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30 novembre 2025

L'abeille d'Ouessant - Hervé Hamon / Mémoires du large - Eric Tabarly

Il y a déjà plusieurs jours que j'avais commencé deux billets, souhaitant les publier l'un après l'autre dans le cadre du challenge Book trip en mer (saison 2) de Fanja. Mais j'ai été incapable de finir l'un ou l'autre avant de passer au second... En ce dernier jour de challenge, je me résous donc à les fusionner!

"J'avais pourtant pris de bonnes résolutions. Achevant [son livre précédent], je m'étais juré de laisser croître et décroître nombre de lunes, avant d'y retourner - du moins publiquement. Je ne voulais pas (et n'ai nullement changé d'avis) que mon emportement maritime devînt une spécialité, d'autant que le folklore, en la matière, est vite envahissant. À forcer le genre, il vous pousse sur la plume une algue verte, sur le menton une barbe hirsute, et sur le plateau de télévision certaine patte, au coin de l'oeil, qui trahit le cap-hornier d'opérette."
Ainsi débute le [premier] livre que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente aujourd'hui.

Hervé Hamon, L'Abeille d'Ouessant, Editions du Seuil, coll. Points N°P736, 2000 (EO 1999), 280 pages

 

C'est pour le bonheur de ceux qui aiment des livres retraçant la vie quotidienne mais exceptionnelle de marins spécialisés (livre de non-fiction, donc, même si la "mise en forme" de ce qui peut être glané lors d'un "reportage vécu" est parfois nécessaire) que l'auteur a fini par mettre son sac à bord de l'Abeille Flandre, basée à Brest, pour plusieurs mois, par intermittence (il y était "le treizième homme" [p.132]). "Il fut convenu que, de septembre 1997 à l'été 1998, je séjournerai périodiquement sur le bateau, et que, le reste du temps, il [l'un de ses deux commandants, Charles Claden dit "Carlos"] m'avertirait dès qu'une tempête était en vue" (p.25)». L'image de couverture est particulièrement bien choisie: au loin, la silhouette dans une mer agitée, entre chien et loup, du remorqueur de haute mer, et en gros plan, deux hommes composant son équipage, harnachés de pied et cap et manifestement "en mission" hors de leur navire (à bord d'une autre embarcation... Zodiac ou bateau attendant la remorque?). Sur demande de Carlos, Hervé Hamon a même pu être embauché pour filmer (capter le déroulement d'un sauvetage compliqué) à bord de l'Abeille Languedoc (le sister ship, basé à Cherbourg).

 

Mais au contraire de la BD S.O.S. Bagarreur qui était axée sur un unique sauvetage, ce "reportage au long cours" nous donne un panorama très complet sur la vie à bord d'un des remorqueurs dont l'Etat a souhaité la mise en place après la catastrophe de l'Amoco Cadiz (1978), alors que le trafic maritime à la jonction Atlantique / Manche, le "rail d'Ouessant", a été réorganisée (lisez le livre pour en savoir davantage!). Notre remorqueur est, 7 jours sur 7 et 365 jours par an (et par n'importe quel temps), prêt à appareiller pour aider tout navire en difficulté dans son secteur de surveillance. Ses puissants moteurs (quatre), ses deux arbres d'hélice, ses systèmes redondants, mais aussi l'habileté de son équipage, font qu'il est capable de tirer un pétrolier de 500 000 tonnes par tous les temps (même force 12 sur l'échelle de Beaufort). Ses missions? Conseiller un capitaine dont les cartes ne sont pas à jour et qui dévie dangereusement vers les rochers. Lancer une remorque. Evacuer un équipage. Sauver un navire et sa cargaison... Que de récits à lire!

 

À l'époque, la plupart des marins des Abeilles sont issus de la marine marchande (Marmar), et le livre fourmille d'histoires recueillies auprès de ces rudes marins (ou de leurs "anciens"), instillées au fil du récit. Il y est question du déclin de l'"armement" français, concurrencé par les armateurs étrangers à bas coût (main-d'oeuvre essentiellement). p.94, on lui explique: "Tu comprends, le Philippin ou le Coréen, il n'est pas moins bon marin que nous quand il est marin. Mais les gars qui acceptent ces embarquements pour 25 dollars, ils ne sont pas plus marins que mon boucher. C'est des gars qui se tapent cinq ans de mer, qui économisent un max, et qui ouvrent un bistrot dès qu'ils sont rentrés au pays." Pas un mot du "shangaïage", par contre. Dans une des opérations (p.146) dont Hamon a été témoin, on verra l'aide-cuisinier d'un porte-container, un Malgache, être hélitreuillé par hélicoptère, "tenant à la main un pochon de plastique dans lequel il serrait les dollars économisés un à un depuis cinq ans. Et l'on a vu le pochon se déchirer, les billets s'égrener au vent des pales"...

 

On a des histoires d'hommes qui se doivent mutuellement une confiance absolue (ils risquent leur vie et celle des autres). "Il n'y a pas de bon équipage. Un bon commandant se démerde avec ce qu'il a", dit Carlos (p.236). Les femmes ne sont pas absentes (naufragées, visiteuses, épouses, et même une commandante de remorqueur de port), ou le sujet de plaisanteries de tradition goguenarde (p.196): "toujours, mon ami, toujours téléphoner à la maison, ne jamais sonner à l'improviste...", ou la vieille histoire de ce marin, rongé durant toute une traversée océanique par des doutes sur la fidélité de sa femme et quasiment en grève de la faim. Une fois rassuré sur ce point, sa grosse bordée pour arroser ça se termine... au bordel. Face à cela, les épouses se racontent de l'une à l'autre des plaisanteries de femmes de marin (p.114): "- Et ça n'est pas trop dur d'avoir votre homme pour un mois, après tant d'absence? - Mais non, voyons, un mois, c'est vite passé...". 

 

Hamon nous parle de Jean-Paul, le cuisinier-directeur général, syndicaliste qui, en 30 ans de carrière a vu défiler bien des interlocuteurs, ou Eric, trentenaire polyvalent, qu'il retrouve soit sur la passerelle (second capitaine), soit aux machines (second mécanicien). Il est aussi question, dans l'ouvrage, de la SNSM (Société nationale de sauvetage en mer), dont un "patron" donne ce qui pourrait être le mot de la fin pour expliquer le sens de la "mission": "je pose un postulat. Je postule que, ce que je fais, n'importe qui le ferait pour moi" (p.268). J'ai encore relevé (p.174,) la question posée à Carlos (le capitaine), d'une part, et au Prémar (Préfet maritime), d'autre part, pour savoir si l'autre était d'abord un affréteur / un affrété, un supérieur hiérarchique / un subordonné, ou bien un marin avec qui étaient entretenues des relations de marin à marin. Réponses (séparées): "D'abord un marin, [ont-ils] répondu, sans hésitation aucune".

 

Quelques années après la sortie du livre, en 2005, l'Abeille Flandre a été remplacée, à Brest, par l'Abeille Bourbon, désormais nommée (depuis avril 2025) l'Abeille Bretagne. L'Abeille Flandre a fini son service à Toulon comme navire de remorquage d’urgence de haute mer en Méditerranée, jusqu'en 2022, où il est ramené à Brest pour y être démantelé en 2023. L'une de ses hélices y est exposée. 

 

Hervé Hamon a écrit plusieurs autres livres sur le monde maritime. Coopté comme "écrivain de marine" en 2005, il a choisi en 2022 de quitter ce cénacle. 

 

********************

 

Mon autre (et dernier) livre est une autobiographie. Ayant débuté mes participations à la 2e saison du Book trip en mer de Fanja avec Kersauson, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) trouvais intéressant de les conclure par Tabarly!

Éric Tabarly, Mémoires du large, Editions de Fallois,
Le livre de Poche N°14448, 2018 (1er DL 1998, EO 1997), 283 pages

 

Je crois qu'il s'agit du dernier livre publié par le navigateur avant sa disparition en mer, le 12 juin 1998. Un cahier central de 27 photos en noir et blanc nous présente Eric (barrant à trois ans [il est né en juillet 1931] le voilier paternel Annie...), ses proches, ses bateaux successifs, ses équipages (du moins quelques-uns des nombreux équipiers qu'il a formés), et 27 chapitres nous racontent toute sa vie à la première personne. Les premières pages sont pour "le" Pen Duick, celui qui porte aujourd'hui le numéro I d'une série poursuivie officiellement jusqu'à VI (si j'ai bien compris, celui qui aurait dû être le septième quand Taraly en réalisait la maquette est devenu, à l'ère du sponsoring-"naming", le Paul-Ricard). 

 

Cette autobiographie suit ensuite classiquement l'ordre chronologique, expose comment le Pen Duick "familial" a fini par lui être donné par son père, comment Eric s'est engagé dans la marine (dans l'aéronavale, d'abord) pour gagner une solde lui permettant de réparer le bateau, puis comment il a pu (à sa seconde tentative) entrer à l'Ecole navale pour devenir officier de la marine et ingénieur (il y faisait du sport, en privilégiant la régate sur les voiliers de l'école plutôt que la course à pied), comment il a fini (en juillet 1965) par être détaché auprès du ministère de la jeunesse et des sports (dont le ministre était alors Maurice Herzog). Avant cela, la Transat anglaise en solitaire qu'il a gagnée à bord de Pen Duick II en 1964 occupe à elle seule une cinquantaine de pages (il raconte aussi avoir dû décliner une première invitation par de Gaulle à l'Elysée (pour cause de priorité de marin... [la mise à l'eau de Pen Duick III ne pouvait se faire qu'à la même date, pour raison de marée]). 

 

J'ai entendu de mes oreilles un officier marinier retraité parler de l'époque où, depuis son propre navire, il voyait Éric Tabarly ramener au port, à Lorient, l'EDIC 9092 (engin de débarquement d'infanterie et de chars) sur lequel il a effectué son temps de commandement règlementaire (évoqué p.63). Il a pris sa retraite de la Marine nationale en juillet 1985 avec le grade de capitaine de vaisseau (équivalent à colonel dans les autres armes). p.268, il dit que c'est la Transat 76 qui a déclenché la course aux sponsors et l'intrusion de l'argent dans le monde de la voile. 

