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21 septembre 2024

Les Rougon-Macquart (Pléiade, tome I) - Emile Zola

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) jeté un oeil sur une édition "Pléiade" du cycle romanesque Les Rougon-Macquart d'Emile Zola, qui appartient par héritage à dasola (5 volumes), notamment sur la préface et les deux versions d'arbre généalogique (1878 et 1893). J'avoue que ma (re)lecture en cours des 20 titres s'effectue sur mes propres éditions "poche" acquises dans les années 1979-1980 (second cycle du secondaire puis classes prépas) (2)

Emile Zola, Les Rougon-Macquart, tome I, La Pléiade (copyright 1960, DL 1er trim. 1980): La fortune des Rougon / La curée / Le ventre de Paris / La conquête de Plassans / La faute de l'abbé Mouret (1720 pages)

Comme dit plus haut, j'ai opté pour une lecture "mixte": à la maison (chez dasola), j'ai découvert l'introduction et les commentaires d'Armand Lanoux dans le volume de la Pléiade; mais pour mes trajets quotidiens en métro, j'ai relu un par un mes vieux tomes en "poche". Et je dois signaler que c'est "un copain de trente ans" qui m'a donné l'idée (par l'exemple) de me plonger dans ces relectures: sachant que j'en possédais des éditions "poche", il me les a empruntées par lots de deux ou trois... mais je pense que je ne tarderai plus guère à le rattraper là où il a fait une pause! Pour ma part, cela m'a fait plaisir de me replonger dans ma vieille collection. C'est vrai que, si je me l'étais constituée moi-même au lieu de me la faire offrir tome par tome, j'aurais sans doute pris les 20 dans la même édition, la plus ancienne des deux représentées ici, celle avec les bandes horizontales de couleurs... 

 

Pour nous qui connaissons les suites de l'histoire, Zola a clairement bien choisi son moment pour rédiger et faire publier ce premier roman des Rougon-Macquart, La fortune des Rougon. Quand il contacte un éditeur, sa série de romans sur une famille ne prévoit encore que dix titres, qui passeront vite à douze pour finir à vingt, plus de deux décennies plus tard. Pour le moment (1870), c'est dans le journal Le siècle que commence la parution en feuilleton de cet ouvrage, avant que la publication soit interrompue, fin juillet, par la guerre franco-prussienne (déclarée par la France de Napoléon III au roi de Prusse Guillaume Ier). Le roman avait sans doute été rédigé principalement dans le second semestre 1869 (entre juin et décembre). Il pose les bases de tout le reste du cycle. 
Ce premier volume, construit en "analepses" (1) (comme je l'ai découvert chez DonaSwann), nous présente la famille "recomposée" par la matriarche Adélaïde Fouque (qui survivra, centenaire, jusqu'au vingtième et dernier volume!): elle représente la première génération d'une famille dont les plus jeunes enfants qui seront évoqués constitueront jusqu'à la cinquième génération. Orpheline sauvageonne, Adélaïde a épousé son garçon jardinier, un certain Rougon. Après la mort de celui-ci, elle se mettra en ménage avec un certain Macquart, contrebandier. Analepse oblige (1), cela ne nous est dévoilé qu'au fil des pages. Quand le roman commence, nous sommes aux premiers jours de décembre 1851. Les Républicains des environs de la ville provençale (fictive) de Plassans se mobilisent contre le "coup d'Etat" de Louis-Napoléon Bonaparte à Paris. Parmi eux, le jeune Sylvère (arrière-petit-fils d'Adélaïde, qui vit chez elle et s'en occupe), dont nous découvrons les amours juvéniles avec la jeune Miette (13 ans), qui va devenir porte-drapeau pour la colonne républicaine. Mais, après avoir traversé Plassans où elle a terrorisé les bourgeois et amené un des fils d'Adélaïde (côté Macquart) à s'installer à l'hôtel de Ville, la colonne républicaine rencontrera les soldats du parti de l'Ordre... L'agitation révolutionnaire aura surtout servi au plus opportuniste des deux frères (le légitime, celui qui porte le nom de Rougon, Pierre) à apparaître comme le "sauveur" de la ville de Plassans (du moins, c'est ce qu'on pourra lire dans les journaux et qui fera foi - pas de réseaux sociaux "instantanés", à l'époque!), avec la complicité mi-forcée mi-intéressée de son demi-frère Antoine Macquart, et au prix de quelques morts... Peu cher payé pour l'ascension sociale d'une famille (les Rougon, qui ont végété sous la Restauration puis sous la Monarchie de juillet, y apparaissent comme les plus assoiffés de pouvoir, de prestige et de réussite sociale) alors que s'annonce le Second Empire (qui sera proclamé un an plus tard). D'autres analepses (1) nous avaient présenté les différents rameaux de la famille (troisième génération). Il semble que Zola ait rajouté quelques membres de la famille en cours de route et au fil des rééditions. 
Mon exemplaire, imprimé au 1er trim. 1979, comporte 435 pages. 

 

Le deuxième tome de la série, La curée, nous présente un autre membre de la famille Rougon, l'un des fils de Pierre et de son épouse Félicité, qui a préféré changer de patronyme pour "faire des affaires" et ne pas interférer avec la position de son frère Eugène, bien introduit dans les milieux bonapartistes. Aristide Saccard, petit fonctionnaire, a donc "fait son beurre" des informations qu'il a vues passer (ou qu'il a su dénicher) au sujet des grands travaux hausmanniens: boulevards à tailler à travers des quartiers, des immeubles, des maisons, des bâtiments déjà existants, dont il convient d'exproprier les propriétaires... Ceux-ci fussent-il de longue date ou récents (et bien informés...)! Et si l'on connaît du beau monde dans la Commission chargée de fixer l'indemnité d'expropriation, il peut y avoir moyen d'aller de culbutes en culbutes, alors que l'argent (ou plutôt l'or) coule à flots (3).

À ce qui, pour moi, fait figure d'intrigue principale, s'entremêle une intrigue sentimentale: Renée, la seconde épouse d'Aristide, s'ennuie dans leur hôtel particulier, et s'amourache de son beau-fils, Maxime (fils d'un premier lit d'Aristide), jeune homme viveur précoce. Je comprends que cet inceste ait pu choquer la France catholique de la fin du XIXe siècle: les deux protagonistes nous en apparaissent, à nous (lecteurs du XXIe), comme majeurs et consentants... ce qui est l'essentiel, n'est-il pas vrai? Dans ma lecture de cet ouvrage, l'intérêt pour les mécanismes financiers l'a largement emporté sur la violation de la morale ou de la pudibonderie. Ma sympathie va en tout cas à la gamine tubarde qui se fiche bien de ce que fricotent son fiancé et sa (future) belle-mère, et demande juste à pouvoir faire aussi, elle, ce que font les autres. 
Mon exemplaire, imprimé au 1er trim. 1972, comporte 434 pages. 

 

Pour lire Le ventre de Paris, il faut avoir l'estomac bien accroché et pas peur des noms d'aliments. Pour ma part, j'ai été un peu submergé par les pages et les pages d'énumération indigeste, qui sont plus longues que les descriptions d'actions proprement dites. Comme tout le monde le sait, ce ventre de Paris est symbolisé par le quartier des Halles et ses tout nouveaux pavillons Baltard (oui, ceux démolis entre 1971 et 1973). Nous le découvrons par les yeux de Florent, échappé du bagne de Cayenne où il avait été déporté pour raisons politiques (arrêté, plus ou moins par erreur, pour résistance au coup d'Etat de 1851...). Son demi-frère est un charcutier, Quenu, qui a épousé la fille ainée d'Antoine Macquart, Lisa. Leur belle boutique éveille la jalousie d'autres commerçantes ou habitantes du quartier. Au milieu de toute cette boustifaille, nous avons la métaphore de la lutte des "maigres" (les Républicains, parmi lesquels Florent, qui rêvent d'un grand soir dans l'arrière salle d'un café) contre les "gros" (les bourgeois bien établis, qui rêvent de l'ordre propice aux affaires et à leur quiétude égoïste). Dans ce Ventre, pour épicer tout de même le menu, il y a une tentative de viol dont l'auteur se fait quelque peu casser la tête (qu'il avait fragile d'ailleurs). Mais, je le redis, il y a surtout des listes interminables: légumes... Fruits... Volaille... Viandes... Charcuterie... des noms d'aliments, alignés sans une seule répétition, mais en veillant surtout à ne rien oublier, jusqu'à l'écoeurement.

Ecoeurante aussi, la manière dont, sur le dos de Florent renvoyé au bagne (avec quelques "complices" pincés en même temps que lui), s'engraissent tout ceux auxquels son arrestation a profité: les mouchards, les dénonciateurs et dénonciatrices, tous ceux qui ont "provoqué" la rédaction de son projet d'insurrection exaltée jusqu'à ce que le dossier soit bien monté et le gibier prêt à être capturé. Qui en récoltera de l'argent sonnant et trébuchant, qui une vengeance personnelle, qui la captation d'un héritage, qui un avancement dans la police... Le mot de la fin appartient à un autre membre de la "famille" que nous retrouverons à L'oeuvre, le peintre Claude Lantier, petit-fils d'Antoine Macquart. (3)
Mon exemplaire, imprimé au 2e trim. 1972, comporte 502 pages. 

 

Le titre La conquête de Plassans contient, à mon avis, un "double sens" (voire davantage). Il s'agit d'abord de la "reconquête politique" de la ville elle-même, qui a "mal voté" aux [dernières] élections législatives (s'agit-il de celles de 1857 ou de 1863? Ce n'est jamais précisé). Mais le livre raconte en parallèle, "à" Plassans, le "grignotage" d'une maison (bourgeoise, bien douillette et à la petite vie sans nuages) par des pique-assiettes. La demeure des Mouret, un couple de rentiers bien tranquille, lui républicain vaguement libre-penseur et elle indifférente (+ trois enfants), fait entrer le loup dans la bergerie sous la forme d'une location de deux pièces inutilisées à un prêtre aux dents longues (assoiffé de pouvoir, mais non d'argent ni d'amour pour son prochain ou sa prochaine!) accompagné de sa mère. L'abbé Faujas est (en secret) chargé de ramener le poste de député local à l'Empire alors que Plassans était passée à l'Opposition. Stratégiquement placé entre la "bourgeoisie orléaniste", la noblesse légitimiste et les notables de l'administration bonapartiste, il va réussir à les faire converger, bien aidé en sous-main par diverses ambitions plus ou moins cachées... En ce qui concerne les Mouret (tous deux cousins puisque descendants de l'aïeule des Rougon et des Macquart), la "maîtresse de maison" finira frappée d'hystérie mystique, tombée amoureuse de la religion sinon de son serviteur, tandis que le mari se retrouvera à l'asile! 
J'ai été frappé par la place démesurée qu'occupent, dans cette petite ville, intrigues, querelles de préséances, mensonges et cancans. L'écrivain a l'art de faire endosser par ses personnages secondaires les explicitations qui font avancer l'intrigue ("pensa-t-elle", "dit-il à l'oreille de"...). Pour accabler le malheureux Mouret, on assiste à la mise en circulation de rumeurs assassines et fausses. J'ai eu l'impression qu'Octave Mouret tombait dans ce que j'identifierais comme une dépression, même si le diagnostic des symptômes minutieusement décrits ne pouvait pas être posé à l'époque (Zola parle de folie). Tous ces petits bourgeois, sous couvert d'intérêt pour autrui, ne s'occupent que de soi. La (courte) séquence consacrée aux élections elles-mêmes (au suffrage universel masculin) m'a fait songer à celles que l'on voit décrites dans un fragment de Lucien Leuwen (Stendhal), bien entendu ignorée de Zola puisque ce roman inachevé (datant de 1834, sous la Monarchie de juillet, à l'époque du suffrage censitaire) n'a été publié qu'en 1894. On retrouve dans La conquête... l'atmosphère de "salons" déjà décrite dans La fortune des Rougon, mais cette fois l'intrigue va plus loin et mobilise l'Archevéché (il ne s'agit pas uniquement de la seule conquête "bourgeoise" du pouvoir par un coup de force, mais bien du monopole de la représentation politique au profit du "parti de l'ordre", soit "l'ordre dans la liberté et la liberté dans l'ordre", slogan d'époque!) avec une alliance entre les partisans de l'Empire et les royalistes (légitimistes du quartier noble comme orléanistes bourgeois): 33 0000 voix (contre les 1500 des "républicains irréductibles"). 
Mon exemplaire, imprimé au 4e trim. 1978, comporte 440 pages. 

 

Dans La faute de l'abbé Mouret (paru en 1875), on retrouve deux des personnages de La conquête de Plassans, le précédent tome de la série. Serge Mouret, fils cadet des époux François et Marthe Mouret, a fini son séminaire et a été ordonné prêtre. Il a pour paroisse un village fictif, désolé, en Provence: Les Artaud. Il a recueilli sa jeune soeur Désirée, simplette qui n'est heureuse que dans la basse-cour avec ses animaux chéris. Mais ce n'est pas avec sa soeur qu'il fautera...

J'avais l'idée (fausse) que le mot "abbé" était nécessairement lié à une abbaye, or il peut désigner un "prêtre séculier" depuis le XVIIIe siècle. On voit donc "l'abbé Mouret" célébrer une messe, un mariage... dans une Eglise plutôt peu voire mal fréquentée (mariage à l'aube en présence des parents, de leur nourrisson, et de la partie de la famille qui n'est pas occupée par plus important, à savoir le travail aux champs...). En tout cas, "telle mère tel fils", notre abbé fait preuve d'un mysticisme personnel exacerbé, mais que l'on finit par découvrir égoïste: si sa religion est douce aux pêchés d'autrui, c'est, me semble-t-il, bien davantage par indifférence à ce qui n'est pas sa relation "personnelle" à Marie ou à Jésus que par sollicitude ou bonté. Alors, cette faute?

