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7 mai 2026

Histoire d'urgences - Patrick Pelloux

Aujourd'hui, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais présenter un livre que j'ai "chiné" il y a quelques mois. Il s'agit du premier recueil des premières chroniques écrites par Patrick Pelloux dans Charlie Hebdo. Alors, même s'il a quitté Charlie il y a plus de 10 ans, cet ouvrage rentre dans le thème général de mes "billets du 7" autour du journal et de tous ceux qui y ont participé à un moment ou un autre de sa longue histoire. 

Patrick Pelloux, Histoire d'urgences, Le cherche midi, 2007, 340 pages

 

À l'époque, "le docteur Patrick Pelloux tient une rubrique "Histoire d'urgences" dans Charlie Hebdo. Il est aussi chroniqueur sur I-Télévision", comme le dit la 4ème de couv'. Je sais que ce recueil a été suivi d'Histoire d'urgences 2 (2010), et d'un ultime volume titré Toujours là, toujours prêt (2015), mais je ne les ai pas (encore) lus. 

Dans sa préface du livre, Philippe Val explique dans la préface du livre comment il a contacté Patrick Pelloux deux ans avant que celui-ci "passe à l'action". Dans l'introduction, Patrick Pelloux, raconte comment, en novembre 2004, il s'est retrouvé autour de la célèbre table en "fer à cheval" de la rédaction, avant de rédiger sa première chronique. Il précise en fin d'ouvrage comment Gérard Biard, rédacteur en chef, le "cadrait" à 4000 signes. 

 

Dans le livre, un petit chapeau de quelques lignes en italiques contextualise chaque chronique. Près des deux tiers (64, sauf erreur de ma part) sont illustrés d'un dessin de Charb. Je ne peux pas, bien sûr, rentrer dans le détail des 106 chroniques (entre le 24/11/2004 et le 21/02/2007, dans un laps de temps couvrant donc 118 semaines). Certains sujets reviennent régulièrement, même si le contenu est varié d'une semaine sur l'autre: anecdote, "semainier" du service des urgences de l'hôpital Saint-Antoine, activité d'un week-end ou affluence lors des soirées d'événements "festifs" ou de manifestation, textes liés à l'actualité... Une constante est le constat de la baisse des moyens de l'hôpital public, et la dénonciation de cette baisse comme liée à l'idéologie du libéralisme économique souhaitant "casser" le service public pour "privatiser" ses activités les plus rémunératrices. 

 

En le lisant en 2026, je vois bien qu'il y a plus de 20 ans donc, il évoquait déjà la baisse du nombre de lits dans les hôpitaux (qu'il chiffre à plusieurs reprise à plus de 100 000 en une douzaine d'années, entre 1993 et 2005). Je suppose qu'on peut ergoter sur ces chiffres... Une recherche, aujourd'hui, me donne 564 880 lits en 1990, 473 843 en 2005, 367 000 en 2024 (les chiffres entre 2013 et 2024 ne semblent pas aisément accessibles en ligne?). À leur maximum, en 1982, le nombre de lits frôlait semble-t-il les 613 000. Mais ce n'était pas le même hôpital, pas les mêmes soins... Pas la même logique économique non plus? En tout cas, il y a bien eu baisse du nombre de lits. il y a eu aussi développement de la "chirurgie ambulatoire", des soins à domicile, la baisse de la durée moyenne de séjour (DMS), considérée comme un indicateur de l'efficience des soins (?). Bref, je reviens à ces chroniques.

 

Pelloux y épingle à plusieurs reprises Jean-François Mattéi (ministre de la santé de 2002 à 2004 [interview en vacances sur la canicule en 2003], UMP, président de la Croix-Rouge française de 2005 à 2013 [fermeture de centres de santé dans le "93"]) et sa gestion imprégnée de "libéralisme économique". Il rend fréquemment hommage à l'ensemble des soignants (et même au-delà: personnel administratif, ouvriers techniques) des services d'urgences. Il explique, ici, les raisons d'une grève. Là, les avantages ou les inconvénients d'avoir des "vigiles" (de sociétés privées!) pour "assurer la sécurité" (?) à l'entrée. 

 

Nombre de chroniques évoquent des "patients", pas toujours simples à gérer, mais parfois éclatants de vitalité (l'âge ne faisant rien à l'affaire). J'ai souri à l'évocation de cette octogénaire qui, malgré son poignet fracturé sur le chemin de l'aéroport, insistait pour ne pas renoncer à son voyage en Egypte, rêve de toute sa vie... (p.225, "Mémé Champollion"). Mais certaines chroniques sont plus pessimistes, évoquant tous les patients qui ne peuvent être dirigés vers d'autres services faute de place, et qui passent leurs derniers jours sur un brancard aux urgences. Pelloux défend un service public humain (ce que son service des urgences semble être) et correctement financé (ce qui ne semble pas être le cas).

 

Aujourd'hui, je constate aussi, si je regarde notre système de santé, quelques avancées, notamment la loi du 14 juin 2013 (sous Hollande) qui a rendu obligatoire la complémentaire santé pour tous les salariés du privé (avec une contribution de l'employeur). Depuis 2014, tout établissement de santé doit avoir son "plan blanc", pour s'exercer, au-delà de la gestion des "stocks" normaux, à prendre en garde un soudain afflux d'un grand nombre de patients (sans doute ce qui a permis de ne pas "craquer" lors du Covid-19?). Ces dernières années (2024-2025-2026), ont été menés des exercices "secteur de santé" (en France, en Allemagne et ailleurs) dans les hôpitaux, bien moins médiatisés que les coups de menton martiaux de notre actuel Président... Exercice MASCAL (Massive Casulties) pour les armées, AMAVI (Afflux Massif de Victimes) pour les civils [j'espère que chacun des participants a aimé...]. Quadrature du cercle à résoudre: comment mettre la Nation en ordre de bataille sans affoler le peuple... ni augmenter les impôts?

 

Chaque chronique est courte, "bien torchée". Une édition en format poche du livre (j'ai lu N°8991) est parue en 2009.
Par ailleurs, Patrick Pelloux a été accusé en 2024 de harcèlement (MeToo à l'hôpital).

 

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Je glisse à la fin de ce billet quelques mots que j'avais rédigés et "enregistrés" dans un coin il y aura bientôt deux ans sans les "utiliser" à l'époque.

Dans Charlie Hebdo N°1670 du 24/07/2024, quelques dessinateurs, ainsi que Gérard Biard (p.13) et Philippe Lançon (p.11) ont fait allusion à "l'affaire Abbé Pierre" (c'est moi qui emploie cette formulation). Je vais citer quelques extraits de la chronique de Philippe Lançon. "Je n'ai pas sous les yeux les dessins que Charlie a pu consacrer à l'abbé Pierre, mais je me rappelle que Cabu, en 1995, l'avait mis au centre d'un album d'une férocité assez tendre, À votre bon coeur! Sa cible, dans mon souvenir, était moins le curé des pauvres que les hommes politiques qui lui tournaient autour, ça rime avec vautour (...). Instrumentaliser l'abbé n'était pas facile: à l'hiver 1954 comme à l'hiver 1986, dates où il surgit et ressurgit spectaculairement comme un diable monté sur ressort, le fondateur d'Emmaüs ne se laissait pas faire. Si l'on apprend aujourd'hui qu'il a touché les seins des femmes ou mis sa langue dans la bouche de l'une d'elles, horreur et damnation, il ne faudrait pas oublier que, lorsqu'un grand fauve électoral l'approchait, il ne lui aurait vidé les bourses que pour mieux les vider au profit des pauvres ou les lui tordre. il y avait pas mal de colère sociale et de générosité en lui, mais notre société en est arrivé à un point tel de léninisme sexuel que, face au vice qu'on découvre, tout ce qu'il y a de vertu en l'homme semble avoir disparu (...)". La chronique, titrée "L'abbé et la bête", parle aussi de Polanski et de Roland Barthes...

