Le blog de Dasola
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30 avril 2025

Un assassin à New York - Jirô Taniguchi & Jinpachi Môri

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) suis loin de connaître l'intégralité de l'oeuvre de Jirô Taniguchi (1947-2017), "le plus européen des Mangaka", dit-on. C'est chez Belette2911 que j'ai repéré Un assassin à New York, manga que je n'avais jamais lu. 

Jirô Taniguchi (dessin) & Jinpachi Môri (scénario), Un Assassin à New York, Pika Graphic,
218 pages, 2021 pour l'édition française (1996 au Japon).

 

Dans la postface de ce volume, le scénariste Jinpachi Môri (1958-2015) dit que c'est la Guerre du Golfe qui l'a amené à écrire cette oeuvre: "dans la réalité, des centaines d'hommes mouraient chaque jour sous le feu des missiles, alors, dans une fiction, un homme seul, aussi violent fût-il, pouvait bien en tuer quelques autres sans que ça ne choquât personne." Je connais aussi une autre petite série scénarisée par lui que j'ai appréciée jadis (Les fils de la Terre) même si elle n'a aucun rapport.

Le titre est ici assez explicite: sous la forme d'histoires reliées par un même personnage central, Benkei (le titre original était Benkei in New York) va être directement responsable de la mort de 10 personnes, la plupart tuées de ses mains. L'ouvrage est constitué de sept histoires courtes, avec des titres en anglais qui ne le sont pas moins. Mais les morts violentes auxquelles le personnage central assiste ou qui concernent ses proches ne sont pas moins nombreuses. La première histoire (titrée Hagis) commence par trois planches muettes avant d'entrer dans le vif du sujet. Trois pages avant la fin de cette première histoire, notre héros se désigne lui-même (p.30) en tant qu'entremetteur de vengeance (en japonais, "ada'uchi"). Mais ici, on ne l'a pas vu tuer. 

 

Le scénariste entremêle subtilement différents fils (narratifs) dès la première nouvelle, où sont insérées trois planches (p.13-16), inutiles dans cette histoire-là. Dans la deuxième histoire (titrée Hook) apparaît un personnage de gogo danseuse, qui dévoilera un aspect masochiste de notre héros (on dirait qu'il apprécie de se prendre gifles sur gifles) et le suivra au long de ses aventures. 

Il s'y montre capable de se battre aussi bien à mains nues qu'à l'arme blanche: il refuse à plusieurs reprises d'utiliser une arme à feu. Enfin, il ne tue pas toujours (cela semble être à sa discrétion). Il semble plutôt imperturbable dessiné sans lèvres, sa bouche mince est souvent capable de sourire (mais jamais de rire). 

 

Benkei a plusieurs cordes à son arc: c'est un peintre capable de copier tout tableau de maître avec une minutie et un talent certains. Enfin, il n'agit pas seulement en franc-tireur, il a aussi des connaissances dans la mafia tant new-yorkaise que sicilienne (les fameuses trois planches dans la première nouvelle...). Ce talent jouera un rôle aussi bien à New York qu'en Sicile (sa réputation de peintre, comme de tueur, a franchi les frontières). 

 

J'extrais les trois planches ci-dessous du troisième chapitre Throw Back. Celui-ci nous montre une sorte de duel, dont (sauf erreur d'inattention de ma part) on ignorera toujours la raison, entre Benkei et un Américain. Benkei agit-il pour son propre compte ou pour celui d'un tiers? 

p.73, je trouve un faux air de Zorro à notre héros (avec cape et chapeau mais sans loup)

Ce duel pratiquement sans dialogue, commencé en karaté (?), se termine à l'épée dans un musée. Il m'a donné envie de revoir Highlander... 

 

Je ne vais pas raconter l'intégralité de l'album. Le mot "fin" est écrit p. 218, même si ça se finit un peu en queue de poisson, et l'on regrette qu'il n'y ait pas eu de suite à ces histoires. Je dirai juste, par rapport à l'avant-dernière histoire dont je ne donnerai pas le titre: mesdames, si un inconnu vous sort sous le nez un collier de perles, méfiez-vous (surtout si vous n'avez pas la conscience totalement tranquille).

 

Le dessin de Taniguchi alterne des dessins statiques et des planches d'action avec du mouvement. Il utilise souvent différentes trames, mais aussi des techniques de "noir et blanc" avec des lignes, du clair-obscur, toute la gamme des maîtres (américains?) du genre. 

 

J'ai bien aimé cet album, alors que je trouve souvent les ouvrages de Taniguchi "dernière manière" un peu trop contemplatifs pour mon goût (cela peut aussi être dû à ses scénaristes, bien sûr). 

 

L'apprenti Otaku en avait parlé à la sortie de l'album, Pativore en 2022. Je l'ai aussi trouvé sur L'étagère imaginaire. Caro (dernier billet en 2023) l'avait également chroniqué, ainsi que Clodjee

Merci Belette2911... et voici donc une nouvelle participation de ma part au challenge An American Year 2025 sur son blog The Cannibal Lecteur

 

28 avril 2025

D'où viens-tu, berger? - Mathyas Lefebure

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'avais pas pu rendre le livre D'où viens-tu, berger de Mathyas Lefebure récemment terminé, puisque les bibliothèques parisiennes étaient fermées le samedi pascal (et sont fermées de toutes manières le lundi). Du coup, j'en avais prolongé l'emprunt par voie électronique... et me suis endormi sur mon projet de billet toute une semaine! Le voici enfin. Comme l'avait signalé dasola, c'est la vision du film Bergers de Sophie Deraspe qui m'a amené à cette lecture. 

Mathyas Lefebure, D'où viens-tu, berger? (roman), Babel, 2024, 290 pages
[mais copyright Leméac éditeur, 2006!]

 

Le livre commence par un appel téléphonique de Mathyas vers la France, vers un numéro qu'il a obtenu par un concours de circonstances, celui d'un éleveur de moutons. Il réussit au téléphone à convaincre de sa motivation à devenir berger son interlocuteur: on l'attendra début janvier de l'année suivante. Sauf que quand il arrive, la place a été réattribuée. Il lui est alors conseillé d'aller "se vendre" à la foire ovine de la Saint-Valentin, à Saint-Martin de Crau. Or, celle-ci n'a pas lieu à la date de la Saint-Valentin du calendrier, mais quelques jours avant. Comme dans le film, il réussit tout de même à oser "déranger" quelques éleveurs en train de boire au café, et s'attire cette question: "d'où viens-tu, berger?" (p.35). L'un des éleveurs se dévoue (comme dans le film) pour montrer son mas à un Canadien, et, comme dans le film, c'est plus compliqué qu'on ne pense d'attraper une brebis. Retour en ville, pour noyer ses chagrins dans l'alcool. Puis un coup de fil salvateur: "- Vous avez de l'expérience? - Je veux commencer comme apprenti. - Vous pouvez commencer vendredi?" (p.45). L'expérience du mas Crapule (sic!) dure 90 pages (démission et départ pour aller vers l'arrêt du car, p.135): entretemps, le berger a appris rudement les rudiments du métier de berger, au contact d'employés et d'un patron qui ont pratiqué ce métier toute leur vie parce qu'ils n'avaient aucune autre perspective d'existence, mais qui ne sont pas les plus pédagogues des hommes. 

p.137, justement, il est fait mention de L'Ecole du Merle, "centre de formation de bergers accréditée en France". Mais Mathyas persiste à croire qu'il faut d'abord rêver pour devenir berger. p.140, coup de chance, l'éleveur qui lui avait posé un lapin après l'avoir attiré en France le recontacte. Le monde de l'élevage étant petit, l'éleveur a su qu'il avait démissionné du mas précédent. Cette fois, serait-ce la bonne? Le chapitre est titré "Le mas du bonheur". Là, on va effectivement lui enseigner, pendant deux mois, comment faire paître au mieux et soigner les brebis dans les différents cas de figure. Ce n'est qu'ensuite que lui et "la bergère" (l'amoureuse du début, que cette vie rêvée intéresse aussi) feront leur choix parmi les offres qui commencent à pleuvoir. La chienne Chipie (border collie), qui, à deux ans, fera sa première saison en solo, leur est fournie par l'employeuse finalement retenue. Le reste du livre relate l'alpage, là-haut, avec la solitude à deux, l'inénarrable Dudu (voisin d'alpage), la visite de la DDA (direction départementale de l'agriculture) qui prévient de la présence du loup, face au déni des éleveurs (qui devraient engager des frais conséquents à titre préventif si le loup était là... loup qu'ils accusent les écologistes d'avoir eux-mêmes introduit). Les enjeux sont brouillés: accepter la présence du loup, c'est s'interdire de le tuer, et se contenter des indemnités par bête tuée. La manifestation des bergers semble dans la réalité avoir été un événement plus conséquent qu'il n'est sous-entendu dans le film. 

 

Au final, je dirais que les sept chapitres (piliers?) de ce livre font peut-être plus "vrais" que le film (sagesse?). En comparant celui-ci avec le livre d'origine, je me dis qu'un avocat a probablement dû lire le scénario en amont, les enjeux n'étant pas les mêmes (des centaines de milliers de spectateurs potentiels, versus un livre imprimé à combien de milliers d'exemplaires en France?). Pour essayer de me faire comprendre, je dirais que le film "raconte une belle histoire", tandis que le livre est constitué du vécu (y compris introspectif) de Mathyas, sans se voiler la face par rapport à un certain réalisme de situations (parfois lourdement répétitives), là où les "images-qui-bougent" sont parfois plus elliptiques. Les "situations" présentées dans le film figurent bien, pour la plupart, dans le livre (sauf la houlette symbolique, sauf erreur de ma part), mais elles ont été soigneusement "mises en scène", parfois édulcorées, pour construire toute une belle histoire (là où le livre semble davantage décrire un vécu "au jour le jour", en parlant de l'ordinaire ou de ce qui en sort, exceptionnellement). Le véritable Mathyas nous présente dans son livre un parcours personnel et très "intellectuel" (il se regarde quand même un peu écrire, je trouve), là où le film était (forcément) très concret et nous montrant des images du "vécu" quotidien d'un berger. Dans le livre, il tient un blog, qu'il alimente quand il le peut, sur ses découvertes du "pastoralisme", et cite Cioran à tout bout de champ. Le personnage de "l'amoureuse" est évoqué de façon suffisamment ambiguë pour qu'on ignore d'où l'auteur la connaît, si elle est québécoise ou française. Le film a fait le choix de nous montrer une jeune fonctionnaire attendrie par le parcours du Québécois. Le métier de berger "à la française" est aussi relativement "idéalisé" via le film (la transhumance "à l'ancienne", alors que le roman parle plus crûment d'un trajet en camion). Le film nous épargne la "météorisation" à la luzerne de quelques douzaines de brebis, auquel notre berger a dû faire face (pas trop tard pour le trocard). Et, dans le film encore, l'attachement du chien qui décide de l'accompagner en quittant son foyer d'origine, c'est une jolie histoire, mais pas présente dans le livre ni sans doute dans une réalité plausible. 

