Le challenge Les épais de l'été 2026 est ouvert!
Mon ami Ta d loi du cine et moi sommes allés voir à un jour d'intervalle les deux épisodes du film d'Antonin Baudry La bataille de Gaulle, le premier sous-titré L'âge de fer qui porte sur la période 1940-1942 et le deuxième sous-titré J'écris ton nom qui se passe entre 1943 et le 11 novembre 1944. Les deux films durent chacun 2h40 soit 5h20 en tout. Le réalisateur qui est aussi co-scénariste a choisi quelques événements marquants de la seconde guerre mondiale où le colonel De Gaulle promu général a joué un rôle important pour que la France garde son indépendance et puisse faire entendre sa voix et celle de la France face aux alliés, c'est-à-dire les Britanniques ensuite rejoints par les Américains. Il en a laissé de côté d'autres, par exemple l'importance de l'action de Rol Tanguy (membre du Parti communiste), lors de la libération de Paris. Le personnage de Gaulle est décrit comme un être obstiné surtout face à Winston Churchill. De Gaulle a eu quelques militaires de premier plan qui se sont ralliés à lui comme les futurs généraux Leclerc ou Koenig. On voit la reconstitution des batailles de Bir-Hakeim, de Ksar Ghilane, ou l'assassinat de l'amiral de la flotte François Darlan par Fernand Bonnier de La Chapelle. La rivalité entre De Gaulle et le général Giraud est bien décrite. Il y a aussi la rencontre entre Jean Moulin et De Gaulle à Londres et l'arrestation de Moulin par la Gestapo et, avant ça, la création du Conseil National de la Résistance. Il faut savoir que De Gaulle a été déchu de sa nationalité et avait été condamné à mort par Vichy. Pour les rôles féminins, on aperçoit la femme de De Gaulle et surtout, on suit le parcours de Livia, un personnage fictif qui va survivre à tout le conflit en étant dans la Résistance. Et j'ai aimé les échanges entre Churchill et De Gaulle, à fleurets mouchetés. Il faut saluer le jeu des acteurs, tous très bien, Serge Abkarian en tête mais aussi Niels Schneider dans le rôle du général Leclerc. Je vous conseille bien évidemment de voir les deux films, et dans l'ordre de préférence. Les images d'archives de la Libération de Paris m'ont fait verser une larme. Et c'est émouvant d'entendre le poème de Paul Eluard, J'écris ton nom. Lire les billets de Pascale, Sélénie ici et là et Jenevelle Laclos.
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Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) fais cette fois davantage qu'un pas de côté: je saute carrément à côté de la piste tracée avant de repartir vers une direction tout autre... Pour le thème Espagne du challenge Escapades en Europe - Voyage dans les littératures européennes (2e édition) de Cléanthe, je me suis replongé dans un livre dont une partie seulement se déroule bien en Espagne, et dont l'auteur n'est ni espagnol ni hispanophone.
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Pierre Benoit, Pour Don Carlos, Albin Michel,Le Livre de Poche N°375, 1963, 242 pages
(EO 1920)
L'histoire se déroule à partir de début décembre 1875 (oui, 45 ans avant la première parution du livre qui date maintenant d'il y a plus d'un siècle: un certain nombre de générations nous en séparent). La IIIe République française est encore jeune et en butte aux manigances antirépublicaines, qu'elles soient royalistes (légitimistes ou orléanistes) ou bien bonapartistes. Un quidam (Olivier de Préneste, 32 ans, vieille noblesse - duc!) obtient par recommandation une audience du Ministre de l'Intérieur dans le but d'obtenir une sinécure - il est ruiné et doit prochainement se marier. Il n'a pas de licence en droit (impossible de l'envoyer au Conseil d'État!). Simple bachelier, il ne parle aucune langue (aucune possibilité de le nommer Secrétaire d'ambassade!). Mais il ressort quand même du bureau nommé sous-préfet à Villeléon (ville - imaginaire! - du département des Basses-Pyrénées, aujourd'hui Pyrénées-Atlantique [depuis 1969], ville dont le nom évoque celui de Mauléon alors sous-préfecture [de même qu'Orthez, jusqu'en 1926], mais donnée comme située à trois lieues de la frontière espagnole [le département semble avoir connu des rectifications de frontières avec l'Espagne, mais je n'ai pas trouvé quand!]). Bref, dans le roman, en 1875, il se passe là-bas des événements susceptibles d'inquiéter le gouvernement français: autant prouver que la France réagit avec rapidité!
Avant de rejoindre son poste, Olivier se voit proposer une partie de chasse par le comte de Magnons, qu'il a croisé dans un "Club" royaliste. Celui-ci lui fera faux bond. Et quand, au terme d'un long voyage (vain jeu de piste à rallonge), il arrive enfin à sa sous-préfecture, c'est pour constater qu'un imposteur occupe déjà la fonction, le "Capitaine Philippe", bel androgyne. Et puis, ça tourne au vaudeville: la fiancée d'Olivier, Lucile, débarque à Villeléon malgré ses instructions formelles...
Le 17 décembre, Olivier se réveille seul à la sous-préfecture, "le monsieur, la dame et le curé" étant partis, lui apprend-on. Il part se promener vers un village à 12 kilomètres (deux lieues) de la frontière avec l'Espagne... et prend définitivement la poudre d'escampette sur un coup de tête. Le titre du roman se retrouve page 102 ("pour Don Alphonse ou pour Don Carlos?"), lorsqu'Olivier donne la bonne réponse et évite un coup de fusil.
Nous y voilà: l'Espagne est alors plongée dans les derniers soubresauts de la troisième guerre carliste (les deux premières ayant eu lieu en 1833-1840 puis 1846-1849), qui, débutée en 1872, s'achèvera en 1876. Pour en savoir davantage sur les prétendants "carlistes", les querelles dynastiques espagnoles et les péripéties historiques de l'Espagne au XIXe siècle, je vous renvoie à des ouvrages d'Histoire! Ici, nous avons du roman et une oeuvre de fiction. Dans ce livre, l'héroïne principale se prénomme Allegria (on sait que Pierre Benoit casait un prénom féminin en "A" dans chacun de ses romans). Elle se présente dans le chapitre VII (p.75 de mon édition).
Pierre Benoit est né le 16 juillet 1886 à Albi (Tarn) et mort le 3 mars 1962 à Ciboure (Pyrénées-Atlantiques, tiens tiens...), sans avoir vu publiée cette réédition en Livre de Poche, donc. Il écrivait en tout cas ici sur une période antérieure à sa propre naissance. Connaissant la fin de l'aventure, il se permet de montrer Don Carlos plus occupé à dilapider les maigres fonds dont dispose son "Ministre des Finances" en fêtes et amourettes "à l'arrière" qu'à soutenir ses partisans et soldats qui se font tuer au front tout proche. Je serais curieux de savoir ce qu'avait pu penser du livre, à sa parution en 1920, non pas Don Carlos (décédé en 1909), mais le nouveau Prétendant, son fils Jacques [de Bourbon]... Pour cela, je suppose qu'il aurait fallu que j'aille en bibliothèque faire des recherches dans les chroniques littéraires des journaux parus en 1920: tâche énorme!
