J'ai constaté que Kontinental '25 du Roumain Radu Jude (qui a été récompensé de l'ours d'argent du meilleur scénario à la Berlinale 2025) ne se donnait que dans deux salles dans Paris intra-muros la semaine de sa sortie et c'est un peu dommage. Je ne connais aucun autre film de ce réalisateur. Kontinental '25 se déroule à Cluj en Transylvanie dans un parc d'attractions désert avec des T-Rex et autres dinosaures en plastique. Seul un homme misérable, Ionescu, qui parle tout seul, arpente cet endroit avant de quémander un peu de monnaie, de se nourrir comme il peut et de retourner dans un sous-sol obscur pour y dormir. Il a une semaine pour quitter les lieux. Orsolya, l'huissière, est désolée mais elle ne peut rien pour lui à part l'aider à trouver un autre logement. Ionescu se pend à un radiateur. Orsolya s'en veut, elle se sent coupable de ce suicide. Pendant tout le reste du film, plutôt que de partir en voyage avec son mari et ses enfants, elle se lamente auprès de différentes personnes dont une collègue, ainsi qu'auprès de sa mère et d'un prêtre orthodoxe. Elle rencontre un de ses anciens élèves devenu livreur (genre Uber) après qu'il ait suivi des études de droit. Ce film m'a permis d'apprendre qu'avant d'être roumaine, la Transylvanie était hongroise. D'ailleurs Orsolya qui parle roumain, magyar et allemand est issue de la minorité hongroise. Mais elle ne veut pas partir en Hongrie à cause de Victor Orban. Il est dit aussi que le PIB de Roumanie est supérieur à celui de la Hongrie. Le bâtiment qu'occupait Ionescu doit être démoli pour être remplacé par un hôtel de luxe. Les derniers plans du film nous montrent que Cluj est en partie aux mains de promoteurs immobiliers qui construisent à tout-va. Le film est intéressant mais j'ai trouvé le personnage principal un peu geignard.
Cette fois, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) crois que j'ai réussi un petit miracle: parler d'un livre dont, sauf erreur de ma part, il n'existe pas d'édition "à compte d'éditeur" en traduction française intégrale... Il s'agit d'un titre qui me paraît pouvoir tenir sa place dans le challenge Book trip en mer (saison 2) de Fanja, et je pense qu'on peut encore se le procurer d'occasion sur internet, dans l'édition que j'ai lue. Pour ma part, je l'ai déniché dans l'une des "bibliothèques partagées de hall d'immeuble" que je fréquente.
Marie Herbert, Le Robinson des glaces (traduction par Denise Hélié de Winter of the white Seal, 1982), in Sélection du Livre, éd. Sélection du Reader's Digest, janvier 1986, 480 pages (2e oeuvre sur 4 contenues dans le volume, pp.128-223)
Le livre à la première personne commence un peu comme Robinson Crusoé: un jeune homme (Jonathan Horn) "a pris la funeste décision de quitter le toit familial pour courir de par le monde". Mais là, nous sommes en 1818 et le jeune homme (fils unique d'un riche armateur qui lui refusait l'autorisation de naviguer) est né en 1798 à Liverpool. Parti à Londres, il comprend trop tard que le navire sur lequel il s'est engagé les yeux fermés, le Moonraker [décidément! Cf. mon billet du 30/08/2025] est équipé pour la chasse aux phoques. Il se retrouve en vue de la Georgie du Sud (sud de l'Atlantique). Apparemment, il n'a pas bien profité de ses études de comptabilité, quand il note que, ayant droit au cent-vingtième du bénéfice, il a droit au produit d'une peau de phoque sur 120 (confusion entre "chiffre d'affaires" et "bénéfice", disons!). Comme une flottille de navire occupe déjà la plupart des "territoires de chasse", leur bateau poursuit sa route vers le nord à la recherche d'une plage sans concurrence (ils cherchent des éléphants de mer pour leur graisse et des otaries principalement pour leur fourrure). Quelques pages décrivent les opérations - avant une attaque de matelots hollandais, au cours de laquelle notre héros renverse le chaudron d'huile bouillante, ce qui met fin au combat! Au bout de 18 jours, après avoir "épuisé" une seconde plage, ils se dirigent vers le cap Horn. Après des jours et des jours de navigation, le 22 novembre 1818, ils jettent l'ancre dans une baie, et le lendemain trouvent une presqu'ile "où des milliers de pinnipèdes se prélassaient sur les plages".
Notre matelot (affecté au débitage du lard) est charmé par "(...) une magnifique femelle à la fourrure blanche allaitant son petit dont le pelage était également blanc". Alors qu'un coup de feu enjoint aux marins à terre de rejoindre le bateau, Jonathan essaye d'empêcher un de ses compagnons de tuer "la bête superbe", et se fait assommer. Il revient à lui au milieu des phoques et la tempête fait rage. Il lui reste le chaudron, les tonneaux à graisse, les vivres prévus pour l'équipe d'abattage à terre, aucune allumette... mais le feu sous le chaudron, par chance, n'est pas totalement éteint: de quoi survivre, car le Moonraker ne reviendra jamais le chercher. Le bateau a manifestement coulé durant la tempête, et Jonathan n'en retrouvera sur la plage qu'une chaloupe échouée, deux cadavres et quelques épaves. Pour rallumer son feu, il utilisera le même moyen qu'un héros de Jules Verne: une lentille taillée dans la glace translucide et les rayons du soleil! Et nous en sommes à la fin du chapitre 3 (p.157).
À la fin du chapitre 10 (p.222), Jonathan semble sur le point d'être ramené à la civilisation par un navire qui aborde par hasard son île. Nous sommes en janvier 1820, plus d'un an a passé (description de la vie quotidienne: explorer et exploiter les maigres ressources locales, se nourrir...). Bien serrés afin de se tenir chaud, il s'est retrouvé à partager sa couche durant tout l'hiver (ant)arctique avec le jeune phoque albinos qu'il avait une nouvelle fois sauvé et appelé Gribouille. Mais la morale est sauve, c'était une femelle! Bref, je suis ressorti de cette lecture tenaillé, bien entendu, par l'envie de savoir ce que pouvait être l'oeuvre "non condensée".
Je n'ai malheureusement pas trouvé d'autre édition en français de ce livre (Winter of the white Seal)que l'édition "condensée" pour laquelle Sélection du Reader's Digest avait dû payer des droits, je suppose. En regardant la fiche de l'Irlandaise Marie Herbert sur wikipedia en anglais (consulté le 28 septembre 2025), je me suis demandé s'il n'y aurait pas eu abandon d'un projet éditorial puisque c'est à peu près le moment où l'auteure a vécu une tragédie familiale? Mais, faute d'informations, ce n'est qu'une supposition de ma part bien entendu.
Cerise sur le gâteau: je n'avais même pas fait attention quand j'avais pris le volume en main qu'un autre des quatre titres qu'il contenait parlait aussi de bateaux: un autre livre condensé (mais cette fois-ci, la "version complète" en existe puisqu'il s'agit d'un roman français [qui venait d'être édité chez Grasset en 1985]). Un exemplaire du roman est disponible en "réserve centrale" des bibliothèques parisiennes!
Jacques Duquesne, Alice van Meulen (même volume, 1ère oeuvre sur 4, pp.11-126) [Edition originale: Bernard Grasset, 1985, 274 pages]
Après avoir lu ces pages, j'ai pensé à (du) Pierre Benoit, d'autant plus avec ce prénom qui commence par un "A". Alice van Meulen, qui donne son nom au roman, est l'un des personnages du livre, mais je ne sais pas si elle en est vraiment, ou non, l'héroïne principale. Dans son roman publié en 1985, le journaliste-romancier Jacques Duquesne (1930-2023) situe son intrigue un peu plus d'un siècle plus tôt, en 1880, dans les débuts de la Troisième République donc. À l'époque, la Commune de Paris remonte à moins de 10 ans, les grandes lois (Enseignement primaire [Jules Ferry, 1881-1882], Presse [1881], liberté syndicale [Waldeck-Rousseau, 1884]) n'ont, comme chacun sait, pas encore été promulguées, et l'Etat ne s'est pas encore séparé de l'Eglise. Le romancier aborde dans son ouvrage, à sa manière (il y a 40 ans tout d'même!) les thèmes de la romance, de la place de la femme dans la société, voire de l'intégration des enfants "différents". Mais commençons par le début.
