J'ai lu, en moins de 24 heures, La disparue de la cabine n°10 de Ruth Ware publié à l'origine en 2016 (Edition Pocket de 2026, 460 pages haletantes). La narratrice du récit est Laura Blacklock, une journaliste britannique d'un magazine qui fait partie des invités d'une croisière inaugurale sur un tout petit yacht luxueux comportant 10 cabines, beaucoup de personnels et de membres d'équipage. Parmi les passagers, il y a des journalistes, des hommes d'affaires et le propriétaire du yacht et son épouse (gravement malade). Laura est chargée d'écrire un article sur cette croisière d'une semaine qui doit se passer dans le Grand Nord, dans les fjords de Norvège. La première nuit, Laura qui est dans la cabine n°9 entend un grand "plouf" comme si un corps avait été passé par-dessus bord de la terrasse de la cabine n*10 qui jouxte la sienne. Un peu plus tôt dans la journée, Laura avait fait la connaissance d'une jeune femme maigrichonne qui occupait la cabine n°10. Quand Laura donne l'alerte, personne ne la croit car la cabine n°10 est vide, il n'était plus prévu que quelqu'un l'occupe à la suite d'un désistement au départ. Laura est une personne perturbée sous anti-dépresseurs mais elle n'en démord pas, quelqu'un s'est noyé dans la mer du Nord. Laura mène son enquête sur le bateau et il va lui arriver beaucoup de problèmes. Je n'en dirai pas plus si ce n'est que l'intrigue réserve des surprises. Je n'avais pas forcément deviné le qui et le pourquoi. Un suspense efficace même s'il y a quelques longueurs.
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente aujourd'hui un polar maritime déniché (dans une bibliothèque de hall d'immeuble), lu et chroniqué en à peine plus de 36 heures. Plongée de nuit fait partie de la longue liste des ouvrages lauréats du Prix du Quai des Orfèvres, obtenu en ce qui le concerne pour l'année 1989. Ce prix, qui existe depuis 1946, va être décerné pour 2027 d'ici quelques semaines.
Godefroy Hofer, Plongée de nuit, Fayard, 1988, 209 pages
Page 9, le texte du premier chapitre du roman commence à nous présenter les équipiers d'une "palanquée" de plongeurs nocturnes ("ciel étoilé") à proximité de l'île bretonne d'Ouessant (Finistère) et la raison de leur présence et leur soutien en surface. Dès la page 18, quatre personnes sont mortes, sans vraiment comprendre ce qui se passait. Toute la question, justement, sera de trouver comment, par qui et pourquoi ce massacre.
Le lendemain, un premier corps est trouvé dans l'Océan par un vieux pêcheur, et l'alerte est donnée au Continent grâce au gardien du phare de la Jument (pas encore automatisé à l'époque - il ne l'a été qu'en 1991). Repêchage de trois autres corps grâce à un hélicoptère d'intervention qui les a repérés depuis les airs, collecte d'informations par un policier local... Tout le processus nous est raconté à la troisième personne. L'enquête va devoir se faire sur l'Ile d'Ouessant, et il faudra faire appel à la Police judiciaire parisienne afin qu'elle envoie un inspecteur qui ne soit pas connu des Îliens, pour une "enquête sous couverture".
L'arrivée sur l'île du jeune Gilbert, sa collaboration avec la police locale, ses moyens de communications, ses déplacements et prises de contact, tout nous est raconté sans temps mort. Par contre la mort de deux témoins entraînant la mise sous protection d'un autre coule de manière très fluide. Je ne vous dis pas tout bien entendu.
J'ai apprécié ce court roman policier. On y trouve des scènes de bar, un peu de sexe, de la tempête, des bateaux, des épaves... et du contexte local (îlien, breton, "quai-des-Orfèvr-ien"). La confusion entre plongeur et plongeur alors que les catégorisations informatiques étaient encore balbutiantes dans un fichier policier m'a bien entendu fait sourire.
Selon l'article 2 de son Règlement, le jury du Prix du quai des Orfèvres "[tient] compte, entre autres considérations, des qualités littéraires, de l'exactitude matérielle des détails et du respect apporté par l'auteur dans la description des modalités de fonctionnement de la police et de la justice françaises".
