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5 septembre 2024

Le chant de Kali - Dan Simmons

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente un livre que j'ai acheté chez un bouquiniste sur la seule foi du nom de l'auteur, Dan Simmons. 

Dan Simmons, Le chant de Kali, J'ai Lu (coll. Ténèbres) N°2555, 1999, 318 pages
Traduit de l'américain (Song of Kali, 1985) par Bernadette Emerich en 1989

 

Hé bien, voilà un livre plus sombre que les Cantos d’Hypérion. Je peux vous le conseiller comme une lecture au réveil, pour commencer la journée. Mais surtout, ne le lisez pas le soir avant de vous endormir : cauchemar garanti ! Particulièrement si vous êtes jeune parent. 

Pour ma part, j’ai déjà lu au fil des ans un certain nombre d’œuvres de Dan Simmons (même si je n’en ai jamais tiré de chroniques). 

Dans ce premier roman de lui à avoir été publié, on trouve déjà ce qui reviendra dans plusieurs de ses oeuvres ultérieures : le pouvoir du mal (l’échiquier…), les terreurs de la nuit (d’été…), fantômes, spectres, zombies et autres créatures animées mais désormais sans âme humaine. Ou, simplement, toute la noirceur humaine. 

 

Un Américain, Robert Luczak, écrivain plus ou moins journaliste, part à Calcutta sur les traces d’un mythique poète disparu dont on aurait sur place découvert un « inédit ». Il emmène dans ce reportage sa petite famille : sa femme Amrita (elle-même d’origine indienne) et leur fillette de 7 mois, Victoria… On a du mal à s'arracher au récit avant la fin. 

 

Je crois que j'ai repéré une petite erreur de traduction (p.16, un "non" à la place d'un "pas" concernant Gandhi...). Je ne suis pas forcément d'accord avec ce qui est dit dans le roman sur Les bâtisseurs de pont de Kipling (mais c'est le jeu). J'ai relevé avec amusement le petit "coup de patte", p.59, envers les "romans de pacotille" de Stephen King. Enfin, l'intrigue se plaçant à la fin des années 1970, cela fait bizarre, aujourd'hui, de lire vers la fin du livre la possibilité de transporter en avion, d'un aéroport à l'autre, un Luger et plusieurs dizaines de ses balles.

Ce livre noir m’a un peu fait songer à certaines aventures du héros d’Henri Vernes. Dans une Inde mythifiée (et même ailleurs), celui-ci se heurte aussi bien à des thugs et autres adorateurs de Kali qu’à la pègre ou à des « tueurs » identifiés comme les « dacoïts » (et qu’il massacre par douzaine). Mais ceux-ci n’enlèvent pas la fillette âgée de quelques mois qu’il n’a pas (d’ailleurs, Bob Morane n’a jamais (eu) aucune responsabilité paternelle sauf erreur de ma part…). 

Je pense que je relirai d'abord certains livres de Dan Simmons, ou en découvrirai que je ne connais pas encore, avant de reprendre en main celui-là. Comme déjà dit, ce n'est pas un livre à lire le soir, dans son lit, avant de s'endormir.

J'ignore si j'ai réussi à attiser votre curiosité? J'ajoute encore que la collection Ténèbres chez J'ai lu n'a vécu que de 1996 à 2000, le temps d'abriter 42 titres dont celui-ci. Je n'en ai lu aucun autre. 

 

Apophis a chroniqué une édition plus récente que la mienne, comme Jean-Louis Dragon (en 2018 - dernier billet en 2019), et le blog Carolivre encore une autre, comme Tenseki (dernier billet en 2022). 

2 septembre 2024

De l'espace et du temps - Alastair Reynolds

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) trouvé à emprunter (il était classé en "nouveauté" dans une des bibliothèques que je fréquente) un court ouvrage que j'avais déjà croisé à plusieurs reprises dans la blogoboule (1). 

Alastair Reynolds, De l'espace et du temps, Le Bélial, mars 2024, 108 pages. 10,90 euros
(titre original: Understanding Space and Time, copyright 2005)

Je vous mets aussi l'extrait de signalétique "nouveauté" sur l'exemplaire emprunté...

 

Le "De" initial en français peut rappeler les titres savants jusqu'au XIXe siècle (pouvant se traduire par "Au sujet de..."). Je ne sais pas si le "Understanding" anglais est connoté du même sens? Il s'agirait plutôt de "compréhension...", et non de rédaction d'une thèse savante...?

 

En tout cas, le texte proprement dit se termine p.103. Dans les quatre pages de son "mot final" (pp.105-108), j'ai apprécié que l'auteur raconte l'histoire... d'une longue gestation pour ce qui est en fait une "nouvelle", entre 2001 et 2005. Elle est formée de quatre parties (non titrées), dont chacune aurait sans doute pu constituer un (court) texte indépendant.

 

Dans la première partie (18 pages), nous sommes presque à la fin de l'humanité, puisqu'il ne reste plus sur Mars qu'un couple (dont la femme est gravement malade) dans une base, alors qu'un "virus militarisé" a exterminé les humains, sur terre d'abord, sur Mars ensuite. 

 

Désormais seul dans la deuxième partie, John Renfrew s'occupe comme il peut (durant 27 pages). Apprendre à jouer du piano? Pas une bonne idée. J'ai été intéressé par l'idée qu'un millier de livres avaient été, non pas transportés depuis la terre, mais imprimés sur place. Intéressante répartition des seuls qui avaient été imprimés tant que le système d'impression à la demande fonctionnait... (p.37-38). Que lire? Philosophie, religion, sciences dures (le pourquoi et le comment de l'existence!). Mais l'articulation entre le macro et le micro, entre l'infiniment grand et l'infiniment petit, entre la relativité générale et la physique (mécanique?) quantique, semble toujours impossible. Un jour, un signal radio est reçu...

 

Dans la troisième partie (14 pages), John a été ressuscité par les "Bienveillants", accourus de là où ils se trouvaient (à 200 années-lumière) dès qu'ils avaient capté les premiers signaux radio émis par l'Humanité. Mais ils ne pouvaient voyager plus vite que la lumière. Ils lui proposent de recréer d'autres humains ou de l'aider à comprendre l'univers... à son choix.

 

La quatrième partie est la plus longue, pas tant en pagination (21 pages) qu'en terme de "durée". Durant des milliers puis des millions d'années, avec le soutien des Bienveillants, John s'efforce d'atteindre le Savoir ultime. J'ai apprécié la description de celui-ci, un peu à la manière d'un oignon (cette comparaison excessivement grossière est de moi!).

 

Ma culture SF contemporaine étant maigre, c'est surtout à l'Asimov de Rama ou des cycles de Fondation et des Robots, et particulièrement au roman "clé de voûte" des deux cycles (Terre et Fondation) avec son personnage "deus ex machina" R. Daneel Olivaw, que j'ai pu songer. J'évoquerai aussi un des prolongateurs d'H.G. Wells, c'est-à-dire Stephen Baxter et son roman Les vaisseaux du temps. John acquiert-il la sagesse ultime? Cela m'a rappelé le mot de l'empereur romain Vespasien alors qu'il passait "de l'autre côté": "Malheur! Je sens que je deviens dieu"... Enfin, j'ai eu une vague réminiscence, mais que je suis infichu d'imputer correctement, un compte-rendu par quelqu'un de culture "classique" de sa conversation avec un "grand homme", quelque chose comme "il me parla de lui, de Dieu, de l'Univers et encore de lui" (à moins que ce soit "nous parlâmes de nous, de Dieu, de l'univers, et encore de nous"?)... S'agirait-il de Chateaubriand et Napoléon, ou bien de deux autres personnes?

 

Je ne sais pas si la conduite des Bienveillants suffit pour tirer cette nouvelle vers du "space opera" et la rendre admissible au XVe challenge Summer Star Wars Ahsoka de Lhisbei. En tout cas, elle peut participer au challenge marsien, mais aussi au 12e challenge de l'Imaginaire organisé par Tornade

 

Après avoir rédigé mon billet, je mets les liens vers ceux d'Elwyn et de Gromovar. AnudarCélinedanaéLe Maki, FeydRautha, Weirdaholic [possibilité d'y commenter réservée à qui possède un compte "Blogger"?] ou Soleil Vert ont aussi rédigé une chronique. Si j'en trouve d'autres, je ne m'interdis pas de les chroniquer... ou de leur proposer le référencement pour mon challenge marsien! Il me semble que ce petit bouquin tente d'ores et déjà l'un ou l'autre des blogs qui y sont dûment inscrits... 

 

(1) Note du 03/09/2024: en réponse au commentaire de ClaudiaLucia ci-dessous, je précise ne pas être l'inventeur du terme blogoboule, mais l'avoir déjà croisé sur la "blogosphère". Une recherche m'a ramené des occurrences dès 2008. Ce qui n'exclut d'ailleurs pas que le jeu de mots ait été utilisé antérieurement. 

29 août 2024

Les ombres de Bombay - Abir Mukherjee

Pour la 5ème fois (et j'espère que ce ne sera pas la dernière), je suis partie en Inde entre Calcutta et Bombay. Dans Les ombres de Bombay (Liana Levi, 366 pages prenantes), Abir Mukherjee nous ramène à nouveau dans le passé en 1923 en compagnie du Capitaine Sam Wyndham et Satyendra Banerjee. Banerjee se retrouve en mauvaise posture car il s'est trouvé au mauvais endroit au moment. Il est accusé d'avoir tué un homme de lettre hindou dans un quartier musulman de Calcutta. Mais Satyendra Banerjee pense avoir trouvé le suspect en la personne d'un musulman érudit. Mais peut-être y a t-il une troisième solution. J'ai été contente de constater de Wyndham n'a pas retouché à l'opium depuis un an. Le récit alterne celui de Banerjee et celui de Wyndham. Comme dans les quatre autres romans de Mukherjee, il y a quelques descriptions très vivantes des us et coutumes indiennes et de la situation en Inde à l'époque. J'ai lu ce roman en deux jours et je le conseille absolument. Il n'est pas forcément nécessaire d'avoir lu les quatre premiers tomes. Lire le billet de Keisha. Et aussi Actudunoir, Yan.

15 août 2024

Dead Stars - Benjamin Whitmer

Que dire de ce roman, Dead Stars de Benjamin Whitmer (Edition Gallmeister, 590 pages)? Que c'est le premier que je lis de cet écrivain et je pense qu'il sera le dernier. Quelle noirceur et que c'est long. L'histoire se déroule de nos jours dans le Colorado, dans la ville de Plainview où est implantée une usine de plutonium dirigée par l'entreprise Stonewall, l'unique employeur de la ville ouvrière. Hack (Howard) Turner, employé de l'usine vit seul avec sa fille Nath (17 ans) et son fils Randy (14 ans). Il a un frère cadet, Whitey et il a encore son père Robin. L'intrigue se passe sur trois jours, entre le 7 septembre au soir et le 10 septembre 1986 au soir. Ronald Reagan est président des Etats-Unis. En fin d'après-midi du 7 septembre, Randy, parti en vélo avec des copains ne revient pas et Nath commence à s'inquiéter. Elle prévient son père. A partir de là et pendant trois jours, presque heure par heure, on suit les pérégrinations de Hack, de Nath, de Whitey et même de Robin pour retrouver Hack. On ne sait pas ce qui est arrivé à ce dernier et même la police qui a été prévenue ne semble pas très efficaces. Nath n'arrête pas de fumer des joints et de boire de la vodka, Hack est désemparé de son côté. Petit à petit, on se rend compte que cette famille Turner n'est pas bien vue par le reste de la ville car Hack a parlé à un journaliste à propos d'un accident survenu dans l'usine de la ville. On suit les déambulations et les pensées des protagonistes mais rien n'avance vraiment. L'écrivain décrit une Amérique des laissés-pour-compte et où la vie humaine ne vaut pas grand-chose. Même si je conçoit que cette Amérique existe, tout cela n'est pas très gai. À vous de voir. Lire les deux billets de Shangols et d'Actu du noir nettement plus positifs. 