Au large de Dunkerque, dans la nuit et la tempête, le canot insubmersible de l'Association Dunkerquoise du sauvetage en mer sauve deux passagers d'un schooner en détresse (qui les avait amenés à sortir) et croise durant cette sortie en mer un navire bizarre. Dans le même (premier) chapitre, nous sont présentés Pierre Vandromme, propriétaire d'un chantier de construction navale, et Alice van Meulen, veuve d'un brasseur de l'entreprise duquel elle a repris fermement les rênes et mère d'un jeune garçon (Félicien, l'héritier, 6 ou 7 ans) qu'elle couve (et étouffe), qui se croisent pour la première fois dans un bal masqué à Lille. Lui va se trouver en butte au soupçon d'avoir fait construire par son chantier un navire servant à la contrebande du tabac (un coup monté qui se résoudra dans les dernières pages), elle va trouver toutes les raisons du monde pour lui courir après (jusqu'à le demander en mariage - incroyable pour l'époque!), même s'il a une maîtresse (Mathilde, rescapée du naufrage du schooner où elle était passagère, de retour des "Iles" après un séjour de 3 ans). Ajoutons l'histoire d'une maquette de bateau offerte au jeune Félicien, qui la fracassera dans un accès de rage, l'histoire de Jean Bart (Dunkerquois) contée à l'enfant, de même que les aventures de la mère de Pierre, du temps où elle naviguait à bord du navire de son capitaine de mari (père de Pierre), avant la création du chantier naval... et l'on voit que navire et mer sont largement présents dans l'histoire. Je ne savais pas que dessiner des moustaches à la figure de proue féminine d'un bateau (de pêche) était la pire insulte possible contre un capitaine (p.73). Côté "romance", j'ai apprécié à sa juste valeur la scène de rupture avec la maîtresse (pp.60-61). "- Je ne viendrai plus, Mathilde. (...) Elle s'était laissée tomber à ses pieds, les mains sur les oreilles, pour ne rien entendre. Il allait donner des raisons, bien sûr - les hommes donnent toujours des raisons: comme si les raisons avaient un sens, comme si les raisons étaient des excuses, comme si elles cicatrisaient les plaies, empêchaient le mal, et permettaient d'oublier. Au diable, les raisons! (...)
- Dehors! Elle s'était relevée, le repoussait.
- Ne renverse pas les rôles. Ce n'est pas toi qui me chasse. C'est moi qui m'en vais. Tu comprends: c'est moi".
On a aussi quelques scènes cocasses avec une "feuille à chantage" (comme dans Topaze de Marcel Pagnol) qui cherchait à faire chanter Pierre. Mais tout finira bien...
Les deux autres "condensats" du volume sont Quatre enfants et un rêve (Christian & Marie-France des Pallières) et Fête fatale (William Katz). Je ne les ai pas lu, j'ai juste vérifié qu'il n'y était pas du tout question de bateaux.
Sélection du livre était le "club de livre" du magazine Sélection du Reader's Digest. Moyennant un abonnement, un certain nombre de volumes était proposé chaque année. La spécificité de ce club-là était que chaque volume contenait quatre titres "condensés" (et non en "texte intégral"), ce qui fait que, malgré la belle reliure (dorure sur faux cuir...), ils sont peu recherchés par bibliothèques ou libraires d'occasion (on trouve sur le net le conseil de les donner à des EHPAD ou des prisons, ou d'en mettre le papier au recyclage). Quarante ans après, le papier en a beaucoup jauni en tout cas. Ceci dit, j'ai vérifié qu'on peut s'en procurer des volumes (dont celui-ci) sur internet.
Dalloway du réalisateur Yann Gozlan traite d'une histoire dans un futur malheureusement proche où la température à Paris atteint les 50°, où les drones sont omniprésents et où l'Intelligence Artificielle régit la vie des gens en général et celle d'artistes dans une résidence végétalisée en particulier. Le scénario est adapté d'un roman de Tatiana de Rosnay. L'histoire se passe essentiellement dans un immeuble très impersonnel où des artistes : peintres, musiciens, écrivains demeurent "en résidence" (tous frais payés et défrayés) pendant un temps plus ou moins long. On s'attache surtout à Clarissa (Cécile de France) qui n'a pas écrit depuis six ans et qui essaye d'écrire un livre sur les derniers jours de Virginia Woolf. Pour celles et ceux qui l'ignorent, Clarissa est le prénom de l'héroïne de Mrs Dalloway (1925) de Virginia Woolf qui elle-même s'est suicidée en se noyant en 1941. On est tout de suite dans l'ambiance de ce qui sera peut-être notre futur avec une voix d'IA (Mylène Farmer) qui s'occupe intégralement du quotidien de Clarissa du lever au coucher. Clarissa occupe un appartement high tech mais impersonnel. Dans ce futur, en plus de la canicule, une pandémie sévit à nouveau et Clarissa doit faire des tests journaliers. Au début, tout semble être bien réglé sans problème et puis petit à petit, la vie de Clarisse se dérègle. Elle est perturbée. Elle prend un médicament. Un climat anxiogène s'installe. Je vous laisse découvrir pourquoi et comment. C'est un film un peu perturbant, j'espère ne pas connaître tout de suite ce genre de vie. Mon ami Ta d loi du cine qui l'a vu avec moi m'a dit qu'il ne le reverrait pas de sitôt. Lire le billet de Selenie.
Les tourmentés de Lucas Belvaux m'a plu. J'ai aimé l'atmosphère et la montée du suspense. Le scénario est adapté du roman que le réalisateur a publié en 2022. Skander (Niels Schneider), un ancien soldat mercenaire devenu SDF, est approché par Max (Ramzy Bedia, très très bien), son ancien chef dans l'armée. Celui-ci est devenu le soutien et l'homme à tout faire d'une Vietnamienne qu'il appelle Madame. Cette dernière est devenue très riche depuis qu'elle est veuve. Elle a une lubie: faire une chasse à l'homme. Max a tout de suite pensé à Skender, sachant qu'il pourra peut-être survivre 30 jours (le temps imparti) dans une forêt des Carpathes. Mais Max sait aussi que Madame est très douée et déterminée. Elle pense qu'elle pourra tuer Skander. Le deal est qu'elle versera 3 millions d'euros dont 1 million tout de suite. N'ayant rien à perdre, Skander, qui veut reconquérir l'affection de sa femme Manon et de ses deux fils, n'hésite pas une seconde. Car s'il meurt, l'argent ira quand même à sa famille. C'est un film très psychologique car jusqu'au bout on se demande si cette chasse à l'homme aura lieu. Il y a quelques flash-back qui racontent l'histoire de Madame d'un côté et de Skender de l'autre. Le personnage le plus intéressant est Max et Ramzy Bedia lui donne toute son humanité, il est étonnant. Je lirai peut-être le roman un jour.
Les participant(e)s au challenge Les Epais de l'été 2025 (3e édition) avaient jusqu'à hier lundi 22 septembre 2025 (à minuit...) pour déclarer leurs participations. Il est donc temps que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) fasse le bilan de ces trois mois de challenge estival sur de gros bouquins que j'avais organisé sur ce blog.
== Je commence par les questions qui tuent (oui, je suis méchant!): participant(e) ou non au challenge, vous qui lisez ce billet de bilan, combien de ceux des participant(e)s avez-vous lu?
Sous combien avez-vous signalé votre lecture? Vous en trouverez la liste ici.
... Bon, c'est dit, passons à autre chose. ==
Par exemple, pour rappel ou comparaison, je signale que vous pouvez toujours aller voir les bilans 2024 et 2023.
Je sais que, si certain(e)s vont adorer lire mes chiffres, d'autres vont en détourner les yeux...
Toutes les inscriptions pour le challenge 2025 ont par la suite généré au moins une participation. Pour certains, je n'ai appris leur intention de participation qu'en même temps que j'en recevais l'annonce. Peut-être découvrirai-je encore par la suite des "participations clandestines", je veux dire des blogs qui auront répondu positivement sous leur propre billet à ma proposition de recenser un billet sur un livre comportant suffisamment de pages pour s'inscrire aux Epais et/ou Pavés de l'été 2025... mais sans prendre la peine de nous le signaler sous nos billets récapitulatifs respectifs ni même, parfois, de rajouter logos et liens dans leur propre billet...
Bref, en ce lendemain de clôture, je comptabilise 30 participations (contre 32 en 2024 [mais pour 37 inscriptions] et 34 en 2023 [pour 43 inscriptions]). J'ai bien l'impression que, si le nombre de blogs littéraires est plutôt sur une pente descendante, ceux qui restent (et qui existent parfois de longue date) sont les plus vaillants (Sibylline dit la même chose avec ses propres mots)!
Mais pour 2025, voici le Podium que vous attendez tous!
Sur la plus haute marche, on trouve de nouveau Belette2911 (qui était déjà première l'an dernier [deuxième en 2023]): elle a lu cette année 13 livres "épais" (16 en 2024, 15 en 2023). Nous trouvons ensuite Alexandra (Je lis, je blogue) qui a chroniqué 7 livres dans six billets, puis... Ta d loi du cine (six). Sunnalee, Enna et Ingannmic en ont quatre chacune. Outre le cas particulier de Keisha (qui a compilé en un seul billet trois de ses quatre Epais), Mapero et Aliénor ont chroniqué trois livres. Athalie, Anne-yes et Miriam, deux livres. Enfin, 17 participants ont contribué avec un unique ouvrage.
Vingt et une contributions dépassaient les 1000 pages (plus gros ouvrage comptabilisé: l'intégrale Le Seigneur des anneaux, 1600 pages attribuées à un billet de Jenevelle Laclos). À l'inverse, seules 11 contributions concernaient des gros bouquins de moins de 750 pages (qui... - mais j'en parle plus bas!). Et le total que j'ai calculé comme correspondant aux pages lues est supérieur à celui de l'an dernier (67 094 en 2025 contre 62 012 en 2024 - mais 79 164 en 2023 [avec 106 "épais, d'au moins 600 pages "seulement", à l'époque]).
À titre d'anecdote pour cette édition, j'ai donc relevé quelques cas où un seul billet parle de plusieurs livres dont chacun constitue un épais (dont chacun existe dans une édition comportant au moins 700 pages même si ce n'est pas celle lue), que ce soit plusieurs tomes (1, 2, ...) d'un même titre ou des titres faisant partie d'une même saga mais pouvant le cas échéant se lire séparément... D'autres blogs font le choix, tout aussi acceptables, d'une logique "un billet parle d'un [seul] livre". Mais c'est vrai que, en ce qui nous concerne sur Le blog de Dasola, il arrive régulièrement qu'un seul billet parle de plusieurs livres (ou films - même si ce dernier cas concerne davantage les billets de Dasola que les miens).