Pour ma part, cette "affaire" m'a donné l'occasion de mettre au net mes idées sur la "cancel culture". Je n'aime pas la sommation qui nous est faite de brûler aujourd'hui et à jamais tout ce qu'ont pu réaliser des personnes, des créateurs, dont on adorait hier les "oeuvres". Sans même rentrer dans des débats sur l'échelle des crimes et délits, la prescription et l'imprescriptibilité, le paiement de l'affront fait aux règles de vie en société "du temps" et la réparation due aux victimes, je pense surtout que "personne n'est parfait" et que si désormais l'on doit admirer uniquement les oeuvres d'artistes, de savants ou de tous êtres humains "irréprochables à tous égards", il ne va pas rester grand-chose à l'humanité dans le futur (des réalisations par des IA... en attendant qu'à leur tour celles-ci se lancent dans le "crime contre l'humanité"?). 

*** Je suis Charlie ***

3 mai 2026

Hayat - Zeki Demirkubuz

Hayat (Vie) de Zeki Demirkubuz que j'ai vu la semaine de sa sortie, le 15 avril 2026, est un film de 2h40 assez dur sur la condition des femmes jeunes ou moins jeunes en Turquie et sur le patriarcat étouffant tant pour les femmes que pour les hommes. L'histoire se passe dans un village rural en Turquie puis à Istanbul. Mehmet, le père d'Hicran, n'accepte pas que sa fille se soit enfuie le lendemain de ses fiançailles avant un mariage arrangé. On lui avait trouvé comme fiancé Riza (plutôt pas mal physiquement), un jeune boulanger. La première partie du film met l'accent sur Riza qui ne comprend pas pourquoi Hicran est partie. Il va jusqu'à tout abandonner pour essayer de la retrouver à Istanbul tandis que le père d'Hicran, fou de rage, promet qu'il tuera sa fille si cette dernière revient. Jusqu'à sa fuite, Hicran vivait avec son père, sa mère (très soumise) et sa jeune soeur. Dans la deuxième grande partie du film, la narration se focalise sur Hicran (Miray Daner) qui retourne chez ses parents avant ou après qu'elle ait vécu brièvement avec un veuf qu'elle n'aime pas vraiment. La chronologie des événements devient floue. Il y a des moments où le réalisateur nous perd (enfin moi) avec un mélange de rêve et de réalité. Personnellement, j'ai trouvé que tous les acteurs étaient bons. Il y a très peu de salles qui le projettent mais le film n'est pas facile et il est long. C'est peut-être pour cela que, datant de 2023, Hayat n'est sorti en salle que cette année en France. J'ajouterai que je ne me suis pas ennuyée.

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Ceci est mon dernier billet avant une dizaine de jours. Je ne m'en vais pas très loin de France mais loin d'Internet. Je ne manquerai pas de publier à mon retour un ou plusieurs billets sur mon voyage. 

1 mai 2026

Salut au Grand Sud - Isabelle Autissier et Erik Orsenna

Après quelques semaines où j'ai quelque peu délaissé mes activités bloguesques, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) les reprends grâce au démarrage de la troisième saison du challenge Book trip en mer proposé par Fanja (de mai à septembre de cette année 2026). Il y a seulement deux jours que l'ouvrage ci-dessous est tombé sous mes yeux puis entre mes mains. Je n'avais même pas encore lu le billet annonçant le début officiel de ce BTEM 3.

Isabelle Autissier et Erik Orsenna, Salut au Grand Sud, Editions Stock, 2006, 264 pages

 

L'écriture de ce récit à deux voix commence par éveiller la curiosité par l'association des deux noms de ses auteurs. La quatrième de couv' confirme qu'il s'inscrit en plein dans le thème: 

"(...)
Antarctique.
Qui ne voudrait partir un jour là-bas sur la trace des plus vaillants explorateurs? Qui ne rêverait de saluer le Grand Sud pour tenter de comprendre un peu mieux la mécanique géante de la planète?
Le 8 janvier 2006, sur le fier voilier Ada, nous avons d'Ushuaia levé l'ancre. Cap au 180. Deux mois plus tard, nous sommes revenus. Nous allons tout vous raconter".
I.A. et E.O.

 

Isabelle Autissier et Erik Orsenna font aujourd'hui tous deux partie des Ecrivains de marine (association dont j'ai déjà parlé ici), mais l'ouvrage publié en septembre 2006 n'en fait aucune mention. Je n'ai pas réussi à dénicher la date exacte où Erik Orsenna a rejoint ce cénacle: dès sa fondation en 2003 par Jean-François Deniau [1928-2007], ou après? En tout cas, il en faisait déjà partie sauf erreur de ma part lors de la publication de son Portrait du Gulf Stream en 2005. Quant à Isabelle Autissier, elle semble être devenue "écrivain de marine" (cooptée par les membres avant d'être officiellement adoubée par la Marine nationale?) en 2006, si j'ai bien compris. Mais passons au livre lui-même.

 

Divisé en quatre parties principales et en une quarantaine de chapitres, il mêle 11 de ceux-ci titrés "Journal d'Erik" ou "Journal d'Isabelle" (soulignés d'une typographie particulière) à un texte plus linéaire et dont on ne sait comment il a été rédigé, "à quatre mains" en tout ou partie, ou non. En ce qui concerne l'aventure elle-même, c'est Isabelle Autissier qui en a été à l'initiative, en achetant le voilier Ada (adapté aux conditions de navigation dans l'Antarctique), qu'elle avait croisé en 2002. Pour vivre son envie de naviguer dans ces lieux tout en "fréquentant la science", il lui fallait des compagnons pour partager cette utopie. "Erik fut le premier". Erik Orsenna, pour sa part, n'avait jamais dépassé, en bateau, la Terre de feu. "Lorsque Isabelle m'a proposé: "veux-tu aller en Antarctique?", ma réponse était prête depuis l'enfance".

 

p.39 et suivantes, Isabelle explique pourquoi elle attribue le sexe féminin à ce bateau qu'elle s'est offert, l'Ada, capable de naviguer dans ces conditions extrêmes tout en (sup)portant un équipage de six personnes et leur matériel. Un ornithologue (Fabrice), Joël, documentariste, et quatre vrais marins capables de prendre seuls le quart quand nécessaire: Agnès (1,50 m et 45 kg toute mouillée, multicompétente); Olivier (ancien officier de la marine marchande, qui gère un chantier de construction de yachts), Isabelle et Erik (peut-être plus écrivain que marin?). En tout cas, trois marins avaient déjà fait leurs preuves dans ces eaux particulières en connaissant ses "facéties climatiques". Et "souder un équipage autour d'un but est le b-a-ba du management, comme on dit de nos jours".

 

Isabelle rend p.59-64 hommage à Pierre Lasnier, météorologue, routeur fort connu dans le milieu de la course au large. J'ai vu que, aujourd'hui âgé de 77 ans, il avait mis fin aux activités de sa société Meteomer en 2017 après un tiers de siècle d'activité. Le livre évoque aussi le "milieu" de ces marins de l'extrême qui fréquentent ces eaux, leurs bars et autres lieux de rencontre, le genre de conversation qu'ils tiennent lorsque deux voiliers se rencontrent ("ton [franchissement du Détroit de] Drake, il s'est passé / il se présente comment?"). Le livre raconte aussi les visites aux différentes bases scientifiques (argentine, chilienne, ukrainienne - ah, la vodka locale, p.211). Lors de ce récit de semaines de navigation entrecoupées d'escales, ou de simples "mouillages" où il faut être vigilant en permanence (icebergs, sautes de vents...), on en apprend sur ceux qui sont venus explorer puis exploiter (jusqu'à quasi-extermination de la faune locale parfois: baleines, éléphants de mer, manchots...) ces parages, au XIXe s. ou au début du XXe (il en subsiste quelques ruines et autres sites et monuments historiques de l'Antarctique, visités, en 2006, par quelque 15 000 croisiéristes par an). J'ai appris l'existence de l'énorme courant circumpolaire (qui brasse les eaux de trois océans - et que le réchauffement climatique menace probablement (p.75). J'ai apprécié les mots d'Erik définissant ce qu'est un marin (p.188-190). J'ai appris (p.219) que, s'il existe 386 plantes à fleurs en Terre de feu (partie la plus au Sud du continent sud-américain), il n'y en a que... deux sur le continent Antarctique. Plus au Sud, toujours plus au Sud. L'ambition de départ était de franchir, en voilier, le cercle polaire (66°33). Mais la sagesse est d'être capable de renoncer, de ne pas aller trop loin dans ce monde sans secours, lorsque les icebergs et autres glaces flottantes se font trop pressants autour de la coque en aluminium. Une autre fois! (p.238). Une dernière citation (p.252): "Quoi de plus libre qu'un bateau? Mais quel apprentissage plus rigoureux? En mer, tout se paye cash, et immédiatement. Une jolie manoeuvre et c'est le bonheur. Une erreur et c'est la galère. Grosse erreur, grosse galère. Petite erreur, petite galère, mais galère quand même. Sur terre, un verre qu'on ne range pas, c'est du désordre. En mer, c'est un verre cassé".

