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26 octobre 2025

Asterix en Lusitanie - Didier Conrad et Fabcaro

Je n'a pas résisté à me procurer le nouvel album d'Astérix, Astérix en Lusitanie (Editions Hachette Livres - Goscinny - Uderzo, 48 pages distrayantes) paru le 23 octobre dernier. Comme son titre l'indique, les aventures d'Astérix, Obelix et Idefix les emmènent au Portugal, du côté de Lisbonne (Olisipo en latin). Boulquiès, qui avait travaillé sur le  chantier du Domaine des dieux, vient demander de l'aide au village gaulois car Mavubès, un ami compatriote, est accusé d'avoir voulu empoisonner César avec du garum et il est menacé d'être jeté aux lions. C'est un complot fomenté par Pirespès, un traitre "de père en fils" qui ne rêve que de gloire. Le voyage entre la Bretagne et le sud du Portugal se passe bien grâce au concours d'Epidemaïs (Astérix Gladiateur) qui exploite toujours autant ses clients comme ses associés en les faisant ramer. Arrivés à destination, Asterix et Obelix font des rencontres de personnages qui vont les aider à délivrer Mavubès et l'innocenter par la même occasion. C'est l'occasion d'entendre du fado avec des paroles si tristes qu'elles dépriment tout le monde. Obelix n'est pas ravi de n'avoir que du Bacalhau (morue) au menu. Mais il se montre doué pour chanter le fado. C'est un album plaisant à lire et je vous le recommande rien que pour Astérix et Obélix déguisés en Lusitaniens.

 

 

19 octobre 2025

Les blondes et papa - Exbrayat

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me suis quelque temps demandé en le lisant, après l'avoir acheté quelques dizaines de centimes d'euros, si ce vieil exemplaire paru au Club des masques en 1971 (réédition d'un titre "copyright 1961" plus vieux que moi...) pouvait, ou non, être lu par... les enfants.

Exbrayat, Les blondes et papa [...], Librairie des Champs Elysées, Club des Masques N°126,
mars 1971 (copyright 1961), 249 pages

 

Curieusement, ni la couverture, ni la tranche, ni la liste des dernières parutions en fin d'ouvrage n'indiquent de points de suspension après les quatre mots du titre, mais page de garde et page de titre indiquent bien "Les blondes et papa...". Et il ne s'agit pas d'une erreur de traduction. D'Exbrayat, je n'avais lu jusqu'à présent que la série de son Imogène (alors que, dans ma jeunesse, tout comme dasola mais bien avant qu'on se connaisse, je collectionnais, dans cette même série "Club des Masques", les titres d'Agatha Christie qui en formaient probablement la première "locomotive"). Comme Imogène, Les blondes et papa... est situé au Royaume-Uni - alors que Charles Exbrayat (1906-1989) est un écrivain français (mais a apparemment rempli le rôle de deuxième locomotive de la collection). 

 

Dans ce "roman policier humoristique", plusieurs histoires de couples s'entremêlent pour former ce que je me permettrais d'appeler une "romance policière". L'un de ces couples (mais non le moindre) totalise un âge de 25 ans. La piste qu'ils annoncent aux policiers, bien que concernant un innocent, permet finalement de mettre la main sur le véritable coupable, qui... Mais je vais commencer par le début. 

 

Buddug, fillette de 12 ans, vit (et fait ses études) avec son papa (comptable et veuf) Ianto Morgan dans la petite ville de Brecon, en Pays de Galles méridional. Très mûre pour son âge, c'est elle qui accueille en robe de chambre et silence réprobateur celui-ci lorsqu'il rejoint le logis familial passablement ivre après une soirée à l'extérieur. Son condisciple, Caradoc (le fiancé qu'elle s'est choisie deux ans plus tôt) a lui-même une maman brune, Price Meredith, qui s'est trouvée veuve à peu près quand Ianto est devenu veuf, et il ne lui est pas indifférent. Que croyez-vous qu'il va arriver? 

 

Hé bien, alors que Ianto se trouve en galante compagnie (une blonde mal mariée qu'il connaît depuis 8 jours), le cadavre du mari de celle-ci est découvert, avec lui-même tenant en main l'arme du crime. Arrestation immédiate... Il ne reste plus à Buddug (qui convainc Caradoc de son innocence) à mener l'enquête, avec le soutien, entre autres, de la tante dudit Caradoc (la soeur de son père), vieille fille imposante (six pied de haut), d'une aide fort appréciable lors d'un interrogatoire (sans aller cependant jusqu'au troisième degré!).

 

Et c'est comme ça que la machination sera dévoilée, alors que la police pataugeait quelque peu, représentée par un inspecteur sagace et placide et un sergent frivole, que l'enquête oblige à annuler successivement tous les rendez-vous avec sa "blonde" (qui se serait bien vue la bague au doigt, mais faut pas pousser tout de même). Quant à ce qu'il en pensait, lui, "ce n'était pas parce qu'il était entré dans la police de Sa Majesté qu'il devait renoncer à fonder une famille ou, sans aller si loin, à connaître le plaisir des tendresses partagées!" (p.206) Qu'en termes délicats ces choses-là sont dites. 

 

Disons encore que l'enquête s'était égarée en direction d'un docteur capable de donner comme alibi pour la semaine précédente l'accouchement d'une de ses patientes... lorsque celle-ci l'appelle d'urgence pour la même raison! On voit qu'il y a matière à rire. Je citerai encore quelques moments désopilants, ceux où  les plus jeunes de nos tourtereaux finissent par arriver à la conclusion que les enfants ne naissent pas dans les choux, mais surviennent lorsque (et seulement lorsque) deux personnes de sexe opposé (et adultes, bien sûr) s'embrassent passionnément sur la bouche (et si ça dure, risque de jumeaux?). Bon, question naïveté ou candeur, je me demande où en sont aujourd'hui de jeunes lecteurs et lectrices de 12-13 ans, par rapport à ceux de 1961 ou 1971...?

 

... Et c'est pour cela que, tout compte fait, je me permets de faire candidater ce titre pour le "challenge littérature jeunesse 2025-2026" chez PatiVore! Il rentre aussi dans le cadre du challenge "2025 sera classique aussi!" organisé par Nathalie.

On peut trouver un billet concernant ce livre sur le blog d'une famille de lectrices "Lectureenfantparent".

15 octobre 2025

Emile Zola raconté par sa fille - Denise Le Blond-Zola

Pour ce sixième mois du challenge littératures européennes de Cléante, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais continuer mes "pas de côté" en tirant la consigne "romans réalistes et naturalistes" vers "romancier naturaliste": l'occasion de présenter une biographe d'Emile Zola acquise sur le lieu même où il a vécu. 

Denise Le Blond-Zola, Emile Zola raconté par sa fille,
Grasset, coll. les cahiers rouges, mars 2019, 299 pages
(édition originale publiée en 1931 aux éditions Fasquelles)

 

Cette biographie filiale a pour moi une saveur encore plus précieuse dans la mesure où c'est précisément lors de notre visite à la maison d'écrivain de Zola à Médan que je l'ai acheté en septembre 2024 (je ne connaissais pas ce titre auparavant). Plus près de nous, c'est le titre Zola à bicyclette chroniqué par Ingannmic en août 2025 qui m'y a fait resonger. 

 

On connaît la vie privée de Zola: marié à Alexandrine Méley (1839-1925) le 31 mai 1870 (union restée sans enfants), il fait la connaissance d'une jeune lingère, Jeanne Rozerot, embauchée par celle-ci pour Médan en mai 1888, et elle devient sa maîtresse en décembre de la même année. Ils auront deux enfants: Denise, née en septembre 1889, et Jacques, de deux ans plus jeune. Après la découverte de ce "second foyer" par l'épouse légitime, ils parviendront à un accord et l'écrivain organisera sa vie entre les deux. Après sa mort le 29 septembre 1902, la veuve officielle s'occupera des deux enfants laissés par son mari. Jeanne Rozerot meurt pour sa part en mai 1914.

 

En octobre 1908, Denise * épouse Maurice Le Blond, journaliste qui avait fermement soutenu Zola lors de l'affaire Dreyfus. Elle écrit, entre 1920 et 1926, six romans pour la jeunesse publiés dans la "blibliothèque rose" de l'époque chez Hachette. Mais surtout, elle publie cette biographie sur son père dont elle achève la rédaction le 6 juillet 1930. Elle meurt en 1942 à Paris. 

 

Le livre comporte 18 chapitres, et commence très classiquement par l'histoire de la famille Zola, originaire de Zara, en Dalmatie. François Zola, père d'Emile, est né à Venise en 1795. Après un passage par la Légion étrangère en Algérie, il arrive à Marseille en janvier 1833. Ces précisions permettent de savoir que Denise (née Rozerot, avant d'être autorisée à porter le nom de son père) a eu accès aux archives familiales et aux souvenirs d'Alexandrine, avec qui elle a entretenu de bonnes relations, après le décès de leur père et époux. Même si elle n'était elle-même qu'une fillette de 13 ans au décès de son père, elle l'a côtoyé durant son enfance, et en tout cas nous rapporte des informations de première main. Elle nous raconte l'enfance, la jeunesse d'Emile (orphelin de père dès 1847) et son amitié avec Cézanne, ses débuts laborieux dans la carrière de journaliste (il lui a longtemps manqué 40 francs de revenus mensuels pour atteindre les 100 qu'il visait...), puis d'écrivain, ses amitiés (ou non) avec ses confrères... La rencontre avec Jeanne Rozerot intervient p.129, dans le 9e chapitre commencé p.126 qui nous apprend que la petite maison de Médan a été acheté avec le produit de la publication de L'Assommoir. C'est p.122 qu'on a appris qu'Emile Zola refusait l'étiquette d'écrivain socialiste, mais désirait simplement être qualifié de "romancier naturaliste" (réponse à Albert Millaud [1844-1892], auteur bien oublié aujourd'hui mais qui avait eu une violente polémique avec Zola). 

 

Je pourrais arrêter ici la présentation de ce livre (que je vous incite à lire). Précisons encore que Denise raconte avec beaucoup de pudeur, pp.188-194, le rapprochement de ses parents, et son enfance d'enfant "cachée"... (l'épouse bafouée s'est d'abord montrée fort jalouse avant d'accepter le principe du "double foyer" vers 1894...). Non seulement la publication des différents volumes, mais aussi celles des oeuvres de la maturité (Les Trois villes, puis les Quatre évangiles - qu'il ne terminera pas) sont abordées, mais aussi, bien sûr, l'affaire Dreyfus qui a entraîné un procès à la suite duquel Zola a dû s'exiler en Angleterre pour éviter l'emprisonnement. C'est encore avec pudeur qu'elle raconte la mort du père (p.290). A-t-elle su qu'un fumiste aurait fait confidence, bien des années plus tard, d'avoir bouché la cheminée des Zola un soir pour la déboucher le lendemain afin de ne pas laisser de trace d'un attentat fanatique? 

 

Le livre étant trop ancien par rapport aux contraintes de la loi RGPD pour que les moteurs de recherche affichent de "vieux" billets de blog, je n'ai pu dénicher de liens. Comme toujours, je ne m'interdis pas d'en rajouter ultérieurement si je tombe dessus au hasard de mes surfs!

 

... Il est suffisamment ancien en tout cas pour participer au challenge "2025 sera classique aussi!" organisé par Nathalie.

 

* Merci Aifell(e) ! ;-)

7 octobre 2025

L'entretien d'embauche au KGB - Iegor Gran

À l'heure où c'est la paix qui se refroidit de plus en plus avec la Russie contemporaine, alors qu'on ne sait pas si notre prochain gouvernement (et son futur Ministre des armées) continueront à vouloir "réarmer le moral de la nation", je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) présente un livre, signé par un ex-collaborateur de Charlie Hebdo, dont j'avais vu signaler la parution en janvier 2024.

Iegor Gran, L'entretien d'embauche au KGB, éditions Bayard, coll. Bayard récits, 2024, 222 pages
(titre original en russe: Le recrutement des agents, 1969 [mention "Absolument secret"])

 

Fils d'un écrivain dissident expulsé d'URSS en 1974, Iegor Gran est arrivé en France à 10 ans. Il rappelle ici ou là dans ses commentaires du manuel que son père a été arrêté par le KGB et condamné à 7 ans de prison pour publication (à l'Ouest, sous un pseudonyme) d'ouvrages "à caractère anti-soviétique". Si vous aimez lire ou relire les romans de John Le Carré ou même ceux de Pierre Nord, si vous avez été captivé par les cinq saisons de la série TV Le bureau des légendes et attendez avec impatience son "spin-off", alors le livre ici chroniqué pourra peut-être vous intéresser... 

 

Le texte principal de ce volume nous est donné comme la traduction par Iegor Gran d'une brochure de 116 pages dactylographiée en russe, présentée comme datant de 1969 et n'ayant été tirée qu'à 100 exemplaires numérotés, pour usage dans la quinzaine de centres de formation des futurs "officiers de renseignement" du KGB. Le "Scan" sur lequel notre auteur s'est basé pour la traduction avait été soigneusement "anonymisé" avec des post-ils recouvrant le numéro, le cachet de bibliothèque... Iegor Gran écrit qu'à son avis l'ouvrage a été transmis en occident via les pays baltes ou l'Ukraine. 200 à 300 diplômés sortaient chaque année, paraît-il, du centre de formation supérieur (qui, après la formation "de base", instruisait les officiers supérieurs). Cela donne une idée du volume des "promotions" annuelles d'officiers de renseignement formés dans la quinzaine d'écoles du KGB.

 

Si vous cherchez un roman, ... vous ne l'aurez pas! Cet ouvrage se compose de quatre parties précédées d'une introduction, pour un total de 16 chapitres comportant 19 sous-chapitres suivis d'une conclusion en deux petites pages. Le contenu forme vraiment un manuel où il n'y a pas d'histoire, si ce n'est quelques anecdotes explicatives, indécryptables faute de noms, de lieux et/ou de dates précises. Les "bonnes pratiques" des futurs "officiers traitants" pour recruter des "agents de renseignement" dans les "pays capitalistes" y sont répétées et martelées. S'il semble nécessaire de faire preuve d'intelligence et de discernement, il paraît hors de question de ne pas obéir au lourd protocole de vérification (rendre compte à l'échelon supérieur, se renseigner systématiquement sur tout nouveau contact auprès des fichiers de l'appareil central du renseignement, attendre les autorisations nécessaires pour lancer une opération...). Ce texte d'origine est parsemé, ici ou là, de grosses demi-pages de "compléments d'informations", commentaires, éclairages, gloses par Iegor Gran (avec une trentaine de notes et références bibliographiques). 

 

Le manuel est bien évidemment manichéen: "le socialisme", les pays socialistes (selon l'acception marxiste-léniniste) sont partisans de la paix et en butte à la subversion des pays capitalistes contre laquelle ils doivent se défendre, et la collecte d'informations, grâce au recrutement d'agents, est essentielle pour cela. Le futur officier traitant doit savoir anticiper les meilleures conditions pour ce faire, s'adapter à chaque situation particulière, pour éviter de gaspiller énergie, temps et argent dans un contact qui ne déboucherait finalement sur rien et mettrait en danger le fonctionnement du renseignement déjà existant. Le plan de recrutement qui doit être rédigé, validé puis exécuté minutieusement constitue du sur-mesure adapté à chaque "prospect" (selon ma propre terminologie - on pourrait aussi parler de "cible", mais le manuel, dans la traduction d'IG, emploie le mot de "piste"). Sans oublier l'importance de la première mission qu'il sera demandé à l'agent nouvellement recruté de remplir (qu'il faut aussi avoir prévue avant l'entretien décisif).

 

Pour illustrer le risque qu'un contact soit détecté par le contre-espionnage adverse (avec risque d'infiltration), un proverbe français (?) est cité p.131: "un chêne peut pousser à partir d'un gland, à moins qu'un cochon l'ait avalé avant". Cela m'a surtout fait songer à la chanson de Brassens Le grand chêne (disque sorti en 1966). Le pauvre roi de la forêt, dupé par des malfaisants, les suit, mais subit nombre de malheurs, parmi lesquels "on a pris tous ses glands pour nourrir les cochons"... et meurt sans descendance. 