Pour mon challenge des Epais 2025, j'ai aussi connu le cas inverse: une contribution en plusieurs billets pour un volume de 816 pages. J'avais eu un cas plus ou moins comparable l'an dernier, où il avait fallu à une blogueuse plusieurs billets pour "décortiquer" un même titre (l'un des composants d'À la recherche du temps perdu de Proust). J'ai donc aussi accepté la contribution de 2025, même si, ici, l'édition en un "épais volume" regroupait trois oeuvres policières, dont chacune a fait l'objet d'un billet séparé... Ma décision (forcément souveraine, en tant qu'organisateur de mon challenge, mais ne préjugeant pas des décisions des organisateurs d'autres challenges) a été d'accepter cette contribution parce que ce cas n'est pas expressément interdit et reste quantitativement marginal.
Mes règles sont relativement souples: il doit exister une édition "papier" comportant le nombre de pages voulu, mais ce n'est pas nécessairement celle qui a été lue. Les livres en langue étrangère comptent aussi (même si ce n'est pas la langue dans laquelle a été rédigée l'oeuvre originale). Autrement dit, tout livre dont il existe une édition "papier" en langue étrangère avec le nombre de page voulu est éligible (même si ce n'est pas l'édition qui a été lue). Ces règles sont tellement souples, disais-je, que leur souplesse a dû donner l'impression de tricher à certains qui du coup ne se sont pas inscrit(e)s à ce challenge "Les épais de l'été 2025".
Regardons maintenant le palmarès par auteur et par titre.
Le livre le plus chroniqué est Toutes les nuances de la nuit de Chris Whitaker (lu par La petite souris, Mjo, Belette2911 et Dasola). En ce qui concerne les auteurs, Ken Follett (six contributions!) place trois des titres composant sa saga Kingsbridge dans ce palmarès, dont l'un a été lu par trois blogueurs. Trois Epais différents de Luncinda Riley (série Les Sept soeurs) ont été chroniqués dans un même billet par Keisha. On m'appelle Devon Copperhead de Barbara Kingsolver (habitué des Epais) et La fabrique des salauds de Chris Kraus ont été lus deux fois chacun cet été. Tolkien a été chroniqué par deux blogs, l'un pour le troisième tome de la saga Le Seigneur des anneaux et l'autre pour l'intégrale de cette oeuvre. Comme dit plus haut, des romans en deux volumes (chacun "épais") ont pu être chroniqués soit en deux billets, soit en un seul billet (selon le choix de chaque blogueur).
La tenue des "statistiques par auteur" s'est complexifiée cette année. L'an dernier (2024), seuls deux des billets répertoriés concernaient une oeuvre avec deux auteurs (dont l'un déjà présent comme seul auteur d'un autre ouvrage faisant partie du corpus). En 2025, quatre billets sont concernés, dont l'un pour un livre avec trois auteurs. Il y a un seul cas d'auteur déjà présent à titre unique pour un autre titre. Par contre, je n'ai toujours pas vraiment tranché si J.K. Rowling et "Robert Galbraith" sont à compter pour un ou pour deux (je pense qu'il faudra attendre le décès de l'auteure de Harry Potter pour adopter une position incontestable - ce ne sera sans doute pas de mon temps!).
Pour terminer par la synthèse de cette édition, la voici donc:
30 inscriptions & participations ont donné 72 "épais" de 700 pages minimum (dans 71 billets) pour 67 094 pages (davantage qu'en 2024!) avec 64 livres différents, par 60 auteurs ou co-auteurs. Seules trois prévisions de chroniques de gros bouquins ont été, disons, "reportées".
* Tout livre s'inscrivant aux Epais était invité à s'inscrire aussi au challenge Les Pavés de l'été chez Sibylline (La petite liste), qui acceptait cette année encore les participations à partir de 500 pages (et sans limite supérieure bien sûr). De son côté, elle a obtenu 128 participations de la part de 28 participants. Bravo à Belette2911, Médaille supersonique sidérale météoritique pour ses 29 contributions! De mon côté, j'ai obtenu une médaille de bronze (ex-aequo avec Enna) pour mes six contributions.
En 2026, s'il y a comme je l'espère une nouvelle édition des challenges pour de gros bouquins estivaux, j'annonce d'ores et déjà que je monterai la barre à 750 pages minimum. Seuls une dizaine (9, exactement) des 75 billets pris en compte en 2025 n'auraient donc pas été éligibles en 2025 (aucun de mes 30 participants 2025 n'aurait été empêché de participer).
Merci encore pour toutes ces participations, que ce soit celles d'"habitué(e)s" ou celles de blogueurs-euses dont 2025 a marqué la première participation aux Epais de l'été!
J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) réussi d'extrême justesse à finaliser une sixième et dernière participation aux challenges estivaux portant sur de gros bouquins. Cette année, c'est la "saga Kingsbridge" qui m'aura bien inspiré. Je pense que, pour l'an prochain, je lirai la "préquelle" (publiée en quatrième position) ainsi que le tome quatre (publié, lui, en troisième). Mais ici, c'est le cinquième titre dans la chronologie de la saga Kingsbridge dont il va être question (il couvre les années 1792-1824).
Ken Follett, Les armes de la lumière, Robert Laffont, 2023, 785 pages
Comme dans les autres volumes que j'ai lus (qui, eux, se situaient au Moyen Âge), nous suivons différents personnages, de différentes classes sociales. Mais cette fois-ci, plus de secret d'Etat comme "fil conducteur", celui-ci est plutôt remplacé par l'omniprésence de la guerre contre les armées de Napoléon: débouchés textiles pour fournir des uniformes d'une part, mais interruption du commerce avec les pays alliés de Napoléon, d'autre part. Par ailleurs, cette "histoire contemporaine" est plus proche de nous (nous sommes je suppose quelques-uns à pouvoir reconstituer tout ou partie de notre arbre généalogique sur deux siècles...). Impression sans doute accentuée par le qualificatif de "guerre mondiale" donnée dans le livre à la lutte des coalisés européens contre Napoléon.
En tout cas, cette Angleterre de la fin du XVIIIe et du début du XIXe laisse voir une "lutte des classes" extrêmement féroce entre ceux qui possèdent le pouvoir (que donnent les capitaux gagnés par l'exploitation des hommes) et les "prolétaires" qui n'ont que leur force de travail à vendre, sans avoir voix au chapitre sur les décisions les concernant, puisque la justice comme le pouvoir législatif sont aux mains des "puissants". Traversant cette société, on trouve aussi des divergences religieuses, entre l'église traditionnelle installée (l'église anglicane) et le mouvement de l'église "méthodiste" dont les tenants sont dépeints comme davantage soucieux de justice sociale dans ce monde-ci plutôt que dans l'autre. Du coup, je me suis demandé si "la lumière" faisait référence au "siècle des lumières" (de conception française et n'ayant pas été étrangère aux soubresauts provoqués par la Révolution française), ou bien à la lumière divine (montée des "méthodistes" en Angleterre). La partie I se déroule en 1792-1793.
Sal et Kit perdent leur époux et père, paysan, par la faute du fils du châtelain local, et se voient refuser par celui-ci toute aide, si ce n'est que le garçonnet (sept ans!) rentre à son service comme apprenti domestique. Pendant ce temps, à 21 ans, Amos se retrouve à devoir prendre la succession de son père, chef d'une entreprise tisserande, et découvre que celle-ci travaillait à perte et était lourdement hypothéquée au profit du plus gros manufacturier de Kingsbridge, Hornbeam. Elsie, la fille de l'évêque anglican, souhaite créer une "école du dimanche" à l'intention des enfants d'ouvriers. Elle s'entend pour ce faire avec quelques méthodistes, dont Spade, un entrepreneur qui ne déplait pas à sa mère. Avec encore nombre de personnages, il y a là matière à tisser force liens... et pas seulement force tissus.
Dans les parties et chapitres suivants, nous voyons arriver le machinisme à Kingsbridge, ce qui amène le regroupement des ouvriers dans des "fabriques" sous la férule des "patrons" alors que ceux-ci devaient anciennement "faire la tournée" de ceux (et surtout celles) qui travaillaient à domicile pour eux, par exemple comme fileuses ou comme tisserands. Je suppose que Ken Follett a lu Marx... au moins à titre de documentation? Sur ces décennies, nous assistons à la répression patronale contre les prolétaires travaillant dans les manufactures, qui n'ont pour subsister que le salaire de leur travail (à la pièce et non à l'heure). Il y a des gens de bon sens et de bonne volonté dans toutes les classes sociales. Mais l'antihéros qu'on aime haïr, celui qui apparaît comme le pire des salauds, est lui-même issu tragiquement de la misère (sa psychologie est décrite comme une peur panique de jamais y retomber: même s'il devenait l'homme le plus riche du monde, cela ne suffirait pas à le rassurer). D'où son intransigeance et sa lutte obstinée face aux ouvriers.
