Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) finalise aujourd'hui, pour la parution du mois dans ma série "Hommages du 7", un billet longtemps resté "en jachère". J'avais, au premier semestre, fini par me procurer les deux premiers tomes de La vie secrète des jeunes, dont j'avais chroniqué naguère le tome III. Et ceci, après avoir enfin lu le sixième et dernier volume de L'Arabe du futur, où Riad Sattouf raconte son bac, ses études de dessinateur professionnel à l'Ecole des Gobelins, la publication de ses premiers albums, et accessoirement sa rencontre avec Charlie Hebdo (j'y reviendrai plus bas). J'ai pris en photo les couvertures et une sélection de pages.
Riad Sattouf, La vie secrète des jeunes, L'Association (T.I en 2007 & T.II en 2010).
Le tome I comprend des dessins publiés dans Charlie Hebdo de 2004 à 2007, l'exemplaire que j'ai eu entre les mains correspondait à une réimpression en août 2009, 4ème édition (DL 4ème trim. 2007).
Voici la 4ème de couv' du tome II (imprimé en mars 2010).
Je n'ai plus aujourd'hui ces albums, rendus en bibliothèque il y a des mois. C'est grâce à dasola que j'ai retrouvé les photos de pages prises lorsque je les avais lus, pour les quelques citations ci-dessous. Impossible par contre de les attribuer avec certitude à l'un ou à l'autre album, et ce d'autant moins qu'ils ne sont pas paginés... J'avais en tout cas noté que le tome I comportait 154 planches (dont une histoire en deux planches), et le tome II 140 planches, avec plusieurs histoires se déroulant en 3 planches.
Parfois, la planche est très bavarde, parfois presque muette, avec des textes auxquels il arrive d'être "hard". J'ai de préférence relevé celles qui m'ont fait sourire plutôt que les innombrables qui mettent en évidence la bêtise, la vulgarité, la violence (physique ou symbolique), ou la méchanceté gratuite (ou du moins ce qui, à toute première vue et avant toute analyse plus profonde, nous est montré, "brut", comme tel), souvent désespérante.
Au fil des pages, nous avons ici les jeunes bourgeois et bourgeoises d'un côté (futilité), ou les jeunes bobos des milieux de la culture (déconnexion du monde réel?), les cailleras de l'autre (langage grossier et répétitif, ponctué de fisdeput à toutes les sauces, de menaces verbales lorsque ce n'est pas de baffes...). Et ces tronches, bon sang...
Des situations professionnelles (on ne voit pas le client qui vient se plaindre au bureau de poste)...
On ne voit pas le client intimidé par son "réparateur"...
La plus triste des deux n'est pas forcément l'enfant pour son premier jour d'école...
Maltraitance mentale, ça existe?
Un caquet bien rabattu ;-)
Et autant pour le lourdaud qui ne comprend pas...
L'histoire ne dit pas si cette jeune femme aux yeux azimutés avait réussi, ou non, à faire son trou à Charlie...
La bave de la vieille grenouille n'a apparemment pas atteint la jeune colombe ;-)
Sans commentaire.
La honte de l'accompagnatrice...
La culture... c'est ce qui restera?
Ci-dessus les pages de L'Arabe du futur où Riad rencontre Charlie... (désolé pour la qualité des photos, prises avant la "migration" de canalblog!)
En fait, j'avais commencé à rédiger cet article avant la dissolution [non, dasola, pas du gouvernement! De l'Assemblée nationale...], puis bizarrement, je n'ai pas eu envie de le publier à ce moment-là... De son côté, l'auteur n'a-t-il pas arrêté cette série parce que son contenu le déprimait? Je remarque, en tout cas, que j'ai choisi ci-dessus surtout des pages de gauche (?)...
PS: selon les dernières informations que j'ai vues sur Riad Sattouf, après avoir terminé sa série en 9 albums (un par année) titrée Les cahiers d'Esther, histoire de mes [10 à 18] ans, il donne une sorte de suite à son Arabe du futur (6 tomes autobiographiques sur son enfance) avec Moi, Fadi le frère volé (où a la parole son jeune frère, enlevé tout jeune enfant par son père et élevé en Syrie).
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me rappelle avoir lu dans Charlie Hebdo certaines des planches regroupées dans ce recueil (et certainement les chroniques habdomadaires post-7 janvier 2015, puisque je n'ai plus jamais raté un numéro depuis). Mais il me semble qu'elles paraissaient plutôt sur toute une colonne qu'en format "planche"en gaufrier de 6 à 8 vignettes comme ici: les pages ont dû être remontées pour la parution chez Dargaud. Pour mémoire, j'ai déjà présenté dans mes "hommages du 7" plusieurs albums de Catherine [Meurisse].
Catherine Meurisse, Scènes de la vie hormonale,
(chronique publiée dans Charlie Hebdo d'octobre 2014 à juillet 2016),
Dargaud, 2016, 78 pages (74 planches)
Il s'agit de petites chroniques où l'auteure se moque, soit d'elle-même (ou de son héroïne), soit de ses interlocuteurs ou -trices. Ou de la vie de couple en général (attentes désynchronisées...).
Certaines planches peuvent faire penser aux thèmes (féminins, forcément féminins) de dessinatrices antérieures: Brétecher, Catherine Beaunez, Florence Cestac. Il ne fait pas toujours bon prendre le "sexe faible" à rebrousse-poil! On y découvre aussi que l'introspection, ça peut avoir du bon, à condition d'éviter de creuser trop profond...
Je vous mets quelques planches à titre de citation (j'ai eu du mal à me limiter à sept, pas plus, pour vous donner envie d'aller découvrir l'intégralité des autres!).
p.25 (pourquoi tant de violence? L'art et la manière?)
p.19 (plusieurs niveaux...)
p.29 (sans commentaire)
p.48 (histoire sans paroles)
p.40 (la 3e vignette figure aussi en page de garde...)
p.69 (comment le prendre?)
p.63 (excellent! Et s'il n'en reste qu'une...)
p.73 (va savoir...)
Oh, allez, je suis monté jusqu'à huit...
L'amour comme l'humour sont parfois un peu vache. A la relecture, j'ai quand même trouvé pas mal de ces chroniquettes douces-amères, souvent plus amères que douces. Enfin, je vous rappelle que mon point de vue est celui d'UN lecteur, hein...
Dommage qu'il n'y en ait pas eu davantage. Mais après tout, rien n'interdit de rêver que Catherine [Meurisse] y revienne un jour!
Bado l'avait présenté en 2016 (avec une planche en plus...). Lisou du blog Les Pipelettes en parlent en a choisi d'autres en 2017. Voir aussi Baz'Art, ou Pages à pages (impossible d'y laisser des commentaires!).
Gena Rowlands et Alain Delon qui n'ont rien à voir l'un avec l'autre viennent de disparaitre à quatre jours d'intervalle: la première le 14 août 2024 et le second le 18 août 2024. Je voulais leur rendre un petit hommage.
L'Américaine Gena Rowlands est surtout connue pour avoir été la femme de l'acteur et réalisateur John Cassavetes (1929-1989). Cette actrice de grand talent a joué dans sept films de son mari dont Faces (1968), Minnie et Moskowitz (1971), Une femme sous influence (1974), Opening Night (1977) , Gloria (1980 - que je viens de revoir récemment et que je vous conseille) et Love Streams (1984). Par la suite, elle a tourné d'autres films comme Une autre femme de Woody Allen que Princecranoir vient de chroniquer ou N'oublie jamais (The Notebook) et elle a aussi participé à des séries télé.
Maintenant, le Français Alain Delon dont on attendait la disparition depuis quelque temps. Quelle carrière! et puis Delon, c'était des yeux bleus, des cheveux bruns, une allure féline et des films inoubliables comme Rocco et ses frères (1960), Plein Soleil (1959), Le Guépard (1963), Le Samouraï (1967 - chroniqué par Princecranoir), La piscine (1969), La veuve Couderc (1971), Leprofesseur (1972 - mais que j'ai découvert récemment), Monsieur Klein (1976) que je vous recommande. Un acteur qui fut plus connu en Europe (Russie comprise) et en Asie qu'aux Etats-Unis. Il fut aussi producteur de nombreux films et il est même monté sur les planches. On a du mal à le dissocier de Romy Schneider, Nathalie Delon et Mireille Darc (quelques femmes de sa vie). Je n'en dirai pas plus. La télévision depuis dimanche soir nous a gâtés pour les hommages, films et documentaires. Lire l'hommage de Pascale.
Miriam est aujourd'hui la onzième blogueuse (enfin, 12 pour 11 blogs - dont 1 élément masculin...) à se présenter sur ce blog dont elle est une "fidèle commentatrice", avec ci-dessous ses réponses (en rouge pour que ce soit plus facile à lire) au questionnaire que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) lui avais adressé avant-hier, date de son 500e commentaire chez dasola. Elle m'a répondu en deux fois, puisqu'elle avait zappé la première question!
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Bonjour Miriam, pour que les lecteurs comprennent qui vous êtes, pouvez-vous vous présenter? Derrière ce pseudonyme, pouvez-vous nous livrer quelques éléments biographiques? Dans quelle tranche d’âge vous situez-vous (car un lecteur de 20 ans n’ayant pas le même ressenti qu’un de 60, ou bien les disponibilités en temps [de rédaction de billets comme de parcours de la blogosphère] pouvant varier avec l’âge, cette information a son importance)? Avez-vous fait des études ou exercé une profession ayant un rapport avec l’enseignement, l’histoire-géographie, la littérature ou l'art?
J'ai 73 ans. Je suis retraitée de l'enseignement, prof de SVT dans un collège de Créteil très multiculturel. J'ai fait des études de géologie. Je bloguais déjà avant ma retraite.
J’ai toujours écrit mes carnets de voyage, manuellement avec un stylobille. À la maison, je saisis et j’illustre. En rentrant de 5 semaines au Cap Vert, j’ai voulu l’imprimer. C’était si monstrueux que j’ai cherché à l’héberger sur une plateforme. Ce fut Voix Nomades, une merveilleuse aventure qui a pris fin. Puis un blog LeMonde.fr, puis WordPress.
* Vous êtes un des rares cas de blogueuse utilisant plusieurs blogs, vous continuez à alimenter en parallèle Toiles nomades désormais dédié au cinéma : pourquoi deux blogs différents ?
C’est d’abord une question de mémoire dans la galerie, j’ai « sécurisé » mon blog chez blogspot. Puis c’était plus cohérent d’avoir Toiles Nomades séparément.
* Les films que vous y chroniquez sont plutôt des films «arts et essais» ou «cinéma du monde». C’est un choix ?
Ce sont les films qui me plaisent et me font m’évader. Les films « cinéma du monde » correspondent aussi à mes lectures et mes goûts musicaux.
Je vais voir des films français ou américains. Je ne suis pas une critique de cinéma professionnelle. Je laisse les pros pour les aspects techniques et je n’ai rien à ajouter. En revanche, le petit film kazakh, palestinien ou macédonien que personne n’ira voir parce qu’il sort discrètement pour quelques séances dans un seul cinéma, j’ai envie de le faire connaitre à mon petit niveau. Pareil pour les documentaires.
* Autres points à rajouter sur votre rapport au cinéma : salles fréquentées de préférence ? DVD, blue-ray (en visionner, en offrir…)?
Je suis une fan des Cinémas du Palais qui projettent des films "Art et Essai". C’est à côté de chez moi. Il y a un tarif sénior. J’y vais plusieurs fois par semaine. Si le film est décevant ce n’est pas grave, je ne le chronique pas. J’ai aussi un abonnement Cine+ qui permet de voir les films que j’ai ratés ou de revoir ceux que j’ai aimés.
* Les catégories de classement des billets « voyages et notes de lectures » sont nombreuses : «Monde en exposition», pays ou régions de destination pour les voyages ou balades (dont Paris/banlieue), théâtre, littératures… Les articles sont très variés. Etait-ce prévu dès le départ, ou vos centres d’intérêt bloguesques ont-ils évolué au fil du temps?
Le thème voyage était au départ du blog. Le classement par pays ou région. Les lectures autour des voyages. J’ai découvert un peu plus tard qu’il n’est pas nécessaire de prendre l’avion ni la voiture pour « voyager », des balades dans le Grand Paris peuvent être des voyages très exotiques. Sans parler des expositions. Avec le Pass Navigo, je pars en Asie au Musée Guimet, en Amérique latine, je vois les Expositions avec le même regard touriste.
Pour la lecture, c’est venu après avec les challenges et les échanges avec les blogueuses et blogueurs. Depuis le confinement je voyage moins et lis beaucoup plus.
* Quel est votre but avec cet éclectisme? Souhaitez-vous détailler, préciser? Les lecteurs de votre blog semblent-ils réagir davantage à certains thèmes qu’à d’autres?
Les lecteurs sont plus assidus pour les critiques de livres contemporains et les challenges. Pour les articles « touristiques » cela dépend des saisons…
* Les voyages et déplacement semblent occuper une bonne part de votre temps. Pouvez-vous en dire davantage? Circonstance? Choix de vie? Loisir de retraite? Choix des destinations?
Je me sens à l’étroit en Région Parisienne. Les voyages balaient la routine et apportent tout leur lot de nouveauté : paysages, cuisine, langues que j’essaie d’apprendre (sauf le hongrois et l’islandais, impossible). J’ai besoin de comparer ce qui se passe chez nous et ailleurs dans le monde, relativiser, accéder à d’autres points de vue. Le chauvinisme me fait horreur avec les opinions étroites franco-françaises.
* En ce qui concerne vos lectures (billets sur les différentes littératures…), votre blog ne comporte pas d’index par nom d’auteur? Pourquoi ce choix?
Je n’y ai jamais pensé, déjà classer par pays, par époque et par sujet ….
