Le blog de Dasola
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7 février 2025

Charlie quand ça leur chante - Aurel

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) fais aujourd'hui un petit "pas de côté" en parlant d'un ouvrage qui ne provient pas d'un dessinateur de Charlie Hebdo, mais d'un de leurs collègues dessinateur de presse (dont je vois chaque semaine des dessins parce qu'il oeuvre, notamment, dans Le Canard Enchaîné depuis des années). 

Aurel, Charlie quand ça leur chante, Futuropolis, coll. Paroles, 2024, 32 pages

 

La 4ème de couv' de cet opuscule à propos de "l'esprit Charlie" en dit pas mal. Mais elle ne dit pas tout à mon avis. En tout cas, le titre et l'auteur, comme je l'ai dit, ont déclenché mon "acte d'achat". En bas de la 2e de couv', après 14 lignes d'avant-propos "cadrant" ce qu'est un dessin de presse, Aurel précise: "je ne suis le porte-parole de rien et m'exprime en mon nom". Dans les pages de cet ouvrage dessiné, le dessinateur se met lui-même en scène et s'adresse au lecteur (brisant un mur?), et nous amène à prendre conscience de l'état précaire du métier de dessinateur de presse (en France, quelques dizaines d'individus).

Il commence par poser que le dessin de presse (et plus largement l'humour d'actualité) se meurent, parce que la presse elle-même va mal: les ventes s'effondrent. Et lors de la "transition numérique" des journaux, le dessin est bien souvent oublié. 

 

Puis, après deux pages où il raconte comment il a appris le massacre de ses collègues, Aurel explique ce qu'a signifié pour lui "Je suis Charlie" (p.7), alors qu'un copain (qui connaît [ses] différents politiques avec le journal) s'étonne de [le] voir arborer un badge quelques semaines après le massacre du 7 janvier 2015. 

Il parle, ensuite, de "l'après": récupérations de tous bords (beaucoup de demande de dessins de soutien gratuits). Malgré tout, lui et ses collègues ont continué à faire ce qu'ils savaient faire de mieux: dessiner... 

Dans la douzaine de pages suivantes, il continue à dénoncer l'hypocrisie de la profession, les bas tarifs du dessin de presse et la précarité du métier (cf. ci-dessous p.10). Mais le public (le lectorat) en prend aussi pour son grade! 

J'ai été surpris par la manière dont il fait remarquer (ci-dessus) que les tarifs négociés par les syndicats de journalistes (CFDT ou SNJ-CGT) sont trois à cinq fois inférieurs aux tarifs réellement pratiqués, et nécessiteraient d'être sûrs de vendre 20 dessins par mois pour arriver péniblement au SMIC. Si je caricature: contester ces tarifs minimum n'équivaut-il pas à dire que le SMIC est lui-même inutile parce qu'il est trop bas? Je vois plutôt, pour ma part, le tarif négocié comme ce qu'on appelle un "minimum syndical": se met dans l'illégalité tout patron (de presse...) qui prétendrait payer au-dessous de ce tarif... mais rien, bien entendu, n'interdit aux dessinateurs de "se vendre" nettement plus cher! 

"Le quotidien d'un-e dessinateur-ice est de se faire refuser des dessins pour plein de bonnes raisons. Et aussi des mauvaises." (p.23). Aurel rappelle aussi le pouvoir amplificateur des réseaux sociaux pour juger un dessin sans l'avoir vu. 

Son propre discours sur la prise en étau des dessinateurs entre les néo-réacs d'une part (?) et la société qui évolue (bouillie au woke et arrosée de coca-cola, oserais-je dire?) est cohérent, même si on peut ne pas partager ses analyses. Il donne trois raisons expliquant pourquoi les dessinateurs de presse sont régulièrement pris à partie par des gens qui ne trouvent pas drôle ce qu'ils font, ou plus exactement qui leur reprochent de rire de tel ou tel sujet. Les dessins ont toujours déplu à une partie de la population, mais le "village global" de McLuhan en a multiplié la visibilité (c'est moi qui parle de McLuhan, Aurel parle des réseaux sociaux). Il y a un changement global de mentalité (les gens sont plus stressés et deviennent susceptibles...). Les nouvelles générations n'ont plus les mêmes codes ni les mêmes limites. 

p.21-24, Aurel (né en 1980) nous rappelle que, dans les années 1960 (p.21-24), Cavanna, Cabu, Wolinski, Choron et consort (je ne les ai pas mis dans le même ordre que lui) inventaient un humour grinçant que les anciennes générations considéraient comme absolument inopportun.

Nombre des gages de "nos idoles" ne seraient plus possibles aujourd'hui, et pour Aurel c'est "Tant mieux".  "Nous vivons sans doute la fin de cette ère qui avait pour objectif de pousser les murs d'une société étriquée en voulant pratiquer un humour sans tabou", constate-t-il. Pour en tirer la conclusion qu'il faut désormais vivre avec son temps (?).

Je pense que, pour ma part, je suis trop vieux pour avoir envie de renoncer à rire de tout. Mais il est vrai que je m'expose infiniment moins qu'un dessinateur de presse. 

 

J'ai relevé que, si Aurel attaque nominalement, comme étant l'un de de ceux qu'il qualifie de "nouveaux réacs", Philippe Val (directeur de la publication du nouveau Charlie Hebdo de 2004 [après la mort de Gébé] à mai 2009), il n'évoque pas l'éviction de Siné en 2008 pour autant. Pas plus qu'il ne cite le nom de son collègue suisse Chappatte (qui depuis 2020 dessine, comme lui, au Canard enchaîné) comme exemple de dessinateur dont un dessin a amené un journal (le New York Times) à renoncer mi-2019 à la publication de tout dessin de presse. 

Cela m'a aussi amené à me demander si, lorsque Cabu dessinait pour la télévision ou Wolinski pour Paris Match, les sujets de leurs dessins étaient les mêmes dans ces "gagne-pains" (je suppose) que dans les hebdomadaires qu'ils avaient fondés et dont ils maîtrisaient la ligne éditoriale... Une question que je creuserai ultérieurement?

 

Aurel conclut son pamphlet (?) avec une page où, l'oeil mauvais, il demande aux "néo-réacs" qu'il a égratignés dans nombre de ses pages de laisser les dessinateurs de presse dessiner tranquilles. 

Ce petit ouvrage intéressant, et dont je vous conseille la lecture, contient une pensée logique même si contestable. Pour ma part, je crois que je n'ai pas envie de le suivre dans la partie où il expose son analyse des "néo-réacs". J'adhère à ce qui est dit seulement quand ça me chante, non mais!

Je suppose que d'autres blogs en ont déjà parlé en janvier 2025... mais seules des chroniques parues dans des titres de presse apparaissent dans les moteurs de recherche. Mots-clés trop clivants + loi RGPD = le néant... Je rajouterai des liens si je tombe dessus! 

*** Je suis Charlie ***

6 février 2025

L'effondrement - Edouard Louis

C'est grâce au billet de Luocine que j'ai voulu lire L'effondrement (Edition du Seuil, 228 pages), livre d'Edouard Louis paru en 2024. C'était la première fois que je lisais Edouard Louis. Je ne regrette pas ma lecture. L'effondrement du titre, c'est celui de son demi-frère du côté maternel qui est mort à 38 ans à cause d'excès en tout genre, surtout la boisson pendant des années. Sur la couverture, il est mentionné que c'est un roman. Pour moi, c'est un récit biographique d'une personne mal aimée et qui ne s'aimait pas elle-même. Edouard Louis dit souvent qu'il n'aimait pas son frère (son aîné de quelques années), mais ce livre lui rend un peu hommage malgré tout, parce qu'il est le sujet du livre. Ce frère qui n'est jamais appelé par son prénom était, semble-t-il, le plus gentil du monde surtout avec ses compagnes (il en a eu de nombreuses). Il souffrait que son beau-père (le père d'Edouard) le rabaisse constamment. Il n'arrivait pas à garder un travail très longtemps alors qu'il avait des capacités, l'abus d'alcool le rattrapait. Quand il a appris la mort de son frère, Edouard Louis ne l'avait pas vu depuis dix ans. C'est par sa mère qu'il avait des nouvelles. Cette mère qui a perdu connaissance quand son fils est mort. Ce livre qui se lit très rapidement m'a plu. Merci Luocine. 

2 février 2025

Un habitant de la planète Mars - Henri de Parville

Cette fois-ci, c'est un OLNI (objet livresque non identifié) que j'ai déniché dans un bac de livres d'occasion que j'explorais. Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) l'ai payé un euro, ai cru pouvoir le lire très rapidement, ...mais sa lecture m'a pris quelques jours. Cette oeuvre s'inscrit bien entendu dans mon challenge martien, peut avoir sa place dans le "13e challenge de l'imaginaire" organisé par Tornade, sans oublier le challenge "2025 sera classique aussi" reconduit par Nathalie (logo "en attente" la dernière fois que j'y ai été voir) (1).

Henri de Parville, Un habitant de la planète Mars, 161 pages,
printed in Poland by Amazon Fulfillment (première édition: Hetzel, 1865)

Les quelques images ci-dessus peuvent donner, j'espère, une idée de cette oeuvre (présentation matérielle, taille des caractères... et 4e de couv').

