Le blog de Dasola
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13 août 2026

Les silences de Riyad - Haifaa al-Mansour

Après avoir lu deux mauvaises critiques sur Le Canard enchaîné et Télérama, j'ai voulu quand même me rendre compte par moi-même de ce qu'il en était en allant voir Les silences de Riyad, un film de la Saoudienne Haifaa-al-Mansour (dont j'avais bien apprécié Wadjda). Les silences de Riyad est un film policier qui commence dans le désert. Le corps d'une jeune fille est trouvé étendu sur le sable. Elle a été écrasée par une voiture. On ne sait pas qui elle est. L'enquête restera ouverte tant que l'on ne connaîtra pas son identité mais l'affaire est momentanément classée. Au sein du commissariat chargé de l'affaire, on fait la connaissance de Nawal, une jeune femme divorcée qui scanne et photocopie à longueur de journée des documents. Avec quelques flash-back, on découvre les relations houleuses que Nawal a entretenues avec son mari après le décès de leur fille âgée de deux jours. Nawal se met en tête de découvrir qui était la victime dont on n'a pas déclaré la disparition. Comme la victime était lycéenne, Nawal commence sa quête en visitant quelques lycées dont l'un où elle est très mal reçue. C'est la loi de l'omerta mais Nawal s'accroche. Elle est obstinée même si sa hiérarchie la désapprouve. Elle découvre l'identité de la jeune fille: elle s'appelait Amal. On saura dans les toutes dernières minutes les "Qui, Quoi, Quand, Comment et Pourquoi" de la mort d'Amal. C'est tragique. J'ai vraiment aimé ce film avec un scénario qui tient la route, avec une révélation finale que je n'avais pas devinée. 

11 août 2026

Pile entre deux - Arnaud Le Guilcher

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) lu très vite et avec délectation Pile entre deux, roman d'un auteur que je ne connaissais pas, "cueilli" au hasard d'un bac le mois dernier parce qu'il me semblait pouvoir être éligible au challenge Book trip en mer (saison 3) chez Fanja... 

Arnaud Le Guilcher, Pile entre deux, Stéphane Million éditeur, Pocket n°15723,
2015 (EO 2013), 341 pages

 

Par quel malencontreux hasard un couple de parents se retrouve-t-il en plein milieu du Pacifique (atoll de Midway!), prisonniers loin de leur jeune fils resté en France? Cela pourrait être un thriller, une robinsonnade, un livre de science-fiction, une romance... et ce n'est rien de tout cela (ou un peu tout!). On est plutôt à la fois dans une uchronie et dans une saga familiale à la Pennac. L'auteur qualifie son livre de "fable" (comme Les caves du Vatican étaient qualifiées de "sotie"). 

 

Je pense que ce roman aurait pu porter en exergue "Mon seul ennemi, c'est la finance" (si cela vous rappelle quelque chose...). L'histoire se passe "de nos jours" (mais déjà dans le passé, vu que le bouquin date d'il y a plus de 10 ans désormais). Le roman est (notamment) écrit "à la première personne" du point de vue d'Antoine, homme au foyer qui visite régulièrement son père "alzheimer". Sa moitié se prénomme Judith, elle travaille dans le quartier de La Défense comme mathématicienne pour le "trading". L'action commence quand elle l'appelle pour qu'il vienne l'aider à déménager ses affaires: elle s'est fait licencier! 

 

Mais c'est pire que ça, en fait: à peine arrivés dans le bureau au 19e étage de la Tour (gravie à pied, avec le pote à qui il avait fait appel pour conduire la voiture), ils sont tous "raflés" et embarqués (en avion!) vers ce trou perdu (entouré à perte de vue par les débris de plastique amenés par les courants marins): l'atoll de Midway. Les autorités mondiales (l'ONU...) ont décidé que le monde marcherait mieux si tous les "responsables" des dérives de la bourse et de la financiarisation à outrance étaient mis "hors circuit" (quelques milliers de personnes?). On les déporte, on leur parachute régulièrement de la nourriture, on les surveille par satellite et on les tue s'ils tentent de s'évader. Aussi simple que ça... 

