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14 août 2023

Tsunami - Marc Dugain

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) programme le présent billet pour qu'il paraisse une douzaine d'heures après sa rédaction, et sur un livre que j'ai eu en main il n'y a pas 24 heures, prouvant à la fois qu'il se lit vite et qu'il m'a intéressé.

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Marc Dugain, Tsunami, Albin Michel, 2023, 260 pages

Dans Tsunami de Marc Dugain, le premier livre que je lis de cet auteur (qui en a écrit ou co-écrit une vingtaine), le "raz-de-marée" est à la fois allégorie et menace réelle. Le roman à la première personne se présente en prologue comme une "chronique" durant les premiers mois d'un nouveau Président de la République, qui s'est faufilé à ce poste en remportant l'élection grâce au soutien des grandes multinationales (américaines) du numérique. Dans cette politique-fiction, la personne qui "tient la plume" n'est ni un conseiller, ni un ministre: c'est notre Président lui-même, un homme jeune ayant fait fortune dans une entreprise de biotechnologie, qui lui a permis de se constituer un carnet d'adresses intéressant. On apprend assez vite qu'il souhaite mettre en place, pour lutter contre le réchauffement climatique, un principe "pollueur-payeur" reposant sur le consommateur final, avec un bonus-malus fiscal incitatif. mais pour cela, tout doit être sous contrôle... avec les fameuses GAFAM qui participeront à la gestion des données. Nous le suivons, au jour le jour, durant quelques semaines. Notre héros m'a donné l'impression d'un talent certain pour slalomer entre les événements qui se déroulent, davantage qu'il n'en a l'initiative. Il doit faire face, jour après jour, à différentes affaires (privées, tant sentimentales que financières), aussi bien qu'à de petites ou grandes décisions politiques à prendre toujours dans l'urgence, comme pour le maintien de l'ordre public face aux réactions à son projet de loi. Il cotoie les grands de ce monde à défaut de leur parler d'égal à égal. Dans cette fiction dystopique, s'il rencontre un président des Etats-Unis, un chancelier allemand et Poutine, j'ai remarqué l'absence de MM. Erdogan ou Xi?

Je vais poursuivre ma présentation du livre par quelques citations sélectionnées (parce que correspondant à des thèmes qui m'ont "parlé"), mais bien entendu hors contexte du (court) chapitre qui les entoure (44 au total), et, a fortiori, de l'intégralité de ce court roman. Le président jugeant son Premier ministre, p.18: "c'est un fin politicien qui se fait une idée de la France qu'il garde pour lui-même pour ne pas se mettre en porte-à-faux lorsque ses capacités d'adaptation le mènent au-delà de ses convictions". Avec une prise de recul quelque peu désabusée, p.32: "c'est un peu le lot de tous les candidats à la magistrature suprême que de déployer une énergie extraordinaire à conquérir le pouvoir pour ensuite consacrer ce qu'il reste de cette énergie à maintenir les choses en l'état". À propos de la fameuse loi en préparation, p.65: "soixante-cinq pour cent des Français voient le traitement de l'urgence climatique comme une priorité, mais les premiers sondages donnent aussi soixante-cinq pour cent d'opposants au principe de l'individualisation de la responsabilité". Alors qu'il se rend en avion à Vancouver pour un "sommet" privé (un peu comme un Forum de Davos, donc?), p.111, il ne se prive pas de bons mots, sur "un de ces sommets depuis lesquels on voit le monde en attendant d'en redescendre", qui lui permet de croiser le Président des Etats-Unis pour un tête-à-tête assez court et chaleureux ("il me prend pour un allié, enfin pour un vassal plutôt fiable")... Il est même question, p.149, de la mortalité de personnes plus vulnérables que d'autres au Covid (pour cause d'obésité ou de diabète), en remarquant que "si l'on s'élève un peu plus, on comprend que, pour une partie non négligeable de son activité, la médecine soigne des maladies que la société crée elle-même par le stress, la pollution, la nourriture pathogène, situation contre laquelle les gouvernements craignent de lutter, de peur de contrarier les lobbies agroalimentaires". p.153, la rencontre avec le médecin-chef d'un nouvel hôpital psychatrique en banlieue est l'occasion pour celui-ci d'un long développement sur la perte de l'altérité (compétence dans les rapports sociaux avec les autres) dans la société contemporaine, à cause de ces fichus écrans. Enfin, p.183, qu'a-t-il à dire à propos du discours qu'il prononce pour ressouder la nation après un drame? "lorsque la fiction est la même pour tous, elle devient réalité". 

Bien entendu, je suis loin de vous avoir dévoilé tous les personnages ni toutes les péripéties auxquelles la France et son Président doivent faire face dans l'ouvrage. 

Après avoir fini ce livre (il m'a fallu peu de temps), je me suis dit que j'aimerais bien continuer à en lire la suite en "feuilleton", un chapitre par semaine, où le cadre dystopique se confronterait avec l'actualité réelle... Mais je ne pense pas que ce concept soit à l'ordre du jour (et puis, quel en serait le modèle économique? Je n'accepterais sûrement pas de payer pour cela...)!

Par contre, à l'occasion, et une fois lue mes PAL ou LAL les plus urgentes, je prendrai (ou donnerai) sans doute quelques heures pour lire des oeuvres antérieures de Marc Dugain.

Sibylline avait parlé de Tsunami (et je crois bien que c'est chez elle que mon attention a d'abord été attirée). Lizathène expose en quelques phrases qu'elle n'a pas aimé. Si j'en trouve, je ne m'interdis pas de rajouter par la suite des liens vers d'autres billets publiés avant le mien... comme Isabelle sur le blog "Fumet de lectures". Ou Géraldine.

3 août 2023

Claudine à l'école - Colette / Lucie Durbiano (BD)

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J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) découvert seulement il y a quelques semaines l'existence d'une adaptation en bande dessinée du premier roman de Colette, Claudine à l'école, grâce au thème du mois dernier du challenge "Les classiques c'est fantastique" et plus particulièrement au billet de Fanny. Après mon propre billet sur le roman (qui participait aussi au challenge "2023 sera classique" co-organisé par Nathalie et Blandine), j'ai emprunté la fameuse BD en bibliothèque. 

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Claudine à l'école, Lucie Durbiano d'après l'oeuvre de Colette, Gallimard Bande Dessinée, 2018, 116 pages

L'adaptation en bande dessinée commence "dans le vif du sujet", avec dès la première page ene entrée matinale de Claudine à l'école (si, si). Evidemment, la traduction en image du livre avec ce que le dessin peut montrer d'une manière plus explicite que les mots sur le papier (même si cela reste fidèle au parti-pris du livre de suggérer plus que de montrer) nous épargne les longues pages de "récitatif" où notre "Claudine" parle d'elle-même et de sa vie "bourgeoise".

Dans cet album au dessin de style très "ligne claire", l'action s'enchaîne à toute allure et sans temps mort. Tout passe par les dialogues. Par moment, les vignettes peuvent faire songer aux "enfants" d'Hergé: Jo et Zette, ou Quick et Flupke... A d'autres, des passages plus adultes ou en tout cas plus "lestes" qu'Hergé n'aurait jamais publiés nous transcrivent crûment les sous-entendus de Colette. On a droit à quelques extraits de Pierre Louÿs illustrés très explicitement devant lesquels les gamines tombent en arrêt.

Nous voyons "de l'extérieur" Claudine agir et réagir, parfois via cette "communication non verbale" que permet le "croquage" de ses expressions corporelles... voire tel phylactère à pensée imagée. Mais il constitue une exception. On ne voit guère Claudine penser, la plus grande partie du texte du roman est transposé en dialogues. Du coup, on trouve dans l'album beaucoup de "bulles" [phylactères] (tout le texte doit y passer), car il n'y a aucun encadré narratif, et seulement de rares onomatopées ou bruitages, ou des signes conventionnels (chagrin et pleurs avec gouttes encadrant un visage, éclairs indiquant un regard furibond...).

La composition est, elle aussi, classique. Les planches sont le plus souvent composées de trois bandes horizontales de deux ou trois cases chacune. Certaines planches sont un peu plus "irrégulières", avec par-ci-par-là une subdivision horizontale en deux vignettes dans une ligne. On a aussi quelques planches avec un "gaufrier" de quatre lignes de trois cases presque carrées, je n'ai pas réussi à trouver selon quelle logique. Et, de loin en loin, quelques planches "pleine page", telle celle (le bal) qui conclut l'album. Voici quelques pages à titre de "citations".

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P1160078 p.13...  P1160079 ...et p.14. Des images licencieuses (bien avant youporn). Je n'ai jamais eu l'occasion de parcourir les oeuvres originales de Pierre Louÿs ou Albert Guillaume (?).

P1160080 p.22-23. Un peu trop "tripoteur", le toubib belâtre. Et il y a pire quelques temps et pages après (cf. plus bas p.87). De nos jours, ce médecin des écoles se retrouverait certainement en prison. 

P1160082 p.24-25. On change radicalement de sujet. Notre Claudine apparaît très câline et tactile.

P1160086 p.36-37. Une évocation...

P1160087 p.56. Elle ne lui a pourtant rien fait, cette porte fermée...

P1160088 p.72. Notre Claudine apparaît parfois contradictoire, cyclothymique, ... et toujours gamine. Toujours ce décalage entre des dialogues qui peuvent être vifs (dans les "bulles" appelées phylactères) et la sagesse du trait.

P1160089 p.87. Et pan! Ce n'est certes pas ce qui était attendu.

P1160090 p.116. La fête continue... Le ridicule ne tue pas, mais fait rire.

Hein, en voilà une école différente de Poudlard (je suis encore en train de relire Harry Potter, mais chut!).

Plus sérieusement, Lucie Durbiano a déjà publié plusieurs oeuvres chez Gallimard depuis 2006, j'y jetterai un coup d'oeil si je les croise en bibliothèque. 

21 juillet 2023

Sa majesté des ombres - Ghislain Gilberti

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Sa majesté des ombres de Ghislain Gilberti (Editions Ring, 738 pages) est le premier tome (paru en 2018) d'une trilogie. J'ai été captivée tout de suite par l'histoire qui se déroule en deux temps : 2003 et 2010. Cela se passe en Alsace et à Belfort (en Franche-Comté). Belfort est la ville natale de l'écrivain né en 1977. L'histoire est concentrée sur un réseau fantôme qui écoule plusieurs drogues dans des bars-dancing de la région Est. Ces drogues s'avèrent d'une grande pureté. L'organisation en charge du trafic est très bien organisée et sans pitié. En 2003, on fait la connaissance de plusieurs policiers dont certains pas très honnêtes et de membres du réseau qui tuent dès qu'ils se sentent en danger. Une opération de grande envergure se terminera par un bain de sang et de nombreux blessés, tant du côté des forces de l'ordre que du côté des trafiquants, dont un des chefs, Bruno Guillon dit l'Artiste qui était guidé par une Voix mystérieuse dont on ne saura rien. On est arrivé à la page 172 et on se demande ce qui va suivre car le réseau semble démantelé. Les 550 pages restantes se passent sept ans plus tard, en 2010, et l'on fait la connaissance de Cécile Sanchez, une femme commissaire d'une section spéciale de l'OCRVP (Office Central pour la Répression des Violences aux Personnes) qui est également psychologue, spécialisée dans la criminologie, la victimologie et dans la synergologie (étude des gestes inconscients, des micro-expressions et des mouvements impossibles à simuler ou à surjouer face à un observateur formé et aguerri). Sa hiérarchie lui confie une enquête sur deux carnages à Sélestat. Le modus operandi semble identique. On découvre que les victimes avaient un lien avec la drogue en tant que consommateurs et fournisseurs. Vous l'aurez deviné, les événements de 2003 et 2010 ont beaucoup de liens communs. Cécile Sanchez devra faire face à beaucoup d'obstacles dont des "moutons noirs" au sein de la police. J'ai trouvé le roman haletant de bout en bout et je vais emprunter le tome 2 de la trilogie, Les Anges de Babylone, dès que possible. Je conseille ce roman à ceux qui aiment les polars.