A force de prières à genoux, de veilles, de trajets à pied sous le soleil pour aller porter la bonne parole de Dieu aux malades ou aux mourants (ou à ceux crus tels, comme un certain Jeanbernat), v'là-t-y pas que notre prêtre tombe malade (il s'évanouit dans sa chambre devant la représentation de l'Immaculée Conception...)! Et tonton Pascal [Rougon], passant par là, décide (il aime bien les expériences anthropologiques, le Docteur Pascal) que son neveu sera mieux soigné chez des "étrangers" qu'à la cure par sa fidèle bonne, La Teuse.

Dans ce roman en tout cas, l'énumération, dont certains passages sont aussi écrasants que dans Le ventre de Paris, porte sur des fruits et des fleurs: les restes d'un verger, d'un potager et d'un jardin merveilleux, dans le domaine du Paradou, dont le château a brûlé des décennies plus tôt. Là survivent dans un splendide isolement le vieux gardien libre-penseur, ce fameux méchant de Jeanbernat, et sa petite-fille, élevée à la diable dans toute cette nature, Albine. Et la vie est si belle, au Paradou (pardon, au Paradis), que ce qui doit arriver arrive: le garçon et la fille se découvrent... Mais si le garçon (Serge) sera ramené dans le droit chemin de ses bondieuseries par un "frère" au catholicisme intransigeant, la fille (Albine) se suicidera de chagrin (asphyxiée par les fleurs témoins de leurs amours qu'elle a entassées, toutes fenêtres fermées, dans une chambre). Elle était enceinte. J'ai trouvé Jeanbernat bien indulgent à l'encontre de Frère Archangias. 
​​​​​​​Mon exemplaire, imprimé au 4e trim. 1978, comporte 437 pages. 

 

Zola fait partie des "valeurs sûres" pour les blogs littéraires (que ce soit en première lecture ou en relecture, selon les âges des blogueurs ou blogueuses). Il n'est que de voir les réactions nombreuses à l'article de dasola relatant notre visite à Médan. Je signalerai donc juste que j'ai cru remarquer que Lybertaire a aussi depuis quelques années le projet de relire Les Rougon-Macquart et doit en être au tome 10... 

 

L'apparat critique de cette édition de La Pléiade est dû à Armand Lanoux (1913-1983) [préface, p.IX-LXX] et à Henri Mitterand (1928-2021) [étude, notes, variantes et index, p.1529 et suiv.]. J'avoue les avoir parcourus en diagonale, pressé par le temps, et sans m'interdire d'y revenir une fois les challenges finis (ouf!). D'Armand Lanoux, j'ai lu jadis le roman Le commandant Watrin, et c'est en m'intéressant à cette édition en Pléiade que j'ai appris son rôle d'"éditeur", mais aussi de biographe de Zola (je n'ai jamais lu son Bonjour, Monsieur Zola de 1954). Je ne sais rien d'autre d'Henri Mitterand que ce que n'importe qui peut trouver sur Wikipedia. En tout cas, j'inscris cette dernière lecture estivale pour les trois challenges Les Pavés de l'été 2024 chez Sibylline, Les Epais de l'été 2024 chez dasola, et 2024 sera toujours classique organisé par Nathalie

Et voici les deux versions d'arbres généalogiques des Rougon-Macquart (1878 et 1893) que contiennent toutes deux les deux derniers tomes (tome IV et tome V) de La Pléiade. 

 

(1) Oh bon allez, vous le saviez peut-être ou peut-être avez-vous déjà cherché, mais à toutes fins utiles... L'analepse (retour en arrière) "consiste à interrompre momentanément le cours d'une narration pour insérer une narration secondaire se déroulant antérieurement à la narration principale" (équivalent du flashback au cinéma).

(2) Et non 1879, évidemment. Bien vu Aifelle et Keisha, merci... et haro (pointé...) sur la première "relectrice" (et secrétaire de rédaction...) de mon billet! 

(3) Je rajoute le logo du "challenge urbain" organisé par Ingannmic, la troisième édition de "Sous les pavés les pages" ["pavé" n'y ayant aucun rapport avec l'épaisseur des ouvrages!]: La curée et Le ventre de Paris, au moins, y sont éligibles, m'a-t-elle signalé. 

 

20 septembre 2024

La septième lune - Piergiorgio Pulixi

La septième lune de Piergiorgio Puluxi (Edition Gallmeister, 525 pages) fait suite à L'illusion du mal car, dans La septième lune, on retrouve cette fois-cil les policiers Vito Strega, Eva Croce et Mara Rais dans la région de Pavie en Lombardie. Une jeune femme disparue, Teresa Poletto, a été retrouvée assassinée de la même façon, semble-t-il que la victime de L'île des âmes. Quand on a trouvé son corps dans une rivière, Teresa portait un masque avec des cornes bovines et elle était entourée d'une toison de mouton. C'est pourquoi on a fait appel aux trois enquêteurs, qui forment désormais une unité d'enquête. C'est Croce et Rais qui avaient résolu le crime dans L'île des âmes en Sardaigne (vous me suivez?). Vito, Eva et Mara ne sont pas tous seuls sur cette enquête. Ils sont aidés par Bepi Pavan, un inspecteur rondouillard très gourmand, et Clara Pontecorvo, une géante d'1m98 (sans les chaussures) qui est la première à découvrir le corps de Teresa Poletto, qui était une jeune femme parfaite et sans histoire. C'est sa soeur Alice qui est allé voir la police pour signaler sa disparition. Les parents de Teresa gèrent une hôtel miteux. On se rend compte qu'ils cachent quelque chose. Le roman est découpé en courts chapitres dont certains nous permettent de faire connaissance du meurtrier de Teresa. On ne devine pas ses motivations, à part le fait qu'il est manipulé. Il y a au moins deux intrigues dans le roman, dont une qui se rapporte à la ndrangheta, la Mafia calabraise, mais c'est vraiment secondaire par rapport au crime commis. J'avoue que je n'avais pas deviné qui était le manipulateur et surtout, jusqu'aux dernières pages, on se demande comment les enquêteurs vont le coincer. Et on apprend le pourquoi du titre "La septième lune" presque à la fin du roman. Un livre que j'ai énormément aimé avec une intrigue bien menée. Ce roman peut faire partie du challenge des "pavés de l'été 2024" chez Sibylline. Lire les billets de Pierre Faverolle (un peu moins enthousiaste que moi), BigMammy et Baz'art

 

18 septembre 2024

Simulacres martiens - Eric Brown

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) lu, après elle, un nouveau titre (après De l'espace et du temps d'Alastair Reynolds) dans la collection UHL. Cela n'empêchera pas, j'espère, la parution prochaine d'un billet signé dasola pour contribuer à mon challenge marsien!

Eric Brown, Simulacres martiens, Le Bélial, Coll. Une Heure Lumière N°35, 2021, 130 pages. 9,90 euros

 

J'ai été un peu désarçonné par ce petit roman (novella?) où, nul ne l'ignore, sont mis en scène trois héros de Conan Doyle: Sherlock Holmes et le Docteur Watson, ainsi que le professeur Challenger. Nous sommes en 1907, 13 années après que l'invasion venue de Mars ait été vaincue par les microbes terrestres comme l'a raconté Herbert Georges Wells dans La guerre des mondes. Les premières lignes et une note font référence à un récit déjà dû à Eric Brown dans la revue Bifrost N°105 (janvier 2022): la tragique affaire de l'ambassadeur martien avait été résolue par Sherlock Holmes l'année précédente (1906). D'autres Martiens, en effet, sont venus sur terre quelques années après les premiers, en une seconde vague, mais cette fois-ci, ils étaient dûment vaccinés... et ont proposé des rapports pacifiques et constructifs aux humains grâce à leur science avancée. Simulacres?

 

Simulacres! Quoi de mieux que de montrer l'état d'avancement de Mars en y invitant chefs d'Etat et grands hommes de science? Après tout, le voyage grâce aux engins martiens ne prend que 5 semaines dans chaque sens! Et il ne reste plus qu'à ces humains, ainsi éclairés, à convaincre leurs compatriotes des bienfaits de la collaboration... Nos trois héros sont également conviés à faire le voyage, au prétexte d'un mystère à résoudre sur Mars pour les enquêteurs (au fait, ils n'ont pas invité l'inspecteur Lestrade?), Challenger pour une série de conférences dans une Université martienne. Bien entendu, rien ne sera si simple, et en tout cas pas très conandoylesque, à mon humble avis... Je laisse chaque lecteur ("holmésien" émérite ou non) lire de son appréciation sur cette novella de science-fiction. Sherlock Holmes pourra en tout cas revenir sur terre: pas de contradiction, à ce niveau, avec son dernier coup d'archet!

 

D'autres blogueurs-euses avaient déjà attiré mon attention sur ce court roman. Voici quelques billets en ayant parlé bien avant moi (liste non exhaustive, et dont certains contiennent encore d'autres liens!): Le nocher des livres, Tampopo24, CélinedanaëGromovar, FeydRauthaJean-Yves, Xapur, Lutin82Ombres Bones, F6k... Sans oublier, bien sûr, que Zoé Lucaccini avait participé avec cet ouvrage à la première édition de mon Challenge de la planète Mars.

 

Ce billet va représenter ma dernière participation au XVe challenge Summer Star Wars Ahsoka de Lhisbei. Les deux autres challenges, eux, continuent: le 12e challenge de l'Imaginaire organisé par Tornade jusqu'à la fin de l'année 2024, et bien sûr mon propre challenge marsien jusqu'au 31 mars 2025!

 

14 septembre 2024

Guyanes - Jean-Paul Delfino

J'ai été attirée par la couverture colorée de ce roman, Guyanes de Jean-Paul Delfino (Editions Pocket, 706 pages) qui entre dans le cadre des challenges Pavés de l'été 2024 et Les épais de l'été 2024
L'écrivain nous emmène donc en Guyane dans les années 1870, juste après la Commune de Paris. On fait la connaissance de trois personnages : Mané, un esclave noir brésilien, va devenir Français après un passage par le bagne de Saint-Laurent du Maroni. Clara Martinelli, native d'Aix en Provence qui a 16 ans en 1870, a été condamnée comme beaucoup d'autres au moment de la Commune de Paris à 8 ans de bagne en Guyane (d'autres iront en Nouvelle-Calédonie). Et nous avons un jeune homme de 22 ou 23 ans, Alfonse de Saint-Cussien, vil et sans scrupules, qui s'est ruiné au jeu et qui doit prendre possession d'une terre en Guyane. Pour cela, il a abandonné femme, enfants et parents. Mané, avant d'arriver en Guyane, perd sa compagne qui était enceinte. Elle a été tuée. En Guyane, Mané devient orpailleur suite à sa rencontre avec deux hommes peu scrupuleux qui vont le faire condamner au bagne. Clara, matricule 32, est une des détenues d'un "couvent" tenues par des bonnes soeurs. Elle reste digne malgré les mauvais traitements et le manque de nourriture. Il faut savoir qu'à partir du moment où la peine était de 8 ans et plus, l'homme ou la femme libérable était condamné à la double peine et devait rester en Guyane jusqu'à la fin de leurs jours. Bien entendu, Mané et Clara vont se rencontrer et plus si affinités. Je ne vous dis rien de plus. Quant à Alfonse, grâce à son aplomb, il va devenir ordonnateur des dépenses de l'administration pénitentiaire et en profiter au maximum. Il devient un notable à Cayenne, mais son goût pour la luxure et le jeu vont le conduire à sa perte. Les trois récits qui s'entremêlent par moment sont bien menés et l'écrivain décrit assez bien ce qu'était peut-être la Guyane à cette époque. On sent qu'il s'est documenté. On comprend que malgré l'abolition de l'esclavage en 1848, il valait mieux avoir la peau blanche que noire. J'ai trouvé la fin un peu triste. Un roman que j'ai lu très vite et que je conseille. 

 

13 septembre 2024

Rollergirl sur Mars - Jessica Abel

J'avais (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) relevé grâce à Fanja l'idée d'une contribution pour mon "challenge marsien" que je finalise cette quinzaine. Il s'agit d'un volume reprenant en "intégrale" une série couvrant trois albums d'une bédéiste américaine, qui, si j'ai bien compris, a commencé par la publier directement en français. 

Jessica Abel, Rollergirl sur Mars version intégrale, Dargaud,
août 2019, 204 pages. 22,50 euros
(Le tome 1 de Trish Trash, Rollergirl sur Mars (64 pages) est sorti en 2015, les tomes 2 et 3 étaient inédits en français si j'ai bien compris)

 

La première page commence avec une retransmission sportive. Puis on découvre la "spectatrice", et enfin sa localisation. Trish (diminutif de Patricia Nupindju, surnommée Trisha, avatar Trix...), sept ans et demi (en années martiennes, soit le double en années terrestres!), est une "martiate", lycéenne davantage passionnée de "hoverderby", dont elle suit en spectatrice toutes les "sessions (jams) retransmises en vidéo, que par ses études. Nous sommes sur Mars (où le derby est un sport professionnel depuis 2128). La planète a commencé à être colonisée à partir de 2062 (dernier vaisseau arrivé en 2111), et l'action commence à la fin du XXIIe siècle. Tout le contexte est exposé dans 16 pages "Pour en savoir plus..." en fin d'album. 