 

Toute sa vie, il l'a passée à naviguer en course au large (en solitaire ou en équipage), à faire les plans du voilier suivant, à chercher (et trouver) de l'argent pour sa construction, en tâchant qu'il soit prêt à temps pour l'engager en course... Il a créé la société Pen Duick en 1973 (son ami Gérard Petipas a accepté dès 1972 d'en être le dirigeant, ce qu'Eric Tabarly ne pouvait pas être, en tant qu'officier de la Marine nationale en activité). L'argent manquant toujours (malgré les droits d'auteurs sur les livres d'Eric), ils songent à mettre en place une maison d'(auto-)édition. Consulté à ce sujet, le baron Bich n'a pas donné d'argent, mais le meilleur des conseils, en substance (p.243): "vous êtes jeunes et prêts à travailler, Eric a un nom et vous une marque, Pen Duick, qui vaut des milliards en notoriété. Ne vous fourrez jamais entre les mains des banquiers car si vous faites appel à eux, vous êtes morts. Débrouillez-vous seuls". 

Je me rappelle encore un disque que j'écoutais, ado, "Éric Tabarly présente Les chansons de la mer" (1973), où il racontait l'un ou l'autre épisode de course entre deux chansons (je ne sais pas combien il avait dû toucher pour cela).

 

Enfin, il ne le dit pas dans le livre, mais sa fiche sur Wikipedia (consultée le 30/11/2025) signale qu'il a été admis à l'Académie de marine dans la section Marine marchande et plaisance le 5 juin 1990. Je dirais que ce livre est à son image: peu bavard, direct, sans mâcher ses mots, délivrant des informations plutôt que livrant des états d'âme.

 

J'avais lu il y a quelques années le livre écrit par son frère Patrick (né en 1944), Frères de mer (2018). Je n'ai pas (encore) lu celui écrit par sa fille Marie (née en 1984), Éric Tabarly, mon père (2008). L'un comme l'autre ont pratiqué ou pratiquent la course au large.

 

PetiteMarie29 (dernier billet en 2018) avait parlé de Mémoires du large en 2010

29 novembre 2025

La gouvernante - Joy Fielding / Hurlements - Alma Katsu / La maison des mensonges - John Marrs

Moi, Dasola, je viens de me rendre compte que je n'avais pas écrit de billet depuis une semaine. Je ne vois pas passer le temps. Et je n'ai pas été au cinéma récemment. Il faut que je me rattrape. 

En attendant, j'ai lu des romans dont les trois que je vais chroniquer dans l'ordre où je les ai lus.

Je commence avec La gouvernante de Joy Fielding (Edition Michel Lafon poche, 417 pages) que j'ai lu lors d'un aller-retour en train. De nos jours, à Toronto au Canada, Jodi Bishop est agent immobilier dans un cabinet créé par son père. Elle est mariée à Harrison, un écrivain et animateur d'un atelier d'écriture qui dépend d'elle financièrement. Ils ont deux jeunes enfants. Jodi a une grande soeur, Tracy, une femme assez fantasque. Jodi qui est la narratrice raconte comment une certaine Elyse Woodley, une gouvernante digne d'éloges recrutée par ses soins avec de très bonnes recommandations, va s'immiscer peu à peu dans la vie des parents de Jodi et Tracy. En effet, la mère des deux soeurs est atteinte de la maladie de Parkinson et le père qui n'a pas bon caractère ne peut plus s'occuper d'elle. Les deux vivent dans une belle demeure. Les jours et mois passant, Elyse s'incruste, devient indispensable et ne se départit jamais de son sourire. Jodi se rend compte trop tard que le loup est entré dans la bergerie jusqu'à ce que... Un roman qui se lit agréablement.

Maintenant, je passe à Hurlements d'Alma Katsu, un thriller horrifique (Editions 10/18, 453 pages) qui s'inspire de faits réels. Aux Etats-Unis, en 1846-1847, en pleine ruée vers l'or, une centaines de personnes (hommes, femmes et enfants)  partent de Springfield, Illinois sur des chariots avec du bétail en direction de la Californie. La romancière se focalise sur la famille Donner qui a donné le nom à l'expédition. Le périple commence à partir de juin 1846. Parmi les pionniers, beaucoup ne parlent qu'allemand. Assez vite, un petit garçon disparait dont on ne retrouvera que le squelette. La peur s'installe peu à peu. Le convoi avance mais pas assez vite, il y a des tensions entre les individus. Les provisions s'amenuisent peu à peu, les Indiens ne sont pas loin et il y a surtout des aléas climatiques qui vont compromettre l'avancée de l'expédition et amener le trouble. D'autres personnes vont disparaître, un jeune Indien est sacrifié. L'histoire est bien menée mais l'ensemble est un peu long malgré des flash-back qui donnent des éclaircissements sur le passé et nature de certaines personnes. Vous pouvez vous contenter de lire l'article sur Wiki même si la romancière a extrapolé certains faits. 

Je termine avec La maison des mensonges de John Marrs (Edition City poche, 430 pages), une histoire éprouvante, un huis-clos dans une maison anglaise où vivent une mère (Maggie), 68 ans et sa fille Nina (36 ans). La mère dort dans un grenier aménagé avec une chaîne attachée à la cheville depuis deux ans. Nina travaille dans une bibliothèque. Au fur et à mesure que le récit avance, on va apprendre pourquoi la fille a enchaîné sa mère. C'est un huis-clos étouffant. Maggie et Nina racontent tour à tour ce qui se passe. Au bout du compte, la vie de ces deux femmes est terrifiante car l'une a toujours essayé de protéger l'autre. On découvre ou on devine les événements terribles qui se sont passés une vingtaine d'années auparavant. C'est un roman qui m'a mise mal à l'aise à un moment donné. Je l'ai trouvé un peu "too much" Et on ne peut pas dire que la fin soit heureuse car la boucle est bouclée. Je n'en dirai pas plus. 

26 novembre 2025

Carnets de patrouille - André Maginot

Tout le monde connaît certainement le nom de l'auteur du bouquin dont je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais parler aujourd'hui (ne l'ayant pas fait pour le 11-Novembre), dans le cadre des challenges "Pages de la Grande guerre 2025" et "2025 sera classique aussi!" tous deux organisés par Nathalie. Je l'ai découvert il y a quelques mois dans les rayons d'une des "bibliothèques partagées" que je fréquente cette année, et j'avais sauté dessus avec ces challenges bien en tête. 

André Maginot, Carnets de patrouille, Grasset, 1940, 181 pages
[présentés par Mme R. Joseph-Maginot]
(achevé d'imprimer le 4 juin - 10e édition)

 

Vérification faite, on peut facilement trouver d'occasion sur internet ce livre âgé de plus de trois quart de siècle pour le prix d'un livre neuf d'aujourd'hui. Son "avant-propos" nous dévoile que "Mme R. Joseph-Maginot" est la soeur du Maginot surtout connu pour la "ligne" éponyme. Elle y expose que l'auteur de ces "carnets" est mort avant d'avoir pu en revoir le texte. Elle dit "livre[r ces notes telles qu'elle les a] trouvées sans y changer un mot. Il me semble que ce sera mieux ainsi." Nous sommes le 1er août 1914, et l'auteur (récit à la 1ère personne) prend le train gare de l'Est à Paris, en direction d'un régiment de la défense de Verdun auquel il s'est fait affecter avec son collègue Chevillon. Seule note discordante dans l'enthousiasme des hommes ("À Berlin!"): une mère qui n'est pas arrivée à temps pour embrasser ses deux fils, soldats, avant qu'ils partent vers la frontière... "Elle a beau être fille et femme de soldats, s'être résignée depuis longtemps, en bonne Française qu'elle est, à donner ses enfants, son coeur maternel saigne à l'heure du sacrifice". Là, j'ai vraiment senti le gouffre qui différencie la population française du début du XXe siècle de celle de 2025.

L'ouvrage est organisé en 10 chapitres. Evidemment, ce n'est pas le "trouffion" moyen qui pouvait commencer par aller serrer la main à l'ami Grillon, sous-préfet de l'arrondissement, lui aussi mobilisé... et au coiffeur local, bombardé la veille chef de la "garde civique" (chargée entre autres de faire fermer les boutiques et les cafés indûment ouverts). Nos députés débattent, en déjeunant sur les bords de la Meuse, de la durée de la guerre. Maginot pense qu'elle durera plus de trois mois. Ils sont affectés au 44e régiment territorial, et, sur leur demande, sont affectés à la 6e compagnie, sous les ordres d'un capitaine de Bar-le-Duc (dont Maginot est élu député depuis 1910). p.37, une page en italique résume ce qui se passe jusque vers la mi-août. Dans le chapitre 3, titré "Notre recul en Woëvre", le 22 août évoque certaines pages de La Débâcle (Zola). Une nouvelle interpolation en italiques (ce ne sera pas la dernière!) explique que Maginot a lui-même l'idée de mettre en place des corps de "patrouilleurs réguliers", et pour commencer, le sergent Maginot va commander une section d'élite, d'hommes "plus soldats que militaires"... Le livre se termine sur la citation à l'ordre du régiment, à Verdun, en date du 22 novembre 1914, des hommes qui ont ramené sous une grêle de balles leur sergent [Maginot], blessé, ainsi que ceux qui avaient été tués en le défendant. Ces "patrouilleurs" et leurs faits d'armes m'ont fortement fait songer aux combats des hommes du Capitaine Conan (de Roger Vercel), les crimes en moins.

 

Je pourrais encore citer des lignes et des lignes du livre, je préfère laisser aux lecteurs la découverte des faits d'armes comme des états d'âme de notre combattant (cité à l'ordre de la division le 7 octobre, s'enorgueillissant d'avoir "gagné" un duel au fusil, à 400 m., contre un soldat allemand).

Revenons donc sur l'auteur au nom célèbre: André Maginot (1877-1932), ministre des pensions, primes et allocations de guerre presque deux ans, de janvier 1920 à janvier 1922, puis ministre de la guerre et des pensions jusqu'à juin 1924 (sous trois Présidents de la République et sept présidents du Conseil), a laissé son nom à un "concept", celui d'une ligne fortifiée à l'abri de laquelle la France serait inattaquable par l'Allemagne, qui l'avait envahie et vaincue en 1870 et s'était efforcée de le faire en 1914. On peut supposer que c'est précisément parce que, comme des millions d'hommes, il avait combattu dans les tranchées de 1914-1918 qu'il souhaitait, comme d'autres, empêcher le retour de tels massacres. 

