Le blog de Dasola
Derniers commentaires
Archives
Challenges terminés

Pour les challenges de l'année en cours, 
voir colonne de droite

20 mars 2022

Cap sur Mars - Albert Weinberg

     2022-en-classiques-Logo2

Il ne me reste plus beaucoup de billets à publier (signés ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) avant la fin officielle de mon Challenge de la planète Mars, laquelle avait été annoncée, il y a déjà plus d'un an, pour le 31 mars 2022. Aujourd'hui, j'utilise le prétexte "martien" pour présenter un album de bande dessinée. J'ai trouvé le volume ci-dessous, d'une série "classique" que je connais de très longue date, mais dont je n'avais, je crois bien, jamais lu cette histoire-ci, sous forme du tome 2 d'une intégrale, et ai sauté donc dessus. Il s'agit d'une aventure de Dan Cooper, un héros aviateur militaire canadien créé par Albert Weinberg, Cap sur Mars

P1140230  P1140231 
L'intégrale Dan Cooper t.2, février 2001, 188 pages

Dan Cooper constitue la principale série dessinée par Albert Weinberg (1922-2011). Quarante-et-un albums sont parus entre 1947 et 1992 (j'en possède une dizaine, achetés sur plusieurs décennies, depuis le début des années 1990). Les scénario sont quasiment tous dûs à Albert Weinberg. Publiées dans le journal Tintin à l'origine, certaines de ces aventures apparaissent bien évidemment quelque peu datées aujourd'hui. Les 62 pages de Cap sur Mars constituent la quatrième aventure de Dan Cooper, publiée dans le journal en 1958-59 et parue en album en 1960. Mais en fait, Mars y tient fort peu de place... 

Page d'ouverture de la partie concernant cet album P1140238

P1140232 p.187, la couverture du journal Tintin du 16/07/1958

 P1140233 p.122, la dernière page de l'album

Mais que se passe-t-il donc dans cet album, à part Mars? Il s'ouvre sur la présentation de "l'année sidérale". [Vérification faite, la première "année internationale" sous l'égide de l'ONU a été organisée en 1959, et la première "année de l'espace" date, elle, de 1992. Quelle prémonition!] C'est dans ce cadre que Dan Cooper (en p.2) est invité à piloter un prototype d'avion-satellite, le X-100, pendant que le Canada prépare un engin capable d'aller jusqu'à Mars. Et comme 62 pages, c'est long, les 25 premières sont consacrées par Dan Cooper à "guérir" de sa phobie aérienne le pilote-ingénieur chargé de la mise au point de l'engin, qui se trouve être un vieux copain de la Seconde guerre mondiale (pas si lointaine alors). Que d'aventures! Par exemple, Dan passe en plein vol, de la cabine d'un action à réaction à celle d'un bimoteur à hélice, en rampant sur les ailes (!). Quant au X-100, il préfigure de loin le vrai X-15 que pilotera Buck Danny (autre héros pilote) pour le journal Spirou, quelques années plus tard (en 1965 - le véritable appareil a volé de 1960 à 1968). Bref, tant de péripéties dans Cap sur Mars justifient sans doute qu'une grande case rappelle à la fin de cette séquence que le vrai but reste Mars (p.96).

P1140239Mais, hop, débarquent d'autres vieux ennemis (d'un album précédent) qui vont chercher à mettre des bâtons dans les roues de l'expédition. Et c'est seulement dans les huit dernières pages que se réalise l'expédition vers Mars. Nous commençons par voir - enfin - l'engin spatial, qui n'a pas été sans me rappeler les vaisseaux qui permettent aux énigmatiques Atlantes d'Edgar P. Jacobs de quitter définitivement notre planète (L'Enigme de l'Atlantide, publié dans Tintin en 1955-56 et paru en album en 1957). Cet engin à corps sphérique fonctionne en captant l'oxygène atomique contenu dans les hautes couches de l'atmosphère, puis grâce à l'effet répulsif de la terre - n'oublions pas qu'un kilog (sic!) d'électrons à chaque pôle se repousseraient avec une force de 200 000 milliards de tonnes (si, si! C'est écrit p.118-119). P1140235Les paysages sidéraux des dernières pages ne sont pas sans ressemblance, ai-je trouvé, avec des images de l'espace traversé par la fusée pointue dessinée par Hergé dans l'aventure de Tintin On a marché sur la lune, qui date, pour sa part, du début des années 1950. Et si au final nos héros (Dan Cooper et ses deux acolytes) n'arrivent pas à débarquer sur Mars (pourquoi? Mystère...), ils vont cueillir quelques lichens sur un de ses satellites, Deimos. Et on en reste là. Après ce simple aller, on ignore tout du retour, puisque le cinquième album parlera de tout autre chose.

 

P1140236 (p.115, au sol...) P1140234 (... et p.118, en vol) L'appareil piloté par Dan Cooper...

... et ceux des Atlantes cités plus haut P1140237 (L'Enigme de l'Atlantide, p.64)

Par la suite, les aventures de Dan Cooper tourneront autour de l'aviation, civile ou militaire, de l'espionnage, d'aventures pleines de traitres ou de saboteurs, de quelque patrouilles acrobatiques, d'une idylle plus ou moins dramatique... Je noterai tout de même que plusieurs autres albums de la série seront encore en lien avec le spatial: SOS dans l'espace3 cosmonautesApollo appelle Soyouz. Mais c'en sera fini de Mars.

Je signalerai encore qu'à l'époque lointaine (je n'étais pas né!) où paraissait Cap sur Mars, la France n'était pas encore sortie du "commandement intégré" des forces de l'Otan et accueillait des bases militaires utilisées par ses alliés sur son sol. Comme à la base aérienne de Mar... ville, où stationnaient des escadrilles canadiennes, équipées notamment de l'avion CF-100 Canuck (seul avion militaire de chasse canadien construit en série), que l'on voit dans cette BD. Aujourd'hui, signe des temps, c'est une centrale solaire photovoltaïque qu'accueille l'aéroport de Marville-Montmédy, qui appartient désormais à la communauté de communes du pays de Montmédy. Bref. 

A ce jour, aucune Maison d'édition ne semble avoir souhaité faire reprendre la série Dan Cooper après la mort de son créateur (à moins que ce soit celui-ci ou ses ayants-droits qui s'y soient opposé? Je l'ignore). Il est vrai que les séries toujours actives aujourd'hui sur le thème de l'aviation sont déjà nombreuses sur le marché. Si je n'ai pas réussi à trouver de blog qui parle Dan Cooper (difficile de chercher, avec des moteurs de recherche qui semblent ne plus trop bien référencer les blogs?), j'ai par contre découvert une page internet très complète sur la BD et l'aviation, qui liste des dizaines de séries (bravo!)

15 mars 2022

Chroniques martiennes - Ray Bradbury

2022-en-classiques-Logo1                          10e_ChallengedeLImaginaire

logochallengeWinterSFFStoriesJe (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais encore présenter deux éditions différentes pour la même oeuvre, mais cette fois-ci (contrairement au recueil de nouvelles de Philip K. Dick de mon billet précédent), c'est parfaitement volontaire. 

Les Chroniques martiennes de Ray Bradbury constituent-elles un recueil de nouvelles? Sa préface à la seconde édition les qualifie de "mythologie à l'état pur". Ma première édition (dans la regrettée collection "Présence du futur" chez Denoël) a été imprimée en 1978, je pense qu'elle a dû m'être offerte cette année-là ou peu après (pour ma première lecture). La datation des nouvelles nous projetait alors de janvier 1999 à octobre 2026. Et c'est l'an dernier (pour anticiper le présent billet!) que je me suis procuré la seconde, imprimée en 2008 (Folio SF N°45, 1ère éd. 2001). La chronologie de cette édition dite "de 1997" (publiée en 1990 aux Etats-Unis) s'étend désormais de janvier 2030 à octobre 2057 (je ne sais pas si je verrai cette date!). Ray Bradbury est pour sa part décédé en juin 2012 (à 91 ans). Contrairement à certaines des oeuvres que j'ai déjà présentées, les Chroniques martiennes sont toujours éditées et disponibles en "neuf" aujourd'hui. 

P1140227

Mon volume de chez Denoël comportait 26 nouvelles, traduites par Henri Robillot. Relevons que mon volume, s'il porte bien toujours le numéro 1 dans la collection, affiche la présentation en vigueur en fin des années 1970 (une illustration dans un cercle, sur un fond de couleur), et non plus la couverture originale datant de 1955 (je n'étais pas né!). Ma seconde édition (traduction de l'américain par Jacques Chambon et Henri Robillot) compte deux nouvelles de plus. Et pour information, quand on lit les deux éditions en même temps, on s'aperçoit que les traductions diffèrent presque à chaque phrase. La seconde est-elle vraiment plus précise (traduction, trahison)? Je ne me suis pas reporté aux textes originaux, bien entendu, et serai bien incapable de rédiger une thèse là-dessus, rassurez-vous! Signalons juste que certains titres de nouvelles eux-mêmes ont changé en français. Je vais, déjà, essayer d'apporter des éléments différents de ceux que n'importe qui peut lire dans le très bon article de Wikipédia (consulté le 11 mars 2022), mais ça ne va pas être facile. Foin donc de l'ordre chronologique, essayons des regroupements par thèmes, et peut-être davantage compréhensibles à ceux qui ont déjà lu l'oeuvre, puisque, comme chacun sait, ce "recueil de nouvelles" constitue une oeuvre cohérente (et inversement). Le livre est constitué de nouvelles écrites d'abord de manière indépendante, et dont certaines avaient été publiées dans des magazines américains entre 1945 et 1950, mais aussi de nouvelles écrites spécialement aux fins de "compléter l'histoire".

Les expéditions humaines de la terre à Mars. Les férus de numérologie pourront relever que la première expédition qui "réussit" (ne disparaît pas corps et biens) est la quatrième, mais aussi celle dont le nombre d'équipiers est un nombre impair et romp la progression géométrique: 2, 4, 16 hommes arrivés vivants sur Mars, ... puis enfin 17? On aurait rêvé d'une nouvelle expliquant ce passager surnuméraire: passager clandestin? Fruit des cogitations d'un scientifique illuminé? Le "17ème" serait-il l'archéologue Spender, ou le capitaine Wilder? Ensuite, en un rien de temps, 90 000 personnes débarquent... Et jusqu'à des vieillards! Les nouvelles concernées sont: Ylla; Les hommes de la Terre; La Troisième expédition; ... Et la lune qui luit; Les sauterelles; Les vieillards.

Les Martiens tels qu'en eux-mêmes. Ces humanoïdes aux yeux jaunes, télépathes, ne sont pas toujours sympathiques pour autant. Le Martien peut être empathique avec une personne à la fois. Mais face à la foule... Une foule de Martiens peut être glaçante d'ironie amère, comme dans Morte-saison.