 

C'est en regardant la page de garde que je me suis aperçu que le livre d'origine était bien plus ancien que le film puisque paru en 2006 au Québec. Le blog Pageparpage parle d'une récente réédition québécoise.

Après les événements racontés, Mathyas a ensuite vécu en alpage pendant 10 ans. Dasola m'a rappelé (je l'avais oublié) que quelques lignes s'affichaient bien à la fin du film pour nous en informer. 

 

En tout cas, je crois que, pour moi, le mécanisme de découvrir un livre par curiosité après avoir vu un film qui en avait été tiré (adapté) fonctionne mieux que l'inverse (je suis trop souvent déçu quand le film n'est pas absolument fidèle au livre que j'ai en premier apprécié). 

27 avril 2025

Terres promises - Bénédicte Dupré Latour

On ne peut pas dire que la couverture rouge soit "vendeuse" avec seulement le titre et l'auteure. Et bien, je vous présente Terres promises de Bénédicte Dupré La Tour (Les Editions du Panseur, 310 pages) un roman magnifique écrit d'une manière somptueuse. Pour un premier roman, quelle réussite! Les histoires, car il y a plusieurs histoires, se passent a priori aux Etats-Unis, au XIXème siècle pendant la ruée vers l'or, la conquête de l'Ouest ou la guerre de Sécession. Ce n'est pas vraiment précisé. On fait la connaissance de sept personnages, quatre femmes et trois hommes dont une prostituée malgré elle, une amérindienne, un chercheur d'or, un bonimenteur qui perd la foi. C'est un roman choral où les différents personnages vivent une vie souvent tragique dans des paysages durs et âpres. Sans vraiment se croiser, il y a des liens communs qui les unissent. J'avoue que ce n'est pas facile de parler de ce roman tellement bien écrit et évocateur. J'ai préféré les histoires avec les femmes comme personnages centraux. Celle où une mère parcourt les champs de bataille pour retrouver son fils est bouleversante. Il est question de mariage arrangé, de maternité pas forcément désirée, d'amour et tout cela dans un climat de violence. Un très beau roman que je conseille. Madame Dupré La Tour est une auteure à suivre. 
Lire les billets d'Antigone, Matatoune, Titine, Kathel, Eimelle et Clete

22 avril 2025

Un drame en Livonie - François Rivière et Serge Micheli (d'après Jules Verne)

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) publie mon premier billet pour le "challenge 120 ans Jules Verne (1828-1905)". C'est l'été dernier que je m'étais offert un album BD au dessin plutôt original, sans même l'avoir feuilleté de la première à la dernière page. 

Un drame en Livonie, François Rivière (scén.) & Serge Micheli (dessin),
Librairie des Champs Elysées, 2000, 47 p.
d'après
Jules Verne, Un drame en Livonie, éd. originale 1904
(Le livre de Poche N°2061, 1976 [1ère éd.1968], 243 p.)

 

Si l'on commence par planter le décor, à l'époque de Jules Verne, la Livonie (appelée aussi "gouvernement [russe] de Riga" jusqu'à la création des Pays Baltes contemporains après la Première Guerre Mondiale) correspondait essentiellement, pour sa partie Sud, à ce qui est aujourd'hui l'Estonie et, pour sa partie Nord, à une petite partie de la Lettonie. Dans le roman, nous apprenons p.32 que nous sommes le 12 avril et p.38 que nous sommes en 1876. La carte ci-dessous figure en 2e de couv et en 3e de couv' de la bande dessinée. 

 

Au début de l'oeuvre, de nuit, un fugitif poursuivi par des forces de l'ordre (douaniers) trouve refuge dans un moulin à vent...

Plus largement, sur fond d'intrigue policière dans un Etat qui ne l'est pas moins (policier), le livre met en scène la rivalité entre des "notables" d'origine germanique et une bourgeoisie plus "populaire" d'origine slave, à laquelle semble aller la sympathie de Jules Verne. L'histoire de ce pays et de ses occupants, minorités, majorités, propriétaires, maîtres... successifs semble assez embrouillée. 

Le scénario de François Rivière m'a semblé assez fidèle au roman (que je n'avais pas lu depuis longtemps: je possède mon livre de poche depuis 1978...). Evidemment, transcrire 243 pages de dialogues et des habituelles digressions verniennes en 47 planches demande un art certain!

Au fil des pages, on découvre un voyage en voiture à cheval et ses aléas nocturnes, de mystérieux voyageurs, une auberge (rouge? Non...). Il est en grande partie question d'une famille, celle du professeur Nicolef, de sa fille et de son fils, engagés dans le "parti slave" contre le "parti allemand". Mais aussi d'argent, celui qui a été volé dans la fameuse auberge à un garçon de banque retrouvé assassiné, cependant qu'une habile enquête de police amène à soupçonner le professeur Nicolef, qui était justement en voyage cette nuit-là. Les coups de théâtre (positifs comme négatifs) s'enchaînent jusqu'au dénouement, quand Ilka, la fille du professeur, pourra enfin épouser l'élu de son coeur (je sais, je spoile... Mais si peu! Je n'ai pratiquement rien révélé!). 

 

François Rivière, né en 1949, vieux routier de la bande dessinée pour laquelle il a rédigé de nombreux scénarios originaux à l'intention de nombreux auteurs, est aussi romancier. On sait moins qu'il avait écrit en 1978 Jules Verne, Images d'un mythe (la preuve: non seulement je ne le savais pas avant de me renseigner pour le présent billet, mais je ne l'ai toujours pas lu...). Ici, il est associé avec Serge Micheli, artiste peintre dont c'était, à l'époque (fin du XXe s.), la première bande dessinée. 

 

J'avoue avoir été dérouté par l'esthétique de cet album. Il ne s'agit ici certes pas du genre de bande dessinée "classique" avec dessins réalistes que je lis le plus habituellement. J'ai été désarçonné par le style de dessins, souvent baroque (au sens de "bizarre"), avec des visages caricaturaux. Le dessinateur-peintre (le coloriage des planches a été effectué en "couleurs directes") utilise une palette de couleurs plus criardes que douces, plus ou moins ténébreuses ou contrastées selon les pages. Le style caricatural ("torturé"?) ne facilite pas forcément la reconnaissance des différents personnages ni de leurs rôles respectifs. L'un des personnages les plus reconnaissables est Ilka Nicolef. J'ai trouvé que le traitement de ce personnage féminin lui attribue des traits évoquant les indiens peaux-rouges tels que dessinés par Hugo Pratt en même temps que le maquillage d'acteurs japonais du théâtre Nô.

 

Bref, un album dont je suis content de connaître l'existence, mais que je ne suis pas certain de relire (même s'il le faudrait certainement, pour prêter attention à tous ses détails et, sûrement, en découvrir de nouveaux à chaque lecture). Le découpage des cases et leur faible nombre ne facilite pas forcément la compréhension de l'histoire. Je vous ai mis ci-dessous quelques planches à titre d'exemple. 

Pour ma part, je conseillerais de lire en premier lieu le texte de Jules Verne avant de découvrir la bande dessinée, dont le dessin est suffisamment déroutant à l'oeil pour ne pas avoir, en plus, à se torturer le neurone en essayant de comprendre de qui il est question et "qui est qui". 

ClaudiaLucia avait présenté le roman en 2021. 

Edit du 16/05/2025: Miriam l'a chroniqué pour mo challenge et pour les Pays Baltes.

Analyse politique (p.6)

Enquête officielle pour meurtre (p.15)

Un des coups de théâtre (p.40)

 

Cette oeuvre et son adaptation participent comme annoncé à mon propre challenge 120 ans Jules Verne (1828-1905), et je l'inscris également pour le challenge 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie. Je vais également essayer de le glisser pour le dernier mois de la 5e édition du challenge Les classiques c'est fantastique organisé par Moka et Fanny (thème d'avril: la littérature du XXe siècle à l'honneur)... Mais si le roman de Jules Verne a bien été publié en 1904, il a presque à coup sûr été rédigé des années auparavant - et l'auteur est en général vu comme du XIXe siècle.

 

18 avril 2025

Ainsi va le monde - Jake Hinkson

Comme Alex-mot-à-mots, je conseille le nouveau roman de Jake Hinkson, Ainsi va le monde (Editions Gallmeister, 425 pages haletantes). Ce roman est paru en français en première mondiale avant même de sortir dans les pays anglo-saxons. L'histoire se passe dans la région de Chicago sur une période d'un peu plus d'une semaine. Alice Hardy, professeure d'université en théologie âgée d'une quarantaine d'années, est mariée à Greg, professeur de math, et ils ont un fils adolescent appelé Tuck. Quand l'histoire commence, Alice vient de quitter le lit de son amant. Elle est fâchée contre lui. Dehors, elle est violemment attaquée par un inconnu porteur d'un couteau qu'elle arrive à récupérer. Elle riposte et poignarde son agresseur qui tombe par terre. Paniquée, elle lâche le couteau, retourne chez son amant qui accepte de l'accompagner sur le lieu du crime et c'est à partir de là qu'il y a un enchainement d'événements qui commence avec le corps qui a disparu ainsi que le couteau. Le roman est découpé en chapitres où quatre narrateurs se succèdent. Il y a donc Alice qui n'ose bien entendu rien dire à la police ni à sa famille, Owen Pall, un détective très doué mais peu scrupuleux qui a tout vu du crime, Erik Reid, un homme dangereux plus ou moins psychopathe et Mary Margaret Holding, une vieille femme très psychologue qui va conclure cette sombre histoire pleine de folie mais très bien menée. Un excellent roman comme les deux autres polars de l'écrivain que j'ai déjà lus et chroniqués. Lire les billets ici et

7 avril 2025

Y a pas photo! - Vuillemin

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) m'étais fait offrir en cadeau ce livre il y a déjà plusieurs années, sans en avoir encore tiré un billet. Je le ressors de ma PAC (pile à chroniquer). Encore un livre de bons dessins de presse parus dans Charlie Hebdo après 2015, dont certains résonnent encore dans l'actualité.

Vuillemin, Y a pas photo!, Les échappés, 2019, 144 pages

 

D'après ce que j'ai compris, du temps des Editions du Square, Vuillemin faisait plutôt partie de la "bande à Choron" (à l'époque où y étaient édités Charlie Mensuel, Hara Kiri, etc.), que de celle de Cavanna et Cabu, quand Hara-Kiri a "évolué" en Charlie Hebdo (1ère version). Il est resté proche de Choron qu'il a accompagné non seulement lors des créations ou relances de différents titres de presse, mais aussi quand ils se produisaient en concerts pour interpréter les chansons du professeur Choron, à la fin du XXe siècle!