 

... Mais il faut bien entendu lire toutes les pages, écrites dans un style rapide qui m'a vraiment fait songer à celui employé par Pennac pour la saga Malaussène. Au fil des pages, on a la description de la société masculine sur l'île (Antoine, son copain et un troisième homme trouvent une planque tranquille, pendant que, bien entendu, un tyran prend le pouvoir sur "les masses"...). De son côté l'ONU s'aperçoit que finalement, la finance était peut-être aussi indispensable à la bonne marche du monde que l'estomac l'est pour les membres du corps humain (selon l'apologue du consul Agrippa Menenius Lanatus): tout tombe en quenouille, plus de sous, plus moyen de surveiller les détenus (s'ils sont brimés, "qu'ils se démerdent!", répond le papa "ponte" de l'ONU à son fiston, stagiaire "pistonné" et chargé de faire le lin onusien avec les déportés), le transport aérien bat de l'aile, et on va peut-être finir par les passer au napalm, ça évitera des frais et empêchera que certains de ces ex-grands financiers aient la langue trop longue. 

 

Heureusement (et c'est peut-être là qu'on rentre dans le côté fabuleux...), le copain initie Antoine à la méditation et au yoga, ce qui le connecte à la nature - et en premier lieu à un albatros lui-même "leader" de la colonie locale. Le tyran en fera les frais. Quant aux femmes (qui n'étaient pas captives, elles, sur l'atoll lui-même, mais à bord de cargos-pontons amarrés en mer), elles seront délivrés après quelques malheurs. La liberté retrouvée, il ne reste plus qu'à aller rejoindre fiston en France à bord d'un des cargos. Et s'il n'y a plus de pétrole, en avant les baleines! Le bouquin s'arrête là. Mais, bien entendu, je suis loin d'avoir tout dit... 

 

Citation p.148:
"Les civilisations étaient des entités avec un début et une fin et on constatait avec terreur que la nôtre mourait en versant dans l'idiocratie la plus manifeste. On sentait que le soleil se couchait sur une terre où la culture et les choses de l'intellect avaient une valeur, et qu'à son lever, rien ne serait plus pareil...
Des abrutis dirigeaient des barbares qui aliénaient des cons. On en était là...
".

[Réflexion faite, je vous fais grâce de la citation des réflexions d'Antoine sur les kilos en trop passé 30 ans (p.216), c'est trop cruel!]

 

Il s'agit vraiment d'un "page-turner", j'ai été captivé de bout en bout, sauf lors de quelques interventions (autre type de police de caractère)  d'un personnage inattendu (non, ce n'est ni l'albatros ni une baleine). J'ai particulièrement apprécié quelques "morceaux de bravoure" liés à la vie de couple (que celui-ci se rappelle alors qu'ils sont séparés et qu'ils commencent à peine à pouvoir communiquer via "albatros express"): "nouilles sautées"; "échographie"...

 

Le seul billet que j'ai pu trouver sur Pile entre deux, c'est sur La gazette de Marie-Claire (dernier billet en 2020). Si d'autres l'ont lu et chroniqué, je rajouterai les liens par la suite! 