 

Comme ministre, il avait succédé dans la fonction à son collègue Léon Abrami (1879-1939), autre député engagé comme simple soldat et aux côtés duquel il avait combattu en première ligne en août 1914, qui avait, lui, été sous-secrétaire d'Etat aux effectifs et pensions de novembre 1917 (un an avant la fin de la guerre) jusqu'en janvier 1920. Mort à 59 ans en janvier 1939, avant le déclenchement de la Seconde guerre mondiale, Léon Abrami n'a donc pas connu la publication de ces Carnets de patrouille qui évoquent son rôle dans ce qui est pour nous la Première, et reste la Grande. 

 

Frédéric Chevillon (1879-1915), le troisième député et compagnon d'armes de ces débuts de la guerre, n'a, lui, pas survécu à la grande boucherie. Selon wikipedia (consulté le 10/11/2025), "sorti de la tranchée en criant «Vous allez voir comment on meurt dans le 15e corps», il meurt au champ d'honneur à l'âge de 36 ans le 21 février 1915, au cours de la bataille des Eparges". Cette mort m'a fait songer à celle d'Alphonse Baudin, mort sur une barricade pour s'opposer au coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte le 2 décembre 1851, en rétorquant à des ouvriers qui ne voulaient pas se faire tuer pour lui conserver son indemnité parlementaire: « Vous allez voir comment on meurt pour vingt-cinq francs [par jour] ! ».
Ayez les bons mots au moment de vous faire tuer, et l'Histoire retiendra votre nom... 

 

André Maginot a obtenu la Médaille militaire le 7 novembre 1914. Pour en confirmer la légalité "dans les formes", il aura sans doute fallu attendre la loi du 30 mars 1915 validant certains décrets pris en 1914, notamment celui du 13 août 1914 prévoyant un contingent spécial de légions d'honneur et médailles militaires pour les mobilisés, pour édicter que l'interdiction par l'article 3 de la loi du 18 juillet 1906, pour les parlementaires, de faire l'objet d'une nomination ou promotion dans la légion d'honneur ou la médaille militaire, ne s'applique pas aux nominations ou promotions dont ces membres peuvent être l'objet à raison de faits de guerre (et non une première rédaction, qui mentionnait juste "peuvent être l'objet à titre militaire"). 

 

Voici encore quelques explication contextuelles. Le gouvernement français a décrété la mobilisation générale le 1er août 1914 (en réponse à la déclaration de guerre de l'Allemagne à la Russie). Le 3 août, l'Allemagne déclare la guerre à la France (Jaurès avait été assassiné le 31 juillet), et c'est parti pour l'aventure. Le 4 août, le parlement (qui avait été convoqué le 2 août en session extraordinaire) vote 18 projets de loi permettant au gouvernement Viviani de mettre le pays en état de guerre avant de s'ajourner sine die. 235 parlementaires (des députés pour la plupart, car les sénateurs sont en général plus âgés) sont appelés sous les drapeaux. Le Parlement reprendra ses travaux en session extraordinaire à partir du 22 décembre 1914. 

 

Mon exemplaire de ce livre a eu ses pages coupées, et a donc bien été lu. Je me demande par combien de personnes, depuis 1940? Le titre a été réédité en 1964 (je ne sais pas si c'est le même texte, ou une édition plus complète), avec une préface du Général Weygand (1867-1965), sous l'égide de la "Fédération André Maginot". Créée en 1888 par des anciens combattants sous la forme d'une "Union fraternelle", nommée en 1933 Fédération nationale des mutilés, victimes de guerre et anciens combattants, elle ajoute en 1953 à son appellation la mention "André Maginot" (qui en a été Président d'octobre 1918 jusqu'à son décès en janvier 1932) et devient en 1961 la Fédération nationale André Maginot dite « FNAM ».

 

En fait, si je n'ai pas publié ce billet pour le 11 novembre, c'est qu'il me restait trop de travail dessus par rapport à ce que j'avais en tête, raison pourquoi Il s'appelait... le soldat inconnu (tout de même plus facile comme sujet de chronique!) s'était imposé... 

25 novembre 2025

Le voyage de Magellan (1519-1522) - La relation d'Antonio Pigafetta

C’est en lisant de vieux « Amis-Coop » lorsque j’étais gamin que je (ta d loi du cine, « squatter » chez dasola) me suis « gravé dans la mémoire » les aventures de Magellan, l’un de ces « grands navigateurs » de l’époque des « grandes découvertes ». Je me rappelle cette BD aux tons sépia où on le voyait être confronté aux mutineries, aux doutes de ses équipages, à la découverte du « détroit » qui porte son nom, à la famine lors de la traversée du Pacifique puis à la mort, mais pas avant que son « esclave » Henrique, après avoir pratiquement « bouclé » son propre tour du monde, se retrouve à proximité de son île natale, en tout cas dans une aire géographique où sa langue (le malais) était comprise. C’est par ce canal que j’avais entendu parler de Pigafetta (et non par mes études scolaires). Dans d’autres numéros, je crois qu'il y avait des BD du même tonneau sur Jules César, Alexandre le Grand, Gutenberg, Napoléon… 

Le voyage de Magellan, 1519-1522
La relation d’Antonio Pigafetta du premier tour du monde
traduite, présentée & annotée par Xavier de Castro
Editions Chandeigne, 2017, 351 pages

 

Cette fois-ci, il ne s’agit pas d’une version « pour la jeunesse », mais d’une édition critique « de référence » du récit écrit au XVIe siècle. Le texte traduit proprement dit occupe les pages 57 à 225. La très intéressante introduction » (pp.5-37) apporte un éclairage sur le travail des biographes de Magellan (et les erreurs éventuelles recopiées de l’un à l’autre et aujourd’hui contredites par l’avancée des études), sur le déroulement même du voyage et ses enjeux, sur les autres relations du voyage que celle de Pigafetta… Elle est suivie d’une chronologie (pp.39-55) qui égrène aussi un par un les décès intervenus lors de l’expédition (237 hommes au départ du port de Séville en 1519 [départ d'Europe le 20/09/1519], 18 hommes reviennent sur la Victoria qui a bouclé en 1522, sans Magellan, le tour du monde). D’autres membres de l’expédition, avant ou après, sont revenus sur leurs pas depuis le continent américain ou depuis les Moluques (91 survivants au total sont revenus en Europe). Les abondantes notes complémentaires (pp.227-298) apportent tous les éclairages possibles sur le déroulement du voyage et ses péripéties, même celles tues par Pigafetta. Un Index de six pages (personnes, lieux, thèmes ou mots-clés) termine l’ouvrage. Auparavant, l’Index biographique détaillé des membres de l’équipage (242 entrées) occupe les pages 299 à 233, avant leur répartition initiale sur les cinq vaisseaux (pp.334-339). pp.341-344, on trouve une « brève bibliographie » (autres sources directes, quelques études, etc.). Précisons enfin que le livre Magellan de Stefan Zweig est sobrement qualifié de « fort bien documenté pour l’époque » avant que soit employé le mot « périmée » pour sa présentation des origines de l’empire portugais.

Si Pigafetta a diffusé (sans doute en plusieurs exemplaires ? On connaît trois copies manuscrites en français et une en italien d'un document original perdu, peut-être rédigé en dialecte vénitien?) sa version du voyage, c’est afin d’en tirer profit en l’offrant à différents souverains ou hauts personnages (Charles Quint, Louise de Savoie, Philippe de Villiers de l'Isle-Adam, ...). 

 

Le récit, généralement à la première personne du pluriel, est découpé en 48 parties (chapitres, dont certains font deux pages voire moins?), qui mêlent récit, observations directes, informations de seconde main, notations géographiques ou linguistiques... Dans le prologue, Pigafetta raconte comment il s'est lui-même joint à l'expédition. Il précise les dispositions ("ordonnances") de navigation prises par Magellan, Portugais d'origine commandant une expédition dont ses officiers étaient pour la plupart "Castillans". Au chapitre 6, le Brésil est déjà atteint (après la traversée de l'Atlantique). Puis l'expédition va descendre, en longeant la côte, de plus en plus bas vers le sud, explorant en vain baies et estuaires à la recherche d'un passage vers l'Océan Pacifique (aperçu par Balboa en 1513 après sa traversée de l'isthme de Panama). Les rencontres avec des "autochtones" sont évoquées. Le "détroit de Magellan" est traversé dans le chapitre 11. Chap.12, mercredi 28 novembre 1520 commence la navigation dans la "mer Pacifique". Le chapitre 27 est sobrement intitulé "Mort de Magellan" [27/04/1521]. Les survivants ne sont pas encore au bout de leurs aventures... Il semble que l'historiographie contemporaine se demande dans quelle mesure le Capitaine n'a pas adopté une conduite suicidaire, sachant que ses "îles des épices" étaient bien en zone portugaise et non espagnole comme il le croyait en préparant l'expédition et l'avait affirmé à ses commanditaires...

En marge du texte est mentionnée dans le livre la date de l'événement évoqué. Il transparaît dans ce récit que les "hardis explorateurs", dans ces contrées peu connues, se conduisaient parfois en pirates, preneurs d'otages, enleveurs de personnes malgré elles, mais aussi adeptes du don et du contre-don ou du commerce (pacotille et tissus contre épices). Ils n'hésitaient pas à "saluer" les souverains locaux de canonnades et arquebuses à blanc (ça impressionnait toujours!). 

Je suis très content d'avoir enfin lu ce texte lui-même, dont, comme tout un chacun, je connaissais seulement les événement saillants, depuis sans doute plus très loin d'un demi-siècle... 

 

Ce récit d'une navigation célèbre dans l'histoire de l'Humanité a toute sa place dans le Book trip en mer (saison 2) chez Fanja, même si ce voyage n'a rien eu d'une croisière tranquille. Je l'inscris aussi pour 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie (Antonio Pigafetta a écrit il y a un peu plus de quatre siècles...). 