Attirée par la bande-annonce, je suis allée voir Salvation (Le salut au sens religieux du terme) d'Emin Alper (Burning Days) qui est sorti le 2 septembre 2026. Le film a reçu le Grand prix du jury au dernier festival de Berlin début 2026. L'histoire s'inspire de faits réels. Même si je n'ai pas tout compris au film surtout le début, j'ai aimé les plans larges où l'on peut admirer de beaux paysages arides avec un hameau en pente sur le haut d'une colline et un village en contrebas de cette même colline. On est en Turquie de nos jours. C'est filmé de jour et surtout de nuit avec un minimum d'éclairage. L'histoire est celle d'une rivalité entre les Hazéran, ceux d'en-haut et le clan Bezari, ceux d'en-bas. Les Bezari qui avaient récupéré les terres fertiles étaient partis momentanément et ils reviennent pour se réapproprier les terres au grand dam des Hazéran qui se considèrent comme lésés. Ferit, le cheikh du hameau appelle au calme mais son frère aîné Mesut qui voudrait bien prendre sa place, rallie les villageois à sa cause. Mesut est un homme fort mais il fait des cauchemars, il a des visions. Sa femme attend des jumeaux cela ne le rassure pas. Il écoute les messages prophétiques d'un enfant somnambule. Il y a un côté surnaturel dans l'histoire mais cela n'empêche pas que de tragiques événements très réels, eux, surviennent. Il faut se laisser envoûter par ce film qui comportent des moments marquants. Un film qui m'a plu. Lire les billets de Baz'art et Luc Schweitzer.
Alors que les vacances se sont achevées pour la plupart des gens (à l'exception des retraités ou des salariés en "congé de fin de carrière", par exemple), je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) suis allé piocher dans ma "PAC" (pile à chroniquer) un ouvrage en vue de ma "chronique du 7" en l'honneur de Charlie Hebdo. J'ai à ce jour rarement eu l'occasion de parler de Jean-Marc Reiser, à part ici ou là. Reiser (1941-1983) est décédé prématurément, d'un cancer à 41 ans, peu de temps après l'arrêt de la première série de Charlie Hebdo dont il était l'un des "historiques" (il n'a donc pas connu -ni été connu par- les "jeunes" de la seconde équipe / seconde série, à partie de 1992).
Reiser, La famille Oboulot en vacances, Albin Michel, 1989, 48 pages
Parenthèse contemporaine: j'espère en tout cas que ne viendra pas trop vite le temps où l'étiquette "occasion Gibert" (que j'ai laissée pour la photo de la couverture ci-dessus) deviendra elle-même un collector... mais plusieurs magasins de l'enseigne (y compris) des "historiques", ont fermé ces dernières années, et ça ne semble pas terminé...
Dans une postface, Delfeil de ton (chroniqueur de Charlie jusqu'en 1975, il a ensuite rejoint Le Nouvel Observateur, où il a fait entrer Reiser en 1981 après la fin de Charlie) explique l'historique des différentes planches composant l'album. Une première série a été publiée durant l'été 1978 dans Le Monde, à partir du 11 juillet (planche quotidienne), jusqu'à ce que que le quotidien du soir publie la dernière avec le mot "fin" le 5 août. Une planche était restée inédite. Du 3 juillet au 3 septembre 1982, Reiser a repris ses personnages dans Le Nouvel Observateur, sous forme d'une planche hebdomadaire en couleurs. La maladie l'empêcha sans doute de poursuivre l'année suivante.
La famille Oboulot, c'est un papa, une maman (probablement des ex-soixante-huitards?), et deux gamins délurés (le garçon paraît l'aîné par rapport à la fille?). Tous sont promis au sarcasme, que celui-ci s'exerce en interne ou en externe. Les saynètes se déroulent dans différents environnements (en voiture, lors d'un arrêt pique-nique, au restaurant, en location, au camping, ...). Il se trouve que la plupart des planches que j'ai choisies pour vous donner une idée de l'album concernent des scènes en plage ou de mer, ce qui est loin d'être représentatif, et ne suffit donc pas à le faire postuler au Book trip en mer (saison 3) de Fanja...
De grands dessins valant mieux que mes plats discours, voici mes quelques citations (j'ai réussi à photographier aussi les numéros de page!).
Pour information, la première vignette (en haut à gauche) est reprise sur la 4e de couverture. Si j'ai bien compris, il s'agit de la dernière planche publiée dans Le Monde, après leur refus de publier celle qui figure p.46 (que je ne vous montre pas).
Dictature...?
Faites ce que je dis...
Les joies du débat...
Un peu mou, tout ça?
Voilà, c'était Reiser. Un dessin minimaliste qui était au service d'un humour féroce, sa "marque de fabrique".
J'espère vous avoir donné envie de le (re)découvrir!
Je dirais que, aujourd'hui, dans le style de dessin, il me semble que Salch est le plus proche de lui parmi les dessinateurs actuels de Charlie. C'est en préparant le présent article que j'ai découvert qu'il était par ailleurs, et bien avant de commencer sa collaboration à Charlie en 2018, bédéiste! Il faudra que je lise aussi quelques-uns de ses albums...
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Edit du 10/10/2026: je voulais, comme je le fais parfois en fin de mes "billets du sept", évoquer un point sans rapport avec le principal du billet. J'avais relevé dans Charlie N°1179 du 26 août 2026, dans la chronique de Gérard Biard, un point de vue très pertinent. mais, il y a trois jours, je n'avais sous la main ni la référence exacte de ce qui m'avait frappé, ni ma série de Charlie pour le retrouver...
