Le blog de Dasola
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27 juin 2026

La maison vide - Laurent Mauvignier

J'ai terminé le 22 mars dernier (2026) La Maison vide de Laurent Mauvignier (Editions de Minuit, 750 pages prenantes) avec le sentiment d'avoir lu un grand roman ample et très bien écrit avec des phrases peut-être longues mais qui se lisent sans difficulté aucune. On n'oublie pas de sitôt le destin de trois générations de femmes de la fin du XIXème siècle jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale. Nous avons, tout d'abord, l'arrière-arrière-grand-mère du narrateur, surnommée pendant plus de la moitié du roman "la préposée aux confitures et aux chaussettes à repriser" et dont on ne saura le véritable nom qu'à la page 475, au moment de son décès: Jeanne-Marie Florabelle (1860-1933), épouse de Firmin Proust, puis Marie-Ernestine, sa fille, devenu Marie-Ernestine Chichery (1885-1949) par son mariage avec Jules Chichery mort pour la France en 1916, et enfin la fille de cette dernière, Marguerite, née en avril 1913. Quand le roman commence, le narrateur est en train de fouiller la maison familiale réouverte en 1976 après qu'elle soit restée inoccupée pendant 20 ans. C'est là qu'il trouve entre autres des photos de famille et en particulier quelques photos de Marguerite découpées aux ciseaux. C'était sa grand-mère paternelle. Il y a aussi un piano qui n'a pas servi de depuis longtemps et une légion d'honneur. Le narrateur commence à nous raconter l'histoire de Jeanne-Marie et de son mari Firmin, riche propriétaire foncier en Touraine. Parents de deux fils et d'une fille, Marie-Ernestine, c'est sur cette dernière, sa "Boule d'Or", que Firmin fait reposer tous ses espoirs pour la bonne transmission de son patrimoine. Mais Marie-Ernestine n'a qu'une passion, le piano, et elle tombe amoureuse de son professeur. Pour faire avaler une pilule amère, Firmin lui achète un piano mais il oblige sa fille à se marier avec Jules Chichery, un homme de la terre, pas très riche mais qui saura s'occuper des biens de la famille. Mais quand la Grande guerre est déclarée et que Jules est mobilisé, Jeanne-Marie saura montrer qu'elle sait aussi mener les affaires familiales sans l'aide de personne. Quand sa fille Marguerite naîtra, Marie-Ernestine, qui n'aime pas son mari, reporte sa rancoeur et sa frustration sur Marguerite en s'en désintéressant. Elle ne voudra jamais, par exemple, jouer du piano devant elle. Elle lui répète "plus tard, plus tard". Cette relation mère-fille est terrible et bien décrite. On ne s'étonnera pas que Marguerite, morte à 41 ans, ait eu une vie semée d'embûches et d'humiliations. Cependant, elle aura fait un mariage d'amour avec André, même si cela ne durera pas. Le talent de Mauvignier, c'est de faire avancer son histoire par petites touches avec des accélérations. Il sait ménager un certain suspense. Car on veut savoir ce qui est arrivé à Marguerite. Le talent du romancier est de boucher les trous sur la vie de ces femmes. Et le style est magnifique. C'est un roman qui peut devenir assez vite un classique. Le prix Goncourt en 2025 est amplement mérité. 

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Grâce à ce roman que j'ai lu il y a plusieurs mois, je participe au challenge les Epais de l'été 2026 organisé par Ta d loi du cine et au challenge Pavés de l'été 2026 organisé par La petite liste/Sibylline.

 

26 juin 2026

On a tué pendant l'escale - Franz-Rudolf Falk

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'ai jamais vu le film Le paltoquet (1986), contrairement à dasola, et ce n'est donc pas sa mention en couverture qui m'a amené vers le roman que je présente aujourd'hui. Je l'ai pris en main dans un bac d'occasions il y a quelques mois (avant que s'ouvre le BTEM 3). Vérification faite, il s'agissait bien d'une escale de bateau, et non d'avion. 

Franz-Rudolf Falk, On a tué pendant l'escale, Julliard, J'ai lu Policier N°1647, 216 pages
1986 (DL 1984), copyright Julliard 1973, 1ère éd. 1945 (Philippe de Clinchamp)

 

Une bonne partie de l'histoire de ce texte est contenue dans les deux lignes ci-dessus. Franz-Rudolf Falk est l'un des pseudonymes utilisés par Philippe de Clinchamp quand il a édité dans une collection qu'il dirigeait après-guerre des romans dont il se présentait comme le traducteur de l'allemand. Je n'ai pas lu les quatre autres. 

 

L'escale, c'est celle qu'a faite, comme d'ordinaire, un bateau de "courrier maritime" qui parcourt sa ligne le long des côtes africaines pour y transporter de port en port courrier, marchandises et parfois passagers. Le port sur les côtes africaines qui sert de décor au livre n'est jamais nommé (il est présenté par l'auteur comme "une synthèse de nombreux ports africains qu'il avait hanté"). Dans ce port, quelques voiliers englués dans la vase, des cargos rapiécés... Sur les quais même, une gare et le terminus d'une ligne s'enfonçant dans les terres entre les marais et les dunes de sable pelées... (p.41: "le train du soir était parti, emportant toute la poésie des villes d'Europe dans des ballots de pacotille à l'usage des seigneurs du désert et des chefs de grandes tentes").

 

Les personnages? Ils se retrouvent tous les soirs dans un bar, pour jouer aux cartes et boire dans la chaleur humide (45° à minuit!). Outre le narrateur (dont on apprend au fil des pages que c'est un journaliste dont une partie des revenus provient du monnayage de l'orientation de ses articles et qui a dû changer plusieurs fois d'identité), font partie de ce "club" le professeur, le docteur, l'honorable commerçant en produits coloniaux (alias l'exportateur), et une belle femme, Lotte, "inquiétante et lointaine" (et d'origine indéterminée), que tous reluquent (surtout le narrateur) même si elle se veut inaccessible. On sent que la vie routinière se traîne dans ce port perdu, peut-être aussi stagnante qu'une flaque de cette pluie qui tombe chaque jour... (p.139: "la pluie s'obstinait à vouloir laver la ville. Elle s'aperçut, peu après, que c'était sans espoir. Dans une dernière bourrasque elle y renonça").

 

Arrive au bar le commissaire (p.15): il y a eu une tentative de meurtre, il a besoin du docteur. Finalement, le meurtre (dans la chambre d'un hôtel du "quartier réservé") est avéré, et un indice semble accuser une personne de notre petit groupe. On sait assez vite que le mort était un passager du dernier bateau passé (parti sans lui). Mais pourquoi est-il mort et qui l'a tué, mystère. Là commence l'enquête du commissaire, suivie avec intérêt par nos joueurs de cartes. L'énigme va se prolonger des jours, d'autres bateaux passeront au port (cargo, pétrolier arborant les pavillons produits inflammables et épidémie à bord...) et en repartiront (tandis que le remorqueur y tourne en rond).

 

Le livre dépeint tout au long l'ambiance des lieux, le jeu d'observations, de soupçons successifs et de menaces physiques qui visent tour à tour l'un ou l'autre membre du groupe, les campagnes de presse menées par l'un ou l'autre des deux titres que compte le port. Alors qu'est à quai un long-courrier, il y a un nouveau mort: un des joueurs, cette fois-ci... On ne saura pas trop quelle faute ou quelle disgrâce a exilé le commissaire dans ce trou perdu, mais il s'avèrera bon professionnel pour résoudre les mystères (prétendant - mise en abyme! - que c'est parce qu'il est lecteur de romans policiers). On aura donc assisté à un bref moment de la vie de ce port où les bateaux passent mais où nos personnages semblent englués.

 

Pour ma part, même après avoir lu le livre et obtenu la clé du mystère, je précise que j'ai bien envie de voir le film, d'autant plus que je n'ai trouvé aucun paltoquet dans le roman! Cf. chronique de L'oeil sur l'écran.

 

J'inscris ce billet pour deux challenges, le Book trip en mer (saison 3) chez Fanja, et 2026 sera classique aussi! organisé par Nathalie

 

22 juin 2026

Fox - Joyce Carol Oates

Avec Fox (Edition Philippe Rey, 837 pages intenses), la romancière américaine Joyce Carol Oates traite d'un sujet difficile, la pédophilie. Fox, c'est Francis Fox, le nouveau nom d'un certain Frank Farrell. Il s'agit d'un homme de 41 ans, professeur de littérature anglaise dans un collège mixte. Fox, qui déteste Lolita de Vladimir Nabokov, reste rarement plus d'une année dans les établissements scolaires où il enseigne. En avril 2013, il est engagé sous le nom de Francis Fox dans une école mixte privée dans le New Jersey. C'est une école prestigieuse. Fin octobre 2013, on retrouve des restes humains au fond d'un ravin, à côté de la voiture qui appartenait à Fox. Entre ces deux dates, Fox a réussi à pervertir quelques préadolescentes de douze ans (jamais plus ni moins). C'est un prédateur sexuel qui, dans son bureau fermé à clé, attire ses "chatons" qu'il drogue avec de l'ambien (un sédatif hypnotique) mélangé dans des gâteaux qui rendent ses jeunes victimes amorphes et presque endormies. Il aime qu'elles ressemblent aux filles des tableaux de Balthus dans une pose alanguie. Il offre à certaines de ces écolières un carnet sur lequel elles doivent écrire leurs pensées secrètes. Il s'en sert à son profit. Sur son bureau, Fox a un buste d'Edgar Allan Poe avec un corbeau perché sur la tête. Il faut se rappeler que Poe s'était marié avec sa cousine germaine de 13 ans, il en avait 26. Bien entendu, Fox apprécie Poe. Le personnel de l'école ne se doute de rien, sauf Demetrius, le fils d'un homme de ménage de l'école. Fox sait être charmant avec ses collègues et la directrice de l'institution. Les parents des victimes ne se rendent pas vraiment compte non plus de ce qui arrive, sauf que les filles sont perturbées. L'une d'entre elles va jusqu'à fuguer. Fox est assez psychologue pour choisir ses victimes vivant dans des familles dysfonctionnelles ou avec des parents divorcés. Qui a tué Fox? vous le saurez à la toute fin. Je peux vous dire tout de même que l'arme du crime est le buste de Poe et du corbeau. La mort de Fox est horrible, son corps ayant été dévoré en grande partie par des urubus. Mais, au moins, il ne nuira plus à personne. Un roman qui peut ne pas plaire à tout le monde mais c'est un grand roman. 