 

L'auteur, Henri de Parville (1838-1909), est un contemporain de Jules Verne (1828-1905), et Un habitant de la planète Mars a, comme l'auteur des Voyages extraordinaires, été publié par Hetzel. Mais sa notoriété est moindre. Ce titre est pourtant présenté ici ou là comme un des tout premiers romans d'anticipation, un précurseur de l'ufologie (discipline consistant à recueillir, analyser et interpréter des données concernant potentiellement des extraterrestres). On en trouve semble-t-il des éditions originales cotées 500 euros. Et, tombé depuis des lustres dans le domaine public, il est proposé en "impression à la demande" pour des prix variant de 10 à quelques dizaines d'euros.

 

Alors, ce petit roman vaut-il le coût? Heuuuu... Pour la forme, je dirais que, pour quelqu'un habitué aux longues digressions de Jules Verne, ça se laisse lire. J'ai particulièrement été frappé par le maintien dans cette réimpression d'une orthographe vieillie avec adjectifs précédés de "très-" (trait d'union compris): "très-grande dureté", "très-distingué" (dès la p.8 de mon édition!). Sur le fond, cela peut évoquer Le Humbug ou La chasse au météore (textes verniens), mais aussi les premières pages de La guerre des Mondes de H.G. Wells. Ce titre ne bénéficie pas d'une grande notoriété. Cependant, il me semblait bien l'avoir déjà croisé chez Erwelyn (ce qui s'est vérifié). Et j'ai aussi déniché le blog mort-né (2018) d'une auteure qui en a parlé. 

 

Il s'agit d'un divertissement, un genre de pochade. Je me suis accroché pour le lire jusqu'au bout, heureusement que c'est imprimé en gros... L'action (l'histoire) proprement dite occupe peu de place (au début et à la fin), le gros de l'ouvrage se présente sous la forme de "chroniques" rendant compte d'un symposium scientifique organisé aux Etats-Unis après la découverte d'un aérolithe contenant les restes de ce qui pourrait être un extraterrestre. Est-ce possible? C'est en tout cas prétexte à un enchaînement de monologues érudits (géologie, biologie, astronomie, physique, astrophysique, métaphysique, philosophie [quasiment], etc.), chacun censés se dérouler sur une journée... Je ne suis malheureusement pas assez "calé" sur l'état ou l'histoire des sciences en 1865 pour savoir s'il s'agit d'élucubrations, d'exposés tout à fait conforme à ce que savaient et disaient les (ou des) scientifiques de l'époque, ou s'il s'agissait à ce moment-là d'hypothèses extrêmement avancées et hardies... Les orateurs ménagent en tout cas la chèvre et le chou (on parle ici de Créateur, là de Dieu, mais en une phrase et sans du tout insister...). Pasteur (et sa récente réfutation de la génération spontanée) sont évoquée sans insister non plus, en quelques phrases.  

 

Pour donner un seul exemple, p.121 et suivantes, il est fait état d'une "force vitale" finie qui amènerait à pouvoir déduire la durée de vie des organismes animaux d'un rapport entre leur durée d'achèvement (atteinte de l'état de développement complet) et le temps qui leur reste à vivre: homme 20 ans / 80 ans... Si l'on calcule à partir de l'embryon, on obtient pour l'homme 9 mois / 90 ans, chez la poule 21 jours / 8 ans, chez le chien 65 jours / 12 ans, chez le cheval 11 mois / 20 ans. Avec une conclusion absolument digne de notre idéologie vegan: "si le cheval vit si peu, il faut en rejeter la cause sur le travail excessif qu'il accomplit. Les chevaux sauvages doivent vivre plus longtemps". CQFD! (et tant pis si nous savons que c'est absolument faux). 

 

Le livre se termine sur une date: le 1er avril 1865. Les poissons existaient-ils à l'époque? En tout cas, c'est sans doute un certain entêtement dont je peux être coutumier, ainsi que le puissant aiguillon que représente mon challenge marsien, qui m'ont aidé à aller jusqu'à la fin. Mais je puis tout à fait comprendre que certains lecteurs ou lectrices se soient perdus en chemin bien avant les dernières pages.

Et vous? 

(1) Edit du 4 février 2025: le logo "2025 sera classique aussi" est arrivé ;-)

 

29 janvier 2025

13 à table! (édition 2020)

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) souhaitais faire un autre billet "Bonnes nouvelles" (pour le challenge chez Je lis, je blogue) sur deux éditions précédentes du recueil de Pocket édité annuellement au profit des Restos du coeur, et puis... impossible de mettre la main sur une édition 2021! Alors je vais me contenter de cette édition 2020, malgré le hiatus qui subsiste avec mon billet de l'an dernier

13 à table! 2020, Pocket, septembre 2019, 333 pages,
5 euros (prix neuf ["1 livre = 4 repas" à l'époque])

 

Dans cette édition se trouvaient déjà des noms qui commencent à m'être familiers pour avoir lu leurs nouvelles suivantes. Le thème de l'année nous invite au voyage à travers 16 nouvelles par 17 auteurs.

 

* La fin de l'été, de Philippe Besson: j'avoue que je n'ai pas du tout vu venir la chute inattendue dans ce pèlerinage.

* La croisière ne s'amuse pas, de Françoise Bourdin, raconte un couple qui ne la joue pas collectif, jusqu'au jour de l'indépendance... 

* Dorothée, Michel Bussi: le massacre de Dorothée fait pas mal écho à mes fantasmes personnels les plus fous... 

* Chelly, Madeline Dieudonné: Dans le même genre, l'histoire concernant Nicolas m'a beaucoup moins fait vibrer. Mais enfin mais t'es dingue, pourquoi t'as fait ça?, dit-il...

* Voyage en novlangue, François d'Epenoux est assez savoureux. Le coup du dictionnaire, je le retiens (comme quoi il peut être plus utile posé par terre que sur une étagère)!

* Le regard de Méduse, Eric Giacometti & Jacques Ravenne: un bel exemple de manipulation mentale... pour la bonne cause, bien entendu (comment méduser tout ado addict au smartphone pour l'en libérer).

* Les Hommes du soir, de Karine Giebel, fait tristement écho à la nouvelle titrée J'ai 10 ans... demain (signée Michel Bussi) dans le recueil de l'an dernier (millésimé 2024).  

* Un BriBri à 300 kilomètres heure, Philippe Jaenada: un auteur qui prétend raconter une (més)aventure qui lui serait arrivée. Un litre de mixture (en deux fois!) à avaler cul sec, par point d'honneur. Fiction ou réalité?

* Le Beignet, de Yasmina Khadra, m'a rappelé un livre de Patrick Cauvin que j'ai lu (mais pas chroniqué) il y a quelques mois, Menteur (mais la nouvelle de Yasmina Khadra se déroule dans un cadre plus "viril").

* Le Voyage de ma vie, Alexandra Lapierre: le mépris pour la méprise... Un malentendu qui tourne au drame irréversible?

* Un voyage dans le temps, Agnès Martin-Lugand: toujours la même famille recomposée... dont les composantes n'ont pas encore conclu la paix avec leurs ex! Cela sonne à peu près juste, ma foi... et on connaît (désormais) la suite!

* Une parfaite soirée, de Nicolas Mathieu: une antiphrase, ou quand les mésaventures de la vie perturbent l'amour fusionnel...

* N'en déplaise aux modernes, Véronique Ovaldé. Ou comment une casanière a refoulé son désir pour se conformer aux désirs de sa mère... avant de finir par avoir le courage d'être elle-même!

* Durant Le dernier voyage de l'impératrice, Camille Pascal, m'a permis de rêver sur la mort (dans un bain très chaud) de l'impératrice Fausta, épouse de Constantin le Grand (même si elle n'est pas l'héroïne principale de la nouvelle). Mmmmh, se vautrer dans un bon bain bien chauuuud...

* Qui veut la peau de Romain Puertolas (par lui-même). Une pochade, qui devrait inciter à respecter le "dressing code" souhaité par les restaurants... 

* Je t'emmène, Leila Slimani. Un "bouclage de boucle" avec une fille qui se remémore in fine la tentative de l'amener en Maternelle... et une nouvelle qui fait écho à l'un des livres que j'ai chroniqués il y a quelques jours

 

Je me demande combien de lecteurs ou lectrices affichent dans leurs rayonnages la "série complète" des 11 éditions? Pour ma part, je n'en suis pas encore là... Je ne les ai même pas toutes lues! Si vous le possédez, j'espère vous avoir donné envie de lire ou relire ce millésime 2020 (et sinon, peut-être le trouve-t-on en occasion ou en bibliothèque: les tirages sont importants...). Ces 16 nouvelles en font bien, en tout cas, le plus abondant des cinq recueils désormais chroniqués. Mais pensez aussi à vous procurer l'édition millésimée 2025, si ce n'est encore fait: elle est certainement plus facile à trouver en ce moment! 

26 janvier 2025

Comment construire une cathédrale - Mark Greene / Les mains pleines - Guillaume Collet

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais présenter aujourd'hui deux courts livres que j'ai lus récemment, sans les avoir payés bien cher. Et pourtant, il m'ont fait, chacun, forte impression, pour des raisons différentes. Je ne sais pas trop quel niveau de notoriété ils peuvent avoir dans la blogosphère... 

Mark Greene, Comment construire une cathédrale, Plein jour, 2016, 95 pages
Guillaume Collet, Les mains pleines, Christian Bourgeois éditeur, 2024, 109 pages

 

Je commence par Comment construire une cathédrale, dont je ne connaissais ni l'auteur (ni son homonyme en feuilleton!), ni le sujet, ni la Maison d'édition, et que j'ai découvert dans une "bouquinerie associative" (basée sur le don de livres, revendus ensuite à prix ultra-doux). 