Son style de dessin, la "ligne crade", fait rarement dans la dentelle pour le contenu: beaucoup de "caca prout"... (voir l'émission Le cercle de minuit du 26 janvier 1996 - près de 30 ans déjà, et à ne pas mettre entre toutes les mains!).

 

En 2015, après le massacre du 7 janvier, Philippe Vuillemin est venu renforcer l'équipe des dessinateurs de Charlie Hebdo (2e version). La quatrième de couv' du recueil rappelle qu'il a illustré les "entretiens de Charlie Hebdo" de 2015 à 2018. Je crois me souvenir qu'ils étaient publiés en avant-dernière page, avec un grand dessin et un plus petit qui se faisaient écho (Aujourd'hui, l'illustration de cette rubrique est le plus souvent assurée par "Zorro"). Je crois aussi avoir été visiter une exposition d'originaux dans une galerie rue Saint-Honoré (sauf erreur de ma part).

J'ai apprécié les couleurs souvent chaudes (rouge, orange, marron, jaune...).. sauf quand il est question de neige, de banquise, où l'on retrouve, forcément, les couleurs froides (bleu...).

 

Ses bons dessins valant infiniment mieux que mes beaux discours, pour ma sélection d'extraits, j'ai choisi les dessins dans l'humour m'a le plus plu! L'album en contient plus de 200 (couverture comprise). À défaut des dates du publication des dessins, j'ai apprécié que le recueil soit paginé.

À titre de "mise en bouche", voici quatre vignettes extraites des 3e et 4e de couv' (qui en comptent 5 lignes de 6 vignettes chacune). 

(Je peux tout à fait m'identifier avec le personnage en bas à droite: c'est un sujet de débat récurrent entre dasola et moi...)

p.5 (on est tout de suite dans le vif du sujet), et un écho p.142 ci-dessous.

p.30 (et encore un autre pour la route)

p.9: un exemple d'humour bien fracassant... 

p.23 (celui-là, il faudrait que je le fasse voir à l'AMAP dont je fais partie...)

p.122-123, bouffe toujours (dans la même série "classiques de la littérature", je vous ai épargné Moby Dick [p.76-77])

p.98-99: abominable erreur historique: tout le monde sait que Saint-Ex pilotait un "diable à queue fourchue" (Gabelschwanz Teufel), un Lockeed P-38 Lightning, quand il a disparu, voyons!

p.37: du danger que représentent les stagiaires (bien entendu)

p.43: c'était le bon temps?

p.87: deux personnages récurrents, le prof et le patron du bistrot... (j'en reparlerai plus bas)

p.84: la culture, c'est ce qui reste quand la démocratie a tout oublié? Voir l'Ermitage ou le Musée national de Chine et mourir...?

   p.135: culture, toujours... 

p.96: en plein dans l'actualité (avant ou après dissolution?) 

p.106: il y a des missions plus impossibles que d'autres... (et ça peut se décliner de bien des manières, dans d'autres albums...). 

p.114: tout est dit dans le titre du dessin!

p.125: qu'en penserait Donald?

 

En 2025, il arrive que Vuillemin signe la couverture de Charlie. Il propose chaque semaine un strip en colonne, où il utilise régulièrement ses personnages récurrents (le prof-doc-savant universel, intellectuel désabusé chez qui pointe parfois un brin de cynisme; le patron de bar fataliste, malabar doté d'un solide bon sens souvent confronté à ses clients plus ou moins torchés...), plus quelques dessins en dernière page dans "Les couvertures auxquelles vous avez échappé", ou dans les autres pages du journal.

CH N°1702 (05/03/2025), p.4; N°1687 (20/11/2024), p.5; N°1706 (02/04/2025), p.10 

Couv' CH N°1703 du 12/03/2025
+ "Les couvertures auxquelles vous avez échappé" du N°1702 (05/03/2025), p.16

 

Comme toujours et comme de bien entendu, je vous invite à découvrir directement l'album pour vous faire votre propre opinion!

 

*** Je suis Charlie ***

3 avril 2025

Au soir d'Alexandrie - Alaa El Aswany

J'avais découvert Alaa El Aswany avec L'immeuble Yacoubian (et ses habitants). J'ai lu aussi Automobile club d'Egypte qui m'avait aussi bien plu. Avec Au soir d'Alexandrie (Editions Actes Sud, 374 pages) paru en 2024, El Aswany nous fait vivre à Alexandrie en 1964 pendant le gouvernement de Gamal Abdel Nasser (1918-1970). Il se concentre sur un petit groupe d'hommes et de femmes qui se rencontrent régulièrement dans le bar d'un restaurant nommé Artinos, du nom du fondateur. C'est désormais sa fille, Lyda qui dirige l'établissement avec l'aide de Carlo Sabatini qui fait office d'homme à tout faire, de barman, et est aussi un homme à femmes mariées. Les autres personnages sont Chantal, une française qui dirige la librairie Balzac, Tony, originaire d'Anatolie et fondateur d'une chocolaterie. Il dirige son entreprise avec beaucoup d'humanité. Il y a aussi Abbas, un avocat, et sa femme Noha, et puis un peintre appelé Anas. Tout ce petit monde parle de choses et d'autres, du mariage, de l'amour, de littérature, de peinture mais aussi de politique. En effet, les décisions de Gamal Abdel Nasser ne font pas l'unanimité dans ce groupe surnommé "caucus". Ils vont vivre des moments éprouvants. On comprend que El Aswany n'a pas beaucoup de sympathie pour le dirigeant égyptien. Le roman est très plaisant à lire avec une galerie de personnages intéressants. El Aswany est vraiment un conteur de talent. Je conseille, tout comme Karine:)

2 avril 2025

Ocean state - Stewart O'Nan

 

Je fréquente plusieurs bibliothèques dans la partie nord de Paris où j'habite. Et sans idée précise, je tombe sur des romans qui attirent mon attention et j'avoue que très souvent, je fais de bonnes pioches. J'ai terminé Ocean State de Stewart O'Nan (Edition de l'Olivier, 288 pages) le week-end dernier. L'histoire est résumée sur la quatrième de couverture. Ocean State est le surnom de l'État de Rhode Island (le plus petit État des États-Unis sur la côte est dans la région de Nouvelle Angleterre). À Ashaway, Marie, 13 ans à l'époque du drame, est la narratrice de ce récit très dense et avec peu de chapitres. Il s'agit d'un long flash-back dans lequel elle décrit sa vie entre sa mère infirmière divorcée et sa soeur aînée, Angel, âgée de 18 ans, qui aime Myles issu d'un milieu aisé. Une autre fille surnommée Birdy est aussi amoureuse de Myles. Et pendant 200 pages, Marie décrit son quotidien, les amours de sa mère, les rivalités entre Birdy et Angel qui vont aboutir au drame final. Il y a peu de respiration dans le récit car il ne se passe pas grand-chose à part des va-et-vient entre ce qui se déroule dans la famille de Marie et Angel et dans celle de Birdy. La tension monte de plus en plus entre Angel d'un côté et Birdy de l'autre. La rivalité et la jalousie qui animent les deux jeunes filles sont terribles. Ces deux histoires d'amour sont sans concession. J'avoue que j'ai un peu de mal à me mettre dans la peau des personnages, mais il faut reconnaitre que l'écrivain a écrit un récit tendu jusqu'au bout. Cet écrivain que je ne connaissais pas est à découvrir. Lire le billet de Pamolico

30 mars 2025

Mars Express TEM - Cédric Degottex

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) conclus mon "challenge marsien (autour de la planète Mars) - 2ème édition" avec ce dernier billet pour ma part. Avec ça, je suis satisfait d'avoir réussi à tenir mon objectif de rédiger deux billets par mois durant ses 13 mois. Le titre que je présente aujourd'hui constitue une "préquelle" littéraire à un film (dessin animé), Mars express, que j'avais vu avec dasola avant le début du challenge (qui va se terminer lundi 31 mars à minuit). Il peut aussi participer au 13e challenge de l'imaginaire organisé par Tornade, ainsi qu'au challenge Objectif SF 2025 mis en place par Sandrine

Cédric Degottex, Mars Express TEM, Bragelonne, 2023, 254 pages

 

Lieutenant Aline Ruby, capitaine Carlos Ribera: nous suivons ici le binôme atypique qui représentait les héros du dessin animé. Celui-ci se déroulait en 2200, nous sommes, dans le livre, quelques années auparavant. À ce moment-là, ils travaillent pour le gouvernement, en tant qu'agents des forces spéciales. En fin d'une mission brutale qui s'est déroulée sur terre, ils sont contactés par leur copain d'études, Chris Royjacker, fils de milliardaires qu'il rejette. 

 

Chez ces gens-là, on ne cause pas, on compte et on triche (vous avez reconnu la citation?). Et on a le bras long. Il s'avère qu'Aline et Carlos sont "détachés" temporairement, volens nolens, comme mercenaires d'un autre multimilliardaire afin de retrouver une mystérieuse personne (Tania Espinoza) liée à la fille, Tem, dudit milliardaire (un certain Swaraj Edo-Jendal). Pour cette mission, on met à leur disposition des moyens sans commune mesure avec ceux dont ils disposent habituellement, en terme d'armement et d'accès à des données. 

 

Dans l'univers futuriste qui est décrit, tout est implants, nanoparticules, connectivité plus ou moins bridée... Ceux qui ont argent et pouvoir peuvent accéder (et donner accès) à différents degrés de connectivité, avec consultation et usage de données plus ou moins complètes et détaillées. Il leur est proposé, non pas une somme d'argent, mais un "souhait" à indiquer, dont ils sont assurés qu'il sera satisfait. Nous ne sommes pas dans un conte de fées pour autant! 

 

Tem est une sorte de cyborg qui survit uniquement parce qu'elle est connectée à tout un appareillage de soutien. C'est une artiste connue dans toute la galaxie, mais il s'avèrera que Tania avait passé une sorte de pacte faustien... Non sans mal (Tania se cachait dans une "zone morte" sur terre, avant que nos héros réussissent à la ramener sur Mars), la mission est remplie, et le voeu de chacun des deux partenaires est exaucé. Chris, lui, a rejoint le bercail...

 

J'ai trouvé que, si nous n'avons pas vraiment de descriptions à part celles des "oeuvres d'Art" de Tem, nous avons droit à la description à peu près exhaustive des états d'âme d'Aline, qui doit "gérer" les problèmes (addictions et autres) de son collègue. Mais l'action pure n'est pas absente pour autant! Ce roman expose un environnement techni-économico-politique qui m'a fait songer, outre à Central Station (peut-être en moins "torturé et en plus "high-tech"), surtout à celui de la BD (au long cours) Carmen McCallum (en cours depuis 1995, 20 albums à ce jour, + séries dérivées et "cross-overs" avec la série BD Travis, 16 albums depuis 1997, qui se déroule dans le même univers).