Cette "lutte des classes" s'enchevêtre dans le roman avec les guerres contre la France, qui amènent des besoins en terme d'uniformes (avec ou sans favoritisme voire prévarication pour les marchés avec la milice ou l'armée...). On peut lire des pages terribles sur le sort d'un gamin coupable d'avoir volé une bobine de rubans valant six shillings (et de sa mère). En Angleterre, on n'envoie pas un voleur au bagne comme Jean Valjean (pour un pain!) dans Les misérables... Certains des habitants de Kingsbridge, ouvrier, ouvrière, contremaître, propriétaire, évêque, fils de châtelain et j'en oublie, se retrouveront sur le champ de bataille de Waterloo. Avec cette multitude de personnages à suivre, nous nous trouvons infiniment mieux informés sur cette dernière bataille napoléonienne que ne le sont les lecteurs de La chartreuse de Parme par Fabrice Del Dongo (par contre, Ken Follett n'était pas sur le champ de bataille, cependant que Stendhal, s'il n'était pas à Waterloo, a participé à la campagne de Russie...).
Je voudrais encore dire que j'ai eu l'impression que ce roman était encore plus "dans l'air du temps" que les précédents, avec le développement de faits "de société" déjà présents, mais bien plus discrètement, dans des volumes précédents: un couple lesbien, un autre bien installé dans l'homosexualité masculine... Dans les dernières pages (à la fin de la partie VII qui couvre les pp.737-785 et les années 1815-1824), le méchant va à sa fin (la cathédrale y intervient), les maris encombrants disparaissent et les bons sont enfin récompensés (héritage, remariages, député, modification législative). Pour l'anecdote, je signalerais que, p.655, trois fautes de français m'ont griffé l'oeil dans le texte traduit. Mais comme quatre traducteurs sont crédités, impossible de savoir à qui cette page incombait!
Ce roman avait été lu par Anne-yes pendant les Epais de l'été 2024.
Je ne connaissais pas Laura Wandel, une réalisatrice belge. L'intérêt d'Adam est a priori son deuxième long-métrage. Ce film qui ne dure qu'1h13 ne laisse pas de répit aux spectateurs. L'histoire se passe dans le service de pédiatrie d'un hôpital. Adam, un petit garçon de 4 ans, est hospitalisé car il souffre de malnutrition qui a provoqué des fractures. Il ne veut rien d'autre que sa maman Rebecca (Anamaria Vartolomei) qui est pour beaucoup responsable de l'état de son petit garçon. Rebecca est à la limite de l'hystérie. Une médiatrice décide qu'elle doit être éloignée de son fils mais ce dernier refuse de manger si sa mère n'est pas là. Face à Rebecca, il y a Lucie (Léa Drucker absolument magistrale), qui interprète une infirmière en chef dans ce service. Elle fait tout pour qu'Adam ne soit pas éloigné de sa mère. Pour ce faire, elle doit affronter les membres masculins du service qui ne veulent rien entendre. La manière de filmer de la réalisatrice, caméra à l'épaule, permet de suivre Lucie dans tous les gestes qu'une infirmière pratique en passant d'un patient à l'autre, gardant tout le temps son self-control. J'ai eu l'impression que Léa Drucker avait été infirmière toute sa vie. Rien que pour elle, il faut voir le film.
Pour répondre au commentaire de Pascale, ce n'est pas qu'un film d'hôpital, c'est surtout le face à face de deux femmes, l'une qui veut sauver un jeune garçon et l'autre complètement perdue qui se sent acculée et qui ne veut pas perdre la garde de son petit garçon. L'histoire pourrait se passer dans un autre contexte.
Après ceux de 2024 et 2023, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) chronique ici le dernier volet (à ce jour?) de la mythique série en sept volumes Harry Potter. J'ignore s'il y aura un jour une réédition en un volume des quatre premiers tomes (qui étaient nettement moins épais)? Peut-être un jour, à l'occasion de la prochaine adaptation audiovisuelle, plus ou moins annoncée, qui sait? Voici en tout cas, pour qui en ignorerait, quelques mots sur le tome 7.
J. K. Rowling, Harry Potter et les reliques de la mort, Gallimard, 2007, 810 pages
David Yates, Harry Potter et les reliques de la mort,
partie 1 (2010), 146 minutes & partie 2 (2011), 130 minutes
Si je possède Harry Potter et les reliques de la mort en édition "grand format" originale, c'est parce que nous ne nous connaissions pas depuis bien longtemps, Dasola et moi, lorsqu'elle m'avait offert ce livre dès sa sortie pour me faire plaisir. J'apprécie les dessins de couverture des éditions que je possède (dues à Jean-Claude Götting), et regrette que les jeunes lecteurs d'aujourd'hui ne les voient plus. Bon, ceci dit, j'ose supposer qu'il ne viendrait à personne, aujourd'hui, l'idée de lire ce tome sept sans avoir lu les six premiers. Nous avions donc laissé au volume précédents l'école Poudlard en train d'enterrer son Directeur, Albus Dumbledore, regretté de tous. Pas encore majeur, et toujours "tracé" par le Ministère de la Magie en tant que mineur magicien, Harry doit être protégé de Vous-savez-qui (qui veut sa mort) par l'ordre du Phénix. La menace du retour de "Voldemort" est de plus en plus proche...
Il m'a fallu drôlement cogiter pour trouver un angle original pour ma chronique, et ça y est: la thématique de la mort, omniprésente! Les situations de notre trio héroïque principal sont diverses. Hermione a mis ses parents à l'abri (avec sortilège oubliette!). Ron devient fou d'inquiétude pour sa famille, au fur et à mesure que s'égrènent les morts (il a peur d'entendre leurs noms à la radio). Harry n'a pas à se préoccuper de sa famille proche (les moldus Dursley sont à l'abri!) mais a sa mission prioritaire (donnée par Dumbledore). Il a fréquenté la mort à partir de la Coupe de feu (son condisciple Cedric), a perdu ou va perdre nombre de ses pères de substitution (Sirius, Dumbledore, Lupin, tous membres de l'Ordre du Phénix et ayant connu James et Lilly, ses parents).
À la fin de l'Ordre du phénix, il me semble qu'un fantôme (Nick quasi sans tête?) avait expliqué à Harry que, si lui-même était "fantôme", tous les morts ne faisaient pas ce choix, et que c'était parce qu'il avait "refusé de continuer" (par crainte de l'inconnu?) que son fantôme pouvait continuer à interagir avec les vivants... À la fin des Reliques de la mort, Harry aura lui-même le choix de "continuer" ou bien de "retourner" (pour le moment), lors d'une scène présente tant dans le livre qu'au cinéma. La conclusion "philosophique" semble bien être qu'il faut accepter la mort, accepter aussi que les morts survivent seulement dans le coeur et l'esprit des vivants qui les ont aimés et connus (ou pas - Harry lui-même n'a guère connu ses parents). Cela est visible à au moins deux reprises: lorsque Harry discute avec ses parents, "moins consistants que des vivants mais plus que des spectres", ses proches le rassurent sur le fait que cela ne fait pas mal de mourir d'un coup d'"Avada Kedavra": "c'est plus rapide et plus facile que de tomber endormi" (un rêve!), et lui disent aussi qu'ils font partie de [lui] mais sont invisibles pour les autres. Ses parents, il les avait déjà croisés lorsque sa baguette les avait fait "régurgiter" à celle de Voldemort (leur assassin) une fois celui-ci revenu avec sa pleine puissance (?) à la fin de la Coupe de feu.
En "changeant de paradigme", je dirais que la plupart des grandes scènes qu'ont pu voir au cinéma ceux qui n'auraient pas (encore) lu le livre sont présentes, mais plus ou moins développées: le mariage de Fleur et Bill Weasley et sa conclusion. La visite au Ministère pour trouver l'un des horcruxes (ainsi que son anéantissement dans une autre scène). Celle à la banque Gringots et l'évasion spectaculaire, dûment munis d'un autre horcruxe. Le pèlerinage à Godric's Hollow. Le vol par Voldemort de l'une des reliques de la mort. La visite chez le père de Luna. La capture, puis l'évasion du manoir Malefoy. La découverte, à Poudlard même, d'un horcruxe de plus... et comment disparaissent les derniers.
Pour finir, en ce qui concerne les trois reliques de la mort et leur utilisation potentielle, je dirais juste qu'elles m'ont fait songer au jeu de l'affrontement "pierre-feuille-ciseau"... avec comme enjeu que le vainqueur survive.
Je passe maintenant à la transcription au cinéma. Pour rappel, quatre ans avaient séparé la parution du premier tome, Harry Potter à l'école des sorciers, et la sortie au cinéma du film qui en avait été tiré: un délai incompressible?
De ce premier volet, j'avais gardé le souvenir d'un film frénétique, où l'on courait beaucoup ou du moins marchait à vive allure (souvenir sans doute influencé par la jaquette du DVD). Et c'est vrai que ça commence plutôt abruptement, avec deux des membres de notre trio principal qui se séparent, sans mot dire, de leur famille moldue. La frénésie est bien présente dès le décollage en direction du Terrier: il n'y a pas énormément de dialogues, les faits du livre sont plutôt abrégés par l'image... Là où les derniers moments d'Harry chez les Dursley et sa séparation d'avec ceux-ci s'étendaient sur plusieurs dizaines de pages avant que ceux-ci soient amenés en sécurité grâce à l'Ordre du phénix, ici, ils partent en catimini et par leurs propres moyens (mais, si votre édition DVD les contient, n'omettez pas de regarder les bonus!).