L'auteur, franco-américain né en Espagne et vivant aujourd'hui en France, commence par raconter comment il a été contacté par des éditeurs pour rédiger cette "oeuvre de commande". Puis, assez vite, il évoque "Justo", qui, avec sa pelle et sa pioche, a creusé les fondations de la cathédrale qu'il avait en tête. Il tisse tout au long du livre l'histoire de cet homme qui, contrarié dans sa "vocation" de devenir moine, a décidé d'offrir à son Dieu un bâtiment pour honorer sa foi, sans le moins du monde se laisser démonter par quelque obstacle que ce soit. Un terrain familial, le soutien indéfectible de sa mère pour les contingences du quotidien (jusqu'au décès de celle-ci), la "récupération" de matériaux plus ou moins au rebut parce qu'invendables... et du temps. Une éternité: plus de 60 ans! Justo et son projet (commencé en 1961, sous Franco) ont traversé les décennies. Lorsque le livre est rédigé, Justo a 95 ans et travaille encore à son bâtiment (avec un soutien médiatique certain). Mark Green construit aussi son récit de bric et de broc, en l'entremêlant de souvenirs personnels, de récits de rencontres avec Justo, d'anecdotes arrivées à celui-ci durant la construction (une nuit passée sur le toit de l'édifice, alors que l'échelle s'était éloignée dans l'obscurité...). Mais aussi les réticences ecclésiastiques, municipales, administratives, face à la progression de son bâtiment, en-dehors de toutes normes légales concernant un édifice de cette taille, censé recevoir du public... et dont il fallait financer tant la poursuite de la construction que l'entretien de ce qui était déjà bâti. Depuis la parution de l'ouvrage, Justo Gallego Martinez est décédé (à 96 ans). D'après ce que j'ai pu lire sur internet, le bâtiment (sa "cathédrale Nuestra Señora del Pilar", située dans la province de Madrid) semble continuer à susciter des visites... 

 

Le billet d'Ecureuil bleu en 2017 avait suscité pas mal de curiosité, sur la cathédrale elle-même plus que sur le livre (1), au contraire de celui de Lucie Combet. Le livre a même été adapté au théâtre

Cette histoire m'a rappelé mes lectures et visions sur Les briques rouges / Bricks. En ce qui concerne la construction par un "architecte naïf" (autodidacte), on songe bien entendu au "rêve de pierre du facteur Cheval" (titre de l'article de Sélection du Reader's Digest qui m'en avait appris l'existence, il doit y avoir un demi-siècle). Lorsque Guédelon sera achevé (d'ici quelques années), qu'est-ce qui pourra être réalisé? La reconstruction des châteaux détruits en 1870 dans la Région parisienne semble exclue (notamment pour des raisons politiques). Notre-Dame vient d'être reconstruite, est-il pertinent de chercher à "construire une cathédrale" ex-nihilo (2)? Il y a déjà la Sagrada Familia et ses défis techniques à Madrid. Alors, des thermes romains? Cela a déjà été fait (en tout petit, certes). Un théâtre (ou un amphithéâtre) romain, à l'écart d'un centre urbain existant? Y aura-t-il encore un public sous le velum? 

 

Je continue par un livre qui, lui, incite nettement moins à optimisme sur la destinée des êtres humains. Guillaume Collet, jeune trentenaire, a écrit un livre malheureusement universel, alors qu'on peut s'interroger sur la part de réalité ou de fiction qu'il contient. 

Les mains pleines conte amèrement la découverte, par un jeune homme de 25 ans, qui se cherche dans des prestations improbables de cascadeur spécialisé, de l'état du couple de ses grand-parents paternels. "Famille" ignore ce qui se passe, juste que "Grand-père" et "Grand-mère" ont toujours clamé n'avoir besoin de personne, préféré voyager qu'assister aux réunions de famille, et ont suffisamment d'argent pour qu'il suffise à leur autonomie. À "Petit-fils", qui n'a pas, lui, un vrai travail prenant, contrairement à "Oncle", "Tante", "Frère" ou "Mère", à lui "le seul adulte sans horaires de bureau" (p.10), est dévolu le privilège de se dévouer pour aller voir, dans la grande maison à la campagne, ce qu'il se passe, qui sont les "nuisibles" qui perturbent "Grand-mère"... 

Il s'agit d'un livre sur la vieillesse et ses naufrages, la déchéance, lorsque subsiste une écorce reconnaissable, habitée par des paroles plausibles, sauf si on prend la peine d'aller voir ce qu'il se passe au coeur de l'arbre... et quels vides sont camouflés par les apparences. C'est très bien écrit. C'est déprimant, tant ça rend bien compte des illusions, désillusions et découvertes progressives (des cadavres dans les placards...). Je vais juste donner quelques extraits. 

p.73: "un grand nombre des pays visités par Grand-Père-Cendre et Grand-Mère-Cyclone sont en guerre ou en situation d'instabilité. Petit-fils ne pourra jamais y aller comme touriste. Certains ont quasiment disparu à cause des catastrophes climatiques. D'autres sont resté touristiques, si bien qu'ils ne sont plus synonymes que de foule autour de vieilles pierres. À leurs époque les grands-parents étaient presque seuls à y aller et ont pu entretenir l'illusion de leur solitude. Il y a ceux qui se font avoir et les autres."

Réflexion faite, je vous épargne la séance d'anthologie que constitue un repas pris en commun (p.62 et suivantes...). Je peux vous garantir que le livre est rude jusqu'à la fin (comme la pente - mais ici à la descente). Je pense que cette "tranche de vie" peut servir de miroir pour bien des familles contemporaines. En tout cas, même exacerbé et poussé à l'extrême, il m'a évoqué de mauvais souvenirs personnels. Mais bon, autant regarder les réalités en face, non?

J'ai trouvé quelques traces sur la blogosphère. Christlbouquine a suscité quelques réactions.

Pierre Ahnne en dit beaucoup, tout comme le blog (pro?) Ma collection de livres de H.C. Dahlem.

 

Je connaissais les exemplaires de livres estampillés "Presse", que je trouve souvent, dédicaces comprises, dans les bacs d'occasions bradés. Je connaissais aussi les exemplaires "épreuves provisoires non corrigées", censés permettre aux journalistes des mensuels, bimestriels ou trimestriels de rédiger leur article (concernant des titres encore "sous embargo") dans les délais compatibles avec leurs dates de "bouclage". Pauvres journalistes, qui, ne sachant que faire de ces mètres cubes, sont contraints de les amener par cabas entiers aux libraires spécialisés pour les troquer contre quelques malheureux euros... 

J'ignorais encore, par contre, l'existence d'exemplaires spécialement dédiés aux "offices", envoyés sans qu'ils les aient demandé, comme leur nom l'indique, aux libraires! Et je remercie ma librairie de quartier de les utiliser comme "cadeau" à ses clients réguliers. 

 

(1) Edit du 20/02/2025: Ecureuil bleu a ajouté un nouveau billet où elle parle aussi du livre.

(2) Edit du 09/07/2025: depuis, j'ai découvert l'existence du "Chantier médiéval de Guyenne" qui a entrepris sous l'égide de l'association "Bâtisseurs médiévaux" de contruire ce type d'édifice, un peu à la manière du château-fort de Guédelon...

22 janvier 2025

Trois Maigret - Georges Simenon

Après mon billet "Quatre Maigret" de l'an dernier, voici un billet avec seulement (si je puis dire) trois autres romans de Simenon avec Maigret.

Maigret à Vichy, Maigret se trompe et Maigret a peur.

 

J'ai trouvé les trois histoires très bien. Georges Simenon avait vraiment beaucoup de talent pour aller à l'essentiel et malgré tout, il donnait quelques descriptions qui faisaient avancer les intrigues.

Maigret à Vichy (Livre de poche, 189 pages) se passe comme son nom l'indique dans la ville de cure située dans l'Allier. Maigret y est avec sa femme Madame Maigret qui l'a accompagné. Maigret doit se refaire une santé. Au bout de cinq jours, le couple a déjà une routine pour les promenades ou pour assister à des concerts dans un square. Et Maigret croise les mêmes curistes, dont une femme habillée couleur lilas. Cette dernière, qui s'appelait Hélène Lange, est retrouvée étranglée au rez-de-chaussée de la maison qui lui appartenait. Elle louait l'étage à plusieurs curistes. La question que Maigret, appelé pour aider dans l'enquête, se pose, c'est "Pourquoi assassiner cette femme maintenant". Je vous laisse découvrir la suite, dans laquelle intervient Francine, la soeur de la victime. On ne connaît le nom du coupable (homme ou femme) qu'à la toute fin. Un très bon roman écrit à Epalinges (dans le comté de Vaud) en septembre 1967.

Dans Maigret se trompe (Livre de poche, 191 pages), on revient à Paris dans le XVIIème arrondissement, avenue Carnot. Une dénommée Louise Filon est retrouvée tuée d'une balle dans la tête par la femme de ménage qui venait tous les matins. Louise détonnait dans le quartier, c'était une ancienne prostituée qui était une femme entretenue par le professeur Gouin, un chirurgien de grande renommée d'une soixantaine d'années, qui vit avec sa femme à l'étage au-dessus de chez Louise. L'épouse est très protectrice envers son mari. Maigret, en menant l'enquête avec ses adjoints Lucas et Janvier, apprend que Louise avait un amoureux saxophoniste appelé Pierrot. Mais le personnage sur lequel Simenon se focalise est Etienne Gouin, le chirurgien issu d'un milieu modeste. C'est un homme étrange qui est indifférent aux sentiments qu'éprouvent sa femme, sa maîtresse ou sa jeune secrétaire qui lui est très dévouée. Une intrigue bien menée que je recommande. Le roman a été achevé le 31 août 1953 à Shadow Rock Farm (Connecticut).