C'était ma deuxième participation aux challenges "Les épais de l'été 2023" et "Pavés de l'été 2023".

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[Challenge Les épais de l'été 2023, organisé chez dasola par ta d loi du cine]


[Challenge Pavés de l'été 2023 chez sibylline]

14 juillet 2023

Je n'étais pas la bienvenue - Nathalie Guibert / Le jour ne se lève pas pour nous - Robert Merle / Casabianca - Jean L'Herminier

Quel rapport entre les écrivains auteurs des livres que rassemble le billet que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous propose aujourd'hui, me direz-vous? A part le fait que deux des deux titres ont des tournures "négatives", leurs images de couverture sont peut-être suffisamment parlantes en elles-mêmes... 

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Je n'étais pas la bienvenue, Nathalie Guibert, 2016, réédité en 2022 en "poche", chez Paulsen, 171 pages
Le jour ne se lève pas pour nous, Robert Merle, 1986, Plon (Presse Pocket 1987), 280 pages
Casabianca, Commandant L'Herminier (Presse Pocket 1963), 247 pages

Dans les trois cas, il s'agit de livres sur l'univers de cette "élite" de la Marine nationale (française) que représentent les sous-mariniers et leurs sous-marins. 

P1150872Je m'étais offert le livre de Robert Merle il y a plus de 30 ans, en 1991, quelques années après sa sortie, et alors que j'étais plongé dans les profondeurs de la plus grande oeuvre de cet auteur, sa saga au long cours Fortune de France (13 volumes, de 1977 à 2003). Fortune de France se déroule entre le XVIe siècle et le XVIIe siècle, sous huit rois de France successifs, depuis les origines des guerres de religion sous François Ier jusqu'à la prise de pouvoir de Louis XIV. Bien des guerres et des combats y sont évoqués.

Mais dans Le soleil ne se lève pas pour nous, le conflit reste absent, précisément (c'est à la fois la position française depuis De Gaulle et la thèse du livre) grâce à la "dissuasion nucléaire", dont l'une des composantes est constituée par une flotte de sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE). Robert Merle a choisi de nous faire partager la vie d'un équipage durant une "patrouille" (pouvant durer jusqu'à une dizaine de semaine) où le SNLE voyage sous les mers en se tenant prêt à tout moment à lancer ses 16 missiles sur l'ordre du Président de la République - ce qui ne devrait jamais arriver, car ce serait le constat que la fameuse dissuasion... a échoué. 

Robert Merle a lui-même vécu la Seconde Guerre mondiale (il a été fait prisonnier à Dunkerque en mai 1940 et est resté en captivité jusqu'en 1943), et sait que la guerre n'est pas une plaisanterie. Il s'est minutieusement renseigné avant de rédiger cet ouvrage, sous forme d'un récit à la première personne, en l'attribuant à un officier "de la" Marine, à savoir un médecin de bord embarqué un peu à la dernière minute pour compléter un équipage où tous se connaissent déjà. Notre héros, médecin, a donc tout à découvrir de la vie quotidienne, du fonctionnement et des buts de cette vie de "patrouille", et nous le découvrons avec lui et par ses yeux. Il a la possibilité de parler avec tout le monde et de poser les questions candides d'un "éléphant" (ce terme désignant, dans la marine, tous ceux qui ne sont pas marins). Ceci dit, l'auteur ne nous révèle aucun secret militaire (profondeur maximale de plongée, vitesse, profondeur optimale pour lancer les missiles...) et se paye même le luxe de nous lancer sur la piste d'un métal qui, sauf erreur de ma part, n'existe pas. Lectrice de 2023, n'oublie pas que, à l'époque de rédaction de cette "fiction pédagogique", nous n'avions pas internet à notre disposition pour y dénicher tout (et n'importe quoi) sur tout! Mais ce que je n'ai pas réussi à trouver, c'est s'il s'agissait d'une "oeuvre de commande" ou pour quelle raison notre romancier avait décidé d'aborder ce sujet. Peut-être parce que je n'ai pas (encore) lu la biographie consacrée par l'un de ses six enfants à Robert Merle?

P1150873Le deuxième livre est le plus récent des trois. Il a été écrit par quelqu'un qui n'est ni un écrivain, ni un soldat, ni un marin, mais une journaliste (correspondante Défense au journal Le Monde). Nathalie Guibert a été en juin 2015 la première femme à embarquer tout au long d'une patrouille de SNA (sous-marin nucléaire d'attaque) français. Elle nous livre ainsi un reportage original, celui non seulement d'une personne de culture "terrienne", mais surtout d'une femme, dans ce milieu si particulier. Le récit est très souvent introspectif, pour tenter de rendre compte à la fois de ce qu'elle vit elle-même, mais aussi de la manière dont elle perçoit être perçue. J'ai encore reconnu dans cet ouvrage les origines souvent bretonnes, parfois alsaço-lorraines, et de forte tradition catholique, de l'élite des marins, encore à l'heure actuelle. Si le médecin de Robert Merle ironisait sur la présence incongrue dans son infirmerie d'une boite de tampax (petite farce des pharmaciens de la base navale), ici, elle explique que son médecin de famille lui a prescrit avant le départ des antibiotiques adaptés aux infections féminines, dont à coup sûr l'infirmier du bord ne disposerait pas dans son stock (p.15). Ainsi qu'un antidépresseur, "au cas où, quand même!".

Quelques notations sur le rituel recommandé pour la douche: 10 secondes d'eau pour se mouiller, savonnage, 15 secondes d'eau pour le rinçage... dans un carré de 60 centimètres de côté. Avec une pensée pour les sous-marins "classiques", qui ne bénéficiaient pas de suffisamment d'eau douce pour une douche, p.58, Nathalie Guibert se demande si certains des sous-mariniers naviguant avec elle avaient ou non vu Opération Jupons. Pour sa part, elle s'est efforcée de se faire la plus discrète possible. Elle ironise sur son sentiment d'être sans cesse "dans le passage", assise "au mauvais endroit", dans un espace clos où la place est comptée. Elle explique aussi les tâches répétitives de chaque membre de l'équipage, dans ce navire qui travaille quotidiennement pour se tenir à tout moment prêt à la guerre s'il faut la faire: détecter sans être détecté... On ne reste pas très longtemps sous-marinier: la plupart des hommes étaient plus jeunes (27 ans, en moyenne) qu'elle. La patrouille, au-delà du Détroit de Gibraltar, a été moins longue que prévue initialement (pas d'escale à Cadix!). L'auteure a débarqué au retour à Toulon, les adieux ont été discrets alors que l'équipage se préparait déjà pour continuer la mission...

En "note de l'auteur" finale pour cette édition "poche" en date de janvier 2022, Nathalie Guibert évoque son émotion lors de l'incendie qui a affecté l'avant du SNA Perle en juin 2020 (lors d'une période d'entretien au port). Le navire est aujourd'hui revenu au service actif, après s'être vu "greffer" l'avant d'un autre SNA, lui-même désarmé, le Saphir. Il devrait rester en service jusqu'en 2030 au moins, avant d'être remplacé par un représentant de la deuxième série de SNA, qui, comme la première, comptera parmi ses "sisters-ships" un navire perpétuant le nom Casabianca dans la marine française.

En 2016, la première édition du livre avait été chroniquée par Keisha.

P1150879Un livre plus ancien maintenant, pour lequel le terme de "classique" est tout à fait approprié. 20232-300x300_2023seraClassiqueLes exploits durant la Seconde Guerre Mondiale de mon troisième sous-marin de ce billet, le Casabianca sous le commandement du capitaine de frégate puis capitaine de corvette Jean L'Herminier, font partie de l'Histoire de France. L'Herminier, malade, est resté à bord de son "bateau noir" aussi longtemps qu'il l'a pu (jusqu'à la libération de la Corse), avant de devoir être amputé des deux jambes. Maintenu en service à titre exceptionnel, il est mort en 1953 (à 51 ans), après avoir écrit deux livres de souvenirs, dont celui-ci.

Nommé au commandement du Casabianca le 15 avril 1942, sa mission était de le mettre en état de naviguer et de combattre pour être envoyé à Madagascar au titre de la "relève" d'un autre sous-marin de la Marine de Vichy. Du moins, c'est ce qui était prévu avant le débarquement américain en Afrique du Nord vichyste en novembre 1942 et l'invasion subséquente, par les Allemands, de la "zone non-occupée" en France métropolitaine. Grâce à cette préparation, le Casabianca a pu s'échapper et rallier Alger (avec quelques autres sous-marins), quand les autres navires de guerre de la flotte de Toulon ont été contraints au sabordage le 27 novembre 1942 faute d'être en état d'appareiller. L'Herminier a quelques mots intéressants sur la préparation de son équipage, p.14: "Jusqu'à la fin des travaux de réparations, nous ne pouvons que faire des exercices au mouillage, mais j'ai souvent constaté que la réalité est plus simple que la théorie. Lorsque l'esprit a fait un difficile effort d'imagination et envisagé toutes les solutions théoriques d'un problème au cours d'un exercice, vienne l'action, tout s'éclaire."

Que cherchait L'Herminier en s'échappant de la rade de Toulon avec son navire et la plupart des marins qu'il avait formé? Ecoutons-le (p.43): "j'espère recevoir d'une autorité libre de ses décisions l'ordre de reprendre le combat, car les yeux de tous les Français sont maintenant dessillés". L'Herminier a été reçu par l'Amiral Darlan dès l'arrivée du sous-marin à Alger. J'ai remarqué que l'auteur n'a pas un seul mot sur l'assassinat de Darlan (le 24 décembre 1942, entre deux missions en Corse du Casabianca). Le meurtrier de Darlan, jugé et fusillé très rapidement, a été réhabilité en décembre 1945 par un arrêt qui jugea que l’exécution par ses soins de l'amiral Darlan avait été accomplie « dans l’intérêt de la libération de la France ».

Je m'étais offert d'occasion, en 1980 (avant d'être bâchelier!), ce livre plus vieux que moi. A l'époque, je ne connaissais rien à la Marine. Relevons encore une citation, p.63: "la "drome", c'est-à-dire les embarcations et leur gréement, est peu importante sur un sous-marin. Elle se compose d'un youyou et d'une plate. Le youyou est une embarcation qui a une quille assez profonde et peut contenir neuf hommes, au plus. C'est une embarcation très "marine" qui tient bien la mer, mais n'est pas commode pour l'accostage d'une plage à cause de son tirant d'eau. (...) La plate est un baquet peu robuste, difficile à manoeuvrer, qui contient à peine quatre hommes. Elle n'est pas marine du tout." Au fil de ses missions consistant précisément à débarquer sur les plages corses des hommes, des armes et des munitions, L'Herminier montre l'évolution de ladite drome, par mise à disposition par les Anglo-saxons d'embarcations gonflables ("rubbers"), par construction d'un "cuirassé" en tôles non cintrées avec les moyens du bord... voire même par "récupération" d'embarcations inemployées quelque part dans le port! La guerre justifiait de parfois violer quelque peu les procédures adaptées au temps de paix. Le Casabianca finit ainsi par embarquer, afin de les débarquer en Corse, mi-septembre 1943, 109 hommes du Bataillon de choc (pour 106 prévus par L'Herminier) ... et leur barda. L'équipage était certes réduit aux deux tiers, la navigation s'est certes faite en surface, mais cela faisait tout de même 170 hommes à bord d'un sous-marin "classique" de 1500 tonnes, dans une atmosphère étouffante.