Orpheline, notre gamine travaille à la ferme de ses oncle et tante, hygrofermiers. Bricoleuse, elle est capable de réparer le vieux matériel agricole qu'ils utilisent aussi bien que les "patins magnétiques" utilisés dans le hoverderby. Ce qui lui permet d'intégrer l'équipe locale! Le hoverderby? Sur un circuit ovale, deux équipes de 5 patineuses tournent, chacune s'efforçant de "bloquer" le passage à la "jammeuse" adverse, sans la frapper ni l'agripper, mais avec seulement quelques techniques autorisées... Les sessions des différentes "ligues" sont suivies par un public interplanétaire, en temps réel et en permanence!

 

Très intelligemment, cette bande dessinée nous fait découvrir la "prise de conscience politique", à marche forcée, de Trish et de ses différents réseaux relationnels (familial, amical, scolaire, sportif): ce "sport" est surtout un "moyen de contrôle" de la population par la société commerciale Arex, qui contrôle tout Mars (sinon au-delà), dont l'économie entière, en bonne logique capitaliste, repose sur la rareté de l'eau. Les "hygrofermiers" la recueillent goutte à goutte, et la revendent à Arex. Arex est aussi propriétaire des terres sur lesquelles ces fermiers travaillent, leur louent leur maison, leur outillage... Bref, ils sont débiteurs d'une dette qui ne diminue jamais.

 

Trish recueille une jeune "martienne native" (non pas une martiate comme elle-même [être humain né sur Mars], mais l'autre acception du terme, une "bestiole" [indigène non-humaine née sur Mars]). Celle-ci lui fera des cadeaux inestimables: des "patins à roulettes" fonctionnant dans la poussière de Mars (ce qui qui permet d'entraîner son équipe vers la victoire), et des informations et moyens concernant l'eau... 

 

Dans les vignettes de la BD, différents "niveaux de texte" permettent de voir que les "réseaux" (vidéo, social...) sont sous surveillance électronique automatique d'Arex, avec alertes par mots-clés : ces réseaux sur lequel nos jeunes bavardent en toute inconscience sont en fait aussi étroitement surveillés que le réseau des cheminées dans les derniers tomes de Harry Potter.

Pour accentuer la ressemblance avec le jeune Luke Skywalker, il ne manque même pas une révélation malveillante sur les parents disparus de notre héroïne. Mais au final, c'est bien en "inversant les règles" et en faisant en sorte que "le peuple" se réapproprie leur derby-aimé à sa manière que Trish parvient à court-circuiter les stratégies savantes de la société Arex. Que la force soit... Oui bon, pardon.
Cette "intégrale" qui prend le temps, dans ses quelque 180 pages dessinées, de développer plusieurs intrigues et arcs narratifs dans l'entourage de Trish représente un album intéressant, avec plusieurs degrés de lecture possibles. 

 

Comme je l'ai dit plus haut, Fanja a présenté récemment cette BD (dans le cadre de mon challenge marsien - merci pour l'idée!). J'ai aussi déniché les billets de Ma lecturothèque, d'Excessif (du blog Le journal de Pok), et celui d'un blog canadien, Sophielit.

 

Le mien participe au XVe challenge Summer Star Wars Ahsoka de Lhisbei, au 12e challenge de l'Imaginaire organisé par Tornade, et bien sûr au challenge marsien.

 

7 septembre 2024

Scènes de la vie hormonale - Catherine Meurisse

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me rappelle avoir lu dans Charlie Hebdo certaines des planches regroupées dans ce recueil (et certainement les chroniques habdomadaires post-7 janvier 2015, puisque je n'ai plus jamais raté un numéro depuis). Mais il me semble qu'elles paraissaient plutôt sur toute une colonne qu'en format "planche"en gaufrier de 6 à 8 vignettes comme ici: les pages ont dû être remontées pour la parution chez Dargaud. Pour mémoire, j'ai déjà présenté dans mes "hommages du 7" plusieurs albums de Catherine [Meurisse].    

Catherine Meurisse, Scènes de la vie hormonale,
(chronique publiée dans Charlie Hebdo d'octobre 2014 à juillet 2016), 
Dargaud, 2016, 78 pages (74 planches) 

Il s'agit de petites chroniques où l'auteure se moque, soit d'elle-même (ou de son héroïne), soit de ses interlocuteurs ou -trices. Ou de la vie de couple en général (attentes désynchronisées...).

Certaines planches peuvent faire penser aux thèmes (féminins, forcément féminins) de dessinatrices antérieures: Brétecher, Catherine Beaunez, Florence Cestac. Il ne fait pas toujours bon prendre le "sexe faible" à rebrousse-poil! On y découvre aussi que l'introspection, ça peut avoir du bon, à condition d'éviter de creuser trop profond... 

Je vous mets quelques planches à titre de citation (j'ai eu du mal à me limiter à sept, pas plus, pour vous donner envie d'aller découvrir l'intégralité des autres!). 

P1160886 p.25 (pourquoi tant de violence? L'art et la manière?)

P1160885 p.19 (plusieurs niveaux...)

P1160893 p.29 (sans commentaire)

P1160889 p.48 (histoire sans paroles)

P1160888 p.40 (la 3e vignette figure aussi en page de garde...)

P1160894 p.69 (comment le prendre?)

P1160890 p.63 (excellent! Et s'il n'en reste qu'une...)

P1160891 p.73 (va savoir...)

Oh, allez, je suis monté jusqu'à huit... 

L'amour comme l'humour sont parfois un peu vache. A la relecture, j'ai quand même trouvé pas mal de ces chroniquettes douces-amères, souvent plus amères que douces. Enfin, je vous rappelle que mon point de vue est celui d'UN lecteur, hein... 

Dommage qu'il n'y en ait pas eu davantage. Mais après tout, rien n'interdit de rêver que Catherine [Meurisse] y revienne un jour! 

Bado l'avait présenté en 2016 (avec une planche en plus...). Lisou du blog Les Pipelettes en parlent en a choisi d'autres en 2017. Voir aussi Baz'Art, ou Pages à pages (impossible d'y laisser des commentaires!). 

*** Je suis Charlie *** 

6 septembre 2024

Hôtel Adlon - Philip Kerr

Pour ma 4ème participation aux Pavés de l'été 2024 et ma 3ème participation aux Epais de l'été 2024, je vous emmène en 1934, dans une période trouble pour l'Allemagne. Dans Hôtel Adlon de Philip Kerr (Livre de poche, 668 pages), j'ai fait la connaissance de Bernie Gunther, Juif par sa grand-mère maternelle (mais personne n'est vraiment au courant). Il est responsable de la sécurité à l'hôtel Adlon à Berlin. Hitler est au pouvoir depuis plus d'un an et le règne du meurtre et de la violence a commencé. La situation de certaines personnes comme Gunther n'est pas simple. Il a été chassé de la Kripo, il faisait partie de la police criminelle. Ses sympathies pour la République de Weimar l'ont desservies. En 1934, il est question des futurs jeux olympiques qui se dérouleront dans la capitale du Reich en 1936. Un dénommé Max Reles, un homme d'affaires véreux, et qui plus est, de confession juive, va tout faire pour remporter un des marchés pour la construction du stade olympique. Sans aucun scrupule, il va semer la mort autour de lui. Une journaliste américaine, Noreen Charalambides, est chargée d'écrire un article sur le régime hitlérien afin de dissuader les Américains de participer aux jeux. Gunther a le béguin pour elle car c'est une très belle femme. Vingt ans plus tard, en 1954, à Cuba, on retrouve Gunther, Noreen et Max Reles. Gunther, pendant les années de guerre, est passé par l'uniforme SS et un camp soviétique. Max Reles s'est de plus en plus enrichi et il fait des affaires avec Batista au pouvoir à Cuba. Noreen, qui vit temporairement dans l'une des demeures d'Ernest Hemingway, est la mère de Dinah, une grande fille de 19 ans. Pour info, Hôtel Adlon est le sixième volet des enquêtes de Bernie Gunther. Je n'ai pas lu les cinq autres. Dans Hôtel Adlon, l'intrigue est bien menée et il y a du rythme car Bernie Gunther est le narrateur de l'histoire. Le roman se lit vite. Une découverte intéressante en ce qui me concerne. 

 

5 septembre 2024

Le chant de Kali - Dan Simmons

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente un livre que j'ai acheté chez un bouquiniste sur la seule foi du nom de l'auteur, Dan Simmons. 

Dan Simmons, Le chant de Kali, J'ai Lu (coll. Ténèbres) N°2555, 1999, 318 pages
Traduit de l'américain (Song of Kali, 1985) par Bernadette Emerich en 1989

 

Hé bien, voilà un livre plus sombre que les Cantos d’Hypérion. Je peux vous le conseiller comme une lecture au réveil, pour commencer la journée. Mais surtout, ne le lisez pas le soir avant de vous endormir : cauchemar garanti ! Particulièrement si vous êtes jeune parent. 

Pour ma part, j’ai déjà lu au fil des ans un certain nombre d’œuvres de Dan Simmons (même si je n’en ai jamais tiré de chroniques). 

Dans ce premier roman de lui à avoir été publié, on trouve déjà ce qui reviendra dans plusieurs de ses oeuvres ultérieures : le pouvoir du mal (l’échiquier…), les terreurs de la nuit (d’été…), fantômes, spectres, zombies et autres créatures animées mais désormais sans âme humaine. Ou, simplement, toute la noirceur humaine. 

 

Un Américain, Robert Luczak, écrivain plus ou moins journaliste, part à Calcutta sur les traces d’un mythique poète disparu dont on aurait sur place découvert un « inédit ». Il emmène dans ce reportage sa petite famille : sa femme Amrita (elle-même d’origine indienne) et leur fillette de 7 mois, Victoria… On a du mal à s'arracher au récit avant la fin. 

 

Je crois que j'ai repéré une petite erreur de traduction (p.16, un "non" à la place d'un "pas" concernant Gandhi...). Je ne suis pas forcément d'accord avec ce qui est dit dans le roman sur Les bâtisseurs de pont de Kipling (mais c'est le jeu). J'ai relevé avec amusement le petit "coup de patte", p.59, envers les "romans de pacotille" de Stephen King. Enfin, l'intrigue se plaçant à la fin des années 1970, cela fait bizarre, aujourd'hui, de lire vers la fin du livre la possibilité de transporter en avion, d'un aéroport à l'autre, un Luger et plusieurs dizaines de ses balles.

Ce livre noir m’a un peu fait songer à certaines aventures du héros d’Henri Vernes. Dans une Inde mythifiée (et même ailleurs), celui-ci se heurte aussi bien à des thugs et autres adorateurs de Kali qu’à la pègre ou à des « tueurs » identifiés comme les « dacoïts » (et qu’il massacre par douzaine). Mais ceux-ci n’enlèvent pas la fillette âgée de quelques mois qu’il n’a pas (d’ailleurs, Bob Morane n’a jamais (eu) aucune responsabilité paternelle sauf erreur de ma part…). 

Je pense que je relirai d'abord certains livres de Dan Simmons, ou en découvrirai que je ne connais pas encore, avant de reprendre en main celui-là. Comme déjà dit, ce n'est pas un livre à lire le soir, dans son lit, avant de s'endormir.

J'ignore si j'ai réussi à attiser votre curiosité? J'ajoute encore que la collection Ténèbres chez J'ai lu n'a vécu que de 1996 à 2000, le temps d'abriter 42 titres dont celui-ci. Je n'en ai lu aucun autre. 

 

Apophis a chroniqué une édition plus récente que la mienne, comme Jean-Louis Dragon (en 2018 - dernier billet en 2019), et le blog Carolivre encore une autre, comme Tenseki (dernier billet en 2022). 

2 septembre 2024

De l'espace et du temps - Alastair Reynolds

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) trouvé à emprunter (il était classé en "nouveauté" dans une des bibliothèques que je fréquente) un court ouvrage que j'avais déjà croisé à plusieurs reprises dans la blogoboule (1). 

Alastair Reynolds, De l'espace et du temps, Le Bélial, mars 2024, 108 pages. 10,90 euros
(titre original: Understanding Space and Time, copyright 2005)

Je vous mets aussi l'extrait de signalétique "nouveauté" sur l'exemplaire emprunté...

 

Le "De" initial en français peut rappeler les titres savants jusqu'au XIXe siècle (pouvant se traduire par "Au sujet de..."). Je ne sais pas si le "Understanding" anglais est connoté du même sens? Il s'agirait plutôt de "compréhension...", et non de rédaction d'une thèse savante...?

 

En tout cas, le texte proprement dit se termine p.103. Dans les quatre pages de son "mot final" (pp.105-108), j'ai apprécié que l'auteur raconte l'histoire... d'une longue gestation pour ce qui est en fait une "nouvelle", entre 2001 et 2005. Elle est formée de quatre parties (non titrées), dont chacune aurait sans doute pu constituer un (court) texte indépendant.

 

Dans la première partie (18 pages), nous sommes presque à la fin de l'humanité, puisqu'il ne reste plus sur Mars qu'un couple (dont la femme est gravement malade) dans une base, alors qu'un "virus militarisé" a exterminé les humains, sur terre d'abord, sur Mars ensuite. 

 

Désormais seul dans la deuxième partie, John Renfrew s'occupe comme il peut (durant 27 pages). Apprendre à jouer du piano? Pas une bonne idée. J'ai été intéressé par l'idée qu'un millier de livres avaient été, non pas transportés depuis la terre, mais imprimés sur place. Intéressante répartition des seuls qui avaient été imprimés tant que le système d'impression à la demande fonctionnait... (p.37-38). Que lire? Philosophie, religion, sciences dures (le pourquoi et le comment de l'existence!). Mais l'articulation entre le macro et le micro, entre l'infiniment grand et l'infiniment petit, entre la relativité générale et la physique (mécanique?) quantique, semble toujours impossible. Un jour, un signal radio est reçu...