* En moyenne et à titre indicatif, combien lisez-vous de bouquins par mois?
4 à 13 :) 4 quand je voyage, 13 quand je suis coincée.
* En tant que lectrice, comment vous définiriez-vous? La lecture tient-elle un rôle important dans votre vie? Débroussailler le champ immense des lectures possibles, faire partager vos émotions de lectures…?
Je n’imagine pas la vie sans la lecture.
* Combien de temps consacrez-vous à la lecture chaque jour?
Le Monde, Télérama et Courrier International chaque matin et pour le reste cela dépend, peut-être deux heures.
* Salons du livre, rencontres avec les auteurs et séances de dédicaces … Les recherchez-vous?
Je déteste les salons, je me sens idiote devant un auteur qui signe un livre, en revanche j’ai vécu de très belles rencontres organisées par Babélio pour la sortie d’un livre lu avant la rencontre.
* Quelle blogueuse êtes-vous ? Challenges, Défi, tag, swap… Il y en a sans doute trop pour participer à tous, et vous économisez la place sans pouvoir afficher de nouveaux logos (galerie presque pleine)… Mais est-ce que cela, à votre avis, peut inciter à lire un livre plutôt qu’un autre?
Les Challenges me motivent à sortir de ma zone de confort et m’obligent à plus de sérieux. La Galerie pleine va me coûter très cher.
* Votre endroit favori pour lire?
L’été sur mon balcon dans la chaise longue avec mes plantes, dans le métro, le bus.
* Etes-vous plutôt livre papier ou liseuse électronique? Vous avez un certain nombre de billets sur des livres lus en e-book, ou (beaucoup plus rarement) en audiolivres : que diriez-vous sur ces « modes » de lectures-là?
Liseuse chaque fois que c’est possible. Je peux emporter le livre partout, lire dans le noir, sans parler des voyages.
Les audios ne me tentent pas, je veux pouvoir revenir en arrière, prendre des notes.
* Comment choisissez-vous vos lectures? (bouche-à-oreille, cadeau, article de presse, hasard…)? Avez-vous un genre favori? Un auteur – vraiment – préféré?
La destination du prochain voyage me fait choisir des livres autour du voyage. Les challenges aussi. Ensuite cela s’enchaîne, je découvre un livre dans un livre… Longtemps, les écrivains-voyageurs ont été mes favoris, Fermor, Dalrymple, Lacarrière, Dominique Fernandez. Maintenant je lis plus des classiques : Balzac, Victor Hugo, Zola, Proust.
* À quoi êtes-vous sensible lorsque vous avez un livre en main?
Pas vraiment puisque je lis beaucoup sur liseuse.
* Offrez-vous des livres? Si oui comment les choisissez-vous?
Je n’offre que cela et je n’offre que des livres que j’ai lus et aimés.
* S’il ne fallait en retenir qu’un? Quel livre vous a le plus profondément marquée, parmi tous ceux que vous avez pu lire?
Impossible.
* Avez-vous un souvenir (bon ou mauvais) marquant d’une lecture enfantine ou adolescente?
Pas de mauvais souvenir. En revanche j’ai lu trop tôt des livres que je n’ai pas forcément appréciés (Proust à 14 ans, c’était plus par défi que par amour de la littérature).
* Comme d’autres «dévoreuses de bouquins», êtes-vous vous aussi tentée par l’écriture?
Je n’ai aucune imagination, aucune compétence littéraire. En revanche décrire une ville, analyser un tableau ou un bâtiment aiguise mon regard. Le résultat écrit importe peu. C’est la même démarche pour le dessin scientifique : nécessité d’observation rigoureuse.
* Suivez-vous les statistiques de votre blog? Avez-vous une idée du nombre de vos visiteurs?
Je suis accro aux Stats, j’essaie de deviner quel article a motivé un lecteur de Corée ou du Burkina Faso.
Et pour rester dans les chiffres, quelle est la moyenne de fréquentation de votre blog par jour?
Environ 180 visites/jour.
* Vous rappelez-vous comment vous aviez découvert le blog de Dasola (juin 2010 pour votre premier commentaire, puis régulièrement à partir de 2012)? (réponse facultative!)
* La question suggérée par Dominique: êtes-vous parfois tentée d’arrêter le blog?
Non, j’ai trop de plaisir à fixer mes souvenirs de voyages ou de lecture, les films que j’ai aimés.
* Un dernier mot pour conclure cet échange? Quelle autre question auriez-vous voulu que l'on vous pose?
Oh non, j’en ai déjà trop dit !
Merci Miriam!
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Voici les liens vers les précédentes présentations (avec le nombre de commentaires lorsqu'elles-ils avaient témoigné, et aujourd'hui): 7 blogs sont toujours en activité, 3 ont arrêté leurs activités ou ne sont plus en ligne en 2024.
Dominique (de A sauts et gambades) le 28 avril 2017 (500 => 676) Aifelle (le goût des livres) le 25 octobre 2017 (750 => 1218) Keisha (en lisant en voyageant) le 26 avril 2019 (500 => 767) Alex-mot-à-mots (Mot-à-mots) le 23 novembre 2020 (500 => 656) Manou (dans la bulle de - ) le 14 septembre 2023 (500 => 648) Pascale (sur la route du cinéma) le 27 septembre 2023 (500 => 574) Luocine (au fil de ses lectures et impressions au cinéma) le 21 octobre 2023 (500 => 596)
En pause ou arrêtés: Maggie (Mille et un classiques) le 12 août 2018 (600 => 924 / en pause depuis novembre 2023) Ffred (le ciné de Fred) le 23 octobre 2018 (500 => 540 / en pause depuis septembre 2021). Matching points "pour les femmes mais pas seulement" le 12 mai 2020 (500 => 616 / ont "arrêté leur aventure du blog" en 2023)
Cette fois-ci, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais parler, dans le cadre de mes "billets-hommages du 7" Charlie Hebdo, d'un "hors-série" trimestriel de l'hebdomadaire que j'ai récemment acheté en kiosque (et a priori toujours en vente). Il s'agit d'une "compilation thématique" de dessins de Cabu, que j'étais loin de connaître tous.
Cabu, Premier écolo de France, Hors-série N°31H, juin-août 2024. 9,50 euros, 80 pages
J'y ai compté 180 dessins (couv' et 4e de couv' compris). L'année de parution est indiquée pour chacun. À côté du sommaire figure la mention: "La majorité des dessins présentés dans ce hors série ont été publiés dans Charlie Hebdo". Mais le seul "rédactionnel" consiste en l'édito de Riss, expliquant par exemple qu'au début des années 1990, les climato-sceptiques constituaient un motif des rares colères de Cabu. J'aime bien ce dessin de couverture, où le "cri" utilise les mains en porte-voix et non pour se boucher les oreilles, et où le "danger" dans le dos ne vient pas d'un coucher de soleil aux couleurs volcaniques mais d'une bagnole noirâtre!
Parmi ces dessins dont le plus ancien remonte à 1971 et les plus récents à 2014 sauf erreur de ma part, figurent donc aussi bien des dessins de presse des années 1970 (dans Charlie première série) que des caricatures plus politiques, des reportages ou des couvertures, des coups de gueule comme des "coups de patte" plus ou moins tendres, et parfois plus récents. Quelques dessins valant mieux qu'un long discours, en voici quelques citations pour vous donner envie de vous fendre d'investir dans ce Hors-série!
p.69, j'avoue que le dessin ci-dessus et sa date sont une énigme pour moi: en 1981, l'hebdo Hara Kiri existait-il donc encore? A-t-il été relancé à un moment ou un autre? Quand s'est passé le combat contre les centrales nucléaires? Quelle était la position de François Mitterrand?
p.7. Excellent! Le grand remplacement... du transat en double, à l'époque?
p.21: c'était avant que Zizou pique son coup de tête, avant que l'Abbé Pierre... mais j'y reviendrai un jour. Était-ce avant que les Français préfèrent - pour un temps - le diesel?
Qui, en 2024, se rappelle encore le Grenelle de l'environnement (p.41)?
C'était avant le retour attendu de la "guerre de haute intensité" et le "réarmement du moral de la nation" qui semblent aujourd'hui davantage motiver les "responsables politiques"...
C'était en 2007, il y a désormais 17 ans!
Un dessin qui m'a fait rire (je sais, c'est pas gentil...), p.46
Dessin de l'an 2000... À 95 ans désormais, catégorie "super-vétéran", ça aurait de la gueule, non? (p.75)
On peut y suivre l'évolution de son personnage emblématique "Mon beauf" au fil des décennies (1979 en haut à droite, 1998 en bas à gauche, pp.46-47). Les années passent, les actualités télévisuelles et les thématiques restent (de tels dessins seraient tout aussi parlants aujourd'hui).
Comme souvent avec les "compil" de Charlie Hebdo, je reste sur ma soif inétanchée d'informations sur le contexte historique de chaque dessin... qui sont tous copyright Véronique Cabut, bien entendu.
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) trouve enfin l'occasion de consacrer un de mes "billets-hommage du 7" au dessinateur Willem, que, jusqu'à aujourd'hui, j'avais seulement cité ici ou là, dans des recueils collectifs avec ses collègues dessinateurs de Charlie Hebdo.
Willem, Akbar!, Les requins marteaux, imprimé en février 2015, 15 euros
(trouvé en bibliothèque il y a plusieurs mois déjà)
La signature apparaît seulement en 4ème de couv' (l'auteur et le titre se lisent, si l'on n'est pas attentif à la taille des caractères, comme Willem Akbar!, avec Willem écrit en plus petit... J'approuve évidemment ce jeu de mots bien innocent!).
La phrase "Les dessins rassemblés dans ce recueil ont fait l'objet d'une publication préalable dans Libération et Charlie Hebdo" figure en page de garde.
On peut considérer que les dessins dont est constitué l'ouvrage se suffisent à eux-mêmes. On peut aussi regretter l'absence de date de publication ou de contexte (même si, près de 10 ans après, ils demeurent parfaitement d'actualité... comme on peut le voir ci-dessous). Le livre ne comporte aucun numéro de page. J'ai compté 129 dessins dans 11 sous-parties du livre (classement thématique, sans titre).
Comme à mon habitude, je vais vous citer ci-après une petite "sélection subjective" de dessins. J'avoue que le choix pour les 12 ou 13 à citer n'a pas été si évident (j'en avais pré-sélectionné un de trop!). Je me suis inspiré de notre actualité (en juin 2024!) pour retenir certains de ces dessins rassemblés en 2015... dont on peut ainsi mesurer l'intemporalité.
Parle à mon...
La terre promise?
Un dessin qui fait réfléchir: qui crie, pourquoi, à qui, quoi... (suffit-il de remplacer "FN" par "RN"?).
Prions, mes frères...
... Prions en choeur encore!
Déjà la retraite, à l'époque...?
L'actualité d'hier comme d'aujourd'hui (et de demain?).
Sans commentaire.
...(susssed-ic nissed el eroda'j / j'adore le dessin ci-dessus)...
On remarquera qu'aucun dessin n'est signé (comme dit plus haut, la célèbre signature de Willem apparaît seulement en 4ème de couv').
Je peux, bien entendu, dire sur Willem quelques mots (rien de plus que ce que l'on peut trouver dans la page wikipedia le concernant): né en avril 1941, néerlandais, il réside en France depuis 1968. Willem a participé à Hara Kiri devenu en 1970 Charlie Hebdo (première série) dès les premiers numéro. Il participe à la deuxième série de Charlie Hebdo, mais ne vient pas régulièrement aux conférences de rédaction (ce qui lui a évité les balles des tueurs le 7 janvier 2015: il n'était pas là). Agé désormais de 83 ans, le vétéran a pris sa retraite de dessinateur pour Libération (où il a été remplacé par Coco) en 2021, mais continue chaque semaine (et pour longtemps encore j'espère) sa collaboration à Charlie. Ci-dessous à titre d'exemples la colonne de dessins corrosifs parue dans le numéro 1660 du 15 mai 2024 (p.13).
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Changement d'auteur: j'ai appris par hasard qu'une exposition Wolinski est en cours (à l'occasion du 90e anniversaire de sa naissance), galerie Huberty & Breyne, 36 avenue Matignon, 75008 Paris avec une sélection de 70 dessins. Jusqu'au samedi 26 octobre 2024, entrée libre, du mardi au samedi de 11 h à 19 h.
Occasion, encore, de me demander ce que lui et ses collègues assassinés il y aura bientôt 10 ans auraient pensé (et dessiné) en voyant l'extrême-droite en France et en Europe, aux portes du pouvoir... ;-/
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) ne connaissais le nom de Vialatte que très vaguement, sans savoir ce qu'il avait pu écrire. Et voilà que je découvre qu'Honoré l'a illustré! C'est dasola qui m'avait procuré (le jour même, au prix d'un léger détour vers une bibliothèque sur son chemin de retour du boulot) un exemplaire de ce livre qu'elle avait repéré chez Keisha.
Alexandre Vialatte, Bestiaire, dessins d'Honoré, éd. Arléa, 2002, 120 p.
Comme je le disais en introduction, je n'avais jamais rien lu d'Alexandre Vialatte (1901-1971). J'ai choisi de parler de ce livre à cause d'Honoré. Mon dernier billet sur ce dessinateur assassiné en même temps que ses quatre confrères dessinateurs de Charlie Hebdo et injustement méconnu remonte à 2017. Il est vrai que ses ouvrages publiés à son seul nom sont beaucoup moins nombreux que ceux de ses collègues de la rédaction assassinés le même jour. Je peux seulement le citer, de temps en temps, dans des recueils collectifs...