 

Au final, une idée intéressante que de donner quelques éléments complémentaires à ceux découverts visuellement sur écran. Cela m'a rappelé le fonctionnement du roman Heat 2 de Michael Mann (si ce n'est qu'il n'y a plus rien qui puisse se passer côté humains après la fin du film Mars express). 

 

Julien Amic le présente d'une manière différente de la mienne sur son blog Les carnets dystopiques. Et, sans doute, "certains résultats [de mes recherches] peuvent avoir été supprimés conformément à la loi européenne sur la protection des données"... ;-/

28 mars 2025

Le château des étoiles - Alex Alice

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) réussi à emprunter en bibliothèques parisienne (quelques tomes par-ci, quelques tomes par-là...) les sept volumes d'une série BD que j'avais repérée sur la blogosphère: Le château des étoiles, signé Alex Alice, organisé en plusieurs "cycles" (et encore inachevée à ce jour!). Cela me permet une participation de plus à mon challenge marsien, mais aussi pour le 13e challenge de l'imaginaire organisé par Tornade.

Alex Alice, Le château des étoiles, éd. Rue de Sèvres, du T.I (2014) au T.VII (2024)

 

La dystopie que nous dessine Alex Alice prend son ancrage dans le passé (XIXe s. du Second Empire et de la rivalité avec la Prusse...). Alexandre Alice est auteur aussi bien des scénarios (à la fois violents et poétiques) que des dessins, plus suaves que rugueux (et, je suppose, des "couleurs directes" en nuances pastel à l'aquarelle? Pas de "coloriste" crédité...). Je dirai ci-dessous quelques mots des différents tomes, du premier volume publié en album en 2014 au septième et dernier paru (à ce jour), en 2024. 

    

1869: La conquête de l'espace - volume I [2014, 64 pages]. En fait, dès 1868, le prélude de 5 ou 6 pages de la "grande aventure" montre une aéronaute (Claire) qui prépare son envol en visant l'altitude de 11 000 mètres, alors que l'orage menace, au grand dam de son mari (Archibald - lui et elle se vouvoient) et à l'incompréhension de leur gamin, Séraphin. L'expédition au gré du vent en altitude vise à découvrir une substance mystérieuse, l'éther, moyen de propulsion incomparable notamment pour les engins aériens. Nous voyons le ballon monter dans l'orage alors que sa passagère porte un masque à oxygène, le "détecteur d'éther" s'animer, puis un grand cri retentit. Moins de quatre heures après l'envol, "quelque chose" traverse l'atmosphère pour retomber sur terre... 

L'histoire reprend (commence véritablement?) un an après. Séraphin n'a manifestement pas fait le deuil de sa mère, et se montre obsédé par l'espace et les moyens d'y voyager, ce que bride son père... Un mystérieux courrier arraché chez eux, à Lille, provoque un voyage de son père en Bavière, alors que Séraphin est censé partir de son côté chez sa tante pour les vacances. Après un trajet mouvementé, Séraphin aura bien des occasions de prendre de la hauteur... en croisant le jeune Hans (un aéronaute local), une jolie et non moins jeune soubrette (Sophie - qui est aussi la demi-soeur de Hans), l'architecte royal... sur qui papa Dulac (oui, c'est le nom de la famille française) ne tarde pas à prendre l'ascendant pour finaliser un ballon dirigeable fonctionnant à l'éther enfin à portée de main. Rajoutons le roi de Bavière, sa cousine, son infâme chambellan, et nous aurons moult aventures trépidantes que je ne vous dévoilerai pas! Cela finit comme ça a commencé: un ballon qui s'envole... 

   

1869: La conquête de l'espace - volume II [2015, 68 pages]. Cette "seconde partie" du premier cycle commence (prélude) le 11 mars 1870 de notre "réalité alternative". Nos trois enfants, les "chevaliers de l'éther", se sont envolés à bord de "l'éthernef" royale depuis 36 heures. C'est Sissy ("altesse" d'Autriche) qui mène les recherches au château du roi de Bavière. Retour 39 heures plus tôt, à bord de l'engin qui s'apprête à franchir le "mur de l'éther" à 13 000 mètres d'altitude... pour quitter la Terre - en mettant juste les moteurs en marche. Mais... Ach! Grosse sabotache! Absence de gravité à partir de la p.20... et première sortie extra-véhiculaire, de Séraphin, vêtu d'un scaphandre "sauce XIXe siècle". Nos héros arrivent du côté de la face cachée de la lune... puis le contact avec le sol se fait sur de la glace (air raréfié, mais respirable - comme en altitude sur terre). De l'éther cristallisé est découvert, ainsi qu'un mystérieux "château"... Ludwig ne rentre pas sur terre, mais nos héros "principaux", si (pour trouver, installé en Bavière, Bismarck, qui essaye en vain de les y retenir de force). L'appareil volant (aux lignes élégantes de Concorde!) désormais bien alimenté en cristaux d'éther les emmène en Bretagne (chez le grand-père maternel de Séraphin). Sophie, qui acquiert des notions d'astronomie et de calcul de trajectoire, finit par s'exclamer (p.68): "Je sais où est parti le Roi!".  -- Fin du premier cycle. --

 

Volume III - Les chevaliers de Mars [2017, 60 pages]. Novembre 1870. Bismarck, grâce aux notes du carnet appartenant à la famille Dulac sur lequel il avait mis la main, a pu faire construire un vaisseau à éther, et se prépare à envoyer une expédition prussienne... vers Mars. Quant au grand-père, c'est un docteur en médecine et savant universel, ancien des barricades de 1848, plus républicain (et idéaliste) que bonapartiste ou chauvin. Nos savants ont dévoilé à tous les pays le secret du moteur à éther, en rêvant de coopération pacifique. Mais au cours du rassemblement international organisé, Archibald Dulac disparaît (p.20). En termes politiques, l'Autriche contrebalance les ambitions de la Prusse pour aider les Dulac. Péripéties... et Destination, donc, Mars, pour y retrouver ceux qui, semble-t-il, devraient y avoir été emmenés: papa Dulac et le roi Ludwig. Même avec l'éthérite, ce n'est pas un voyage qui se fait en un seul jour... mais en quatre-vingt-treize! Le (mé)chambellan (agent prussien), fait prisonnier, est du voyage. Et pendant ce temps, sur Mars... les hommes de l'expédition prussienne, au sein de laquelle était prisonnier le professeur Dulac, font face à bien des mystères. 

 

Volume IV - Un Français sur Mars [2018, 68 pages]. Bismarck a découvert l'existence de l'éthérite (cristal d'éther), même si la Prusse n'en possède pas encore. Le roi de Prusse, pour qui il travaille, se laisse convaincre que l'avenir passe plutôt par la conquête de Mars que par celle de Paris... À bord du vaisseau des enfants, le jeune Loïc Lebrun, passager clandestin breton, a rejoint le camp du chambellan. Mars, malgré son atmosphère respirable, est pleine de dangers et d'illusions. - Bang! [coup de feu tiré par le méchant bêlant] -. Archibald Dulac serait resté sur Terre, finalement? Séraphin, isolé de ses amis, croise une princesse blessée et la secourt: une des dernières survivantes d'un très vieux peuple, désormais divisé en deux castes opposées (toutes deux télépathes). Le chambellan (au fait, il s'appelle Gudden) s'est rallié les parias, et s'apprête à entamer une guerre de conquête. L'héroïsme de Sophie et Séraphin (bien aidés par leurs acolytes - dont un capitaine prussien plus humain que ses congénères) devrait permettre une réconciliation générale. Mais c'est compter sans l'arrivée des renforts prussiens (dernière page).... -- Fin de la "nouvelle aventure" --

  

[Ici prend place un cycle dérivé, titré Les brumes de Vénus, en trois tomes - que je n'ai pas lus!] 

 

Volume V - De Mars à Paris [2020, 68 pages]. Cette fois-ci, le prologue de trois pages est situé en Haute-Auvergne (?), le 16 novembre 1874. Vingt mois plus tôt, sur Mars, les "gentils" partis dans le désert martien contraient l'acier prussien avec des armes biologiques. Plus de la moitié de l'album narre ce voyage avant l'arrivée du peuple martien en route vers l'exil du "pôle promis" (lieu de sécurité?). À ce pôle de la planète Mars, ils retrouvent le roi de Bavière, mais aussi son chambellan fou. Après un bon remue-méninge, une solution est trouvée: envoyer une ambassade sur terre. La princesse de Mars va découvrir le Paris du Second Empire... et la fine équipe va se renforcer d'une journaliste délurée. Notre empereur, qui a accepté le monopole prussien sur Mars (il semble que la France et l'Angleterre s'intéressent davantage à Vénus?), prépare une exposition interplanétaire. Séraphin a la joie des retrouvailles avec son père (mais rien n'est simple). En fin d'album, la princesse est blessée et Séraphin au trou... Tout est à refaire! 

 

Volume VI - L'Exposition interplanétaire de 1875 [2021, 58 pages - même que les pp.20-21... mais je vous laisse la surprise!]. Sept mois plus tard... (oui, je ne vous l'ai pas dit? Il y a des distorsions temporelles, et le temps s'écoule plus ou moins vite pour les uns ou les autres, selon la planète voire l'endroit où ils se trouvent), 7 mois plus tard, donc, Séraphin s'évade, pour tomber en plein milieu du plan de la bande afin de sauver la princesse et forcer la main aux différents empires. Bref, encore un album empli d'aventures rocambolesques. Les gamins du début ont tout de même un peu grandi/vieilli/mûri. Dans le pavillon martien, clou de l'exposition, l'idéalisme juvénile échoue à sauver Mars (que ce soit par supplication ou menace) face aux ambitions des hommes politiques de la terre, de manière pathétique. Bismarck assène quelques vérités: "Tous ces dirigeants... Certains sont des opportunistes, certains des parasites. Mais certains sont animés d'une mission, d'un sens du devoir envers leur peuple ou leur nation. Pour ceux-là... l'ordre établi compte plus que leurs vie". Lors de la retraite de l'équipe sur des positions préparées à l'avance, ce sont des gendarmes français qui obéissent aux ordres et qui tirent. La princesse de Mars n'est cette fois-ci pas blessée. Une nouvelle piste émerge: cap sur Vénus!