Le Casabianca, lancé en 1935, a été désarmé en 1952. J'avais vu la reproduction de son kiosque à Bastia lors de notre voyage en Corse en 2018. Et j'inscris le livre le concernant pour le challenge "2023 sera classique" co-organisé par Nathalie et Blandine.

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Ma motivation pour faire paraître ce billet aujourd'hui précisément est double. D'un côté, je le conçois comme un hommage sincère aux hommes des "bateaux noirs" qui, en ces temps où la menace de guerre (que nous -les civils- avions oubliée après des décennies de paix en Europe) se réchauffe et se rapproche de plus en plus, nous protègent au jour le jour, à l'insu de notre plein gré, mais de manière à se faire craindre de nos ennemis potentiels (et avec bien d'autres hommes et femmes "engagés"). "Et  en même temps", l'affirmation que, non, en ce jour, je n'irai pas assister au défilé, pas plus que je ne vais assister aux commémorations des guerres passées, mais je reste dans mon lit douillet: la musique qui marche au pas, cela ne me regarde pas... comme chantait Brassens.

7 juillet 2023

Retraites: le casse du siècle - Gilles Raveaud

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) acheté l'opuscule que je vous présente aujourd'hui dans un kiosque à journaux, fin janvier 2023, et à peu près en même temps qu'un autre, que je vous présenterai sans doute aussi un mois ou l'autre. 

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Retraites. Le casse du siècle. Pourquoi Macron veut nous faire bosser à mort, Gilles Raveaud, Hors-série N°3H

Je crois que c'est quelques mois après la parution de cet ouvrage, en avril 2023, que les articles de la rubrique "Economie" dans Charlie Hebdo ont cessé d'être signés "Jacques Littauer" pour être publiés sous la signature "Gilles Raveaud". Oui, le même que celui qui a signé cet opuscule. En fait, les deux ne faisaient qu'un, comme il l'avait signalé à l'époque (début 2023?) sur son propre blog. Je ne sais pas trop s'il l'avait déjà annoncé dès 2019 en ligne, ou bien si le "titulaire du compte" (planqué derrière les portes et fenêtres blindées) a été plus récemment modifié... 

J'en viens maintenant à l'opuscule. Il défend la thèse que la France aurait pu faire l'économie de l'épisode picrocholin (le qualificatif est de moi) DES votes à rallonge sur les retraites. Tout d'abord, le motif de cette réforme est, selon lui, ni plus ni moins que d'aboutir à une baisse globale des pensions, en remontant le niveau d'exigences à satisfaire pour bénéficier d'une pension à "taux plein", alors même que le taux d'emploi des "seniors" est faible en France. Il met aussi en question les "projections à 2050" dont un camp comme l'autre nous ont rebattu les oreilles. Il rappelle l'existence de différents "fonds de prévoyance" amassés par différents organismes (dont les différents régimes de retraites complémentaires), qui constituant une "cagnotte" sans doute suffisante pour faire face, globalement parlant, à une dizaine d'années de déficits. Mettant en cause le "refus" des salariés de travailler, il suggère de "renverser l'obligation" en contraignant plutôt les entreprises et autres employeurs... à employer (ce qui génèrerait des cotisations sociales). Il déconstruit fort bien (à mon humble avis) le système américain des "fonds de pension"... qui a très bien su ruiner certains retraités qui rêvaient d'une épargne pour leurs vieux jours, laquelle a disparu dans les sables mouvants de la Bourse [cf. aussi, sur ce sujet, tel ou tel des livres de Maris et Labarde que j'avais chroniqués il y a quelque temps]. La retraite par point, c'est très joli aussi: cela permet surtout, et encore, de baisser équitablement les retraites pour tous... en diminuant chaque année la valeur des points. Plus globalement, ce qui est mis en cause par Emmanuel Macron et l'idéologie qu'il incarne, c'est notre système basé sur la solidarité entre tous, et non soumis exclusivement à la loi du libéralisme économique: une autre vision politique. Concernant les "régimes spéciaux" (RATP, SNCF), qui comptent aujourd'hui davantage de retraités que de cotisants, Gilles Raveaud rappelle utilement que les distributeurs automatiques de billets ne payent pas de cotisations sociales, contrairement aux anciennes guichetières qu'ils ont remplacées... Il rappelle aussi que tous les métiers ne sont pas logés à la même enseigne en terme de pénibilité, de début d'entrée dans l'activité professionnelle (après de longues études ou non), ni même en terme d'espérance de vie après l'âge de la retraite. Et il conclut, comme vous pouvez vous en douter, sur l'inégalité de répartition de la richesse produite et accumulée, chaque année, dans notre pays (l'argent allant à l'argent).

Je conclurai pour ma part en avouant que je n'ai pas vérifié si ce "Hors-série Charlie Hebdo" était constitué de chroniques hebdomadaires mises bout à bout, éventuellement retravaillées en "chapitres" réécrits, ou bien si l'ouvrage était intégralement, ou en partie, inédit... J'en recommande la lecture en tout cas, même maintenant que l'effervescence est quelque peu retombée cependant que l'actualité chaude a embrayé sur d'autres sujets. Il est toujours disponible sur la boutique en ligne du journal (5 euros).

PS: je profite de ce billet pour signaler que dasola avait reçu par la poste, il y a quelques mois, un exemplaire gratuit de l'hebdomadaire accompagné d'une proposition d'abonnement signée Riss (différente de celle qui était publié à la même époque dans celui que j'achète en kiosque). On ne sait pas comment Charlie a eu son adresse, elle pense que c'est via une des associations loi 1901 auxquelles elle fait un don...?

*** Je suis Charlie ***

6 juillet 2023

La chambre des dupes - Camille Pascal

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J'ai pris un grand plaisir à la lecture de La chambre des dupes de Camille Pascal (Editions Plon, 490 pages) qui m'a permis d'entrer de plain-pied dans le règne de Louis XV entre 1741 et 1744. J'ai surtout fait la connaissance des filles Mailly-Nesle issues d'une vieille famille noble. Par leur mère, elles étaient aussi descendantes d'une nièce du cardinal de Mazarin. Elles étaient cinq dont quatre ont partagé la couche du roi. Il y en a eu surtout une, Marie-Anne, la plus jolie des soeurs. Elle est morte à 27 ans de la péritonite. Elle a régné sur le coeur du roi pendant deux ans. Avant la Pompadour et la du Barry, j'ai découvert qu'il y avait donc eu d'autres favorites, dont Marie-Anne Mailly-Nesle devenue marquise de la Tournelle par son mariage et connue sous le nom de duchesse de Châteauroux. Dans un très beau style, Camille Pascal nous décrit au plus près les us et coutumes de Versailles au temps de Louis XV. On assiste aux complots et aux rivalités entre les Dévôts proches de la reine Marie Leszczynska et les Libertins dont le réprésentant le plus célèbre était le duc de Richelieu, l'arrière petit-neveu du cardinal qui a fait beaucoup pour que les quatre soeurs deviennent les maîtresses du roi. Et pourtant, Marie-Anne n'a pas cédé tout suite au souverain, le Très-Chrétien... Elle s'est fait désirer, mais elle est arrivée à ses fins en devenant duchesse. J'ai aimé les descriptions détaillées des costumes, de certains objets et des bijoux. On est vraiment dans l'intimité du roi et des courtisans. J'ai été captivée. Un très bon roman historique qui se termine par une bibliographie de 12 pages d'ouvrages qui ont servi à Camille Pascal. Il a même eu accès à des lettres écrites par la duchesse de Châteauroux. C'est Keisha qui m'a donné envie de me plonger dans ce livre. 

26 juin 2023

Claudine à l'école - Colette

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Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me suis replongé, plus de 40 ans après ma première lecture, dans un petit "Poche" que je peux inscrire aujourd'hui aussi bien au challenge "2023 sera classique" co-organisé par Nathalie et Blandine qu'à la 4e "saison" (2023-2024) du challenge "Les classiques c'est fantastique" de Moka et Fanny pour leur thème de juin 2023 (Colette vs Sand).

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Le livre de Poche N°193 **, 2e trim. 1980, 253 pages.

Ce livre de poche, Claudine à l'école, co-signé Willy et Colette, m'a été offert en août 1981, alors que je venais d'obtenir mon [premier] Bac, par l'une de mes grand-mères, celle des deux qui s'étonnait toujours que je lui demande de marquer elle-même la date où elle m'offrait les livres qu'elle me choisissait...  

"... Un ouvrier plante des piquets pour faire une palissade. Il les enfonce à une distance telle les uns des autres que le seau de goudron dans lequel il trempe l'extrémité inférieure jusqu'à une hauteur de trente centimètres se trouve vide au bout de trois heures. Etant donné que la quantité de goudron qui reste au piquet égale dix centimètres cubes, que le seau est un cylindre de 0 m. 15 de rayon à la base et de 0 m. 75 de hauteur, plein aux 3/4, que l'ouvrier trempe quarante piquets par heure et se repose huit minutes environ dans le même temps, quel est le nombre de piquets et quelle est la surface de la propriété qui a la forme d'un carré parfait? Dire également quel serait le nombre de piquets nécessaires si on les plantait distants de dix centimètres de plus. Dire aussi le prix de revient de cette opération dans les deux cas, si les piquets valent 3 francs le cent et si l'ouvrier est payé 0 fr. 50 de l'heure."

Quel lycéen de 15 ou 16 ans, aujourd'hui (2023), saurait résoudre ces problèmes sans ordinateur ni calculette, rien qu'avec un crayon, un papier et son cerveau? Il s'agit du genre de "question d'arithmétique" que Claudine et ses condisciples, dans leur dernière année d'école, s'échinent à résoudre, avec en perspective le Brevet élémentaire [en fait, le "Brevet de capacité pour l'enseignement primaire (Institutrices - brevet élémentaire)"].

Dans le roman Claudine à l'école, publié en 1900, un récit à la première personne se présente (p.10) comme le "journal" quotidien d'une gamine plutôt délurée, en dernière année d'école primaire supérieure, qui entretient des relations ambivalentes avec ses enseignantes et accessoirement ses condisciples, elles-mêmes sans doute futures institutrices. Cette année-là, c'est l'année du brevet élémentaire, un examen qui se passait à 16 ans (l'ancêtre de notre "Brevet des collèges"). La jeune héroïne en sabots (p.62) va nous raconter toute l'année scolaire, avec l'arrivée de la nouvelle équipe enseignante, la démolition de l'ancienne école cependant que la nouvelle se construit. Le roman se termine avec l'inauguration des nouveaux locaux, peu après les résultats de l'examen. A l'époque, celui-ci se "passe" en trois jours plein à partir du 5 juillet... tandis que notre Brevet des collèges se passe, en 2023 (mais pour combien d'années encore?), les 26 et 27 juin (cependant que les points strictement nécessaires à la moyenne de nos collégiens proviennent désormais du contrôle continu!). 