Je termine avec Maigret a peur (Livre de poche, 189 pages) qui se passe à Fontenay-le-Comte en Vendée. Maigret, après avoir assisté à un colloque à Bordeaux, revient vers Paris par le train mais on lui demande de faire une halte à Fontenay-le-Comte, où un notable Robert de Courçon vient d'être assassiné avec un objet contondant. Peu de temps après, une veuve et un clochard sont assassinés de la même manière avec la même arme. Maigret revoit le juge d'instruction Chabot, un vieil ami installé à Fontenay avec sa vieille mère. La peur règne dans la ville. Et les deux familles de Courçon et Vernoux sont au centre de l'intrigue. Simenon fait une peinture au vitriol de cette grande bourgeoisie de province. Chabot n'est pas épargné non plus. Bien évidemment, c'est Maigret qui va trouver le coupable. Une fois de plus, une histoire très bien menée. Le roman a été achevé le 27 mars 1953, également à Shadow Rock Farm (Connecticut).

21 janvier 2025

L'ombre de Mars - Raymond Clarinard & Mikaël Ollivier

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'ai pas réussi à voir à l'oeil nu, le 16 janvier au soir, la planète Mars, comme, paraît-il, il était possible de le faire. Mais je vais au moins réussir à rédiger une chroniquette dans le cadre de mon challenge marsien ainsi que du 13e challenge de l'imaginaire (mis à jour par Tornade pour 2025). J'avais chiné le livre ci-dessous en décembre 2024.

L'ombre de Mars, R. Clarinard & M. Ollivier, Fleuve Noir, coll. SF Space N°2, 1997, 284 pages

 

Dans un futur indéterminé mais sans doute pas trop éloigné de 1997 (notre XXIe s., donc...), un navire spatial à équipage international s'apprête à envoyer une première équipe d'exploration (trois hommes et une femme) à la surface de Mars.

Seul le militaire qui commande l'expédition "scientifique" sait que "quelque chose" risque de se produire. Les images transmises par les différentes sondes qui se sont posées sur Mars avant, plus ou moins rapidement, de cesser d'émettre, ont été partiellement censurées. Sur l'une d'elles, apparaissait fugitivement une ombre... 

Les communications entre le navire et l'équipe d'exploration sont interrompues par une tempête de sable martienne. Durant celle-ci, sur Mars, un choc terrible ébranle le refuge de l'équipe d'exploration, puis le Russe de l'équipe disparaît... avant de réapparaître, comme envoûté. 

Bon, je ne raconterai pas davantage la suite de l'histoire (on est vers la p.80, et il en reste encore environ 200 à lire). J'évoquerai plutôt les oeuvres que j'ai lues et vues auparavant et auxquelles cela m'a fait songer: La nuit des temps de Barjavel (survivants de civilisation disparue). La reine des damnés d'Anne Rice (affrontement au sein d'un couple de "super-héros"). Mission to Mars de Brian De Palma (une civilisation extraterrestre révélée à l'humanité). Abyss de James Cameron (quand un militaire prend les choses en main).

Ça se laisse lire, on peut se demander si une suite était envisageable à la fin (alors que les survivants retournent vers la terre à bord de leur navire spatial...). Les deux auteurs ont collaboré de nouveau quelques années plus tard, mais plus dans le secteur de la SF. 

Cette collection SF Space était peut-être destinée à prendre chez l'éditeur Fleuve Noir la suite de la collection Anticipation qui s'est terminée après 2002 titres (1951-1998). Mais elle est loin d'avoir eu la même longévité. Cependant, jusqu'en octobre 1999, 72 titres au total y sont parus (dont un autre livre de Raymond Clarinard, La cité sans mémoire, N°35). 

 

Edit du 16/02/2025: inscription rétrospective sur le challenge Objectif SF 2025 mis en place par Sandrine

 

15 janvier 2025

Le grand soir - Gwenaël Bulteau

Avec Le Grand Soir (Edition La Manufacture des livres, 282 pages vite lues), c'était le deuxième roman que je lisais de cet écrivain après La République des faibles. Le Grand Soir du titre est le 1er mai 1906, pendant lequel une grande manifestation des ouvriers est prévu. Mais l'histoire commence un an auparavant, le 22 janvier 1905, au moment des obsèques de Louise Michel. Parmi ceux qui assistent à la cérémonie, on fait la connaissance très brièvement de la jeune Jeanne Desroselles, issue de la grande bourgeoisie. Très sensible aux revendications de liberté et de justice, elle veut fuir sa riche famille. La vie s'ouvre à elle mais malheureusement, ce 22 janvier sera le dernier jour de sa vie. Il faudra attendre plus d'une année, grâce à l'obstination de sa cousine Lucie, pour que l'on apprenne ce qui lui est arrivé. L'essentiel du récit se passe entre Roquefort dans l'Aveyron, le nord de la France et Paris. Les ouvriers et ouvrières vivent mal leurs conditions de travail. Il y a des échauffourées. Par ailleurs, des femmes cherchent à s'émanciper face aux hommes pour mieux disposer de leur corps. Albert, François et Suzanne sont trois personnages essentiels à l'histoire mais je ne vous dirai pas comment ni pourquoi. Un roman qui se lit agréablement mais je m'attendais à mieux. J'ai trouvé l'histoire moins intéressante que celle de La République des faibles. Vous pouvez bien sûr l'emprunter en bibliothèque.

13 janvier 2025

13 à table! (édition 2025)

Comme l'an dernier, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) participe au challenge Bonnes nouvelles chez Je lis je blogue avec le recueil 13 à table! édité au profit des Restos du coeur. J'ai découvert les 14 nouvelles qui composent cette édition 2025 avec un exemplaire prêté par mon collègue, avant d'en acheter un autre pour mon propre compte dans ma librairie de quartier (où il était bien en évidence). 

13 à table! 2025 (11e édition, sur le thème "Tous dans le même bateau",
couverture Catherine Meurisse), octobre 2024, Pocket, 240 pages, 6 euros (= 5 repas)

 

Plusieurs nouvelles ont vraiment "joué le jeu" d'un épisode maritime qui aurait pu, à quelques semaines près, justifier une présence dans le challenge Book trip en mer chez Fanja... même si ce n'est pas le cas de toutes. Le thème du conflit israélo-palestinien exacerbé après le 7 octobre 2023 est abordé à plus d'une reprise. Quelques mots rapides sur chacune des 14 nouvelles (très occidento-centrées) ci-dessous:

* Le bateau d'Alice de Sandrine Colette se termine par les mots "Et ceci est une histoire vraie" (plutôt triste).

* La traversée de la vie de Lorraine Foucher se déroule dans une île. C'est transgénérationnel et émouvant.

* Octobre de Karine Giebel nous parle du conflit autour de Gaza à travers deux enfants de 12 ans, de camps opposés... 

* Dans "Tous dans le même bateau" de Raphaëlle Giordano, ce que le vent propulse n'est pas la voile d'un bateau, mais un cerf-volant.

* La Maison d'Orient de Christian Jacq se déroule en Egypte.

* Marie-Hélène Lafont nous montre, dans Samedi soir, comment un frère et une soeur peuvent suivre des voies divergentes par suite de leur orientation scolaire.

* Je peux témoigner que tous les profs de fac en histoire romaine ne sont pas aussi égoïstes, autocentrés, exigeants voire despotiques envers leurs élèves et/ou leurs "famuli" (porte-serviettes?) que l'Adrien Potet mis en scène par Alexandra Lapierre dans "Hé bien, nagez maintenant!". Mais c'est pas une raison... 

* Encore deux protagonistes opposés du conflit du Proche-Orient, dans Les voyageurs de Marc Levy. Deux battants enfermés s'aperçoivent après discussion que, s'ils sont maintenant un peu moins stupides, c'est parce qu'ils ont commencé par s'entretuer, chacun ayant écouté les paroles de leurs "hommes de Dieu" respectifs...

* Avec Mon bateau blanc ou l'histoire d'un naufrage, en deux pages, Marcus Malte a fait le choix de la poésie.

* On ne savait pas comment vous le dire... d'Agnès Martin-Lugand s'inscrit dans la suite des nouvelles familiales des éditions précédentes. Les 400 coups des quasi de la famille recomposée, je les avais vus venir de loin (depuis l'édition 2024 ou la 2023?).

* Le Coup de bôme d'Etienne de Montéty met vraiment du baume au coeur.

* François Morel ne s'est pas foulé pour le titre (Dans le même bateau), mais il nous présente un chansonnier breton mort à 30 ans (personnage réel ou fictif?), ayant chanté la mer et les marins...

* Dans Banlieue-trecking de Romain Puértolas, la fin de la nouvelle est tétanisante (très bien mise en page, en plus), et, cette fois-ci, je ne l'avais absolument pas vue venir.

* Enfin, dans Victor, Jacques Ravenne nous parle de Victor Noir et du culte qui lui est rendu.

 

Philippe Dester a chroniqué ce recueil, ainsi que Du calme Lucette. Et sans doute bien d'autres blogs... que je n'ai pas su dénicher.

 

PS: je présente mes excuses pour la publication prématurée de cet article alors inachevé dont les abonnés au blog avaient reçu notification: je voulais qu'il parle aussi de deux éditions antérieures (l'an dernier, j'en avais chroniqué trois). Finalement, je ferai un autre billet "Bonnes nouvelles" d'ici quelques jours pour les deux autres éditions plus anciennes... [millésime 2020 chroniqué le 29/01/2025].

