Sorti le mercredi 27 août 2025, je vous conseille fortement d'aller voir La femme qui en savait trop (Shahed pour le titre original) qui est un film germano-autrichien réalisé par Nader Saeivar qui l'a co-écrit avec Jafar Panahi (lequel a aussi fait le montage). Je rappelle que Jafar Panahi a reçu la Palme d'or à Cannes en 2025 pour son film Un simple accident qui sortira le 1er octobre prochain (et que j'ai eu la chance de voir fin mai 2025). La femme qui en savait trop (le film n'a rien à voir avec un film d'Alfred Hitchcock) met en lumière la corruption des hommes et les violences faites aux femmes en Iran de nos jours. Tarlan, une professeure de danse et d'histoire à la retraite et qui a aussi fait de la prison, est très attachée à sa fille adoptive, Zara, passionnée de danse et qui a ouvert une école. Zara est mariée à Salat, un cadre du régime qui voit d'un très mauvais oeil la profession de sa femme. Il voudrait qu'elle (1) lui obéisse et qu'elle ferme l'école. Il la bat régulièrement. La petite-fille de Tarlan et belle-fille de Salat est témoin comme sa grand-mère, à un autre moment, d'une scène qu'elles n'auraient pas dû voir. Pendant tout le film, les hommes n'ont pas le beau rôle. Le propre fils de Tarlan qui a fait aussi de la prison pour malversations financières est un lâche comme tous les autres. On assiste à la pression psychologique exercée sur Tarlan et sa petite-fille par tous ces hommes. C'est terrifiant. On sent une menace constante envers ces femmes. L'atmosphère générale est pesante dans un pays où les gens sont épiés. La scène qui clôt le film est très belle et amène un peu d'espoir. Il faut noter l'interprétation de premier ordre de Maryam Boubani qui joue Tarlan. Le réalisateur qui a tourné en Iran dans la clandestinité vit désormais en Allemagne. Lire le billet de Baz'art.
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) chronique aujourd'hui deux livres "jeunesse", tous deux éligibles au Book trip en mer (saison 2) de Fanja. Mais ces histoires "maritimes" sont très différentes l'une de l'autre...
Eth Clifford, Les naufragés du Moonraker, Flammarion, coll. Castor Poche N°106, 1988, 348 pages
Anne Rossi, La mer aux esprits (Barthélemy Styx, 1), Serineo, 2014, 284 pages
Le Trois-mâts Moonraker ("vise-lune", selon la traduction que j'avais mémorisée à l'époque de la sortie au cinéma du James Bond numéro 11!) n'a jamais existé. L'histoire de son dernier voyage et de son naufrage est tout de même inspirée d'une histoire vraie, mais romancée avec des personnages plus "identificatoires" pour le public visé. En mai 1886, cela fait sept mois que le jeune Cat est mousse à bord du voilier, et en butte aux brimades de certains matelots: "aux yeux des matelots aguerris, le mousse était corvéable à merci", et malheur à lui s'il regimbe! Le voilier vient de quitter Melbourne (Australie) à destination de Londres (via le Cap Horn) avant de revenir en Amérique (notre jeune héros est originaire de Boston). Parmi les passagers se trouvent nombre de chercheurs d'or (avec leur or...), quelques femmes et enfants... Terre en vue! Ce doivent être les îles Auckland. Le navire, déventé, est poussé inexorablement par le courant vers des falaises abruptes... jusqu'à une grotte obscure (p.61). Le navire y sombre... Quelques pages plus loin, il ne reste plus que 10 personnes, sur deux petits canots, des 83 qui avaient quitté le port de Melbourne, à peine dix jours plus tôt (notre mousse, le second, des matelots, des passagers dont une femme). Il vont mettre une journée à trouver un endroit où aborder, pratiquement sans nourriture, et nous sommes en hiver dans cet hémisphère. Il va leur falloir apprendre à survivre sur leur île déserte, en proie à une cruelle indigence. Venez à leur secours ou ils sont perdus (disent à peu près les "bouteilles à la mer" qu'ils envoient...). Leur vie sur l'île (archipel, plutôt) durant des mois représente à peu près les deux tiers du livre (11 chapitres sur 17). Tous ne seront pas sauvés... Mais j'ai apprécié les péripéties réalistes.
Eth Clifford (1915-2003) se serait inspirée, comme il est écrit dans la "Note de l'auteur" qui précède mon édition, du véritable naufrage du General Grant intervenu dans les mêmes conditions. Je ne sais pas si le texte romanesque que j'ai lu a été "abrégé" ou non pour cette édition en français (j'ai relevé certaines ellipses qui me feraient songer que oui, mais je peux me tromper faute de confrontation à d'autres versions du texte - The Curse of Moonraker: A Tale of Survival était paru en VO en 1977).
Enfin, je pense (j'espère?) que cette auteure américaine est éligible au challenge American Year 2025 de Belette2911, puisque le navire est aussi américain, même si le gros de l'histoire se déroule hors Etats-Unis...
Autre histoire maritime, mais changement de registre avec les aventures de Barthélemy Styx, 1. la mer aux esprits. Fils d'un armateur négrier de Nantes, le jeune Barthélemy Charon (14 ans environ) résiste à une bastonnade de son père lorsque celui-ci veut le punir d'avoir quitté prématurément une réception à visée matrimoniale, et c'est le drame. Il chevauche alors jusqu'à Paimboeuf où il arrive à s'embarquer comme mousse à bord du Bonaventure, en dissimulant son nom et sa bourgeoisie bien entendu. Et en route vers le Sénégal pour y charger une cargaison d'esclaves à destination "des îles"...
Pour le moment, nous sommes encore dans un univers réaliste. Mais je n'ai pas encore dit que le gamin discute avec son médaillon (qui semble hanté par l'image de sa mère décédée qu'il contient). D'autre part, en mer, certains récits parlent de la Terre des légendes, une île des Bermudes que nul n'a pu aborder... mais dont les habitants (?) auraient le pouvoir de calmer les tempêtes. L'une des filles esclaves (qui lui plairait bien), paraît, comme lui-même, avoir quelques talents en "sorcellerie"... Un soir (p.78) retentit le cri de la vigie: "pavillon noir par tribord arrière!". Canonné, le Bonaventure coule p.87, non sans que nos deux mousses (oui, il y a aussi un jeune Jean) aient pu libérer la cargaison de ses chaînes. Tous sont recueillis à bord du Juracan, dont le capitaine lui semble "indigène" (il s'avère métis). La jeune Noire se nomme Oluchi. "(...) dans ton pays, on nie l'existence de la magie. Mais ce n'est pas parce qu'on ne parle pas d'une chose que celle-ci n'a pas de réalité. (...) il existe des humains qui possèdent une capacité plus ou moins poussée à communiquer avec les esprits. De la même façon, il existe des esprits plus ou moins puissants, selon le lien qu'ils ont conservé avec le monde des vivants." (p.122-123). Après moult péripéties, le Juracan (qui a débarqué en lieu sûr les centaines d'esclaves libérés) aborde une île des Caraïbes (la fameuse terre des légendes)... et ce tome 1 s'achève ici. Le volume se conclut sur quatre pages pédagogiques, expliquant (décriant) ce qu'ont été la traite et le commerce triangulaire.
Un second tome (titré Barthélemy Styx 2. La terre des légendes) est paru dès 2014, mais je n'ai pas eu l'occasion de mettre la main dessus (ces livres ne sont pas - ou plus? - dans les médiathèques parisiennes). En tout cas, ce premier tome avait été chroniqué en 2014 par Marie et Anne et Sharon.
Pas plus qu'Eth Clifford, Anne Rossi ne dispose sur wikipedia (en français, consulté ce 30 août 2025) de page à son nom. J'ajouterai juste que ce roman maritime jeunesse-là (qui se lit gentiment) est à mon avis éligible aussi au 13e challenge de l'imaginaire chez Tornade.
Voici deux romans policiers qui se lisent très bien.