Basé sur les propres souvenirs de la jeune Colette (27 ans en 1900), et censé se dérouler alors que s'annonce l'Exposition universelle de 1900 (annoncée dès 1892), ce roman est reconnu comme l'une des premières "fictions autobiographiques". La jeune autrice a dû quelque peu tricher avec les années, par contre. On découvre une belle plante sauvage de 15 à 16 ans, fille unique et orpheline de mère (ce qui n'était pas son cas). Je me rappelle avoir appris l'an dernier, à l'occasion de notre visite à Saint-Sauveur-en-Puisaye, qu'Henry Gauthier-Villars avait demandé à sa jeune et candide épouse Sidonie-Gabrielle (ils se sont mariés en 1893) d'écrire ses souvenirs de jeunesse dans des cahiers, puis l'avait assurée que ça ne valait rien, avant de retomber dessus quelque temps plus tard et de les porter sans rien lui dire chez un éditeur, pour les faire publier sous son seul nom (pseudonyme, plutôt) de Willy: le premier volume de la série des "Claudine...". 

Les "observations" de Claudine sur son entourage, ses condisciples, ses enseignantes, les amours de celles-ci ou de celles-là, le médecin qui tripote et grenouille pour devenir député, la balourdise rurale... peuvent expliquer que Colette ait failli être accueillie à coups de cailloux quand elle a tenté, dans les années 1930, de revenir en visite dans sa maison natale, même si elle les avait transposées dans le bourg fictif de "Montigny". La "jeune fille" apparaît à la fois comme gamine et garce. Je pense que, lors de ma propre première lecture, beaucoup des sous-entendus, notamment saphiques, avaient dû passer largement au-dessus de la tête du garçon pas très dégourdi que j'étais à l'époque... Cette édition du livre de poche estampillé "texte intégral" ne comporte aucune information biographique, présentation du livre ou introduction. Rappelons qu'à l'époque, internet n'existait pas: pour apprendre quelque chose sur un écrivain, il fallait se reporter à un dictionnaire de la littérature, ... ou au Lagarde & Michard du XXe siècle et à ses notices édulcorées.

On trouve aussi quelques notations acides, peut-être audacieuses, sociales sinon socialisantes, par rapport aux "cours de morale" de l'époque. p.123: "Expliquer et commenter cette pensée de Franklin: L'oisiveté est comme la rouille, elle use plus que le travail". Commentaire de "Claudine", après avoir dûment "bâclé" le devoir demandé: "Avec ça que ce n'est pas bon de paresser dans un fauteuil! Avec ça que les ouvriers qui travaillent toute leur vie ne meurent pas jeunes et épuisés! Mais quoi, faut pas le dire. Dans le "programme des examens", les choses ne se passent pas comme dans la vie."  

Peut-être que l'auteure était à court d'imagination? La fin de l'année arrive vite, après près de deux mois de maladie à la maison puis de convalescence, ce qui n'empêche pas notre "première de la classe" d'obtenir plutôt facilement son examen. Mais elle ne se voit pas entrer ensuite dans une Ecole Normale pour devenir  institutrice, elle... Le roman se clôt sur un adieu nostalgique à l'école, et l'espoir de l'entrée dans le monde. 

L'année où j'ai reçu ce bouquin, alors que quatre "Claudine" y figuraient en 4ème de couverture (sous le titre "Les “Claudine” dans le Livre de Poche"), la page "Oeuvres de Colette dans Le livre de Poche", en début d’ouvrage, oubliait tout autant Claudine en ménage. Il fallait attendre l’avant-dernière page du livre, qui listait la totalité des oeuvres, pour y dénicher les quatre "Claudine" canoniques”, finalement, dans un paragraphe “En “collaboration” avec M. Willy". Hasard des éditions...? Puisque j'avais eu seulement le second titre en même temps que Claudine à l'école (avec aussi La maison de Claudine, sorte de "hors-série" d'exploitation d'une "marque", paru en 1922), j'ai complété au fil des ans ma collection, avec des éditions dépareillées... Je ne suis même pas sûr de les avoir tous lus. Encore trois "classiques" en perspective! Ils sont respectivement parus en 1901, 1902 et 1903. 

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L’oeuvre de Colette devrait tomber dans le domaine public soixante-dix ans après sa mort, soit en... 2025. 

Edit du 07/08/2023: je viens de découvrir un billet de 2018 de Grominou.

23 juin 2023

Blizzard - Marie Vingtras

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Blizzard de Marie Vingtras (Pocket, 189 pages) est un roman court mais très prenant. Comme son titre l'indique, l'histoire se passe par temps de blizzard, en Alaska. Quatre personnages prennent la parole tour à tour dans de très courts chapitres. Il y a une femme, Bess, et trois hommes, Benedict, Cole et Freeman (un homme noir). Dehors, où le blizzard est tellement fort, Bess vient de lâcher la main d'un jeune garçon, qui est le fils de Benedict. Malgré le peu de visibilité, elle part à sa recherche. Benedict part à son tour à la recherche de Bess et du garçon. Il est accompagné par Cole, un homme raciste et peu recommandable. Quant à Freeman, il se trouve dans la région pour fuir quelque chose. Car au fur et à mesure que les personnages parlent, on apprend des choses sur eux, sur leur passé, et pourquoi ils sont là. Pour un premier roman, Marie Vingtras montre beaucoup de subtilité dans le déroulement de l'histoire. J'ai beaucoup apprécié cette lecture. Ce livre a reçu de nombreux prix et il a été pas mal chroniqué sur les blogs. 
Lire par exemple les billets d'Aifelle, Keisha, Luocine, Alex-mot-à-mots, ManouEimelle, Violette, Athalie, Krol, Une comète, Antigone, Enna, Sur la route de Jostein, Mademoiselle Maeve ... 

5 juin 2023

Les contemplées - Pauline Hillier

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C'est en visitant une des librairies que je fréquente que je suis tombée sur ce roman autobiographique de Pauline Hillier qui doit se passer dans les années 2010 (en 2013, très exactement). Dans Les contemplées (177 pages captivantes), la narratrice vient d'être arrêtée à Tunis après une manifestation pour avoir défendu une Tunisienne emprisonnée. Elle passera un mois dans la prison pour femmes de La Manouba, "la mangeuse de femmes, p. 21", dans un pavillon (le D) où s'entassent vingt-huit détenues dont elle. Ce pavillon fait 30 m2... Pendant plus de 160 pages, on est happé par la description des conditions de survie dans la prison où les conditions d'hygiène, de promiscuité sont déplorables. Elle, la Française qui ne parle pas l'arabe, va tout de même communiquer avec ses camarades d'infortune, jeunes et vieilles, condamnées de manière expéditives, la plupart du temps pour crimes plus ou moins graves: vol, adultère mais aussi meurtres pas forcément prémédités. Ces femmes sont solidaires entre elles. Le récit alterne entre la vie quotidienne dans la prison et les récits de quelques-unes des prisonnières, qui payent le prix fort pour leur crime parce qu'elles sont des femmes. Certaines n'ont même pas été jugées. Les détenues se lèvent tôt pour ne rien faire de leur journée. Les promenades durent un quart d'heure, et pas tous les jours. C'est comme prendre une douche. La nourriture est assez immonde. Il y a des fouilles au corps assez musclées. Et puis il y a les cafards et les rats. Le titre du roman renvoie certainement au fait que parmi les objets personnels que la narratrice a pu garder avec elle, il y avait un exemplaire des Contemplations de Victor Hugo. Dans le dernier chapitre, elle rend hommage à ces Contemplées de la Manouba. Au final, la narratrice décrit des faits, sans aucun pathos. Cela rend le roman très prenant. Je le conseille absolument. 

Lire les billets de Keisha, Matatoune, Belette2911, Au fil des livres, Delphine-Olympe

21 mai 2023

L'Evangile de la colère - Ghislain Gilberti / Les filles de Caïn - Colin Dexter

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Avec L'Evangile de la colère de Ghislain Gilberti (Editions J'ai Lu, 537 pages), on assiste à une suite de meurtres dans la banlieue de Paris. Seth Kohl, qui est le chef du groupe chargé de l'enquête, fait partie de la Brigade criminelle du SRPJ de Versailles. Il est entouré d'une équipe solide. Assez vite, les policiers se rendent compte que le meurtrier suit un modus operandi qui sort de l'ordinaire. Il s'inspire des Danses macabres d'Holbein le jeune dessinées au XVIème siècle en commençant par la fin si je puis dire, puisque c'est un enfant et un agriculteur qui sont les première victimes. 100 pages avant la fin, le meurtrier est neutralisé mais un autre prend sa place. Je vous laisse découvrir toutes les péripéties de ce roman qui se lit bien.

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Après avoir évoqué Les enquêtes de Morse comme série télévisuelle, voici l'inspecteur Morse vieillissant, dans un des treize romans traduits en français et écrits par Colin Dexter (1930-2017). Ces romans parus aux Editions 10/18 à la fin des années 90 ne sont plus disponibles, sauf deux réédités aux éditions Archipoche. Je me suis procuré d'occasion Les filles de Caïn (Edition 10/18, 384 pages) dans une librairie spécialisée. J'ai beaucoup aimé ce roman dans lequel Morse et le sergent Lewis enquêtent sur la mort de deux hommes (dont un professeur d'université) qui ont été poignardés (pas par le même couteau). Il y a trois suspectes dont l'une tombe amoureuse de Morse. L'enquête comporte des rebondissements. Le personnage de Morse n'est pas forcément très sympathique car il est colérique, mais on s'habitue à lui comme le sergent Lewis, souvent un peu à la traîne. Et Morse est toujours un accro à la nicotine, à la bière et au whisky. Il est radin sauf exception et c'est un admirateur de la tétralogie de Richard Wagner. Si vous avez l'opportunité de trouver un des romans de Colin Dexter, n'hésitez pas à le lire.  

13 mai 2023

A nous la terre ! - Collectif

Un billet express pour un petit recueil de nouvelles que j'ai (ta d loi du cine, "squatter "chez dasola) lu très rapidement!

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A nous la terre, 9 auteurs, 2021, Folio n°7003, 136 pages, 5 euros 

J'ai trouvé cet opuscule dans un bac de bouquinerie pour 20 centimes d'euros. le sous-titre "Les écrivains s'engagent pour demain", et certains des noms sur la couverture, m'ont fait m'en saisir. Je ne le regrette pas, même si (c'est le jeu de la diversité!) certaines nouvelles m'ont davantage "parlé", intéressé ou plu, que d'autres.

* Le côté gauche de la plage - Catherine Cusset (10 pages): souvenirs de baignade - nue, de l'enfance à l'âge mûr. Cela ne m'a pas trop parlé.

* J'ai été nature - Eric De Luca: deux pages, quasi-mystiques. Bof.

* Des coeurs battants - Jean-Baptiste Del Amo (10 pages). Je n'avais jamais entendu parler de l'auteur. j'ai bien apprécié cette nouvelle, qui retrace les évolutions écologiques sur quelques décennies.

*  Instinct - Sonja Delzongle (10 pages). Souvenirs éthologiques (fiction ou réalité?), qui ont fait joliment écho, pour moi, au livre de Jane Goodall chroniqué il y a quelques semaines. Bien.