 

Dans la troisième partie (14 pages), John a été ressuscité par les "Bienveillants", accourus de là où ils se trouvaient (à 200 années-lumière) dès qu'ils avaient capté les premiers signaux radio émis par l'Humanité. Mais ils ne pouvaient voyager plus vite que la lumière. Ils lui proposent de recréer d'autres humains ou de l'aider à comprendre l'univers... à son choix.

 

La quatrième partie est la plus longue, pas tant en pagination (21 pages) qu'en terme de "durée". Durant des milliers puis des millions d'années, avec le soutien des Bienveillants, John s'efforce d'atteindre le Savoir ultime. J'ai apprécié la description de celui-ci, un peu à la manière d'un oignon (cette comparaison excessivement grossière est de moi!).

 

Ma culture SF contemporaine étant maigre, c'est surtout à l'Asimov de Rama ou des cycles de Fondation et des Robots, et particulièrement au roman "clé de voûte" des deux cycles (Terre et Fondation) avec son personnage "deus ex machina" R. Daneel Olivaw, que j'ai pu songer. J'évoquerai aussi un des prolongateurs d'H.G. Wells, c'est-à-dire Stephen Baxter et son roman Les vaisseaux du temps. John acquiert-il la sagesse ultime? Cela m'a rappelé le mot de l'empereur romain Vespasien alors qu'il passait "de l'autre côté": "Malheur! Je sens que je deviens dieu"... Enfin, j'ai eu une vague réminiscence, mais que je suis infichu d'imputer correctement, un compte-rendu par quelqu'un de culture "classique" de sa conversation avec un "grand homme", quelque chose comme "il me parla de lui, de Dieu, de l'Univers et encore de lui" (à moins que ce soit "nous parlâmes de nous, de Dieu, de l'univers, et encore de nous"?)... S'agirait-il de Chateaubriand et Napoléon, ou bien de deux autres personnes?

 

Je ne sais pas si la conduite des Bienveillants suffit pour tirer cette nouvelle vers du "space opera" et la rendre admissible au XVe challenge Summer Star Wars Ahsoka de Lhisbei. En tout cas, elle peut participer au challenge marsien, mais aussi au 12e challenge de l'Imaginaire organisé par Tornade

 

Après avoir rédigé mon billet, je mets les liens vers ceux d'Elwyn et de Gromovar. AnudarCélinedanaéLe Maki, FeydRautha, Weirdaholic [possibilité d'y commenter réservée à qui possède un compte "Blogger"?] ou Soleil Vert ont aussi rédigé une chronique. Si j'en trouve d'autres, je ne m'interdis pas de les chroniquer... ou de leur proposer le référencement pour mon challenge marsien! Il me semble que ce petit bouquin tente d'ores et déjà l'un ou l'autre des blogs qui y sont dûment inscrits... 

 

(1) Note du 03/09/2024: en réponse au commentaire de ClaudiaLucia ci-dessous, je précise ne pas être l'inventeur du terme blogoboule, mais l'avoir déjà croisé sur la "blogosphère". Une recherche m'a ramené des occurrences dès 2008. Ce qui n'exclut d'ailleurs pas que le jeu de mots ait été utilisé antérieurement. 

31 août 2024

Bateaux et navigation maritime chez Jules Verne

Je (ta loi du cine, "squatter" chez dasola) poursuis mon "survol" de la vaste oeuvre de Jules Verne, sous l'angle "livres ou nouvelles où il est question de bateaux naviguant en mer". Cette fois-ci, après mes deux premiers billets des 18 et 29 juillet 2024, je suis sorti de ma "zone de confort" puisque ce troisième billet (qui ne sera pas le dernier comme je le présumais) aborde des romans que je n'avais, pour certain, lus (?) qu'une seule fois, il y a des décennies, ou bien des oeuvres qui n'étaient tout simplement pas accessibles dans ma jeunesse. Je rappelle que je présente dans cette série des "textes intégraux" et non des versions adaptées ou abrégées pour la jeunesse. 

 

Je commence par présenter trois "10/18" que je possède depuis l'époque où j'acquérais mes derniers Jules Verne en "Livre de Poche". C'est Francis Lacassin qui avait lancé cette édition (à couvertures bleues là où Jack London avait des couvertures oranges), et qui les préface ou postface. L'une des raisons qui a fait que je n'ai pas été au bout de cette collection-là est sans doute l'absence des gravures présentes dans "Le Livre de Poche", peut-être le moindre intérêt des histoires par rapport aux romans "les plus connus", et sans doute enfin l'impression de "m'être fait avoir" avec des doublons. 

 

Le titre L'île à hélice est signifiant: Standard Island, à la surface de laquelle est construite Milliard City, est en soi une structure artificielle naviguante, propulsée par deux hélices, l'une à bâbord et l'autre à tribord. Ses "passagers", qui louent à la société commerciale propriétaire (au capital de 500 millions de dollars) le droit de résider sur ce "paradis flottant" pour milliardaires (américains), sont dix mille (petit personnel compris), inégalement répartis sur ses quelque 27 kilomètres carrés (un ovale de 7 km de long et 5 km de large...). L'île possède aussi deux ports, d'où partent et où accostent les navires de service qui amènent ce qui est nécessaire ou remportent, par exemple, les décédés. Quand l'histoire commence (elle n'est pas précisément datée), l'île navigue depuis deux ans dans le Pacifique, pour que ses milliardaires bénéficient en toute saison d'un climat agréable.

J'ai trouvé que, dans cet ouvrage publié en 1895, Jules Verne se fait plus caustique et moins "romanesque". Les "héros" (presque des anti-héros), ce sont quatre musiciens "du conservatoire" (de Paris), âgés de 27 à 55 ans, qui forment un quatuor à cordes ("Le quatuor concertant", en toute simplicité) et sont partis en tournée aux Etats-Unis pour faire découvrir la musique de chambre aux Américains. Ils se font enlever pour apporter une distraction culturelle aux passagers (on leur signe cependant un beau contrat: un million de dollars chacun pour un an à bord, ça ne se refuse pas!). C'est donc à travers ces témoins assez peu signifiants que nous seront décrits divers incidents ou péripéties durant plus de trois trimestres de croisière dans les îles du Pacifique. L'auteur se positionne comme un observateur extérieur, qui narre avec distance et ironie la vie quotidienne comme les mésaventures de notre quatuor et de leur "société" (collision avec un navire anglais et indemnité extorquée sous la menace des canons d'une escadre anglaise, débarquement intempestif de fauves, cannibalisme évité de justesse, attaque de "sauvages" aux Nouvelles-Hébrides...). Mais finalement, ce qui unit un tel groupement de milliardaires - l'argent - est moins fort que ce qui les sépare et même divise (la religion, et le choix de la destination...). Une lutte de pouvoir digne des Montaigu et des Capulet aboutira à la dislocation de cet univers de privilégiés, tirée à hue et à dia par ses deux moteurs opposés. Malgré ce naufrage, l'amour triomphera... 

Je crois que, lorsque j'avais acquis ce titre, j'avais dû le parcourir mais sauter bien des pages de description sans action. Même si j'avais de meilleurs yeux qu'aujourd'hui, la toute petite taille des caractères de mon édition et le manque de gravures faisaient trop de différences en terme de pages indigestes par rapport à mes chers "livres de poche". L'ouvrage comporte une postface de trois pages (en caractères encore plus petits!) par Francis Lacassin, "l'homme aux mille préfaces". 

J'ai en tout cas noté avec intérêt que, il y a 130 ans, Jules Verne prévoyait que la population terrestre atteindrait six milliards en 2072 (p.50): il sous-estimait notre prolifération... De la même manière, je ne suis pas sûr que supportent la comparaison avec son île à hélice "nos" plus gros paquebots géants (record en 2024: plus de 360 m de long, jusqu'à 20 ponts superposés, près de 3000 cabines...): nous sommes étriqués dans notre logique "intensive" (entasser le plus grand nombre possible de passagers payants) là où elle s'étendait extensivement... au profit, il est vrai, de "super-privilégiés".  

 

J'expédie rapidement ces Histoires inattendues. Je pense que l'acquisition de ce recueil de nouvelles avait dû encore contribuer à mon abandon de la découverte de "Jules Verne inattendu" dans ces titres "10/18". En effet, j'y avais retrouvé celles déjà découvertes dans Le docteur Ox ou Hier et demain (dont L'Eternel Adam et sa Virginia). 

Voyons plutôt (ci-dessous) un troisième livre, plus intéressant même si la mer qui y est mise en avant (et sur laquelle va naviguer un des navires qui y sont cités)... est restée imaginaire jusqu'à nos jours!

 

Publié en 1905, L'invasion de la mer est le dernier roman vernien dont l'auteur a pu corriger les épreuves imprimées (son manuscrit prévoyait comme titre La mer saharienne). Le roman retrace une expédition géographique d'étude ayant pour objet de préparer la "mise en eau" des chott d'Afrique du Nord (Tunisie et Algérie), un projet réellement étudié (avant d'être abandonné) dans le dernier quart du XIXe s. Lorsqu'il écrit, Jules Verne est bien toujours dans l'anticipation contemporaine puisqu'il imagine que des travaux de génie civil ont effectivement été lancés avant d'être suspendus par la faillite de la "Compagnie franco étrangère" qui menait les projet. Quand le roman commence, un chef rebelle touareg, capturé par les spahis français, s'évade de Gabès alors que le croiseur Chanzy vient d'y arriver pour le déporter. À partir de là, il fera planer une menace sur l'expédition scientifique... jusqu'au cataclysme naturel final.

Réfugiés sur une hauteur sans pratiquement d'eau ni de nourriture, nos héros (Européens) sont secourus par... un aviso de la Marine française (le Benassir, de Tunis), premier à s'aventurer dans la nouvelle mer saharienne. 

Si je devais hasarder une hypothèse à laquelle Jules Verne était bien incapable de songer faute d'éléments concrets à l'époque où il rédigeait son oeuvre, je dirais que les infiltrations d'eau résultant des travaux de génie civil qu'il décrit ont pu provoquer une "fracturation hydraulique" de roches chaudes, et par contrecoup une activité sismique cataclysmique... Un peu comme ce qui commence à se produire avec nos interventions "énergiques" en sous-sol (huile ou gaz de schiste, géothermie...) !

Dans ce même volume, ce dernier roman (qui s'y achève p.224) est suivi d'un court texte bien plus ancien, Martin Paz (p.233-309).

Petite parenthèse pour rappeler que Jules Verne avait "les idées de son temps", désormais totalement anachronique (n'est-il pas vrai?), en terme de "racisme" (sinon de chauvinisme) en général et de "judéophobie caricaturale" en particulier. Dans Martin Paz (écrit en 1851, publié en feuilleton en 1851-52, puis en volume en 1875, quelque peu remaniée), qui se déroule au Pérou et plus particulièrement à Lima, Samuel, armateur juif, a sauvé la fillette d'un marquis chilien d'origine espagnole lors d'un naufrage (le San Jose a coulé en vue de Lima), et vend sa main 100 000 piastres (dollars), lorsqu'elle est bonne à marier, à un métis (lui-même riche armateur "parvenu"), rêvant de briser la morgue espagnole. Cependant, un beau et jeune indien (Martin Paz) est amoureux d'elle, tandis que son père (Samba) rêve d'en faire le libérateur des Indiens. Samuel a vendu d'un côté aux révoltés les armes transportées par sa goélette Annonciation, et de l'autre le secret de la révolte aux autorités péruviennes. La révolte échouera et les amoureux (amour impossible!) mourront dans une pirogue précipitée dans une cataracte... 

Cette édition "10/18" est précédée d'une préface rédigée par Léon Blum en 1905 (après la mort de Jules Verne) pour L'invasion de la mer, et d'une introduction de Francis Lacassin justifiant l'association des deux oeuvres séparées par une carrière de plus d'un demi-siècle.

 

Curieusement, je n'avais pas noté dans ces trois volumes leurs dates d'acquisition. Il faudrait que je retrouve mes vieux catalogues à grands feuillets simples à petits carreaux, tapés à la machine à une époque où j'ignorais tout de l'informatique et des bases de données. Je me rappelle qu'un de mes jeunes cousins m'avait épaté en me montrant dans les années 1980 son catalogue d'ouvrages de SF (dont je connaissais moi-même plusieurs), géré par ordinateur. Mais son père était informaticien, et le mien prof de Sciences Humaines...

 

Je sais en tout cas que c'est un thème estival sur les "robinsonnades" dans le système de prêt de livres de l'AMAP dont je fais partie qui, il y a quelques années (2019!) m'avait donné l'occasion d'acheter (oui, d'occasion!) et d'y mettre à disposition L'Oncle Robinson... mais je l'avais seulement parcouru en diagonale avant sa mise en circulation. L'ayant récupéré récemment, j'ai enfin pris le temps de le lire. Il s'agit d'une sorte de "brouillon" de L'île mystérieuse. Le thème du récit (aventures d'une famille, et d'abord d'une mère et de ses trois jeunes enfants, soutenus par un matelot dévoué - c'est lui, "l'oncle Robinson" -, échoués sur une île après une mutinerie à bord du Vankouver, trois-mâts canadien de 500 tonneaux parti d'Asie vers San Francisco) n'a pas été accepté "tel quel" par Hetzel en 1870. Jules Verne a donc changé son fusil d'épaule et réemployé une bonne partie des péripéties, laissant ce manuscrit-là inachevé. C'est seulement en 1991 qu'il a été publié (il n'était donc pas disponible dans ma jeunesse!). 