Le retour à la terre. La guerre venue, les émigrants ne partent pas dans le désert, non, ils songent à regagner leur planète d'origine. Cela s'anticipe dans Le marchand de bagages, se précise (donc) dans Morte-saison, puis Les spectateurs... Tout ça (y compris la destruction d'une civilisation millénaire?), pour ça...

Ceux qui restent. Dans Les longues années, on retrouve, plusieurs décennies après le début de la colonisation de Mars, certains des survivants de la quatrième expédition... Et aussi le solitaire qui a décidé de ne plus répondre au téléphone dans Les villes muettes.

Les histoires les plus fantastiques. Usher II attend de pied ferme, sur Mars, les inspecteurs de l'Ambiance morale qui, sur terre, ont imposé la censure au tournant du XXIe siècle - dans la chronologie alternative des Chroniques bien entendu. Comme en écho, on trouve sur terre la maison de Viendront de douces pluies, dont la domotique perfectionnée a survécu à ses habitants humains.

L'espoir. Les rencontres qui auraient être paisibles, en partage, sans violence (le temps de la violence est passé ou reste à venir). Rencontre nocturne, entre un Terrien et un Martien, pacifiques, qui ne partagent pas la même vision... mais se séparent en se souhaitant "au revoir". Le matin vert: le lecteur de 2022 pourrait songer au Printemps silencieux (Rachel Carson), ou à Matin brun (Franck Pavloff). Il s'agit juste, ici, d'une "terraformation" accomplie par un Terrien opiniâtre. Pique-nique dans un million d'années: peut-être, enfin, des terriens respectueux de la nouvelle planète où il ont choisi de vivre?

Les deux nouvelles nouvelles. Les ballons de feu témoigne d'une philosophie plutôt irrévérencieux, pour les WASP, je suppose. Les grands espaces, ou l'angoisse que peuvent ressentir les fiancées restées au pays en s'apprétant à rejoindre leur futur.

Je n'ai cité que les deux tiers des titres des nouvelles. Une épopée, ça a un début, un milieu et une fin. Ici, cette oeuvre part un peu dans tous les sens, et dans tous les genres aussi (fantastique, dramatique, satirique, mélancolique...). Chacun, je suppose, peut y trouver un texte qui lui parlera davantage que les autres, peut-être un personnage à qui s'identifier... Mais ça doit être très personnel. A découvrir!

Et pour finir, voici quelques liens vers différents blogs ayant chroniqué les Chroniques et que font remonter les moteurs de recherche. Beaucoup ne sont plus mis à jour en 2022. Par ordre plus ou moins alphabétique (liste non exhaustive), j'ai trouvé: AnnbourgogneArkantz (dernière MAJ en 2020), Aventuriers (dernière MAJ en 2019), Belykhalil, La bibliothèque éclectique, Blackwolf (dernière MAJ en 2019), Le Bouddha de JadeCapitaine Café (dernière MAJ en 2020), Carolivres, Lisou sur le blog Les pipelettes en parlent, une couverture en anglais chez Nathalie de Pages à pagesPhilippe (dernière MAJ en 2019), Santifike (dernière MAJ en 2019), Thomas (dernière MAJ en 2021), Yvan, un vieux billet de Zaroff sur le blog collectif ZLLT.

Si j'arrive à conserver un bon rythme de rédaction avant le 31 mars 2022, je tâcherai de vous présenter une adaptation que je me suis procurée récemment. [Cf. billet du 30/03/2022]

10 mars 2022

Minority Report / Total Recall - Philip K. Dick

 10e_ChallengedeLImaginaire     2022-en-classiques-Logo2

logochallengeWinterSFFStories Mon article du jour va vous présenter des nouvelles de Philip K. Dirk - dont certaines en lien avec la planète Mars. Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) fais donc d'une pierre plusieurs coups en terme de challenges... avec tous ceux dont vous voyez les logos ci-dessus (et le lien correspondant lorsqu'on y clique!): Challenge de la planète Mars, mais aussi 10e Challenge de l'Imaginaire, challenge "2022 en classiques", et challenge "Winter short stories of SFF". D'une pierre deux coups aussi, encore d'une autre manière, avec les deux volumes en question, titrés respectivement Minority Report et Total Recall. C'est tout simple, peut-on penser?

P1140220

Sauf que... il y a un piège. Et j'ai sauté dedans à pieds joints. J'avais acheté en 2008 le premier volume, paru en 2002 (l'avais-je ou non lu à l'époque, impossible de me le rappeler). Et c'est il y a quelques semaines que j'ai acquis le second, publié, lui, en 2012. Voici les 4e de couv', mettant chacun en avant le film affiché en couverture.

P1140223  P1140221

Et voici maintenant la tranche des deux livres. Vous aviez sans doute deviné...

P1140225P1140226... qu'il s'agit d'un pur relookage marketing du "Folio SF N°109", et que les contenus sont quasi exactement les mêmes, si ce n'est que le second paru comporte quatre pages en moins, celles d'une introduction par Malcolm Edwards. Celle-ci était spécifiquement axée sur Minority Report, alors troisième blockbuster hollywoodien tiré de l'oeuvre de Dick, après Blade Runner et Total Recall (mais attention, hein, celui de 1990, pas celui de 2012 - vous suivez?), et a donc disparu de la nouvelle édition.

Le texte n'a même pas été relu d'une réédition sur l'autre, il contient toujours, par exemple, quelques petites coquilles orthographiques dans Nouveau modèle: "laine" au lieu de "lame" p. 343 et 347, "un section" (au lieu d'"une section"), p. 361 & 365.

Bref, ce petit décryptage achevé, tournons la page, pour en venir maintenant aux nouvelles (traductions de l'américain revues et harmonisées par Hélène Collon). Leurs copyrights en VO s'étendent de 1953 à 1969.

Commençons par celles en rapport avec Mars.

Souvenirs à vendre a inspiré les deux films Total Recall. La nouvelle est moins spectaculaire. Que faire lorsque vous êtes dans la peau d'un minable petit salarié, et que vous rêvez de vous rendre sur la planète Mars (ce qui est totalement hors de vos moyens financiers, bien entendu)? Ce qu'a décidé de faire Douglas Quail (en cachette de sa femme, qui, elle, a les pieds sur terre): recourir aux services d'une société spécialisée dans l'illusion, Mémoire S.A. Comme le vante son patron, "dans votre mémoire, ce sera un vrai voyage; nous vous le garantissons. Quinze jours de souvenirs, remémorés dans le moindre détail". Et accompagnés d'un "kit" de "preuves" du voyage. Mais tout ne se passe pas comme prévu...

Ah, être un Gélate... : la nouvelle commence par une consultation psychanalytique (glissez 20 dollars dans la fente de l'appareil...). Le problème du patient, Georges Munster, ancien combattant? Lors du conflit avec les Gélates, extra-terrestres déjà installés sur Titan et sur Mars avec lesquels les Terriens sont entrés en concurrence (sur fond de changements climatiques visant la planète Mars), il a fait partie des... je dirais "agents de renseignement" que nos scientifiques terriens avaient "transformé" pour leur faire prendre l'apparence (ô combien disgracieuse!) des Gélates. Mais une fois le conflit terminé... que faire?
Pour ma part, j'ai trouvé cette nouvelle assez savoureuse.

Et quelques mots sur les sept autres nouvelles:

Rapport minoritaire (d'où a bien entendu été tiré Minority Report): un jeune loup aux dents longues (Witwer) arrive dans le bureau d'Anderton, le fondateur de la société Précrime. Il est clair qu'il pense devenir le successeur d'Anderton après son départ à la retraite. Une visite de la société s'impose, pour faire la connaissance des trois "précog", des "idiots" dont le seul et unique talent (mais ô combien précieux) est de pouvoir "visualiser" les crimes avant qu'ils se commettent - ce qui permet aux équipes de Précrime d'intervenir "en amont". Depuis des années, tout va bien (un seul meurtre en 5 ans!). Mais le système va dérailler...

Un jeu guerrier: comment de simples jeux de société peuvent-ils risquer de subvertir, justement, la société? C'est pour se prémunir de tous risques qu'un "agrément" doit être donné, par L'Office terrien des critères d'importation, avant la commercialisation de tout produit importé "d'ailleurs". Par exemple, les jeux en provenance de Ganymède. Mais le plus dangereux n'est pas toujours celui qu'on croit... tout au moins aux yeux de l'Américain moyen.

Ce que disent les morts: Louis Sarapis, milliardaire et leader d'opinion, est passé "de l'autre côté". Avant d'être morts, certains (plutôt les riches!) se font "metre en conserve", de manière à ce que ce qui reste de leur "cerveau" puisse converser avec leur famille, sur rendez-vous. Mais Louis ne réduisait pas ses ambitions à cela, apparemment...

La foi de nos pères: dans un univers à peu près aussi contrôlé que celui du 1984 de Gorges Orwell, un fonctionnaire en quête d'avancement social va de découverte en découverte, sous l'influence de drogues ou non...

La fourmi électrique (à ne pas confondre avec Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques): et si chaque univers et les personnes qui le peuplent n'existaient qu'en fonction des données que contient la "mémoire" d'un robot? Et si celui-ci met fin à ses jours?...
Une lointaine inspiration pour Matrix?

Nouveau modèle: dans un monde post-apocalyptique où des soldats perdus persévèrent à s'affronter après un conflit nucléaire Russie-Occident, des intelligences artificielles s'en prennent aux derniers survivants humains. Avant de...

L'imposteur: la Terre lutte contre les "spatiaux" depuis des années, et nos vaisseaux doivent reculer de plus en plus vers notre planète, face à ceux venus d'Alpha du Centaure. Si la défense terrienne paraît assurée grâce à un écran de protection, de nombreux scientifiques travaillent en vain, dans leurs laboratoires de recherche, sur un projet d'arme offensive. Spence Olham est l'un d'eux. Mais voici qu'on l'accuse d'être un espion et que son meilleur ami vient l'arrêter...

Ces nouvelles, pour la plupart, ne dépeignaient pas (litote) un monde où l'on a envie de vivre. Aujourd'hui, nous sommes cependant au seuil de certaines des évolutions que la littérature dickienne anticipait dès les années 1950.

D'autres blogueurs (parfois désormais inactifs) ont pu bien sûr parler de l'une ou l'autre version de ce recueil. Beryl Eastern a rédigé un résumé très complet de Rapport minoritaire. Le site (professionnel) Le Tourne page présente le recueil de nouvelles. Curtis aussi. Aniouchka également (dernière MAJ en 2017). Voir aussi Encre et bannière, Cherry livres (dernière MAJ en 2016), Julien le naufragé (dernière MAJ en 2019). Aude comparait nouvelle et film pour Minority report (dernière MAJ en 2016).