Ce roman peut faire partie du challenge "Pavés de l'été 2024" de Sibylline.

 

10 août 2024

Trois livres sur des bateaux

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) continue mes "mises à flot" dans le cadre du challenge Book trip en mer de Fanja. Cette fois-ci, j'attaque la catégorie "livres de jeunesse", avec des romans d'aventures (tous trois anglo-saxons) plutôt orientés "jeunesse" (éditions illustrées) qui rentrent aussi dans le cadre du challenge 2024 sera classique aussi de Nathalie (ces oeuvres étaient déjà bien vieilles quand j'étais moi-même jeune...). Pour la petite histoire, j'ai déjà raconté que je passe régulièrement devant la "bibliothèque partagée" du hall de dasola qu'elle vous avait présentée naguère. Il m'arrive d'y "injecter" des livres que je connais comme m'ayant plu quand je les avais lus autrefois, il y a en général plusieurs décennies (et aujourd'hui livres le plus souvent spécialement chinés à prix ultra doux quand je suis tombé dessus par hasard). Ayant remarqué que deux de ceux que j'avais déposés y étaient revenus (après s'en être absentés), je me suis dit que, finalement, j'en ferais bien un billet. Quant au troisième, je l'ai acheté chez un bouquiniste. J'ai tâché d'organiser leurs tranches en un "podium" qui reflète mes préférences. 

1/ Daniel Defoe, Les pirateries du capitaine Singleton, 1720 (1ère édition en anglais),
trad. Maurice Dekobra, Société nouvelle des éditions G.P., 1964, 251 pages
2/ Fenimore Cooper, Le corsaire rouge, 1827 (1ère édition en anglais),
adapt. Gisèle Vallery, ancienne librairie Fernand Nathan, 1942, 189 pages
3/ Jerome K. Jerome, Trois hommes dans un bateau, 1889 (1ère édition en anglais), "spécialement adapté" pour la Bibliothèque Rouge & Or, Editions GP, 1953, 191 pages

 

Je propulse en première place Les pirateries du capitaine Singleton, une oeuvre de Daniel Defoe beaucoup moins connue ou attendue qu'une autre... (meuh non, je ne songeais pas au Journal de l'année de la peste ni à Moll Flanders!). N'en ayant même jamais entendu parler jusqu'à maintenant, je remercie d'autant plus Fanja de m'avoir fourni le prétexte de la découverte (acheté à 2,50 euros lundi dernier)! Présenté comme des souvenirs (une autobiographie), ces pages narrent "en toute candeur" les aventures d'un Anglais "enfant volé" (à deux ans!) devenu gamin ballotté ici ou là, puis mousse, capturé brièvement par des Barbaresques, puis formé comme jeune marin portugais sans foi ni loi dans l'Océan Indien avant de tourner mutin et abandonné avec une vingtaine d'autres (matelots, charpentier, forgeron...) sur une côte de Madagascar (p.18). S'ensuivent, après avoir pu construire une embarcation grâce à une épave hollandaise et pu toucher la côte Est de l'Afrique, une traversée fort aventurée, à pied et en troupe, de tout le continent jusqu'à la côte Ouest, confrontés aux indigènes mais accumulant un fabuleux butin en cours de route (orpaillage...). Retour en Angleterre, fortune largement faite... mais il la mange en deux ans et n'a plus rien en l'an 1696 (p.147 - moins de 25 ans avant la parution du livre...). Il s'embarque alors pour Cadix à bord du Croiseur. p.148, avec quelques "camarades", il rejoint un autre navire (non nommé), dont l'équipage s'est mutiné, dans le but avoué de devenir pirate (sous les ordres d'un matelot, devenu le Capitaine Wilmot), vers les Indes occidentales (le continent américain...). "Quinze mois" puis "deux" ans passent en quelques lignes... D'autres navires sont capturés, "Bob" monte en grade et en commande un... puis, p.152, il rencontre un ex-médecin avec lequel il restera indéfectiblement lié jusqu'à la fin de ses aventures. Des Antilles à l'Océan indien, s'ensuivent des années de vie maritime entre capture de navire, traite des nègres (trouvés par hasard dans un navire à la dérive... dit-il), et opérations commerciales plus ou moins louches. Les équipages des navires attaqués ne sont pas tués systématiquement mais seulement si indispensables (éviter de trop provoquer l'Angleterre, fort capable d'armer un navire en guerre pour aller chercher, traquer, capturer et pendre de trop célèbres pirates). Le butin consiste parfois en or et argent monnayé ou "au poids", mais souvent en marchandises de plus ou moins de valeur (jusqu'à des perles, soiries, épices, ...) qu'il faut vendre (dont il faut "trafiquer") en s'adressant à des marchands parfaitement informés de l'origine "pas très catholique" des marchandises. Tout le monde y trouve son compte, à condition de ne pas se tromper de ports ni de nationalité des acheteurs. Defoe semble s'être bien documenté. Il n'a sans doute pas lui-même vécu certaines de ces aventures, peut-être a-t-il "confessé" quelques véritables aventuriers (comme l'a fait London au Klondike)? Même si ce roman a été écrit en 1720, lorsqu'il y était question de recherche d'or (en Afrique), j'ai cru y retrouver les techniques d'orpaillage alluvionnaire si bien décrites par London quelque 180 ans plus tard pour le Klondike (neige et glace en moins chez Defoe). Bref, fortune (de pirate) faite, il ne reste plus qu'à fausser compagnie au navire pirate (à Bassora, dans le Golfe!) sans éveiller les soupçons, puis, après quelques détours par Alexandrie puis Venise, à réussir à se faire oublier en Angleterre, en y épousant une charmante veuve déjà pourvue de 4 enfants (et soeur de William) dans les 10 dernières lignes du livre.

Les femmes sont fort peu présentes dans cet ouvrage, à part au début (celles qui se passent de main en main l'enfant), ou quand sont évoquées les femmes indigènes" avec qui, régulièrement, fricotent un peu trop les matelots, ce qui a le don d'énerver les "sauvages" (je ne suis pas certain qu'il soit question de consentement...). Les illustrations sont de Jacques Pecnard. 
Menon l'a plus survolé que lu (en version intégrale).

 

De Fenimore Cooper, on connaît surtout Le dernier des Mohicans, et éventuellement les autres titres de l'histoire de Bas-de-cuir (l'un des surnoms du héros, Nathanaël Bumppo, qui apparaît dans au total cinq livres publiés entre 1823 et 1841). On ne sait pas forcément que l'auteur, né en 1789, avait été marin dans sa jeunesse (de 1806 à 1811).

Le livre débute en octobre 1759 à Newport (Rhode-Island, Nouvelle-Angleterre). Le héros principal est le jeune Wilder, officier de marine compétent, cependant que "Le corsaire rouge" ne se dévoile pas tout de suite. Dans ce roman sans temps mort, on navigue beaucoup (la jeune passagère Gertrude n'est pas indifférente à Wilder), à bord de différents navires qui se fuient, affrontent une tempête, s'y perdent, coulent... Il y est question de corsaires sinon de pirates (il n'est pas dit que le fameux "corsaire" soit nanti d'une "lettre de course"), d'infiltration chez l'adversaire sous fausse identité, de faux pavillon et même de travestissement. Mais on y trouve aussi en trame de fond des histoires de famille quelque peu embrouillées (je n'ai pas trop réussi à dresser un arbre généalogique, et je ne jurerais pas que le dénouement final n'implique pas une certaine part de consanguinité!). Le livre s'achève dans les années 1780, au seuil de l'indépendance américaine, pour laquelle Le corsaire rouge s'est racheté en luttant contre les Anglais... 

Ce livre a été édité en 1942, à un moment où les Nathan père et fils avaient dû renoncer à la direction de leur Maison sous la pression de Vichy puis des Allemands (les éditeurs français qui avaient accepté d'assurer la direction de l'entreprise la rendent aux Nathan le jour de la libération de Paris). Je ne sais pas quel est l'illustrateur anonyme dans cette édition de 1942 (peut-être Joseph Kuhn-Régnier, mort en 1940, qui a illustré plusieurs dizaines de titres des Contes et légendes chez Nathan?). En page 2 figurent 35 autres titres de cette collection "oeuvres célèbres pour la jeunesse", notamment Le dernier des Mohicans, mais aussi (par exemple...) L'île au trésor (Stevenson), Voyages de Gulliver (Swift), Robinson Crusoé (Defoe) et Robinson suisse (Wyss). 

C'est le seul de mes trois livres du jour dans lequel il est un peu plus question de la seconde moitié de l'humanité (ou de la première, voire de la meilleure - je ne veux vexer personne!).
Isabelle (Ribambelle d'histoires) l'avait chroniqué l'an dernier.

 

 

Un livre des années 1950 sans sa jaquette, c'est tout de suite moins "sexy" (c'est elle qui portait titre et illustration). J'ai donc photographié aussi les pages intérieures correspondantes. Maintenant, comme chacun sait (comme savent tous ceux qui ont lu Trois hommes dans un bateau de Jerome K. Jerome), cet ouvrage ne porte pas sur la navigation en mer. Entre trois amis, il n'est question de voyage en mer (p.10) que pour s'y opposer: remontons plutôt la Tamise (fleuve), et à nous le canotage, ses plaisirs et ses joies. Jerome K. Jerome enfile (comme des perles) déroulement de l'épopée fluviale (avec diverses étapes, campements, pluie...), anecdotes et digression (accrochage d'un tableau, transport d'un fromage de Liverpool à Londres, [més]aventures anciennes et diverses remémorées au fil de l'eau...). Il y avait un certain temps que je n'avais plus lu Trois hommes dans un bateau (et jamais dans cette édition), et j'ai eu une impression de traduction (non signée, mais "spécialement adaptée...") un peu fade par rapport à celle que j'imagine avoir lue antérieurement dans les tréfonds de ma mémoire. Voici celle d'un des morceaux de bravoure: la lutte désespérée, en pique-nique, pour ouvrir une boite d'ananas au sirop en conserve sans ouvre-boite: 
"(...) Alors nous perdîmes la tête. Nous portâmes cette boite sur la berge. Harris alla chercher une grosse pierre, je retournai au canot dont je rapportai le mât, et George tint la boite et Harris posa sur le couvercle l'extrémité aiguë de sa pierre, et je pris le mât que je levai et, rassemblant toutes mes forces, je l'abattis.
Ce fut le chapeau de paille de George qui lui sauva la vie, ce jour-là.
"

J'avais en tête quelque chose d'un peu plus vif comme: "(...) quant à moi je brandis le mât, je visai, et pan!, je frappai. Ce fut le chapeau de George qui, ce jour-là, lui sauva la vie." 
Mais peut-être s'agit-il d'un "faux souvenir"?