Pour qui veut lire ce même texte mais avec bien d'autres compléments encore, les mêmes éditions Chandeigne viennent de publier la mise à jour d'une édition "de référence", grand format, d'un total de 1120 pages. Un beau livre pour les fêtes (59 euros).
J'ajoute que le Musée de la Marine, à Paris, propose jusqu'au 1er mars 2026 une exposition: "Magellan, un voyage qui changea le monde".

22 novembre 2025

Chien 51 - Cédric Jimenez / Running Man - Edgar Wright

Je chronique Chien 51 et Running Man dans le même billet car il s'agit de deux histoires dystopiques qui se passent dans un avenir peut-être pas si lointain. Les deux scenarii sont adaptés de deux romans, Chien 51 de Laurent Gaudé paru en 2022, et Running Man de Richard Bachman (autre nom de plume de Stephen King), qui a été publié en 1982 et qui avait fait l'objet d'une précédente adaptation avec Arnold Schwarzenegger en 1987.

Chien 51 de Cédric Jimenez se passe en 2045 dans le Grand Paris divisé en trois zones: la zone 1 (le centre de la capitale) est réservée à l'élite de la nation, la zone 2 abrite les classes aisées et dans la zone 3, on trouve le reste: pauvres et laissés-pour-compte. Tout ce petit monde est gouverné et surveillé par une intelligence artificielle nommée Alma. Un jour, l'inventeur d'Alma est assassiné mais par qui? Deux policiers, Salia (venue de la zone 2) et Zem (issu de la zone 3) sont chargés de l'enquête qui va se révéler tortueuse dans un monde où les forces de l'ordre n'hésitent pas à tuer. Le film va à toute allure. Jimenez a vraiment le sens du rythme. C'est peut-être le défaut de ce long-métrage dans lequel les personnages ne sont pas assez fouillés. On n'arrive pas vraiment à s'attacher à l'un ou l'autre d'entre eux. Je n'ai pas lu le roman de Laurent Gaudé qui m'attend depuis un moment dans une de mes PAL.

Je passe à Running Man d'Edgar Wright qui se passe aussi dans un avenir très proche aux Etats-Unis où la pauvreté règne. Les gens habitent dans des appartements presque sans fenêtre. Ben Edwards qui vient d'être renvoyé de son dernier travail est désespéré car sa petite fille de deux ans est gravement malade et ni lui, ni sa femme ne gagnent assez d'argent pour consulter un médecin et acheter des médicaments. La société que montre le film est celui de jeux télévisés violents voire mortels pour les candidats à qui on promet des sommes faramineuses. Edwards décide de concourir au jeu "Running man" qui lui permettra, s'il gagne, de vivre de sa fortune jusqu'à la fin des ses jours. Pour ce faire, il doit échapper pendant trente jours à des "Hunters" (chasseurs en VO) qui, s'ils le trouvent, le tueront. La population aussi a droit d'essayer de le tuer ou de le dénoncer. Bien sûr, cette chasse à l'homme est filmée de manière continue par des petites caméras rondes volantes et diffusée à la télé. Ce jeu et beaucoup d'autres ont été créés par un certain Dan Killian, un homme sans scrupules. Je ne vous dirai pas ce qui arrive à Edwards. Le film est survitaminé. Il y a beaucoup de péripéties, on tremble pour Edwards qui arrive à trouver parfois de l'aide. Certains scènes sont spectaculaires. J'ai tout de même trouvé le film un peu long, il dure plus de deux heures. Je n'ai pas lu non plus le roman de Stephen King. 

Les deux films décrivent d'une manière différente une évolution de nos sociétés que j'espère ne jamais connaître. Cela ne fait pas rêver du tout.

20 novembre 2025

L'Atlantique est mon désert - Jean-François Deniau

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) remercie bien sincèrement Fanja et ses challenges "Book trip en mer", de m'avoir fourni, cette fois-ci, l'occasion de découvrir un bouquin magnifiquement écrit, d'un auteur que je n'avais jamais lu. Plus largement, une fois sorti de ma "zone de confort" (des bouquins que j'avais déjà lus et relus au fil des décennies et que j'ai eu envie de présenter dans le cadre de ces lectures maritimes), ce challenge thématique m'a donné un "filtre" supplémentaire lors de mes visites (de plus en plus fréquentes cette année 2025 où je contribue à deux "bibliothèques partagées" de hall d'immeuble) aux bacs d'une demi-douzaine de librairies d'occasion. "Tiens, un bateau sur la couverture? Que dit le dos du livre? Ah, mais je connais cet auteur? Tiens, il y a un nom d'océan ou de mer dans le titre, qu'en est-il?"... Et hop, dans mon cabas pour quelques sous en plus (après, c'est vrai, il faut les lire et surtout les chroniquer). En regardant mes participations, je constate en tout cas que les "non-fictions" (et plutôt pas spécialement récentes) se seront bien avérées mon "créneau" favori. Bref, place au livre du jour. 

Jean-François Deniau (de l'Académie française!),
L'Atlantique est mon désert, Gallimard, 1996, 159 pages

 

J'ai été enthousiasmé dès le début du livre par un texte étincelant (ce n'est pas pour rien que ce Monsieur était académicien), et je le suis resté jusqu'au bout, même si la traversée de l'Atlantique à la voile qu'il raconte est l'occasion de balayer bien d'autres aventures, histoire ou philosophie de vie. Il m'a sauté au yeux que la différence de style est flagrante avec un autre récit autobiographique chroniqué récemment...!

 

Ce récit commence par un voyage en Italie en voiture, sur les traces de Fabrice Del Dongo et de Stendhal, sur une idée littéraire d'un hebdomadaire qui lui a passé commande. Diverses considérations sur son sujet (p.13, attente au restaurant, réponse du Maître d'hôtel: "si Monsieur avait commandé des pâtes, il les aurait eues dans les dix minutes. Mais un risotto! À moins de vingt minutes, monsieur, on bousille un risotto") et puis, p.23, BAM! Crise cardiaque. Retour accéléré en France, pour diverses opérations médicales graves (nous sommes à l'été 1995, Jean-François Deniau [1928-2007] n'a pas encore 67 ans). p.37, il sort de l'hôpital à la fin de l'été 1995 dans une chaise roulante, avec des cannes anglaises pour marcher, une minerve, le soufie court, un coeur hésitant à régler... Son projet personnel pour se "rééduquer"? Traverser l'Atlantique à la voile (en solitaire si possible?), comme il l'avait déjà fait 20 ans avant avec quatre néophytes, et comme il songeait à le faire, quand, sur son lit de douleur, il ne savait pas encore s'il "s'en sortirait". 

 

Au cours de ma lecture, je me demandais quel pouvait être le sens à donner à "Désert": méharée à la Théodore Monod? "Refuge" du protestantisme? Retraite propice à la méditation comme à la maturation d'une oeuvre? Le titre du livre est aussi celui du chapitre 6 (p.87). Mais avant cela, il fallait tout organiser. Il remercie Gérard d'Aboville, la Marine nationale, les connaissances qui ont cru en lui et en en sa capacité à mener un bateau à bon port. En plus, le même Gérard lui a conseillé (en privé) de se faire de la bouffe durant la traversée: ça occupe et fixe un objectif. En fait, ce sera surtout des rations de combat militaires... ainsi que la présence à bord d'une pharmacie renforcée! Il partira depuis les îles Canaries. Premier "faux départ": après une avarie mineure, il préfère revenir au port moins de 24 h après, en méditant l'adage "en mer les emmerdements d'abord s'additionnent, ensuite se multiplient". Il fait alors appel à Nicolas Hénard (double champion olympique de voile qu'il avait lui-même décoré de la Légion d'honneur, mais qui n'a jamais traversé l'Atlantique à la voile) pour l'accompagner au moins jusqu'aux îles du Cap Vert. Nous sommes au chap.4, p.53, pour ce second départ, à deux, le 11 novembre 1995. 

 

Désormais, nous aurons droit régulièrement, au fil des pages, à des "relevés de position". Deniau navigue "à l'ancienne", en faisant lui-même son point au sextant sans être tributaire de l'électronique fragile (par contre, délectables récits de télétransmission d'électrocardiogrammes...). Le fax semble être l'un des moyens de communication le plus fiable à l'époque. Anecdotes savoureuses de course en mer (Deniau avait fait la "course du Figaro"). Les affres de l'auteur ne sont pas uniquement médicales, car il s'est vu imposer à l'improviste un "pensum" à rédiger: sept pages sur la vertu (pour l'académie), extraits p.81-84 (il commence par débattre du sexe de celle-ci!): "C'est d'ailleurs le premier sens de la vertu, je le rappelle: la force d'âme. Il s'applique aussi bien aux femmes qu'aux hommes. La nature du courage est double et double le sexe de la vertu. (...) Quel diable, chargé de la communication, a inventé "l'effet d'annonce"? Expression qui signifie que ce qu'on fait n'a aucune importance par rapport à ce qu'on dit et qu'il n'est pas nécessaire que l'acte suive et conforte la parole. (...) Et d'ailleurs, qui peut mieux juger de la vertu que celui qui en manque, s'il sait seulement qu'il en manque."

 

Mais avant, nous avons encore quelques pages bien torchées sur l'escale aux îles du Cap Vert, où il pensait initialement débarquer Nicolas pour poursuivre seul. Une simple cuite qui le laisse le lendemain sans souvenirs aucun (je me suis demandé à part moi s'il n'avait pas mélangé avec le traitement médicamenteux - no comment) l'amène à comprendre qu'il vaut mieux poursuivre accompagné que seul. Après avoir enfin déniché le paquet de médicaments indispensables qui l'attendait depuis 5 jours dans la case "urgent" du bureau de poste local, ils reprennent la mer, cap 280, vers l'Ouest. 

