir comment). Yahya a été témoin du meurtre d'Osama. À Gaza, c'est la guerre et on a des images terribles qui ponctuent le film. Ce western urbain en territoire palestinien bénéficie d'un scénario solide, très bien interprété. J'ai noté qu'en voix off au tout début du film, il y a l'intervention de D. Trump, sur le fait que ce serait une bonne idée de transformer la bande de Gaza en Riviera de luxe... (sans commentaire). Un très bon film qui, j'espère, passera par chez vous.
Je passe à Des feux dans la plaine, un film chinois de Ji Zhang, qui date de 2021 mais qui est sorti seulement le 9 juillet 2025. L'histoire se déroule à Fentun en 1999 et 2007, dans un décor sinistre qui m'a fait penser à celui de Black Dog. Fentun, c'est une ville ouvrière dans le nord-est de la Chine avec des usines qui ferment et des ouvriers qui restent sur le carreau. Li Fei, une jeune femme dont le père vient d'être licencié, rêve de partir à Canton, loin de cette ville où les chauffeurs de taxi sont étranglés et les véhicules brûlés. Li Fei essaye en vain de convaincre son amoureux Zhuang Shu de venir avec elle. J'avoue que je n'ai pas forcément compris qui était qui, en particulier le méchant de l'histoire et le mobile pour ces meurtres. Li a un destin tragique, comme les autres principaux protagonistes de ce film très sombre avec des éclairs de couleurs (les taxis en feu). Avec ce film, on a à nouveau une vision pas très gaie de la Chine. Lire le billet d'Henri Golant.
Cette fois-ci, mon billet porte sur un livre que j'avais (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) versé en début d'année dans une des bibliothèques partagées de hall d'immeuble que je fréquente, où je l'ai récupéré récemment, quelques mois après. J'avais en ce moment "besoin" d'un livre parlant des Alpes, et celui-ci m'a paru adéquat!
Alexandre Dumas, Voyage dans les Alpes, Editions d'antan, collection jeunesse N°13, 1982, 185 pages
D'un point de vue matériel, ce "vieux livre" (1982), imprimé en Roumanie, ne contient pas beaucoup d'éléments permettant d'identifier l'éditeur (peu connu): une "collection jeunesse" qui parait contenir de nombreux livres du domaine public (20 titres en 4e de couverture, dont je crois avoir lu la plupart, même si les auteurs ne sont pas indiqués...). À se demander s'il ne s'agissait pas de mettre des "livres de prix" à bas coût à disposition des mairies pour leurs écoles... J'affabule (à partir de signaux faibles), bien sûr, faute d'informations crédibles - c'est l'époque qui veut ça!
Plus sérieusement, voyons ce que nous raconte ici Alexandre Dumas. Les six chapitres et l'épilogue (constituent-ils des extraits ou du texte intégral? Je l'ignore) semblent provenir des Impressions de voyage [en Suisse] qu'il a publiés en 1833-34 et 1837. La page de titre est bien différente de la couverture. Le texte commence abruptement: "J'arrivai à l'Hôtel de la poste, à Martigny, vers les quatre heures du soir". Il y est déjà question de Chamouny [Chamonix]. Le lecteur sait (à l'époque) que la Savoie dépend alors du royaume de Sardaigne, cependant que Martigny est une ville du canton suisse du Valais. Notons qu'un repas dans une auberge suisse coûte quatre francs (ce que Dumas considère comme cher). L'aubergiste lui propose de l'ours: occasion d'un premier récit, sur la mort dudit ours (en tirant les dialogues à la ligne, ô feuilletoniste!). À la fin du repas arrive le guide qui doit le conduire à "Chamouny": accord est donné (p.25) pour partir le lendemain matin, à 5 heures.
Dumas décrit somptueusement le paysage (il passe par l'endroit même où un Anglais avait fait une chute vertigineuse et mortelle en 1831), mais n'est pas tendre pour le vin du Valais (fendant ou dôle, sauf anachronisme de ma part?) pris à l'étape: "On nous donna, au prix du bordeaux, une bouteille de vin du cru, avec lequel un Parisien n'aurait pas voulu assaisonner une salade, et que mon Valaisan vida voluptueusement jusqu'à la dernière goutte". Ils arriveront à destination à la nuit noire (la nuit tombant à 18 h 30?), après avoir fait "neuf lieues de pays, qui, sans exagération, en valent bien douze ou quatorze en France: c'était une bonne journée" (marche en montagne contre marche en plaine, je suppose). Avant cela, il avait noté "nous montions toujours, et déjà nous étions arrivés à sept mille à peu près [sic!], au-dessus du niveau de la mer". Je pense pouvoir restituer "sept mille pieds". Rappelons que la lieue vaut 4 kilomètres (et qu'un mètre vaut à peu près trois pieds). Le chapitre se termine après l'envoi d'une invitation à dîner envoyée à un certain Jacques Balmat, dit Mont-Blanc.