J'ai lu La sagesse de l'idiot de Marto Pariente (Folio policier, 347 pages) après avoir lu, du même auteur, Balanegra, qui m'avait emballée. La sagesse de l'idiot (publié en 2024 pour la traduction française) a été écrit avant Balanegra, c'est peut-être pourquoi l'histoire n'est peut-être pas aussi aboutie, mais c'est très bien quand même. L'histoire est narrée à la première personne par Antonio (Toni) Trinidad, le seul policier d'une petite ville espagnole. Toni est un homme qui s'évanouit devant le sang et ne porte pas d'arme. Il est très proche de Vega, sa soeur alcoolique et pas très bien dans sa tête (on apprend pourquoi), qui tient seule le casse de la ville depuis que son mari Chimo (qui dealait) a disparu. Désormais, c'est elle qui doit de l'argent à un dealer local surnommé l'Apiculteur. Triste, le meilleur ami de Toni est retrouvé pendu. Toni commence donc à avoir des ennuis et il ne sait pas que des "malfaisants" qui vont s'entretuer ont mis un contrat sur sa tête. Toni ne panique pas, et c'est tant mieux car un tueur à gages est après lui. Son poste de policier est menacé et Rocha, un policier de l'Unité antidrogue, veut se débarrasser de lui. Le roman est bien mené avec plein de péripéties. Un roman que je conseille. Lire les billets de La petite souris, Actu Du Noir, Pierre Faverolle et Sharon.
Mourir en juin d'Alan Parks (Rivages Noir, 365 pages) paru en 2025 est le premier roman que je lisais de cet écrivain et ce fut une bonne surprise. Alan Parks a choisi des titres en prenant les mois de l'année : Janvier noir, L'enfant de février, Bobby Mars forever, Les Morts d'avril et Joli mois de mai.
Mourir en juin se passe entre le 28 mai et le 28 juin 1975 à Glasgow en Ecosse. Il y a plusieurs intrigues qui s'entremêlent: des SDF que l'on empoisonne, la femme d'un pasteur affirmant que son petit garçon a disparu alors qu'il ne semble pas exister. Harry McCoy est le personnage principal récurrent (présent dans les romans précédents) qui, accompagné de son adjoint Wattie, va être muté temporairement dans un autre commissariat à Possil (un quartier de Glasgow). Ils sont chargés d'une mission: démasquer des flics ripoux tout en essayant de découvrir qui assassine les SDF (dont le père de McCoy). Le solstice d'été du 21 juin permet de dénouer l'énigme de l'enfant disparu. Pour information, l'auteur de la photo de couverture est Raymond Depardon. Je ne manquerai pas de lire au moins un des romans précédents de l'auteur (que je viens d'emprunter à la bibliothèque). Lire les billets d'Actu Du Noir et Nyctalopes.
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente trois films récemment chinés dans des bacs d'occasions. Dasola était plutôt dubitative au départ (elle n'aime guère l'idée que j'encombre encore plus ses étagères...). Après visionnage, je dirais que ces films américains de "série B" (je suppose) ont quand même quelques qualités. Ils sont tous construits autour d'une vedette. Et ce n'est pas leur seul point commun: soleil, sable et eau... et la guerre par-dessus tout cela (la Seconde Guerre mondiale).
Les éditions Atlas ont cessé leur activité en 2019.
Sahara, réalisé par Zoltan Korda, est sorti en 1943 (en pleine guerre), avec en vedette Humphrey Bogart, qui joue le rôle d'un chef de char. Après avoir recueilli des soldats alliés de différentes unités ainsi que deux prisonniers (l'un italien et l'autre allemand), il va défendre un fortin présenté comme seul point d'eau dans le désert contre une nombreuse troupe allemande assoiffée. Quelques grands moments. Tous ne verront pas la fin de la bataille (quant à la fin de la guerre, il n'en était pas vraiment question bien sûr).
L'île des braves, sorti en 1965, est le seul film réalisé par Frank Sinatra (qui y tient aussi un rôle - pas forcément la vedette). Dans une île du Pacifique occupée par une petite garnison japonaise isolée, en 1943 (la bataille de Guadalcanal semble terminée), se "crashe" un C-47 américain (version militaire de l'avion de transport DC3) mitraillé par un chasseur japonais, qui lui-même fait "match nul" avec le chasseur d'escorte américain (pas de survivant des deux chasseurs). Dans l'avion de transport, par contre, seuls le copilote et le mécanicien ont été tués. Une section de "bleus" Marine commandés par un jeune lieutenant, l'infirmier de bord (Frank Sinatra) et le pilote (qui a grade de capitaine) vont devoir s'organiser, chercher à réparer la radio de l'appareil... Ils découvrent vite qu'ils ne sont pas seuls: l'ennemi se manifeste à l'approche d'un navire américain, qui repart sans avoir aperçu les naufragés de l'air. Les ennemis vont devoir co-exister, concrétiser une trêve sans fraterniser, protéger ensemble leur unique source d'eau potable contre les éléments déchaînés. Mais la guerre reprendra finalement tous ses droits jusqu'à extermination totale de l'un des deux camps. À la fin du film, le drapeau japonais flotte toujours sur l'île.
Le cinquième commando est le plus tardif des trois films (1971, réalisé par Henry Hathaway). Ici, la dimension héroïque du film d'aventures de guerre se développe sans contraintes. Richard Burton incarne un chef de commando (SAS) qui ne s'embarrasse guère de scrupules pour utiliser des "ruses de guerre" susceptibles de le faire fusiller comme espion: nécessité fait loi, pour une mission faisant songer à ce que l'on peut lire ou voir dans Les Canons de Navarone, même si elle se déroule à proximité de Tobrouk en 1942. La femme de service (une "proche" de l'état-major italien) sert, quant à elle, de sauf-conduit involontaire, grâce aux piqures qui la maintiennent hébétée. Rommel discute philatélie...
Sauf erreur de ma part, aucune des trois vedettes n'a combattu durant la Seconde guerre mondiale (Bogart a été timonier sur un transport de troupes lors de la Première guerre mondiale). Dasola n'a pas réussi à me dire l'ordre dans lequel elle avait préféré - ou pas ces trois films. On n'a plus qu'à les revoir?
C'est le sixième roman de Horst que je lis et le 5ème que je chronique. Après Le code de Katharina (que je n'ai pas chroniqué), j'avais laissé Jorn Lier Horst un peu de côté. Et puis dans une des six bibliothèques que je fréquente à Paris le plus souvent, je suis tombée sur Le dossier 1569 (437 pages, Gallimard Série Noire) où j'ai eu le plaisir de retrouver l'inspecteur Wisting en vacances chez lui qui ne sait pas quoi faire à part tondre sa pelouse. À cause de missives anonymes trouvées dans sa boîte aux lettres, il va enquêter sur un "cold case" datant de 1999, ce dossier 1569: le viol et le meurtre de Tone Vaterland, une jeune fille de 17 ans qui rentrait à bicyclette de son travail de serveuse. C'était le 4 juillet 1999. Elle s'était arrêtée près d'un lac pour s'y baigner avant de rentrer chez elle. On a retrouvé son corps trois jours après. Le meurtrier présumé et plus tard condamné était Danny Momrak, son ex-petit ami avec qui elle venait de rompre. Il a purgé une peine de 17 années de prison. Wisting décide de rouvrir l'enquête officieusement, d'autant plus que plusieurs lettres arrivent plus tard dans sa boîte avec des coordonnées GPS ou le numéro d'un autre dossier. Il semble que Danny Momrak ait été condamné à tort. Par ailleurs, Wisting suit avec intérêt un fait divers du moment dans lequel le corps d'une femme qui a disparu trois jours plus tôt est retrouvé brûlé dans une maison incendiée. J'annonce tout de suite qu'il n'y a aucun rapport entre les deux affaires. J'ai trouvé l'ensemble bien mené avec plusieurs suspects dont une journaliste. Wisting toujours veuf mais qui s'occupe bien de sa petite-fille Amalie quand sa fille Line lui demande est un personnage plein de sagesse qui découvre que certaines techniques modernes d'investigation en plus de l'ADN sont utiles dans les enquêtes: les analyses électriques, les caméras qui nous surveillent, les pas qui sont enregistrés sur les téléphones portables, etc. Un roman intéressant que j'ai lu en deux jours.