7 mars 2022

Dessiner encore - Coco

Le livre que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente aujourd'hui m'a été offert en 2021, plus ou moins à l'occasion de mon anniversaire. J'avais évoqué la "campagne de communication" (affichage dans le métro) qui avait accompagné son lancement, lors d'un billet, l'an dernier, qui concernait Coco: nature, culture et poil à gratter. Cette fois, c'est bien l'ouvrage de Coco que j'évoque.

P1140206  P1140217  
Dessiner encore, Coco, Les Arènes éditions, 346 pages, 2021

Ce livre est l'oeuvre cathartique -encore une- d'une dessinatrice de l'équipe de Charlie Hebdo qui a subi intimement le traumatisme du massacre du 7 janvier 2015. Le livre commence par des images d'une grande vague bleue (vague d'Hokusai, vaque scélérate?) qui emporte une petite silhouette noire avec un crayon à la main - celle de la dessinatrice, qui l'engloutit, qui la fait couler... Et puis? Dessiner, dessiner pour ne plus penser (p.21)? On voit ensuite Coco tenter, sur les conseils de quelques membres de l'équipe de Charlie, l'EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing), sans être convaincue: ce n'est pas son truc comme thérapie. Elle n'a pas été au-delà de la seconde séance. Un autre thérapeute, plus classique, est capable, lui, de l'entendre, d'écouter le récit explicatif qui constitue une grande partie du livre, et de lui tendre en silence le mouchoir nécessaire au bon moment (p.299).  

Entre autres exemples, Coco se remémore à un moment un débat sur les banlieues entre Onc' Bernard et Tignous, le matin du 7 janvier, Bernard Maris disant qu'on avait tout tenté et injecté des milliards, Tignous répliquant "je connais la banlieue, j'y vis... Il n'y a pas de crèche, en banlieue!" (p.100-101). Et puis (p.108) déboulent l'horreur, les horribles (des silhouettes noires qui font penser au masque de Scream, sans la bouche...). Face à elles/à eux, une silhouette bleue, pitoyable, qui ne cesse pas d'être sous les gueules des fusils d'assaut. Et des pages remplies de hachures noires. Ensuite, on vit / on vit des enchaînements "et si" de plus en plus rapides de la petite silhouette féminine sous la menace des deux fanatiques armés, en alternance avec des cases à aplat d'un rouge de sang, sur une douzaine de pages (pp.133-144). Aucune alternative viable. Puis revient le bleu insondable qui engloutit la petite silhouette, couleur qui tourne au marronnasse (de la dépression?), avant que reviennent à la surface des images auxquelles se raccrocher: celles du collectif préparant le "journal des survivants", à partir du 9 janvier, chez Libération (p.154-155). Et des réminiscences d'un premier hébergement dans les locaux de cette rédaction engagée. Occasion de se repasser le film des précédents "problèmes" et jugements divers subis par Charlie, en retournant aux origines de l'affaire des caricatures", à partir de 2005-2006 (p.180 et suivantes). Sur une page, elle clame: "Les dessinateurs ne se cachent pas derrière des cagoules, eux. Ce sont des pacifiques, qui s'amusent, tout en défendant leurs idées. Un dessin ne tue pas ...". Cela m'a fait repenser aux mots que j'ai lu quelque part (Philippe Lançon? Riss?), "notre petit journal qui n'avait fait de mal à personne" (ou quelque chose comme ça...). Ci-dessous quelques-unes des pages que j'ai citées.

P1140208 p.154-155

P1140209 p.100-101

P1140211 p.142-143

P1140212 p.198-199 (un mouvement oculaire?).

P1140213 p.273 (une belle réinterprétation de la fable "Le loup et l'agneau" illustrée par Gustave Doré - sur la page précédente figurait le héron que j'ai déjà montré dans un précédent article). Tout le monde connaît la mauvaise foi du loup, bien sûr. 

P1140216 p.171 

P1140215 p.299. 

Coco évoque encore, dans ces jours sombres, le traumatisme du massacre de l'hyper-Cacher à Vincennes, le 9 janvier. Et la manifestation du dimanche 11 janvier 2015. J'y étais, et je sais qu'y étaient aussi un certain nombre des "anciens" du petit canard étudiant dont j'ai fait partie dans les années 1980-2000. Avec, évidemment, des millions d'autres personnes.

Le livre se termine sur le premier "reportage dessiné" de Coco, sur une autre crèche, la "crèche vivante" de Civitas, dans les beaux quartiers, en décembre 2014.

Je n'ai bien évidemment pu citer que quelques-unes des pages de cette longue BD. Lisez-la, et même relisez-la. Vous trouverez d'autres choix d'images sur d'autres blogs. Par exemple, sur L'Apostrophée (près de 10 minutes d'entretien de Coco avec Léa Salamé pour France Inter, sur son "récit graphique", le 8 mars 2021), Encoreunetranche, Collectif polar: chroniques de nuit, Culture VsNews, Carnets 2 Wees-ends, le blog de Noctenbule (avec un long entretien sur France Culture). Ou juste d'autres textes de chroniques, comme chez PativoreJadorelalecture, Trouble bibliomane, Au fil des livres, Le coin lecture de Nath, Athalie, avec une mention spéciale pour le court texte du blog Nouveautés littérature jeunesse... (liste non exhaustive).

Je tâcherai de me procurer avant la fin de l'année la BD de Luz, Indélébiles.

*** Je suis Charlie ***

6 mars 2022

Les derniers jours des fauves - Jérôme Leroy

P1140219

Je voulais remercier l'écrivain de ce roman, Monsieur Jérôme Leroy, de m'avoir fait passé un excellent moment de lecture. C'est le cinquième roman que je lis de cet auteur. Les derniers jours des fauves (Editions La manufacture de livres, 429 pages haletantes) se passe de nos jours en France en plein confinemenet (à cause de la pandémie) et en pleine canicule (depuis plusieurs mois) pendant le quinquennat de Nathalie Sechard, 58 ans, à la tête du parti Nouvelle Société (centre droit). Elle a décidé de ne pas se représenter aux prochaines élections qui auront lieu dans moins d'un an. Elle ne veut plus être la présidente d'un pays riche peuplé de pauvres. Peut-être veut-elle profiter de son mari Jason Perros, qui a vingt-six ans de moins qu'elle. Ils se connaissent depuis onze ans. Parmi les membres du gouvernement, il y a Patrick Beauséant, 71 ans, le ministre de l'Intérieur, de l'Outremer, des Collectivités territoriales, de l'Immigration, de la Lutte antiterroriste et des Cultes. C'est un homme de droite voire très à droite qui n'a aucun état d'âme ou presque. Il élimine tout ceux qui le gênent dans son entreprise de devenir le prochain président de la République. Son principal rival s'appelle Guillaume Manerville, la cinquantaine, veuf inconsolé depuis vingt ans qui ne vit que pour sa fille Clio. Maire d'une petite ville du nord appelée Cournai, il est aussi le ministre d'Etat de l'Ecologie sociale et solidaire. Lui aussi souhaite se présenter à la présidence de la république. Agée de 21 ans, Clio, normalienne aux idées de gauche, est une jeune femme assez exceptionnelle. C'est elle qui va devenir la cible de Beauséant mais Le capitaine, surnom d'un dénommé Joseph, le meilleur ami de Guillaume et de sa défunte femme Pauline, veille sur Clio. C'est un ancien militaire et mercenaire. Le rythme du roman est trépidant sans temps mort. Comme les romans précédents, c'est très bien écrit et je trouve qu'il y de l'humour même s'il y a quelques cadavres. C'est aussi un roman qui parle d'amour. Il y des références au cinéma et des allusions à des écrivains par l'intermédiaire des lieux où ils sont nés ou ont vécu: Combourg, Illiers Combray, Bellac, Chateau-Thierry, Charleville-Mézières, Saint-Brieuc, etc. Un roman que je recommande chaudement.

5 mars 2022

Cycle "John Carter" - Edgar R. Burroughs

2022-en-classiques-Logo1                          10e_ChallengedeLImaginaire 

J'ai poursuivi mon Challenge de la planète Mars (lancé par moi-même, ta d loi du cine, "squatter" chez dasola), en relisant cinq volumes que j'avais achetés dans les années 1980. Il s'agit des cinq tomes du cycle John Carter, d'Edgar Rice Burroughs, publié par Edition spéciale, sous la responsabilité de Jean-Claude Lattès, au tout début des années 1970. Nettement moins que connu du grand public que Tarzan, l'un des autres héros créés par Burroughs, John Carter a pourtant fait rêver plusieurs générations d'adolescents depuis plus d'un siècle. Il a donc aussi toute sa place dans le Challenge "2022 en classiques".

   P1140002

Publié aux Etats-Unis en feuilleton en 1912 puis en volume en 1916, le premier tome du cycle a été traduit en français dès 1937 (parution chez Hachette en 1938-39 sous le titre Le conquérant de la planète Mars, c'est dans cette édition que je le lisais quand j'étais gamin)... Mais c'est surtout Jean-Claude Lattès qui a relancé d'abord l'édition de Tarzan, puis de John Carter, et d'un troisième cycle, Pellucidar, sans pourtant les mener à terme. Ainsi, le sixième tome annoncé en 4ème de couv' des T.4 et 5, Le cerveau de Mars, semble ne jamais être paru... 

P1130999Le premier épisode du cycle, Les conquérants de Mars (dans cette édition!), pose les postulats. Notre héros, John Carter, est sorti du néant. Le livre utilise le vieux ressort d'un manuscrit récupéré de "l'oncle Jack", qui fréquentait, paraît-il, avant la guerre de Sécession, la maison familiale de celui qui le publie. Il est parti participer à cette guerre avant de revenir inopinément une bonne quinzaine d'années plus tard, riche d'argent. Le portait du "splendide échantillon d'humanité" est brossé: plus d'un mètre 90, large d'épaules et étroit de hanches, cheveux noirs et drus, yeux d'un gris métallique. Il semble mourir en mars 1886, en laissant des instructions pour que son corps soit déposé dans un cercueil ouvert, dans un caveau qu'il a fait construire et dont la serrure ne peut s'ouvrir que de l'intérieur (ciel, un vampire? NDLR). Quant au fameux manuscrit, il devait rester cacheté pendant 10 ans, et n'être divulgué que 20 ans après la date de la mort (ce qui nous amenait vers 1906 ou 1907?). Nous y voilà, le fameux manuscrit est un récit à la première personne. Mars est vivable, et habitée. Mais foin d'un humanisme pacifique, les créatures martiennes les plus proches des hommes "terriens" ne sont pas les moins belliqueuses. Et si les armes sont plus avancées que celles utilisées pendant la guerre de Sécession, c'est qu'elles sont le fruit d'une science qui remonte à des millions d'années... Et vu la compatibilité génétique qui semble conclure l'ouvrage, on peut se demander (même si ce n'est jamais explicité) si, par hasard, nos lointains ancêtres sur terre ne découleraient pas d'une expédition martienne. Je dirai juste que le terrien (?) John Carter a plus que bien mené sa barque (ou son aéroplane) durant ses aventures martiennes alors qu'il séjournait sur la planète rouge, sans trop savoir comment il y était arrivé ni comment il en est revenu (mystères...).