 

Nos deux auteurs ont par la suite co-écrit un autre ouvrage, Passer par le Nord, la nouvelle route maritime (éditions Paulsen, 2014). Je le lirai si je le trouve... une année ou l'autre. 

 

P.S. sans rapport avec ce qui précède: en cherchant si je trouverais une adresse mail de M. Orsenna me permettant de lui demander en quelle année il était devenu écrivain de marine, j'ai déniché la liste de ses discours figurant sur le site de l'Académie française (où il a été élu en 1998 au fauteuil N°17, celui où l'avait précédé Jacques-Yves Cousteau). Dans le texte intitulé L'éloge de l'ombre, j'ai bien apprécié ce qu'il disait, en 2009, sur les menaces pesant sur nos libertés, sur notre vie privée, tant de la part de l'obscurantisme que de la technologie. Mais j'ai relevé avec... [amusement? Ce n'est pas forcément le mot!] que son propre "nom de domaine", eric-orsenna.com, qui figure sur sa fiche d'académicien, renvoie désormais (depuis quand? Une dernière archive remonterait à janvier 2025, alors qu'il dépendait des éditions Stock et que sa dernière mise à jour remontait à 2017 - sauf erreur de ma part?) vers sa fiche sur le site d'Hachette...

26 avril 2026

Les bûchers de Calcutta - Abir Mukherjee

Je viens de lire, en deux jours, le nouveau roman d'Abir Mukherjee, Les bûchers de Calcutta (Edition Liana Levi, 409 pages haletantes). J'ai eu le plaisir de retrouver, en 1926, le policier Sam Wyndham qui a été plus ou moins mis sur la touche depuis qu'il avait permis trois ans plus tôt la fuite d'Inde de son adjoint Satyen Banerjee. Je vous conseille de lire les cinq romans précédents (dans l'ordre de préférence) de la série, même si les histoires sont indépendantes. Quand Les bûchers de Calcutta commence, Wyndham ayant perdu la confiance de sa hiérarchie et à qui on ne confie plus d'affaires criminelles intéressantes est appelé sur les bords du fleuve Hooghly, là où l'on peut trouver des bùchers sur lesquels brûlent les morts. C'est un Intouchable, porteur de cadavres, qui a donné l'alerte. J. P. Mullick, un Indien très riche et respecté, est retrouvé égorgé. On confie donc l'affaire à Wyndham qui mène une enquête complexe dans le milieu du cinéma. En effet, J. P. Mullick était un mécène et il était en pleine production d'un film interprété par une future grande vedette hollywoodienne, Estelle Morgan. Dans le même temps, on a le plaisir de revoir, après trois d'absence (il s'était installé en Europe et surtout à Paris), Satyen Banerjee qui n'est plus policier mais qui va néanmoins prêter main forte à Wyndham car de son côté, il essaye de retrouver une cousine appelée Dolly qui est photographe. Elle a disparu et son labo photo a été dévasté. Je vous révélerai que les deux affaires sont liées et qu'il va y avoir trois autres morts dont une jeune femme. Comme je ne veux pas en dire plus, je m'arrête là pour l'histoire. Les chapitres sont courts et le récit est alternativement narré par Wyndham ou Banerjee. Je pense avoir deviné assez vite qui est à l'origine des morts et pourquoi. Vous pouvez lire la note de l'auteur à la fin de l'ouvrage qui donne un indice important sur l'intrigue. Et sinon, j'ai trouvé sympathique que Mukherjee dédie son roman "aux libraires et aux bibliothécaires pour tout ce que vous faites pour nous" (écrivains). 

23 avril 2026

Compostelle - Yann Samuell / Disparition de Nathalie Baye (6 juillet 1948-17 avril 2026)

J'ai beaucoup apprécié Compostelle, un "road movie" à la française d'après des faits réels où deux personnes, Frédérique et Adam, partent pour trois mois sur le chemin de Compostelle. Frédérique (Alexandra Lamy, très bien) vient de se séparer de son conjoint et sa relation avec sa fille est houleuse. Frédérique a été mise à pied comme professeur car elle a giflé une de ses élèves. Sa meilleure amie Nadège, membre d'une association caritative, la convainc de faire de l'encadrement d'un jeune en difficulté, en l'occurence Adam (Julien Le Berre). Il s'agit de partir trois mois avec lui pour une marche restauratrice vers Compostelle. Adam risque la prison s'il ne fait pas cette marche. Le périple est semé d'embûches car Adam est un garçon très difficile voire violent. Le film permet d'admirer de très beaux paysages et sites de Haute-Loire chers à Manou. Un film à voir. Lire le billet de Géraldine.

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Je profite de ce billet pour rendre hommage à Nathalie Baye disparue à 77 ans, le 17 avril dernier. Cette disparition me fait penser que cette actrice a toujours été très bien dans les rôles très différents qu'elle interprétait. Je me souviens d'elle dans un film méconnu de François Truffaut, La chambre verte (1978), ou dans Une semaine de vacances de Bertrand Tavernier (1980), Une étrange affaire de Pierre Granier-Deferre (1981), Le petit lieutenant de Xavier Beauvois (2005), Vénus Beauté Institut de Tonie Marshall (1999). Elle a aussi tourné à l'international comme Arrête-moi si tu peux de Steven Spielberg (2002). Lire les billets de Princecranoir et Selenie

19 avril 2026

Une unique lueur - Fred Vargas

Je viens de terminer Une unique lueur, le nouveau roman de Fred Vargas (Edition Flammarion, 523 pages) que j'ai trouvé très agréable à lire. L'histoire se passe à Paris de nos jours. Le commissaire Adamsberg vient d'être appelé dans le VIème arrondissement. Le corps d'une très belle jeune femme gît sur le trottoir. Elle a reçu un coup de couteau dans le coeur dissimulé par ses vêtements. C'est surtout sa tenue qui attire l'attention. Une veste en lainage pied-de-poule (carreaux noirs et blancs), une jupe noire, des collants et des chaussures à petits talons. Comme accessoires, elle porte une montre, un bracelet auquel est attaché un sifflet doré, un sac à main et près d'elle, un bouquet de fleurs bleues, des ancolies. Peu de temps après, il y a un autre meurtre avec le même modus operandi. Six ans auparavant, un crime similaire a eu lieu mais le meurtrier n'a pas été appréhendé. Adamsberg et son équipe au grand complet enquêtent. Gérard de Nerval et son poème El Desdichado (dont voici les premiers vers célèbres: "Je suis le Ténébreux, — le Veuf, — l’Inconsolé, Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie : Ma seule Étoile est morte, — et mon luth constellé Porte le Soleil noir de la Mélancolie." ainsi que Lauren Bacall (et Humphrey Bogart) ont une grande importance dans la découverte de l'assassin ainsi qu'un labrador noir appelé Anselme et son maître Sébastien de Charlus. L'enquête mènera Adamsberg et deux de ses collègues jusqu'à Los Angeles (La cité des anges) avant de revenir à Paris. On apprend le nom de l'assassin dans les toutes dernières pages. La langue de Fred Vargas est toujours précise et imagée. Un vrai bonheur de lecture que je vous recommande. 