10 août 2026

La mariée silencieuse - Piergiorgio Pulixi

La mariée silencieuse de Piergiorgio Pulixi (Edition Gallmeister, 445 pages) nous permet de retrouver le commissaire Vito Strega et les inspecteurs Mara Rais, Eva Croce et Bepi Pavan. Pour le moment Mara Rais en conflit avec Strega est restée en Sardaigne. Le roman commence quand on fait la connaissance d'Italo, un Sarde presque octogénaire, et de son petit-fils de trois ans, Pippo, qui vivent temporairement à Milan. Huit mois auparavant, Maria Donata, la fille d'Italo et donc la maman de Pippo, a été assassinée, puis le tueur lui a enfilé une robe de mariée. Donata était partie vivre à Milan où elle avait un travail mieux rémunéré. C'est là qu'elle avait épousé Ruggero Mercalli avec qui elle avait eu Pippo. Quelques années après, elle a divorcé en ayant la garde de son fils. Tandis que dans le chef-lieu lombard les agressions contre les femmes se multiplient, c'est un véritable fléau. Pulixi s'est attaqué à un sujet terrible : les féminicides. Sans dévoiler trop de l'intrigue, La mariée silencieuse est le nom d'un forum où des hommes échangent leur point de vue sur le fait que les femmes doivent être punies sans forcément aller jusqu'à les tuer, quoique. Elles ont besoin de bonnes leçons. Pour en revenir au groupe de policier, c'est Bepi qui est à l'honneur, sa femme l'a jeté dehors en attendant qu'il maigrisse. Une psychologue va bien l'aider. Et sinon, Bepi s'est vite attaché à la personnalité d'Italo et avec raison. Vito entend de nouveau des voix dans sa tête et cela le fait beaucoup souffrir. Mais pour les enquêtes précédentes, c'est lui qui va trouver qui est le responsable de la mort de Donata et de toutes les autres car bien entendu les affaires sont liées. L'histoire n'est pas d'une grande originalité mais cela se laisse lire et on s'attend à une suite.

Lire les billets de Violette, Belette2911, Carnet de lecture, Aude bouquine, Livresse du noir, La bibli de Laura.

8 août 2026

Les archanges de la nuit - Eric Fouassier

Avec Les archanges de la nuit (Editions Albin Michel, 395 pages), Eric Fouassier en est à son cinquième tome de la série avec Valentin Verne et son bureau des affaires occultes. Nous sommes en avril 1834 et plusieurs crimes affreux surviennent. Les victimes sont retrouvées avec du plomb fondu ou d'autres métaux dans la bouche mais surtout la mort a été provoquée par l'introduction d'une aiguille fine dans l'oreille externe qui a traversé le tympan avant d'atteindre le cerveau. Les victimes sont des hommes riches. Les archanges du titre sont des illuminés qui ont comme texte de référence le livre d'Henoch, texte apocryphe de l'ancien testament. Ils sont aussi férus d'alchimie, de symboles occultes et ont des métiers se rapportant plus ou moins à la mort. Personnellement, j'ai trouvé leur mobile un peu obscur. Valentin, sa bonne amie Aglaé, ses adjoints Tafik et l'Entourloupe mènent une enquête difficile avec l'aide providentielle de François Vidocq. Certains vont même frôler la mort. Parallèlement, George Sand et quelques autres essaient de faire voter une loi pour la protection des prostituées. Dans ce cadre, Aglaé se battra en duel. Lors de son enquête, pendant une poursuite avec un suspect, Valentin se retrouve au 12 rue Transnonain le 14 avril 1834, au moment du massacre de certains habitants de l'immeuble qui n'étaient que des civils. L'intrigue est bien menée et l'épilogue est un sympathique "happy end".
Lire le billet de L'ivresse du noir.  

7 août 2026

La république des riches - Tignous

Cela faisait longtemps que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'avais plus consacré une chronique à Tignous dans le cadre de mes "hommages du 7". Les vacances sont l'occasion de "labourer" un peu ma PAL. Voici donc quelques mots sur un recueil de dessins que j'avais acquis il y a déjà deux ans...

Tignous, La République des riches, éditions Robinson, 2019, 96 pages

 

Ce recueil, posthume, a été publié sous l'égide de Chloé Verlhac, veuve de Tignous. Dans une interview au Berry républicain (elle a des attaches familiales dans le Cher), elle regrettait que Tignous n'ait pas connu le temps de Macron Président, qu'il aurait sans doute adoré croquer. Après lecture, je trouve que bon nombre des dessins du dessinateur assassiné en janvier 2015 apparaissent comme une bonne anticipation du dessein mis en oeuvre durant ces deux quinquennats successifs, qui s'achèveront dans moins d'un an désormais. En fait, davantage que de prémonition, je pense qu'on peut créditer Tignous d'une solide conscience politique. Les dessins sélectionnés dataient pourtant déjà d'entre 6 à 8 ans au moment de la parution de l'ouvrage (et avaient donc été dessinés entre 2011 et 2013?)... Avec ceux de couverture et de 4e de couv', j'en ai compté 106 (sauf erreur de ma part), quelques-uns étant présentés en double page, d'autres avec jusqu'à deux voire trois dessins par page. Il y a de la couleur comme du noir et blanc. Ces derniers sont en général présentés sur une page avec un fond de couleur (à deux exceptions près - parce que complétant une page avec des dessins en couleurs). Je vous épargne les statistiques complètes...

