Histoire d'urgences - Patrick Pelloux
Aujourd'hui, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais présenter un livre que j'ai "chiné" il y a quelques mois. Il s'agit du premier recueil des premières chroniques écrites par Patrick Pelloux dans Charlie Hebdo. Alors, même s'il a quitté Charlie il y a plus de 10 ans, cet ouvrage rentre dans le thème général de mes "billets du 7" autour du journal et de tous ceux qui y ont participé à un moment ou un autre de sa longue histoire.
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Patrick Pelloux, Histoire d'urgences, Le cherche midi, 2007, 340 pages
À l'époque, "le docteur Patrick Pelloux tient une rubrique "Histoire d'urgences" dans Charlie Hebdo. Il est aussi chroniqueur sur I-Télévision", comme le dit la 4ème de couv'. Je sais que ce recueil a été suivi d'Histoire d'urgences 2 (2010), et d'un ultime volume titré Toujours là, toujours prêt (2015), mais je ne les ai pas (encore) lus.
Dans sa préface du livre, Philippe Val explique dans la préface du livre comment il a contacté Patrick Pelloux deux ans avant que celui-ci "passe à l'action". Dans l'introduction, Patrick Pelloux, raconte comment, en novembre 2004, il s'est retrouvé autour de la célèbre table en "fer à cheval" de la rédaction, avant de rédiger sa première chronique. Il précise en fin d'ouvrage comment Gérard Biard, rédacteur en chef, le "cadrait" à 4000 signes.
Dans le livre, un petit chapeau de quelques lignes en italiques contextualise chaque chronique. Près des deux tiers (64, sauf erreur de ma part) sont illustrés d'un dessin de Charb. Je ne peux pas, bien sûr, rentrer dans le détail des 106 chroniques (entre le 24/11/2004 et le 21/02/2007, dans un laps de temps couvrant donc 118 semaines). Certains sujets reviennent régulièrement, même si le contenu est varié d'une semaine sur l'autre: anecdote, "semainier" du service des urgences de l'hôpital Saint-Antoine, activité d'un week-end ou affluence lors des soirées d'événements "festifs" ou de manifestation, textes liés à l'actualité... Une constante est le constat de la baisse des moyens de l'hôpital public, et la dénonciation de cette baisse comme liée à l'idéologie du libéralisme économique souhaitant "casser" le service public pour "privatiser" ses activités les plus rémunératrices.
En le lisant en 2026, je vois bien qu'il y a plus de 20 ans donc, il évoquait déjà la baisse du nombre de lits dans les hôpitaux (qu'il chiffre à plusieurs reprise à plus de 100 000 en une douzaine d'années, entre 1993 et 2005). Je suppose qu'on peut ergoter sur ces chiffres... Une recherche, aujourd'hui, me donne 564 880 lits en 1990, 473 843 en 2005, 367 000 en 2024 (les chiffres entre 2013 et 2024 ne semblent pas aisément accessibles en ligne?). À leur maximum, en 1982, le nombre de lits frôlait semble-t-il les 613 000. Mais ce n'était pas le même hôpital, pas les mêmes soins... Pas la même logique économique non plus? En tout cas, il y a bien eu baisse du nombre de lits. il y a eu aussi développement de la "chirurgie ambulatoire", des soins à domicile, la baisse de la durée moyenne de séjour (DMS), considérée comme un indicateur de l'efficience des soins (?). Bref, je reviens à ces chroniques.
Pelloux y épingle à plusieurs reprises Jean-François Mattéi (ministre de la santé de 2002 à 2004 [interview en vacances sur la canicule en 2003], UMP, président de la Croix-Rouge française de 2005 à 2013 [fermeture de centres de santé dans le "93"]) et sa gestion imprégnée de "libéralisme économique". Il rend fréquemment hommage à l'ensemble des soignants (et même au-delà: personnel administratif, ouvriers techniques) des services d'urgences. Il explique, ici, les raisons d'une grève. Là, les avantages ou les inconvénients d'avoir des "vigiles" (de sociétés privées!) pour "assurer la sécurité" (?) à l'entrée.