Nos jeunes adultes sont dans le film davantage isolés encore que dans le livre: plus d'adulte "qui sait" vers qui se tourner, ils en sont réduits principalement à leurs seules ressources (ce qui peut les amener à fléchir à tour de rôle). Les dialogues m'ont semblé réduits au minimum nécessaire pour rendre l'action compréhensible, cependant que beaucoup de choses reposent sur le "jeu d'acteur" proprement dit, destiné à faire "comprendre" des pensées sans recourir à la facilité d'une voix off, mais en aidant les spectateurs à "deviner" le (à "se faire leur propre idée du"?) "pourquoi des choses.
Lorsque le trio reformé se rend chez le père de Luna, nous avons un surprenant dessin animé avec la voix "off" d'Hermione qui lit le conte dans son livre: je ne sais pas trop à quoi le comparer, si ce n'est qu'il m'a fait songer au film d'animation "Numéro 9"?
Ce film se conclut sur l'arrivée à la chaumière aux coquillages après l'évasion du manoir des Malefoy (alors que cela intervient aux cinq huitièmes du livre).
Le tournage du septième tome de la saga s'est déroulé entre février 2009 et juin 2010, et c'est vrai que, depuis le premier film tourné en 2000-2001, les jeunes acteurs sont un peu plus âgés qu'ils ne le devraient (au moins 21 ans au lieu de 17)? Dasola m'a fait remarquer en tout cas que les couleurs de ces films "Harry Potter" sont de plus en plus sombres. Ce ne sont certes pas les couleurs éclatantes du Technicolor hollywoodien de la grande époque!
Je pense qu'il est désormais clair que des raisons financières, au moins autant que la longueur du livre (qui n'est pas le plus long de la série) ont fait que, comme pour d'autres adaptations de sagas à succès (Hunger Games par exemple), cette "fin" ait été étalée en deux films. Harry Potter et les reliques de la mort, 2ème partie a généré plus d'1,3 milliard de dollars au box-officie mondial, contre 960 millions de dollars "seulement" pour la 1ère partie (avec un budget identique pour les deux parties à 125 millions de dollars). Les sommes en jeu dans l'industrie du cinéma amènent vraiment à regretter que d'autres sagas n'aient pu aller au-delà de leur premier volet (Eragon, Narnia, John Carter...).
Quoi qu'il en soit, cette oeuvre conclusive en deux parties fait un certain nombre d'ellipses par rapport au livre, et étend d'autres éléments... La "reconquête" de Poudlard se déroule bien plus rapidement que dans le livre. Il ne me semble pas avoir vu le petit frère de Hagrid lors des combats, ni les centaures... Et tous les combats durent et sont très spectaculaires, évidemment. J'ai pourtant trouvé qu'une certaine dimension "épique" des combats finals à Poudlard est sacrifiée au profit du "grand spectacle", justement. Ici, pas d'"armées de réserve" revenant à Poudlard prendre à revers les Mangemort, avec les parents et amis des élèves, la horde des centaures, les elfes de maison... mais un pont qui s'écroule sous les pieds des mangemorts en train de "charger". Mais on ne voit pas (sauf erreur de ma part) le "petit frère" d'Hagrid qui vient à la rescousse pour affronter les géants. On voit mort le couple Lupin-Tonks, sans savoir ce qu'a donné leur vie familiale... Il m'a semblé que l'oreille de Fred Weasley avait bien davantage "repoussé" que dans le livre. On suit longuement notre trio (ainsi que Neville qui conserve son rôle tel que figurant dans le livre: refus de la proposition de Voldemort et anéantissement de Nagini).
Le destin des baguettes en possession de Harry n'est pas le même que ce que décrit le roman (je n'ai pu m'empêcher de penser que c'était pour éviter toute tentation / tentative de donner une suite cinématographique autre que ce dont parle le livre, avec la baguette la plus puissante du monde). Et je regrette toujours qu'aucun traducteur français n'ait encore traduit l'interpellation de madame Weastley à Bellatrix Lestrange, avant leur duel, par "Touche pas à ma fille, salope!".
Pour terminer, j'ai cru comprendre que la version "série TV" semble avoir commencée à être tournée en juillet 2025 (pour être diffusée à partir de 2027). Le tournage devait paraît-il s'en étendre sur une dizaine d'années, avec l'avantage que, cette fois-ci, la totalité du "canon" a été publiée , ce qui a dû faciliter la tâche des scénaristes et des responsables de casting. Espérons que l'audience suivra et qu'il n'y aura pas besoin d'abréger (comme la série Rome) ou de suspendre sine die (comme Les animaux fantastiques)!
J'ai appris avec une grande tristesse la disparition de Robert Redford à l'âge de 89 ans. Robert Redford, c'était un homme de conviction qui a créé le festival de cinéma de Sundance. C'était un beau blond aux yeux bleus. Je retiens quelques films marquants dans sa filmographie : Propriété interdite de Stanley Pollack et La poursuite impitoyable d'Arthur Penn (1966) Butch Cassidy et le Kid (avec Paul Newman) de George Roy Hill et Willy Boy d'Abraham Polonsky (1969) Jeremiah Johnson (1972) et Nos plus belles années (1973) de Sidney Pollack. Robert Redford a tourné six films avec Sidney Pollack. J'ajoute donc Les trois jours du Condor (1975) et Out of Africa (1985).
Et il y d'autres films marquants.
Robert Redford a aussi été réalisateur de plusieurs films dont Et au milieu coule une rivière (1992) et L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux (1998). Evidemment, je n'oublie pas deux films incontournables, l'Arnaque (1973) de George Roy Hill encore en tandem avec Paul Newman et Les hommes du président d'Alan J. Pakula (1976). Je vous conseille de voir tous ces films et quelques autres.
Je viens de voir Sirât du franco-espagnol Oliver Laxe, un réalisateur que je ne connaissais pas. Pour résumer: Sirât, j'ai aimé mais ce n'est vraiment pas gai. Luis (Sergi Lopez, très bien) et son fils Esteban âgé d'une dizaine d'années arrivent dans une rave au sud du Maroc dans les monts Atlas. Ils sont à la recherche de Mar, la fille et soeur des deux protagonistes. Elle a disparu depuis cinq mois. Il semblerait qu'elle fréquente ce genre de manifestation. Luis et Esteban distribuent la photo de Mar mais sans succès. On les informe qu'une autre rave va bientôt avoir lieu plus au sud vers la Mauritanie. Alors qu'y partent cinq personnes, deux femmes et trois hommes (dont un unijambiste et un manchot) qui ont deux grosses camionnettes, Luis et Esteban les suivent avec leur petite voiture et cheminent vers le sud. Ils traversent des paysages grandioses mais sans âme qui vive sauf, à un moment donné, un jeune berger effrayé. La route très accidentée et dangereuse va les emmener vers leur destin que je vous laisse découvrir. On s'attache aux personnages en se demandant quelles sont leurs vraies motivations à part aller d'une rave à l'autre. Deux ou trois séquences nous laissent tétanisés. Un film que l'on n'oublie pas de sitôt. Il faut noter que la musique fait beaucoup pour l'ambiance stressante et hypnotisante de l'ensemble.
J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) au départ failli faire "fausse route" avec un titre auquel j'avais songé pour le mois d'août, avant qu'il me paraisse, à la réflexion, plus pertinent de le réserver pour un autre des thèmes mensuels des Escapades en Europe - Voyages dans les littératures européennes chez Cléanthe auxquels il pouvait aussi correspondre (Istanbul, en janvier 2026?). Mais finalement, en janvier, mon propre challenge "120 ans Jules Verne (1828-1905)" sera terminé... Donc, voici une contribution pour Les rives de la Mer Noire (chez Cléanthe donc). Et aussi, bien sûr, pour le challenge 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie.
Jules Verne, Kéraban le têtu, Le livre de poche, 1967, 484 pages
(édition originale en 1883 - dessins par L. Benett)
Pour cette fois, je suis donc le chemin indiqué. Cependant, une fois de plus, je vais tenter un "pas de côté", en présentant un titre quelque peu anachronique dans son contexte certes aujourd'hui "européen", mais décrivant des contrées et régions qui dépendaient alors en majorité de deux Empires, le Russe et l'Ottoman. Si quelques bateaux y apparaissent, je ne prétends pas pour autant qu'il soit éligible au "book trip en mer": les nombreux caïques évoqués sont seulement destinés à la traversée du Bosphore à [Constantinople ou Istanbul?]. Et c'est parce qu'il refuse de payer une nouvelle taxe liée à cette courte traversée que le héros de ce roman entraîne ses compagnons dans un périple représentant l'intégralité du tour de la Mer noire, à pied, à cheval ou en voiture (sans utiliser aucun moyen de locomotion moderne: ni bateau à vapeur ni même voilier (il souffre du mal de mer!), ni "Railway" (chemin de fer) dont quelques tronçons existent déjà sur son parcours.
Mais ce Kéraban, qui est-ce au fait? Hé bien, c'est le personnage de droite sur la couverture, un Turc à l'ancienne, qui se targue de refuser le "progrès (télégraphe, train ou "steamers"), et que son commerce de tabac rend suffisamment riche pour se le permettre. Le seigneur Kéraban sera donc accompagné dans son voyage par: son serviteur Nizib (aussi musulman que lui), son correspondant en commerce de tabac et ami Van Mitten (et son serviteur Bruno, aussi hollandais l'un que l'autre), et il enlèvera au passage à Odessa son neveu Ahmet, lui-même fiancé à la douce Amasia, fille du banquier Sélim (également ami et correspondant de Kéraban). Comme souvent chez Jules Verne, aventures et amours contrariés vont de pair! Le voyage commence dans une confortable "chaise de poste" tirée par des attelages de chevaux changés de relais en relais. La voiture confortable disparue brutalement, plus ou moins par la faute de notre Turc têtu, il se poursuivra dans une carriole moins confortable, à dos de cheval... ou sur un bac.