Quoi qu'il en soit, on comprend avec l'humour pince-sans-rire de l'auteur que l'aventure a été moins reposante que prévu, et le retour au foyer est quelque peu honteux. Après un bon repas, le mot de la fin est: "Je bois à la santé des trois copains délivrés du canot" (sans compter le chien).

Je n'ai lu, à ce jour, aucune des autres aventures des "Trois hommes" disponibles en français (... en Allemagne / en balade / sur un vélo), il est vrai beaucoup moins connues (si j'ai bien compris, il s'agirait de différentes traductions d'un seul et même ouvrage, Three Men on the Bummel?). Un prochain objectif?

 

Dasola m'a en tout cas bien expliqué qu'elle ne connaissait pas cette littérature et qu'il s'agissait de livres "pour les garçons". 

 

Je savais que différentes éditions "poche" de Trois hommes dans un bateau existaient, mais je pensais les deux autres titres peu accessibles. J'ai eu le plaisir de découvrir que l'on trouve désormais Le corsaire rouge en Folio classique et Daniel Defoe dans la Pléiade (le tome 2 contient notamment Vie du capitaine Singleton). 

14 juillet 2024

Le marteau de Dieu - Arthur C. Clarke

Allez hop, un petit roman méconnu d'Arthur C. Clarke pour rêver un peu et faire nombre... J'avais (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) acheté ce vieux bouquin en 2023, bien après la clôture de mon premier "challenge de la planète Mars". 

Cet été, en plus de la 2e édition de ce qui est désormais mon "challenge marsien", il peut également compter pour le 12e challenge de l'imaginaire organisé en 2024 par Tornade, et pour le 15e challenge Summer Star Wars (Ahsoka) chez Lhisbei. 

Arthur C. Clarke, Le marteau de Dieu, J'ai lu S-F N°3973,
1995 (EO en anglais en 1993), 254 pages

 

Ce court roman mêle agréablement des extrapolations scientifiques pour montrer un cadre plausible de vie future, et l'Aventure humaine avec un grand "A" (l'action de quelques hommes, dont le principal héros (Robert Singh), s'avérant encore nécessaire pour "sauver l'humanité" quels que soient les progrès scientifiques et technologiques accomplis dans le siècle à venir).

Lors du gros de l'action, nous sommes en 2109 (XXIIe s.), mais il est souvent fait référence à des événements du passé (1908, 1972...) qui peuvent permettre d'éclairer l'avenir (passage d'astéroïdes trop proches de notre Terre...). L'énergie semble procurée par des ressources sans limites (fusion nucléaire?), cependant que l'homme est (devenu?) suffisamment raisonnable pour avoir renoncé aux engins de mort (notamment les bombes nucléaires, qu'elles soient à fission ou à fusion). La longévité humaine a été allongée, il est possible de faire repousser un pied en cas d'accident... Clarke nous "vante" discrètement une humanité qui, plutôt que de s'entre-déchirer en guerres stériles, a su s'unir (enfin, globalement...), voire dont des membres sont prêts à se sacrifier pour sauver notre terre d'une menace venue de l'espace. J'ai eu l'impression en lisant certains courts chapitres "intermédiaires" et "explicatifs" qu'ils auraient pu donner lieu au développement d'une nouvelle indépendante. Je ne connais pas suffisamment l'oeuvre d'A. C. Clarke pour savoir si cela a été le cas, mais j'ai cru détecter quelques clins d'yeux à sa propre oeuvre (lorsqu'il est question des "points de Lagrange", du robot-équipier infaillible du vaisseau spatial, etc.). J'ai pris en tout cas plaisir à voir que ce qui pouvait passer pour une digression gratuite révèle, quelques chapitres plus tard, son utilité (l'histoire de l'apparition d'une nouvelle religion - ou secte - pouvant expliquer pourquoi un de leurs adeptes - qui restera inconnu - a effectué une certaine action). J'ai particulièrement apprécié que la planète Terre soit qualifiée de "surpeuplée" avec trois milliards d'êtres humains dessus... et seule une infime part de l'humanité est partie vers d'autres planètes (Mars) ou sur la Lune, qui ne pourraient guère en absorber davantage que quelques autres centaines de milliers. 

D'où l'inquiétude lorsque notre planète natale est menacée de collision avec Kali, un astéroïde repéré par hasard par un astronome amateur alors qu'il a échappé au "système de veille" mis en place depuis des décennies. Mais il se trouve que le "héros principal" du livre (oui, celui qui a quand même fini par aller vivre sur Mars avec sa seconde famille) est le commandant d'un des vaisseaux spatiaux/spéciaux préparés "en cas de besoin" depuis, là encore, des décennies... 

Bon, pour revenir à/sur Mars, j'ai goûté l'humour de la visite familiale à Disney-Mars, où les bambins martiens peuvent savourer le Londres inconnu de l'époque victorienne ravagé par les méchants Martiens de Wells, ou adorer l'interaction avec Dejah Thoris, princesse de Mars. Bravo à Clarke pour l'anticipation d'un genre de wokisme (ou de "politiquement correct"): "Par contre, on avait quasiment fait disparaître l'affreux John Carter du scénario d'Edgar Rice Burroughs; la Chambre de Commerce ne souhaitait manifestement pas être associée à ce genre de héros sanguinaire. Quant aux épées! Quels cerveaux criminels et irresponsables il avait fallu pour concevoir des assemblages métalliques aussi dangereux!" (p.153).

Comme il ne s'agit pas d'un ouvrage récent, ce sont surtout des blogs spécialisés SF qui peuvent en avoir parlé: Vil faquin sur le blog collectif La Faquinade (dernier billet en 2019), Blop (dernier billet en 2023). Apophis n'a pas apprécié. J'espère vous avoir donné envie de vous faire votre propre opinion...

31 mai 2024

Central Station - Lavie Tidhar

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) pense avoir atteint mon "seuil d'incompétence", en tant que lecteur, avec l'ouvrage qu'aborde en premier ce billet. Evacuons d'abord l'un des aspects qui me dérangeait: c'est en lisant le billet de Yuyine que j'en ai compris le pourquoi. Central Station serait en fait un "fix-up" (ouvrage composé à l'origine de "nouvelles" ré-arrangées pour devenir un roman). Le résultat final m'avait évoqué le Steinbeck de A l'est d'Eden (par l'ampleur de la fresque - mais le livre de Steinbeck, que j'apprécie de longue date, n'est pas de la SF), ou les huit tomes des Cantos d'Hypérion de Dan Simmons (que j'avais bien apprécié, peut-être parce que chaque cycle, sinon chaque tome, avait une histoire avec un début et une fin...). Je pense donc que mon sentiment mitigé vient plutôt de ce que Central Station représente une science-fiction trop "philosophique" pour moi. Ce livre participe tout de même à deux challenges: mon propre "challenge marsien", mais aussi le "12e challenge de l'imaginaire" repris par Tornade.  

Lavie Tidhar, Central Station, 2016 en anglais,
DL février 2024 en français, éd. Mnémos (trad. julien Bétan), 254 pages, 20,50 euros

Le livre se compose d'un prologue, et de chapitres numérotés de un à treize, dont la page 2 nous apprend (en anglais!) qu'ils ont été publiés entre 2011 et 2016. Pour en parler, je vais m'appuyer sur le "QQQOCP" journalistique [Qui? Quoi? Quand? Où? Comment? Pourquoi?], même si je les prends dans le désordre.

Où? Central Station, c'est le "point de départ", une immense tour, un aéroport spatial vers l'orbite terrestre puis vers l'ailleurs sidéral. L'histoire ne dit pas (sauf erreur de ma part) s'il en existe d'autres sur cette planète terre à la fois familière et étrangère (futuriste?). Sa localisation? "Au-dessus des paysages urbains jumeaux de Tel Aviv, la juive, et de Jaffa, l'arabe" (p.6). Mais c'est aussi un "point de retour" pour certains (une diaspora qui part et qui revient à son berceau, diaspora elle-même aux origines multiples)... Avec des "familles" aux patronymes exotiques (asiatiques? orientaux? africains?).

Quand? Dans un avenir non cité, après bien des guerres (sur terre mais aussi dans l'espace), après les conquêtes de la Lune, de Mars, des astéroïdes... Nous sommes à une époque de coexistence universelle, avec des humains à la longévité augmentée, où il est possible - à condition d'en avoir les moyens financiers - de remplacer des pièces organiques défaillantes par des greffes elle-mêmes organiques ou synthétiques... Tout comme de "coder" la mémoire sous une forme qui peut être sauvegardée. Un "nodule" permet la communication interpersonnes, échange permanent de données dont le "flux" alimente la "Conversation" (informatique?).

Qui? Beaucoup (trop?) de personnages, dont les interactions, que l'on relève au hasard d'une conversation (sur le passé, sur le sens de la vie...) ou d'une didascalie, donnent le tournis... Au pied de Central Station, nous avons un "grouillement" de vies d'habitants, de gargotiers, de boutiquiers, d'artisans, de mendiants... Quelques personnages se détachent: Miriam "Mama" Jones et Kranki (un enfant "bizarre", plus ou moins orphelin). Boris Chong (docteur Frankenstein qui a travaillé dans les "cliniques d'enfantement", lui-même "augmenté" [c'est seulement à seconde lecture que j'ai compris que son "aug martienne" signifiait sans doute "unité augmentée"]) et son vieux père Vlad. Carmel (passagère clandestine, abomination et créature dangereuse qui doit être éliminée pour les uns, vampirette... de données et non de sang, à protéger pour les autres). Yan et Youssou, couple de garçons qui va se marier. Matt Cohen (devenu plus tard Saint Cohen des Autres). Ibrahim et Ismaël. Achimwéné et Gidéon (amoureux de vieux livres?). Isobel Chow et Motl (robotnik). Frère R. Ustine, prêtre-robot (oecuménique? Il a fait son "hadj" sur Mars, il est toujours prêt, en bon pasteur, à écouter ses ouailles, il assure les circoncisions pour les garçons humains...). Ruth (la "conque"). Et j'en oublie... 

Comment? De ce que j'ai compris, l'avenir est au métissage... Que ce soit géographique, interplanétaire, éthnique, religieux, homme-machine, réel-virtuel, multitemporel, ou tout ce dont on peut rêver. Les fameux "robotnik", par exemple, sont des vétérans, "les soldats oubliés des guerres oubliées des Juifs" (p.28), des "cyborgs" avec des vestiges de conscience humaine branchée sur un corps robotisé - dont les vénérables composants sont de plus en plus compliqués à remplacer. Et en même temps, il restera possible que certains vivent leur vie entière dans un même lieu, dans une vie quotidienne étriquée, qui les empêchera de "comprendre" ceux de leurs proches qui sont partis, la tête dans les étoiles. 