Ce roman situé au début de son oeuvre (avant Mademoiselle ou Monsieur de La Ferté) nous donne à voir travestissement, déguisement, identité de genre plutôt fluide... Une grille de lecture trop contemporaine (donc forcément mal tournée) pourrait amener à se demander si un oncle voire un père ne se sont pas intéressés de trop près au "façonnage" d'une enfant à une totale soumission pour leur idole... Ou, autre hypothèse pas forcément contradictoire, si la priorisation de "l'intérêt" porté par le Prétendant à tout ce que se montrait prête à mettre à sa disposition Allegria (argent, armes... et le reste) n'a pas contribué à la précipiter dans la voie qu'elle a ensuite suivie (pour le dire crûment: Don Carlos l'a-t-il violée ou non?).
Pour sa part, notre Olivier, qui avait fait partie de l'armée de la Loire lors de la guerre de 1870 contre la Prusse, trouvera moyen de faire le coup de feu et de se couvrir de gloire (ou d'opprobre, c'est selon) en Espagne... Mais il sera passé à côté de pas mal de choses. "Si tu ne veux pas navrer l'une, n'essaie jamais de retrouver l'autre" (p.242). Pour ma part, davantage que le côté romantique, j'avoue que c'est le côté guerrier qui m'avait fait rêver alors que je m'étais acheté ce livre avant d'être majeur (mon exemplaire est plus vieux que moi!) - et j'avais continué avec l'auteur jusqu'à posséder à peu près tout ce qui était paru de lui en "Livre de Poche".
J'espère avoir éveillé la curiosité de lecteurs et lectrices n'ayant jamais abordé ce livre... (je suis volontairement resté très elliptique voire obscur!) et j'inscris Pour Don Carlos au challenge 2026 sera classique aussi! organisé par Nathalie.
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Quelque peu en décalage avec ce Quatorze juillet, voici un bouquin pour enfants que j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) déniché par hasard dans un bac pour 0,20 euros. Je l'inscris bien sûr au challenge Littérature jeunesse de Pativore, et ce livre peut aussi participer au Book trip en mer (saison 3) de Fanja.
Florence Thinard, Encore heureux qu'il ait fait beau, éditions Thierry Magnier, 2012,
190 pages
Quatrième de couv': "Personne ne comprend ni pourquoi ni comment la bibliothèque Jacques-Prévert se retrouve à voguer sur l'océan. À bord, le directeur, la bibliothécaire, un prof de technologie, la 6e F au complet, et Saïd l'infernal, qui se trouvait là par hasard. Une fois l'incroyable admis, il faut manger, boire, dormir, s'organiser. Chacun fait preuve de courage et d'imagination pour transformer cette traversée en une aventure joyeuse et inoubliable".
Bon, tout est dit, voici mon billet fait, bonne lecture à vous...
...Allez, remotivons-nous!
Un douze février, à 16 h 44, un CRAAAC monumental retentit, alors que Sarah Boubacar, bibliothécaire, vient de mettre à la porte Saïd Hussein, qui rôdait depuis des heures dans la bibliothèque sans jamais ouvrir ni livre ni BD ni (autre) ouvrage, et s'était pour finir permis de dire aux 6e F du collège voisin "la littérature, c'est un truc de gonzesse". Le gamin revient à l'intérieur en disant "Y a de l'eau partout!", et Sarah répond sans lever les yeux des piles d'albums: "cette eau qui tombe du ciel s'appelle de la pluie. C'est sans danger, Saïd, tu peux ressortir".
Mais la situation est effectivement un peu plus compliquée que cela...
Pour déguster la lecture de cette "robinsonnade" dans un immeuble flottant, il faut accepter un postulat "fantastique", un peu le même que dans le début du manga de Kazuo Umezu L'école emportée, ou dans le prologue du film Le sens de la vie des Monty Python (l'excellent court-métrage The Crimson Permanent Assurance)...
Perdus "en pleine mer", quatre adultes (trois attachés à la bibliothèque et un prof) et treize gamins et gamines vont devoir faire "avec les moyens du bord": les courses alimentaires de la femme de service, les ressources limitées prévues pour des "pots" et la cafétéria du personnel, quelques réserves d'eau potable, et... la pluie et la pêche! Faire le point, savoir où l'on est, où l'on va, à quelle vitesse, s'organiser pour dormir, pour assurer la veille (pour voir arriver d'éventuels cargos et se signaler à eux)... et soigner le pigeon de service (comme à bord de l'arche de Noé!). Que d'occasions de mettre en application des compétences scolaires et de vie collective! Les quelques conflits se résolvent sans trop de drame, et l'aventure aura suscité diverses vocations quand elle s'achèvera.
Je ne vous en dirai pas davantage, lisez vous-même le récit de ces journées de "croisière". Cette pochade peut évoquer par moment Le Petit Nicolas, même si l'histoire n'est pas vraiment racontée "du point de vue" de l'un ou l'autre gamin. Disons juste que ça se termine bien et de manière réaliste.
Ce livre jeunesse n'était pas le premier ni le dernier de Florence Thinard, mais c'est le seul que j'ai lu à ce jour.
Anne-Flore en avait parlé sur le blog Livresse en 2012, Enna en 2013, et le blog collectif A l'ombre du grand arbre rend compte d'une lecture commune...
Pendant mon séjour dans le Limousin entre le 21 et le 30 juin 2026 où les températures ont atteint 42° et ne descendaient pas en dessous de 26° la nuit, j'ai réussi à lire quelques romans dont Sombres plantations - Enquête aux Fidji de Nilima Rao (Editions Au vent des îles, 247 pages). La romancière est australienne indo-fidjienne. Elle est née aux îles Fidji, sa famille est indienne et elle a grandi en Australie. C'est un hommage à ses grand-mères. Le sujet en arrière-plan est l'engagisme (indentured servitude en VO) institué par le gouvernement Indien sous l'administration coloniale britannique. L'esclavage fut aboli mais des milliers d'Indiens furent envoyés dans le monde entier dont les îles Fidji où se passe l'histoire. C'était pour une durée déterminée, pour un salaire déterminé et une charge quotidienne déterminée. Bien entendu les abus de toutes sortes furent nombreux. Ce préambule est tiré du texte à la fin de l'ouvrage écrit par la romancière qui explique le contexte de son roman.
L'histoire se passe en 1914 aux Fidji. On fait la connaissance d'Akal Singh, un jeune policier sikh qui est chargé de retrouver Kunti, une jeune femme coolie qui a disparu. Elle vivait avec son mari et sa fille sur une plantation de canne à sucre dirigée par un contremaître et un couple d'Australiens. Cette disparition aurait pu passer inaperçue si le médecin et le pasteur n'avaient pas donné l'alerte. Akal, s'est retrouvé muté aux îles Fidji suite à un événement qui s'est passé en Inde. ll doit affronter le couple qui traite mal ses ouvriers. Lors de l'enquête, le corps de Kunti est retrouvé ainsi que le corps d'un homme (le contremaître que l'on croyait parti en Europe). Le récit est très bien mené. Je conseille ce roman tout comme Hilde et Baz'art.