 

Il est intéressant de comparer les trois types de "motivations" sur lesquelles s'appuyer pour recruter un "agent de renseignement" (idéologique et politique; matérielle; morale et psychologique), avec ou sans "relation de confiance", selon ce manuel, avec ce que l'on peut savoir du "MICE" anglo-saxon (qui doit pouvoir se traduire, sauf erreur de ma part, par "monnaie; idéologie; compromission; ego"). D'un point de vue historique, Iegor Gran nous dit que ce manuel semble s'inscrire dans une longue tradition des "services spéciaux" de Russie, en remontant jusqu'à l'Okhrana tsariste, (pour)suivie par la Tchéka de 1921, Guépéou, NKVD, avant le KGB (1954-1991) et enfin le FSB de nos jours. On peut aussi se dire que les actuels MI5 ou MI6 anglais doivent trouver certaines de leurs racines dans les services impliqués pour "le Grand jeu" aux Indes. Ou que notre DGSE descend directement du SDECE mis en place dans l'après-guerre à partir des services de renseignement de la France libre (créés avec le soutien anglais) et de ceux qui l'ont ralliée successivement, SDECE qui comprenait peut-être aussi quelques vétérans des services de renseignement de l'Armée d'avant-guerre, dont une manoeuvre d'intoxication contre l'Allemagne pour protéger les secrets de notre canon de 75 à tir rapide a éventuellement été à l'origine de l'Affaire Dreyfus quelques décennies auparavant. 

 

Je vais me permettre de citer les deux phrases finales de Iegor Gran, après qu'il a rappelé qu'un nombre considérable des cadres qui dirigent aujourd'hui la Russie sont passés par cette école de pensée: "Ce manuel est d'autant plus précieux pour saisir et comprendre un mode de pensée engoncé dans l'immoralité - ce qui fait souvent sa force - mais tatillon dans l'exécution des ordres reçus et obséquieux devant l'autorité - une faiblesse que l'on peut utiliser contre lui pour le combattre.

Je le referme maintenant et le glisse dans un tiroir, un peu comme ces gens qui conservent chez eux un morceau du mur de Berlin, et je frissonne à l'idée que son pouvoir maléfique est loin de s'être dissipé."

 

Eva (du blog Tu vas t'abimer les yeux), en a parlé le mois dernier (ce qui me l'a remis en mémoire), Remy récemment aussi. Menon en réservait lapidairement la lecture aux fans de jeux de rôle d'espionnage. Valmyvoyou [lit] en avait aussi parlé peu après la sortie du livre. 

 

Je pense que, pour de prochains billets, je tâcherai de lire en priorité, parmi l'abondante bibliographie de Iegor Gran, dans le désordre: L'écologie en bas de chez soi (2011), Z comme zombie (2022), Rêve plus vite, camarade! L'industrie du slogan en URSS de 1918 à 1935 (2017), Les services compétents (2020). 

 

Les graffitis subversifs et autres vols de drones dont la presse nous rebat régulièrement les oreilles ces mois-ci pourraient-ils camoufler un recrutement qui serait toujours actif en France? Il semble qu'un journaliste du Canard Enchaîné, Jean Clémentin (1924-2023) a été agent de l'Est entre 1957 et 1969 (il a travaillé au Canard jusqu'en 1989). On dit que Charles Hernu (1923-1990), dans sa jeunesse désargentée (années 1950?), a su vendre fort cher aux soviétiques, alors qu'il faisait dans le journalisme, de simples synthèses d'informations disponibles en lisant la presse française. Du coup, après la lecture de ce livre, je me suis demandé si les rédacteurs et dessinateurs de Charlie Hebdo, à ses différentes époques (depuis près de 55 ans désormais), avaient jamais été ainsi "approchés"? Si ça a été le cas, j'espère bien que ça a été sans succès. 

 

*** Je suis Charlie ***

28 septembre 2025

Deux livres condensés: Le Robinson des glaces - Marie Herbert / Alice van Meulen - Jacques Duquesne

Cette fois, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) crois que j'ai réussi un petit miracle: parler d'un livre dont, sauf erreur de ma part, il n'existe pas d'édition "à compte d'éditeur" en traduction française intégrale... Il s'agit d'un titre qui me paraît pouvoir tenir sa place dans le challenge Book trip en mer (saison 2) de Fanja, et je pense qu'on peut encore se le procurer d'occasion sur internet, dans l'édition que j'ai lue. Pour ma part, je l'ai déniché dans l'une des "bibliothèques partagées de hall d'immeuble" que je fréquente. 

Marie Herbert, Le Robinson des glaces (traduction par Denise Hélié de Winter of the white Seal, 1982), in Sélection du Livre, éd. Sélection du Reader's Digest, janvier 1986, 480 pages (2e oeuvre sur 4 contenues dans le volume, pp.128-223) 

Le livre à la première personne commence un peu comme Robinson Crusoé: un jeune homme (Jonathan Horn) "a pris la funeste décision de quitter le toit familial pour courir de par le monde". Mais là, nous sommes en 1818 et le jeune homme (fils unique d'un riche armateur qui lui refusait l'autorisation de naviguer) est né en 1798 à Liverpool. Parti à Londres, il comprend trop tard que le navire sur lequel il s'est engagé les yeux fermés, le Moonraker [décidément! Cf. mon billet du 30/08/2025] est équipé pour la chasse aux phoques. Il se retrouve en vue de la Georgie du Sud (sud de l'Atlantique). Apparemment, il n'a pas bien profité de ses études de comptabilité, quand il note que, ayant droit au cent-vingtième du bénéfice, il a droit au produit d'une peau de phoque sur 120 (confusion entre "chiffre d'affaires" et "bénéfice", disons!). Comme une flottille de navire occupe déjà la plupart des "territoires de chasse", leur bateau poursuit sa route vers le nord à la recherche d'une plage sans concurrence (ils cherchent des éléphants de mer pour leur graisse et des otaries principalement pour leur fourrure). Quelques pages décrivent les opérations - avant une attaque de matelots hollandais, au cours de laquelle notre héros renverse le chaudron d'huile bouillante, ce qui met fin au combat! Au bout de 18 jours, après avoir "épuisé" une seconde plage, ils se dirigent vers le cap Horn. Après des jours et des jours de navigation, le 22 novembre 1818, ils jettent l'ancre dans une baie, et le lendemain trouvent une presqu'ile "où des milliers de pinnipèdes se prélassaient sur les plages".

 

Notre matelot (affecté au débitage du lard) est charmé par "(...) une magnifique femelle à la fourrure blanche allaitant son petit dont le pelage était également blanc". Alors qu'un coup de feu enjoint aux marins à terre de rejoindre le bateau, Jonathan essaye d'empêcher un de ses compagnons de tuer "la bête superbe", et se fait assommer. Il revient à lui au milieu des phoques et la tempête fait rage. Il lui reste le chaudron, les tonneaux à graisse, les vivres prévus pour l'équipe d'abattage à terre, aucune allumette... mais le feu sous le chaudron, par chance, n'est pas totalement éteint: de quoi survivre, car le Moonraker ne reviendra jamais le chercher. Le bateau a manifestement coulé durant la tempête, et Jonathan n'en retrouvera sur la plage qu'une chaloupe échouée, deux cadavres et quelques épaves. Pour rallumer son feu, il utilisera le même moyen qu'un héros de Jules Verne: une lentille taillée dans la glace translucide et les rayons du soleil! Et nous en sommes à la fin du chapitre 3 (p.157).

 

À la fin du chapitre 10 (p.222), Jonathan semble sur le point d'être ramené à la civilisation par un navire qui aborde par hasard son île. Nous sommes en janvier 1820, plus d'un an a passé (description de la vie quotidienne: explorer et exploiter les maigres ressources locales, se nourrir...). Bien serrés afin de se tenir chaud, il s'est retrouvé à partager sa couche durant tout l'hiver (ant)arctique avec le jeune phoque albinos qu'il avait une nouvelle fois sauvé et appelé Gribouille. Mais la morale est sauve, c'était une femelle! Bref, je suis ressorti de cette lecture tenaillé, bien entendu, par l'envie de savoir ce que pouvait être l'oeuvre "non condensée". 

 

Je n'ai malheureusement pas trouvé d'autre édition en français de ce livre (Winter of the white Seal) que l'édition "condensée" pour laquelle Sélection du Reader's Digest avait dû payer des droits, je suppose. En regardant la fiche de l'Irlandaise Marie Herbert sur wikipedia en anglais (consulté le 28 septembre 2025), je me suis demandé s'il n'y aurait pas eu abandon d'un projet éditorial puisque c'est à peu près le moment où l'auteure a vécu une tragédie familiale? Mais, faute d'informations, ce n'est qu'une supposition de ma part bien entendu. 

 

Cerise sur le gâteau: je n'avais même pas fait attention quand j'avais pris le volume en main qu'un autre des quatre titres qu'il contenait parlait aussi de bateaux: un autre livre condensé (mais cette fois-ci, la "version complète" en existe puisqu'il s'agit d'un roman français [qui venait d'être édité chez Grasset en 1985]). Un exemplaire du roman est disponible en "réserve centrale" des bibliothèques parisiennes!

 

Jacques Duquesne, Alice van Meulen (même volume, 1ère oeuvre sur 4, pp.11-126)
[Edition originale: Bernard Grasset, 1985, 274 pages]

 

Après avoir lu ces pages, j'ai pensé à (du) Pierre Benoit, d'autant plus avec ce prénom qui commence par un "A". Alice van Meulen, qui donne son nom au roman, est l'un des personnages du livre, mais je ne sais pas si elle en est vraiment, ou non, l'héroïne principale. Dans son roman publié en 1985, le journaliste-romancier Jacques Duquesne (1930-2023) situe son intrigue un peu plus d'un siècle plus tôt, en 1880, dans les débuts de la Troisième République donc. À l'époque, la Commune de Paris remonte à moins de 10 ans, les grandes lois (Enseignement primaire [Jules Ferry, 1881-1882], Presse [1881], liberté syndicale [Waldeck-Rousseau, 1884]) n'ont, comme chacun sait, pas encore été promulguées, et l'Etat ne s'est pas encore séparé de l'Eglise. Le romancier aborde dans son ouvrage, à sa manière (il y a 40 ans tout d'même!) les thèmes de la romance, de la place de la femme dans la société, voire de l'intégration des enfants "différents". Mais commençons par le début. 

 

Au large de Dunkerque, dans la nuit et la tempête, le canot insubmersible de l'Association Dunkerquoise du sauvetage en mer sauve deux passagers d'un schooner en détresse (qui les avait amenés à sortir) et croise durant cette sortie en mer un navire bizarre. Dans le même (premier) chapitre, nous sont présentés Pierre Vandromme, propriétaire d'un chantier de construction navale, et Alice van Meulen, veuve d'un brasseur de l'entreprise duquel elle a repris fermement les rênes et mère d'un jeune garçon (Félicien, l'héritier, 6 ou 7 ans) qu'elle couve (et étouffe), qui se croisent pour la première fois dans un bal masqué à Lille. Lui va se trouver en butte au soupçon d'avoir fait construire par son chantier un navire servant à la contrebande du tabac (un coup monté qui se résoudra dans les dernières pages), elle va trouver toutes les raisons du monde pour lui courir après (jusqu'à le demander en mariage  - incroyable pour l'époque!), même s'il a une maîtresse (Mathilde, rescapée du naufrage du schooner où elle était passagère, de retour des "Iles" après un séjour de 3 ans). Ajoutons l'histoire d'une maquette de bateau offerte au jeune Félicien, qui la fracassera dans un accès de rage, l'histoire de Jean Bart (Dunkerquois) contée à l'enfant, de même que les aventures de la mère de Pierre, du temps où elle naviguait à bord du navire de son capitaine de mari (père de Pierre), avant la création du chantier naval... et l'on voit que navire et mer sont largement présents dans l'histoire. Je ne savais pas que dessiner des moustaches à la figure de proue féminine d'un bateau (de pêche) était la pire insulte possible contre un capitaine (p.73). Côté "romance", j'ai apprécié à sa juste valeur la scène de rupture avec la maîtresse (pp.60-61). 
"- Je ne viendrai plus, Mathilde. (...) Elle s'était laissée tomber à ses pieds, les mains sur les oreilles, pour ne rien entendre. Il allait donner des raisons, bien sûr - les hommes donnent toujours des raisons: comme si les raisons avaient un sens, comme si les raisons étaient des excuses, comme si elles cicatrisaient les plaies, empêchaient le mal, et permettaient d'oublier. Au diable, les raisons! (...)
- Dehors! Elle s'était relevée, le repoussait.
- Ne renverse pas les rôles. Ce n'est pas toi qui me chasse. C'est moi qui m'en vais. Tu comprends: c'est moi".

On a aussi quelques scènes cocasses avec une "feuille à chantage" (comme dans Topaze de Marcel Pagnol) qui cherchait à faire chanter Pierre. Mais tout finira bien...

 

Les deux autres "condensats" du volume sont Quatre enfants et un rêve (Christian & Marie-France des Pallières) et Fête fatale (William Katz). Je ne les ai pas lu, j'ai juste vérifié qu'il n'y était pas du tout question de bateaux.

Sélection du livre était le "club de livre" du magazine Sélection du Reader's Digest. Moyennant un abonnement, un certain nombre de volumes était proposé chaque année. La spécificité de ce club-là était que chaque volume contenait quatre titres "condensés" (et non en "texte intégral"), ce qui fait que, malgré la belle reliure (dorure sur faux cuir...), ils sont peu recherchés par bibliothèques ou libraires d'occasion (on trouve sur le net le conseil de les donner à des EHPAD ou des prisons, ou d'en mettre le papier au recyclage). Quarante ans après, le papier en a beaucoup jauni en tout cas. Ceci dit, j'ai vérifié qu'on peut s'en procurer des volumes (dont celui-ci) sur internet. 

15 septembre 2025

Kéraban le têtu - Jules Verne

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) au départ failli faire "fausse route" avec un titre auquel j'avais songé pour le mois d'août, avant qu'il me paraisse, à la réflexion, plus pertinent de le réserver pour un autre des thèmes mensuels des Escapades en Europe - Voyages dans les littératures européennes chez Cléanthe auxquels il pouvait aussi correspondre (Istanbul, en janvier 2026?). Mais finalement, en janvier, mon propre challenge "120 ans Jules Verne (1828-1905)" sera terminé... Donc, voici une contribution pour Les rives de la Mer Noire (chez Cléanthe donc). Et aussi, bien sûr, pour le challenge 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie.

Jules Verne, Kéraban le têtu, Le livre de poche, 1967, 484 pages
(édition originale en 1883 - dessins par L. Benett)

 

Pour cette fois, je suis donc le chemin indiqué. Cependant, une fois de plus, je vais tenter un "pas de côté", en présentant un titre quelque peu anachronique dans son contexte certes aujourd'hui "européen", mais décrivant des contrées et régions qui dépendaient alors en majorité de deux Empires, le Russe et l'Ottoman. Si quelques bateaux y apparaissent, je ne prétends pas pour autant qu'il soit éligible au "book trip en mer": les nombreux caïques évoqués sont seulement destinés à la traversée du Bosphore à [Constantinople ou Istanbul?]. Et c'est parce qu'il refuse de payer une nouvelle taxe liée à cette courte traversée que le héros de ce roman entraîne ses compagnons dans un périple représentant l'intégralité du tour de la Mer noire, à pied, à cheval ou en voiture (sans utiliser aucun moyen de locomotion moderne: ni bateau à vapeur ni même voilier (il souffre du mal de mer!), ni "Railway" (chemin de fer) dont quelques tronçons existent déjà sur son parcours. 

 

Mais ce Kéraban, qui est-ce au fait? Hé bien, c'est le personnage de droite sur la couverture, un Turc à l'ancienne, qui se targue de refuser le "progrès (télégraphe, train ou "steamers"), et que son commerce de tabac rend suffisamment riche pour se le permettre. Le seigneur Kéraban sera donc accompagné dans son voyage par: son serviteur Nizib (aussi musulman que lui), son correspondant en commerce de tabac et ami Van Mitten (et son serviteur Bruno, aussi hollandais l'un que l'autre), et il enlèvera au passage à Odessa son neveu Ahmet, lui-même fiancé à la douce Amasia, fille du banquier Sélim (également ami et correspondant de Kéraban). Comme souvent chez Jules Verne, aventures et amours contrariés vont de pair! Le voyage commence dans une confortable "chaise de poste" tirée par des attelages de chevaux changés de relais en relais. La voiture confortable disparue brutalement, plus ou moins par la faute de notre Turc têtu, il se poursuivra dans une carriole moins confortable, à dos de cheval... ou sur un bac. 