Cette fois-ci, c'est un "vieux livre" qui me permet de le mettre à l'honneur. Les 63 chroniques qui mêlent humour, sens de l'absurde et ironie ont été choisies par Michaël Lainé. Certains animaux sont évoqués plusieurs fois, comme l'Homme avec trois articles là où la Femme n'en a qu'un - je pressens que ça va encore râler dans les chaumières... ("d'autant plus" qu'y est évoquée l'existence... d'un homme de sexe féminin), ou le Cheval avec deux articles, classés dans la Table (p.119) de A comme Albatros à V comme Vialatte, Alexandre (les chroniques, elles, apparaissent "dans le désordre"). Je ne sais pas comment a travaillé Honoré (délais, textes fournis...). En tout cas, avec ses trois douzaines d'illustrations, Honoré nous offre davantage de subtilités qu'un simple illustrateur: dans ses compositions composites, on s'amuse à chercher le détail inattendu et son sous-entendu.
Il partait d'une bonne "matière première", tant les textes de Vialatte foisonnent de précisions incongrues. On peut regretter que tous n'aient malheureusement pas été illustrés, tel celui sur le Russe qui élève des colombes de la Paix pour les manger (dommage!). En tout cas, P**t*n* ne viendra pas buter les auteurs..., ils sont déjà morts.
Dans mes quelques autres citations ci-dessous, j'ai surtout choisi des animaux "de labeur" ou du moins domestiques (y compris un "animal à longues oreilles" qui n'est pas dans son milieu naturel!).
Le boeuf qui se dirige vers la gauche a l'air plus civilisé que le taureau (?) qui se rend à droite (sans vouloir faire de la peine à Luce Lapin...).
Dans l'une des chroniques, j'ai même déniché le mot "Martien" (p.49), mais cela ne justifie malheureusement pas que je l'inscrive dans mon challenge marsien en cours: il n'y a même pas d'entrées entre "Marabout" et "Mouton" dans la table! Mais on trouve p.101 un perroquet qui peut faire songer à Martiens, go home! de par sa sincérité débridée...
En conclusion, il s'agit d'un livre "intemporel", toujours plaisant à découvrir. La "note de l'éditeur" explique que les éditions Arléa ont rêvé de ce livre durant 15 ans avant qu'il voie le jour, et remercient Pierre Vialatte (fils de...) pour ses encouragements et sa constance.
Mon côté "gestionnaire de bases de données" me conduit une fois de plus à émettre un petit reproche: à mon avis, les "références bibliographiques" des textes cités (p.111-114) sont incomplètes. Elles citent uniquement les recueils (sous copyright) où ils sont "actuellement" accessibles, sans donner la date de la publication initiale dans un périodique...
Avec Petites mains de Nessim Chikhaoui, j’ai passé un bon moment en compagnie de quelques femmes de chambre très sympathiques travaillant dans un palace à Paris. On ne voit aucun client mais les femmes de chambre sont bien là, travaillant à des cadences infernales pour des clopinettes. Elles doivent nettoyer et préparer une chambre en moins de trois quarts d’heure. Quand je dis chambre, il s'agit plutôt de suites immenses qui coûtent pour une nuit l’équivalent de presque un an de salaire d’une de ces femmes courageuses. Certaines sont en CDI et d’autres des externes employées par des sous-traitants. Ces « externalisées » souhaiteraient être « internalisées » pour vivre moins dans la précarité ou pour obtenir des papiers en règle. Il faut noter que ces femmes sont pour la plupart africaines ou antillaises. On remarque que ces «invisibles», ces «petites mains» ont leurs quartiers au sous-sol du palace. Quand Eva, une jeune femme blonde, trouve un emploi dans l’établissement (elle doit passer par la porte de service), c’est pour remplacer une femme de chambre en grève. En effet, la colère gronde. Plusieurs femmes de chambre manifestent devant l’hôtel mais cela n’a pas beaucoup d’effet. Elles réclament de meilleures conditions de travail et de meilleurs salaires. Quant à Simone (Corinne Masiero, vraiment très bien), elle va être reconnue inapte au travail à cause de son dos en compote. C’est elle qui forme Eva quand cette dernière est embauchée. J’ai trouvé le film sympathique avec un moment savoureux quand les femmes de chambre défilent devant l’hôtel dans de belles tenues au moment de la « fashion week ». Si vous avez un moment, allez voir ce film.
Ceci n’ayant rien à voir avec cela, je viens d’apprendre la disparition de Bernard Pivot (1935-2024) le lendemain de ses 89 ans. C’était un homme qui en animant l’émission « Apostrophe » entre 1975 et 1990 a fait connaître la littérature au plus grand nombre. C’était au temps où la télévision ne prenait pas les téléspectateurs pour des idiots.
Il est rare que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) consacre un billet à un article paru dans Charlie Hebdo, mais il y a eu au moins un précédent, lorsque j'avais présenté le témoignage du webmestre de Charlie blessé lors de l'attentat, "Se réveiller dans un sarcophage". Cette fois-ci, mon intérêt a été attiré par la double-page centrale (rubrique "Charlie reporter") consacrée à une communauté dont j'ignorais l'existence, celle des marins-pêcheurs sénégalais qui travaillent dans le Bassin d'Arcachon (Gironde, 33).
Le "E" du mot "Exil" au centre de la page a été un peu trop "étroitisé" à l'impression.
C'est dans le numéro 1650 daté du 06/03/2024 que j'ai pu lire un article qui commence par l'histoire dramatique d'un naufrage, celui d'un petit bateau de pêche, survenu fin décembre 2023. Si le capitaine a survécu, les deux matelots, tous deux sénégalais, se sont noyés. Puis l'article déroule l'histoire de ces marins-pêcheurs originaires du Sénégal et qui se retrouvent à travailler dans ce port de pêche. A partir des années 1970, des marins sénégalais sont venus renforcer les équipages d'armateurs arcachonnais dont les navires et leurs capitaines avaient connu ces marins lorsqu'ils pêchaient, quelques années auparavant, au large du Sénégal. Des marins efficaces, ne rechignant pas à la besogne, ne buvant pas puisque musulmans... La journaliste cite dans son article de nombreux témoignages de ces marins africains venus travailler sur des navires de pêche sur la côte atlantique française. La raison de leur venue? L'argent! Gagner davantage qu'au Sénégal, et y envoyer la plus grande partie de l'argent gagné. Les plus âgés de ces marins sont désormais à la retraite, mais pas encore tous repartis rejoindre femme et enfants restés au pays.
Car l'article évoque aussi, à Arcachon, des univers qui ne se côtoient que de loin, si ce n'est à l'occasion des catastrophes, comme lorsque la presse locale voire nationale avait parlé de la perte du Cynos (le "fileyeur" cité ci-dessus), et de la mort de ses deux matelots sénégalais. Le métier de la mer est dur et reste périlleux. J'ai appris que le Banc d'Arguin n'existe pas seulement au large de la Mauritanie (là où s'est échouée La Méduse), mais qu'un autre borde aussi le dangereux goulet permettant de sortir du Bassin d'Arcachon vers la pleine mer.
Après la lecture de ce reportage dont le sujet m'avait intéressé, j'ai cherché à en apprendre davantage. Pour aller plus loin, on peut découvrir un documentaire de près de 25 minutes titré Les immigrés de l’océan, France 3 Ouest, 2006, accessible depuis 2017 sur Y**t*b*. Si j'ai bien compris, les images en ont été réalisées par Philippe Lespinasse (déjà auteur en 1999 d’un documentaire de 41 minutes sur les passes du bassin d’Arcachon), produit et co-distribué par la société Grand angle productions, créée en 1997 et établie en Gironde, qui revendique de "privilégi[er] une implication forte sur les thématiques Histoire, Société, Mer & Découverte".
Dans ce documentaire, j'ai trouvé entre autres intéressant le moment où un des Sénégalais témoigne, tout en tenant la barre d'un chalutier, qu'il a préparé les certificats pour devenir patron de pêche (si j'ai bien compris), mais s'est heurté au "plafond de verre" quand on lui a fait comprendre que, diplômé ou non, il ne pourrait jamais commander son propre navire à Arcachon faute d'être de nationalité française (ou du moins européenne, je suppose?). D'où une certaine frustration (même s'il a du mal à mettre les mots sur ce qu'il ressent). Un Européen y témoigne aussi de l'adaptabilité de ces marins, qui viennent de la pêche sur pirogue: en deux semaines, il apprennent à travailler au filet, à entretenir ceux-ci (épissures...). Y sont aussi interviewés tels ou tels de ces Sénégalais qui, visiblement, ne souhaitaient pas devenir pêcheurs comme leur entourage, mais qui ont bien dû constater que ce dur métier pratiqué comme "expatrié" était rémunérateur, tandis que leurs diplômes locaux ne leur donnaient pas accès à un métier permettant de gagner de quoi vivre au Sénégal. Quelques chiffres: en 2006, un mois avec de bonnes "marées" pouvait rapporter entre 2500 et 2800 euros en France. Déduction faite du loyer et des dépenses indispensable en France, cela permettait d'envoyer quelque 1400 euros au Sénégal, de quoi y faire vivre une famille (au sens large: ascendants et collatéraux compris) de quelque 20 personnes!
Enfin, je signalerai l'existence d'un polar local (que je n’ai pas lu): Le bassin broie du noir, Fabrice Duffour, Latitude Sud, 2020 (1).
En plus de mon "hommage du 7", faire connaître ici cet article m'a permis de présenter aussi bien un "métier" qu'une aventure maritime (et de participer ainsi aux deux "challenges bloguesques" dont j'ai mis les logos, chez Fanja pour l'un et chez Ingannmic pour l'autre).
Les internautes qui ne se sont jamais encore connecté sur le site de Charlie devraient pouvoir y lire l'intégralité du texte.
Edit du 10/04/2024: je viens de voir que depuis hier, en raison de modifications apportées par les récentes tempêtes, il y a des restrictions (interdictions) pour les entrées et sorties du Bassin d'Arcachon, essentiellement pour les navires de plaisance. Pour les professionnels, des conditions en terme de possession de brevet (STCW...) sont posées.
Lorsque j'avais (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) rédigé mon billet sur Le droit d'emmerder Dieu de Richard Malka (billet paru il y a plus d'un an), j'avais prévu de publier à la suite de la première chronique le présent Traité sur l'intolérance, du même auteur. On avait renâclé. Depuis, une nouvelle guerre a éclaté au Moyen Orient... et on reparle antisémitisme en France. Voici donc ma chronique. Ce second livre est paru en janvier 2023, et je l'ai acquis début février 2023. Il reprend sa plaidoirie pour le procès en appel concernant les condamnations prononcées à l'issue de celui en première instance sur les attentats de janvier 2015, procès en appel qui s'est déroulé du 12 au 20 octobre 2022 (deux des 14 condamnés ayant fait appel).
Traité sur l'intolérance, Richard Malka, 96 pages, 2023
Bien sûr, comme les titres de ces livres, les extraits que j'ai choisi d'en citer sont provocateurs. Mais avant d'enfourcher de grands chevaux de bataille, lisez vous-même ces deux ouvrages.
Le second titre compte pratiquement le même nombre de pages que le premier, mais il est imprimé plus gros. La plaidoirie qui en représente la plus grande partie a été prononcée le 17 octobre 2022 au nom de Charlie Hebdo. Le texte rentre tout de suite dans le vif du sujet, en réagissant sur le fait que le procès en appel se déroule dans la salle Voltaire de la Cour d'assises au Palais de justice de Paris (sur l'île de la Cité). "Voltaire... Le pourfendeur des religions, l'esprit libre, révolutionnaire (...). Celui qui n'hésitait pas à affirmer, en un temps où cela entraînait la mort, l'enfermement ou l'exil, plus certainement qu'aujourd'hui, que le christianisme était la religion "la plus ridicule, la plus absurde et la plus sanguinaire qui ait jamais infecté le monde", ou encore "la superstition la plus infâme qui ait jamais abruti les hommes et désolé la terre". Ainsi osait-on parler des religions au XVIIIe siècle. Il est de ceux auxquels nous devons de vivre libres. Mais nous ne le savons plus, nous l'avons oublié."
Richard Malka ne souhaitait pas plaider "contre" les accusés, mais plutôt s'attaquer à l'essentiel: les causes des tueries perpétrées.
p.13: "l'action de ces terroristes est motivée par l'islam - ils le disent - et plus précisément, par une vision de l'islam. Je parle d'une croyance, pas des croyants. Je parle d'une vision de l'islam, pas des musulmans (...).
Bien sûr, il y en a d'autres, que partagent des centaines de millions de musulmans à travers le monde, qui aimeraient bien vivre tranquillement leur religion sans qu'on les renvoie toujours à la vision des Kouachi et surtout, sans les privations de liberté qu'elle induit. Mais ce n'est pas une vision marginale. C'est la plus militante, la plus organisée, la plus conquérante, la plus communicante, la plus opulente aussi grâce à ses bailleurs de fonds (...) (p.15).
(...) Il faut combattre cette vision car il en va de l'intérêt de tous et parce que, pour citer une dernière fois Voltaire, "il est honteux que les fanatiques aient du zèle et que les sages n'en aient pas" (p.16).
Richard Malka balaie ensuite longuement l'histoire de l'islam, expliquant les débats qui l'ont traversé alors qu'il avait à peine quelques siècles d'existence, entre l'école de pensée des mutazilites, qui considéraient la raison comme le premier fondement de l'islam, et les hanbalites, qui considéraient le Coran comme incréé, c'est-à-dire directement issu de Dieu.