16 avril 2026

Yellow Letters - İlker Çatak

Yellow Letters est un film germano-franco-turc du réalisateur allemand Ilker Çatak, d'origine turque. Ce long-métrage qui a reçu l'Ours d'or au dernier festival de Berlin m'a beaucoup plu. Il est sorti en salle le 1er avril 2026. L'histoire est très prenante pendant plus de deux heures. Elle se passe de nos jours en Turquie entre Ankara et Istanbul, même s'il est bien précisé que Berlin joue le rôle d'Ankara et Hambourg celui d'Istanbul. Les acteurs, très talentueux, sont tous turcophones. Le film débute à Ankara sur la scène du théâtre national. Derya Tufan, une actrice dans la quarantaine, joue le rôle principal dans une pièce écrite par son mari Aziz, qui est aussi professeur d'université. Ils sont les parents d'une adolescente, Ezgi, qui voudrait s'émanciper. À la fin d'une représentation, Derya, qui est fatiguée, refuse de faire une photo avec un homme important du gouvernement et à partir de là, les ennuis commencent. Aziz reçoit une "lettre jaune" qui signifie sa mise à pied. Il ne peut plus enseigner et Derya est aussi mise au chômage. Ils sont surtout accusés d'avoir critiqué le dirigeant turc en place. L'action se déplace vers Istanbul où ils sont logés par la mère d'Aziz, qui est ravie d'avoir de la compagnie. Aziz devient taxi de nuit et Derya ronge son frein avant, peut-être, de redevenir actrice, mais à quel prix? Rien que pour les acteurs turcs qui jouent plutôt au théâtre en Turquie, il faut aller voir ce film recommandé aussi par Pascale et Selenie

12 avril 2026

Les morts ne chantent pas - Jussi Adler Olsen / Line Holm & Stine Bolther

Je viens de terminer hier, samedi 11 avril 2026, la onzième enquête du Département V qui se passe toujours au Danemark. Les morts ne chantent pas (Edition Albin Michel, 598 pages) est un roman écrit à six mains puisque Jussi Adler Olsen s'est adjoint deux femmes journalistes et romancières toutes les deux, Line Holm & Stine Bolther, pour ce roman que j'ai apprécié avec une intrigue bien ficelée. Depuis le départ à la retraite de Carl Mork, c'est Assad qui dirige le département V avec Rose toujours pas commode. Cette dernière à des problèmes hormonaux qui la perturbent et elle ne sait pas qu'elle a. Une policière française, Héléna Henry qui a exercé à Lyon et dont la mère était Danoise, est mise à la disposition temporairement du département V. L'histoire commence quand un vieil enregistrement audio, sur lequel une femme agressée appelle à l'aide, mais qui a été classé sans suite, est exhumé. En 1989, dans une colonie de vacances étaient réunis des jeunes garçons qui chantaient dans un choeur renommé, Jakob âgé de 10 ans était l'un deux. Après avoir été jeté dans l'eau d'un lac, il est enfermé sur un balcon. A priori, il avait une voix exceptionnelle qui a attiré la jalousie d'autres jeunes chanteurs. Je vous laisse découvrir ce qui est arrivé à Jakob qui est celui qui va se venger de différentes manières contre ses tortionnaires, trente-quatre ans plus tard. Il veut les détruire moralement et physiquement. Le roman est haletant. Quand le roman se termine, on peut penser qu'il y aura une douzième enquête. Lire le billet d'Eva

11 avril 2026

Le cri des gardes - Claire Denis

Le cri des gardes qui vient de sortir en salles et qui a été réalisé par Claire Denis est une adaptation en anglais de la pièce de Bernard-Marie Koltès, Combat de nègre et de chiens, que j'ai eu la chance de voir en 1983 dans la mise en scène de Patrice Chéreau au théâtre des Amandiers à Nanterre (une grande époque). Pour le film, Claire Denis a choisi des acteurs comme Matt Dillon et Isaac de Bankolé entre autres. C'est un huis-clos qui se passe quelque part en Afrique de l'Ouest pendant 24 heures. Cependant l'action principale se passe surtout de nuit dans un chantier de travaux publics clos avec miradors et gardes armés qui communiquent entre eux presque en criant (d'où le titre du film). Le chef de chantier Horn (Matt Dillon, étonnant) demande à son adjoint Cal (Tom Blyth) un ingénieur, d'aller chercher sa femme Leone (Mia McKenna-Bruce) qui arrive d'Europe. Horn a acheté du champagne et préparé un feu d'artifice. Le couple s'est marié tout récemment. Pendant ce temps, Alboury, un Africain très digne (Isaach de Bankolé), debout derrière les barbelés, réclame le corps de son frère qui est mort sur le chantier dans "un accident" écrasé par une pelleteuse. A moins qu'il n'ait été tué délibérément. La confrontation qui se passe pendant la nuit entre le chef de chantier et l'Africain est prenante. Pendant ce temps, Cal dont on comprend vite qu'il est responsable de la mort du frère d'Albouy se promène avec un pistolet. Quarante-trois ans ans après avoir vu la pièce, j'avoue que je ne me rappelais plus du tout de l'intrigue. Je me rappelais plutôt ce décor impressionnant imaginé par Richard Peduzzi. Dont voici quelques photos. Un embranchement d'autoroute. Et je me souviens des interprétations de tout premier ordre de Michel Piccoli, de Philippe Léotard ainsi que de Miriam Boyer et Sidiki Bakaba.
 

 

Michel Piccoli de dos

Philippe Léotard et Michel Piccoli

 



Le film de Claire Denis m'a plu mais il manque un petit quelque chose. Cela reste assez froid même si on sent une menace latente qui plane pendant tout le film. L'ensemble est traité de manière un peu abstraite, cela manque de vraie émotion. Mais les comédiens sont vraiment excellents. Cela m'a donné envie de relire la pièce en français.

7 avril 2026

Le butor étoilé - Sigolène Vinson

J'avais (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) commandé auprès d'un de mes proches, pour Noël, ce livre qui m'est parvenu il y a seulement quelques semaines. J'avoue que je ne suis peut-être pas allé vers Le butor étoilé de Sigolène Vinson pour de simples raisons d'envie d'apprécier un ouvrage... 

Sigolène Vinson, Le butor étoilé, Le tripode, 2025, 190 pages

 

La conception plutôt elliptique de ce roman m'a un peu dérouté. L'écriture en est très poétique. Le butor étoilé? Un sujet d'observation ornithologique. Dès la première page (récit à la première personne, au bord d'un marais - qui, de lieu, devient quasiment un personnage à part entière), nous savons que l'héroïne (?) s'inquiète à propos d'une certaine Dedou: cela fait cinq jours que la gamine a disparu du village. 

 

Et puis apparaît un autre personnage "en interaction": Damien, lui-même en plein dialogue de sourd avec son père Kader, qui juge plutôt durement la manière dont Damien gère sa vie de couple "actuellement"... (en fantasmant sur une inconnue qui laisse chez lui des lettres adressées à un autre). Beaucoup de dialogues, avec soi-même ou avec d'autres, de l'introspection... Trop d'introspection et pas assez d'histoire clairement énoncée pour moi (qui suis très paresseux et qui aime les choses simples et évidentes). Beaucoup d'observations et d'attentes, des allégories et du symbole. Le butor étoilé, que l'héroïne cherche tellement à "observer", n'est-il pas lui-même une personnification de l'homme qu'elle attend (p.67)? Je l'ai lu jusqu'au bout. Mais l'abondance d'image a sans doute saturé ma mémoire: je n'en ai rien retenu. À la fin, on apprend une mort.

 

Manou, Géraldine, Emma [Messana] et Virginie Vertigo ont davantage apprécié le roman que moi. Hugues du blog collectif Charybde 27 en avait aussi parlé.

 

En fait, si j'ai lu ce livre, c'est que je souhaitais évoquer une oeuvre de Sigolène Vinson, dont je connaissais seulement le nom au titre de sa participation passée à Charlie Hebdo (jusqu'à l'attentat de 2015). Je l'avais déjà citée à l'occasion du récit de "l'opération commando" montée pour rajouter le portrait en "pochoir" du dessinateur Honoré à une oeuvre de rue qui avait uniquement cité les quatre autres dessinateurs de Charlie assassinés. Je pense que j'attendrai une éventuelle reprise en recueil de ses chroniques judiciaires pour le journal avant de revenir vers elle... à moins que je tente tout de même Courir après les ombres, dont Manou parle de manière alléchante ici?