P1130997L'épisode suivant avait également été traduit et publié en 1937. Pour Les dieux de Mars (qui reprend l'histoire de John Carter exactement là où la fin du 1er volume de la saga l'avait laissé), notre auteur adopte des solutions sacrément culotté. Bien entendu, notre héros n'est pas revenu sur la planète rouge à l'endroit d'où il en avait disparu pour rejoindre la terre, ce serait trop simple. Ayant besoin, dans le fil du récit, d'arriver presque à la fin d'un délai d'un an avant les pires supplices pour l'épouse de son héros, Mister Burroughs met celui-ci en prison chez ses ennemis... Et un paragraphe de six lignes (p.212) le laisse se morfondre pendant des mois à essayer en vain d'user ses chaînes ou de trouver une idée pour s'en sortir, avant que l'action accélère de nouveau et que, quelques pages plus loin, il se soit libéré et ait réuni une armée d'un ou deux millions de guerriers (je m'y perds...)! Dans les grandes scènes de bataille, dans ce volume comme dans d'autres, on peut trouver des réminiscences homériques (L'Iliade), avec d'un côté des héros nommément cités pour lesquels on suit les détails haletants du moindre duel, et de l'autre la piétaille qui se massacre joyeusement, par milliers de guerriers, dans l'anonymat le plus complet. Et ce volume (rédigé en feuilleton au 1er semestre 1913) se clôt encore dans un suspense insoutenable (mais comment ont-ils pu le supporter, les lecteurs français de 1937?).   

P1130998Le troisième tome a été publié en français en 1971 seulement. Le feuilleton américain s'était, lui, étiré sur 1913-1914. Dans Le guerrier de Mars, John Carter poursuit son exploration des arcanes cachées de Mars (il n'a manifestement pas réussi à faire tomber toutes les superstitions qui avaient cours sur la planète rouge avant son arrivée, si grande soit la place qu'il y a prise!). Il continue aussi à chercher son épouse, toujours aussi enlevée que précédemment. Il ne faut pas chercher trop d'épaisseur psychologique ou de sens de la nuance aux caractères des différents personnages, alliés ou ennemis. Les héros ne meurent jamais. A la fin, notre terrien (?) est nommé, en quelque sorte, généralissime de toute la planète Mars. On se demande bien comment rebondir encore après cela (... et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants?).

P1130996Ah bah ça tombe bien, place aux jeunes, le quatrième tome de la saga, La princesse de Mars, est centré sur Thuvia, la "promise" du fils de John Carter (hé oui, Carthoris est adulte, comme le temps passe... On peut aussi noter que le titre anglais du tout premier volume de la série était A Princess of Mars (mais visait Dejah Thoris, princesse d'Helium), cependant que le titre anglais de ce quatrième opus est Thuvia, Maid of Mars (alors que le mot "vierge n'était peut-être plus trop à la mode en France, lors de la parution en 1971?). Je ne sais pas si l'auteur aurait pu dire "je crois aux forces de l'esprit" en étant sincère, ou bien s'il use juste d'artifices littéraires pour expliquer comment une cité quasi-déserte peut résister durant des siècles à des hordes d'envahisseurs potentiels. 

P1140001Dans le cinquième tome paru dans cette collection, Echecs sur Mars, John Carter n'est plus non plus le "héros principal". La planète rouge n'a pas fini de dissimuler des surprises. Ainsi, cette fois, c'est... la fille de John Carter et de Dejah Thoris que nous découvrons comme nouvelle héroïne, via un prologue de trois pages qui se passe sur terre (John Carter a résolu le problème des voyages Mars-Terre, et peut désormais venir se présenter au narrateur, non pas tout nu, mais avec son harnachement "guerrier de Mars" complet: épée et pistolet). Mais quand donc cette Tara est-elle sortie de l'oeuf ("la terre rouge de Tara", moi, ça me fait songer à Autant en emporte le vent)? Comment se fait-il que l'on n'ait jamais entendu parler d'elle dans les volumes précédents, si elle est juste "un peu plus jeune que Carthoris"? Mystères des feuilletons (cette histoire-là a été publiée en 1922). En tout cas, durant les moult aventures qu'elle va connaître, elle aura tôt fait de se trouver un chevalier servant, voire même plus d'un... La locution "la tête et les jambes" trouve une illustration plus ou moins hideuse dans ce roman. Dans les deux dernières pages, "son histoire terminée, John Carter se leva du siège placé en face de moi" avant de repartir, non sans avoir expliqué en quelques mots au narrateur les points du récit qui avaent pu rester obscurs dans le fil de la narration... (astuce à retenir!). 

On peut encore noter que ce cinquième tome contient beaucoup plus de "matière" que les précédents. Je ne peux évidemment pas compter le nombre de mots ou de caractères "sur le papier" (et je n'ai pas regardé ce qu'il en serait dans des versions électroniques), alors j'ai pris des photos (ci-dessous). Je ne sais pas si le résultat en est très lisible/visible, mais je voulais mettre en évidence la différence de corps de police de caractères ainsi que le nombre de lignes à la page entre le tome 4 (30 lignes, p.10) et le tome 5 (38 lignes, p.20)... 

P1140006 t.5 (p.20)  P1140007 t.4 (p.10)  P1140005

Je viens aussi de faire quelques vérifications sur le catalogue en ligne de la BnF (Bibliothèque nationale de France). John Carter a ensuite, plus récemment (et plus complètement), été publié aux Editions Lefrancq. En 1994, le premier tome de son "Cycle de Mars" (1269 p.) correspondait à ces cinq premiers titres. Le tome 2 paru en 1995 (1175 p.) donnait à lire les six dernières aventures participant de ce cycle. Et c'est tout! S'il a aussi écrit d'autres cycles (de la lune, de Vénus...), s'il a emmené Tarzan à Pellucidar, Burroughs n'a jamais (d)écrit les aventures de Tarzan sur Mars ou (de) John Carter dans la jungle. Peut-être ses "successeurs" l'ont-ils fait (je n'ai pas vérifié)?

Si j'ai relu pour le présent billet les 5 tomes que je possédais déjà, je n'ai pas cherché à me procurer les 6 opus suivants. Je ne m'interdisais pas de les emprunter en bibliothèque pour un éventuel second billet sur John Carter... en espérant qu'il y aurait eu suffisamment de manifestations d'intérêt sur ce billet-ci pour me motiver, mais je pense que le temps va désormais me manquer d'ici la fin du mois de mars 2022. La dernière actualité autour de ce héros de roman remontant à 2012 (avec la sortie du film John Carter d'Andrew Stanton - que je n'ai jamais vu), je risque de ne pas avoir beaucoup de commentaires sur ce billet... 

Pour ceux qui voudraient en savoir davantage sur ce "Cycle de Mars", ils peuvent consulter le blog Crimes à la belle époque. Il est aussi décortiqué avec pas mal d'ironie par Nébal. On trouve encore une longue chronique par Infocomète (plus de MAJ de ce blog depuis 2017).

En terme de postérité, quelques décennies séparent Edgar R. Burroughs de Jack Vance et son cycle de Tshaï, mais je pense que le héros vancien, Adam Reith, n'aurait jamais existé sans John Carter. Comme lui, humain fort et intelligent perdu sur une planète hostile, il finit après moult aventures par changer celle-ci et le sort de ses habitants. Mais comme ce n'est pas Mars, je n'en dirai pas davantage ici!

25 février 2022

Martiens, go home! - Fredric Brown


10e_ChallengedeLImaginaire     2022-en-classiques-Logo2  *

 

 

 

 J'ai (ta d loi du cine,"squatter" chez dasola) fini par dénicher un exemplaire du livre qu'avait chroniqué dès mars 2021 une des toutes premières participantes au Challenge de la planète Mars. Alors que le monde (occidental) regarde à la télévision aujourd'hui [vendredi 25 février 2022] des images d'une invasion prédite avant d'être effective, j'ai l'impression que les grandes manifestations populaires qu'on connaissait jadis ont autant de retard à l'allumage que les éventuelles sanctions qui seront prises contre l'envahisseur. Le titre que je chronique présentement fait écho de manière humoristique aux "US go home!" de naguère, puisqu'il s'agit de Martiens, go home! de Fredric Brown. Ce classique de la SF, paru en 1954 aux Etats-Unis et traduit en français en 1957, bénéficie d'une certaine notoriété, comme en témoignent les nombreux liens que j'ai pu mettre en fin d'article.

P1140205

La couverture ci-dessus donne une interprétation acceptable de l'oeuvre: un gnome vert (les oreilles pointues me semblent une licence artistique de l'illustrateur Frank Kelly Freas) en train de vous regarder d'un air narquois à travers le trou de la serrure (il existe bien sûr des illustrations qui diffèrent de celle de l'édition que je possède) (1)