Du coup, sur plus de 50 pages, l'avocat nous fait un magistral cours d'histoire de la religion musulmane, entrecoupée d'exemples d'excès liés à la vision de l'islam "littéral", tout en remettant dans leur contexte historique et sociologique tant le contenu des sourates que les "hadiths, c'est-à-dire des paroles ou des actes attribués au Prophète et rapportés par des chaînes de transmetteurs sur plusieurs siècles" (p.40). "Certains de ces hadiths légitiment effectivement la violence et sont largement invoqués par les fanatiques" (p.41). Mais il en existe 500 ou 600 000... "Chaque courant de l'islam a les siens et rejette ceux des autres" (p.42). Et surtout, le blasphème n'a pas toujours été puni de mort. Dans le livre, il est aussi question des rapports entre Mahomet et les Juifs. Ainsi que de la manière dont les siècles ont adouci tant le christianisme que le judaïsme. "Quant au judaïsme, il n'a heureusement plus grand-chose à voir avec celui des origines parce que la Torah est un texte bien plus guerrier encore que le Coran et souvent beaucoup plus clair et expéditif sur les châtiments, ce qui est normal puisqu'elle a été écrite mille ans plus tôt" (p.51). "Heureusement, ces textes ont été interprétés mille fois, en particulier dans le Talmud qui est une réécriture de la Torah. L'interprétation, la critique et même l'humour grinçant de Charlie Hebdo, sont une nécessité vitale pour les religions elles-mêmes et surtout pour les hommes" (p.52-53).
La partie finale du Traité sur l'intolérance, titrée "Pour aller plus loin", consiste en quatre pages, qui précèdent la chronologie des événements et une bibliographie citant les ouvrages utilisés par Richard Malka. A mon avis, ces quatre pages auraient pu figurer en début d'ouvrage: elles expliquent pourquoi ce plaidoyer-là, dont la religion est le sujet, a été prononcé à cette occasion-ci (2022), et ni lors du procès des caricatures en 2007, ni lors du procès de 2020.
Je (ta d loi du cine, « squatter » chez dasola) présente un livre qui, à deux mois près, aurait pu figurer au "challenge sur les minorités ethniques" proposé par Ingannmic en 2023 (vérification faite, aucun blog ne l’y a proposé). Mais ce qui m’a pour ma part amené à le lire seulement maintenant, c’est le décès de son auteur, Jean Malaurie, à 101 ans révolus (22/12/1922-05/02/2024). J'ai emprunté l'ouvrage au système de prêt de livres de l'AMAP dont je fais partie.
Jean Malaurie, Lettre à un Inuit de 2022, récit, Fayard, octobre 2015, 160 pages (un regard angoissé sur le destin d’un peuple)
Je cite les premières lignes du livre : « C’est à toi, Inuit, que je m’adresse. Debout ! Peuple du Groenland, réveille-toi ! Ne renonce pas à ton avenir ! L’Arctique est à la veille d’un désastre. Le pétrole, l’uranium suscitent des projets inconsidérés et l’ombre d’un conflit nucléaire avec des sous-marins au pôle se profile. »
Dans cette "lettre-testament", c’est surtout au "peuple premier" du Groenland qu’il a étudié durant plus de 70 ans que Malaurie s’adresse, au long de la vingtaine de courts chapitres que comporte l’ouvrage (quelques titres: «L’homme a su plus qu’il ne sait»; Une écriture orale; L’animiste, en survie chrétienne; «Lève-toi et marche!»). Je suppose que le millésime choisi ne l'était pas au hasard, puisqu'il correspondait à son propre centenaire (dont rien ne lui assurait, en 2015, qu'il l'atteindrait et même le dépasserait!). Le livre en gros caractères comporte huit pages de photos en cahier central [photo : Jean Malaurie, 3 mai 2001], ainsi que plusieurs cartes en début et en fin d’ouvrage.
Au fil des pages, l’auteur revient sur son parcours, sa carrière, ses rencontres, en tant qu’ethnologue « de terrain » (et non « de bibliothèque »).
Entre autres, j’ai été frappé par l’exemple qu’il donne (p.48-49) : alors qu’il enregistrait au magnétophone un groupe, dans un igloo, le doyen, en écoutant la bande au bout de 20 minutes, lui dit avec colère : « cet appareil est mauvais. Je n’ai jamais prononcé ces mots ». L’appareil était réducteur : il ne « captait » rien de la gestuelle, des efforts de langage simplifié pour se mettre « au niveau » d’un blanc inculte, de l’approbation silencieuse de l’auditoire qui « validait » ce qui était dit… « Le seul enregistrement est mensonger parce que fragmentaire ».
Pour ma part, je l’avoue, je suis beaucoup plus sensible à ce genre d’exemple purement sociologique (comme l’information que 40% de la population active au Groenland est constituée de fonctionnaires ou de para-fonctionnaires travaillant pour le gouvernement, que la quasi-totalité des échanges s’effectue avec le Danemark, que les Danois représentent 11% de la population mais la majorité des cadres…) qu’à d’autres aspects plus « mystiques » du livre, portant sur le chamanisme, le rapport au monde, les perceptions extra-sensorielle, l’animisme, ou la croyance que proclame Malaurie en l’entité Gaia (la planète terre sur laquelle nous vivons et dont nous faisons partie)…
Jean Malaurie a par ailleurs été le fondateur de la collection Terre humaine en 1954 chez Plon, collection qui compte aujourd’hui une centaine de titres, dont trois ou quatre lui sont dûs (elle en est aujourd’hui à son troisième directeur de collection). J’ai pu, comme tout le monde, lire quelques-uns de ces titres au cours des quatre dernières décennies. Selon ce que j’en comprends, le projet était nettement plus ambitieux que la collection Raconter la vie que j’ai évoquée il y a quelque temps. Il s’agissait ici davantage de faire rédiger « à la première personne » des ouvrages dont chacun ferait sens mais aussi mémoire pour la recherche ethnologique présente ou future.
Jean Malaurie déplore d’ailleurs, en 2015, qu’il n’existe pas une Maison d’édition spécifiquement groenlandaise pour traduire certains titres, ceux concernant le pays. Il signale aussi le manque d’établissements d’enseignement supérieur, qui amène les jeunes souhaitant faire des études à s’exiler à l’étranger, d’où ils hésitent, ensuite, à revenir. J'ai noté l'anecdote qu'il rapporte (pp.114-115): lors de l'inauguration du Musée des Arts premiers, quai Branly, un premier ministre d'un Etat d'Afrique de l'Ouest lui a demandé de dire de sa part à Jacques Chirac qu'il ne se retrouvait pas beaucoup dans ces peuples racines. "(...) Nous avons de grandes universités en Afrique noire. Où sont-elles représentées dans ce musée parisien de l'histoire des peuples?".
Le livre se conclut sur une exhortation à la jeunesse inuite à prendre son destin en main, pour créer une nation groenlandaise.
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Je change totalement de sujet pour signaler que, durant tout le week-end dernier et jusqu'à ce lundi 12 février, dasola et moi n'avons pu accéder à la partie "administrateur" du blog, cependant que nous constations avec chagrin que, même si le blog restait consultable, il était rigoureusement impossible d'y enregistrer le moindre commentaire (un message en rouge s'affichait, signalant cette impossibilité et invitant à réessayer "d'ici quelques minutes"...).
Selon les informations disponibles, la plateforme canalblog est en pleine migration sur de nouveaux serveurs, d'où les "couacs" ces derniers temps...
Une exposition sur la couverture par Riss du procès Papon en 1997-1998 est en cours au Mémorial de la Shoah (jusqu'au 3 mars 2024). Il est encore temps que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous parle aujourd'hui de ce "reportage dessiné" et du livre que Riss en avait tiré.
La plaquette de présentation de l'exposition en cours, et le livre Riss, Le procès Papon, un fonctionnaire de Vichy au service de la Shoah, éd. Les échappés, 1ère édition 2017, 144 pages (relié), 26 euros
On connaît les faits (et sinon, on trouve facilement sur internet l'histoire de Maurice Papon et de son procès), que je résume en quelques mots : durant la seconde guerre mondiale, sous l'occupation allemande, Maurice Papon (1910-2007) a exercé des responsabilités en Gironde en qualité de secrétaire général de la préfecture de Bordeaux. Après la Libération, il a poursuivi sa carrière de haut fonctionnaire, notamment en Algérie ou au Maroc sous la Quatrième République, jusqu'à devenir Préfet de Police à Paris, puis ministre, sous la Cinquième République, de 1978 à 1981 (troisième gouvernement Barre). En mai 1981, entre les deux tours de l'élection présidentielle, Le canard enchaîné publie un article mettant en lumière son rôle dans la déportation des Juifs bordelais. Maurice Papon est inculpé le 19 janvier 1983 de crimes contre l'humanité. Après des années de guerilla judiciaire, le procès Papon se tient du 8 octobre 1997 au 2 avril 1998. Riss est présenté comme le seul journaliste à avoir suivi l'intégralité des débats (98 séances). Sa demande d'accréditation pour le procès mentionnait son statut de dessinateur de presse (souligné par lui, voir photo du courrier ci-dessous).
Pour ma part, je suis passé visiter l'exposition il y a quelques semaines (une soixantaine de dessins y sont présentés, sur + de 400 réalisés par Riss). N'ayant pas pris de photos, je remercie mon collègue pour la transmission de celles qu'il avait prises lors de sa propre visite en décembre 2023.
Par ailleurs, ne possédant pas les numéros de Charlie Hebdo de 1997-1998 dans lesquels paraissaient chaque semaine les "reportages dessinés" de Riss durant les six mois du procès, je ne suis pas retourné en bibliothèque aux fins de les consulter. Je ne possède pas non plus le Hors-série (N°6, broché) publié en 1998 et qui comportait 144 pages (dont j'ignore si elles reprenaient purement et simplement les chroniques hebdomadaires, ou si elles en différaient). Mais je disposais, lors de la rédaction du présent article, du livre ci-dessus, dont la première édition date de septembre 2017. Laurent Joly, collaborateur régulier de Charlie Hebdo de 2009 à 2015 et commissaire de la présente exposition (2023-2024), en signe aussi la préface (mais ce n'est pas le catalogue de l'exposition). J'en ai compté les pages moi-même, car elles ne sont pas numérotées.
L'exposition est située au troisième étage du mémorial, dans les mêmes salles où j'avais visité l'exposition des dessins de Cabu sur la rafle du Vél d'Hiv en 2022. Au-delà des dessins de Riss ou des documents bruts (tapuscrits d'époque, documents administratifs, ...), de grands panneaux explicatifs contextualisent, expliquent et commentent ce qui est exposé.
Le livre, lui, est organisé par "chapitres" retraçant chronologiquement le déroulé du procès:
Le curriculum vitae de Papon; les témoins de moralité; les historiens;
Les organisateurs des persécutions anti-juives à Bordeaux;
Papon au service des questions juives de la préfecture de Bordeaux;
Les crimes contre l'humanité reprochés à Papon (déportation de Léon Librach; huit convois, depuis celui du 18 juillet 1942 jusqu'à celui du 13 mai 1944);
Papon et la résistance; Papon et l'épuration; les associations parties civiles;
Les plaidoiries des avocats des parties civiles; le réquisitoire du parquet; les plaidoiries de la défense; le verdict.
Il est essentiellement en noir et blanc, même si quelques touches de couleur (rouge, vert, mauve...) rappellent ça et là dans quelle "partie" on se trouve, s'il est question de l'accusation, de la défense, des parties civiles (24 avocats défendaient 27 parties civiles)...
En ce qui concerne le travail de Riss, j'ai été intéressé par cette "mise en lumière" du processus créatif, puisqu'on a, accrochés sur les murs, des pages "brutes", des crayonnés, des esquisses d'attitudes, les mots griffonnés à la volée. On a aussi quelques pages "montées": mise en place des dessins, découpés et collés sur une grande feuille, avec des textes lettrés lisiblement. Et enfin, le livre permet d'en apprécier le résultat une fois imprimé.
Intervention de Raymond Barre (ancien Premier ministre et dont Papon a été ministre): à gauche la page du croquis avec les notes prises lors son intervention, à droite la page imprimée (avec phylactères).
La page "montée" en noir et blanc... ... et la version imprimée (avec quelques touches de couleur).
Au risque de me répéter, je ne puis dire si ces "pages" ont été imprimées à chaque fois sans retouche (sur le papier "grand format" [environ 31,5 x 40 cm] de l'hebdo, puis sur le format plus petit du Hors-série de 1998, enfin sur du beau papier épais pour la version reliée que j'ai entre les mains), ou s'il y a eu plusieurs versions plus ou moins complètes.
Certains dessins exposés sont de très grande dimension (plus d'un mètre de côté), notamment des "panoramiques" de la salle d'audience. Je n'ai pas distingué si le papier d'origine était d'un seul tenant, ou constitué de plusieurs feuilles collées bout à bout (que ce soit sur place ou a posteriori).
Riss dessine avec respect les parties civiles, tandis que l'accusé ou les témoins de la défense ne sont pas dessinés sous leur meilleur angle. Dans le livre, ses multiples dessins de Papon (j'en ai compté plus de 120 au total) campent en tout cas un personnage agité, avec des expressions de visage et de corps extrèmement variées (esquisse, dessin en pied, de face, de profil, de dos, écoutant (ou pas) ou s'exprimant, immobile ou en mouvement...).
Encore quelques photos de l'exposition...
Condamné à 10 ans de prison et 10 ans de privation de ses droits civiques, civils et de famille, libéré pour raison de santé le 18 septembre 2002, Maurice Papon est mort le 17 février 2007, à l'âge de 96 ans.