 

*** Je suis Charlie ***

6 avril 2026

Plus fort que moi - Kirk Jones

Plus fort que moi de Kirk Jones permet de découvrir ce qu'est le syndrome de Gilles de la Tourette, une maladie neurologique caractérisée par des tics moteurs et vocaux. Le film qui est basé sur des faits réels débute en Ecosse dans les années 80 et il est centré sur le personnage de John Davidson qui a commencé à avoir les premiers symptômes de ce mal pas très connu vers l'âge de 13 ans. Ce sont surtout les écarts de langage qui frappent son entourage. Il se met à dire des grossièretés à son corps défendant et c'est accompagné de tics nerveux. Sa famille est dévastée. Elle croit qu'il simule, qu'il le fait exprès. Ses camarades de classe se moquent de lui et le directeur de l'école où il est inscrit lui inflige des punitions corporelles. Dans ces années 80, on connaît mal cette maladie qui touche surtout les garçons. Le jeune acteur qui interprète John jeune est remarquable et Robert Aramayo qui incarne John Davidson adulte est exceptionnel. Deux personnes vont le soutenir, dont Dottie, une infirmière qui le prend sous son aile. Elle a beaucoup d'empathie en ce qui le concerne. Tommy Trotter (Peter Mullan, vraiment bien) va l'engager pour un emploi. Mais bien évidemment, John ne fait pas d'études supérieures mais il va faire connaître sa maladie à un grand nombre de personnes lors de réunions. Ce film britannique vaut la peine d'être vu. Pascale et Henri Golant l'ont aussi bien apprécié.

Choup, dans un de ses commentaires sur mon blog, le conseille aussi. Je la cite: "J'ai pour ma part été voir hier Plus fort que moi, un super film, histoire vrai de John Davidson, atteint du syndrome Gilles de la Tourette et qui dédie sa vie à éduquer les gens sur ce syndrome et tout ce qu'il implique pour les personnes qui en sont atteintes et leurs familles. Un film formidable et l'acteur principal est phénoménal".

4 avril 2026

La ville couronnée d'épines - Gilbert Cesbron

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais encore publier un article sur un recueil de nouvelles, mais cette fois-ci un peu plus récent (même si je ne l'avais jamais lu jusqu'à aujourd'hui). Malgré son demi-siècle "bon poids", cet ouvrage est trop "récent" pour pouvoir figurer parmi les "classiques" de Nathalie... même si, m'a-t-il semblé, les saynètes qui le composent évoquent plutôt la fin des années 1950 ou les années 1960 que les années 1970.

Gilbert Cesbron, La ville couronnée d'épines, Robert Laffont, J'ai lu N°979, 219 pages,
1979 (EO 1974), illustration de couverture de Gyula Konkoly

 

Gilbert Cesbron (1913-1979) a toujours revendiqué haut et fort son catholicisme (déjà, un titre pareil est forcément christique, non?). Disons que, tout comptes faits, j'aime bien le lire "malgré cela" (même s'il m'agace parfois avec son insistance...). Dans mon enfance, je m'étais approprié le volume Chiens perdus sans collier qui était dans la bibliothèque familiale, puis ai mis quelques années avant d'en découvrir d'autres. Aujourd'hui, c'est en écumant les bacs d'occasion (à quelques dizaines de centimes d'euros le volume) que j'ai l'occasion d'en lire que je ne connaissais pas, avant de les verser dans telle ou telle bibliothèque partagée. Mais je n'en tire pas toujours un billet...

 

Chacune des 15 nouvelles est précédée d'un petit texte en italiques. Préface ou introduction? Souvent petite méditation philosophique, plutôt. Parfois, souvenir personnel (ou donné comme tel)...

Ces courts "récits" (terme qui figure en sous-titre dans l'une des pages intérieures) se donnent en point commun d'évoquer la banlieue et les deux classes sociales susceptibles de l'occuper: la nouvelle, celle des prolétaires et/ou ouvriers pauvres, d'une part. Et l'ancienne (en voie de disparition) constituée de ceux qui étaient sur place (à la campagne, alors) avant la construction des "cités". Quelques mots pour vous les présenter (en toute subjectivité!) ci-dessous.

 

* Un roman de poche (p.7): histoire douce-amère de jeunes déboussolés... la banlieue ouvrière et la ruralité semblent, tous comptes faits, peu miscibles.

* Carrosse d'un vieux roi (p.25): une jolie histoire de gain à une émission de radio (et de temps qui passe!), qui m'a rappelé Si j'avais un château

* La petite Agnès (p.34): ce "fait divers" terrible et l'analyse psy du personnage principal ne m'ont pas vraiment plu...

* La fiche (p.50): un retraité qui s'ennuie tellement qu'il se cherche, chaque matin, une liste de "quelques choses à faire" pour s'occuper est absolument ravi que le destin lui en envoie une palanquée!

* L'enfant de l'autoroute (p.57): un joli conte qui m'a bien plu. L'autoroute en construction qui traverse sa cité forme une voie d'accès (goudronnée pour la partie finie, de sable jaune pour celle que les engins tracent) qui permet à un gamin de découvrir, à quelques kilomètres de chez lui, campagne, ferme et vache, à l'insu de ses parents, les mercredis où il est censé rester seul à la maison...

* Le poids du monde (p.74): Brr... Crédible, trop crédible (même avec la pincée de bondieuserie que je trouve personnellement en trop).

* Le plus fidèle ami du chien (p.86): une nouvelle presque fantastique (sinon science-fictionnelle), à front renversé... pauvre bête!

* "Mame Denis" (p.86): cette nouvelle mettant en scène des militaires (anciens d'Afrique) a sonné, pour moi, comme certaines nouvelles de Joseph Kessel (Le coup de grâce?)

* Pavillon perdu (p.116): encore un conte, avec un côté pathétique, quelque chose  du roman d'Alain-Fournier Le grand Meaulne, ai-je trouvé: une rencontre "par hasard". Pour le malheureux héros, "cela a commencé pendant une triste nuit, le long d'une route solitaire de [banlieue], alors qu'il cherchait un raccourci que [malheureusement] il trouva [le lendemain]"... Bon, on peut espérer que, des lendemains de recherche, il y en aura encore d'autres!

* Le 8 juin (p.138): cette histoire amère qui se déroule dans un "mouroir" (qu'on n'appelait pas encore EHPAD) m'a évoqué" une atmosphère à la Alphonse Daudet... Une fête organisée théoriquement en l'honneur d'une centenaire démontre tragiquement qu'elle n'était pas au coeur des préoccupations, en fait!

* L'enfant prodigue revient toujours trop tôt (p.148): extrait de la spirituelle introduction (p.147). "Neuilly a toujours joué sur les deux tableaux: "je suis la ville, voyez mes pierres; je suis banlieue, voyez mes arbres..."." 
Un "fils de famille" a encore besoin de bouffer un peu de vache enragée avant de "rentrer dans le moule"!

* Ci-gît (p.163): je n'ai pas réussi à comprendre la morale qui peut être sous-jacente dans cette histoire, celle d'une tombe abandonnée dans un cimetière depuis plus d'un siècle... auquel un inconnu redonne vie? Je n'ai pas vu venir la chute, non plus.

* L'autre chemin (p.167): un conte... avec un autobus à plateforme auquel chauffeur et receveur font prendre, un beau soir, le chemin des écoliers. Je doute (hélas!) qu'il soit basé sur une histoire vraie!

* Les amoureux de Garches (p.179): analyse amère de la différence entre infirmité (permanente) et blessure accidentelle (dont on se remet), croisée avec, là encore, une différence de classe sociale... tragique. 

* La châtelaine de Gentilly (p.206): j'ai perçu dans cette nouvelle "aristocratique" comme un pâle reflet de certaines de Jean de La Varende... Description d'un monde figé dans le passé, suranné, d'une "vieille dame" qui traverse les années sans accepter le changement... J'ai apprécié la rencontre avec le jeune curé nommé pour remplacer celui avec qui, depuis des décennies, elle s'occupait de "ses pauvres" (en se privant pour eux), qui essaie en vain de lui ouvrir les yeux et l'esprit concernant toute "la pauvreté" de la nouvelle cité - qu'elle repousse... Cela m'a un peu rappelé Les clés du royaume de A.J. Cronin.

 

J'ai appris (ce dont je ne me serais pas douté!) que Gyula Konkoly, né en 1941, est un (et non une) peintre hongrois, qu a demandé l'asile politique en France en 1970. Il a illustré couvertures de livres et affiches de livres entre 1874 et 1987, et a enfin a retrouvé la citoyenneté hongroise en 1991.