Pourquoi? Après lecture, je ne sais toujours pas quoi répondre... Alors je vais relever quelques allusions à la planète Mars: le nom d'une ville sur Mars (Tong Yun City, p.12), Mars où il y avait jadis eu de la vie microscopique (p.13), un feuilleton martien (Chaînes d'assemblage, p.16), un "bazar de la foi" sur Mars (p.28), des "immeubles coopératifs de style martien" (p.38), "Nouvel Israël", sur Mars (p.65), "noir martien" (un genre de polar, p.142). Des envies de "retour aux sources"...

Quoi? Dernière occasion de parler du contenu de l'ouvrage... Dans l'ensemble, cette "mosaïque" évoque des fragments de vie quotidienne d'habitants de bidonville au pied de Central Station: la création d'individus, la naissance, la vie, parfois changeante, la mort. J'y ai, je crois bien été, dérangé par la place du "fait religieux" (des robots qui croient à la métempsycose bouddhiste: un ascenseur qui peut se demander s'il se réincarnera en cafetière ou bien dans la virtualité...). Ici, pas besoin de Messie ni de "bible catholique orange" comme dans le cycle de Dune. Mais tout s'y mélange en terme de références. D'après mes recherches, le terme "shambleau" (un des qualificatifs de Carmel) fait allusion à un recueil de nouvelles de 1933 de Catherine Lucile Moore (des aventures de Northwest Smith, sur Mars ou sur Vénus...), cependant que "strigoi" correspond aux créatures mort-vivantes faisant partie du folklore roumain. Quant aux "robotniks" (mot ancien qui signifierait "ouvrier" [en polonais]): pourraient-ils être ceux qui refusent d'être des robots? Pour la plupart des personnages, les interactions sont permanentes entre monde physique et monde virtuel. Tout cela constitue un univers difficile à appréhender (beaucoup trop de phrases seulement allusives). c'est extrêmement touffu (je dirais même foisonnant), ça part dans tous les sens, et à la fin de l'ouvrage, nous n'avons vu que des "tranches de vie" sans que rien ne soit définitivement achevé (sauf peut-être la mort [physique] du père?). 

Au final, je confirme que cette oeuvre un peu trop complexe pour mon cerveau limité à deux neurones m'a laissé une impression mitigée. Ce n'est pas forcément un livre que j'aurai plaisir à relire alors qu'il m'en reste à découvrir des milliers d'autres qui, peut-être, me plairont davantage. Mais c'est mon avis à moi: il est tout à fait possible que ce qui ne m'a pas plu soit précisément ce qui a donné plaisir à d'autres lecteurs.

Outre Yuyine déjà citée, d'autres blogueurs et blogueuses ont parlé de ce livre avec la récente édition: Zoé [prend la plume], CélineDanaé, Le Maki, Le syndrome Quickson, FeyGirl, LeschroniquesduchroniqueurJust a word. Stéphanie Chapsal en avait parlé dès 2020.

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Alors que je venais de finir ce livre, j'ai eu l'idée de relire une série BD qui traîne dans ma BDthèque depuis quelques décennies, et qui n'est pas sans points communs avec la lecture que j'ai eue de Central Station: la saga Convoi TM (4 tomes). Elle m'a paru former un très bon contrepoint à ce qui m'a manqué dans l'ouvrage de Lavie Tidhar. Les quatre volumes (qui sont ressortis récemment sous forme d"'Intégrale" en un volume) contiennent des héros, une histoire bien cadrée pour chaque album, dont chacun fait avancer l'histoire, le long d'un "arc narratif" global qui est mené à bonne fin...

J'en parlerai dans un prochain billet. [chroniqué le 30/06/2024]

28 mai 2024

Alice - Heidi Perks

Dans une des nombreuses bibliothèques que je fréquente, je suis tombée sur un coup de coeur de bibliothécaire et c'est comme cela que j'ai découvert Heidi Perks, une romancière britannique dont j'ignorais l'existence jusqu'à présent. Son premier roman paru en français il y a cinq ans s'intitule Alice (Edition Livre de poche, 467 pages). Alice est une petite fille de 4 ans qui, lors d'une kermesse d'école dans un village du sud de l'Angleterre, échappe à la surveillance d'une maman, Charlotte Reynolds. Alice est la fille unique d'Harriet et Brian. C'est la première fois qu'Harriet confiait sa fille à une tierce personne, Charlotte, l'unique amie qu'elle a pu se faire dans le village. Charlotte, une mère de trois enfants et séparée de son compagnon, est dévastée. Elle ne comprend pas ce qui s'est passé. Des jours passent et la police n'a aucune piste mais elle surveille de près Charlotte et Harriet. Le récit se partage entre ce qui se rapporte à Harriet et ce qu'elle peut cacher et Charlotte qui est regardée désormais avec suspicion par les personnes qu'elle connaît. Elle se retrouve isolée. Sans rien dévoiler, je peux quand même dire qu'un des thèmes est l'emprise (sujet très actuel) d'une personne envers une autre. C'est dommage que, 100 pages avant la fin, on sache pratiquement tout, il y a du délayage mais je n'ai pas regretté ma lecture. Lire les billets de Liseuse hyperfertile, Mélie et les livres, Les livres d'Eve, Aude bouquine.

21 mai 2024

Katie - Michael McDowell

Ah Katie! Katie! Qui es-tu? Que veux-tu? Il y a plus d'une semaine, j'ai lu en moins de deux jours, le nouveau roman de Michael McDowell (1950-1999), Katie (Edition Monsieur Toussaint Louverture, 456 pages haletantes) qui raconte l'affrontement entre Philomena Drax, une jeune femme courageuse, et Katie Slape, une jeune fille dangereuse de 18 ou 20 ans, voyante extralucide très très douée. Il suffit qu'elle touche la main d'une personne pour connaître tout d'elle et elle a par ailleurs une prédilection pour tuer avec un marteau. L'histoire se passe entre mars et décembre 1871 sur la côte Est des Etats-Unis, en particulier dans la ville de New Egypt dans l'Etat du New Jersey. Phillomena Drax perd en quelques jours Richard Parrock, son grand-père maternel, et sa mère Mary (une couturière), tués par Katie Slape. Je vous laisse découvrir le lien de parenté par alliance qui lie Philomena et Katie. Cette dernière, ainsi que son père et sa belle-mère, spolient l'héritage de Philomena. Le trio infernal, grâce à l'argent du grand-père, va s'installer à New-York, ne sachant pas vraiment quoi faire de l'argent qu'ils ont récupéré, à part aller au théâtre. Mais Katie est inquiète car Philomena peut les reconnaître et être un danger pour eux. Heureusement que Philomena qui est une personne honnête et pleine de ressources se fait remarquer par Henry, le fils du propriétaire de la manufacture d'ustensiles émaillés qui fait vivre les ouvriers de la ville de New Egypt. Elle se lie d'amitié avec la tante d'Henry, une femme très riche. Grâce à de petits chapitres, le récit va à tout allure. On tremble pour Philomena car Katie est une personne très dangereuse et sans pitié. Un très bon moment de lecture que je vous recommande. 

16 mai 2024

Capitaines courageux - Rudyard Kipling / Au large de l'Eden - Roger Vercel

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) pris plaisir à sortir de mes rayonnages, pour relecture dans le cadre de plusieurs challenges en cours, deux livres au format poche que je possède depuis un certain nombre de décennies. 

Ils ont un point commun (doris!), que je développerai ci-après. Le plus anciennement en ma possession m'a été offert pour Noël 1973, je n'étais pas encore au collège (1), il doit faire partie des dix premiers livres au format de poche que j'aie possédés (il était neuf à l'époque). L'autre est plus "vénérable" puisqu'imprimé fin 1965, mais je ne l'avais acquis qu'en 1981 (je n'étais pas encore bachelier). 

Rudyard Kipling, Capitaines courageux, Folio N°354, impr. mars 1973 
(publié en anglais en 1897, trad. par Louis Fabulet et Charles Fountaine-Walker
publiée chez Hachette en 1903)


Capitaines courageux: si je n'ai pas relu ce livre 10 fois, alors je l'ai relu 15 (et pas forcément dans cette édition, d'ailleurs, mais parfois en vieilles éditions "pour la jeunesse" au hasard de mes séjours ici ou là...). 

Harvey, le héros "principal", est un gamin américain qui n'a pas seize ans, qui va avec sa mère en Europe (en paquebot) "achever son éducation". On apprend par les jugements d'adultes dans les toutes premières pages que celle-ci (son éducation) n'est pas vraiment commencée: Harvey n'est qu'un "fils à maman" odieux, unique rejeton d'une mère qui lui passe tous ses caprices et d'un papa occupé par ses affaires (il est multimillionnaire). Vouloir frimer avec un cigare amène notre gamin à passer par-dessus bord en pleine mer, évanoui... Il refait surface dans un doris, étendu sur un monceau de poissons. Un "doris" est une embarcation en bois à fond plat, de 5 à 6 m de long, manié à l'aviron, utilisé pour la pêche à la morue sur les bancs de Terre-Neuve. Celui-ci fait partie de la drome du Sommes-Ici, une goélette de soixante-dix tonneaux, port d'attache Gloucester (Massachusetts), qui vient de commencer sa campagne. Notre héros commence par exiger du capitaine Disko Troop qu'on le ramène à New-York, de manière un peu trop insistante. Mais il est hors de question de perdre la saison de pêche de tout l'équipage (ils ont 30 tonnes de sel à utiliser pour saler le poisson frais) pour un gamin tombé à l'eau et bien incapable de prouver ses "200 dollars mensuels d'argent de poche". Contre-proposition (accompagnée d'une petite correction): rester à bord et participer à la campagne, payé 10 dollars et demi par mois. Harvey va rapidement "copiner" avec Dan, fils de Disko et mousse à bord, qui a son âge mais est pêcheur depuis l'enfance (il rame depuis ses 8 ans). Notre fils de milliardaire découvre le bateau, voit sa cale sombre et vide, et s'exclame: "- Mais où est le poisson? - Dans la mer, dit-on; dans les bateaux, souhaite-t-on, répliqua Dan, citant un vieux proverbe de pêcheur." Le Sommes-Ici navigue jour après jour sur les Bancs de Terre-Neuve, à la recherche des bancs de morue. Le gros de la pêche se fait à bord des doris, montés en général par l'un des cinq marins-pêcheurs (dont chacun a droit à une "part" sur le résultat final de la campagne), tandis que les mousses iront à l'occasion pêcher à deux dans le doris de Dan. Outre Disko, le navire compte encore un cuisinier (capable aussi de manier l'aviron). Les morues sont pêchées une par une au "trawl" (ligne de fond garnie d'hameçons eux-mêmes garnis de "boëtte" [appât]) - une journée de labeur peut en ramener 231 pour l'un, 41 pour un autre plus maladroit. Mais tel qui vaut peu à la pêche sera plus efficace pour passer du poisson frais à la morue décapitée, éviscérée, applatie, prête à être entassée et "salée" dans la cale, jour après jour. Bref, par les mains et les yeux d'Harvey, nous avons un magnifique apprentissage du travail et de la vie rude des "Terre-neuvas" durant les trois mois d'une campagne de pêche (se lever, pêcher, préparer le poisson, manger, dormir, être de quart, apprendre à naviguer entretemps...) en compagnie de toute une flottille de goëlettes, de ses joies, de ses drames aussi. Disko étant le meilleur capitaine ("quand Disko pensait morue, il pensait en morue; et grâce à un mélange d'instinct et d'expérience depuis longtemps éprouvés, promenait le Sommes-Ici de mouillage en mouillage, toujours avec le poisson, comme un joueur d'échecs aux yeux bandés joue sur l'échiquier qu'il ne voit pas", p.110), le Sommes-Ici est le premier à regagner Gloucester, cales pleines (p.180): sa cargaison entière (865 quintaux de morue) vaut 3 676,25 dollars (soit 138 000 dollars de 2024, si je me fie à un calculateur d'inflation?). 

