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7 mars 2025

Bien dégagé sur les oreilles - Cabu

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola") suis tombé sur Bien dégagé sur les oreilles il y a quelques mois, alors que j'écumais les bacs "petits prix" de mes bouquineries d'occasion afin de constituer un fonds pour ma "bibliothèque partagée". Ne le connaissant pas, je m'étais dit que ça ferait un sujet de plus pour l'un de mes "hommages du 7"... 

Cabu, Bien dégagé sur les oreilles, Editions La Découverte, 1985, 142 pages

 

Trois lignes signées Cabu en page de garde signalent que certains de ces dessins ont déjà paru dans Charlie Hebdo, Le Canard Enchaîné et Droit de réponse, et remercient Jean-Yves Potel "qui a choisi les citations en exergue et qui, avec François Gèze, [l']a aidé à organiser cet album". C'est vrai que Charlie Hebdo (première mouture) avait arrêté sa publication en 1982, ce qui avait amené Cabu à trouver d'autres sources de revenus. J'ai appris à cette occasion le nom de Jean-Yves Potel, que j'ignorais. La quatrième de couv' annonce que l'ouvrage compte 12 chapitres et 250 dessins (il est toujours difficile de "compter" les dessins de Cabu: quid des dessins comptant plusieurs "vignettes"? Quid des "cabochons" répétées en "têtière" sur plusieurs pages?).

 

L'accroche de couverture "1968-1986" était quelque peu anticipatrice, puisque l'ouvrage a été imprimé en octobre 1985 et publié alors que s'annonçaient les législatives du 16 mars 1986 et la déroute de la gauche au pouvoir depuis 1981. En avril 1985, la préparation du changement de scrutin (passage à la proportionnelle, instauré par la loi 85-688 du 10 juillet 1985) avait été invoquée comme cause de démission pour Michel Rocard de son poste de ministre de l'agriculture. J'ai en tout cas constaté que la plupart des hommes politiques croqués par Cabu dans ce recueil (des hommes cisgenres blancs de plus de 50 ans... sauf Laurent Fabius!) sont pour la plupart décédés. Bayrou n'était pas encore célèbre. Macron... Heu, il était né, oui, mais encore à l'école primaire... La couverture ne comporte qu'une (jeune) femme, à côté de jeunes gens bien propres sur eux, sans doute plutôt patriotes et aux dents longues.

 

Cet album nous rappelle un monde révolu (que les moins de... 40 ans ne peuvent pas connaître!), où il n'y avait ni téléphones mobiles (portables), ni internet, mais où l'information passait par le journal télévisé et la presse "papier". 

 

Comme à mon habitude, j'ai sélectionné (très subjectivement) quelques dessins par lesquels je vous propose de vous faire une idée partielle (forcément partielle) de cet album. Pagination et petit commentaire de ma part sous chaque dessin.

 

p.13: de belles têtes d'enseignants (caricatures: des barbus, déjà...). 

p.18-19: Le Pen père (sans bandeau), un bon épouvantail... à l'approche de 1986. 

p.29-30 [désolé, il en manque un bout à gauche!]: Cabu n'aimait pas les journalistes sportifs? Ce dessin me rappelle qu'un recueil thématique de ses dessins sur le sport est paru récemment. Je finirai bien par en parler un mois ou l'autre... 

 p.52: et en 2068, un défilé de robots en cours de construction? Ce sera sans doute avant! En outre, les robots porteront des armes anti-humains....

 p.54: cette vision de l'informatique à l'école m'a fait rigoler... C'était pas simple!

 p.40: chacun ses préoccupations... (c'est sûr que ce dessin manquait de diversité, de LBQT+ et de plein d'autres choses aujourd'hui à la mode... Et alors?!)

 p.63: 2025, paix ici ou là... sans les premiers concernés! Quant à la faim... l'Afrique noire est mal partie!

p.89: pourrait-on aujourd'hui dessiner et publier cette caricature-ci sans choquer? 

 p.96-97: le plombeur polonais, à l'époque...

p.137: sans faire d'anachronisme (ben voyons! Comme si c'était mon genre...), il paraît qu'aujourd'hui (février-mars 2025), Bayrou tire Manu vers le haut dans les sondages

p.142-143: un parallèle génial... ou la fin du collectif.

 

*** Je suis Charlie ***

1 mars 2025

Un parfait inconnu - James Mangold / Palmarès des César 2025/ Décès de Gene Hackman

Ayant appris que Timothée Chalamet avait été récompensé comme meilleur acteur d'un SAG award (Screen Actor Guild award) la semaine dernière, je me suis décidée à aller voir Un parfait inconnu de James Mangold. Pour ceux qui l'ignorent le "SAG award" est décerné exclusivement par les acteurs d'Hollywood qui sont membres de l'académie des Oscars. La plupart du temps, les récompensés du SAG award reçoivent l'Oscar dans la foulée. Et donc je reconnais que Timothée Chalamet, dont je ne suis pas forcément fan, est époustouflant dans le rôle du chanteur Bob Dylan (né en 1941 et prix Nobel de Littérature en 2016). J'avoue que je ne connais pas trop l'oeuvre de ce chanteur mais ce film donne envie de mieux connaître ses chansons. C'est un vrai film musical qui se passe entre 1961 et 1965, au début de la renommée de Bob Dylan. En 1961, ce dernier est parti du Minnesota où il est né et a débarqué à New-York avec sa guitare sous le bras et son harmonica en poche. Il est venu pour rencontrer son idole Woody Guthrie (1912-1967), un des pionniers de la musique folk, hospitalisé depuis quelques années. Bob Dylan, dans les années 60, a rencontré Joan Baez avec qui il a eu une liaison cahotique. Dans le film, on n'apprend rien de la vie de Bob Dylan ou ce qu'il peut penser. Il reste un parfait inconnu. Timothée Chalamet s'est approprié le personnage en apprenant à chanter et à jouer de la guitare et de l'harmonica. Il crève l'écran sans en faire trop. La performance devrait être récompensée aux Oscars. De James Mangold, j'avais déjà bien apprécié Walk the line (2005) sur la vie et l'oeuvre de Johnny Cash. Lire les billets de Pascale et Selenie.

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Je passe au palmarès des César 2025 que j'ai vu en partie. Je suis très contente pour L'histoire de Souleymane qui été récompensé de quatre César dont un pour Abou Sangare (meilleur révélation masculine) et un pour Nina Meurisse (meilleur second rôle féminin). Je suis aussi contente de la récompense de Karim Leklou (meilleur acteur pour Le roman de Jim) et pour Hafsa Herzi (meilleure actrice pour Borgo). Je suis ravie pour la récompense pour La ferme des Bertrand de Gilles Perret (j'ai bien apprécié le discours de ce dernier). En revanche, dommage qu'En Fanfare n'ait rien reçu et que La zone d'intérêt ait été préféré au film Les graines du figuier sauvage de Mohamad Rasoulof. Et par ailleurs, à part une allusion de Justine Thieret, il n'y a pas eu d'hommage à David Lynch et les femmes n'ont pas été trop à l'honneur. Franck Dubosc avec son "Césariot", le César de ceux qui ne l'on jamais eu, a fait un discours très amusant.

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Je termine avec le décès de Gene Hackman (95 ans) et de son épouse (63 ans). J'appréciais bien Gene Hackman (1930-2025) qui était un acteur très éclectique qui a joué des rôles parfois ambigus. Il a joué dans des grands films comme L'épouvantail de Jerry Schatzberg (1973) et Conversation secrète de Francis Ford Coppola (1974, deux Palmes d'or à Cannes). D'autres films à retenir, French Connection de William Friedkin (1971), La firme de Sydney Pollack (1993) et bien entendu Impitoyable de Clint Eastwood (1992) ainsi que Mississipi Burning (1988). Un grand acteur qui n'avait plus rien tourné depuis 20 ans. 

7 février 2025

Charlie quand ça leur chante - Aurel

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) fais aujourd'hui un petit "pas de côté" en parlant d'un ouvrage qui ne provient pas d'un dessinateur de Charlie Hebdo, mais d'un de leurs collègues dessinateur de presse (dont je vois chaque semaine des dessins parce qu'il oeuvre, notamment, dans Le Canard Enchaîné depuis des années). 

Aurel, Charlie quand ça leur chante, Futuropolis, coll. Paroles, 2024, 32 pages

 

La 4ème de couv' de cet opuscule à propos de "l'esprit Charlie" en dit pas mal. Mais elle ne dit pas tout à mon avis. En tout cas, le titre et l'auteur, comme je l'ai dit, ont déclenché mon "acte d'achat". En bas de la 2e de couv', après 14 lignes d'avant-propos "cadrant" ce qu'est un dessin de presse, Aurel précise: "je ne suis le porte-parole de rien et m'exprime en mon nom". Dans les pages de cet ouvrage dessiné, le dessinateur se met lui-même en scène et s'adresse au lecteur (brisant un mur?), et nous amène à prendre conscience de l'état précaire du métier de dessinateur de presse (en France, quelques dizaines d'individus).

Il commence par poser que le dessin de presse (et plus largement l'humour d'actualité) se meurent, parce que la presse elle-même va mal: les ventes s'effondrent. Et lors de la "transition numérique" des journaux, le dessin est bien souvent oublié. 

 

Puis, après deux pages où il raconte comment il a appris le massacre de ses collègues, Aurel explique ce qu'a signifié pour lui "Je suis Charlie" (p.7), alors qu'un copain (qui connaît [ses] différents politiques avec le journal) s'étonne de [le] voir arborer un badge quelques semaines après le massacre du 7 janvier 2015. 

Il parle, ensuite, de "l'après": récupérations de tous bords (beaucoup de demande de dessins de soutien gratuits). Malgré tout, lui et ses collègues ont continué à faire ce qu'ils savaient faire de mieux: dessiner... 

Dans la douzaine de pages suivantes, il continue à dénoncer l'hypocrisie de la profession, les bas tarifs du dessin de presse et la précarité du métier (cf. ci-dessous p.10). Mais le public (le lectorat) en prend aussi pour son grade! 

J'ai été surpris par la manière dont il fait remarquer (ci-dessus) que les tarifs négociés par les syndicats de journalistes (CFDT ou SNJ-CGT) sont trois à cinq fois inférieurs aux tarifs réellement pratiqués, et nécessiteraient d'être sûrs de vendre 20 dessins par mois pour arriver péniblement au SMIC. Si je caricature: contester ces tarifs minimum n'équivaut-il pas à dire que le SMIC est lui-même inutile parce qu'il est trop bas? Je vois plutôt, pour ma part, le tarif négocié comme ce qu'on appelle un "minimum syndical": se met dans l'illégalité tout patron (de presse...) qui prétendrait payer au-dessous de ce tarif... mais rien, bien entendu, n'interdit aux dessinateurs de "se vendre" nettement plus cher! 

"Le quotidien d'un-e dessinateur-ice est de se faire refuser des dessins pour plein de bonnes raisons. Et aussi des mauvaises." (p.23). Aurel rappelle aussi le pouvoir amplificateur des réseaux sociaux pour juger un dessin sans l'avoir vu. 

Son propre discours sur la prise en étau des dessinateurs entre les néo-réacs d'une part (?) et la société qui évolue (bouillie au woke et arrosée de coca-cola, oserais-je dire?) est cohérent, même si on peut ne pas partager ses analyses. Il donne trois raisons expliquant pourquoi les dessinateurs de presse sont régulièrement pris à partie par des gens qui ne trouvent pas drôle ce qu'ils font, ou plus exactement qui leur reprochent de rire de tel ou tel sujet. Les dessins ont toujours déplu à une partie de la population, mais le "village global" de McLuhan en a multiplié la visibilité (c'est moi qui parle de McLuhan, Aurel parle des réseaux sociaux). Il y a un changement global de mentalité (les gens sont plus stressés et deviennent susceptibles...). Les nouvelles générations n'ont plus les mêmes codes ni les mêmes limites. 

p.21-24, Aurel (né en 1980) nous rappelle que, dans les années 1960 (p.21-24), Cavanna, Cabu, Wolinski, Choron et consort (je ne les ai pas mis dans le même ordre que lui) inventaient un humour grinçant que les anciennes générations considéraient comme absolument inopportun.

Nombre des gages de "nos idoles" ne seraient plus possibles aujourd'hui, et pour Aurel c'est "Tant mieux".  "Nous vivons sans doute la fin de cette ère qui avait pour objectif de pousser les murs d'une société étriquée en voulant pratiquer un humour sans tabou", constate-t-il. Pour en tirer la conclusion qu'il faut désormais vivre avec son temps (?).

Je pense que, pour ma part, je suis trop vieux pour avoir envie de renoncer à rire de tout. Mais il est vrai que je m'expose infiniment moins qu'un dessinateur de presse. 

 

J'ai relevé que, si Aurel attaque nominalement, comme étant l'un de de ceux qu'il qualifie de "nouveaux réacs", Philippe Val (directeur de la publication du nouveau Charlie Hebdo de 2004 [après la mort de Gébé] à mai 2009), il n'évoque pas l'éviction de Siné en 2008 pour autant. Pas plus qu'il ne cite le nom de son collègue suisse Chappatte (qui depuis 2020 dessine, comme lui, au Canard enchaîné) comme exemple de dessinateur dont un dessin a amené un journal (le New York Times) à renoncer mi-2019 à la publication de tout dessin de presse. 