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Je viens d'apprendre le décès de Sam Neill (1947-2026) que j'avais découvert dans Un cri dans la nuit de Fred Schepisi (1988), Calme blanc de Philip Noyce (1989), La leçon de piano de Jane Campion (1993) et qui a joué dans plusieurs films de la série des Jurassic Park. Il interprétait le paléontologue Alan Grant. Un film de John Carpenter où il interprétait le rôle principal m'avait marquée (je n'avais pas aimé), c'était L'antre de la folie (1994). C'est un acteur que j'ai beaucoup apprécié.
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'avais jamais eu entre les mains cette "vieille" BD (2009), jusqu'à ce que je l'aperçoive récemment dans une bibliothèque parisienne où j'accompagnais dasola qui avait des livres à rendre (pendant qu'elle attendait, je me suis faufilé vers le rayon BD...). L'image d'un bateau en couverture m'a bien entendu fait penser au Book trip en mer (saison 3) de Fanja. Du coup, j'ai pris un siège et l'ai parcourue... avant de finir par l'emprunter.
Patrick Prugne (des.) & Tiburce Oger (scén.), Canoë Bay, éd. Daniel Maghen, 2009, 76 pages
(premier album des "Sagas indiennes" ensuite créées par Prugne seul)
L'album commence par deux pages et demi de vignettes silencieuses, avant les premières bulles (qui ne sont pas vraiment un dialogue...). Et on est jeté en pleine action, avant un flash-back biographique puis la reprise du récit jusqu'à la fin de l'album. Nous sommes sur le continent américain, au XVIIIe siècle, bien avant la Guerre d'indépendance. Nous avons là un album de BD d'aventures juvéniles (mais pas forcément à mettre entre les mains d'enfants trop jeunes - ayant l'âge du héros principal par exemple).
Jack, orphelin: c'est lui le narrateur de l'histoire, racontée "à hauteur de gamin" - parfois en "décalage" par rapport à ce que nous en voyons ou comprenons en filigrane. L'histoire (mais pas l'album) commence avec sa naissance le 22 septembre 1746 en Acadie (mère qui meurt des suites de ses couches).
L'orphelinat le fait embarquer à 12 ans comme mousse dans la marine marchande britannique. Il y devient copain "à la vie à la mort" avec un autre mousse, Gallois lui, Andrew. Leur chemin croise rapidement, sur le bateau, celui d'un marin style Obélix, avec un anneau à une oreille et une croix à l'autre. Le vieux matelot, Lucky Roberts, n'est pas sans rappeler Long John Silver, même s'il a bon pied bon oeil. En juin 1758, leur navire, le Virginia, accompagne le Saint Georges pour prendre en charge une cargaison de bois d'ébène (du côté des actuels Sierra Leone ou Liberia) à destination des Amériques. L'aimable marin se révèle alors être un pirate qui cherchait à faire se mutiner un bateau, et les aventures commencent vraiment... (ci-dessous, planche 19, un équipage pas emballé, de prime abord, par les perspectives proposées, malgré la vibrante harangue de... John Place).
Malgré tout, la p.22 se conclut par "Nous étions devenus des pirates!".
Pas si simple que cela, d'organiser une vie de piraterie... Notre mutin en chef rêvant d'être pirate semble ne jamais passer vraiment à l'acte offensif contre d'autres navires (toujours fuyant les autorités, toujours courant après ses rêves de trésors...). On a un aperçu de l'île de la Tortue, l'équipe de pirates (augmentée d'une otage, la fille du commandant d'un des bateaux mutinés) joue au chat et à la souris avec les Anglais ou les Français... Et puis, après l'aventure maritime avec les pirates, l'intrigue bifurque vers l'aventure terrestre avec les Indiens, à la recherche d'un trésor au bout du Nouveau Monde. Notre petite troupe (dont un autre pré-ado, Sitouh, un des esclaves qui avaient été embarqués puis délivrés...) se retrouve coincée entre deux feux, avec les Français en lutte contre les anglais, et des alliés indiens de part et d'autre sur le sentier de la guerre. Et la planche 42 finit par reprendre l'action où l'avait laissée la planche 3.
L'antagoniste principal est toujours l'officier de marine britannique dont notre Lucky Rogers (alias John Place) avait eu l'idée saugrenue de garder la fille Angela tout en le laissant partir avec ses marins. L'officier poursuit donc la troupe pirate depuis les Caraïbes jusqu'au fin fond de la région des Grands Lacs canadiens jusqu'à ce que mort s'ensuive. Mais le récit reste à hauteur d'enfant (dessinés avec des visages poupins?), à la différence de la série Les pionniers du nouveau monde (qui met en scène des adultes). Comme déjà dit plus haut, ce n'est pas un album pour de trop jeunes enfants (quelques vignettes très "réalistes" quand il s'agit de voir un de nos jeunes mousses en butte aux assauts d'un violeur, ou les gamins jouant les voyeurs alors que fricote un jeune couple d'Indiens...). Les dessins sont magnifiques et les couleurs à l'aquarelle, il s'agit plutôt de grandes vignettes peintes (sans traits traçant un cadre). À la fin de l'album se trouve tout un cahier de "dessins préparatoires" qui peut faire songer à ceux de Hugo Pratt dans certains de ses albums (Fort Weeling, Ticonderoga, Billy James). Pour ma part, Canoë Bay m'a évoqué aussi bien (influences...?) L'Île au trésor (Stevenson), que la série BD Jérémie (Paul Gillon), ou l'album Le trésor de Barbe-rouge (série Barbe Rouge, de Hubinon & Charlier)...
À noter, une morale finale plutôt pessimiste? p.58, l'aventure du "frère de la côte" idéaliste qui voulait fonder une république libertaire en Amérique du Nord s'est aussi avérée un fiasco, les hommes étant ce qu'ils sont... et ce n'est pas l'or qui fait le bonheur, puisque "l'infortuné" en disposait à foison!
Quand l'album se termine, nos héros se trouvent en Louisiane, en 1760 (les gamins ont désormais 13-14 ans...).
Blogs ayant parlé de cet album (liste pas forcément exhaustive): Tampopo24 (Les blablas de Tachan, Anne-Sophie (blog Mes petits bonheurs).
Et vous, l'avez-vous déjà croisé?
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J'inscris également ce billet au challenge Littérature jeunesse chez Pativore et au challenge American Year chez Belette2911.
