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12 juillet 2025

Les frères Kip - Jules Verne

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'avais jamais lu le roman ci-dessous, qui n'était pas disponible en "poche" dans mes "grandes années" de découverte de Jules Verne, il y a entre 40 et 50 ans. Alors quand j'ai aperçu ce titre dans une bouquinerie, aucune hésitation: il relèvera le challenge! 

Jules Verne, Les Frères Kip, Hachette (bibliothèque verte), 1938, 256 pages
(illustrations de J[acques] Touchet)

 

Les Frères Kip est un "roman tardif" de Jules Verne. Il a d'abord été publié en feuilleton (durant toute l'année 1902), cependant qu'il est paru en volume en fin d'année 1902 chez Hetzel. La première partie est toute d'aventures maritimes, la seconde tient du roman de procès avec erreur judiciaire. Dans ce roman très manichéen, le lecteur sait dès le début qui sont les bons ou les méchants. Les événements débutent en 1885 et se poursuivent en 1887, avec un dénouement expédié en quelques pages dans le dernier chapitre.  

 

En Nouvelle-Zélande, un navire anglais, le James Cook, est cloué au port faute de marins, après désertion d'une partie de l'équipage attirée par une ruée vers l'or. Son quartier-maître et l'âme damnée de ce dernier méditent de s'en emparer et se font charger par le capitaine Gibson du recrutement de quatre nouveaux marins... Page 31, j'ai appris l'existence du terme "calmir" (devenir calme, en parlant de la mer ou du vent - contrariant, pour un voilier). Divers retards ou événements contraires, donc, contrarient les projets des misérables. P.52, le quatrième chapitre fait apparaître les fameux frères Kip (hollandais), seuls survivants du naufrage de la Wilhelmina, de Rotterdam, l'ainé (Karl, 35 ans) officier de marine, l'autre (Pieter, 30 ans) chef d'entreprise, que le James Cook recueille sur l'atoll désolé où ils attendaient des secours depuis deux semaines. Les chapitres du feuilleton déroulent les péripéties: attaque de "sauvages", complot, assassinat du capitaine, nomination pour le remplacer, tempête, et pour finir, mutinerie qui échoue (chapitre 10) avant l'arrivée au port d'Hobart Town (capitale de l'Etat australien de Tasmanie). 

 

La seconde partie commence p.119 et compte 15 chapitres. Les mutins sont jugés alors que les Frères Kip et les armateurs témoignent contre eux, quand - coup de théâtre - le quartier-maître Flig Balt (éphémère capitaine accusé de mutinerie après son remplacement par Karl en pleine tempête) accuse les deux frères du meurtre de l'ancien capitaine, resté inexpliqué, preuves à l'appui - preuves construites de toutes pièces  par le sournois Vin Mad, son complice dans l'assassinat, comme sait bien le lecteur. Les Frères Kip échapperont de justesse à la peine capitale grâce au soutien de l'armateur, seul à douter de leur culpabilité, mais seront condamnés au bagne à perpétuité. Le récit alterne ensuite leur vie au bagne (diverses péripéties), la poursuite de l'enquête à la demande de leur soutien qui espère la révision de leur procès, jusqu'à leur évasion à l'insu de leur plein gré par un concours de circonstance (à bord de l'Illinois, navire américain venu arracher deux "fenians" au bagne), avant leur retour d'Amérique vers Hobart Town pour se livrer en témoignage de leur bonne foi. Le dénouement est expédié en deux pages. C'est une improbable chambre obscure qui révèlera la vérité. Les misérables matelots sont rattrapés par la patrouille (sous forme d'un aviso britannique) alors qu'il se livraient à la piraterie dans les Îles Salomon. Certains sont tués, et il n'est pas exclu que le plus canaille ait fini kai kai

 

Comme dit plus haut, ce roman a été publié en 1902. mais on sait que depuis la guerre de 1870, Jules Verne avait l'habitude d'avoir des "textes d'avance". Impossible donc pour moi de savoir à quand exactement remonte la rédaction de celui-ci (aujourd'hui, cette information ne remonte en tout cas pas facilement quand on fait une recherche en ligne). L'exégèse des spécialistes verniens dispose certainement de documents auxquels je n'ai pas accès (liste de titres avec dates, évocation dans correspondance...), peut-être même publiés dans des articles ou des livres dont les textes ne sont pas disponibles facilement sur internet. On y trouve cependant que Jules Verne s'est sans doute inspiré de l'affaire des "frères Rorique", aventuriers condamnés à mort par un tribunal de Brest sous accusation d'empoisonnements de marins à bord d'une goélette en Polynésie au début des années 1890, avant qu'il soit révélé que leur fausse identité dissimulait celle des frères Degrave, d'une honorable famille belge. Pour ma part, l'emploi à plusieurs reprises en fin d'ouvrage du terme de "révision" d'un procès, que la France de l'affaire Dreyfus connaissait depuis 1896 (et la demande de l'épouse du capitaine Dreyfus), ainsi que le décès du frère de Jules Verne, Paul, en août 1897, m'amènent à me demander si ce n'est pas de cette année 1897 que daterait le début de la rédaction? 

 

Dès 2013, dans son blog Les trucs du grenier, Bishopkiller donnait un excellent résumé du roman. 

 

Je fais en tout cas triple participation avec ce livre, pour mon challenge 120 ans Jules Verne (1828-1905), pour le Book trip en mer (saison 2) de Fanja, et bien sûr pour le challenge 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie

 

PS: aujourd'hui, je viens juste de découvrir que certains des romans de Jules Verne sont dans la Pléiade (15 titres, dans 5 -épais- volumes parus entre 2012 et 2024)! Pour ma part, pour une prochaine participation, je me contenterai d'un ou deux petits serpents de mer...

11 juillet 2025

Tueur de bisons - Frank Mayer

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) fini de lire ce livre quelques heures seulement après l'avoir acheté (neuf!) sur un "coup de coeur" en librairie. 

Frank Mayer, Tueur de bisons, Anarchasis, 2025, 121 pages
(copyright 2010 pour la traduction de l'anglais par Frédéric Cotton)
Titre original: The Buffalo Harvest (1958)

 

Je dirais que la lecture de cet ouvrage, qui se présente comme le récit d'un des derniers témoins et acteurs de l'extermination du bison d'Amérique, nécessite de disposer d'une grille de lecture bien ajustée afin d'en tirer tous les enseignements. La présentation de l'éditeur évoque un Frank Mayer né vers 1850 (à ce qu'il dit [de] lui-même, "faute de traces vérifiables") et mort à 104 ans en 1954, cependant que l'auteur qui consigna la publication posthume en 1958 de ses souvenirs était un certain Charles B. Roth, "journaliste affairiste du Middlewest": "il reste difficile de savoir avec certitude quand et où les propos que l'on va lire ont été délivrés". Voilà pour la véracité historique de l'ouvrage. Il n'en demeure pas moins que celui-ci présente un intérêt certain et est bien écrit ("avec une gouaille non dénuée d'auto-dérision, [Frank Mayer] rapporte le quotidien des "coureurs" de bisons lorsque, sur les pistes, ils exterminaient l'espèce")!

 

Nous avons bien entendu tous appris au lycée que le bison a été exterminé, en une décennie à peine, pour mettre fin au mode de vie des Amérindiens et permettre "l'ouverture à la civilisation" de leurs immenses territoires de l'Ouest américain. Ici, le "récit à la première personne" donne de la substance à cette vision "théorique". Et, en "homme d'affaires", Frank nous donne des chiffres bien plausibles sur le "pourquoi" et le "comment" de cette extermination (sur l'air de "si ce n'avait pas été moi, d'autres en auraient tiré profit"). 

 

Au départ de la "ruée vers le bison" du début des années 1870, une peau d'animal amenée en gare rapportait 3 dollars. La population de bisons étant potentiellement de 20 millions, il y avait 60 millions de dollars à disposition de qui voulait se les approprier. Nous sommes bien en Amérique, avec un capitalisme prédateur totalement désinhibé et sans aucune préoccupation environnementale à ce moment-là, mais un calcul "coût-bénéfice" clair. Il s'agit d'abattre, chaque jour, autant de bisons que les "dépeceurs" d'une petite équipe (5 hommes, dont le "patron/tireur") peuvent dépouiller de leur peau. Il s'agit juste d'être "efficace".

L'auteur nous parle au fil des pages du prix d'un bon fusil, à la fois puissant et précis à longue portée. Il assume son comportement de prédateur le plus désinhibé qui soit, avec calcul coûts-bénéfices (il est aussi capable de parler, avec le recul des années écoulées, de la loi des rendements décroissants). Il tenait compte du prix des cartouches qui, industrielles,  coûtaient 25 cents, mais la moitié de ce prix en fabriquant soi-même ses cartouches (bonne poudre anglaise choisie par lui, étuis recyclés...). Au plus fort du massacre, 5000 chasseurs traquaient non pas les deux "immenses troupeaux" (nord et sud, qui ne se mélangeaient guère) décrits par l'imagerie, mais des hardes éparses de quelques dizaines à quelques centaines de bêtes menées par une matriarche qu'il s'agissait de neutraliser en premier, désorientant les autres ("animaux stupides")... jusqu'à extermination totale.  

 

Le récit, très vivant, est illustré d'anecdotes, de quelques rencontres avec des indiens, avec des personnalités de l'époque... J'extrais (p.34) ce qu'il rapporte des dires d'un officier l'approvisionnant en munitions gratuites: "Mayer, de deux choses l'une. Soit les buffalos doivent disparaître, soit les indiens doivent disparaître. C'est seulement lorsque l'indien sera totalement dépendant de nous pour tous ses besoins qu'on pourra le maîtriser. Pour le buffalo [sic!], il est trop indépendant. Mais si on tue le buffalo, on conquiert l'indien. Ça paraît plus humain de tuer les buffalos plutôt que les indiens, alors les buffalos doivent disparaître, il a conclu."

 

Pour un investissement initial de 2000 dollars (pas à la portée de n'importe quel coureur de plaines), il dit avoir gagné, net, deux ou trois mille dollars les meilleures années... argent qu'il dépensait avec facilité. Une fois le "filon" épuisé et même gaspillé (certaines peaux étaient trop détériorées pour être vendues...) et les ossements de bisons jalonnant les plaines, sont arrivés d'autres hommes d'affaires avisés pour collecter lesdits os afin d'en faire des matières-premières industrielles ou agricoles. Il est ressorti de l'aventure avec... 2000 dollars, et tous ses souvenirs, dit-il. 

 

J'inscris ce billet au challenge "American Year" 2025 chez Belette2911, ainsi qu'au challenge "2025 sera classique aussi" organisé par Nathalie

Foalferie et Yan (derniers billets en 2024) ou encore Nébal et Sandrineavaient parlé d'une édition de 2013. Je n'ai pas encore trouvé de références vers celle qui vient de paraître. 

7 juillet 2025

C'est la faute à la société... - Wolinski

Cela faisait quelque temps que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'avais plus "traité" Wolinski dans mes "chroniques du 7". J'ai emprunté le sujet de mon article en bibliothèque, et je me suis dépêché de finir par le chroniquer la veille du jour où je devais soit le rendre, soit en prolonger l'emprunt en ligne, soit me résigner à commencer à faire tourner le moulin à amendes. 

Wolinski, C'est la faute à la société..., Albin Michel, 2006, 66 planches
(il y a un peu plus de pages, mais pas de numérotation de pages pour cet album...).

 

Avant même de rédiger cet article, je me disais que cela faisait plusieurs mois que je n'avais pas chroniqué un livre plutôt qu'un recueil de BD ou de dessins de presse. Hé bien, on ne peut pas dire que l'ouvrage du jour soit un roman, mais... Wolinski fait du Wolinski! Certaines pages (pas toutes!) sont comme de longs monologues avec fort peu de dessin à part le ou les personnage(s) qui s'exprime(nt). 19 de ces planches sont en couleurs. On trouve des "histoires" en une seule planche (comme ci-dessous), d'autres en "double-page" (jamais davantage).