Cela m'a aussi amené à me demander si, lorsque Cabu dessinait pour la télévision ou Wolinski pour Paris Match, les sujets de leurs dessins étaient les mêmes dans ces "gagne-pains" (je suppose) que dans les hebdomadaires qu'ils avaient fondés et dont ils maîtrisaient la ligne éditoriale... Une question que je creuserai ultérieurement?

 

Aurel conclut son pamphlet (?) avec une page où, l'oeil mauvais, il demande aux "néo-réacs" qu'il a égratignés dans nombre de ses pages de laisser les dessinateurs de presse dessiner tranquilles. 

Ce petit ouvrage intéressant, et dont je vous conseille la lecture, contient une pensée logique même si contestable. Pour ma part, je crois que je n'ai pas envie de le suivre dans la partie où il expose son analyse des "néo-réacs". J'adhère à ce qui est dit seulement quand ça me chante, non mais!

Je suppose que d'autres blogs en ont déjà parlé en janvier 2025... mais seules des chroniques parues dans des titres de presse apparaissent dans les moteurs de recherche. Mots-clés trop clivants + loi RGPD = le néant... Je rajouterai des liens si je tombe dessus! 

*** Je suis Charlie ***

7 janvier 2025

C'est dur d'être aimé par des cons - Daniel Leconte

Acte manqué? Quand j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) voulu revoir le film que je présente aujourd'hui, afin de terminer le billet que je projetais de longue date pour ces "dix ans" écoulés depuis le massacre de Charlie Hebdo du 7 janvier 2015, je me suis aperçu, dimanche dernier, que je n'arrivais pas à remettre la main sur le DVD! Il m'a donc fallu attendre de l'avoir déniché d'occasion pour parachever mon billet. 

En cette journée de commémoration, je suppose que chacun a préparé l'événement depuis des mois, en pesant soigneusement ses mots. Pour ma part, ce film, je l'ai vu et revu. À l'époque de sa sortie, il pouvait encore prêter à l'optimisme: il date de 2008, soit 7 ans avant... 

Daniel Leconte, C'est dur d'être aimé par des cons, 2008, 1 h 42

 

Bien sûr, je revois ce film en sachant ce qui a eu lieu 8 ans après le procès (c'était déjà le cas lors de ma première vision, largement postérieure à 2015). Il s'agit d'un documentaire sur le "procès des caricatures". Il commence bien entendu par égrener le rappel des faits (qui ont été rappelés par Richard Malka, l'avocat de Charlie, dans ses ouvrages): l'assassinat par un islamiste de Theo Van Gogh en novembre 2004; la publication de 12 "caricatures de Mahomet" sélectionnées après appel à concours par le journal danois Jyllands-Posten en septembre 2005; la tromperie réalisée par des imams danois en diffusant dans les pays musulmans ces caricatures augmentées d'images rajoutées sciemment aux 12 initiales dans le but d'attiser la haine. La publication par France Soir, la décision de L'Express (sous la responsabilité de Denis Jembar) et de Charlie de publier une nouvelle fois ces caricatures, en février 2006​. Enfin, le sujet du film: le procès intenté par la Mosquée de Paris à Charlie Hebdo (et à Charlie seul: ni à France Soir ni à L'Express), visant deux des caricatures danoises ainsi que la couverture de Charlie Hebdo avec le dessin de Cabu. 

Le documentaire contractualise le déroulement du procès en filmant la rédaction en réunion, au restaurant, en déplacement... Le procès proprement dit commence le 7 février 2007 (oui, cela fera 18 ans dans un mois!). Val (alors Directeur de la publication) court de journal télévisé en intervention à la radio (lors de l'une d'elles, il est évoqué que ce procès se tient avec l'aval au moins tacite de l'Elysée, où Jacques Chirac acheait son second mandat, à l'époque).

Daniel Leconte n'a pu bien entendu filmer les audiences elles-mêmes. Mais il filme souvent la "salle des pas-perdus" et les échanges (?) qui s'y déroulent. Caroline Fourest est très présente à l'écran. Le film alterne entre les images "captées sur le vif" et des entretiens réalisés a posteriori sur fond noir, avec des membres de l'équipe (Val est omniprésent), les avocats de Charlie, des témoins, ceux des parties adverses (Francis Szpiner entre autres), la procureur(e) de la République, qui sont amenés à répéter, à commenter, ce qu'ils ont déclaré. 

Je retiens, quand il est question du procès en conférence de rédaction, Cabu disant (vers la 16e minute) "L'humour est complètement évacué chez les Talibans, tu ne dois pas plaisanter... j'avais lu un truc là-dessus". Ou Riss disant qu'on peut rire pour de multiples raisons, positives ou négatives (insulter ou intégrer...). En ce qui le concerne, "ça peut vous paraître étonnant mais je riais pour dire aux Musulmans: vous faites partie de la démocratie française".

On rigole à la noria des différentes parties pour se rendre aux (mêmes?) toilettes lors des interruptions de séance (36e minute). Parmi les personnes qui témoignent à portée de micro dans le palais de justice, il y en a certaines que je trouve... pénibles. On sent que des "militants" se sont mobilisés pour venir, non pas débattre, mais marteler un argument unique avec ce que je considère comme une pensée pauvre. Il y a, devant les micros tendus par la presse dans la salle des pas-perdus, quelques grands moments, comme le témoignage d'Elisabeth Badinter disant qu'elle espère que, surtout, la justice ne donnera pas tort à Charlie Hebdo, parce qu'alors on aurait tellement peur qu'on ne pourrait plus rien dire... Elle est admirative du courage des journalistes, en disant "on sait tous ce qui pourrait arriver maintenant, ce ne sont pas des fantasmes...".

Dans sa plaidoirie, Richard Melka a réussi à faire rire toute la salle d'audience avec l'argument: "c'est l'égalité de traitement avec les autres religions que vous voulez pour l'islam? Donc, vous voulez qu"il soit traité ainsi? (et d'exhiber d'innombrables dessins anti catholiques, antichrétiens...)? Voyons du côté du bouddhisme. Vous voulez ceci? Peut-être Charlie est-il boudhophobe?... Et les Sikhs... etc." (ces dessins ne sont pas montrés à l'écran. Mais il n'est que de parcourir des recueils de dessins des différents dessinateurs ayant oeuvré à Charlie à l'époque pour voir desquels il pouvait être question). 

Le verdict est rendu le 22 mars 2007, relaxant Charlie Hebdo. L'insert final informe que le verdict a été confirmé après l'appel interjeté par l'UOIF et la ligue islamique mondiale, avec ce commentaire de la cour d'appel de Paris le 12 mars 2008: "les caricatures poursuivies comme toutes celles qui figurent dans ce numéro de l'hebdomadaire ont, par leur publication, participé au débat d'intérêt général sur la liberté d'expression."

À l'époque, les blogs de YukoMa pause café et h6 avaient fait un billet. La fourmi des montagnes, elle, l'avait chroniqué en 2015. 
PS : DonaSwann aussi (en 2008).

PS2 (du 16 janvier 2024): Charlie Hebdo N°1695 du 15 janvier 2025 signale en p.3 le petit film (7 mn 43) produit par l'association Dessinez Créez Liberté: Tout ça pour ça. L'histoire du dessin de Cabu publié le 8 février 2006. On peut le découvrir sur le site cabu-officiel.com.

*

*         *

Dix ans se sont désormais écoulés depuis le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015.

Pour ma part, j'avais rédigé "à chaud" quelques billets en réaction à l'événement dès début 2015, tout en en commençant un certain nombre sans parvenir ensuite à les finaliser... Après le 7 janvier 2017 (deux ans après), j'ai enfin trouvé ma formule actuelle. J'ai décidé que je publierai désormais un billet tous les mois (le 7 de chaque mois), en lien plus ou moins proche ou lointain avec Charlie Hebdo, ses morts et ses vivants, et je m'y suis tenu depuis. J'en suis désormais à 107 billets, auxquels on peut ajouter les deux billets "Je suis Charlie" de dasola. 

Dans mon billet du 7 janvier 2020 (il y a 5 ans), j'avais recensé ceux (49) parus à cette date. J'adopte la même logique pour ceux (60, exactement) que j'ai rédigés et publiés depuis: vous en trouverez ci-dessous un classement par collaborateur de Charlie concerné, eux-mêmes étant regroupés sous différentes rubriques.

 

== Les dessinateurs ou chroniqueurs qui sont morts durant le massacre ==
Cabu
[assassiné]
Pas complètement BÊTE... mais pas encore MÉCHANT (période bleue) (7 mai 2023)
Le rire de cabu (exposition & livre) (7 janvier 2021)
La rafle du Vel d’Hiv (exposition & livre) (7 octobre 2022)
Cabu, premier écolo de France! - HS Charlie Hebdo (7 août 2024)
cf. aussi ouvrages collectifs plus bas

Elsa Cayat [assassinée]
Elsa Cayat & Antonio Fischetti : Le désir et la putain (7 mai 2020)

Charb [assassiné]
Charlie Hebdo, 1992-2015 (7 décembre 2022)
Paris Pontoise (7 décembre 2021)
cf. Bensaïd
cf. aussi ouvrages collectifs plus bas

Honoré [assassiné]
cf. Vialatte

Bernard Maris [assassiné]
Et si on aimait la France (7 octobre 2020)
Keynes ou l’économiste citoyen (7 juillet 2022)
Souriez, vous êtes français ! (7 avril 2023)
Bernard Maris & Philippe Labarde : Ah Dieu! Que la guerre économique est jolie! / Malheur aux vaincus / La bourse ou la vie (7 juillet 2021)

Tignous [assassiné]
Ecojolie (7 juin 2020)
cf. aussi ouvrages collectifs plus bas
cf. aussi Expositions

Wolinski [assassiné]
Les falaises (7 décembre 2020)
Une vie compliquée / La vie compliquée de Georges le tueur! (7 septembre 2021)
Maryse & Georges Wolinski : La divine sieste de papa (2) (7 novembre 2021)
Wolinski / Barkats : Merci Hannukah Harry (7 août 2023)
cf. aussi ouvrages collectifs plus bas

 

== Ceux qui ont (heureusement) survécu ==
Fabrice Nicolino [blessé]
Qui a tué l'écologie? (7 février 2021)
Bidoche (7 novembre 2022)
Fabrice Nicolino & Catherine Meurisse : Ma tata Thérèse (7 décembre 2023)

Riss [blessé]
Une minute quarante-neuf secondes (7 septembre 2020)
Lettre au futur locataire de l’Elysée (7 avril 2022)
Le procès Papon (livre & exposition) (7 février 2024)
cf. Coline Renault
cf. Simon Fieschi
cf. aussi ouvrages collectifs plus bas

Simon Fieschi (blessé [décédé en 2024])
Charlie Témoignage: se réveiller dans un sarcophage en janvier 2015 (dessins de Riss) (7 novembre 2020)

 

== Autres collaborateurs de Charlie Hebdo [passés, présents, ...] ==
Catherine [Meurisse] 
Les grands espaces (7 août 2021)
Scènes de la vie hormonale (7 septembre 2024)
cf. Fabrice Nicolino

Cavanna
Bête et méchant (7 novembre 2023)
La déesse mère (7 novembre 2024)
Les Ritals (7 novembre 2023)
Les Russkoffs (7 mars 2023)

Coco
Dessiner encore (7 mars 2022)
Coco & Foolz : c’était Calais (7 août 2022)
cf. aussi Virginia Ennor (ci-dessous)

Antonio Fischetti : cf. Elsa Cayat

Foolz : cf. Coco

Gébécf. ouvrages collectifs plus bas

Inna Shevchenko / Simon Rochepeau / Thomas Azuélos
Prénom : Inna (BD, T.1 & T.2) (7 octobre 2023)

Jul
L’herbier impitoyable (7 juillet 2024)
cf. aussi ouvrages collectifs plus bas

Luz
Indélébiles (7 janvier 2023)
cf. aussi ouvrages collectifs plus bas

Robert McLiam Wilson
La vilaine veuve (Nice, le procès oublié) (7 septembre 2023)

Patrick Pelloux
Mieux vaut mourir debout que vivre à genoux (7 février 2020)

Gilles Raveaud
Retraites: le casse du siècle (7 juillet 2023)

Coline Renault
Arcachon, le long exil des marins sénégalais (dessins de Riss) (7 avril 2024)

Riad Sattouf
La vie secrète des jeunes, T.I & T.II (7 octobre 2024)
La vie secrète des jeunes (tome III) (7 juin 2023)

Siné
cf. ouvrages collectifs plus bas

Willem
Akbar! (7 juin 2024)

 