Sitôt prévenus (par un télégramme), Harvey Cheyne père et son épouse "accourent" de San Diego (Californie) jusqu'à Albany (capitale de l'Etat de New York), en passant par Chicago (Illinois), soit peut-être 4000 km en train (?), en 87 h 35 minutes. Cette traversée jusqu'aux retrouvailles (p.195) est un grand moment du livre. Magnat (entre autres) du chemin de fer, Cheyne est un homme richissime avec 30 millions de dollars (ce qui correspondrait à 1,129 milliard de dollars ou plus d'un milliard d'euros aujourd'hui). Mais il sait que lui avoir permis de renouer avec un (jeune) homme, en lieu et place d'un garnement, est inestimable. Dan et Harvey (junior) se retrouveront quelques années plus tard, en conclusion du livre, toujours pour chérir la mer.

Du grand Kipling - ou de la grande traduction. C'est vrai que, lisant et relisant la même depuis un demi-siècle, j'aurais sans doute du mal avec une autre, et je suis incapable de lire le texte original... Ce qui soulève (ou laisse pendante) la question de la traduction. Mais ceci est une autre histoire. 

Voir (entre autres) les billets de Shangols, Nath (blog page à page, dernier billet en 2022). Sélénie parle du film de 1937, que je n'ai encore jamais vu.

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Pour retrouver la morue dans le deuxième roman que je vous présente dans ce billet, nous sautons par-dessus quelques décennies et une guerre mondiale (même si Kipling était toujours vivant lors de sa publication). Roger Vercel a publié Au large de l'Eden en 1932, c'était son troisième livre. 

Roger Vercel, Au large de l'Eden, le livre de poche N°290, impr. 4e trim. 1965, 244 p.

 

Nous sommes toujours dans une "campagne" en haute mer qui dure plusieurs mois, mais cette fois-ci le "navire-support" est nettement plus gros. L'histoire se passe dans les années 1930 (largement après la guerre de 14-18 en tout cas). Deux armateurs de Boulogne ont transformé deux cargos pour la grande pêche, afin de les envoyer chercher la morue au Groënland, au mois de juin (le retour est prévu à la fin de l'été...). "On croyait, en effet, que la morue, écoeurée par les eaux tièdes de Terre-Neuve, s'était enfuie vers le pôle et qu'on la rencontrerait abondante dans le détroit de Davis" (p.5). Ils ont cassé leur tirelire: l'armement de chaque navire représente un investissement de 3 millions de francs de l'époque (tout compris). Je vous laisse calculer ce que cela représente en euros de 2024... Il va falloir en ramener, du poisson!

Pourquoi "au large de l'Eden"? Parce que le Danemark contrôle le Groenland et en interdit absolument, depuis 50 ans à ce moment-là, non seulement l'accostage, mais aussi la pêche dans les eaux territoriales [3 milles des côtes, à l'époque], officiellement pour le bien des Inuits (des "Esquimaux", comme on disait alors). A y pêcher, on risquait une amende de 20 000 couronnes danoises, la saisie du bâtiment, et la confiscation de la cargaison (p.114). Mais déjà, il faut s'y rendre. Ici, on ne parle plus de voiliers, mais de "vapeurs" marchant au charbon. L'un, le plus grand (le Tenax peut contenir 16 000 quintaux de poisson), est commandé par l'expérimenté capitaine Rochard (héros du livre). L'autre, le Borea (12 000 quintaux), l'est par un ancien second de celui-ci, le désormais (depuis 6 ans) capitaine Ferrier. Une fois arrivé sur son lieu de pêche (après s'être approvisionné en "boëte"[du hareng frais, et non du "bulot" pourri!] et charbon à 7 jours de navigation depuis la France, en Norvège, et en ayant évité les glaces!), chaque vapeur met à l'eau 25 doris, montés chacun par deux hommes (équipage de 80 hommes, avec les machinistes....). Certains des meilleurs pêcheurs, à Terre Neuve, rapportaient 20 000 francs d'une campagne précédemment.

Le "métier", lui, n'a guère changé: les marins sortent pêcher durant des heures (sous le soleil de minuit le cas échéant), en ramenant le doris vers le navire quand il est plein (150 morues...) avant de repartir une fois le poisson amoncelé dans la coursive. Puis le soir, travail des prises. "Le pont avant disparaissait sous des milliers de dos gris, de ventres blancs, une blancheur souple de bras gantés" (p.98): fendre le poisson, l'éviscérer, sortir le foie, faire sauter la tête, enlever l'arrête centrale (la "raquette"), gratter le sang à l'eau tiède, puis le jeter dans la cale, au saleur ("aujourd'hui, [pris] 6000 morues, 45 quintaux au mille", p.99). Si le travail de la pêche est peu ou prou le même qu'à Terre-Neuve, les hommes sont par contre mieux nourris et mieux logés, la vie à bord est moins différente, avec davantage de temps d'inaction. Tous ne supportent pas ces conditions: on verra au fil des pages un boulanger malade du mal de mer, un suicidaire, un parfait salaud qui "pourrit" l'équipage... Au capitaine tous les soucis: ceux du gros temps qui interdit la pêche, des jours qui passent, de la morue absente... au large, de l'équipage envers lequel il faut marquer son autorité (vous ne sortez pas pêcher? Vous vous contentez du biscuit et de l'eau! "tandis que la cambuse s'ouvrait pour l'équipe du bord, chauffaudiers, novices, saleur qui emportaient la nation habituelle", p.224). Le Groënland étant terre interdite, c'est un navire ravitailleur qui, à mi-campagne, amène de France le ravitaillement en charbon et même en eau douce, et du courrier. Bien évidemment, entre problèmes humains et aléas, tout ne se passera pas comme prévu. Le navire devait quitter les lieux début septembre, mais le 12 octobre, il reste encore à bord du Tenax 20 tonnes de sel, de quoi saler 500 quintaux pour finir de remplir la cale (p.228)...

Parmi les sept ou huit ouvrages de Roger Vercel que je possède, j'ai relu moins souvent celui-ci que Capitaine Conan ou la trilogie de La fosse aux vents (Ceux de la Galatée, La peau du diable, Atalante). Concernant cette trilogie, qui parle de la fin de la marine à voile et des "cap-horniers", j'en tirerai peut-être encore un billet avant la fin de l'année. [chroniqué le 19/10/2024].

Ces deux livres peuvent s'inscrire à trois challenges: "Book Trip en mer" chez Fanja, "Monde ouvrier et monde du travail" chez Ingannmic, et "2024 sera classique aussi" organisé par Nathalie

Je tiens à préciser que c'est contre l'avis de dasola que j'ai décidé de rédiger un seul long billet au lieu de deux plus courts. 

(1) Pour répondre à la question précise de Luocine ci-dessous, je n'avais pas encore 10 ans quand j'ai lu Capitaines courageux pour la première fois.

22 avril 2024

Le sang des innocents - S. A. Cosby

Après Les routes oubliées et La colère, je voulais lire le troisième roman écrit par S. A. Cosby, Le sang des innocents (Sonatine Editions, 397 pages) publié cette année 2024. L'histoire se passe à Charon en Virginie, un ancien état confédéré où les Noirs sont toujours moins bien considérés que les Blancs. Comme dans les deux autres romans de Cosby, le racisme est un thème récurrent. Titus Crown, un Afro-Américain ancien agent du FBI, a été élu shérif de comté de Charon. Quand le roman commence, une fusillade vient d'avoir lieu. Latrell, un jeune Noir, vient de tirer sur Monsieur Spearman, le professeur préféré du lycée où il enseigne. Spearman meurt, mais Latrell aussi. Un policier lui a tiré dessus. Une enquête difficile commence car les populations blanche et noire ne comprennent pas ce qui s'est passé. On apprend assez vite que Spearman n'était pas le professeur modèle que tout le monde croyait. Il avait du sang sur les mains avec la complicité de Latrell et d'un troisième homme qui portait un masque de loup.   C'est ce troisième homme que Titus et ses collègues recherchent. Ils doivent arrêter un humain qui est devenu un monstre. On s'attache à tous les personnages dont Titus, son frère dont le prénom est Marquis ainsi que leur père Albert. Titus a une vie sentimentale pas simple avec Darlene. C'est un roman qui se lit bien mais La colère reste, pour le moment, mon roman préféré. Lire les billets de Blacknovel, Motspourmots, Meséchappéeslivresques, Belette2911, Aude bouquine, MAM et BMR

13 avril 2024

Une étoile m'a dit - Fredric Brown

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) continue mes explorations via le challenge marsien. Dasola m'a déniché dans son fonds de bibliothèque (avant déménagement) un recueil de nouvelles publié chez Denoël (coll. Présence du futur, N°2, 1954 pour la 1ère édition), Une étoile m'a dit, de Fredric Brown. La fois précédente, c'est une autre oeuvre de cet auteur de SF qui avait été lue et chroniquée (son célèbre Martiens, go home!). 

Fredric Brown, Une étoile m'a dit, 1981 [imprimé en], 252 p.

Mars est citée dans ce recueil (sinon, bien sûr, je ne pourrais pas en parler ici), mais n'en forme pas le sujet principal. Seules deux nouvelles y font référence.

* Dans Quelque chose de vert..., la planète rouge dont il est principalement question, et où erre un pilote perdu, n'est pas Mars. Mais quand son sauveteur y arrive enfin, celui-ci lui propose, à défaut de la Terre, de lui faire gagner Mars, "les belles collines jaune et brun de Mars"... 

* La nouvelle Cauchemar cite incidemment le dégoût d'être "souillé par du sang martien". Nous sommes sur la colonie de Callisto, un des satellites de Jupiter. En principe, est déjà lointaine l'"époque où les peuples se prenaient à la gorge les trois quarts du temps, à l'époque des guerres, des haines, de la lutte pour la suprématie. Ceci s'était passé avant que le Conseil Solaire, réunit d'abord sur une planète inhabitée, puis sur une autre, eût ramené l'ordre et l'union grâce à son arbitrage. Maintenant, la guerre appartenait au passé. Les différentes parties habitables du système solaire (la Terre, Vénus, Mars, et deux des lunes de Jupiter) se trouvaient toutes régies par un seul gouvernement. Jadis, au cours de cette période sanglante, les peuples avaient dû éprouver les mêmes sentiments auxquels il avait été en proie pendant son rêve: au cours de cette période où les nations de la Terre, unies par la découverte des voyages intersidéraux, avaient conquis la planète Mars, la seule qui fût déjà habitée par une race intelligente, pour fonder ensuite des colonies partout où l'Homme avait pu prendre pied."... Mais cette looongue citation n'est, bien sûr, qu'une des éléments de contexte de cette nouvelle. La bête immonde (du racisme, du fascisme) risque toujours de resurgir si nul ne réagit... 