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En ces temps de disette cinématographique, je ne sais vraiment pas quoi aller voir comme film: il y a beaucoup de films d'horreur qui ne m'intéressent pas. Mais je suis tout de même allée voir Notre histoire : Chroniques du Caire qui est semble-t-il assez autobiographique pour le réalisateur austro-égyptien Abu Bakr Shawky. Le film commence en Egypte en 1967, au moment de la guerre des six jours et du retour au pouvoir du président Gamal Abdel Nasser. On fait la connaissance, au Caire, d'une famille de la petite classe moyenne égyptienne qui ne loupe aucun des matchs de football du club Zamalek Ce sont surtout les hommes de la famille et les voisins qui sont assis devant le poste de télévision selon un certain ordre. Ahmed, l'un des fils de la famille, est le seul à faire exception. Il s'exerce au piano en jouant des morceaux classiques au grand mécontentement du voisin de dessus. Et Ahmed vient de commencer une correspondance avec Liz, une jeune Autrichienne férue aussi de musique. Dans cette famille, il y a aussi la mère Fayrouz qui peste devant sa gazinière qui ne marche pas bien. On ne sort pas beaucoup de l'appartement familial, sauf quand Ahmed part en Autriche pour rencontrer Liz. Ce film est l'occasion de retracer à une vitesse accélérée plus de 20 ans de l'histoire de l'Egypte, avec 1973 et la guerre du Kippour et en 1981, l'assassinat d'Anouar El Sadate, et ces événements influent beaucoup sur la famille. C'est un film qui dure deux heures et qui se regarde avec intérêt même si j'ai trouvé le film un peu trop sonore. Peut-être que le son était mal réglé lors de la projection. J'ajouterai que les acteurs sont tous très bien. Lire le billet de Miriam.
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C'est à partir d'un reportage de Coline Renault pour Charlie Hebdo que j'avais (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) initié mes participations au premier Book trip en mer chez Fanja en 2024 (je viens d'ailleurs tout juste de découvrir que son reportage avait obtenu le Prix "Jeune journaliste" de la Fondation Varenne à l'époque). Je présente aujourd'hui (27 mois plus tard), toujours dans le cadre de mes "hommages du 7", un livre où elle a développé quelques chroniques parues dans l'hebdomadaire entretemps, et je l'inscris cette fois-ci pour la 3e saison (2026) du Book trip en mer chez Fanja.
Coline Renault, Tant qu'il y a l'océan, Les échappés, 2026, 284 pages
La journaliste expose comment, lors d'une conférence de rédaction "du journal qui [l']emploie" (p.13), ils s'étaient demandé si des Français des classes populaires françaises pouvaient vivre le même genre de vie que des Américains fortunés ayant carrément "acheté" une cabine de luxe à bord d'un navire de croisière pour n'en plus descendre. En effet, des conditions plus abordables peuvent permettre de naviguer à partir de 500 euros la semaine (à comparer au tarif des EHPAD en France?). Cela a été le point de départ d'une enquête... et d'un embarquement dans un des bateaux de Costa Croisières en septembre 2025 (on peut trouver plusieurs articles en ligne sur le site de Charlie). Tant qu'il y a l'océan raconte cette croisière d'une semaine dans la cabine 523 et ses deux lits jumeaux.
C'est une "croisiériste", Nicole, 74 ans, interrogée dans le cadre de son enquête préalable, qui l'a convaincue d'embarquer. Elle fera bien entendu partie des témoins, avec quelques autres "back-to-back" (ceux qui enchainent les croisières sans "rentrer chez eux" à la fin). Mais intervient aussi dans le livre la grand-mère paternelle de Coline, Mamie Dédée, 75 ans pour 1,50 m, veuve depuis 18 ans, et qu'elle a convaincue (en juin) de l'accompagner dans l'aventure maritime (elles avaient déjà visité Santorin ensemble, pour ses 70 ans). Du coup, parti d'une interrogation sociologique, le livre s'enrichit de méditations métaphysiques sur la mort, le vieillissement, le sens de la vie, les relations familiales et intergénérationnelles, la modification de celles-ci selon qu'on est enfant ou adulte... L'enquêtrice constate encore les inégalités face au vieillissement, avec les plus précaires qui profitent peu de leur retraite... (p.127: "plus on trime à la sueur de son front pour arriver à la retraite, moins on a de chances d'en jouir").
En ce qui concerne les conditions économiques de cette "vie à bord", la Compagnie accorde des remise aux croisiéristes fidèles ce qui rend les tarifs dégressifs (environ 61 euros par jour pour ceux qui restent en mer "à l'année"). Alors, bien sûr, les paquebots de croisière polluent (je ne sais pas dans quelle mesure la comparaison avec des "vols Paris-New York" est pertinente, au-delà de l'image? J'aurais préféré des informations "en valeur absolue"). Et le fait que ce genre de séjour soit considéré comme revenant nettement moins cher qu'un séjour en EHPAD m'interpelle aussi, car j'ai trouvé que comparaison n'était pas raison: précisément, ces "croisiéristes seniors" ne sont pas - pas encore - des "personnes âgées dépendantes" (malgré problèmes de mémoire ou d'addiction par exemple)... Elles ont fait un choix de vie, elles profitent - ou non - des escales (excursions payantes en supplément!). Et si certains parmi les jeunes personnels sous-payés (d'origine étrangère) sont prêts à payer de leur corps au service des dames d'un certain âge, celles-ci ne se montrent pas vraiment dupes quand ceux-là les poursuivent avec un peu trop d'assiduité...
La vie à bord est décrite, avec tous les petits "trucs" que connaissent les habitués: l'accès ou non au restaurant "VIP", le choix dans les distractions proposées, les "animations" (casino, discothèque...). Mémé Dédée, ne parlant pas anglais, hésite à s'aventurer toute seule hors de leur cabine, et attend stoïquement le réveil de Coline, à l'agacement de celle-ci. La journaliste spécialisée dans les sujets sociaux en profite pour aborder d'autres thèmes concernant nos seniors: leur rapport à l'IA (ce que celle-ci peut leur apporter, en contrepoint d'un manque de rapports véritablement "humains"), l'attitude de l'hôpital par rapport aux "vieux patients" (pas rentables, traitements de longue durée, "bloqueurs de lits"...), le fait même qu'ils bénéficient moins souvent que de plus jeunes qu'eux de molécules innovantes ou d'opérations onéreuses...
Quand la croisière s'achève, on ressent le cafard de la grand-mère à la fin de cette trop courte semaine de "sortie de routine", ce qui l'amène à la décision... non, pas de devenir croisiériste à vie, mais de vendre sa maison individuelle pour rejoindre plutôt une résidence "adaptée" (pour seniors) pour y (re)vivre en collectivité. En ce qui concerne sa petite-fille (qui s'interroge aussi sur la qualité de ses relations avec ses grands-parents maternels), j'avoue avoir rigolé en lisant pages après pages ses affres d'hypocondriaque, son constat qu'à 28 ans on ne fait pas la fête comme à 18 ans, ou la phrase de la pas encore trentenaire (p.264) "Je sais que mes questions [aux seniors sur la mort] en diront plus sur ma propre frousse de passer l'arme à gauche".
J'ai vu que le Costa Favolosa (baptisé il y a 15 ans, selon wikipedia consulté le 6 juillet 2026) sur lequel elles avaient embarqué possède une bibliothèque, mais je me demande combien de volumes elle comporte et quelle y est la part de ceux en français...
Comme souvent, Charlie promeut ce livre de différentes manières, soit par un encart annonçant sa disponibilité en librairie,
soit en en faisant le "cadeau" pour un abonnement à l'hebdomadaire (ici, CH N°1770 du 24 juin 2026, pp.3 & 14).