Un personnage apparaît comme le fil conducteur de l'oeuvre, sinon le véritable héros: il s'agit d'un certain Luke Devereaux, écrivain de son état, plongé dans les affres solitaires de la page blanche quand le roman commence, le 26 mars 1964. "Laissant muser son imagination, il se demanda brusquement: et si les Martiens...?". Simultanément, on frappe à la porte de sa cabane. Et ce n'est pas un cadeau: "Salut toto, dit le petit homme vert. C'est bien la terre ici?". S'ensuivent 15 pages de persécutions à sens unique. Mais la créature mal embouchée n'est pas seule: un milliard de Martiens se sont téléportés sur notre planète. Immatériels, dotés d'une vision de superman (celle à rayons X), l'humanité ne peut rien leur cacher, nulle part, ni s'en débarrasser d'aucune manière, et ils se font un plaisir de claironner à tout l'univers les petits secrets de tout un chacun (pour eux, tous les hommes s'appellent toto, et toutes les femmes "chouquette" - quel manque de respect, n'est-ce pas?). Page 64, une énumération de 47 qualificatifs commence par "ils se montraient acariatres" et se termine par "ils étaient (...) zélés à la tâche de faire vaciller la raison de quiconque entrait en leur contact". De quoi déprimer les trois milliards d'humains. D'où d'abominables conséquences: le Président des Etats-Unis, en son for intérieur (p.104), doit bien constater que la situation est grave, car la Bourse baisse, l'industrie du spectacle approche de la ruine; et que faire des soldats de l'Armée, inaptes à tout autre emploi utile? On aura noté que, de l'autre côté du rideau de fer, nos Martiens sévissent en toute équité. Impossble désormais de recourir à la propagande: "les Martiens se faisaient un plaisir de souligner à grand renfort de publicité le plus petit coup de pouce donné à la réalité" (p.102). J'ai aussi savouré les diverses réactions des religions face au phénomène martien, chacune y allant de sa solution (encore une énumération pour qualifier nos envahisseurs, depuis "anges du mal" jusqu'à "trolls", avec pas moins de 25 items). Je me dis qu'un lecteur contemporain peut aussi songer (encore un anachronisme!) à ce que l'auteur n'avait sûrement pas pu y mettre à l'époque, et identifier ses "Martiens" avec d'autres "trolls", ceux qui "pourrissent" les échanges sur les réseaux sociaux, ou encore avec les harceleurs divers et variés qui "détruisent" la vie (réelle, et pas seulement numérique) de leurs victimes. Mais revenons à notre Luke Devereaux. Finalement, les choses n'ont pas si mal tourné que cela pour lui. Notre écrivain a "évacué" à sa manière la question martienne, s'est rabiboché avec son ex-épouse, et a pondu en cinq semaines de réclusion semi-volontaire dans une clinique psychatrique la meilleure de ses oeuvres (un western). Ne (lui) reste plus qu'à délivrer l'humanité tout entière de ses persécuteurs. Peut-être grâce à ses efforts personnels, ou bien encore à ceux de quelques centaines de milliers de personnes tendues vers le même but en parallèle (et qui, selon la définition classique, ne se rencontreront jamais), les Martiens s'évaporent tous ensemble le 19 août 1964, cent quarante-six jours et cinquante minutes après leur première apparition. Bon, quand j'ai dit cela, je n'ai pas vraiment "spoilé" le roman, il vous reste surtout à en déguster chaque péripétie en savourant l'art avec lequel elle est contée. J'avoue pour ma part avoir apprécié la digne sortie de scène du secrétaire général de l'ONU, humilié par les Martiens qu'il venait de conjurer d'accepter la parole des Terriens de ne jamais aller les déranger sur Mars en ayant réussi le miracle de faire parler toute l'humanité d'une seule voix pour cela: quand on vous répond "va te faire enc..., toto", si l'on est brave, que peut-on faire?

A défaut de la critique de Girlymamie (qui a carrément supprimé son blog de peur de se faire piller ses articles), j'ai trouvé (ou retrouvé) une bonne quantité de billets ayant chroniqué Martiens, go home! au fil des ans. Citons-les par ordre alphabétique: Elessar, Elhyandra, Elwyn (navigatrice de l'imaginaire), ErwelynEsprit S.F. (dernière MAJ en 2020), FeyGirl, le site collectif Le galion des étoiles, Lhisbei, la bibliothèque de Loki (dernière MAJ en 2021), Lorkhan, chez Nirgal (dernière MAJ en 2021), et l'ancien blog de XL.

Bonne lecture!

(1) Voir notamment Chroniques martiennes.

* Edit du 27/02/2022: je viens de découvrir le Challenge "2022 en classiques" proposé par Blandine et Nathalie. C'est trop tentant... Après, comme il y a du coup deux logos, je les mettrai alternativement!

21 février 2022

Le mur des silences - Arnaldur Indridason

P1140201

Encore une fois, j'ai eu beaucoup de plaisir à retrouver Konrad, le policier de Reyjkjavik à la retraite, qui continue d'enquêter sur la mort violente de son père en 1963. Malgré ses défauts, je me suis attachée à ce personnage qui n'a pas eu une enfance facile. Dans ce roman, on constate que Konrad se rapproche de la vérité mais... Pendant ce temps, un cadavre est retrouvé dans la cave d'une maison. Il se trouvait derrière un mur depuis des années. C'est une femme, la dernière occupante de la maison, qui est allée  voir Eyglo, une medium (personnage que l'on croise dans les romans précédents). La femme a demandé à Eyglo de l'accompagner chez elle. Depuis quatre ans qu'elle habite la maison, elle souffre d'une angoisse permanente. Les policiers sont très peu présents dans le roman. En revanche, on fait la connaissance d'Elisa, de son mari Stan d'origine américaine, de Benony, de Tommy, de Mikki et de quelques autres en 1963, au moment où le drame a lieu. Stan est un être violent qui bat sa femme. Benony, Tommy et Mikki sont des petits délinquants qui cambriolent la demeure d'un médecin. Ils n'auraient jamais dû prendre certaines photos. Ils se débarrassent de leur larcin en s'adressant à un certain Seppi (le père de Konrad). Le récit alterne entre l'enquête de Konrad sur la mort de son père et sur ses relations houleuses avec son fils. Konrad se sent bien seul et il fait le vide autour de lui  et de tout ce qui se passe en 1963. Je ne vous dirai rien de plus car le suspense est là jusqu'à la dernière page. Un roman que je recommande même si je conseille pour mieux comprendre le personnage de Konrad de lire les trois romans précédents : Ce que savait la nuit, Les Fantômes de Reykjavik et La Pierre du remords. Lire le billet d'Aifelle

20 février 2022

Au seuil du futur - Howard Fast

    10e_ChallengedeLImaginaire  2022-en-classiques-Logo 

logochallengeWinterSFFStories ** 

Voici un premier billet en 2022 pour mes participations au Challenge de la planète Mars et au 10e Challenge de l'Imaginaire. Alors que j'ai déjà chroniqué naguère un livre d'Howard Fast, je n'avais pas regardé avec précision ce qui concernait sa vie et son oeuvre. Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) le situais vaguement dans la même chronologie que Georges Orwell (mort à 47 ans en 1953), alors qu'en fait Howard Fast est né en 1914 et est décédé au début du XXIe siècle (en 2003), presque nonagénaire. Le recueil de nouvelles que je vous présente aujourd'hui, dans le cadre du Challenge de la planète Mars, a été publié en 1961 sous le titre The Edge of Tomorrow. Mon édition en français (Au seuil du futur, Bibliothèque Marabout, n°266, 246 pages, 1ère éd. 1966) a été imprimée en 1972. Même si ce bouquin est bien plus jeune que moi, on sent que le poids des ans (un demi-siècle) est passé sur ce livre "format poche" désormais fragile. Le papier est fort jauni, et je ne me risquerai guère à le plier - ni à le mettre sans protection dans une poche d'anorak! *

P1140200

Sur les huit nouvelles composant le recueil, deux seulement concernent Mars.

Caton le Martien revisite Tite-Live et les guerres puniques d'une manière très philosophique. Après avoir capté les émissions de télévision et de radio terriennes, et se fondant sur ce qu'ils en perçoivent du caractère humain, les Martiens entraînés par un leader forcément plus malin que les autres décident de réchauffer la guerre froide. Mais à qui en cuira-t-il? Sur Mars, on ne parle qu'une seule langue (à défaut de parler d'une seule voix). J'avoue avoir été interpellé par le mépris dans lequel nos érudits Martiens semblent tenir notre langue française, "une langue qui n'est parlée que par une poignée d'habitants du continent européen" (et autant pour l'éditeur belge Marabout...?). A cette aune, l'auteur de Spartacus devait être anticolonialiste. Et le fameux "Vive le Québec libre!" n'avait pas encore été prononcé par notre De Gaulle national.

Made in Mars raconte comment quelques produits merveilleux présentés dans une poignée de boutiques chics suffisent à bouleverser le sort de notre Terre, dans une logique de capitalisme concurrentiel. Et les millions de dollars valsent... avant, pendant et après la campagne marketing, qui a pris fin inopinément. J'ai déniché un site faisant référence de manière amusante à cette nouvelle, sous forme d'un exercice de style d'une promotion d'étudiants.

Je vais juste dire quelques mots des six autres nouvelles.

Les premiers hommes a fait écho, chez moi, au livre de Barjavel Le grand secret. Je considère en tout cas que cette nouvelle-là permet d'inscrire le livre dans le thème bimestriel "famille choisie" du 10e Challenge de l'Imaginaire.

La fourmi géante évoque les réactions provoquées chez l'Américain moyen à la vue d'une forme de vie inhabituelle.

Du temps et des chats développe de manière plutôt classique le thème du paradoxe temporel.

L'affaire Kovac est peut-être celle que j'ai trouvée la plus originale et la plus intéressante. Elle fait écho à quelques thèmes de récits d'anticipation tels que pouvait les concevoir Jack London (dans sa nouvelle Goliath, par exemple).

La vue de l'Eden m'a fait penser à la philosophie des Chroniques martiennes de Bradbury (que j'espère arriver à chroniquer d'une manière ou d'une autre avant le 31 mars 2022).

J'ai cherché si je trouvais des blogs ayant parlé du recueil Au seuil du futur. On peut trouver des avis sur Babelio (mais ce n'est pas ma tasse de thé). Un site (et non un blog) en parle: la bibliothèque de Gloubik. Si vous trouvez d'autres références, je suis preneur bien entendu.

* Edit du 21/02/2022: pour répondre à Ingamnic, les nouvelles en elles-mêmes ont mieux traversé les décennies que leur "support matériel" lui-même! Plusieurs restent surprenantes.

* Edit du 27/02/2022: je viens de découvrir le Challenge "2022 en classiques" proposé par Nathalie et Blandine. C'est trop tentant... Après, comme il y a du coup deux logos, je les mettrai alternativement!

** Edit du 03/03/2022: et encore un Challenge (qui se termine le 31 mars 2022 - quatre mois, c'est "court"!), "Winter short stories of SFF", proposé par Célindanaé pour mettre en avant les "nouvelles" ou "novellas".

7 février 2022

Lettre à mon fils Charb - Denise Charbonnier

C'est dasola qui m'a procuré ce livre que j'avais (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) repéré il y a déjà plusieurs semaines, Lettre à mon fils Charb, de Denise Charbonnier, paru en mai 2021 (176 pages). 

  Lettre-a-mon-fils-Charb

Le livre entrelace deux chronologies: d'une part, celle de la manière dont est vécue l'année 2020, depuis le 7 janvier 2020 (cinq ans après le massacre de Charlie Hebdo) jusqu'au 31 décembre 2020, un réveillon de plus en l'absence de Stéphane Charbonnier, dit Charb, fils ainé de Denise. Et d'autre part, le mois de janvier 2015, à partir de ce 7 janvier de malheur. Une petite soixantaine de jours-chapitres, avec quelques doublons et retours en arrière, certaines pages pour telle ou telle journée ne comportant que trois lignes, lui permettent de s'adresser à son "Chachane", surnom bégayé à l'origine par une jeune cousine du garçonnet. Le livre se clôt sur le dernier Noël passé par Charb avec sa famille, le 25 décembre 2014. 