Le texte m'est apparu comme très bavard, et très philosophique (du Wolinski, disais-je!): des personnages bien typés, qui parlent, parlent, parlent. Parfois Wolinski y met du sien, d'autres fois ce sont des caricatures. Dieu lui file même un coup de main pour finir une page pour Charlie! J'ai adoré la planche sur le psychothérapeute, tellement désemparé par l'arrêt de son couple client (au bout de six mois, ils ne voyaient aucun changement, donc aucune raison de continuer à payer leurs séances)... qu'il est prêt à les payer pour poursuivre la cure: génial et bien amené! Ailleurs, à une double page "C'était pas mieux avant!" répond, bien plus loin dans l'arum, celle qui affirme au contraire "C'était mieux avant!". J'ai trouvé très réaliste celle titrée "Ma vie" montrant toute la gamme de réaction d'un éditeur face à un diariste lui apportant son manuscrit...". Quelques rares pages sont vraiment trash (je vous en fais grâce).

Sondages et questionnaires... Deux pages d'exemples parmi d'autres présents dans l'album. 

Evidemment, un article "hommage" aux morts de Charlie Hebdo ne peut omettre la double-page ci-dessous. Une autre, titrée "Caricatures", montre un débat entre (les) trois versions de "Dieu" (celles des trois grandes religions monothéistes...), je vous en fais également grâce.

L'extrait ci-dessous provient d'une double-page titrée "J'arrête". 

Avec cette manière de Wolinki de travailler par planches entières ayant une unité, le "quota" de 10% de citations maximum est très vite atteint... Je ne peux que vous inciter à découvrir vous-même l'album, pour en savoir davantage, par exemple, sur la manière dont l'auteur traite les "déclinologues", ici ou là... Parfois, on nage dans le burlesque. La page du quidam entrant dans un magasin pour acheter un bonnet en plein hiver est franchement comique (les "saisons" de la mode ne correspondent pas forcément aux "besoins" des consommateurs...)!

 

Certaines planches sont manifestement parues dans Charlie. Pour d'autres, c'est moins évident (Paris Match, peut-être?). 

 

Cet album a été réédité par la suite chez Glénat. En cherchant des blogs en ayant parlé (1), j'ai trouvé un intéressant entretien (2) légèrement antérieur à l'album, dont j'extrais une citation: "Militant, ça ne va pas avec l’humour. Un humoriste ne peut être qu’anticlérical, de gauche, et non militant. Il peut avoir des convictions, mais des croyances, non."

 

(1) Je n'en ai pas trouvé: toujours ce foutu "Certains résultats peuvent avoir été supprimés conformément à la loi européenne sur la protection des données."...

(2) Propos recueillis le 1er juillet 2005, à Paris, par Jean-Pierre Mercier. Cet entretien est paru dans le numéro 12 de 9ème Art en janvier 2006. 

 

*** Je suis Charlie ***

3 juillet 2025

Le marin à l'ancre - Bernard Giraudeau

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) d'abord repéré le titre et le nom de l'auteur dans le bac à livres d'occasion. Quand je l'ai pris en main et ai regardé la 4e de couv', j'ai compris que ce n'était peut-être pas totalement un livre de "navigation". Mais bon, je me le suis offert quand même... et ne le regrette pas. 

Bernard Giraudeau, Le marin à l'ancre, Points N°P1041, octobre 2010, 269 pages
(copyright Ed. Métailié, 2001)

 

Quel contenu, alors, pour Le marin à l'ancre? Bernard Giraudeau (1947-2010) envoie à son ami Roland, cloué par la maladie dans un fauteuil roulant, des dizaines de lettres lorsque lui-même voyage aux quatre coins du monde, pour une préparation de film, un tournage, des vacances, entre 1987 et 1997... Il s'agit donc du "partage" de récits de voyages: celui qui est mobile raconte à celui qui l'est moins. L'édition "Points" est sortie deux mois après la mort de Bernard Giraudeau des suites d'un cancer combattu pendant 10 ans. 

 

Avant de devenir l'acteur que l'on a connu, Bernard Giraudeau, petit-fils d'un "cap-hornier", s'était engagé dans la Marine nationale à 16 ans (en 1963): il a d'abord suivi les cours de l'école des apprentis mécaniciens de la flotte, à Toulon (été donc "arpète"?), avant de naviguer durant 7 ans, d'abord (durant deux ans) sur le tout neuf porte-hélicoptère école Jeanne d'Arc, puis sur une frégate et enfin sur le porte-avion Clemenceau. Il a 22 ans quand il quitte la Marine, avec deux tours du monde à son actif. 

 

Si l'ensemble du livre n'est pas consacré à cette vie de marin, j'y ai cependant relevé un certain nombre de souvenirs distillés au fil des ans et des envois. Comme, p.38, ceux de l'attente de l'escale à Madagascar (Diego Suarez) alors qu'on est en mer (en salle des machines), qui se savourait, tellement différente d'une arrivée "brutale" en avion. Ou, plus loin, deux histoires de jeune marin en bordée (à 17 ans) et de femmes... dont il n'a pas forcément compris qu'elles attendaient de l'argent (je rappelle que les lettres sont écrites plusieurs dizaines d'années plus tard). Ou cette histoire de drame passionnel, quand un officier en principe retenu ailleurs trouve son collègue et ami en position délicate avec son épouse. Il rappelle encore que c'est sans doute Daniel Defoe qui a inventé le "mythe" du repaire de pirates et république démocratique Libertalia, toujours à Madagascar (p.50). 

 

Les lettres sont datées et donnent des lieux d'envoi très variés: La Rochelle, Belgrade, Chypre, Cap Juby, Saint-Denis de La réunion, Sotchi, Quito, Saint-Louis du Sénégal, et bien d'autres... parfois avec plusieurs dates. On est touché par l'injonction du copain immobilisé, qui dit à un moment à l'épistolier: "tire-toi, tu me raconteras, j'ai besoin de voyager, je m'encroûte. Il y a un petit moment que tu n'es pas parti". Une dernière lettre, datée de février 2001, introduit le livre. 

 

J'ai encore relevé, p.82-86, une jolie histoire sur le Japon: lors d'un appareillage de la Jeanne qui va quitter le Japon, sous la neige, tout l'équipage au garde-à-vous sur le pont malgré l'absence de public sur le quai, arrive un gros bouquet porté par une minuscule Japonaise... pour son amour qui part. Scène chaplinesque de l'arrivée du "bouchon-gras" (mécano) le plus laid du bateau - il trébuche en descendant la "passerelle" enneigée -, que la fille était navrée de voir partir (sans retour), ce qu'elle lui témoigne désespérément sous les yeux z'émus de l'équipage et pressés du commandant... "Ne me demande pas si l'histoire s'arrête là. Elle s'arrête là, générique de fin. Il n'y a pas de suite, jamais, chez les marins".

Survolant (p.92) le Cap de Bonne espérance (Afrique du Sud), Bernard Giraudeau imagine brièvement un trois-mâts filant grand largue sur la route des Indes...

 

La longueur des courriers va d'une seule page (pour les plus courts), jusqu'à des textes comportant plusieurs parties et plusieurs pages. Il y  raconte ses histoires d'acteur, de tournages, entremêlés à des souvenirs de son temps de jeune marin... de ports en îles et d'îles en ports. Un passage à Marseille va évoquer le souvenir de Saint-Mandrier, avec les hâbleries adulescentes des jeunes marins camarades de chambrée... Ailleurs encore, quelques souvenirs d'escale de la Jeanne aux îles Marquise, à l'ancre et non à quai, en l'absence de port... et encore une fille. Escale à Manille (à 17 ans), où le jeune marin de 17 ans s'est retrouvé raccompagné à bord manu militari (après séjour au casino local). 

Même si ce n'est pas du ressort de la marine, j'ai bien apprécié le récit de la manière dont, 30 ans plus tard, invité à un festival cinématographique aux Philippines, il a réussi à "mettre en scène" sa remise à Imelda Marcos d'une liste de prisonniers politiques (avec pour résultat sa propre expulsion dès le lendemain). 

Sur une douzaine de pages (pp.229-241) et en plusieurs lettres (dont l'une écrite lors d'un trajet en bateau), il n'est pratiquement question que d'histoires de marins, entre le bizutage un peu violent pour l'un, ou le "quartier-maître" poursuivi d'escale en escale par l'hydravion d'une dame de Balboa...

 

C'est p.178 qu'il parle de "marin à l'ancre" et de "marin d'encre", ce qui m'a incité à creuser la polysémie du titre: un navire "à l'ancre" c'est un navire au mouillage (qui n'est pas en train de tailler sa route); mais cela peut aussi être le marin qui s'adresse à "son" ancre, celle qui, elle, ne bouge pas, quand lui part faire le tour du monde. Je ne citerai même pas pour mémoire (c'est juste de l'homophonie) l'encre qui permet au marin d'écrire s'il en a...

 

Et puis arrive cette dernière année 1997 où Giraudeau caresse de plus en plus, au fil des mois, l'espoir fou d'emmener son copain et le fauteuil où il est cloué jusqu'aux îles Marquise, avec l'aide de la Royale... Roland est mort cette année-là, il avait 53 ans. 

 

Géraldine avait parlé il y a quelques années de ce livre en version audio (non intégrale) lue par Giraudeau lui-même.

 

Je ne sais pas si Fanja acceptera (ou non) ce titre, grâce à tous les points que j'ai montés en épingle, pour son Book trip en mer (saison 2). Quoi qu'il en soit, je ne regrette nullement le temps passé à lire cet ouvrage qui m'a touché. Pour moi, il fait écho tant à Debout! de Grégory Perrin que j'avais chroniqué jadis, qu'à L'homme qui marchait dans sa tête de Patrick Ségal... qui fait, lui, partie de ces innombrables livres depuis le début de l'année dont j'ai lu quelques dizaines de pages, sans aller ensuite jusqu'à décider qu'il fallait que j'investisse le "temps de lecture" nécessaire pour en venir à bout (avec ou sans billet subséquent). Sans oublier le film Le ruffian (1983), où Bernard Giraudeau joue le rôle du paraplégique auquel son vieux copain (Lino Ventura) rêve de rendre l'usage de ses jambes... 

 

1 juillet 2025

Toutes les nuances de la nuit - Chris Whitaker

Je viens de terminer mon premier pavé/épais de l'été avec un beau roman de 810 pages, paru en 2025, Toutes les nuances de la nuit de Chris Whitaker (Editions Sonatine). L'histoire se déroule sur presque 30 ans entre 1975 et 2001. Aux Etats-Unis, Joseph McCauley, un gamin borgne de 13 ans qui porte un cache-oeil tel un pirate, va sauver la vie d'une jeune fille, Misty, qui allait être enlevée. Et c'est Joseph alias Patch qui restera prisonnier plus de 300 jours en compagnie d'une jeune fille appelée Grace. Elle lui fait des récits qui permettent à Patch de ne pas sombrer. Saint, une amie d'enfance de Patch, arrive à trouver par sa persévérance où Patch est détenu. Avec la police, elle le sauve, mais Grace et le ravisseur qui est photographe dans les écoles disparaissent. Patch reste marqué à vie par son expérience traumatisante. Il se met à peindre les jeunes filles disparues car bien évidemment, il n'était pas la première victime. Patch, orphelin de père, a une mère qui boit et se drogue. Saint vit avec sa grand-mère Norma, conductrice de bus. Misty, elle, qui n'est pas du même milieu social, n'oublie pas Patch et tombe amoureuse de lui. Il y a aussi un policier appelé Nix qui soutiendra Saint. Il a peut-être des secrets à cacher tout comme le docteur Marty Tooms. Et je n'oublie pas Sammy, celui qui vend les tableaux de Patch. Le rythme du roman est rapide du fait que chaque chapitre fait 2 ou 3 pages et donc je l'ai lu relativement vite. J'ai aimé son côté poétique et le fait que certaines révélations se fassent au compte-gouttes. Patch avec ses tableaux deviendra un peintre très côté même si sa face sombre est qu'il cambriole des banques afin de redistribuer l'argent aux parents des victimes. Patch mettra plus de 25 ans à retrouver sa compagne de détention et le ravisseur. Un roman que je conseille malgré son épaisseur et son poids. Lire les billets d'Alex-mot-à-mots, d'Aude bouquine, La petite souris, Pierre Faverolle.