Je vais dire deux mots des six autres nouvelles du recueil (sans rapport, elles, avec Mars).

* Anarchie dans le ciel m'a fait songer au roman La chasse au météore de Jules Verne. D'autres lecteurs (plus ou moins jeunes?) y verront peut-être les prémices de Z comme Zorglub (album de la série Spirou dû à Franquin). 

* Tu n'as point tué est une jolie nouvelle psycho-policière. Le détecteur de mensonges favorise la rédemption... 

* Mitkey est en partance pour la lune (et non pour Mars), lorsque la fusée est déviée...

* Les Myeups utilise le même argument que Martiens, go home! : un auteur en proie au syndrome de la page blanche est amené à divaguer... 

* Tu seras fou se déroule, en grande partie, à l'asile... 

* Enfin, figurez-vous que la découverte d'Un coup à la porte a représenté, pour moi, une jolie petite madeleine: j'y ai enfin lu une "nouvelle" que mon père nous racontait, lorsque j'étais gamin, alors qu'il avait sans doute dû la lire lui-même à parution, une vingtaine d'années auparavant... Quel plaisir de lire cette "nouvelle d'épouvante": Le dernier homme sur la terre était assis tout seul dans une pièce. Il y eut un coup à la porte...

 

Comme à mon habitude (et même si c'est c'est plus en plus pénible à réaliser), j'ai cherché d'autres chroniques de ce livre. Nebal avait consacré à une autre édition de ce recueil un billet en 2009. Baroona aussi, plus récemment (en 2020). Si d'autres font leur apparition plus tard, je ne m'interdis pas de les rajouter!

 

Avec ce titre, je participe encore au "12e challenge de l'imaginaire" repris par Tornade en 2024 et au challenge "2024 sera classique aussi!" chez Nathalie

 

2 avril 2024

Les Aiguilles d'or - Michael McDowell

J'ai déjà lu les deux premiers tomes de la série Blackwater de Michael McDowell (1950-1999) et comme ça m'a plu, je vais continuer mais en attendant, je viens de terminer Les aiguilles d'or du même auteur (Edition Monsieur Toussaint Louverture, 517 pages, édité en français en 2023). J'avoue que j'ai dévoré ce roman (un vrai "page-turner") qui se passe entre le jour de l'An 1882 et la fin 1883 à New-York. D'un côté, on a une famille de notables qui habite dans des quartiers cossus de la ville, à Washington Square et Gramercy Park, les Stallworth dont James, le patriarche septuagénaire, veuf par deux fois et qui exerce encore comme juge d'instruction mène sa famille d'une main de fer. Il a un fils, Edward, qui est pasteur presbytérien et auteur de nombreux sermons. Lui aussi est veuf et il est le père de Benjamin (garçon faible et joueur invétéré), et de Helen. James Stallworth a aussi une fille, Marian mariée à Duncan, un avocat. Tous les deux sont parents de deux jeunes enfants, Edwin et Edith. Cette famille décide d'éradiquer la corruption et le crime dans un quartier de New-York. Ce quartier situé entre Canal Street, McDougal Street et Bleecker Street (merci de vérifier sur un plan de New-York où ces rues se situent dans Manhattan) est surnommé "Le triangle noir". C'est là que vit la tribu des Shanks dont la matriarche, qui est prêteuse sur gages, s'appelle Lena (la noire). D'origine allemande, elle arrivée par bateau, 30 ans auparavant, en compagnie de son frère. Lena s'est mariée et a eu quatre enfants dont deux filles qui ont survécu: Daisy et Louisa (devenue muette). Daisy qui 22 ou 23 ans s'est spécialisée dans les avortements et elle a des jumeaux de 8 ans, Rob et Ella. Le mari de Lena a été pendu des années auparavant. La sentence avait été prononcée par le juge James Stallworth. Mais c'est le meurtre d'un avocat appelé Cyrus Butterfield le Jour de l'An 1882 qui va déclencher l'affrontement entre les Stallworth et les Shanks aboutissant à plusieurs morts violentes. Butterfield a été tué avec une aiguille en or qui sert à la préparation de pipes à opium. Cette aiguille appartenait à Maggie, une jolie mulâtre, belle-soeur de Lena. La vengeance des Shanks envers les Stallworth va être terrible car Maggie est reconnue coupable. Je vous laisse découvrir ce qui va se passer. Le roman est haletant de bout en bout. Lire les billets de Titine, Mimipinson, Eva

14 mars 2024

Les routes oubliées - S.A. Cosby

Après La colère qui m'avait emballée cet été, et avant Le sang des innocents que je ne manquerai pas de lire [chroniqué le 22/04/2024], j'ai terminé Les routes oubliées de S. A. Cosby (Edition Sonatine, 342 pages). S. A. Cosby est un écrivain qui monte, qui monte et c'est justifié. Dans Les routes oubliées dont l'histoire se passe en VirginieBeauregard Montage (un nom qui ne s'invente pas) est un ancien jeune délinquant afro-américain qui a réussi à s'en sortir grâce à sa grande habilité dans la conduite de voitures et autres pick-up. Désormais, il dirige un garage avec son cousin Kelvin. Marié à Kia, il a deux garçons, une mère en maison de retraite qui coûte cher et une fille d'un premier lit qui voudrait faire des études universitaires en comptabilité. Il vit dans un mobile home avec sa femme et ses fils. Sa femme rêve d'habiter un jour une maison en "dur". Quand le roman commence, force est de constater que les affaires du garage ne vont pas fort car un concurrent qui s'est installé pas loin prend moins cher pour les révisions et réparations. Beauregard commence à avoir du mal à joindre les deux bouts et il accepte de participer en tant que chauffeur à un braquage d'une bijouterie, afin de régler les différentes dettes accumulées. Bien entendu, l'affaire tourne mal car la bijouterie appartient à un gangster nommé Lazy qui est entouré de vraies brutes. La tension monte rapidement et on se demande comme Beauregard va s'en sortir. Un roman très bien mené que je vous recommande. 

Lire le billet de Jérôme.

3 décembre 2023

Sommes-nous ce que nous lisons? - George Orwell

Quelques mots sur un opuscule que j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) acheté hier samedi 2 décembre. Passant dans une librairie de quartier chercher l'ouvrage que j'avais commandé, j'ai regardé le petit "tourniquet" posé sur le comptoir, et ai été attiré par l'auteur (George Orwell) et le titre (Sommes-nous ce que nous lisons?). Ensuite, j'ai regardé le prix: 3 euros (équivalent à trois baguettes, à peine plus cher qu'un café en terrasse à Paris...). Alors bien sûr, pour ce prix-là, je n'ai qu'une cinquantaine de pages en petit format d'un livre neuf, alors que j'aurais pu avoir un ou plusieurs bouquins d'occasion, pour plusieurs centaines de pages, avec le même investissement financier... Disons que je me suis fait plaisir par curiosité, voilà!

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George Orwell, Sommes-nous ce que nous lisons?, 1001 nuits, La petite collection, 2022, 53 pages

Comme le dit la 4e de couv', "ce recueil inédit présente [la traduction de] quatre textes sur le livre et la lecture", publiés dans The Fortnightly Review  en 1936 pour l'un, en 1945-46 dans Tribune pour les trois autres. 

* Souvenirs de librairie (p.7-17): ces dix pages [nous] rappellent qu'Orwell a brièvement travaillé en librairie dans les années 1930. L'article présente quelques "types" de clients de bouquinerie (ceux qui essayent de refiler de vieux "rossignols", ceux qui demandent de leur mettre de côté des livres qu'ils ne reviennent jamais prendre...), les "produits" annexes vendus par celle-ci (machines à écrire de seconde main, timbres de collection...), et Orwell explique pour finir qu'avoir travaillé dans cette boutique lui a fait perdre le plaisir du contact avec le livre d'occasion... sauf pour "des ouvrages qu'il a[vait] très envie de lire et [qu'il ne pouvait] pas emprunter". J'y ai appris que "la coutume veut qu'il fasse un froid terrible en hiver dans les librairies, car sinon les vitres se couvriraient de buée, or un libraire vit de ses vitrines."

* Confessions d'un critique littéraire (p.21-28): selon les quelques lignes biographiques en fin d'ouvrage, Orwell a rédigé quelque 700 articles de critiques (livres, pièces et films). Ici, il nous raconte drôlement la procrastination du "pisse-copie" professionnel face à une commande d'un article de 800 mots à propos d'un envoi de cinq livres bien différents... jusqu'au moment où "il s'y met" et rédige dans les délais l'article attendu... cependant que l'envoi suivant est déjà arrivé. Je relève qu'il nous explique qu'un critique professionnel chronique au moins une centaine de livres par an. Mais là-dessus, le nombre de ceux qu'il aimerait réellement critiquer s'il avait le choix, se monte à quelques-uns par an... "Pour le reste, l'essence de son travail, malgré toute sa diligence à vanter aussi bien qu'à condamner, consiste à brasser du vent. Il jette son âme à l'égout, petit morceau par petit morceau". Et il avait presque eu la prémonition des efforts de la blogoboule en disant "qu'une bonne partie de la critique, notamment celle des romans, pourrait échoir à des amateurs"...

* Les bons mauvais livres (p.31-38): l'article commence en évoquant la préface commandée pour une réédition d'un roman de Leonard Merrick, par une maison qui souhaitait rééditer des romans mineurs ou oubliés du XXe siècle. À partir de là, Orwell balaye la littérature anglaise pour y repêcher des ouvrages "sans prétention [littéraire]", mais qui, par ce fait même, sont capables de survivre aux modes... et de rester lisibles, les décennies passant. Une vingtaine d'écrivains et davantage d'ouvrages, que, pour ma part, j'ignore (et dont je n'ai pas même vérifié s'ils ont jamais été traduits en français...).

* Des livres ou des cigarettes (p.41-49): intéressantes considérations budgétaires où Orwell évalue la valeur de sa bibliothèque de l'époque, soit 900 livres, pour une valeur de 165 £ et 15 shillings. Ceux-ci ayant été accumulés en une quinzaine d'années, il en conclut que son budget "lecture" est d'environ 25 £ par an, alors qu'il en dépense 40 en cigarettes, voire plusieurs dizaines de £ en bière... Il en tire la conclusion que la lecture est l'un des loisirs les moins onéreux, "probablement LE moins cher après l'écoute de la radio" (il ne connaissait pas la TV ni internet). 

Un petit ouvrage à lire et à faire lire, vu* l'autorité de son auteur... 

* Et non "vue", merci Audrey (commentaire ci-dessous)...

20232-300x300_2023seraClassiquePS: j'avais oublié de préciser que ce recueil de textes anciens peut donc être répertorié dans le challenge "2023 sera classique" de Nathalie et Blandine!