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) finalise enfin un billet sur une oeuvre dont j'avais entamé la (re)lecture après le 15 juillet 2025. Je pensais terminer avant fin juillet afin d'avoir une seconde participation pour le challenge de Cléanthe dont le thème du mois était Voyage dans les Alpes, et où j'avais relevé un billet sur Premier de cordée. Cela m'avait rappelé que je possédais pas mal de Frison-Roche dans ma pochothèque, notamment son autobiographie publiée dans les années 1980 et dont j'avais acheté les deux tomes en "J'ai lu" il y a un peu moins d'une quarantaine d'années... biographie rééditée par la suite en un épais volume! Mais... pas si facile, en voyage, avec juste quelques heures de lecture nocturne (à deux dans une chambre d'hôtel ou dans un studio, il n'y a guère qu'un endroit bien éclairé où l'on puisse lire assis - je vous laisse deviner lequel -, et ça manque de confort). Bref, j'ai jeté l'éponge pour la "course contre la montre" à l'approche du 31 juillet, et ai terminé tranquillement ma relecture en août, pour contribuer au moins aux challenges estivaux de gros bouquins (épais de l'été 2025, mais aussi pavés de l'été2025 de Sibylline et saison Eté des pavés "quatre saisons" chez Moka).
Roger Frison-Roche, Le versant du soleil
* Tome 1, j'ai lu N°1451, 378 pages & Tome 2, 379 pages, 1983 (copyright Flammarion 1981)
* Réédition en un volume: Arthaud, Coll. classique Arthaud, 2007, 816 pages
Pour ma part, j'avais acquis le tome 1 en 1986 et le tome 2 en 1989 seulement, bien après d'autres oeuvres alors disponibles en "livre de poche" de l'écrivain Roger Frison-Roche (1906-1999) dont Le versant du soleil est l'autobiographie. Le premier tome compte cinq parties, des origines familiales de Roger Frison-Roche jusqu'à l'évocation de la période d'Occupation dans le pays de Beaufort où il s'était réfugié. Le tome deux poursuit cette cinquième partie avec le "versant" résistance et lutte active contre les Allemands après le Débarquement de Provence, les deux dernières amènent l'écrivain (dont la carrière a véritablement commencé avec Premier de cordée, paru en 1942 et dont un film a été tiré dès 1944 sous l'Occupation) jusqu'au tout début des années 1980... (la dernière page de l'ouvrage est datée "Derborence, 23 juin 1981").
Ça commence par une bêtise de gamin dans le café familial. Occasion pour Frison-Roche de signaler que, bien que né (le 10 février 1906) à Paris (où ses parents étaient "émigrés temporaires"), il s'est toujours considéré comme savoyard, et plus particulièrement de la vallée de Beaufort. Ecolier, il appréciait surtout les vacances d'été au chalet de son oncle, à 1200 m d'altitude: mener la "vache d'été" (la seule qui n'est pas partie dans les alpages) au pâturage, aider aux travaux des champs... L'été 1914, leur mère les y a rejoint, son frère et lui, et les enfants, scolarisés sur place, y sont restés jusqu'à la rentrée 1915. L'été 1920 sera son dernier à Beaufort: en fin d'année scolaire 1921, sa mère n'étant plus en mesure de payer des études au collège Chaptal, il faut travailler (à 14 ans et demi): ce sera à l'agence Cook, avant de rentrer au Touring Club de France "au culot". Puis, alors qu'il a envoyé moult lettres de candidatures à différents offices de tourisme des Alpes, sa qualité d'ancien "chaptalien" fait que le Président de la chambre hôtelière de Chamonix lui donne sa chance en tant que secrétaire des trois organismes touristiques chamoniards, à dater du 1er avril 1923. "J'ai 17 ans et je pars pour conquérir le monde". Fin de la première partie (p.94).
La deuxième partie est titrée "La vallée fermée", couvre 105 pages (en 16 chapitres) et amène Roger Frison-Roche jusqu'en 1938 (avec moult anecdotes et grandes rencontres de personnages bien oubliés de nos jours). Découverte du ski, et du monde de l'alpinisme. "Mes compagnons et voisins étaient les guides, ces montagnards de l'échelon supérieur". Il gagne leur confiance par quelques prouesses. Il parle des "Jeux de Chamonix" de 1924, qui n'avaient pas encore le droit de s'appeler officiellement "Jeux olympiques d'hiver". Quant à lui, des guides font appel à lui comme "porteur" (sans bien sûr qu'il ait encore le droit d'être "premier de cordée"). Premiers pas dans le journalisme, service militaire en 1926-27 dans le 93e régiment d'artillerie de montagne... et un mariage local en 1930 (le 3 mars)! La même année, il réussit l'examen de guide de montagne, coopté par la compagnie des guides de Chamonix (fondée en 1823), premier "étranger" (hors Chamonix et Argentière) depuis un siècle! Mais une embrouille avec un grand patron hôtelier amène Roger Frison-Roche à démissionner de ses emplois stables dans le tourisme. Il se reconvertit comme professeur de ski. Encore une embrouille, et il échoue en 1935 à un examen crucial de moniteur-chef malgré son palmarès en compétition. Il fait un peu de cinéma de montagne... et découvre le Hoggar quand on vient le chercher pour gravir quelques pics dans le Ténéré (il en tirera des articles repris dans son livre Carnets sahariens). J'ai appris que dès les années 1930, des Américains emmenaient un éléphant dans les Alpes pour tenter de reconstituer la traversée d'Hannibal (par le col du Grand Saint-Bernard, plus tard par celui du Clapier...). Comme journaliste, il était là lors de l'agonie de Staviski (oui, celui de l'affaire - anecdotes encore). Puis couvre les jeux olympiques d'hiver de Garmish-Partenkiren (Bavière) en 1936, et les championnats du monde de ski en 1938 à Engelberg (Suisse), quelques jours avant l'Anschluss. La guerre approche...
Troisième partie, "Une terre nouvelle" (pp.201-299, 12 chapitres): le 11 novembre 1938, la petite famille (déjà deux jeunes enfants) arrive à Alger, Roger étant recruté comme journaliste à La dépêche algérienne. Durant la drôle de guerre, il réussit après quelques tribulations à prendre du service dans le 14e corps d'armée, à Uriage (Isère - 38), qui résiste victorieusement à l'offensive italienne sur les Alpes, lorsque l'Italie déclare la guerre le 11 juin 1940. Après l'armistice, démobilisé, Frison-Roche repart en Algérie avec sa famille. Fin 1940, son patron lui commande des articles "susceptibles de redonner confiance à la jeunesse". Cela donnera Premier de cordée, écrit comme un feuilleton en trois mois, puis envoyé à l'éditeur Benjamin Arthaud à tout hasard. Mai 1941: le général Weygand lance une expédition pour tâcher de faire substituer l'huile d'arachide du Niger ou l'huile de palme du Dahomey au. carburant dont l'Algérie manque, notre journaliste saharien en fait partie (mais les baronnies locales bloqueront tout transfert de matière première d'une colonie française à une autre). Inconsciente, la famille (3 enfants désormais) va passer l'été 1942 à Chamonix en vacances familiales avant de revenir à Alger, où elle se trouve le 7 novembre quand les Américains débarquent en Algérie (mais laissent les Allemands débarquer en Tunisie). Frison-Roche se fait nommer correspondant de guerre. Le 25 décembre, il est fait prisonnier sur le front tunisien. En février 1943, il subit tout un périple (avion vers Sicile, Naples...) vers Paris puis jusqu'à Vichy (train...), d'où quelques complicités lui permettent de s'évaporer pour rejoindre Chamonix.