* L'ordre des pierres - Luc Lang (14 pages): dans les Pyrénées, une randonneurs solitaire, en autonomie sac au dos, savoure sa balade. 

* Le sansonnet - Carole Martinez: 11 pages trop "poétiques" pour moi, où, entre les lignes, on sent l'emprise toxique et la déchéance d'un couple et de ses composantes... 

* Kephart - Ron Rash (17 pages - la nouvelle la plus longue): j'ignorais tout d'Horace Kephart, vu que la page wikipedia en anglais qui le concerne reste à traduire en français (consultée le 5 mai 2023)... Ron Rash tire de la vie de ce "naturaliste" américain une nouvelle intéressante. Un paragraphe m'a fait songer à Serena.

* Mont-Blanc, la mort lente - Jean-Christophe Ruffin (8 pages): j'y ai appris que des voies d'escalades ouvertes au XXe siècle dans les Massif des Drus, dans les Alpes, n'existent plus aujourd'hui, suite à des milliers de mètres cubes d'éboulements au XXIe, sans doute en lien avec l'accélération du réchauffement climatique d'origine humaine... On ne peut donc plus que rêver sur Premier de cordée (Roger Frison-Roche), qui nous parle d'un temps et d'escalades révolus.

* La pieuvre - Monica Sabolo (11 pages): de jolis souvenirs d'enfance, une initiation au "monde du silence" pour une fillette... 

Le livre est bien en vente sur le site de Folio (mise en avant des versions ".pdf" et ebook), mais l'opération ne semble pas avoir été renouvelée en 2022 ni 2023. Une recherche sur le site de Folio avec "WWF" ne ramène rien. Plus largement, via [moteur de recherche], une recherche sur les mots-clés "Partenariat Foliio et WWF" ramène surtout une foule d'entreprises dont on peine spontanément à imaginer le caractère "écologique", qui se seront offert ("à bon compte"?) un certificat de "greenwashing" grâce au WWF...

Les moteurs de recherche m'ont seulement ramené un billet sur le blog Au fil des pages

3 mai 2023

Drame de pique - Sophie Henaff

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J'ai eu grand plaisr de retrouver la brigade parisienne des Poulets grillés. Après Restés groupés et Art et décès, les voici dans Drame de pique (Albin Michel, 379 pages distrayantes). La commissaire Anne Capestan et tous les inspecteurs sont toujours là : Eva Rosière et son chien Pilou, Merlot, Lewitz, Torrez et sa poisse légendaire, Dax et Evrard. Dans ce roman, ils vont être chargés de trouver qui pique des femmes près de lieux touristiques parisiens. Certaines de ces piqûres sont mortelles. On apprend que le poison a un antidote qu'il faut injecter très vite. La brigade se met assez vite sur la piste d'un ancien "serial killer" surnommé "La main de Dieu" et qui vient de sortir de prison. Ce qui fait le sel du roman, c'est l'écriture de Sophie Henaff et la camaraderie de bon aloi entre tous les membres de brigade qui sont tellement différents les uns des autres et qui se complètent bien. On aimerait bien être un des leurs. Un roman qui se lit très agréablement.

29 avril 2023

Tromelin, ses naufragés, ses esclaves abandonnés - quatre livres

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente aujourd'hui quatre ouvrages différents (mais tous bleus!) autour d'un même thème.  

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Comme tout le monde, j'avais entendu parler de Tromelin il y a déjà quelques années, lorsqu'ont été médiatisés les résultats des fouilles archéologiques sur le campement des esclaves qui y ont survévu abandonnés durant plusieurs années. En croisant de temps en temps sur des blogs les chroniques de tel ou tel livre sur le sujet, j'ai fini par avoir envie de les lire! Grâce aux différentes bibliothèques de la Ville de Paris, c'est chose faite.

On connaît l'histoire: le 31 juillet 1761, de nuit, le vaisseau L'Utile (flûte!) fait naufrage sur les récifs d'un ilôt localisé trop approximativement sur les différentes cartes de l'époque. Il transporte quelque 142 marins et officiers, et quelque 160 esclaves embarqués clandestinement à Madagascar à destination de l'Ile Maurice (alors nommée Ile de France). Sous la conduite du lieutenant Barthelemy Castellan du Vernet, les survivants construiront un nouveau navire à partir des bois de L'Utile. Mais il ne peut les transporter tous. Devinez qui sera, le 27 septembre (au bout de deux mois d'efforts communs), abandonné sur l'île, avec promesse solennelle de revenir les chercher? Les derniers des esclaves vont réussir à subsister 15 ans. Quand le quatrième des vaisseaux envoyés parvient à les évacuer par pirogue vers le navire, le 29 novembre 1776, seules survivent sur l'ilôt sept femmes et un bébé.

J'ai donc lu trois oeuvres de fiction et un rapport archéologique. Les trois font preuve d'imagination à partir des mêmes éléments connus.

Tromelin_Civard-Racinais_BureauLes Robinsons de l'île Tromelin. L'histoire vraie de Tsimiavo - Alexandrine Civard-Racinais, illustrations d'Aline Bureau (Belin jeunesse, 2016).

Alexandrine Civard-Racinais est journaliste, auteure, vulgarisatrice de contenus scientifiques, Aline Bureau s'est spécialisée en illustration jeunesse. Ce livre de fiction se présente comme un témoignage, écrit à la première personne au jour le jour, celui de la maman du bébé (dont la mère figurait également parmi les rescapées). Très "identificatoire", cet ouvrage paraît destiné à un public jeunesse. Il compte une trentaine d'illustrations, en couleur ou en noir et blanc, au format allant du cul-de-lampe à l'illustration couleur pleine page sans texte. Détail: j'ai cru voir qu'il respecte la réalité historique avec certains esclaves aux cheveux crépus et d'autres aux cheveux lisses, témoignant du brassage réalisé par les trafiquants de "bois d'ébène". La fin du livre comporte quelques vignettes explicatives très pédagogiques.

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P1150795 p.36-37 P1150796 p.38-39

Le blog de la dessinatrice Aline Bureau n'est plus alimenté depuis mars 2018. Le site internet de l'autrice Alexandrine Civard-Racinais annonce ses dates de conférences. 

Le pays des mots (4 billets!) l'avait chroniqué en 2017. 

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Tromelin_FrainLes naufragés de l'île Tromelin - Irène Frain (Michel Lafon, 2009 / J'ai lu n°9221, 2010).

Ce livre est classé comme un roman. Irène Frain a eu accès à la documentation rassemblée par l'archéologue Max Guérout et a elle-même séjourné sur l'île. Pour ma part, je lui reconnais surtout le mérite d'avoir fortement médiatisé cette histoire peu connue auparavant. Les naufragés de l'Île Tromelin est écrit "de l'extérieur" par une narratrice omnisciente (qui sait aussi ce que pensent les personnages), au présent de narration ou au passé composé, avec des phrases courtes et simples.

Toutes proportions gardées, son livre me fait songer à certains de ceux que j'ai pu lire jadis sur l'histoire du Bounty (par exemple celui de Sir John Barrow, classique paru en 1831, qui expose à la fois l'histoire de la mutinerie, puis tant la navigation du capitaine Blight que le sort ultérieur des mutins). 

Je n'ai pas l'impression que le "site officiel" "www.lesnaufragesdeliletromelin" indiqué en fin d'ouvrage soit toujours actif (si aucun ayant-droit n'a pris la peine de renouveler le nom de domaine, il a dû être racheté...)? Par contre, le site personnel d'Irène Frain est accessible et donne notamment des dates de rencontres avec les lecteurs.

Les blogs suivants (liste non exhaustive!) ont chroniqué le livre (parfois au moment de sa sortie, en 2009... à partir d'envois en service de presse ou en "partenariat"?): GrominouZofiaFumet de lecturesBettyBook22l'ancien blog d'Antigonel'ancien blog de Lucie, GangoueusKeisha (qui recense plusieurs autres liens), LaëlLeiloonaLouStephie, Hérisson (sur le blog délivrer des livres), Alicia, Géraldine (qui avait aussi publié un entretien avec Irène Frain). Cathulu n'a pas aimé, Gambadou non plus...

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Tromelin_SavoiaLes esclaves oubliés de Tromelin - Sylvain Savoia (Dupuis, coll. Aire libre, 2015).

Cette BD entrelace les passages d'époque, en présentation classique, avec des dialogues forcément fictifs, et les pages d'une sorte de "making off" de l'histoire du projet, dont j'ai trouvé la lecture nettement plus exigeante (pas de cases, beaucoup de texte à la première personne...).

Lorsque je suis rentré dedans dans un second temps, j'ai personnellement été captivé par "l'histoire de l'histoire" (ou plutôt la description de la vie de l'équipe d'archéologues là-bas, dans des conditions précaires). Il faut tout amener sur place, matériel et vivres, tout bien prévoir car les liaisons avion sont rares (il est bien sûr possible d'effectuer une évacuation médicale si indispensable)... et les équipements sont à la peine (éolienne qui ne marche plus, ordinateur qui tombe en panne, groupe électrogène principal aussi, tracteur...). Peut-on excuser l'erreur classique (p.47 et ailleurs): en archéologie, on ne met pas "à jour" des vestiges, on les met "au jour"? Les archéologues adorent le mot "perturber" (lorsque des vestiges en place ont été détruits par des constructions postérieures - ici p.82). Par contre, j'ai guetté en vain un "sol rubéfié" (témoignage d'incendie), ici remplacé par les "sols sablonneux" résultant d'épisodes cycloniques!

P1150798 p.20-21, le jour du naufrage. P1150797 p.82-83, les vestiges des cases de pierre mis au jour

Blog qui en ont parlé: MokaJeanJacques, Krol.

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Tromelin_Guerout_RomonTromelin. L'île aux esclaves oubliés - Max Guérout & Thomas Romon (CNRS éditions / INRAP, 2010)

Max Guérout, ancien officier de la Marine nationale, a mené quatre expéditions qui s'étalent entre 2006 et 2013 (cette dernière non couverte, donc, par le présent livre, mais bien par la BD précédente). Il consacre de nombreuses pages (fruit de sa recherche documentaire dans les archives) à resituer le contexte historique, maritime, commercial, en métropole comme dans l'Océan Indien, de l'époque du naufrage. Ce livre apparaît comme extrèmement complet, et s'appuie sur des faits documentés.

Je n'ai pas trouvé de chronique le concernant, mais Docbird cite un autre ouvrage de Max Guérout, Esclaves et négriers, qui contient un DVD Les esclaves oubliés de Tromelin.

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Au final, j'ai classé dans cet article les quatre ouvrages dans l'ordre croissant de mon intérêt personnel: ce que j'ai le plus apprécié est bien ce qui raconte la démarche historique et archéologique basée sur des faits. Je pense que les différents profils de lectrices ou lecteurs peuvent être plus ou moins attirés par l'un ou l'autre... 

