Le corsaire de la reine - Barbara Cartland
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Encore un livre glané hier dans un bac, lu d'une traite à l'aube, et qui ce soir aura sans doute rejoint une "bibliothèque partagée" en hall d'immeuble. Mais avant cela, il m'aura inspiré un billet (et ce n'est pas le cas de tous ceux que je [ta d loi du cine, "squatter" chez dasola] lis!). Le corsaire de la reine (en VO Elizabethan Lover) s'inscrit pleinement dans le Book trip en mer (saison 3) de Fanja. Mais aussi dans 2026 sera classique aussi! organisé par Nathalie, car l'édition anglaise semble remonter à 1953.
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Barbara Cartland, Le corsaire de la reine, Librairie Jules Taillandier, coll. J'ai lu N°1077,
1980, 252 pages, illustration d'Etienne Lage (trad. Françoise Colas 1977, EO 1953)
Un hardi cavalier de 29 ans, Rodney Hawkhurst, se dirige vers le manoir des Gillingham, quand une flèche lui arrache son chapeau empanaché. Juste le temps de voler un baiser à l'archère impertinente, et notre capitaine Rodney arrive chez sir Harry, dont il espère bien obtenir un prêt de 2000 livres sterling, le tiers de la somme lui permettant d'armer un vaisseau pour "faire la course" contre l'Espagnol. Nous sommes en 1588, l'Armada approche de l'Angleterre... mais ce marin qui a navigué 10 ans sous les ordres de Francis Drake veut désormais courir sa chance pour son propre compte.
La famille Gillingham, ce n'est pas simple, elle est recomposée. Sir Harry approche de la soixantaine, a eu d'un premier lit une fille de 21 ans, Anne, puis d'une deuxième épouse deux enfants plus jeunes (Francis, l'aîné, et Lisbeth, presque 18 ans), et, après la mort de leur mère, s'est remarié avec une marâtre pas tellement plus âgée que ses propres enfants. Francis, qui aime trop la poésie au goût de leur père, a interdiction de fréquenter les voisins (père et fille). Anne va se retrouver fiancée (nul ne lui a demandé son avis!) à Rodney. Après le départ de celui-ci, Francis se fait pincer par papa à regagner nuitamment le domicile (la marâtre ayant malignement verrouillé la porte). Le voilà condamné à naviguer sur le bateau cofinancé. Lisbeth est chargée de l'accompagner à bon port (et d'éviter qu'il s'enfuie avant de monter à bord)... Pour la suite (dont vous vous doutez bien), voir plus haut!
En route vers les Caraïbes et les attraits des richesses espagnoles pour le navire L'Epervier et son équipage de 80 hommes, dont près de deux douzaines avaient déjà navigué avec Rodney (ces "deux douzaines" sont de moi: je les préfère aux "près de 24 d'entre eux" de la traductrice [p.58]!). Lors d'une petite canonnade avec deux bateaux espagnols, le médecin du navire est tué ainsi que deux autres hommes et 12 blessés. C'est Lisbeth, qui fréquentait une rebouteuse locale depuis qu'elle était enfant malgré les avis de sa nourrice, qui va donner les soins aux blessés. Au moins, contrairement à une Jeanne Barret, personne parmi l'équipage ne mettra en doute son statut de jeune homme ni ne l'inquiètera (elle jouit de sa cabine personnelle il est vrai).
Nous avons donc de la violence dans ce livre (mais guère plus que dans les livres "jeunesse" de cape et de sabre que je lisais naguère). Le beau Rodney égorgera par derrière, sans état d'âme, l'une des six sentinelles laissées à bord du galion dont il va s'emparer par surprise, pendant que l'équipage espagnol festoie à terre dans un village indigène complice des Anglais ("les marins ont tué, pillé, rançonné les indigènes, mis leurs femmes à mal et fait main basse sur toutes les denrées de la région", leur avait dit un esclave marron) [p.103].
Je saute beaucoup plus loin pour une autre citation (p.218), alors que Rodney repense à son opération victorieuse (d'autres combats et d'autres victoires ont suivi depuis): "Il se remémorait maintenant avec quelle surexcitation intense ses hommes et lui s'étaient hissés à son bord, avec quelle force il avait poignardé la sentinelle espagnole. Il crut sentir la respiration haletante de l'homme contre sa main collée énergiquement sur sa bouche pour l'empêcher de crier". On s'y croirait, n'est-ce pas?
Reprenons: une fois la Santa-Perpetua capturée et hors d'atteinte, l'équipage de prise y découvre un jeune noble espagnol, fils de l'armateur. Espérant séduire Lisbeth, il lui révèle la cachette des plus beaux trésors (émeraudes, saphirs, perles...), sans parvenir à acheter son silence ni autre chose d'ailleurs. Par contre, elle l'aidera à s'évader lorsqu'ils seront proches des Canaries où ils vont se ravitailler en eau potable. Plouf, un Espagnol à la mer (il sait nager, lui a-t-il répondu). Puis retour (séparément) au manoir des Gillingham, où il est encore et toujours prévu que Rodney (devenu richissime) épouse Anne, cependant que Lisbeth est appelée à devenir dame d'honneur de la reine Elisabeth...
Et je suis loin de vous avoir tout raconté.
Désormais, je peux affirmer avoir découvert l'oeuvre de Barbara Cartland (contrairement à Dasola qui, m'a-t-elle dit, n'en a jamais lu un seul). Cette lecture d'une écrivaine très "catégorisée" m'a rappelé ma participation, naguère, au challenge Chick lits for men. Mais certains des livres alors lus s'avéraient bien plus épicés. Le corsaire de la reine, c'est d'un chaste! Juste un bisou (volé) au début et un autre (accepté) à la fin, et, entre les deux, encore un qui suivait celui "à l'insu de son plein gré" dérobé à Lisbeth par le prisonnier espagnol (ce qui rendra Rodney fou de jalousie - en ayant aussi pour effet de lui faire comprendre et admettre qu'il est pincé!). En comparant la couverture de mon édition avec celle de l'édition originale en anglais, je n'ai pu m'empêcher de sourire en voyant l'éloignement des personnages en 1953 et leur rapprochement en 1980 (en plus, je trouve beaucoup plus mignonne la rouquine mutine de mon édition).
Pour qui l'ignore (merci, Wikipedia consulté ce 10 octobre 2026!), Barbara Cartland (1901-2000) est créditée de 723 ouvrages, dont tous n'ont pas été traduits en français (la page sur ses livres avec des titres en français en comprend seulement 639 - dont 194 comportent le mot "amour"). Rien que dans mon édition "1980", en début de volume, 61 titres sont cités, dont 33 [déjà?] publiés en "J'ai lu". Notre autrice semble avoir commencé à écrire en 1923. Jusqu'à sa mort, il s'est écoulé seulement 923 mois (si je compte qu'elle a commencé son oeuvre en janvier 1923 [?]). Une jolie industrie... spécialisée dans les romans d'amour. Je me suis enfin demandé si l'arrivée au trône d'Elisabeth II avait pu jouer un rôle pour la rédaction de ce roman élisabéthain au lieu de "victorien"...
Après recherches, voici un blog ayant parlé de ce vieux livre: Lectures de l'Oncle Paul (!), sachant que "Certains résultats peuvent avoir été supprimés conformément à la loi européenne sur la protection des données."...
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