"Interlude, l'été 1943" (pp.301-353), raconte sa vie clandestine en zone d'occupation italienne (et non allemande). Il évoque tout l'éventail des possibles entre collaborateurs et résistants: bien connu dans la vallée, personne ne l'a dénoncé. Mémorable randonnée à ski, aller-retour, à Beaufort, avec deux compagnons, pour ramener quelques dizaines de kilos de fromage de Beaufort. Tournage du film tiré de Premier de cordée (les producteurs lui ont obtenu un Ausweiss sans qu'il ait dû répondre à des questions indiscrètes). L'Italie signe un armistice le 8 septembre 1943. Dès le 9 septembre, les Allemands occupent la Savoie.
La partie 5, "Les montagnards de la nuit", commence sur 3 chapitres et quelques dizaines de pages. Elle se poursuivra dans le second volume de mon édition.
Il y est question de l'organisation des maquisards et de l'Armée secrète, qui adoptent comme tactique de laisser en paix dans le département les Allemands en attendant le soulèvement général (sur instruction de Londres) qui permettra de le libérer. J'ai trouvé ce chapitre fort redondant avec la version romancé lue dans Les montagnards de la nuit publiée en 1968 (13 ans avant ces mémoires). Un épisode intéressant où Roger Frison-Roche dupe une patrouille allemande en parlant le patois savoyard et en effectuant sous leurs yeux une journée de travaux des champs... avant de reprendre quelques mois plus tard du service (et du galon) comme lieutenant à la 5e demi-brigade de chasseurs alpins une fois celle-ci (re)constituée. Les derniers morts avant la victoire... L'occupation temporaire de la Vallée d'Aoste... Et son retour en Algérie, où il constate (dit-il) qu'on l'avait en mai 1943 accusé de désertion et de collaboration, pour des raisons politiques (discréditer le journal La dépêche algérienne et sa direction, et mettre la main dessus).
"La vie recommencée" (sixième partie) occupe les pages 107 à 251. En 1945, il revient au journalisme, mais comme "grand reporter", ce qui lui permet de voyager dans l'Europe qui se relevait lentement de ses ruines. Après l'expropriation de La dépêche algérienne, il passe à L'Echo d'Alger (pas la même nuance politique). Quelque mots sur le Tanger de la grande époque (trafics...). Voyage en Suède, sous la prohibition d'alcool (quelques pages savoureuses). Je retiens une bonne définition du métier du reporter (p.164): "C'est accepter de partir immédiatement n'importe où. C'est aussi, bien souvent, parler de choses qu'on ne connaît pas et devoir les expliquer clairement au grand public". Le chapitre 10 (pp.184-190) donne un aperçu intéressant de cette activité de conférencier pour Connaissance du monde: des documentaristes qui remplissaient les salles, dans les années 1945-1960, en commentant photos et films de pays ignorés de leur public - sans doute une activité que la télévision a fini par tuer. J'y ai retrouvé des noms que je connais (Christian Zuber, Albert Mahuzier) et bien d'autres que j'ignorais. Cette partie (qui contient aussi la mort du fils unique, élève pilote de chasse) se clôt sur le départ du reste de la famille, de l'Algérie vers la métropole, en 1955.
La septième et dernière partie est titrée "Les années qui passent". Elle est celle qui en couvre le plus (jusqu'en 1981). Frison-Roche a vécu encore 18 ans après la parution de cette autobiographie. Mais reprenons dans l'ordre chronologique. Découverte de la Laponie en 1957, rédaction tant de récits de voyages que de romans s'y déroulant... Achat d'un terrain à Chamonix ("sur le versant du soleil, bien sûr"), en 1960: il y fera construire un chalet (nommé "Derborence" en hommage à l'écrivain C.F. Ramuz) destiné à loger sa famille, afin de pouvoir y accueillir plus tard ses petits-enfants (8)... et même leur descendance (3 en 1981). L'âge arrivant, il a dû renoncer à les initier à l'alpinisme. Il est retourné à plusieurs reprises dans le Ténéré décolonisé. Mais aussi chez les peuples de l'Arctique (Indiens, Eskimos). Sa dernière véritable expédition a été vers la rivière Nahanni, en 1969. Mais il a continué à voyager. J'ai entendu dire que, figurant au tout début des années 1980 dans un "jury" de la Guilde du raid chargé d'attribuer quelques subventions pour de jeunes "aventuriers", il avait semblé ne pas très bien comprendre de qui il s'agissait quand on présentait un projet d'expédition filmée pour accomplir une "première" descente en kayak et en raft, en Amérique du Nord...
Evanouis de Zach Cregger est un conte horrifique qui m'a plu. 2h17 du matin, 17 enfants, des écoliers d'une même classe d'un collège sur la côte est des Etats-Unis, quittent en courant, leur domicile. Que se passe-t-il? Ils se sont littéralement évanouis dans la nature. Justine, la maîtresse de cette classe, est désemparée. Il ne reste plus qu'un élève dans la classe déserte, Alex Lilly, qui ne dit rien. Le film est découpé en plusieurs chapitres dont chacun a comme titre le nom d'un des personnages de l'histoire. Justine (la maîtresse), Archer (un des parents d'élèves), Marcus (le directeur de l'école), Paul (un policier et l'ex-petit ami de Justine) et James (un cambrioleur toxicomane). Chaque chapitre fait avancer le récit et souvent l'un chevauche l'autre. La construction du récit est bien faite. Justine a des problèmes avec l'alcool et elle est accusée par toute la communauté d'être responsables de ces disparitions. Elle suit de loin Alex qui rentre chez lui. Il vit dans une grande bâtisse avec ses deux parents et une tante souffrante qui est arrivée de manière impromptue. Je ne vous dis rien de la suite qui fait peur mais pas trop. Un film que je suis contente d'avoir vu alors que je ne suis pas forcément fan de ce genre. Lire le billet de Jenevelle Laclos.
Emprunté en bibliothèque en même temps que Stella, j'ai eu à nouveau la main heureuse avec Les fugitifs d'Aber Mukherjee lu en un peu moins de 48 heures. J'ai dévoré ce roman policier de 404 pages (Editions Liana Levi). D'Abir Mukherjee, j'avais bien apprécié ses cinq romans qui se passent dans les années 20 en Inde et là, il change d'époque et de pays avec une intrigue qui se passe de nos jours aux Etats-Unis, à quelques jours d'une élection présidentielle où deux candidats s'affrontent: une Démocrate (vice-présidente en fonction) et un Républicain très à droite (suivez mon regard). C'est un roman vraiment réussi où la tension est maintenue jusqu'au bout. L'histoire, qui se déroule sur huit jours, commence quand Yasmin, une jeune fille d'origine indienne arrivée aux Etats-Unis à Portland dans l'Oregon quelques semaines auparavant, est liée à un attentat à la valise piégée dans un centre commercial à Los Angeles, et en meurt. Jack, l'homme qui l'accompagnait, s'est volatilisé. Shreya Mistry, une femme agent du FBI, est chargée de l'enquête. Grâce aux caméras de surveillance, elle trouve assez vite la personne responsable du carnage. Au moins un autre attentat aura lieu. Une autre jeune fille, Aliyah, venue d'Angleterre via Dubaï, avait atterri en même temps que Yasmin. A l'aéroport, on est venu les accueillir, elles sont montées dans le même pick-up et ont disparu. À Londres, le père d'Aliyah, originaire du Bengladesh, est longuement interrogé mais il ne sait pas où se trouve sa fille, persuadé qu'il est qu'elle était partie au Japon. Le titre Les fugitifs se rapporte au fait qu'Aliyah et un certain Greg, doué pour fabriquer des bombes, sont poursuivis par le FBI. Il y a aussi la mère de Greg et le père d'Aliyah, Sagid Khan, qui cherchent leurs enfants avant qu'il ne soit trop tard. Et puis, il y a une femme aux cheveux blancs, une certaine Miriam ou Maria ou Mary, une personne très dangereuse qui manipule son monde. Le roman raconte surtout une histoire de terrorisme intérieur à la veille d'élections nationales. Un roman que je conseille en attendant la publication de son nouveau roman paru en anglais pour l'instant où l'on retrouvera j'espère, le capitaine Sam Wyndham et le sergent Banerjee. Lire les billets de Baz'art et Actu du noir.