Je n'ai pas assisté à la conférence inaugurale de l'exposition le 19 octobre 2023 (on peut la retrouver sur la chaîne youtube du Mémorial). J'ai écouté un extrait de Riss parlant de son travail de captation sur Apple Podcasts: présentation de l'exposition. Il y évoque notamment son souhait de donner au lecteur la matière la plus brute possible. Les dessinateurs étaient dans le prétoire, au plus proche de l'accusé et des témoins (ce qui permet de mieux observer le comportement des gens, les attitudes), alors que les journalistes étaient dans une mezzanine, parfois dans une autre salle à suivre l'audience en vidéo... Dans un procès, ce qui est important c'est la parole (oralité des débats), il mettait donc autant de temps pour noter ce qui se disait que pour dessiner (avec un "compte-rendu" à produire chaque semaine pour publication dans Charlie Hebdo...). Il fallait toujours rester vigilant (on ne sait pas à l'avance l'importance de ce qui va être dit, l'analyse se fait a posteriori sur tout ce qu'on a noté). "Il faut capter très vite les traits d'un témoin, pour garder trace de son passage. Ce qu'ils disent aide à comprendre à qui on a affaire. Parfois, c'est un peu caricatural... Certains ne sont restés que 2 minutes parce qu'il n'arrivaient même plus à parler". Riss constate aujourd'hui (fin 2023) que les acteurs de l'époque qui sont venus témoigner en 1997 ont aujourd'hui disparu: ce procès était le dernier moment où l'on pouvait les faire parler en public. On trouve une présentation par Riss du Hors-série de Charlie aux étudiants de l'IEP de Bordeaux en 1998 sur la plateforme de l'INA.
Le "Hors-série" de Charlie Hebdo paru en 1998 avait connu un second tirage, une fois le premier écoulé à 250 000 exemplaires (vendu 35 F à l'époque).
L'entrée de l'exposition (qui dure encore quelques semaines) est gratuite. Le livre de 2017 (relié) est disponible sur la boutique des éditions Les échappés.
Je ne sais pas si beaucoup de blogs ont publié des billets sur le livre ou l'exposition, une recherche sur G**gle avec "blog le procès papon riss" ramène à plusieurs reprises "Certains résultats peuvent avoir été supprimés conformément à la loi européenne sur la protection des données." J'ai cependant constaté que le blog Notre jardin des livres a évoqué livre et exposition. Je rajouterai d'autres liens si j'en ai connaissance.
Vous allez me dire, qu'est-ce que c'est? Et bien bien pour une fois, je voulais faire une publicité pour une plateforme passionnante, celle de l'INA (Institut National de l'Audiovisuel), accessible pour une somme très modique (2,99 euros/mois). Sur cette plateforme, vous pouvez visionner de "vieilles" séries, des émissions de télévision à une époque où l'on ne prenait pas les télespectateurs pour des imbéciles, des films et du théâtre (dont Au théâtre ce soir et les représentations de la Comédie Française des années 60 et 70). Je vous donne quelques titres: tous les Apostrophes de Bernard Pivot, les six saisons de Chapeau Melon et Bottes de cuir en VO sous-titrée, Les cinq dernières minutes, Maigret avec Jean Richard, les aventures de Vidocq, des mini-séries dont Madame le juge (avec Simone Signoret), Docteur Teyran (avec Michel Piccoli), Les brigades du Tigre, la pièce Peer Gynt d'Ibsen mis en scène par Patrice Chéreau, Le soulier de satin de Paul Claudel mis en scène par Antoine Vitez. Le catalogue proposé s'enrichit régulièrement et inclut des films et des séries. Le moteur de recherche est très simple. Pour moi, c'est du bonheur. Pas encore convaincu? Vous pouvez tester la plateforme pendant 1 mois sans engagement. https://madelen.ina.fr/discover
Sur ma demande, dasola a pris la peine de rechercher, pour me l'offrir, un ouvrage que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'avais pas acheté à l'époque de sa parution: le recueil de dessins de presse publié dans l'émotion du massacre de Charlie Hebdo, il y a aujourd'hui neuf ans. Tout le monde a dû voir tel ou tel de ces dessins: on en trouvait des reprises sur tout internet, à l'époque. Mais internet est éphémère, tandis que l'objet "livre" est durable, traversera les décennies, peut et pourra être lu et relu. Et on peut donc encore se le procurer aujourd'hui.
Sous une couverture dépouillée, 175 pages (17 x 24 cm), multi-éditeurs ("36 Maisons d'édition se sont associées..."), éditeur délégué: Glénat, 5 février 2015, 10 euros, 100 000 exemplaires: La BD est Charlie
Le livre, réalisé en à peine quatre semaines, constitue l'hommage "de la profession" aux 17 victimes des trois jours des attentats de janvier 2015 (dessinateurs ou chroniqueurs, policiers, clients de l'hypercasher). Après une page de "manifeste" introductif avec en vis-à-vis les 17 noms dans l'ordre alphabétique, 170 pages sont consacrées aux dessins, avec une page par auteur (pour un, plus rarement deux, exceptionnellement plus de deux, dessins différents). Le plus souvent, un seul nom figure en haut de la page: des dessinateurs de presse, des illustrateurs ou des bédéistes (classés par ordre alphabétique de pseudo ou de patronyme), avec exceptionnellement des pages "créditées" pour un scénariste + un dessinateur (Jean-Loup et Patrice).
Certains des artistes sont depuis décédés (Pétillon, Mix & Remix, Annie Goetzinger, Mordillo, peut-être d'autres que j'ignore), malheureusement, mais sans avoir été assassinés par des hommes! D'autres sont bien vivants et, par exemple, dessinent dans Le canard enchaîné (Diego Aranega, R. Dutreix), ont dessiné brièvement dans Charlie (Gros) ou continuent (Boucq)...
Les beaux dessins valant au moins autant que les grands discours que l'on entend une fois par an, je me permets de citer les quelques dessins qui, aujourd'hui et avec le recul, me parlent le plus. Sélection subjective, bien sûr.
p.169 (Tine) p.157 (Loïc Sécheresse).
p.142 (Nicolas Poupon) p.102 (Kroll) [je ne savais pas qu'il s'agissait d'un caricaturiste belge]
p.10 (Diego Aranega) p.25 (Berth)
p.124 (Mix & Remix) p.113 (Guillaume Long)
p.71 (Jacques Ferrandez). Et en 2025? Un drone avec une bombe sale?
p.48 (Al Coutelis) p.161 (Rudy Spiessert)
p.53 (Etienne Davodeau)
Je n'ai bien sûr pas tout mis (entre beaucoup d'autres, Florence Cestac, Deligne, Maltaite, Trondheim, Zep, Jousselin, Ferri, Obion, qui ont fait des dessins géniaux, des planches entières, des strips ou plusieurs dessins excellents). Quel serait votre propre choix, si vous avez accès au livre de votre côté?
Des milliers d'internautes ont vu nombre de ces dessins repris à l'époque sur internet, dans des sites, des blogs ou sur f*c*b**k, renvoyés dans des mails... Que reste-t-il de ce foisonnement de notoriété, neuf ans plus tard? Aujourd'hui, suite aux changements de paramètres (sinon de paradigme?) des moteurs de recherche, il est désormais difficile d'effectuer une recherche ramenant tous les blogs "individuels" qui avaient pu parler de ce recueil à l'époque. Les résultats de recherches ramènent essentiellement des sites professionnels (libraires, titres de presse...).
En voici tout de même quelques-uns que j'ai pu retrouver (sans aucunement être exhaustif bien entendu): Comme dans un livre, LittlePrettyBooks, Célia (blog L'écho des livres, dernier billet en 2018), Marek de DedicacedeBD (avec nombre de dessins dédicacés...), Enna (rapatrié depuis son ancien blog), Bladelor du blog Oceanicus in folio, Philisine Cave, Alex-mot-à-mots, et Manika27. C'est via ce dernier blog que j'ai (re)découvert l'existence de deux "albums" mis en place par le Festival d'Angoulême sur F*c*b**k et contenant plein d'autres dessins encore. Merci! Enfin, j'ai aussi appris l'existence de Framboisier [Claude], chanteur d'un groupe musical qui se produisait dans le Club Dorothée où dessinait Cabu, mort d'un cancer du pancréas le 4 janvier 2015...
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) choisis ce mois-ci la présentation d'un livre pour enfants dans le cadre de mes "billets du 7". L'éditeur le suggère "dès 7 ans", je pense que cela peut être une idée de cadeau pour Noël...
Les deux auteurs de ce livre publié il y a 11 (ou 12?) ans font aujourd'hui partie des "survivants" de la rédaction de Charlie Hebdo après le massacre du 7 janvier 2015: Fabrice Nicolino a été grièvement blessé dans la salle de rédaction, tandis que Catherine avait eu une panne de réveil, était en retard et se trouvait dans la rue quand elle a entendu les tirs. Mais cet ouvrage n'a pas grand-chose à voir avec le contenu ordinaire du journal, si ce n'est que Fabrice Nicolino continue à tenir une rubrique "écologique" dans celui-ci, cependant que Catherine a publié il y a quelques années un album sur son enfance campagnarde, Les grands espaces.
Ici, au contraire, nous avons un tout petit appartement parisien, durant les années 1960, du côté du Quartier Latin. Mais cet appartement nous est présenté comme une véritable arche de Noé. Je cite l'avertissement: "avant de commencer à découvrir ma tata Thérèse, il est nécessaire de préciser deux ou trois points. Ce sont des souvenirs de ce que j'ai vécu entre 1960 et 1966. J'avais entre 5 et 11 ans. Le récit qui suit n'est pas chronologique. Parfois j'ai huit ans, parfois j'en ai dix, parfois j'en ai six. Il ne faut pas faire attention. Ce qui compte, c'est que tout est réellement arrivé. Tout".
Racontés, donc, à hauteur d'enfant, 15 chapitres de texte sont accompagnés d'un total de 70 illustrations de Catherine, parfois courant sur la double page, parfois celle-ci en contenant trois petites. Ce "mariage" entre texte et dessins peut parfois rappeler (de loin!) Le petit Nicolas de Sempé et Goscinny. Mais ici, ce n'est pas des aventures de "chouettes copains" qu'il s'agit, mais de l'évocation de tout un bestiaire convenu ou plus inattendu: chez tata Thérèse, ses neveux ou sa petite-fille croisaient des chats, quelques fennecs, un singe, bien des oiseaux (moineau, perroquet, pigeons, faisan, ...), un mouton, et... non, a priori, pas de raton laveur.
Je vous mets quelques citations illustrées ci-dessous.
p.36-37: une formidable parabole sur ce qu'un "beau parleur" est capable de faire faire à un "être sensible" un tant soit peu crédule et irréfléchi... (pour ne pas dire bête).
p.60: cette magnifique pleine page ressemble bien à la rue Mouffetard...
p.68-69: ici, il est question d'un "mouton d'appartement". Pour ma part, l'allusion à la dernière ferme de Villemomble me rappelle un de mes innombrables projets (avortés), pour lequel j'avais commencé à collectionner des cartes postables anciennes montrant de l'élevage bovin en Ile-de-France, au début du XXe siècle, mais aussi cette idée de "nouvelle" que je procrastine depuis des années sur une "vache de balcon"...
Les petits peuvent apprécier cet ouvrage au premier degré comme un conte fantastique, cependant que les plus âgés y trouveront de quoi rêver, avec réminiscence et nostalgie d'un monde disparu.
Le livre est toujours disponible aux éditions Sarbacane bien entendu. Fabrice Nicolino en avait annoncé lui-même la parution sur son blog (où figurent certains des textes écrits les années précédentes).
Cette autobiographie, Paul Newman - la vie extraordinaire d'un homme ordinaire (Edition La Table ronde, 2023, 334 pages dont une préface, une postface, des notes biographiques des témoins, une filmographie et un index) se lit pratiquement d'une traite. Elle a entre autre comme mérite de donner envie de (re)voir certains films de Paul Newman (1925-2008). Je fais partie des fans de cet acteur. Si vous attendez des révélations croustillantes, passez votre chemin. Cette autobiographie existe grâce aux souvenirs que Paul Newman a confié à un proche de la famille Newman, Stewart Stern. Ces souvenirs ont été recueillis entre 1986 et 1991. Il y avait plus de 14 000 pages de notes qui ont abouti à ce livre. Paul Newman commence par son enfance à Shaker Heights, une banlieue cossue de Cleveland dans l'Ohio. Il était membre de la seule famille juive du quartier très blanc (il n'y avait aucun Noir). Il avait un frère aîné d'un an, Arthur Jr. Son père Arthur Sr tenait, avec son frère Joe, un magasin d'articles de sport. La mère, Tress, était femme au foyer et elle vouait une adoration à Paul (au détriment d'Arthur). Paul Newman, avec ses yeux bleus très fragiles (et il était daltonien) a entretenu des relations très compliqués avec sa mère toute sa vie. Le livre parle de son enfance, de son adolescence, du fait qu'il a été tôt attiré par les filles. Il évoque son engagement dans la marine pendant la deuxième guerre mondiale. Il a fait un peu d'études universitaires à Yale avant de prendre des cours de théâtre. Il est passé par l'Actor's Studio. Il parle aussi pas mal de l'homme qu'il était dans le privé, sa rencontre avec sa première femme Jackie Witte, puis avec Joanne Woodward dans les années 50. Ils resteront mariés pendant 50 ans jusqu'au décès de Paul Newman. Il ne s'est pas remis du décès de son fils aîné Scott, mort d'une overdose. Il évoque aussi ses rencontres avec les réalisateurs ou certains acteurs et actrices. N'oublions pas qu'il a été aussi réalisateur de plusieurs films dont l'actrice principale était sa femme Joanne Woodward. Il parle sans détour du fait qu'il a beaucoup bu: surtout de la bière, qu'il éclusait par packs entier. Dans les années 60 et 70, il a soutenu des hommes politiques comme Eugene McCarthy et il est à l'initiative d'oeuvres caritatives pour des enfants très malades. Ce récit est ponctué de nombreuses interventions de témoins, réalisateurs, acteurs, producteurs, etc. Et il y a beaucoup de photos. Si vous connaissez des gens qui appréciaient Paul Newman, c'est un cadeau idéal. Et pour les autres aussi. La préface et la postface ont été rédigées par deux des filles de Paul Newman, Melissa et Cléa.