2 janvier 2025

Boucher - Joyce Carol Oates

Voici un roman dont j'ai pas mal entendu parler et qui est très emprunté en bibliothèque à Paris. Boucher [père de la gyno-psychiatrie moderne] est paru en octobre 2024 (Edition Philippe Rey, 471 pages). Cela faisait un moment que je n'avais pas lu de roman de Joyce Carol Oates et je suis contente d'avoir renoué avec cette romancière malgré la noirceur du sujet. Joyce Carol Oates s'est inspiré de la vie de trois médecins au XIXème et au début XXème siècle. Elle en a fait un seul personnage, Silas Aloysius Weir, qui a étudié la médecine quatre (4) mois en tout et qui pendant deux décennies jusqu'en 1861, a pratiqué la chirurgie sur des femmes aliénées dans un asile dans le New Jersey en toute impunité. Au bout du compte, on l'a surnommé le "boucher aux mains rouges" et pour cause. Pour calmer de pauvres créatures sans défense et souvent sans famille, il les charcutait à vif, prélevant des parties intimes de leur corps. A priori, c'était pour atténuer leur état de folie, de maladie mentale. Il lui arrivait d'arracher des dents pour calmer ces pauvres femmes. Le docteur Weir s'était surtout spécialisé dans la réparation de fistules (souvent à la suite d'accouchements) sans anesthésie, considérant que l'appareil génital féminin ne comportait aucune terminaison nerveuse. L'essentiel du roman est un journal écrit par le médecin lui-même et c'est cela qui est terrible car il considérait les aliénées comme des êtres inférieurs, et il ne se remet jamais en cause. Il vous est présenté comme agissant en toute bonne foi. Un roman éprouvant mais qui se lit d'une traite. Joyce Carol Oates a toujours un grand sens de la narration. Je conseille. Je n'ai trouvé qu'un blog qui en parle : Charlotte Parlotte.

30 décembre 2024

En terre étrangère - Robert Heinlein

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) découvre cette année, avec plus d'un demi-siècle de retard, une oeuvre bien iconoclaste de Robert A. Heinlein. En terre étrangère me permet ma dernière participation de l'année 2024 pour mon propre challenge marsien, mais aussi pour le 12e challenge de l'imaginaire organisé par Tornade, pour le challenge Américain Year [2024-]2025 de Belette et Chroniques littéraires, ainsi que pour le challenge 2024 sera classique aussi! organisé par Nathalie

Robert Heinlein, En terre étrangère, Robert Laffont, 1970, 488 pages
(traduction Franck Straschitz, titre original Stranger in Strange Land, 1961)

 

Les 15 lignes de présentation du livre en 4e de couverture (que je vous épargne!) sont factuellement exactes mais ne rendent guère compte que des premières dizaines de pages de ce long ouvrage. Le pitch? Un orphelin né sur Mars des membres de la première expédition vers Mars (envoyée 8 ans après l'établissement de la première colonie sur Luna [sic!]) est ramené sur terre, après un quart de siècle, par la deuxième expédition. Je laisse la parole au capitaine van Tromp, essayant de mettre les choses au point avec le Ministre des Affaires Scientifiques qui souhaiterait que professeurs et médecins l'examinent (p.13):
"- [Michael] Smith - n'est - pas - un homme.
- Hein? Expliquez-vous mieux que ça, capitaine.
- Smith est une créature intelligente, avec une hérédité humaine, mais il est plus martien qu'humain. Nous sommes les premiers hommes qu'il ait vus. Il pense comme un Martien, a des émotions de Martien. Il a été élevé par une race qui n'a rien en commun avec nous... même pas le sexe. Malgré son hérédité humaine, le milieu dans lequel il a vécu a fait de lui un Martien. (...)
". 

 

Les premières dizaines de pages se présentent comme les aventures d'un journaliste et d'une infirmière qui tentent d'entrer en contact avec Michael, alors que celui-ci était "mis sous le boisseau" par les instances gouvernementales. Un faux "martien" est présenté publiquement à la télévision, le journaliste qui enquêtait disparaît, l'infirmière kidnappe le vrai martien... et l'amène chez un personnage plein de capacités (avocat, docteur, écrivain...), Jubal Harshaw. Celui-ci va tirer toutes les ficelles (juridiques, politiciennes, médiatiques...) pour assurer à Michael liberté et moyens d'existence (en le faisant reconnaître comme "légalement" propriétaire de Mars mais aussi héritier de ses parents biologiques, qui avaient inventé et breveté entre autres le moyen de propulsion interplanétaire...). Mission accomplie p.248. La phase d'apprentissage "terrienne" de notre héros peut alors commencer, dans la maison de Jubal et en contact avec les quelques hommes et femmes à son service. Si Michael a des capacités hors normes transmises par les Martiens (télépathie et télékinésie - incluant la "dématérialisation" hors de l'espace visible d'objets ou êtres animés "dangereux"), ses "émotions" sont à des années-lumière de celles ayant cours sur Terre. 

 

L'action progresse fréquemment sous forme de dialogues ou de discours, rarement de Michaël, mais plutôt de son entourage. Jubal (le "deux ex machina", intelligent, ayant à sa disposition bien des moyens) n'est-il pas le "porte-parole" principal de Heinlein? Finalement, Michael lui-même va se révéler comme le "prophète" d'une nouvelle Eglise, fondée sur le partage total... de l'amour physique et de l'extase mentale dans le but d'acquérir une compréhension englobante, totale et partagée de l'univers ("vous gnoquez?"). Il aura ses fidèles (tant ses compagnons "terriens" de la première heure que des personnes qu'il aura identifiées comme capables d'accéder à l'esprit martien), mais se laissera martyriser... 

 

Rappelons que ce livre a été publié dans l'Amérique de 1961! Bien avant 1968 (pour le côté liberté des moeurs), et dans un contexte où il était sans doute difficile de "jeter au panier" les religions du Livre. Je me suis étonné de ne pas trouver, dans les analyses faites par des exégètes de l'oeuvre de Heinlein, la moindre allusion au fait que Moon ou Ron Hubbard auraient pu être visés "par ricochet" dans ce livre plutôt "relativiste" en ce qui concerne toutes les formes de religions humaines. J'ai vu qu'en 1961, Heinlein avait dû raccourcir son livre d'un quart à la demande de son éditeur américain. Je ne sais pas si la version complète publiée par sa veuve en 1991 a depuis été traduite en français ou non. 

 

La forme de cet ouvrage, où les "aventures" ne prennent pas forcément le pas sur l'expression d'une certaine vision de la marche de la société, analysée lors de longs discours ou dialogues souvent caustiques entre personnages à l'esprit vif, m'a rappelé d'autres oeuvres de Heinlein que je connais de plus longue date: les dialogues avec le "patron" qui évoquent ceux de Vendredi (1982), par exemple. Mais En terre étrangère est plus "fort" en ce qui concerne la matière "religieuse" que le roman "comique" Job, une comédie de justice (1984). Il faudrait que j'essaie de relire en 2025 Le chat passe-muraille (1985), dont j'avais abandonné il y a des années la lecture au bout de quelques dizaines de pages (cet abandon m'avait amené à faire une pause dans ma découverte de l'oeuvre heinleinienne - mais je l'ai aperçu récemment sur une étagère de ma pochothèque, sous un peu de poussière...). 

 

Voir (entre autres) les billets de Xapur, Lutin82, Adlyn, Fonduaunoir (non commentable). Fanja avait lu en 2010 la version anglaise.

27 décembre 2024

Signé Olrik - Yves Sente et André Juillard / Un cow-boy sous pression - Achdé et Jul

Voici deux bandes dessinées sympathiques à lire pouvant faire de parfaits cadeaux pour cette fin d'année. C'est destiné à tous les publics. 


Je commence avec Signé Olrik (Edition Blake et Mortimer, 64 pages) de Yves Sente (au scénario) et André Juillard (pour les dessins),  qui commence avec un cauchemar du colonel Olrik (l'ennemi juré de Blake et Mortimer). Il rêve qu'il va être pendu. Réveillé en sursaut, on constate qu'il est en prison. Pendant ce temps, un avion survolant Londres à basse altitude, envoie des tracts émanant d'un groupuscule mystérieux. La revendication principale est que le flot d'immigration soit stoppé en terre libre de Cornouailles, sinon, il y aura des représailles lors de la venue du prince héritier, Charles et de son père, le prince Philip. Et c'est à cette période que, à la demande du ministère de l'industrie anglais,  le professeur Philip Mortimer présente sa nouvelle invention, une excavatrice de poche surnommée "La taupe" dont les premiers tests doivent se dérouler justement en Cornouailles. A cela, il faut ajouter la légende du roi Arthur avec un trésor et son épée Excalibur. Vous mélangez le tout et vous suivez avec intérêt cette aventure dans laquelle Olrik joue un rôle primordial en narguant nos deux héros. Cet album, le trentième, est endeuillé par la disparition d'André Juillard. Avec Yves Sente, il aura été l'auteur de 9 des 19 albums parus depuis la mort d'Edgar P. Jacobs. 