Grâce à ce roman que j'ai lu il y a plusieurs mois, je participe au challenge les Epais de l'été 2026 organisé par Ta d loi du cine et au challenge Pavés de l'été 2026 organisé par La petite liste/Sibylline.

 

17 juin 2026

Les morts d'avril - Alan Parks

Avec Les morts d'avril, je viens de terminer un des tomes de la série "Harry McCoy" d'Alan Parks paru en français. C'est le quatrième volet de la série: je les ai pour ma part lus dans le désordre. J'avais donc commencé par Mourir en juin, puis Janvier noir, puis L'enfant de février, puis Joli mois de mai, et tout récemment Bobby Mars Forever et donc j'ai terminé avec Les morts d'avril (Edition Rivages/Noir, 489 pages). L'histoire se passe en 1974, du 12 au 22 avril à Glasgow. Une bombe vient d'exploser dans un appartement. Le bilan est un mort, celui qui avait fabriqué la bombe. L'explosion de la bombe est la première d'une longue série. Harry McCoy n'est pas ravi d'être mis sur l'enquête. Il semblerait que ce soit l'IRA qui est responsable mais c'est trop simple. Comme dans les autres romans de Parks, Harry est impliqué dans plusieurs enquêtes en même temps. Il est secondé par Wattie, un policier qui est devenu jeune papa. 

Stewart, un marin Américain à la retraite, croise le chemin de McCoy. Stewart n'a plus de nouvelles de son fils qui est marin sur une base navale américain de Holy Loch près de Glasgow. Le jeune homme a disparu et Stewart demande à McCoy de le retrouver. Les deux enquêtes vont se rejoindre.

Par ailleurs McCoy qui en fait toujours à sa tête continue d'être proche de Cooper, son ami d'enfance, bien que ce dernier soit depuis longtemps impliqué dans le trafic de drogue, la prostitution et bien d'autres choses. Ils sont amis depuis l'enfance. Le roman est aussi passionnant que les cinq autres et j'espère sincèrement que Parks va continuer sur sa lancée. J'attends "juillet, août, septembre, octobre, novembre et décembre".

PS : Pour répondre à l'interrogation d'Alexandra ci-dessous, c'est bien de les lire dans l'ordre pour l'évolution des personnages principaux mais les intrigues policières n'ont pas de connexion entre elles d'un tome à l'autre.

PS2 : Pour corriger le commentaire de DocBird ci-dessous, il y a SIX tomes de parus pour l'instant et non quatre. 

15 juin 2026

La guerre des salamandres - Karel Capek

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me suis dépêché de finaliser un billet sur cet ouvrage avant de le rendre à la bibliothèque (sans plus de possibilité d'en prolonger l'emprunt...). C'est un titre pionnier dans le domaine de la science-fiction, non dénué de vision politique.

Karel Čapek, La guerre des salamandres, éditions Cambourakis, 2012, 381 pages
trad. Claudia Ancelot en 1960 (EO  en tchèque 1936)

 

Il y a déjà plusieurs mois que j'avais emprunté ce livre dont je me doutais bien, ayant lu quelques billets dessus, qu'il rentrerait dans le thème de la mer. Malheureusement, j'ai remis de semaine en semaine la finalisation du billet en résultant, alors que la lecture de l'ouvrage m'avait plu, de par la variation des thèmes, des personnages, des approches, des modes de narration... C'est vraiment un livre "multiple".

 

Cela commence comme du Jack London (îles des mers du Sud), avec des "indigènes" exploités, moyennant quelques pacotilles de faible valeur, comme main-d'oeuvre au service des "colonisateurs" dans les îles du Pacifique. En fait, c'est un peu plus compliqué que cela: le vieux loup de mer (capitaine Van Toch) qui "crée le lien" n'est pas, rétrospectivement, un personnage si antipathique... comparé à ses successeurs. Et on passe vite du "roman d'aventures" à la satire.

 

Satire sociale, avec la présentation de quelques éléments choisis de la jeunesse américaine, des "fils de famille" qui jettent leur gourme lors d'une croisière en yacht en compagnie de starlettes aux prétentions cinématographiques inversement proportionnelles à leur intelligence (désolé mesdames!). Quand elles font leur "rencontre du troisième type", elles s'avèrent (ces starlettes) moins résilientes que Vivien Leigh dans Autant en emporte le vent...

 

Satire capitaliste (assemblée générale...) lorsque, après la mort du Capitaine qui avait initié le projet de l'exploitation de la salamandre (nous y voilà!) par l'homme, il ne s'agit plus de définir le meilleur accord gagnant-gagnant entre les deux espèces (partenariat artisanal), mais bien d'optimiser la rentabilité financière de la société mise en place à l'échelle industrielle: comment entraîner l'assentiment des actionnaires (chapitre Salamandre syndicats, p.155 et suiv.) pour les investissements nécessaires?

 

Il s'agit de vendre des populations de salamandres comme main-d'oeuvre pour de gros travaux hydrauliques, ce qui est fait, nonobstant les preuves ponctuelles de leur intelligence. Les débats "intellectuels" en découlant m'ont fait songer à la problématique abordée, plus tard, dans le roman Les animaux dénaturés de Vercors (1952). En tout cas, dans La guerre des salamandres, à un moment, il se produit un "point de basculement", pour cause de croissance démographique, où l'homme sur la terre n'est plus le dominateur de la planète. 

 

Car les salamandres, dont la population s'est démesurément accrue, vont revendiquer leurs droits à un "espace vital" côtier... quitte à entamer de gigantesques travaux "contre" ce qui est notre terre ferme. Les explosifs dont les humains leur ont imprudemment appris à se servir leur servent à combattre les flottes de guerre des nations humaines. Sur notre planète, l'Homme en est réduit à devenir le plus petit dominateur commun sur terre (le pouvoir est passé sous la mer), au point que les habitants de fragments d'anciens continents temporairement épargnés se réjouissent d'être devenus îliens... En politique, cela peut symboliser le soulagement lâche de ceux que le crocodile totalitaire mangera en dernier!
Le livre se finit un peu en queue de poisson, ai-je trouvé.

 

J'ignore bien entendu ce qu'il en est dans l'édition originale ou dans d'autres éditions françaises. Mais en tout cas, l'édition Cambourakis a trouvé le moyen de rendre compte typographiquement des éléments "non-littéraires": présentation de la carte de visite du capitaine par-ci (p.45 - je crois que les maquettistes ne se sont pas foulés pour le visuel de "l'ancre de marine", reprise d'éléments "libres de droits" plutôt que création ex nihilo), extraits de journaux et/ou de rapports d'enquête avec des typos différentes et des "trous de classeurs"...  (pp.132-133)

 

 

Pour ma part, je crois que c'est dans la préface d'une oeuvre de Robert Merle lue il y a des décennies que j'avais dû voir citer pour la première fois La guerre des salamandres (sans doute Un animal doué de raison, lu et relu bien des fois mais que je n'ai pas sous la main?).

 

Le côté science-fiction justifie l'inscription de cette oeuvre au 14e challenge de l'imaginaire, organisé par Tornade. Et le côté maritime à la 3e saison du Book trip en mer de Fanja

Oh, allez, tiens, je vais aussi essayer de le faire passer pour la saison 2 du challenge Littératures européennes chez Cléanthe, dont le thème de juin 2026 est "îles". Après tout, cela commence dans une île du Pacifique, et finit alors que le continent européen est en train d'être morcelé par des "invasions de la mer"... 

Comme toujours, l'avantage de lire tardivement une oeuvre "culte" (hop, inscription au challenge 2026 sera classique aussi! organisé par Nathalie...), c'est que l'on peut citer de nombreux blogs (déjà connus ou non!) en ayant déjà parlé.

Voici une liste (non exhaustive! Certains billets mènent à d'autres...) de chroniques dénichées sur la blogoboule: Jenevelle Laclos récemment, Brumes, Patrice (et si on bouquinait), Anne-yes, Keisha, La bouche à oreille, Sacha, Le chien critique, Hugues (du blog collectif Charybde 27)Pativore a vu une adaptation théâtrale

Edit du 16/06/2026: je rajoute le lien vers Fanja qui avait chroniqué le livre il y a 12 ans sans que son billet contienne les mots "mer", "île" ou "côte"!

Edit du 21/06/2026: voici le lien vers le billet de ClaudiaLucia en 2018.

7 juin 2026

Les socialos - Wolinski

Alors que les grandes et les petites manœuvres ont commencé en vue des élections présidentielles (dans moins d'un an désormais), je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente un ouvrage que j'ai acheté récemment, d'occasion bien sûr: un vénérable recueil de dessins de Wolinski, publié en 1991.

Wolinski, Les socialos, Albin Michel, 1991, 224 pages
[selon la 4e de couv', car elles ne sont pas numérotées!]
Sous-titre: "10 ans de pouvoir en 400 dessins"

 

Dans ce gros bouquin (de format 24 x 15,5 cm), à part les textes faisant intégralement partie du dessin, il n'y a rien à lire... C'est juste juste un recueil, brut. Pas d'introduction, pas de préface. Ni références (date de parution, titre de presse de première publication...), ni mise en contexte. Les dessins sont classés comme dans un abécédaire (mais pas forcément par ordre chronologique?). La période couverte est la décennie 1981-1991 (en gros... sûrement pas après en tout cas). Des dessins à thèmes sociaux, des approches humoristiques, parfois (faussement) cyniques... Des textes et dessins complémentaires... du Wolinski, quoi!