 

Carte du pourtour de la Mer noire, p.84-85

On voit la différence avec une carte du XXIe siècle... (Wikipedia - consulté le 24/08/2025 - carte francisée par Idarvol)  

 

Le voyage est émaillé d'incidents, évoqués par des titres de chapitres au libellé aussi désuet qu'évocateur: quand il ne commence pas par "Dans lequel...", c'est "Où il est question..." ou bien "Où l'on verra..."! Entre de longs descriptifs de paysages ou une évocation de l'histoire des bourgades traversées, quelques épisodes de tons variés rompent la monotonie. Le valet hollandais s'inquiète de sa perte de poids, et va jusqu'à duper le valet turc pour lui manger sa part ("si, si, je crois que c'est du porc, il faut vérifier..."). À un tel élément de farce succède succède rapidement un épisode dramatique qui m'a fait songer à la célèbre scène du naufrage dans Paul et Virginie (pp.304-310). Puis, après les éléments comiques cités plus haut, place à la comédie en bonne et due forme! Je n'ai pu m'empêcher de songer que les événements qui se déroulent au caravansérail de Rissar (pp.331-372), de par leurs dialogues, péripéties, unité de lieu et "jeux de scène", auraient très facilement été transposables dans une représentation théâtrale. Cette "mise en scène est d'ailleurs parfaitement assumée par l'auteur (l'une des dernières phrases du chapitre dit: "(...) et le silence se fit enfin sur le théâtre de cette tragi-comédie, qui venait de se dénouer sur le dos de l'infortuné Hollandais". 

 

Kéraban serait-il libertaire dans l'âme? J'ai retenu son jugement lapidaire lorsqu'il doit acquitter un droit de douane en franchissant une frontière: "Décidément les gouvernements sont tous les mêmes, et ne valent pas l'écorce d'une pastèque!" Mais notre pittoresque personnage est aussi capable de se défendre quand on l'agresse: loin d'être un simple Tartarin de Tarascon, à lui seul, il extermine (à coup de fusil ou de poignard) les trois chefs de la troupe de canailles qui attaque son petit groupe (qui se défend vigoureusement, femmes comprises - bon, la douce fiancée, un peu comme le fait au début l'actrice de 1933 face à King Kong...). Et le périple sera bouclé (qui en doutait?) dans le délai imposé pour le mariage de nos deux tourtereaux séparés par l'oncle (Amasia ne devait faire un gros héritage que si elle convolait à une date-butoir qui laissait juste quelques semaines à Kéraban pour arriver à destination).

 

Outre donc Les rives de la Mer Noire chez Cléanthe, ce titre est bien entendu éligible aussi à mon challenge 120 ans Jules Verne (1828-1905) ainsi qu'au challenge 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie. Mais l'apparition puis la disparition d'une "tartane" (la Guïdare, capitaine Yarhud - une franche crapule), même si importantes dans l'intrigue, tiennent bien trop peu de place (de pages) par rapport au trajet précisément terrestre pour justifier son inscription au Book trip en mer de Fanja.

(Nota: une des petites "vignettes" du logo est tirée de Kéraban le têtu...) 

(... tiens, ce dernier logo "composite", il ne vous rappelle rien?)

 

P.S.: j'avais proposé une "lecture commune" sur le blog de Sandrine dédié aux lectures communes & challenges. Pour le moment, j'ai repéré les billets de ClaudiaLucia et de Cléanthe

2 septembre 2025

Requiem pour la dame blanche - Eric Fouassier

D'Eric Fouassier, j'ai lu les quatre volumes du cycle Le bureau des affaires occultes avec Valentin Verne, les quatre histoires se passant dans les années 1830. Avec Requiem pour la dame blanche (Albin Michel, 393 pages), l'écrivain nous emmène en 1916 au moment de la bataille de la Somme et quinze ans plus tard. L'essentiel de l'intrigue est une histoire de crime impossible en chambre close. La dame blanche du titre est Sybil fusillée de manière expéditive pour trahison en 1916 par six hommes dont cinq que l'on retrouve en 1931 dans une immense demeure en Picardie. Parmi eux, il y a un détective Florimond Blache, Martin Clancier, un bellâtre qui vit beaucoup des. femmes, le colonel Georges Saint-Leger (le propriétaire de la demeure), membre du deuxième bureau, Perrin (qui ne fera qu'une apparition avant de mourir) et Paul Mihalesco, très doué pour déchiffrer des messages Cette réunion est organisée par Saint-Leger à la suite d'un message trouvé sur un pigeon voyageur. Il y a un traitre parmi les cinq, responsable de la mort d'une innocente. Albert Saulx, le sixième homme a été tué d'un coup de baïonnette dans son avion nieuport. Un meurtre incroyable. Quinze ans plus tard, on sera témoin de deux autres assassinats incompréhensibles dans cette demeure où il aussi un couple de domestique et une invitée surprise, Yvonne, une très belle jeune femme. Je ne dévoile rien d'autre. Il y a vraiment du suspense. Le récit est très bien mené. Je conseille ce roman que j'ai lu en trois jours. Lire le billet de belette2911.

30 août 2025

Les naufragés du Moonraker - Eth Clifford / La mer aux esprits - Anne Rossi

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) chronique aujourd'hui deux livres "jeunesse", tous deux éligibles au Book trip en mer (saison 2) de Fanja. Mais ces histoires "maritimes" sont très différentes l'une de l'autre...

Eth Clifford, Les naufragés du Moonraker, Flammarion, coll. Castor Poche N°106, 1988, 348 pages
Anne Rossi, La mer aux esprits (Barthélemy Styx, 1), Serineo, 2014, 284 pages

 

Le Trois-mâts Moonraker ("vise-lune", selon la traduction que j'avais mémorisée à l'époque de la sortie au cinéma du James Bond numéro 11!) n'a jamais existé. L'histoire de son dernier voyage et de son naufrage est tout de même inspirée d'une histoire vraie, mais romancée avec des personnages plus "identificatoires" pour le public visé. En mai 1886, cela fait sept mois que le jeune Cat est mousse à bord du voilier, et en butte aux brimades de certains matelots: "aux yeux des matelots aguerris, le mousse était corvéable à merci", et malheur à lui s'il regimbe! Le voilier vient de quitter Melbourne (Australie) à destination de Londres (via le Cap Horn) avant de revenir en Amérique (notre jeune héros est originaire de Boston). Parmi les passagers se trouvent nombre de chercheurs d'or (avec leur or...), quelques femmes et enfants... Terre en vue! Ce doivent être les îles Auckland. Le navire, déventé, est poussé inexorablement par le courant vers des falaises abruptes... jusqu'à une grotte obscure (p.61). Le navire y sombre... Quelques pages plus loin, il ne reste plus que 10 personnes, sur deux petits canots, des 83 qui avaient quitté le port de Melbourne, à peine dix jours plus tôt (notre mousse, le second, des matelots, des passagers dont une femme). Il vont mettre une journée à trouver un endroit où aborder, pratiquement sans nourriture, et nous sommes en hiver dans cet hémisphère. Il va leur falloir apprendre à survivre sur leur île déserte, en proie à une cruelle indigence. Venez à leur secours ou ils sont perdus (disent à peu près les "bouteilles à la mer" qu'ils envoient...). Leur vie sur l'île (archipel, plutôt) durant des mois représente à peu près les deux tiers du livre (11 chapitres sur 17). Tous ne seront pas sauvés... Mais j'ai apprécié les péripéties réalistes. 

 

Eth Clifford (1915-2003) se serait inspirée, comme il est écrit dans la "Note de l'auteur" qui précède mon édition, du véritable naufrage du General Grant intervenu dans les mêmes conditions. Je ne sais pas si le texte romanesque que j'ai lu a été "abrégé" ou non pour cette édition en français (j'ai relevé certaines ellipses qui me feraient songer que oui, mais je peux me tromper faute de confrontation à d'autres versions du texte - The Curse of Moonraker: A Tale of Survival était paru en VO en 1977).

Enfin, je pense (j'espère?) que cette auteure américaine est éligible au challenge American Year 2025 de Belette2911, puisque le navire est aussi américain, même si le gros de l'histoire se déroule hors Etats-Unis...

 

Autre histoire maritime, mais changement de registre avec les aventures de Barthélemy Styx, 1. la mer aux esprits. Fils d'un armateur négrier de Nantes, le jeune Barthélemy Charon (14 ans environ) résiste à une bastonnade de son père lorsque celui-ci veut le punir d'avoir quitté prématurément une réception à visée matrimoniale, et c'est le drame. Il chevauche alors jusqu'à Paimboeuf où il arrive à s'embarquer comme mousse à bord du Bonaventure, en dissimulant son nom et sa bourgeoisie bien entendu. Et en route vers le Sénégal pour y charger une cargaison d'esclaves à destination "des îles"... 

Pour le moment, nous sommes encore dans un univers réaliste. Mais je n'ai pas encore dit que le gamin discute avec son médaillon (qui semble hanté par l'image de sa mère décédée qu'il contient). D'autre part, en mer, certains récits parlent de la Terre des légendes, une île des Bermudes que nul n'a pu aborder... mais dont les habitants (?) auraient le pouvoir de calmer les tempêtes. L'une des filles esclaves (qui lui plairait bien), paraît, comme lui-même, avoir quelques talents en "sorcellerie"... Un soir (p.78) retentit le cri de la vigie: "pavillon noir par tribord arrière!". Canonné, le Bonaventure coule p.87, non sans que nos deux mousses (oui, il y a aussi un jeune Jean) aient pu libérer la cargaison de ses chaînes. Tous sont recueillis à bord du Juracan, dont le capitaine lui semble "indigène" (il s'avère métis). La jeune Noire se nomme Oluchi. "(...) dans ton pays, on nie l'existence de la magie. Mais ce n'est pas parce qu'on ne parle pas d'une chose que celle-ci n'a pas de réalité. (...) il existe des humains qui possèdent une capacité plus ou moins poussée à communiquer avec les esprits. De la même façon, il existe des esprits plus ou moins puissants, selon le lien qu'ils ont conservé avec le monde des vivants." (p.122-123). Après moult péripéties, le Juracan (qui a débarqué en lieu sûr les centaines d'esclaves libérés) aborde une île des Caraïbes (la fameuse terre des légendes)... et ce tome 1 s'achève ici. Le volume se conclut sur quatre pages pédagogiques, expliquant (décriant) ce qu'ont été la traite et le commerce triangulaire.

 

Un second tome (titré Barthélemy Styx 2. La terre des légendes) est paru dès 2014, mais je n'ai pas eu l'occasion de mettre la main dessus (ces livres ne sont pas - ou plus? - dans les médiathèques parisiennes). En tout cas, ce premier tome avait été chroniqué en 2014 par Marie et Anne et Sharon

Pas plus qu'Eth Clifford, Anne Rossi ne dispose sur wikipedia (en français, consulté ce 30 août 2025) de page à son nom. J'ajouterai juste que ce roman maritime jeunesse-là (qui se lit gentiment) est à mon avis éligible aussi au 13e challenge de l'imaginaire chez Tornade.

24 août 2025

Le versant du soleil - Roger Frison-Roche

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) finalise enfin un billet sur une oeuvre dont j'avais entamé la (re)lecture après le 15 juillet 2025. Je pensais terminer avant fin juillet afin d'avoir une seconde participation pour le challenge de Cléanthe dont le thème du mois était Voyage dans les Alpes, et où j'avais relevé un billet sur Premier de cordée. Cela m'avait rappelé que je possédais pas mal de Frison-Roche dans ma pochothèque, notamment son autobiographie publiée dans les années 1980 et dont j'avais acheté les deux tomes en "J'ai lu" il y a un peu moins d'une quarantaine d'années... biographie rééditée par la suite en un épais volume! Mais... pas si facile, en voyage, avec juste quelques heures de lecture nocturne (à deux dans une chambre d'hôtel ou dans un studio, il n'y a guère qu'un endroit bien éclairé où l'on puisse lire assis - je vous laisse deviner lequel -, et ça manque de confort). Bref, j'ai jeté l'éponge pour la "course contre la montre" à l'approche du 31 juillet, et ai terminé tranquillement ma relecture en août, pour contribuer au moins aux challenges estivaux de gros bouquins (épais de l'été 2025, mais aussi pavés de l'été 2025 de Sibylline et saison Eté des pavés "quatre saisons" chez Moka).

Roger Frison-Roche, Le versant du soleil
* Tome 1, j'ai lu N°1451, 378 pages & Tome 2, 379 pages, 1983 (copyright Flammarion 1981)
* Réédition en un volume: Arthaud, Coll. classique Arthaud, 2007, 816 pages

 

Pour ma part, j'avais acquis le tome 1 en 1986 et le tome 2 en 1989 seulement, bien après d'autres oeuvres alors disponibles en "livre de poche" de l'écrivain Roger Frison-Roche (1906-1999) dont Le versant du soleil est l'autobiographie. Le premier tome compte cinq parties, des origines familiales de Roger Frison-Roche jusqu'à l'évocation de la période d'Occupation dans le pays de Beaufort où il s'était réfugié. Le tome deux poursuit cette cinquième partie avec le "versant" résistance et lutte active contre les Allemands après le Débarquement de Provence, les deux dernières amènent l'écrivain (dont la carrière a véritablement commencé avec Premier de cordée, paru en 1942 et dont un film a été tiré dès 1944 sous l'Occupation) jusqu'au tout début des années 1980... (la dernière page de l'ouvrage est datée "Derborence, 23 juin 1981"). 

 

Ça commence par une bêtise de gamin dans le café familial. Occasion pour Frison-Roche de signaler que, bien que né (le 10 février 1906) à Paris (où ses parents étaient "émigrés temporaires"), il s'est toujours considéré comme savoyard, et plus particulièrement de la vallée de Beaufort. Ecolier, il appréciait surtout les vacances d'été au chalet de son oncle, à 1200 m d'altitude: mener la "vache d'été" (la seule qui n'est pas partie dans les alpages) au pâturage, aider aux travaux des champs... L'été 1914, leur mère les y a rejoint, son frère et lui, et les enfants, scolarisés sur place, y sont restés jusqu'à la rentrée 1915. L'été 1920 sera son dernier à Beaufort: en fin d'année scolaire 1921, sa mère n'étant plus en mesure de payer des études au collège Chaptal, il faut travailler (à 14 ans et demi): ce sera à l'agence Cook, avant de rentrer au Touring Club de France "au culot". Puis, alors qu'il a envoyé moult lettres de candidatures à différents offices de tourisme des Alpes, sa qualité d'ancien "chaptalien" fait que le Président de la chambre hôtelière de Chamonix lui donne sa chance en tant que secrétaire des trois organismes touristiques chamoniards, à dater du 1er avril 1923. "J'ai 17 ans et je pars pour conquérir le monde". Fin de la première partie (p.94). 

 

La deuxième partie est titrée "La vallée fermée", couvre 105 pages (en 16 chapitres) et amène Roger Frison-Roche jusqu'en 1938 (avec moult anecdotes et grandes rencontres de personnages bien oubliés de nos jours). Découverte du ski, et du monde de l'alpinisme. "Mes compagnons et voisins étaient les guides, ces montagnards de l'échelon supérieur". Il gagne leur confiance par quelques prouesses. Il parle des "Jeux de Chamonix" de 1924, qui n'avaient pas encore le droit de s'appeler officiellement "Jeux olympiques d'hiver". Quant à lui, des guides font appel à lui comme "porteur" (sans bien sûr qu'il ait encore le droit d'être "premier de cordée"). Premiers pas dans le journalisme, service militaire en 1926-27 dans le 93e régiment d'artillerie de montagne... et un mariage local en 1930 (le 3 mars)! La même année, il réussit l'examen de guide de montagne, coopté par la compagnie des guides de Chamonix (fondée en 1823), premier "étranger" (hors Chamonix et Argentière) depuis un siècle! Mais une embrouille avec un grand patron hôtelier amène Roger Frison-Roche à démissionner de ses emplois stables dans le tourisme. Il se reconvertit comme professeur de ski. Encore une embrouille, et il échoue en 1935 à un examen crucial de moniteur-chef malgré son palmarès en compétition. Il fait un peu de cinéma de montagne... et découvre le Hoggar quand on vient le chercher pour gravir quelques pics dans le Ténéré (il en tirera des articles repris dans son livre Carnets sahariens). J'ai appris que dès les années 1930, des Américains emmenaient un éléphant dans les Alpes pour tenter de reconstituer la traversée d'Hannibal (par le col du Grand Saint-Bernard, plus tard par celui du Clapier...). Comme journaliste, il était là lors de l'agonie de Staviski (oui, celui de l'affaire - anecdotes encore). Puis couvre les jeux olympiques d'hiver de Garmish-Partenkiren (Bavière) en 1936, et les championnats du monde de ski en 1938 à Engelberg (Suisse), quelques jours avant l'Anschluss. La guerre approche... 