1 décembre 2023

Le festin - Margaret Kennedy

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J'ai terminé récemment un roman de Margareth Kennedy (1896-1967), Le festin (Folio Edition, 550 pages), après avoir lu quelques billets à son sujet sur les blogs. Le roman est un long flashback qui se passe en 1947 sur une semaine en Angleterre. Quand l'histoire commence, on a appris que 7 résidents sur 23 d'un hôtel en bord de mer ont péri dans l'éboulement d'une falaise. L'hôtel a disparu. C'est grâce à un repas (un festin) organisé par trois jeunes filles qu'il y aura 16 survivants. La tragédie finale est décrite dans les trois dernière pages. Le reste du roman nous permet de faire connaissance de différents personnages plus ou moins sympathiques pendant une semaine. En 1947, il y a encore des restrictions alimentaires à la sortie de la guerre. L'hôtel est tenu par un couple, les Siddal, qui ont trois fils. Parmi les résidents, il y a la famille Gifford, les parents et les quatre enfants. La mère est souffrante et tyrannique tout comme Mrs Cove, une femmes très antipathique qui a trois filles. Il y aussi un couple, les Paley et un chanoine autoritaire avec sa fille, une gouvernante et une femme de ménage. Au fur et à mesure, on découvre le comportement et le caractère des différents protagonistes, les intrigues, les clans qui se forment. L'humanité dans toute sa splendeur et ce n'est pas toujours glorieux. Si on a bien suivi toutes les péripéties juste avant le drame, on devine qui sont les victimes car Margaret Kennedy ne fait pas une liste exhaustive. Personnellement, j'ai aimé le roman mais sur la fin, je me suis un peu désintéressée de ce qui arrive aux personnages. J'ai été frustrée par cette fin mais à lire quand même. Lire les billets de Titine, Shangols, Lecturissime, Mumu dans le bocageMademoiselle lit, Ceciloule-Pamolico, Baz'art, Nyctalopes, Alex-mot-à-motsKeisha.

**********
Nota: mon ami ta d loi du cine et moi, nous sommes exaspérés par des "écrans publicitaires" qui s'affichent maintenant en fenêtre pleine page à chaque fois que l'on clique sur un "lien interne" sur le blog. Pour voir la page souhaitée, ou même pour accéder aux commentaires, il suffit de, mais il est nécessaire de, revenir en arrière, puis recliquer... Nous sommes sûrs que cela nous fait "perdre" tous les blogueurs autres que les "habitués": ils ne doivent même pas prendre la peine de "revenir en arrière" et de ré-essayer (ou bien ils ne connaissent même pas la manoeuvre...). Et, aux dernières nouvelles, cela ferait parfois la même chose chez over-blog que chez canalblog?

26 novembre 2023

La vie extraordinaire d'un homme ordinaire - Paul Newman

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Cette autobiographie, Paul Newman - la vie extraordinaire  d'un homme ordinaire (Edition La Table ronde, 2023, 334 pages dont une préface, une postface, des notes biographiques des témoins, une filmographie et un index) se lit pratiquement d'une traite. Elle a entre autre comme mérite de donner envie de (re)voir certains films de Paul Newman (1925-2008). Je fais partie des fans de cet acteur. Si vous attendez des révélations croustillantes, passez votre chemin. Cette autobiographie existe grâce aux souvenirs que Paul Newman a confié à un proche de la famille Newman, Stewart Stern. Ces souvenirs ont été recueillis entre 1986 et 1991. Il y avait plus de 14 000 pages de notes qui ont abouti à ce livre. Paul Newman commence par son enfance à Shaker Heights, une banlieue cossue de Cleveland dans l'Ohio. Il était membre de la seule famille juive du quartier très blanc (il n'y avait aucun Noir). Il avait un frère aîné d'un an, Arthur Jr. Son père Arthur Sr tenait, avec son frère Joe, un magasin d'articles de sport. La mère, Tress, était femme au foyer et elle vouait une adoration à Paul (au détriment d'Arthur). Paul Newman, avec ses yeux bleus très fragiles (et il était daltonien) a entretenu des relations très compliqués avec sa mère toute sa vie. Le livre parle de son enfance, de son adolescence, du fait qu'il a été tôt attiré par les filles. Il évoque son engagement dans la marine pendant la deuxième guerre mondiale. Il a fait un peu d'études universitaires à Yale avant de prendre des cours de théâtre. Il est passé par l'Actor's Studio. Il parle aussi pas mal de l'homme qu'il était dans le privé, sa rencontre avec sa première femme Jackie Witte, puis avec Joanne Woodward dans les années 50. Ils resteront mariés pendant 50 ans jusqu'au décès de Paul Newman. Il ne s'est pas remis du décès de son fils aîné Scott, mort d'une overdose. Il évoque aussi ses rencontres avec les réalisateurs ou certains acteurs et actrices. N'oublions pas qu'il a été aussi réalisateur de plusieurs films dont l'actrice principale était sa femme Joanne Woodward. Il parle sans détour du fait qu'il a beaucoup bu: surtout de la bière, qu'il éclusait par packs entier. Dans les années 60 et 70, il a soutenu des hommes politiques comme Eugene McCarthy et il est à l'initiative d'oeuvres caritatives pour des enfants très malades. Ce récit est ponctué de nombreuses interventions de témoins, réalisateurs, acteurs, producteurs, etc. Et il y a beaucoup de photos. Si vous connaissez des gens qui appréciaient Paul Newman, c'est un cadeau idéal. Et pour les autres aussi. La préface et la postface ont été rédigées par deux des filles de Paul Newman, Melissa et Cléa. 

11 novembre 2023

Compagnie K - William March

 image_0776537_20220103_ob_f3d147_logo-chall-1gm-vivrelivre-2022-ok   20232-300x300_2023seraClassique

Comme prévu de longue date cette année, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me suis procuré (1), pour ce 105e anniversaire de l'Armistice, un livre dont j'ignorais l'existence l'an dernier, Compagnie K, de Willam March, un auteur dont (etc.). Bref, voici donc ma participation tant pour le Challenge Première Guerre mondiale 2023 - De 14-18 à nous organisé par Blandine seule pour la 7ème année (il lui tient à coeur!), que pour le challenge "2023 sera classiques" (qu'elle co-organise avec Nathalie), 

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William March, Compagnie K, Gallmeister, 2013 (trad. Stéphanie Levet), 230 pages (édition en VO en 1933)

Il n'y a presque rien sur la page wikipedia (en français) concernant William March (créée en 2013 et consultée vendredi 10 novembre 2023), mais dasola m'a signalé que la page en anglais donne beaucoup plus d'informations, par exemple le fait qu'au moins quatre des "chapitres" ont été publiés isolément comme nouvelles dans les années précédant 1933 et la sortie du roman complet (si j'ai bien compris). En lisant la quatrième de couv' du livre, on apprend juste que "WM" (1893-1954) a lui-même combattu en France (US Marine Corps), a obtenu diverses décoration, et que, "hanté par ce conflit, il mettra dix ans à écrire Compagnie K, son premier roman (...)".

Je ne savais pas à quoi m'attendre avant de l'ouvrir. C'est... bizarre. Mais sans doute, universel, et je suppose que les combattants de la guerre en Ukraine au XXIe siècle pourraient être les "héros" du même genre de saynettes que celles qui sont évoquées ou présentées ici. L'ouvrage se présente sous forme de 113 récits à la première personne, monologues plus ou moins longs, parfois sur une seule page (30), parfois sur deux, exceptionnellement trois, quatre ou davantage (le record doit être de neuf pages). Chacun est sobrement titré du nom et prénom d'un militaire américain du même régiment, précédé de son grade. On y trouve donc une majorité de soldats, mais aussi des caporaux, sergents, adjudant-chef, lieutenants, capitaines... Chaque personnage dit "Je" dans son chapitre (rarement plus de deux pages), mais les noms se répondent d'une saynette à l'autre. Soldat et officier ont rarement le même point de vue. Si chaque nom ne revient qu'une seule fois dans le sommaire, on en retrouve les "héros", vivants, blessés ou morts, souvent en interaction dans plusieurs récits entretissés ou racontés selon des points de vue différents (typiquement, le simple soldat et le sous-officier ou l'officier...): les officiers sont souvent des crétins, les soldats obéissent aux ordres, parfois à leur corps défendant. L'ordre suivi est chronologique (avec un "effet flash-back" puisque le premier témoignage plante le décor - un "soldat" a rédigé un livre de témoignage sur la guerre): ce qui précède l'embarquement vers l'Europe, la traversée, l'arrivée en France, au front... 

J'ai trouvé que, avec cette forme originale, le fond du texte est plutôt désespérant. Tout est raconté de manière plate avec des mots simples, sans guère d'effets de style, alors que ce qui nous est dévoilé de la guerre au fil des "témoignages" individuels est terrible (désertion, accusation de viol, "pas de prisonnier", infirmerie, coups de folie divers et variés...).

Quelques citations: p.85 (un soldat): "si les hommes du rang de chaque armée pouvaient simplement se retrouver au bord d'un fleuve pour discuter calmement, aucune guerre ne pourrait jamais durer plus d'une semaine". p.115 (un sergent): "Je me suis rappelé ce que mon sergent instructeur m'avait dit du temps où j'étais en camp d'entraînement , il y avait vingt ans de ça. "Les soldats sont pas censés réfléchir, il avait dit. Le principe, c'est que, s'ils pouvaient réfléchir, ils seraient pas soldats. Les soldats sont censés obéir, et laisser leurs supérieurs se charger de réfléchir"."

p.166, "la guerre est finie". Mais il reste encore une soixantaine de pages avant la fin du livre: de quoi montrer l'amertume et les traumatismes des survivants, rarement revenus indemnes et souvent mutilés, que ce soit physiquement ou mentalement, ou bien conscients d'avoir "gâché" leur vie... inutilement (et ça pe ut se terminer par un suicide). Le patriotisme de départ est rudement "déconstruit". Et les inégalités sociales n'ont nullement été abolies par la guerre. 

Si, comme moi, vous ne connaissiez de la guerre de 1914-1918 que des textes d'auteurs français ou allemands, je vous suggère de livre ce texte qui présente un point de vue américain.

Je ne sais plus sur quel blog je l'avais trouvé, mais j'en mettrai le lien si je le retrouve bien entendu.

Edit (par dasola!): lire les billets de SandrineKeishaEeguab et Luocine *.

* Vérification faite, c'est sans doute chez Luocine que je (ta d loi du cine) l'ai découvert - même si j'ai pu croiser d'autres billets - , et elle-même en avait pris connaissance chez Eeguab...