C'est donc ma première participation aux épais de l'étéaux pavés de l'été de Sibylline et à la saison Eté des pavés "quatre saisons" de Moka

 

27 juin 2025

Romans préhistoriques - J.-H. Rosny aîné

Voilà un volume qui me (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) permet de bien débuter la troisième édition de mon challenge Les épais de l'été (2025). Cet ouvrage peut aussi participer aux challenges Les pavés de l'été 2025 chez Sibylline, 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie, et (pour ma première fois) Quatre saisons de Pavé - Eté chez Moka. J'ai été tout content d'apercevoir ce volume sur le comptoir de la bouquinerie où je m'apprêtais à payer quelques 6 ou 9 bouquins à 0,20 euros à l'unité, mais vendus 50 centimes par trois...

J.-H. Rosny Aîné, Romans préhistoriques, Robert Laffont, coll. Bouquins, 1985, 720 pages
(jusqu'à la Table des matières incluse)

 

Ce volume contient 10 titres (détaillés ci-dessous). La couverture est créditée: Photo Roger-Viollet. "Age de pierre" par Paul Jamin, 1899. Ses 720 pages coûtaient, en "neuf" à l'époque, 95 FF [soit... 14,48 euros en 2002, lors du passage vers notre actuelle monnaie].

Cela faisait des années que je souhaitais relire Les Xipéhuz. Alors, même 10 euros pour 720 pages de récits divers, ça m'allait tout à fait. Outre Les Xipéhuz, j'ai aussi lu et relu, au fil des ans depuis mon enfance, La guerre du feu et Le félin géant. Les autres textes ont été une découverte. Un "Avertissement" explique que les oeuvres ont été regroupées en deux sections, la première réunissant les cinq romans préhistoriques au sens précis du terme, la seconde rassemblant cinq nouvelles, dont deux appartiennent au genre "préhistorique" cependant que les trois autres illustrent la manière dont l'auteur a opéré la synthèse entre préhistoire, aventure et science-fiction... 

 

Les textes contenus dans ce recueil d'éditeur ont été publiés sur une durée totale de 43 ans, entre 1887 et 1930. Il s'agit d'oeuvres d'inégale longueur, simple nouvelle ou vrai livre (parfois paru en feuilleton avant d'être repris en volume). Sa préhistoire, c'est du brutal, ça se massacre beaucoup, bien loin des représentations idéalisées de communautés harmonieuses de chasseurs-cueilleurs célébrant la déesse-mère sous l'égide de matriarches bienveillantes davantage à la mode dans des oeuvres du XXIe siècle. Je prends les textes dans le désordre, et commence par ce qui reste sans doute le roman le plus connu, encore aujourd'hui, de J.-H. Rosny aîné. J'indique à chaque fois la pagination dans le bouquin (mais à chaque fois sans compter la page de titre).

 

On connaît l'histoire de La guerre du feu (1909), qui figure dans le recueil pp.205-337. "Les Oulhamr fuyaient dans la nuit épouvantable. (...) le Feu était mort". Ces premières lignes peuvent rester gravées, plusieurs décennies après, dans la mémoire de lecteurs qui les avaient découvertes gamins, au même titre que le "Longtemps, je me suis couché de bonne heure" (Du côté de chez Swann), le "Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France" (Mémoires de guerre), ou "Je suis né dans la ville d'Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers" (La gloire de mon père). Pour partir à la conquête feu (que la tribu des Oulhamr ne sait pas produire, mais seulement conserver dans des "cages à feu"), le héros, Naoh (fils du léopard), va partir avec deux jeunes acolytes qu'il se choisit dans une direction opposée à celle que perdra son rival, Aghoo-le-velu, brute que ses deux frères aident à tuer tous ceux qui s'opposent à sa volonté. L'enjeu? La succession, le moment venu, du chef Faouhm, et sa nièce, Gammla (sans donner des haches, des cornes, des coquilles ni des fourrures!...). S'ensuivent 130 pages d'aventures, lors desquelles ils croiseront bien des tribus (les Kzamm mangeurs d'hommes, les hommes-au-poil-bleu, les nains rouges, les hommes-sans-épaules [Wah], les mammouths...) avant la fin attendue... 

Jean-Jacques Annaud en a tiré un film fameux (notamment pour ses éléphants déguisés qui se bouffaient leur toison de mammouth sur le dos!). 

 

Le félin géant (1918), pp.341-452, est le prolongement, à une génération de distance, de la guerre du feu. Aoûn (fils de l'urus) qui descend de Naoh (fils du léopard), appartient, selon la coutume, au frère de sa mère, même s'il préfère Naoh. Son meilleur (son seul?) ami dans la tribu, Zoûhr, est le dernier descendant de la tribu des Hommes-sans-épaules exterminée par les Nains-rouges. Un tremblement de terre va leur ouvrir la voie vers de nouvelles terres inconnues des Oulhamr... et les entraîner à l'aventure, pour affronter serpent géants, lions, tigres, ... voire même découvrir d'autres humanités ("lémuriens", Hommes du feu [Chelléens], tribu des femmes [Louves]?). Comme souvent, Rosny aîné énumère à longueur de pages végétaux et animaux. Et le félin géant? Il jouera le même rôle que les mammouths avaient joué pour Naoh! 

Bon, c'est vrai que notre XXIe siècle a connu, avec l'ADNologie, quelques bouleversements par rapport aux connaissances sur l'humanité préhistorique telle qu'on se l'imaginait entre 1888 et 1930... Néanderthal, Sapiens, Denisoviens, Florès, Erectus, Australopithèques, Paranthropes, Nadali, ... aujourd'hui encore disputés pour certains, seront certainement (re)mis en cause par de nouvelles découvertes dans les décennies à venir!

 

Varimeh (1892), pp.19-97, commence par "C'était il y a vingt mille ans". Combat entre fauves, puis du fauve vainqueur et d'un homme... Notre héros, Varimeh (fils de Zom), fait partie d'une horde troglodyte. Artiste, il aime bien partir pour de longues explorations solitaires, ce qu'il fait dans le chapitre IV. Dans le chapitre VI, il croise une jeune femme étrangère (la belle Elem), et, sans aucune hésitation, l'enlève. La tribu de celle-ci les poursuit et la récupère. Il vient la reprendre au chapitre XIV. D'autres "hominina" (comme on ne disait pas au temps de Rosny!) sont rencontrés... Puis encore la guerre (pas dix ans, tout de même!), et enfin la paix (et, très certainement, ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants). 

 

Elem d'Asie (1896), pp.571-611, après un premier chapitre et le début du deuxième, sauf erreur, identiques, aux titres près, à celui de Varimeh, résume, en quelque sorte, mais surtout abrège, l'épopée du texte précédent. 

 

Helgvor du fleuve bleu (1930), pp.455-567, se déroule au temps de l'âge du bronze. L'histoire commence avec une éruption volcanique. Pour la calmer, un sacrifice humain est prévu par la tribu des Tzoh. La jeune Glâva (fille de Wôkr) décide de fuir pour y soustraire sa grande soeur Amhao qui devait être immolée. De son côté, Helgvor (fils de Chtrâ), d'une autre tribu, celle des Ougmar (qui a jadis affronté les Hommes de la pierre, dont les armes, plus redoutables que les haches de pierre et les massues de chêne, sortaient du feu), est en reconnaissance, accompagné de deux chiens, d'un loup et d'un enfant. Les deux chemins, bien entendu, vont se croiser. Combats... Intervention de clans d'hommes anciens... Il y eut des jours et des nuits (sic! p.544). Pour finir, Helgvor tuera en duel un rival pour gagner Glâva!

 

Nomaï (1897), pp.615-625. Un meurtre avec préméditation tourne le mieux du monde. Cherchez la femme... (une fois de plus!). 

 

La grande énigme (1920), pp.655-658, constitue un court récit fantastique, une sorte de "vision"... 

 

Eyrimah (1896), pp.101-201, se déroule, "il y a 6000 ans environ", dans la Suisse actuelle, chez ces "lacustres" dont nous savons aujourd'hui qu'ils n'étaient qu'une vision romantique de "villageois" qui construisaient leurs huttes sur les rives des lacs, et non sur pilotis "dans" ceux-ci. Encore une guerre entre deux "types" de populations, les grands blonds d'une part, les bruns, courts de taille et à la tête large, d'autre part (oui, les "types" tiennent une grande part dans ces oeuvres - et je n'aime guère le mot "race" qui y est employé à foison). Ici, c'est une apothéose guerrière. Nous allons avoir une véritable tentative d'invasion, avec défense de bastions d'abord victorieuse, puis retraite en bon ordre, recherche d'alliés et de renforts des deux côtés, des généraux plus ou moins bons tacticiens voire stratèges, des morts par centaines sinon par milliers, - pour au final aboutir à la paix et au statu quo ante bellum, avec à la clé au moins deux mariages mixtes... Tout ça pour ça.

 

Les hommes sangliers (1929), pp.661-684, a sans doute choqué, à l'époque. Ce qui commence comme une aventure épique à la Gustave Aymard, située dans les arrières-pays sauvages de Sumatra, tourne quand même aux mésaventures d'une jeune fille ("jufvrouw", en néerlandais?) quand elle se trouve séparée de ses compagnons d'expédition. Et là, il est quand même question de v...s! Ô innocence...  

 

Les Xipéhuz (1887), pp.629-652, représente semble-t-il le tout premier récit "d'anticipation" mettant en scène un affrontement avec une civilisation inhumaine (mais pas forcément "extraterrestre"). L'apparition, puis l'expansion mortelle pour les humains de celle-ci amène ceux-ci, "mille ans avant le massement civilisateur d'où surgirent plus tard Ninive, Babylone, Ectabane", à réagir par une véritable guerre d'extermination, au prix de nombreuses vies humaines, pour anéantir jusqu'au dernier les Xipéhuz. 

J'avais lu en bibliothèque, il y a plusieurs décennies, ce récit dans une édition qui contenait aussi La mort de la terre (ce dernier récit de SF m'avait davantage marqué, mais, lui, je l'avais retrouvé il y a bien des années déjà).

La partie "Documents" termine l'ouvrage, de la p.687 à la page 720. 

 

J'ai prêché d'exemples (mais ai-je convaincu?) avec une manière intéressante de surmonter le défi des 700 pages: non pas un texte suivi, mais un "bouquin" contenant plusieurs titres...

 

Né en 1856, J.-H. Rosny aîné (de son vrai nom Joseph Henri Honoré Boex) est mort en 1940. Quand je le lisais pour la première fois, il s'était écoulé 35 ans au plus depuis son décès, et son dernier roman "préhistorique" datait seulement de 10 ans avant sa mort (ce qui étend l'intervalle jusqu'à 45 ans)... Au total, bien moins que le nombre d'années que je compte moi-même aujourd'hui! Longueur du temps...

25 juin 2025

Le grand pavois - Roger Vercel & Jean Raynaud

Voici encore un bouquin que j'ai chiné il y a quelques jours en me disant (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) que sa lecture pourrait sans doute aboutir sans trop de peine à un nouveau billet pour deux challenges... 

Roger Vercel & Jean Raynaud, Le Grand Pavois, Presse Pocket N°252, DL 1965 (copyright 1953, éditions France Empire), 185 pages

 

En fait, dans l'avant-propos, il est question du scénario d'un film homonyme, Le Grand Pavois (que je n'ai jamais vu), sorti en 1954. Les deux auteurs ont retravaillé leur scénario, pour en tirer ce qu'on appelle aujourd'hui une "novelisation", avec la possibilité d'approfondir leur récit avec des éléments qui n'avaient pu être intégrés lors du tournage. L'ambition du film, comme du livre, est d'évoquer la vie de quelques élèves de l'Ecole Navale (futurs ingénieurs / officiers de marine) lors de leur "croisière de promotion" à bord du croiseur-école qui doit les préparer à leur future carrière (dans ces années 1950). Et d'évoquer aussi, par le canal de la vie de tels ou tels de leurs "instructeurs", ledit métier d'officier de marine.

L'auteur de l'illustration de couverture de ce "Presse Pocket" n'est pas crédité. Son style me fait songer à Antonio Parras, illustrateur et bédéiste... mais à l'époque de cette édition du livre (1965), celui-ci travaillait pour la concurrence (beaucoup de couverture de la collection "J'ai Lu / leur aventure" lui sont dues...). En tout cas, cette illustration (une jolie femme en belle robe qui regarde d'un oeil enamouré un beau galonné protecteur) paraît un brin surannée quand on la regarde aujourd'hui. 