 

Si j'ai bien compris, sur la période considérée, Wolinski a travaillé pour Charlie Hebdo (dont la première série s'est interrompue en 1982), pour L'Humanité jusqu'en 1984, pour L'Echo des Savanes, pour Phosphore aussi, je crois. Mais il me paraît difficile d'attribuer ici avec certitude tel dessin à tel titre! Selon la page "Du même auteur" en début de livre qui liste ses oeuvres, avant ce titre, Wolinski n'avait plus été édité chez Albin Michel depuis 1985 (entre 1981 et 1985, il y avait publié six albums). En 1986 et 1987, il en a publié quatre chez Denoël, puis trois aux éditions Belfond (1987-1988), et enfin trois chez Flammarion entre 1988 et 1991 (je dois en posséder quelques-uns). 

 

Ci-dessous, comme toujours quand je chronique des recueils de dessins de presse, je me permets de vous en citer quelques-uns. Je pense que mon choix surreprésente l'époque et/ou le thème de la première cohabitation (Chirac premier ministre, 1986-1988) puis la période qui lui a succédé, post-réélection de François Mitterrand (Rocard premier ministre, après mai 1988). Mon choix est subjectif, j'ai surtout apprécié des situations parfois encore savoureuses 35 ans après... (même si Mitterrand ou Rocard ne sont plus là!). Savourons!

Aux armes, contribuables! 2026, le grand réarmement?

Ici, c'était clairement l'époque de la chute du mur...

Tout s'explique: ils n'avaient pas d'intelligence artificielle (seulement la Pascaline, sous-utilisée...). 

Bah non, il en faudra bien trois...  

Aujourd'hui, c'est par tonnes entières que la Marine en intercepte, de la drogue... 

Vaste programme! Déjà, on entend le loup, le renard et la belette chanter...

Retour au cas précédent. 

Désolé, mais ce dessin m'a fait rire... (je sais, j'ai pas de coeur!).

Tout reste bon dans cette page! Juste remplacer Clemenceau par Charles... 

À l'aise, mollahs?

Déjà le capitaliste perçait sous le béret.

Visionnaire...

Le green washing ne date pas d'hier... "L'écologie, ça commence à bien faire" n'était pas encore passé par là!

Pfou... PFAS?

Juste une précision: le personnage de droite, ce n'est ni Macron ni Darmanin!

Je ne sais pas si le personnage qui parle était Tapie ou non?

La rentrée est loin de nous, et le prochain printemps encore plus...

Les deux dessins ci-dessus ont pour caractéristique d'être comme les "ébauches" de dessins de couverture de recueils. À gauche, vous reconnaissez celui utilisé pour le présent ouvrage. J'avais chroniqué C'est la faute à la société (publié en 2006) l'an dernier...

Et encore une curiosité ci-dessous, avec ces extraits de deux recueils... 

À gauche, la version en noir et blanc publiée dans le présent recueil. À droite, une version publiée dans un recueil titré Le bal des ringards (1993) en noir et blanc (et nuances de gris...), mais que je soupçonne d'avoir été aquarellée en couleur dans la publication de presse initiale (en "repasse", donc, avec quelques mini-modifications ici ou là...). Ce recueil, je le chroniquerai sûrement un mois ou l'autre aussi!

 

En tout cas, je suis resté bien au-dessous des 10% de dessins cités! Si vous voulez voir les autres, à vous de jouer.

 

*** Je suis Charlie ***

30 mai 2026

D'écume et de sang - Mireille Calmel

Le titre présenté ci-après avait été reçu (en édition grand format) il y a quelques années (2023) comme service de presse par le journal à thématique "marine" pour lequel je travaille à temps partiel. Mais ce n'est pas moi (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) qui l'avais lu et chroniqué à l'époque. Il y a bientôt un an, j'avais croisé l'édition format poche dans un bac d'occasion...

Mireille Calmel, D'écume et de sang, XO éditions, Pocket N°19043, 2023, 394 p. (EO 2022)
Mon propre exemplaire à côté de l'exemplaire reçu en service de presse par mon collègue 
(photo DLD)

 

Un peu comme Le nom de la rose d'Umberto Eco, ce roman historique se présente comme un récit écrit au soir de la vie, à la première personne. D'écume et de sang est basé sur des personnages et des faits historiques (éventuellement déjà revus au XIXe s. par la littérature romantique). Il se déroule en Bretagne (et un temps en Angleterre) dans le cadre de la Guerre de Cent Ans et plus particulièrement de la "Guerre de Succession de Bretagne". L'oeuvre est construite autour de la figure de Jeanne de Belleville (dite aussi un temps Jeanne de Clisson), une ravissante rouquine (rebaptisée au XIXe s. "la tigresse bretonne" ou "la lionne sanglante"). Nous suivons notre héroïne depuis son enfance heureuse: dans sa noble famille, sa mère lui apprend toutes les vertus - partage de la vie, des travaux et des savoirs des humbles, pratique des armes et des arts de la chasse comme un garçon, tout en conservant la partie éducative typiquement féminine. Coup de foudre pour le bel Olivier (hélas ennemi de la famille paternelle). Et puis, maman meurt, et tout change...

 

Mariée contre son gré, à un cousin rustre, par son père, elle subit deux accouchements (et ce qui précède bien entendu), ses enfants sont éloignés d'elle. Ce n'est qu'à l'occasion d'une absence de son époux qu'elle retrouve les vertus de son enfance en prenant la tête d'une chasse au loup et en poignardant en personne le chef de meute. À partir de là, le mari, n'ayant guère envie de se faire égorger, va filer un peu plus doux... 

 

Je vous passe quelques péripéties, Jeanne réussira quand même à épouser son bel Olivier de Clisson, et s'ensuivront 13 années de bonheur familial (1330-1343). En parallèle, la grande Histoire mêlée à la petite, la noblesse bretonne doit se partager (à partir de 1341) entre deux prétendants au duché de Bretagne, Jean de Montfort et Charles de Blois. Ce dernier est fortement soutenu par le roi de France, Philippe VI de Valois, devenu roi (élu par les pairs, donc surnommé ironiquement roi "trouvé) alors qu'il n'était que le neveu de Philippe IV le Bel, dont aucun des trois fils, qui ont successivement régné, n'a laissé un héritier mâle survivant à la petite enfance. L'exhumation opportune de la "loi salique" consolidera plus tard juridiquement les réticences de la grande noblesse française à passer sous la souveraineté d'un roi étranger. Pour le moment, depuis 1316, Edouard II d'Angleterre puis son fils Edouard III d'Angleterre se sont montrés de plus en plus réticents à prêter hommage aux souverains français successifs pour les fiefs que les Plantagenêt possèdent sur le continent. Et Édouard III (petit-fils de Philippe IV Le Bel par sa mère Marguerite de France) se montre ulcéré que ses prétentions au trône de France soient écartées (jusqu'au point, en 1337, de s'autoproclamer Roi de France). Heu... vous suivez toujours?

 

Bon, revenons à nos Bretons (accrochez-vous!). Le royaume de France ne peut "tomber en quenouille" (être attribué à un roi via les femmes). Or Philippe VI va soutenir comme prétendant au duché de Bretagne son neveu Charles de Blois (fils de sa soeur Marguerite)... alors que les droits de celui-ci ne lui viendraient que de sa femme (Jeanne de Penthièvre). Inversement, l'autre prétendant, Jean de Montfort, est, lui, le demi-frère (né d'un second mariage d'Arthur II) du Duc précédent Jean III, mais a pour principal défaut d'être vassal du roi d'Angleterre (et non du roi de France)! Jeanne de Penthièvre, elle, était la fille du frère cadet (mêmes père et mère) de Jean III (Guy de Penthièvre). Deux poids, deux mesures... Après cette parenthèse historique (merci Wikip' [consulté largement le 29 mai 2026]!) et contextuelle, je reviens au bouquin.

 

Le roman montre les Clisson (madame et monsieur) écartelés entre la fidélité au Roi de France et l'amitié avec les Montfort (Bretagne d'abord!). Tous ces nobles, "ennemis" ou pas, copinent entre eux... Olivier, chargé de défendre la ville de Vannes pour le Roi de France, est fait prisonnier en 1342 et emmené en Angleterre, rapidement libéré, puis attiré dans un guet-apens, emprisonné et exécuté par le Roi de France (au motif de trahison au profit de l'Angleterre). Et là, notre Jeanne voit rouge... 

 

J'avoue que le personnage ne m'a pas paru spécialement sympathique. Le roman fait la part belle aux légendes forgées au XIXe siècle. Jeanne, impitoyable guerrière, exécute par centaines, par vengeance "privée", les soldats ou les marins "ennemis", et ne manifeste guère de remords ni d'empathie quand périssent tant ses ennemis que ses propres soldats ou marins - la piétaille! Car - et c'est là la raison initiale de ma lecture! - elle aurait fait armer trois navires pour mener une "guerre de course" sous l'égide d'Edouard III contre les navires de France. Elle tue ou fait tuer même ceux qui se rendent, exécute parfois elle-même (dans le roman!) femme et enfant d'un chef vaincu... Cette partie maritime occupe (dans mon édition) les pages 261 à 312. Bon, on peut y ajouter quelques pages où le bel Olivier avait ordonné de brûler des navires français à l'ancre sur la Loire à Port-Maillard, l'un des ports de Nantes (le 19 janvier 1343? Je n'ai pas trouvé d'infos là-dessus [p.168-173]). 

 

Les 80 dernières pages du livre montrent notre lionne (ou tigresse) retrouver l'amour, et si vous voulez en savoir davantage, hé bien lisez le livre! Je n'avais jamais rien lu de Mireille Calmel, ce n'est qu'après coup que j'ai vu qu'elle a publié une oeuvre très fournie et s'inscrit dans la promotion de la "littérature de l'imaginaire". Pour ma part, durant ma lecture, j'avoue qu'il m'a semblé à certains moment lire un Harlequin, qui aurait eu pour caractéristique de se dérouler au Moyen-Âge. 

 

Quelques blogs ayant chroniqué ce titre: Isabelle-Marie Angèle (elle-même auteure), Kaika, Ninis47.