 

Troisième partie, "Une terre nouvelle" (pp.201-299, 12 chapitres): le 11 novembre 1938, la petite famille (déjà deux jeunes enfants) arrive à Alger, Roger étant recruté comme journaliste à La dépêche algérienne. Durant la drôle de guerre, il réussit après quelques tribulations à prendre du service dans le 14e corps d'armée, à Uriage (Isère - 38), qui résiste victorieusement à l'offensive italienne sur les Alpes, lorsque l'Italie déclare la guerre le 11 juin 1940. Après l'armistice, démobilisé, Frison-Roche repart en Algérie avec sa famille. Fin 1940, son patron lui commande des articles "susceptibles de redonner confiance à la jeunesse". Cela donnera Premier de cordée, écrit comme un feuilleton en trois mois, puis envoyé à l'éditeur Benjamin Arthaud à tout hasard. Mai 1941: le général Weygand lance une expédition pour tâcher de faire substituer l'huile d'arachide du Niger ou l'huile de palme du Dahomey au. carburant dont l'Algérie manque, notre journaliste saharien en fait partie (mais les baronnies locales bloqueront tout transfert de matière première d'une colonie française à une autre). Inconsciente, la famille (3 enfants désormais) va passer l'été 1942 à Chamonix en vacances familiales avant de revenir à Alger, où elle se trouve le 7 novembre quand les Américains débarquent en Algérie (mais laissent les Allemands débarquer en Tunisie). Frison-Roche se fait nommer correspondant de guerre. Le 25 décembre, il est fait prisonnier sur le front tunisien. En février 1943, il subit tout un périple (avion vers Sicile, Naples...) vers Paris puis jusqu'à Vichy (train...), d'où quelques complicités lui permettent de s'évaporer pour rejoindre Chamonix. 

 

"Interlude, l'été 1943" (pp.301-353), raconte sa vie clandestine en zone d'occupation italienne (et non allemande). Il évoque tout l'éventail des possibles entre collaborateurs et résistants: bien connu dans la vallée, personne ne l'a dénoncé. Mémorable randonnée à ski, aller-retour, à Beaufort, avec deux compagnons, pour ramener quelques dizaines de kilos de fromage de Beaufort. Tournage du film tiré de Premier de cordée (les producteurs lui ont obtenu un Ausweiss sans qu'il ait dû répondre à des questions indiscrètes). L'Italie signe un armistice le 8 septembre 1943. Dès le 9 septembre, les Allemands occupent la Savoie. 

 

La partie 5, "Les montagnards de la nuit", commence sur 3 chapitres et quelques dizaines de pages. Elle se poursuivra dans le second volume de mon édition. 

Il y est question de l'organisation des maquisards et de l'Armée secrète, qui adoptent comme tactique de laisser en paix dans le département les Allemands en attendant le soulèvement général (sur instruction de Londres) qui permettra de le libérer. J'ai trouvé ce chapitre fort redondant avec la version romancé lue dans Les montagnards de la nuit publiée en 1968 (13 ans avant ces mémoires). Un épisode intéressant où Roger Frison-Roche dupe une patrouille allemande en parlant le patois savoyard et en effectuant sous leurs yeux une journée de travaux des champs... avant de reprendre quelques mois plus tard du service (et du galon) comme lieutenant à la 5e demi-brigade de chasseurs alpins une fois celle-ci (re)constituée. Les derniers morts avant la victoire... L'occupation temporaire de la Vallée d'Aoste... Et son retour en Algérie, où il constate (dit-il) qu'on l'avait en mai 1943 accusé de désertion et de collaboration, pour des raisons politiques (discréditer le journal La dépêche algérienne et sa direction, et mettre la main dessus).

 

"La vie recommencée" (sixième partie) occupe les pages 107 à 251. En 1945, il revient au journalisme, mais comme "grand reporter", ce qui lui permet de voyager dans l'Europe qui se relevait lentement de ses ruines. Après l'expropriation de La dépêche algérienne, il passe à L'Echo d'Alger (pas la même nuance politique). Quelque mots sur le Tanger de la grande époque (trafics...). Voyage en Suède, sous la prohibition d'alcool (quelques pages savoureuses). Je retiens une bonne définition du métier du reporter (p.164): "C'est accepter de partir immédiatement n'importe où. C'est aussi, bien souvent, parler de choses qu'on ne connaît pas et devoir les expliquer clairement au grand public". Le chapitre 10 (pp.184-190) donne un aperçu intéressant de cette activité de conférencier pour Connaissance du monde: des documentaristes qui remplissaient les salles, dans les années 1945-1960, en commentant photos et films de pays ignorés de leur public - sans doute une activité que la télévision a fini par tuer. J'y ai retrouvé des noms que je connais (Christian Zuber, Albert Mahuzier) et bien d'autres que j'ignorais. Cette partie (qui contient aussi la mort du fils unique, élève pilote de chasse) se clôt sur le départ du reste de la famille, de l'Algérie vers la métropole, en 1955. 

 

La septième et dernière partie est titrée "Les années qui passent". Elle est celle qui en couvre le plus (jusqu'en 1981). Frison-Roche a vécu encore 18 ans après la parution de cette autobiographie. Mais reprenons dans l'ordre chronologique. Découverte de la Laponie en 1957, rédaction tant de récits de voyages que de romans s'y déroulant... Achat d'un terrain à Chamonix ("sur le versant du soleil, bien sûr"), en 1960: il y fera construire un chalet (nommé "Derborence" en hommage à l'écrivain C.F. Ramuz) destiné à loger sa famille, afin de pouvoir y accueillir plus tard ses petits-enfants (8)... et même leur descendance (3 en 1981). L'âge arrivant, il a dû renoncer à les initier à l'alpinisme. Il est retourné à plusieurs reprises dans le Ténéré décolonisé. Mais aussi chez les peuples de l'Arctique (Indiens, Eskimos). Sa dernière véritable expédition a été vers la rivière Nahanni, en 1969. Mais il a continué à voyager. J'ai entendu dire que, figurant au tout début des années 1980 dans un "jury" de la Guilde du raid chargé d'attribuer quelques subventions pour de jeunes "aventuriers", il avait semblé ne pas très bien comprendre de qui il s'agissait quand on présentait un projet d'expédition filmée pour accomplir une "première" descente en kayak et en raft, en Amérique du Nord...

 

On peut lire quelques mots sur ce livre (comme sur les autre) sur le "site officiel de la famille Frison-Roche" (qui semble ne pas avoir été tenu très à jour depuis 2022 et le livre de sa fille Martine [née en 1940], titré Sur les traces de mon père Roger Frison-Roche). 

15 août 2025

Paroles d'exode - Jean-Pierre Guéno

L'intitulé de la consigne du mois d'août "à pieds, à cheval, en voiture ou en train – Récits de voyages en Europe" pour le challenge de Cléanthe Escapades en Europe - Voyages dans les littératures européennes m'a (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) donné l'idée de chercher à parler d'une oeuvre mettant en avant l'Exode de mai-juin 1940 (il y a plus de 85 ans), sur lequel je me souvenais avoir lu, gamin, des pages plutôt frappantes. Une recherche sur ce sujet m'a amené vers le titre ci-dessous. 

Jean-Pierre Guéno, Paroles d'exode, Lettres et témoignages des Français sur les routes (mai-juin 1940), Editions J'ai lu, Librio 3 euros N°1152 (nouvelle édition), 2023, 115 pages

 

La première édition de cet ouvrage remonte à 2015, même si seule la mention que "cet ouvrage est d'un appel à témoignages initié par Christian Carion et Nord-Ouest Films pour le film En mai, fais ce qu'il te plaît et enrichi par Jean-Pierre Guéno" permet de le deviner (le film est sorti en 2015). La page wikip' concernant le film donne la rédaction suivante de cet appel à témoin: « J'ai besoin de vous, de vos témoignages sur ces semaines où tout a basculé. Ce film sera le vôtre en quelque sorte car j'essaierai de me nourrir le mieux possible de ce que vos anciens ou vous-même avez gardé en mémoire ». Il semble avoir surtout concerné les habitants de la Picardie? Cela me permet d'appuyer mon respect de la consigne "européenne", puisque plusieurs des témoins cités viennent de Belgique.

 

Bon, souvent, quand mon billet ne "jaillit" pas d'un seul jet mais ressort du syndrome de l'écran blanc, j'utilise le "truc" de commencer par m'appuyer sur une "description matérielle". Allons-y. Le livre se présente sous la forme de cinq parties, à l'intérieur desquelles chaque "journée" forme un chapitre qui comporte entre un et neuf témoignages. L'"Index des témoins" (p.119) comporte 33 noms. Quand un même "témoin" revient sur plusieurs journées, chaque écrit est incrémenté (le chiffre le plus élevé étant "[16]", pour un premier témoignage le vendredi 10 mai 1940 et un dernier le dimanche 30 juin. Mais cette dernière date n'est pas la plus tardive: on a un "[12]" le 30 juillet, et un isolat le 30 août.

 

Ce "recueil" donc s'ouvre par un premier chapitre à contribution unique, titré "L'appel prémonitoire". Il est constitué d'un extrait de l'avertissement rédigé par le colonel Charles de Gaulle en date du 26 janvier 1940, dans un mémorandum "secret" (L’Avènement de la force mécanique) adressé à quelque 80 "décideurs", qui, durant cette "drôle de guerre" immobile, prédisait que "le conflit présent sera, tôt ou tard, marqué par des mouvements, des surprises, des irruptions, des poursuites, dont l'ampleur et la rapidité dépasseront celles des plus fulgurants événements du passé". Une signature prestigieuse donne donc le ton (même si la source est imparfaitement titrée dans l'ouvrage). Bizarrement, Charles de Gaulle figure dans la liste des "témoins", mais ni dans la bibliographie (20 auteurs, dont J.-P. Guéno pour trois ouvrages à lui seul), ni dans les "sources et crédits"(?) où l'on découvre incidemment le nom de Julien Blanc-Gras associé à l'un des témoignages (?). 

 

L'action débute véritablement dans le deuxième chapitre (titré "L'attaque allemande" (vendredi 10 mai 1940, sept témoignages). Les "Chleus" attaquent, mais nul (en Belgique ou dans le Département du Nord) ne doute d'une résistance efficace voire victorieuse.

 

Les choses intéressantes (déplacements, voyages!) commencent dans le chapitre III titré "Exode, première vague" (11 au 31 mai, 44 textes divers et variés par 16 auteurs différents [+ un "communiqué officiel" (p.27) en date du 15 juin du gouverneur militaire de Paris, qui à mon avis tombe comme un cheveu sur la soupe dans cet ouvrage: un bon élément de contexte, mais plutôt "hors sujet" par rapport au sous-titre de l'ouvrage]. Chaque jour, les conditions empirent. 

 

Le chapitre IV est titré Exode: combats, débâcle et raz-de-marée Juin 1940 couvre la période du 7 au 22 juin et regroupe 40 extraits. On y voit apparaître neuf nouveaux témoins (jusqu'à Jean Moulin lui-même!). Il m'a amené à la réflexion que le parti pris du découpage quotidien est intéressant mais peut s'avérer peut-être quelque peu artificiel, dans la mesure où, à la même date, certains se mettent tout juste en route alors que d'autres étaient sur les chemins depuis plusieurs jours. Les premiers avaient été bien accueillis, quand les derniers trouvaient des ressources épuisées et des locaux blasés, des campagnes désertifiées et où il est difficile de trouver à se nourrir... 

 

Le cinquième et dernier chapitre, La fin de l'exode, va du 23 juin au 30 août (déjà signalé), ne contient que neuf contributions. Il intègre un extrait de discours de Pétain du 11 juillet qui annonce les thèmes de la "révolution nationale". Il livre un aperçu des réactions (variées) à l'Armistice, des préparatifs de retour, des retrouvailles, avec le constat des dégâts causés dans les maisons abandonnées... 

 

Dans cette compilation de 101 "fragments" (si j'ai bien compté), apparaissent bien de nombreux moyens de déplacement. Côté chemin de fer, sauf erreur de ma part, l'ouvrage fait plutôt état de gares bombardées que de trains en circulation. Pour le reste, je vais me permettre de citer des extraits de la citation de Pierre Mendès France (p.19): "Dans les premiers jours, nous avons vu passer de somptueuses et rapides voitures américaines conduites par des chauffeurs en livrées (...). Puis sont venues des voitures moins brillantes, moins neuves (surmontées de matelas multicolores) dont les conducteurs, des petits-bourgeois, généralement accompagnés de leurs familles, avaient souvent besoin de nous. Un ou deux jours plus tard, et ce furent le plus incroyables guimbardes, des voitures d'un autre âge, sorties d'on ne sait quels hangars et utilisées à défaut d'autre moyen de fuite. (...) Puis vinrent les cyclistes, jeunes pour la plupart (...). Il y avait aussi des piétons, parfois des familles entières, lui, un baluchon sur l'épaule, elle, poussant une charrette ou une voiture d'enfants. (...) En dernier lieu vinrent les lourdes voitures attelées des paysans du Nord; elles avançaient au pas, chargées de malades, d'enfants, de vieillards, de matériel agricole, de meubles". Tout est dit ici, le reste n'est que littérature. Et ce qui m'a frappé, c'est la part belle faite, dans cet ouvrage censé donné la parole aux "anonymes", à des "signatures" de prestige (PMF donc, de Gaulle, Jean Moulin, Pétain). Il y a aussi moult extraits de livres déjà publiés (des récits publiés sur le moment, ou des "souvenirs d'enfance"), et finalement peu d'inédits? J'ai découvert Lucien Rebatet, à la plume dure et souvent outrancière (4 extraits). Oh, le monsieur (un sous-Céline?) écrit fort bien. Mais pourquoi l'avoir choisi, lui, avec son mépris visible pour ces populations en exode?

 

Je me suis aussi étonné de ne pas voir cité Cavanna (que j'ai moi-même découvert récemment), qui a écrit tout un chapitre, signé Pour le Tsar! (pp.53-115) sur son "aller et retour pour rien" à vélo de Paris vers Bordeaux, le parcours étant stoppé du côté de Saint-Amand-Montrond [Cher - 18] (au retour, les copains se foutent de sa gueule: "Aller si loin pour se faire rattraper, merde! Moi, je trouve que ça valait le coup"). Dans un ouvrage titré Les Ruskoffs, c'est sûr qu'il n'allait pas écrire "Pour le roi de Prusse!"... Je vais me permettre de citer les conditions de son départ sur les routes à 17 ans, alors qu'il était employé dans un bureau de poste parisien (p.55). Trois jours avant [= vers le 13 ou le 14 juin, par là], le receveur du bureau de poste de la rue Mercoeur, près du métro Charonne, fait rassembler tout le monde, tri, guichet, facteurs, télégraphistes, tout le monde, et il dit: "Les Boches sont à Meaux; Foncez chacun chez vous chercher vos affaires, le strict minimum. Dans trois heures, un autocar vous emmène tous vers le Sud. Ordre de l'Administration. Ceux qui refuseront de partir encourront des sanctions pouvant aller jusqu'au licenciement. Sans préjuger des poursuites devant les tribunaux militaires. N'oubliez pas que nous sommes réquisitionnés". Mais pas de car (attendu en vain): à 14 h, le receveur ordonne alors de partir par ses propres moyens (train, à pied en espérant trouver une voiture qui acceptera de les prendre...). Pour Cavanna, c'est son beau vélo personnel. Point de ralliement prévu: Bordeaux, la poste centrale...