Le voyage est émaillé d'incidents, évoqués par des titres de chapitres au libellé aussi désuet qu'évocateur: quand il ne commence pas par "Dans lequel...", c'est "Où il est question..." ou bien "Où l'on verra..."! Entre de longs descriptifs de paysages ou une évocation de l'histoire des bourgades traversées, quelques épisodes de tons variés rompent la monotonie. Le valet hollandais s'inquiète de sa perte de poids, et va jusqu'à duper le valet turc pour lui manger sa part ("si, si, je crois que c'est du porc, il faut vérifier..."). À un tel élément de farce succède succède rapidement un épisode dramatique qui m'a fait songer à la célèbre scène du naufrage dans Paul et Virginie (pp.304-310). Puis, après les éléments comiques cités plus haut, place à la comédie en bonne et due forme! Je n'ai pu m'empêcher de songer que les événements qui se déroulent au caravansérail de Rissar (pp.331-372), de par leurs dialogues, péripéties, unité de lieu et "jeux de scène", auraient très facilement été transposables dans une représentation théâtrale. Cette "mise en scène est d'ailleurs parfaitement assumée par l'auteur (l'une des dernières phrases du chapitre dit: "(...) et le silence se fit enfin sur le théâtre de cette tragi-comédie, qui venait de se dénouer sur le dos de l'infortuné Hollandais".
Kéraban serait-il libertaire dans l'âme? J'ai retenu son jugement lapidaire lorsqu'il doit acquitter un droit de douane en franchissant une frontière: "Décidément les gouvernements sont tous les mêmes, et ne valent pas l'écorce d'une pastèque!" Mais notre pittoresque personnage est aussi capable de se défendre quand on l'agresse: loin d'être un simple Tartarin de Tarascon, à lui seul, il extermine (à coup de fusil ou de poignard) les trois chefs de la troupe de canailles qui attaque son petit groupe (qui se défend vigoureusement, femmes comprises - bon, la douce fiancée, un peu comme le fait au début l'actrice de 1933 face à King Kong...). Et le périple sera bouclé (qui en doutait?) dans le délai imposé pour le mariage de nos deux tourtereaux séparés par l'oncle (Amasia ne devait faire un gros héritage que si elle convolait à une date-butoir qui laissait juste quelques semaines à Kéraban pour arriver à destination).
Voilà un vieux bouquin auquel je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'aurais sans doute prêté aucune attention dans un bac de bouquinerie si je ne naviguais pas, en ce moment, dans le challenge Book trip en mer (saison 2) de Fanja! Quant à son contenu, je n'en avais aucune idée avant de regarder la 4e de couv...
Gordon Thomas et Max Morgan Witts, Le voyage des damnés,
Presse Pocket N° 1563, 406 pages, 1978
(trad. Belfond en 1976 par Marianne Véron - édition originale titrée Voyage of the Damned, 1974)
Il y a croisière et croisière. Mai 1939. La Seconde Guerre Mondiale n'a pas encore éclaté, mais le nazisme est solidement au pouvoir en Allemagne, les camps de concentration où il envoie tous ceux dont il se proclame l'ennemi y existent déjà depuis des années. La compagnie maritime allemande HAPAG (Hamburg-Amerikanische Packetfahrt-Actien-Gesellschaft, autrement appelée Hamburg America Line ou Hamburg-Amerika Lini, fondée en 1847) s'apprête à envoyer un paquebot de plus à destination de Cuba, le Saint Louis (ou MS St Louis) transatlantique mis en service en 1929). Ses passagers? Des Juifs espérant quitter définitivement l'Allemagne pour le Nouveau Monde. Ce livre anglais se veut le récit historique de leur voyage.
Le livre commence par deux pages de dédicaces des auteurs pour tous ceux qui furent à bord du navire, et notamment tous ceux qui ont accepté de [les] rencontrer. Un "prologue" expose la situation historique en mai 1939 (mais sans citer expressément la "conférence d'Evian" de juillet 1938): les Juifs doivent quitter l'Allemagne, mais fort peu de pays sont prêts à les accueillir. Le récit proprement dit commence le 3 mai 1939: le capitaine Gustav Schroeder (loin d'être un Nazi) se voit confier par sa Compagnie le commandement du prochain voyage du Saint Louis, un voyage "spécial" à destination de Cuba, garantissant que le navire sera pleinement occupé (conditions financières réjouissant la HAPAG). Chaque chapitre a pour seul titre une date du jour, il y en a six avant celui parlant du départ, qui intervient le 13 mai.
Chacun des 937 passagers a bien entendu dû payer son billet (certains grâce au soutien financier de parents depuis l'étranger) pour ce voyage sans retour. La plupart ont pu embarquer parce qu'ils étaient muni d'un "permis de débarquer" commercialisé à Cuba. L'on découvre au fil des pages que les enjeux de ce voyage dépassent de loin les attentes individuelles de chacun des passagers. L'équipage (jusqu'au capitaine) est soumis à la surveillance d'une sorte de "commissaire politique" nazi, qui peut s'appuyer sur les mécaniciens (cependant que le personnel au contact des passagers n'adhère pas forcément à l'idéologie nazie). Le livre alterne et croise le récit (basé sur des témoignages ou sur d'autres sources) entre ce qui se passe à bord et ce qui se passe à terre durant le temps du voyage. C'est le samedi 27 mai que le navire jette l'ancre à Cuba, dans la baie de La Havane (il n'a pas été autorisé à accoster au port). Quelques passagers munis de visas en bonne et due forme sont seuls autorisés à débarquer.
Il s'avère en fait qu'un fonctionnaire Cubain aussi astucieux que sans scrupules a gagné plusieurs centaines de milliers de dollars en vendant de beaux documents dactylographiés sur papier à en-tête officielle mais non reconnus par le gouvernement de son pays. À Cuba, les services nazis ont orchestré une campagne de presse xénophobe. Le gouvernement officiel de l'île cherche à s'affirmer en s'appuyant sur son "opinion publique", même si le pouvoir réel appartient au militaire Fulgencio Batista, suite au coup d'Etat de 1933. Si des organisations juives missionnent des avocats pour faire des propositions financières (officielles ou officieuses) au gouvernement contre l'accueil des réfugiés, certains responsables n'ont pas envie que l'affaire du Saint Louis et de son millier de passagers montés en épingle vienne "polluer" des négociations avec l'Allemagne portant sur le sort de centaines de milliers de personnes.
Pour les Nazis, l'un des enjeux est de démontrer que les autres pays d'accueil potentiels (américains ou européens) ne veulent pas davantage que l'Allemagne des Juifs (grosse opération de propagande). Effectivement, l'Amérique de Roosevelt semble vouloir vouloir protéger les travailleurs américains des émigrants affamés qui accepteraient n'importe quel salaire... Le nazi embarqué à bord s'est vu confier par l'Abwehr (service d'espionnage allemand) la mission importante de récupérer à Cuba des documents importants (sur la défense des Etats-Unis) au nez et à la barbe des services américains. Pendant que les négociations continuent en coulisse, le navire doit quitter Cuba le 2 juin. Mais ce qui n'est peut-être qu'une affaire de "gros sous" finit par échouer, à force de bluff, de jeux de dupes (comme au poker), de refus de payer des intermédiaires (y compris ceux qui, éventuellement, auraient pu en temps voulu débloquer la situation), en espérant faire bouger un tarif de départ qui aurait permis le débarquement des passagers.
Finalement, le navire quitte les eaux américaines pour repartir vers l'Europe le 7 juin. Après d'intenses négociations, plusieurs pays acceptent de recevoir des passagers le 12 juin (non sans les choisir parmi ceux ayant le plus de chances d'émigrer par la suite vers les Etats-Unis): 200 en Belgique, 250 en France (224 finalement), 194 au Pays-Bas (181 finalement), 350 en Angleterre (288 finalement). À l'issue de ce voyage, l'American Jewish Joint Distribution Committee (JDC ou le Joint) publie le 20 juin à New York un communiqué officiel, pour annoncer que l'opération de sauvetage du Saint Louis ne doit pas être considéré comme un précédent et ne sera pas répétée à l'avenir... Les passagers qui ont eu la chance de débarquer en Grande-Bretagne seront évidement plus nombreux à survivre à la Seconde Guerre mondiale. Nombre de ceux accueillis en France ou aux Pays-Bas auront fini en camp d'extermination.
Le 18 juin 1939, le Saint Louis repart d'Anvers à destination de New York, afin d'effectuer des croisières prévues pour l'été dans la mer des Caraïbes. Le 26 août, il devait par exemple quitter New York à destination des Bermudes, mais les passagers furent brutalement avertis que le voyage avait été annulé. Le lendemain, le paquebot vide quitta son quai, et il était en haute mer quand la guerre fut déclarée le 3 septembre. Il rejoignit l'Allemagne via Mourmansk (arrivée à Hambourg le 1er janvier 1940). Le paquebot fut endommagé par la RAF dans le port de Hambourg en 1944, puis finit vendu à la ferraille en 1950.