Le troisième chapitre débute par une journée d'excursion à la Croix de Flegère (occasion de dire que les "guides", à Chamouny, sont organisés en "syndicat qui règle leurs tours de service" [premier de ce genre au monde, depuis 1821, ai-je vérifié]). Puis après quelques considérations géologiques fort datées (Dumas ignorait la tectonique des plaques...), le récit (pp.55-85) donne la parole au "Christophe Colomb de Chamouny", premier homme à avoir gravi le Mont-blanc aux temps historiques, de sorte que le roi de Sardaigne l'a autorisé à s'appeler Balmat du Mont Blanc. Attiré comme bien d'autres par la prime offerte par le Genevois Horace Bénédict de Saussure au premier qui trouverait le chemin du sommet du Mont-Blanc, c'est le 8 août 1786, après plusieurs tentatives tant individuelles que collectives, que Jacques Balmat entame avec son "témoin", le docteur Paccard, l'ascension décisive (et ce, sans les équipements de l'alpinisme du XXe siècle).
Au chapitre suivant (titré "La mer de glace"), nous retrouvons le guide du départ, dont nous avons appris le nom (Pierre Payot) au chapitre précédent. À lui la parole pour raconter, cette fois-ci, l'histoire de la première femme à être montée au sommet. Dumas la nomme Marie Paradis et l'histoire (expédiée en 7 pages) est placée en 1811. Il est ensuite question d'un malaise (que Dumas, qui en est victime, qualifie de "mal de mer") et d'accidents de montagne (suit un petit chapitre évoquant trois morts tombés dans une crevasse à la suite d'une avalanche en 1820). Il est à noter que d'autres sources attribuent la première escalade féminine à Marie Paradis et la datent du 14 juillet 1808. Un autre court chapitre titré "retour à Martigny" clôt ce séjour de Dumas dans les Alpes (non sans avoir prouvé à son guide qu'il est doué en saut en longueur pour franchir un cours d'eau sans pont!).
L'épilogue (pp.139-185) débute selon Dumas fin 1833 (alors qu'il s'occupait de "faire" [la pièce] Angèle), à Paris. Il s'amuse à inventer une étymologie fantaisiste pour la rue Bleu[e] où il s'apprête à emménager (à la suite d'un pari?). En tout cas, il reçoit dans son ancien logement un certain "Gabriel Payot de Chamouny", cousin de Pierre (p.144). Ce dernier lui conte son voyage à Londres, où il s'était mis en tête de livrer un couple de jeunes chamois, parce qu'un lord anglais de passage dans les Alpes avait exprimé le désir d'en payer "mille franc la pièce, rendus à [s]on parc", et avait "topé" pour ça (contrat oral scellé par une poignée de main). Au départ, notre Savoyard n'avait pas compris que l'Angleterre est une île... mais il en revenait royalement traité (avec un habit neuf et cent guinées en poche - 2700 francs au lieu de 2000 - "frais de voyage!"), et tout content d'avoir eu la permission d'appeler la femme de son hôte "Mylady" tout court, au lieu de Madame Milady comme il le faisait d'abord...). Il apporte aussi à Dumas une lettre de Jacques Balmat, qui accuse bonne réception du premier volume des Impressions de voyage. L'après-midi, Dumas s'amuse à éberluer notre Savoyard grâce au "Diorama" et à ses images de Chamonix (dispositif qu'exploitait à Paris depuis 1822 Louis Daguerre, avec des images animées à base de toiles translucides peintes).
Sans transition, "il y a quelques jours" et séjournant alors à Syracuse, Dumas en triant sa (volumineuse) correspondance tombe sur deux lettres, l'une (de Balmat) lui apprenant la mort de Gabriel Payot, puis l'autre, du fils de Jacques Balmat, l'informant que ce dernier avait disparu en cherchant le filon d'or qui l'avait obnubilé toute sa vie (septembre 1834 - il semble que son corps n'ait pas été retrouvé).
L'intrigue du Lefil de l'espoir, le nouveau roman de Keigo Higashino (Actes Noirs, Actes Sud, 363 pages) est plus qu'un roman policier. Il est question d'une femme poignardée dans le dos qui était appréciée de tout le monde, d'erreur d'implantation d'embryon lors de FIV sur la mauvaise personne, de maternité, de mère célibataire, d'avortements et aussi de jalousie. Yayoi, une femme dans la cinquantaine, est propriétaire d'un salon de thé. C'est elle qui va être tuée sans raison apparente. Les deux policiers, Kaga et son cousin Matsumiya, enquêtent sur cette mort inexpliquée. Rien n'a été volé. Ils interrogent des habitués du salon de thé, dont un certain Shimi Yokinobu, qui a vécu une tragédie quinze ans auparavant quand il a perdu ses deux enfants dans un tremblement de terre. Un lien relie certains suspects. Plus de cent pages avant la fin, on sait qui a tué mais ce n'est pas cela l'important. C'est surtout "pourquoi". Il y a des retours en arrière qui expliquent pourquoi Yayoi a été tuée à la suite de plusieurs malheureux concours de circonstances. Matsumiya lui-même va apprendre des choses sur sa naissance. C'est un roman très psychologique qui m'a plu. C'est passionnant. Lire le billet d'Alex-mot-à-mots.