 

Pour ma part, j'avais découvert des écrits sur l'Exode en lisant, il y a entre 40 et 45 ans, le livre Compagnons de l'honneur du colonel Rémy, dont le premier chapitre est axé sur Le pont de Gien, goulet d'étranglement pour ceux (civils et militaires) qui cherchaient, du 12 au 17 juin, à passer sur la rive gauche de la Loire (sous les bombes et les mitraillages)... Ce titre (mon exemplaire "poche" date de 1970, l'ouvrage original était paru en 1966) fait partie de ceux que j'ai lus et relus lors de nos "voyages familiaux" en Grèce, où je n'avais le droit d'emporter qu'un voire deux livres de poches dans mon sac à dos (j'en revenais en le sachant à peu près par coeur). 

Je crois me souvenir aussi qu'une de mes grand-mères m'avait parlé d'une aïeule de notre famille, traumatisée en 1940 par l'exode, parce que c'était sa troisième fuite devant les envahisseurs "alboches" ou "teutons" (guerre de 1870, 1914, et 1940)... Je ne suis pas sûr par contre que cette vieille dame avait survécu à l'Occupation. Ceci m'avait été raconté, à moi, dans le dernier quart du XXe siècle. 

 

Mais revenons à Paroles d'exode. Bien sûr, il ne fallait pas en attendre trop d'un ouvrage "grand public" de 115 pages vendu (neuf) 3 euros (je l'ai déniché d'occasion...). Directeur de collection chez Librio, Jean-Pierre Guéno semble avoir creusé jusqu'à plus soif son concept, dans une quinzaine d'ouvrages (de compilations, je présume, faute d'avoir lu les autres). Je ne dis pas que mon impression d'"aurait pu mieux faire" ne relève pas d'une part de jalousie en me disant que, moi, j'aurais pu au moins faire aussi bien, avec du temps et du réseau (bravo à lui pour avoir vendu trois millions d'exemplaires de Paroles de poilus!). Il est sûrement un bon compilateur, mais je n'ai pas réussi à trouver de thèses de doctorat en Histoire qu'il aurait dirigées (un critère de qualité d'un "chercheur" en Histoire pour moi - déformation familiale sans doute...). 

pp.116-118 figure une "chronologie" très sommaire, dont on peut ne retenir que trois dates. 10 mai: "Première vague de l'exode: les populations du Nord et de l'Est, deux millions de Belges, de Hollandais, de Luxembourgeois et deux millions de Français fuient vers le sud". 8 juin: "Le front français est complètement disloqué. Exode des civils français du nord vers le sud" [pas de chiffre]. 14 juin: "Les Allemands entre dans Paris, déclaré "ville ouverte"".

Bref, je considère que cet opuscule peut constituer un bon ouvrage introductif et un livre certainement utile pour tous ceux qui ne connaissaient absolument rien du sujet (l'Exode de juin 1940), en donnant, espérons-le, envie d'approfondir cette histoire qui avait jeté plusieurs millions de personnes sur les routes pour des trajets par tous moyens sur parfois des centaines de kilomètres depuis leur point de départ!

Je n'ai pas trouvé de blogs ayant parlé de Paroles d'exode, mais me réserve la possibilité d'en rajouter le cas échéant.

12 août 2025

Le serpent de mer - Jules Verne

Voici encore un Jules Verne qui pour moi (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) répond aux mêmes caractéristiques que Les frères Kip: une oeuvre qui n'était pas disponible en Livre de Poche dans les années 1970-1980, un livre qui existait pourtant en Bibliothèque verte (pour la jeunesse - avec éventuellement des coupes dans le texte?), et enfin une aventure maritime. Après avoir repéré ce titre (une fois), il ne restait plus qu'à me le procurer (deux petits achats "d'occasion" sur internet... - car il en a existé deux éditions différentes!).

Jules Verne, Le serpent de mer [titre de l'oeuvre originale: Histoires de Jean-Marie Cabidoulin]
Bibliothèque verte, 1937, 251 pages (illustrations de Henri Faivre)
puis
Bibliothèque verte N°228, 1963, 252 pages (illustration de François Batet)

 

Les Histoires de Jean-Marie Cabidoulin, roman qui était à l'état achevé en 1899, a été publié en feuilleton puis en volume en 1901. Le héros éponyme (dont le nom n'était peut-être pas assez "accrocheur"? C'est vrai que Grant, Robur ou Nemo sont plus "frappants") est un tonnelier qu'un capitaine à court de personnel convainc de s'engager pour une ultime campagne de pêche à la baleine au départ du Havre. Le bonhomme était réticent, pensant avoir vu tout ce qu'il y avait à voir pour satisfaire sa curiosité, et ayant le pressentiment qu'il lui arriverait des choses qui ne lui sont pas encore arrivées... qu'il finirait par voir quelque terrible monstre... le grand serpent de mer... Bref, dans le chapitre II, le voici à bord du Saint-Enoch (trois-mâts carré de 550 tonneaux, commandé par le capitaine Bourcart avec un équipage de 34 hommes, lui compris). Ce départ a lieu le 7 novembre 1863 pour une campagne qui devrait durer plusieurs années...

 

Avant d'en raconter davantage, quelques mots sur la "présentation matérielle" de ces bouquins. L'édition de 1937 ne comporte aucune petite illustration, cependant que les huit illustrations "pleine page" sont paginées avec le reste. Je ne me suis pas procuré un exemplaire possédant encore sa fragile jaquette en papier. 

Dans l'édition de 1963, chacun des 15 chapitres commence par une illustration d'un tiers de page, les illustrations en couleurs sont "hors pagination", et on trouve quelques autres petites illustrations en noir et blanc lorsque le "calibrage" du chapitre le permet.

Notons que la typographie est pratiquement la même d'une édition sur l'autre (à l'exception de l'emploi des guillemets à chaque paragraphe d'un récit - ou non: des usages qui ont changé? [pp.70-72 à comparer]), les seuls "décalages" de pagination étant dûs aux illustrations de 1963. Henri Faivre (qui ne bénéficie aujourd'hui pas d'une page wikipedia en français?) a illustré nombre d'ouvrages de la bibliothèque verte, de Jules Verne ou non (1) et semble avoir exercé son activité des années 1930 à 1960 environ. J'ai appris par contre que François Batet était le pseudonyme de l'Espagnol Francisco Batet Pellejero (1921-2015). J'avais découvert son style de dessin il doit y avoir un demi-siècle, en lisant Les cinq sous de Lavarède et autres romans de Paul d'Ivoi... 

Bref, reprenons notre voyage. Le Saint-Enoch va doubler le cap de Bonne-Espérance (pointe de l'Afrique) pour se rendre dans le Pacifique, sans avoir eu l'occasion d'entamer sa campagne de pêche (ou de chasse), pour atteindre le sud de la Nouvelle-Zélande le 15 février [1864] (fin du chap.II). Le récit est lent, au rythme de la vie quotidienne d'un équipage de navire du XIXe siècle, avec souvent des traversées de plusieurs semaines pour aller (à la voile!) d'un point A à un point B... en espérant y rencontrer les baleines (les proies!). Chasse que Jules Verne avait déjà évoquée dans Un capitaine de quinze ans et dans 20 000 lieues sous les mers. La narration est de temps en temps interrompue par les prédictions (élucubrations?) de notre tonnelier, occasion de faire un point sur les "apparitions" recensées de serpents de mer: pp.70-72, une énumération de navires ayant cru rencontrer le grand serpent de mer se conclut en... 1875! Inattention de Jules Verne? S'il avait dû faire commencer sa fiction en 1863, je pense que c'est que le port du Havre a renoncé à armer des navires pour la chasse à la baleine en 1868.  

 

Relevons quelques épisodes marquants: pp.60-64, un homme à la mer en pleine tempête est sauvé alors qu'un requin allait l'engloutir. S'ensuit la capture de ce dernier (impression de déjà-lu... dans Les enfants du capitaine Grant, lors de la découverte de la fameuse bouteille qui contient un message). p.74, un navire étranger qui ne rend pas le salut (drapeau) ne peut être qu'un Anglais! On le retrouvera plus tard. p.86, un navire américain donne au contraire l'excellent conseil d'aller vendre la cargaison (des baleines ont été capturées, leur huile a été extraite...) à Vancouver (en évitant l'aller-retour vers Le Havre): cela (m'a) fait prendre conscience que cette "chasse" ne visait pas à procurer des "matières premières" indispensables à la France et à son industrie, mais bien à générer des profits financiers...). p.103: on découvre que l'or de la région de Vancouver coûte cher: les mineurs prétendent que, pour en récolter un dollar, il faut en dépenser deux! Je noterai encore que quand le matelot Rollat est précipité à la mer depuis la mâture, faute d'avoir été prévenu d'une manoeuvre (p.130), cela apparaît comme un "incident de mer" et c'est tout (aucune "recherche en responsabilité" n'est évoquée). 

 

Et le serpent de mer, me direz-vous? p.124, le tonnelier est bien mortifié quand une baleinière prouve que le "monstre" n'est... qu'une algue gigantesque. Cependant, pourquoi trouve-t-on de moins en moins de baleines, si ce n'est sous forme de cadavres aux blessures béantes? Comment un navire peut-il disparaître tout à coup en entraînant une partie de son équipage avec lui? Comment un autre peut-il s'échouer là où aucun écueil n'était connu, avant d'être désemparé et entrainé par une force irrésistible jusqu'à la banquise? Quand (p.251 ou 252) l'équipage du Saint-Enoch finit par regagner son port d'attache (vraisemblablement début 1865, si j'ai bien compté), qu'on ne vienne pas laisser entendre à Jean-Marie Cabidoulin qu'il s'est frotté à une éruption sous-marine suivie d'un tsunami: il reste persuadé d'avoir "vu la bête" (et jure bien qu'on ne l'y prendra plus à naviguer).

 

On peut trouver facilement le texte en .pdf, le livre original semble aussi exister en audiolivre (avis aux amateurs). Pour l'anecdote, j'ai vu qu'en décembre 2023, le département de Seine-Maritime (76) offrait une réédition du roman Le serpent de mer à chaque collégien. Le budget de cette opération, commencée en 2022 avec L'aiguille creuse de Maurice Leblanc, semble être de 100 000 euros. En 2024, a suivi le conte La belle et la bête de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont (je n'ai rien trouvé pour 2025). 

 

En tout cas, voici pour moi encore une triple participation, avec ce livre, aux challenge 120 ans Jules Verne (1828-1905)Book trip en mer (saison 2) de Fanja, et challenge 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie

 

(1) Comme disent des "Verniens" plus érudits que moi, "aucune notice biographique n'a pu être localisée" (note 17).

26 juillet 2025

Les champs de la lune - Catherine Dufour

Un fois n'est pas coutume, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais chroniquer un livre plutôt récent (2024), que je me suis offert après l'avoir aperçu sur divers blogs: le "journal de bord" d'une "fermière" sur la lune... C'était à la fois afin de participer à des challenges sur lesquels j'ai du retard, et pour le verser après lecture au système de prêt de livres de l'AMAP dont je fais partie!

Catherine Dufour, Les champs de la lune, Robert Laffont, Coll. Ailleurs et demain,
2024, 284 pages

 

Nous sommes manifestement dans plusieurs siècles (au XXIVe s.). Sur notre satellite, les colons, d'abord installés sous des dômes, n'ont pu s'empêcher de s'affronter en des guerres qui ont éclairci leurs rangs, avant de décider, sous la conduite de quelques "sages", d'opter pour une vie souterraine, en aménageant d'immenses tunnels de lave... devenant ainsi pleinement des "soulunaires". Des "animaux augmentés" (chiens, chats, qui parlent...) vivent avec eux. 

 

Celle qui nous raconte au fil des pages ces événements, El-Jarline, veille en surface au maintien en bon état de l'écosystème de sa "ferme" sous dôme. Le temps passe doucement au fil de ses rapports (sur une durée d'une dizaine de mois). Lorsque commence le livre, on vient de lui demander d'abandonner son style trop "sec" pour rédiger avec de vraies phrases. Pour cela, elle s'aide du contenu d'une bibliothèque qu'elle a téléchargée. Notre fermière reçoit de rares stagiaires (les enfants sont trop sensibles aux radiations) venus voir plantes et animaux, accueille (recueille?) cependant sous "son" dôme, pour un temps plus ou moins long, des enfants plus ou moins orphelins, des vieillards plus ou moins désorientés... 

 

Sa principale inquiétude, l'objet de ses alertes quotidiennes, porte sur les fragilités de son dôme (une fissure qui s'étend malgré toutes les consolidations effectuées en "duracier"), cependant que ces alertes ne provoquent strictement aucune action chez les "décideurs" (le dôme comme parabole?). Elle se préoccupe également de découvrir ce qui cause la "fièvre aspic", une espèce de "maladie du sommeil" qui décime les colons sélénites... Son enquête dérange-t-elle certains puissants personnages? Lors d'un long trajet pour visiter une autre cité, son "rover" est saboté (contrairement aux assurances qui lui ont été données, il ne sera pas réparé). Elle finit par trouver ce qui pourrait être un charnier (ou un grand cimetière sous la terre?). En son absence, le dôme subit une décompression fatale. 

 

Quand elle décide de quitter définitivement les lieux, ses collègues lui offrent un choix de quelques plantules, ainsi que quelques larves (chrysalides) d'insectes: de quoi re-créer un embryon d'écosystème... cependant que, dans le ciel, la Terre passe d'une image d'"orange bleue" à un globe gris. J'ai perçu les 23 chapitres de ce livre, au départ, comme un conte empreint de poésie, de lenteur, d'humanité. Mais le pessimisme se fait de plus en plus sentir au fil des pages, tirant l'oeuvre vers un roman d'anticipation amère, de la lecture duquel je ne suis pas, moi, ressorti exagérément optimiste sur le sort de l'espèce humaine... alors même qu'on finit par s'interroger sur la "part d'humanité" que porte en elle El-Jarline elle-même.

 

J'inscris ce billet comme ma première participation au XVIe Challenge Summer Star Wars "Andor saison 2" chez Lhisbéi, mais aussi comme nouvelle contribution au challenge Objectif SF 2025 chez Sandrine, ainsi que pour le 13e challenge de l'imaginaire proposé par Tornade

 

Keisha en avait parlé il y a quelques mois, Manou plus récemment. Les chroniques du chroniqueur l'avait longuement analysé l'an dernier. Citons encore Lhisbei... dont le billet contient plein d'autres liens! 

20 juillet 2025

Cargo Vie - Pascal de Duve

Une fois de plus, j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) pêché ce petit livre dans un bac de livres d'occasion dans l'une des librairies que je fréquente. Je ne connaissais pas du tout le nom de l'auteur (belge). 

Pascal de Duve, Cargo Vie, J.-C. Lattès, Le livre de poche N°13521, 1994 (EO 1993), 117 pages

 

L'ouvrage prend la forme d'un journal intime. "Ceci sera un journal de bord; ce sera aussi un journal de corps et un journal de coeur. On pourra le sous-titrer: "Vingt six jours du crépuscule flamboyant d'un jeune homme passionné"" (p.11). Il a été rédigé lors de deux traversées de l'Atlantique (l'aller puis le retour), à bord d'un cargo mixte (bananier avec passagers à bord), entre Le Havre et Les Antilles, par un jeune homme de 28 ans "bien sonnés" (p.10), du 28 mai au 22 juin 1992. Il regarde la mer, partage la vie des passagers lorsqu'il le peut, entre deux malaises (encéphalopathie) mais reste discret, passe du temps allongé dans sa cabine, écoute de la musique classique... Une fois arrivé aux Antilles, il passe des appels téléphoniques depuis des cabines publiques (ceux nés après 2016 ne pourront plus comprendre!).

 

Ses stances (présentes à chaque chapitre, sinon à chaque page), ses plaintes, ses regrets sont adressés à "E." Ils se sont connus 15 mois avant, ont vécu un an ensemble, jusqu'à ce que Pascal se fasse plaquer sans un mot. Une nuit, il balancera à la mer toutes les lettres ou photos d'E., "scellées" dans une boite à chaussures, comme prévu lors de son départ.