 

Durant cette grande traversée (il ne sait pas encore si la destination finale sera Martinique, Guadeloupe ou Guyane), Deniau parlera politique à Nicolas (aux rares moments où ils ont l'occasion de se croiser, lors de repas). Nous avons droit à des récits savoureux [diable, je me répète!] du temps où il était le plus jeune ambassadeur de France en Mauritanie (pays désertique comportant une plage de plus de 300 km de long, et une communauté ["tribu", dit-il], les Imraghens, qui vit sur les 25 mètres qui séparent mer et désert), et à une définition p.96, "Désert: région où il n'y a que des hommes". Il a aussi, sur le traitement médiatique de l'équipe de voile française championne olympique, ou sur les coulisses du match OM-VA bien connu, quelques bons mots que j'ai peur de juger vraisemblables. p.123 j'ai attrapé un fou-rire en lisant une aventure australienne digne des nouvelles de Kenneth Cook (L'ivresse du kangourou, etc.). Cette traversée est aussi l'occasion de méditer comme de délivrer quelques leçons de philosophie de vie. À l'arrivée à Fort de France (Guadeloupe, destination imposée) le 1er décembre, après 19 jours de mer au total et beaucoup de nourriture en boîte, les deux équipiers ne rêvent que d'un plat (au grand dam du maître d'hôtel qui leur proposait noisette d'agneau, foie de veau ou perdrix...): le poisson frais qu'ils n'ont pas réussi à pêcher.

 

Elu à l'Académie française en 1992 alors qu'il avait neuf livres à son actif, L'Atlantique est mon désert était son douzième, et il en a écrit une quinzaine ensuite. Pour ma part, comme déjà dit, je n'avais jamais lu auparavant cet homme de lettres qui écrivait dans le Figaro et L'Express, titres de presse que j'ai eus entre les mains très rarement dans ma vie. Jean-François Deniau a été partie prenante (membre pour l'une, fondateur pour l'autre) de deux institutions que j'avais évoquées dans un autre billet, l'Académie de marine et Les écrivains de marine. Je pense que, si je tombe sur d'autres de ses livres, je me laisserai tenter! Mais bizarrement, alors qu'on pourrait naïvement penser que les oeuvres de tous les Immortels seraient éternellement rééditées et disponibles en permanence en "neuf", cela ne semble pas être le cas?

17 novembre 2025

Heidi jeune fille / Heidi et ses enfants - Charles Tritten

Encore une fois, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'ai pas réussi à finaliser à temps afin de le faire paraître pour la date que j'aurais souhaité (15 novembre...) le billet de ce jour. J'y présente deux vieux livres "jeunesse", dont les premiers propriétaires des volumes photographiés ci-dessous que j'ai trouvés d'occasion pour une bouchée de pain (oui, moins du prix d'une baguette "de tradition" pour les deux!) ont probablement des petits-enfants voire des arrière-petits-enfants  aujourd'hui. Je devrais pouvoir les inscrire pour trois ou quatre challenges...

Heidi jeune fille, 152 pages
Heidi et ses enfants, 147 pages
Ces deux volumes sont parus chez Flammarion,
avec en date d'impression / dépôt légal "1er trim. 1958".

 

J'avais eu l'occasion, il y a un an, de lire (sans le chroniquer) le premier tome de la "saga" Heidi, disponible dans le "système de prêt de livres" de l'AMAP dont je fais partie. Ce livre (simplement titré Heidi en français, mais dont le titre original signifiait "L'apprentissage et les années de voyage de Heidi") a été publié en 1880 par l'autrice suisse alémanique Johanna Spyri (1827-1901). Elle a publié un second volume en 1881, titré Heidi grandit en français (signification du titre original: "Heidi peut utiliser ce qu'elle a appris"), que je n'ai pas lu. 

Une cinquantaine d'années plus tard, le Suisse Charles Tritten (1908-1948, né et mort à Lausanne), qui fut l'un des traducteurs en français de Heidi, a écrit des suites à l'histoire. Bizarrement, les deux titres que je vous présente aujourd'hui, dans leurs éditions de 1958 présentées en page de garde comme "suite inédite de Heidi et Heidi grandit de J. Spyri, adaptation nouvelle", ne font aucune mention du nom de Charles Tritten. Question de droits? D'absence d'ayants-droits? Je ne sais pas. Ces deux volumes semblent avoir été publiés pour la première fois respectivement en 1936 et 1939. 

 

Heidi jeune fille, le premier de ces deux volumes, pourrait s'appeler "Heidi au pensionnat" ou "en pensionnat". Le grand-père est toujours vivant dans son chalet d'alpage, et un vieux docteur semble être devenu le "parrain" de notre fillette des montagnes. Heidi débarque à Lausanne, "son violon serré sous le bras", alors que Claire, la jeune fille qu'avait connue la jeune montagnarde Heidi dans le premier tome, poursuit de son côté son voyage en train. Heidi doit passer une année à l'ancien pensionnat de Claire. Un pensionnat suisse? Il ne faut surtout pas s'imaginer un immense bâtiment sous la tutelle des autorités. C'est une "entreprise privée" tenue par une "vieille fille" qui organise son petit business (embauche d'enseignants...) pour "éduquer" (au moins autant qu'instruire?) des fillettes (sept, avec Heidi?) dont les parents ne s'occupent pas directement, pour diverses raisons (ils payent!). Cet univers m'a fait songer au roman Petite princesse (de Frances H. Burnett, édition originale en 1905) lu il y a bien longtemps en "Rouge & Or". Aujourd'hui, quand on pense "internat", on pense d'abord "réussite aux examens scolaires", "bonnes études" et "bonne préparation à l'enseignement supérieur" pour les "élèves". À l'époque, il s'agissait surtout de préparer les "pensionnaires" à être de futures bonnes épouses et mères! Bref, Heidi s'intègre, se fait des amies, et emmène la plus proche (Jamy) en vacances à la montagne! Retour chez les chèvres, avec un nouveau gamin chevrier à apprivoiser aussi, entre autres péripéties enfantines d'un monde suranné (monde de bisounours!). S'ensuit, p.88-89, une ellipse de quelques années, au bout desquelles Heidi est nommé institutrice, métier qu'elle a choisi, dans le village de son choix également. Héritière tant de son grand-père que de son parrain, elle n'a pas besoin, en fait, de travailler pour vivre, mais souhaite "s'occuper" semble-t-il... Heidi va devoir "apprivoiser" gamines et gamins pauvres, les peigner (et offrir de sa poche des peignes), apprendre aux filles à coudre pour réparer leurs guenilles (achat de mercerie...), loger un orphelin doué pour le dessin... 

Dans le dernier chapitre (deux pages, "cinq ans plus tard"), il est temps de se marier (avec son amoureux d'enfance, Pierre)!

 

Avant Heidi et ses enfants, que je présente ci-dessous, semble prendre place un volume publié en 1938 et titré Au pays de Heidi, dont j'ignore le contenu.

  

Dans Heidi et ses enfant, la vie suisse semble présenter un côté rassurant, intemporel et immuable (l'auteur se plaçant dans la continuité de la saga, donc au commencement du XXe siècle, alors que ces volumes ont été écrits à l'approche de la Seconde guerre mondiale). Heidi est mariée et mère d'un garçon de 13 ans (Henry), d'une fille de 11 ans (Annette) et d'un garçon de 7 ans (Paul). Au début du livre, une lettre annonce la visite, depuis l'Amérique, de Jamy elle-même mariée et mère de famille (Georges, 12 ans, et Margareth-Rose, 10 ans). 

Pour ma part, j'ai trouvé Heidi et ses enfants quelque peu dégoulinant de bons sentiments. Par exemple, j'avoue avoir rigolé en lisant, p.100, alors que les deux petites familles partent "en voyage" pour visiter la Suisse durant un mois: "- Ce sera un voyage d'agrément, commença Heidi, mais nous joindrons l'utile à l'agréable; je vous expliquerai et vous raconterai, en cours de route de nombreux points d'histoire et de géographie, dont vous vous souviendrez, j'espère. (...) - Pourrons-nous aussi herboriser? demandèrent Georges et Henry.  - Cela va sans dire, confirmèrent ensemble les deux mères, heureuses de constater que les enfants s'intéressaient à des choses sérieuses."

J'ai relevé que si la guerre de 1914-1918 s'étend sur une grande partie du volume, il n'y est guère fait allusion autrement que par le fait que la famille américaine, venue passer quelque temps en Suisse en rendant visite à Heidi, ne peut quitter le pays que quatre ans plus tard. Jamy a dû faire un beau mariage: au début du livre, Margareth-Rose, de santé fragile (asthme) était accompagnée de sa nurse, elle-même suisse). Un chapitre de 14 pages commence par décrire la vie d'une famille pauvre et se conclut quand Jamy récompense le père de famille d'avoir repêché Georges tombé dans un torrent! 

A plusieurs reprises encore, on a droit à des récits" plutôt qu'à des péripéties, quand Heidi raconte des légendes, ou des "hauts faits d'armes" suisses, ou encore une histoire dans l'histoire qui s'étend sur plusieurs dizaines de pages (64-98), pleine de bons sentiments: une jeune fille placée auprès d'un couple riche (baron et baronne...), Lucie, les quitte pour se marier, malgré leurs conseils, avec leur domestique. Elle est abandonnée avec sa fillette (Yvonne) lorsque celui-ci part chercher en Amérique la vie meilleure qu'il ne trouve pas en Europe puis cesse bientôt de donner des nouvelles. Le jour même où Yvonne cherche à trouver de l'argent en vendant des fleurs aux touristes, pour faire venir le docteur qui soignerait sa mère gravement malade, devinez sur qui elle tombe? Le vieux baron, désormais veuf. Le lien avec Heidi? C'est celle-ci qui, lors de deux veillées, conte cette belle histoire. 

Enfin (p.146), "par une belle soirée de novembre, les cloches de Dörfi, celles de Mayenfeld, comme celles de toutes les villes et villages de Suisse et du monde ont sonné pour annoncer la fin de cette longue guerre"... et les Américains peuvent rentrer chez eux. "Nous ne vous disons pas Adieu, murmura Jamy, mais Au revoir... peut-être qu'un jour...".

 

Charles Tritten a encore écrit Heidi grand-mère (1941), que je n'ai jamais croisé non plus. Ci-dessous les "doubles pages" où la page de titre du premier ne mentionne pas le nom de Charles Tritten (la liste des titres Heidi est annoncée "Dans la même collection", sous Johanna Spiry). Le second est ambigu (en parlant toujours de "Suite inédite" tout en créditant Charles Tritten pour Heidi Jeune Fille). En tout cas, les textes disponibles en édition numérique via la "bibliothèque suisse romande" sous le nom de Charles Tritten (d'après les éditions originales) semblent bien être les mêmes que ceux de ces éditions Flammarion!