== Ouvrages collectifs (Hors-série, etc.) ==
Rédacteurs de Charlie
Catherine, Cabu, Charb, Jul, Luz, Riss, Tignous, Wolinski : Bonne fête Nicolas (7 juin 2022)
Wolinski, Cabu, Gébé, Siné, ... : Mai 68 (7 mai 2021)
Du goudron et des plumes (7 octobre 2021)
Charlie Hebdo - Calendrier perpétuel 52 semaines (7 août 2020)
Aux armes, paysans! - Charlie Hebdo Hors série N°21H (février-avril 2020) (7 avril 2020)
Caricature mode d'emploi - Charlie Hebdo Hors série N°20H (novembre/décembre 2019 - janvier 2020) (7 mars 2020)
Coronavirus: on est les champions! - Charlie Hebdo HS N°22H (juillet-septembre 2020) (7 janvier 2022)
Elysée 2022 - Des candidats à croquer! (HS Charlie Hebdo N°27H) (7 avril 2022)
Peter Cherif - Charlie Hebdo HS N° 8H - octobre décembre 2024 (7 décembre 2024)

Autres auteurs
La BD est Charlie (7 janvier 2024)

 

== Co-rédacteurs (ou dessinateurs) d'ouvrages [déjà listés ci-dessus - sauf exceptions] ==
Thomas Azuélos : cf. Inna Shevchenko

Barkats : cf. Wolinski

Daniel Bensaïd
Marx [mode d'emploi] (illustrations de Charb) (7 juin 2021)

Philippe Labarde : cf. Bernard Maris

Simon Rochepeau : cf. Inna Shevchenko

Alexandre Vialatte
Bestiaire (dessins d'Honoré) (7 mai 2024)

Maryse Wolinski
Au diable vauvert (7 septembre 2022)

 

== Ouvrages de proches ou d’amis, ouvrages à propos de membres de Charlie… ==
Denise Charbonnier
Lettre à mon fils Charb (7 février 2022)

Richard Malka
Le droit d’emmerder Dieu (7 février 2023)
Traité sur l'intolérance (7 mars 2024)

Natacha Wolinski
Son regard seul me reste (7 juillet 2020)

Pascal Tassy
Cavanna, paléontologue! (7 mars 2021)

Virginia Ennor
Coco: nature, culture et poil à gratter (7 avril 2021)

 

== Divers autres articles (de types différents des précédents: expositions) ==
Exposition "Tignous Forever" à Montreuil (avril-mai 2022) (7 mai 2022)
cf. aussi Cabu
cf. aussi Riss

 

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*          *

Je voudrais signaler que j'ai bien entendu acheté le numéro spécial publié par Charlie Hebdo (mais ne l'ai pas encore lu. J'aurai vraisemblablement l'occasion d'en reparler un prochain mois.

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Pour finir, je souhaite citer ce que j'avais relevé dans la Lettre N° 90 - janvier 2024 du Souvenir Français (créé en 1887 pour entretenir le souvenir des combattants - ceux de la guerre de 1870, à l'époque?) concernant les commémorations (la mise en gras est de moi):

"Les commémorations décennales jouent un rôle essentiel dans la vie commémorative française. Il en a été ainsi en particulier pour le bicentenaire de la Révolution en 1989 et le centenaire de la Première Guerre mondiale (2014-2018).

(...) Mais tous ces anniversaires décennaux n’ont pas le même « poids commémoratif ». En fonction de l’allongement de la vie, trois sont essentiels :

- Les 40ème anniversaires : c’est le moment où l’on peut rassembler le plus grand nombre d’acteurs d’une page d’histoire, dont une majorité ont atteint la retraite.
- Les 70ème anniversaires : c’est le moment où les derniers acteurs, ceux qui étaient jeunes au moment des faits peuvent encore témoigner d’avoir participé à l’événement commémoré.
- Les 80ème anniversaires enfin : c’est le moment où les acteurs cèdent la place aux derniers témoins, ceux « qui ont vu se dérouler l’événement ».


À partir du 90ème anniversaire, la place est cédée intégralement aux historiens, aux descendants et aux nouveaux acteurs mémoriels.

(...)." 

 

*** Je suis Charlie ***

7 décembre 2024

Peter Cherif - Charlie Hebdo HS N° 8H - octobre décembre 2024

Longtemps j'ai hésité, pour mon "billet du 7" de ce mois, entre deux suppléments de Charlie Hebdo, que j'ai achetés ensemble dans un kiosque à journaux il y a quelques semaines. Et puis, j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) finalement choisi de vous présenter celui-ci, un procès de plus concernant un islamiste suivi par Charlie, ici encore directement impliqué.

Peter Cherif, le procès du parrain du 7 janvier 2015,
textes de Yoban Simonic, dessins de Biche
Charlie Hebdo Hors-série N°8H (trimestriel #8), octobre-décembre 2024, 48 pages

 

Né en 1982, Peter Cherif a fui la France en 2011 afin d'éviter de purger la fin d'une peine de cinq ans de prison alors qu'il venait d'être condamné pour avoir rejoint Daesh en Irak puis en Syrie de 2004 à 2008 (compte tenu de sa détention provisoire, il ne lui serait resté alors qu'une douzaine de mois à purger).

Il a été arrêté au Yemen en décembre 2018. Ici, en 2024, il est jugé pour avoir été l'interprète de trois otages français enlevés par Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA), au Yemen, durant cinq mois en 2011, ainsi que pour son rôle de "chaînon manquant" entre les frères Kouachi et Al-Qaïda (seul Français à avoir été en capacité de le faire, selon l'accusation), avant le retour en France de Chérif Kouachi, prélude au massacre du 7 janvier 2015 dans les locaux de Charlie.

 

L'édito de Riss compare l'intellect des assassins avec celui de leurs victimes: "des esprits brillants, libres et créatifs détruits par des cerveaux dont la vacuité donne le tournis et qui pensaient l'avoir comblée à l'aide de textes religieux mal digérés" (p.3).

 

Le procès débute le 16 septembre 2024. Biche (p.7) a placé l'accusé au centre de l'image, mais verrouillé derrière ses bras croisés, son masque et ses yeux baissés, en ce premier jour de procès. 

Sur la page suivante (p.8), on le voit partagé en deux derrière l'angle de sa cage de verre (dans l'axe du captage par le dessinateur), alors que défilent les témoins et l'entourage susceptibles d'éclairer sur le parcours de l'accusé. 

 

J'ai relevé, p.14, la présentation de la "filière des Buttes-Chaumont" par laquelle l'accusé est passé, avec d'autres djihadistes: une préparation pour le moins rudimentaire, quelques séances de jogging au parc, une démonstration "à la sauvette" du maniement d'une kalachnikov (explication sans objet?)... Dois-je en retenir que, si l'on voit aujourd'hui des barbus courir ensemble dans Paris, avec l'un qui joue les leaders et houspille, et les autres qui semblent traîner les pieds avec effort, les prendre en photo pour une délation bien citoyenne pourrait potentiellement sauver des vies? Ah non, c'est vrai, il y a des caméras de surveillance partout, c'est plus la peine... 

 

p.17, à défaut de l'accusé, ses "supports numériques" parlent (cartes SIM, téléphones, disques durs, tablettes, clés USB nous disent tout de lui et mettent en contradiction son logos et ses traces numériques. Des documents concernant un autre attentat que celui de Charlie? Bien sûr que non. Des documents relatifs à la profession (agent commercial dans une société de construction) dont il se revendiquait pendant son séjour africain? Non, évidemment.

p.32-33 [photo], témoignage de l'équipe de Charlie Hebdo (partie civile).

 

Réquisitoire les 1er et 2 octobre (avec une petite coquille dans le chapô, p.37)

 

Le procès de Peter Cherif s'est donc tenu depuis le 16 septembre 2024 jusqu'au verdict du 3 octobre. Après sept heures de délibéré, il est reconnu coupable et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de 22 ans (conforme au réquisitoire à deux voix des deux avocats généraux). Il ne fait pas appel. 

Je ne vous ai bien entendu qu'évoqué quelques-uns des pans de ce procès. A vous de lire ce supplément si vous voulez en apprendre davantage.

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L'autre choix envisagé pour mon billet de ce mois était le Hors-série N°32H titré Iran, les femmes ne lâchent rien (septembre-novembre 2024, 64 pages). J'ai constaté à sa lecture qu'il était constitué de "repasse" d'articles plus ou moins anciens, en partie publiés sur l'hebdomadaire, en partie mis en ligne sur le site internet du journal.
Et puis, j'avoue que son thème me "parlait" moins (quel que soit son intérêt par ailleurs). 

 

*** Je suis Charlie ***

2 décembre 2024

En fanfare - Emmanuel Courcol

Suite aux conseils avisés de Pascale et d'une collègue, mon ami Ta d loi du cine et moi-même sommes allés voir En fanfare d'Emmanuel Courcol. Nous avons eu tous les deux une larme à l'oeil à la fin du film. Thibaut Désormeaux (Benjamin Lavernhe, très bien), un grand chef d'orchestre de renommée internationale fait la connaissance de son frère qu'il ne connaissait pas. Ce frère qui s'appelle Jimmy (Pierre Lottin, très touchant) travaille dans une cantine et joue du trombone dans une fanfare amateur à Walincourt, une ville du nord de la France. Tout les sépare, en particulier le milieu social mais une chose va les rapprocher très vite, leur passion pour la musique : classique, jazz ou variétés. Jimmy se met à rêver d'intégrer un grand orchestre. Thibaut l'encourage à diriger la fanfare. Tout est un peu compliqué car le maire de la ville préfère privilégier la musique et la danse country plutôt que la fanfare qui s'est fait mal voir lors d'un concours à Hazebrouck. Par ailleurs, les musiciens de la fanfare sont en train de perdre leur emploi suite à la fermeture de leur usine. Ce film se termine par un Boléro de Ravel chanté accompagné par un orchestre professionnel, qui ne peut qu'émouvoir. Nous recommandons chaudement (de toute façon, j'ai intérêt car sinon Pascale [qui en avait parlé ici et ] va nous récuser à vie). Et je confirme qu'il y a eu quelques applaudissements à la fin. Lire aussi les billets de Martin K et Anne.

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Sinon, comme mauvaise nouvelle du jour, j'ai appris la disparition de l'acteur Niels Arestrup à 75 ans et c'est bien triste car c'était un grand acteur au cinéma et au théâtre. 

7 novembre 2024

La déesse mère - Cavanna

Il a fallu que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) prenne le temps de relire le roman que je souhaitais présenter ce mois-ci dans le cadre de mes "hommages du 7". J'avais eu la surprise cet été de découvrir que Cavanna n'avait pas seulement rédigé plusieurs volumes autobiographiques (mettant notamment sa mère ou ses propres amours en scène), mais que le cofondateur de Charlie Hebdo avait aussi à son actif un (voire plusieurs?) romans se déroulant dans les temps préhistoriques (ce dont je n'avais pas pris conscience lors de ma lecture de ses échanges avec Pascal Tassy). Le livre que je vous présente aujourd'hui, je l'avais donc acheté dans l'une des bouquineries dont je vous ai souvent parlé. 

Cavanna, La déesse mère, Albin Michel, 1997, 262 pages

 

La couverture qui campe une belle figure féminine est peut-être trompeuse dans la mesure où l'on ne distingue guère, dans le tableau de 1888 de Léon Eugène Maxime Faivre (1856-1941), si les enfants que protège la femme armée (la menace venant d'une ourse, hors champ) sont garçonnets ou fillettes. Or tout l'argument du livre tient dans cela.

 

Le fil conducteur de ce roman est essentiellement paillard. Cavanna nous donne une vision de deux mondes opposés: le masculin et le féminin, à travers les aventures d'un chasseur (Ghal), d'un tailleur de silex (Ohg), de sa mère (Noun) et d'une jeune "servante des Puissances" (Ala). "L'histoire se passe il y a assez longtemps. À peu près dix mille ans. C'est-à-dire à l'époque charnière où l'ère du silex taillé, de la suprématie du mâle chasseur et guerrier sur la femelle cueilleuse de baies, déterreuse de racines et glaneuse d'épis sauvages commence à céder la place à l'ère de la pierre polie, de l'asservissement à la glèbe de l'homme devenu fermier et éleveur, du règne de la femme, fourmi prévoyante et organisatrice" (début de l'Avant-propos, p.9). 

 

Ghal est un chasseur tout ce qu'il y a de plus normal, mis à part le fait que son meilleur ami est Ogh, un "intellectuel" (il imagine des choses dans sa tête avant de les dire ou de les faire) qui n'a pas subi le rite "normal" du passage à l'âge adulte ("tuer la mère" ou quasiment...), mais a cependant été sauvé par sa génitrice d'une exécution (non moins normale) grâce au talent qu'il développait dans la fabrication d'armes (qu'il fallait auparavant aller échanger à grand-peine à l'extérieur). Les moeurs de la tribu sont décrites avec truculence. Dans la tribu de l'Elan, les hommes copulent avec orgueil et frénésie (quelquefois même entre eux). Côté féminin, c'est nettement moins agréable. Il n'st pas question d'amour courtois. 

 

Les hommes de la tribu sont des brutes incultes forniquant sans état d'âme avec des femelles soumises. Tous croient aux Puissances, qui imposent leur loi par la bouche de "Celui qui parle aux Puissances". Or, celui-ci révèle un grand secret à Ghal et Ogh: le territoire que Ceux de l'Elan occupent a été conquis sur un peuple qui maîtrisait l'agriculture, la céramique, la pierre polie... Et Ogh tombe définitivement amoureux d'une statuette féminine dissimulée dans le "saint des saints". 