Voir par exemple Bigmammy en ligne

 

Je passe maintenant à Lucky Luke que l'on retrouve comme un cow-boy stressé, il travaille trop (7 jours sur 7) et fait des mouvements qui lui donnent mal au dos. Dans Un cow-boy sous pression (Edition Lucky Comics) de Jul (au scénario) et Achdé (aux dessins), le constat est que depuis quelque temps, dans l'Ouest américain, c'est morne plaine, les saloons ferment et les gens s'en vont. La faute à quoi? Il n'y a plus de livraison de bières. C'est Lucky Luke qui devient le médiateur du conflit qui oppose, à Milwaukee, les ouvriers grévistes et les "barons de la bière", tous allemands. C'est en effet la grève dans toutes les plus grandes brasseries. Les grévistes ont comme revendications d'être augmentés et de ne pas travailler davantage que soixante heures par semaine. Je vous laisse découvrir qui va être désigné volontaire pour remplacer temporairement les grévistes. Pour la petite histoire, j'ai appris que Milwaukee était dans le Wisconsin et avait été peuplée d'abord par quelques Français et au XIXème siècle par une nombreuse population allemande. Grâce à Jul, il est rappelé que le hamburger, la saucisse de Francfort du hotdog viennent d'Allemagne, qu'Eisenhower et Trump sont d'origine allemande, etc. Un album très plaisant que je recommande. 

23 décembre 2024

Le bruit de nos pas perdus - Benoît Séverac

J'ai pris grand plaisir à lire le nouveau roman de Benoît Séverac, Le bruit de nos pas perdus (Edition La manufacture de livres, 284 pages), dans lequel on retrouve le commandant Cerisol et son équipe composée de Nicodemo, Grospierres (un pro du taekwondo) et une nouvelle venue, Krzyzaniak. Ils font partie de la brigade criminelle de Versailles. Cerisol est marié à Sylvia, une femme déficiente visuelle qui est partie au Japon pour une compétition handisport. Elle est accompagnée de sa chienne Djouk. Les deux enquêtes sur lesquelles enquêtent l'équipe sont, d'une part, le suicide présumé d'Emilie Vaudrey, une jeune femme pleine d'avenir mais peut-être atteinte d'un mal incurable, et d'autre part, un cadavre momifié dans du film plastique retrouvé dans un caveau qui a été vandalisé dans le cimetière de Versailles. Par ailleurs, Benoît Séverac commence son roman avec l'histoire d'Amos, un Tchadien qui a fui son pays avec sa femme et leur fils. La femme et le fils sont malheureusement décédés avant d'atteindre l'Europe, victimes de passeurs. On va comprendre au bout d'un moment quel est le lien entre l'histoire d'Amos et l'une des deux enquêtes. Sur un plan personnel, Cerisol est inquiet car il ne parvient pas à contacter Sylvia au Japon. Je ne vous en dis pas plus. Un roman très agréable à lire que je vous conseille tout comme La petite souris

16 décembre 2024

Les stripteaseuses ont toujours besoin de conseils juridiques - Iain Levison

Quel plaisir d'avoir lu le nouveau roman de Iain Levison (né en Ecosse mais qui a grandi aux Etats-Unis). Les stripteaseuses ont toujours besoin de conseils juridiques (Editions Liana Levi, 238 pages plaisantes) se lit d'une traite. A Philadelphie, Justin Sykes, le personnage principal de l'histoire qui est aussi le narrateur, est un avocat commis d'office très doué, le meilleur du cabinet d'avocats pas très riche dont il est un des associés. Il exerce son métier avec conviction. Ses clients sont des SDF, des petits délinquants la plupart récidivistes. Pour ne pas aller jusqu'au procès, Justin négocie avec un substitut du procureur, Dick Farrell junior. Un jour, il croise le chemin d'un homme incarcéré qui lui fait une proposition originale et alléchante, gagner mille dollars pour une heure de boulot tous les jeudis sans exception, de 17 à 18 heures, en donnant des conseils juridiques à des stripteaseuses d'un club, et après aller dormir dans un motel pas très loin jusqu'au lendemain. Contre toute attente, Justin accepte. Il fera cela pendant neuf semaines en continuant de suivre ses affaires. J'ai trouvé le roman très bien construit avec une histoire assez amorale, mais il y a beaucoup d'empathie pour tous les personnages. Un bon cru que je conseille comme tous les autres livres de Iain Levison. Lire les billets d'Aifelle, Alex-mot-à-mots, Anne, Jostein, Pierre Faverolle, Cannibales lecteurs, The Killer inside Me, Baz'Art, et sûrement d'autres... 

15 décembre 2024

Glissement de temps sur Mars - Philip K. Dick

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) change mon fusil d'épaule par rapport au livre que je pensais présenter aujourd'hui dans le cadre de mon challenge marsien: j'ai besoin de lectures complémentaires pour l'autre! Bref, voici donc maintenant une des nombreuses oeuvres de Philip K. Dick (1928-1982, auteur déjà abordé en lien avec Mars ici et ), présentée "à ma sauce". 

Philip K. Dick, Glissement de temps sur Mars, J'ai Lu N°3360,
imprimé en 2014 (318 pages), traduction Henry-Luc Planchat pour Robert Laffont en 1981 
(VO 1964 sous le titre Martian Time-Slip)

 

Glissement de temps sur Mars ne fait pas que présenter la vie difficile sur Mars où l'eau est une ressource rare et contingentée par l'ONU, où les produits manufacturés importés de la Terre sont hors de prix (marché noir), alors que la terre en restreint l'export-import afin que ses "colonies" soient le plus autonomes possible si les voyages intersidéraux devaient s'interrompre, où "réparateur" est un métier recherché et plutôt bien payé, à condition d'être professionnellement au niveau requis, c'est-à-dire capable d'à peu près tout réparer. Des ingrédients variés figurent dans la recette (Banana-split?) de l'histoire: plusieurs couches se superposent, entre la présentation d'une Mars déjà colonisée par les humains, un focus sur quelques personnages plus ou moins centraux qui interagissent les uns avec les autres, et une image de monde gangrené par la schizophrénie de quelques-uns. 

 

Nous sommes sans doute une ou deux décennies (1994?) après l'arrivée (en 1970) des archéologues terriens sur Mars qui y ont étudié l'antique civilisation martienne et sa disparition. Désormais, la planète est divisée selon des zones coloniales organisées en communautés nationales, idéologiques, religieuses ou professionnelles, plus ou moins repliées sur elles-mêmes sous la supervision lâche de l'ONU. Nous comprenons qu'il y a des problèmes avec les (rares) enfants martiens, cependant que subsiste une présence résiduelle d'indigènes (oui, des pré-humains) plus ou moins semblables aux aborigènes d'Australie.

 

Avant tout l'ONU souhaite que les colonies puissent être autonomes si les communications interplanétaires devaient être interrompues, et restreint le commerce interplanétaire. D'où aussi la présence d'un fructueux marché noir. Nous faisons connaissance avec un caïd plein d'égo qui trône sur un système mafieux qu'il a patiemment mis en place sur Mars: syndicat aux ordres, monopoles du marché noir, pressions politiques et lobbies au service de ses intérêts. 

 

Bien d'autres problématiques sont évoquées dans cette fiction (très riche en thématiques variées selon les "grilles de lecture" de chacun), outre le marché noir: respect de la loi ou "débrouillardise" en fonction de rapports de force, politique et lobbies, place des personnes "différentes", autisme et maladies mentales, eugénisme, racisme et relations aux "peuples premiers" (oui, il y avait des indigènes sur Mars avant qu'y arrivent les humains de la terre!)... Cette vision plutôt amère d'un avenir marsien évoque plus généralement l'inadaptation sociale de certains humains à leur milieu de vie. 

 

Pour "éduquer" ses enfants, Mars utilise des "machines éducatives" (genre de robots inspirés d'une personnalité historique, reliés à un "système central"). L'école communale (p.95-97) "n'était pas faite pour informer ni pour éduquer, mais pour modeler les enfants, et d'une manière sévèrement restrictive. Elle était le lien qui les unissait à leur héritage culturel, et elle colportait cette culture tout entière dans la jeunesse. les élèves y étaient soumis, car le but était la perpétuation de la culture, et le moindre trait particulier qui pouvait pousser un enfant dans une autre direction devait être éliminé". L'un des héros juge que cette école, qui "embaume" les valeurs d'une société alors que celles-ci changent continuellement, "était névrosée. Elle désirait un monde exempt de toute nouveauté, de toute surprise."

 

Je choisis de vous présenter une autre citation, p.213:

"- June, combien as-tu eu de liaisons?

- Six, répondit June Henessy.

- Mon Dieu, s'exclama Silvia. Et moi, pas une seule..

- Certaines femmes ne sont pas faites pour ça.

Silvia ressentit cette déclaration comme une insulte personnelle, pour ne pas dire franchement anatomique.

- "Que veux-tu dire?

- Qu'elles ne sont pas psychologiquement constituées pour cela, expliqua June d'un ton désinvolte. Il faut un certain type de femmes capables de créer une illusion complexe, et de la soutenir, jour après jour. Toi, tu es différente. Ton esprit est simple et direct, tu n'as pas de penchant pour la supercherie. De plus, ton époux est charmant." Elle accentua la force de son jugement par un haussement de sourcils."(1)

J'attends de voir, lectrices, lesquelles parmi vous sauteront le plus haut en lisant mes citations (absence de gravité...).

 

Sur l'histoire du livre, vous pouvez consulter wikipedia ou ce qu'en disent d'autres blogueurs. Par exemple, Les chroniques du chroniqueur, Erwelyn, le blog d'Argoul (mais les commentaires y sont fermés), les carnets de bord de Cachou (dernier billet en 2020), Sandrine (Tête de lecture)... (liste non exhaustive). 

Ce titre peut aussi s'inscrire dans le 12e challenge de l'Imaginaire chez Tornade, Et il faut que je pense systématiquement à faire prendre en compte pour le challenge An American Year [2025] (15/11/2024-15/11/2025), via Belette et/ou via Chroniques littéraires, tous mes billets concernés, bien entendu. J'allais oublier qu'il peut également participer au challenge 2024 sera classique aussi! organisé par Nathalie!