 

 

Même si je n'ai pas réussi à tenir le délai, j'inscris ce billet avec ces deux oeuvres pour le challenge Escapades en Europe – Voyages dans les littératures européennes de Cléanthe, dont le thème pour novembre était "Suisse alémanique". Une fois de plus, j'effectuais un petit "pas de côté" puisqu'il s'agit de "suites" qui ne sont pas dues à l'autrice initiale (suisse alémanique), mais à un "continuateur" originaire, lui, du canton de Vaud (Suisse romande). Par contre, c'est sans conteste que ces deux volumes peuvent participer aux challenges Littérature jeunesse chez Pativore et 2025 sera classique aussi! organisé par Nathalie. À toutes fins utiles, je signalerai à celle-ci que le volume Heidi et ses enfants contient des allusions au déclenchement de la guerre de 1914 vécu en Suisse (famille américaine qui ne peut en repartir, mari de Heidi mobilisé...) et à la fin de celle-ci quatre ans plus tard (retour à la maison...). Mais je ne sais pas si cela peut suffire pour inscrire ce titre à ses "Pages de la Grande Guerre"!

 

15 novembre 2025

Les éléments - John Boyne

Les éléments a reçu tout récemment le prix du roman Fnac en 2025. Le roman Les éléments de l'Irlandais John Boyne (Edition Jean-Claude Lattès, 505 pages) est composé de quatre parties comme les quatre éléments : Eau, Terre, Feu et Air. Les histoires sont différentes mais on retrouve d'une partie à l'autre certains personnages. Chaque récit est narré à la première personne. Dans "Eau", Vanessa Carvin change de prénom et de nom. En débarquant sur une île irlandaise, elle fuit son passé douloureux avec un mari en prison et une fille appelée Emma qui s'est suicidée. Et sa deuxième fille Rebecca lui en veut terriblement et a coupé pratiquement les ponts. Dans "Terre", le personnage central est Evan Keogh. Quelques années après avoir quitté son île (celle où Vanessa Carvin a vécu un an) avec l'aide de sa mère, après avoir rêvé de devenir peintre, il est devenu un footballeur de talent mais le sort s'acharne contre lui. Sa beauté lui a joué des tours. Je vous laisse découvrir pourquoi. Dans "Feu", on fait la connaissance de Freya Petrus, une chirurgienne des grands brûlés. Traumatisée depuis l'enfance : elle a été enterrée vivante pendant quelques heures par une paire de jumeaux qui l'avaient violée auparavant. C'est, pour moi, l'histoire la plus sombre des quatre car Freya est devenue une prédatrice sexuelle. Ses victimes, des garçons de 14 ans. Je ne vous en dis pas plus. Le rapport ténu avec l'histoire précédente, c'est que Freya a fait partie d'un jury lors d'un procès où Evan était l'un des deux accusés. C'est aussi dans "Feu" que l'on fait connaissance d'Aaron Umber, l'assistant de Freya. C'est lui qui va causer la perte de Freya. Enfin dans "Air", on retrouve Aaron divorcé de Rebecca et père d'un garçon de 14 ans appelé Emmet (en souvenir de sa tante Emma). L'essentiel de l'histoire se passe dans un avion entre l'Australie et l'ïle de la première partie. Le roman est très bien construit avec dans chaque partie une allusion à Tadzio, le jeune garçon de Mort à Venise du film de Luchino Visconti. Mes parties préférées sont donc la première "Eau" et la quatrième "Air où l'on sent l'apaisement et la réconciliation. Un roman à découvrir. Lire le billet d'Alex-mot-à-mots qui en dit beaucoup. 

12 novembre 2025

Alger - Chakib Taleb Bendiab

Je viens de voir un film qui ne semble pas avoir été beaucoup chroniqué sur les blogs que je fréquente. Alger de Chakib Taleb Bendiab a représenté l'Algérie aux Oscars 2025. C'est le premier long-métrage du réalisateur. Il est sorti début octobre 2025 et il rencontre un certain succès puisque qu'on peut encore le voir dans quelques salles. Je l'ai vu dans une salle presque pleine. J'ai trouvé ce film policier bien interprété. Le scénario est inspiré de faits réels. Dans les années 2020, à Alger, une petite fille est enlevée par un homme dans une voiture. Les policiers commencent à mener l'enquête ainsi que Dounia, une psychologue. Cette dernière est mal vue par Sami, l'inspecteur de police qui dirige l'équipe (uniquement des hommes). Mais c'est elle qui au bout du compte arrivera peut-être à retrouver la petite fille après avoir découvert qu'il y a eu des enlèvements similaires à partir de 1999. A priori, le film a été tourné à Alger même. J'ai aimé l'ambiance générale de ce film assez classique qui ne dure qu'1h33, la ville d'Alger très lumineuse de nuit, Alger vue des toits. L'intrigue est bien menée, il y a du suspense et pas de temps mort. Une bonne surprise en ce qui me concerne.

11 novembre 2025

Il s'appelait... le soldat inconnu - Arthur Ténor / Le royaume de Kensuké - Michael Morpurgo

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) réunis dans ce billet deux livres "jeunesse" qui me permettent de poursuivre mes participations au challenge Littérature jeunesse 2025-2026 de Pativore (les deux mentionnent "à partir de 10 ans"). Mais chacun peut participer à (au moins) un autre challenge... 

* Michael Morpurgo, Le royaume de Kensuké, Gallimard Jeunesse,
coll. Folio junior N°1437, 2010 (DL 2007, trad. 2000, EO 1999), 157 pages
* Arthur Ténor, Il s'appelait... le soldat inconnu, Gallimard Jeunesse,
coll. Folio junior N°1313, 2005 (DL 2004), 148 pages

 

J'ai été étonné (et amusé en même temps) en ayant l'impression que les deux volumes, de format et épaisseur équivalents, ne semblaient pas peser le même poids. Vérification faite, Le soldat pèse un peu plus de 400 g, contre quelque 750 pour Le royaume. Je pense que cela est dû à la qualité du papier, liée au fait que le plus lourd (papier un peu glacé) contient nombre d'illustrations en couleurs cependant que l'autre ne contient que du texte. Mais je n'ai pas fait d'analyse plus approfondie pour vérifier ce qu'il en est de la politique de la collection en fonction des dates et/ou pour d'autres titres contemporains!

 

Je commence par Il s'appelait... le soldat inconnu. Cette fiction débute en 1896 dans une cour de ferme française, par l'attente de la naissance d'un premier-né. Le futur père au futur grand-père: "- Et si c'est une fille? - Et alors? réplique le tout-nouveau grand-père. Comme ça, elle ira pas à la guerre. Mais elle fera plein de marmots, et le bon Dieu sera content." L'ambiance est donnée (et, oui, on accouchait à domicile, à l'époque). Fin du deuxième chapitre p.15, le gamin (François) a 10 ans et tombe amoureux, le jour de la rentrée des classes. "Guerre des Bouses" avec d'autres garnements (qui rappelle évidemment La guerre des boutons de Pergaud), le chef des antagonistes se prénomme Alphonse. Chapitre 7, l'amoureuse de François, Lucie (qui se trouve être la fille de l'instituteur), revient de pension, cependant que lui, qui n'a pas eu l'occasion de poursuivre ses études au-delà du certificat d'études, est devenu apprenti menuisier (tout en continuant à aider à la ferme). Mai 1914, entre deux taquineries dans la grange à foin, les deux jeunes se demandent ce qu'ils feraient s'il y avait la guerre. "J'irais, évidemment!" répond François. "Alors j'irai aussi!", clame Lucie (p.45), avant de passer à la phase "lutte romaine". 1er août 1914, l'ordre de mobilisation générale est placardé. Les non-mobilisés volontaires pour s'engager doivent avoir 19 ans, semble-t-il. François appartient à la "classe 15" [ou la classe "16" qui devrait être appelée en 1915?]: pas sûr que la guerre dure jusque-là, pense-t-on. Le premier mort du village est un copain de François, Gustave (engagé volontaire). François est appelé en avril 1915, alors que Lucie est déjà aide-soignante dans un hôpital militaire de la région. 

 

J'ai pris la peine de faire la vérification: en 1914, la mobilisation générale (près de 3,8 millions d'hommes) a concerné les hommes ayant déjà effectué leur service militaire de deux ans [les "3 ans" n'ont été votés qu'en 1913] à leurs 21 ans, et appartenant ensuite à la "réserve de l'armée d'active" jusqu'à leurs 34 ans. Quant aux engagements volontaires, la loi du 7 août 1913 (dite "loi des 3 ans") parlait dans son article 25 d'engagement dit de "devancement d'appel" à partir de 18 ans (je n'y ai pas trouvé mention d'"engagement pour la durée de la guerre"), contre un engagement de trois ans "normal" dans l'armée d'active. La loi de 1905 parlait, elle, de "18 ans accomplis" pour un engagement dans l'armée d'active. Le 6° de son article 50 prévoyait que "le mineur de moins de vingt ans doit être pourvu du consentement de ses père, mère ou tuteur". Un décret du 16 septembre 1914 du gouvernement replié à Bordeaux assouplit ces conditions (en cas d'empêchement du père, "notamment par le fait de guerre", de donner autorisation...), il semble avoir été ratifié début 1915, en même temps qu'une trentaine d'autres décrets identifiés alors comme "illégaux", par une loi votée par l'Assemblée nationale (vous avez dit "Union sacrée"?) [cf. débats au Sénat]

 

Bref, revenons à notre jeune héros. Trois mois de "classes" lui apprennent le maniement des armes avant le départ au front (fin juin 1915). Baptême du feu et première mort d'un copain (éclat d'obus) à côté de François: c'est moins glorieux que prévu, la guerre, en vrai. Il préfère faire prisonnier un Allemand de son âge que le laisser tuer. 