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'avais jamais lu le roman ci-dessous, qui n'était pas disponible en "poche" dans mes "grandes années" de découverte de Jules Verne, il y a entre 40 et 50 ans. Alors quand j'ai aperçu ce titre dans une bouquinerie, aucune hésitation: il relèvera le challenge!
Jules Verne, Les Frères Kip, Hachette (bibliothèque verte), 1938, 256 pages
(illustrations de J[acques] Touchet)
Les Frères Kip est un "roman tardif" de Jules Verne. Il a d'abord été publié en feuilleton (durant toute l'année 1902), cependant qu'il est paru en volume en fin d'année 1902 chez Hetzel. La première partie est toute d'aventures maritimes, la seconde tient du roman de procès avec erreur judiciaire. Dans ce roman très manichéen, le lecteur sait dès le début qui sont les bons ou les méchants. Les événements débutent en 1885 et se poursuivent en 1887, avec un dénouement expédié en quelques pages dans le dernier chapitre.
En Nouvelle-Zélande, un navire anglais, le James Cook, est cloué au port faute de marins, après désertion d'une partie de l'équipage attirée par une ruée vers l'or. Son quartier-maître et l'âme damnée de ce dernier méditent de s'en emparer et se font charger par le capitaine Gibson du recrutement de quatre nouveaux marins... Page 31, j'ai appris l'existence du terme "calmir" (devenir calme, en parlant de la mer ou du vent - contrariant, pour un voilier). Divers retards ou événements contraires, donc, contrarient les projets des misérables. P.52, le quatrième chapitre fait apparaître les fameux frères Kip (hollandais), seuls survivants du naufrage de la Wilhelmina, de Rotterdam, l'ainé (Karl, 35 ans) officier de marine, l'autre (Pieter, 30 ans) chef d'entreprise, que le James Cook recueille sur l'atoll désolé où ils attendaient des secours depuis deux semaines. Les chapitres du feuilleton déroulent les péripéties: attaque de "sauvages", complot, assassinat du capitaine, nomination pour le remplacer, tempête, et pour finir, mutinerie qui échoue (chapitre 10) avant l'arrivée au port d'Hobart Town (capitale de l'Etat australien de Tasmanie).
La seconde partie commence p.119 et compte 15 chapitres. Les mutins sont jugés alors que les Frères Kip et les armateurs témoignent contre eux, quand - coup de théâtre - le quartier-maître Flig Balt (éphémère capitaine accusé de mutinerie après son remplacement par Karl en pleine tempête) accuse les deux frères du meurtre de l'ancien capitaine, resté inexpliqué, preuves à l'appui - preuves construites de toutes pièces par le sournois Vin Mad, son complice dans l'assassinat, comme sait bien le lecteur. Les Frères Kip échapperont de justesse à la peine capitale grâce au soutien de l'armateur, seul à douter de leur culpabilité, mais seront condamnés au bagne à perpétuité. Le récit alterne ensuite leur vie au bagne (diverses péripéties), la poursuite de l'enquête à la demande de leur soutien qui espère la révision de leur procès, jusqu'à leur évasion à l'insu de leur plein gré par un concours de circonstance (à bord de l'Illinois, navire américain venu arracher deux "fenians" au bagne), avant leur retour d'Amérique vers Hobart Town pour se livrer en témoignage de leur bonne foi. Le dénouement est expédié en deux pages. C'est une improbable chambre obscure qui révèlera la vérité. Les misérables matelots sont rattrapés par la patrouille (sous forme d'un aviso britannique) alors qu'il se livraient à la piraterie dans les Îles Salomon. Certains sont tués, et il n'est pas exclu que le plus canaille ait fini kai kai.
Comme dit plus haut, ce roman a été publié en 1902. mais on sait que depuis la guerre de 1870, Jules Verne avait l'habitude d'avoir des "textes d'avance". Impossible donc pour moi de savoir à quand exactement remonte la rédaction de celui-ci (aujourd'hui, cette information ne remonte en tout cas pas facilement quand on fait une recherche en ligne). L'exégèse des spécialistes verniens dispose certainement de documents auxquels je n'ai pas accès (liste de titres avec dates, évocation dans correspondance...), peut-être même publiés dans des articles ou des livres dont les textes ne sont pas disponibles facilement sur internet. On y trouve cependant que Jules Verne s'est sans doute inspiré de l'affaire des "frères Rorique", aventuriers condamnés à mort par un tribunal de Brest sous accusation d'empoisonnements de marins à bord d'une goélette en Polynésie au début des années 1890, avant qu'il soit révélé que leur fausse identité dissimulait celle des frères Degrave, d'une honorable famille belge. Pour ma part, l'emploi à plusieurs reprises en fin d'ouvrage du terme de "révision" d'un procès, que la France de l'affaire Dreyfus connaissait depuis 1896 (et la demande de l'épouse du capitaine Dreyfus), ainsi que le décès du frère de Jules Verne, Paul, en août 1897, m'amènent à me demander si ce n'est pas de cette année 1897 que daterait le début de la rédaction?