Ah, et puis pour rigoler encore une fois de la connerie des humains, je voulais rapporter ici une anecdote qui m'a tiré l'oeil l'autre jour. Qu'en pensez-vous?

 

(1) Suite de l'échange après quelques lignes, à la page suivante: "Si tu limites ton expérience affective à ton mari, déclara June Henessy, tu n'as pas de point de comparaison pour appuyer ton jugement, tu es plus ou moins cantonnée à ce qu'il peut t'offrir, mais si tu couches avec d'autres hommes tu pourras mieux discerner les carences de ton époux, et cela t'aidera beaucoup à le regarder d'une façon objective. Et tu peux insister pour qu'il modifie ce qui doit être changé en lui. De ton côté, tu peux constater quelles sont tes imperfections: en compagnie de ces autres hommes, tu peux apprendre à t'améliorer afin de mieux satisfaire ton mari. je ne vois pas qui est perdant dans tout cela.
Le livre date de 1964, rappelons-le...

11 décembre 2024

Le premier renne - Olivier Truc

J'ai mis beaucoup de temps à lire Le premier renne d'Olivier Truc (Edition Métailié noir, 525 pages). Ce roman que je me réjouissais de lire (après Le dernier Lapon) m'a un peu ennuyée. Au bout du compte, il ne se passe pas grand-chose. C'est surtout la description de la vie des Sami au moment du marquage des faons. Car comme vous le savez, beaucoup de Sami vivent de l'élevage de rennes. L'histoire commence juste après le solstice d'été, de nos jours, quand le soleil brille 24 heures sur 24. Le pays Sami s'étend entre la Norvège, la Suède et la Finlande. Le territoire des Sami est de plus en plus menacé par l'exploitation de mines comme celle de Kiruna ou le fait que la Laponie est riche en terres rares qui sont convoitées par les Etats. Le côté policier du roman est qu'un Sami, Aaron, est retrouvé mort, tué par une balle de fusil, et que des dizaines de rennes sont percutés par un train. Ces animaux avaient été attirés par du sel dispersé sur les voies. On leur a coupé les oreilles. Les oreilles sont l'endroit où les faons sont marqués, ce qui permet de savoir à qui appartient chaque renne. Klemet et Nina, de la police des rennes, enquêtent. Ils vont affronter des éleveurs et une jeune Sami, Anja, la soeur d'Aaron. Les éleveurs sont groupés dans des sameby. Anja étant une femme n'a pas pu y être intégrée, alors qu'elle avait davantage la vocation que son frère Aaron. Elle enrage, c'est une révoltée qui se lie d'amitié avec un Français, Joseph, ancien prêtre devenu berger qui vient des Alpes-de-Haute-Provence. Un roman intéressant mais long, long, long... Lire le billet de MAM et BMR.

5 décembre 2024

Du rififi à Ménilmontant - Tardi

C'est en voyant une pub dans un journal que j'ai appris que Tardi venait de terminer un nouvel album (au format plus petit que les précédents) avec le détective Nestor Burma. Sur la couverture de Du rififi à Ménilmontant (186 pages, Edition Casterman), il est bien précisé que c'est d'après les personnages de Léo Malet. Et en effet, cette aventure a été imaginée par Tardi lui-même. Elle n'est pas inspirée par un roman de Léo Malet. Et donc l'histoire se passe dans le XXème arrondissement de Paris. En préambule, Tardi dédie sa BD à Jules Dassin pour son film du Rififi chez les hommes (1955, un chef d'oeuvre selon moi) et à Albert Lamorisse pour Le ballon rouge (1956 . L'histoire commence le 20 décembre 1957 et se termine le 27 décembre de la même année soit une semaine pendant laquelle Nestor Burma, qui a une "crève" carabinée, rencontre un poivrot qui adore les chats. Burma découvre des expériences de laboratoire sur des animaux sans défense dans les sous-sols du XXème arrondissement. Il doit aussi affronter trois Pères Noël. Il va surtout assister à un suicide d'une femme en direct dans son agence Fiat Lux. D'autres morts en lien avec ce suicide vont suivre. Comme suis une admiratrice des dessins de Tardi, je me suis une fois de plus régalée mais l'histoire n'est vraiment pas gaie, même si Nestor va pouvoir offrir à la fin un beau cadeau à sa secrétaire préférée, Hélène. 

30 novembre 2024

Survivre! - Dougal Robertson

Allez, un dernier pour la route (du Rhum?), une non-fiction pour le Book trip en mer de Fanja. Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) chronique encore un livre qui sommeillait dans ma pochothèque depuis quelques décennies (plus très loin d'un demi-siècle!). Survivre! m'avait été offert pour Noël 1975. Le livre datait en anglais de 1973, mon édition française de 1974, et l'histoire vraie qu'il relatait s'est déroulée en 1972. 

Dougal Robertson, Survivre!, l'extraordinaire odyssée de la famille Robertson,
J'ai Lu N° D52 **, DL 4e trim. 1974 (copyright 1973 sous le titre Survivre The Savage Sea,
trad. française par Serge Ouvaroff pour éd. Albin Michel, 1973), 287 pages

 

L'Anglais Dougal et son épouse Lyn, leur fille Anne (18 ans) et leur fils ainé Douglas (17), et leurs deux jeunes jumeaux Neil et Sandy (11 ans), partent de Falmouth (Cornouaille) en janvier 1971 faire le tour du monde à bord d'un voilier en bois de 13,10 m acheté d'occasion à Malte, la Lucette (elle avait l'âge du capitaine). Dougal Robertson a passé son brevet de capitaine au long cours de la marine marchande  britannique (il totalisait 12 ans d'embarquement, y compris durant la seconde Guerre Mondiale jusqu'en 1942) cependant que Lyn est infirmière. En février 1972, Anne quitte sa famille pour vivre sa vie à Nassau (Bahamas). Un étudiant américain de 22 ans, Robin, embarque à Panama à destination de la Nouvelle-Zélande. Le 15 juin, alors qu'ils ont quitté les Galapagos depuis deux jours et alors que Dougal vient de faire le point et de noter l'heure (09h 54' 45") et s'apprête à calculer leur position, l'imprévu se produit. 

 

La coque crevée en deux endroits par une attaque d'épaulards (orques), la Lucette coule en moins de cinq minutes (p.23). Les naufragés disposent d'un dinghy (une "annexe" en fibre de verre de 2,90 m de long) baptisée Ednamair et d'un radeau de sauvetage avec une tente, à boudins gonflables. Ils sont en plein Pacifique, à l'écart des routes de circulation des navires marchands. Compte tenu des courants et des vents, les Galapagos (à 200 milles) sont inatteignables, et le capitaine Dougal décide de viser la côte de l'Amérique centrale (vers le Nord-Est, à un millier de milles). Ils ont des avirons, une voile, une quinzaine d'oranges et citrons et de maigres vivres sauvés de la cambuse (un sac d'oignons, une livre de biscuits, des bonbons), quelques récipients, 10 litres d'eau douce, le "matériel de sauvetage" règlementaire, un couteau de cuisine, le panier à couture de Lyn... et leur savoir-être. Une voile est installée à bord de l'Ednamair qui prend en remorque le radeau. L'eau est rationnée dès le début à 1 litre par jour (au total!). Et puis la pêche (poissons volants, dorades et autres, bien humides), la chasse aux tortues (dont boire le sang ne les a pas empêchés de s'anémier), la pluie après un certain temps... Le radeau gonflable les lâche le 16e jour (caoutchouc usé par la remorque), et ils doivent désormais s'entasser à bord de l'Ednamair. Nous avons un passionnant récit de toutes les péripéties au jour le jour. Le livre donne à lire la vision de Dougal même s'il cite parfois les "écrits de bord" des uns ou des autres. 

 

Le 38e jour (p.223), ils aperçoivent un navire (ce n'est pas le premier), et celui-ci, enfin, les repère et les repêche. Finalement, leur navigation à l'estime (750 milles effectués sans sextant, sans compas et sans carte) les amenait  sur la bonne route (il restait 290 milles vers le Costa-Rica), et ils pouvaient encore vivre quelque temps de leur pêche et de la pluie... mais ont été ravis d'être recueillis à bord du navire de pêche japonais Toka Maru II, après 38 jours de "navigation" dans les conditions décrites (ce devait être le 23 juillet, si je calcule bien). Trente-huit jours à se supporter (dans tous les sens du terme), entassés les uns sur les autres... Brrrr! Je ne m'y suis jamais trop vu, personnellement.

Le livre contient une quarantaine d'illustrations (plutôt nombreuses pour une édition en "poche), des dessins signés Pam Littlewood (1). J'ai choisi de citer des exemples "pratiques" éclairants (en laissant de côté notamment les nombreux animaux qu'ils ont vus et/ou mangés). 

Le couteau de cuisine s'avèrera plus utile que le couteau "de survie" conçu pour ne pas crever le radeau gonflable... (p.125)

L'Ednamair trace la route toutes voiles dehors (p.133).

  A bord du radeau de sauvetage, les 16 premiers jours (p.39). 

Entassés à bord de l'Ednamair, ensuite (p.135)

Poissons et viande de tortue séchés (p.179), dont l'odeur incommodera fort les marins japonais...