La presse avait rendu compte à l'époque (2015), de manière plus ou moins sensationnaliste, de différents épisodes (l'affaire de la négation de la relation de Charb avec Jeannette Bougrab par exemple, ou le versement de l'argent récolté par Charlie pour les familles des victimes). Denise Charbonnier donne ici sa version des faits. Ainsi, alors qu'on continue à pouvoir lire sur internet (et même sur Wikipedia) que Laurent Charbonnier, le frère de Charb, avait démenti formellement l'engagement relationnel de Charb avec Jeannette Bougrab, Madame Charbonnier explique que c'est lors de leur trajet en voiture, de retour de l'Institut Médico-légal où la famille avait été reconnaître le corps de Charb, que l'AFP a contacté Laurent, pour lui demander confirmation de ce que l'Agence s'apprétait à publier (?). Denise Charbonnier précise que le père de Charb lui avait demandé si Jeannette et lui avait bien une relation (et qu'il avait répondu par l'affirmative), qu'il leur parlait d'elle et leur montrait des photos de lui-même avec la petite fille, May, de cette compagne.

Madame Charbonnier semble ne plus avoir trop foi dans le sérieux des services de l'Etat. Elle garde manifestement rancune à François Hollande d'avoir fait sienne la version policière disant que les deux assassins étaient tellement déterminés que la présence d'un véhicule statique en bas de Charlie Hebdo (retiré à la demande d'un syndicat de policiers quelques mois avant l'attentat) n'aurait rien changé, mais aurait amené le décès supplémentaire de policiers. Et c'est avec amertume qu'elle constate que, malgré les menaces qui étaient connues, ni son fils ni le journal qu'il dirigeait n'ont été à l'abri. 

Elle n'a garde d'oublier les erreurs d'état-civil, que ce soit sur une plaque d'hommage où le nom de Wolinski était gravé avec un "y" final, ou lors du procès des complices ayant fourni les armes des attentats de janvier 2015, au cours duquel les prénoms voire le patronyme de plusieurs victimes ont été énoncés de manière erronée (fac-similé d'un passage de l'ordonnance du tribunal reçue en janvier 2019 à l'appui, p.47). L'une des dernières journées évoquées est celle du verdict, le 16 décembre 2020.

Bien entendu, cette maman nous raconte aussi au fil des pages l'enfance, l'adolescence, la jeunesse de son fils aîné. Gamin, il dessinait déjà, quelques photos l'attestent dans un cahier central (par ailleurs, p.27, je n'ai pas compris comment, au collège, sa prof de français pouvait être aussi celle de dessin). Elle précise que bien des aspects de sa vie (voire les plus dangereux), elle les a découverts petit à petit - il les en protégeait.

La page de titre mentionne, sous le nom de l'auteur, "avec Liliane Roudière". Vérification faite, celle-ci avait été "responsable presse et communication" chez Charlie Hebdo de 1998 à 2008. Je suppose qu'elle a "accompagné" Denise Charbonnier dans la préparation éditoriale de ce livre-témoignage. La postface de Richard Malka, l'avocat de Charlie Hebdo, est un véritable manifeste explicitant l'engagement de Charb. 

Je n'ai pas réussi, aujourd'hui, à trouver de blog littéraire ayant chroniqué ce livre. En faisant une recherche sur G@@gle avec des mots-clés tels que "chronique blog livres denise charbonnier lettre fils charb", on obtient quelques résultats (titres de presse, librairies...), mais surtout un avertissement "Certains résultats peuvent avoir été supprimés conformément à la loi européenne sur la protection des données". Que les blogueurs-euses ayant rédigé une chronique n'hésitent pas à me demander d'en rajouter le lien! Dans des sites de presse ou d'associations, on peut en trouver, par exemple sur celui de l'ass. Apprivoiser l'absence qui reprend un article paru dans Siné mensuel. Le site de Charlie Hebdo donne à lire en ligne l'article de Gérard Biard sur le livre, paru dans Charlie N°1500 du 21/04/2021 et celui de Luce Lapin paru dans le N°1504 du 19/05/2021. 

En conclusion, ce livre fait écho à ceux déjà publiés par d'autres proches des victimes du massacre. Je n'ai pas encore lu ceux concernant Bernard Maris (Prends le temps de penser à moi, écrit par sa fille), Tignous (Si tu meurs, je te tue, écrit par sa veuve), ou même celui que deux des filles de Wolinski (Elsa et Natacha) ont écrit en prenant comme sujet "en abyme" Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy, avec en sous-titre "Histoire de soeurs" (peut-être existe-t-il encore d'autres "livres de proches" que je n'ai pas repérés).

*** Je suis Charlie ***

6 février 2022

La propriété - Rutu Modan

P1140191

J'ai trouvé par hasard dans une bibliothèque de Paris que je fréquente La propriété de Rutu Modan. Je me rappelais avoir vu il y a quelques années sur des blogs le titre et la couverture de ce roman graphique édité aux Editions Actes Sud (232 pages). Je l'ai lu en un peu plus d'une heure avec beaucoup de plaisir. L'histoire se déroule sur une semaine. Regina et Mica Ségal, la grand-mère et sa petite-fille, prennent l'avion de Jérusalem pour aller à Varsovie. Dans l'avion, il y a toute une bande d'ados qui doivent visiter Treblinka et Majdanek. Dans le même avion, on trouve aussi Avram Yagodnik, un chantre et ami de la famille, qui va rapidement se révéler très "collant" et intrusif. On saura pourquoi. A Varsovie, Regina et Mica sont venues non dans un but touristisque, mais parce qu'elles doivent récupérer une propriété, en l'occurrence un appartement spolié dès le début de la deuxième guerre mondiale dans un immeuble en ville. Mais Régina qui a un sacré caractère devient odieuse avec sa petite fille. Elle retrouve un certain Roman Gorski qu'elle a connu 70 ans auparavant. Tandis que Mica elle, fait la connaissance de Tomasz Novak, un dessinateur de BD et guide pour touristes dans l'ancien ghetto juif de Varsovie. C'est une BD très agréable à lire avec des moments émouvants et des personnages très contrastés, et pas forcément sympathiques au demeurant. Je ne connaissais pas cette dessinatrice qui a publié, en 2021, un nouveau roman graphique, Tunnels.

Lire les billets de Keisha, AifelleMilou et ChezMo

P1140192

P1140193

P1140194

28 janvier 2022

Un tueur sur mesure - Sam Millar

P1140190

J'ai lu quelques romans de cet écrivain ancien membre de l'IRA qui a fait de la prison comme activiste politique et qui, aux Etats-Unis, a été prisonnier de droit commun pour un hold-up spectaculaire. Depuis son retour à Belfast, il s'est reconverti dans l'écriture et c'est plutôt réussi. C'est le quatrième roman que je lis de Sam Millar. C'est aussi noir que les trois autres mais il faut lire cela au deuxième degré, et Millar met une certaine distance dans ce qu'il raconte. Il y a même de l'humour. Un tueur sur mesure (Editions Métailié, 284 pages) se passe à Belfast de nos jours. Trois truands ont l'idée de braquer une banque le soir d'Halloween, déguisés en loups. Et bien, ils ratent leur coup, la banque visée n'ayant plus de liquidités, alors que les trois lascars se rejouissaient d'avance. Qu'à cela ne tienne, l'un des trois s'empare d'une mallette que détient un client retenu en otage, pas commode du tout. Et là bingo, c'est le jackpot, la mallette contient un demi million de livres sterling. Ce qu'ils ne savent pas (ou pas tout de suite), c'est que l'argent appartient à un groupuscule appelé La Fraternité pour la liberté irlandaise. Son leader s'appelle Connor O'Neill, et ce n'est pas un tendre même s'il va à la messe tous les matins. Il engage un certain Rasharkin, le tueur du titre, pour récupérer l'argent et se débarrasser des coupables. Avant de les tuer, Rasharkin aime bien torturer les gens. Et pendant ce temps, la police mène aussi l'enquête. J'ai lu ce roman d'une traite car il est découpé en petits chapitres et puis j'avais hâte de savoir ce qui allait se passer. A la fin, on pourrait s'attendre à retrouver des personnages dans un roman ultérieur. J'ai beaucoup apprécié ce polar tout comme Actu du noir - Jean-Marc Laherrère, Nyctalopes, Yv et Blacknovel.

22 janvier 2022

Monument national - Julia Deck

 20220122_152629

Hier, vendredi 21 janvier 2021, je suis allée dans une librairie de province que je fréquente et j'ai repéré tout de suite le nouveau Julia Deck, Monument National, qui vient de paraître en ce début d'année 2022. Je l'ai lu d'une traite entre hier et aujourd'hui. J'ai beaucoup apprécié ce roman non dénué d'humour. Monument national (Editions de Minuit, 205 pages haletantes) se passe aux alentours de 2018-2020, entre le département numéroté 93 et la lisière de la forêt de Rambouillet. La narratrice principale s'appelle Joséphine Langlois, et elle est âgée de 7 ans et demi. C'est la fille adoptive d'Ambre (Adrienne) et Serge Langlois, grand acteur français, un "monument national". Avec une intendante et son époux, une cuisinère et son mari, une nurse, un chauffeur et un jardinier, Ambre (qui a été Miss Provence-Alpes-Côte d'Azur), Serge et Joséphine (qui, originaire d'Asie centrale, s'est inventé un frère jumeau fantôme nommé Ory) vivent dans un château qui ressemble au Petit Trianon avec quatre façades carrées. Il ne faut pas oublier les chiens bichons de la maîtresse des lieux, lesquels meurent malheureusement à une vitesse accélérée. Ambre est du même âge que Virginia, la fille d'un premier mariage de Serge, qui est chanteuse pop. Dans le département du 93, on fait connaissance de Cendrine Barou, la mère de Marvin, un gamin hyperactif. Elle est caissière dans un magasin "U". On apprend que Cendrine Barou n'est pas son vrai nom. Cette femme se cache sous une fausse identité. On saura pourquoi à la fin du roman. Par un concours de circonstances et par l'intermédiaire d'un Noir parfaitement noir qui va devenir coach sportif de la famille Langlois, Cendrine devient la nurse à la place de la précédente qui a été renvoyée peu de temps auparavant. Dans le 93, il y a aussi Aminata, une collègue de Cendrine. Mathias Doucet, le gérant du "U", se déclare "gilet jaune" dès l'automne 2018. Tout ce petit monde va se retrouver à Rambouillet  après la première attaque cardiaque de Serge Langlois. Pour célébrer l'anniversaire du "monument national", Brigitte et Emmanuel M... font l'honneur de leur présence. Il y a une question très importante qui vient à la surface quand Serge Langlois décède. La fortune familiale se compose de biens immobiliers (le château, son terrain et ses dépendances, vingt-deux véhicules de luxe et de collection, un yacht et une maison à Trinidad et Tobago et des liquidités sur des comptes offshore). Je vous laissse découvrir qui hérite de quoi. C'est assez inattendu. Je le répète, un roman très distrayant.