 

Début de l'histoire: une mère de famille doit laisser le grand logement qu'elle loue à l'année en bord de mer pour aller vivre ailleurs en "pension de famille" durant les trois mois d'été: elle n'a pas les moyens de payer le prix en "location saisonnière", puisqu'elle est mère au foyer et que le ménage repose sur le seul salaire du mari, officier de marine (un beau métier qu'il aime, mais un sacerdoce qui implique des contraintes à accepter par l'épouse!). Une de ses amies a, elle, convaincu son propre mari (qui était également officier de marine) d'accepter un poste bien mieux payé, à terre, dans l'industrie en plein essor de ces années des "Trente Glorieuses". Tentation...

Le mari marin passe, en coup de vent, annoncer tout content qu'il a obtenu un beau poste: il va devenir "instructeur" lors de la croisière annuelle du croiseur Jeanne d'Arc (1931-1964) où embarque tour à tour chaque promotion de futurs officiers de marine, pour une croisière de longue durée (sept mois). Il est tout content. Son épouse comprend surtout qu'il sera absent durant sept mois. Un jeune homme de leur connaissance va, lui, embarquer comme "midship" (élève) à bord. Il est fiancé, pour sa part (mais il rêve donc d'épouser ce fameux métier). Le film, comme le livre, racontent la croisière, ses péripéties (vue par le "poste" où vivent ce midship et une dizaine de ses condisciples, parmi les 100 à 150 élèves à bord, et les officiers qui les instruisent tout en assurant la bonne navigation du navire (dont la mission est aussi de représenter la France lors de ses escales à l'étranger). Des choix devront être faits par chacun des personnages... 

 

J'ai trouvé que ce livre était vraiment "anglé" sur le métier des "officiers", quitte à laisser dans l'ombre le rôle pourtant essentiel de leurs subordonnés, "officiers mariniers" (correspondant aux "sous-officiers" dans les autres armées, de terre comme de l'air) et matelots, pourtant indispensables, eux aussi, à la Marine, et dont chacun a ses motivations pour accepter "d'entrer dans la carrière" tout en fondant une famille à côté. À l'époque (années 1950), il n'était pas question non plus que des femmes embarquent à bord des navires de guerre (même si les premières "marinettes" ou "personnels féminins de la marine" ont servi durant la guerre de 1940 - à terre, et de préférence dans des services administratifs non combattants). Les premiers embarquements ont eu lieu dans les années 1970. Aujourd'hui, il n'y a théoriquement plus de différence entre militaires masculins et féminins (accès aux grades, aux postes, etc.). Le dernier "bastion", celui des sous-marins nucléaires, a récemment accueilli ou va prochainement accueillir ses premières sous-marinières. Pour sa part, l'écrivain Roger Vercel (1894-1957) dont j'ai déjà évoqué d'autres livres maritimes n'a jamais été marin, ni a fortiori marin de la marine nationale. Je n'ai guère trouvé d'informations sur le co-auteur Jean Raynaud (1910-1996), si ce n'est qu'il était capitaine de frégate honoraire et directeur des collections Marine aux éditions France-Empire (selon le catalogue de la BnF). 

 

Quand le croiseur Jeanne d'Arc cité dans le livre a été désarmé (en 1964, après une ultime grande croisière en 1963), la suite (croisière de dernière année pour les élèves de "Navale" et quelques élèves d'autres Grandes Ecoles) a été prise par le "porte-hélicoptère école" Jeanne d'Arc (il a aussi repris le nom "de tradition"), resté en service sur cette mission, lui, de 1964 à 2009. De nos jours, depuis 2010, les "missions" Groupe École d'application des officiers de marine (GEAOM), appelées par tradition "Missions Jeanne d'Arc", sont assurées alternativement par l'un des trois PHA (porte-hélicoptère amphibie) français (Mistral, Tonnerre, Dixmude) [voir Wikipedia consulté le 24/06/2025]. La mission 2025 est en cours, selon la communication du Ministère des armées

 

Dans Le Grand Pavois, il est aussi question des perspectives prometteuses de renouvellement des vieux navires de guerre hérités de la Seconde Guerre Mondiale (ça se déroule avant la défaite de la France en Indochine, a fortiori avant le vrai début des "événements" en Algérie), que nos héroïques officiers pourront espérer commander. En ce qui concerne les "contemporains" en activité dans la Marine à l'époque de l'oeuvre (début de carrière ou quelques années de plus), ils sont désormais en retraite voire déjà décédés je suppose, et ce ne sont même plus leurs enfants mais peut-être leurs petits-enfants voire leurs arrières-petits-enfants qui sont susceptibles de naviguer aujourd'hui!

À quand un nouveau livre, sur des thèmes un peu moins datés que les "problèmes de couples" où l'homme vit pour son métier pendant que l'épouse-mère élève les enfants à terre, pour raconter une "mission Jeanne d'Arc" contemporaine, en sous-entendant "engagez-vous, rengagez-vous" dans la Marine?

 

Le Grand Pavois, vieux bouquin instructif à lire sur la France d'il y a 70 ans, peut en tout cas participer au challenge Book trip en mer (saison 2) de Fanja ainsi qu'au challenge "2025 sera classique aussi" organisé par Nathalie

15 juin 2025

Le testament de William S. - André Juillard & Yves Sente

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) fais le pari hasardeux que je peux poursuivre ma participation au challenge Escapades en Europe – Voyages dans les littératures européennes chez Cléanthe, dont le thème pour ce mois de juin est Shakespeare. Cette fois-ci, j'arrive à respecter la consigne d'une parution de billet le 15 du mois. Par contre, j'ignore si un album de bande dessinée sera accepté (les règles ne le permettent pas... mais elles ne l'interdisent pas non plus. En fait, elles n'en font aucune mention). On verra bien?

André Juillard (dessin) & Yves Sente (scénario) d'après les personnages d'Edgar P. Jacobs,
Le testament de William S.,
Les aventures de Blake & Mortimer N°24,
éd. Blake et Mortimer, 2016, 62 pages. 

 

Voici l'un des rares albums des "suites" des aventures de Blake et Mortimer que dasola n'a pas chroniqués. Depuis la mort d'Edgar P. Jacobs, c'est (à ce jour) pas moins de cinq scénaristes et neuf dessinateurs qui ont continué à nous raconter les aventures de ses héros (essentiellement dans les années 1950). Yves Sente, notamment, continue à "boucher les trous" laissés par leur premier "biographe". Nous sommes ici en 1958.

 

Il est beaucoup question de descendance dans Le testament de William S. La fille d'une ancienne connaissance de Philip Mortimer est une jeune rouquine mignonne comme un coeur, dont le talent sportif (karatéka émérite) n'a d'égal que sa culture classique et son érudition (cette latiniste est spécialiste de Shakespeare). [ci-dessous demi-planche haut p.32]

 

Dans cet album, les protagonistes voyagent beaucoup (quelle que soit l'époque concernée), d'Angleterre en Italie, en bateau, en train, en voiture ou en avion. Mais ici, il n'est pas question de "voyage dans le temps", comme c'est le cas dans d'autres albums de cette série très orientée "science-fiction". Nous sommes plutôt dans une enquête policière cherchant, entre autres, à résoudre une énigme qui débute plus de trois siècles "before present" (arbitrairement placé, comme l'on sait, en 1950).

 

S'entremêlent ainsi une intrigue située en 1958 (des "Teddy boys" agressent et détroussent les honnêtes citoyens, de préférence âgés et riches), la quête d'un "trésor", dont les bases proviennent d'un legs sous condition consenti presque cent ans auparavant, à condition de résoudre un mystère: trancher une bonne fois pour toute la véritable identité de l'auteur immortel du théâtre shakespearien, et surtout empêcher les tenants de thèses opposées de continuer à s'entretuer en duel [ci-dessous, je vous mets seulement le bas des pages 24 et 25, qui se déroulent au XIXe s.]

 

Nos deux héros (Blake et Mortimer) se retrouvent à l'occasion d'une représentation contemporaine de la pièce Le marchand de Venise. Je ne sais pas si le scénariste a poussé le réalisme jusqu'à vérifier que cette pièce était bien représentée à Londres le jour dit (nous sommes fin août 1958)? Pour ma part, je ne l'ai pas faite, cette vérification... [extrait p.6]

 

Leur immortel antagoniste Olrik apparaît p.19 (extrait ci-dessous, p.21). Olrik est certes une canaille, mais qui a ici quelque chose d'Arsène Lupin: également latiniste, du fond de sa cellule de prison (où il peut recevoir des visites grâce aux bons soins d'un gardien corrompu), il résoudra une bonne partie de l'énigme et aiguillera ses complices sur ce qu'ils doivent chercher en collant aux basques de Mortimer et de sa compagne de voyage. 

 

Près de 10% de l'oeuvre (7 planches) se déroule au XVIe siècle (textes narratifs sur fond de couleur, bleu, jaune, rose...), pendant que des documents d'époque, découverts successivement, sont traduits du latin à la volée au XXe s. par Elizabeth pour Mortimer, qui a perdu son latin (les "dialogues" dans ces vignettes qui se déroulent au XVIe s. sont très minoritaires). [ci-dessous, extrait de la p.53]

 

Et voilà, je n'en dirai pas plus. Je suis sûr d'avoir attisé votre curiosité avec les quelques vignettes "mal photographiées" ci-dessus.

Bon, je vous donne la clé (à choisir parmi trois!) du mystère Shakespeare?

En fait, ils était deux... qui vivaient en trouple trouble!

Pour tout savoir sur ce fier postulat, ... il ne vous reste plus qu'à lire cet album à votre tour!

 

Edit du 17/06/2025: bon allez, je rajoute quelques liens de blogs en ayant parlé il y a plus ou moins longtemps, et qui en disent parfois davantage que moi... (liste non exhaustive, bien entendu!).
Belette2911, Gaëtane, Gambadou, Vincent, Nicolas Lamberti, le Blog à part, Fanch (dernier billet en 2019). 

11 juin 2025

La fertilité du mal - Amara Lakhous

Voici le deuxième roman policier que je devais lire en une semaine. Je me suis dépêchée de le chroniquer avant de le rendre en bibliothèque. 

La fertilité du mal d'Amara Lakhous (Editions Actes Noir, 273 pages) a été écrit par un écrivain né en Algérie qui a passé vingt ans en Italie. Depuis quelques années, il vit aux Etats-Unis. Ses quatre romans précédents ont été écrits en italien, La fertilité du mal a été écrit en arabe (Algérie). J'avoue que je ne connaissais pas cet auteur. Avec ce roman policier, Lakhous retrace soixante ans d'histoire algérienne entre 1958 et 2018 en toile de fond, mais il se concentre sur plusieurs personnages de fiction qui ont des liens étroits, familiaux ou amicaux. Certains connaissent une fin tragique le 5 juillet 2018, jour de la fête de l'indépendance. Karim Soltani, un colonel spécialisé dans l'antiterrorisme, est appelé d'urgence par son supérieur. En effet, à Oran, Miloud Sabri, un notable âgé de 80 ans, ancien du FLN et homme d'affaires prospère, a été retrouvé égorgé et le nez coupé dans une belle résidence. L'enquête qui se déroule sur une journée est haletante, tout comme les périodes marquantes de l'histoire de l'Algérie qui ponctuent le récit. Presque tout le roman est au présent de l'indicatif même si le récit alterne entre des événements du passé et 2018. C'est un peu scolaire et parfois l'écrivain passe du coq à l'âne. Mais c'est un roman qui se lit bien. A la fin du livre, il y a la liste des personnages fictionnels (cela peut aider) et une liste de figures historiques de la révolution et de l'Algérie indépendante.

Lire les billets de Clete (qui a aimé) et de Jean-Marc Laherrère qui lui n'a pas aimé.