 

Bon, je sais bien que c'est en général l'éditeur, et non l'auteur, qui choisit l'illustration de couverture. Mais je me demande ce qu'aurait pensé un POM [peintre officiel de la Marine] des deux navires s'affrontant choisis pour illustrer un roman se déroulant au XIVe siècle (type de navire, canonnade, sens des voiles etc.)! 

Allez, je l'inscris tout de même pour le Book trip en mer (saison 3) chez Fanja... 

 

26 mai 2026

Bobby Mars Forever - Alan Parks / L'énigme de la stuga - Camilla Grebe

J'ai terminé ce week-end Bobby Mars Forever d'Alan Parks (Rivages/Noir, 457 pages, 2020). C'est le troisième de la série qui en compte six (pour le moment) mais c'est le cinquième que je lis. Après Janvier Noir et L'enfant de février, voici donc Bobby Mars Forever qui, à la différence des autres, ne se passe pas pendant le mois du titre mais à partir du 13 juillet 1973 jusqu'en septembre 1973 avec des retours en arrière en 1964. J'ai retrouvé avec plaisir l'inspecteur Harry McCoy qui vit toujours à Glasgow. Il est appelé sur une scène de crime dans une chambre d'hôtel. Bobby Mars, star du rock a été retrouvé mort d'une overdose. Crime? Suicide? Accident? On le saura à la fin du roman. Par ailleurs, on demande à Harry avec son adjoint Wattie d'enquêter sur l'enlèvement d'Alice Kelly, 13 ans. Glasgow est en émoi. Et à titre officieux, son supérieur Murray lui demande de retrouver sa nièce Laura qui a fugué. Comme dans les autres romans, la ville de Glasgow en arrière-plan est très présente. Le roman est haletant et Harry McCoy toujours aussi attachant. Un excellent roman comme les autres. Je viens de commencer Les morts d'avril et je conseille les deux suivants : Joli mois de mai et Mourir en juin.

 

 

 

Je passe au premier roman de la suédoise Camilla Grebe que je lis, L'énigme de la stuga (édition Calmann Levy noir, 474 pages). Le récit alterne le présent et huit ans auparavant où un drame affreux a eu lieu. L'un des deux narrateurs du roman est Lykke Andersen, éditrice accomplie, mariée à Gabriel, un écrivain à succès. Elle est la mère de jumeaux, David et Harry, âgés de 17 ans. Lors de la fête suédoise de l'écrevisse en août (j'avoue que je n'avais jamais entendu parler de cette tradition), Bonnie, âgée aussi de 17 ans, la meilleure amie des garçons est invitée pour la fête. Le lendemain de cet événement, elle est retrouvée morte dans la dépendance pas loin de la maison où vivent les parents. David et Harry étaient aussi dans la dépendance avec Bonnie. Ils sont très vite soupçonnés et mis en prison. Manfred Olsson est chargé de l'enquête. C'est lui, le deuxième narrateur. J'avoue que j'ai trouvé que l'histoire faisait du sur-place. Il ne se passe pas grand-chose sauf les trente dernières pages car seuls les deux garçons sont soupçonnés et chacun des deux rejette le crime sur l'autre. Ce qui provoque le chaos dans la famille. J'ai oublié de dire que c'est un crime en "chambre close" puisque les fenêtres et la porte étaient verrouillées de l'intérieur quand on a trouvé le corps. Le roman avec des courts chapitres et beaucoup de pages blanches aurait pu être plus court: 300 pages, c'était amplement suffisant. 

20 mai 2026

Le marin rejeté par la mer - Yukio Mishima

Voici un bouquin "gardé au chaud" quelques mois en vue du Book trip en mer (saison 3) de Fanja. Avant Le marin rejeté par la mer, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'avais jamais rien lu de cet auteur dont je me faisais d'ailleurs une image plutôt négative et sulfureuse. Il me permet en outre une participation au challenge 2026 sera classique aussi! de Nathalie.

Yukio Mishima, Le marin rejeté par la mer, Gallimard, Folio N°1147, 2005, 183 pages 
(DL 1999, trad. G. Renondeau 1975, EO 1963)

 

Au port de Yokohama d'un Japon de l'après-guerre, un gamin de 13 ans (orphelin de père), Noboru, passionné par les bateaux, convainc sa mère, Fusako (33 ans), de faire jouer ses relations pour qu'il puisse en visiter un. Elle l'accompagne à bord du cargo Rakuyo, en escale. Leur cicérone se trouve être le capitaine en second, Ryûji Tsukazaki. La nuit suivante, la mère accueille volontiers le marin dans sa chambre. Le gamin se trouve être quelque peu voyeur... 

 

Le livre est à la fois empli de détails et de descriptions, et très clair dans l'exposé des faits. On comprend vite, ou il nous est dit, que ce marin, embarqué à 16 ans à sa sortie d'une école de la marine marchande, et qui a gravi au fil des ans tous les échelons jusqu'à se retrouver officier en second, a navigué mais n'est pas ou plus satisfait de sa vie à bord. "Tandis que la plupart des hommes choisissent le métier de marin par amour de la mer, Ryûji s'était fait marin parce qu'il détestait la terre" (p.22). Malgré tout, il va repartir à bord du Rakuyo après sa brève aventure avec Fusako, à la fin de la première partie du livre qui s'intitulait "L'été".

 

La seconde partie, "L'hiver", est plus dramatique. Ryûji revient avec l'envie de fonder enfin une famille. Mais la perspective que, dépouillé de toute son aura, il se révèle seulement comme le brave homme qu'il est au fond, ne convient pas à Noboru. Ce dernier, en proie à la jalousie et à l'exaltation provoquée par la puberté (ce n'est pas dit explicitement, mais c'est ce que j'ai perçu!) et sous l'emprise du "meneur" de sa petite bande de gamins, va être amené à une terrible décision. La bande de gamins m'a fait songer à celle évoquée par William Golding dans Sa majesté des mouches. Le thé proposé par son juvénile auditoire à Ryûji pendant qu'il s'efforce de leur narrer avec pédagogie sa vie à bord sera trouvé par lui terriblement amer. "Comme chacun sait, la gloire est amère" (p.183).

 

Je ne sais pas ce que la psychanalyste Elsa Cayat aurait pu dire des homophonies en français (mer / mère / amer) pour cet ouvrage. Mishima était lui-même plutôt perturbé, je crois.

 

Alice du blog Ça sent le book avait chroniqué Le marin rejeté par la mer en 2015, Moka en 2022, Argoul en 2013 (1).  

J'ai appris que le livre de Mishima a été adapté et transposé dans un film britannique de 1976, Le marin qui abandonna la mer, de Lewis John Carlino (je n'avais jamais non plus entendu parler ni du film ni du cinéaste!).

 

(1) Edit du 21/05/2026: je rajoute les liens vers les billets d'Une comète et d'Ingannmic (cette dernière dans le cadre du BTEM 1 - merci Fanja!).

10 mai 2026

La PLAISANCE, quelle galère... - Françoise Platnic

Profitant de l'absence de la maîtresse de blog, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) poursuis "au-delà du rythme de croisière" mes participations au challenge Book trip en mer (saison 3) de Fanja. C'est la participation d'Alexandra au challenge qui m'a donné l'idée de mettre "sur le dessus de la pile" la navigation évoquée d'un point de vue féminin. Ici, la thématique maritime est envisagée sous l'angle humoristique... 

Françoise Platnic, La PLAISANCE, quelle galère..., éditions du Gerfaut, 2009, 190 pages

 

Françoise Platnic semble avoir publié en tout et pour tout trois titres, dont deux dans notre thématique: celui-ci et Les croisières, quelle galère, que je n'ai encore jamais croisé (j'ai cru comprendre qu'il s'agissait d'un livre illustré par Eve Marie paru en 2012). La plaisance, quelle galère... semble pour sa part avoir connu trois éditions (chez deux éditeurs différents). Même après l'avoir lu, je ne me sens pas capable de trancher si l'ouvrage vise bien un lectorat féminin, ou... est destiné à faire "songer" les hommes.

 

Notre Françoise s'adresse à une hypothétique Monique, qui, comme elle, aura pu être séduite par un "loup de mer"... amateur. Première invitation sur le bateau d'icelui, et premières galères (nous ne sommes pas seuls!). Mais cela peut finir par un mariage. Et là... Toutes les mésaventures du monde nous sont détaillées avec humour en 48 chapitres et une conclusion (j'y reviendrai). 

 

Alors que Monsieur n'est heureux (principalement) que sur l'eau, y consacre son temps libre et ses économies, Madame a un point de vue plus féminin sinon "terre-à-terre". Sur le bateau, la place est réduite, l'encombrement maximum, chaque chose a sa place... sauf elle. Et c'est à elle de s'en accommoder. 

 

J'ai beaucoup souri aux clichés enfilés comme des perles. Quelques extraits du chapitre 3, titré "Petit avertissement": "(...). vos petites mains manucurées, mal soutenues par des bras bronzés mais sans muscles, vous lâcheront au moment de hisser la grand voile (...). Le charmant personnage que vous pensiez si bien connaître va se transformer en un odieux individu au gré des événements. (...) Autre possibilité, changer de bonhomme et choisir un rat de bibliothèque. (...)". 

 

Et "Lorsque l'enfant paraît," un bateau n'est pas semble-t-il l'endroit le plus simple pour nourrir, changer, laver, faire dormir un nourrisson. Quand le deuxième enfant arrive, c'est l'occasion... d'acheter un bateau plus grand! Plus tard, les enfants grandissant à bord (tour du monde... ou navigation juste pour les vacances, avec ou sans copains), les angoisses ou les prétextes à exaspérations de l'épouse-mère ne diminuent pas pour autant. La mère de famille doit surveiller comme une louve de mer ses enfants à bord.

 

L'autrice aborde tous les sujets: l'accueil de port en port, les voisins de mouillage, l'invitation d'amis à bord (qui, eux, rêvaient d'un rythme de croisière, et non d'être bombardés équipiers à l'insu de leur plein gré!). Les provisions, les conditions de navigation, les avaries, où ranger tant les objets du quotidien que le matériel de survie "au cas où"... Les pannes de moteur au moment du départ (et, comme avec une automobile, la pièce est indisponible chez le "diéséliste"). L'"hivernage" du bateau "hors saison". Et tous les frais induits pour maintenir le bateau en état (de naviguer). Et j'en oublie (ou plutôt, je vous en laisse à découvrir!). 