 

Il n'y a pas de numéro de page ni de table des matières des dessins dans ce recueil, mais au moins la dizaine de dessins que je cite ci-dessous (photos de ceux m'ayant particulièrement "parlé") sont dans l'ordre de publication... Je vais me permettre d'interpoler mes gloses sous chaque dessin. 

Tout dépend de la conception du "gâteau": ce que l'on "donne" aux uns est-il "pris" aux autres? Est-on "lésé" si l'on ne bénéficie pas d'avantages dont d'autres disposent? Dans la République... française, que doit-il en être de la "redistribution" (avec les leviers fiscaux et sociaux)? Le monsieur, je trouve, a une belle tête de libéral à l'anglo-saxonne ("Ce qui est à moi est à moi. Ce qui n'est pas à moi est négociable")...

Giacometti, oui... Il existe plus filiforme encore, comme référence artistique (personnages en fil de fer?). Et pour les riches, je suppose que la référence serait Botero? 

Un exemple de "vieille paperasse jetée au panier" (de facto voire de jure!) me vient à l'esprit. Je ne sais pas si la "fusion" des conventions collectives de nombre de "branches" avec des branches de rattachement présentant des conditions sociales et économiques analogue peut être considéré (ou non) comme de la "destruction" du Code du travail. Le fait est que cette "réorganisation" est plutôt invisibilisée sauf erreur de ma part. Et il me semble que le nombre de salariés couverts par une convention collective dont le tarif minimum prévu est inférieur au SMIC augmente. Il y aurait sûrement d'autres "illustrations" à trouver!

Une usine qui ferme, ici, en France...? Parce qu'elle va réouvrir ailleurs, soit pour exploiter d'autres "travailleurs" moins protégés par leur législation, soit pour payer moins d'impôts professionnels, soir les deux (le rêve!). Et, à un moment, les "actionnaires" ne sont même plus des êtres humains prenant des décisions "en leur âme et conscience" sous les projecteurs d'un soupçon de règles éthiques (rêvons un peu!), mais des sociétés contrôlées elles-mêmes par d'autres sociétés dont la seule activité est de gérer des investissements sous le seul angle de la profitabilité exclusivement financière à court terme (en attendant que les décisions à prendre soient impulsées exclusivement par des intelligences artificielles).

Et moi, avec mes huit bacs (pour le moment), à quelles clopinettes pourrais-je prétendre? Je vais faire du "hors-sujet" puisque le personnage est ici un salarié. Cette année, je trouve que les banques ont été plus discrètes que d'habitude sur la communication de leurs éventuelles primes offertes aux bacheliers "avec mention"... qui auraient la bonne idée d'ouvrir un compte bancaire! Offres réservées aux 18-24 ans, offres réservées aux 10 000 premiers souscripteurs, offres pour comptes ouverts entre telle et telle dates, "offres" purement tarifaires qui concernent tous les jeunes et pas uniquement ceux titulaires du Bac...

Vérification faite, il semble que ce soit la réforme de 2010 qui avait augmenté l'âge minimum de 65 à 67 ans... Et, effectivement, je suppose qu'on se dirigera à petits pas vers les 70 ans, en "communiquant à son de trompe sur les autres pays où cette "durée" augmente (encore) plus vite que chez nous. Et en gardant "sous le boisseau", autant que possible, dans ces éléments de communication, le fait que cet âge ne cible pas vraiment celui jusqu'auquel on "devra" occuper un emploi (que les employeurs "devront" proposer aux salariés!)... mais bien celui auquel on pourra "prétendre" à une retraite à taux plein! Si l'on est au chômage 10 ans avant l'âge, hé bien... Bienvenue dans la "trappe à pauvreté". 