 

C'est vrai que je dois posséder quelques "Cesbron" achetés ces dernières années et qui figurent encore, non lus, dans l'une ou l'autre PAL. Mais, pour répondre à des blogueuses qui s'étonnent parfois que je chronique des livres en signalant que je les ai achetés il y a plusieurs décennies, je précise que, dans ces cas-là, en général, ce sont des rayonnages de ma bibliothèque de livres lus il y a fort longtemps mais conservés depuis, que je les tire (et non de piles de "jamais lus encore et restant à lire", bref, de PAL!). 

3 avril 2026

Le crime du 3ème étage - Remi Bezançon / Ceux qui comptent - Jean-Baptiste Leonetti

Le crime du 3ème étage de Rémi Bezançon est un hommage sympathique au film d'Alfred Hitchcock, Fenêtre sur cour, de 1954, avec Grace Kelly et James Stewart. Dans Le crime du 3ème étage, Laetitia Casta interprète Colette, une professeure d'université de l'histoire du cinéma et spécialiste d'Alfred Hitchcock. Gilles Lellouche, lui est François, un écrivain de romans policiers historiques. Ils vivent en couple mais leur vie intime est un peu en berne. Ils habitent un appartement sur cour avec de grandes baies vitrées. En face de chez eux, se sont installés de nouveaux voisins, Yann Kerbec (Guillaume Gallienne) et sa compagne sourde-muette directrice d'un théâtre. Un soir, Colette assiste derrière ses fenêtres à une scène de ménage qui la laisse perplexe. Elle est persuadée que Kerbec a tué sa femme. De fil en aiguille, Colette entraîne François à enquêter sur ce voisin inquiétant, un acteur qui joue Hamlet. L'action est bien menée mais il y a quelques longueurs tout de même. Cela manque un peu de "peps". L'ensemble se laisse voir mais le film m'a paru un peu trop gentillet. J'y suis surtout allée pour Laetitia Casta qui est très bien. Lire le billet de Pascale.


Je passe à Ceux qui comptent de Jean-Baptiste Leonetti. Ce film raconte une histoire assez triste. En tout cas, c'est ce que deux spectatrices et moi-même nous sommes dits en sortant de la projection. Cela commence comme une comédie avec l'histoire de Rose (Sandrine Kiberlain) et de ses trois enfants qui vivent dans un hôtel désaffecté. Rose déclare qu'ils ne sont pas pauvres mais qu'ils sont fauchés. Il faut voir comment Rose remplit son caddie à l'hypermarché du coin et part sans payer. C'est lors d'une de ses virées au magasin qu'elle fait la connaissance de Jean (Pierre Lottin) qui vit dans une caravane au bord d'une route. Rose se prend d'amitié pour lui. Elle a un côté déterminé qui force le respect. Elle veut surtout que ses trois enfants, un garçon et deux filles, ne soient pas séparés. Il y a beaucoup de pudeur dans les relations entre Rose et Jean. Je ne vous raconterai bien évidemment pas la fin. Un film très bien interprété (surtout par les deux adultes). Lire le billet de Selenie pas très enthousiaste. 

1 avril 2026

Le crépuscule des hommes - Alfred de Montesquiou

Je viens de terminer Le crépuscule des hommes d'Alfred de Montesquiou (Edition Pavillons - Robert Laffont, 383 pages dont 20 pages de notes biographiques et une bibliographie générale). 

Ce récit très vivant retrace l'année qu'a duré le procès de Nuremberg entre novembre 1945 et fin septembre 1946. Dans Nuremberg pratiquement détruite, quelques bâtiments sont cependant restés intacts, dont le palais de justice et le château Faber appartenant à la famille von Faber-Castells qui s'est enrichie grâce leurs crayons. Dans le château, les journalistes et les photographes qui ont suivi le procès se partageaient des chambres. Les hommes d'un côté et les femmes de l'autre (il y eut très peu de femmes à suivre le procès). Ce récit rappelle que des personnes célèbres sont venues plus ou moins longtemps pour suivre de près ou de loin les débats, écouter les témoignages la plupart du temps poignants. Pour les Français, Joseph Kessel, Elsa Triolet et Madeleine Jacob ainsi que Didier Lazard. Il y eut aussi le romancier américain John Dos Passos, Erika Mann, la fille de Thomas Mann, Walter Cronkite, un journaliste vedette de la chaîne CBS aux Etats-Unis. Il y a eu bien entendu quelques Russes qui appartenaient parfois au NKVD. C'était les plus virulents contre les accusés. Ils voulaient que tous soient condamnés à mort. Parmi les photographes, on retient surtout le nom de Ray d'Addario qui a photographié tout le procès de Nuremberg et tous les procès annexes. De Montesquiou rend toutes ces personnes proches de nous avec leurs qualités et leurs défauts. Le récit s'arrête avec l'exécution par pendaison de onze condamnés à mort. Le douzième, Goering, s'est empoisonné avec une capsule de cyanure avant son exécution. Ce livre est une bonne révision pour celles et ceux qui connaissent le sujet, et, pour les autres, un livre facile à lire et très intéressant.

29 mars 2026

L'espion aux yeux verts - Bernard Clavel

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) acheté hier samedi 28 mars ce recueil de nouvelles (marqué "roman" en couverture!) que je termine alors que nous sommes maintenant dimanche. Il me permet (de justesse!) une participation au challenge "2026 sera classique aussi!" organisé par Nathalie

Bernard Clavel, L'espion aux yeux verts, J'ai Lu N°499, 1985, 243 pages
(1er DL dans la collection 1974, copyright Robert Laffont 1969)

 

Je me suis acheté hier une bonne douzaine de bouquins d'occasion divers et variés (13 pour un coût total de 5,50 euros...), autant dire qu'il y avait peu de nouveautés de l'année dans le lot! J'ai tiré ce volume-ci du bac à cause de son auteur Bernard Clavel (1923-2010): j'ai déjà lu près d'une demi-douzaine de titres de cet "écrivain populaire", que j'aime bien... Cette fois-ci, pourtant, la première nouvelle, celle qui donne son nom au recueil, ne m'a pas enthousiasmé. Mais bien m'en a pris de ne pas abandonner ma lecture: sur les neuf du recueil, je la mets en dernière - ou en avant-dernière - position, là où d'autres m'ont vraiment plu. Je vais dire quelques mots de chaque nouvelle.

* L'espion aux yeux verts (p.5-33): un veuf reste cloitré chez lui en proie à la paranoïa... Il croit que tout son entourage l'espionne!

* Le père Vincendon (p.34-52) et Le père Minangois (p.236-242), deux nouvelles qui m'ont paru se répondre, se présentant chacune comme souvenirs d'un enfant concernant un vieil artisan qui venait chez ses parents... Un ébéniste dans un cas, un cordonnier dans l'autre.

* Légion (p.53-129): l'une de mes nouvelles préférées. Un ancien légionnaire démobilisé, qui "trace la route", arrive dans un village de montagne où la route fait un cul-de-sac: pas moyen d'aller plus loin malgré l'envie qu'il en a, continuer serait trop dangereux... et pour aller où? Travailleur, homme à tout faire, il va se faire apprécier de tous au village où il décide de séjourner. Mais l'envie est trop forte... et ce sera le drame, conclu en quelques phrases précipitées et abruptes. La nouvelle est dédicacée à Pierre Mac Orlan.

* Le soldat Ramillot (p.201-235): encore une histoire de soldat, donc, mais aussi l'occasion, comme Légion, d'évoquer la ruralité de la première moitié du XXe siècle et ses travaux... Cette nouvelle-là est celle qui m'a le plus fait songer à du Maupassant. 

* Le jardin de Parsifal (p.130-156): Parsifal, c'est un chien, le fidèle gardien de la maison d'une espèce de Landru musicien. Mais ce n'est pas ce chien-là qui le perdra. La nouvelle est datée d'avril 1962.

* Le fouet (p.157-166): une courte nouvelle qui se déroule quasiment le temps d'un numéro de cirque, après la Seconde Guerre Mondiale, avec une fin ambiguë et ouverte (le pardon ou non?).