Alors que je préparais cet article, dasola m'a dit qu'un film avait été tiré de ce livre (mais elle ne l'a pas vu). Vérification faite, il s'agit d'un film britannique de 1976 de Stuart Rosenberg aussi nommé Le voyage des damnés. Malgré sa belle distribution, il semble avoir été un échec au box-office à l'époque. Platinoch en avait parlé en 2019 (ce qui me permet de savoir qu'il existe en DVD!).
Vendredi 12 septembre 2025 au soir, j'avais réservé au Balzac, un cinéma Art et Essai des Champs Elysées, une place pour une soirée consacrée à Paul Newman (1925-2008) qui aurait eu 100 ans. La soirée clôturait une semaine d'hommage à l'acteur lors du festival du cinéma américain de Deauville. Cette soirée fut en particulier l'occasion d'évoquer l'action de Paul Newman envers les enfants malades. La soirée était introduite par la présidente de l'association L'envol qui est membre du réseau SeriousFun Children's network initié par Paul Newman en 1988. L'envol a été créé en 1997. Avant de revoir La chatte sur un toit brûlant, Cléa Newman (la benjamine des enfants Newman) et Brigitte Fossey nous ont fait partager quelques anecdotes et une femme dont je n'ai pas retenu le nom a évoqué le livre de mémoires de Paul Newman que j'avais bien apprécié.
Cléa Newman
Cléa Newman et Brigitte Fossey
Personnellement, j'étais surtout venue pour La chatte sur un toit brûlant de Richard Brooks (1958) que je n'avais pas vu depuis longtemps. Revoir ce film sur grand écran, qu'est-ce que c'était bien. Liz Taylor (magnifique) donnant la réplique à Paul Newman (avec ses beaux yeux bleus et son plâtre à la jambe droite) dans plusieurs scènes sont des moments magiques. Je ne me rappelais plus toute l'histoire. La chatte sur un toit brûlant est adaptée d'une pièce de Tennessee Williams et j'ai bien ressenti le côté théâtral pendant tout le film. Il y a une unité de temps, de lieu et d'action. Le couple Newman (33 ans) / Taylor (26 ans) était vraiment glamour et les autres acteurs sont tous très bien, en particulier Burl Ives qui interprète le rôle du père (Big Daddy). Et je ne me rappelais plus que le film avait autant de moments humoristiques grâce à certaines scènes et répliques. Un film à (re)voir sur petit ou grand écran.
Ken Follett, Un monde sans fin, Robert Laffont, 2008 (EO 2007), 1286 pages
Dans la saga de Ken Follett que j'ai parfois vu nommer "Kingsbridge", ce volume, le deuxième à avoir été publié sur un total de cinq à ce jour, occupe chronologiquement la troisième place.
L'histoire s'y déroule sur plus d'un tiers de siècle (de 1327 à 1361), et l'on y retrouve le même schéma que dans le premier tome publié (Les piliers de la terre): des enfants de classes sociales différentes, que l'on voit évoluer, interagir (en positif ou en négatif), dans la ville (fictive) de Kingsbridge, son prieuré (auquel est désormais rattaché un couvent de nonnes), et dans le cadre de la plus grande Histoire de l'Angleterre et de l'Europe (France, Italie...). Quand débute la première partie du livre, le 1er novembre 1327, Gwenda est fille de paysan sans terre (son père est un voleur à qui l'on a coupé la main), Caris est une fillette de la bourgeoisie marchande, les frères Merthin et Ralph sont fils d'un couple noble mais ruiné... et ils assistent tous les quatre à une scène mystérieuse dont l'explication sera donnée dans les toutes dernières pages!
Au fil des parties (8-14 juin 1337, juin-décembre 1337, juin 1338-mai 1339, mars 1346-décembre 1348, janvier 1349- janvier 1351, mars-novembre 1361) et des nombreux chapitres (dommage qu'il manque une table des matières!), nous assistons à des conflits de pouvoirs pour des contrats de construction ou de réparation (pont, tour de la cathédrale, prieuré, hospice, ...), pour des postes (prieur, présidence de la guilde de la ville, direction de l'hospice...), pour des titres (comté, en l'absence d'héritier mâle)... dans une période troublée par les débuts de la Guerre de 100 ans pour le trône de France et l'arrivée de la peste en Occident (que la médecine traditionnelle héritée de l'Antiquité ne sait pas soigner).
Le talent de l'auteur est de nous exposer les ressorts psychologiques et "raisons personnelles" qui poussent ses personnages à agir de telles ou telles manières, que ne comprennent pas toujours les autres protagonistes. Parfois les rapports de force amenant à telle ou telle décision sont absolument logiques et incontestables, d'autres fois, certains individus (pas forcément les plus sympathiques, bien entendu!) se laissent guider par des ressentiments liés à ce qui est arrivé des années plus tôt, jusqu'à agir au contraire de leur intérêt bien pesé.
Sans "faire du Zola", Ken Follett nous amène pose des questionnements sur l'hérédité, sur les places de l'inné et de l'acquis. il y a dans ce volume (comme dans le précédent) un certain nombre d'enfants naturels, de bâtards cachés, d'enfants élevés par un beau-parent. Autant les traits de visage et de caractères découlent de l'ascendance, autant les attitudes corporelles semblent dépendre par imitation et imprégnation de la famille où l'enfant a été élevé. Le roman s'achève pratiquement sur un parricide. Entretemps, de nombreuses morts plus ou moins soudaines ou violentes l'auront émaillé. Mais la vie continue... Caris et Merthin finiront par pouvoir sans obstacles filer le parfait amour!
Si plusieurs participants des éditions successives du Pavé de l'été chez Brize avaient chroniqué Les piliers de la terre, aucun sauf erreur de ma part ne s'était attaqué à ce tome-ci, déjà choisi en revanche comme Epais par Enna en 2025.
Pour ma part, je pense que je vais continuer à dévorer cette saga, dont les cinq tomes parus (à ce jour) peuvent se lire indépendamment. Si ce n'est pas pour les Epais de l'été 2025, ce sera pour les Epais de l'été 2026!
Parmi les sorties cinéma de cette rentrée, je conseille Chroniques d'Haïfa. Histoires palestiniennes du réalisateur Scandar Copti qui est arabe israélien né à Jaffa. Les interprètes sont tous des non-professionnels mais ils jouent tous avec talent, en particulier Manar Shehab qui interprète le rôle de Fifi, la plus jeune des enfants d'une famille palestinienne bien intégrée dans la ville de Haïfa. Cependant, on apprend que le père a beaucoup de dettes et devra peut-être vendre le bel appartement où vit la famille. La mère, Hanan, très protectrice, est soucieuse de sauvegarder les apparences. Rami, le fils aîné, voudrait que sa petite amie juive avorte alors que cette dernière n'y tient pas. La première fille de la famille doit se marier et Hanan veut ce qu'il y a de mieux pour la cérémonie; quant à Fifi, la petite dernière, très émancipée, elle ne tient pas à ce que son dossier médical s'ébruite car sa mère apprendrait quelque chose qu'elle ne doit pas connaître. Ces chroniques avec quelques retours en arrière tournent donc autour d'une famille palestinienne. On découvre que le qu'en-dira-t-on et le poids des traditions sont très forts dans cette société gouvernée par les interdits et les haines de chaque culture. Les Juifs et les Arabes ne font que cohabiter, ils se tolèrent mais cela ne va pas plus loin. La caméra suit les acteurs au plus près. J'ai été captivée pendant deux heures. Il n'y a pas de temps mort. Un film à voir s'il passe par chez vous.
C'est en février 2025 que j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) commandé le DVD du film que j'évoque aujourd'hui. Celui-ci n'est passé en salle en IdF que très brièvement. Je l'avais vu annoncé dans Charlie Hebdo (qui évoquait également des séances commentées dans certains cinémas de province notamment). Il m'a fallu du temps pour arriver à en tirer une chronique.
Antonio Fischetti, Je ne veux plus y aller maman, 2024, 110 minutes
J'avais donc contacté par mail Les films de la Boussole (producteur), qui avaient répercuté mon mail à Aktis cinéma (distributeur), qui m'a indiqué que le DVD était disponible à la commande via Helloasso, par lequel je suis passé pour le recevoir chez moi. Je ne sais pas si on peut désormais se le procurer autrement ou non.
C'était près de 10 ans après le massacre d'une grande partie de la rédaction de Charlie Hebdo (dessinateurs et chroniqueurs), dont Elsa Cayat, qu'Antonio Fischetti a été amené à reprendre des "rushes" filmés longtemps auparavant, pour en tirer ce film, à la fois documentaire, hommage et introspection. Lui-même travaille à Charlie depuis 1997. Il y a une vingtaine d'années, il avait eu un projet de film pour interroger son propre rapport à la prostitution, ce qui l'avait amené à rencontrer Elsa Cayat (j'avais évoqué en mai 2020 le livre-entretien qui en était résulté).