J'ai lu en deux jours et demi Stella de Piergiorgio Pulixi (Edition Gallmeister, 563 pages haletantes) qui pourra faire partie du challenge Pavés de l'été 2025 organisé par La petite liste.
Stella est le prénom d'une jeune fille de 17 ans qui est d'une beauté à couper le souffle. Malheureusement pour elle, on retrouve son cadavre sur une place près de Cagliari en Sardaigne. Et oui, j'ai retrouvé avec plaisir cette île italienne où l'on parle plus sarde qu'italien. C'est l'île natale de l'écrivain pour ceux qui ne le savent pas. J'ai lu les romans précédents de Pulixi (lire mes billets ici, ici et là) et Stella est une réussite. L'enquête sur ce meurtre sauvage est confiée à trois personnages déjà rencontrées dans des romans précédents de l'auteur: Mara Rais, Eva Croce et la Toscane Clara Pontecorvo (1m98 pieds nus) et le vice-questeur milanais Vito Strega (sorcière en italien). Le meurtre de Stella va déclencher une avalanche de violence avec des victimes collatérales. Le récit est bien mené et jusqu'au bout, on se demande qui a tué et pourquoi car les suspects sont nombreux et l'auteur nous indique des fausses pistes, quoique...
Par ailleurs, il y a une histoire en arrière-plan qui se passe à Milan avec Marina, une femme dangereuse dont on avait fait la connaissance dans un roman précédent, Le chant des innocents, qui fait une fixation sur Strega. A la fin du roman, on peut s'attendre un développement de cette histoire secondaire dans un ouvrage à venir.
Pour compléter ce billet, je précise que c'est ta d loi du cine qui avait été me l'emprunter en bibliothèque alors que je n'étais pas à Paris.
Jean-Pierre Guéno, Paroles d'exode, Lettres et témoignages des Français sur les routes (mai-juin 1940), Editions J'ai lu, Librio 3 euros N°1152 (nouvelle édition), 2023, 115 pages
La première édition de cet ouvrage remonte à 2015, même si seule la mention que "cet ouvrage est d'un appel à témoignages initié par Christian Carion et Nord-Ouest Films pour le film En mai, fais ce qu'il te plaît et enrichi par Jean-Pierre Guéno" permet de le deviner (le film est sorti en 2015). La page wikip' concernant le film donne la rédaction suivante de cet appel à témoin: « J'ai besoin de vous, de vos témoignages sur ces semaines où tout a basculé. Ce film sera le vôtre en quelque sorte car j'essaierai de me nourrir le mieux possible de ce que vos anciens ou vous-même avez gardé en mémoire ». Il semble avoir surtout concerné les habitants de la Picardie? Cela me permet d'appuyer mon respect de la consigne "européenne", puisque plusieurs des témoins cités viennent de Belgique.
Bon, souvent, quand mon billet ne "jaillit" pas d'un seul jet mais ressort du syndrome de l'écran blanc, j'utilise le "truc" de commencer par m'appuyer sur une "description matérielle". Allons-y. Le livre se présente sous la forme de cinq parties, à l'intérieur desquelles chaque "journée" forme un chapitre qui comporte entre un et neuf témoignages. L'"Index des témoins" (p.119) comporte 33 noms. Quand un même "témoin" revient sur plusieurs journées, chaque écrit est incrémenté (le chiffre le plus élevé étant "[16]", pour un premier témoignage le vendredi 10 mai 1940 et un dernier le dimanche 30 juin. Mais cette dernière date n'est pas la plus tardive: on a un "[12]" le 30 juillet, et un isolat le 30 août.
Ce "recueil" donc s'ouvre par un premier chapitre à contribution unique, titré "L'appel prémonitoire". Il est constitué d'un extrait de l'avertissement rédigé par le colonel Charles de Gaulle en date du 26 janvier 1940, dans un mémorandum "secret" (L’Avènement de la force mécanique) adressé à quelque 80 "décideurs", qui, durant cette "drôle de guerre" immobile, prédisait que "le conflit présent sera, tôt ou tard, marqué par des mouvements, des surprises, des irruptions, des poursuites, dont l'ampleur et la rapidité dépasseront celles des plus fulgurants événements du passé". Une signature prestigieuse donne donc le ton (même si la source est imparfaitement titrée dans l'ouvrage). Bizarrement, Charles de Gaulle figure dans la liste des "témoins", mais ni dans la bibliographie (20 auteurs, dont J.-P. Guéno pour trois ouvrages à lui seul), ni dans les "sources et crédits"(?) où l'on découvre incidemment le nom de Julien Blanc-Gras associé à l'un des témoignages (?).
L'action débute véritablement dans le deuxième chapitre (titré "L'attaque allemande" (vendredi 10 mai 1940, sept témoignages). Les "Chleus" attaquent, mais nul (en Belgique ou dans le Département du Nord) ne doute d'une résistance efficace voire victorieuse.
Les choses intéressantes (déplacements, voyages!) commencent dans le chapitre III titré "Exode, première vague" (11 au 31 mai, 44 textes divers et variés par 16 auteurs différents [+ un "communiqué officiel" (p.27) en date du 15 juin du gouverneur militaire de Paris, qui à mon avis tombe comme un cheveu sur la soupe dans cet ouvrage: un bon élément de contexte, mais plutôt "hors sujet" par rapport au sous-titre de l'ouvrage]. Chaque jour, les conditions empirent.
Le chapitre IV est titré Exode: combats, débâcle et raz-de-marée Juin 1940 couvre la période du 7 au 22 juin et regroupe 40 extraits. On y voit apparaître neuf nouveaux témoins (jusqu'à Jean Moulin lui-même!). Il m'a amené à la réflexion que le parti pris du découpage quotidien est intéressant mais peut s'avérer peut-être quelque peu artificiel, dans la mesure où, à la même date, certains se mettent tout juste en route alors que d'autres étaient sur les chemins depuis plusieurs jours. Les premiers avaient été bien accueillis, quand les derniers trouvaient des ressources épuisées et des locaux blasés, des campagnes désertifiées et où il est difficile de trouver à se nourrir...
Le cinquième et dernier chapitre, La fin de l'exode, va du 23 juin au 30 août (déjà signalé), ne contient que neuf contributions. Il intègre un extrait de discours de Pétain du 11 juillet qui annonce les thèmes de la "révolution nationale". Il livre un aperçu des réactions (variées) à l'Armistice, des préparatifs de retour, des retrouvailles, avec le constat des dégâts causés dans les maisons abandonnées...
Dans cette compilation de 101 "fragments" (si j'ai bien compté), apparaissent bien de nombreux moyens de déplacement. Côté chemin de fer, sauf erreur de ma part, l'ouvrage fait plutôt état de gares bombardées que de trains en circulation. Pour le reste, je vais me permettre de citer des extraits de la citation de Pierre Mendès France (p.19): "Dans les premiers jours, nous avons vu passer de somptueuses et rapides voitures américaines conduites par des chauffeurs en livrées (...). Puis sont venues des voitures moins brillantes, moins neuves (surmontées de matelas multicolores) dont les conducteurs, des petits-bourgeois, généralement accompagnés de leurs familles, avaient souvent besoin de nous. Un ou deux jours plus tard, et ce furent le plus incroyables guimbardes, des voitures d'un autre âge, sorties d'on ne sait quels hangars et utilisées à défaut d'autre moyen de fuite. (...) Puis vinrent les cyclistes, jeunes pour la plupart (...). Il y avait aussi des piétons, parfois des familles entières, lui, un baluchon sur l'épaule, elle, poussant une charrette ou une voiture d'enfants. (...) En dernier lieu vinrent les lourdes voitures attelées des paysans du Nord; elles avançaient au pas, chargées de malades, d'enfants, de vieillards, de matériel agricole, de meubles". Tout est dit ici, le reste n'est que littérature. Et ce qui m'a frappé, c'est la part belle faite, dans cet ouvrage censé donné la parole aux "anonymes", à des "signatures" de prestige (PMF donc, de Gaulle, Jean Moulin, Pétain). Il y a aussi moult extraits de livres déjà publiés (des récits publiés sur le moment, ou des "souvenirs d'enfance"), et finalement peu d'inédits? J'ai découvert Lucien Rebatet, à la plume dure et souvent outrancière (4 extraits). Oh, le monsieur (un sous-Céline?) écrit fort bien. Mais pourquoi l'avoir choisi, lui, avec son mépris visible pour ces populations en exode?