31 décembre 2021

Madame Hayat - Ahmet Altan

 P1140168

Je me suis procuré Madame Hayat (Edition Actes Sud, 267 pages) de l’écrivain turc Ahmet Altan peu de temps avant que ce roman ne soit récompensé par le Prix Fémina étranger 2021. J'avais été attirée par la couverture. J’ai adoré ce roman qui raconte deux histoires d’amour en parallèle. La première entre Fazil, un jeune étudiant en littérature bénéficiant d’une bourse et Madame Hayat (Vie), une femme mûre entre 45 et 55 ans; et la deuxième entre Fazil et Sila, une étudiante en littérature du même âge que lui, qui souhaite quitter le pays dès qu’elle aura récupéré son passeport qui lui a été confisqué. Ses parents ont tout perdu du jour au lendemain. Le pays où se passe l’histoire n’est pas mentionné nommément, mais on devine qu’il s’agit de la Turquie, avec la censure et les arrestations arbitraires qui émaillent le récit. Fazil rencontre Madame Hayat et Sila, "quatre étages sous terre" d’un immeuble où sont tournés des programmes de variétés. Fazil, pour se faire un peu d’argent, a accepté de participer en tant que spectateur à ces émissions, tout comme Madame Hayat, belle femme plantureuse pas vraiment jolie mais dégageant beaucoup de charme et qui fascine Fazil. Sila, elle, devient aussi spectatrice de l'émission, mais de manière moins assidue. Fazil séduit cette dernière pour avoir choisi les quinze pages du « Le temps passe », une des parties de La promenade au phare de Virginia Woolf, en réponse à un test que lui a soumis Sila: « Si parmi toute la littérature mondiale, tu devais choisir quinze pages, les quinze pages dont tu aurais aimé le plus être l’auteur, lesquelles tu choisirais ? » (p 39). Concernant Madame Hayat, on ne sait rien d’elle, elle restera mystérieuse jusqu’au bout. Fazil entame une relation intime avec cette femme qui le rend tout chose. Il tombe éperdument amoureux d’elle, il est comme ensorcelé. Avec Sila, les relations sexuelles se font avec la fougue de la jeunesse. C'est un roman très sensuel (mais le lecteur ne se sent pas voyeur), un très beau roman écrit par un écrivain qui est aussi journaliste. Il l'a écrit en prison, où il a purgé une peine de plus de quatre ans avant d’être libéré en avril 2021. Lire les billets de Shangols et de Pamolico (qui renvoie à d'autres liens). 

28 décembre 2021

Les enquêtes de Victor Legris: Mystère rue des Saints-Pères - Claude Izner / JD Morvan / Bruno Bazile / Annelise Sauvêtre

Je n'ai jamais lu de romans de Claude Izner (le nom de plume commun de deux soeurs, Liliane et Laurence Korb). Elles ont signé ensemble les enquêtes de Victor Legris dont les histoires se passent à la fin du XIXème siècle. Les romans ont été publiés aux Editions 10/18. 

P1140161

Voici donc l'adaptation en bande dessinée de la premère enquête de Victor Legris, Mystère rue des Saints-Pères (87 pages, Editions Philéas, novembre 2021). L'histoire se passe entre mai et juin 1889 lors de l'exposition universelle. La Tour Eiffel vient d'être inaugurée. Au premier étage, une femme meurt piquée par une piqûre d'abeille, semble-t-il. Marius Bonnet, le rédacteur en chef d'un quotidien intitulé "Le passe-partout" ainsi que son équipe font partie des témoins. Ils ont l'exclusivité de la nouvelle. Victor Legris est aussi présent: il doit écrire des chroniques pour Le Passe-Partout. Victor tient une librairie dans la rue des Saint-Pères et il est photographe à ses heures. Dans sa librairie, il est aidé par un commis, Joseph, qui lit les romans d'Emile Gaboriau, et un Japonais, Mori Kenji, qui est son père adoptif. Grâce au journal, il fait la connaissance de Tasha Kherson, une jeune dessinatrice et peintre d'origine russe. Elle fait des caricatures pour le journal. Victor tombe amoureux de Tasha qu'il soupçonne un temps de ne pas être étrangère à ces morts suspectes. Car bien entendu, ce n'est pas une piqûre d'abeille, mais du curare inoculé grâce à des aiguilles de tatouage qui a provoqué la mort de la femme et d'autres victimes par la suite. L'album est sympathique à lire. J'ai aimé les desssins et les couleurs. Le tome deux, La disparue du Père-Lachaise, est prévu prochainement. Je continuerai de suivre les enquêtes de Victor Legris. 

P1140163

P1140165

P1140166

27 décembre 2021

Météor - Raoul Giordan

     cli9-3

Voici, je pense, l'un de mes derniers billets de 2021 concernant le Challenge de la planète Mars (la récente inscription de Keisha m'a remotivé!). J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) pioché l'inspiration dans l'un des quelques milliers d'albums de BD que j'ai accumulés chez moi depuis plus de 30 ans. Il s'agit d'une réédition de fascicules qui étaient commercialisés en kiosque dans les années 1950-1960, avec une logique d'"histoire complète" et un prix moins cher que les hebdomadaires Spirou ou Tintin qui proposaient, eux, quelques planches de nombreuses histoires "à suivre" en parallèle. Météor était l'un des nombreux titres (chacun dédié à une série en particulier) dessinés par différents auteurs (payés "à la case") proposés par la Maison d'édition Artima. Les frères Robert et Raoul Giordan sont entrés chez Artima en 1950 et ont d'abord travaillé ensemble sur deux séries. En 1953, Raoul entame seul Météor

P1140155

Météor, Il était une fois... Artima, Arédit / éd. Lefrancq, 1990

Du second tome, je ne dirai pas grand-chose, si ce n'est que je l'avais acheté il y a plus de 20 ans, dans une librairie de BD d'occasion aujourd'hui disparue. La première aventure de ce volume, titrée "Titania", commence par un résumé: "Après avoir quitté la planète Mars, la fusée du docteur Spencer s'est posée sur une planète atteinte de gigantisme (...)". Du coup, après quelques recherches pour trouver trace du premier, j'ai finalement investi dans l'achat sur internet d'un Tome 1 "dans son jus" (poster compris) de cette réédition parue aux éditions Lefrancq.

P1140150

La série d'aventures publiée dans Météor constitue un "space opera" qui a dû faire rêver bien des gamins des années 1950-1960. Je ne connais pas assez les précédesseurs ou éventuelles sources d'inspiration pour en parler, mais à la lecture des épisodes successifs de Météor, j'y ai trouvé quelques ressemblances (au moins thématiques) avec d'autres BD comme Objectif lune (Hergé, album paru en 1953 après prépublication dans le journal Tintin) pour le départ de la terre, ou les premières aventures de Dan Cooper (créé en 1954 par Albert Weinberg) pour la mise en place d'une station spatiale en forme de roue et l'invention d'un appareil volant révolutionnaire par un savant charismatique... Le traitre de service accompagne même nos Terriens sur la lune, où le trio principal et quelques acolytes vivent des aventures assez semblables à celles de Tintin et ses compagnons dans On a marché sur la lune, aux prises entre autres avec la poussière lunaire qui n'est pas encore nommée régolithe. Puis une fusée destinée spécialement à l'exploration intersidérale est contruite. A partir de là, seuls trois Terriens vivront les aventures: le professeur Spencer (scientifique de l'équipe), le pilote Sam Spade (le "héros"?), et le mécanicien Texas (qui correspond à peu près à Sonny Tuckson dans Buck Danny...).

P1140157 Interlude pédagogique p.127.

Une mystérieuse soucoupe volante, d'abord entrevue sur la lune, se révèle vénusienne dans le cinquième épisode (Antos, l'ami vénusien, offre même une première nouvelle fusée, à la technologie plus avancée que la terrienne, à notre équipe). Et enfin, le sixième, qui commence p.105, est titré "Invasion martienne". p.122, il s'avère que les Martiens, avec lesquels les relations avaient commencé difficilement (un "canardage" de vaisseau spatial par erreur en entraînant un autre...), ont besoin d'aide sur leur planète: celle-ci étant totalement déshydratée (épisode "Au secours de Mars", à partir de la p.124). 

P1140152P1140151Heureusement, nos héros avaient trouvé, juste après la lune, une planète jumelle de la terre (et logiquement dénommée Terra) juste habitée par quelques dinosaures et autres hommes préhistoriques, que les Martiens assoiffés pourront pacifiquement coloniser! Mais le dernier épisode de l'album présente notre trio terrien repartant, nanti d'une nouvelle fusée "spéciale pour grande croisière" (ils ont cassé la précédente!), derechef offerte par les Vénusiens, vers de nouvelles aventures "vers les astres les plus lointains"... On remarquera que la plupart des planètes visitées possèdent une atmosphère (le plus souvent respirable), une flore, une faune, voire même abritent des humanoïdes, avec lesquels nos héros n'ont pas plus de difficultés à communiquer que n'en ont les Pionniers de l'espérance, autre série de SF emblématique (publiée dans le journal Pif gadget). Autres temps, autres visions (naïves?) de l'espace, pour faire rêver la jeunesse... 

Ci-dessous, encore quelques planches extraites du tome 1 de cette réédition d'une série de BD de "l'âge d'or", malheureusement ignorée des bibliothèques municipales parisiennes.

   P1140159 p.111, première vision d'un "Martien".

  P1140156 (p.124)  P1140158 (p.131) 

A défaut des deux pages de préface (identiques dans les deux volumes que je possède), présentant les éditions Artima, Météor et Raoul Giordan, on trouve quelques informations succinctes sur Wikipedia (consulté le 27 décembre 2021). Enfin, un site (de fan?) semble faire référence sur Météor. Raoul Giordan est décédé en 2017 après avoir pu apprécier la redécouverte de son oeuvre. A cette occasion, Gilles Ratier, l'un des piliers de l'ACBD (Association des critiques et journalistes de bande dessinée) avait publié sur BDZoom (compléments bibliographiques, relecture et mise en page) un article très complet signé Henri Filipini. 

23 décembre 2021

Colombe Blanchet - Alain-Fournier

Une idée originale à offrir pour les Fêtes? L'envie de "frimer" un peu? On ne doit pas être tant que cela à avoir lu le second roman d'Alain-Fournier. Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) chronique donc aujourd'hui Colombe Blanchet, publié en 1990 au Cherche Midi éditeur.

P1140144  P1140145

Tout le monde connaît Le grand Meaulnes (publié en 1913 par Alain-Fournier né en 1886), tous les lycéens en ont je suppose au moins entendu parler à défaut de l'avoir lu. Mais avant de partir à la guerre en août 1914 et de s'y faire tuer le 22 septembre 1914, cet auteur avait travaillé sur un autre projet de roman. Il en avait avait laissé l'esquisse manuscrite derrière lui (133 pages éparses), avec un mot disant "Rien de tout ceci n'est écrit et ne doit être publié (tel quel)". 

Le livre de 238 pages est constitué d'une soixantaine de pages d'un "texte suivi" mais inachevé, d'une soixantaine de pages de brouillons et variantes (versions différentes d'un même épisodes), et d'une trentaine de pages de "synopsis", scénarios, plans, déroulés... L'appareil critique termine le reste du volume (édition par Gabriella Manca).