 

Ce texte est plein de poésie, et de philosophie également. Il ne manque pas de style, avec inventivité et prouesses langagières (jeux de maux et de mots). Pour ma part, je dirais que je l'ai lu d'un oeil plutôt distant. J'avoue avoir rigolé en lisant qu'à 18 ans l'auteur était brancardier à Lourdes et rêvait d'entrer au séminaire, puis que, faisant de l'alphabétisation au Caire aux côtés de soeur Emmanuelle, il s'était converti à l'*sl*m, avant que ses études de philosophie, et en particulier la lecture de la Critique de la raison pure de Kant, fissent de lui un agnostique très résolu. La recherche de l'Absolu... Il a fini sa carrière comme prof de philosophie (à enseigner à des gamins d'au mieux 10 ans (ou moins!) plus jeunes que lui). 

 

Lorsque "E." et lui se sont connus, tous deux, homosexuels, étaient séropositifs au VIH. "E." a abandonné Pascal dès que celui-ci est devenu sidéen. "Sida mon amour. Toi au moins tu me resteras fidèle jusqu'à la Mort" (p.84). Né en février 1964, Pascal de Duve est mort en avril 1993, il y a maintenant plus de 32 ans (il en avait 29). Les traitements antirétroviraux (trithérapie) sont arrivés en 1996. Pour la petite histoire, son frère est l'auteur de Tintin en Thaïlande

 

J'inscris ce livre (que je viens de terminer et qui quittera bientôt ma bibliothèque) à un seul challenge, le Book trip en mer (saison 2) de Fanja

Mais je vais en profiter pour caser quelques considérations sur la définition d'un "classique". J'apprécie que Nathalie ait choisi une "borne" constante (est classique ce qui a été publié avant 1970). Je pense que nous verrons bientôt l'époque où, pour de jeunes blogueurs et blogueuses, sera "classique" tout ce qui est paru avant leur propre naissance (bon allez, disons... jusqu'à la fin du XXe siècle, l'an 2000). "De mon temps" (quand j'ai commencé à lire, il y a plus d'un demi-siècle!), je crois que je considérais comme des "classiques" ce qui avait été publié avant la Seconde guerre mondiale (alors même que mes grands-parents en avaient vécu la publication, avec dans leurs bibliothèques des séries en éditions d'époque que je dévorais durant mes vacances). Mais tout le monde ne descend pas de dynasties d'enseignants... Pour tout ce qui a pu être écrit durant la SGM, je ne me posais pas trop la question (Romain Gary, Vercors, et d'autres, avaient commencé à écrire à cette époque, cependant que d'autres n'avaient plus publié après). Enfin, récemment, j'ai entendu une boutade dont je vais vous faire part: "un auteur classique? C'est un auteur qui est mort!". 

Asphodèle avait parlé de Cargo Vie en 2011, Madimado en 2013.  

15 juillet 2025

Voyage dans les Alpes - Alexandre Dumas

Cette fois-ci, mon billet porte sur un livre que j'avais (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) versé en début d'année dans une des bibliothèques partagées de hall d'immeuble que je fréquente, où je l'ai récupéré récemment, quelques mois après. J'avais en ce moment "besoin" d'un livre parlant des Alpes, et celui-ci m'a paru adéquat! 

Alexandre Dumas, Voyage dans les Alpes, Editions d'antan, collection jeunesse N°13, 1982, 185 pages

 

D'un point de vue matériel, ce "vieux livre" (1982), imprimé en Roumanie, ne contient pas beaucoup d'éléments permettant d'identifier l'éditeur (peu connu): une "collection jeunesse" qui parait contenir de nombreux livres du domaine public (20 titres en 4e de couverture, dont je crois avoir lu la plupart, même si les auteurs ne sont pas indiqués...). À se demander s'il ne s'agissait pas de mettre des "livres de prix" à bas coût à disposition des mairies pour leurs écoles... J'affabule (à partir de signaux faibles), bien sûr, faute d'informations crédibles - c'est l'époque qui veut ça! 

 

Plus sérieusement, voyons ce que nous raconte ici Alexandre Dumas. Les six chapitres et l'épilogue (constituent-ils des extraits ou du texte intégral? Je l'ignore) semblent provenir des Impressions de voyage [en Suisse] qu'il a publiés en 1833-34 et 1837. La page de titre est bien différente de la couverture. Le texte commence abruptement: "J'arrivai à l'Hôtel de la poste, à Martigny, vers les quatre heures du soir". Il y est déjà question de Chamouny [Chamonix]. Le lecteur sait (à l'époque) que la Savoie dépend alors du royaume de Sardaigne, cependant que Martigny est une ville du canton suisse du Valais. Notons qu'un repas dans une auberge suisse coûte quatre francs (ce que Dumas considère comme cher). L'aubergiste lui propose de l'ours: occasion d'un premier récit, sur la mort dudit ours (en tirant les dialogues à la ligne, ô feuilletoniste!). À la fin du repas arrive le guide qui doit le conduire à "Chamouny": accord est donné (p.25) pour partir le lendemain matin, à 5 heures.

 

Dumas décrit somptueusement le paysage (il passe par l'endroit même où un Anglais avait fait une chute vertigineuse et mortelle en 1831), mais n'est pas tendre pour le vin du Valais (fendant ou dôle, sauf anachronisme de ma part?) pris à l'étape: "On nous donna, au prix du bordeaux, une bouteille de vin du cru, avec lequel un Parisien n'aurait pas voulu assaisonner une salade, et que mon Valaisan vida voluptueusement jusqu'à la dernière goutte". Ils arriveront à destination à la nuit noire (la nuit tombant à 18 h 30?), après avoir fait "neuf lieues de pays, qui, sans exagération, en valent bien douze ou quatorze en France: c'était une bonne journée" (marche en montagne contre marche en plaine, je suppose). Avant cela, il avait noté "nous montions toujours, et déjà nous étions arrivés à sept mille à peu près [sic!], au-dessus du niveau de la mer". Je pense pouvoir restituer "sept mille pieds". Rappelons que la lieue vaut 4 kilomètres (et qu'un mètre vaut à peu près trois pieds). Le chapitre se termine après l'envoi d'une invitation à dîner envoyée à un certain Jacques Balmat, dit Mont-Blanc. 

 

Le troisième chapitre débute par une journée d'excursion à la Croix de Flegère (occasion de dire que les "guides", à Chamouny, sont organisés en "syndicat qui règle leurs tours de service" [premier de ce genre au monde, depuis 1821, ai-je vérifié]). Puis après quelques considérations géologiques fort datées (Dumas ignorait la tectonique des plaques...), le récit (pp.55-85) donne la parole au "Christophe Colomb de Chamouny", premier homme à avoir gravi le Mont-blanc aux temps historiques, de sorte que le roi de Sardaigne l'a autorisé à s'appeler Balmat du Mont Blanc. Attiré comme bien d'autres par la prime offerte par le Genevois Horace Bénédict de Saussure au premier qui trouverait le chemin du sommet du Mont-Blanc, c'est le 8 août 1786, après plusieurs tentatives tant individuelles que collectives, que Jacques Balmat entame avec son "témoin", le docteur Paccard, l'ascension décisive (et ce, sans les équipements de l'alpinisme du XXe siècle).

 

Au chapitre suivant (titré "La mer de glace"), nous retrouvons le guide du départ, dont nous avons appris le nom (Pierre Payot) au chapitre précédent. À lui la parole pour raconter, cette fois-ci, l'histoire de la première femme à être montée au sommet. Dumas la nomme Marie Paradis et l'histoire (expédiée en 7 pages) est placée en 1811. Il est ensuite question d'un malaise (que Dumas, qui en est victime, qualifie de "mal de mer") et d'accidents de montagne (suit un petit chapitre évoquant trois morts tombés dans une crevasse à la suite d'une avalanche en 1820). Il est à noter que d'autres sources attribuent la première escalade féminine à Marie Paradis et la datent du 14 juillet 1808. Un autre court chapitre titré "retour à Martigny"  clôt ce séjour de Dumas dans les Alpes (non sans avoir prouvé à son guide qu'il est doué en saut en longueur pour franchir un cours d'eau sans pont!). 

 

L'épilogue (pp.139-185) débute selon Dumas fin 1833 (alors qu'il s'occupait de "faire" [la pièce] Angèle), à Paris. Il s'amuse à inventer une étymologie fantaisiste pour la rue Bleu[e] où il s'apprête à emménager (à la suite d'un pari?). En tout cas, il reçoit dans son ancien logement un certain "Gabriel Payot de Chamouny", cousin de Pierre (p.144). Ce dernier lui conte son voyage à Londres, où il s'était mis en tête de livrer un couple de jeunes chamois, parce qu'un lord anglais de passage dans les Alpes avait exprimé le désir d'en payer "mille franc la pièce, rendus à [s]on parc", et avait "topé" pour ça (contrat oral scellé par une poignée de main). Au départ, notre Savoyard n'avait pas compris que l'Angleterre est une île... mais il en revenait royalement traité (avec un habit neuf et  cent guinées en poche - 2700 francs au lieu de 2000 - "frais de voyage!"), et tout content d'avoir eu la permission d'appeler la femme de son hôte "Mylady" tout court, au lieu de Madame Milady comme il le faisait d'abord...). Il apporte aussi à Dumas une lettre de Jacques Balmat, qui accuse bonne réception du premier volume des Impressions de voyage. L'après-midi, Dumas s'amuse à éberluer notre Savoyard grâce au "Diorama" et à ses images de Chamonix (dispositif qu'exploitait à Paris depuis 1822 Louis Daguerre, avec des images animées à base de toiles translucides peintes).

 

Sans transition, "il y a quelques jours" et séjournant alors à Syracuse, Dumas en triant sa (volumineuse) correspondance tombe sur deux lettres, l'une (de Balmat) lui apprenant la mort de Gabriel Payot, puis l'autre, du fils de Jacques Balmat, l'informant que ce dernier avait disparu en cherchant le filon d'or qui l'avait obnubilé toute sa vie (septembre 1834 - il semble que son corps n'ait pas été retrouvé). 

 

Avec ce petit bouquin "de jeunesse" d'Alexandre Dumas qui ne paye pas de mine mais aux pages fort bien troussées, je participe au challenge de CléantheEscapades en Europe - voyages dans les littératures européennes (thème de juillet: "La grande traversée des Alpes"), aussi qu'au challenge 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie.

12 juillet 2025

Les frères Kip - Jules Verne

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'avais jamais lu le roman ci-dessous, qui n'était pas disponible en "poche" dans mes "grandes années" de découverte de Jules Verne, il y a entre 40 et 50 ans. Alors quand j'ai aperçu ce titre dans une bouquinerie, aucune hésitation: il relèvera le challenge! 

Jules Verne, Les Frères Kip, Hachette (bibliothèque verte), 1938, 256 pages
(illustrations de J[acques] Touchet)

 

Les Frères Kip est un "roman tardif" de Jules Verne. Il a d'abord été publié en feuilleton (durant toute l'année 1902), cependant qu'il est paru en volume en fin d'année 1902 chez Hetzel. La première partie est toute d'aventures maritimes, la seconde tient du roman de procès avec erreur judiciaire. Dans ce roman très manichéen, le lecteur sait dès le début qui sont les bons ou les méchants. Les événements débutent en 1885 et se poursuivent en 1887, avec un dénouement expédié en quelques pages dans le dernier chapitre.  

 

En Nouvelle-Zélande, un navire anglais, le James Cook, est cloué au port faute de marins, après désertion d'une partie de l'équipage attirée par une ruée vers l'or. Son quartier-maître et l'âme damnée de ce dernier méditent de s'en emparer et se font charger par le capitaine Gibson du recrutement de quatre nouveaux marins... Page 31, j'ai appris l'existence du terme "calmir" (devenir calme, en parlant de la mer ou du vent - contrariant, pour un voilier). Divers retards ou événements contraires, donc, contrarient les projets des misérables. P.52, le quatrième chapitre fait apparaître les fameux frères Kip (hollandais), seuls survivants du naufrage de la Wilhelmina, de Rotterdam, l'ainé (Karl, 35 ans) officier de marine, l'autre (Pieter, 30 ans) chef d'entreprise, que le James Cook recueille sur l'atoll désolé où ils attendaient des secours depuis deux semaines. Les chapitres du feuilleton déroulent les péripéties: attaque de "sauvages", complot, assassinat du capitaine, nomination pour le remplacer, tempête, et pour finir, mutinerie qui échoue (chapitre 10) avant l'arrivée au port d'Hobart Town (capitale de l'Etat australien de Tasmanie). 

 

La seconde partie commence p.119 et compte 15 chapitres. Les mutins sont jugés alors que les Frères Kip et les armateurs témoignent contre eux, quand - coup de théâtre - le quartier-maître Flig Balt (éphémère capitaine accusé de mutinerie après son remplacement par Karl en pleine tempête) accuse les deux frères du meurtre de l'ancien capitaine, resté inexpliqué, preuves à l'appui - preuves construites de toutes pièces  par le sournois Vin Mad, son complice dans l'assassinat, comme sait bien le lecteur. Les Frères Kip échapperont de justesse à la peine capitale grâce au soutien de l'armateur, seul à douter de leur culpabilité, mais seront condamnés au bagne à perpétuité. Le récit alterne ensuite leur vie au bagne (diverses péripéties), la poursuite de l'enquête à la demande de leur soutien qui espère la révision de leur procès, jusqu'à leur évasion à l'insu de leur plein gré par un concours de circonstance (à bord de l'Illinois, navire américain venu arracher deux "fenians" au bagne), avant leur retour d'Amérique vers Hobart Town pour se livrer en témoignage de leur bonne foi. Le dénouement est expédié en deux pages. C'est une improbable chambre obscure qui révèlera la vérité. Les misérables matelots sont rattrapés par la patrouille (sous forme d'un aviso britannique) alors qu'il se livraient à la piraterie dans les Îles Salomon. Certains sont tués, et il n'est pas exclu que le plus canaille ait fini kai kai

 

Comme dit plus haut, ce roman a été publié en 1902. mais on sait que depuis la guerre de 1870, Jules Verne avait l'habitude d'avoir des "textes d'avance". Impossible donc pour moi de savoir à quand exactement remonte la rédaction de celui-ci (aujourd'hui, cette information ne remonte en tout cas pas facilement quand on fait une recherche en ligne). L'exégèse des spécialistes verniens dispose certainement de documents auxquels je n'ai pas accès (liste de titres avec dates, évocation dans correspondance...), peut-être même publiés dans des articles ou des livres dont les textes ne sont pas disponibles facilement sur internet. On y trouve cependant que Jules Verne s'est sans doute inspiré de l'affaire des "frères Rorique", aventuriers condamnés à mort par un tribunal de Brest sous accusation d'empoisonnements de marins à bord d'une goélette en Polynésie au début des années 1890, avant qu'il soit révélé que leur fausse identité dissimulait celle des frères Degrave, d'une honorable famille belge. Pour ma part, l'emploi à plusieurs reprises en fin d'ouvrage du terme de "révision" d'un procès, que la France de l'affaire Dreyfus connaissait depuis 1896 (et la demande de l'épouse du capitaine Dreyfus), ainsi que le décès du frère de Jules Verne, Paul, en août 1897, m'amènent à me demander si ce n'est pas de cette année 1897 que daterait le début de la rédaction? 

 

Dès 2013, dans son blog Les trucs du grenier, Bishopkiller donnait un excellent résumé du roman. 

 

Je fais en tout cas triple participation avec ce livre, pour mon challenge 120 ans Jules Verne (1828-1905), pour le Book trip en mer (saison 2) de Fanja, et bien sûr pour le challenge 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie

 

PS: aujourd'hui, je viens juste de découvrir que certains des romans de Jules Verne sont dans la Pléiade (15 titres, dans 5 -épais- volumes parus entre 2012 et 2024)! Pour ma part, pour une prochaine participation, je me contenterai d'un ou deux petits serpents de mer...

7 juillet 2025

C'est la faute à la société... - Wolinski

Cela faisait quelque temps que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'avais plus "traité" Wolinski dans mes "chroniques du 7". J'ai emprunté le sujet de mon article en bibliothèque, et je me suis dépêché de finir par le chroniquer la veille du jour où je devais soit le rendre, soit en prolonger l'emprunt en ligne, soit me résigner à commencer à faire tourner le moulin à amendes. 

Wolinski, C'est la faute à la société..., Albin Michel, 2006, 66 planches
(il y a un peu plus de pages, mais pas de numérotation de pages pour cet album...).