 

"En paraphrasant une chanson célèbre vous pouvez chanter:
- j'ai mes portes qui se rouillent... / mes coussins qui moisissent... / mes rideaux qui s'déchirent / mon annexe qui s'dégonfle... / ma peinture qui s'fissure... / mon vernis qui fout l'camp... / mon plastique qui jaunit... / mon porte-monnaie qui éclate..." (p.174).

 

En conclusion (optimiste) du livre, malgré tout, durant tous les tracas de la vie quotidienne (au bureau notamment), il est exprimé que c'est bien de pouvoir rêver à un départ sur son voilier -à moteur-, comme évasion (et ça n'a pas de prix!). 

 

Bref, pour ma part (regard masculin), je me suis plutôt amusé à la lecture de cette "vision féminine", même si, de mon côté, je me suis toujours bien gardé de mettre le pied sur les Corsaires que deux de mes frères ont chacun possédé de leur côté (ils n'ont jamais navigué ensemble... Deux skippers à bord, c'est un de trop!). Oui, j'assume plutôt mon profil "rat de bibliothèque".

7 mai 2026

Histoire d'urgences - Patrick Pelloux

Aujourd'hui, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais présenter un livre que j'ai "chiné" il y a quelques mois. Il s'agit du premier recueil des premières chroniques écrites par Patrick Pelloux dans Charlie Hebdo. Alors, même s'il a quitté Charlie il y a plus de 10 ans, cet ouvrage rentre dans le thème général de mes "billets du 7" autour du journal et de tous ceux qui y ont participé à un moment ou un autre de sa longue histoire. 

Patrick Pelloux, Histoire d'urgences, Le cherche midi, 2007, 340 pages

 

À l'époque, "le docteur Patrick Pelloux tient une rubrique "Histoire d'urgences" dans Charlie Hebdo. Il est aussi chroniqueur sur I-Télévision", comme le dit la 4ème de couv'. Je sais que ce recueil a été suivi d'Histoire d'urgences 2 (2010), et d'un ultime volume titré Toujours là, toujours prêt (2015), mais je ne les ai pas (encore) lus. 

Dans sa préface du livre, Philippe Val explique comment il a contacté Patrick Pelloux deux ans avant que celui-ci "passe à l'action". Dans l'introduction, Patrick Pelloux, raconte comment, en novembre 2004, il s'est retrouvé autour de la célèbre table en "fer à cheval" de la rédaction, avant de rédiger sa première chronique. Il précise en fin d'ouvrage comment Gérard Biard, rédacteur en chef, le "cadrait" à 4000 signes. 

 

Dans le livre, un petit chapeau de quelques lignes en italiques contextualise chaque chronique. Près des deux tiers (64, sauf erreur de ma part) sont illustrés d'un dessin de Charb. Je ne peux pas, bien sûr, rentrer dans le détail des 106 chroniques (entre le 24/11/2004 et le 21/02/2007, dans un laps de temps couvrant donc 118 semaines). Certains sujets reviennent régulièrement, même si le contenu est varié d'une semaine sur l'autre: anecdote, "semainier" du service des urgences de l'hôpital Saint-Antoine, activité d'un week-end ou affluence lors des soirées d'événements "festifs" ou de manifestation, textes liés à l'actualité... Une constante est le constat de la baisse des moyens de l'hôpital public, et la dénonciation de cette baisse comme liée à l'idéologie du libéralisme économique souhaitant "casser" le service public pour "privatiser" ses activités les plus rémunératrices. 

 

En le lisant en 2026, je vois bien qu'il y a plus de 20 ans donc, il évoquait déjà la baisse du nombre de lits dans les hôpitaux (qu'il chiffre à plusieurs reprise à plus de 100 000 en une douzaine d'années, entre 1993 et 2005). Je suppose qu'on peut ergoter sur ces chiffres... Une recherche, aujourd'hui, me donne 564 880 lits en 1990, 473 843 en 2005, 367 000 en 2024 (les chiffres entre 2013 et 2024 ne semblent pas aisément accessibles en ligne?). À leur maximum, en 1982, le nombre de lits frôlait semble-t-il les 613 000. Mais ce n'était pas le même hôpital, pas les mêmes soins... Pas la même logique économique non plus? En tout cas, il y a bien eu baisse du nombre de lits. il y a eu aussi le développement de la "chirurgie ambulatoire", des soins à domicile, la baisse de la durée moyenne de séjour (DMS), considérée comme un indicateur de l'efficience des soins (?). Bref, je reviens à ces chroniques.

 

Pelloux y épingle à plusieurs reprises Jean-François Mattéi (ministre de la santé de 2002 à 2004 [interview en vacances sur la canicule en 2003], UMP, président de la Croix-Rouge française de 2005 à 2013 [fermeture de centres de santé dans le "93"]) et sa gestion imprégnée de "libéralisme économique". Il rend fréquemment hommage à l'ensemble des soignants (et même au-delà: personnel administratif, ouvriers techniques) des services d'urgences. Il explique, ici, les raisons d'une grève. Là, les avantages ou les inconvénients d'avoir des "vigiles" (de sociétés privées!) pour "assurer la sécurité" (?) à l'entrée. 

 

Nombre de chroniques évoquent des "patients", pas toujours simples à gérer, mais parfois éclatants de vitalité (l'âge ne faisant rien à l'affaire). J'ai souri à l'évocation de cette octogénaire qui, malgré son poignet fracturé sur le chemin de l'aéroport, insistait pour ne pas renoncer à son voyage en Egypte, rêve de toute sa vie... (p.225, "Mémé Champollion"). Mais certaines chroniques sont plus pessimistes, évoquant tous les patients qui ne peuvent être dirigés vers d'autres services faute de place, et qui passent leurs derniers jours sur un brancard aux urgences. Pelloux défend un service public humain (ce que son service des urgences semble être) et correctement financé (ce qui ne semble pas être le cas).

 

Aujourd'hui, je constate aussi, si je regarde notre système de santé, quelques avancées, notamment la loi du 14 juin 2013 (sous Hollande) qui a rendu obligatoire la complémentaire santé pour tous les salariés du privé (avec une contribution de l'employeur). Depuis 2014, tout établissement de santé doit avoir son "plan blanc", pour s'exercer, au-delà de la gestion des "stocks" normaux, à prendre en garde un soudain afflux d'un grand nombre de patients (sans doute ce qui a permis de ne pas "craquer" lors du Covid-19?). Ces dernières années (2024-2025-2026), ont été menés des exercices "secteur de santé" (en France, en Allemagne et ailleurs) dans les hôpitaux, bien moins médiatisés que les coups de menton martiaux de notre actuel Président... Exercice MASCAL (Massive Casulties) pour les armées, AMAVI (Afflux Massif de Victimes) pour les civils [j'espère que chacun des participants a aimé...]. Quadrature du cercle à résoudre: comment mettre la Nation en ordre de bataille sans affoler le peuple... ni augmenter les impôts?

 

Chaque chronique est courte, "bien torchée". Une édition en format poche du livre (j'ai lu N°8991) est parue en 2009.
Par ailleurs, Patrick Pelloux a été accusé en 2024 de harcèlement (MeToo à l'hôpital).

 

Edit du 14/05/2026: j'ai eu bien du mal à sélectionner une demi-douzaine des dessins de Charb... 

p.20

p.27

p.161

p.206

p.245

p.257

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Je glisse à la fin de ce billet quelques mots que j'avais rédigés et "enregistrés" dans un coin il y aura bientôt deux ans sans les "utiliser" à l'époque.

Dans Charlie Hebdo N°1670 du 24/07/2024, quelques dessinateurs, ainsi que Gérard Biard (p.13) et Philippe Lançon (p.11) ont fait allusion à "l'affaire Abbé Pierre" (c'est moi qui emploie cette formulation). Je vais citer quelques extraits de la chronique de Philippe Lançon. "Je n'ai pas sous les yeux les dessins que Charlie a pu consacrer à l'abbé Pierre, mais je me rappelle que Cabu, en 1995, l'avait mis au centre d'un album d'une férocité assez tendre, À votre bon coeur! Sa cible, dans mon souvenir, était moins le curé des pauvres que les hommes politiques qui lui tournaient autour, ça rime avec vautour (...). Instrumentaliser l'abbé n'était pas facile: à l'hiver 1954 comme à l'hiver 1986, dates où il surgit et ressurgit spectaculairement comme un diable monté sur ressort, le fondateur d'Emmaüs ne se laissait pas faire. Si l'on apprend aujourd'hui qu'il a touché les seins des femmes ou mis sa langue dans la bouche de l'une d'elles, horreur et damnation, il ne faudrait pas oublier que, lorsqu'un grand fauve électoral l'approchait, il ne lui aurait vidé les bourses que pour mieux les vider au profit des pauvres ou les lui tordre. il y avait pas mal de colère sociale et de générosité en lui, mais notre société en est arrivé à un point tel de léninisme sexuel que, face au vice qu'on découvre, tout ce qu'il y a de vertu en l'homme semble avoir disparu (...)". La chronique, titrée "L'abbé et la bête", parle aussi de Polanski et de Roland Barthes...

Pour ma part, cette "affaire" m'a donné l'occasion de mettre au net mes idées sur la "cancel culture". Je n'aime pas la sommation qui nous est faite de brûler aujourd'hui et à jamais tout ce qu'ont pu réaliser des personnes, des créateurs, dont on adorait hier les "oeuvres". Sans même rentrer dans des débats sur l'échelle des crimes et délits, la prescription et l'imprescriptibilité, le paiement de l'affront fait aux règles de vie en société "du temps" et la réparation due aux victimes, je pense surtout que "personne n'est parfait" et que si désormais l'on doit admirer uniquement les oeuvres d'artistes, de savants ou de tous êtres humains "irréprochables à tous égards", il ne va pas rester grand-chose à l'humanité dans le futur (des réalisations par des IA... en attendant qu'à leur tour celles-ci se lancent dans le "crime contre l'humanité"?). 