Cela me fait songer à ce milliardaire français qui assume sans état d'âme, dans des interviews, de bénéficier d'exonérations fiscales lorsqu'il subventionne des causes chères à son coeur (associations, fondations, festivals...). Ah, vous ne savez pas duquel je parle, parce qu'il y en a trop dans ce cas?

Poches vides et "sourire doré sur tranche"... dans le dos du fisc reparti bredouille, n'ayant pas regardé au bon endroit pour "suivre l'argent". Excellent! Dans son râtelier, il doit lui aussi avoir un bon conseiller fiscal, le gros monsieur!

Toujours cette notion de "part de gâteau fini" à s'approprier. ... Et encore, quand Tignous dessinait, il était moins question qu'aujourd'hui de "l'intelligence artificielle" et de la "destruction d'emplois" que son utilisation à outrance risque de générer à très court terme. 

Ce dessin frappe comme un coup de poing dans la gueule, en éclairant les divergences de point de vue entre celui qui est "victime" et celui qui ne l'est pas (déni)...

Bah oui, les "radins" sont riches, en général, puisqu'ils choisissent de refuser de payer les dépenses autres que celles indispensables à leur propre survie... (tandis que les "pauvres" ont déjà du mal à assumer celles-ci pour le strict minimum vital...).

 

Je trouve qu'il manque dans cet album au moins un dessin évoquant une certaine thématique (je ne sais même pas s'il existe, hein!). Depuis désormais le 1er janvier 2016 mais suite à une loi votée le 14 juin 2013, les entreprises doivent proposer une "complémentaire santé" collective à leurs salariés (ceci découlant d'un "Accord National Interprofessionnel" [ANI] négocié antérieurement), tandis que chaque salarié est tenu d'y adhérer, sauf à prouver qu'il est déjà couvert par ailleurs. Je n'ai rien trouvé sur le site internet de Charlie Hebdo (article ou dessin) concernant ce thème - mais j'ai peut-être mal cherché (1)

 

Mais bon, à la réflexion, s'agit-il vraiment d'une avancée au profit des "pauvres [travailleurs]"? Peut-être que de savants calculs avaient démontré qu'il en coûterait moins cher aux entreprises de consacrer quelques dizaines d'euros par mois à "aider" les salariés à bien "se couvrir" que de subir de l'absentéisme pour raisons médicales (aggravées parce que non soignées)? Autre hypothèse "gratuite" de ma part, peut-être que mettre le choix de la couverture collective "à la main" de l'entreprise va enfin permettre à la logique capitaliste de "tuer" le monde mutualiste en privilégiant les sociétés d'assurance maladie privées...? Bref. 

 

Titulaire des droits de l'oeuvre de Tignous (20 000 dessins, tant déjà publiés qu'inédits), Chloé Verlhac souhaite continuer à mettre en valeur ce patrimoine (expositions, albums). 

Je me demande si, pour ces 20 000 dessins, un "travail" de classement et de référencement a pu être effectué (ou est en cours): au-delà de la numérisation sur de "fragiles" archives numériques (illisibles dans quelques décennies si la technologie en devenait obsolète?), juste le fait de marquer au dos, au crayon à papier (qui reste lisible des siècles après!), chaque information disponible (date de création, date de publication et via quel "canal" [presse, recueil, autre], prix touché éventuellement [facture émise, règlement reçu...])?
Ceci pour faciliter le travail savant des chercheurs, dans quelques décennies, lorsque tous les "témoins contemporains" auront disparu, pour des études sur "Tignous témoin de son temps" comme il en existe aujourd'hui de nombreuses, rédigées au XXe siècle, concernant Daumier (1808-1879)...

 

PS: à la relecture de l'album, je m'aperçois que certains dessins repris dans La république des riches étaient déjà parus dans Le fric c'est capital (publié du vivnt de Tignous)... parce qu'ils faisaient partie des citations de mon billet du 7 juin 2017 concernant cet album!