 

Avant même de rédiger cet article, je me disais que cela faisait plusieurs mois que je n'avais pas chroniqué un livre plutôt qu'un recueil de BD ou de dessins de presse. Hé bien, on ne peut pas dire que l'ouvrage du jour soit un roman, mais... Wolinski fait du Wolinski! Certaines pages (pas toutes!) sont comme de longs monologues avec fort peu de dessin à part le ou les personnage(s) qui s'exprime(nt). 19 de ces planches sont en couleurs. On trouve des "histoires" en une seule planche (comme ci-dessous), d'autres en "double-page" (jamais davantage).

Le texte m'est apparu comme très bavard, et très philosophique (du Wolinski, disais-je!): des personnages bien typés, qui parlent, parlent, parlent. Parfois Wolinski y met du sien, d'autres fois ce sont des caricatures. Dieu lui file même un coup de main pour finir une page pour Charlie! J'ai adoré la planche sur le psychothérapeute, tellement désemparé par l'arrêt de son couple client (au bout de six mois, ils ne voyaient aucun changement, donc aucune raison de continuer à payer leurs séances)... qu'il est prêt à les payer pour poursuivre la cure: génial et bien amené! Ailleurs, à une double page "C'était pas mieux avant!" répond, bien plus loin dans l'arum, celle qui affirme au contraire "C'était mieux avant!". J'ai trouvé très réaliste celle titrée "Ma vie" montrant toute la gamme de réaction d'un éditeur face à un diariste lui apportant son manuscrit...". Quelques rares pages sont vraiment trash (je vous en fais grâce).

Sondages et questionnaires... Deux pages d'exemples parmi d'autres présents dans l'album. 

Evidemment, un article "hommage" aux morts de Charlie Hebdo ne peut omettre la double-page ci-dessous. Une autre, titrée "Caricatures", montre un débat entre (les) trois versions de "Dieu" (celles des trois grandes religions monothéistes...), je vous en fais également grâce.

L'extrait ci-dessous provient d'une double-page titrée "J'arrête". 

Avec cette manière de Wolinki de travailler par planches entières ayant une unité, le "quota" de 10% de citations maximum est très vite atteint... Je ne peux que vous inciter à découvrir vous-même l'album, pour en savoir davantage, par exemple, sur la manière dont l'auteur traite les "déclinologues", ici ou là... Parfois, on nage dans le burlesque. La page du quidam entrant dans un magasin pour acheter un bonnet en plein hiver est franchement comique (les "saisons" de la mode ne correspondent pas forcément aux "besoins" des consommateurs...)!

 

Certaines planches sont manifestement parues dans Charlie. Pour d'autres, c'est moins évident (Paris Match, peut-être?). 

 

Cet album a été réédité par la suite chez Glénat. En cherchant des blogs en ayant parlé (1), j'ai trouvé un intéressant entretien (2) légèrement antérieur à l'album, dont j'extrais une citation: "Militant, ça ne va pas avec l’humour. Un humoriste ne peut être qu’anticlérical, de gauche, et non militant. Il peut avoir des convictions, mais des croyances, non."

 

(1) Je n'en ai pas trouvé: toujours ce foutu "Certains résultats peuvent avoir été supprimés conformément à la loi européenne sur la protection des données."...

(2) Propos recueillis le 1er juillet 2005, à Paris, par Jean-Pierre Mercier. Cet entretien est paru dans le numéro 12 de 9ème Art en janvier 2006. 

 

*** Je suis Charlie ***

3 juillet 2025

Le marin à l'ancre - Bernard Giraudeau

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) d'abord repéré le titre et le nom de l'auteur dans le bac à livres d'occasion. Quand je l'ai pris en main et ai regardé la 4e de couv', j'ai compris que ce n'était peut-être pas totalement un livre de "navigation". Mais bon, je me le suis offert quand même... et ne le regrette pas. 

Bernard Giraudeau, Le marin à l'ancre, Points N°P1041, octobre 2010, 269 pages
(copyright Ed. Métailié, 2001)

 

Quel contenu, alors, pour Le marin à l'ancre? Bernard Giraudeau (1947-2010) envoie à son ami Roland, cloué par la maladie dans un fauteuil roulant, des dizaines de lettres lorsque lui-même voyage aux quatre coins du monde, pour une préparation de film, un tournage, des vacances, entre 1987 et 1997... Il s'agit donc du "partage" de récits de voyages: celui qui est mobile raconte à celui qui l'est moins. L'édition "Points" est sortie deux mois après la mort de Bernard Giraudeau des suites d'un cancer combattu pendant 10 ans. 

 

Avant de devenir l'acteur que l'on a connu, Bernard Giraudeau, petit-fils d'un "cap-hornier", s'était engagé dans la Marine nationale à 16 ans (en 1963): il a d'abord suivi les cours de l'école des apprentis mécaniciens de la flotte, à Toulon (été donc "arpète"?), avant de naviguer durant 7 ans, d'abord (durant deux ans) sur le tout neuf porte-hélicoptère école Jeanne d'Arc, puis sur une frégate et enfin sur le porte-avion Clemenceau. Il a 22 ans quand il quitte la Marine, avec deux tours du monde à son actif. 

 

Si l'ensemble du livre n'est pas consacré à cette vie de marin, j'y ai cependant relevé un certain nombre de souvenirs distillés au fil des ans et des envois. Comme, p.38, ceux de l'attente de l'escale à Madagascar (Diego Suarez) alors qu'on est en mer (en salle des machines), qui se savourait, tellement différente d'une arrivée "brutale" en avion. Ou, plus loin, deux histoires de jeune marin en bordée (à 17 ans) et de femmes... dont il n'a pas forcément compris qu'elles attendaient de l'argent (je rappelle que les lettres sont écrites plusieurs dizaines d'années plus tard). Ou cette histoire de drame passionnel, quand un officier en principe retenu ailleurs trouve son collègue et ami en position délicate avec son épouse. Il rappelle encore que c'est sans doute Daniel Defoe qui a inventé le "mythe" du repaire de pirates et république démocratique Libertalia, toujours à Madagascar (p.50). 

 

Les lettres sont datées et donnent des lieux d'envoi très variés: La Rochelle, Belgrade, Chypre, Cap Juby, Saint-Denis de La réunion, Sotchi, Quito, Saint-Louis du Sénégal, et bien d'autres... parfois avec plusieurs dates. On est touché par l'injonction du copain immobilisé, qui dit à un moment à l'épistolier: "tire-toi, tu me raconteras, j'ai besoin de voyager, je m'encroûte. Il y a un petit moment que tu n'es pas parti". Une dernière lettre, datée de février 2001, introduit le livre. 

 

J'ai encore relevé, p.82-86, une jolie histoire sur le Japon: lors d'un appareillage de la Jeanne qui va quitter le Japon, sous la neige, tout l'équipage au garde-à-vous sur le pont malgré l'absence de public sur le quai, arrive un gros bouquet porté par une minuscule Japonaise... pour son amour qui part. Scène chaplinesque de l'arrivée du "bouchon-gras" (mécano) le plus laid du bateau - il trébuche en descendant la "passerelle" enneigée -, que la fille était navrée de voir partir (sans retour), ce qu'elle lui témoigne désespérément sous les yeux z'émus de l'équipage et pressés du commandant... "Ne me demande pas si l'histoire s'arrête là. Elle s'arrête là, générique de fin. Il n'y a pas de suite, jamais, chez les marins".

Survolant (p.92) le Cap de Bonne espérance (Afrique du Sud), Bernard Giraudeau imagine brièvement un trois-mâts filant grand largue sur la route des Indes...

 

La longueur des courriers va d'une seule page (pour les plus courts), jusqu'à des textes comportant plusieurs parties et plusieurs pages. Il y  raconte ses histoires d'acteur, de tournages, entremêlés à des souvenirs de son temps de jeune marin... de ports en îles et d'îles en ports. Un passage à Marseille va évoquer le souvenir de Saint-Mandrier, avec les hâbleries adulescentes des jeunes marins camarades de chambrée... Ailleurs encore, quelques souvenirs d'escale de la Jeanne aux îles Marquise, à l'ancre et non à quai, en l'absence de port... et encore une fille. Escale à Manille (à 17 ans), où le jeune marin de 17 ans s'est retrouvé raccompagné à bord manu militari (après séjour au casino local). 

Même si ce n'est pas du ressort de la marine, j'ai bien apprécié le récit de la manière dont, 30 ans plus tard, invité à un festival cinématographique aux Philippines, il a réussi à "mettre en scène" sa remise à Imelda Marcos d'une liste de prisonniers politiques (avec pour résultat sa propre expulsion dès le lendemain). 

Sur une douzaine de pages (pp.229-241) et en plusieurs lettres (dont l'une écrite lors d'un trajet en bateau), il n'est pratiquement question que d'histoires de marins, entre le bizutage un peu violent pour l'un, ou le "quartier-maître" poursuivi d'escale en escale par l'hydravion d'une dame de Balboa...

 

C'est p.178 qu'il parle de "marin à l'ancre" et de "marin d'encre", ce qui m'a incité à creuser la polysémie du titre: un navire "à l'ancre" c'est un navire au mouillage (qui n'est pas en train de tailler sa route); mais cela peut aussi être le marin qui s'adresse à "son" ancre, celle qui, elle, ne bouge pas, quand lui part faire le tour du monde. Je ne citerai même pas pour mémoire (c'est juste de l'homophonie) l'encre qui permet au marin d'écrire s'il en a...

 

Et puis arrive cette dernière année 1997 où Giraudeau caresse de plus en plus, au fil des mois, l'espoir fou d'emmener son copain et le fauteuil où il est cloué jusqu'aux îles Marquise, avec l'aide de la Royale... Roland est mort cette année-là, il avait 53 ans. 

 

Géraldine avait parlé il y a quelques années de ce livre en version audio (non intégrale) lue par Giraudeau lui-même.

 

Je ne sais pas si Fanja acceptera (ou non) ce titre, grâce à tous les points que j'ai montés en épingle, pour son Book trip en mer (saison 2). Quoi qu'il en soit, je ne regrette nullement le temps passé à lire cet ouvrage qui m'a touché. Pour moi, il fait écho tant à Debout! de Grégory Perrin que j'avais chroniqué jadis, qu'à L'homme qui marchait dans sa tête de Patrick Ségal... qui fait, lui, partie de ces innombrables livres depuis le début de l'année dont j'ai lu quelques dizaines de pages, sans aller ensuite jusqu'à décider qu'il fallait que j'investisse le "temps de lecture" nécessaire pour en venir à bout (avec ou sans billet subséquent). Sans oublier le film Le ruffian (1983), où Bernard Giraudeau joue le rôle du paraplégique auquel son vieux copain (Lino Ventura) rêve de rendre l'usage de ses jambes... 

 

27 juin 2025

Romans préhistoriques - J.-H. Rosny aîné

Voilà un volume qui me (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) permet de bien débuter la troisième édition de mon challenge Les épais de l'été (2025). Cet ouvrage peut aussi participer aux challenges Les pavés de l'été 2025 chez Sibylline, 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie, et (pour ma première fois) Quatre saisons de Pavé - Eté chez Moka. J'ai été tout content d'apercevoir ce volume sur le comptoir de la bouquinerie où je m'apprêtais à payer quelques 6 ou 9 bouquins à 0,20 euros à l'unité, mais vendus 50 centimes par trois...

J.-H. Rosny Aîné, Romans préhistoriques, Robert Laffont, coll. Bouquins, 1985, 720 pages
(jusqu'à la Table des matières incluse)

 

Ce volume contient 10 titres (détaillés ci-dessous). La couverture est créditée: Photo Roger-Viollet. "Age de pierre" par Paul Jamin, 1899. Ses 720 pages coûtaient, en "neuf" à l'époque, 95 FF [soit... 14,48 euros en 2002, lors du passage vers notre actuelle monnaie].

Cela faisait des années que je souhaitais relire Les Xipéhuz. Alors, même 10 euros pour 720 pages de récits divers, ça m'allait tout à fait. Outre Les Xipéhuz, j'ai aussi lu et relu, au fil des ans depuis mon enfance, La guerre du feu et Le félin géant. Les autres textes ont été une découverte. Un "Avertissement" explique que les oeuvres ont été regroupées en deux sections, la première réunissant les cinq romans préhistoriques au sens précis du terme, la seconde rassemblant cinq nouvelles, dont deux appartiennent au genre "préhistorique" cependant que les trois autres illustrent la manière dont l'auteur a opéré la synthèse entre préhistoire, aventure et science-fiction... 

 

Les textes contenus dans ce recueil d'éditeur ont été publiés sur une durée totale de 43 ans, entre 1887 et 1930. Il s'agit d'oeuvres d'inégale longueur, simple nouvelle ou vrai livre (parfois paru en feuilleton avant d'être repris en volume). Sa préhistoire, c'est du brutal, ça se massacre beaucoup, bien loin des représentations idéalisées de communautés harmonieuses de chasseurs-cueilleurs célébrant la déesse-mère sous l'égide de matriarches bienveillantes davantage à la mode dans des oeuvres du XXIe siècle. Je prends les textes dans le désordre, et commence par ce qui reste sans doute le roman le plus connu, encore aujourd'hui, de J.-H. Rosny aîné. J'indique à chaque fois la pagination dans le bouquin (mais à chaque fois sans compter la page de titre).

 

On connaît l'histoire de La guerre du feu (1909), qui figure dans le recueil pp.205-337. "Les Oulhamr fuyaient dans la nuit épouvantable. (...) le Feu était mort". Ces premières lignes peuvent rester gravées, plusieurs décennies après, dans la mémoire de lecteurs qui les avaient découvertes gamins, au même titre que le "Longtemps, je me suis couché de bonne heure" (Du côté de chez Swann), le "Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France" (Mémoires de guerre), ou "Je suis né dans la ville d'Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers" (La gloire de mon père). Pour partir à la conquête feu (que la tribu des Oulhamr ne sait pas produire, mais seulement conserver dans des "cages à feu"), le héros, Naoh (fils du léopard), va partir avec deux jeunes acolytes qu'il se choisit dans une direction opposée à celle que perdra son rival, Aghoo-le-velu, brute que ses deux frères aident à tuer tous ceux qui s'opposent à sa volonté. L'enjeu? La succession, le moment venu, du chef Faouhm, et sa nièce, Gammla (sans donner des haches, des cornes, des coquilles ni des fourrures!...). S'ensuivent 130 pages d'aventures, lors desquelles ils croiseront bien des tribus (les Kzamm mangeurs d'hommes, les hommes-au-poil-bleu, les nains rouges, les hommes-sans-épaules [Wah], les mammouths...) avant la fin attendue... 

Jean-Jacques Annaud en a tiré un film fameux (notamment pour ses éléphants déguisés qui se bouffaient leur toison de mammouth sur le dos!). 

 

Le félin géant (1918), pp.341-452, est le prolongement, à une génération de distance, de la guerre du feu. Aoûn (fils de l'urus) qui descend de Naoh (fils du léopard), appartient, selon la coutume, au frère de sa mère, même s'il préfère Naoh. Son meilleur (son seul?) ami dans la tribu, Zoûhr, est le dernier descendant de la tribu des Hommes-sans-épaules exterminée par les Nains-rouges. Un tremblement de terre va leur ouvrir la voie vers de nouvelles terres inconnues des Oulhamr... et les entraîner à l'aventure, pour affronter serpent géants, lions, tigres, ... voire même découvrir d'autres humanités ("lémuriens", Hommes du feu [Chelléens], tribu des femmes [Louves]?). Comme souvent, Rosny aîné énumère à longueur de pages végétaux et animaux. Et le félin géant? Il jouera le même rôle que les mammouths avaient joué pour Naoh! 

Bon, c'est vrai que notre XXIe siècle a connu, avec l'ADNologie, quelques bouleversements par rapport aux connaissances sur l'humanité préhistorique telle qu'on se l'imaginait entre 1888 et 1930... Néanderthal, Sapiens, Denisoviens, Florès, Erectus, Australopithèques, Paranthropes, Nadali, ... aujourd'hui encore disputés pour certains, seront certainement (re)mis en cause par de nouvelles découvertes dans les décennies à venir!