Pendant ce temps, à l'arrière, à la ferme, les animaux (cochon, boeuf, vache, cheval...) ont été réquisitionnés, pour la nourriture ou pour le travail. Une lettre de François, très rassurante, arrive (en parallèle, Lucie en reçoit une autre, nettement plus désabusée, au bout de 10 jours en première ligne). Les tourtereaux se retrouvent (on ne sait pas trop la date) alors qu'ils sont de retour au village, l'une en convalescence (elle a pris une église-hôpital sur la tête - blessure légère), l'autre en permission pour 10 jours... Retour dans la grange à foin et conclusion probable. Mais direction Verdun pour François (p.116). Pendant qu'il tente en vain de sauver Alphonse, gazé, tout en se faisant blesser, son père a une attaque dans sa ferme... et je vais arrêter là (fin du chapitre 21, p.126). Il reste quatre chapitres, jusqu'au 11 novembre 1920.  

 

Des écrits sur la première page m'apprennent que la propriétaire précédente de ce volume était en CM2 quand elle l'a eu (l'a-t-elle lu?). D'autres blogueurs ont évoqué ce titre, entre autres L'amie des livresPimprenelle (dernier billet en 2016), Calypso. L'auteur lui-même possède un blog, et j'y ai trouvé intéressant qu'il y évoque un commentaire erroné sur l'un de ses autres titres.
[Edit du 13/11/2025: ... et même un épilogue inédit.]

Ah, et saurez-vous comprendre pourquoi j'ai annoté mon exemplaire comme "publié 105 numéros trop tôt!"?

J'inscris bien entendu ce titre pour une participation au challenge Pages de la grande guerre (2025), dont se charge Nathalie depuis 2024.

 

********************

Poursuivons par Le royaume de Kensuke. Du même auteur (Michael Morpurgo), je me rappelle avoir lu il y a quelques années Le cheval de guerre (qui aurait aussi eu toute sa place dans le challenge repris par Nathalie). 

Ici, le jeune personnage principal, anglais, se prénomme Michael (!). Il est né en juillet 1966, peu avant les "années Thatcher". Jusqu'à ses 11 ans, sa famille (père, mère, chienne [Stella Artois] et lui) vivait tranquillement, ses parents travaillant dans une briqueterie, avec comme loisir familial la pratique de la voile sur le lac local. Puis arrive la lettre de licenciement: ses deux parents perdent leur emploi. Misère... Le gamin trouve un job de distributeur de journaux... et le père quitte le foyer, voyant que son fils ramène davantage d'argent que lui à la maison, pour le Sud de l'Angleterre. Il les appelle au téléphone depuis Fareham, près de Southampton. Y vendant sa voiture, il y a acheté un voilier de 12 mètres (Peggy Sue), pour partir faire le tour du monde... en famille! C'est la mère qui skippera, après des semaines d'entraînement des deux parents par un vieux loup de mer et après avoir obtenu son diplôme. Levée de l'ancre le 10 septembre 1987 (p.19). De la p.27 à la p.40, nous avons droit à des extraits du "journal de bord" tenu par Michael: Afrique, Brésil, Australie, etc. Mais la veille de son 12e anniversaire (28 juillet 1988)...

 

... Il tombe à l'eau, en plein Pacifique et en pleine nuit, alors qu'il devait être seul à la barre, en essayant de ramener Stella Artois (qui ne portait pas son harnais de sécurité - et lui non plus du coup) tout en empêchant son ballon de foot fétiche de passer par dessus-bord, ballon qui va lui servir de bouée quelque temps, avant qu'il soit tiré de l'eau. Réveil p.46, par le hurlement de singes, sur une plage déserte. Pas d'eau, pas de nourriture. En bon naufragé, il se dirige vers une hauteur: c'est une île (p.50). Il trouve une grotte pour dormir. Le lendemain, Stella Artois découvre deux écuelles pleine d'eau, et une boite en fer-blanc emplie de tranches de poisson cru et de petites bananes. Le gamin a le bon réflexe de remercier à la cantonade. p.62, il arrive à allumer du feu... ce qui dérange le maître des lieux. 

 

Celui qui a éteint son feu est un vieil homme, qui baragouine quelques mots pour lui interdire de faire du feu et de sortir de sa "moitié d'île": lui, Kensuké, "son île", fait-il comprendre. Le garçon va vite s'apercevoir qu'il est incapable trouver suffisamment de nourriture tout seul, et reste tributaire de celle qui lui est octroyée. "On" finit par lui offrir un tapis et un lit (il remercie à la cantonade). Il lui est déconseillé de nager dans la mer, toujours interdit de faire du feu pour alerter les bateaux passant au large... Quand Michael, par défi, va nager, il est attaqué par une physalie. Kensuké lui sauve (une fois de plus!) la vie. 

 

Nous sommes p.93. À partir de là, les deux naufragés vont vivre ensemble et s'apprivoiser, Kensuké racontant sa vie, ouvrant Michael à sa "zénitude", à sa méticulosité et à son art (le gamin apprend à peindre, à pêcher...). En échange, Michael lui réapprend à parler anglais, lui parle du monde extérieur (cela m'a fait penser qu'en fait, on ne pouvait pas trop décréter qui était le vendredi de l'autre...). Kensuké, de son côté, lui explique pourquoi il souhaite mourir seul sur son île... et lui fait promettre d'attendre 10 ans après son sauvetage pour parler de lui à qui que ce soit. Je passe sur les diverses péripéties qui se déroulent jusqu'à la fin de l'ouvrage (la première page du livre annonçait que l'engagement avait été respecté).

 

Comme dit plus haut, le volume comporte plus d'une quinzaine de petites illustrations en couleur. On trouve encore facilement un certain nombre de blogs qui ont chroniqué ce "folio junior" plus récent que l'autre: Un livre un thé, Tous fans de lecture (dernier billet en 2022), Loudebergh, un très vieux billet (plus vieux que Bastien!) chez Enna, un autre presque aussi vieux chez Laël. En ont aussi parlé Tiphania, Arianne (dernier billet en 2014), lui ou l'autre des auteurs d'Elireblog, Virginie (liste sans doute non exhaustive!).

Enfin, c'est chez Baz'art que j'ai noté l'existence d'un dessin animé

Ce livre de voile et de naufrage a toute sa place dans le challenge Book trip en mer (saison 2) de Fanja

 

10 novembre 2025

L'inconnu de la Grande Arche - Stéphane Demoustier

L'inconnu de la Grande Arche de Stéphane Demoustier est un film intéressant mais j'ai trouvé l'ensemble un petit peu appliqué. Il n'y a pas la démesure que l'on pourrait attendre sur un tel sujet. Vue de près, l'Arche est impressionnante, je suis passée à côté tout récemment. Cela a pris quatre ans pour qu'elle soit achevée. En 1983, l'architectecte Johan Otto Van Spreckelsen (1929-1987), un Danois parfaitement inconnu en France, remporte le concours international d'architecture lancé par le président François Mitterrand. Jusqu'à ce projet, Spreckelsen (Claes Bang) n'avait construit que sa maison et quatre églises au Danemark. Spreckelsen s'installe à Paris avec sa femme, Liv (Sidse Babett Knudsen), qui est aussi son assistante. Sprekelsen a une idée très précise de ce qu'il veut et surtout de ce qu'il ne veut pas. Il doit malgré tout composer avec les normes françaises comme le verre collé qui est interdit. Il veut ce qu'il y a de plus beau comme le marbre de Carrare. Pour bâtir son arche (le Cube comme il appelle), il a le soutien de François Mitterrand (Michel Fau) jusqu'à ce que ce dernier soit battu aux élections législatives en 1986. Pour la maîtrise d'oeuvre, Spreckelsen est aidé par le Français Paul Andreu (Swann Arlaud) qui a construit l'aéroport Charles de Gaulle. On ne voit pas vraiment l'évolution de la construction de l'Arche mais on assiste aux querelles entre l'architecte et ses clients qui aboutissent à ce que Spreckelsen jette l'éponge avant la fin. Et il meurt prématurément. La Grande Arche a été inaugurée en 1989 comme immeuble de bureaux pour le bicentenaire de la révolution française de 1789. J'ai appris plein de choses sur la genèse de la construction de cette Arche. C'est déjà ça. Mais le film n'a pas la force de The Brutalist. Lire le billet de Pascale.

8 novembre 2025

Deux procureurs - Sergei Loznitsa

J'ai vu hier soir la projection d'un film dont je suis sortie sonnée et je n'étais pas la seule à avoir cette impression dans la salle. Deux procureurs de l'Ukrainien Serguei Loznitsa (Une femme douce) est filmé dans un format carré pour l'image, avec des couleurs qui tirent sur le jaune, le gris et l'ocre avec un peu de rouge. Le film est composé de plusieurs séquences marquantes, dont celle qui se passe en prison avec des montées et des descentes d'escaliers qui aboutissent à des sas, des grilles et des portes massives qui se déverrouillent ou se verrouillent. Des gardiens mutiques avec des visages fermés font peser une menace latente. La séquence suivante, toujours en prison, où Kornev, un jeune procureur diplômé depuis trois mois, rencontre le prisonnier Stepniak, un vieux Bolchévique, celui à cause duquel Kornev va sceller son destin. Il faut que je pose le cadre: nous sommes à Briansk, en Russie, en 1937, en pleine terreur stalinienne. Des milliers d'individus croupissent en prison de manière arbitraire et beaucoup sont torturés sans de vrais motifs. Kornev est un homme idéaliste et certainement naïf quand il va plaider la cause de Stepniak auprès du procureur général Vychinsky à Moscou, après un voyage en train où un mutilé de guerre n'arrête pas de parler dans un wagon surpeuplé. Kornev est un jeune homme patient qui attend des heures que le procureur le reçoive. Et le spectateur attend avec lui. On peut noter que le bureau du procureur général ou plutôt son immense salon/salle à manger donne beaucoup de solennité à l'entretien. Il y a de la distance dans la manière de filmer et c'est ce qui donne force au propos. Le scénario est adapté d'un livre de Gueorguy Demidov, qui a connu le goulag pendant plusieurs années. Il faut noter l'interprétation assez extraordinaire de tous les acteurs qui n'ont font jamais trop. Un très très grand film que vous devez voir s'il passe par chez vous. Lire les billets de Miriam et Pascale

7 novembre 2025

HS Charlie Hebdo Cabu - Les femmes à la "Une"

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) mis longtemps avant de me décider entre deux "Hors-série" de Charlie Hebdo pour celui dont je parlerais en ce mois de novembre. 