Quelques mots sur l'histoire: un jeune instituteur frais émoulu de l'Ecole Normale arrive dans une ville de province. Faute de logement "de fonction" dans l'établissement où il doit enseigner, il prend une chambre "chez l'habitant", et semble prévoir d'y recevoir une visite mystérieuse. Les relations du directeur de l'école avec la municipalité sont compliquées par le contexte de l'époque, entre école laïque, fonds religieux chez la population, rivalités politiques etc. Il y a plusieurs jeunes filles ou jeunes femmes dans l'histoire (telle qu'elle aurait dû être menée à bonne fin, en tout cas), et les jeunes instituteurs concluent un pacte... Mais beaucoup de péripéries restaient à écrire et sont connues uniquement par quelques notes.

Le "commentaire de texte" ou le "commentaire composé" n'a jamais été ma spécialité en cours de français (je préférais de loin la dissertation!). Je ne suis donc pas en mesure de vous faire une analyse stylistique ou argumentée du texte. J'avoue avoir été surtout intéressé par ce qui concerne l'histoire de sa genèse, et la lecture des différentes versions relatant les mêmes faits.

Je crois savoir que les "dossiers" du Grand Meaulnes ont été abondamment étudiés et ont permis de dégager la technique de l'écrivain Alain-Fournier: "filtrer" un texte rédigé d'abord, de différentes manières, au fil de la plume. Il restait donc encore des mois de travail pour finir de rédiger les différents chapitres avant d'entamer ce processus pour apurer le texte jusqu'à l'os. Et, justement, on retrouve comme dans l'autre oeuvre le thème de la "pureté", qui me paraît extrèmement "daté", après plus d'un siècle.

Si j'ai attisé votre curiosité, ou bien si vous pensez que cela pourrait être une idée de cadeau originale, sachez que j'ai fait une vérification auprès de ma librairie de quartier. Le livre était épuisé mais elle était en mesure de me le procurer en "impression à la demande", m'a-t-elle dit. Pour ma part, après cette lecture, je ne sais pas encore si je vais conserver le livre ou bien le remettre en circulation dans une "boite à livres" ou dans un "circul'livres" quelconque.

Enfin, je précise que c'est dasola qui a attiré mon attention sur un point commun avec tel ou tel de mes billets précédents: présenter un livre peu connu, que j'ai trouvé "d'occasion", d'un écrivain connu principalement pour un seul livre (Les croix de bois, pour Dorgelès). 

**********

Joyeuses_Fetes_dec2020_pour_2021-22Composition à base de peintures éphémères photographiées 
dans le XVIIIe arrondissement de Paris fin 2020 / début 2021.

18 décembre 2021

La vérité sur la lumière - Audur Ava Olafsdottir

P1140142

Après Miss Islande, je viens de lire avec grand plaisir La vérité sur la lumière de la romancière islandaise Audur Ava Olafsdottir (Zulma, 217 très belles pages apaisantes). Dyja (diminutif de Domhildur) est sage-femme (ljosmodir), littéralement "Mère de la lumière". Son arrière-grand-mère, sa tante et sa grand-tante l'ont été avant elle. Sa soeur est météorologue et ses parents dirigent une société de pompes funèbres. "C'est une longue tradition familiale de s'occuper de l'être humain, aussi bien au tout début de sa vie que lorsqu'il arrive à sa destination finale, ...", "La branche maternelle prend l'homme en charge lorsque la lumière s'allume, la branche paternelle prend le relais lorsqu'elle s'éteint" (p45). Dyja, qui vient de mettre au monde son 1922ème bébé, vit désormais dans l'appartement de sa grand-tante Fifa, qui le lui a laissé en héritage pour moitié. Dans ce lieu, Dyja trouve entre autre des manuscrits où Fifa livre ses réflexions sur la naissance des jeunes humains. En tant que sage-femme, elle tricotait des vêtements aux nourrissons qu'elle mettait au monde. Dyja retient quelques phrases dans ce qu'écrivit Fifa: "On dit que l'homme ne se remet jamais d'être né. Que l'expérience la plus difficile de la vie, c'est de venir au monde. Et que le plus difficile ensuite, c'est de s'habituer à la lumière" (p.128). Le roman peut paraître décousu à certains, mais Dyja est véritablement le personnage essentiel de cettte histoire qui parle aussi bien des aurores boréales, de l'être humain qui est l'animal le plus vulnérable de la Terre, et du métier de sage-femme. Il faut noter que Dyja comme sa grand-tante Fifa n'ont pas eu d'enfant. Je recommande ce très beau roman à garder et à relire. 

Lire les billets d'Hélène, Philisine Cave et Baz'art.

15 décembre 2021

La chaîne - Adrian McKinty

 P1140139

L'intrigue du roman est résumée dans la phrase d'accroche en couverture: "le seul moyen de récupérer votre enfant, c'est d'en kidnapper un autre." Dans La chaîne d'Adrian McKinty (Livre de poche, 473 pages) Rachel, une jeune femme de 35 ans, apprend que sa fille de 13 ans, Kylie, vient d'être kidnappée par un couple qui lui-même a eu son fils kidnappé. Si Rachel appelle la police, sa fille sera tuée et le fils du couple kidnappeur aussi. Une voix déformée l'appelle pour lui dire que quelqu'un va l'appeler pour lui donner des instructions. Désormais, elle fait partie de la Chaîne (une organisation criminelle mystérieuse qui semble être puissante). On lui demande une rançon calculée en fonction de son épargne et elle doit sélectionner un enfant qu'elle enlèvera à son tour. De victime, elle deviendra ravisseuse et criminelle. Heureusement que Rachel est une femme courageuse bien qu'elle soit gravement malade. Elle va trouver de l'aide en la personne de Peter, son ex-beau-frère, ancien marine qui adore sa nièce. Je ne dirai rien de plus sauf que ce roman est un "page turner" qui se lit bien, même s'il y a quelques invraisemblances. L'histoire se passe dans la région de Boston de nos jours. Lire les billets d'Encore du noir, de Val et de Jean-Marc Laherrère

9 décembre 2021

Le dernier espadon - Jean Van Hamme / Teun Berserik - Peter Van Dongen

P1140136

Malgré les réticences de mon ami qui après avoir feuilleté l'album m'avait dit que l'achat de cet album pouvait attendre, comme d'habitude je n'en ai fait qu'à ma tête, et bien m'en a pris. J'ai trouvé Le dernier Espadon (Editions Blake et Mortimer, 64 pages) tout à fait réussi. Surtout le scénario, avec une histoire qui se passe en 1948 à Londres et en Irlande. Jean Van Hamme conseille aux fidèles de Blake et Mortimer de relire Le Secret de l'Espadon. Personnellement, je n'en ai pas éprouvé le besoin et l'album est tout à fait compréhensible. Quelques nazis encore en activité sont arrivés sur le territoire irlandais. Ils fomentent une horrible machination contre l'Angleterre qui pourra se faire grâce à l'avion créé par Mortimer. Après la guerre contre les armées de Basam Damdu, cinq avions ont été épargnés et sont en état de marche. Bien entendu l'infâme Olrik, l'ennemi juré de Blake et Mortimer, n'est pas loin. Je ne vous dirai rien de plus sauf que la cible de la machination est le palais de Buckingham où règne encore George VI, le père de la future Elisabeth II. Un bon cru.

P1140138

P1140137

Le blog de Dasola
  • CINEMA, LIVRES, DVD, SPECTACLES, TV - BILLETS DE BONNE ET (parfois) MAUVAISE HUMEUR. Critiques et opinions sur films, livres et spectacles. [Secrétaire de rédaction et statistiques: "ta d loi du cine" (270 commentaires, du 17/01/07 au 31/07/26)].
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Newsletter
80 abonnés
Liens (en cours de mise à jour)

F4aA²** INDEX AUTEURS (LITTÉRATURE), FILMS & REALISATEURS (CINÉMA) **

*** CHALLENGES DE L'ANNEE EN COURS ***


** LE SITE DU STATISTICIEN **


*** LIENS ***
(BLOGUEURS COMMENTANT SOUVENT LE MIEN)

  • = Onze blogueuses et blogueurs ayant fait au moins 500 commentaires chez dasola se présentent =
  • On crée un lien lorsqu'un blogueur a commenté au moins cinq billets en venant à (au moins) deux dates différentes sur ce blog. 
  • Une adresse de mail (xxx@yyy.fr ou com...) [non publiée!] est exigée par Canalblog pour enregistrer votre commentaire. 
  • Vous ne voyez pas tout de suite apparaître votre commentaire, car il doit d'abord être validé (cela peut prendre quelques heures)
 
CINÉMA (23 blogs en activité)

DIVERS - CULTURE (53 blogs en activité)

LIVRES (63 blogs en activité)

QUELQUE TRISTESSE

QUELQUES BLOGS DÉSORMAIS EN PAUSE (À MON GRAND REGRET)

QUELQUES INFIDÈLES (NE ME RENDENT PLUS MES COMMENTAIRES...)

QUELQUES INTROUVABLES (BLOGS SUPPRIMÉS OU DISPARUS?)

SANS BLOG (COMMENTATEURS SUR LE MIEN)

STATISTIQUES, INFORMATIONS, RECORDS (DEPUIS LA CRÉATION DU BLOG)

  • * Blog créé le 09/01/2007, transféré sur Canalblog en juin 2007, migré à l'insu de son plein gré sur l'outil Overblog en février 2024 *
  • 3147 billets (au 11/08/26) dont tous ont eu au moins un commentaire
  • 37 750 commentaires (au 12/08/26 [+ 2 [anciennement 203] "égarés" lors de la migration"]) [dont 273 dasola] par au moins 1304 personnes, dont 95 (re)venues en 2026
  • 425 blogueurs [dont 136 actifs en 2026] m'ont fait au moins 5 et jusqu'à 1338 (au 10/08/2026) commentaires (voir ci-dessus)
  • Abonnés (être prévenu à chaque nouveau billet publié sur le blog): 80 au 21/07/26 (via "Newsletter" ci-dessus)
  • Billet commenté par le plus de personnes: 77 commentaires par autant de commentateurs/trices (billet du 09/01/2014)
  • Billet comptant le plus de commentaires: 123, par 46 commentateurs/trices différent(e)s (billet du 10/06/2023)
  • Record de commentaires en 1 an de date à date par 1 même blogueur-euse: 160 par Manou (du 01/08/23 au 31/07/24)
  • Record de commentaires en un mois: 355 en janvier 2014
  • Record de commentaires en une année civile (même blogueur-euse): 162 par Manou en 2024
  • Record de commentaires en une journée: 44 le 09/04/2009
  • Records de nouveaux commentateurs en un mois: 24 (dont 22 blogueurs) en mai 2008 et mars 2009
Pages