J'ai trouvé un billet sur ce livre: Nicole (Mots pour mots).
*** Je suis Charlie ***
Trois essais de tenues pour Niagara. C'est la première qui a été retenue pour le film. Personnellement, j'aime beaucoup la troisième.
Jusqu'au 26 juillet 2026, vous pouvez aller visiter l'exposition à la cinémathèque de Paris sur Marilyn Monroe qui aurait eu 100 ans cette année (1er juin 1926-4 août 1962). L'exposition est riche de photos de tournage ou autre. Je ne les connaissais pas toutes. Plusieurs films sont présentés, en particulier Niagara d'Henry Hathaway (1952) - ce film fit d'elle une star. C'est le seul film où elle meurt à la fin. Elle interprète une femme fatale. Il y une évocation de Sept ans de réflexion de Billy Wilder (1955), Les hommes préfèrent les blondes d'Howard Hawks (1953), Certains l'aiment chaud de Billy Wilder (1959). Les films cités sont illustrés par un extrait de chacun de ces longs métrages. Il est aussi fait mention de Bus Stop de Joshua Logan (1956) - on peut voir un bustier qu'elle porte dans le film -, Troublez-moi ce soir (Don't Bother to Knock) de Roy Ward Baker (1952), Le Milliardaire de George Cukor (1960), The Misfits (Les désaxés, 1960) de John Huston. Mais à mon grand regret, mis à part l'affiche, il n'y rien sur Rivière sans retour d'Otto Preminger (1954). Marilyn a été sous contrat avec la Fox au début de sa carrière jusqu'à presque à la fin de sa carrière. Il y a des panneaux de texte en français et en anglais. C'est une expo intéressante pour la jeune génération qui ne connaît pas Marilyn. Pour les autres, c'est une bonne révision. Comme objets et accessoires présentés, il y a évidemment un flacon de N°5 de Chanel, et quelques vêtements qui ont appartenu à Marilyn.
Marilyn en baby-sitter
Marilyn lisant les lettres de ses admirateurs
Avec Jane Russell pour les Hommes préfèrent les blondes
Les deux photos ci-dessus ont été prises dans le métro New-Yorkais dans les années 50.
J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) lu très vite ce "premier roman" paru en février 2023 dont j'avais glané les "épreuves non corrigées" dans un "Circul'Livres" parisien tout récemment. Il y est question de mer et de bateau - même si ces thèmes maritimes ne forment pas le principal de l'oeuvre.
Isabelle Blochet, Descendre vers la mer, Christian Bourgeois éditeur, 2023, 187 pages
La navigation sur le Monplaisir, dans les années 1970, est essentiellement évoquée dans les pages 19 à 32: on découvre le bateau (un "Rocca" à moteur de 5,80 mètres, acheté au Salon nautique de Paris), tiré sur sa remorque par la DS familiale. Il amènera la famille dont il est question au large de la Côte d'Azur, de la Corse, de l'Espagne... Vie à bord, baignades, découverte du naturisme qui heurte la pudeur des adolescentes... Premières fêlures: papa a oublié de remplir les réservoirs de gasoil (y compris le réservoir de secours!). Ou récit de la colère du père qui part au quart de tour lorsque la mère hésite à prendre la barre pour qu'il puisse faire du ski nautique...
Ce roman est surtout une histoire d'un demi-siècle de vie, celle de deux prolétaires plus ou moins orphelins, deux âmes esseulées, chacune avec ses rêves, qui s'allient pour le meilleur et pour le pire entre les années 1950 et 1980... Elle (Suzanne), que son papa prématurément disparu rêvait institutrice (élévation sociale) prendra des cours à Pigier et finira meilleure vendeuse (payée à la commission!) dans un magasin de meubles. Lui (surnommé "Jany"), qui rêvait de construire de ses mains sa maison à défaut d'un bateau pour partir faire le tour du monde en famille, finira intellectuel raté mais ouvrier déclassé, chômeur et dépressif... Ils se sont mariés en 1952, quand elle avait 19 ans et lui 22. L'histoire plutôt triste est racontée du point de vue de la troisième et dernière fille, Hélène (la maman, à 36 ans, aurait voulu enfin un garçon - ses grandes soeurs ont 7 [Fanny] et 11 ans [Véra] de plus qu'elle). Le récit raconte, quelque part, la lente déchéance du père, qui veut d'autant plus tout régenter dans sa famille que le contrôle du reste de sa vie lui échappe. Je me suis demandé si, de nos jours, IRM ou autre technique n'auraient pas permis de lui diagnostiquer un problème médical qui aurait pu expliquer certains des symptômes décrits...
Suzanne, au final, se révoltera contre ce mari devenu maniaque avec l'âge (il est âgé de 52 ans à la fin de l'histoire), regrettant de lui avoir tout payé quand il l'a souhaité, les vacances à la montagne, le bateau (dont elle payait les traites, avec son salaire "supérieur à celui d'un ingénieur") et d'avoir en quelque sorte sacrifié sa vie pour lui... au lieu de vivre en s'occupant davantage d'elle-même. Elle va jusqu'à regretter de ne pas avoir laissé partir puis oublié ce jeune homme (futur boulet), en 1951, le jour où il lui avait dit, en substance: "séparons-nous, tu es une fille trop bien pour moi, je vais descendre vers le sud, prendre un bateau et partir comme marin...". Pauvre Marius manqué... Encore une fois, je songe à l'homophonie "la mer / la mère / l'amer".
J'ai vu que la marque de bateaux à moteur "Rocca", qui avait été vendue en 1995 par son fondateur, avait été rachetée en 2020 avec dans l'idée de la faire revivre (je ne sais pas ce qu'il en est en 2026). Le chantier nautique initial avait construit 350 000 bateaux, de l'après-guerre jusqu'aux années 1990 [information que je dois au site internet d'un passionné du motonautisme].
L'autrice, bibliothécaire, disait en 2023 à L'Echo Républicain qu'il ne s'agissait pas d'une autobiographie. «Il y a des éléments de ma vie personnelle. Mais c’est avant tout un roman, écrit et construit comme tel».
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Pour le chapitre de souvenirs d'enfance sur le bateau (auquel il est quelquefois fait allusion dans le reste du roman), j'inscris ce petit livre au Book trip en mer (saison 3) chez Fanja.