J'ai découvert à cette occasion l'existence de "continuations" de Jules Verne par David Petit-Quénivet (en 2021 et 2023), un auteur contemporain breton, dans ce qu'on appellerait des "fan fictions" si elles concernaient des "oeuvres pour la jeunesse" de type Harry Potter ou... des manga! 

 

J'avais repéré Les forceurs de blocus grâce à plusieurs blogs. C'est plutôt une nouvelle qu'un roman, rédigée et publiée en feuilleton en 1865, reprise avec quelques variantes en volumes en 1871. Dans mon édition "texte intégral" (Librio 2 euros, 120 pages), le texte de Jules Verne s'arrête p.89, et il s'agit clairement d'une édition destinée aux "scolaires" avec son "dossier Librio+" (Guerre de Sécession et esclavage...). Le Delphin est mis à flot le 3 décembre 1862. Ce navire de quinze cents tonneaux à coque d'acier, muni de deux hélices, est conçu comme une spéculation par ses armateurs de Glasgow (Ecosse): il s'agit d'aller livrer à bon prix munitions de guerre, vivres et habillement au Sud, et de revenir du voyage avec le chargement de coton brut dont les manufacturiers de Grande-Bretagne ont désespérément besoin. Mais parmi l'équipage embarquera un couple improbable d'aventuriers, avec un hercule qui est tout sauf marin et le travestissement d'un jeune mousse qui ne résistera pas longtemps à la perspicacité du jeune et hardi capitaine... Enfin, l'amour sera au rendez-vous dès le retour à bon port, "mission accomplie". 

 

Moi qui fais partie des lecteurs capables d'avaler sans sourciller des "pavés" de 650 pages et plus, j'avoue avoir un peu tendance à considérer de haut les petits "livrets" d'une centaine de pages commercialisés avec un "prix d'appel" attractif, en neuf, sur leur couverture (ici "Folio 2 euros"). Mais bon, je ne vais pas me révolter pour autant (d'autant moins si je les achète d'occasion), laissons cela à d'autres. Justement, Les révoltés de la Bounty raconte sous la plume de Jules Verne (?) la mutinerie aujourd'hui bien connue par de nombreux autres récits. Cette nouvelle se termine p.45, tandis que Maître Zacharius (non annoncé en couverture ni sur la tranche du livre!) va de la page 49 à la page 111. Jules Verne a acheté 300 francs-or le manuscrit d'un autre auteur avec qui il avait collaboré sur un ouvrage de vulgarisation, et l'a "relu et corrigé" (?) avant de le publier sous son propre nom, en 1879, pour compléter un volume d'Hetzel. Mon édition n'a pas pris la peine de signaler les différences avec le texte original de Gabriel Marcel. Je n'ai rien appris là-dedans que je ne sache déjà sur l'histoire de la/du Bounty et des différentes composantes de son équipage (je venais de lire Les révoltés de la Bounty: l'Odyssée de la Bounty de C. Nordhoff et J.N. Hall [non chroniqué], après d'autres livres ou d'autres films lus ou vus de longue date). Bon, malgré tout, c'est tout de même une nouvelle signée Jules Verne...  

 

Un drame au Mexique: je rajoute pour mémoire les quelques dizaines de pages de cette nouvelle de jeunesse, publiée en 1850 sous le titre Les débuts de la marine mexicaine dans le Musée des familles (qui, vérification faite et contrairement à ce que je pensais, n'a jamais appartenu à Hetzel), retravaillée par Jules Verne en 1876 en vue de sa publication en volume pour compléter (p.341-368) celui titré Michel Strogoff (oeuvre où il n'est de navigation que fluviale ou sur le lac Baïkal). Dans Un drame au Mexique, que je n'avais jamais lu jusqu'à aujourd'hui (je dis bien: aujourd'hui!), nous sommes en octobre 1825. L'Asia, vaisseau de haut bord, et La Constanzia, brick de huit canons, ont quitté l'Espagne depuis plus de six mois à destination des Iles de la Sonde. Les équipages se mutinent avec l'idée de "revendre" les navires dont ils viennent de s'emparer à la récente Confédération du Mexique, tout juste indépendante mais dépourvue de marine pour se défendre contre les Espagnols, et rejoignent le port d'Acapulco pour cela. De là, les deux principaux mutins, dont l'assassin d'un des capitaines, entament par voie terrestre un périple vers Mexico (siège du gouvernement mexicain, qui doit finaliser le marché). Des vengeurs leur barreront la route. 

Edit du 09/04/2025: je viens tout juste de découvrir qu'une édition en texte intégral, téléchargé et annoté par une blogueuse (Erwelyn), est disponible sur son blog.

 

Comme les billets précédents, celui-ci peut s'inscrire dans le challenge Book trip en mer de Fanja [7 points... peut-être?], tout en participant au challenge 2024 sera classique aussi organisé par Nathalie.

Finalement, j'ai encore à ma disposition un ensemble hétéroclite de livres (achetés très récemment voire empruntés en bibliothèque sans que j'aie eu le temps de les lire...), qui devra donner lieu à un ultime billet "Jules Verne maritime" en septembre!

PS du 04/09/2024: je viens de retrouver et valider le commentaire d'Aifelle du 15 août. Mes excuses aux abonné(e)s du "blog de dasola" qui, comme elle, avaient reçu une notification largement prématurée de parution du présent billet par suite d'une mauvaise manip' de ma part!

29 août 2024

Les ombres de Bombay - Abir Mukherjee

Pour la 5ème fois (et j'espère que ce ne sera pas la dernière), je suis partie en Inde entre Calcutta et Bombay. Dans Les ombres de Bombay (Liana Levi, 366 pages prenantes), Abir Mukherjee nous ramène à nouveau dans le passé en 1923 en compagnie du Capitaine Sam Wyndham et Satyendra Banerjee. Banerjee se retrouve en mauvaise posture car il s'est trouvé au mauvais endroit au moment. Il est accusé d'avoir tué un homme de lettre hindou dans un quartier musulman de Calcutta. Mais Satyendra Banerjee pense avoir trouvé le suspect en la personne d'un musulman érudit. Mais peut-être y a t-il une troisième solution. J'ai été contente de constater de Wyndham n'a pas retouché à l'opium depuis un an. Le récit alterne celui de Banerjee et celui de Wyndham. Comme dans les quatre autres romans de Mukherjee, il y a quelques descriptions très vivantes des us et coutumes indiennes et de la situation en Inde à l'époque. J'ai lu ce roman en deux jours et je le conseille absolument. Il n'est pas forcément nécessaire d'avoir lu les quatre premiers tomes. Lire le billet de Keisha. Et aussi Actudunoir, Yan.

28 août 2024

Running girl, ma course vers les paralympiques - Shigematsu Narumi

Encore un manga (le 3e du mois, et le 6e depuis janvier)! Décidément, cette année 2024 est bien celle de tous les records pour moi (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola). En tout cas, c'est volontairement en ce jour de début des XVIIe Jeux paralympiques d’été à Paris que je publie mon billet sur une mini-série découverte chez DocBird

Shigematsu Narumi, Running girl, ma course vers les paralympiques (3 tomes), Akata, 2020.

 

Ce manga où l'héroïne, Rin, gamine amputée d'une jambe et ayant bien du mal à s'habituer à sa prothèse, découvre le sport de haut niveau (course à pied équipée de prothèses de compét'!) m'a un peu laissé sur ma faim ou ma curiosité. J'ai été un peu déçu (frustré), parce que seule une facette des diverses problématiques possibles a ici été explorée en cette courte série de trois tomes (en gros, ce qui l'amène à cette participation aux jeux paralympiques). Un joli thème, mais un goût d'inachevé: pratiquement rien sur sa vie quotidienne, durant toutes ces années, en-dehors du sport? Notre héroïne n'a-t-elle donc absolument rien vécu d'autre?

 

Je pense qu'il y a incohérence fondamentale entre l'âge de la jeune fille et les besoins du scénario. Sur la première page du 1er tome, elle court. La 3e page énonce "Des années plus tôt...". Et dans le même chapitre, il est dit "Rin vient d'avoir seize ans" (au moment où elle découvre le handisport). Erreur de traduction pour "13 ans"? Elle a, à mon avis, une mentalité de collégienne plutôt que de lycéenne (mais il n'aurait sans doute pas été crédible qu'une fillette trop jeune participe aux Jeux Paralympiques?). 

 

Notons que le Comité international olympique (CIO) ne fixe pas d’âge limite pour participer aux JO, parce que, selon l’article 42 de sa charte, le choix de cet âge minimal revient aux fédérations internationales de chaque sport. Pour ma part, je suis assez vieux pour me rappeler que la Roumaine Nadia Comăneci a remporté trois médailles d'or en gymnastique à l'âge de 14 ans (et 8 mois) aux JO de Montréal en 1976, avant d'être, heu, remarquée par le rejeton des époux Ceaucescu, Nicu (de 10 ans son aîné). Elle était classée "senior" à l'âge de 13 ans (?!). Bref. Aujourd'hui, dans sa discipline, il est obligatoire d'avoir 16 ans dans l'année. 

 

Soyons plus explicite: ce qui m'a dérangé, c'est que les détails "techniques" sur les prothèses elles-mêmes sont sérieusement abordés, ainsi que les enjeux du sponsoring et du financement du "bureau d'études" pour cet outillage de haute technologie, mais c'est au détriment de la "vie personnelle" de la gamine à côté du sport: on ne la voit quasiment pas étudier, fréquenter ses condisciples (ni fricoter avec!). Ses grands yeux écarquillés se remplissent un peu trop souvent de larmes à mon goût. Elle paraît asexuée et immature, alors même qu'elle témoigne d'une grande force de volonté dans la compétition ou à l'entraînement et face aux obstacles techniques. Le "beau gosse", lui, paraît ne rêver qu'à fabriquer des "lames" de carbone permettant aux athlètes handicapés de se mesurer pleinement avec les valides. Un sentiment d'incomplétude donc.

 

Ci-dessous quelques extraits (trois pages de chacun des trois tomes [non paginés!], sur fonds rouge, jaune et bleu...) où l'on voit Rin confrontée successivement à diverses situations: la découverte du handisport, la course dans un club d'athlétisme dans son établissement scolaire, les nécessité de l'entraînèrent et de "l'apprivoisement" de sa prothèse, la compétition de haut niveau, la collaboration avec différents équipiers, les exigences sportives de son équipementier, la pression des financiers (qui préfèreraient qu'il consacre son génie à des prothèses médicales et non sportives) sur celui-ci...

 

Ce "josei manga" a d'abord été publié en épisode en 2018-2019 dans un journal à lectorat féminin au Japon (les titres y sont très "segmentés" selon le lectorat visé!), puis en 3 tomes en 2019, et en France en 2020, où le lancement avait été programmé pour être achevé au démarrage des Jeux d'août 2020... (hé oui, ceux qui ont été reportés à l'année suivante pour cause de Covid-19...).

 

J'ai cru comprendre que les éditions Akata, en France, ont reversé à la fédération française de Handisport 5% des recettes (chiffre d'affaires, marge, bénéfices?) permises par les ventes du tome 1 de Running Girl jusqu'au 30 septembre 2020 (montant en valeur absolue?).

 

J'ai trouvé quelques liens: outre DocBird déjà citée, il a plu à Capocapesdoc, Petite noisette (T.1 seulement) et Ladythat, tandis que Sweetmadonna avait quelques réserves. Voir aussi Ly (ainsi que ses avis sur les tomes 2 et 3). Tampopo24 avait apprécié la série. Ma Lecturothèque aussi.

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Bonus: dasola m'a fait une photo des 3 (trois!) Phryges (dont une avec une prothèse) qu'elle n'a pas résisté à s'acheter (ce n'est certes pas moi qui les lui ai offertes!): dirait-on pas qu'elles sont à Paris Plage?

 

26 août 2024

Le Silence et la Colère - Pierre Lemaitre

Dans le cadre des deux challenges "Pavés de l'été 2024" et "Les épais de l'été 2024", j'ai terminé il y a une semaine Le Silence et la Colère de Pierre Lemaitre (Livre de poche, 768 pages). C'est le deuxième tome d'une tétralogie commencée avec Le Grand Monde (qu'il faut avoir lu avant). J'ai retrouvé la famille Pelletier en février-mars 1952 à Paris, à Beyrouth et dans le village de Chevrigny situé dans l'Yonne. Ce village doit disparaitre sous les eaux à cause de la construction d'un barrage. Hélène Pelletier est une journaliste free lance qui va couvrir l'événement. Son frère François écrit aussi des articles dans le même journal, mais il est surtout préoccupé par sa liaison avec Nine, une jeune femme sourde et kleptomane. Il est très amoureux d'elle. Quant à Jean Pelletier, le pauvre, il est bien mal marié avec Geneviève, enceinte pour la deuxième fois et qui maltraite sa première petite fille, Colette, âgée de trois ans. Jean va-t-il réussir à ce que son entreprise de dessous féminins (dans le genre "Tati") soit un succès, place de la République à Paris ? Pierre Lemaitre est un conteur hors pair en nous tenant en haleine. Ce roman qui se dévore d'une traite, aborde aussi le sujet de l'avortement (puni par la loi à cette époque), ou l'hygiène des femmes (eh oui). Il est aussi question d'amour, de meurtre et de match de boxe. J'attends avec impatience la suite de la vie de cette famille. Je ne sais pas quand paraît le troisième tome. Lire les billets d'Yvan, Enna, Eva, Richard, Violette, Audebouquine, Bigmammy, Matatoune, Shangols

 

25 août 2024

Planetes - Yukimura Makoto

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola), partage avec vous aujourd'hui un manga, car il me plait. Ça me suffit. Je me fiche de savoir qu'il date de 1999-2004 au Japon (2002-2005 en France), et que des milliers ou des millions de lecteurs avant moi l'ont déjà lu, adoré, détesté ou ni l'un ni l'autre. Merci à Kiriitiblog chez qui je l'ai découvert il y a quelques jours. La bibliothèque où je me suis déplacé entre la fin de mes horaires de boulot et la fermeture disposait seulement du tome un, j'ai donc emprunté l'intégrale dès le lendemain dans une autre bibliothèque. 