Deux livres, ce mois-ci, dans le cadre de mes "Hommages du 7". Après Les Russkoff (le deuxième volet de l'autobiographie de François Cavanna, sur la Seconde guerre mondiale), j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) lu le troisième, Bête et méchant (les débuts dans la carrière), avant de me replonger dans le premier, Les Ritals (l'enfance).
Bête et méchant, 1ère parution en 1981, Le livre de Poche N°5755, 1983, 346 pages Les Ritals, 1ère parution en 1978, Le livre de Poche N°5383, 1986, 377 pages
De votre côté, rien ne vous empêche de les lire dans l'ordre... Pour ma part, il ne s'agissait pas d'une première lecture.
Ce volume reprend donc la suite de la vie du jeune François Cavanna revenu d'Allemagne. Il dépeint les années d'auto-formation à l'entrée dans la carrière, avant d'arriver à gagner sa vie par le pinceau et par la plume, jusqu'à Hara-Kiri inclus (journal Bête et méchant). Cavanna a commencé par publier une bande dessinée dans le journal Le déporté du travail. Mais difficile de renverser de l'encre sur la table familiale, en s'échinant le soir et le dimanche, alors qu'il travaille comme ouvrier puis employé en semaine. Alors, il trouve une piaule, toujours en banlieue, pour dessiner d'autres travaux. Et, pour en partager le loyer, une colocataire... Et le voici en ménage (platonique d'abord) avec une jeune femme revenue traumatisée (physiquement comme mentalement) des camps nazis. Puis mariage... qui ne dure que quelques dizaines de pages. Mais l'élan est donné. Citation (p.74): "Liliane me disait: on ne fait bien les choses que si l'on est un professiuonnel. Un professionnel, c'est un type qui ne fait que ça, son métier, même s'il ne gagne pas un sou, même s'il n'a pas un client, il est un professionnel. Il consacre son temps et ses meilleures forces à son métier. Si tu travailles dans la journée pour un patron et que tu fais ce que tu aimes le soir ou le dimanche, tu es un amateur. Ca peut ne pas être trop mal, ça ne sera jamais un travail de professionnel. Un professionnel a le dos au mur et la trouille au cul". Cavanna nous raconte la tournée des rédactions de journaux (la presse d'après-guerre) où l'on laisse les dessins de la semaine, qui seront acceptés - ou non, les rencontres avec d'autres dessinateurs (Dubout l'avait prévenu: "tu vas en baver, il faut de la te-na-ci-té"), notamment Fred. Pour vivre encore des petits boulots, à droite ou à gauche (intéressant décryptage du milieu des dessinateurs de presse d'après-guerre.). J'en retiens une autre citation attrapée au vol (p.117): "dans cette anarchie qu'est notre société mercantile, si un mode de production anachronique et même nuisible assure de gros revenus à une catégorie suffisamment puissante, le jeu du progrès est faussé". En 1954, c'est l'achat du premier numéro d'un journal vendu par colportage, Zéro, qui lui permet de croiser le couple Novi, qui l'a créé (avec des dessins déjà publiés ailleurs). Puis de rédiger des "jeux" bouche-trou. Puis ses premiers textes (écrire plutôt que dessiner?) ... avant de découvrir l'imprimerie et le maquettage du journal. Et puis l'on assiste à la rencontre chez Zéro avec le futur professeur Choron, retour d'Indochine, grande gueule et vendeur émérite. Zéro devient Cordées, Cavanna continue à se former sur le tas. Novi meut subitement, et en 1960 Cavanna, Choron et Fred lancent le journal mensuel dont ils rêvaient, avec l'afflux de talents (Cabu, Wolinski, Gébé, le jeune Reiser)... Hara Kiri commence, avec ses aventures et mésaventures: équipe de colporteurs emmenée au commissariat, journal interdit d'affichage (en toute subtilité: voir chapitre "Il n'y a pas de censure en France", pp.262-296). La phrase-culte "L'humour est un coup de poing dans la gueule" est écrite p.232. Bête et méchant se termine en 1967, juste avant la reprise après une nouvelle interdiction de Hara Kiri, qui ne sera pas la dernière...
Je m'étais acheté mon exemplaire de Bête et méchant le 14 octobre 2023. Mais à la relecture du chapitre titré "Néo" sur "la mort du père" (1953-1954), je me suis persuadé que je l'avais déjà lu, il y a plusieurs décennies... Je suppose que j'avais déjà dû croiser ce livre ici ou là, mais sans l'acquérir pour ma pochothèque. Je signale pour finir qu'il comporte 11 chapitres, avec chronologie indiquée mais avec des retours en arrière.
Mon exemplaire du titre Les Ritals, lui, porte comme date d'acquisition le 13 mars 2014. Pour être plus exact, il s'agit de la date où je l'ai sauvé d'un don que ma mère s'apprêtait à en faire à une boutique Emmaüs, quand elle se débarrassait de livres qu'elle avait parfois achetés en double ou triple (pour l'une ou l'autre de ses résidences), avant de migrer d'un grand appartement à un studio plus modeste à l'étage "chambre de bonnes"... C'était quelques années avant qu'elle parte en EHPAD. Bref.
Dans Les Ritals, son premier livre de "souvenirs", Cavanna nous présente son enfance à Nogent, d'un père maçon italien illettré et d'une mère morvandelle (née dans la Nièvre, à quelques kilomètres d'Imphy). Il a été élévé aux pâtes et à la viande de cheval. Les chapitres nous présentent ses copains tout aussi fils de Ritals avec qui il fait les 400 coups dans la rue ou le voisinage, la découverte des filles (gamines du coin ou professionnelles de Paris), le cinéma, la bibliothèque, la première muffée, ou une grande fugue à vélo... avec bien de la verve. Il y a aussi les histoires du père, beaucoup: en fait, il transparaît dans chaque chapitre, le Vidgeon (diminutif gentil de Luigi, en "dialetto"). p.122, il habille pour l'hiver ceux qui se sont amusés, un jour, à soûler son père. Mais le chapitre suivant expose avec tendresse la "main verte" du père, et son habitude de planter un noyau de pêche sur chacun des chantiers où il travaillait. Et puis la crise économique et le chômage, la peur du renvoi au pays, qui amènent Vidgeon à demander la naturalisation française... obtenue au tout début de la Seconde Guerre mondiale. Les 29 courts chapitres qui composent le livre (avec des titres très courts aussi) m'ont amené à me poser la question de savoir si le livre Les Ritals n'aurait pas d'abord été publié en "feuilleton", sous forme de "chroniques" séparées... ?
Je retiens en tout cas de ce livre qu'à l'époque, le rejet par les "Français de souche" (comme on ne disait pas encore? Si?) de certains métiers, ce qui amenait de la main-d'oeuvre étrangère à les occuper (en espérant pour leurs enfants un destin de petit fonctionnaire), existait déjà. Un siècle plus tard, remplacez "Ritals" par "personnes racisées" et "maçons" par "services à la personne", et la messe est dite.
Le récit de la création et des premiers temps, de Charlie Hebdo (l'histoire en est déjà bien connue!), lui, ce sera sans doute pour le tome suivant immédiatement (Les yeux plus grands que le ventre)... Je signale pour finir que j'ai découvert d'occasion cette semaine Lune de miel (Folio). Ayant lu sur la 4ème de couv' que c'était aussi un "tableau réjouissant de souvenirs, réflexions et anecdotes", je me le suis offert. J'en parlerai certainement un mois ou l'autre.
Et de trois, en moins de six semaines! Il y a des périodes comme ça... Voici donc, après les récentes présentations de Manou et de Pascale, celle de Luocine. Celle-ci a fait, hier vendredi 20 octobre 2023 à l'heure du déjeuner, ses 499e et 500e commentaire chez dasola. Je (ta d loi du cine, "squatter" - et statisticien - chez dasola) lui ai envoyé aussitôt (enfin, à l'heure du dîner) un mail pour lui proposer une présentation sur le présent blog, grâce au petit questionnaire qui l'accompagnait. Une heure plus tard, j'ai reçu un mail me disant qu'elle était très contente et qu'elle me répondrait, et encore une heure plus tard, sont arrivées les réponses que vous pouvez lire ci-dessous. Une affaire rondement menée!
Je suis moi aussi content d'en avoir appris davantage sur elle et sur son blog.
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Bonjour Luocine, pour que les lecteurs comprennent qui vous êtes, pouvez-vous vous présenter ? Derrière ce pseudonyme, pouvez-vous nous livrer quelques éléments biographiques (votre blog n’en contient aucun sauf erreur de ma part)? Ce pseudonyme a-t-il un sens particulier ?
Je suis une lectrice compulsive, je l'ai toujours été depuis l'âge de 6 ans jusqu'à aujourd'hui. J'ai enseigné le français aux étudiants étrangers à l'université de Rennes. Je suis à la retraite et la lecture reste mon passe-temps préféré. Luocine est un pseudo qui me rappelle ma mère qui m'a appris à lire et qui m'a donné le goût de la lecture. J'avais 14 ans quand elle m'a fait découvrir Marcel Proust.
* Dans quelle tranche d’âge vous situez-vous (car un lecteur de 20 ans n’ayant pas le même ressenti qu’un de 60, cette information a son importance)?
J'ai 76 ans.
* Avez-vous fait des études ou exercé une profession ayant un rapport avec la littérature ou l'art?
J'ai déjà répondu à cette question.
* Parlons un peu de vous et de votre blog: Luocine (au fil de [vos] lectures et de [vos] impressions au cinéma). Son premier billet remonte au 27 août 2006. Dans quelles circonstances avez-vous souhaité le créer?
J'ai souhaité créer ce blog pour ne pas oublier les livres que je lisais. Et j'ai peu à peu découvert le monde de la blogosphère surtout grâce à Babelio où je mets toujours mes lectures.
* Vous utilisez aujourd’hui la plateforme « wordpress », pourquoi avoir quitté la plateforme « over-blog » en 2014? Vous pouvez nous raconter l’histoire (avec rapatriement des billets – mais non des commentaires – de l’un sur l’autre) ? Quid de l’achat du nom de domaine?
J'ai quitté overblog car il fallait accepter la publicité. C'est mon fils qui a rapatrié les articles mais il ne pouvait pas le faire pour les commentaires.
* Vous n’y parlez plus aujourd’hui que de lectures… et plus de cinéma (depuis 2017, sauf erreur de ma part) ? Avez-vous cessé de voir des films?
J'ai cessé de parler de cinéma car il faut réagir très vite et je trouvais mes billets moins intéressants sur le cinéma que sur les livres. Mais je vais toujours au cinéma. Mais j'ai cessé d'aller au Festival du film britannique à Dinard, ce que je regrette.
* Vos billets sont classés selon différentes catégories (genre, nationalité de l’auteur, thème…) : comment avez-vous « pensé » ce classement ? Qu’est-ce qui décide du classement d’une œuvre ici plutôt que là? Vous êtes éclectique dans vos lectures?
J'essaie de mettre les livres dans différentes catégories pour aider les lecteurs à se retrouver, je ne sais pas si c'est très utile. Je suis d'autant plus éclectique que je participe à un club de lecture et le choix de ma médiatheque est éclectique.
* En ce qui concerne la lecture: quel est votre but avec ce blog? Débroussailler le champ immense des lectures possibles, faire partager vos émotions de lectures…?
Mon premier but c'est de garder des traces de ce que je lis. Mais je sais aussi qu'un certain nombre de personnes me suivent et le dialogue à travers les commentaires est passionnant. Comme je trouve souvent mes idées sur la blogosphère, je suppose que l'inverse est vrai. Et parfois je le vois grâce aux liens sur les billets. Je mets toujours (ou du moins à chaque fois que je le peux) un lien vers le blog où j'ai trouvé l'idée de la lecture d'un livre.
* Votre système d’appréciation utilise des « coquillages » : pourquoi ? Est-ce un clin d’œil au terme de « coquille » utilisé dans l’édition (pour désigner une erreur d’impression)?
Les coquillages sont un clin d'œil à la plage où je vais me promener très souvent.
* En moyenne et à titre indicatif, combien lisez-vous de bouquins par mois? Et pour rester dans les chiffres, quelle est la moyenne de fréquentation de votre blog par jour?
Je lis à peu près deux livres par semaine. Je vais tous les jours sur mon blog au moins pour enlever les commentaires indésirables (j'en reçois au moins 10 par jour). Et je publie deux billets par semaine.
* Suivez-vous les statistiques de votre blog? Avez-vous une idée du nombre de vos visiteurs?
Comme mon blog est régulièrement visité par des robots, je suis incapable de savoir combien de vrais lecteurs j'ai vraiment ... du coup j'ai supprimé les statistiques.
* En tant que lectrice, comment vous définiriez-vous? La lecture tient-elle un rôle important dans votre vie?
J'adore lire et je découvre beaucoup de problèmes du monde à travers les romans.
* Combien de temps consacrez-vous à la lecture chaque jour?
Je ne peux pas imaginer une journée sans lecture.
* Salons du livre, rencontres avec les auteurs et séances de dédicaces … Les recherchez-vous?
Le seul salon près de chez moi c'est celui de Saint Malo, "Les étonnants voyageurs", mais je n'aime pas la foule. À chaque fois que j'ai vaincu cette réticence j'ai beaucoup aimé. Je n'ai aucun goût aux dédicaces. Je n'imagine aucun dialogue très intéressant avec un écrivain qui doit signer une centaine de livres par jour.
* Quelle blogueuse êtes-vous ? Challenges, Défi, lecture commune, tag, swap, … Vous ne semblez pas jouer à ces jeux émérites (sauf erreur de ma part) ? Est-ce que cela, à votre avis, peut inciter à lire un livre plutôt qu’un autre, ou pas ?
Je ne participe qu'à un challenge, "Le mois de littérature allemande". Je n'aime pas beaucoup être guidée dans mes lectures. D'autant plus que je suis déjà contrainte par mon club de lecture.