 

Une aventure de l'époque où il n'y avait pas de balise Argos... De mes lectures et relectures successives (une fois par décennie?), je crois que je retenais à chaque fois (avant d'oublier...) que, sur un (petit?) bateau, le pire peut survenir à l'improviste à tout moment, et que les récipients contenant provisions ou boisson doivent avoir une flottabilité suffisante pour ne pas couler si on les jette par-dessus bord dans la précipitation du naufrage, afin de pouvoir être récupérés par la suite à bord de l'embarcation de sauvetage. Penser à prendre le maximum d'objets pouvant être utile à la survie (donc avoir anticipé): on n'aura pas de seconde chance une fois le navire sombré. 

 

Je n'avais encore jamais eu la curiosité de chercher davantage d'informations sur cette aventure depuis qu'existe internet. C'est en regardant ce jour (30/11/2024) sur Wikipedia en anglais que j'ai appris que Dougal Robertson, qui aurait eu 100 ans cette année, est décédé en 1992 d'un cancer. Il avait en 1975 rédigé un "manuel de survie" (Sea Survival: A Manual) dont la lecture d'un exemplaire a, apparemment, contribué à permettre à un autre naufragé de survivre 76 jours en mer. Un téléfilm de 1992 a été tiré de l'aventure de la famille Robertson (par Kevin James Dobson, en reprenant le titre Survivre The Savage Sea, mais en changeant les prénoms et noms des naufragés). Enfin, le fils ainé, Douglas, a écrit en 2005 son propre livre, titré The Last Voyage of the Lucette (non traduit en français). Je regrette de ne pouvoir le lire: peut-être que, 30 ans plus tard et après la mort du père, sa vision des événements est différente de celle de celui-ci? 

 

(1) et non "des dessins de l'auteur" comme je l'avais écrit à tort initialement [edit du 01/12/2024].

26 novembre 2024

Deux filles nues - Luz

Ayant entendu et lu beaucoup de bien de ce roman graphique dessiné par Luz (186 pages, Edition Albin Michel), je viens de le lire et je ne le regrette pas. Pour résumer, il s'agit des pérégrinations d'un tableau, "Deux filles nues", peint en 1919 par Otto Mueller, un artiste allemand. Toute l'histoire, qui se déroule sur plus d'un demi-siècle, est racontée du point de vue du tableau lui-même. Otto Mueller était né d'une mère tzigane (ce qui n'était pas mieux que d'être Juif pendant le nazisme). Pour ce tableau, Deux filles nues, Mueller a pris comme modèle sa première femme Maschka Meyerhofer avec qui il restera lié après leur divorce. Mueller est mort de tuberculose en 1930 à 55 ans. Ce tableau considéré par les Nazis comme pornographique et appartenant à l'Art dégénéré ira d'un propriétaire à l'autre, sera exposé en 1937 dans plusieurs villes d'Allemagne lors de l'exposition itinérante "L'art dégénéré" puis sera sauvé de la destruction pendant la guerre. Désormais, après avoir été restitué à la famille en 1999, il est visible depuis 2000, au musée Ludwig à Cologne. J'ai énormément aimé ce roman graphique, les couleurs et les dessins de Luz qui montre à la toute fin ce tableau vu par lui. Un beau cadeau à faire pour cette fin d'année. 

 

 

 

25 novembre 2024

Carole & Tuesday - Morito Yamataka

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais un peu "tricher" par rapport à mon challenge marsien en présentant une oeuvre certes "d'anticipation", mais dont le volet martien m'a semblé (contrairement à mes attentes) aussi ténu que peut l'être l'atmosphère actuelle de la planète (même si celle-ci peut permettre à un "mini-hélicoptère" drone de parcourir des centaines de mètres). Il y est par contre question d'une place prédominante de l'IA (intelligence artificielle) dans certains secteurs, alors Mars et cet aspect "SF" suffisent pour l'inscrire aussi au 12e challenge de l'imaginaire proposé par Tornade... 

Yamataka Morito (oeuvre originale: studio Bones / Wattanabe Shinichiro),
Carole & Tuesday (3 tomes),
nobi nobi!, 2020-2021 en France (2019-2020 au Japon)

 

Sur Mars terraformée, deux jeunes filles, l'une (Carole) orpheline qui enchaîne les petits boulots pour survivre et l'autre (Tuesday) fugueuse de bonne famille, se croisent à Alba (capitale, au moins culturelle, de Mars) et se découvrent une sensibilité musicale commune. Elles vont être amenées à "percer" dans la musique (chanson) grâce à divers soutiens, et nous allons suivre tant leur cheminement que celle de la "concurrence" qu'elles rencontrent, alors que la création musicale est désormais un "monopole de fait" de l'IA. 

Avec ma "focalisation" particulière (Mars...), je ressens un peu le même genre de frustration que lors de ma lecture de Running Girl: tout ce qui nous est donné est intéressant, mais on en aurait attendu bien davantage sur le "cadre" martien, notamment. Or, seules quelques citations et allusions témoignent que l'on est bien sur la planète Mars (terraformée?), mais l'on pourrait aussi bien être n'importe où (dans le futur), et cela n'intervient nullement dans l'histoire.

Je dois tout de même préciser que cette "mini-série manga" a été créée d'après la saison 1 d'un "anime" (dessin animé japonais) que les lecteurs sont donc peut-être censés déjà connaître et avoir vu (oeuvre originale: studio Bones / Shinichiro Watanabe), ...ce qui n'est pas mon cas. Je ne peux donc me référer qu'à cette version "papier". 

Bien évidemment, le manga est muet: contrairement à l'anime, on n'a pas la musique ni les chansons! Seuls les dialogues et quelques dessins magnifiques (en noir et blanc, fréquemment rehaussés de différents gris tramés) peuvent témoigner de l'harmonie entre nos héroïnes. Les gamines s'entendent bien dans le domaine musical (sensibilité commune) et cohabitent cahin-caha (caractères et "vécus" différents...). Est-ce que leur intimité va plus loin? Nous n'avons droit -hors champ- qu'à un ambigu "dis, Tuesday, et si on sortait, toutes les deux?" (p.120 - peut-être s'agit-il juste d'aller arroser une bonne nouvelle dans un bar...). 

 

Le gros des pages que j'ai choisi de citer pour leur valeur esthétique ou explicative provient du tome 1.

Première page du 1er tome: nous sommes à Herschel (?) et quelques heures (et pages) plus tard, Tuesday est arrivée à Alba (ci-dessous).

Et quelques pages plus loin, alors que Carole est en train de jouer du clavier en pleine rue...

...pp.26-27 & 30-31, la rencontre et le coup de foudre (... entre musiciennes)

p.56-57, le plaisir de la composition en commun, sur la même longueur d'onde, entre notes et mots...

p.65, une image magnifique (sous les feux de la rampe?)... 

Afin de trouver un vrai piano à queue, les filles se faufilent "au culot" dans le "Hall commémoratif des  immigrants martiens", et chantent... (sans s'apercevoir que leur "prestation improvisée" bénéficie (?) d'une "captation sauvage"... qui va créer le "buzz"). 

p.84-85: c'est autre chose que de la musique créée par "intelligence artificielle"... (commentaire ci-dessous p.106).

Encore une jolie image, avec nos deux jeunes filles qui se protègent sous une coquille, une sorte de corne d'abondance constituée de notes entrelacées... (p.139).

Après leur premier spectacle (à l'insu de leur plein gré), elles ont été approchées par un auto-proclamé "impresario", qui va les amener à "s'incruster" au "Festival Cydonia" (il paraît qu'il connaît l'organisateur).

p.162-163: en pleine prestation...

p.172, dialogue entre deux vedettes installées que la sincérité des jeunes musiciennes a touché... 

Dans le tome 2, nos héroïnes vont se présenter à un télécrochet, le Mars Brightest (200 000 concurrents!), et on les verra se confronter à d'autres musiciens et musiciennes.

p.32-33: l'intelligence artificielle nous est présentée au service de l'une d'elles, Angela...

Dans le tome 3, p.91, voici Carole interrogée sur son passé... 

Le troisième et dernier tome se termine en apothéose et aussi un peu en queue de poisson, alors que nos duettistes s'apprêtent à faire officiellement la "première partie" de la vainqueur du télécrochet, "six mois plus tard", au Festival Cydonia... 

Il n'y a pas eu (à ce jour) d'adaptation manga de la seconde partie (saison) de l'anime.

 

Je le répète, pour moi, l'intéressant dans ce manga est bien la sincérité des jeunes artistes qui composent elles-mêmes les paroles et la musique, à une époque (plus si lointaine?) où celle-ci est réalisée par des IA... dont la présence est sous-jacente, non seulement pour la composition musicale, mais sans doute dans de multiples autres pans de la société...
J'ai donc compris surtout que cette facette de l'IA était déjà prévisible bien avant fin novembre 2022 et la soudaine révélation publique (en France, ou partout dans le monde?) de ChatGPT (et, très vite, d'autres...). Or, sauf si le malheureux neurone (humain!) qui me reste s'apprête vraiment à me lâcher faute de copains avec qui se connecter, il me semble me souvenir que l'IA a vraiment commencé à être connue du grand public, en France, lorsque les média ont annoncé la "mise à disposition" de ChatGPT, en 2022 donc (alors que ce manga est bien antérieur): la France, toujours en retard? 

 

Pour finir, voici quelques blogs qui ont parlé de l'un ou l'autre tome voire de la série entière: Calypso, blog d'une "profdoc" de collège (T.1), le blog de l'apprenti otaku, les voyages de LySophia du blog Lire en bulles, Les lectures de Caro (dernier billet en 2023), Artemissia du blog Songe d'une nuit d'été (liste sans doute non exhaustive). 

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