*****

(1) Anecdote(s): il y a quelques jours, lorsqu'après procrastination je me suis dit qu'il fallait vraiment que je rédige cette chronique, j'ai cherché sur internet dans quelle bibliothèque parisienne le livre se trouvait (une bonne douzaine, et il était disponible partout!). Je me suis rendu à celle à proximité de laquelle je me trouvais ce jour-là. J'ai regardé à "MAR" (il y avait bien 3 rayonnages, répartis sur deux bibliothèques d'affilée). Mon oeil a très vite repéré un "amas de March", soit près d'une demi-douzaine de titres différents de William March chez Gallmeister... mais pas Compagnie K! Là, j'ai appelé à mon secours la bibliothécaire de l'étage "romans". Une fois qu'elle a eu fini d'aider une grand-mère à effectuer une réservation en ligne sur un des postes en libre-accès, elle est venue voir. Diagnostic quasi-immédiat (après avoir vérifié que je disais vrai): "ça doit être les p'tits jeunes! Quand ils remettent les ouvrages dans les rayons, ils ne prennent pas la peine de regrouper les ouvrages d'un même auteur ou de bien classer par ordre alphabétique! Il faut regarder tous les MAR, je les prends par la fin, commencez par le début!" Et effectivement, je l'ai trouvé au milieu d'autres auteurs, à peine quelques dizaines de centimètres après le début de la cote... J'en apprends tous les jours, sur les bibliothèques... 
... Vous ai-je parlé de la fois où j'ai mobilisé toute une équipe de bibliothécaires, dans une petite bibliothèque étendue sur plusieurs étages, pour vérifier sur toutes les tables ou étagères d'exposition où se trouvait un roman récent, ne figurant que dans trois bibliothèques parisiennes, et que j'avais repéré comme disponible à l'emprunt pour plusieurs semaines dans celle-là, quelques heures avant? Absent en rayonnage, toujours indiqué "disponible" dans le catalogue en ligne, il se trouvait en fait... entre les mains d'une lectrice, qui s'apprêtait à l'emprunter elle-même! 

27 octobre 2023

La dernière ville sur terre - Thomas Mullen

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La dernière ville sur terre de Thomas Mullen (Edition Rivage Noir, 545 pages) s'appelle Commonwealth dans l'Etat de Washington dans les forêts du nord-ouest Pacifique. Nous sommes vers la fin de 1918, les Etats-Unis sont entrés dans la guerre en Europe en avril 1917. Presque toute la région où se passe l'histoire est touchée par la grippe espagnole sauf justement Commonwealth, car pour y éviter la contagion, une quarantaine a été votée. Des habitants de la ville empêchent quiconque de passer par l'unique route menant à Commonwealth, qui vit grâce à l'activité d'importante acierie. Charles Worthy, fondateur de la ville, est aussi le fondateur de l'acierie. Marié avec Rebecca, il a une fille, Laura, et il a adopté un garçon cinq ans auparavant, Phlip, âgé de 16 ans et qui est le personnage principal de l'histoire. Suite à un accident où il a perdu sa mère, il a été amputé d'un pied. Lors d'un de ses tours de garde avec un autre habitant nommé Graham, ils devront faire face à un soldat venu à pied qui leur demande asile. Il faut savoir que Commonwealth se trouve à 25 km de Timber Falls, la ville la plus proche. Et là, un drame se produit et tout va déraper et la grippe espagnole va s'inviter (si je puis dire) dans Commonwealth. Le  roman m'a plu mais il est un peu trop long. II y a pas mal de digressions sur la vie de certains personnages qui n'apportent pas forcément grand-chose, et l'intervertion de notable de Timber Falls n'arrange rien. Je ne connaissais pas cet écrivain qui s'est fait connaître avec Darktown. La dernière ville sur terre est son premier roman, écrit en 2006 et qui n'a été publié en français qu'en 2023. Lire le billet d'Actu du noir qui pense, comme moi, que le roman est trop long. 

16 octobre 2023

Les portes de l'aventure - Jean Hougron / Excalibur, l'épée dans la pierre - T. H. White

Je (ta d loi du cine, squatter" chez dasola) vous présente deux vieux livres chinés à prix cassé (le livre, ça ne vaut plus rien...). En tout cas, quand dasola commence à regimber avec ses livres neufs à 20 euros ("c'est plus possible!"), je lui mets sous le nez mes vieux "poche" achetés à 20... centimes d'euros. En voici deux!

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Jean Hougron, Les Portes de l'Aventure, Le livre de Poche N°1257, 1966, 253 pages
T. H. White, Excalibur, l'épée dans la pierre, Le livre de Poche N°14655, 2012 (1ère éd. 1999; 1997 pour cette trad. française, EO anglaise 1938) 

20232-300x300_2023seraClassiqueCes deux titres peuvent donc participer au challenge "2023 sera classique" co-organisé par Nathalie et Blandine. Je fréquente depuis plusieurs décennies les deux auteurs dont j'ai donc acquis récemment ces deux ouvrages. De Jean Hougron, je relisais régulièrement Soleil au ventre, qui se trouvait dans la chambrette que j'ai occupé à partir de l'âge de douze ans dans la "maison de campagne" de mes grands parents, pendant la plupart des vacances scolaires. Il cotoyait, sur un petit rayonnage au-dessus de mon lit, Les nus et les morts de Norman Mailer, Le commandant Watrin d'Armand Lanoux, deux ou trois recueils de nouvelles et saynettes de Courteline, ou même La P... respectueuse de Jean-Paul Sartre auquel je n'ai jamais réussi à m'intéresser (et quelques autres que j'ai oubliés): livres achetés, je suppose, par la génération parentale, à l'occasion de voyages en train (en gare, à leur sortie en "poche"). J'avais à cette époque tendance à vouloir continuer à lire après mon "couvre-feu" officiel, et comme la porte de ma chambrette était vitrée, j'ai dû user un certain nombre de piles électriques pour lampe de poche en lisant sous les couvertures (parfois même tête-bêche!). Mais je n'avais, depuis cette lointaine époque, jamais eu la curiosité de lire d'autres titres de Jean Hougron, né il y a 100 ans cette année (1923-2001), alors qu'il a publié encore quelques romans bien après l'époque où j'y rêvais sur le moyen d'escroquer un casino... 

P1160750Bref, Les portes de l'aventure fait partie de cette même série La nuit indochinoise (comportant au total 7 volumes) dont Soleil au ventre est le troisième volume et Les portes... le cinquième. Ce bref ouvrage (253 pages) est constitué de trois nouvelles indépendantes. L'aventure y est plus ou moins intense. Je vais dire quelques mots sur chacune, en tâchant de ne pas trop en dévoiler.

* Poulo-Condor est le nom d'une île (mais il n'est pas question dans la nouvelle du bagne qui y a fonctionné dans la réalité). Si je dis "Monte-Cristo", je suppose que ce sera cependant un indice de ce qui s'y déroule? Disons que, dans cette nouvelle de 88 pages comme dans les deux autres,  il est question de pelle et de pioche. Le narrateur (celui qui dit "je" au départ) n'est pas le protagoniste le plus important, mais bien celui qui écoute l'histoire que lui racontent d'autres personnages. Il en tire ses conclusions...  

* L"homme du kilomètre 53 m'a fait songer au Kipling des bâtisseurs de ponts et d'autres nouvelles décrivant des "administrateurs" anglais aux prises avec les éléments et les "subalternes locaux" dans leur colonie indienne. Ici, il est question des ponts-et-chaussées, de la construction d'une route dans la jungle avec divers aléas: la boue, le gravier adéquat qui manque... et les animaux sauvages. Une belle tranche de vie quotidienne exotique sur une quarantaine de pages. 

* Le retour est le récit amer (de nouveau à la première personne) d'une courte tentative de reprendre la vie ancienne après le retour, sept ans plus tard, d'un homme parti à 19 ans faire forture "aux colonies". Il y a perdu la candeur et les illusions qu'il pouvait avoir à son départ: on ne se baigne jamais deux fois dans la même eau. Et que d'autres aient attendu son retour ne le touche pas: lui sent avoir trop profondément changé, quand d'autres ont seulement été marqués par le temps passé... Le fantasme de reprise d'une petite vie provinciale finira tragiquement. 

Nonobstant cette diversité, il s'agit bien de ce qu'on appelle des "récits d'aventures". N'ayant pas lu les autres titres de la série, je présume que, à défaut de personnages reparaissants comme dans La comédie humaine, la principale unité est celle de lieu: l'Indochine française (avant 1954). Jusqu'à preuve du contraire, mon intuition est que Hougron a dû nourrir son oeuvre comme London, en mêlant ce qu'il a personnellement vécu sur place durant ses cinq ans en Indochine, à ce qu'il a dû y glaner comme récits d'aventures vécues ou rêvées par d'autres! La dernière réédition, en deux tomes de la collection Bouquins, remonte à 2004-2006. 

P1160752Le second bouquin n'a rien à voir avec le précédent, mais je vais aussi comnencer par vous raconter mon propre rapport avec lui. Ce livre de T. H. White (à l'origine, je l'avais découvert en "bibliothèque verte", et sous un autre titre: L'épée dans le roc), je crois qu'il appartenait à mon grand frère. Je l'ai lu plusieurs fois étant gamin. Je l'ai ré-aperçu il y a quelques semaines, lors d'un bref passage dans une maison de campagne de mes parents (dont je n'hériterai pas), il tombe en morceaux (nous sommes quatre frères à l'avoir lu, peut-être mes neveux, cousins ou autres enfants de passage aussi...). Je ne l'ai pas sous la main, mais je préfère sa couverture à celle du "Poche"... [ci-dessous l'image correspondante, trouvée sur internet].

Dans Excalibur, l'épée dans la pierre, le récit commence abruptement avec le descriptif d'une semaine d'écoliers. Vu le nom des matières étudiées (écriture courtoise, astrologie...), un jeune lecteur contemporain et cultivé pourra se demander s'il s'agit d'un univers à la Harry Potter ou quoi. Mais un peu plus loin, il est question d'escrime, de tir à l'arc et de fauconnerie. Ces vraies matières viriles indiquent davantage la voie médiévale. Nous sommes dans un Moyen Âge de fantaisie, entre chevalier errant (oui, un seul!) et foins du domaine à rentrer. Merlin l'enchanteur apparaît p.60, pour devenir précepteur des deux garçonnets du château. Mais sa pédagogie s'avèrera "active": pour s'acquérir des mérites ou des qualités, rien de tel qu'une série d'incarnations provisoires dans des corps animaux. Ou, sans transformation, la rencontre de quelques héros légendaires pour vivre ensemble des aventures palpitantes et aussi merveilleuses que celles d'Alice. Et le héros principal finira par prendre dans sa main l'épée dans la pierre du titre.

L-epee-dans-le-rocQuoique je n'aie pas été en mesure de confronter mot à mot les deux versions, il me semble que la traduction du Livre de Poche doit être différente de celle lue quand j'étais gamin. En tout cas, je n'y ai pas retrouvé Kay et Moustique (popularisés par le dessin animé de Disney Merlin l'enchanteur sorti en 1963, du vivant de White [1906-1964 - grande année!]), mais Keu et ...La Verrue. La verrue s'appelait ainsi parce que cela finissait en "u" comme Arthur, enfin presque (p.29): pas très convaincant... Le cycle de romans écrit par T. H. White à partir de 1938 comprend cinq titres, dont le dernier est paru posthume. Je n'ai jamais lu les quatre autres. 

Finalement, ne devrais-je pas m'inquiéter de "retomber en enfance" et de prendre presque davantage de plaisir à radoter sur mes souvenirs qu'à rédiger de simples billets chroniquant des ouvrages de lectures récentes...? En tout cas, je n'ai pas l'impression d'avoir souvent croisé ces deux auteurs sur les blogs... Mais enfin - bon sang mais c'est bien sûr! - Excalibur... peut tout à fait participer au 11e Challenge de l'imaginairecli11-02

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