Dès 2013, dans son blog Les trucs du grenier, Bishopkiller donnait un excellent résumé du roman.
PS: aujourd'hui, je viens juste de découvrir que certains des romans de Jules Verne sont dans la Pléiade (15 titres, dans 5 -épais- volumes parus entre 2012 et 2024)! Pour ma part, pour une prochaine participation, je me contenterai d'un ou deux petits serpents de mer...
J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) fini de lire ce livre quelques heures seulement après l'avoir acheté (neuf!) sur un "coup de coeur" en librairie.
Frank Mayer, Tueur de bisons, Anarchasis, 2025, 121 pages
(copyright 2010 pour la traduction de l'anglais par Frédéric Cotton)
Titre original: The Buffalo Harvest (1958)
Je dirais que la lecture de cet ouvrage, qui se présente comme le récit d'un des derniers témoins et acteurs de l'extermination du bison d'Amérique, nécessite de disposer d'une grille de lecture bien ajustée afin d'en tirer tous les enseignements. La présentation de l'éditeur évoque un Frank Mayer né vers 1850 (à ce qu'il dit [de] lui-même, "faute de traces vérifiables") et mort à 104 ans en 1954, cependant que l'auteur qui consigna la publication posthume en 1958 de ses souvenirs était un certain Charles B. Roth, "journaliste affairiste du Middlewest": "il reste difficile de savoir avec certitude quand et où les propos que l'on va lire ont été délivrés". Voilà pour la véracité historique de l'ouvrage. Il n'en demeure pas moins que celui-ci présente un intérêt certain et est bien écrit ("avec une gouaille non dénuée d'auto-dérision, [Frank Mayer] rapporte le quotidien des "coureurs" de bisons lorsque, sur les pistes, ils exterminaient l'espèce")!
Nous avons bien entendu tous appris au lycée que le bison a été exterminé, en une décennie à peine, pour mettre fin au mode de vie des Amérindiens et permettre "l'ouverture à la civilisation" de leurs immenses territoires de l'Ouest américain. Ici, le "récit à la première personne" donne de la substance à cette vision "théorique". Et, en "homme d'affaires", Frank nous donne des chiffres bien plausibles sur le "pourquoi" et le "comment" de cette extermination (sur l'air de "si ce n'avait pas été moi, d'autres en auraient tiré profit").
Au départ de la "ruée vers le bison" du début des années 1870, une peau d'animal amenée en gare rapportait 3 dollars. La population de bisons étant potentiellement de 20 millions, il y avait 60 millions de dollars à disposition de qui voulait se les approprier. Nous sommes bien en Amérique, avec un capitalisme prédateur totalement désinhibé et sans aucune préoccupation environnementale à ce moment-là, mais un calcul "coût-bénéfice" clair. Il s'agit d'abattre, chaque jour, autant de bisons que les "dépeceurs" d'une petite équipe (5 hommes, dont le "patron/tireur") peuvent dépouiller de leur peau. Il s'agit juste d'être "efficace".
L'auteur nous parle au fil des pages du prix d'un bon fusil, à la fois puissant et précis à longue portée. Il assume son comportement de prédateur le plus désinhibé qui soit, avec calcul coûts-bénéfices (il est aussi capable de parler, avec le recul des années écoulées, de la loi des rendements décroissants). Il tenait compte du prix des cartouches qui, industrielles, coûtaient 25 cents, mais la moitié de ce prix en fabriquant soi-même ses cartouches (bonne poudre anglaise choisie par lui, étuis recyclés...). Au plus fort du massacre, 5000 chasseurs traquaient non pas les deux "immenses troupeaux" (nord et sud, qui ne se mélangeaient guère) décrits par l'imagerie, mais des hardes éparses de quelques dizaines à quelques centaines de bêtes menées par une matriarche qu'il s'agissait de neutraliser en premier, désorientant les autres ("animaux stupides")... jusqu'à extermination totale.
Le récit, très vivant, est illustré d'anecdotes, de quelques rencontres avec des indiens, avec des personnalités de l'époque... J'extrais (p.34) ce qu'il rapporte des dires d'un officier l'approvisionnant en munitions gratuites: "Mayer, de deux choses l'une. Soit les buffalos doivent disparaître, soit les indiens doivent disparaître. C'est seulement lorsque l'indien sera totalement dépendant de nous pour tous ses besoins qu'on pourra le maîtriser. Pour le buffalo [sic!], il est trop indépendant. Mais si on tue le buffalo, on conquiert l'indien. Ça paraît plus humain de tuer les buffalos plutôt que les indiens, alors les buffalos doivent disparaître, il a conclu."