Quatrième et dernier volume de la quadrilogie se passant pendant les Trois Glorieuses, Les belles promesses de Pierre Lemaitre (Edition Calmann Levy, 502 pages) permet de terminer en beauté et aussi de manière tragique, l'histoire de la famille Pelletier. Pierre Lemaitre s'est refocalisé sur la vie du fils aîné des Pelletier, Jean (alias Bouboule) et sur son épouse Geneviève, une femme épouvantable qu'on n'aimerait pas rencontrer. C'est une caricature de la mégère. Quand l'histoire débute en septembre 1963, Jean, plutôt peureux d'habitude, commet un acte de bravoure. En effet, il sauve in extremis un bébé de la mort lors de l'incendie d'un immeuble à Paris. Geneviève va tirer le maximum de cet événement pour que son époux devienne célèbre. Pendant ce temps-là, le frère cadet de Jean, François, journaliste et romancier, commence à s'interroger sur des meurtres non résolus de jeunes femmes perpétrés depuis 1948 ou 1949 en France, dans des lieux où se trouvait peut-être Jean (merci de lire les trois premiers tomes dans l'ordre, ici, ici et là). Il va mener son enquête de son côté en ne révélant rien à la famille. Pour en revenir à Jean et Geneviève, leur fils Philippe qui a 11 ou 12 ans connaît ses premiers émois amoureux en espionnant sa tante Thérèse par le trou d'une serrure. Cela donne des moments plutôt amusants. Et enfin, Les Belles promesses évoquent la construction du boulevard périphérique autour de Paris. Une vaste opération financière dans laquelle Jean (et Geneviève) vont être très impliqués. Comme pour les précédents, j'al lu ce volume en deux jours. Quand on le commence, on ne le lâche plus. Lire les billets d'Alex-mot-à-mots, Clete (Nyctalopes), Athalie, Aude bouquine, Gambadou et Delphine-Olympe.
Comme ce roman fait plus de 500 pages, je participe une fois de plus au challenge Les pavés de l'été chez Sibylline (La petite liste).
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Je viens de "dévorer" L'heure du loup de Robert McCammon (né en 1952), publié une première fois en français par Presses de la Cité en 1990 (et il y a eu d'autres éditions depuis). Cette nouvelle édition est publiée par les éditions Monsieur Toussaint Louverture, 480 pages pour chacun des deux volumes. Pour être tout à fait exact, le volume 2 est divisé en deux : 373 pages pour L'heure de loup (suite et fin) et 110 pages pour une longue nouvelle L'aigle et le loup dans laquelle on retrouve Michael Gallatin, le héros de L'heure du loup.
Moi qui ne suis pas fan d'histoire de loup-garou et autres histoires fantastiques, j'ai aimé L'heure du loup qui se passe à partir de 1918 jusqu'en 1944. L'histoire débute en 1944 au Caire, Michael Gallatin, un agent britannique, arrive à s'emparer d'un document qui aurait pu aider le Maréchal Rommel. Le fait d'être un loup-garou l'a grandement aidé. Né en 1910, Mikhaïl Gallatinov devenu Michael Gallatin était un petit garçon heureux en Russie avec son père, sa mère et sa soeur. Le père était un proche du tsar. L'histoire débute en 1918 dans une forêt, Mikhaïl assiste de loin aux meurtres de ses parents et de sa soeur. Les meurtriers sont tués par une meute de loups et lui-même est mordu. La vie de Mikhaïl ne sera plus le même. Il va intégrer la meute composée d'humains pouvant se transformer en loups à volonté. Mikhaïl va beaucoup souffrir avant de pouvoir se métamorphoser, cela lui prendra plusieurs années. La meute devient sa famille et il s'attachera à eux jusqu'à leur mort précoce. Le roman alterne entre l'enfance et l'apprentissage de Michael et sa longue mission derrière les lignes ennemies dans la France occupée et puis en Allemagne de mars à juin 1944. lI est chargé de trouver ce qu'est le projet "Poing d'acier" qui permettrait peut-être aux Nazis de gagner la guerre face aux Alliés. Les méchants nazis sont vraiment méchants. Face à eux, Michael s'en sort bien et il séduit quelques femmes avec beaucoup de douceur. J'ai lu les 753 pages en à peine deux jours. Lire le billet de Carolivre sur le tome 1.
L'édition de 2008 chez Milady en un volume de 708 pages permet la participation de ce billet au challenge Les pavés de l'été chez Sibylline (La petite liste). J'avais trouvé une information comme quoi elle comptait 896 pages, mais ta d loi du cine n'en a pas voulu comme épais de l'été 2026?
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Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me rends compte un peu tard que Fanja met une forte pression sur les rédacteurs de billets en général et sur moi en particulier avec sa règle de points supplémentaires pour la lecture d'un même titre que d'autres blogueurs... sous condition que le billet soit publié dans le même mois. Après Keisha et elle-même, je m'étais mis en tête de (pensais-je) relire Pêcheur d'Islande... sauf que ce titre s'est avéré introuvable dans ma pochothèque (contrairement à ce dont j'étais persuadé). Dare-dare, il a fallu que je trouve le temps de passer en librairie d'occasion... Et, là, je n'ai pas su choisir entre les trois éditions disponibles dans les rayons en occasion. Alors j'ai pris les trois, pour en faire le tri à tête reposée... ce qui m'a pris davantage de temps que je ne l'anticipais.
Pierre Loti, Pêcheur d'Islande (EO 1886)
* Presses Pocket N°2528, préface de Pierre Jakez Hélias, 1991 (DL 1986), 211 pages
* Le livre de poche "classiques" N° 2271, édition d'Alain Buisine (préface, commentaires et notes),
2020 (DL 1967, + copyrights 1988 & 1997), 221 pages
* Folio classique N°1982, édition présentée et annotée par Jacques Dupont,
2001 (DL 1988), 338 pages
Si j'ai bien compris, l'édition originale chez Calmann-Levy de 1886 comptait 260 pages
J'ai abordé le texte dans l'édition Presse Pocket dont la typographie comme le nombre de pages du texte stricto sensu (notion subjective puisque le texte est bien identique et sa longueur aussi, même si le nombre de pages qu'il couvre varie!) me convenaient le mieux a priori. Si jamais je l'avais effectivement lu (peut-être dans une édition ancienne "bibliothèque verte"? - je commence même à en douter), ma lecture de 2026 n'a en tout cas éveillé aucun souvenir en moi.
Pris dans la lecture, j'avoue qu'il m'a fallu avoir lu plusieurs pages avant de comprendre ce qu'était ce "gîte à murs de bois" dans lequel cinq marins parlent de mariage (alors que, en y revenant, c'est devinable dès le deuxième paragraphe...). Nous comprenons alors que nous sommes dans un bateau, à un endroit où le soleil ne se couche pas. Le "capitaine" est surtout défini comme étant le plus âgé. Tous ces marins font un métier excessivement dur, ce qui est expliqué dès ce premier chapitre: "ils avaient tous veillé la nuit d'avant et attrapé, en trente heures, plus de mille morues très grosses; aussi leurs corps forts étaient las, et ils s'endormaient". Plus loin dans le livre on saura que, pour toute une saison de pêche, un marin peut gagner de 800 à 1200 francs selon les années.
Les personnages principaux nous sont montrés par petites touches. Le plus jeune des matelots (Sylvestre, 17 ans) attend un sixième homme, Yann, pas encore descendu. Il s'agit du frère de sa fiancée, et il le considère un peu comme son grand frère, ce Yann qui vient tout juste de finir ses cinq ans de service dûs à l'Etat. Ils font tous deux partie de l'équipe qui va "reprendre le grand travail interrompu de la pêche": trois vont dormir, les trois autres montent sur le pont rejoindre leurs emplacements de pêche (fixés pour la durée de la campagne). Le navire s'appelle La Marie, capitaine Guermeur. On appelle ces pêcheurs (venus notamment de Paimpol et de Tréguier) des "Islandais". Ils pêchent au large de cette île sept ou huit mois par an (et ne voient presque jamais l'été en France).