       

Volume VII - Planète des brumes [2024, 70 pages]. Sur Vénus, encore quasi-inexplorée malgré un début d'exploitation par les Anglais et les Français, nos amis vont-ils trouver de quoi sauver les Martiens en réparant le "château des étoiles" construit naguère par les Anciens? Là encore, la destination est polaire et le voyage dangereux. La princesse de Mars, Séraphin, Sophie, le capitaine (Schneidig), la journaliste (Jocaste Daumier) ... Ici ou là, chacun tombe, est rattrapé, rechute, se rattrape, se tourne autour... Remarque désabusée du Breton de service pendant qu'un couple se dispute à grands éclats de voix sur le thème "l'expédition est trop dangereuse pour une femme!": "ils feraient mieux de se lécher la poire tout de suite, on gagnerait du temps!". De 1869 à 1875, on aura vu le jeune couple plus ou moins au centre de l'histoire passer de l'enfance à l'âge adulte! Il y en a qui vont voyager à dos de... Je vous laisse la surprise. Et, après une surprenante ascension, on retrouve l'increvable chambellan et sa petite troupe de Martiens renégats. Et la princesse se fait canarder, une fois de plus. Charge à Séraphin de lui faire retrouver Mars, d'urgence. Le groupe se sépare une fois de plus -- et suite au prochain numéro! --.

 

Pour ma part, cette série m'a fait songer à quelques autres dystopies inscrites dans un passé plus ou moins proche ou lointain: Les dirigeables de l'Amazone (3 tomes, dessins Patrice Sanahujas, scénario  René Durand, 1980-1982) ou Aryanne (9 tomes, dessins Michel Guillou, scénarios Jean-Claude Smit & Terence, 1986-1991 - nettement moins chaste!). 

 

Voici quelques-uns des blogs ayant parlé de tel ou tel tome de la série Le château des étoiles (liste non exhaustive bien entendu): ceux de Bianca, Blo-o-noisettes, Mylène, Karine ...

 

Et quelques extraits plus ou moins spectaculaires, romanesques ou romantiques...     

(T. I, p.43)

 

(T.III, p.59) 

 

(T.IV, p.11)

 

 (T.IV, pp.40-41)

 

(T.VII, pp.-46-47)

24 mars 2025

Lady astronaute (etc.) - Mary Robinette Kowal

Alors que nous voici à la fin du treizième et dernier mois de mon "challenge marsien (autour de la planète Mars) - 2e édition", je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) présente quatre livres de Mary Robinette Kowal, formant une "saga". Cette série peut s'inscrire non seulement dans mon challenge marsien, mais aussi dans le 13e challenge de l'imaginaire organisé par Tornade, dans le challenge Objectif SF 2025 mis en place par Sandrine, et aussi (SF américaine...) dans le challenge American Year 2025 chez The cannibal lecteur (Belette 2911)

Mary Robinette Kowal :
* Vers les étoiles, Folio SF N°714, 2022 (trad. fr. 2020 par Patrick Imbert, EO 2018), 567 pages
* Vers Mars, Folio SF N°736, 2023 (trad. fr. 2021, EO 2018), 462 pages
* Sur la lune, Folio SF N°740, 2023 (trad. fr. 2022, EO 2020), 740 pages
* Lady Astronaute, Folio SF N°665, 2020 (trad. fr. 2020, EO 2013-2018), 117 pages

 

Il n'est pas simple de savoir comment présenter cette série: faut-il commencer par le petit recueil de nouvelles Lady Astronaute, grâce auquel, si j'ai bien compris, la saga rédigée par Mary Robinette Kowal (marionnettiste de profession?) a commencé, ou bien plutôt par les romans, qui donnent a posteriori de la "profondeur" à telle ou telle nouvelle? Le contexte de la série est celui d'une dystopie (une "réalité alternative"), avec une histoire qui commence en 1952, le 3 mars exactement, avant de se poursuivre durant plus d'une douzaine d'années sur les trois tomes parus en français à ce jour. 

 

Comme dit plus haut, lorsque débute Vers les étoiles, s'ouvre une dystopie (et non une anticipation...). Ce 3 mars 1952, un cataclysme vient de toucher la côte Est des Etats-Unis: un "météore", tuant instantanément des millions d'habitants et impactant le continent entier et, à terme, le climat terrestre. Tout de suite, nous faisons connaissance d'un couple, lui (Nathaniel York) scientifique et elle (Elma York) pilote d'avion ayant participé à la Seconde Guerre mondiale et "calculatrice" émérite. Le "récit à la première personne" est donné par Elma.

Le programme spatial, alors balbutiant, va devenir une priorité internationale (avec quelques années d'avance sur "la" réalité que nous avons connue!), dans le but de permettra à l'humanité de partir au-delà d'une terre qui deviendrait invivable à court/moyen terme. Faute d'ordinateurs, il reposera davantage sur les compétences d'équipe de calculatrices, y compris embarquées pour assister le pilotage des fusées et vaisseaux (à la création desquels Nathaniel prend une part prépondérante). 

L'angle intéressant de ce roman (et de la série toute entière) est de pointer le "machisme" alors naturel, en racontant les difficultés qu'éprouvent Elma en particulier et les femmes (pilotes, calculatrices...) en général à être considérées à l'égal des hommes, notamment pour intégrer le graal, le corps des astronautes alors mis en place d'abord, et parmi eux celui des pilotes d'engins ensuite. S'ajoute à cela la discrimination "raciale" à l'encontre des personnes de couleurs voire à celle des minorités ethniques plus généralement. Le combat d'Elma va être de prouver, par tous les moyens y compris médiatiques, qu'elle vaut "largement" certains hommes, elle qui faisait partie du WASP (Women Aiforce Service Pilots) durant la seconde guerre mondiale (si j'ai bien compris, ces femmes-pilotes, qui ont existé, pilotaient les avions militaires depuis l'usine vers les unités, mais n'avaient pas vocation à rencontrer l'ennemi). Mais si elle est surdouée des chiffres, elle doit aussi composer avec ses fragilités (psychologiques et somatiques) personnelles, et les dissimuler à tout prix aux hommes décideurs. Elle finira par parvenir à ses fins. 

Quelques billets ayant parlé de Vers les étoiles sur les blogs: RSF blog (Lhisbei), Lune (dernier billet en 2023), Chut... Maman lit, De livres en livres (lu en anglais), Blog à part (idem), Gromovar (liste non exhaustive).

 

Dans Vers Mars, nous retrouvons les mêmes personnages, alors qu'une base lunaire est déjà installée ainsi qu'une station orbitale lunaire (Lunetta). Cette fois-ci, les hommes (et femmes, bien évidemment) vont partir vers la quatrième planète de notre système solaire. Les enjeux restent les mêmes: sauver l'humanité "malgré elle", en sachant que tous les humains ne pourront quitter la terre, alors que le programme spatial international exige des budgets colossaux, que bon nombre d'Américains jugeraient mieux employés au bénéfice des défavorisés par exemple, certains opposants allant jusqu'à se livrer à des actions "terroristes" contre les réalisations... Comme dans le premier volume, tout est vu par les yeux d'Elma ou par le biais de ses interactions avec les autres. Elle fait partie de l'expédition (deux vaisseaux spatiaux) se dirigeant vers Mars. Nombreuses seront les péripéties... 

Blogs (liste non exhaustive, certains billets présentent d'autres liens): Lorkhan, Célinedanaé, Vert, Grunazur, Zoé (qui avait participé à la première édition de mon challenge de la planète Mars). 

 

Dans ce troisième volet, Sur la lune, l'expédition vers Mars (parallèle à l'action qui se déroule au sein de la colonie lunaire) et Elma York sont seulement évoquées de temps en temps. L'héroïne principale (que nous avions déjà croisée dans les tomes précédents) est cette fois-ci Nicole Wargin, qui a également réussi à devenir astronaute, mais est à la ville l'épouse d'un politicien, gouverneur du Kansas. Elle est envoyée sur la base lunaire pour une mission de "contre-espionnage" afin de traquer des saboteurs potentiels (le mouvement d'opposition au programme spatial se faisant de plus en plus menaçant). Il s'avère que son passé lui confère certains atouts pour cette mission périlleuse. Mais elle supportera mal d'être éloigné de son mari resté sur terre. Femme d'action et femme forte, cette héroïne a, comme Elma York, ses propres fragilités mais les surmonte. Ce volume se termine en 1965. 

Une petite liste de blogs: Shaya (durant le déroulement du challenge ;-)), Gromovar, Lhisbei, Zoé, Apophis, Chut... Maman lit, Célinedanaé, Anudar

 

il existe désormais un quatrième tome, paru en 2025 en anglais, que je n'ai bien évidemment pas lu, The Martian Contingency. Stéphanie en a parlé. 

 

Pour terminer, Lady Astronaute a, comme je l'ai dit, été publié avant les grands romans, mais a donné leur cadre temporel. L'autrice signale ainsi, dans la "note historique" à la fin de Vers les étoiles que le fait de s'être enfermée dans une trame temporelle bien précise l'a amenée à devoir "tricher" avec la liste des présidents des Etats-Unis ayant réellement été élus (Dewey et non Truman) pour que le programme spatial soit lancé cinq ans plus tôt que dans notre réalité... Les courtes nouvelles qui composent cet opuscule se situent dans le même univers dystopique. A noter que, dans la bibliothèque parisienne où je l'ai emprunté, il était classé dans le rayonnage spécial "Facile à lire". 

* La première (pp.9-23), Nous interrompons cette émission, se situe avant la chute de la météorite, et met en scène deux grands malades (tuberculose). 

* L'expérience Phobos (pp.25-60) fait allusion à Elma York, mais met en scène une autre femme astronaute, en mission de reconnaissance depuis Mars vers puis sur son satellite Phobos. 

* La girafe d'Amara est une très gentille nouvelle de deux pages (p.63-64), ou comment la chute de la girafe en peluche de son bébé permet à une femme astronaute de s'apercevoir qu'il y a un problème dans la trajectoire de son trajet lunaire...

* Le rouge des fusées (pp.65-78) est un vibrant hommage à l'utilité de la solidarité humaine "à l'ancienne" (pour une histoire de classement de fiches). Ce titre m'a aussi évoqué la poésie de ceux des nouvelles composant les Chroniques martiennes de Ray Bradbury... 

* Enfin, La lady astronaute de Mars (pp.79-117) met en scène Elma et Nathaniel York, et se situe chronologiquement entre Vers Mars et Sur la lune

Blogs en ayant parlé: Lhisbei, Grunazur (Yvan), Zoé

21 mars 2025

L'oiseau de Mars - K.-H. Scheer

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) sais bien que mon "challenge marsien (autour de la planète Mars) - 2e édition" touche à sa fin (encore seulement 10 jours!) et que je n'aurai de ce fait jamais le temps de lire et de rédiger un billet à propos de toutes les oeuvres (bouquins, BD...) que j'ai repérées chez les participants. Mais bon, je vais essayer de faire deux ou trois billets, au moins (alors que mon mois de mars [!] aura été un peu chargé - trop de boulot pris en charge!). Aujourd'hui, quelques mots à partir d'un petit bouquin glané il y a une semaine dans les bac "SF" d'une des bouquineries que je fréquente. 