Pour un investissement initial de 2000 dollars (pas à la portée de n'importe quel coureur de plaines), il dit avoir gagné, net, deux ou trois mille dollars les meilleures années... argent qu'il dépensait avec facilité. Une fois le "filon" épuisé et même gaspillé (certaines peaux étaient trop détériorées pour être vendues...) et les ossements de bisons jalonnant les plaines, sont arrivés d'autres hommes d'affaires avisés pour collecter lesdits os afin d'en faire des matières-premières industrielles ou agricoles. Il est ressorti de l'aventure avec... 2000 dollars, et tous ses souvenirs, dit-il.
J'inscris ce billet au challenge "American Year" 2025 chez Belette2911, ainsi qu'au challenge "2025 sera classique aussi" organisé par Nathalie.
Foalferie et Yan (derniers billets en 2024) ou encore Nébal etSandrine, avaient parlé d'une édition de 2013. Je n'ai pas encore trouvé de références vers celle qui vient de paraître.
Le film divise la critique. Des blogueurs ne sont pas fans non plus. Personnellement avec Ta d loi du cine on a bien apprécié le septième film de la série qui se passe au large de la Guyane française sur l'île de Saint-Hubert (île fictive). On retrouve les grosses bébêtes parfois mutantes. Il y a même une petite Dolorès, mignonne et facétieuse comme tout (je vous laisse découvrir qui c'est). Parmi les humains qui sont chargés de récupérer de l'ADN d'un dino marin, d'un dino terrestre et d'un dino aérien, il y a bien entendu le très méchant qui travaille pour un labo, un scientifique plutôt sympa et des mercenaires dont la charmante Scarlett Johansson. Il y a aussi une famille: le père, ses deux filles et le copain de l'aînée. Ils vont montrer un certain sang-froid face au T-Rex qui est capable de chasser sous l'eau. Le film comporte de très belles scènes comme la parade amoureuse de deux titanosaures (des herbivores à longue queue). Il y a des moments qui font peur. C'est amusant de voir un T-Rex faire la sieste et puis il y a un dinosaure mutant très méchant. J'ai passé un bon moment. Lire les billets de Pascale (qui a aimé), d'Henri Golant qui n'a pas trop aimé, ou de Selenie (un peu plus).
Cela faisait quelque temps que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'avais plus "traité" Wolinski dans mes "chroniques du 7". J'ai emprunté le sujet de mon article en bibliothèque, et je me suis dépêché de finir par le chroniquer la veille du jour où je devais soit le rendre, soit en prolonger l'emprunt en ligne, soit me résigner à commencer à faire tourner le moulin à amendes.
Wolinski, C'est la faute à la société..., Albin Michel, 2006, 66 planches (il y a un peu plus de pages, mais pas de numérotation de pages pour cet album...).
Avant même de rédiger cet article, je me disais que cela faisait plusieurs mois que je n'avais pas chroniqué un livre plutôt qu'un recueil de BD ou de dessins de presse. Hé bien, on ne peut pas dire que l'ouvrage du jour soit un roman, mais... Wolinski fait du Wolinski! Certaines pages (pas toutes!) sont comme de longs monologues avec fort peu de dessin à part le ou les personnage(s) qui s'exprime(nt). 19 de ces planches sont en couleurs. On trouve des "histoires" en une seule planche (comme ci-dessous), d'autres en "double-page" (jamais davantage).
Le texte m'est apparu comme très bavard, et très philosophique (du Wolinski, disais-je!): des personnages bien typés, qui parlent, parlent, parlent. Parfois Wolinski y met du sien, d'autres fois ce sont des caricatures. Dieu lui file même un coup de main pour finir une page pour Charlie! J'ai adoré la planche sur le psychothérapeute, tellement désemparé par l'arrêt de son couple client (au bout de six mois, ils ne voyaient aucun changement, donc aucune raison de continuer à payer leurs séances)... qu'il est prêt à les payer pour poursuivre la cure: génial et bien amené! Ailleurs, à une double page "C'était pas mieux avant!" répond, bien plus loin dans l'arum, celle qui affirme au contraire "C'était mieux avant!". J'ai trouvé très réaliste celle titrée "Ma vie" montrant toute la gamme de réaction d'un éditeur face à un diariste lui apportant son manuscrit...". Quelques rares pages sont vraiment trash (je vous en fais grâce).
Sondages et questionnaires... Deux pages d'exemples parmi d'autres présents dans l'album.
Evidemment, un article "hommage" aux morts de Charlie Hebdo ne peut omettre la double-page ci-dessous. Une autre, titrée "Caricatures", montre un débat entre (les) trois versions de "Dieu" (celles des trois grandes religions monothéistes...), je vous en fais également grâce.