*** Je suis Charlie ***

26 avril 2026

Les bûchers de Calcutta - Abir Mukherjee

Je viens de lire, en deux jours, le nouveau roman d'Abir Mukherjee, Les bûchers de Calcutta (Edition Liana Levi, 409 pages haletantes). J'ai eu le plaisir de retrouver, en 1926, le policier Sam Wyndham qui a été plus ou moins mis sur la touche depuis qu'il avait permis trois ans plus tôt la fuite d'Inde de son adjoint Satyen Banerjee. Je vous conseille de lire les cinq romans précédents (dans l'ordre de préférence) de la série, même si les histoires sont indépendantes. Quand Les bûchers de Calcutta commence, Wyndham ayant perdu la confiance de sa hiérarchie et à qui on ne confie plus d'affaires criminelles intéressantes est appelé sur les bords du fleuve Hooghly, là où l'on peut trouver des bùchers sur lesquels brûlent les morts. C'est un Intouchable, porteur de cadavres, qui a donné l'alerte. J. P. Mullick, un Indien très riche et respecté, est retrouvé égorgé. On confie donc l'affaire à Wyndham qui mène une enquête complexe dans le milieu du cinéma. En effet, J. P. Mullick était un mécène et il était en pleine production d'un film interprété par une future grande vedette hollywoodienne, Estelle Morgan. Dans le même temps, on a le plaisir de revoir, après trois d'absence (il s'était installé en Europe et surtout à Paris), Satyen Banerjee qui n'est plus policier mais qui va néanmoins prêter main forte à Wyndham car de son côté, il essaye de retrouver une cousine appelée Dolly qui est photographe. Elle a disparu et son labo photo a été dévasté. Je vous révélerai que les deux affaires sont liées et qu'il va y avoir trois autres morts dont une jeune femme. Comme je ne veux pas en dire plus, je m'arrête là pour l'histoire. Les chapitres sont courts et le récit est alternativement narré par Wyndham ou Banerjee. Je pense avoir deviné assez vite qui est à l'origine des morts et pourquoi. Vous pouvez lire la note de l'auteur à la fin de l'ouvrage qui donne un indice important sur l'intrigue. Et sinon, j'ai trouvé sympathique que Mukherjee dédie son roman "aux libraires et aux bibliothécaires pour tout ce que vous faites pour nous" (écrivains). 

19 avril 2026

Une unique lueur - Fred Vargas

Je viens de terminer Une unique lueur, le nouveau roman de Fred Vargas (Edition Flammarion, 523 pages) que j'ai trouvé très agréable à lire. L'histoire se passe à Paris de nos jours. Le commissaire Adamsberg vient d'être appelé dans le VIème arrondissement. Le corps d'une très belle jeune femme gît sur le trottoir. Elle a reçu un coup de couteau dans le coeur dissimulé par ses vêtements. C'est surtout sa tenue qui attire l'attention. Une veste en lainage pied-de-poule (carreaux noirs et blancs), une jupe noire, des collants et des chaussures à petits talons. Comme accessoires, elle porte une montre, un bracelet auquel est attaché un sifflet doré, un sac à main et près d'elle, un bouquet de fleurs bleues, des ancolies. Peu de temps après, il y a un autre meurtre avec le même modus operandi. Six ans auparavant, un crime similaire a eu lieu mais le meurtrier n'a pas été appréhendé. Adamsberg et son équipe au grand complet enquêtent. Gérard de Nerval et son poème El Desdichado (dont voici les premiers vers célèbres: "Je suis le Ténébreux, — le Veuf, — l’Inconsolé, Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie : Ma seule Étoile est morte, — et mon luth constellé Porte le Soleil noir de la Mélancolie." ainsi que Lauren Bacall (et Humphrey Bogart) ont une grande importance dans la découverte de l'assassin ainsi qu'un labrador noir appelé Anselme et son maître Sébastien de Charlus. L'enquête mènera Adamsberg et deux de ses collègues jusqu'à Los Angeles (La cité des anges) avant de revenir à Paris. On apprend le nom de l'assassin dans les toutes dernières pages. La langue de Fred Vargas est toujours précise et imagée. Un vrai bonheur de lecture que je vous recommande. 

12 avril 2026

Les morts ne chantent pas - Jussi Adler Olsen / Line Holm & Stine Bolther

Je viens de terminer hier, samedi 11 avril 2026, la onzième enquête du Département V qui se passe toujours au Danemark. Les morts ne chantent pas (Edition Albin Michel, 598 pages) est un roman écrit à six mains puisque Jussi Adler Olsen s'est adjoint deux femmes journalistes et romancières toutes les deux, Line Holm & Stine Bolther, pour ce roman que j'ai apprécié avec une intrigue bien ficelée. Depuis le départ à la retraite de Carl Mork, c'est Assad qui dirige le département V avec Rose toujours pas commode. Cette dernière à des problèmes hormonaux qui la perturbent et elle ne sait pas qu'elle a. Une policière française, Héléna Henry qui a exercé à Lyon et dont la mère était Danoise, est mise à la disposition temporairement du département V. L'histoire commence quand un vieil enregistrement audio, sur lequel une femme agressée appelle à l'aide, mais qui a été classé sans suite, est exhumé. En 1989, dans une colonie de vacances étaient réunis des jeunes garçons qui chantaient dans un choeur renommé, Jakob âgé de 10 ans était l'un deux. Après avoir été jeté dans l'eau d'un lac, il est enfermé sur un balcon. A priori, il avait une voix exceptionnelle qui a attiré la jalousie d'autres jeunes chanteurs. Je vous laisse découvrir ce qui est arrivé à Jakob qui est celui qui va se venger de différentes manières contre ses tortionnaires, trente-quatre ans plus tard. Il veut les détruire moralement et physiquement. Le roman est haletant. Quand le roman se termine, on peut penser qu'il y aura une douzième enquête. Lire le billet d'Eva

7 avril 2026

Le butor étoilé - Sigolène Vinson

J'avais (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) commandé auprès d'un de mes proches, pour Noël, ce livre qui m'est parvenu il y a seulement quelques semaines. J'avoue que je ne suis peut-être pas allé vers Le butor étoilé de Sigolène Vinson pour de simples raisons d'envie d'apprécier un ouvrage... 

Sigolène Vinson, Le butor étoilé, Le tripode, 2025, 190 pages

 

La conception plutôt elliptique de ce roman m'a un peu dérouté. L'écriture en est très poétique. Le butor étoilé? Un sujet d'observation ornithologique. Dès la première page (récit à la première personne, au bord d'un marais - qui, de lieu, devient quasiment un personnage à part entière), nous savons que l'héroïne (?) s'inquiète à propos d'une certaine Dedou: cela fait cinq jours que la gamine a disparu du village. 

 

Et puis apparaît un autre personnage "en interaction": Damien, lui-même en plein dialogue de sourd avec son père Kader, qui juge plutôt durement la manière dont Damien gère sa vie de couple "actuellement"... (en fantasmant sur une inconnue qui laisse chez lui des lettres adressées à un autre). Beaucoup de dialogues, avec soi-même ou avec d'autres, de l'introspection... Trop d'introspection et pas assez d'histoire clairement énoncée pour moi (qui suis très paresseux et qui aime les choses simples et évidentes). Beaucoup d'observations et d'attentes, des allégories et du symbole. Le butor étoilé, que l'héroïne cherche tellement à "observer", n'est-il pas lui-même une personnification de l'homme qu'elle attend (p.67)? Je l'ai lu jusqu'au bout. Mais l'abondance d'image a sans doute saturé ma mémoire: je n'en ai rien retenu. À la fin, on apprend une mort.

 

Manou, Géraldine, Emma [Messana] et Virginie Vertigo ont davantage apprécié le roman que moi. Hugues du blog collectif Charybde 27 en avait aussi parlé.

 

En fait, si j'ai lu ce livre, c'est que je souhaitais évoquer une oeuvre de Sigolène Vinson, dont je connaissais seulement le nom au titre de sa participation passée à Charlie Hebdo (jusqu'à l'attentat de 2015). Je l'avais déjà citée à l'occasion du récit de "l'opération commando" montée pour rajouter le portrait en "pochoir" du dessinateur Honoré à une oeuvre de rue qui avait uniquement cité les quatre autres dessinateurs de Charlie assassinés. Je pense que j'attendrai une éventuelle reprise en recueil de ses chroniques judiciaires pour le journal avant de revenir vers elle... à moins que je tente tout de même Courir après les ombres, dont Manou parle de manière alléchante ici?

 

*** Je suis Charlie ***

4 avril 2026

La ville couronnée d'épines - Gilbert Cesbron

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais encore publier un article sur un recueil de nouvelles, mais cette fois-ci un peu plus récent (même si je ne l'avais jamais lu jusqu'à aujourd'hui). Malgré son demi-siècle "bon poids", cet ouvrage est trop "récent" pour pouvoir figurer parmi les "classiques" de Nathalie... même si, m'a-t-il semblé, les saynètes qui le composent évoquent plutôt la fin des années 1950 ou les années 1960 que les années 1970.

Gilbert Cesbron, La ville couronnée d'épines, Robert Laffont, J'ai lu N°979, 219 pages,
1979 (EO 1974), illustration de couverture de Gyula Konkoly

 

Gilbert Cesbron (1913-1979) a toujours revendiqué haut et fort son catholicisme (déjà, un titre pareil est forcément christique, non?). Disons que, tout comptes faits, j'aime bien le lire "malgré cela" (même s'il m'agace parfois avec son insistance...). Dans mon enfance, je m'étais approprié le volume Chiens perdus sans collier qui était dans la bibliothèque familiale, puis ai mis quelques années avant d'en découvrir d'autres. Aujourd'hui, c'est en écumant les bacs d'occasion (à quelques dizaines de centimes d'euros le volume) que j'ai l'occasion d'en lire que je ne connaissais pas, avant de les verser dans telle ou telle bibliothèque partagée. Mais je n'en tire pas toujours un billet...