 

Dans ce roman, il est question d'un pays fabuleux (où l'herbe épaisse est toujours verte et tendre, où abonde [le gibier herbivore]) à eux promis par les Puissances... C'est peut-être ce qui pousse nos héros atypiques à fuir dans la nuit abominable vers un "ailleurs" mythique. Après quelques péripéties, ils se retrouvent dans un paradis (pour la paire féminine tout au moins): les femmes y portent les armes sinon la culotte (dans ce beau pays et à cette belle époque, tout le monde vivait à poil), et traitent leurs esclaves mâles avec une relative bonté. 

 

Les femmes entretiennent dans le territoire qu'elles contrôlent une philosophie que je vais peut-être quelque peu forcer: le pain du blé que l'on a fait pousser soi-même apparaîtra plus savoureux que celui échangé contre la plus-value du travail d'autrui. Méfiance, donc, contre toute "recherche de productivité". "Gagner du temps? Mais c'est justement ce que nous ne voulons pas... Pardon: ce que la déesse Mère ne veut pas. L'esclave doit être accablé de travail et de fatigue, ses journées doivent être remplies à ras bord, afin qu'il n'ait ni la force ni le temps de penser, de combiner, bref: de songer à se révolter". 

 

Elles savent qu'elles ont toujours besoin de géniteurs (pour avoir la descendance femelle qu'elles privilégieront). Les géniteurs, une fois qu'ils ont rempli leur office, sont rendus stériles. Mais s'il leur est interdit de toucher à quelque arme que ce soit, quand ils ont fini de cultiver la terre, les câlins sont possibles et souhaités. En tout cas, nos deux héros sont privilégiés, dans la mesure où leurs liens avec la "paire féminine" sont reconnus. 

 

Lorsque enfin elle lui est présentée, l'intérêt de la paire masculine pour la Déesse mère s'avère réciproque. Pour être déesse, on n'en est pas moins femme. Mais personne n'est parfait: la plantureuse déesse mère s'avèrera goulue, atrocement. L'époux qui a eu l'honneur d'honorer la Déesse Mère est sacrifié dès qu'il est certain qu'il a rempli sa mission de fécondation. Après l'avoir fuie dans un premier temps, le roman s'achève avec le retour volontaire d'Ogh vers l'amante religieuse.

 

Le texte a par moment des accents naïfs qui font plutôt songer au texte Le Premier amour de Pagnol (scénario pour un film avorté?). Mais cette pochade truculente est assez loin de certains livres très récents qui "déconstruisent" tout autant la préhistoire pour la reconstruire, en se faisant, eux, promouvoir avec un vocabulaire de marketing excessif à coup de "la première histoire préhistorique féministe", "le premier polar préhistorique"... qui m'agacent parfois. 

 

Comme beaucoup des livres qui m'intéressent, La déesse mère n'est plus disponible dans le réseau des bibliothèques parisiennes qu'en un seul exemplaire, en "réserve centrale" (il faut donc le faire venir via internet dans la médiathèque de son choix avant de recevoir par mail l'avis qu'il y est disponible). Je n'ai pu trouver de billets de blog parlant de cet ouvrage, mais François Cavanna avait eu un peu moins de 10 minutes pour en parler à la télévision en janvier 1997 (France 3 Strasbourg?)... 

 

En cette année 2024 où sont voire même arrivent ou reviennent au pouvoir des dirigeants brutaux aux idées rétrogrades (dont beaucoup ne rêvent que de ramener la femme à un ventre au service de l'homme sans qu'elle exerce le moindre contrôle sur sa fécondité), cela peut faire du bien de se (re)plonger dans des romans certes préhistoriques (en des temps reculés), mais imaginant une humanité plus progressiste (du moins en partie)... et de prouver que les années 2020 n'ont pas tout inventé. 

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Je change de sujet... Simon Fieschi, l'ancien webmestre de Charlie Hebdo grièvement blessé lors du massacre du 7 janvier 2015, et qui venait de témoigner dans le procès de l'organisateur présumé de l'attentat, a été retrouvé mort chez lui le 17/10/2024. Plusieurs pages d'hommage lui ont été consacrées dans le numéro 1683 du 23/10/2024 de Charlie, avec, notamment, la "repasse" du long article dont j'avais parlé ici. Il avait 41 ans. 

 

*** Je suis Charlie ***

7 octobre 2024

La vie secrète des jeunes, T.I & T.II - Riad Sattouf

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) finalise aujourd'hui, pour la parution du mois dans ma série "Hommages du 7", un billet longtemps resté "en jachère". J'avais, au premier semestre, fini par me procurer les deux premiers tomes de La vie secrète des jeunes, dont j'avais chroniqué naguère le tome III. Et ceci, après avoir enfin lu le sixième et dernier volume de L'Arabe du futur, où Riad Sattouf raconte son bac, ses études de dessinateur professionnel à l'Ecole des Gobelins, la publication de ses premiers albums, et accessoirement sa rencontre avec Charlie Hebdo (j'y reviendrai plus bas). J'ai pris en photo les couvertures et une sélection de pages. 

Riad Sattouf, La vie secrète des jeunes, L'Association (T.I en 2007 & T.II en 2010). 
Le tome I comprend des dessins publiés dans Charlie Hebdo de 2004 à 2007, l'exemplaire que j'ai eu entre les mains correspondait à une réimpression en août 2009, 4ème édition (DL 4ème trim. 2007).

Voici la 4ème de couv' du tome II (imprimé en mars 2010).

 

Je n'ai plus aujourd'hui ces albums, rendus en bibliothèque il y a des mois. C'est grâce à dasola que j'ai retrouvé les photos de pages prises lorsque je les avais lus, pour les quelques citations ci-dessous. Impossible par contre de les attribuer avec certitude à l'un ou à l'autre album, et ce d'autant moins qu'ils ne sont pas paginés... J'avais en tout cas noté que le tome I comportait 154 planches (dont une histoire en deux planches), et le tome II 140 planches, avec plusieurs histoires se déroulant en 3 planches. 

Parfois, la planche est très bavarde, parfois presque muette, avec des textes auxquels il arrive d'être "hard". J'ai de préférence relevé celles qui m'ont fait sourire plutôt que les innombrables qui mettent en évidence la bêtise, la vulgarité, la violence (physique ou symbolique), ou la méchanceté gratuite (ou du moins ce qui, à toute première vue et avant toute analyse plus profonde, nous est montré, "brut", comme tel), souvent désespérante. 

Au fil des pages, nous avons ici les jeunes bourgeois et bourgeoises d'un côté (futilité), ou les jeunes bobos des milieux de la culture (déconnexion du monde réel?), les cailleras de l'autre (langage grossier et répétitif, ponctué de fisdeput à toutes les sauces, de menaces verbales lorsque ce n'est pas de baffes...). Et ces tronches, bon sang... 

Des situations professionnelles (on ne voit pas le client qui vient se plaindre au bureau de poste)...

On ne voit pas le client intimidé par son "réparateur"...

La plus triste des deux n'est pas forcément l'enfant pour son premier jour d'école...

Maltraitance mentale, ça existe?

Un caquet bien rabattu ;-)

Et autant pour le lourdaud qui ne comprend pas...

L'histoire ne dit pas si cette jeune femme aux yeux azimutés avait réussi, ou non, à faire son trou à Charlie...

La bave de la vieille grenouille n'a apparemment pas atteint la jeune colombe ;-)

Sans commentaire.

La honte de l'accompagnatrice...

La culture... c'est ce qui restera? 

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Ci-dessus les pages de L'Arabe du futur où Riad rencontre Charlie... (désolé pour la qualité des photos, prises avant la "migration" de canalblog!)

 

En fait, j'avais commencé à rédiger cet article avant la dissolution [non, dasola, pas du gouvernement! De l'Assemblée nationale...], puis bizarrement, je n'ai pas eu envie de le publier à ce moment-là... De son côté, l'auteur n'a-t-il pas arrêté cette série parce que son contenu le déprimait? Je remarque, en tout cas, que j'ai choisi ci-dessus surtout des pages de gauche (?)...

 

Comme je l'avais déjà noté en parlant du tome III, on peut trouver quelques articles sur l'un ou l'autre des albums de cette série. J'y rajoute Mo' du bar à BD (dernier billet en 2022), Belzaran du Blog Brothers, Argoul, Li-An (elle-même dessinatrice), Une comète (son ancien blog), Playne sur le vieux blog Culture's Pub (dernier billet en 2013). 

 

PS: selon les dernières informations que j'ai vues sur Riad Sattouf, après avoir terminé sa série en 9 albums (un par année) titrée Les cahiers d'Esther, histoire de mes [10 à 18] ans, il donne une sorte de suite à son Arabe du futur (6 tomes autobiographiques sur son enfance) avec Moi, Fadi le frère volé (où a la parole son jeune frère, enlevé tout jeune enfant par son père et élevé en Syrie).

 

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7 septembre 2024

Scènes de la vie hormonale - Catherine Meurisse

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me rappelle avoir lu dans Charlie Hebdo certaines des planches regroupées dans ce recueil (et certainement les chroniques habdomadaires post-7 janvier 2015, puisque je n'ai plus jamais raté un numéro depuis). Mais il me semble qu'elles paraissaient plutôt sur toute une colonne qu'en format "planche"en gaufrier de 6 à 8 vignettes comme ici: les pages ont dû être remontées pour la parution chez Dargaud. Pour mémoire, j'ai déjà présenté dans mes "hommages du 7" plusieurs albums de Catherine [Meurisse].    

Catherine Meurisse, Scènes de la vie hormonale,
(chronique publiée dans Charlie Hebdo d'octobre 2014 à juillet 2016), 
Dargaud, 2016, 78 pages (74 planches) 

Il s'agit de petites chroniques où l'auteure se moque, soit d'elle-même (ou de son héroïne), soit de ses interlocuteurs ou -trices. Ou de la vie de couple en général (attentes désynchronisées...).

Certaines planches peuvent faire penser aux thèmes (féminins, forcément féminins) de dessinatrices antérieures: Brétecher, Catherine Beaunez, Florence Cestac. Il ne fait pas toujours bon prendre le "sexe faible" à rebrousse-poil! On y découvre aussi que l'introspection, ça peut avoir du bon, à condition d'éviter de creuser trop profond... 

Je vous mets quelques planches à titre de citation (j'ai eu du mal à me limiter à sept, pas plus, pour vous donner envie d'aller découvrir l'intégralité des autres!). 

P1160886 p.25 (pourquoi tant de violence? L'art et la manière?)

P1160885 p.19 (plusieurs niveaux...)

P1160893 p.29 (sans commentaire)

P1160889 p.48 (histoire sans paroles)

P1160888 p.40 (la 3e vignette figure aussi en page de garde...)

P1160894 p.69 (comment le prendre?)

P1160890 p.63 (excellent! Et s'il n'en reste qu'une...)

P1160891 p.73 (va savoir...)

Oh, allez, je suis monté jusqu'à huit... 

L'amour comme l'humour sont parfois un peu vache. A la relecture, j'ai quand même trouvé pas mal de ces chroniquettes douces-amères, souvent plus amères que douces. Enfin, je vous rappelle que mon point de vue est celui d'UN lecteur, hein... 

Dommage qu'il n'y en ait pas eu davantage. Mais après tout, rien n'interdit de rêver que Catherine [Meurisse] y revienne un jour! 

Bado l'avait présenté en 2016 (avec une planche en plus...). Lisou du blog Les Pipelettes en parlent en a choisi d'autres en 2017. Voir aussi Baz'Art, ou Pages à pages (impossible d'y laisser des commentaires!). 

*** Je suis Charlie *** 

20 août 2024

Gena Rowlands (1930-2024) - Alain Delon (1935-2024)

Gena Rowlands et Alain Delon qui n'ont rien à voir l'un avec l'autre viennent de disparaitre à quatre jours d'intervalle: la première le 14 août 2024 et le second le 18 août 2024. Je voulais leur rendre un petit hommage.

L'Américaine Gena Rowlands est surtout connue pour avoir été la femme de l'acteur et réalisateur John Cassavetes (1929-1989). Cette actrice de grand talent a joué dans sept films de son mari dont Faces (1968), Minnie et Moskowitz (1971), Une femme sous influence (1974), Opening Night (1977) , Gloria (1980 - que je viens de revoir récemment et que je vous conseille) et Love Streams (1984). Par la suite, elle a tourné d'autres films comme Une autre femme de Woody Allen que Princecranoir vient de chroniquer ou N'oublie jamais (The Notebook) et elle a aussi participé à des séries télé. 

Maintenant, le Français Alain Delon dont on attendait la disparition depuis quelque temps. Quelle carrière! et puis Delon, c'était des yeux bleus, des cheveux bruns, une allure féline et des films inoubliables comme Rocco et ses frères (1960), Plein Soleil (1959), Le Guépard (1963), Le Samouraï (1967 - chroniqué par Princecranoir), La piscine (1969), La veuve Couderc (1971),  Le professeur (1972 - mais que j'ai découvert récemment),  Monsieur Klein (1976) que je vous recommande. Un acteur qui fut plus connu en Europe (Russie comprise) et en Asie qu'aux Etats-Unis. Il fut aussi producteur de nombreux films et il est même monté sur les planches. On a du mal à le dissocier de Romy Schneider, Nathalie Delon et Mireille Darc (quelques femmes de sa vie). Je n'en dirai pas plus. La télévision depuis dimanche soir nous a gâtés pour les hommages, films et documentaires. Lire l'hommage de Pascale.