Je me suis aussi étonné de ne pas voir cité Cavanna (que j'ai moi-même découvert récemment), qui a écrit tout un chapitre, signé Pour le Tsar! (pp.53-115) sur son "aller et retour pour rien" à vélo de Paris vers Bordeaux, le parcours étant stoppé du côté de Saint-Amand-Montrond [Cher - 18] (au retour, les copains se foutent de sa gueule: "Aller si loin pour se faire rattraper, merde! Moi, je trouve que ça valait le coup"). Dans un ouvrage titré Les Ruskoffs, c'est sûr qu'il n'allait pas écrire "Pour le roi de Prusse!"... Je vais me permettre de citer les conditions de son départ sur les routes à 17 ans, alors qu'il était employé dans un bureau de poste parisien (p.55). Trois jours avant [= vers le 13 ou le 14 juin, par là], le receveur du bureau de poste de la rue Mercoeur, près du métro Charonne, fait rassembler tout le monde, tri, guichet, facteurs, télégraphistes, tout le monde, et il dit: "Les Boches sont à Meaux; Foncez chacun chez vous chercher vos affaires, le strict minimum. Dans trois heures, un autocar vous emmène tous vers le Sud. Ordre de l'Administration. Ceux qui refuseront de partir encourront des sanctions pouvant aller jusqu'au licenciement. Sans préjuger des poursuites devant les tribunaux militaires. N'oubliez pas que nous sommes réquisitionnés". Mais pas de car (attendu en vain): à 14 h, le receveur ordonne alors de partir par ses propres moyens (train, à pied en espérant trouver une voiture qui acceptera de les prendre...). Pour Cavanna, c'est son beau vélo personnel. Point de ralliement prévu: Bordeaux, la poste centrale...
Pour ma part, j'avais découvert des écrits sur l'Exode en lisant, il y a entre 40 et 45 ans, le livre Compagnons de l'honneur du colonel Rémy, dont le premier chapitre est axé sur Le pont de Gien, goulet d'étranglement pour ceux (civils et militaires) qui cherchaient, du 12 au 17 juin, à passer sur la rive gauche de la Loire (sous les bombes et les mitraillages)... Ce titre (mon exemplaire "poche" date de 1970, l'ouvrage original était paru en 1966) fait partie de ceux que j'ai lus et relus lors de nos "voyages familiaux" en Grèce, où je n'avais le droit d'emporter qu'un voire deux livres de poches dans mon sac à dos (j'en revenais en le sachant à peu près par coeur).
Je crois me souvenir aussi qu'une de mes grand-mères m'avait parlé d'une aïeule de notre famille, traumatisée en 1940 par l'exode, parce que c'était sa troisième fuite devant les envahisseurs "alboches" ou "teutons" (guerre de 1870, 1914, et 1940)... Je ne suis pas sûr par contre que cette vieille dame avait survécu à l'Occupation. Ceci m'avait été raconté, à moi, dans le dernier quart du XXe siècle.
Mais revenons à Paroles d'exode. Bien sûr, il ne fallait pas en attendre trop d'un ouvrage "grand public" de 115 pages vendu (neuf) 3 euros (je l'ai déniché d'occasion...). Directeur de collection chez Librio, Jean-Pierre Guéno semble avoir creusé jusqu'à plus soif son concept, dans une quinzaine d'ouvrages (de compilations, je présume, faute d'avoir lu les autres). Je ne dis pas que mon impression d'"aurait pu mieux faire" ne relève pas d'une part de jalousie en me disant que, moi, j'aurais pu au moins faire aussi bien, avec du temps et du réseau (bravo à lui pour avoir vendu trois millions d'exemplaires de Paroles de poilus!). Il est sûrement un bon compilateur, mais je n'ai pas réussi à trouver de thèses de doctorat en Histoire qu'il aurait dirigées (un critère de qualité d'un "chercheur" en Histoire pour moi - déformation familiale sans doute...).
pp.116-118 figure une "chronologie" très sommaire, dont on peut ne retenir que trois dates. 10 mai: "Première vague de l'exode: les populations du Nord et de l'Est, deux millions de Belges, de Hollandais, de Luxembourgeois et deux millions de Français fuient vers le sud". 8 juin: "Le front français est complètement disloqué. Exode des civils français du nord vers le sud" [pas de chiffre]. 14 juin: "Les Allemands entre dans Paris, déclaré "ville ouverte"".
Bref, je considère que cet opuscule peut constituer un bon ouvrage introductif et un livre certainement utile pour tous ceux qui ne connaissaient absolument rien du sujet (l'Exode de juin 1940), en donnant, espérons-le, envie d'approfondir cette histoire qui avait jeté plusieurs millions de personnes sur les routes pour des trajets par tous moyens sur parfois des centaines de kilomètres depuis leur point de départ!
Je n'ai pas trouvé de blogs ayant parlé de Paroles d'exode, mais me réserve la possibilité d'en rajouter le cas échéant.
J'ai bien apprécié ce petit film de l'été qui lorgne vers les frères Coen ou Quentin Tarantino mais qui a son style propre. Last Stop : Yuma County de Francis Gallupi nous transporte dans les années 60 ou 70 dans un café (avec un air conditionné en panne) accolé à une station service qui est en rupture d'essence. La prochaine station se trouve à 150 km. A un moment, on voit que le camion-citerne n'est pas près d'arriver. Un VRP en couteaux arrive le premier dans le café (dinner en anglais) tenu par une serveuse charmante épouse du shérif du comté voisin (un peu balourd). D'autres clients suivent. Ils risquent d'attendre longtemps. En particulier, deux braqueurs de banque; ils ont dérobé 700 000 dollars et leur voiture verte est bien amochée. Un jeune couple va semer le chaos par un malheureux concours de circonstances où l'on se rend compte que les Américains vivent avec une arme à la main (ou presque). Sur la fin, il y a un jeu de massacre assez réjouissant selon moi, même si tout le monde ne mérite pas son sort. Je vous laisse découvrir quel sera le bilan final. Un film que je recommande pendant cette période avec peu de sorties passionnantes. Lire les billets de Selenie et Marcorèle.
Voici encore un Jules Verne qui pour moi (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) répond aux mêmes caractéristiques que Les frères Kip: une oeuvre qui n'était pas disponible en Livre de Poche dans les années 1970-1980, un livre qui existait pourtant en Bibliothèque verte (pour la jeunesse - avec éventuellement des coupes dans le texte?), et enfin une aventure maritime. Après avoir repéré ce titre (une fois), il ne restait plus qu'à me le procurer (deux petits achats "d'occasion" sur internet... - car il en a existé deux éditions différentes!).