 

Chacune des 15 nouvelles est précédée d'un petit texte en italiques. Préface ou introduction? Souvent petite méditation philosophique, plutôt. Parfois, souvenir personnel (ou donné comme tel)...

Ces courts "récits" (terme qui figure en sous-titre dans l'une des pages intérieures) se donnent en point commun d'évoquer la banlieue et les deux classes sociales susceptibles de l'occuper: la nouvelle, celle des prolétaires et/ou ouvriers pauvres, d'une part. Et l'ancienne (en voie de disparition) constituée de ceux qui étaient sur place (à la campagne, alors) avant la construction des "cités". Quelques mots pour vous les présenter (en toute subjectivité!) ci-dessous.

 

* Un roman de poche (p.7): histoire douce-amère de jeunes déboussolés... la banlieue ouvrière et la ruralité semblent, tous comptes faits, peu miscibles.

* Carrosse d'un vieux roi (p.25): une jolie histoire de gain à une émission de radio (et de temps qui passe!), qui m'a rappelé Si j'avais un château

* La petite Agnès (p.34): ce "fait divers" terrible et l'analyse psy du personnage principal ne m'ont pas vraiment plu...

* La fiche (p.50): un retraité qui s'ennuie tellement qu'il se cherche, chaque matin, une liste de "quelques choses à faire" pour s'occuper est absolument ravi que le destin lui en envoie une palanquée!

* L'enfant de l'autoroute (p.57): un joli conte qui m'a bien plu. L'autoroute en construction qui traverse sa cité forme une voie d'accès (goudronnée pour la partie finie, de sable jaune pour celle que les engins tracent) qui permet à un gamin de découvrir, à quelques kilomètres de chez lui, campagne, ferme et vache, à l'insu de ses parents, les mercredis où il est censé rester seul à la maison...

* Le poids du monde (p.74): Brr... Crédible, trop crédible (même avec la pincée de bondieuserie que je trouve personnellement en trop).

* Le plus fidèle ami du chien (p.86): une nouvelle presque fantastique (sinon science-fictionnelle), à front renversé... pauvre bête!

* "Mame Denis" (p.86): cette nouvelle mettant en scène des militaires (anciens d'Afrique) a sonné, pour moi, comme certaines nouvelles de Joseph Kessel (Le coup de grâce?)

* Pavillon perdu (p.116): encore un conte, avec un côté pathétique, quelque chose  du roman d'Alain-Fournier Le grand Meaulne, ai-je trouvé: une rencontre "par hasard". Pour le malheureux héros, "cela a commencé pendant une triste nuit, le long d'une route solitaire de [banlieue], alors qu'il cherchait un raccourci que [malheureusement] il trouva [le lendemain]"... Bon, on peut espérer que, des lendemains de recherche, il y en aura encore d'autres!

* Le 8 juin (p.138): cette histoire amère qui se déroule dans un "mouroir" (qu'on n'appelait pas encore EHPAD) m'a évoqué" une atmosphère à la Alphonse Daudet... Une fête organisée théoriquement en l'honneur d'une centenaire démontre tragiquement qu'elle n'était pas au coeur des préoccupations, en fait!

* L'enfant prodigue revient toujours trop tôt (p.148): extrait de la spirituelle introduction (p.147). "Neuilly a toujours joué sur les deux tableaux: "je suis la ville, voyez mes pierres; je suis banlieue, voyez mes arbres..."." 
Un "fils de famille" a encore besoin de bouffer un peu de vache enragée avant de "rentrer dans le moule"!

* Ci-gît (p.163): je n'ai pas réussi à comprendre la morale qui peut être sous-jacente dans cette histoire, celle d'une tombe abandonnée dans un cimetière depuis plus d'un siècle... auquel un inconnu redonne vie? Je n'ai pas vu venir la chute, non plus.

* L'autre chemin (p.167): un conte... avec un autobus à plateforme auquel chauffeur et receveur font prendre, un beau soir, le chemin des écoliers. Je doute (hélas!) qu'il soit basé sur une histoire vraie!

* Les amoureux de Garches (p.179): analyse amère de la différence entre infirmité (permanente) et blessure accidentelle (dont on se remet), croisée avec, là encore, une différence de classe sociale... tragique. 

* La châtelaine de Gentilly (p.206): j'ai perçu dans cette nouvelle "aristocratique" comme un pâle reflet de certaines de Jean de La Varende... Description d'un monde figé dans le passé, suranné, d'une "vieille dame" qui traverse les années sans accepter le changement... J'ai apprécié la rencontre avec le jeune curé nommé pour remplacer celui avec qui, depuis des décennies, elle s'occupait de "ses pauvres" (en se privant pour eux), qui essaie en vain de lui ouvrir les yeux et l'esprit concernant toute "la pauvreté" de la nouvelle cité - qu'elle repousse... Cela m'a un peu rappelé Les clés du royaume de A.J. Cronin.

 

J'ai appris (ce dont je ne me serais pas douté!) que Gyula Konkoly, né en 1941, est un (et non une) peintre hongrois, qu a demandé l'asile politique en France en 1970. Il a illustré couvertures de livres et affiches de livres entre 1874 et 1987, et a enfin a retrouvé la citoyenneté hongroise en 1991.

 

C'est vrai que je dois posséder quelques "Cesbron" achetés ces dernières années et qui figurent encore, non lus, dans l'une ou l'autre PAL. Mais, pour répondre à des blogueuses qui s'étonnent parfois que je chronique des livres en signalant que je les ai achetés il y a plusieurs décennies, je précise que, dans ces cas-là, en général, ce sont des rayonnages de ma bibliothèque de livres lus il y a fort longtemps mais conservés depuis, que je les tire (et non de piles de "jamais lus encore et restant à lire", bref, de PAL!). 

1 avril 2026

Le crépuscule des hommes - Alfred de Montesquiou

Je viens de terminer Le crépuscule des hommes d'Alfred de Montesquiou (Edition Pavillons - Robert Laffont, 383 pages dont 20 pages de notes biographiques et une bibliographie générale). 

Ce récit très vivant retrace l'année qu'a duré le procès de Nuremberg entre novembre 1945 et fin septembre 1946. Dans Nuremberg pratiquement détruite, quelques bâtiments sont cependant restés intacts, dont le palais de justice et le château Faber appartenant à la famille von Faber-Castells qui s'est enrichie grâce leurs crayons. Dans le château, les journalistes et les photographes qui ont suivi le procès se partageaient des chambres. Les hommes d'un côté et les femmes de l'autre (il y eut très peu de femmes à suivre le procès). Ce récit rappelle que des personnes célèbres sont venues plus ou moins longtemps pour suivre de près ou de loin les débats, écouter les témoignages la plupart du temps poignants. Pour les Français, Joseph Kessel, Elsa Triolet et Madeleine Jacob ainsi que Didier Lazard. Il y eut aussi le romancier américain John Dos Passos, Erika Mann, la fille de Thomas Mann, Walter Cronkite, un journaliste vedette de la chaîne CBS aux Etats-Unis. Il y a eu bien entendu quelques Russes qui appartenaient parfois au NKVD. C'était les plus virulents contre les accusés. Ils voulaient que tous soient condamnés à mort. Parmi les photographes, on retient surtout le nom de Ray d'Addario qui a photographié tout le procès de Nuremberg et tous les procès annexes. De Montesquiou rend toutes ces personnes proches de nous avec leurs qualités et leurs défauts. Le récit s'arrête avec l'exécution par pendaison de onze condamnés à mort. Le douzième, Goering, s'est empoisonné avec une capsule de cyanure avant son exécution. Ce livre est une bonne révision pour celles et ceux qui connaissent le sujet, et, pour les autres, un livre facile à lire et très intéressant.

29 mars 2026

L'espion aux yeux verts - Bernard Clavel

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) acheté hier samedi 28 mars ce recueil de nouvelles (marqué "roman" en couverture!) que je termine alors que nous sommes maintenant dimanche. Il me permet (de justesse!) une participation au challenge "2026 sera classique aussi!" organisé par Nathalie

Bernard Clavel, L'espion aux yeux verts, J'ai Lu N°499, 1985, 243 pages
(1er DL dans la collection 1974, copyright Robert Laffont 1969)

 

Je me suis acheté hier une bonne douzaine de bouquins d'occasion divers et variés (13 pour un coût total de 5,50 euros...), autant dire qu'il y avait peu de nouveautés de l'année dans le lot! J'ai tiré ce volume-ci du bac à cause de son auteur Bernard Clavel (1923-2010): j'ai déjà lu près d'une demi-douzaine de titres de cet "écrivain populaire", que j'aime bien... Cette fois-ci, pourtant, la première nouvelle, celle qui donne son nom au recueil, ne m'a pas enthousiasmé. Mais bien m'en a pris de ne pas abandonner ma lecture: sur les neuf du recueil, je la mets en dernière - ou en avant-dernière - position, là où d'autres m'ont vraiment plu. Je vais dire quelques mots de chaque nouvelle.

* L'espion aux yeux verts (p.5-33): un veuf reste cloitré chez lui en proie à la paranoïa... Il croit que tout son entourage l'espionne!

* Le père Vincendon (p.34-52) et Le père Minangois (p.236-242), deux nouvelles qui m'ont paru se répondre, se présentant chacune comme souvenirs d'un enfant concernant un vieil artisan qui venait chez ses parents... Un ébéniste dans un cas, un cordonnier dans l'autre.

* Légion (p.53-129): l'une de mes nouvelles préférées. Un ancien légionnaire démobilisé, qui "trace la route", arrive dans un village de montagne où la route fait un cul-de-sac: pas moyen d'aller plus loin malgré l'envie qu'il en a, continuer serait trop dangereux... et pour aller où? Travailleur, homme à tout faire, il va se faire apprécier de tous au village où il décide de séjourner. Mais l'envie est trop forte... et ce sera le drame, conclu en quelques phrases précipitées et abruptes. La nouvelle est dédicacée à Pierre Mac Orlan.