Et puis on passe à Paimpol, où la grand-mère de Sylvestre dicte une lettre pour ce dernier à une "adorable jeune" femme de vingt ans, fille d'un ancien "islandais" enrichi. Quand la grand-mère demande avec malice l'ajout d'une dernière phrase, "le bonjour de ma part au fils Gaos", la jeune femme (elle se prénomme Gaud) rougit... Le fils Gaos, c'est Yann, avec qui elle avait dansé et dansé encore à des noces. Il lui avait dit avoir manqué pour cela un embarquement de pêche pour la Manche, lui avait fait confidence d'être l'aîné de 14 enfants, vraiment tirés de la peine quand le père a rencontré une épave en Manche, dont la vente a rapporté 10 000 francs[-or!], part faite à l'Etat... mais ce grand dadais n'est jamais revenu vers elle par la suite (et a même paru l'éviter). Pourquoi et comment cela va-t-il finir? C'est là l'intrigue du roman.
Pour ma part, j'ai apprécié dans ce roman qui a désormais 140 ans la description d'un métier disparu, où la ressource en morue pouvait paraître inépuisable à des "forçats de la mer" qui les pêchaient une par une pendant des mois. Le roman se déroule sur plusieurs années (plusieurs "saisons de pêche"). La sociologie du quotidien des familles restées à terre en Bretagne, ou le côté "romance" entre Gaud et Yann, m'ont moins intéressé. J'ai tout de même été touché par la grand-mère de Sylvestre, qui, apprenant que celui-ci (en train d'accomplir son propre "service militaire" de marin à Brest) va partir dans 5 jours pour l'escadre de Formose, se précipite à Brest (en ayant rassemblé le plus qu'elle a pu de pauvres ressources financières - elle n'a pour vivre que sa pension de veuve de marin) et attendrit tellement l'officier de permanence que celui-ci accorde à Sylvestre des permissions de sortie exceptionnelles pour passer du temps avec elle avant de partir au loin... vers le Tonkin et la guerre contre les Chinois.
Ceci dit, je ne vais pas vous raconter tout le roman. Je vais plutôt dire quelques mots (dont j'assume la subjectivité) sur les différences entre les trois éditions en ma possession.
Comme dit plus haut, le volume sur lequel j'avais jeté mon dévolu pour ma première lecture était le plus sobre (Presse Pocket, acheté 2,20 euros) Je n'ai rien de spécial à dire sur les 11 pages de préface de Pierre Jakez Hélias (1914-1995), honnêtes et sans prétentions me semble-t-il.
À un gamin contemporain en âge scolaire et obligé d'étudier Pêcheur d'Islande en classe, je devrais sans doute conseiller l'édition en "classiques" Le livre de Poche (qui m'a coûté 2,90 euros). Pour ma part, sa présentation m'a d'emblée agacé avec les appels de notes incessants et les notes en bas de page (certes pertinentes, mais qui "cassent" la lecture, ai-je trouvé). Je ne connaissais même pas le nom d'Alain Buisine (1948-2009), universitaire spécialiste de Proust, Loti, Verlaine (etc.) et critique littéraire, qui a établi cette édition. Sa préface d'à peine plus de quatre pages m'a paru plus "sensitive" que riche d'informations (ce qui ne correspond guère aux attentes que je peux avoir pour ma part). Ses "commentaires" m'ont paru tenir davantage du "commentaire composé" (une analyse personnelle) que du souhait de communiquer des informations intéressantes et éclairantes pour le lecteur. Peut-être que, spécialiste, entre autres, de Proust ou de Verlaine, il connaît trop Loti et pas assez la mer? Sa courte bibliographie renvoie essentiellement vers des "analystes" de l'oeuvre de l'écrivain (sauf erreur de ma part)
Sans conteste, des trois préfaces, celle que j'ai préférée (qui m'a le plus intéressé au début) est la plus longue (42 pages). Disons que ça commençait mieux, avec les informations techniques sur la pêche et la Bretagne, et puis j'ai vu arriver des informations sur Loti écrivain (qui, forcément, m'intéressent moins...). Jacques Dupont (né en 1950, Docteur ès Lettres en 1983, spécialiste de Colette, ai-je trouvé en quelques clics) en donne avec érudition à son lecteur pour son argent (volume Folio classique acheté 3,30 euros...). Dans le texte, les appels de notes sont rares et discrets (les notes étant rassemblées en fin de volume, avec rappel de la page concernée). Il donne des références vers des sources d'informations. Il prend la peine de signaler que Loti remaniait peu ses textes, et que les éditions suivantes ne présentent que des différences mineurs avec l'original... pour finir par signaler qu'il a pris pour base l'édition de 1923, dernière publiée du vivant de l'auteur. J'ai apprécié qu'il soit capable de dire quelques mots sur l'Inscription maritime, et ai été intéressé par la documentation sur une goélette "d'Islandais". Enfin, ses "indications bibliographiques, plus variées et complètes que celle de Buisine (dont le nom y figure), recoupent peu celle-ci.
Il semble que Pierre Loti, qui n'aimait pas le "naturalisme" de Zola (?), ait beaucoup "idéalisé" la vie des marins pêcheurs de morues à bord de leurs navires, où ils s'entassaient plutôt à 20 qu'à 6 ou 7, baignant dans leur crasse et leurs effluves durant tous ces mois.
Ayant de justesse respecté le délai que je m'étais imposé (ne t'inquiète pas, Fanja, tu m'y prendras encore! ;-)), j'inscris donc ce billet pour les deux challenges auquel il correspond, le Book trip en mer (saison 3) chez Fanja, et 2026 sera classique aussi! organisé par Nathalie.
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Edit du 2 juillet 2026: je rajoute quelques liens (non exhaustifs) vers des billets sur Pêcheur d'Islande.
Géraldine, Violette, Maeve, Charlotte, AlittleBit du blog Le Salon des Précieuses, Philippe (blog Les livres que je lis).
Shana de Lila Pinell a bénéficié de très bonnes critiques et c'est plutôt justifié même si je n'ai pas eu le coup de foudre pour ce film. Quelque part en banlieue de région parisienne (?), Shana est une jeune trentenaire d'origine juive marocaine (elle se garde de le dire aux amies qu'elle fréquente). Je ne suis pas sûre qu'elle ait un travail fixe mais pendant que Moïse, son compagnon dealer (très geignard) purge une peine de prison (il fait des allers-retours entre la liberté et la prison), Shana s'occupe de récupérer l'argent de la drogue (à petite échelle). Mais c'est une fille qui a le coeur sur la main et elle fait souvent crédit. Sa grand-mère Marie/Miriam décède en lui léguant une jolie bague. Cette bague va provoquer quelques remous dans sa vie agitée. Shana a une demi-soeur, Ilana, un frère et surtout Yolande, sa mère (Noamie Lvovsky) qui n'arrête pas de la critiquer sur la vie qu'elle mène (même si elle ne sait pas tout). Lors de la préparation de la BM (Bat* Mitzvah) d'Ilana, Shana et sa mère se disent leurs quatre vérités. Eva Huault qui interprète Shana crève l'écran mais j'ai trouvé le scénario un peu léger. La grande qualité du film est qu'il ne dure qu'une heure vingt.