Yukimura Makoto, Planetes, Panini, édition Intégrale, 2015, 1040 pages
Le 1er tome... des quatre (ou plutôt des trois en édition "Deluxe")

 

Extrait de l'introduction: "Makoto Yukimura débute l'écriture de Planetes alors qu'il n'a que 23 ans. Loin des batailles intergalactiques ou des histoires d'extraterrestres, le jeune mangaka se penche, avec talent et réalisme, sur la conquête spatiale à échelle humaine. En 2075, Hachimaki, Yuri et Fi sont des astronautes dont le travail consiste à ramasser les déchets dispersés dans l'espace.

 

Quel est le thème de ce magnifique "seinen manga"? Le prétexte, c'est le "syndrome de Kessler": le risque que l'humanité pollue tellement l'orbite de notre planète par des "débris spatiaux" qu'il devienne impossible (trop dangereux) désormais d'envoyer des fusées, des vaisseaux (habités) dans l'espace... Mais on assiste aussi et même surtout à divers parcours "initiatiques" pour que chacun des héros ou des héroïnes découvre son propre "sens de la vie". 

La "rougeole des astronautes", phase maladive où l'on est obsédé par la question "qu'est-ce que je suis venu faire dans l'espace?", que chacun est censé affronter à son tour, revient plusieurs fois... [Trouver] l'amour semble une des réponses possibles! Mais surtout, les meilleurs des astronautes, ce sont ceux qui rentrent toujours sains et saufs à la maison.

Dans le premier tome (le seul pour lequel je peux "repérer" où il finit exactement dans l'Intégrale!), une organisation terroriste essaye de mettre fin à l'exploitation de l'espace par l'humanité (pour des raisons plus ou moins louables). Pour ce qui concerne "nos héros", je mettrai en avant une petite séquence où, pour sortir la pilote Fi de son obsession de fumer une cigarette, Hachi (Hachirôta dit Hachimaki ["bandeau"], astronaute junior - seulement 3 ans d'expérience) essaie de lui dire tout et n'importe quoi, entre autres "la terre a été envahie par une colonie de martiens", à quoi elle répond "oui" tout aussi mécaniquement qu'au reste... Mais il ne faut pas l'énerver, Fi! Elle est vraiment prête à tout contre qui l'empêche de fumer tranquillement sa clope...

De son côté, Kyûtarô, le jeune frère (13 ans) d'Hachi, a pour hobby la construction de fusées artisanales et rêve de devenir ingénieur pour faire l'aller et retour vers Mars sur sa propre navette quand il sera adulte. L'attrait de l'espace, c'est manifestement héréditaire sinon génétique chez les Hoshino: leur père, Gorô, est un astronaute senior (50 ans!) qui a déjà fait cinq  fois le voyage entre la Terre et Mars en tant que chef mécanicien... Il est surtout question d'un futur voyage spatial vers Jupiter (absence devant durer 7 ans!), ce qui donne à Hachi l'occasion d'un tête-à-tête particulier avec la jeune Tanabé (prénom: Aï - et même pas 20 ans!) qui doit le remplacer dans l'équipage de collecte des débris. 

Dans la partie correspondant au tome 2 (sur 3, ou sur 4?), on commence à voir comment l'esprit vient aux garçons: Hachi s'ouvre et, d'enragé contre tout ce qui fait obstacle à son rêve égoïste (s'acheter sa propre navette spatiale), devient altruiste. On a aussi une longue partie sur l'enfance d'Aï... 

Le tome trois (?) débute (je crois!) avec de magnifiques images en couleur de la planète Mars, pour un "retour en arrière" situé en 2050 (Gorô tue le temps en organisant le premier tournoi de base ball sur Mars - où vivent une centaine d'humains dans différentes bases), et y apprend sa paternité... 

Tournoi sportif sur Mars

Dans le quatrième tome (enfin, dans le dernier tome...), le "syndrome de Kessler" refait son apparition. Mais cette fois-ci, ce qui menace, c'est la guerre entre nations, à coup de "mines spatiales" dont chacune ne ferait qu'augmenter indéfiniment le nombre de ces débris... que Fi et son équipe s'échinent à récolter. Au final, en cette année 2078, le vaisseau futuriste (moteur à fusion nucléaire) arrive en vue de Jupiter au terme de son long voyage aller...

 

Bien entendu, je ne vous ai pas raconté tout ce qui se passe dans ce magnifique millier de pages. Un fier morceau de bande dessinée, mais pas excessivement bavard. Je pense que si on s'amusait à retaper la totalité des textes (ce que je n'ai pas fait!), on n'en tirerait que quelques dizaines de pages... Alors je n'ai aucune difficulté à respecter la règle qui exclue expressément les bandes dessinées ("ouvrages graphiques") des challenges estivaux sur de gros bouquins.

Comme dit plus haut, c'est grâce à Kiriitiblog que je l'ai découvert très récemment, et je l'en remercie, même si elle a un avis beaucoup plus mitigé que le mien. Tampopo (blog Les blablas de Tachan), qui l'avait lu lors de la parution initiale, l'a davantage apprécié lors de sa relecture quelques années après (bonne idée, cette rubrique de re-présentation). Noctenbule a fait quatre articles sur les quatre tomes (j'ai hésité à faire pointer mon lien vers le 1er ou le 4e...). Le blog d'Angelakoala (dernier billet en 2023) en avait parlé aussi (en 2015, lors de la sortie de l'Intégrale, avec quelques pages d'extraits), ainsi que La barmaid du bar aux lettres (en 2021). Je rajouterai d'autres liens si j'en trouve "au fil de l'eau". Comme le billet de Sorbetkiwi en 2014 sur son ancien blog (merci!).

Ce manga peut participer au challenge marsien, mais aussi au 12e challenge de l'Imaginaire organisé par Tornade, et au XVe challenge Summer Star Wars Ahsoka de Lhisbei (space opera peut-être plus si éloigné?). 

 

PS: YUKIMURA Makoto est aussi l'auteur de Vinland Saga dont il a commencé la publication en 2005. Depuis 2009, 27 tomes sont parus en France pour cette série toujours en cours (je ne les ai pas encore tous lus). Le tome 28, sorti en juin au Japon, devrait paraître en décembre en France (la publication française avait déjà rattrapé la publication japonaise en 2017). 

19 août 2024

Les oubliés de Vulcain - Danielle Martinigol / Flora, l'inconnue de l'espace - Pierre-Marie Beaude

Décidément, en cette période estivale, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) retombe en enfance... Un effet (déjà?) de mes 6 (six!) décennies? Voici une micro-chronique sur 2 (deux!) petits "poches" jeunesse que je n'avais jamais lus, achetés chinés dans les bacs avant-hier, à 50 centimes pièce (et j'ai manqué de réflexe: j'avais droit à un troisième gratuit - "3 pour 1 euro" - ...si j'avais fait l'effort d'en sortir un 3e du même bac)! Mais j'avais choisi ces deux-là à cause de la possibilité qu'ils puissent contribuer au 12e challenge de l'Imaginaire organisé par Tornade, au XVe challenge Summer Star Wars Ahsoka de Lhisbei (et peut-être à mon propre challenge marsien) et, lecture faite, c'est bien le cas (en ce qui concerne le challenge marsien, pour un des deux seulement)... Autre facteur commun: deux auteurs français, ayant tous deux fait carrière dans l'enseignement.

Danielle Martinigol, Les oubliés de Vulcain, Le livre de Poche jeunesse N°541,
1996 (copyright Hachette 1995), 189 pages
Pierre-Marie Beaude, Flora, l'inconnue de l'espace, Castor Poche Flammarion N°184,
1987, 148 pages

 

La "présentation de l'auteur" en début de livre m'a appris que Mme Martinigol "s'efforce, sur fond de réflexions écologiques, de respecter la règle des trois A: Aventures, Amour, Ailleurs...". Dans Les oubliés de Vulcain, dans un univers, jamais daté, où l'humanité a conquis trente monde (les 30 premières planètes d'Asimov?), Vulcain et ses volcans sont la "solution" au problème des déchets: ceux-ci sont précipités dans ceux-là... par des "boueux", qui vivent sans espoir de jamais la quitter sur cette planète en orbite autour de l'étoile double Albiréo. Le héros, Charley (C.H.A.R.L.E y) apprend fortuitement, le jour de son 15e anniversaire, dans "l'usine" qu'il n'a jamais quittée de sa vie, qu'il en est un produit, un "prototype génétique"... D'où choc psychologique, révolte et fugue... dans un conteneur de déchets quittant la terre, emmené par un vaisseau spatial. Sur Vulcain où (évidemment) il se retrouve, il découvrira un continent unique, un système de deux castes parmi la population, l'amour... Il s'apercevra aussi que sa constitution unique lui permet de résister aux conditions terrible d'existence: récupérer et trier les déchets avant que les conteneurs qui tombent du ciel sur les flancs des volcans ou à leur pied y soient précipités dans la lave entre deux éruptions, maladie chronique ou mortelle que tous attrapent à plus ou moins long terme. Y a donc plus qu'à... Par bonheur, la Confédération des Trente Mondes est gérée, tout ce qu'il y a de plus démocratiquement, par une Assemblée de 5000 membres dont chacun a le droit (jamais utilisé...) de donner une fois par an la parole à un [simple] citoyen de sa planète. C'est gentil et ça se lit très vite. Comme je l'ai dit, pas de dates, d'explications techniques sur les voyages spatiaux... ni de mention expresse de la planète Mars.
En "bonus", je me suis senti doucement voyeur en découvrant qu'il s'agissait manifestement d'un cadeau de fin d'année offert par la Caisse des écoles de la mairie de M. et dédicacé par 10 condisciples à la jeune F.L. en fin de 5e... certaines des copines espérant qu'elle passera à la rentrée suivante une bonne "prochaine année", et en particulier "que ton aventure avec G. aura avancé et peut-être que tu..." [sic!]. Je me suis demandé comment un livre pareil a pu se retrouver sur le marché de l'occasion (bon, il est vrai, au bout de près de 30 ans). Pauvre G...
Wikip' (consulté ce 18 août 2024) m'a appris que le nom d'Albiréo a été officialisé en 2016 pour désigner Beta Cygni (à 400 années-lumière de la terre), mais qu'aucun système planétaire ne semble y avoir (encore) été détecté... L'auteure a publié, en 2010, un C.HA.R.L.Ex que je lirai à l'occasion. 
Voir aussi La bibliothèque de Glow

 

Dans mon second livre du jour, Flora, l'inconnue de l'espace, il est question de tourisme spatial, et presque de "tourisme équitable" (si je puis me permettre de faire un rapprochement avec ce qui se passe sur terre). Ici, en 2100, Mars est nommé... parmi les destinations des "vaisseaux de croisière" permettant aux riches oisifs (comme la tante du héros) de "voyager" de planète en planète (Vénus, Jupiter ou... "Mars, la Venise de l'espace"), en y séjournant seulement dans des stations spatiales (équivalent à des "hôtels de luxe") en toute indifférence par rapport aux lieux ainsi "vus". Notre jeune touriste, Jonathan Silenius, 17 ans, préfère, lui, "partir sac au dos"... Enfin, avec les moyens du temps: un véhicule interplanétaire de location qui, à partir d'Uma, la station orbitale de la lune, lui permet de visiter tranquillement un astéroïde après l'autre... sans prétendre aller jusqu'à Mars, tout de même hors de portée de son petit "Trap" (?). Rien à signaler, à part une rencontre sur "Aster 5030" avec une dangereuse "vispa de l'espace", qu'il a bien entendu les moyens de tuer (ce qu'il fait sans hésitation) avant de se faire agresser. Ensuite, par l'intermédiaire de son ordinateur de bord (Double Zéro"), c'est la fameuse Flora qui va prendre l'initiative de le contacter (contrevenant aux règles de sa propre civilisation d'éviter tout contact avec ces terriens belliqueux et bien moins avancés technologiquement comme psychologiquement...). Toujours les trois A... Et toujours de l'optimisme sur la bonté finale de l'humanité. 

Ce que ne révèle pas la "présentation de l'auteur" dans le livre mais que l'on trouve grâce à wikip', c'est que M. Beaude a été ordonné prêtre en 1966 (ce livre de 1987 semble avoir été sa première oeuvre de fiction), a quitté l'église catholique et pris sa retraite universitaire en 2007 et désormais "consacre entièrement [s]on temps à l'écriture, en totale liberté, dans les domaines de la recherche et de la fiction.

... Et, pour ma part,  je suis content parce que, pour une fois, j'ai mis encore moins de temps à rédiger mon billet (en deux petites heures nocturnes) qu'à lire ces livres pleins de bienveillance et, heu, d'espérance (pourtant nettement plus vite que les 60 pages à l'heure qui sont ma cadence habituelle)!