10 juin 2025

La loi des collines - Chris Offutt

J'ai été contente de trouver La loi des collines en bibliothèque (en prêt 1 semaine, c'est la politique de certaines bibliothèques parisiennes). La loi des collines de Chris Offutt (Editions Gallmeister, 284 pages) clôt la trilogie commencée avec Les gens de collines et Les fils de Shifty dans lesquels on retrouve un personnage récurrent, Mick Hardin, jeune retraité de l'armée: il était dans le département de la police de l'armée et il a combattu en Afghanistan. Avant de se retirer en Corse (si, si), il repasse par son état natal du Kentucky avec ses collines et ses oiseaux. Il n'était pas venu depuis deux ans. Il est le frère de Linda, la shérif de Rocksalt, une des villes de la région. Elle vient d'être réélue à son poste. Avec Johnny Boy Tolliver, son adjoint, Linda doit enquêter sur le meurtre de Pete Lowe, un mécanicien. Ce n'est que le premier. D'autres suivront. Linda va être grièvement blessée lors d'une interpellation et Mick va tout faire avant son départ pour trouver le ou la coupable. Son enquête va l'emmener jusqu'à Detroit dans le Michigan. Les femmes sont pas mal impliquées dans ces meurtres. Je vous laisse découvrir pourquoi et comment. Mick Hardin met aussi au jour un réseau de combats de coqs illégaux. J'ai beaucoup aimé ce roman qui se lit vit et bien. Dommage de se dire que c'est la dernière fois que l'on croisera Mick Hardin. J'ai lu quelques critiques mitigées, personnellement, je n'ai pas boudé mon plaisir. Lire le billet d'Aifelle

9 juin 2025

Histoire d'une baleine blanche - Luis Sepulveda

De Luis Sepulveda, j'avais lu (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) il y a quelques années, après avoir vu passer plusieurs chroniques sur des blogs, Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler (mais sans le chroniquer). Cette fois-ci, c'est d'avoir lu deux billets rapprochés (chez Choup et Manou) qui m'a amené à découvrir le titre ci-dessous. Merci: une fois encore, peu de jours se seront écoulés entre l'attirance vers le bouquin, son emprunt en bibliothèque, sa lecture et la finalisation de ce billet (les longs week-ends, ça aide)! 

Luis Sepulveda, Histoire d'une baleine blanche, éd. Métailié, 2020 (copyright 2019, EO 2018), 117 pages
Trad. de l'espagnol (Chili) par Anne Marie Métailié, dessins Joëlle Jolivet

 

Pour ma part, je n'ai pas retrouvé dans cette histoire de baleine l'humour qui m'avait plu dans les (mes)aventures du chat. Ce livre bleu se présente sous forme de 14 chapitres. Le premier met en scène l'auteur (en 2014, au Chili, en bord de mer), à qui un enfant lafkenche ("Gens de la mer") donne un coquillage pour qu'il y entende la voix des baleines... Puis, dans les 12 suivants, le narrateur de ce "récit à la première personne" est une "baleine couleur de lune", un cachalot, pour tout dire. 

 

La bête raconte sa vie dans l'océan, ses interactions avec les hommes, ces êtres violents qu'elle a vus se battre entre eux à bord de navires crachant de tous leurs canons... "Il semble que les hommes sont la seule espèce qui attaque ses semblables, et je n'ai pas aimé ce que j'ai appris d'eux" (p.37). Bon, il y aurait à (re)dire à cette assertion (les chimpanzés de Gombe, pour ne citer qu'eux, ont pu se livrer à une guerre d'extermination), mais elle donne le ton du livre, dépeignant la nature comme bonne "au naturel". Notre cachalot découvre ensuite l'existence des baleiniers et de leurs harpons.

 

Puis intervient un événement, un vénérable cachalot lui transmet des informations sur sa mission (s'il l'accepte): guider les cétacés, une fois disparus les derniers des lafkenches (qui, eux, respectent l'ordre naturel de l'Univers), vers une sorte de paradis, loin, très loin des méchants hommes insatiables chasseurs des baleines pour leur huile. Dans les pages suivantes, on rentre plutôt dans le mythe conté que dans l'histoire. Mais un jour, notre brave cachalot commence à s'énerver et à vraiment affronter les baleinières et les harpons (pour en savoir davantage, lire Melville)...: les marins le surnomment "Mocha Dick".

 

Je pense que ce récit est situé au XIXe siècle, c'est-à-dire certainement bien avant que la chair des cétacés soit empoisonnée par le mercure et d'autres polluants modernes au point de rendre malades les populations qui se livrent encore, de nos jours, à une "chasse aborigène de subsistance". Le 14e et dernier chapitre, au ton impersonnel, cite l'Essex (le véritable baleinier coulé en 1820 par une attaque de cétacé), dont la tragédie (si l'on se place du point de vue des humains) a inspiré à Melville son récit de la campagne du Pequod jusqu'à l'engloutissement final (Moby Dick est paru en 1851). 

 

J'ai découvert, à l'occasion de cette lecture et de quelques recherches subséquentes, l'existence d'un ouvrage qui serait titré Mocha-Dick ou la baleine blanche du Pacifique, de Jeremiah N. Reynolds (1839), et dont Melville se serait également inspiré: en faisant uniquement une recherche documentaire sur internet, je suis amené à m'interroger quelque peu pour savoir s'il s'agit d'un ouvrage réel publié au XIXe s., ou d'un canular littéraire bien postérieur? Il me faudrait avoir entre les mains une édition originale pour le dire (dans une bibliothèque anglo-saxonne?), tellement il peut être facile, aujourd'hui, de truquer (avec l'IA) n'importe quelle source numérique. 

 

Ce livre à la couverture marine bleue est un joli objet, que j'ai trouvé fort lisible de par ses choix typographiques (grands caractères, police qui évoque l'impression au plomb...). Je terminerai en présentant ci-dessous trois images choisies parmi une bonne trentaine d'illustrations qui me font songer au bestiaire illustré par Honoré et à son style de dessin (par la technique en noir et blanc - ici, il n'y a pas de petit détail ironique). L'illustratrice Joëlle Jolivet pratique, elle, la linogravure et non le dessin (sauf erreur de ma part), et il n'y a pas de légende (autre que le texte de Sepulveda qu'elle illustre) à ses images. 

p.88 

p.61 

p.64 [cette image m'a rappelé que le thème de la colonie d'animaux à protéger des humains et à guider vers un lieu éloigné de ceux-ci est présent dans la nouvelle Le phoque blanc (Kotick) de Kipling.
Elle l'est aussi dans l'ouvrage pour la jeunesse Le castor Grogh et sa tribu, d'Alberto Manzi.] 

 

Luis Sepulveda est mort du Covid-19 en avril 2020. Il avait 70 ans. C'est l'éditrice Anne Marie Métailié qui l'avait traduit et fait connaître en France à partir de 1992 (cela a été pour moi l'occasion d'en apprendre davantage sur leurs parcours).

 

Avec cette lecture, je poursuis mes participations au challenge Book trip en mer (saison 2) chez Fanja. Et, tant qu'à faire, au même challenge Printemps latino chez Je lis, je blogue * que les deux billets cités en début d'article (c'est une première [participation], pour moi). Peut-être que nos billets inspireront encore d'autres lecteurs et lectrices dans les semaines qui viennent?

Et voici quelques billets sur le livre de Luis Sepulveda (liste non exhaustive):​ Babiblio1 en 2025, Pativore, Une bulle de Fantasy et Alain Deroubaix (Au vent des mots) en 2021, Belette2911, Ghislaine de Notre jardin des livres et La demoiselle aux cerfs en 2020 (dernier billet en 2021 pour cette dernière)​​​,​​​ Stelphique, le blog Baz'Art et Sylvie du blog Voyages au fil des pages en 2019. 

 

* et non Ingannmic comme je l'avais indiqué par erreur au départ. 

7 juin 2025

Pauvres bêtes! - Coco

C'est dasola qui lors d'une visite commune en bibliothèque m'a (ta d loi du cine, "squatter" chez elle) signalé la disponibilité de ce titre (en emprunt à durée limitée). Je me suis dépêché de l'emprunter d'abord et de le dévorer ensuite. J'ai déjà eu l'occasion de parler de Coco dans mes "billets du 7", y compris comme dessinatrice animalière

Coco, Pauvres bêtes!, Voyage au coeur de la condition animale, Les échappés, 2024, 136 pages

 

Dans son "introduction" lettrée à la main (toute une page), Coco explique que, si elle n'avait pas été dessinatrice et journaliste, elle aurait voulu être naturaliste. Cet album lui a permis d'être les trois. Il compile des dessins que je crois avoir déjà vus dans tel ou tel Charlie Hebdo pour certains. 

En l'absence de "table des matières", j'ai compté 11 "reportages dessinés", aux longueurs variables en terme de pagination. Les "remerciements" en fin d'ouvrage comptent huit items et donnent quelques préférences et sites internet utiles. 

Pour ma part, je dois être un fieffé "spéciste", car je ne mets pas tous les animaux sur le même plan, entre ceux nés par et pour l'homme (animaux "de rente" pour les manger, ou animaux "de compagnie"), les animaux dits "sauvages" nés et élevés en captivité (et incapables de vivre par eux-mêmes s'ils étaient réintroduits dans leur milieu "naturel" - par ailleurs saccagé par l'homme), et les animaux sauvages saturés ou exterminés dans ledit "milieu naturel" dans le but principal d'en tirer un profit financier par l'export (ou, éventuellement, parce qu'ils sont en conflit de territoire avec les populations locales et/ou que celles-ci ont besoin de se/s'en nourrir elles-mêmes pour subsister). Je ne me priverai donc pas de donner mon opinion sous les extraits que j'ai choisi de citer.

 

 

p. 13, cette page récapitule les différents "individus" porcins, recueillis au refuge "Groin-groin", qui nous ont été présentés sur les six pages précédentes (j'ai souri avec l'anecdote du "garde du corps" de Coco qui boudait la bouffe vegan locale). J'avoue qu'un individu "cochon", même aveugle, me touche (je n'ose pas dire m'apitoie) beaucoup moins qu'un animal dit "sauvage". Chez Groin-groin, vivent aussi des représentants de différentes autres espèces d'animaux, souvent avec un "vécu" lourd (animaux en mauvaise condition chez leurs anciens "maîtres"...) [fin du reportage p.17]. 

NB: une offre d'emploi de soigneur est aujourd'hui à pourvoir à Groin-groin (Sarthe - 72], candidature jusqu'au 09/06/2025 - tous les salaires y sont au SMIC.

 

p.128-132, reportage sous forme d'une visite guidée (et plus que critique) à l'intérieur d'une "tonne de chasse" (appelée "gabion" ailleurs) que la LPO (sous un prête-nom) a acheté en Vendée (85). 
Sur la chasse, je suis mitigé. Je pense que, parmi l'examen que doivent passer les futurs chasseurs, devrait figurer aussi l'apprentissage de dépouiller, préparer, cuisiner et manger les animaux tués... Sinon, à qui bon?

 

p.103-118, visite chez les douaniers de Roissy, sous l'angle des produits animaux (voire animaux vivants!) dont ils découvrent le transport, en général dans l'illégalité par rapport aux lois françaises ou internationales. Thématiques: la viande de brousse; l'ivoire (d'éléphant) et autres cornes de rhinocéros; des "trophées de chasse"; des animaux vivants (trafic très rémunérateur). L'essentiel des saisies provient d'Afrique noire (le douanier évoque le risque sanitaire). Affligeant, ce que l'appât du gain peut engendrer comme trafic: "ça ne s'arrête jamais!". Bien évidemment, si part de l'Afrique une telle "offre", c'est qu'il existe une demande solvable, en Occident ou en Asie... 

 

 

p.81, un dessin très réaliste (fait mouche).

 

D'un long reportage au Marineland d'Antibes (p.61-80), j'ai extrait cette double-page (74-75). Manifestement, les spectateurs n'avaient pas lu (ni vu?) Sauvez Willy... 

Marineland est fermé depuis le 5 janvier 2025. Je me rappelle avoir assisté, gamin, à un spectacle autour d'un bassin avec des dauphins. C'était il y a un demi-siècle, dans le Sud de la France (Marseille? Antibes? Ailleurs? Je ne sais pas...). Je me rappelle aussi en avoir aperçu, depuis un bateau, en toute liberté en mer Egée...
Je me pose une question: est-ce que les gamins qui ne pourront voir à l'avenir des cétacés qu'au cinéma ou à la télévision arriveront bien à "conceptualiser" la différence entre les animaux existants réellement et ceux montrés dans Avatar 2: la Voie de l'eau?