24 avril 2023

Les sources - Marie-Hélène Lafon

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Après Histoire du fils, j'ai eu le grand plaisir de retrouver la belle écriture de Marie-Hélène Lafon dans Les sources (Editions Buchet-Chastel, 117 pages). Jusqu'à la page 80, la narratrice du récit est la mère, 30 ans, mariée avec trois enfants, deux filles et un garçon. Isabelle, Claire et Gilles (7, 5 et 4 ans). Cela se passe le week-end des 10 et 11 juin 1967 (au moment de la guerre des Six Jours). La famille vit dans une grande et belle ferme isolée où l'on fabrique le Saint-Nectaire, entre Soulages et Fridières, dans le Cantal. Assez vite, on comprend que le couple marié depuis presque huit ans, le 30 décembre 1959, ne va pas bien. Le mari bat sa femme qui n'en peut plus. Et malgré de l'aide, elle n'arrive plus à faire face aux travaux ménagers. Les trois grossesses l'ont physiquement enlaidie. Les enfants sont témoins et ils semblent apeurés. Sept ans plus tard, 19 mai 1974, le jour de l'élection de Valéry Giscard d'Estaing, le mari vit désormais seul. C'est lui, le narrateur, qui dit pis que pendre sur son ex-femme. Il n'a aucun remords sur ce qu'il lui a fait subir. Il a surtout la nostalgie de ce qu'il a vécu quant il était au Maroc pendant son service militaire, juste avant son mariage. Il compte qu'au moins une de ses filles reprendra un jour la direction de la ferme. Le 28 octobre 2021, tout est terminé. On ne sait pas ce qui se sera passé pendant 47 ans. Le récit est bref mais plus de 60 ans se seront passés. Mme Lafon a l'art de l'élipse mais elle dit beaucoup de choses en peu de mots. Un très beau roman.

Lire les billets d'Athalie, Baz'art, Ritournelle, Matatoune et Shangols.

9 avril 2023

Le grand monde - Pierre Lemaitre

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Je n'ai pas encore lu la première trilogie intitulée Les enfants du désastre de Pierre Lemaitre avec Au revoir, là-haut, puis Couleurs de l'incendie et Miroir de nos peines. Mais je viens de terminer Le Grand Monde (Livre de poche, 756 pages), premier tome de la nouvelle suite romanesque de Pierre Lemaitre, intitulée Les années glorieuses. Le personnage central du roman est constitué par toute une famille, les Pelletier. L'histoire se passe en 1948 entre Beyrouth, Paris et Saïgon. A Beyrouth, le chef de famille, Louis Pelletier, propriétaire d'une savonnerie, aurait souhaité qu'au moins un de ses trois fils prenne sa suite. Mais Jean (l'aîné, surnommé Bouboule) n'est pas doué pour les affaires, et François et Etienne ne l'ont pas souhaité. Jean, qui vit désormais à Paris, s'est marié assez récemment avec Geneviève (un des pires personnages féminins romanesque que j'ai eu l'occasion de croiser). Fille d'un receveur des postes à Beyrouth, Geneviève est une jeune femme sournoise, méchante, envieuse, calculatrice, sans état d'âme, bref une vraie peste et en plus pas très intelligente (mais elle a beaucoup d'idées pour nuire aux autres). François, vivant à Paris lui aussi, devait entrer à l'Ecole normale. A la place, il devient pigiste dans un journal parisien à la rubrique des faits divers. Etienne, lui, est un garçon sensible qui est tombé amoureux de Raymond, un légionnaire parti combattre en Indochine. N'ayant plus de nouvelles, Etienne part à son tour à Saïgon. Quant à Hélène, la seule fille, il n'est pas question qu'elle dirige l'entreprise familiale (puisque c'est une fille), elle part rejoindre ses deux frère à Paris. Désireuse de faire les Beaux-Arts, elle ne va pas suivre longtemps les cours car elle s'ennuie. On apprend très vite que Jean a un côté très sombre en lui, mais il est complètement sous la coupe de sa femme. Hélène est une jeune femme en rébellion contre ses frères et ses parents. A part Etienne, au destin tragique, j'ai trouvé que les personnages n'étaient pas spécialement sympathiques. A la fin de ce premier tome, on peut espérer que les relations s'apaisent entre les protagonistes. Un roman qui se lit très bien. Je ne manquerai pas de lire le tome suivant quand il paraîtra en poche.

Lire les billets d'Eva (blog et si on bouquinait un peu?), de Brize, d'Eva (blog tu vas t'abimer les yeux), Violette, Belette (assez mitigée).

30 mars 2023

Le livre est-il écologique? - Collectif

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) découvert le livre objet du présent billet chez la librairie de quartier que je fréquente principalement. Il y a quelques années, je partageais équitablement mon budget "livres neufs" chez une seconde librairie, mais j'ai un peu "laissé tomber" cette autre à l'occasion de son changement de propriétaires, lorsque l'ancienne libraire a pris sa retraite et a vendu son "fonds de commerce", même si je continue à recevoir les invitations pour toutes les dédicaces et autres conférences qui y sont organisées... et auxquelles je ne prends pas le temps de me rendre, alors que certains sujets pourraient m'intéresser. Bref. Je reviendrai sur ce sujet plus bas.

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Le livre est-il écologique? Matières, artisans, fictions, 2020, Wildproject (collectif), 103 p., 9 euros.

Le problème avec les livres collectifs, c'est que, même portant sur un thème précis, ils peuvent parfois sembler faits de bric et de broc, avec des parties qui éveilleront plus ou moins l'intérêt de chaque lecteur, et/ou des plumes plus ou moins étincelantes. J'ai bien sûr été attiré par le "post-it" signalant que ce livre (en présentoir) avait été co-rédigé par ma libraire, que je connais depuis 19 ans, à l'époque où la librairie qu'elle avait en tête de fonder n'était encore qu'un projet qui cherchait du financement solidaire (les plateformes de financement participatif n'existaient pas à ce moment-là). Mais je recommence à m'égarer!

Je l'ai donc réservé, en demandant une dédicace (la fondatrice n'est depuis longtemps plus seule contrairement à ses débuts (dans un local plus petit), elle a depuis plusieurs années embauché des salarié.e.s et ouvert son capital à au moins une associée). Lorsque je suis repassé, elle était elle-même présente et j'ai pu lui rafraîchir la mémoire. Après cette "mise en contexte", j'en viens enfin au livre lui-même.

Comme le dit la quatrième de couv', "cet ouvrage a été réalisé par l'Association pour l'écologie du livre, qui oeuvre de façon interprofessionnelle sur les questions d'éco-responsabilité et de bibliodiversité". Le livre comprend trois parties principales, titrées "Etat des lieux (entretiens)", "Horizons (écofictions de libraires)" et "Vers l'écologie du livre (manifestes)". Selon la page "Crédits" (p.101), les textes qui le composent ont, pour certains, été publiés dans la presse, sur internet, ou dans un ouvrage précédent. 

La partie "technique" sur la filière livre (l'entretien avec ma librairie, mais aussi ceux avec un éditeur et surtout avec un forestier) est celle qui a le plus éveillé mon intérêt, en évoquant les problématiques des différents composants de la filière livre. Pour la librairie, l'entretien porte sur l'adéquation entre un projet spécifique pour une librairie et les contraintes (organisation des rayons, économie fragile du secteur livre...). L'éditeur (une petite Maison basée en Belgique) explique qu'il réalise 80% de son chiffre d'affaires avec 120 librairies seulement, avec lesquelles il a construit des relations privilégiées. Le forestier nous donne une vision (que j'ai trouvée passionnante!) de la filière "papier" (mondialisé) et de l'inertie des éditeurs, où les "gros" (en France, en tout cas) décident davantage en fonction de leurs intérêts propres que de celui de la planète...

La partie consistant en écofictions de libraires présente quatre nouvelles se déroulant dans quelques années (2030 ou après) et imaginant ce qu'a pu devenir leur métier. Elles ont été réalisées dans le cadre d'un atelier d'écriture en 2019 (l'intégralité des nouvelles produites peut être trouvée en ligne sur le site de l'association, rubrique "ressources"). Là, j'ai commencé à être un peu moins convaincu: certaines sont plutôt dans l'utopie, à mon avis (ayant pour cadre une communauté idéalisée qui possède une impressionnante collection de livres...). Vers la fin de la dernière nouvelle (p.77-78), j'avoue avoir été interpellé par les phrases suivantes: "Eh bien, en fait, on a créé une usine à papier recyclé il y a trois ans. Elle est au fond du champ derrière la librairie. Donc on fait à la fois de la récupération de livres endommagés ou qui ont peu d'intérêt pour les membres de la communauté, mais aussi de pas mal de chiffons; Et c'est avec ça qu'on fait pour ainsi dire l'ensemble du papier de la commune ainsi que quelques dizaines de livres en auto-édition". Autant je trouve génial cette production autonome de papier et sa finalité, autant je suis heurté par ce "mépris" pour certains livres, exclus a priori et définitivement (sur décision irréversible) de toute chance de lecture future, ce qui s'apparente à une forme de censure et me déplait. J'aurais préféré lire "... endommagés ou de livres en nombreux exemplaires qui ont peu d'intérêt pour les membres de la communauté (en veillant bien sûr à en préserver un exemplaire aux fins de conservation), mais aussi (etc.)". Mais bon, chaque lecteur ou lectrice pourra avoir son propre avis je suppose.

Enfin, à la lecture des deux "manifestes" de la troisième partie, j'ai commencé à accentuer ma réticence. Ces manifestes sont vraiment trop "conceptuels" pour moi, et j'avoue que mettre en avant le décolonialisme ou les réunions non-mixtes n'est pas forcément le meilleur moyen de capter mon attention bienveillante. Les chercheur.euses cité.e.s dans ces manifestes contribuent chacun.e à la "déconstruction" de l'écologie, à renommer "humanités écologiques", où peuvent prendre place les oeuvres des philosophes écoféministes, les anthropologues du non-humain, les zoophilosophes, les penseurs biorégionalistes, ceux écodécoloniaux, sans parler des écopoéticiens... En parlant de la convergence de certains de ces thèmes vers des ouvrages trangenres, ils m'ont perdu comme lecteur, sans, je le crains, me donner pour le moment envie d'en découvrir davantage. Dans le second manifeste, titré "Les trois écologies du livre" (écologie matérielle, écologie sociale, écologie symbolique), le parti pris assumé est de partir du principe que, dans la chaine du livre, le féminin l'emporte (note p.90 - je n'ose demander si c'est de l'humour, de la provocation pour pousser à la réflexion, ou qui sait quoi d'autre).

A vous maintenant, lectrices et lecteurs, de vous forger votre propre opinion après lecture.

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Quelques réflexions sur mon propre rapport à la lecture ces dernières années

Finalement, ce billet m'a été l'occasion de m'introspecter sur mes modes de lecture. Qu'est-ce qui, désormais, me motive à ouvrir un livre?

D'abord, un aspect utilitariste. Il faut qu'il corresponde à une des thématiques sur lesquelles je suis "en veille": l'ESS (économie sociale et solidaire) en général, l'écologie ou l'agriculture bio ou de proximité en particulier. Une fois lu, je prendrai la peine de l'apporter en consultation aux membres de mon club d'investisseurs CIGALES, avant (selon le sujet) de le verser au système de prêt de livres au sein de l'AMAP dont je fais partie. Exceptionnellement, j'en aurai, auparavant, tiré un billet pour le présent blog.

Pour enrichir ma bibliothèque thématique personnelle, je m'astreins à lire quasiment un "essai" par semaine en moyenne. Certains font moins de cent pages là où d'autres en comptent plusieurs centaines, certains viennent de paraître tandis que j'en ai acheté d'occasion d'autres - parfois débris de bibliothèques rachetées en bloc par la bouquinerie avec une dédicace de l'auteur -  à quelques euros pièce.

D'autre part, côté littérature récréative, j'ai surtout tendance à relire des livres que je connais déjà. BD et manga figurent en bonne place dans mes lectures. En fait je lis bien davantage que je ne chronique. 