* Votre endroit favori pour lire?
Le coin du feu l'hiver, le jardin l'été. Le lit le soir.
* Etes-vous plutôt livre papier ou liseuse électronique? Vous avez un certain nombre de billets sur des livres lus en e-book, ou (beaucoup plus rarement) en audiolivres : que diriez-vous sur ces « modes » de lectures-là?
Je suis plutôt livre papier. Mais les e-book c'est parfait pour les voyages, en bateau particulièrement. Audiolivres: je n'aime pas écouter sans faire autre chose. Tout mode de lecture se vaut, cela dépend de chacun, si on fait beaucoup de voitures, les livres en audiolivres c'est parfait.
* Comment choisissez-vous vos lectures? (bouche-à-oreille, cadeau, article de presse, hasard…)? Avez-vous un genre favori? Un auteur – vraiment – préféré?
Je l'ai déjà, dit le club de lecture me fournit beaucoup de livres, je lis aussi les livres coups de cœur des blogs que je suis. J'ai été trop déçue par la presse, on sent que les journalistes ne lisent pas toujours les livres dont ils parlent. Je lis peu de polars car je déteste le Suspens. Je le dis souvent dans mes billets mais je commence souvent les livres par la fin. J'aime les livres qui font découvrir un problème social français ou étranger, historique ou contemporain. Je ne suis pas originale, mais pour moi Marcel Proust est un génie absolument inégalé.
* A quoi êtes-vous sensible lorsque vous avez un livre en main?
J'aime que la présentation soit soignée, et que le texte ne soit pas trop compact. Ensuite, dès la première phrase je suis happée par le livre et je vais voir aussitôt la dernière page.
* Offrez-vous des livres? Si oui comment les choisissez-vous?
Oui, c'est d'ailleurs le seul cadeau que je sache faire. Je cherche des livres qui correspondent à ce que je sais de la personne.
* S’il ne fallait en retenir qu’un? Quel livre vous a le plus profondément marquée, parmi tous ceux que vous avez pu lire?
La recherche du temps perdu.
* Pourquoi celui-ci?
Je trouve que chaque époque devrait avoir un Marcel Proust qui sache décrire la réalité sociale avec autant d'acuité. Et d'humour.
* Avez-vous un souvenir (bon ou mauvais) marquant d’une lecture enfantine ou adolescente?
Enfant je lisais tout le temps, je me rappelle avoir beaucoup pleuré à un livre qui s'appelait On demande une maman. J'avais adoré Le petit lord Fauntleroy. Adolescente j'ai beaucoup beaucoup lu. Je retiens Martin Éden de Jack London, car j'aime toujours les récits de formation de l'esprit.
* Comme d’autres «dévoreuses de bouquins», êtes-vous vous aussi tentée par l’écriture?
Non, je sais que je n'ai aucun style.
* Vous rappelez-vous comment vous aviez découvert le blog de dasola, il y a près de 12 ans (décembre 2011)? (réponse facultative!)
Le plus souvent je découvre un blog grâce aux interactions entre blogs.
* La question suggérée par Dominique: "êtes-vous parfois tentée d'arrêter le blog?"
Non, absolument pas.
* Un dernier mot pour conclure cet échange? Quelle autre question auriez-vous voulu que l'on vous pose?
"Est ce que cela vous manque que les auteurs des blogs que vous aimez ne soient que des connaissances virtuelles?"
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Cette fois-ci, je ne remets pas l'intégralité des liens vers les neuf présentations précédentes (vous les trouverez dans les deux [Pascale et Manou] indiquées en introduction - et via les icônes "Vous aimerez peut-être" avant les commentaires ci-dessous!). Plusieurs autres blogueurs et blogueuses ont dès à présent dépassé les 400 commentaires chez dasola, c'est donc une question de mois ou l'affaire d'un an ou deux avant qu'on leur propose à leur tour de se présenter ici... Mais patience, cela peut prendre plus longtemps: il s'est déjà passé plusieurs années, après plusieurs présentations à intervalle rapproché, sans qu'une nouvelle se fasse jour (pour cause de refus, de ralentissement de rythme...). Vous verrez bien, ce sera la surprise!
J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) pioché le titre de cette mini-série en deux albums BD dans la liste que je tâche de tenir à jour en vue de mes "hommages du 7": des idées d'avance, pouvant donner lieu à une chronique, un mois ou l'autre... quand je n'ai pas d'autre d'inspiration. Les lecteurs de Charlie Hebdo connaissent certainement la signature d'Inna Shevchenko, journaliste formée à Kiev (son nom renvoie à 80 articles sur le site internet du journal).
Prénom: Inna, Une enfance ukrainienne (tome 1), La naissance d'une femen (tome 2), Futuropolis, 2020 & 2021, 98 & 82 pages,
Thomas Azuélos, Inna Shevchenko, Simon Rochepeau
Les quatre premières planches du tome 1 sont situées le 14 février 2015 à Copenhague. Inna Shevchenko intervenait lors d'une conférence dont le thème était « Art, blasphème et liberté d'expression », organisée pour rendre hommage aux victimes de l'attentat de Charlie Hebdo du 7 janvier 2015, quand une fusillade a éclaté. La quatrième planche montre la jeune femme, physiquement indemne, qui se répète "Je dois tenir bon". Elle avait déjà eu bien des occasions de se tremper le caractère.
Citons la quatrième de couverture: "ce récit, à la première personne, raconte l'enfance et l'adolescence de la génération post-soviétique en Ukraine, inspirées par l'expérience personnelle d'Inna Shevchenko". Dans l'avant-propos du T.1, Inna Shevchenko précise: "pour les besoins du récit, ce livre contient aussi des personnages fictifs, ou inspirés de personnes réels, et des scènes qui, je l'espère, aideront les lecteurs à ressentir l'atmosphère unique de cette période symbolique des pays post-soviétiques". Et dans celui du T.2, "cette histoire est inspirée de mon expérience personnelle, mais elle est également enrichie de personnages, de lieux et de scènes de fiction".
Le "récit" est de Simon Rochepeau, cependant que Thomas Azuélos signe le dessin. Il ne s'agit donc, si je comprends bien, ni d'une autobiographie, ni d'une biographie véridique, mais d'une évocation d'une époque (pas si lointaine) et d'un pays (aujourd'hui plus proche?).
Dans le tome 1, Inna (née en 1990 à Kherson) a d'abord 5 à 6 ans (sur 37 pages): avec son père et sa grande soeur, elle attend le retour de sa mère, partie faire du marché noir en Pologne. En 2000, à 10 ans, elle ne rêve plus que de devenir journaliste. En 2004, quand elle a 14 ans, c'est l'époque de la "révolution orange" en Ukraine: la jeune file devient contestataire au collège, arborant une coiffure à la Ioulia Tymochenko et un ruban orange. Elle présente sa candidature et est élue déléguée des élèves. À 17 ans, elle songe à monter à Kiev pour y suivre des études de journalisme. Pendant son enfance et son adolescence, elle aura constaté les inégalités sociales en cotoyant les "nouveaux riches" affairistes et leurs réseaux.
Le tome 2 nous montre notre héroïne à 18 ans, étudiante désargentée mais studieuse, et préparant pour le journal de la fac un article dénonçant les expédients de son ancienne colocataire qui doit danser dans un club pour hommes. Découverte d'un tract signé des Femen et lecture d'un livre titré Le féminisme révolutionnaire de Lessia Oukaïnka (une poétesse ukrainienne, 1871-1913) sont évoqués... La journaliste en herbe décroche un job au service Presse de la mairie (mais elle déchantera). Première manifestation contre la prostitution, alors qu'il est dit que les bordels sont la possession des oligarques. Et "duel de dames" (très bien dessiné, cela m'a fait songer à du Annie Goetzinger): c'est compliqué d'être à la fois à la mairie et dans les manifs. Le choix d'Inna est fait. La dernière séquence (p.83-86) se déroule le 24 août 2010 (fête de l'indépendance de l'Ukraine). Mais on n'est pas chez Manara: il y a assez peu de seins nus dans cet album...
Quelques "citations", par ordre chronologique (je sais, c'est trop petit... Bah lisez les albums, alors!):
1996 (T.1, p.27) 2000 (p.54)
2004 (p.62) p.100 (2008, évocation d'Inna à 2 ans, à l'occasion de la naissance de son neveu...)
2008 (T.2, p.28 - inna sort du club où elle a été rendre visite à sa coloc' qui y "travaille")
Ici, elle croise, quelque temps plus tard, les "pionnières" des femen en pleine action... (p.54-55). Elle ne va pas tarder à les rejoindre... non sans conséquences sur son travail à la mairie de Kiev.
p.79 à 81 (2009?)
p.86 - et dernière - du T.2 Février 2015 (T.1, p.8 - prélude et épilogue)
Un tome 3 (non prévu sauf erreur de ma part) aurait pu montrer l'arrivée en France en 2012 et l'asile [politique] obtenu en 2013... avec quelques actions emblématiques, avant comme après. Le 4 mars 2013, il semble y avoir eu un "Femen Hebdo" au sein (!) de Charlie N°1081. Mais je ne crois pas l'avoir vu (ni lu) à l'époque.
Il y a plusieurs mois (le 11 janvier 2023!), Pascale avait demandé (dans un commentaire sous le billet "16 ans / 2500e billet") ce qu'on gagnait avec 500 commentaires. La réponse s'impose aujourd'hui puisqu'elle a récemment franchi ce cap (après trois commentaires arrivés durant l'été 2009, c'est en mai 2016 qu'elle a commencé à commenter régulièrement les billets "cinéma" de dasola: elle en a commenté pratiquement un tiers). À peine quelques jours après Manou (elles avaient été sollicitées quasiment en même temps), voici donc un nouvel "Entretien avec une blogueuse". C'est le deuxième concernant un blog "cinéma", après celui de Ffred qui remontait au 18 octobre 2018 (il a publié son "clap de fin" il y a déjà deux ans), et le neuvième à ce jour (les autres étant pour la plupart des blogs littéraires) (1).
Dans un premier temps, Pascale m'a répondu un mail avec plusieurs exigences: que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) cesse de la vouvoyer; que je lui explique ce que signifie "ta d loi du cine" (scoop: il s'agit d'un anagramme de mes nom et prénom), que je lui dise mon prénom... (non!) puis m'a envoyé un nouveau mail quatre heures plus tard (de mon côté, j'ai pris connaissance des deux en même temps et en temps différé!): "finalement je suis gentille. Je me suis plongée dans le questionnaire et y ai répondu. C'est tellement merveilleux de parler de soi. Voilà le fruit de mes réflexions".
A toi la parole, donc, Pascale! ;-)
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Bonjour Pascale, pour que les lecteurs comprennent bien qui vous (sic!) êtes, pouvez-vous vous présenter ?
Bonjour je m'appelle Pascaleet je suis alcoolique ce qui n'est pas un pseudo sinon j'aurais choisi dasola ou ta d loi du cine (mais c'est déjà pris).
Quelque chose de très énigmatique et mystérieux pour entretenir un côté ténébreux indéchiffrable.
J'avais pensé Francesca Johnson ou Sally Gerber mais Gerber en français... ce n'est pas trop glamour.
Il y avait aussi Albertine Sarrazin mais j'ai trouvé que cela faisait prétentieux. Alors je me suis dit, tiens pourquoi pas Pascale ?
J'ai eu une période dans ma folle jeunesse où certaines personnes ne me connaissaient qu'en tant que Joséphine (qui est mon deuxième prénom que je trouvais absolument vertigineux de beauté).
Maintenant, j'aime bien celui que m'ont donné mes parents.
Un jour on fait la paix avec soi-même et c'est beau.
Derrière ce pseudonyme, pouvez-vous nous livrer quelques éléments biographiques ?
De quel ordre ? Parce qu'il peut y avoir du dos' !
J'ai tellement évoqué ma vie mon œuvre mes amours mes emmerdes dans une rubrique (pas très) cachée de mon blog que j'ai l'impression qu'on connaît même la couleur de ma chambre (qui a changé depuis mais bon, on va pas chipoter). En tout cas ce que j'ai bien voulu raconter (je garde mes soucis de jardinage et mes prouesses musicales pour moi).
Je vis près de Nancy depuis 28 ans après avoir vécu à Lille, à Montmartre plusieurs années et je suis originaire de Maubeuge, ça ne s'invente pas et je trouve que je m'en tire plutôt bien...
C'est toujours l'amour qui m'a fait prendre mes clics et mes clacs et partir vers de nouveaux horizons. Je ne regrette rien. Rien de rien. Allez zou, on avance.
Dans quelle tranche d'âge vous situez-vous (car une spectatrice de 20 ans n'ayant pas le même ressenti qu'une de 60, cette information a son importance)?
J'ai eu l'heureuse surprise de découvrir lorsque j'annonçais il y a 4 ans que je changeais de décennie et que cela ne me réjouissait guère, qu'une blogueuse me dise : si vous passez les 30 voire les 40 ans, ce n'est pas bien grave.
Alors non je ne dis pas mon âge (je le dirai quand dasola répondra aux commentaires sur son blog ou nous dira son prénom) mais je suis ravie que mon style d'écriture donne une impression de jeunesse (éternelle), même si je ne suis pas une acharnée du jeunisme.
Cela dit, ceux qui suivent mon blog, les quelques rares fidèles qui s'obstinent depuis des années n'ont pas trop de mal à faire le calcul (ce n'est pas un âge à trois chiffres non plus).
Pour les autres, ce n'est pas très important. Je n'ai pas de profil Tinder (contrairement à Brad Pitt) mais si certains veulent des informations ils peuvent m'écrire : uupascale@gmail.com
Avez-vous fait des études ou exercé une profession ayant un rapport avec le cinéma?