 

Varimeh (1892), pp.19-97, commence par "C'était il y a vingt mille ans". Combat entre fauves, puis du fauve vainqueur et d'un homme... Notre héros, Varimeh (fils de Zom), fait partie d'une horde troglodyte. Artiste, il aime bien partir pour de longues explorations solitaires, ce qu'il fait dans le chapitre IV. Dans le chapitre VI, il croise une jeune femme étrangère (la belle Elem), et, sans aucune hésitation, l'enlève. La tribu de celle-ci les poursuit et la récupère. Il vient la reprendre au chapitre XIV. D'autres "hominina" (comme on ne disait pas au temps de Rosny!) sont rencontrés... Puis encore la guerre (pas dix ans, tout de même!), et enfin la paix (et, très certainement, ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants). 

 

Elem d'Asie (1896), pp.571-611, après un premier chapitre et le début du deuxième, sauf erreur, identiques, aux titres près, à celui de Varimeh, résume, en quelque sorte, mais surtout abrège, l'épopée du texte précédent. 

 

Helgvor du fleuve bleu (1930), pp.455-567, se déroule au temps de l'âge du bronze. L'histoire commence avec une éruption volcanique. Pour la calmer, un sacrifice humain est prévu par la tribu des Tzoh. La jeune Glâva (fille de Wôkr) décide de fuir pour y soustraire sa grande soeur Amhao qui devait être immolée. De son côté, Helgvor (fils de Chtrâ), d'une autre tribu, celle des Ougmar (qui a jadis affronté les Hommes de la pierre, dont les armes, plus redoutables que les haches de pierre et les massues de chêne, sortaient du feu), est en reconnaissance, accompagné de deux chiens, d'un loup et d'un enfant. Les deux chemins, bien entendu, vont se croiser. Combats... Intervention de clans d'hommes anciens... Il y eut des jours et des nuits (sic! p.544). Pour finir, Helgvor tuera en duel un rival pour gagner Glâva!

 

Nomaï (1897), pp.615-625. Un meurtre avec préméditation tourne le mieux du monde. Cherchez la femme... (une fois de plus!). 

 

La grande énigme (1920), pp.655-658, constitue un court récit fantastique, une sorte de "vision"... 

 

Eyrimah (1896), pp.101-201, se déroule, "il y a 6000 ans environ", dans la Suisse actuelle, chez ces "lacustres" dont nous savons aujourd'hui qu'ils n'étaient qu'une vision romantique de "villageois" qui construisaient leurs huttes sur les rives des lacs, et non sur pilotis "dans" ceux-ci. Encore une guerre entre deux "types" de populations, les grands blonds d'une part, les bruns, courts de taille et à la tête large, d'autre part (oui, les "types" tiennent une grande part dans ces oeuvres - et je n'aime guère le mot "race" qui y est employé à foison). Ici, c'est une apothéose guerrière. Nous allons avoir une véritable tentative d'invasion, avec défense de bastions d'abord victorieuse, puis retraite en bon ordre, recherche d'alliés et de renforts des deux côtés, des généraux plus ou moins bons tacticiens voire stratèges, des morts par centaines sinon par milliers, - pour au final aboutir à la paix et au statu quo ante bellum, avec à la clé au moins deux mariages mixtes... Tout ça pour ça.

 

Les hommes sangliers (1929), pp.661-684, a sans doute choqué, à l'époque. Ce qui commence comme une aventure épique à la Gustave Aymard, située dans les arrières-pays sauvages de Sumatra, tourne quand même aux mésaventures d'une jeune fille ("jufvrouw", en néerlandais?) quand elle se trouve séparée de ses compagnons d'expédition. Et là, il est quand même question de v...s! Ô innocence...  

 

Les Xipéhuz (1887), pp.629-652, représente semble-t-il le tout premier récit "d'anticipation" mettant en scène un affrontement avec une civilisation inhumaine (mais pas forcément "extraterrestre"). L'apparition, puis l'expansion mortelle pour les humains de celle-ci amène ceux-ci, "mille ans avant le massement civilisateur d'où surgirent plus tard Ninive, Babylone, Ectabane", à réagir par une véritable guerre d'extermination, au prix de nombreuses vies humaines, pour anéantir jusqu'au dernier les Xipéhuz. 

J'avais lu en bibliothèque, il y a plusieurs décennies, ce récit dans une édition qui contenait aussi La mort de la terre (ce dernier récit de SF m'avait davantage marqué, mais, lui, je l'avais retrouvé il y a bien des années déjà).

La partie "Documents" termine l'ouvrage, de la p.687 à la page 720. 

 

J'ai prêché d'exemples (mais ai-je convaincu?) avec une manière intéressante de surmonter le défi des 700 pages: non pas un texte suivi, mais un "bouquin" contenant plusieurs titres...

 

Né en 1856, J.-H. Rosny aîné (de son vrai nom Joseph Henri Honoré Boex) est mort en 1940. Quand je le lisais pour la première fois, il s'était écoulé 35 ans au plus depuis son décès, et son dernier roman "préhistorique" datait seulement de 10 ans avant sa mort (ce qui étend l'intervalle jusqu'à 45 ans)... Au total, bien moins que le nombre d'années que je compte moi-même aujourd'hui! Longueur du temps...

25 juin 2025

Le grand pavois - Roger Vercel & Jean Raynaud

Voici encore un bouquin que j'ai chiné il y a quelques jours en me disant (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) que sa lecture pourrait sans doute aboutir sans trop de peine à un nouveau billet pour deux challenges... 

Roger Vercel & Jean Raynaud, Le Grand Pavois, Presse Pocket N°252, DL 1965 (copyright 1953, éditions France Empire), 185 pages

 

En fait, dans l'avant-propos, il est question du scénario d'un film homonyme, Le Grand Pavois (que je n'ai jamais vu), sorti en 1954. Les deux auteurs ont retravaillé leur scénario, pour en tirer ce qu'on appelle aujourd'hui une "novelisation", avec la possibilité d'approfondir leur récit avec des éléments qui n'avaient pu être intégrés lors du tournage. L'ambition du film, comme du livre, est d'évoquer la vie de quelques élèves de l'Ecole Navale (futurs ingénieurs / officiers de marine) lors de leur "croisière de promotion" à bord du croiseur-école qui doit les préparer à leur future carrière (dans ces années 1950). Et d'évoquer aussi, par le canal de la vie de tels ou tels de leurs "instructeurs", ledit métier d'officier de marine.

L'auteur de l'illustration de couverture de ce "Presse Pocket" n'est pas crédité. Son style me fait songer à Antonio Parras, illustrateur et bédéiste... mais à l'époque de cette édition du livre (1965), celui-ci travaillait pour la concurrence (beaucoup de couverture de la collection "J'ai Lu / leur aventure" lui sont dues...). En tout cas, cette illustration (une jolie femme en belle robe qui regarde d'un oeil enamouré un beau galonné protecteur) paraît un brin surannée quand on la regarde aujourd'hui. 

 

Début de l'histoire: une mère de famille doit laisser le grand logement qu'elle loue à l'année en bord de mer pour aller vivre ailleurs en "pension de famille" durant les trois mois d'été: elle n'a pas les moyens de payer le prix en "location saisonnière", puisqu'elle est mère au foyer et que le ménage repose sur le seul salaire du mari, officier de marine (un beau métier qu'il aime, mais un sacerdoce qui implique des contraintes à accepter par l'épouse!). Une de ses amies a, elle, convaincu son propre mari (qui était également officier de marine) d'accepter un poste bien mieux payé, à terre, dans l'industrie en plein essor de ces années des "Trente Glorieuses". Tentation...

Le mari marin passe, en coup de vent, annoncer tout content qu'il a obtenu un beau poste: il va devenir "instructeur" lors de la croisière annuelle du croiseur Jeanne d'Arc (1931-1964) où embarque tour à tour chaque promotion de futurs officiers de marine, pour une croisière de longue durée (sept mois). Il est tout content. Son épouse comprend surtout qu'il sera absent durant sept mois. Un jeune homme de leur connaissance va, lui, embarquer comme "midship" (élève) à bord. Il est fiancé, pour sa part (mais il rêve donc d'épouser ce fameux métier). Le film, comme le livre, racontent la croisière, ses péripéties (vue par le "poste" où vivent ce midship et une dizaine de ses condisciples, parmi les 100 à 150 élèves à bord, et les officiers qui les instruisent tout en assurant la bonne navigation du navire (dont la mission est aussi de représenter la France lors de ses escales à l'étranger). Des choix devront être faits par chacun des personnages... 

 

J'ai trouvé que ce livre était vraiment "anglé" sur le métier des "officiers", quitte à laisser dans l'ombre le rôle pourtant essentiel de leurs subordonnés, "officiers mariniers" (correspondant aux "sous-officiers" dans les autres armées, de terre comme de l'air) et matelots, pourtant indispensables, eux aussi, à la Marine, et dont chacun a ses motivations pour accepter "d'entrer dans la carrière" tout en fondant une famille à côté. À l'époque (années 1950), il n'était pas question non plus que des femmes embarquent à bord des navires de guerre (même si les premières "marinettes" ou "personnels féminins de la marine" ont servi durant la guerre de 1940 - à terre, et de préférence dans des services administratifs non combattants). Les premiers embarquements ont eu lieu dans les années 1970. Aujourd'hui, il n'y a théoriquement plus de différence entre militaires masculins et féminins (accès aux grades, aux postes, etc.). Le dernier "bastion", celui des sous-marins nucléaires, a récemment accueilli ou va prochainement accueillir ses premières sous-marinières. Pour sa part, l'écrivain Roger Vercel (1894-1957) dont j'ai déjà évoqué d'autres livres maritimes n'a jamais été marin, ni a fortiori marin de la marine nationale. Je n'ai guère trouvé d'informations sur le co-auteur Jean Raynaud (1910-1996), si ce n'est qu'il était capitaine de frégate honoraire et directeur des collections Marine aux éditions France-Empire (selon le catalogue de la BnF). 

 

Quand le croiseur Jeanne d'Arc cité dans le livre a été désarmé (en 1964, après une ultime grande croisière en 1963), la suite (croisière de dernière année pour les élèves de "Navale" et quelques élèves d'autres Grandes Ecoles) a été prise par le "porte-hélicoptère école" Jeanne d'Arc (il a aussi repris le nom "de tradition"), resté en service sur cette mission, lui, de 1964 à 2009. De nos jours, depuis 2010, les "missions" Groupe École d'application des officiers de marine (GEAOM), appelées par tradition "Missions Jeanne d'Arc", sont assurées alternativement par l'un des trois PHA (porte-hélicoptère amphibie) français (Mistral, Tonnerre, Dixmude) [voir Wikipedia consulté le 24/06/2025]. La mission 2025 est en cours, selon la communication du Ministère des armées

 

Dans Le Grand Pavois, il est aussi question des perspectives prometteuses de renouvellement des vieux navires de guerre hérités de la Seconde Guerre Mondiale (ça se déroule avant la défaite de la France en Indochine, a fortiori avant le vrai début des "événements" en Algérie), que nos héroïques officiers pourront espérer commander. En ce qui concerne les "contemporains" en activité dans la Marine à l'époque de l'oeuvre (début de carrière ou quelques années de plus), ils sont désormais en retraite voire déjà décédés je suppose, et ce ne sont même plus leurs enfants mais peut-être leurs petits-enfants voire leurs arrières-petits-enfants qui sont susceptibles de naviguer aujourd'hui!

À quand un nouveau livre, sur des thèmes un peu moins datés que les "problèmes de couples" où l'homme vit pour son métier pendant que l'épouse-mère élève les enfants à terre, pour raconter une "mission Jeanne d'Arc" contemporaine, en sous-entendant "engagez-vous, rengagez-vous" dans la Marine?

 

Le Grand Pavois, vieux bouquin instructif à lire sur la France d'il y a 70 ans, peut en tout cas participer au challenge Book trip en mer (saison 2) de Fanja ainsi qu'au challenge "2025 sera classique aussi" organisé par Nathalie

18 mai 2025

Ocean's Songs - Olivier de Kersauson

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) débute mes participations à la saison 2 du Book trip en mer de Fanja avec un petit ouvrage trouvé hier par hasard dans un Circul'livres parisien et dévoré très vite (la langue en est magnifique). 

Olivier de Kersauson, Ocean's Songs, Arthaud Poche / J'ai Lu 9205,
2010 (Copyright Le cherche midi 2008), 188 pages

 

Ocean's Songs: chansons (ou chants) de (sur, au sujet de?) l'Océan... Le navigateur bien connu, Olivier de Kersauson, livre ici souvenirs et réflexions sur sa "carrière" (qu'il a fait le choix de creuser) de "marin du large". En fin du livre, après la douzaine de chapitres plus ou moins longs, six pages suffisent à lister son "relevé de navigation", depuis les années 1967-68 sous le commandement d'Eric Tabarly pour qui il a demandé à faire son Service national dans la Marine, jusqu'aux années 2007-2008 sur lesquels se termine l'ouvrage (il a depuis écrit encore près d'une dizaine de livres, dont en 2012 un Ocean's Song 2 que j'ignorais lorsque j'ai commencé ce billet, mais sur lequel je tâcherai de mettre la main prochainement!).

 

Il commence par parler, de manière quelque peu elliptique, d'"Eric", et il faut être capable de restituer "parce que c'était lui, parce que c'était moi". Je me suis même un temps demandé si c'était parce que les avocats de Tabarly pouvaient se montrer chatouilleux sur l'utilisation indue du patronyme... mais il apparaît p.70. Plus loin, il explique que c'était en traversée sur un ferry qu'il a appris de la bouche du capitaine la disparition en mer de son mentor et ami.

 

Kersauson explique dans son avant-propos que l'idée de ce livre est né "quatre ans plus tôt", quand il a accueilli à bord de son Géronimo les deux fondateurs de Google: eux ont "apporté le monde" à chacun chez soi, quand lui avait décidé, dans sa jeunesse, de le "courir" lui-même, avec l'idée qu'une guerre prochaine risquait de l'empêcher de profiter de sa vie, comme cela avait été le cas pour les générations qui l'avaient précédé, de 1914 à la guerre d'Algérie (né en 1944, il avait 18 ans en 1962, en pleine guerre froide). Recherche ou fuite, lui a fait le choix de courir les mers sur des voiliers taillés pour la course et les records, comme équipier puis second d'abord, comme capitaine ensuite. 

 

Il égrène ici des souvenirs et une philosophie de vie. Les contraintes concrètes de son "métier" (trouver les financements et les sponsors pour créer les bateaux "compétitifs", les armer avec matériel performant et équipage capable...), tout ce que l'on peut lire entre les lignes à condition d'avoir déjà lu sur Eric Tabarly ou sur des "skippers" plus contemporains, il n'en parle guère ici. Nous avons davantage des pages de partage d'images, d'impressions, d'avis sur des personnalités ou des personnages plus anonymes croisés ici ou là durant ces quarante ans, sur l'évolution des choses au fil des ans (un brin de nostalgie parfois? Plutôt la sagesse de savoir qu'on n'arrête pas le cours du temps, qu'il faut l'accompagner).

 

Kersauson a la dent dure contre le tourisme de masse et les croisiéristes qui choisissent leur destination en fonction des menus et de la cave disponibles à bord. Sa manière de nous décrire les quatre océans, les cinq continents, les sept mers (c'est moi qui chiffre!) est aux antipodes d'une projection de cartes postales. Il semble avoir une tendresse particulières pour ce qu'on appelait alors les DOM-TOM, qu'il a connues avant leur invasion touristique. Il n'a pu "accéder" aux Japonais (et le regrette). 

 

N'étant pas radiophile, je ne crois pas avoir entendu Olivier de Kersauson aux Grosses têtes (où l'on me souffle que ses échanges avec Jean Yanne valaient le détour) - je ne doute pas qu'on puisse aujourd'hui encore en écouter des enregistrements. En m'informant sur sa bibliographie, j'ai découvert que deux de ses livres avaient été illustrés par Wolinski. Si j'arrive à mettre la main dessus, cela fera certainement l'objet d'un de mes "billets du 7" un mois ou l'autre! 

 

En attendant, je commence petitement ce Book trip en mer avec 1 (un) point... Sauf si j'ai donné envie à d'autres de lire et chroniquer Ocean's Songs dans le mois qui vient!

P.S.: en cherchant des liens sur ce livre, j'ai eu la déception de voir qu'il y avait eu une embrouille juridique avec un "nègre" dont le contrat avait été rompu... Cf. ce que disait en 2010 Anne-Sophie

Ceci dit, La chèvre grise a aussi parlé de l'ouvrage, comme Cédric Charbonnel (dernier billet en 2022).  

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