 

(1) Je me permets un brutal "copier-coller" de ce que m'a spontanément répondu G**gl* à la question "dessin complémentaire santé Tignous" (alors que je n'étais pas passé par une demande via IA): "Aucun dessin spécifique ou campagne officielle de Tignous n'est directement répertorié ou associé de manière notoire à une « complémentaire santé » ou une mutuelle. Le caricaturiste de Charlie Hebdo a croqué la société, la politique, la médecine et les dépenses de santé de manière générale, mais pas sous la forme d'un travail publicitaire ou d'une collaboration ciblée pour une complémentaire santé. Pourriez-vous préciser où vous avez vu ce dessin ou le message exact qu'il contenait afin que je puisse mieux identifier la source ou l'ouvrage recherché ?"

 

*** Je suis Charlie ***

5 août 2026

Le triangle d'or - Hélène Rosselet-Ruizh

Avec Le triangle d'or, la réalisatrice Helène Rosselet-Ruiz nous emmène dans un quartier de Paris se situant entre Les Champs-Elysées, l'avenue Montaigne et l'avenue George V, c'est-à-dire parmi ce qu'il y a de plus cher dans l'immobilier à Paris. Dès le début du film, dans un hôtel particulier, différentes femmes passent un entretien pour un emploi auprès de Souria, une saoudienne maîtresse d'un émir. On la cache car personne ne doit le savoir. Laura qui a furieusement besoin d'argent est prête à être disponible H24. C'est elle qui est prise et qui est payée "au black". Dès le début, on peut constater que Laura et les personnes présentes sont surveillées par des caméras installées dans chaque pièce de l'hôtel particulier à plusieurs étages. Il y a même une piscine intérieure et dans une autre, une panthère noire gavée d'anxiolytiques derrière des barreaux. Personne ne s'en occupe. Laura fait de son mieux pour toutes les tâches demandées bien que Souria* la prenne vraiment pour sa "boniche" en ne disant jamais "merci" ni "s'il vous plaît". Elle lui parle et se comporte mal. Mais le sort de Souria n'est pas enviable non plus, car elle ne peut pas sortir de sa cage dorée et ne fait qu'attendre son amant. Petit à petit, les relations entre les deux femmes évoluent avec un peu plus de considération de la part de Souria pour Laura. Je ne vous raconterai pas la fin, pas vraiment optimiste pour l'une d'entre elle. Ce huis-clos étouffant est prenant de bout en bout. La réalisatrice qui est la co-scénariste s'est inspirée de son expérience personnelle.

* et non Soumia (ah l'IA qui corrige sans qu'on lui demande rien est insupportable)

3 août 2026

Titanic - Michelluzzi

De l'auteur de bandes dessinées italien Attilio Michelluzzi (1930-1990), j'avais (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) cité deux de ses séries parmi les quinze "valant le coup d'oeil" évoquées naguère sur ce blog (Air Mail et Johnny Focus). Alors quand je suis tombé, en bibliothèque, sur un album que je ne connaissais pas mais qui m'a paru dans le thème du Book trip en mer (saison 3) chez Fanja, je l'ai emprunté...

Attilio Michelluzzi, Titanic, Mosquito, 2012 (trad. Michel Janz, EO 1988), 76 pages

 

On sait tous comment la traversée inaugurale de ce bateau se termine. Mais j'avoue que je m'attendais à ce que le navire soit au centre de l'histoire, or il n'est guère que le "décor" de l'intrigue (ou des intrigues). Je dirais que cette bande dessinée a pour principal mérite d'avoir été publiée neuf ans avant que James Cameron fasse le film homonyme avec de tout autres personnages, pas plus historiques que ceux de Michelluzzi. 

Dès la page 2, notre bédéiste nous présente ses héros (d'illustres inconnus!), mais on ne le comprend qu'a posteriori... De gauche à droite en partant du bas: John Hubbard Hall, journaliste (apparaît p.11); Raymond Desvilles, français (p.30); Madeleine Desvilles, son épouse infidèle (p.12); Olivier de la Bretonne, gigolo, à voile et à vapeur (p.10); Mora l'espagnol, anarchiste (alias Dorado Martinez), p.17; Molly, une femme de ménage des premières classes (p.37); George Barton Putman, self-made man dans le placard, candidat à un poste de sénateur (p.6); Viktor Dessinevitch Medel, prince Moussin, grand Boyard (etc.), russe (p.24), rival du dernier de la liste; et enfin, Lord Alfred Brudenell, sixième duc de Westmeath, coureur automobile (p.22). 