L'extrait ci-dessous provient d'une double-page titrée "J'arrête".
Avec cette manière de Wolinki de travailler par planches entières ayant une unité, le "quota" de 10% de citations maximum est très vite atteint... Je ne peux que vous inciter à découvrir vous-même l'album, pour en savoir davantage, par exemple, sur la manière dont l'auteur traite les "déclinologues", ici ou là... Parfois, on nage dans le burlesque. La page du quidam entrant dans un magasin pour acheter un bonnet en plein hiver est franchement comique (les "saisons" de la mode ne correspondent pas forcément aux "besoins" des consommateurs...)!
Certaines planches sont manifestement parues dans Charlie. Pour d'autres, c'est moins évident (Paris Match, peut-être?).
Cet album a été réédité par la suite chez Glénat. En cherchant des blogs en ayant parlé (1), j'ai trouvé un intéressant entretien (2) légèrement antérieur à l'album, dont j'extrais une citation: "Militant, ça ne va pas avec l’humour. Un humoriste ne peut être qu’anticlérical, de gauche, et non militant. Il peut avoir des convictions, mais des croyances, non."
(1) Je n'en ai pas trouvé: toujours ce foutu "Certains résultats peuvent avoir été supprimés conformément à la loi européenne sur la protection des données."...
Suite à mon billet d'hier, je continue avec deux autres films français.
Le grand déplacement de Jean-Pascal Zadi est plutôt une comédie même si on n'éclate pas de rire. En effet, en Côte d'Ivoire, plusieurs pays africains s'unissent pour lancer la première mission spatiale africaine. Leur destination, l'exo-planète Nardal, qui pourrait accueillir nombre d'Africains quand la planète Terre serait devenue inhabitable. En attendant, les membres de l'équipage qui sont sélectionnés ont de forts caractères et il n'est pas facile pour eux de s'entendre. La mission se passe plus ou moins bien, après un entraînement intensif. Zadi qui joue un des membres de l'équipage a des réparties pas toujours aimables mais c'est bien tourné. Je n'ai pas vu le film précédent de Zadi qui est paraît-il supérieur. Personnellement, j'ai passé un bon moment avec ce grand déplacement. Lire le billet de Pascale.
Je termine avec Rapaces de Peter Dourountzis que j'ai vu en avant-première dimanche 29 juin 2025. Il est sorti le 2 juillet. J'ai eu peur pendant les 15 premières minutes que le film ne me plaise pas et puis ça s'est arrangé. Samuel, un journaliste qui travaille à Détective, est accompagnée de sa fille Ava qui fait un stage. Ils enquêtent sur le meurtre de Jessica, une jeune fille de 16 ans qui été vitriolée et tuée. Un homme avait été arrêté et jugé. Il s'est pendu dans sa cellule. Samuel n'est pas convaincu de sa culpabilité. Ses investigations le mène à suivre des personnes qui communiquent grâce à la CB (radio à ondes courtes), en particulier les routiers. L'histoire est bien menée et le film bénéficie d'une belle distribution : Samy Bouajila, Jean-PIerre Darroussin, Andréa Bescond, Valérie Donzelli.
J'ai vu plusieurs films français pas désagréable à regarder en juin 2025 et à propos desquels je n'avais pas encore écrit de billet.
Avignon de Johann Dionnet tombe à pic avec le début du festival. Le réalisateur joue aussi un rôle. J'ai trouvé qu'il avait un faux air de Pio Marmaï. Le film est sorti le 18 juin 2025 et il se passe vraiment dans la ville d'Avignon pendant le festival. Il est fait mention en particulier du théâtre du Chêne noir. Stéphane, un acteur qui n'a pas beaucoup de propositions, part à Avignon pour jouer "Ma soeur s'incruste", une pièce de boulevard. Sur place, il croise la route de Fanny, une actrice de sa connaissance, qui joue Ruy Blas. Stéphane tombe instantanément sous le charme de Fanny. Il va s'ensuivre un chassé-croisé amoureux car il lui fait croire qu'il joue dans Le Cid. Il y a plein de rebondissements, parfois un peu beaucoup, mais le film se laisse voir. Lire les billets de Mariette et Eimelle.
Sur la route de Papa de Nabil Aitakkaouali et Olivier Dacourt raconte le voyage de Kamel, sa femme, ses deux enfants et sa mère qui sont en route pour le fin fond du Maroc avec la vieille Renault 21 du père (décédé). La maman, Mima, a un sacré caractère et une idée fixe. Elle avait promis à son défunt mari de ramener la Renault dans sa famille au Maroc. Kamel, son fils, qui a réussi professionnellement (il est devenu architecte sur des grands projets) traverse une crise conjugale avec son épouse Sophie (qui est écrivain). Il se demande comment il va pouvoir s'envoler à Los Angeles pour défendre un projet dans trois jours alors qu'il ne veut pas laisser sa mère partir toute seule. Elle ne sait pratiquement pas conduire. Un "road movie" plutôt sympa avec une voiture qui traverse la France, l'Espagne et qui passe par le détroit de Gibraltar. Et ce voyage permet à cette famille de se retrouver.