Pour que je rédige un billet, paresseux comme je suis, il me faut, là encore, une carotte: un "challenge" bloguesque de plus ou moins longue durée, même si rédiger un billet me demande un effort supplémentaire (sans parler des recherches pour trouver quelques liens vers des blogs en ayant déjà parlé - recherches de plus en plus ardues désormais).

Je lis en tout cas beaucoup plus de ce que j'appelle les livres "de stock" (déjà disponibles depuis des années, parfois même épuisés en neuf) que "de flux": je ne suis guère les parutions récentes, sauf s'il s'agit d'un ouvrage qui recoupe mes propres centres d'intérêt. Je sais que je ne pourrai jamais tout lire. Alors, autant me concentrer sur ce qui serait susceptible de m'intéresser, plutôt que de me lancer vers l'inconnu. Il ne me vient jamais à l'esprit de demander conseil à une libraire. Je trouve souvent mention de nouvelles parutions (essais) dans la presse, et vais alors les commander à ma librairie. C'est par contre sur les blogs que je détecterai un ouvrage que j'ignorais d'un auteur déjà connu de moi, ou, parfois, un billet attirant mon attention sur un ouvrage à côté duquel je serai passé autrement (et que je vais le plus souvent chercher à emprunter en bibliothèque).

Et vous?

20 mars 2023

Deux livres sur des canidés

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente deux vénérables livres au format poche chinés pour quelques dizaines de centimes d'euros (30 centimes pour l'un d'une part, 20 centimes pour l'autre mais cinquante centimes si on en achète trois - et j'en avais pris 9 pour ce lot-ci, d'autre part). J'ai décidé d'en faire un billet commun à cause du thème mis en titre: tous deux mettent en scène des canidés.

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Tueurs innocents, H. et J. van Lawick-Goodall, J'ai Lu documents N° D 19**, 1973, 308 p.
Dix chiens pour un rêve, François Varigas, Le livre de poche N°6051***, 1985, 254 p.

P1150751Le premier titre, Tueurs innocents, est un livre documentaire d'éthologie (observation des animaux). Jane Goodhall, alors mariée avec le photographe et cinéaste documentariste Hugo van Lawik, reste aujourd'hui beaucoup plus connue pour ses travaux sur les chimpanzés, à Gombe. Le présent livre a été publié en anglais en 1970, et traduit en français en 1971.

Son mari ayant été nommé photographe des parcs nationaux de Tanzanie, Jane l'accompagne dans ses missions d'études, avec leur enfant en jeune âge, Hugo junior, plus connu sous le nom de Grublin (p.36). Tous deux partagent équitablement couches et rédaction du livre. Les observations se déroulent dans le Parc du Serengeti et dans le cratère du Ngorongoro qui en est mitoyen. Les habitués des documentaires animaliers reconnaîtront toute la faune du Serengeti. Le livre s'intéresse en premier lieu aux carnivores, et par conséquence à leurs proies (herbivores). Proies parfois dévorées vivantes (en commençant par les entrailles), mais qui, nous dit-on, meurent plus rapidement que les herbivores étranglées durant 10 minutes par les lions... (et peut-être "anesthésiées" par le choc, comme un humain peut "réagir" en cas de blessure grave...). Il est aussi question des oiseaux (j'ai appris que les "vautours égyptiens" savent utiliser un outil: ils jettent une pierre contre les oeufs d'autruche pour en briser la coquille, trop dure pour leurs becs). Trois races d'animaux sont abordées (ont été étudiées, par le couple et ses assistants) successivement: les chiens sauvages (lycaons), chacals dorés (et argentés?), hyènes tachetées. A chaque fois, les chapitres, rédigées dans un style vivant (qui n'exclut nullement la précision scientifique) nous présentent plusieurs "clans" ou meutes". Sont décrits l'élevage des jeunes, la hiérarchie interne à chaque groupe, le mode de chasse, les relations avec les proies, les autres carnivores, ou les congénères. Le livre est entrecoupé d'anecdotes d'observations en véhicule ou de vie au bivouac avec leur jeune fils. Seuls quelques indices permettent alors de savoir qui est le "je" qui rédige. Les auteurs ont pu bénéficier d'un programme d'études pluriannuel, et de la bienveillance de leur éditeur (puisque la rédaction du livre a connu plus de six mois de retard par rapport à ce qui avait été convenu). Toutes ces observations vécues, racontées de manière très vivantes, aboutissent à un récit qui se lit comme un polar. Une belle lecture, à mettre en perspective, je le répète, avec les documentaires animaliers qui repassent inlassablement sur Arte.

En cherchant des informations complémentaires, j'ai appris que, contrairement à ce que je pensais au départ, les hyènes, selon les arbres phylogénétiques récents, ressortiraient plutôt de la même famille que les félins (comme les mangoustes par exemple) et non de celle qui contient les canidés (sous-ordre des féliformes plutôt que des caniformes, donc). Je pense que le second livre annoncé, Tueurs tranquilles, qui devait porter sur les félins du parc (lions, guépards et léopards) n'a jamais dû être écrit, car Jane et Hugo ont divorcé en 1974 (ils étaient mariés depuis 1964).

De Jane Goodall, donc, j'avais lu il y a quelques années Nous sommes ce que nous mangeons. Il faudrait que je le relise et que je le mette à disposition dans le système de prêt de livres de l'AMAP dont je fais partie

Eventuellement, je pourrais aussi y proposer le second livre que je vais vous présenter. 

P1150753Je ne comprends pas trop le titre Dix chiens pour un rêve: choisi par l'éditeur ou par l'auteur? Ce chiffre dix (vendeur, symbolique?) paraît être la moyenne entre les 11 chiens du départ et les neuf à l'arrivée... A l'arrivée d'un pari fou: traverser la Terre de Baffin en traîneau à chiens, puis poursuivre à travers le Canada jusqu'à la cité de Dawson. L'auteur, François Varigas, semble avoir bénéficié pour la rédaction de "l'aide" d'un journaliste ("propos recueillis par Jean-François Chaigneau"). Un Français a donc réussi à aller jusqu'au bout de ses rêves, en y gagnant le respect des hommes rudes qui vivent dans le "grand Nord": personnels de la ligne DEW, d'entretien des routes, Inuits, Amérindiens... Mais revenons à nos chiens. Ils sont évoqués, chacun avec leur caractère, tout au long de l'ouvrage. L'auteur les a parfois eu chiots et dressés comme chiens de traîneau, traîneau qu'il a lui-même construit pour son "raid". Il doit porter le matériel de bivouac dans la neige et la nourriture pour le conducteur comme pour les bêtes, pour des étapes en autonomie qui peuvent durer jusqu'à deux semaines sans voir quiconque. Nous avons droit à la présentation des deux types d'attelage: l'inuit (en arc de cercle) ou "indien" (en ligne), celui qui est le plus connu (je songe au livre Le grand silence blanc par exemple). Tout au long du périple, l'interaction avec les chiens est permanente. Nous les voyons se "mutiner" le deuxième jour: habitués à de courtes randonnées, ils veulent faire demi-tour pour le retour classique à la maison (p.30), ne pouvant anticiper la longueur de la randonnée. Au fil du voyage, nous assisterons à des rencontres avec un couple de loups, un ou deux ours, un renard des neiges... p.51-52, notre voyageur regrette sa solitude et surtout l'absence de spectateurs pour admirer la "belle ouvrage" que font les chiens (parfois en compétition pour être ou demeurer "chien de tête). Plus loin (p.75), tous les menbres de l'attelage nous sont présentés, à un moment où il envisage de devoir sacrifier un chien pour nourrir les autres (comme les explorateurs polaires de jadis). Conclusion p.82 de ce passage: "Je secouai la tête: mais quelle stupidité m'avait abruti à ce point? Je n'étais pas encore dans le réel besoin de nourriture et j'avais choisi comme inéluctable la solution la plus imbécile. J'avais planifié, comme un énarque, sans attendre la réalité. J'avais trop raisonné sur l'avenir". Les chiens, semble-t-il, lui sauvent quelquefois la mise sinon la vie: quand le mauvais temps l'amène à faire demi-tour au lieu d'aller au bout de l'étape prévue, à plusieurs reprises, ce sont les chiens (instinct? flair? intelligence?) qui savent le ramener à bon port.

Les étapes dans des lieux habités sont l'occasion de rencontres avec des "peuples premiers" sédentarisés et dont les jeunes gens, utilisateurs de skidoos, ne savent plus forcément utiliser un "simple" attelage de chiens. L'administration peut être plus ou moins compréhensive (un caribou tué parce que c'était ça ou mourir de faim, et l'amende menace...). La rencontre avec une famille de trappeurs m'a fait songer à la vie décrite dans La rivière des castors d'Eric Collier. François Varigas est en tout cas bien mis en scène dans son rôle d'explorateur et surtout de réalisateur d'exploit.

Au final, un livre dont j'ai lu les péripéties du quotidien d'un tel voyage avec intérêt et facilité. Je ne sais pas trop ce qu'a pu devenir son auteur au XXIe siècle. Je n'ai pas lu son autre livre, Une vie pour un rêve, mais je tacherai de me le procurer. 

Vérification faite, on peut facilement trouver sur internet les deux livres que ce billet vous a présenté. Même si chacun est ancien de plusieurs décennies, ils sont malgré tout trop récents pour pouvoir compter comme "classiques" dans un challenge... 

PS: de Jane Goodall, il faudra aussi que je lise (lorsque je l'aurai déniché d'occasion) Les chimpanzés et moi.

7 mars 2023

Les Russkoffs - Cavanna

Ça débute avec une histoire de pénurie d'obus pour lutter contre les Russes. Et "les provinces, ça va, ça vient, surtout les frontalières" (p.13).

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) commente ce mois-ci Les Russkoffs, où François Cavanna raconte la suite (durant la seconde guerre mondiale) de son célèbre premier volume autobiographique Les Ritals, que je chroniquerai un mois ou l'autre [chroniqué le 7 novembre 2023]

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(Le livre de poche N°5505 ****, 410 p., 3e trim. 1981)

Alors, pourquoi ce titre-là et pourquoi maintenant? Le numéro 1596 de Charlie Hebdo daté du 22 février 2023 se présentait comme un numéro spécial Cavanna, qui aurait eu 100 ans (né en février 1923). Du coup, j'ai sorti de ma liste d'idées d'articles-hommages "Charlie" puis de ma pochothèque personnelle le livre, redevenu d'actualité, Les Russkoffs. Il est construit avec quelques retours en arrière, et se termine abruptement. En exergue de ce livre figurent comme dédicataires d'abord "[à] Maria Rossipova Tatartchenko, où qu'elle puisse être", puis 24 autres prénoms slaves féminins, suivis d'une vingtaine de gars français. "(...) et aussi / à tous ceux et à toutes celles dont j'oublie le nom mais pas le visage, / à tous ceux et à toutes celles qui ramenèrent leur peau, / à tous ceux qui l'y laissèrent, / et, en général, à tous les bons cons qui ne furent ni des héros, ni des traitres, ni des bourreaux, ni des martyrs, mais simplement, comme moi, des bon cons, / et aussi / à la vieille dame allemande qui a pleuré dans le tramway et m'a donné des tickets de pain."