15 août 2024

Dead Stars - Benjamin Whitmer

Que dire de ce roman, Dead Stars de Benjamin Whitmer (Edition Gallmeister, 590 pages)? Que c'est le premier que je lis de cet écrivain et je pense qu'il sera le dernier. Quelle noirceur et que c'est long. L'histoire se déroule de nos jours dans le Colorado, dans la ville de Plainview où est implantée une usine de plutonium dirigée par l'entreprise Stonewall, l'unique employeur de la ville ouvrière. Hack (Howard) Turner, employé de l'usine vit seul avec sa fille Nath (17 ans) et son fils Randy (14 ans). Il a un frère cadet, Whitey et il a encore son père Robin. L'intrigue se passe sur trois jours, entre le 7 septembre au soir et le 10 septembre 1986 au soir. Ronald Reagan est président des Etats-Unis. En fin d'après-midi du 7 septembre, Randy, parti en vélo avec des copains ne revient pas et Nath commence à s'inquiéter. Elle prévient son père. A partir de là et pendant trois jours, presque heure par heure, on suit les pérégrinations de Hack, de Nath, de Whitey et même de Robin pour retrouver Hack. On ne sait pas ce qui est arrivé à ce dernier et même la police qui a été prévenue ne semble pas très efficaces. Nath n'arrête pas de fumer des joints et de boire de la vodka, Hack est désemparé de son côté. Petit à petit, on se rend compte que cette famille Turner n'est pas bien vue par le reste de la ville car Hack a parlé à un journaliste à propos d'un accident survenu dans l'usine de la ville. On suit les déambulations et les pensées des protagonistes mais rien n'avance vraiment. L'écrivain décrit une Amérique des laissés-pour-compte et où la vie humaine ne vaut pas grand-chose. Même si je conçoit que cette Amérique existe, tout cela n'est pas très gai. À vous de voir. Lire les deux billets de Shangols et d'Actu du noir nettement plus positifs. 

Ce roman peut faire partie du challenge "Pavés de l'été 2024" de Sibylline.

 

10 août 2024

Trois livres sur des bateaux

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) continue mes "mises à flot" dans le cadre du challenge Book trip en mer de Fanja. Cette fois-ci, j'attaque la catégorie "livres de jeunesse", avec des romans d'aventures (tous trois anglo-saxons) plutôt orientés "jeunesse" (éditions illustrées) qui rentrent aussi dans le cadre du challenge 2024 sera classique aussi de Nathalie (ces oeuvres étaient déjà bien vieilles quand j'étais moi-même jeune...). Pour la petite histoire, j'ai déjà raconté que je passe régulièrement devant la "bibliothèque partagée" du hall de dasola qu'elle vous avait présentée naguère. Il m'arrive d'y "injecter" des livres que je connais comme m'ayant plu quand je les avais lus autrefois, il y a en général plusieurs décennies (et aujourd'hui livres le plus souvent spécialement chinés à prix ultra doux quand je suis tombé dessus par hasard). Ayant remarqué que deux de ceux que j'avais déposés y étaient revenus (après s'en être absentés), je me suis dit que, finalement, j'en ferais bien un billet. Quant au troisième, je l'ai acheté chez un bouquiniste. J'ai tâché d'organiser leurs tranches en un "podium" qui reflète mes préférences. 

1/ Daniel Defoe, Les pirateries du capitaine Singleton, 1720 (1ère édition en anglais),
trad. Maurice Dekobra, Société nouvelle des éditions G.P., 1964, 251 pages
2/ Fenimore Cooper, Le corsaire rouge, 1827 (1ère édition en anglais),
adapt. Gisèle Vallery, ancienne librairie Fernand Nathan, 1942, 189 pages
3/ Jerome K. Jerome, Trois hommes dans un bateau, 1889 (1ère édition en anglais), "spécialement adapté" pour la Bibliothèque Rouge & Or, Editions GP, 1953, 191 pages

 

Je propulse en première place Les pirateries du capitaine Singleton, une oeuvre de Daniel Defoe beaucoup moins connue ou attendue qu'une autre... (meuh non, je ne songeais pas au Journal de l'année de la peste ni à Moll Flanders!). N'en ayant même jamais entendu parler jusqu'à maintenant, je remercie d'autant plus Fanja de m'avoir fourni le prétexte de la découverte (acheté à 2,50 euros lundi dernier)! Présenté comme des souvenirs (une autobiographie), ces pages narrent "en toute candeur" les aventures d'un Anglais "enfant volé" (à deux ans!) devenu gamin ballotté ici ou là, puis mousse, capturé brièvement par des Barbaresques, puis formé comme jeune marin portugais sans foi ni loi dans l'Océan Indien avant de tourner mutin et abandonné avec une vingtaine d'autres (matelots, charpentier, forgeron...) sur une côte de Madagascar (p.18). S'ensuivent, après avoir pu construire une embarcation grâce à une épave hollandaise et pu toucher la côte Est de l'Afrique, une traversée fort aventurée, à pied et en troupe, de tout le continent jusqu'à la côte Ouest, confrontés aux indigènes mais accumulant un fabuleux butin en cours de route (orpaillage...). Retour en Angleterre, fortune largement faite... mais il la mange en deux ans et n'a plus rien en l'an 1696 (p.147 - moins de 25 ans avant la parution du livre...). Il s'embarque alors pour Cadix à bord du Croiseur. p.148, avec quelques "camarades", il rejoint un autre navire (non nommé), dont l'équipage s'est mutiné, dans le but avoué de devenir pirate (sous les ordres d'un matelot, devenu le Capitaine Wilmot), vers les Indes occidentales (le continent américain...). "Quinze mois" puis "deux" ans passent en quelques lignes... D'autres navires sont capturés, "Bob" monte en grade et en commande un... puis, p.152, il rencontre un ex-médecin avec lequel il restera indéfectiblement lié jusqu'à la fin de ses aventures. Des Antilles à l'Océan indien, s'ensuivent des années de vie maritime entre capture de navire, traite des nègres (trouvés par hasard dans un navire à la dérive... dit-il), et opérations commerciales plus ou moins louches. Les équipages des navires attaqués ne sont pas tués systématiquement mais seulement si indispensables (éviter de trop provoquer l'Angleterre, fort capable d'armer un navire en guerre pour aller chercher, traquer, capturer et pendre de trop célèbres pirates). Le butin consiste parfois en or et argent monnayé ou "au poids", mais souvent en marchandises de plus ou moins de valeur (jusqu'à des perles, soiries, épices, ...) qu'il faut vendre (dont il faut "trafiquer") en s'adressant à des marchands parfaitement informés de l'origine "pas très catholique" des marchandises. Tout le monde y trouve son compte, à condition de ne pas se tromper de ports ni de nationalité des acheteurs. Defoe semble s'être bien documenté. Il n'a sans doute pas lui-même vécu certaines de ces aventures, peut-être a-t-il "confessé" quelques véritables aventuriers (comme l'a fait London au Klondike)? Même si ce roman a été écrit en 1720, lorsqu'il y était question de recherche d'or (en Afrique), j'ai cru y retrouver les techniques d'orpaillage alluvionnaire si bien décrites par London quelque 180 ans plus tard pour le Klondike (neige et glace en moins chez Defoe). Bref, fortune (de pirate) faite, il ne reste plus qu'à fausser compagnie au navire pirate (à Bassora, dans le Golfe!) sans éveiller les soupçons, puis, après quelques détours par Alexandrie puis Venise, à réussir à se faire oublier en Angleterre, en y épousant une charmante veuve déjà pourvue de 4 enfants (et soeur de William) dans les 10 dernières lignes du livre.

Les femmes sont fort peu présentes dans cet ouvrage, à part au début (celles qui se passent de main en main l'enfant), ou quand sont évoquées les femmes indigènes" avec qui, régulièrement, fricotent un peu trop les matelots, ce qui a le don d'énerver les "sauvages" (je ne suis pas certain qu'il soit question de consentement...). Les illustrations sont de Jacques Pecnard. 
Menon l'a plus survolé que lu (en version intégrale).

 

De Fenimore Cooper, on connaît surtout Le dernier des Mohicans, et éventuellement les autres titres de l'histoire de Bas-de-cuir (l'un des surnoms du héros, Nathanaël Bumppo, qui apparaît dans au total cinq livres publiés entre 1823 et 1841). On ne sait pas forcément que l'auteur, né en 1789, avait été marin dans sa jeunesse (de 1806 à 1811).

Le livre débute en octobre 1759 à Newport (Rhode-Island, Nouvelle-Angleterre). Le héros principal est le jeune Wilder, officier de marine compétent, cependant que "Le corsaire rouge" ne se dévoile pas tout de suite. Dans ce roman sans temps mort, on navigue beaucoup (la jeune passagère Gertrude n'est pas indifférente à Wilder), à bord de différents navires qui se fuient, affrontent une tempête, s'y perdent, coulent... Il y est question de corsaires sinon de pirates (il n'est pas dit que le fameux "corsaire" soit nanti d'une "lettre de course"), d'infiltration chez l'adversaire sous fausse identité, de faux pavillon et même de travestissement. Mais on y trouve aussi en trame de fond des histoires de famille quelque peu embrouillées (je n'ai pas trop réussi à dresser un arbre généalogique, et je ne jurerais pas que le dénouement final n'implique pas une certaine part de consanguinité!). Le livre s'achève dans les années 1780, au seuil de l'indépendance américaine, pour laquelle Le corsaire rouge s'est racheté en luttant contre les Anglais... 

Ce livre a été édité en 1942, à un moment où les Nathan père et fils avaient dû renoncer à la direction de leur Maison sous la pression de Vichy puis des Allemands (les éditeurs français qui avaient accepté d'assurer la direction de l'entreprise la rendent aux Nathan le jour de la libération de Paris). Je ne sais pas quel est l'illustrateur anonyme dans cette édition de 1942 (peut-être Joseph Kuhn-Régnier, mort en 1940, qui a illustré plusieurs dizaines de titres des Contes et légendes chez Nathan?). En page 2 figurent 35 autres titres de cette collection "oeuvres célèbres pour la jeunesse", notamment Le dernier des Mohicans, mais aussi (par exemple...) L'île au trésor (Stevenson), Voyages de Gulliver (Swift), Robinson Crusoé (Defoe) et Robinson suisse (Wyss). 

C'est le seul de mes trois livres du jour dans lequel il est un peu plus question de la seconde moitié de l'humanité (ou de la première, voire de la meilleure - je ne veux vexer personne!).
Isabelle (Ribambelle d'histoires) l'avait chroniqué l'an dernier.

 

 

Un livre des années 1950 sans sa jaquette, c'est tout de suite moins "sexy" (c'est elle qui portait titre et illustration). J'ai donc photographié aussi les pages intérieures correspondantes. Maintenant, comme chacun sait (comme savent tous ceux qui ont lu Trois hommes dans un bateau de Jerome K. Jerome), cet ouvrage ne porte pas sur la navigation en mer. Entre trois amis, il n'est question de voyage en mer (p.10) que pour s'y opposer: remontons plutôt la Tamise (fleuve), et à nous le canotage, ses plaisirs et ses joies. Jerome K. Jerome enfile (comme des perles) déroulement de l'épopée fluviale (avec diverses étapes, campements, pluie...), anecdotes et digression (accrochage d'un tableau, transport d'un fromage de Liverpool à Londres, [més]aventures anciennes et diverses remémorées au fil de l'eau...). Il y avait un certain temps que je n'avais plus lu Trois hommes dans un bateau (et jamais dans cette édition), et j'ai eu une impression de traduction (non signée, mais "spécialement adaptée...") un peu fade par rapport à celle que j'imagine avoir lue antérieurement dans les tréfonds de ma mémoire. Voici celle d'un des morceaux de bravoure: la lutte désespérée, en pique-nique, pour ouvrir une boite d'ananas au sirop en conserve sans ouvre-boite: 
"(...) Alors nous perdîmes la tête. Nous portâmes cette boite sur la berge. Harris alla chercher une grosse pierre, je retournai au canot dont je rapportai le mât, et George tint la boite et Harris posa sur le couvercle l'extrémité aiguë de sa pierre, et je pris le mât que je levai et, rassemblant toutes mes forces, je l'abattis.
Ce fut le chapeau de paille de George qui lui sauva la vie, ce jour-là.
"

J'avais en tête quelque chose d'un peu plus vif comme: "(...) quant à moi je brandis le mât, je visai, et pan!, je frappai. Ce fut le chapeau de George qui, ce jour-là, lui sauva la vie." 
Mais peut-être s'agit-il d'un "faux souvenir"?

Quoi qu'il en soit, on comprend avec l'humour pince-sans-rire de l'auteur que l'aventure a été moins reposante que prévu, et le retour au foyer est quelque peu honteux. Après un bon repas, le mot de la fin est: "Je bois à la santé des trois copains délivrés du canot" (sans compter le chien).

Je n'ai lu, à ce jour, aucune des autres aventures des "Trois hommes" disponibles en français (... en Allemagne / en balade / sur un vélo), il est vrai beaucoup moins connues (si j'ai bien compris, il s'agirait de différentes traductions d'un seul et même ouvrage, Three Men on the Bummel?). Un prochain objectif?

 

Dasola m'a en tout cas bien expliqué qu'elle ne connaissait pas cette littérature et qu'il s'agissait de livres "pour les garçons". 

 

Je savais que différentes éditions "poche" de Trois hommes dans un bateau existaient, mais je pensais les deux autres titres peu accessibles. J'ai eu le plaisir de découvrir que l'on trouve désormais Le corsaire rouge en Folio classique et Daniel Defoe dans la Pléiade (le tome 2 contient notamment Vie du capitaine Singleton). 