 

Ces neuf personnages vont être réunis à l'occasion de cette traversée inaugurale, événement mondain incontournable... Mais avant d'en arriver au naufrage (l'iceberg est rencontré p.55), on a le temps de suivre divers récits enchevêtrés... (entortillés?) dont certains auraient (à mon avis) été plus dispensables que d'autres. Le compte à rebours commence, en gros, le 8 avril 1912 à 11 h 10. 

 

Entre celui qui veut mettre une bombe symbolique contre les riches (anglais), la caricature de Russe qui ne veut pas tant gagner une course automobile pour la Russie qu'empêcher son rival anglais de la gagner, les couples de la haute ou ceux d'en bas, l'efféminé qui n'exclut pas d'ajouter à ses charmes le métier de maître-chanteur, le self-made man qui n'est pas un enfant de coeur... Trois personnages périront par coups de feu avant que le bateau coule, et seuls deux survivront. D'où peut-être les teintes sanglantes de la couverture? 

Ci-dessus, p.56. Ci-dessous, p.74

Je ne l'ai pas dit, mais certaines planches montrent les personnages historiques (armateur, capitaine, riches passagers morts dans le naufrage avec plus ou moins de panache...). Aujourd'hui, la liste des victimes du Titanic est accessible en quelques clics (par exemple sur Wikipedia consulté le 25/07/2026 - même si elle y est signalée "non exhaustive"). Si vous voulez en savoir davantage, je vous laisse lire la BD. Il me semble (mais cela n'engage que moi!) que j'aurais davantage apprécié cet album s'il avait fait l'effort de "décalquer" le Titanic vers un autre nom de navire... (le Chrématic, par exemple?). Je ressors de ma lecture avec un avis mitigé et ne m'achèterai probablement pas cet ouvrage, à cause de son scénario. Il plaira sans doute aux vrais "fans" de Michelluzzi (scénario et dessin). Mais je ne conseillerais pas de commencer par cet album pour découvrir son oeuvre. 

2 août 2026

The Ugly - Yeon Sang-ho

Je viens de voir The Ugly (Le laid ou plutôt La laide en ce qui concerne le film). C'est un film coréen que je conseille absolument. Il n'est sorti que dans cinq salles à Paris et c'est vraiment dommage. The Ugly a été réalisé par Yeon Sang-ho (Dernier train pour Busan). Le scénario est une adaptation d'un roman graphique écrit par le réalisateur. The Ugly se passe sur deux périodes, les années 70 et de nos jours. Quand le film commence, Lim Dong-hwan, le fils d'un artisan aveugle de naissance qui fabrique des sceaux, apprend par la police que l'on vient de découvrir le squelette de sa mère disparue 40 ans plus tôt. Même si elle a été assassinée, il y a prescription. Dans le même temps, une jeune journaliste de télé ambitieuse fait une interview de l'artisan sur son talent miraculeux, mais décide aussi d'enquêter sur la mort de sa femme Jeong Young-hee, mère de Lim Dong-hwan. Le film est composé de cinq interviews et d'un mot de la fin. À chaque interview, on en apprend un peu plus sur la mère, son visage ingrat (il n'y a que le bas de son visage qui est filmé et sinon, elle est filmée de dos dans les flash-back). Ses collègues l'avaient surnommée "tête de cul". On fait la connaissance d'une partie de sa famille qui n'est pas tendre avec elle. On apprend ses démêlés avec sa hiérarchie dans l'usine à la fin des années 70. Avec son mari qui ne peut pas voir son visage, les relations se dégradent. On apprend les dures conditions de travail des femmes dans une usine de confection. Le film est surtout la description d'un drame domestique. On verra enfin à la toute fin le visage de Jeong Young-hee sur une photo. Je ne vous dirai rien à ce sujet. Lire le billet du Bleu du miroir. Je ne suis pas d'accord avec les critiques de Télérama et Libération et celle de Selenie. En revanche Henri Golant a apprécié ce film.

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