* Le soldat Ramillot (p.201-235): encore une histoire de soldat, donc, mais aussi l'occasion, comme Légion, d'évoquer la ruralité de la première moitié du XXe siècle et ses travaux... Cette nouvelle-là est celle qui m'a le plus fait songer à du Maupassant. 

* Le jardin de Parsifal (p.130-156): Parsifal, c'est un chien, le fidèle gardien de la maison d'une espèce de Landru musicien. Mais ce n'est pas ce chien-là qui le perdra. La nouvelle est datée d'avril 1962.

* Le fouet (p.157-166): une courte nouvelle qui se déroule quasiment le temps d'un numéro de cirque, après la Seconde Guerre Mondiale, avec une fin ambiguë et ouverte (le pardon ou non?).

* La barque (p.167-188): lors d'une inondation due à de fortes pluies, une barque toute neuve, utilisée pour le sauvetage, doit traverser un tunnel dans lequel l'eau monte... 

* L'homme au manteau de cuir (p.189-199): une autre histoire de soldats et de pluie, le sergent d'un poste de garde se laisse attendrir, malgré les consignes, en laissant un motard en panne se réchauffer dans le poste de garde (on doit être en période de conflit!). J'ai apprécié l'humanité des protagonistes de cette courte nouvelle, qui l'emporte sur la discipline militaire. 

 

Je ne l'ai pas indiqué systématiquement, mais la plupart des nouvelles sont dédiées à telle ou telle personne. 

Bien entendu, en 2026, impossible de savoir via un moteur de recherche si tel ou tel blog en a parlé... Il faudrait que je tombe dessus directement, ou bien chercher à l'intérieur des blogs eux-mêmes...

14 mars 2026

Les orphelins (Une histoire de Billy the Kid) - Eric Vuillard

Je viens enfin de terminer Les orphelins (Une histoire de Billy the Kid) d'Eric Vuillard (Edition Actes Sud, 163 pages). Ce petit livre narre la vie de Billy the Kid, né supposément fin novembre 1859 et mort en 1881 (à 21 ans), qui est devenu célèbre surtout par l'intermédiaire de livres et de films. J'avoue que j'ai mis du temps à lire ce livre parce que j'ai été perdue avec tous les personnages évoqués. Tout est parcellaire dans la vie de Billy, né peut-être à Manhattan d'une mère irlandaise et d'un père disparu. Sa mère le laissa orphelin à l'âge de 14 ans. On ne sait rien d'autre de Billy Bonney the Kid qui tua son premier homme à l'âge de 17 ans en 1877. L'écrivain fait des suppositions. Son récit (ce n'est pas un roman) lui permet de faire le portrait de quelques personnages qui ont gravité dans l'entourage de Billy, un gamin à l'enfance difficile qui était un vagabond et voleur de bétail. Eric Vuillard nous parle bien évidemment de Pat Garrett qui a tué Billy. La vie de Billy s'est surtout déroulée dans l'état du Nouveau-Mexique. Il avait été condamné à mort pour meurtre mais s'était évadé avant d'être abattu. Et on apprend que Billy avait un frère plus âgé ou plus jeune, on ne sait pas vraiment. Il s'appelait Joseph et il est mort en 1930. Le livre contient quelques photos d'époque. D'Eric Vuillard, j'ai préféré 14 juillet et L'ordre du jour.

 

7 mars 2026

Tchatche de banlieue suivi de L'argot de la police - Philippe Pierre-Adolphe, Max Mamoud, Georges-Olivier Tzanos / dessins de Luz

Cet ouvrage-là, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) l'ai d'abord déniché dans un bac de bouquins d'occasion et ai "tilté" sur la couverture de Luz. J'ai immédiatement pensé que ça pourrait me servir pour une chronique. Mais après, il a fallu le lire d'abord, et rédiger le présent billet ensuite. 

Philippe Pierre-Adolphe, Max Mamoud & Georges-Olivier Tzanos, Tchatche de banlieue (suivi de L'Argot de la police), éd. Mille et une nuits, coll. Le rire jaune N°2, 1998, 128 pages

 

Le 1er volume de cette collection Le rire jaune, titré Rien à foot [?!?] était illustré par Cabu, je ne l'ai jamais vu encore. Pour sa part, Philippe Pierre-Adolphe (1961-2023) était apparemment un journaliste qui s'est intéressé tant à l'art (cinéma, musique - il a créé un label musical en 1998!) qu'aux faits de société. Le lien avec mes propres "Hommages du 7" est constitué par les 20 dessins de Luz disséminés au fil des pages (de même que j'avais jadis chroniqué deux ouvrages illustrés par Charb, l'un de Michel Husson et l'autre de Daniel Bensaïd).

 

Pour citer la 4e de couv', "plus qu'un simple recueil de mots et d'expressions, Tchatche de banlieue est un petit précis de linguistique banlieusarde à l'usage des joibourg et des centre-villois. Il est illustré par Luz, dessinateur à Charlie Hebdo." Avant mes propres illustrations et citations de dessins, si je dis que "la cité" y est omniprésente, me fais-je bien comprendre? 

p.60: surtout, ne parlons pas... de rime de rap.
...Ils en ont parlé! 

 

Le livre se présente sous la forme d'un double abécédaire, dont le plus important (jusqu'à la page 89) s'intéresse au "bouillon culturel" des mots inventés "de l'autre côté du périph'" (vu depuis Paris, évidemment). Le lexique des "tchatcheurs" puisait (1998) dans celui des cultures cohabitant dans les cités: africaines, arabes, gitanes et même anglo-saxonnes... Aujourd'hui (2026), certains de ces "mots" sont entrés dans le dictionnaire. L'ouvrage fonctionne beaucoup sur la connivence. Un mot défini précédemment sera utilisé pour une phrase d'illustration, le vocabulaire sera malaxé, trituré, pour montrer surtout que sa "signification" dépend fortement tant du contexte que des relations entre les locuteurs, qui cultivent aussi bien l'hermétisme que la "vanne". 

Un exemple avec une glose précisant la définition du "Respect" (p.68): "toute la subtilité réside dans la définition du comportement irrespectueux. Dire à un copain "va te faire enculer, pauvre dalpé", c'est respectueux. On est entre amis, on se dit bonjour. Dire à quelqu'un qu'on ne connaît pas "hé, ta soeur, elle est bonne", c'est lui manquer de respect et s'exposer à de graves et immédiates représailles".  

 p.47: salut, comment va? 

 

On sent que les auteurs, dans leur petit ouvrage, s'adressent moins aux locuteurs d'origine qu'à des lecteurs ayant un certain "bagage" culturel, avec de la connivence, des jeux de mots et de l'humour. Ma lecture "au fil de l'eau" m'avait rappelé un article "savant" lu naguère, où un linguiste avertissait des risques de refus par les "jeunes des cités" de l'apprentissage tant du français "académique" que des langues étrangères telles qu'enseignées au collège et lycée, pour se replier sur "leur" propre langage. N'importe quel linguiste rompu aux "mécanismes" linguistiques décryptera cette "langue" (si absconse parût-elle vis-à-vis de l'extérieur à ses "inventeurs") en deux coups de cuillère à pot, tandis que nos gamins & jeunes se seront privés d'une "ouverture au monde" dont l'absence les handicapera pour le reste de leur vie... 

p.87: maîtriser les codes en vue de se faire accepter? Prof, sociologue ou "civil" infiltré?  

 

C'est vrai que je me sens personnellement éloigné de l'univers en toile de fond du langage concerné, dont le vocabulaire et les préoccupations principales semblent tourner pour la plus grande part vers le milieu du corps (des deux sexes), l'apparence extérieure (habillement...) et l'art de "parler pour ne rien dire" (rien qui ME paraisse "utile" et constructif, en tout cas). De la sociologie concrète , sinon de l'ethnologie, via le langage (j'espère ne pas apparaître trop "méprisant" en constatant cela).  

Je me rappelle un récit de reportage "sur le terrain" (en banlieue!) dans Indélébiles de Luz. Mais je ne me souviens pas si l'année ou les circonstances étaient mentionnées... Il a dessiné dans Charlie "seconde série" durant 23 ans, jusqu'à son départ pour raison personnelle (annoncé plus de trois mois à l'avance) en septembre 2015.

p.53: tous ces massifs sont aussi de grands enfants...

  

Ce dessin-là (p.121) est l'un des quatre figurant dans les 30 pages consacrées à "l'argot de la police". Celui-ci est, je pense, plus classique, plus stable aussi (avec un moindre souci d'hermétisme), et sans doute bien davantage "parlant" au grand public du fait de sa reprise au cinéma ou à la télévision (séries policières). 

 

Au final, ce qui m'a presque le plus intéressé, c'est les cinq pages de l'entretien socio-linguistique à la fin de l'ouvrage (entretien réalisé le 23/11/1997), qui éclaire les "raisons sociales" du besoin d'un langage qui se veut hermétique, avec des mots abandonnés par leurs locuteurs initiaux (banlieue) dès qu'ils sont passés dans un public élargi... (via les média, d'abord avec des guillemets, puis sans). 

 

La Maison d'édition Les Mille et une nuits avait été créée en 1993. Je possède depuis longtemps un certain nombre de leurs anciens petits ouvrages, surtout de la collection "Les petits libres", et j'avais l'impression qu'il s'agissait de livres d'inspiration résolument altermondialiste (%Attac etc.). J'ai vu en rédigeant le présent article que les Mille et une nuits sont devenues en 1999 un département de Fayard. Un changement de politique éditoriale semble être intervenu en 2020 pour se recentrer sur des "classiques" du domaine public choisis par un collectif de libraires.

 

Bref, Tchatche de banlieue m'est apparu comme un livre certainement daté, dont les dessins peuvent encore faire sourire, alors que les enjeux des années 1990 (trafics, petite délinquance, repli, "segmentation" de populations dans tous les sens) nous paraissent aujourd'hui "dépassés" par l'aggravation de fractures notamment liées à des faits religieux montés en épingle ou des conflits interminables ailleurs et aujourd'hui importés en France métropolitaine.

 

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