Mon second billet sur deux autres films paraîtra demain.
J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) d'abord repéré le titre et le nom de l'auteur dans le bac à livres d'occasion. Quand je l'ai pris en main et ai regardé la 4e de couv', j'ai compris que ce n'était peut-être pas totalement un livre de "navigation". Mais bon, je me le suis offert quand même... et ne le regrette pas.
Bernard Giraudeau, Le marin à l'ancre, Points N°P1041, octobre 2010, 269 pages
(copyright Ed. Métailié, 2001)
Quel contenu, alors, pour Le marin à l'ancre? Bernard Giraudeau (1947-2010) envoie à son ami Roland, cloué par la maladie dans un fauteuil roulant, des dizaines de lettres lorsque lui-même voyage aux quatre coins du monde, pour une préparation de film, un tournage, des vacances, entre 1987 et 1997... Il s'agit donc du "partage" de récits de voyages: celui qui est mobile raconte à celui qui l'est moins. L'édition "Points" est sortie deux mois après la mort de Bernard Giraudeau des suites d'un cancer combattu pendant 10 ans.
Avant de devenir l'acteur que l'on a connu, Bernard Giraudeau, petit-fils d'un "cap-hornier", s'était engagé dans la Marine nationale à 16 ans (en 1963): il a d'abord suivi les cours de l'école des apprentis mécaniciens de la flotte, à Toulon (été donc "arpète"?), avant de naviguer durant 7 ans, d'abord (durant deux ans) sur le tout neuf porte-hélicoptère école Jeanne d'Arc, puis sur une frégate et enfin sur le porte-avion Clemenceau. Il a 22 ans quand il quitte la Marine, avec deux tours du monde à son actif.
Si l'ensemble du livre n'est pas consacré à cette vie de marin, j'y ai cependant relevé un certain nombre de souvenirs distillés au fil des ans et des envois. Comme, p.38, ceux de l'attente de l'escale à Madagascar (Diego Suarez) alors qu'on est en mer (en salle des machines), qui se savourait, tellement différente d'une arrivée "brutale" en avion. Ou, plus loin, deux histoires de jeune marin en bordée (à 17 ans) et de femmes... dont il n'a pas forcément compris qu'elles attendaient de l'argent (je rappelle que les lettres sont écrites plusieurs dizaines d'années plus tard). Ou cette histoire de drame passionnel, quand un officier en principe retenu ailleurs trouve son collègue et ami en position délicate avec son épouse. Il rappelle encore que c'est sans doute Daniel Defoe qui a inventé le "mythe" du repaire de pirates et république démocratique Libertalia, toujours à Madagascar (p.50).
Les lettres sont datées et donnent des lieux d'envoi très variés: La Rochelle, Belgrade, Chypre, Cap Juby, Saint-Denis de La réunion, Sotchi, Quito, Saint-Louis du Sénégal, et bien d'autres... parfois avec plusieurs dates. On est touché par l'injonction du copain immobilisé, qui dit à un moment à l'épistolier: "tire-toi, tu me raconteras, j'ai besoin de voyager, je m'encroûte. Il y a un petit moment que tu n'es pas parti". Une dernière lettre, datée de février 2001, introduit le livre.
J'ai encore relevé, p.82-86, une jolie histoire sur le Japon: lors d'un appareillage de la Jeanne qui va quitter le Japon, sous la neige, tout l'équipage au garde-à-vous sur le pont malgré l'absence de public sur le quai, arrive un gros bouquet porté par une minuscule Japonaise... pour son amour qui part. Scène chaplinesque de l'arrivée du "bouchon-gras" (mécano) le plus laid du bateau - il trébuche en descendant la "passerelle" enneigée -, que la fille était navrée de voir partir (sans retour), ce qu'elle lui témoigne désespérément sous les yeux z'émus de l'équipage et pressés du commandant... "Ne me demande pas si l'histoire s'arrête là. Elle s'arrête là, générique de fin. Il n'y a pas de suite, jamais, chez les marins".
Survolant (p.92) le Cap de Bonne espérance (Afrique du Sud), Bernard Giraudeau imagine brièvement un trois-mâts filant grand largue sur la route des Indes...
La longueur des courriers va d'une seule page (pour les plus courts), jusqu'à des textes comportant plusieurs parties et plusieurs pages. Il y raconte ses histoires d'acteur, de tournages, entremêlés à des souvenirs de son temps de jeune marin... de ports en îles et d'îles en ports. Un passage à Marseille va évoquer le souvenir de Saint-Mandrier, avec les hâbleries adulescentes des jeunes marins camarades de chambrée... Ailleurs encore, quelques souvenirs d'escale de la Jeanne aux îles Marquise, à l'ancre et non à quai, en l'absence de port... et encore une fille. Escale à Manille (à 17 ans), où le jeune marin de 17 ans s'est retrouvé raccompagné à bord manu militari (après séjour au casino local).