K.-H. Scheer, L'oiseau de Mars, Fleuve noir, coll. Anticipation N°1148, 1982, 186 pages

 

En lisant ce petit bouquin, j'ai eu l'impression d'avaler un épisode de feuilleton TV des années 1970 (!). Et je ne connaissais pas l'auteur au moment où je lisais. On est tout de suite plongés dans l'action, avec le récit "à la première personne" d'un commandant de petite troupe de "forces spéciales" en mission d'infiltration sur la lune. C'est lui qui nous distille, au gré de ses interactions avec ses équipiers ou ses antagonistes, le contexte de la situation interplanétaire. Il utilise le peu dont dispose la terre d'une technologie venant d'une lointaine civilisation martienne, afin d'accéder à un super-ordinateur laissé sur la lune par ces anciens Martiens, partis il y a plusieurs dizaines de millénaires. Pour "duper" cet ordinateur, il a dû endosser l'identité d'un pirate terrien, traqué par les forces terriennes régulières. Et sa mission va se retrouver confronté aux ambitions d'extraterrestres, les Soghmoliens, eux-mêmes descendants dégénérés des anciens Martiens... Quant à l'oiseau de Mars du titre, c'est un fragment d'une phrase codée constituant un élément-clé! C'est trépidant, tout ça se bat à coup de robots, de radiants, de miniraks (sorte de lance-roquettes portatifs)... et ça finira plus ou moins en "match nul", en attendant le prochain épisode!  

 

Car, oui, je n'avais au départ pas prêté attention au logo "D.A.S., Département Anti-espionnage Scientifique". Et j'ai bien sûr regardé (sur wikip'...) d'un peu plus près ce qu'il en était. Il s'agit de l'une des séries rédigées (en allemand, au départ) par Karl Herbert Scheer (1928-1991), qui était donc toujours vivant lors de la parution en français de ce livre (traduction Marie-Jo Dubourg, titre initial de l'épisode ZONTA-Norm regelwidrig). La série a comporté semble-t-il 50 volumes en Allemagne (tous n'ont pas paru en français dans la collection Anticipation avant que celle-ci soit arrêtée, un autre éditeur a repris mais a fait faillite après avoir publié le 41e ou 42e épisode), jusqu'à ce que K.-H Scheer cesse sa rédaction pour se consacrer à une autre série en co-écriture (si j'ai bien compris). K.-H Scheer était aussi, depuis 1961, l'initiateur d'une autre série "au long cours", Perry Rhodan, oeuvre collective dont il a été le premier écrivain. Cette saga au long cours-là (Perry Rhodan) compte désormais plus de 3500 - trois mille cinq cents! - fascicules hebdomadaires parus en allemand depuis 1961, et est loin d'avoir été intégralement traduite en français (moins de 300 titres dans la série Anticipation, regroupant chacun entre deux et quatre fascicules). 

 

Bref, revenons à D.A.S. Bien sûr, je n'en savais rien non plus quand le titre L'oiseau de Mars a attiré mon attention dans le bac. C'est Wikipedia (consulté ce 21 mars 2025) qui m'apprend que l'action se situe en... 2002 (début de rédaction/publication en Allemagne de la série: 1957!). Je ne sais pas si le contexte "martien" est présent dès le tout premier premier tome ou apparaît en cours de route. L'oiseau de Mars est en tout cas le 31e de la série. Je suppose qu'il faudrait que je me donne la peine de dénicher (bibliothèque?) puis de parcourir l'intégralité de la collection D.A.S. pour en savoir davantage... Je verrai pour 2027!

 

Voilà en tout cas un petit titre lu en moins de trois heures qui vaut participation non seulement pour mon challenge marsien, mais aussi pour le 13e challenge de l'imaginaire organisé par Tornade, et pour le challenge Objectif SF 2025 mis en place par Sandrine.

 

20 mars 2025

Tous les silences - Arttu Tuominen

Je viens de terminer Tous les silences d'Arttu Tuominen (Editions de la Martinière, 418 pages) un roman policier finlandais qui se déroule alternativement en 1941 et en 2019. En 2019, à Pori (une ville de Finlande), Albert, un vieillard de 97 ans, est attaqué dans le jardin de l'Ehpad où il vit. Ses agresseurs cagoulés ont décidé de le pendre à un arbre. Il est sauvé de justesse après avoir été battu sauvagement. Peu de temps après, un autre vieil homme, Klaus, 98 ans, est enlevé chez lui sous les yeux de sa femme et lui, on va le trouver pendu. Ces deux agressions renvoient à un passé finlandais douloureux en 1941, deux ans après la guerre d'Hiver, quand environ 1400 Finlandais ont été enrôlés dans les Waffen SS au moment de l'opération Barbarossa (L'invasion par le IIIème reich de l'Union soviétique). Ces Finlandais ont participé au massacre de Juifs (la Shoah par balles). En 2019, les policiers qui enquêtent découvrent petit à petit ce passé peu glorieux de la Finlande. Albert, lui, se remet de ses émotions. Sous son air bon enfant, qui était-il vraiment? Et Klaus, son compagnon d'armes? Tous les silences se lit très vite. C'est un roman qui m'a plu et on s'attache au groupe de policiers enquêteurs. 

Quelques blogs qui en ont parlé: Ju lit les mots, Collectif polar, Hedwige, Lilou.

14 mars 2025

Trop et jamais assez - Mary L. Trump

Me promenant entre les rayons d'une grande librairie d'un grand magasin, je suis tombée sur un livre qui m'a attiré l'oeil : Trop et jamais assez d'une certaine Mary L. Trump (Edition Points Seuil, 282 pages). Mary L. Trump, née en 1965, est la nièce de Donald Trump, devenu 45ème et 47ème président des Etats-Unis. La première édition du livre date de 2020, c'est-à-dire juste à la fin du premier mandat de Donald Trump. Mary L. Trump est l'un des deux enfants de Frederick, le frère aîné de Donald. Le sous-titre du livre est "Comment ma famille a fabriqué l'homme le plus dangereux du monde". A la page 34 de l'ouvrage, Mary écrit : "Si un second mandat lui est accordé, ce sera la fin de la démocratie américaine". Espérons que cela ne se réalise pas. Le livre se lit d'une traite. Mary règle ses comptes avec sa famille pour avoir détruit son père Frederick qui est mort alcoolique. Il faut commencer avec le patriarche, Frederick (1905-1999), fils d'un Allemand mort de la grippe espagnole en 1918. Frederick s'est marié avec une jeune écossaise, Mary MacLeod (1912-2000). A deux, ils ont eu cinq enfants, deux filles et trois garçons dont Frederick (1938-1981) et Donald (né en 1946). En 2025, il ne reste plus que Donald et une soeur, Elizabeth. Frederick Senior fut un promoteur immobilier redoutable qui a fondé un empire grâce à ses relations, son aplomb, son entregent, sa radinerie et sa force de travail ainsi que ses magouilles en tout genre. Surtout, payer le moins d'impôts possible, alors qu'il a bien profité de quelques subventions de l'état. Il s'est très peu occupé de ses enfants. Sa femme ne semble ne pas non plus avoir été une mère aimante. Les enfants assez négligés ont grandi comme ils ont pu. Quatre s'en sont à peu près bien tirés, mais pas Frederick junior, qui devait succéder à son père. L'immobilier ne l'intéressait pas, mais par contre, il était passionné d'aviation. Il est d'ailleurs devenu pendant quelques années pilote à la compagnie aérienne TWA. Son père s'est mis à le mépriser et à le rabaisser. Donald a tout fait pour ne pas ressembler à son frère et se faire aimer de son père. Il y est arrivé puisque c'est lui qui s'est retrouvé à la tête de l'empire Trump. Mary Trump décrit bien le caractère et la personnalité de Donald Trump. Il sait très bien humilier les gens. Sa nièce qui est docteure en psychologie le traite de sociopathe. Il n'a aucune empathie pour personne. Le livre est vraiment passionnant. Evidemment, il y beaucoup de parti pris de la part de Mary L. Trump mais c'est humain. Quand son père est décédé à 42 ans, elle avait 16 ans et elle n'a même pas pu le voir dans son cercueil. Si vous avez la possibilité de tomber sur ce livre, lisez-le. Il se lit en une demi-journée. La photo de couverture représente Donald Trump en 1964 à l'âge de 18 ans pendant sa scolarité dans une école militaire. 

8 mars 2025

Les enfants loups - Vera Buck

L'histoire étrange que nous raconte Les enfants loups de Vera Buck (Edition Gallmeister, 475 pages) se passe de nos jours au fin fond de l'Autriche. Il y est question d'un loup apprivoisé, de loups sauvages, d'enfant sauvage, d'un village appelé Jakobsleiter abritant une communauté anabaptiste composée en réalité d'anciens criminels, de la disparition de jeunes femmes depuis quelques années. Plusieurs narrateurs prennent la parole dont deux des jeunes de la communauté. Une femme professeure s'approchant d'un peu trop près d'une certaine vérité va le payer de sa vie. Une jeune journaliste stagiaire d'un journal local enquête sur la disparition de sa meilleure amie, dix ans auparavant. Jakobsleiter, village haut perché, dépend d'un autre village en contrebas, Almenen dont le maire, un homme affable, est très proche de ses habitants (ceux de Jakobsleiter compris). Il y a aussi un personnage important dans l'intrigue. Il s'agit de Martin Hofer, un policier qui est le fils du maire. Pour atteindre Jakobsleiter, cela nécessite une heure de marche, sur un sentier escarpé et très pentu, il faut traverser une forêt et passer à côté de grottes. Je ne dirai rien de plus. Même si je n'ai pas été totalement conquise par ce roman écrit par une Allemande, j'ai aimé son atmosphère un peu mystérieuse. Lire les billets d'AudeHélène, Livressedunoir, Eva, Baz'art

7 mars 2025

Bien dégagé sur les oreilles - Cabu

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola") suis tombé sur Bien dégagé sur les oreilles il y a quelques mois, alors que j'écumais les bacs "petits prix" de mes bouquineries d'occasion afin de constituer un fonds pour ma "bibliothèque partagée". Ne le connaissant pas, je m'étais dit que ça ferait un sujet de plus pour l'un de mes "hommages du 7"... 

Cabu, Bien dégagé sur les oreilles, Editions La Découverte, 1985, 142 pages

 

Trois lignes signées Cabu en page de garde signalent que certains de ces dessins ont déjà paru dans Charlie Hebdo, Le Canard Enchaîné et Droit de réponse, et remercient Jean-Yves Potel "qui a choisi les citations en exergue et qui, avec François Gèze, [l']a aidé à organiser cet album". C'est vrai que Charlie Hebdo (première mouture) avait arrêté sa publication en 1982, ce qui avait amené Cabu à trouver d'autres sources de revenus. J'ai appris à cette occasion le nom de Jean-Yves Potel, que j'ignorais. La quatrième de couv' annonce que l'ouvrage compte 12 chapitres et 250 dessins (il est toujours difficile de "compter" les dessins de Cabu: quid des dessins comptant plusieurs "vignettes"? Quid des "cabochons" répétées en "têtière" sur plusieurs pages?).