 

p.59: pauvre bête (heu, je parle bien de l'animal tenu en laisse, hein...) [extrait d'une double-page titrée "Vie de chien!"].

 

p.55: je ne connaissais pas ce terme de "syndrome de Noé". Extrait d'une visite au refuge de la SPA à Quimper, p.45-56, titrée "adopte un chat ou chien et fais ça bien" (ce n'est définitivement pas pour moi: je suis insensible à l'affection [?] que pourrait hypothétiquement me porter ces quadrupèdes, mais hypersensible aux contraintes qu'ils représentent). 

 

Du long reportage (p.27-42) mettant en scène les dessous des spectacles de corrida pour s'en affliger, j'ai uniquement extrait le dessin ci-dessus. Personnellement, je ne vois pas la nécessité de faire souffrir jusqu'à épuisement définitif un animal (corrida ou chasse à courre, même combat!), si ce n'est même pas pour le manger ensuite. Je dirais qu'un spectacle de vaches landaises présente peut-être davantage de risques d'être encorné qu'une corrida (et les vaches n'y sont en principe pas tuées). 

 

Ci-dessous, extraits d'un reportage titré "reptiles en péril" présentant la visite d'une animalerie (p.19-25), qui semble spécialisée dans les NAC ("nouveaux animaux de compagnie")... du moins cher au plus onéreux! 

 

Au fil des pages, j'ai souri avec le gentil gag récurrent des réactions des officiers de sécurité dont Coco doit, encore et toujours, être accompagnée partout. Un peu de légèreté dans ce monde de brutes!

 

Je n'ai pas réussi à dénicher d'autre billet de blog sur cet album. On peut lire un entretien avec Coco ici.

 

*** Je suis Charlie ***

5 juin 2025

Trust - Hernan Diaz

J'ai trouvé Trust d'Hernan Diaz (Editions de l'Olivier, 398 pages) assez déconcertant. Il est composé de quatre parties différentes et jusqu'à la troisième partie, on se demande ce qui relie les personnages entre Harold Vanner, Andrew Bevel et Ida Partenza. La quatrième partie est un genre d'épilogue à propos d'une femme, Mildred Bevel, l'épouse d'Andrew. Pour résumer, la première partie est un roman (un récit biographique) dans le roman écrit par un certain Harold Vanner qui n'est jamais présent. Dans la deuxième partie, Andrew Bevel né à la fin du XIXème siècle est le narrateur évoquant sa famille, son couple et sa propre vie d'homme riche qui au lieu d'être ruiné est devenu de plus en plus riche lors de la crise de 1929. La troisième partie met en scène Ida Partenza, fille d'un anarchiste italien émigré aux Etat-Unis à qui Andrew Bevel demande de réécrire le récit d'Harold Vanner qui parle de la vie d'Andrew et Mildred Bevel (vous me suivez?). Le livre se lit bien mais j'ai une impression d'inachevé malgré la quatrième partie. Ce ne fut pas un coup de coeur. Je ne connaissais pas cet écrivain qui a été pas mal chroniqué sur les blogs. Lire les billets de Manou, Eva, Ingannmic

1 juin 2025

Voyage au centre de la terre - Patrice Le Sourd & Rodolphe

On pourrait dire que je (ta d loi du ciné, "squatter" chez dasola) continue juste à creuser mon trou en parlant, une nouvelle fois, d'une même oeuvre de Jules Verne. Cette fois, je mets en cause le blog Twogirlsandbooks (mais aussi Je lis, je blogue, bien sûr) pour avoir piqué ma curiosité!

Rodolphe (scénario) & Patrice Le Sourd (dessin), d'après Jules Verne (couleurs: 1ver2anes)
Voyage au centre de la terre, T.1, 2023, 48 p. & T.2, 2024, 48 pages aussi
Delcourt, coll. Ex-Libris

 

La mention "Loi n°49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse" témoigne du positionnement de ce diptyque. J'avoue que je suis loin de porter, habituellement, attention à sa présence ou à son absence dans les BD que je lis! En fin d'ouvrage, "dans la même collection", apparaissent les (minuscules) vignettes d'une quarantaine de titres. Même s'ils sont peu lisibles, je crois y avoir détecté deux autres titres verniens (Les enfants du capitaine Grant et Le tour du monde en 80 jours). 

 

La première page de ce premier volume nous donne des plans larges d'une ville avec des ballons dirigeables dans le ciel... Ambiance rétro (cyberpunk)? Mais dès la deuxième, nous sommes plongés dans l'ambiance: il s'agit d'une BD animalière où les personnages sont... des lapins. La saga ne contiendra ni date, ni la moindre mention des humains. Mis à part cela, l'adaptation (transposition?) s'avère très fidèle à la lettre du roman d'origine, davantage que l'adaptation cinématographique dont j'avais parlé ici. On remarque également plusieurs clins d'yeux aux gravures d'Édouard Riou qui illustraient l'édition Hetzel. Un manuscrit ancien originaire d'Islande, et le cryptogramme qu'il contient, met un scientifique et sa petite famille sur la piste d'une expédition extraordinaire, un "voyage au centre de la terre" qu'aurait accompli un savant du XVIe (?) siècle. Il suffit de descendre dans le volcan (éteint) Sneffels. Et c'est parti, passant par Kiel puis Copenhague (Danemark) avant d'arriver en Islande. Après avoir recruté quelques comparses, la descente dans le cratère commence p.30. Comme je le disais, grande est la fidélité au roman, mis à part un détail léger, avec la fusion de deux personnages en un seul... 

Ce tome s'achève sur un suspense insoutenable. 

 

 

Cette seconde couverture est quelque peu outrancière. À moins que toutes ces armes exhibées symbolisent le courage de nos lapins face à l'inconnu? En tout cas, dès la page 6, notre trio de lapins est reconstitué, pour s'attaquer p.10 à la construction d'un radeau lui permettant d'affronter une mer intérieure... et ses divers dangers.  

p.28, voici des champignons géants qui rappellent beaucoup ceux gravés par Riou:

Par contre, l'être préhistorique qu'ils surprennent réserve une surprise à nos yeux (et je ne vous en mets pas de capture d'écran!). Le reste est conforme au roman: p.35, un obstacle barre la route, décision est prise de passer quand même, les lapins l'exécutent! Mais cela provoque une catastrophe et ils sont éjectés par... le Stromboli! C'est la gloire pour le vieux savant, même s'il y a toujours quelques confrères savants pour se moquer et mettre en doute son exploit. Et la petite vie tranquille peut reprendre pour toute la famille. Toute? Oui, elle va même s'agrandir avec le guide fidèle. Admirez ci-dessous la délicatesse des sentiments matérialisée par la tendre inclinaison des oreilles (c'est bon, je sors!). Et une suite qui pourrait être envisageable... 

p.46 (et dernière) du second volume.

 

Du même scénariste Rodolphe, j'avais chroniqué naguère L'embranchement de Rugby, dessiné par Estelle Meygand, d'après l'oeuvre de Charles Dickens. 

 

Et je n'oublie pas les inscriptions challengesques pour ce même titre: mon propre challenge 120 ans Jules Verne (1828-1905), et le challenge 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie

P.S.: encore un billet sur le tome 1, chez Les carnets de miss Turner

30 mai 2025

Le vaisseau des morts - B. Traven

Je (ta d loi du ciné, "squatter" chez dasola) présente aujourd'hui un autre titre correspondant à trois challenges (le Book trip en mer (saison 2) chez Fanja, le challenge 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie, mais aussi l'Escapade dans les littératures européennes des année 1920 chez Cléanthe). 

B. Traven, Le vaisseau des morts, 1926 (EO), La Découverte, 2010, 286 pages
(première traduction intégrale, de l'allemand, par Michele Valencia, 2004)

 

Partant du titre original en allemand (Das Totenschiff), G**gl* Tr*nl*t* donne bêtement "Le navire de la mort". Il faut d'abord avoir lu le livre pour goûter le sel du titre. Le narrateur, un jeune marin américain, s'y exprime avec une ironie décalée et amère. En fin d'escale à Anvers du Tuscaloosa ("un vapeur de première, made in USA, avec la Nouvelle-Orléans comme port d'attache"), alors qu'il n'est pas encore descendu à terre, il sollicite des subsides pour aller tirer une bordée. "- Ne vous soûlez pas. C'est vraiment un sale coin, me recommanda l'officier en attrapant le reçu. (...) - Non, je ne tâte pas de ce poison, répondis-je. Je sais trop bien ce que je dois à mon pays, même à l'étranger. Parfaitement. Je suis un antialcoolique forcené. Vous pouvez me croire. Je le jure, la main sur le coeur.
Et me voila descendu de ce rafiot
". Bref, quand il se réveille de sa nuit dans le lit d'une demoiselle, son navire a déjà levé l'ancre. Sans lui. Et il n'a plus sur lui ni argent ni papiers (restés à bord). Le voici pestiféré. La Belgique, la Hollande, la France, vont se le renvoyer d'une frontière à l'autre, sans qu'il puisse, faute de papiers en règle, embarquer sur un honnête navire dans un port, sans pouvoir non plus se faire établir de papiers. Le passage devant un consul des Etats-Unis est un moment d'anthologie. Plus tard, par le biais d'un comparse, sera même évoqué le problème des "apatrides" nés de la guerre, et le fameux passeport Nansen. Mais nous n'en sommes pas encore là. Notre marin apprend la "débrouille", les marchandises qui tombent des wagons, passe par Marseille, par le Portugal, et finit par atteindre Barcelone, y trouve même une âme charitable en attente de compagnie temporaire... et, enfin, un navire qui lui tend les bras. Nous y voilà (cette "partie II" commence p.121), il s'est enfin fait embarquer, sous fausse identité (faux nom, fausse nationalité) par un capitaine peu regardant, celui du Yorikke

 

Notre jeune marin va vite déchanter, lorsqu'il se retrouve affecté comme soutier au travail infernal du pelletage du charbon et de l'évacuation des cendres. Nous sommes dans cette époque de l'entre-deux-guerre où la chauffe au mazout n'était pas encore répandue et où de nombreux "vapeurs" marchaient encore au charbon (comme le Titanic en son temps). De longues pages décrivent la misère de ce travail, avec trois "quarts" à prendre au lieu de deux, la nourriture infecte, les conditions de vie indigentes: le capitalisme, dans l'une de ses formes les plus féroces, exploite le travailleur en lui donnant juste assez pour l'empêcher de crever. Et tant pis s'il meurt à la tâche, d'un accident causé par la vétusté du bateau. Sur ce navire aux cargaisons louches, chacun a pourtant embarqué plus ou moins de son plein gré, mais sans forcément prêter attention aux subtilités de langage ("on a du fret pour Liverpool, vous pourrez débarquer là-bas" ne signifiait nullement "notre prochaine destination est Liverpool", mais "on y passera... un jour").

Il faut parler le yorikkais (un mélange, aussi interlope que l'équipage, de mots prononcés avec différents accents autour d'un "squelette" de vocabulaire anglo-saxon). Le roman comporte beaucoup de descriptions, savamment graduées pour montrer que, aussi dures que soient les choses, elles peuvent encore empirer, d'une part, mais qu'aussi rudes que soient les pressions exercées sur l'homme, celui-ci peut toujours ruser et marquer jusqu'où il n'acceptera pas de céder et transgressera les règles pour survivre. Le jeune marin trouve comme mentor un bon compagnon de misère, un peu plus expérimenté que lui, non moins apatride, mais qui ne rêve que d'une chose, c'est de travailler sur un navire américain... Ce qui permet d'autres échanges instructifs sur la destinée de ces marins dont aucun pays ne veut et qui se retrouvent ainsi prisonniers à leur bord, morts au monde. Alors que tous deux vivent dans la hantise de la baraterie finale où tout l'équipage en général, et les chauffeurs et soutiers en particulier, risqueront leur peau, les mois passent cependant, coupés de chargement et déchargement caisses d'armes de contrebande au large des côtes, ou d'embarquement de cargaisons plus officielles dans des ports. Le navire constitue le seul univers des "marins fantômes": s'ils peuvent descendre à terre lors des escales, les autorités locales veillent soigneusement à leur rembarquement avant que le bateau quitte le port. Mais il peut toujours y avoir pire (partie III, p.261)... Hélas, pauvre Yorikke (c'est bon, je sors), on te regrettera! Voici nos deux infortunés compères à bord de l'Impératrice de Madagascar pour son dernier voyage. 