7 août 2024

Cabu, premier écolo de France! - HS Charlie Hebdo

Cette fois-ci, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais parler, dans le cadre de mes "billets-hommages du 7" Charlie Hebdo, d'un "hors-série" trimestriel de l'hebdomadaire que j'ai récemment acheté en kiosque (et a priori toujours en vente). Il s'agit d'une "compilation thématique" de dessins de Cabu, que j'étais loin de connaître tous. 

Cabu, Premier écolo de France, Hors-série N°31H, juin-août 2024. 9,50 euros, 80 pages

 

J'y ai compté 180 dessins (couv' et 4e de couv' compris). L'année de parution est indiquée pour chacun. À côté du sommaire figure la mention: "La  majorité des dessins présentés dans ce hors série ont été publiés dans Charlie Hebdo". Mais le seul "rédactionnel" consiste en l'édito de Riss, expliquant par exemple qu'au début des années 1990, les climato-sceptiques constituaient un motif des rares colères de Cabu. J'aime bien ce dessin de couverture, où le "cri" utilise les mains en porte-voix et non pour se boucher les oreilles, et où le "danger" dans le dos ne vient pas d'un coucher de soleil aux couleurs volcaniques mais d'une bagnole noirâtre!

Parmi ces dessins dont le plus ancien remonte à 1971 et les plus récents à 2014 sauf erreur de ma part, figurent donc aussi bien des dessins de presse des années 1970 (dans Charlie première série) que des caricatures plus politiques, des reportages ou des couvertures, des coups de gueule comme des "coups de patte" plus ou moins tendres, et parfois plus récents. Quelques dessins valant mieux qu'un long discours, en voici quelques citations pour vous donner envie de vous fendre d'investir dans ce Hors-série!

p.69, j'avoue que le dessin ci-dessus et sa date sont une énigme pour moi: en 1981, l'hebdo Hara Kiri existait-il donc encore? A-t-il été relancé à un moment ou un autre? Quand s'est passé le combat contre les centrales nucléaires? Quelle était la position de François Mitterrand?

p.7. Excellent! Le grand remplacement... du transat en double, à l'époque?

p.21: c'était avant que Zizou pique son coup de tête, avant que l'Abbé Pierre... mais j'y reviendrai un jour. Était-ce avant que les Français préfèrent - pour un temps - le diesel?

 Qui, en 2024, se rappelle encore le Grenelle de l'environnement (p.41)?
C'était avant le retour attendu de la "guerre de haute intensité" et le "réarmement du moral de la nation" qui semblent aujourd'hui davantage motiver les "responsables politiques"...
C'était en 2007, il y a désormais 17 ans!

Un dessin qui m'a fait rire (je sais, c'est pas gentil...), p.46

Dessin de l'an 2000... À 95 ans désormais, catégorie "super-vétéran", ça aurait de la gueule, non? (p.75)

On peut y suivre l'évolution de son personnage emblématique "Mon beauf" au fil des décennies (1979 en haut à droite, 1998 en bas à gauche, pp.46-47). Les années passent, les actualités télévisuelles et les thématiques restent (de tels dessins seraient tout aussi parlants aujourd'hui).

 

Comme souvent avec les "compil" de Charlie Hebdo, je reste sur ma soif inétanchée d'informations sur le contexte historique de chaque dessin... qui sont tous copyright Véronique Cabut, bien entendu.

*** Je suis Charlie ***

5 août 2024

L'hypothèse de Copenhague - Oscar Caplan

Si vous trouvez que ce roman policier de 862 pages est un peu long, lisez les cent dernières pages et vous aurez en gros compris l'intrigue de l'histoire. L'hypothèse de Copenhague de l'italien Oscar Caplan (Rivages / Noir, 862 pages) se passe de nos jours entre le Vatican, Paris et le Louvre, Londres, la Grèce et vers la fin en Arabie Saoudite avec une incursion dans le passé pendant la période pharaonique en Egypte, au temps d'Amenothep IV, devenu Akhenaton, adorateur du disque solaire. Ce pharaon faisait partie d'un courant à l'origine des religions monothéistes. Et c'est justement l'un des sujets du roman, car l'histoire commence avec l'"accident" de voiture du cardinal Vanko Saint-PIerre, qui avait un rendez-vous avec le pape. Dans sa serviette, son frère Théo Saint-Pierre retrouve des parchemins et des notes qui n'ont pas grand sens. Théo travaille au Louvre en tant qu'égyptologue. Et de fait, il se met à enquêter sur la mort suspecte de son frère Vanko, qui aurait pu faire des révélations qui auraient remis en cause des religions  comme le catholicisme. Parmi les adversaires de Théo, on trouve entre autre un prélat espagnol Mgr Guzman, une des têtes de l'Opus Dei et une société secrète, le groupe Bilderberg. Le roman traite aussi de l'Exode dans la Bible et de Moïse, et pas mal de physique quantique. Même si le roman se lit bien, il est un peu long mais je ne regrette pas ma lecture qui m'a appris des choses, dont le fait qu'il y a des volcans en Arabie Saoudite, et qui expose des théories pas totalement farfelues. Jean-Marc Laherrère en a dit du bien. 

 

Ma lecture rentre dans les challenges "les pavés de l'été 2024" de la petite liste et "les épais de l'été 2024" de Ta de loi du cine. 

 

3 août 2024

Terra formars - Tachibana Kenichi & Sasuga Yû

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais (comme souvent) enfoncer une porte ouverte en remarquant que "la presse" nous abreuve, en ces temps de performances, des récits de l'étude menée sous l'égide de la NASA ayant consisté à faire vivre quatre personnes durant 378 jours, dans un environnement et des conditions de vie similaires à celui d'une expédition martienne (espace restreint, caractères devant s'accommoder d'une durable promiscuité, communications avec les proches soumise à délai...). D'autre part, IRL ("dans la vraie vie", et non dans la fiction), nous ne sommes peut-être plus qu'à quelques années d'un retour humain sur la lune, présenté comme un préalable indispensable à la fameuse expédition martienne pour laquelle on ne nous donne pas vraiment de date. Je n'ai pas réussi à retrouver l'information de ce qui nous était "communiqué" début 2007, il y a 17 ans et demi, au moment de la création du présent blog... mais en tout cas, en 2004-2005 (Georges W. Bush étant Président des E-U), un retour sur la lune était prévu pour 2019-2020, prélude (déjà) à un futur voyage humain vers Mars. Aujourd'hui (2024), la mission Artemis III vers la lune est prévue pour 2026.

Après cette longue introduction, place à l'oeuvre "de fiction" que je chronique aujourd'hui, inscrite à mon challenge marsien, au 12e Challenge de l'imaginaire proposé cette année par Tornade, et au XVe Summer Star Wars du RSF blog (Lhisbei).

L’argument initial du manga Terra Formars (Tachibana Kenichi [dessin] & Sasuga Yû [scénario], 22 tomes parus en France chez Cryunchyroll) a tout pour prendre place dans mon « challenge marsien » : à la toute fin du XXVIe siècle [en 2599…], les humains de la terre s’apprêtent à explorer Mars, dont la « terraformation » a été entamée cinq siècles plus tôt, par l’envoi d’un lichen et d’un insecte. Leur vie en symbiose était censée engendrer suffisamment de rétroactions positives pour changer, à long terme, le biotope de la planète rouge, effectivement devenue verte. Mais l’accueil de ces premiers (?) « marsonautes » humains est plutôt réfrigérant!

 

Ayant trouvé (d'occasion) à acheter les deux premiers de la série (T.1 sorti au Japon en 2011 et en France en 2013), avec ce "Pitch" qui n'était pas inintéressant, j'ai emprunté les 20 suivants en bibliothèque (le T.23 vient tout juste de paraître au Japon). Je viens de finir de les lire. Alors... comment dire? Ce n'était pas une série pour moi (telle que je les aime). Qui sont donc les fameux "terraformars"? Aucune des couvertures ci-dessus n'en montre un. En voici un échantillon ci-dessous (T.1, p.28-29)!

En voilà des cafards! À peine un demi-millénaire sur Mars, et les voilà devenus humanoïdes d'apparence. La massue que l'un d'eux porte donne une indication du "climat général". Le mot "climax" (permanent) est tout autant approprié. Le tome 1 voyait le retour piteux sur terre de deux survivants terriens sur 15 (oui, je spoile... mais si peu!). Le T. 17 voit la fin de la seconde partie... avant de rebooter. 

 

Je dois me rendre à l'évidence: ici, l'existence de la planète Mars n'est guère que l'argument de départ, un prétexte pourrait-on dire. L'histoire pourrait se dérouler sur n'importe quelle planète, réelle ou imaginaire. C'est l'affrontement "à mort" de deux civilisations (?) que tout oppose, les Terriens versus... (on a lu cela cent fois en SF). Mais tout au long de ces dizaines de tomes, c'est la "baston" qui prime. Des images de "bagarres" somptueuses, qui raviront les amateurs du genre. 

 

Les techniques de "terraformation" ayant donné le "la", tout l'argument du manga repose sur les biotechnologies, les possibilités de greffes, sur des humains déjà pré-sélectionnés, de caractères animaux (insectes essentiellement mais non exclusivement) voire végétaux (dans une moindre mesure). Ces caractéristiques leur servent dans un seul but: en faire de meilleurs combattants, plus forts, plus efficaces, plus résilients (capables de régénérer tout ou partie de leurs membres ou organes, voire même de ...survivre à leur mort), les transformant (temporairement, après piqure) en des sortes de "super-héros". Il y a de temps en temps des pages très érudites qui vont insister sur le caractère animal et l'aptitude acquise (vitesse, filature de soie, force en proportion de la taille, etc.) à partir d'animaux dont, je crois, fort peu seraient imaginaires (est-ce même le cas?). Cela, c'est pour les terriens. Et les antagonistes?

 

Quid de l'apparition et du développement des fameux "terraformars"? Ils apparaissent de plus en plus forts au fil de leurs contacts successifs avec des terriens. Quelqu'un les a-t-il créés ou les manipule-t-il? Distillées au fil des tomes, on a droit à quelques explications "comment?" souvent très pointues, mais les explications "pourquoi?" de leurs actions sont elliptiques, voire cryptiques. Des hypothèses sont émises, mais les terraformars eux-mêmes ne les ont (encore) aucunement validées. Il faut préciser que tout ce qu'ils disent, c'est "sgouich, sgouich"! 

 

Le scénario du manga est un joyeux (?) patchwork de baston (mais je préfère les bagarreurs de rue de Holyland), de géopolitique (ma préférence va aux politiciens et décideurs de différentes nations de Sanctuary), de stratégie (alliance et contre-alliances [les ennemis d'hier sont les alliés de demain - ou le contraire - ou inversement - c'est ça!]), mais j'aime mieux ce que je connais de Heat et de ses clans mafieux... Les "grandes puissances" du XXVIIe siècle (le Japon, les États-Unis d'Amérique, la Chine, l'Allemagne dans une moindre mesure...) coopèrent par-devant et se font des entourloupes par-derrière, pour chacune tirer la couverture à elle (trahisons, mensonges... et anticipation). Les intrigues deviennent de plus en plus complexes et tordues au fur et à mesure que la saga avance, avec en permanence des "bagarres" qui vont crescendo, des trahisons, retournements, surenchères continuelles, en une trajectoire partant du réalisme pour aller vers l'incroyable... voire le tout et n'importe quoi. À partir d'un certain moment, à chaque fois que deux super-combattants s'affrontent, leur combat est porteur d'enjeux planétaires... (ah oui, je vous l'avais pas dit? Dans la troisième partie, ils ont débarqué sur terre, les "terraformars..."). Bon, je reconnais qu'à la douzième fois, sans que rien n'avance, ça commence à devenir lassant (pour moi), la baston pour la baston... On ne sait toujours pas comment cela va finir (si cela va finir?). J'avoue que, pour ma part, j'aime bien la SF ayant un commencement, un milieu et une fin (pas forcément heureuse, hein). 

 

Je me demande en tout cas si le scénariste a lu les Chroniques martiennes pour s'inspirer de leur "crescendo" initial? D'autre part, si l'on regarde les choses avec superficialité, les "100" membres" de la 3ème expédition (le gros du manga actuellement paru, jusqu'au tome 17) peuvent faire songer aux "Cent premiers" de la Trilogie martienne de Kim Robinson (eux aussi hors du commun, sélectionnés pour leurs compétences et aptitudes...). 

Tome 21 p.: Mars attaque... sur terre! En pleine poignée de mains, que l'on pourrait espérer enfin "pacifique", entre "dirigeants"... 

 

J'ai trouvé quelques avis dans des blogs (liste non exhaustive, je ne m'interdis pas d'en rajouter d'autres par la suite). Glob (blog Le critique, dernier billet en 2020) avait chroniqué le T.1 en 2016. Broyax est quelque peu déçu par la série. Constantin avait présenté les six premiers tomes en 2016. Anvil (du Gaffoblog) a rédigé un bel article sur les 20 premiers fin 2017. Java (blog Une poule sur un mur) a chroniqué le tome 1 d'un "spin of". 

 

En ce qui concerne les fictions spatiales, je préfère de beaucoup Space Brothers, sans rapport (à ce jour) avec Mars, mais sur lequel j’aurai certainement l’occasion de rédiger un billet, une année ou l’autre, lorsque la publication de la série sera achevée en France… 

 

Et pour finir avec un peu plus d'humour: je n'ai pu m'empêcher de sourire lorsque j'ai découvert dans le dernier Charlie Hebdo le dessin ci-dessous, à cause de la coïncidence avec ma lecture du moment... 

Dessin de Foolz paru dans Charlie Hebdo N°1671 du 31 juillet 2024 (p.6).
Je me suis demandé si c'était une allusion au manga?

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