Même si ce n'est pas du ressort de la marine, j'ai bien apprécié le récit de la manière dont, 30 ans plus tard, invité à un festival cinématographique aux Philippines, il a réussi à "mettre en scène" sa remise à Imelda Marcos d'une liste de prisonniers politiques (avec pour résultat sa propre expulsion dès le lendemain).
Sur une douzaine de pages (pp.229-241) et en plusieurs lettres (dont l'une écrite lors d'un trajet en bateau), il n'est pratiquement question que d'histoires de marins, entre le bizutage un peu violent pour l'un, ou le "quartier-maître" poursuivi d'escale en escale par l'hydravion d'une dame de Balboa...
C'est p.178 qu'il parle de "marin à l'ancre" et de "marin d'encre", ce qui m'a incité à creuser la polysémie du titre: un navire "à l'ancre" c'est un navire au mouillage (qui n'est pas en train de tailler sa route); mais cela peut aussi être le marin qui s'adresse à "son" ancre, celle qui, elle, ne bouge pas, quand lui part faire le tour du monde. Je ne citerai même pas pour mémoire (c'est juste de l'homophonie) l'encre qui permet au marin d'écrire s'il en a...
Et puis arrive cette dernière année 1997 où Giraudeau caresse de plus en plus, au fil des mois, l'espoir fou d'emmener son copain et le fauteuil où il est cloué jusqu'aux îles Marquise, avec l'aide de la Royale... Roland est mort cette année-là, il avait 53 ans.
Géraldine avait parlé il y a quelques années de ce livre en version audio (non intégrale) lue par Giraudeau lui-même.
Je ne sais pas si Fanja acceptera (ou non) ce titre, grâce à tous les points que j'ai montés en épingle, pour son Book trip en mer (saison 2). Quoi qu'il en soit, je ne regrette nullement le temps passé à lire cet ouvrage qui m'a touché. Pour moi, il fait écho tant à Debout! de Grégory Perrin que j'avais chroniqué jadis, qu'à L'homme qui marchait dans sa tête de Patrick Ségal... qui fait, lui, partie de ces innombrables livres depuis le début de l'année dont j'ai lu quelques dizaines de pages, sans aller ensuite jusqu'à décider qu'il fallait que j'investisse le "temps de lecture" nécessaire pour en venir à bout (avec ou sans billet subséquent). Sans oublier le film Le ruffian (1983), où Bernard Giraudeau joue le rôle du paraplégique auquel son vieux copain (Lino Ventura) rêve de rendre l'usage de ses jambes...
Je viens de terminer mon premier pavé/épais de l'été avec un beau roman de 810 pages, paru en 2025, Toutes les nuances de la nuit de Chris Whitaker (Editions Sonatine). L'histoire se déroule sur presque 30 ans entre 1975 et 2001. Aux Etats-Unis, Joseph McCauley, un gamin borgne de 13 ans qui porte un cache-oeil tel un pirate, va sauver la vie d'une jeune fille, Misty, qui allait être enlevée. Et c'est Joseph alias Patch qui restera prisonnier plus de 300 jours en compagnie d'une jeune fille appelée Grace. Elle lui fait des récits qui permettent à Patch de ne pas sombrer. Saint, une amie d'enfance de Patch, arrive à trouver par sa persévérance où Patch est détenu. Avec la police, elle le sauve, mais Grace et le ravisseur qui est photographe dans les écoles disparaissent. Patch reste marqué à vie par son expérience traumatisante. Il se met à peindre les jeunes filles disparues car bien évidemment, il n'était pas la première victime. Patch, orphelin de père, a une mère qui boit et se drogue. Saint vit avec sa grand-mère Norma, conductrice de bus. Misty, elle, qui n'est pas du même milieu social, n'oublie pas Patch et tombe amoureuse de lui. Il y a aussi un policier appelé Nix qui soutiendra Saint. Il a peut-être des secrets à cacher tout comme le docteur Marty Tooms. Et je n'oublie pas Sammy, celui qui vend les tableaux de Patch. Le rythme du roman est rapide du fait que chaque chapitre fait 2 ou 3 pages et donc je l'ai lu relativement vite. J'ai aimé son côté poétique et le fait que certaines révélations se fassent au compte-gouttes. Patch avec ses tableaux deviendra un peintre très côté même si sa face sombre est qu'il cambriole des banques afin de redistribuer l'argent aux parents des victimes. Patch mettra plus de 25 ans à retrouver sa compagne de détention et le ravisseur. Un roman que je conseille malgré son épaisseur et son poids. Lire les billets d'Alex-mot-à-mots, d'Aude bouquine, La petite souris, Pierre Faverolle.
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