Nombre de chroniques évoquent des "patients", pas toujours simples à gérer, mais parfois éclatants de vitalité (l'âge ne faisant rien à l'affaire). J'ai souri à l'évocation de cette octogénaire qui, malgré son poignet fracturé sur le chemin de l'aéroport, insistait pour ne pas renoncer à son voyage en Egypte, rêve de toute sa vie... (p.225, "Mémé Champollion"). Mais certaines chroniques sont plus pessimistes, évoquant tous les patients qui ne peuvent être dirigés vers d'autres services faute de place, et qui passent leurs derniers jours sur un brancard aux urgences. Pelloux défend un service public humain (ce que son service des urgences semble être) et correctement financé (ce qui ne semble pas être le cas).
Aujourd'hui, je constate aussi, si je regarde notre système de santé, quelques avancées, notamment la loi du 14 juin 2013 (sous Hollande) qui a rendu obligatoire la complémentaire santé pour tous les salariés du privé (avec une contribution de l'employeur). Depuis 2014, tout établissement de santé doit avoir son "plan blanc", pour s'exercer, au-delà de la gestion des "stocks" normaux, à prendre en garde un soudain afflux d'un grand nombre de patients (sans doute ce qui a permis de ne pas "craquer" lors du Covid-19?). Ces dernières années (2024-2025-2026), ont été menés des exercices "secteur de santé" (en France, en Allemagne et ailleurs) dans les hôpitaux, bien moins médiatisés que les coups de menton martiaux de notre actuel Président... Exercice MASCAL (Massive Casulties) pour les armées, AMAVI (Afflux Massif de Victimes) pour les civils [j'espère que chacun des participants a aimé...]. Quadrature du cercle à résoudre: comment mettre la Nation en ordre de bataille sans affoler le peuple... ni augmenter les impôts?
Chaque chronique est courte, "bien torchée". Une édition en format poche du livre (j'ai lu N°8991) est parue en 2009.
Par ailleurs, Patrick Pelloux a été accusé en 2024 de harcèlement (MeToo à l'hôpital).
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Je glisse à la fin de ce billet quelques mots que j'avais rédigés et "enregistrés" dans un coin il y aura bientôt deux ans sans les "utiliser" à l'époque.
Dans Charlie Hebdo N°1670 du 24/07/2024, quelques dessinateurs, ainsi que Gérard Biard (p.13) et Philippe Lançon (p.11) ont fait allusion à "l'affaire Abbé Pierre" (c'est moi qui emploie cette formulation). Je vais citer quelques extraits de la chronique de Philippe Lançon. "Je n'ai pas sous les yeux les dessins que Charlie a pu consacrer à l'abbé Pierre, mais je me rappelle que Cabu, en 1995, l'avait mis au centre d'un album d'une férocité assez tendre, À votre bon coeur! Sa cible, dans mon souvenir, était moins le curé des pauvres que les hommes politiques qui lui tournaient autour, ça rime avec vautour (...). Instrumentaliser l'abbé n'était pas facile: à l'hiver 1954 comme à l'hiver 1986, dates où il surgit et ressurgit spectaculairement comme un diable monté sur ressort, le fondateur d'Emmaüs ne se laissait pas faire. Si l'on apprend aujourd'hui qu'il a touché les seins des femmes ou mis sa langue dans la bouche de l'une d'elles, horreur et damnation, il ne faudrait pas oublier que, lorsqu'un grand fauve électoral l'approchait, il ne lui aurait vidé les bourses que pour mieux les vider au profit des pauvres ou les lui tordre. il y avait pas mal de colère sociale et de générosité en lui, mais notre société en est arrivé à un point tel de léninisme sexuel que, face au vice qu'on découvre, tout ce qu'il y a de vertu en l'homme semble avoir disparu (...)". La chronique, titrée "L'abbé et la bête", parle aussi de Polanski et de Roland Barthes...
Pour ma part, cette "affaire" m'a donné l'occasion de mettre au net mes idées sur la "cancel culture". Je n'aime pas la sommation qui nous est faite de brûler aujourd'hui et à jamais tout ce qu'ont pu réaliser des personnes, des créateurs, dont on adorait hier les "oeuvres". Sans même rentrer dans des débats sur l'échelle des crimes et délits, la prescription et l'imprescriptibilité, le paiement de l'affront fait aux règles de vie en société "du temps" et la réparation due aux victimes, je pense surtout que "personne n'est parfait" et que si désormais l'on doit admirer uniquement les oeuvres d'artistes, de savants ou de tous êtres humains "irréprochables à tous égards", il ne va pas rester grand-chose à l'humanité dans le futur (des réalisations par des IA... en attendant qu'à leur tour celles-ci se lancent dans le "crime contre l'humanité"?).
*** Je suis Charlie ***
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