Non, c'est grave docteur ?
Je pense qu'il y avait une marmite cinéma chez mes parents, je suis tombée dedans vers l'âge de cinq ans.
J'ai fait des études littéraires et ai été tentée par le métier de script.
Cela ne s'est pas fait. Tant pis.
Parlons un peu de vous et de votre site...
Mais oui quelle bonne idée !!! ça vous est venu comment de vouloir parler de moi et de mon site ?
... Sur la route du cinéma(qui existe depuis mars 2006). Dans quel contexte et pourquoi avez-vous souhaité le créer?
2006 !!! La vache, ça file non vous ne trouvez pas ?
À l'époque j'échangeais toutes mes impressions à propos des films avec une blogueuse que je ne connaissais pas encore dans la vraie vie, car curieusement, personne dans mon entourage n'est (aussi) cinéphile (que moi). Et face à la quantité de films que je vois, « les gens » ont tendance à me dire « on ne peut pas discuter cinéma avec toi », ce qui m'attriste un peu, beaucoup, vraiment très fort même...
C'est donc cette blogueuse qui m'a incitée à créer un blog. Elle devait en avoir assez de lire mes mails et d'y répondre parce qu'elle était polie.
Vous possédez votre propre "nom de domaine". Le blog semble utiliser la plateforme "Hautetfort": pourquoi ce choix ?
La plate-forme Hautetfort est d'une simplicité enfantine pour qui n'y connaissait rien. À l'époque, cette plate-forme était vraiment « animée » par des intervenants à qui l'on pouvait poser beaucoup de questions en cas de problèmes ou de simples difficultés (car oui des difficultés simples existent). Depuis, c'est devenu complètement abstrait, dommage.
Au bout de quelque temps, mon blog est devenu VIB (Very Important Blog, la classe internationale, ça a changé ma vie vous pensez bien...). Je suppose que cela tient au nombre de mes publications qui sont régulières et presque ininterrompues. Haut Et Fort m'a offert cette extension « pro » gratuite pendant deux ans. Ensuite, j'ai payé le nom de domaine.
Quel est votre but avec ce blog ?
Ecrire. J'adore cela. Ecrire sur le cinéma, c'est assez « simple » puisque j'ai un support, une base qui me permet de divaguer sur mes émotions. Les émotions sont le moteur de ma vie. Et puis garder une trace de tous les films que je vois, les inoubliables et ceux dont je ne me souviens même plus les avoir vus.
En moyenne et à titre indicatif, combien voyez-vous de films par semaine / par mois? Et pour rester dans les chiffres, quelle est la moyenne de fréquentation de votre blog par jour ?
C'est vertigineux. Je dirai 5 films par semaine en salle (et pourtant j'ai une vie hors cinéma très remplie). Et j'en regarde aussi à la télé ou en DVD.
Quant aux chiffres, je ne m'y intéresse absolument plus depuis des années. Il me faudrait un statisticien comme dasola.
Il y a quelques années, mon blog atteignait 1 000 visites par jour, cela me paraissait ENORME. Compte tenu du nombre décroissant de commentaires d'année en année, ce chiffre ne doit plus être d'actualité. Mon blog est sans doute devenu plus confidentiel. Cela n'a strictement aucune importance pour moi. Malgré des périodes de plus en plus fréquentes de lassitude, je tiens bon. C'est difficile d'arrêter ce compagnon de route.
J'aimerais cependant que ceux que je croise dans certains festivals et qui viennent me voir, commentent alors qu'ils ne le font pas.
Suivez-vous les statistiques de votre blog? Avez-vous une idée du nombre de vos visiteurs?
Absolument pas. Absolument aucune idée. Vous êtes sourd, je l'ai dit au-dessus ?
En tant que spectatrice, comment vous définiriez-vous ? Le cinéma tient-il un rôle important dans votre vie ?
Non le cinéma ne m'intéresse absolument pas. C'est une perte de temps. Je ne comprends pas qu'on puisse se passionner pour un art (mouarf) aussi insignifiant.
Allez, je vous fais une confidence. Le cinéma est VITAL pour moi. Il est mon havre, ma cachette, l'endroit où il me semble qu'il ne peut rien m'arriver.
Mais il est aussi l'endroit où j'apprends, je découvre, je m'enthousiasme, je m'agace, je m'extasie, j'aime, je tombe amoureuse, je m'émeus, je ris, je pleure, je tremble, je me cramponne... (complétez les pointillés).
J'en ai besoin. Je crois que je n'ai jamais vécu sans cinéma. J'aime l'odeur de la salle, parcourir les couloirs qui m'y mènent. J'aime la taille de l'écran et sa texture, les petits trous dans la toile me fascinent, la lumière qui s'éteint. Je n'suis pas folle vous savez !
Avez-vous remarqué la phrase en exergue de mon blog tirée de La conjuration des imbéciles, John Kennedy Toole (que je vous recommande pour un prochain pavé de l'été) : "Je ne parviens pas à comprendre ce qui me pousse ainsi à voir des films ; on dirait presque que j'ai cela "dans le sang." Ignatus
Avant-premières, rencontres avec les réalisateurs, les acteurs, festivals... Les recherchez-vous ?
Avec les années je participe beaucoup moins aux avant-premières et aux rencontres. Je n'aime plus trop aller au cinéma le soir. Depuis quelques mois, je m'y suis « remise » et c'est vraiment formidable de croiser certains réalisateurs. Ils semblent souvent très demandeurs de ce genre d'échanges (sauf Nathan Ambrosioni qui trouve que les rencontres avec les spectateurs sont faites pour les retraités).
Je participe à plusieurs festivals au cours de l'année, pas les plus prestigieux, même si je rentre tout juste de la Mostra de Venise, mais sans doute les plus chaleureux et accessibles. Dans un festival, on se trouve immergé. Les spectateurs viennent pour cela, enchaînent les séances et discutent. Les rencontres avec les équipes de films sont formidables, passionnantes, enthousiasmantes.
C'est une coupure absolument incroyable dans le rythme du quotidien. Pendant quelques jours, seul compte le cinéma. C'est magique.
Votre type de salle de cinéma préféré ? Multiplexes ? Art et essai ?
Les deux, même si j'aime infiniment « mon » très vieillot cinéma Art et essai Le Caméo. J'ai la chance à Nancy que les cinémas Ugc et Le Caméo aient conclus un partenariat depuis au moins vingt ans. J'ai donc accès à toutes les salles (28) grâce à ma carte UGC qui me coûte 21,90 €uros. Sans cette carte providentielle, je ne verrais sans doute pas autant de films.
Et le cinéma « en boite » (DVD, TV, « vidéo à la demande », visionnage sur ordinateur portable...)?
Dvd, Tv oui avec grand plaisir.
Ordinateur, voire téléphone : jamais.
Et je ne suis abonnée à aucune plate-forme qui commence par N, O, A ou C ! Aucune.
Comment choisissez-vous vos films? (bouche-à-oreille, article de presse, hasard...)? Avez-vous un genre favori? Un réalisateur et/ou un acteur – vraiment – préféré?
Tout m'attire, les réalisateurs, les acteurs, les synopsis. Une histoire peut m'attirer ou un acteur, une actrice, un réalisateur, une réalisatrice dont il m'est impossible de rater un film. Parfois une critique (je ne lis que Télérama) peut m'inciter alors que je n'aurais pas forcément choisi ce film.
Je suis très éclectique dans mes choix il me semble : drame, action, comédie, guerre, aventure musical, thriller, policier, espionnage, fantastique, western... tout m'intéresse et me tente. Seuls les films d'horreur me rebutent un peu même si j'en ai vus quelques-uns ces dernières années. Je me force pour savoir de quoi il s'agit. Et j'aime aussi énormément voir ou revoir en salle des classiques parfois très anciens.
A quoi êtes-vous sensible dans un film ? La beauté des acteurs/actrices ? Le thème ? L'humour ? Autre ?
Les acteurs, même inconnus, ont une place prépondérante dans mon appréciation. Une belle histoire peut être gâchée par une mauvaise interprétation. Et une histoire médiocre peut être sublimée par une interprétation.
Mais j'aime aussi par dessus que l'on me raconte une histoire, crédible ou pas, cela n'a pas forcément d'importance. J'aime rire et pleurer au cinéma et il me faut plus que tout de l'émotion.
En règle générale, je dirais que je suis très amoureuse des acteurs et des actrices car je suis une incorrigible sentimentale.
Offrez-vous des films en DVD (ou Blu-ray...)? Si oui comment les choisissez-vous ?
Cela m'arrive. En général j'offre un film que j'ai aimé à la folie et que j'ai envie de faire découvrir et surtout j'espère que la personne à qui je l'offre l'aime autant que moi.
S'il ne fallait en retenir qu'un? Quel film vous a le plus profondément marquée, parmi tous ceux que vous avez pu voir?
Mais elle est impossible cette question !!!
Je dirais cependant (ce qui pourrait peut-être changer demain, mais peut-être pas): Melancholia de Lars Von Trier.
Désolée je triche car celui que j'aurais envie que tout le monde découvre est Merrily we go to hell (Joyeusement nous irons en enfer) de Dorothy Arzner.
Pourquoi celui-ci / ceux-ci?
Melancholia est un film que je trouve admirable dans l'évocation de la dépression et exceptionnel dans celle de la fin du monde. Visuellement, il me semble parfait. Tout est fort dans ce film. Cinq minutes sur le visage défait de Kirsten Dunst avec la musique de Wagner qui s'amplifie. J'étais pétrifiée de stupeur.
Le progressif changement de personnalité des deux sœurs, celle qui semble la plus forte et qui décline parce qu'elle a plus à perdre que l'autre fragile, désespérée pour qui tout « a un goût de terre » et qui se sent peu à peu soulagée que tout s'arrête, est tellement bien vu. Merrily we go to hell parce qu'il date de 1932, qu'il est le film d'une réalisatrice méconnue, Dorothy Arzner, qu'il est une comédie sentimentale (genre que j'apprécie énormément mais qui vire souvent à la bluette) exceptionnelle d'intelligence et, tant pis, je m'auto-cite, parce qu'on y trouve: « Drame, comédie, larmes, humour, tout est là. L'autopsie au scalpel d'un ratage total, d'un naufrage programmé. Et deux acteurs sublimes. Sylvia Sydney est à croquer, belle, espiègle, courageuse. Fredrich March beau à tomber, ivre quasiment d'un bout à l'autre du film sans jamais verser dans l'excès ou la caricature ».
Avez-vous un souvenir (bon ou mauvais) marquant d'un film vu dans votre enfance ou adolescence?
Le plus pénible est d'avoir vu trop jeune l'Exorcistede William Friedkin. Des semaines de cauchemars ou à ne pouvoir m'endormir.
L'un des plus jolis souvenirs est lorsque je suis sortie de la séance du premier Supermanavec Christopher Reeve. J'étais persuadée qu'un tel être de lumière descendrait du ciel pour venir me sauver.
J'ai toujours très envie qu'un être de lumière descende du ciel et vienne me sauver (avis aux amateurs qui descendraient du ciel).
Etes-vous parfois tenté par la rédaction de scénarios voire la réalisation (courts-métrages...) ?
Absolument pas. Ce sont des métiers, je n'ai pas ces talents et suis trop angoissée pour porter le poids d'un tournage.
Que pensez-vous des adaptations d'œuvres littéraires au cinéma ?
J'adore ! Parfois j'ai lu le livre et m'empresse d'aller voir le film pour retrouver les personnages. D'autres fois, je ne l'ai pas lu et le film me donne envie de découvrir l'oeuvre écrite. Ce n'est absolument pas un handicap pour moi de connaître l'histoire. Les deux façons de la traiter sont tellement différentes et les modifications ne me gênent pas sauf si pour édulcorer et aboutir à une happy end.
J'ai lu les mille pages du Seigneur des Anneaux après avoir vu la trilogie au cinéma. Puis j'ai lu tous les ouvrages de Tolkien. Merci le cinéma, merci Peter.
J'ai adoré découvrir au cinéma les adaptations de Raison et sentiments, Les quatre filles du Docteur March. J'ai lu toute l'oeuvre des sœurs Bronté et j'aime les films qui en ont été tirés: Les hauts de Hurlevent (version Olivier/Oberon, la seule réussie), Jane Eyre... Mais aussi Cyrano, L'écume des jours, Dolores Claiborne, Misery, Tess, Jude l'obscur, Loin de la foule déchaînée... Liste non exhaustive.
Les citer me donne envie de lire et d'aller au cinéma.
Une opinion sur les « remakes » ? Les « franchises » (suites, reboots...) ?
La plupart des remakes me semble injustifiée, pas nécessaire même si la version de West side storyde Spielberg m'a très agréablement surprise ou que Les infiltrésde Scorsese (remake de Infernal affair) était une réussite. Certains sont de vrais ratages : ex. Le temps d'un week-endremake du merveilleux Parfum de femme.
Un dernier mot pour conclure cet échange? Quelle question auriez-vous voulu que l'on vous pose?
Eueueueuh, je ne sais pas moi... peut-être : quelle heure est-il ?
Ou bien plutôt : pourquoi ne pas soumettre dasola à l'épreuve du strip tease bloguesque (2) ?
(2) Pour le moment, dasola en est à 256 commentaires sur son blog (et moi-même, ta d loi du cine, à 201). Bah tiens, pourquoi croyez-vous qu'on ne répond que rarement aux commentaires ici? (je plaisante!).
... Mais OK, je tutoierai Pascale désormais (chez elle)!
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[Secrétaire de rédaction et statistiques: "ta d loi du cine" (260 commentaires, du 17/01/07 au 28/02/26)].
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* Blog créé le 09/01/2007, transféré sur Canalblog en juin 2007, migré à l'insu de son plein gré sur l'outil Overblog en février 2024 *
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