11 août 2024

Carnets de voyages, notes de lectures, toiles nomades - Présentation de Miriam à l'occasion de son 500e commentaire chez dasola

Miriam est aujourd'hui la onzième blogueuse (enfin, 12 pour 11 blogs - dont 1 élément masculin...) à se présenter sur ce blog dont elle est une "fidèle commentatrice", avec ci-dessous ses réponses (en rouge pour que ce soit plus facile à lire) au questionnaire que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) lui avais adressé avant-hier, date de son 500e commentaire chez dasola. Elle m'a répondu en deux fois, puisqu'elle avait zappé la première question!

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Bonjour Miriam, pour que les lecteurs comprennent qui vous êtes, pouvez-vous vous présenter? Derrière ce pseudonyme, pouvez-vous nous livrer quelques éléments biographiques? Dans quelle tranche d’âge vous situez-vous (car un lecteur de 20 ans n’ayant pas le même ressenti qu’un de 60, ou bien les disponibilités en temps [de rédaction de billets comme de parcours de la blogosphère] pouvant varier avec l’âge, cette information a son importance)? Avez-vous fait des études ou exercé une profession ayant un rapport avec l’enseignement, l’histoire-géographie, la littérature ou l'art?

J'ai 73 ans. Je suis retraitée de l'enseignement, prof de SVT dans un collège de Créteil très multiculturel. J'ai fait des études de géologie. Je bloguais déjà avant ma retraite. 

Parlons un peu de vous et de votre principal blog: Carnets de voyage et notes de lectures de Miriam. Dans quelles circonstances avez-vous souhaité le créer?

J’ai toujours écrit mes carnets de voyage, manuellement avec un stylobille. À la maison, je saisis et j’illustre. En rentrant de 5 semaines au Cap Vert, j’ai voulu l’imprimer. C’était si monstrueux que j’ai cherché à l’héberger sur une plateforme. Ce fut Voix Nomades, une merveilleuse aventure qui a pris fin. Puis un blog LeMonde.fr, puis WordPress. 

* Vous êtes un des rares cas de blogueuse utilisant plusieurs blogs, vous continuez à alimenter en parallèle Toiles nomades désormais dédié au cinéma : pourquoi deux blogs différents ?

C’est d’abord une question de mémoire dans la galerie, j’ai « sécurisé » mon blog chez blogspot. Puis c’était plus cohérent d’avoir Toiles Nomades séparément

* Les films que vous y chroniquez sont plutôt des films «arts et essais» ou «cinéma du monde». C’est un choix ?

Ce sont les films qui me plaisent et me font m’évader. Les films « cinéma du monde » correspondent aussi à mes lectures et mes goûts musicaux. 
Je vais voir des films français ou américains. Je ne suis pas une critique de cinéma professionnelle. Je laisse les pros pour les aspects techniques et je n’ai rien à ajouter. En revanche, le petit film kazakh, palestinien ou macédonien que personne n’ira voir parce qu’il sort discrètement pour quelques séances dans un seul cinéma, j’ai envie de le faire connaitre à mon petit niveau. Pareil pour les documentaires.

* Autres points à rajouter sur votre rapport au cinéma : salles fréquentées de préférence ? DVD, blue-ray (en visionner, en offrir…)?

Je suis une fan des Cinémas du Palais qui projettent des films "Art et Essai". C’est à côté de chez moi. Il y a un tarif sénior. J’y vais plusieurs fois par semaine. Si le film est décevant ce n’est pas grave, je ne le chronique pas. J’ai aussi un abonnement Cine+ qui permet de voir les films que j’ai ratés ou de revoir ceux que j’ai aimés. 

* Les catégories de classement des billets « voyages et notes de lectures » sont nombreuses : «Monde en exposition», pays ou régions de destination pour les voyages ou balades (dont Paris/banlieue), théâtre, littératures… Les articles sont très variés. Etait-ce prévu dès le départ, ou vos centres d’intérêt bloguesques ont-ils évolué au fil du temps?

Le thème voyage était au départ du blog. Le classement par pays ou région. Les lectures autour des voyages. J’ai découvert un peu plus tard qu’il n’est pas nécessaire de prendre l’avion ni la voiture pour « voyager », des balades dans le Grand Paris peuvent être des voyages très exotiques. Sans parler des expositions. Avec le Pass Navigo, je pars en Asie au Musée Guimet, en Amérique latine, je vois les Expositions avec le même regard touriste. 
Pour la lecture, c’est venu après avec les challenges et les échanges avec les blogueuses et blogueurs. Depuis le confinement je voyage moins et lis beaucoup plus. 

* Quel est votre but avec cet éclectisme? Souhaitez-vous détailler, préciser? Les lecteurs de votre blog semblent-ils réagir davantage à certains thèmes qu’à d’autres?

Les lecteurs sont plus assidus pour les critiques de livres contemporains et les challenges. Pour les articles « touristiques » cela dépend des saisons…

* Les voyages et déplacement semblent occuper une bonne part de votre temps. Pouvez-vous en dire davantage? Circonstance? Choix de vie? Loisir de retraite? Choix des destinations?

Je me sens à l’étroit en Région Parisienne. Les voyages balaient la routine et apportent tout leur lot de nouveauté : paysages, cuisine, langues que j’essaie d’apprendre (sauf le hongrois et l’islandais, impossible). J’ai besoin de comparer ce qui se passe chez nous et ailleurs dans le monde, relativiser, accéder à d’autres points de vue. Le chauvinisme me fait horreur avec les opinions étroites franco-françaises. 

* En ce qui concerne vos lectures (billets sur les différentes littératures…), votre blog ne comporte pas d’index par nom d’auteur? Pourquoi ce choix?

Je n’y ai jamais pensé, déjà classer par pays, par époque et par sujet ….

* En moyenne et à titre indicatif, combien lisez-vous de bouquins par mois? 

4 à 13 :) 4 quand je voyage, 13 quand je suis coincée. 

* En tant que lectrice, comment vous définiriez-vous? La lecture tient-elle un rôle important dans votre vie? Débroussailler le champ immense des lectures possibles, faire partager vos émotions de lectures…?

Je n’imagine pas la vie sans la lecture. 

* Combien de temps consacrez-vous à la lecture chaque jour? 

Le Monde, Télérama et Courrier International chaque matin et pour le reste cela dépend, peut-être deux heures. 

* Salons du livre, rencontres avec les auteurs et séances de dédicaces … Les recherchez-vous?

Je déteste les salons, je me sens idiote devant un auteur qui signe un livre, en revanche j’ai vécu de très belles rencontres organisées par Babélio pour la sortie d’un livre lu avant la rencontre. 

* Quelle blogueuse êtes-vous ? Challenges, Défi, tag, swap… Il y en a sans doute trop pour participer à tous, et vous économisez la place sans pouvoir afficher de nouveaux logos (galerie presque pleine)… Mais est-ce que cela, à votre avis, peut inciter à lire un livre plutôt qu’un autre?

Les Challenges me motivent à sortir de ma zone de confort et m’obligent à plus de sérieux. La Galerie pleine va me coûter très cher.

* Votre endroit favori pour lire? 

L’été sur mon balcon dans la chaise longue avec mes plantes, dans le métro, le bus. 

* Etes-vous plutôt livre papier ou liseuse électronique? Vous avez un certain nombre de billets sur des livres lus en e-book, ou (beaucoup plus rarement) en audiolivres : que diriez-vous sur ces « modes » de lectures-là? 

Liseuse chaque fois que c’est possible. Je peux emporter le livre partout, lire dans le noir, sans parler des voyages. 
Les audios ne me tentent pas, je veux pouvoir revenir en arrière, prendre des notes.

* Comment choisissez-vous vos lectures? (bouche-à-oreille, cadeau, article de presse, hasard…)? Avez-vous un genre favori? Un auteur – vraiment – préféré?

La destination du prochain voyage me fait choisir des livres autour du voyage. Les challenges aussi. Ensuite cela s’enchaîne, je découvre un livre dans un livre… Longtemps, les écrivains-voyageurs ont été mes favoris, Fermor, Dalrymple, Lacarrière, Dominique Fernandez. Maintenant je lis plus des classiques : Balzac, Victor Hugo, Zola, Proust. 

* À quoi êtes-vous sensible lorsque vous avez un livre en main?

Pas vraiment puisque je lis beaucoup sur liseuse. 

* Offrez-vous des livres? Si oui comment les choisissez-vous? 

Je n’offre que cela et je n’offre que des livres que j’ai lus et aimés.

* S’il ne fallait en retenir qu’un? Quel livre vous a le plus profondément marquée, parmi tous ceux que vous avez pu lire? 

Impossible. 

* Avez-vous un souvenir (bon ou mauvais) marquant d’une lecture enfantine ou adolescente? 

Pas de mauvais souvenir. En revanche j’ai lu trop tôt des livres que je n’ai pas forcément appréciés (Proust à 14 ans, c’était plus par défi que par amour de la littérature). 

* Comme d’autres «dévoreuses de bouquins», êtes-vous vous aussi tentée par l’écriture? 

Je n’ai aucune imagination, aucune compétence littéraire. En revanche décrire une ville, analyser un tableau ou un bâtiment aiguise mon regard. Le résultat écrit importe peu. C’est la même démarche pour le dessin scientifique : nécessité d’observation rigoureuse.

* Suivez-vous les statistiques de votre blog? Avez-vous une idée du nombre de vos visiteurs?

Je suis accro aux Stats, j’essaie de deviner quel article a motivé un lecteur de Corée ou du Burkina Faso.

Et pour rester dans les chiffres, quelle est la moyenne de fréquentation de votre blog par jour?

Environ 180 visites/jour.

* Vous rappelez-vous comment vous aviez découvert le blog de Dasola (juin 2010 pour votre premier commentaire, puis régulièrement à partir de 2012)? (réponse facultative!)

La Blog roll de Claudialucia.

* La question suggérée par Dominique: êtes-vous parfois tentée d’arrêter le blog?

Non, j’ai trop de plaisir à fixer mes souvenirs de voyages ou de lecture, les films que j’ai aimés.

* Un dernier mot pour conclure cet échange? Quelle autre question auriez-vous voulu que l'on vous pose?

Oh non, j’en ai déjà trop dit !

 

Merci Miriam!

 

****************

Voici les liens vers les précédentes présentations (avec le nombre de commentaires lorsqu'elles-ils avaient témoigné, et aujourd'hui): 7 blogs sont toujours en activité, 3 ont arrêté leurs activités ou ne sont plus en ligne en 2024.

Dominique (de A sauts et gambades) le 28 avril 2017 (500 => 676)
Aifelle (le goût des livres) le 25 octobre 2017 (750 => 1218) 
Keisha (en lisant en voyageant) le 26 avril 2019 (500 => 767)
Alex-mot-à-mots (Mot-à-mots) le 23 novembre 2020 (500 => 656)
Manou (dans la bulle de - ) le 14 septembre 2023 (500 => 648)
Pascale (sur la route du cinéma) le 27 septembre 2023 (500 => 574)
Luocine (au fil de ses lectures et impressions au cinéma) le 21 octobre 2023 (500 => 596)

En pause ou arrêtés:
Maggie (Mille et un classiques) le 12 août 2018 (600 => 924 / en pause depuis novembre 2023) 
Ffred (le ciné de Fred) le 23 octobre 2018 (500 => 540 / en pause depuis septembre 2021).
Matching points "pour les femmes mais pas seulement" le 12 mai 2020 (500 => 616 / ont "arrêté leur aventure du blog" en 2023)

7 août 2024

Cabu, premier écolo de France! - HS Charlie Hebdo

Cette fois-ci, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais parler, dans le cadre de mes "billets-hommages du 7" Charlie Hebdo, d'un "hors-série" trimestriel de l'hebdomadaire que j'ai récemment acheté en kiosque (et a priori toujours en vente). Il s'agit d'une "compilation thématique" de dessins de Cabu, que j'étais loin de connaître tous. 

Cabu, Premier écolo de France, Hors-série N°31H, juin-août 2024. 9,50 euros, 80 pages

 

J'y ai compté 180 dessins (couv' et 4e de couv' compris). L'année de parution est indiquée pour chacun. À côté du sommaire figure la mention: "La  majorité des dessins présentés dans ce hors série ont été publiés dans Charlie Hebdo". Mais le seul "rédactionnel" consiste en l'édito de Riss, expliquant par exemple qu'au début des années 1990, les climato-sceptiques constituaient un motif des rares colères de Cabu. J'aime bien ce dessin de couverture, où le "cri" utilise les mains en porte-voix et non pour se boucher les oreilles, et où le "danger" dans le dos ne vient pas d'un coucher de soleil aux couleurs volcaniques mais d'une bagnole noirâtre!