 

L'accroche de couverture "1968-1986" était quelque peu anticipatrice, puisque l'ouvrage a été imprimé en octobre 1985 et publié alors que s'annonçaient les législatives du 16 mars 1986 et la déroute de la gauche au pouvoir depuis 1981. En avril 1985, la préparation du changement de scrutin (passage à la proportionnelle, instauré par la loi 85-688 du 10 juillet 1985) avait été invoquée comme cause de démission pour Michel Rocard de son poste de ministre de l'agriculture. J'ai en tout cas constaté que la plupart des hommes politiques croqués par Cabu dans ce recueil (des hommes cisgenres blancs de plus de 50 ans... sauf Laurent Fabius!) sont pour la plupart décédés. Bayrou n'était pas encore célèbre. Macron... Heu, il était né, oui, mais encore à l'école primaire... La couverture ne comporte qu'une (jeune) femme, à côté de jeunes gens bien propres sur eux, sans doute plutôt patriotes et aux dents longues.

 

Cet album nous rappelle un monde révolu (que les moins de... 40 ans ne peuvent pas connaître!), où il n'y avait ni téléphones mobiles (portables), ni internet, mais où l'information passait par le journal télévisé et la presse "papier". 

 

Comme à mon habitude, j'ai sélectionné (très subjectivement) quelques dessins par lesquels je vous propose de vous faire une idée partielle (forcément partielle) de cet album. Pagination et petit commentaire de ma part sous chaque dessin.

 

p.13: de belles têtes d'enseignants (caricatures: des barbus, déjà...). 

p.18-19: Le Pen père (sans bandeau), un bon épouvantail... à l'approche de 1986. 

p.29-30 [désolé, il en manque un bout à gauche!]: Cabu n'aimait pas les journalistes sportifs? Ce dessin me rappelle qu'un recueil thématique de ses dessins sur le sport est paru récemment. Je finirai bien par en parler un mois ou l'autre... 

 p.52: et en 2068, un défilé de robots en cours de construction? Ce sera sans doute avant! En outre, les robots porteront des armes anti-humains....

 p.54: cette vision de l'informatique à l'école m'a fait rigoler... C'était pas simple!

 p.40: chacun ses préoccupations... (c'est sûr que ce dessin manquait de diversité, de LBQT+ et de plein d'autres choses aujourd'hui à la mode... Et alors?!)

 p.63: 2025, paix ici ou là... sans les premiers concernés! Quant à la faim... l'Afrique noire est mal partie!

p.89: pourrait-on aujourd'hui dessiner et publier cette caricature-ci sans choquer? 

 p.96-97: le plombeur polonais, à l'époque...

p.137: sans faire d'anachronisme (ben voyons! Comme si c'était mon genre...), il paraît qu'aujourd'hui (février-mars 2025), Bayrou tire Manu vers le haut dans les sondages

p.142-143: un parallèle génial... ou la fin du collectif.

 

*** Je suis Charlie ***

26 février 2025

Les fils de Shifty - Chris Offutt

J'ai suivi le conseil d'Aifelle en lisant le deuxième volet de la trilogie que Chris Offutt consacre aux gens des collines dans le Kentucky. Dans Les fils de Shifty (Editions Gallmeister, 275 pages), j'ai retrouvé avec plaisir Mick Hardin exerçant dans le CID (division des enquêtes criminelles de l'armée). Il vient de revenir en permission exceptionnelle d'une zone de conflit pour se remettre d'une blessure à la jambe. Mick vit momentanément chez sa soeur Linda, shérif d'un comté et qui espère bien être réélue dans ses fonctions. Mick, lui, est sous calmant à cause des douleurs provoquées par sa blessure et il a aussi du mal à se résoudre à signer les papiers pour son divorce. Toujours est-il qu'il décide d'enquêter bénévolement sur un meurtre puis deux. Les deux victimes sont des dealers de drogues. C'est la veuve Shifty Kissick, la maman des deux victimes, qui demande à Mick d'enquêter car la police a classé l'affaire sans suite. Mick connaît cette femme depuis longtemps. Il va être aidé par deux adjoints de Linda, par un chauffeur de taxi qui rêve de devenir pilote de course et surtout par le troisième fils Kissick, Raymond, qui vit loin du Kentucky pour raison personnelle. L'affaire se complique car les meurtres sont liés à une affaire de matières radioactives et donc toxiques, en rapport avec l'extraction du gaz de schiste, entreposées dans une mine et qui n'a donc rien à voir avec le trafic de drogue. Après Les gens des collines et avant La loi des collines (paru tout récemment et que je lirai très vraisemblablement), j'ai bien apprécié Les fils de Shify que je conseille.

24 février 2025

Meurtre sur le Grandvaux - Bernard Clavel / Le pays où l'on n'arrive jamais - André Dhôtel

Les deux bouquins que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) chronique aujourd'hui ont quelques points communs. Ce sont tous deux des éditions J'ai lu (avec illustrations de couvertures signées Denise Antonini!), et tous deux parlent de voyages. Ils ont aussi été écrits par des écrivains dits "populaires"... et marquent peut-être tous deux que cette popularité est volatile au fil des décennies qui s'écoulent après le décès des auteurs. Dernier point: je les ai "chinés" (à quelques semaines d'intervalle, et dans deux bouquineries différentes) avec l'idée de les verser à la "bibliothèque partagée" que j'ai mise en place en bas de chez moi. 

André Dhôtel, Le pays où l'on n'arrive jamais, J'ai lu N°81, 1994
("1er DL dans la collection 1975" [? J'ai ...pas compris, puisque la parution du N°61 de cette collection J'ai lu remonte à 1959!], copyright 1955), 249 pages
Bernard Clavel, Meurtre sur le Grandvaux, J'ai lu N°3605, 1994
(EO Albin Michel 1991), 188 pages

 

Meurtre sur le Grandvaux ressort à la fois du roman noir et du roman "du terroir" (à la française). Il se déroule dans le Haut Jura, dans les années 1840. À l'époque, la population (rurale notamment) était en majorité sédentaire, les communautés étant organisées en autosubsistance. La "mondialisation" (commerce à longue distance) était pratiquée, par voie terrestre, par les "rouliers", un peu l'équivalent de nos "routiers" contemporains (qui conduisent des camions). Le "roulier", courageux conducteur de chariots, pouvait passer des mois voire des années loin de chez lui, tout en ayant en charge la commercialisation des produits qu'il transporte au loin. Ambroise Reverchon est l'un d'eux, dur, bon manager de ses intérêts, et capable de faire face aux dangers sur la route. Quand il revient à la ferme familiale, c'est pour apprendre que sa femme est morte et sa fille enceinte... des oeuvres d'un homme, dit-elle, qui préfère prendre la fuite que l'épouser. Papa va prendre les choses en main... Finalement, le (futur) gendre est plutôt brave gars: orphelin de père à 3 ans, il va se laisser conduire par le roulier. Mais c'est toujours le père qui mène sa maisonnée à la trique (au fouet, plutôt!). Il va être amené en toute logique jusqu'à ce que l'on pourrait hâtivement qualifier de "crime d'honneur", mais qui, à mon avis, n'entre pas dans la même logique culturelle. Un premier meurtre non prémédité l'amène à un autre, de sang-froid cette fois-ci. 

J'ai appris en lisant cette oeuvre l'existence du métier de "boisselier", un genre de sous-tonnelier spécialisé dans les récipients cylindriques en bois, très utilisés dans nos campagnes (avant l'utilisation à grande échelle de la tôle galvanisée, puis du plastique).

 

Je vous mets un extrait (p.82).
"- Ton père, je peux te dire que c'est un fameux bonhomme! Quand je pense de quelle façon on s'est connus!
Elle se met à rire.
- Y peut être rudement dur, tu sais.
- Ca, pour le savoir, je l'sais! Sacrebleu oui, que je l'sais... Mais c'est un homme de justice. Et qui fera jamais l'ombre d'une crasse à personne. Jamais! Seulement, celui qui le cherche, il est sûr de le trouver. C'est tout. Et c'est très bien de la sorte!"

Et un autre, sur le "métier" du roulage et ses secrets, transmis de père en fils (p.77).

"Ambroise se remet à parler comme s'il poursuivait un récit jamais interrompu. 
- Ce temps-là, je peux te garantir que j'ai connu bien pire, justement quand je suis revenu de Nijni-Novgorod. J'avais plus qu'une seule voiture. Je dirais pas que j'avais gagné des mille et des cents, mais enfin, je m'en sortais pas mal. Puis je ramenais des épices que je comptais bien revendre en route. Les épices, si on sait s'y prendre, c'est presque toujours de bon profit... Dans notre métier, le secret, c'est de jamais rouler à vide. Dès que t'as fait de la place, faut que tu trouves de quoi charger. Et toujours ce qui peut se revendre mieux, plus loin."

 

J'ai trouvé quelques blogs qui en avaient parlé: Thomas en a dit deux mots l'an dernier. CJB est nettement plus intéressant. Voir aussi Sab. Et Picardine (dernier billet en 2011). Pour ma part, j'avais déjà présenté sur ce blog l'an dernier un autre roman de Bernard Clavel, qui parlait de transport maritime (Cargo pour l'enfer).

 

Dans une autre des bouquineries que je fréquente, j’ai fini par craquer pour un titre que je connais depuis des décennies pour le voir dans des listes de collections en fin d’ouvrage, Le pays où l'on n'arrive jamais. Ici, je l’ai donc acheté non pas dans une édition Jeunesse, mais en J’ai Lu. Si je connaissais le titre, je ne savais rien sur son contenu ni même sur l’auteur. 

Je dirais que j'ai lu ce livre comme un conte, qui fait bien entendu songer au livre d’Alain-Fournier Le grand Meaulnes, mais aussi à des livres jeunesse du XIXe siècle (Sans famille d’Hector Malo) ou contemporains de son écriture (dans les années 1950), comme La villa des grillons de Léonce Bourliaguet… 
Il s'agit d'une histoire de voyages (mais aussi de "gens du voyage"), avec un côté merveilleux, des coïncidences incroyables, un cheval quasiment magique, des rencontres plus ou moins imprévisibles au départ, l’absence de contingences matérielles, la puissance de l’intuition irrationnelle qui guide bien des actions de nos jeunes héros… Mais un merveilleux qui n’a pas besoin de faire appel aux sorciers, zombies, elfes, vampires, loup-garous, dragons ou autres monstre imaginaires. On se laisse capter par le merveilleux de l’irréel où l’on pouvait encore parcourir un pays avec une carriole à cheval de ville en ville par les chemins creux en gagnant sa vie durant le voyage. Pour essayer de résumer l'intrigue en quelques mots, je dirai qu'un jeune garçon, élevé par sa tante parce que ses parents voyagent par monts et par vaux, fait la rencontre d'un gamin mystérieux, manifestement en fugue puisque recherché. Il va l'aider à aller jusqu'au bout de sa quête, et y retrouver ses propres racines. L'action se passe en bonne partie dans les Ardennes, à proximité de la frontière avec la Belgique. 
En prenant un peu de recul, je me suis dit qu'on pouvait avoir l’impression que ce livre a été construit en brodant, en développant une série de rêves dont les séquences se succèdent. 