 

Le ton amer et désabusé du livre peut faire songer aux pages les plus âpres de Jack London ou d'Upton Sinclair. Ici, l'exploitation des marins (marche ou crève!) est destinée à rapporter de l'argent aux armateurs. Et les Etats sont vus comme d'insupportables égoïstes. Je remercie encore Fanja de m'avoir donné l'occasion de me pencher sur ce titre. 

 

J'ai trouvé quelques blogs ayant parlé de ce roman: Redbluemoon, Lili. Dans le billet de Patrick Bléron, j'ai découvert qu'il existait une vieille édition dans Le livre de Poche. Selenie m'a permis d'apprendre qu'il existait un film, adaptation allemande de 1959 (avant la mort de B. Traven, donc!) sous le titre Les mutins du Yorick

 

Des mystères demeurent encore sur les origines de B. Traven, écrivain et aventurier mystérieux pendant de longues décennies (sous quel nom, où et quand exactement, est-il né?). Allemand révolutionnaire, il a dû s'exiler dans les années 1920. Il a vraisemblablement connu des années de galère, qui ont sans doute autant nourri son oeuvre que ses convictions. On dit qu'il assistait incognito en 1947 au tournage du film Le trésor de la Sierra Madre tiré de son livre le plus connu (peut-être même y aurait-il fait de la figuration?).

24 mai 2025

Le naufrage du Titanic - Joseph Conrad

Ce mois de mai 2025 entrecoupé de viaducs passe vraiment trop vite. Je (ta d loi du ciné, "squatter" chez dasola) n'arrive pas à tenir le rythme idéal de mes participations aux divers challenges plus motivants les uns que les autres. Ce billet va au moins réussir à cocher trois cases, en présentant un ouvrage qui réunit huit ou neuf (1) textes courts. 

Joseph Conrad, Le naufrage du Titanic (et autres écrits sur la mer), Arléa, 2009, 147 pages
(textes originaux rassemblés en anglais en 1924-1926).

 

Le recueil (dont l'édition que j'ai eue en main ne contenait pas de table des matières) commence (pp.9-62) par les deux articles de presse datés de 1912 où Conrad, lui-même breveté capitaine au long cours de la marine anglaise, donne son opinion sur la catastrophe (alors très contemporaine) du Titanic, et sur les débats en recherche de responsabilité vus par la presse de l'époque. Rappelons que le "marketing" qui vantait le navire l'avait qualifié d'"insubmersible", et que les passagers de la traversée inaugurale comptaient nombre de millionnaires attirés par le luxe des services disponibles à bord (il "fallait être" de cet événement mondain). Ce qui provoque l'ire de Conrad, qui sait de quoi il parle, ce n'est pas tant la "fortune de mer" elle-même que ce qui est dit (par la presse, par les avocats des armateurs ou les "experts" appelés à témoigner lors des différentes enquêtes). Face aux dérobades cherchant à dégager les responsabilités, lui insiste cruellement sur les manquements à la sécurité d'une part, à la mise en cause des morts (notamment du capitaine Smith) de l'autre, et enfin sur l'hypocrisie consistant à chercher à dissimuler que les choix techniques faits correspondaient à une recherche de rentabilité financière bien plus qu'à des contraintes matérielles. 

Ce qu'il met en évidence dans Sur le naufrage du Titanic puis dans Aspects admirables de l'enquête sur le naufrage du Titanic nous est aujourd'hui (plus de 110 ans et d'innombrables livres après) bien connu, mais à l'époque, sa voix autorisée a dû porter des propos très originaux. Face à ceux qui disaient qu'il aurait dû y avoir moins (et non pas davantage) de canots de sauvetage, lui défend l'idée que la drome doit offrir une place à chacune des personnes à bord des navires. Il rappelle le cas d'un navire victime d'une collision qui a coulé en 20 minutes (le RMS Douro, en 1882), cargo dont, dit-il, l'équipage presque entier a péri, mais non sans avoir préservé dans les canots de sauvetage l'intégralité des passagers et les marins nécessaires à leur armement (l'équipage était composé de marins professionnels et entraînés, et non de personnel destiné avant tout au service et au confort des passagers comme sur le Titanic...) (2). Il fustige le fait qu'ait été qualifié d'insubmersible un navire dont les cloisons dites "étanches" ne montaient pas jusqu'au pont le plus haut de la coque (en-dessous des superstructures), mais s'arrêtaient trop bas. Dans ces conditions, il est dubitatif sur la théorie avançant qu'une collision frontale et non par le côté avec l'iceberg aurait sauvé le navire. L'argument selon lequel les cloisons étanches n'auraient pu être fermées à cause des tas de charbon jonchant le sol lui paraît tout aussi fallacieux (une fermeture ne se fait pas obligatoirement par une porte coulissant de haut en bas: les ingénieurs auraient pu prévoir qu'elle se fasse de bas en haut, latéralement ou obliquement...). Il n'apprécie guère les bureaucrates... 

 

Je dirai seulement quelques mots des autres textes, qui sont aussi liés à la mer et au voyage.

* D'abord, Noël en mer (p.103-109), un court texte qui m'a vraiment touché. Il contient le souvenir d'une belle leçon d'humanité et d'attention à l'autre donnée à Noël 1879 par un capitaine au jeune marin qu'était Conrad à l'époque (né en 1857, il avait commencé à naviguer comme mousse en 1874). 

* Dans En dehors de la littérature (p.65-71), il explique pour les Terriens béotiens la sécheresse des Instructions nautiques, dont l'exactitude est primordiale et exempte de tout style littéraire ("la plus fiable des proses imprimées"), et en profite pour raconter une anecdote où il a frôlé l'échec lors d'un examen.

* Un clipper sur lequel Conrad a navigué en 1891-92 est évoqué dans Le Torrens, hommage personnel (p.75-84), dans un texte qui doit dater du tout début des années 1920 ("presque trente ans après le jour où je le vis pour la première fois").

* Le petit texte Livres de voyage (p.87-99) constitue à l'origine une préface pour ...un livre de voyages. Notre auteur fustige ici la "vulgarisation" des récits de voyages à son époque, et regrette le temps où les "aventures" vécues par les premiers explorateurs du vaste monde pouvaient faire rêver les lecteurs (ce qui a presque disparu au cours du XIXe s.). Désormais, les "voyageurs", écrit-il, ne sont plus qu'"une immense société d'individus souffrant de surmenage (dans tous les sens possibles) ou de neurasthénie qui parcourent le monde pour se reposer ou se changer les idées. (...) Les compagnies maritimes les adorent". 

* De la géographie et de quelques explorateurs (p.113-139) contient quelques considérations sur les conquistadors et explorateurs souvent mus d'abord par l'appât du gain, sur la longue recherche du continent austral censé "équilibrer" notre globe, sur le bien mal nommé océan Pacifique, sur l'exploration de l'Afrique. Mais je crois qu'il s'y identifie aussi, racontant avec un brin de nostalgie, me semble-t-il comment il avait obtenu de ses armateurs l'autorisation de faire prendre à un navire qu'il commandait une route originale, ou comment il s'est retrouvé, en Afrique, navigant sur le fleuve Congo, à l'endroit qu'il avait pointé du doigt, enfant, sur une carte...

* Le voyage océanique (p.143-147) termine le recueil. On y sent la nostalgie des traversées à la voile où les passagers avaient le temps de "s'amariner" alors que le jour d'arrivée n'était pas connu avec certitude, contrairement aux navires à vapeur et à leurs quelques jours en mer cadencés et aseptisés. "La seule chose qu'on puisse dire avec certitude s'agissant du voyage en mer, c'est qu'il n'est plus ce qu'il était, que ses éléments même ont changé"...

 

Joseph Conrad, Polonais de naissance, et orphelin à 11 ans, s'est d'abord formé au métier de marin en France, avant de rejoindre la marine britannique. C'est en 1896 (l'année de son brevet de capitaine) qu'il adopte la nationalité britannique et commence à écrire: toute son oeuvre a été rédigée en langue anglaise.

 

J'inscris ce billet pour le Book trip en mer (saison 2) chez Fanja, pour 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie, mais aussi pour l'Escapade dans les littératures européennes des année 1920 chez Cléanthe (il ne s'agit pas d'un roman, mais c'est bien de la littérature...). 

 

(1) J'ai compté et recompté: je ne trouve que huit textes, même si la 4e de couv' parle de neuf...

(2) Le Douro est par ailleurs connu comme ayant transporté un trésor en pièces d'or lors de son naufrage, trésor retrouvé en 1995. À l'occasion de sa vente aux enchères en 1996, il n'est mentionné que la mort de six membres d'équipage. 

19 mai 2025

Le présage - Peter Farris / Le chant du prophète - Paul Lynch

Le Présage et Le chant du prophète sont deux romans pas rigolos du tout, surtout le second que j'avais hâte de terminer.
 

Je commence donc par Le présage de Peter Farris (Editions Gallmeister, 479 pages), qui se passe alternativement de nos jours et dans le passé en Georgie. Toxey Bivins, un vieux monsieur afro-américain atteint de démence, est pensionnaire dans une maison de retraite. Sa fille Cynthia qui est médecin vient lui rendre visite régulièrement. Pendant ce temps-là, des élections nationales sont en préparation. Le candidat favori est un certain Elder Reese, un homme d'extrême-droite qui va jouer un rôle important dans l'histoire. Toxey, dans ses moments de lucidité, décide de raconter une histoire du passé à Cynthia. Dans sa jeunesse, Toxey s'est pris de passion pour la photo. Grâce à un appareil prêté par l'épicier du coin, il se révèle un photographe de talent. Sans s'en douter, il va prendre un cliché d'une jeune femme dans une fête foraine. Cette jeune fille sera retrouvée morte dans une réserve naturelle qui appartient à la famille d'Elder Reese. Elle était enceinte et le bébé a disparu. Le roman est très bien construit et il nous permet de faire la connaissance de personnages intéressants comme Frida, une vétérinaire spécialiste de la faune sauvage avec des notions de pathologie. Et justement, elle remarque que les cerfs aux alentours semblent malades. Elle va prendre Toxey sous son aile. Quand je dis que le roman n'est pas gai, c'est que j'ai trouvé la fin abrupte. Je ne m'y attendais pas forcément. Car après la pluie, vient souvent la pluie. Lire les billets de Baz-art et Clete
 

Je passe au roman Le chant du prophète de Paul Lynch (Editions Albin Michel, 293 pages). C'est une dystopie qui se passe en Irlande dans un futur très proche (enfin, j'espère, pas trop). Ce roman, c'est d'abord, une écriture, un style ramassé, sans respiration. Il faut applaudir la traductrice Marina Boraso. Voici les premières lignes : "La nuit est tombée et elle n'a pas entendu les coups à la porte, elle regardait le jardin par la fenêtre. L'obscurité qui enveloppe les cerisiers sans un bruit. Elle achève de recouvrir leur feuillage et le feuillage ne lui résiste pas, il accueille l'obscurité dans un murmure. La fatigue, la journée tirant à sa fin et tout ce qui lui reste à faire avant d'aller dormir, les enfants réunis au salon, ce sentiment de paix qu'elle éprouve fugacement devant la vitre... (...) S'il n'y avait pas ces coups à la porte. Elle les entend se loger dans sa conscience, la brusquerie, l'insistance qu'il y a dans ces coups, chacun semble si rempli de la présence de celui qui frappe qu'elle fronce les sourcils. Maintenant c'est Bailey qui cogne sur la porte vitrée de la cuisine, maman appelle-t-il, pointe un doigt vers l'entrée sans détacher les yeux de l'écran. La voilà qui déplace son corps dans cette direction, le bébé dans les bras, Eilish s'avance pour ouvrir et il y a deux hommes derrière la vitre de la véranda, dans le noir et ils n'ont pas vraiment de visage." (p.11). Les 293 pages sont toutes de la même écriture et l'histoire n'est vraiment pas gaie. Eilish Stack vient d'avoir un quatrième enfant. Nous sommes en Irlande et une nouvelle police secrète a été créée. Larry Stack, le mari d'Eilish, est un syndicaliste. Il est convoqué par cette nouvelle police et disparaît sans laisser de trace. Eilish est désemparée avec ses quatre enfants: Mark, Bailey, Molly et Ben, le nourrisson. Au fur et mesure que l'histoire se déroule, Eilish perd son travail, les denrées de première nécessité viennent à manquer. L'état de siège est partout entre les rebelles et les forces de l'ordre. La violence est permanente. C'est le chaos général. Je ne vous dirais rien de plus de l'histoire si ce n'est la dernière phrase : "Elle cherche le regard de Molly, incapable de trouver les mots justes, aucun mot ne peut rendre compte de ce qu'elle voudrait dire, elle ne voit dans le ciel qu'obscurité, elle la connaît bien, cette obscurité, elle ne fait qu'un avec elle, si elle ne part pas elle ne lui échappera jamais alors même que c'est à la vie qu'elle aspire, elle touche la tête de son fils et serre les mains de Molly comme pour leur promettre qu'elle ne renoncera jamais, la mer dit-elle, il faut prendre la mer, la mer, c'est la vie." (p.292-293). L'histoire est suffocante. Je n'a pas vu d'espoir. Lire les billets d'Alex-mot-à-mots, Eva, Nicole Grundlinger

18 mai 2025

Ocean's Songs - Olivier de Kersauson

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) débute mes participations à la saison 2 du Book trip en mer de Fanja avec un petit ouvrage trouvé hier par hasard dans un Circul'livres parisien et dévoré très vite (la langue en est magnifique). 