Parmi ces dessins dont le plus ancien remonte à 1971 et les plus récents à 2014 sauf erreur de ma part, figurent donc aussi bien des dessins de presse des années 1970 (dans Charlie première série) que des caricatures plus politiques, des reportages ou des couvertures, des coups de gueule comme des "coups de patte" plus ou moins tendres, et parfois plus récents. Quelques dessins valant mieux qu'un long discours, en voici quelques citations pour vous donner envie de vous fendre d'investir dans ce Hors-série!

p.69, j'avoue que le dessin ci-dessus et sa date sont une énigme pour moi: en 1981, l'hebdo Hara Kiri existait-il donc encore? A-t-il été relancé à un moment ou un autre? Quand s'est passé le combat contre les centrales nucléaires? Quelle était la position de François Mitterrand?

p.7. Excellent! Le grand remplacement... du transat en double, à l'époque?

p.21: c'était avant que Zizou pique son coup de tête, avant que l'Abbé Pierre... mais j'y reviendrai un jour. Était-ce avant que les Français préfèrent - pour un temps - le diesel?

 Qui, en 2024, se rappelle encore le Grenelle de l'environnement (p.41)?
C'était avant le retour attendu de la "guerre de haute intensité" et le "réarmement du moral de la nation" qui semblent aujourd'hui davantage motiver les "responsables politiques"...
C'était en 2007, il y a désormais 17 ans!

Un dessin qui m'a fait rire (je sais, c'est pas gentil...), p.46

Dessin de l'an 2000... À 95 ans désormais, catégorie "super-vétéran", ça aurait de la gueule, non? (p.75)

On peut y suivre l'évolution de son personnage emblématique "Mon beauf" au fil des décennies (1979 en haut à droite, 1998 en bas à gauche, pp.46-47). Les années passent, les actualités télévisuelles et les thématiques restent (de tels dessins seraient tout aussi parlants aujourd'hui).

 

Comme souvent avec les "compil" de Charlie Hebdo, je reste sur ma soif inétanchée d'informations sur le contexte historique de chaque dessin... qui sont tous copyright Véronique Cabut, bien entendu.

*** Je suis Charlie ***

7 juin 2024

Akbar! - Willem

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) trouve enfin l'occasion de consacrer un de mes "billets-hommage du 7" au dessinateur Willem, que, jusqu'à aujourd'hui, j'avais seulement cité ici ou , dans des recueils collectifs avec ses collègues dessinateurs de Charlie Hebdo

Willem, Akbar!, Les requins marteaux, imprimé en février 2015, 15 euros
(trouvé en bibliothèque il y a plusieurs mois déjà)

La signature apparaît seulement en 4ème de couv' (l'auteur et le titre se lisent, si l'on n'est pas attentif à la taille des caractères, comme Willem Akbar!, avec Willem écrit en plus petit... J'approuve évidemment ce jeu de mots bien innocent!).

La phrase "Les dessins rassemblés dans ce recueil ont fait l'objet d'une publication préalable dans Libération et Charlie Hebdo" figure en page de garde. 

On peut considérer que les dessins dont est constitué l'ouvrage se suffisent à eux-mêmes. On peut aussi regretter l'absence de date de publication ou de contexte (même si, près de 10 ans après, ils demeurent parfaitement d'actualité... comme on peut le voir ci-dessous). Le livre ne comporte aucun numéro de page. J'ai compté 129 dessins dans 11 sous-parties du livre (classement thématique, sans titre).

Comme à mon habitude, je vais vous citer ci-après une petite "sélection subjective" de dessins. J'avoue que le choix pour les 12 ou 13 à citer n'a pas été si évident (j'en avais pré-sélectionné un de trop!). Je me suis inspiré de notre actualité (en juin 2024!) pour retenir certains de ces dessins rassemblés en 2015... dont on peut ainsi mesurer l'intemporalité. 

Parle à mon...

La terre promise?

Un dessin qui fait réfléchir: qui crie, pourquoi, à qui, quoi... (suffit-il de remplacer "FN" par "RN"?).

Prions, mes frères...

... Prions en choeur encore!

Déjà la retraite, à l'époque...? 

L'actualité d'hier comme d'aujourd'hui (et de demain?).

Sans commentaire. 

...(susssed-ic nissed el eroda'j / j'adore le dessin ci-dessus)...

On remarquera qu'aucun dessin n'est signé (comme dit plus haut, la célèbre signature de Willem apparaît seulement en 4ème de couv').

Je peux, bien entendu, dire sur Willem quelques mots (rien de plus que ce que l'on peut trouver dans la page wikipedia le concernant): né en avril 1941, néerlandais, il réside en France depuis 1968. Willem a participé à Hara Kiri devenu en 1970 Charlie Hebdo (première série) dès les premiers numéro. Il participe à la deuxième série de Charlie Hebdo, mais ne vient pas régulièrement aux conférences de rédaction (ce qui lui a évité les balles des tueurs le 7 janvier 2015: il n'était pas là). Agé désormais de 83 ans, le vétéran a pris sa retraite de dessinateur pour Libération (où il a été remplacé par Coco) en 2021, mais continue chaque semaine (et pour longtemps encore j'espère) sa collaboration à Charlie. Ci-dessous à titre d'exemples la colonne de dessins corrosifs parue dans le numéro 1660 du 15 mai 2024 (p.13). 

*************

Changement d'auteur: j'ai appris par hasard qu'une exposition Wolinski est en cours (à l'occasion du 90e anniversaire de sa naissance), galerie Huberty & Breyne, 36 avenue Matignon, 75008 Paris avec une sélection de 70 dessins. Jusqu'au samedi 26 octobre 2024, entrée libre, du mardi au samedi de 11 h à 19 h. 

Occasion, encore, de me demander ce que lui et ses collègues assassinés il y aura bientôt 10 ans auraient pensé (et dessiné) en voyant l'extrême-droite en France et en Europe, aux portes du pouvoir... ;-/

*** Je suis Charlie ***

7 mai 2024

Bestiaire - Alexandre Vialatte (dessins d'Honoré)

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) ne connaissais le nom de Vialatte que très vaguement, sans savoir ce qu'il avait pu écrire. Et voilà que je découvre qu'Honoré l'a illustré! C'est dasola qui m'avait procuré (le jour même, au prix d'un léger détour vers une bibliothèque sur son chemin de retour du boulot) un exemplaire de ce livre qu'elle avait repéré chez Keisha

Alexandre Vialatte, Bestiaire, dessins d'Honoré, éd. Arléa, 2002, 120 p.

Comme je le disais en introduction, je n'avais jamais rien lu d'Alexandre Vialatte (1901-1971). J'ai choisi de parler de ce livre à cause d'Honoré. Mon dernier billet sur ce dessinateur assassiné en même temps que ses quatre confrères dessinateurs de Charlie Hebdo et injustement méconnu remonte à 2017. Il est vrai que ses ouvrages publiés à son seul nom sont beaucoup moins nombreux que ceux de ses collègues de la rédaction assassinés le même jour. Je peux seulement le citer, de temps en temps, dans des recueils collectifs...

Cette fois-ci, c'est un "vieux livre" qui me permet de le mettre à l'honneur. Les 63 chroniques qui mêlent humour, sens de l'absurde et ironie ont été choisies par Michaël Lainé. Certains animaux sont évoqués plusieurs fois, comme l'Homme avec trois articles là où la Femme n'en a qu'un - je pressens que ça va encore râler dans les chaumières... ("d'autant plus" qu'y est évoquée l'existence... d'un homme de sexe féminin), ou le Cheval avec deux articles, classés dans la Table (p.119) de A comme Albatros à V comme Vialatte, Alexandre (les chroniques, elles, apparaissent "dans le désordre"). Je ne sais pas comment a travaillé Honoré (délais, textes fournis...). En tout cas, avec ses trois douzaines d'illustrations, Honoré nous offre davantage de subtilités qu'un simple illustrateur: dans ses compositions composites, on s'amuse à chercher le détail inattendu et son sous-entendu. 

Il partait d'une bonne "matière première", tant les textes de Vialatte foisonnent de précisions incongrues. On peut regretter que tous n'aient malheureusement pas été illustrés, tel celui sur le Russe qui élève des colombes de la Paix pour les manger (dommage!). En tout cas, P**t*n* ne viendra pas buter les auteurs..., ils sont déjà morts. 

Dans mes quelques autres citations ci-dessous, j'ai surtout choisi des animaux "de labeur" ou du moins domestiques (y compris un "animal à longues oreilles" qui n'est pas dans son milieu naturel!). 

Le boeuf qui se dirige vers la gauche a l'air plus civilisé que le taureau (?) qui se rend à droite (sans vouloir faire de la peine à Luce Lapin...). 

Dans l'une des chroniques, j'ai même déniché le mot "Martien" (p.49), mais cela ne justifie malheureusement pas que je l'inscrive dans mon challenge marsien en cours: il n'y a même pas d'entrées entre "Marabout" et "Mouton" dans la table! Mais on trouve p.101 un perroquet qui peut faire songer à Martiens, go home! de par sa sincérité débridée...

En conclusion, il s'agit d'un livre "intemporel", toujours plaisant à découvrir. La "note de l'éditeur" explique que les éditions Arléa ont rêvé de ce livre durant 15 ans avant qu'il voie le jour, et remercient Pierre Vialatte (fils de...) pour ses encouragements et sa constance.

Mon côté "gestionnaire de bases de données" me conduit une fois de plus à émettre un petit reproche: à mon avis, les "références bibliographiques" des textes cités (p.111-114) sont incomplètes. Elles citent uniquement les recueils (sous copyright) où ils sont "actuellement" accessibles, sans donner la date de la publication initiale dans un périodique... 

Calmeblog (dernier billet en 2018) avait publié en 2012 un billet qui parlait surtout des textes de Vialatte. Une exposition avec les dessins d'Honoré avait eu lieu à Clermont-Ferrand en 2018.

*** Je suis Charlie ***

6 mai 2024

Petites mains - Nessim Chikhaoui

Avec Petites mains de Nessim Chikhaoui, j’ai passé un bon moment en compagnie de quelques femmes de chambre très sympathiques travaillant dans un palace à Paris. On ne voit aucun client mais les femmes de chambre sont bien là, travaillant à des cadences infernales pour des clopinettes. Elles doivent nettoyer et préparer une chambre en moins de trois quarts d’heure. Quand je dis chambre, il s'agit plutôt de suites immenses qui coûtent pour une nuit l’équivalent de presque un an de salaire d’une de ces femmes courageuses. Certaines sont en CDI et d’autres des externes employées par des sous-traitants. Ces « externalisées » souhaiteraient être « internalisées » pour vivre moins dans la précarité ou pour obtenir des papiers en règle. Il faut noter que ces femmes sont pour la plupart africaines ou antillaises. On remarque que ces «invisibles», ces «petites mains» ont leurs quartiers au sous-sol du palace. Quand Eva, une jeune femme blonde, trouve un emploi dans l’établissement (elle doit passer par la porte de service), c’est pour remplacer une femme de chambre en grève. En effet, la colère gronde. Plusieurs femmes de chambre manifestent devant l’hôtel mais cela n’a pas beaucoup d’effet. Elles réclament de meilleures conditions de travail et de meilleurs salaires. Quant à Simone (Corinne Masiero, vraiment très bien), elle va être reconnue inapte au travail à cause de son dos en compote. C’est elle qui forme Eva quand cette dernière est embauchée. J’ai trouvé le film sympathique avec un moment savoureux quand les femmes de chambre défilent devant l’hôtel dans de belles tenues au moment de la « fashion week ». Si vous avez un moment, allez voir ce film. 

Dameskarlette en a parlé. Lire un entretien avec le réalisateur sur le "webzine" Baz'Art. Pour le blog "Où va la CGT?", au terme d'une longue critique, c'est "un film à voir".

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Ceci n’ayant rien à voir avec cela, je viens d’apprendre la disparition de Bernard Pivot (1935-2024) le lendemain de ses 89 ans. C’était un homme qui en animant l’émission « Apostrophe » entre 1975 et 1990 a fait connaître la littérature au plus grand nombre. C’était au temps où la télévision ne prenait pas les téléspectateurs pour des idiots. 

7 avril 2024

Arcachon, le long exil des marins sénégalais - Coline Renault (texte) & Riss (dessins)

Il est rare que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) consacre un billet à un article paru dans Charlie Hebdo, mais il y a eu au moins un précédent, lorsque j'avais présenté le témoignage du webmestre de Charlie blessé lors de l'attentat, "Se réveiller dans un sarcophage". Cette fois-ci, mon intérêt a été attiré par la double-page centrale (rubrique "Charlie reporter") consacrée à une communauté dont j'ignorais l'existence, celle des marins-pêcheurs sénégalais qui travaillent dans le Bassin d'Arcachon (Gironde, 33). 

Le "E" du mot "Exil" au centre de la page a été un peu trop "étroitisé" à l'impression.

 

C'est dans le numéro 1650 daté du 06/03/2024 que j'ai pu lire un article qui commence par l'histoire dramatique d'un naufrage, celui d'un petit bateau de pêche, survenu fin décembre 2023. Si le capitaine a survécu, les deux matelots, tous deux sénégalais, se sont noyés. Puis l'article déroule l'histoire de ces marins-pêcheurs originaires du Sénégal et qui se retrouvent à travailler dans ce port de pêche. A partir des années 1970, des marins sénégalais sont venus renforcer les équipages d'armateurs arcachonnais dont les navires et leurs capitaines avaient connu ces marins lorsqu'ils pêchaient, quelques années auparavant, au large du Sénégal. Des marins efficaces, ne rechignant pas à la besogne, ne buvant pas puisque musulmans... La journaliste cite dans son article de nombreux témoignages de ces marins africains venus travailler sur des navires de pêche sur la côte atlantique française. La raison de leur venue? L'argent! Gagner davantage qu'au Sénégal, et y envoyer la plus grande partie de l'argent gagné. Les plus âgés de ces marins sont désormais à la retraite, mais pas encore tous repartis rejoindre femme et enfants restés au pays. 