* La barque (p.167-188): lors d'une inondation due à de fortes pluies, une barque toute neuve, utilisée pour le sauvetage, doit traverser un tunnel dans lequel l'eau monte... 

* L'homme au manteau de cuir (p.189-199): une autre histoire de soldats et de pluie, le sergent d'un poste de garde se laisse attendrir, malgré les consignes, en laissant un motard en panne se réchauffer dans le poste de garde (on doit être en période de conflit!). J'ai apprécié l'humanité des protagonistes de cette courte nouvelle, qui l'emporte sur la discipline militaire. 

 

Je ne l'ai pas indiqué systématiquement, mais la plupart des nouvelles sont dédiées à telle ou telle personne. 

Bien entendu, en 2026, impossible de savoir via un moteur de recherche si tel ou tel blog en a parlé... Il faudrait que je tombe dessus directement, ou bien chercher à l'intérieur des blogs eux-mêmes...

27 mars 2026

Momies - Exposition jusqu'au 25 mai 2026 au Musée de l'Homme à Paris

Pour une fois, je ne vais pas écrire sur un film ou un livre mais sur une exposition qui dure jusqu'au 25 mai 2026 au Musée de l'Homme à Paris (au Trocadéro). Il s'agit d'une exposition temporaire sur les momies du monde entier et sur certains rites funéraires. Car il n'y a pas eu de momies uniquement en Egypte. Les momies les plus anciennes que l'on ait trouvé (au Pérou) ont plus de 9000 ans. L'exposition convient à tous les publics. Des enfants avec leurs parents faisaient partie des visiteurs. On n'avait pas le droit de prendre en photos les six momies présentées. Dans trois salles, il y a des panneaux explicatifs, quelques films et des objets. On a trouvé des momies sur les cinq continents jusqu'en Chine, Afrique du Sud, aux Iles Marquises et en France (la "jeune fille de Strasbourg" au XVIIème siècle). Au Danemark, on a trouvé des corps momifiés enfouis dans la tourbe (un bon conservateur). On nous explique les méthodes de l'embaumement. C'est une exposition très intéressante et pas effrayante du tout. Le très beau catalogue très complet de l'exposition vaut la peine qu'on le regarde aussi. D'ailleurs, j'ai ai pris des photos que voici.

La jeune fille de Strasbourg, XVIIème siècle 

La beauté de Loulan, Chine, âge du bronze, IIème millénaire avant notre ère

Iles Marquises, certains crânes étaient prélevés post-mortem.
Crâne d'ancêtre dit "crâne-trophée", XIXème siècle

L'enfant Chancay, Lima Pérou, XIIème - XVème siècle

Homme guanche momifié, Iles Canaries, Espagne, 3000 - 2000 ans avant notre ère

L'homme Chachapoya, Pérou, 1100-1532, C'est la momie qui m'a le plus impressionnée. Peut-être que Edvard Munch s'en est inspiré pour sa toile "Le cri". De face, dans la position où elle est, elle m'a aussi fait penser à la momie Rascar Capac dans Le Temple du Soleil. Il manque plus que les bijoux et la tiare.

Je termine comme je l'ai commencé avec la jeune fille de Strasbourg et ses bijoux. A priori, elle est décédée entre l'âge de 7 et 11 ans.

Post-scriptum de ta d loi du cine ("squatter" chez dasola): selon ce qu'elle m'a raconté, dasola avait acheté ce catalogue à 39 euros en province, dans une librairie bien achalandée qu'elle fréquente lors de ses séjours dans un ancien chef-lieu de région. Elle se souvient que la vendeuse lui a parlé de ce sujet très intéressant qu’étaient les momies, et qu'elle a répondu juste « oui, oui »… Dasola a laissé un moment le livre sous blister dans son studio provincial, voulant d’abord voir l’exposition avant de le lire, sans le ramener à Paris parce que trop lourd et parce qu'elle manque de place. Et puis, en février, son voyage prévu pour venir y séjourner a tourné court, et elle y est revenue seulement maintenant. En tout cas, le jour où elle était allée voir l’exposition, la boutique était fermée « pour raison technique », et elle n’aurait même pas pu l’acheter ce jour-là !

24 mars 2026

The Bride! - Maggie Gyllenhaal

Grâce à Pascale qui m'a convaincue, je suis allée voir The Bride! de l'actrice et réalisatrice Maggie Gyllenhaal et je la remercie, même si je suis un peu moins enthousiaste qu'elle à propos de ce film. Surtout, le début m'a décontenancée. Cela se passe pendant les années 30 à Chicago, puis à New York et aux Chutes du Niagara. Cela part dans tous les sens et je me suis demandé si tout le film allait être aussi survolté et pas très compréhensible, et puis, petit à petit, je me suis habituée au rythme. L'histoire commence vraiment après le meurtre d'Ida, une jeune femme prostituée qui vient d'être inhumée et que Franck (Frankenstein en mal d'amour) va faire déterrer. Il emmène le corps auprès du docteur Cornelia Euphronius (Annette Bening) qui, comme elle l'a fait pour Franck, va revitaliser Ida. Cette dernière devient "The Bride", la fiancée de Frankenstein. Ils sont très vite poursuivis par la police. Il y a quelques morts violentes mais Ida et Franck jurent de s'aimer jusqu'à la fin des temps. Le couple Christian Bale / Jessie Buckley est magnifique, on veut qu'ils s'en sortent même s'ils sont déjà morts. C'est gothique en diable, les vrais méchants sont punis. Comme l'écrit Pascale, il y a un côté très féministe dans cette histoire et la toute fin pourrait faire penser qu'il pourrait y avoir une suite, mais ce n'est pas sûr. Je vous conseille de voir le film en VO. Lire le billet de Selenie qui a aussi beaucoup aimé ce film. 

21 mars 2026

Les rayons et les ombres - Xavier Giannoli

Les rayons et les ombres de Xavier Giannoli est un film qui fait pas mal parler de lui. Je l'ai vu en avant-première le 15 mars. Ce long-métrage dure 3h20 est sorti le mercredi 18 mars 2026. Ce qui m'a frappé très vite, c'est que tous les personnages ou presque fument sans arrêt d'une séquence à l'autre pendant tout le film. 

Par ailleurs, j'ai été gênée par le brassage de plein d'événements qui semblent se juxtaposer et non se suivre. Il y a un problème de chronologie et la narration passe du coq à l'âne. Il n'y a pas vraiment de liant. Je pense que Xavier Giannoli et son scénariste Jacques Fieschi ont voulu trop en raconter sur la collaboration à Paris pendant les cinq ans d'occupation nazie. On assiste au transfert des cendres de l'Aiglon au Panthéon en décembre 1940, à la fuite des collaborateurs célèbres français à Sigmaringen en 1944, aux orgies décadentes. Je n'ai pas vraiment compris comment Jean Luchaire (Jean Dujardin) est passé d'idées pacifistes à celles prônant l'antisémitisme et se ralliant au nazisme. Il est vrai que son ami d'enfance était l'Allemand Otto Abetz qui voulait aussi soutenir les bonnes relations entre la France et l'Allemagne. Ce dernier est devenu ambassadeur d'Allemagne en France pendant la guerre. La connivence était totale entre les deux hommes. Le journal Les nouveaux temps dont Luchaire était directeur a servi pour la propagande pro-allemande. Il dépensait sans compter le peu d'argent que le journal rapportait. Le film nous raconte surtout l'histoire d'un père et de sa fille tuberculeux qui s'adoraient tous les deux. Les séjours de Corinne Luchaire en sanatorium qui ont commencé dès 1941 ne sont évoqués que pendant la dernière heure du film. Corinne Luchaire (1921-1950), narratrice du film, est le deuxième personnage principal du film. Elle a eu une vie courte et tragique. Malade, elle n'a plus eu le droit de tourner après 1940. Son film le plus célèbre est Prison sans barreaux (1938) réalisé par Léonide Moguy, un Juif russe. Le film démarre en 1948. Une jeune femme, Corinne Luchaire, vit chichement dans un appartement HLM avec sa petite fille Brigitte. Lors d'une sortie avec la poussette de l'enfant, elle est suivie par deux hommes qui lui crachent dessus. Une voisine la prend en pitié et elle lui propose de s'occuper de Brigitte pendant que Corinne raconte sa vie grâce un magnétophone à bandes. Elle dira souvent qu'elle ne savait pas, qu'elle ignorait les abominations survenues pendant cette période. Cette jeune femme a été condamnée en 1946 à 10 ans d'indignité nationale et son père, Jean Luchaire sera fusillé en 1946. Il était né en 1901. Le film ne m'a pas déplu du tout mais il est quand même long et touffu. Et il est très bien interprété par Jean Dujardin et Nastya Goloubeva (la fille de Léos Carax). Je ne suis pas sûre que quelqu'un qui ne connaît pas trop ce qu'était la France collaborationniste en saura beaucoup plus en sortant de la projection. 