Le film commence par un trajet à moto en "caméra subjective", accompagné de voix "off". Il y aura bien d'autres déplacements et trajets à moto d'Antonio Fischetti dans son film, fragmenté et kaléidoscopique. Certains de ces "fragments" dévoilent le contenu d'une dizaine de cassettes VHS d'échanges avec la psychanalyste Elsa Cayat, qui avait donc accepté, 20 ans avant, sa proposition pour un projet un peu fou de film (bien avant qu'elle devienne collaboratrice de Charlie et la seule femme assassinée le 7 janvier 2015). On y aperçoit aussi son "héroïne, la prostituée "Momo" (aujourd'hui décédée). Le lien avec la psychanalyse demeure essentiel: les différents entretiens (séances?) avec Yann Diener, qui tient aujourd'hui la rubrique psy dans Charlie, reviennent à plusieurs reprises. Du coup, une des interrogations semble être la raison de la participation à Charlie: peut-elle être vue comme une démarche "psychanalytique"? Elle est faite en tout cas d'exigence et de remise en cause, pour être sur d'avoir quelque chose de pertinent à dire (comme le dit une des interventions): "il faut accepter que, quand on dessine ou quand on rédige dans Charlie, on montre un peu son cul à tous les passants".
Ce que j'ai perçu entre les images, les voix off et les entretiens, c'est qu'Antonio Fischetti a longtemps été obsédé par le hasard d'avoir échappé au massacre parce qu'il était à l'enterrement de la soeur de sa mère d'une part, et par le fait que c'était lui qui avait amené Elsa Cayat à travailler à Charlie, d'autre part. Quand il a commencé à travailler sur ce documentaire, il a recouru à un financement participatif avec près d'un millier de donateurs ("je ne sais pas où je vais aller avec ce film, mais est-ce que vous voulez m'accompagner?").
Je dirais que le fond du film représente, à côté de cette introspection personnelle, un beau travail de mémoire incluant des opérations-hommages: demander au dessinateur Foolz de rajouter Elsa qui manquait sur une fresque de rue, filmer les autocollants que la fille d'Honoré colle pour que continuent à vivre les dessins de son père... Des sortes de "pèlerinages" vers les différents locaux qu'a connus le journal. Ainsi, il retourne avec l'ancienne attachée de presse de Charlie vers ceux de la rue Turbigo (ils croisent le patron du troquet où l'équipe déjeunait). On voit ses soeurs, qui ramenaient l'hebdomadaire d'humour contestataire à la maison au début des années 70, quand elles étaient en fac et que lui-même avait une dizaine d'années (il le lisait en mangeant ses tartines de goûter). Il évoque Cavanna et leurs origines "ritales" communes. Il va voir chez lui Willem, dernier survivant de l'équipe mythique, "dernier pont vers [son] enfance" (AF a pris conscience qu'il a aujourd'hui passé l'âge qu'avaient les dessinateurs qu'il découvrait dans son enfance...). Il se rappelle que, dans sa jeunesse, il était fasciné par les images "transgressives" de Charlie liées au sexe. Plus tard, la criminalisation est venue par Mahomet...
La forme de Je ne veux plus y aller maman pourra en désorienter certains (c'est sans doute fait exprès). Ce "film-concept", j'ai voulu le voir, mais je trouve difficile d'en parler à qui ne l'a pas vu. Je n'ai pas pu visionner les bonus qui ne semblent pas fonctionner avec mon lecteur de DVD (à moins qu'il faille être connecté d'une manière ou d'une autre?). Je me sens en tout cas tout à fait en accord avec ce qu'AF dit dans le petit livret qui accompagne le film: "être Charlie, c'est brandir le droit républicain d'être athée et de blasphémer".
Je viens de passer 4 jours à Rome. Je n'y étais pas allée depuis 25 ans. De mémoire, la ville éternelle n'a pas trop changé. C'est une ville toujours aussi belle et passionnante. Rome est jumelée avec Paris depuis 1956. Rome, en septembre, c'est agréable. Il a fait entre 27° et 29°. Et il y a encore beaucoup de touristes (même des Italiens). J'ai eu l'impression qu'il y avait plus de touristes qu'à Paris. Rien que le Colisée est visité, paraît-il, par 30 000 personnes par jour.
Voici quelques photos de mes coups de coeur. Comme je suis loin d'avoir tout (re)vu, j'espère y retourner d'ici deux ou trois ans. J'ai beaucoup marché et pris le métro, il y a deux lignes principales, la A (orange) et la B (bleue). Elles sont très fréquentées. Mais Rome, c'est aussi beaucoup de bus qui vont dans tous les sens. Les lignes de métro contournent le centre historique pour des raisons que l'on peut imaginer.
Voici quelques photos :
C'est l'une des premières que j'ai prises. Ce sont de vraies tomates devant un restaurant.
Saint-Pierre de loin, j'ai évité la foule.
Le château Saint-Ange qui se visite.
La piazza Navona (ancien stade de Domitien).
quelques fromages italiens...
Le marché à Campo di Fiori.
L'église Saint-Louis des Français date du XVIème siècle. Dans la chapelle Saint-Matthieu au fond à gauche, il y 6 tableaux dont 3 peints par Le Caravage entre 1599 et 1602, ils sont magnifiques.
Le martyre de Saint-Matthieu.
Saint-Matthieu et l'ange.
La vocation de Saint-Matthieu.
La place d'Espagne, comme la fontaine de Trevi rassemblent beaucoup de monde. Pour la fontaine de Trevi (ci-dessous), il y a des barrières et un sens pour les visiteurs, le surtourisme, c'est quelque chose.
Du coup, j'ai été contente de m'éloigner de la foule, c'est pourquoi je suis retournée au cimetière protestant de Rome situé à côté de la Pyramide. Dans le cimetière (la porte d'entrée est discrète et pas facile à trouver), on trouve quelques tombes célèbres dont celle de deux poètes romantiques anglais du 19ème siècle : Percy Shelley et John Keats. C'est un endroit calme. Personnellement, j'apprécie d'aller dans les cimetières.
La pyramide de Caius Cestius (construite entre 18 et 12 avant J.-C.) vue du cimetière.
Depuis le décès du pape François, Sainte-Marie Majeure qu'il a choisie comme dernière demeure est devenue un lieu de pèlerinage entouré de barrière avec le contrôle des sacs par la police. Il y a 25 ans, on y entrait très facilement et j'avais eu le coup de foudre pour cette basilique très claire. Elle est toujours aussi belle, mais désormais il y a la queue pour se recueillir sur la tombe du pape défunt.
Je termine avec la Rome Antique avec deux photos, le Colisée à l'extérieur et à l'intérieur. À mon avis il faut presque 2 jours pour tout voir entre le Colisée, le Palatin et les Forums. J'espère que ces photos vous donneront envie de (re)voir la capitale de l'Italie.
À l'intérieur, on se rend compte que le Colisée n'est pas rond mais ovale.
C'est la face nord du Colisée qui est la mieux conservée (si je puis dire).
D'Eric Fouassier, j'ai lu les quatre volumes du cycle Le bureau des affaires occultes avec Valentin Verne, les quatre histoires se passant dans les années 1830. Avec Requiem pour la dame blanche (Albin Michel, 393 pages), l'écrivain nous emmène en 1916 au moment de la bataille de la Somme et quinze ans plus tard. L'essentiel de l'intrigue est une histoire de crime impossible en chambre close. La dame blanche du titre est Sybil fusillée de manière expéditive pour trahison en 1916 par six hommes dont cinq que l'on retrouve en 1931 dans une immense demeure en Picardie. Parmi eux, il y a un détective Florimond Blache, Martin Clancier, un bellâtre qui vit beaucoup des. femmes, le colonel Georges Saint-Leger (le propriétaire de la demeure), membre du deuxième bureau, Perrin (qui ne fera qu'une apparition avant de mourir) et Paul Mihalesco, très doué pour déchiffrer des messages Cette réunion est organisée par Saint-Leger à la suite d'un message trouvé sur un pigeon voyageur. Il y a un traitre parmi les cinq, responsable de la mort d'une innocente. Albert Saulx, le sixième homme a été tué d'un coup de baïonnette dans son avion nieuport. Un meurtre incroyable. Quinze ans plus tard, on sera témoin de deux autres assassinats incompréhensibles dans cette demeure où il aussi un couple de domestique et une invitée surprise, Yvonne, une très belle jeune femme. Je ne dévoile rien d'autre. Il y a vraiment du suspense. Le récit est très bien mené. Je conseille ce roman que j'ai lu en trois jours. Lire le billet de belette2911.
Le blog de Dasola
CINEMA, LIVRES, DVD, SPECTACLES, TV - BILLETS DE BONNE ET (parfois) MAUVAISE HUMEUR.
Critiques et opinions sur films, livres et spectacles.
[Secrétaire de rédaction et statistiques: "ta d loi du cine" (262 commentaires, du 17/01/07 au 31/03/26)].
STATISTIQUES, INFORMATIONS, RECORDS (DEPUIS LA CRÉATION DU BLOG)
* Blog créé le 09/01/2007, transféré sur Canalblog en juin 2007, migré à l'insu de son plein gré sur l'outil Overblog en février 2024 *
3085 billets (au 12/04/26) dont tous ont eu au moins un commentaire
37 139 commentaires (au 12/04/26 [+ 2 [anciennement 203] "égarés" lors de la migration"]) [dont 269 dasola] par au moins 1300 personnes, dont 74 (re)venues en 2026
423 blogueurs [dont 137 actifs en 2026] m'ont fait au moins 5 et jusqu'à 1329 (au 03/04/2026) commentaires (voir ci-dessus)
Abonnés (être prévenu à chaque nouveau billet publié sur le blog): 81 au 31/03/26 (via "Newsletter" ci-dessus)