Car l'article évoque aussi, à Arcachon, des univers qui ne se côtoient que de loin, si ce n'est à l'occasion des catastrophes, comme lorsque la presse locale voire nationale avait parlé de la perte du Cynos (le "fileyeur" cité ci-dessus), et de la mort de ses deux matelots sénégalais. Le métier de la mer est dur et reste périlleux. J'ai appris que le Banc d'Arguin n'existe pas seulement au large de la Mauritanie (là où s'est échouée La Méduse), mais qu'un autre borde aussi le dangereux goulet permettant de sortir du Bassin d'Arcachon vers la pleine mer. 

Après la lecture de ce reportage dont le sujet m'avait intéressé, j'ai cherché à en apprendre davantage. Pour aller plus loin, on peut découvrir un documentaire de près de 25 minutes titré Les immigrés de l’océan, France 3 Ouest, 2006, accessible depuis 2017 sur Y**t*b*. Si j'ai bien compris, les images en ont été réalisées par Philippe Lespinasse (déjà auteur en 1999 d’un documentaire de 41 minutes sur les passes du bassin d’Arcachon), produit et co-distribué par la société Grand angle productions, créée en 1997 et établie en Gironde, qui revendique de "privilégi[er] une implication forte sur les thématiques Histoire, Société, Mer & Découverte". 

Dans ce documentaire, j'ai trouvé entre autres intéressant le moment où un des Sénégalais témoigne, tout en tenant la barre d'un chalutier, qu'il a préparé les certificats pour devenir patron de pêche (si j'ai bien compris), mais s'est heurté au "plafond de verre" quand on lui a fait comprendre que, diplômé ou non, il ne pourrait jamais commander son propre navire à Arcachon faute d'être de nationalité française (ou du moins européenne, je suppose?). D'où une certaine frustration (même s'il a du mal à mettre les mots sur ce qu'il ressent). Un Européen y témoigne aussi de l'adaptabilité de ces marins, qui viennent de la pêche sur pirogue: en deux semaines, il apprennent à travailler au filet, à entretenir ceux-ci (épissures...). Y sont aussi interviewés tels ou tels de ces Sénégalais qui, visiblement, ne souhaitaient pas devenir pêcheurs comme leur entourage, mais qui ont bien dû constater que ce dur métier pratiqué comme "expatrié" était rémunérateur, tandis que leurs diplômes locaux ne leur donnaient pas accès à un métier permettant de gagner de quoi vivre au Sénégal. Quelques chiffres: en 2006, un mois avec de bonnes "marées" pouvait rapporter entre 2500 et 2800 euros en France. Déduction faite du loyer et des dépenses indispensable en France, cela permettait d'envoyer quelque 1400 euros au Sénégal, de quoi y faire vivre une famille (au sens large: ascendants et collatéraux compris) de quelque 20 personnes!

 

Enfin, je signalerai l'existence d'un polar local (que je n’ai pas lu): Le bassin broie du noir, Fabrice Duffour, Latitude Sud, 2020 (1)

En plus de mon "hommage du 7", faire connaître ici cet article m'a permis de présenter aussi bien un "métier" qu'une aventure maritime (et de participer ainsi aux deux "challenges bloguesques" dont j'ai mis les logos, chez Fanja pour l'un et chez Ingannmic pour l'autre).

Les internautes qui ne se sont jamais encore connecté sur le site de Charlie devraient pouvoir y lire l'intégralité du texte

 

Edit du 10/04/2024: je viens de voir que depuis hier, en raison de modifications apportées par les récentes tempêtes, il y a des restrictions (interdictions) pour les entrées et sorties du Bassin d'Arcachon, essentiellement pour les navires de plaisance. Pour les professionnels, des conditions en terme de possession de brevet (STCW...) sont posées. 

(1) Edit du 07/06/2024: Thaïs a lu et chroniqué (le 31 mai) Le bassin broie du noir.

*** Je suis Charlie ***

7 mars 2024

Traité sur l'intolérance - Richard Malka

Lorsque j'avais (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) rédigé mon billet sur Le droit d'emmerder Dieu de Richard Malka (billet paru il y a plus d'un an), j'avais prévu de publier à la suite de la première chronique le présent Traité sur l'intolérance, du même auteur. On avait renâclé. Depuis, une nouvelle guerre a éclaté au Moyen Orient... et on reparle antisémitisme en France. Voici donc ma chronique. Ce second livre est paru en janvier 2023, et je l'ai acquis début février 2023. Il reprend sa plaidoirie pour le procès en appel concernant les condamnations prononcées à l'issue de celui en première instance sur les attentats de janvier 2015, procès en appel qui s'est déroulé du 12 au 20 octobre 2022 (deux des 14 condamnés ayant fait appel).

P1150694
Traité sur l'intolérance, Richard Malka, 96 pages, 2023 

Bien sûr, comme les titres de ces livres, les extraits que j'ai choisi d'en citer sont provocateurs. Mais avant d'enfourcher de grands chevaux de bataille, lisez vous-même ces deux ouvrages. 

P1150697Le second titre compte pratiquement le même nombre de pages que le premier, mais il est imprimé plus gros. La plaidoirie qui en représente la plus grande partie a été prononcée le 17 octobre 2022 au nom de Charlie Hebdo. Le texte rentre tout de suite dans le vif du sujet, en réagissant sur le fait que le procès en appel se déroule dans la salle Voltaire de la Cour d'assises au Palais de justice de Paris (sur l'île de la Cité). "Voltaire... Le pourfendeur des religions, l'esprit libre, révolutionnaire (...). Celui qui n'hésitait pas à affirmer, en un temps où cela entraînait la mort, l'enfermement ou l'exil, plus certainement qu'aujourd'hui, que le christianisme était la religion "la plus ridicule, la plus absurde et la plus sanguinaire qui ait jamais infecté le monde", ou encore "la superstition la plus infâme qui ait jamais abruti les hommes et désolé la terre".
Ainsi osait-on parler des religions au XVIIIe siècle. Il est de ceux auxquels nous devons de vivre libres. Mais nous ne le savons plus, nous l'avons oublié."

Richard Malka ne souhaitait pas plaider "contre" les accusés, mais plutôt s'attaquer à l'essentiel: les causes des tueries perpétrées. 

p.13: "l'action de ces terroristes est motivée par l'islam - ils le disent - et plus précisément, par une vision de l'islam.
Je parle d'une croyance, pas des croyants. Je parle d'une vision de l'islam, pas des musulmans (...). 

Bien sûr, il y en a d'autres, que partagent des centaines de millions de musulmans à travers le monde, qui aimeraient bien vivre tranquillement leur religion sans qu'on les renvoie toujours à la vision des Kouachi et surtout, sans les privations de liberté qu'elle induit.
Mais ce n'est pas une vision marginale. C'est la plus militante, la plus organisée, la plus conquérante, la plus communicante, la plus opulente aussi grâce à ses bailleurs de fonds (...) (p.15).

(...) Il faut combattre cette vision car il en va de l'intérêt de tous et parce que, pour citer une dernière fois Voltaire, "il est honteux que les fanatiques aient du zèle et que les sages n'en aient pas" (p.16). 

Richard Malka balaie ensuite longuement l'histoire de l'islam, expliquant les débats qui l'ont traversé alors qu'il avait à peine quelques siècles d'existence, entre l'école de pensée des mutazilites, qui considéraient la raison comme le premier fondement de l'islam, et les hanbalites, qui considéraient le Coran comme incréé, c'est-à-dire directement issu de Dieu.

Du coup, sur plus de 50 pages, l'avocat nous fait un magistral cours d'histoire de la religion musulmane, entrecoupée d'exemples d'excès liés à la vision de l'islam "littéral", tout en remettant dans leur contexte historique et sociologique tant le contenu des sourates que les "hadiths, c'est-à-dire des paroles ou des actes attribués au Prophète et rapportés par des chaînes de transmetteurs sur plusieurs siècles" (p.40). "Certains de ces hadiths légitiment effectivement la violence et sont largement invoqués par les fanatiques" (p.41). Mais il en existe 500 ou 600 000... "Chaque courant de l'islam a les siens et rejette ceux des autres" (p.42). Et surtout, le blasphème n'a pas toujours été puni de mort. Dans le livre, il est aussi question des rapports entre Mahomet et les Juifs. Ainsi que de la manière dont les siècles ont adouci tant le christianisme que le judaïsme. "Quant au judaïsme, il n'a heureusement plus grand-chose à voir avec celui des origines parce que la Torah est un texte bien plus guerrier encore que le Coran et souvent beaucoup plus clair et expéditif sur les châtiments, ce qui est normal puisqu'elle a été écrite mille ans plus tôt" (p.51). "Heureusement, ces textes ont été interprétés mille fois, en particulier dans le Talmud qui est une réécriture de la Torah.
L'interprétation, la critique et même l'humour grinçant de Charlie Hebdo, sont une nécessité vitale pour les religions elles-mêmes et surtout pour les hommes" (p.52-53).

La partie finale du Traité sur l'intolérance, titrée "Pour aller plus loin", consiste en quatre pages, qui précèdent la chronologie des événements et une bibliographie citant les ouvrages utilisés par Richard Malka. À mon avis, ces quatre pages auraient pu figurer en début d'ouvrage: elles expliquent pourquoi ce plaidoyer-là, dont la religion est le sujet, a été prononcé à cette occasion-ci (2022), et ni lors du procès des caricatures en 2007, ni lors du procès de 2020. 

Les blogs La bibliothécaire, Voyages au fil des pages, Notre jardin des livres et Sin City en ont parlé, ainsi que Matatoune. Le blog Je lis donc je suis aussi (mais celui-ci n'accepte pas les commentaires). 

*** Je suis Charlie ***

12 février 2024

Lettre à un Inuit de 2022 - Jean Malaurie

Je (ta d loi du cine, « squatter » chez dasola) présente un livre qui, à deux mois près, aurait pu figurer au "challenge sur les minorités ethniques" proposé par Ingannmic en 2023 (vérification faite, aucun blog ne l’y a proposé). Mais ce qui m’a pour ma part amené à le lire seulement maintenant, c’est le décès de son auteur, Jean Malaurie, à 101 ans révolus (22/12/1922-05/02/2024). J'ai emprunté l'ouvrage au système de prêt de livres de l'AMAP dont je fais partie.

Lettre_a-un-Inuit-de-2022
Jean Malaurie, Lettre à un Inuit de 2022, récit, Fayard, octobre 2015, 160 pages
(un regard angoissé sur le destin d’un peuple)

Je cite les premières lignes du livre : « C’est à toi, Inuit, que je m’adresse. Debout ! Peuple du Groenland, réveille-toi ! Ne renonce pas à ton avenir ! L’Arctique est à la veille d’un désastre. Le pétrole, l’uranium suscitent des projets inconsidérés et l’ombre d’un conflit nucléaire avec des sous-marins au pôle se profile. »

Jean-Malaurie_2001

Dans cette "lettre-testament", c’est surtout au "peuple premier" du Groenland qu’il a étudié durant plus de 70 ans que Malaurie s’adresse, au long de la vingtaine de courts chapitres que comporte l’ouvrage (quelques titres: «L’homme a su plus qu’il ne sait»; Une écriture orale; L’animiste, en survie chrétienne; «Lève-toi et marche!»). Je suppose que le millésime choisi ne l'était pas au hasard, puisqu'il correspondait à son propre centenaire (dont rien ne lui assurait, en 2015, qu'il l'atteindrait et même le dépasserait!). Le livre en gros caractères comporte huit pages de photos en cahier central [photo : Jean Malaurie, 3 mai 2001], ainsi que plusieurs cartes en début et en fin d’ouvrage.

Au fil des pages, l’auteur revient sur son parcours, sa carrière, ses rencontres, en tant qu’ethnologue « de terrain » (et non « de bibliothèque »). 

Entre autres, j’ai été frappé par l’exemple qu’il donne (p.48-49) : alors qu’il enregistrait au magnétophone un groupe, dans un igloo, le doyen, en écoutant la bande au bout de 20 minutes, lui dit avec colère : « cet appareil est mauvais. Je n’ai jamais prononcé ces mots ». L’appareil était réducteur : il ne « captait » rien de la gestuelle, des efforts de langage simplifié pour se mettre « au niveau » d’un blanc inculte, de l’approbation silencieuse de l’auditoire qui « validait » ce qui était dit… « Le seul enregistrement est mensonger parce que fragmentaire ».