18 mars 2026

La guerre des prix - Anthony Déchaux

Aujourd'hui, mercredi 18 mars 2026, est sorti La guerre des prix, un premier film d'Anthony Déchaux sur l'univers impitoyable du yaourt (bio). Audrey (Ana Girardot, très bien) est chef de rayon des laitages (dont les yaourts) dans une grande enseigne. Peu après, elle intègre la centrale d'achat de cette enseigne car on a remarqué qu'elle ne se laisse pas marcher sur les pieds. On la met en binôme avec Fournier (Olivier Gourmet, impérial) pour négocier à la baisse l'achat de yaourts auprès des exploitants car il faut contenter le bout de la chaîne, c'est-à-dire les consommateurs. Les discussions sont houleuses. On apprend dès le début qu'Audrey est née dans une exploitation de 72 vaches laitières en Normandie et son frère Ronan est celui qui la dirige. Il fabrique des yaourts bio. Audrey espère donc que la filière bio et locale dont fait partie Ronan arrive à un accord avec la centrale. Rien n'est simple et il y a un retournement de situation que l'on ne voit pas arriver à la fin. Mais comme dit Fournier "A la fin, c'est toujours une question d'argent". On sent que le réalisateur a dû étudier son sujet. L'ensemble est très bien mené. Un très bon film qui laisse un goût un peu amer pour certains personnages.

15 mars 2026

Le brave soldat Chvéïk - Jaroslav Hasek

Le sujet de ce mois de mars, pour le challenge Escapades en Europe - Voyages dans les littératures européennes organisé par Cléanthe, porte sur Le beau Danube bleu – Focus sur la Mitteleuropa. Si la seconde partie de l'intitulé ne pose pas question, il m'a fallu (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) faire non seulement un "pas de côté", mais carrément le grand écart pour raccrocher au Danube ma relecture de ce mois... 

Jaroslav Hasek, Le brave soldat Chvéïk, trad. par Henry Horejsi, Gallimard, 1932 (EO 1921)
* Folio N°676, 1992 pour mon exemplaire (DL 1975), 364 pages
* Le livre de poche N°1050, 1969 (DL 1963), 249 pages

 

J'ai acheté l'un des deux livres ci-dessus il y a près de 30 ans, et l'autre édition il y a quelques mois en vue de la verser dans telle ou telle des "bilbliothèques partagées de hall d'immeuble" que je fréquente (avec un succès mitigé - je me demande si la seule "sortie temporaire" que j'ai cru remarquer n'était pas due à un simple glissement derrière le rayonnage...). Saurez-vous deviner laquelle est laquelle? Dans les deux cas, il s'agit bien du même texte (de la même traduction) même si l'une des deux éditions (celle en Folio) a des caractères plus gros que l'autre... 

 

Né à Prague en 1883 (comme Kafka, tiens!), Jaroslav Hašek est décédé un an avant ce dernier, en 1923, à Lipnice nad Sázavou dans la Tchécoslovaquie de l'époque (aujourd'hui en Tchéquie). Il a lui-même effectué une partie de la guerre de 1914-1918 mobilisé dans l'armée autrichienne. Voilà pour les liens avec le Danube (même si l'actuelle Tchéquie n'est pas baignée par ce fleuve, elle a fait jadis partie d'ensembles plus vastes!)... Le brave soldat Chvéïk reste l'oeuvre de Hašek la plus célèbre, et a connu quelques suites que seule la mort de l'auteur a interrompues (il prévoyait six livres). Si je connaissais ce titre-là (premier de la saga) depuis quelques décennies, je n'ai encore jamais lu les Nouvelles aventures du brave soldat Chvéïk ni les Dernières aventures du brave soldat Chvéïk. Au moins l'un des deux livres semble disponible dans les bibliothèques parisiennes, je verrai si je le croise en 2026... Mais qui est ce brave soldat?

 

Au début de l'histoire, fin juin 1914, Chvéïk n'est encore qu'un civil (qui a réussi à se faire réformer du service militaire après avoir été déclaré "complètement idiot" par la commission médicale de l'armée impériale d'Autriche-Hongrie). Son activité? Revendeur de chiens... Apparemment, à cette époque, les innocentes conversations que pouvaient tenir clients et patrons de troquets de Prague pouvaient facilement être prises à mal par des agents provocateurs de la police en quête de "mauvais sujets". Arrêté, Chvéïk va devoir jouer d'un mélange d'innocence et de roublardise pour écoeurer ses interrogateurs, de commissariat en asile d'aliénés, avant d'être renvoyé dans ses foyers. Convoqué de nouveau, après les premières défaites autrichiennes dans la guerre, devant la commission médicale chargée de statuer sur ses capacités à être versé dans la Réserve de l'armée, le voici cette fois-ci pris pour un simulateur... et mis en prison. Là, il a la chance de "taper dans l'oeil" d'un aumônier militaire quelque peu particulier, qui s'arrange pour se le faire affecter comme ordonnance. Tout se passe à peu près bien (que d'aventures!) jusqu'à ce que cet aumônier le perde malencontreusement aux cartes, au profit d'un certain lieutenant Lucas. Ce que je dis en deux phrases occupe des dizaines de pages savoureuses, bien entendu.

 

Le caractère "intemporel" du personnage de Chvéïk, qui s'avère un bon valet de comédie, fait pour nous, lecteurs d'un siècle plus tard auxquels échappent peut-être certaines des fines allusions ou des faits de société, le sel de cette lecture. Ce qui apparaît à ses infortunés interlocuteurs comme du non-sens verbal n'atteste-t-il pas plutôt d'un solide bon sens à toute épreuve? Chvéïk noie le poisson, de pied ferme, en répondant systématiquement à côté de la question posée par des anecdotes n'ayant souvent ni queue ni tête mais qu'il présente comme tirées de son expérience personnelle. 

L'aumônier puis le lieutenant apparaissent aussi comme des "types" truculents. La visite du mari venu reprendre l'épouse qui s'était invitée chez l'amant (p.305-326) constitue une scène d'anthologie. Nous sommes entre personnes du beau monde. Je ne vous dirai pas comment le mari a su où était l'épouse. Mais ce qui conduira lieutenant et ordonnance à leur perte (ou en tout cas sur le front et non plus tranquillement "à l'arrière"), c'est un chien volé - soit le secteur d'activité de Chvéïk dans le civil. Le fait d'appâter les toutous avec du "saucisson de cheval" m'a rappelé qu'à l'époque, la traction de véhicules était encore souvent hippomobile.

 

Cette relecture m'a en tout cas donné l'impression que Jaroslav Hasek a parfois dû être plagié, presque mot pour mot, par d'autres auteurs: j'ai de vagues souvenirs - eux aussi fort lointains - de personnages de soldats allemands qui jouent les niais face à des médecins voire à des officiers ou sous-officiers et font "tourner en bourrique" des spécialistes en santé mentale (Sven Hassel? H. H. Kirst?). Mais lui-même avait-il lu la scène des Trois mousquetaires où Athos joue aux dés son valet Grimaud?

 

Je n'ai pu trouver, en faisant des recherches, que quelques blogs ayant parlé du Brave soldat Chvéïk: je l'ai trouvé cité sur Littérature des 5 continents et chez Crémieu-Alcan (blog Les 100 livres). Si j'en trouve d'autres, je ne m'interdis pas de les rajouter! 

 

Edit du 17/03/2026: c'est seulement aujourd'hui que j'ai pris conscience que Le brave soldat Chvéïk pouvait aussi s'inscrire aux deux challenges organisés par Nathalie, Pages de la grande guerre 2026 et 2026 sera classique aussi!

 

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