Olivier de Kersauson, Ocean's Songs, Arthaud Poche / J'ai Lu 9205,
2010 (Copyright Le cherche midi 2008), 188 pages

 

Ocean's Songs: chansons (ou chants) de (sur, au sujet de?) l'Océan... Le navigateur bien connu, Olivier de Kersauson, livre ici souvenirs et réflexions sur sa "carrière" (qu'il a fait le choix de creuser) de "marin du large". En fin du livre, après la douzaine de chapitres plus ou moins longs, six pages suffisent à lister son "relevé de navigation", depuis les années 1967-68 sous le commandement d'Eric Tabarly pour qui il a demandé à faire son Service national dans la Marine, jusqu'aux années 2007-2008 sur lesquels se termine l'ouvrage (il a depuis écrit encore près d'une dizaine de livres, dont en 2012 un Ocean's Song 2 que j'ignorais lorsque j'ai commencé ce billet, mais sur lequel je tâcherai de mettre la main prochainement!).

 

Il commence par parler, de manière quelque peu elliptique, d'"Eric", et il faut être capable de restituer "parce que c'était lui, parce que c'était moi". Je me suis même un temps demandé si c'était parce que les avocats de Tabarly pouvaient se montrer chatouilleux sur l'utilisation indue du patronyme... mais il apparaît p.70. Plus loin, il explique que c'était en traversée sur un ferry qu'il a appris de la bouche du capitaine la disparition en mer de son mentor et ami.

 

Kersauson explique dans son avant-propos que l'idée de ce livre est né "quatre ans plus tôt", quand il a accueilli à bord de son Géronimo les deux fondateurs de Google: eux ont "apporté le monde" à chacun chez soi, quand lui avait décidé, dans sa jeunesse, de le "courir" lui-même, avec l'idée qu'une guerre prochaine risquait de l'empêcher de profiter de sa vie, comme cela avait été le cas pour les générations qui l'avaient précédé, de 1914 à la guerre d'Algérie (né en 1944, il avait 18 ans en 1962, en pleine guerre froide). Recherche ou fuite, lui a fait le choix de courir les mers sur des voiliers taillés pour la course et les records, comme équipier puis second d'abord, comme capitaine ensuite. 

 

Il égrène ici des souvenirs et une philosophie de vie. Les contraintes concrètes de son "métier" (trouver les financements et les sponsors pour créer les bateaux "compétitifs", les armer avec matériel performant et équipage capable...), tout ce que l'on peut lire entre les lignes à condition d'avoir déjà lu sur Eric Tabarly ou sur des "skippers" plus contemporains, il n'en parle guère ici. Nous avons davantage des pages de partage d'images, d'impressions, d'avis sur des personnalités ou des personnages plus anonymes croisés ici ou là durant ces quarante ans, sur l'évolution des choses au fil des ans (un brin de nostalgie parfois? Plutôt la sagesse de savoir qu'on n'arrête pas le cours du temps, qu'il faut l'accompagner).

 

Kersauson a la dent dure contre le tourisme de masse et les croisiéristes qui choisissent leur destination en fonction des menus et de la cave disponibles à bord. Sa manière de nous décrire les quatre océans, les cinq continents, les sept mers (c'est moi qui chiffre!) est aux antipodes d'une projection de cartes postales. Il semble avoir une tendresse particulières pour ce qu'on appelait alors les DOM-TOM, qu'il a connues avant leur invasion touristique. Il n'a pu "accéder" aux Japonais (et le regrette). 

 

N'étant pas radiophile, je ne crois pas avoir entendu Olivier de Kersauson aux Grosses têtes (où l'on me souffle que ses échanges avec Jean Yanne valaient le détour) - je ne doute pas qu'on puisse aujourd'hui encore en écouter des enregistrements. En m'informant sur sa bibliographie, j'ai découvert que deux de ses livres avaient été illustrés par Wolinski. Si j'arrive à mettre la main dessus, cela fera certainement l'objet d'un de mes "billets du 7" un mois ou l'autre! 

 

En attendant, je commence petitement ce Book trip en mer avec 1 (un) point... Sauf si j'ai donné envie à d'autres de lire et chroniquer Ocean's Songs dans le mois qui vient!

P.S.: en cherchant des liens sur ce livre, j'ai eu la déception de voir qu'il y avait eu une embrouille juridique avec un "nègre" dont le contrat avait été rompu... Cf. ce que disait en 2010 Anne-Sophie

Ceci dit, La chèvre grise a aussi parlé de l'ouvrage, comme Cédric Charbonnel (dernier billet en 2022).  

9 mai 2025

Le petit caporal - Yann Zolets / La petite fasciste - Jérôme Leroy

Les éditions La manufacture de livres vient de lancer une nouvelle collection, "La manuf, toutes les couleurs du noir" avec trois titres en attendant les autres. J'en ai lu deux, La petite fasciste de Jérôme Leroy (Editions La Manuf, 190 pages) et Le petit caporal de Yann Zolets (Editions la Manuf, 395 pages). 

Je commence par La petite fasciste de Jérôme Leroy où une fois de plus l'écrivain a choisi comme toile de fond le nord de la France, de nos jours, au moment d'élections où la droite extrême est près de gagner. C'est l'histoire d'une jeune fille, Francesca, la vingtaine, qui a des idées de droite, et d'un homme d'âge mûr, Bonneval, un député socialiste. Ils vont tomber amoureux l'un de l'autre. Pour en arriver là, il va se passer plusieurs événements dont le plus tragique est l'assassinat du petit ami de Francesca, Jugurtha Aït-Ahmed, par le propre frère de Francesca. Cette dernière découvrira la vérité au bout d'un certain temps. Pendant ce temps, Bonneval est recherché par un tueur qui va commettre un carnage sur des étudiants qui étaient là au mauvais endroit au mauvais moment. Le livre est très plaisant à lire car comme toujours il est très bien écrit. Je conseille.

Je passe maintenant au roman Le Petit Caporal (en référence à Bonaparte) de Yann Zolets. L'écrivain qui écrit sous pseudonyme appartient au renseignement français après avoir parcouru l'espace post-soviétique. On sent qu'il connaît son sujet. En revanche, j'aimerais attirer l'attention sur l'écriture et surtout la relecture. C'est bourré de maladresses et de redites. Par exemple, "Il n'a guère douté de doute (sic) sur l'issue" (page 188). A part ça, l'histoire est suffisamment prenante pour que je sois allée jusqu'au bout. Il s'agit d'une histoire d'espionnage, de traîtres, de sous-marin russe qui échappe à la traque d'un sous-marin français. La DGSE, la DGSI côté français et le GRU, le FSB et le SVR (les acronymes ne sont pas traduits) ne se font pas de cadeau. Il y a aussi quelques personnages peu recommandables. Je me demande tout de même si le roman n'a pas été écrit par une intelligence artificielle car l'essentiel de l'histoire se passe en 2020 en plein Covid (nulle part il n'est fait mention de cette épidémie). Les avions décollent, l'opéra Garnier donne des représentations, les gens partent en villégiature, etc. Je le répète, c'est un roman qui se lit bien... si on fait abstraction de tout ce que je viens d'écrire.

7 mai 2025

Cent rébus littéraires - Honoré

je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) ne suis pas fort en rébus, en général. Et ceux d'Honoré ne sont pas spécialement faciles (ne dit-on pas qu'il en a laissé au moins un irrésolu à sa mort? *). J'ai cependant été bien content de dénicher cet album posthume, qui me donne une occasion de plus de rendre hommage à l'un des dessinateurs assassinés lors du massacre de Charlie Hebdo, il y a près de 10 ans et demi, le 7 janvier 2015. 

Honoré, Cent rébus littéraires, Arléa, avril 2015

 

Saur erreur de ma part, Philippe Honoré avait publié de son vivant deux recueils chez Arléa, et il s'agit ici de la réédition du premier (le second étant titré Cent nouveaux rébus littéraires). Les rébus qui y sont présentés ont été publiés pour la première fois entre 1983 et 2001 dans le magazine Lire. L'ouvrage peut ravir à la fois les amateurs de jeux d'esprit et ceux de beaux dessins. Chaque rébus est suivi de sa solution, mais l'on est obligé de tourner la page. Et ce bel album non paginé ne contient rien d'autre, à part les deux courtes pages de présentation.

 

En voici quelques-uns (mes préférés, dirais-je... mais la sélection de ces "citations" a été difficile!)

Le deuxième grand livre d'aventures. **

En 1918, le continent perdu fut retrouvé par cet auteur. 

Titre d'un long voyage sans soleil.

Qui est ce poète qui s'avance masqué? 

Un titre tout droit sorti de l'enfer.

Héroïne d'une comédie trop humaine. 

Le voyage merveilleux d'une jeune fille.

Ses personnages nous mènent en bateau.

Son inspiration: manipulations, coups fourrés et doubles jeux.

Personnage excentrique, vainqueur d'un pari aventureux.

 

Comme je suis un méchant blogueur, je ne vais pas vous donner les solutions... pour le moment. Donc, ou bien vous êtes très fort(e), ou bien vous avez gardé tous vos magazines Lire et y retrouverez ces rébus. Sinon, plusieurs solutions encore: soit vous vous procurez ce recueil d'Honoré, soit (quelle option peut avoir ma préférence?) vous attendrez que je vous donne les solutions... Elles figureront, j'en prends l'engagement, dans le prochain billet où j'aurai l'occasion de citer Honoré dans l'un de mes billets du 7... mais, à ce jour, je ne peux même pas garantir que ce sera en 2025 (vous voici donc condamnés à me lire mois après mois!). 

Je vais tout de même donner, à défaut de pierre de Rosette, quelques indices: dans les 10 rébus ci-dessus, il y a cinq titres d'oeuvres, quatre noms d'auteurs, deux ou trois noms de personnages (hé oui, il y a des doubles emplois!). J'en ai choisi certains pour des raisons esthétiques, d'autres par admiration de leur subtilité. Plusieurs sont en rapport avec des challenges actuellement en cours (tel ou tels peuvent plaire notamment à Fanja, ClaudiaLucia, Miriam, Keisha ou ... ici même!).

Bon remue-méninge! ***

 

* Selon Catherine Meurisse dans La légèreté.

** Edit: je rajoute pour plus de clarté le texte figurant sous chaque dessin, après la remarque de Manou (merci!). Edit2: en moins de deux heures, Manou a trouvé les dix solutions et me les a communiquées "en privé"! Edit3: Dviolante aussi, "après une journée de boulot" (sic!). 

*** Allez, je vous rajoute la phrase liée au rébus de couverture: "La septième femme mit fin à la carrière de ce tueur en série"... ce qui donne Barbe-bleue [bar-boeufs bleus]!

 

*** Je suis Charlie ***

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