Jules Verne, Le serpent de mer [titre de l'oeuvre originale: Histoires de Jean-Marie Cabidoulin]
Bibliothèque verte, 1937, 251 pages (illustrations de Henri Faivre) puis
Bibliothèque verte N°228, 1963, 252 pages (illustration de François Batet)
Les Histoires de Jean-Marie Cabidoulin, roman qui était à l'état achevé en 1899, a été publié en feuilleton puis en volume en 1901. Le héros éponyme (dont le nom n'était peut-être pas assez "accrocheur"? C'est vrai que Grant, Robur ou Nemo sont plus "frappants") est un tonnelier qu'un capitaine à court de personnel convainc de s'engager pour une ultime campagne de pêche à la baleine au départ du Havre. Le bonhomme était réticent, pensant avoir vu tout ce qu'il y avait à voir pour satisfaire sa curiosité, et ayant le pressentiment qu'il lui arriverait des choses qui ne lui sont pas encore arrivées... qu'il finirait par voir quelque terrible monstre... le grand serpent de mer... Bref, dans le chapitre II, le voici à bord du Saint-Enoch (trois-mâts carré de 550 tonneaux, commandé par le capitaine Bourcart avec un équipage de 34 hommes, lui compris). Ce départ a lieu le 7 novembre 1863 pour une campagne qui devrait durer plusieurs années...
Avant d'en raconter davantage, quelques mots sur la "présentation matérielle" de ces bouquins. L'édition de 1937 ne comporte aucune petite illustration, cependant que les huit illustrations "pleine page" sont paginées avec le reste. Je ne me suis pas procuré un exemplaire possédant encore sa fragile jaquette en papier.
Dans l'édition de 1963, chacun des 15 chapitres commence par une illustration d'un tiers de page, les illustrations en couleurs sont "hors pagination", et on trouve quelques autres petites illustrations en noir et blanc lorsque le "calibrage" du chapitre le permet.
Notons que la typographie est pratiquement la même d'une édition sur l'autre (à l'exception de l'emploi des guillemets à chaque paragraphe d'un récit - ou non: des usages qui ont changé? [pp.70-72 à comparer]), les seuls "décalages" de pagination étant dûs aux illustrations de 1963. Henri Faivre (qui ne bénéficie aujourd'hui pas d'une page wikipedia en français?) a illustré nombre d'ouvrages de la bibliothèque verte, de Jules Verne ou non (1) et semble avoir exercé son activité des années 1930 à 1960 environ. J'ai appris par contre que François Batet était le pseudonyme de l'Espagnol Francisco Batet Pellejero (1921-2015). J'avais découvert son style de dessin il doit y avoir un demi-siècle, en lisant Les cinq sous de Lavarède et autres romans de Paul d'Ivoi...
Bref, reprenons notre voyage. Le Saint-Enoch va doubler le cap de Bonne-Espérance (pointe de l'Afrique) pour se rendre dans le Pacifique, sans avoir eu l'occasion d'entamer sa campagne de pêche (ou de chasse), pour atteindre le sud de la Nouvelle-Zélande le 15 février [1864] (fin du chap.II). Le récit est lent, au rythme de la vie quotidienne d'un équipage de navire du XIXe siècle, avec souvent des traversées de plusieurs semaines pour aller (à la voile!) d'un point A à un point B... en espérant y rencontrer les baleines (les proies!). Chasse que Jules Verne avait déjà évoquée dans Un capitaine de quinze ans et dans 20 000 lieues sous les mers. La narration est de temps en temps interrompue par les prédictions (élucubrations?) de notre tonnelier, occasion de faire un point sur les "apparitions" recensées de serpents de mer: pp.70-72, une énumération de navires ayant cru rencontrer le grand serpent de mer se conclut en... 1875! Inattention de Jules Verne? S'il avait dû faire commencer sa fiction en 1863, je pense que c'est que le port du Havre a renoncé à armer des navires pour la chasse à la baleine en 1868.
Relevons quelques épisodes marquants: pp.60-64, un homme à la mer en pleine tempête est sauvé alors qu'un requin allait l'engloutir. S'ensuit la capture de ce dernier (impression de déjà-lu... dans Les enfants du capitaine Grant, lors de la découverte de la fameuse bouteille qui contient un message). p.74, un navire étranger qui ne rend pas le salut (drapeau) ne peut être qu'un Anglais! On le retrouvera plus tard. p.86, un navire américain donne au contraire l'excellent conseil d'aller vendre la cargaison (des baleines ont été capturées, leur huile a été extraite...) à Vancouver (en évitant l'aller-retour vers Le Havre): cela (m'a) fait prendre conscience que cette "chasse" ne visait pas à procurer des "matières premières" indispensables à la France et à son industrie, mais bien à générer des profits financiers...). p.103: on découvre que l'or de la région de Vancouver coûte cher: les mineurs prétendent que, pour en récolter un dollar, il faut en dépenser deux! Je noterai encore que quand le matelot Rollat est précipité à la mer depuis la mâture, faute d'avoir été prévenu d'une manoeuvre (p.130), cela apparaît comme un "incident de mer" et c'est tout (aucune "recherche en responsabilité" n'est évoquée).
Et le serpent de mer, me direz-vous? p.124, le tonnelier est bien mortifié quand une baleinière prouve que le "monstre" n'est... qu'une algue gigantesque. Cependant, pourquoi trouve-t-on de moins en moins de baleines, si ce n'est sous forme de cadavres aux blessures béantes? Comment un navire peut-il disparaître tout à coup en entraînant une partie de son équipage avec lui? Comment un autre peut-il s'échouer là où aucun écueil n'était connu, avant d'être désemparé et entrainé par une force irrésistible jusqu'à la banquise? Quand (p.251 ou 252) l'équipage du Saint-Enoch finit par regagner son port d'attache (vraisemblablement début 1865, si j'ai bien compté), qu'on ne vienne pas laisser entendre à Jean-Marie Cabidoulin qu'il s'est frotté à une éruption sous-marine suivie d'un tsunami: il reste persuadé d'avoir "vu la bête" (et jure bien qu'on ne l'y prendra plus à naviguer).
On peut trouver facilement le texte en .pdf, le livre original semble aussi exister en audiolivre (avis aux amateurs). Pour l'anecdote, j'ai vu qu'en décembre 2023, le département de Seine-Maritime (76) offrait une réédition du roman Le serpent de mer à chaque collégien. Le budget de cette opération, commencée en 2022 avec L'aiguille creuse de Maurice Leblanc, semble être de 100 000 euros. En 2024, a suivi le conte La belle et la bête de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont (je n'ai rien trouvé pour 2025).
Avec Le luth d'ébène de Panagiotis Agapitos (Editions Anacharsis, collection Griffe fiction, 414 pages), je me suis retrouvée en mai 832 à Césarée en Cappadoce où j'ai fait la connaissance de Léon le protospathaire (premier porte-glaive). Le roman a été publié en 2013 et l'édition de poche est de 2025. L'ouvrage débute avec une carte des régions orientales de l'empire byzantin au IXème siècle puis on a une longue liste des personnages du roman. Le roman lui-même est suivi d'une postface de l'écrivain (un historien spécialiste du monde et de la littérature byzantine) et enfin un glossaire très utile auquel je me suis souvent reportée.
Je dis tout de suite que le roman m'a plu malgré les nombreux personnages et surtout leur titre et fonction dont je n'étais pas familière. A la demande de l'Empereur de Byzance Théophile, Léon a été envoyé en mission comme ambassadeur près du calife de Bagdad pour négocier la paix. Il fait une halte de quelques jours à Césarée de Cappadoce (aujourd'hui Kaysari en Turquie) où le désordre règne et surtout où un drame affreux vient de se produire, le corps d'Euphrossini, la fille du juge, est retrouvé. Elle a été violentée et étranglée. Le stratège Nikiphoros Anthrakas (un officier supérieur, membre du sénat et gouverneur de Césarée) demande à Léon de mener l'enquête. Léon est un homme surprenant qui n'hésite pas à se déguiser. C'est lui qui joue du luth. J'ai trouvé ce roman dépaysant et l'enquête bien menée. Un roman que je recommande. C'est le premier volume d'une trilogie.