 

André Dhôtel, né en 1900, est mort en 1991. J'ai du mal à comprendre pourquoi seul ce titre semble encore connu et le plus ré-édité de nos jours...? Bon, en vérifiant, je vois que certains de ses dizaines de titres semblent avoir bénéficié d'éditions au XXIe siècle. Mais je n'ai pas l'impression de les avoir souvent croisés. Son fils François veille pourtant à la mémoire de l'oeuvre de son père en s'assurant que ses manuscrits, correspondance et autres papiers personnels soient mis à disposition des chercheurs. 

 

J'ai aussi trouvé un certain nombre de blogs qui avaient parlé de cet ouvrage il y a plus ou moins longtemps: Violette, La jument verte (dernier billet en mai 2023), Ellettres, Michel Santo, Karelia (dernier billet janvier 2021), Nadège (dernier billet juin 2021), l'ancien blog (canalblog) de A propos de livres
 

Ce titre peut en tout cas être inscrit au challenge 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie

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Cela fait quelque temps que je souhaitais parler ici de cette "bibliothèque partagée" que j'ai mise en place en bas de chez moi. 

 

Pour dire quelques mots de l'histoire: l'idée m'en trottait dans la tête depuis quelques années. Ayant été assister à l'AG de copropriété en décembre 2024 (alors que je me contentais de donner pouvoir depuis quelque temps), j'ai pris la parole lors des "questions diverses" pour dire que j'avais envie de mettre en place ce que je connaissais dans plusieurs immeubles que je fréquente... Les réactions ont été contrastées. Deux jeunes femmes (propriétaires plutôt récentes) étaient enthousiastes, les propriétaires les plus anciens étant indifférents ou dubitatifs... J'ai dû m'engager sur un meuble de petite taille (discret), qui n'attire pas les regards des passants mal intentionnés, garantir que ça ne servirait pas de "poubelle" pour mettre seulement du rebut... J'ai commencé par (me) constituer un "fonds" avec des livres que je connaissais (ou du moins d'auteurs dont j'avais lu d'autres ouvrages - sauf exceptions!). Puis j'ai eu la chance de trouver dans un "box" qui devait être rendu à son propriétaire un joli petit meuble auquel je n'ai eu qu'à rajouter quelques étagères! Depuis deux semaines, 15 des 50 titres initialement déposés sont partis voire même repartis, j'en ai ré-injecté près d'une dizaine... Et ai eu le plaisir d'en voir arriver une demi-douzaine d'autres, déposés par d'autres résidents! Je finirai en signalant que 50 nuances de Grey (qui m'est tombé des mains!) n'a toujours pas trouvé preneur... ou preneuse!

15 février 2025

Les sables de Mars / La trilogie de l'espace - Arthur C. Clarke

Challengé par la planète Mars, j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) d'abord acquis et commencé à lire le titre explicite Les sables de Mars, avant d'apprendre en entamant mes recherches complémentaires que celui-ci faisait partie d'une trilogie, et que celle-ci avait bénéficié d'une édition intégrale chez Milady, un des labels des éditions Bragelonne, récemment (enfin, il y a déjà plus d'une douzaine d'années). 

La lecture de ces deux volumes me permet donc d'inscrire le présent billet à quatre challenges: mon propre challenge marsien, le challenge 2025 sera classique aussi reconduit par Nathalie, le 13e challenge de l'imaginaire organisé par Tornade, et enfin le challenge Objectif SF 2025 mis en place par Sandrine.

 

Mon exemplaire du titre Les sables de Mars, par lequel je commence, est le 36e numéro de la 3ème série de la collection Futurama (rebaptisée Super Lights) des Presses de la Cité, imprimé en 1986 (249 pages). Le roman en VO, lui, a été écrit en 1951 par Arthur C. Clarke et constitue l'un de ses premiers romans publiés. J'y reviendrai.

 

L'histoire se déroule dans un temps indéterminé, où une première colonie humaine s'est déjà installée sur Mars. Un écrivain (Martin Gibson) y part pour trouver l'inspiration (et vendre ses reportages). Le voyage depuis la terre occupe plus du tiers de l'ouvrage. J'ai halluciné, tant, dans ce roman publié au milieu du XXe siècle, la description de l'accès à Mars depuis Deimos m'a fait songer à l'atterrissage de la navette spatiale américaine (1981-2011): "cette phase parut durer très longtemps, bien qu'elle ne s'étendît en réalité que sur quelques minutes. Finalement, le hurlement du vent déclina peu à peu. La fusée avait amorti toute sa vitesse excédentaire contre la résistance de l'air. La matière réfractaire de son nez et de ses ailes en lame de couteau, qui avait viré au rouge cerise, n'allait pas tarder à se refroidir. Converti en un simple planeur rapide, l'appareil survolait le désert à moins de mille kilomètres à l'heure, guidé par radio vers Fort Lowell, sa destination" (p.100). Plus généralement, l'histoire m'a fait songer à L'enfant de Mars que j'avais découvert dans le cadre de la première édition de mon challenge (le livre datait de 1952: le sujet était à la mode...). Sur la planète est découverte une méthode indigène permettant de produire de l'oxygène. En parallèle, le satellite Deimos est en passe d'être scientifiquement transformé au profit des colons martiens. L'histoire est racontée du point de vue de Gibson et nous découvrons en même temps que lui les mystères du voyage spatial et de la planète Mars, cependant que l'intrigue principale tourne autour de ce personnage de Gibson et de son passé... 

 

Ce roman fait donc partie du cycle dit Trilogie de l'espace des oeuvres d'Arthur C. Clarke. C'est en commençant à rédiger le présent billet que je me suis aperçu qu'il valait mieux que je lise aussi les deux autres. Je pensais d'abord devoir courir les bibliothèques pour en récupérer un exemplaire, mais j'ai eu plutôt la chance de tomber dessus en occasion. 

 

La trilogie de l'espace, Editions Bragelonne (Milady), imprimé en 2011 (714 pages - dommage, ça m'aurait fait un beau volume pour mes Epais de l'été 2025). 

 

Ce volume contient donc aussi Les sables de Mars, exactement dans la même traduction (d'André Jager et Jean-Gaston Vandel). Le titre bénéficie d'une introduction séparée d'Arthur C. Clarke, cependant que la préface générale du volume restitue le contexte où il écrivait, au début des années 1950, quelques années avant le lancement de Spoutnik en 1957, alors que l'idée d'un voyage au-delà de la terre relevait, pour la plupart des personnes, de la Fantasy (sic!) pure et simple. J'ai eu plaisir à lire ces récits malgré leur côté peut-être désuet (de la SF bien sage...), mais je ne dirai que peu de choses des deux autres romans. 

 

Les îles de l'espace (1952): un séjour en station orbitale (entre la lune et la terre) ne se passe pas comme le prévoyait le jeune homme qui l'avait gagné lors d'un jeu télévisé. Il va avoir l'occasion de jouer au passager clandestin lors d'une mission de sauvetage d'un des passagers d'un vaisseau reliant Mars à la Terre, tombé malade. Il va vivre quelques aventures, avoir le privilège d'écouter le récit d'un vétéran de l'exploration de la planète Mercure... Ce roman, "récit à la première personne", est "copyright 1954" (?) et occupe les pages 11 à 193 du volume.

 

Lumière cendrée (1955): une guerre intersidérale va opposer la Terre à une fédération réunissant Mars et d'autres colonies spatiales humaines... Dans la préface (datée de 2001), Arthur C. Clarke dit avoir un peu honte des scènes de combat dans l'espace: il trouve qu'il y a beaucoup trop de "guerres d'étoiles" (sic!) sur les écrans, grands et petits, "de nos jours"... Lumière cendrée commence p.481 du volume. Nous sommes dans, pardon, "sur" la lune. L'agent Sadler est en mission pour voir, pour le compte de la Fédération terrienne, ce qui se trame sur notre satellite. Mars, Vénus, Mercure et les satellites de Jupiter et de Saturne sont aussi en cours de colonisation. La guerre fait quelques centaines de victimes, et amène les deux parties à trouver un modus vivendi gagnant-gagnant. Le 21e et dernier chapitre voit Sadler revenir à Central City (sur la lune), 30 ans après sa mission, pour percer un dernier mystère. 

 

J'ai trouvé trace des billets de trois blogueurs sur le titre Les sables de Mars: Erwelyn bien évidemment, Hellrick et Gotomars (site de Jacques Garin). La trilogie de l'espace, elle, avait été chroniquée par MarcFVB (dernier billet en 2020) et Thalia du blog Regard d'enfant (dernier billet en 2015). 

12 février 2025

Devenir Zéro - Anthony McCarten

Devenir Zéro d'Anthony McCarten (Edition J'ai lu, 473 pages) est un vrai "page-turner". L'écrivain né en Nouvelle-Zélande a eu des prémonitions en ce qui concerne les différentes péripéties de l'histoire. Dix personnes ont été sélectionnées pour participer au bétatest Objectif zéro. Il s'agit de disparaître des radars dans ce monde hyper connecté où les gens sont surveillés entre les téléphones, les réseaux sociaux, les ordinateurs, etc. L'expérience doit durer 31 jours, pendant un mois de mai. Si par miracle, une ou plusieurs personnes n'étaient pas repérées, elles empocheraient trois millions de dollars net d'impôt. Cy Baxter, le fondateur de Fusion (qui m'a fait penser à Elon Musk) et l'initiateur de cette expérience, veut tout surveiller, tout contrôler, surtout la vie des gens. Il arrive même à accéder à des fiches du FBI ou de la CIA sur des milliers de gens. Pour en revenir au bétatest, parmi les dix personnes, l'une d'entre elles va donner du fil à retordre aux organisateurs de cette expérience : une dénommée Kaitlyn Day, une bibliothécaire exerçant dans une bibliothèque de Boston. Le roman est divisé en deux parties et un épilogue. À la fin de la première partie, on assiste à un coup de théâtre qui permet un rebondissement de taille. L'histoire est vraiment très bien menée. L'écrivain est aussi scénariste. Je vous conseille cette lecture que vous ne lâchez plus dès que vous la commencez. Et au contraire de Cathulu, j'ai aimé la deuxième partie du roman. Lire aussi le billet enthousiaste de Philisine Cave.

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