Les Russkoffs du titre, pour ce que j'en ai donc compris, ce sont en premier lieu les femmes "de l'Est" (slaves) elles aussi réquisitionnés pour le travail en usine d'armement, ensuite les prisonniers de guerre russes - plus mal nourris que les Français? -, et en dernier lieu les soldats de l'armée rouge victorieuse, croisés en fin d'ouvrage quand ils vainquent, pillent, violent, et aussi exécutent sommairement ceux qu'on leur désigne comme "fascistes". Mais procédons par ordre.

Le premier chapitre (sur 17), titré "le marché aux esclaves" nous pose le jeune François en train de travailler sur une presse pour fabriquer des ersatzs de pointe d'obus, chacun des "vingt petit[s] Français pâlichon[s] maigrichon[s] étant flanqué de deux bonnes femme", et nous narre comment il (en) est arrivé là. Prisonniers de guerre français croisés durant le voyage (ne pas parler mal de Pétain!), interprète belge (flamand) à l'arrivée... et mise au boulot (en trois-huit à l'usine d'armement) dès la première nuit d'installation au camp.

Maria, c'est l'une de ses deux assistantes, qu'il prend d'abord pour une Allemande avant de comprendre (p.46) qu'elle est, non pas russe, mais ukrainienne (d'un pays qu'il situe très vaguement sur la carte). Et notre François va se montrer très motivé pour apprendre sa langue... 

Le troisième chapitre, titré "Pour le tsar!" (à la Michel Strogoff), revient en arrière en une soixantaine de pages (53-114) pour narrer l'exode de juin 1940, vécu par notre jeune Cavanna de 17 ans. Après avoir vainement attendu le car promis par l'administration des PTT, notre jeune vacataire part à vélo en direction de Bordeaux où l'ordre est de se replier (sous peine de sanctions pouvant aller jusqu'au licenciement!). Un voyage initiatique bien qu'inutile puisque les Allemands motorisés allaient plus vite que des réfugiés à pied ou même en vélo (notre François était parti avec son vélo de course tout neuf mais aux boyaux fragiles). N'ayant pas l'âge militaire, les Allemands le laissent revenir en région parisienne. Finis les PTT: voici Cavanna tireur de chariot pour aller sur les marchés, maçon... (court chapitre titré "Ma banlieue à l'heure allemande", p.203-221). Avant de se faire "piéger" dans l'entreprise où il venait d'entrer après une offre alléchante: et paf, requis pour le STO!

En Allemagne, Cavanna travaille donc d'abord pour l'industrie d'armement, puis est muté (par mesure disciplinaire) dans un Kommando des gravats, pour déblayer, jour après jour, Berlin bombardé quotidiennement. C'est entre autres sous les bombes alliées sur Berlin en 1944-45 qu'il s'est construit son opinion sur la guerre, de même que Cabu s'était forgé son propre antimilitarisme en tant qu'appelé en Algérie (entre mars 1958 et juin 1960). Il l'a vécue à hauteur d'homme. Il nous raconte une vie quotidienne de préoccupations alimentaires (à un moment, Maria refuse de manger un steack de cheval, contrairement au jeune Français habitué par sa mère), encadrée par des gardiens plus ou moins "peau de vache" ou "complaisants", une fragile survie de couple, de groupe, pour une histoire individuelle mais pleine d'anecdotes. Par exemple, p. 300-301, il raconte par suite de quel concours de circonstance il a été amené à casser la gueule à un gestapiste dans un tramway (sans conséquences, grâce à l'humanité d'un simple flic allemand pas spécialement pro-Gestapo). Il évoque la camionnette qui exhortait par haut-parleur les requis français à rejoindre la Waffen-SS... (p.310).

Mais je ne veux pas tout raconter (lisez le livre, écrit d'une langue drue, truculente et pressée). Fin février 1945 (p.317), le camp est évacué en train vers la Poméranie, pour aller y creuser de dérisoires fossés antichars dans le sable local. Puis ordre est donné de se diriger (à pied) vers "ailleurs". Et Maria et lui quittent la colonne malgré les risques, avant de rencontrer les "libérateurs" russes. Après quelques bivouacs, arrive la fin, ou comment un homme et une femme se perdent... Pendant que François était parti "au ravitaillement", Maria s'est fait rafler par les Russes malgré ses protestations. Et jamais Cavanna n'est arrivé à la retrouver, ni avant ni après son propre retour en France, dit le livre publié en 1979. Alors même que d'autres ont réussi à préserver leur "couple de guerre": qui a ramené "sa" Russkoff" (p.303: évasion, engagement dans la 2e DB, pour revenir en Allemagne chercher sa Klavdia), qui sa jeune Berlinoise brune (Ursula, p.308), qui envisageait de rester sur place (600 hectares de terre et la veuve allemande en prime, pour quelqu'un qui, au pays, ne possédait rien que ses deux bras, p.364). Le STO, finalement, ça aura donné les premières chansons de Brassens, mais aussi ces mémoires de Cavanna.

Pour les lecteurs et lectrices de 2023, je souhaite insister sur le fait qu'il ne s'agit pas là d'un roman, mais d'un témoignage de première main sur le quotidien vécu en particulier à deux et en général en groupe, dans un pays étranger où l'auteur n'est pas venu de son plein gré mais où il a vécu les horreurs de la guerre (y compris en assistant à des morts violentes).

J'ai trouvé peu de blogs en ayant parlé: Les plumes baroques (dernier billet en juillet 2020), Aspirant auteur (dernier billet en juin 2017). Je ne m'interdirai pas d'en rajouter "au fil de l'eau".

Et dans le numéro "centenaire" de Charlie que j'évoquais plus haut? En 16 pages, on trouve plus d'une douzaine de citations choisies par d'actuels rédacteurs ou dessinateurs (dont tous ne l'ont peut-être pas connu?), et quelques phrases à sa mémoire par rapport à Charlie dans la plupart des chroniques régulières. Jacques Littauer, notamment, évoquait Les Russkoffs (p.5). 

*** Je suis Charlie ***

6 mars 2023

Swinging Liverpool - Les aventures de Louise Petibouchon - Jean Depelley et Eric Albert

J'ai été très contente d'apprendre qu'un nouvel album était paru avec Louise Petibouchon, une policière limougeaude. Et j'ai eu le plaisir d'avoir une dédicace des deux auteurs. J'avais appelé la librairie qui avait invité les deux auteurs et, très gentiment, le vendeur m'a dit qu'il ferait son possible pour obtenir une dédicace. Dans cet album de 44 pages paru aux Editions Paquet intitulé Swinging Liverpool, les deux auteurs racontent deux histoires en parallèle, dans ce tome 3 qui se passe toujours au tout début des années 60. Celle avec l'inspecteur Plumier toujours bête comme ses pieds qui part en vacances à Royan pour rencontrer une association spécialiste de la vie extraterrestre. Plumier doit faire un exposé devant un public. De son côté, Louise Petibouchon, toujours aussi intelligente, va aller jusqu'en Angleterre à la recherche de son amie Roseline Poissard, une prostituée au grand coeur qui vient d'être enlevée en plein Limoges, sous les yeux de son souteneur, par un gang de Russes. J'ai trouvé cet album très sympa. Il y a même un clin d'oeil à Hergé quand Louise Petibouchon, arrivant à Calais, passe devant un cargo appelé "Kamasoutjan" en référence au "Karaboudjan" dans Le crabe aux pinces d'or.

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26 février 2023

Azincourt par temps de pluie - Jean Teulé

Profitant de son absence, j'ai (ta d loi du cine, "squatter") chipé ce livre sur la PAL de la maîtresse de blog (dasola). J'espère que cela ne la découragera pas de rédiger, le moment venu, son propre billet après lecture!

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Pour ma part, je n'avais encore jamais lu de romans de Jean Teulé (mais juste chroniqué une biographie de Charlie Schlingo dont il avait écrit le scénario pour Florence Cestac). Je ne sais donc pas comment il traite (de) la Grande Histoire ailleurs. Dans Azincourt par temps de pluie (éd. J'Ai lu n°13668, 220 p., imprimé en décembre 2022, pour l'édition que j'ai entre les mains), il nous la donne à voir sous un jour plutôt sanglant. 

Le livre se déroule sur deux ou trois jours (avant, pendant et près la bataille), du 24 au 26 octobre 1415. De manière très vivante (beaucoup de dialogues), Jean Teulé nous expose ces sacrés Français, grands seigneurs, en train de se disputer la peau du lion anglais avant de l'avoir tué, cependant que le souverrain anglais maintient une discipline de fer dans sa petite armée professionnelle. Il a fait le choix de nous présenter un rapport de 1 à 5 pour les forces en présence, alors que les chiffres varient y compris parmi les chroniqueurs de l'époque. Je n'oserai pas m'avancer sur le fait que la "fille à soldats" (surnommée "Fleur de Lys") qui se retrouve seule parmi les quelque 30 000 Français d'abord, parmi leurs cadavres ensuite est bien un personnage attesté sinon historique, ou non... mais elle sert de témoin (et, ma foi, si on l'avait écoutée - le bon sens féminin -, l'Histoire aurait pu en être changée). Mais Jean Teulé n'a pas écrit une uchronie. Il est amusant de noter que, plutôt que de présenter une bibliographie, il crédite avec humour ses "collaborateurs involontaires" (sic!) en fin de livre (de Michelet à Charles d'Orléans). Pour ma part, la description de l'entretien des arcs anglais p.26 m'a fait penser à l'Odyssée, lorsque les prétendants s'efforcent d'assouplir l'arc d'Ulysse avant que celui-ci les massacre... Ironie de l'Histoire: Jean Teulé n'a pas manqué de nous rappeler que l'armée anglaise était dans un sale état sanitaire (chiasse - même s'il parle courtoisement de dysenterie) pour avoir consommé des moules avariées en guise de pique-nique. Deux mille soldats anglais en étaient mort avant la bataille.

Comme dans La controverse de Valladolid ou dans La négociation, on a ici des antagonistes. Mais cette fois-ci, on finit par se battre, une fois le temps des échanges diplomatiques terminé. Et dans ce cas, le meilleur gagne. Jean Teulé et Wikipedia sont d'accord! Il nous a clairement été exposé les raisons pour lesquelles les faits se déroulent de telle manière. Le combat proprement dit débute p.119. C'est un massacre. En première ligne, les Français et leurs lourdes armures sont plantées dans la gadoue, reçoivent les flèches anglaises, n'y voient rien par les petits trous de leurs visières, et ne peuvent qu'attendre passivement de se faire massacrer lorsque les arcs sont abandonnés pour les haches et autres armes anti-armures. La première vague de prisonniers est éliminée: il faut bien continuer à se battre jusqu'à la déroute adverse.

Et, une fois que les combattants ont quitté les lieux, y abandonnant les monceaux de cadavres français, l'auteur n'oublie pas de nous montrer la récupération par la population locale des moindres bouts de tissu ou de métal dont ils auront l'usage, brut ou refondu... Ce roman de "vulgarisation historique" se lit vite et avec aisance.

J'ai trouvé plusieurs blogs qui en avaient parlé: A livre ouvertAu détour d'un livreLes lectures de Cannetille, PlumefilCanel

Philippe Dester n'a pas aimé. Nono a évoqué le livre pour rendre hommage à Jean Teulé (son blog cite encore un autre livre sur Azincourt). J'ai appris que Dominique Pinon lit la version audio grâce au blog Baz'Art.

Après coup, ce roman m'a fait penser au traitement que fait, en bande dessinée, Jean-Yves Delitte des grandes batailles navales. J'en ai lu quelques titres. Un billet à faire un mois ou l'autre?

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