En quittant Vaison-la-Romaine, on s'est dirigé vers le Pont du Gard. Je suis allée directement vers la rive droite du pont où se trouve le musée et l'entrée principale. En 2019, lors de ma première visite, je n'avais pu aller que sur la rive gauche du pont. La rive droite était neutralisée à cause de la visite d'un ministre. J'avoue qu'il y a 6 ans, j'avais été éblouie par ma première vision de ce pont, tandis que cette fois-ci, j'ai été presque déçue avec toute la végétation qui le dissimule en partie quand on s'approche. Sur la rive gauche, on le voit mieux. Et par rapport à ma première visite, il y avait beaucoup de monde. Toujours est-il que j'ai enfin fait la visite du canal tout en haut du pont où passait l'eau qui provenait d'une source près Uzès et qui parcourait 50 km jusqu'à un Château d'Eau à Nîmes. L'eau alimentait la ville de Nîmes, en particulier les thermes. Je rappelle que le pont du Gard est une partie d'un aqueduc romain construit sous Neron ou Claude et que la construction de ce monument a duré cinq ans.
Cette carte est une citation extraite (p.3) d'une brochure Le pont du Gard, Editions Ajax (2004), que nous nous sommes procurés dans une librairie d'Uzès.
Dans le canal que l'on a parcouru sur une longueur de plusieurs centaines de mètres à la queue-leu-leu sans s'arrêter, on a pu voir les dépôts de calcaire vieux de presque 2000 ans.
L'aqueduc est resté opérationnel pendant presque 500 ans.
A Uzès qui se situe à 12 km du pont, nous avons séjourné plus d'une journée et on a pu parcourir cette petite ville sympathique qualifiée de "premier duché de France" depuis Charles IX qui l'avait attribué à Antoine de Crussol (un protestant), 1er Duc D'Uzès en 1565. Quelques photos de cette ville.
Cathédrale Saint-Theodorit
Place aux herbes
Le château des ducs d'Uzès qui est en partie privé
Mon ami Ta d loi du cine a monté (sans échauffement) les 135 marches de la tour rectangulaire. Il a mis trois jours pour s'en remettre. Il avait mal au niveau des muscles des cuisses. Moi, je n'ai même pas essayé.
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) suis passé il y a déjà quelque temps à la BnF (Bibliothèque nationale de France), avec un collègue (hors temps de travail), parce que j'y avais repéré une exposition intéressante (dans le cadre de mes "hommages du 7"). Mais peut-être que tout le monde, aujourd'hui, ne sait plus qui était GéBé?
C'était le pseudonyme que s'était choisi Georges Blondeaux (1929-2004), qui a commencé à publier ses dessins dans le journal de la SNCF (où il travaillait) La vie du rail, avant de quitter la société nationale des chemins de fer français pour vivre de sa plume comme dessinateur de presse en 1960. Avec Cavanna, le Professeur Choron, et d'autres, il a fait notamment partie de l'aventure de Charlie Hebdo "première époque" (celle qui prend fin en 1982). Il a été jusqu'à son décès Directeur de la publication (étant l'un des principaux actionnaires) de Charlie Hebdo quand celui-ci renaît en 1992. Entretemps et parallèlement, il a mené une carrière d'illustrateur et de dessinateur pour bien d'autres employeurs et titres de presse.
Les 16 panneaux de l'exposition, titrée "Un génie du dessin de presse", en donnent un aperçu très diversifié. L'exposition, visible sur le site François Mitterrand [75013] (en entrée libre [gratuit]) a débuté le 6 mai et dure jusqu'au 19 octobre 2025. Pour plus d'informations, voir le site de la BnF.
Un bon dessin valant mieux qu'un long discours, place à quelques photos des panneaux que mon collègue a eu l'amabilité de capter sur ma demande (j'avais oublié mon appareil!).
Esprit... léger des années 1950 ou 1960?
Zazie s'avère plutôt contestataire...
La société sens dessus-dessous... Bien vu, non?
Et voici (ci-dessous) Charlie Hebdo, en fin des années 1970...
Sur le dessin-projet ci-dessous comme sur la photo ci-dessus, on reconnaissait déjà le Professeur Choron. Je ne suis pas capable d'identifier les deux comparses.
Jolie affiche!
Couverture d'un livre...
...J'ai acheté un autre de ses ouvrages à la librairie de la BnF, je suppose que j'en parlerai un mois ou l'autre (Gébé, Les hommes portaient des chapeaux).
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Je vais dire deux mots de deux autres expositions, que dasola et moi avons visitées lors de notre voyage estival. Elle sont visibles au Centre international de la Caricature, du Dessin de presse et d'humour, à l'espace Loup, à Saint-Just-Le-Martel, près de Limoges (87), et mettent à l'honneur Tignous ["Tignous Forever"] et Siné ["Attention, j'arrive!"], lui aussi ancien collaborateur de Charlie Hebdo jusqu'à son licenciement en 2008 par Patrice Val, alors directeur de la publication). Les deux expositions se terminent le 14 août 2025. C'est dasola qui a pris les deux photos ci-dessous de dessins signés Tignous.
Pour ma part, j'ai acheté sur place Si tu meurs, je te tue, de Chloé Verlhac (la veuve de Tignous et la "commissaire" de son exposition): encore un titre que je chroniquerai un mois ou l'autre...
Gangs of Taïwan de Keff est un premier film qui ne m'a pas déplu, même si je l'ai trouvé un peu long. L'action aurait pu être plus resserrée. Le film dure plus de 2h. Néanmoins, l'histoire est prenante. Elle se passe en juillet 2019 à Taipei, capitale de Taïwan. Des gangs de jeunes taïwanais rackettent certains commerçants. Parmi ces jeunes, il y a Zhong-Han, un grand jeune homme muet mais pas sourd. Le jour, il aide un couple qui l'a pratiquement adopté. Le couple tient un petit restaurant qui vivote mais ne perd pas d'argent. Ce restaurant existe depuis 70 ans. Mais un jour, le propriétaire des murs vend le restaurant à un homme d'affaires véreux. Ce dernier quadruple le montant du loyer et en même temps, il fait une offre pour que le couple quitte les lieux le plus rapidement possible. Ha-Rong, le restaurateur, accompagné par Zhong-Han, refuse avec courage la proposition. Et c'est à partir de ce moment que les choses vont aller de mal en pis pour Ha-Rong et sa femme. Zhong-Han assiste impuissant à tout ce qui arrive jusqu'à ce qu'il prenne une décision radicale. J'avais deviné l'issue de cette histoire avec quelques flottements mais c'est bien joué et j'ai aimé le personnage de Ha-Rong qui est très humain. Un premier film réussi. Keff est un réalisateur américano-taÏwanais à suivre. Lire le billet de Selenie.
Pendant nos quatre jours à Vaison-la-Romaine (située dans le Vaucluse), on a un peu rayonné. On a été à Nyons (qui elle, est située dans la Drôme), ville qui est renommée pour ses olives AOP (appellation d'origine protégée) et son huile d'olive (aussi marquée AOP sur la bouteille en photo).
On a visité un musée intéressant qui regroupe des machines anciennes qui permettaient de faire de l'huile d'olive.
On nous a expliqué que des olives vertes sont des olives cueillies pas mûres. Mais aussi que certaines peuvent être teintes pour devenir des olives noires grâce à des bains de potasse ou de soude. Mais le goût n'est évidemment pas le même que celui des olives cueillies à maturité comme s'enorgueillit de le faire Nyons.
A Nyons, juste à côté de ce musée, il y a un très beau pont roman à arche unique sur la rivière Eygues achevé en 1409.
Nyons est la ville natale de René Barjavel (1911-1985). La ville a gardé comme lieu de mémoire la boulangerie de ses parents.
Et quand on n'a pas peur de monter des rues pentues avec des escaliers, on peut admirer la Tour Randonne datant du XIIIème siècle qui fut une prison. Depuis le XIXème siècle, elle a été transformée en chapelle.
Avant de quitter la région de Vaison pour nous diriger vers le Pont du Gard, nous nous sommes arrêtés à Seguret, joli petit village ayant le label "plus beau village de France".
Un château en ruines domine le village mais on n'a pas réussi à le trouver car il fallait grimper un chemin de "chèvres" et on n'était pas équipé avec les bonnes chaussures.
Suite du voyage dans un prochain billet.
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