Hors-série Charlie Hebdo Cabu, Les femmes à la "Une"
Juin-août 2025, Trimestriel #11, 80 pages, plus de 201 dessins. 9,50 euros

 

La majorité des dessins présentés dans ce Hors-série ont été publiés dans Charlie Hebdo. Ils ont été classés en 14 chapitres aux titres évocateurs (à titre d'exemple: la gauche est l'avenir de l'homme; la tranchée libère la femme; Dieu est un gros macho; Saute-au-paf; Maréchal.e, nous voilà! ...). Les dessins choisis ont été réalisés entre 1971 et 2015... Certains des personnages représentés sont bien oubliés depuis (qui se souvient de Madame Pompidou ou de Marie-France Garaud?), cependant que d'autres s'accrochent (Ségolène Royal) derrière le peloton de tête, ou même figurent dans celui-ci (Rachida, Marine...). D'autres femmes sont plus anonymes, génériques, simples témoins... Des brunes, des blondes, plus ou moins innocentes... sans oublier l'immortelle Mère Denis! Des pages entières sont consacrées à telle ou telle personnalité, qu'elle soit féminine, ou caricaturable en raison d'un certain rapport aux femmes (DSK en 2011). Comme toujours, ma sélection d'extraits (ci-dessous) reflète davantage mes choix subjectifs que la totalité de l'album, que je vous invite à vous procurer pour vous en faire votre idée personnelle. 

p.6

p.9 (Bernadette C.)

Ségolène R. et Valérie T. (p.11)

Fille de militaire, Ségolène R. en prend pour son grade (Cabu n'étant pas spécialement militariste), p.14. Elle apparaît au total dans une douzaine de dessins. Mais il est tout autant capable de croquer Cécile D. (p.65).

Dans un autre style, en voici une autre, bien verte aussi, mais à la notoriété plus éphémère (p.16).

 

p.18

Ah, la maternité... Un grand (jeu-) thème (ci-dessus p.19, ci-dessous pp.33 et 32)

 

p.39

Vedette forever (p.51)

p.53

p.39

p.62

p.69 (on distingue vaguement le pantouflard, déjà installé devant le poste, lui...).

 

Sauf erreur de ma part, Marine (ici p.25, au-dessus p.29) apparaît dans à peu près 25 dessins (plus de 10%)... sans mériter pour autant les honneurs de la couv'! 

Ci-dessus, ce dessin de 2015 doit être l'un des derniers dessinés par Cabu (assassiné le 7 janvier, dans une conférence de rédaction où il avait dû être question du dernier livre de monsieur Houellebecq).

Aura-t-on dans les deux années qui viennent d'autres choix que de rejouer le match prévu par Cabu en 2012 (p.30)?

On peut en tout cas se procurer ce Hors-série, comme les autres, sur la boutique du site du journal. Comme cette publication "papier", le site Cabu officiel qui lui est consacré rappelle que Véronique Cabut est la seule et unique détentrice des droits de reproduction et d'exploitation des dessins de Cabu.

**********

Plus de 10 ans après le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo, et alors qu'on s'apprête à commémorer les 10 ans des attentats du 13 novembre 2015, il semble que deux engagements de la République vont peut-être finir par aboutir: une Maison du dessin de presse (annoncée, il y a déjà presque un an, pour 2027 en vue d'une ouverture à Paris et non plus à Limoges), et un Musée-mémorial des victimes du terrorisme. Le retard "à l'allumage" est sans doute dû non tant aux débats philosophico-politiques concernant la forme et la constitution de tels lieux (enjeux de pouvoirs?) qu'au coût financier qu'ils induisent (mise en place et fonctionnement).

Du coup, cela m'amènerait presque à me demander s'il vaut mieux vendre les "bijoux de famille" de la France pour les financer, ces lieux, ou bien attendre benoîtement qu'on nous les braque, ces bijoux de famille?

 

*** Je suis Charlie ***

5 novembre 2025

L'agent - Pascale Dietrich

Dans L'agent de Pascale Dietrich (Edition Liana Levi, 190 pages), on fait la connaissance d'Anthony Barreau, un jeune homme dans la trentaine, bien habillé et vivant avec Papa et Maman, comme il appelle ses deux gros chiens, du côté de l'avenue Foch à Paris. Anthony Barreau est un agent un peu spécial, il travaille avec plusieurs tueurs à gages en les mettant sur des contrats qui lui rapportent dix pour cent. C'est un perfectionniste. Un jour, à un stand de tir, il rencontre Alba, une ancienne championne de biathlon (tir et ski de fond) qui a dû abandonner la compétition. Elle s'entraîne toujours au tir car c'est une de ses passions. Anthony est décidé à l'ajouter dans son groupe de tueurs. À l'autre bout de Paris, dans le XIIème arrondissement, il y a Thérèse, une dame de 75 ans, directrice d'une agence matrimoniale qui bat de l'aile. Elle est surendettée et surtout, elle est victime d'un AVC. Menacée d'être mise en Ehpad par son neveu, Thérèse s'enfuit. Elle va cohabiter avec Anthony dans un camping près de Vierzon. En effet, Anthony, à la suite d'un contrat qui a mal tourné, est obligé de se mettre au vert en se déconnectant. Ce couple improbable est poursuivi par Alba et par des tueurs venus de l'est. Je vous laisse découvrir toutes les péripéties dans ce récit très bien mené avec de l'humour. La fin est amorale mais sympathique. Un très bon roman que je recommande d'une romancière que je ne connaissais pas. Lire les billets d'Aifelle, Alex-mot-à-mots, Vagabondageautourdesoi et Cathulu

3 novembre 2025

Joli mois de mai - Alan Parks

Après Mourir en juin, Janvier noir et L'enfant de février, je continue avec un autre roman d'Alain Park, Joli mois de mai (Rivages Noir, 428 pages prenantes). Ce n'est pas trop grave de lire les romans dans le désordre. On se raccroche au wagon. J'ai encore eu le plaisir de retrouver l'inspecteur Harry McCoy, son adjoint Wattie et son supérieur hiérarchique Murray. Murray avec son épouse est famille d'accueil depuis des années et McCoy fut un des enfants dont s'est occupé Murray. Dans ce tome, l'histoire se passe encore en 1974, entre le 20 et le 31 mai, à Glasgow. Un incendie criminel dans un salon de coiffure a fait cinq victimes. Les trois jeunes incendiaires devaient être conduits en prison mais ils sont enlevés par des inconnus qui leur font vivre un enfer avant de les assassiner l'un après l'autre, au moins deux d'entre eux. McCoy mène plusieurs enquêtes en même temps, où sont impliqués des truands notoires, une femme en mal d'enfant, un prêtre pas "si catholique" que cela, un certain Ally Drummond qui a été harcelé avant qu'il ne tombe d'un toit et Paul Cooper, un ado de 15 ans, qui tourne aussi mal que son père Steve Cooper (le copain depuis 20 ans de McCoy). Une fois encore, McCoy s'arrange avec la loi, mais c'est pour la bonne cause. C'est un enquêteur exceptionnel qui reçoit souvent des coups. Je me suis vraiment attachée à ce personnage. J'ai encore Bobby Mars forever et Les morts d'avril à lire. J'espère que Parks continuera avec les six autres mois de l'année. Lire les billets de Encore du noir, Jean-Marc Laherrère, Nyctalopes et Bigmammy qui sont aussi enthousiastes que moi. 

C'est ma quatrième participation à Sous les pavés, les pages (chez Athalie et Ingannmic).

 

1 novembre 2025

Films vus et non commentés depuis début octobre 2025

Depuis début octobre 2025, j'ai vu quelques films que je n'ai pas chroniqués, peut-être parce qu'ils ne m'ont pas déplu mais que je n'ai pas trouvé grand-chose à en dire. Voici un premier billet.

 

Classe moyenne d'Antony Cordier est une comédie caustique dans laquelle on assiste à une lutte des classes où tous les coups sont permis. Tous sont des profiteurs et ils n'ont pas beaucoup de scrupules. Un pauvre jeune avocat en fera les frais. La confrontation entre, d'une part, Philippe Trousselard (Laurent Lafitte, encore lui), avocat d'affaires et sa femme Laurence (Elodie Bouchez) qui fut actrice, et le couple Azizi, Ramzy Bedia et Laure Calamy, d'autre part, est assez jubilatoire. Les Azizi s'occupent à l'année de la villa des Trousselard. Une canalisation bouchée et une chemise d'homme irrécupérable vont provoquer un enchaînement de situations jusqu'au drame final que j'ai malheureusement trouvé plausible. C'est un film très bien joué. Lire le billet de Selenie

 

Une bataille après l'autre de Paul Thomas Anderson est une libre adaptation du roman Vineland de Thomas Pynchon (pas lu). L'histoire se passe dans une Amérique en proie au fascisme dans le passé et dans un futur proche en Californie. Un groupe de révolutionnaires d'extrême-gauche fait évader des migrants. "Ghetto Pat" (Leonardo di Caprio) est à la tête de ce groupe. Il vit une passion avec une Afro-américaine, Perfidia Beverley Hills, qui va le quitter après avoir accouché d'une petite fille, Charlene. Face à eux, il y un commandant, un certain Lockjaw (Sean Penn), un homme qui fait une fixation sur Perfidia. J'avoue que les personnages et l'histoire ne m'ont pas vraiment intéressée. Il y a quelques moments dans la réalisation assez virtuoses, comme la poursuite entre deux voitures à la fin. Sean Penn en fait des tonnes. On ne voit pas vieillir les personnages interprétés par Leonardo di Caprio et Sean Penn. Ils n'ont pas une ride de plus alors qu'il se passe une période de 16 ans entre le début et la fin du film. Même si je ne me suis pas ennuyée, le film qui dure 2h40 est un peu long pour ce qu'il raconte. Du réalisateur, j'avais nettement préféré There Will Be Blood (un chef-d'oeuvre) et Phantom Thread. Lire les billets de Pascale, Princecranoir, Selenie qui sont nettement plus enthousiastes que moi.

 

A suivre...

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