C'est à propos de la numérisation à tout va (y compris dans l'administration), et la colonne de cette chronique "Vivrensemble" (p.13) est titrée "Tous à poil sur les écrans". Il est question des "exploits" des hackers qui se promènent dans les disques durs des différents ministères ou administrations comme dans du gruyère.
Je cite Gérard Biard: "Ouvrons une parenthèse de vieux con de boomer. Quand les informations confidentielles sur les usagers d'une administration ou d'un établissement public étaient encore sous forme de fiches en carton rangées dans un casier en bois ou en métal, personne n'imaginait cambrioler un hôpital ou une école pour piquer les archives. Et quand des malfrats braquaient une perception, c'était pour emporter la recette, pas les feuilles d'impôts des contribuables pour les recopier".
Voici un film chinois qui risque de passer inaperçu et cela serait dommage. Lettres d'amour à ma grand-mère est sorti cette semaine dans peu de salles à Paris et en province. Il a fait un "carton" au box-office chinois. Il faut prévenir que le film est projeté en VO avec des doubles sous-titres, en chinois standard au dessus et en français en dessous. En effet, le film a été tourné par des non-professionnels dans une province du sud de la Chine. Ils dialoguent en teochew, un dialecte minnan, parlé à l'extrême Est de la province de Guangdong, dans la région de Chaoshan. Le chef-lieu du Guangdong est Canton. L'histoire qui au début démarre à tout allure, se passe de nos jours (2018) avant d'être racontée par flash-back chronologiques à partir de 1945, puis en 1955 et enfin 1978. Pendant toute cette période, on suit le destin de Den Bhagseng parti à l'armée en Thaïlande (Siam) laissant sa jeune épouse Ye Sogriu et ses trois enfants. Etant resté en Thaïlande pendant trois décennies, et ne pouvant rentrer faute d'argent, Den Bhagseng envoyait des lettres mandats (qiaopi) donnant de ses nouvelles et l'argent envoyé permettait à Ye Sogriu de subsister avec ses enfants. Et puis en 1978, Ye Sogriu, à cause d'une photo, coupe les ponts avec Den Bhagseng, ne sachant pas que ce dernier est décédé en 1960. C'est à partir de là qu'intervient une jeune femme formidable, Li Shuhao, une émigrée chinoise vivant en Thaïlande dont je vous laisse découvrir le rôle dans cette histoire émouvante mais pas larmoyante. Grâce à ce film, j'ai découvert ce qu'était les "qiaopi" inscrits au registre Mémoire de monde de l'Unesco. Un film qui m'a plu même si j'ai été perturbée par les sous-titres en chinois.
J'ai terminé il y a plus d'une semaine ce gros roman de 864 pages en poche qui m'a bien plu même s'il n'est pas très gai. Il s'agit de On m'appelle Demon Copperhead de Barbara Kingsolver (Livre de poche), directement inspiré du roman David Copperfield de Charles Dickens. J'annonce tout de suite que je n'ai pas lu le roman de Charles Dickens. On m'appelle Demon Copperhead se passe au début du XXIème siècle dans les Appalaches où l'on trouve des Melungeons, une population métisse (un mélange d'Amérindiens, d'Afro-américains et d'Européens du sud). Le récit à la première personne est narré à la première personne par Demon Copperhead (la copperhead, c'est une vipère cuivrée), un Melungeon par son père décédé. Demon s'est mis au monde tout seul car sa mère était hors du coup. Et à partir de là on suit la vie chaotique de Demon qui a les mêmes cheveux roux que son père. Sa mère, enceinte d'un nouveau compagnon, meurt d'une overdose quand Demon a douze ans. Ce gamin resté seul et presque sans famille (il a une grand-mère dont il fera la connaissance plus tard) est placé dans des familles d'accueil plus calamiteuses les unes que les autres. Il s'élève pratiquement tout seul en ayant souvent faim. Il a un instinct de survie assez extraordinaire. ll a aussi un grand talent pour dessiner et pour le football. Mais suite à une blessure au genou qui le fait beaucoup souffrir, il ne joue plus mais il se met à prendre des anti-douleurs comme l'Oxy(codone) et le Fantanyl. Il tombe dans une spirale infernale dont il va tout de même se sortir mais pas sa copine Dori qui en meurt. La fin laisse penser à une éclaircie dans la vie de Demon. Ce roman décrit l'Amérique pauvre des laissés-pour-compte, mais la romancière ne tombe pas dans le misérabilisme. Du fait que le roman est écrit à la première personne, le récit se lit facilement. Lire les billets de belette2911, Miriam, Enna, Athalie.
Grâce à ce roman, je participe au challenge les Epais de l'été 2026 organisé par Ta d loi du cine et au challenge Pavés de l'été 2026 organisé par La petite liste/Sibylline.
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