Pour ma part, je l’avoue, je suis beaucoup plus sensible à ce genre d’exemple purement sociologique (comme l’information que 40% de la population active au Groenland est constituée de fonctionnaires ou de para-fonctionnaires travaillant pour le gouvernement, que la quasi-totalité des échanges s’effectue avec le Danemark, que les Danois représentent 11% de la population mais la majorité des cadres…) qu’à d’autres aspects plus « mystiques » du livre, portant sur le chamanisme, le rapport au monde, les perceptions extra-sensorielle, l’animisme, ou la croyance que proclame Malaurie en l’entité Gaia (la planète terre sur laquelle nous vivons et dont nous faisons partie)…

Jean Malaurie a par ailleurs été le fondateur de la collection Terre humaine en 1954 chez Plon, collection qui compte aujourd’hui une centaine de titres, dont trois ou quatre lui sont dûs (elle en est aujourd’hui à son troisième directeur de collection). J’ai pu, comme tout le monde, lire quelques-uns de ces titres au cours des quatre dernières décennies. Selon ce que j’en comprends, le projet était nettement plus ambitieux que la collection Raconter la vie que j’ai évoquée il y a quelque temps. Il s’agissait ici davantage de faire rédiger « à la première personne » des ouvrages dont chacun ferait sens mais aussi mémoire pour la recherche ethnologique présente ou future.

Jean Malaurie déplore d’ailleurs, en 2015, qu’il n’existe pas une Maison d’édition spécifiquement groenlandaise pour traduire certains titres, ceux concernant le pays. Il signale aussi le manque d’établissements d’enseignement supérieur, qui amène les jeunes souhaitant faire des études à s’exiler à l’étranger, d’où ils hésitent, ensuite, à revenir. J'ai noté l'anecdote qu'il rapporte (pp.114-115): lors de l'inauguration du Musée des Arts premiers, quai Branly, un premier ministre d'un Etat d'Afrique de l'Ouest lui a demandé de dire de sa part à Jacques Chirac qu'il ne se retrouvait pas beaucoup dans ces peuples racines. "(...) Nous avons de grandes universités en Afrique noire. Où sont-elles représentées dans ce musée parisien de l'histoire des peuples?".

Le livre se conclut sur une exhortation à la jeunesse inuite à prendre son destin en main, pour créer une nation groenlandaise. 

********************

Pagedemandeenexistepas_12-02-2024-10h10Je change totalement de sujet pour signaler que, durant tout le week-end dernier et jusqu'à ce lundi 12 février, dasola et moi n'avons pu accéder à la partie "administrateur" du blog, cependant que nous constations avec chagrin que, même si le blog restait consultable, il était rigoureusement impossible d'y enregistrer le moindre commentaire (un message en rouge s'affichait, signalant cette impossibilité et invitant à réessayer "d'ici quelques minutes"...). 

Selon les informations disponibles, la plateforme canalblog est en pleine migration sur de nouveaux serveurs, d'où les "couacs" ces derniers temps...

7 février 2024

Le procès Papon - Riss (livre & exposition)

Une exposition sur la couverture par Riss du procès Papon en 1997-1998 est en cours au Mémorial de la Shoah (jusqu'au 3 mars 2024). Il est encore temps que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous parle aujourd'hui de ce "reportage dessiné" et du livre que Riss en avait tiré. 

P1160909  P1160908  P1160907
La plaquette de présentation de l'exposition en cours, et le livre
Riss, Le procès Papon, un fonctionnaire de Vichy au service de la Shoah, éd. Les échappés, 1ère édition 2017, 144 pages (relié), 26 euros

On connaît les faits (et sinon, on trouve facilement sur internet l'histoire de Maurice Papon et de son procès), que je résume en quelques mots : durant la seconde guerre mondiale, sous l'occupation allemande, Maurice Papon (1910-2007) a exercé des responsabilités en Gironde en qualité de secrétaire général de la préfecture de Bordeaux. Après la Libération, il a poursuivi sa carrière de haut fonctionnaire, notamment en Algérie ou au Maroc sous la Quatrième République, jusqu'à devenir Préfet de Police à Paris, puis ministre, sous la Cinquième République, de 1978 à 1981 (troisième gouvernement Barre). En mai 1981, entre les deux tours de l'élection présidentielle, Le canard enchaîné publie un article mettant en lumière son rôle dans la déportation des Juifs bordelais. Maurice Papon est inculpé le 19 janvier 1983 de crimes contre l'humanité. Après des années de guerilla judiciaire, le procès Papon se tient du 8 octobre 1997 au 2 avril 1998. Riss est présenté comme le seul journaliste à avoir suivi l'intégralité des débats (98 séances). Sa demande d'accréditation pour le procès mentionnait son statut de dessinateur de presse (souligné par lui, voir photo du courrier ci-dessous).

Demande_accreditation_dessinateur-de-pressePour ma part, je suis passé visiter l'exposition il y a quelques semaines (une soixantaine de dessins y sont présentés, sur + de 400 réalisés par Riss). N'ayant pas pris de photos, je remercie mon collègue pour la transmission de celles qu'il avait prises lors de sa propre visite en décembre 2023.

Par ailleurs, ne possédant pas les numéros de Charlie Hebdo de 1997-1998 dans lesquels paraissaient chaque semaine les "reportages dessinés" de Riss durant les six mois du procès, je ne suis pas retourné en bibliothèque aux fins de les consulter. Je ne possède pas non plus le Hors-série (N°6, broché) publié en 1998 et qui comportait 144 pages (dont j'ignore si elles reprenaient purement et simplement les chroniques hebdomadaires, ou si elles en différaient). Mais je disposais, lors de la rédaction du présent article, du livre ci-dessus, dont la première édition date de septembre 2017. Laurent Joly, collaborateur régulier de Charlie Hebdo de 2009 à 2015 et commissaire de la présente exposition (2023-2024), en signe aussi la préface (mais ce n'est pas le catalogue de l'exposition). J'en ai compté les pages moi-même, car elles ne sont pas numérotées.

L'exposition est située au troisième étage du mémorial, dans les mêmes salles où j'avais visité l'exposition des dessins de Cabu sur la rafle du Vél d'Hiv en 2022. Au-delà des dessins de Riss ou des documents bruts (tapuscrits d'époque, documents administratifs, ...), de grands panneaux explicatifs contextualisent, expliquent et commentent ce qui est exposé. 

Le livre, lui, est organisé par "chapitres" retraçant chronologiquement le déroulé du procès:

  • Le curriculum vitae de Papon; les témoins de moralité; les historiens;
  • Les organisateurs des persécutions anti-juives à Bordeaux;
  • Papon au service des questions juives de la préfecture de Bordeaux;
  • Les crimes contre l'humanité reprochés à Papon (déportation de Léon Librach; huit convois, depuis celui du 18 juillet 1942 jusqu'à celui du 13 mai 1944);
  • Papon et la résistance; Papon et l'épuration; les associations parties civiles;
  • Les plaidoiries des avocats des parties civiles; le réquisitoire du parquet; les plaidoiries de la défense; le verdict.

Il est essentiellement en noir et blanc, même si quelques touches de couleur (rouge, vert, mauve...) rappellent ça et là dans quelle "partie" on se trouve, s'il est question de l'accusation, de la défense, des parties civiles (24 avocats défendaient 27 parties civiles)...

En ce qui concerne le travail de Riss, j'ai été intéressé par cette "mise en lumière" du processus créatif, puisqu'on a, accrochés sur les murs, des pages "brutes", des crayonnés, des esquisses d'attitudes, les mots griffonnés à la volée. On a aussi quelques pages "montées": mise en place des dessins, découpés et collés sur une grande feuille, avec des textes lettrés lisiblement. Et enfin, le livre permet d'en apprécier le résultat une fois imprimé. 

Barre_a_la_barre  P1160906 Intervention de Raymond Barre (ancien Premier ministre et dont Papon a été ministre): à gauche la page du croquis avec les notes prises lors son intervention, à droite la page imprimée (avec phylactères). 

HS_6_avril_98_pp2-3 La page "montée" en noir et blanc... P1160911 ... et la version imprimée (avec quelques touches de couleur). 

Au risque de me répéter, je ne puis dire si ces "pages" ont été imprimées à chaque fois sans retouche (sur le papier "grand format" [environ 31,5 x 40 cm] de l'hebdo, puis sur le format plus petit du Hors-série de 1998, enfin sur du beau papier épais pour la version reliée que j'ai entre les mains), ou s'il y a eu plusieurs versions plus ou moins complètes. 

Certains dessins exposés sont de très grande dimension (plus d'un mètre de côté), notamment des "panoramiques" de la salle d'audience. Je n'ai pas distingué si le papier d'origine était d'un seul tenant, ou constitué de plusieurs feuilles collées bout à bout (que ce soit sur place ou a posteriori).

Salle_d_audience_5_fevrier_98  Salle_d_audience_9_octobre_97

Riss dessine avec respect les parties civiles, tandis que l'accusé ou les témoins de la défense ne sont pas dessinés sous leur meilleur angle. Dans le livre, ses multiples dessins de Papon (j'en ai compté plus de 120 au total) campent en tout cas un personnage agité, avec des expressions de visage et de corps extrèmement variées (esquisse, dessin en pied, de face, de profil, de dos, écoutant (ou pas) ou s'exprimant, immobile ou en mouvement...). 

P1160910  Avocat_gesticulant  Papon  Papon_gesticulant

Encore quelques photos de l'exposition... Papon-face-procureur_5fevrier98  HS_6_avril_98_pp22-23

Condamné à 10 ans de prison et 10 ans de privation de ses droits civiques, civils et de famille, libéré pour raison de santé le 18 septembre 2002, Maurice Papon est mort le 17 février 2007, à l'âge de 96 ans. 

Avocat

Je n'ai pas assisté à la conférence inaugurale de l'exposition le 19 octobre 2023 (on peut la retrouver sur la chaîne youtube du Mémorial). J'ai écouté un extrait de Riss parlant de son travail de captation sur Apple Podcasts: présentation de l'exposition. Il y évoque notamment son souhait de donner au lecteur la matière la plus brute possible. Les dessinateurs étaient dans le prétoire, au plus proche de l'accusé et des témoins (ce qui permet de mieux observer le comportement des gens, les attitudes), alors que les journalistes étaient dans une mezzanine, parfois dans une autre salle à suivre l'audience en vidéo... Dans un procès, ce qui est important c'est la parole (oralité des débats), il mettait donc autant de temps pour noter ce qui se disait que pour dessiner (avec un "compte-rendu" à produire chaque semaine pour publication dans Charlie Hebdo...). Il fallait toujours rester vigilant (on ne sait pas à l'avance l'importance de ce qui va être dit, l'analyse se fait a posteriori sur tout ce qu'on a noté). "Il faut capter très vite les traits d'un témoin, pour garder trace de son passage. Ce qu'ils disent aide à comprendre à qui on a affaire. Parfois, c'est un peu caricatural... Certains ne sont restés que 2 minutes parce qu'il n'arrivaient même plus à parler". Riss constate aujourd'hui (fin 2023) que les acteurs de l'époque qui sont venus témoigner en 1997 ont aujourd'hui disparu: ce procès était le dernier moment où l'on pouvait les faire parler en public. On trouve une présentation par Riss du Hors-série de Charlie aux étudiants de l'IEP de Bordeaux en 1998 sur la plateforme de l'INA

Couv_HS-CH_ProcesPapon

Le "Hors-série" de Charlie Hebdo paru en 1998 avait connu un second tirage, une fois le premier écoulé à 250 000 exemplaires (vendu 35 F à l'époque). 

L'entrée de l'exposition (qui dure encore quelques semaines) est gratuite. Le livre de 2017 (relié) est disponible sur la boutique des éditions Les échappés

Je ne sais pas si beaucoup de blogs ont publié des billets sur le livre ou l'exposition, une recherche sur G**gle avec "blog le procès papon riss" ramène à plusieurs reprises "Certains résultats peuvent avoir été supprimés conformément à la loi européenne sur la protection des données." J'ai cependant constaté que le blog Notre jardin des livres a évoqué livre et exposition. Je rajouterai d'autres liens si j'en ai connaissance. 

*** Je suis Charlie ***

6 février 2024

INA Madelen

Vous allez me dire, qu'est-ce que c'est? Et bien bien pour une fois, je voulais faire une publicité pour une plateforme passionnante, celle de l'INA (Institut National de l'Audiovisuel), accessible pour une somme très modique (2,99 euros/mois). Sur cette plateforme, vous pouvez visionner de "vieilles" séries, des émissions de télévision à une époque où l'on ne prenait pas les télespectateurs pour des imbéciles, des films et du théâtre (dont Au théâtre ce soir et les représentations de la Comédie Française des années 60 et 70). Je vous donne quelques titres: tous les Apostrophes de Bernard Pivot, les six saisons de Chapeau Melon et Bottes de cuir en VO sous-titrée, Les cinq dernières minutes, Maigret avec Jean Richard, les aventures de Vidocq, des mini-séries dont Madame le juge (avec Simone Signoret), Docteur Teyran (avec Michel Piccoli), Les brigades du Tigre,  la pièce Peer Gynt d'Ibsen mis en scène par Patrice Chéreau, Le soulier de satin de Paul Claudel mis en scène par Antoine Vitez. Le catalogue proposé s'enrichit régulièrement et inclut des films et des séries. Le moteur de recherche est très simple. Pour moi, c'est du bonheur. Pas encore convaincu? Vous pouvez tester la plateforme pendant 1 mois sans engagement. https://madelen.ina.fr/discover 

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