(et non Bar Mitzvah (pour les garçons) comme Keisha l'a fait justement remarquer dans son commentaire)
Je passe à Une année italienne de Laura Samani. L'histoire se passe à Trieste en Italie en 2007. Le scénario est adapté d'une nouvelle écrite par Giani Stuparich (1891-1961) parue en 1929. Je ne connais pas cet écrivain. Fredrika (Fred), une jeune Suédoise, intègre une classe de terminale entièrement masculine. Elle accompagne son père qui fait une mission temporaire dans une usine. Fred attire tout de suite l'attention sur elle et en particulier, trois élèves (Antero, Pasini et Matis très bien interprétés par des jeunes dont c'est le premier film) se lient avec elle. Ils deviennent inséparables mais bien évidemment le sentiment amoureux s'en mêle. L'amitié entre les trois garçons est mise à rude épreuve. C'est un film solaire. La réalisatrice qui est née à Trieste filme très bien sa ville. Un film à voir. Lire le billet de Pascale.
J'ai terminé le 22 mars dernier (2026) La Maison vide de Laurent Mauvignier (Editions de Minuit, 750 pages prenantes) avec le sentiment d'avoir lu un grand roman ample et très bien écrit avec des phrases peut-être longues mais qui se lisent sans difficulté aucune. On n'oublie pas de sitôt le destin de trois générations de femmes de la fin du XIXème siècle jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale. Nous avons, tout d'abord, l'arrière-arrière-grand-mère du narrateur, surnommée pendant plus de la moitié du roman "la préposée aux confitures et aux chaussettes à repriser" et dont on ne saura le véritable nom qu'à la page 475, au moment de son décès: Jeanne-Marie Florabelle (1860-1933), épouse de Firmin Proust, puis Marie-Ernestine, sa fille, devenu Marie-Ernestine Chichery (1885-1949) par son mariage avec Jules Chichery mort pour la France en 1916, et enfin la fille de cette dernière, Marguerite, née en avril 1913. Quand le roman commence, le narrateur est en train de fouiller la maison familiale réouverte en 1976 après qu'elle soit restée inoccupée pendant 20 ans. C'est là qu'il trouve entre autres des photos de famille et en particulier quelques photos de Marguerite découpées aux ciseaux. C'était sa grand-mère paternelle. Il y a aussi un piano qui n'a pas servi de depuis longtemps et une légion d'honneur. Le narrateur commence à nous raconter l'histoire de Jeanne-Marie et de son mari Firmin, riche propriétaire foncier en Touraine. Parents de deux fils et d'une fille, Marie-Ernestine, c'est sur cette dernière, sa "Boule d'Or", que Firmin fait reposer tous ses espoirs pour la bonne transmission de son patrimoine. Mais Marie-Ernestine n'a qu'une passion, le piano, et elle tombe amoureuse de son professeur. Pour faire avaler une pilule amère, Firmin lui achète un piano mais il oblige sa fille à se marier avec Jules Chichery, un homme de la terre, pas très riche mais qui saura s'occuper des biens de la famille. Mais quand la Grande guerre est déclarée et que Jules est mobilisé, Jeanne-Marie saura montrer qu'elle sait aussi mener les affaires familiales sans l'aide de personne. Quand sa fille Marguerite naîtra, Marie-Ernestine, qui n'aime pas son mari, reporte sa rancoeur et sa frustration sur Marguerite en s'en désintéressant. Elle ne voudra jamais, par exemple, jouer du piano devant elle. Elle lui répète "plus tard, plus tard". Cette relation mère-fille est terrible et bien décrite. On ne s'étonnera pas que Marguerite, morte à 41 ans, ait eu une vie semée d'embûches et d'humiliations. Cependant, elle aura fait un mariage d'amour avec André, même si cela ne durera pas. Le talent de Mauvignier, c'est de faire avancer son histoire par petites touches avec des accélérations. Il sait ménager un certain suspense. Car on veut savoir ce qui est arrivé à Marguerite. Le talent du romancier est de boucher les trous sur la vie de ces femmes. Et le style est magnifique. C'est un roman qui peut devenir assez vite un classique. Le prix Goncourt en 2025 est amplement mérité.
Lire les billets de Keisha, Alex-mot-à-mots, Violette, Luocine, Eimelle, Aude bouquine, Vagabondageautourdesoi, Ritournelle, Des livres rances, Athalie, Mjo, Mes pages versicolores
Grâce à ce roman que j'ai lu il y a plusieurs mois, je participe au challenge les Epais de l'été 2026 organisé par Ta d loi du cine et au challenge Pavés de l'été 2026 organisé par La petite liste/Sibylline.
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Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'ai jamais vu le film Le paltoquet (1986), contrairement à dasola, et ce n'est donc pas sa mention en couverture qui m'a amené vers le roman que je présente aujourd'hui. Je l'ai pris en main dans un bac d'occasions il y a quelques mois (avant que s'ouvre le BTEM 3). Vérification faite, il s'agissait bien d'une escale de bateau, et non d'avion.
Franz-Rudolf Falk, On a tué pendant l'escale, Julliard, J'ai lu Policier N°1647, 216 pages
1986 (DL 1984), copyright Julliard 1973, 1ère éd. 1945 (Philippe de Clinchamp)
Une bonne partie de l'histoire de ce texte est contenue dans les deux lignes ci-dessus. Franz-Rudolf Falk est l'un des pseudonymes utilisés par Philippe de Clinchamp quand il a édité dans une collection qu'il dirigeait après-guerre des romans dont il se présentait comme le traducteur de l'allemand. Je n'ai pas lu les quatre autres.
L'escale, c'est celle qu'a faite, comme d'ordinaire, un bateau de "courrier maritime" qui parcourt sa ligne le long des côtes africaines pour y transporter de port en port courrier, marchandises et parfois passagers. Le port sur les côtes africaines qui sert de décor au livre n'est jamais nommé (il est présenté par l'auteur comme "une synthèse de nombreux ports africains qu'il avait hanté"). Dans ce port, quelques voiliers englués dans la vase, des cargos rapiécés... Sur les quais même, une gare et le terminus d'une ligne s'enfonçant dans les terres entre les marais et les dunes de sable pelées... (p.41: "le train du soir était parti, emportant toute la poésie des villes d'Europe dans des ballots de pacotille à l'usage des seigneurs du désert et des chefs de grandes tentes").
Les personnages? Ils se retrouvent tous les soirs dans un bar, pour jouer aux cartes et boire dans la chaleur humide (45° à minuit!). Outre le narrateur (dont on apprend au fil des pages que c'est un journaliste dont une partie des revenus provient du monnayage de l'orientation de ses articles et qui a dû changer plusieurs fois d'identité), font partie de ce "club" le professeur, le docteur, l'honorable commerçant en produits coloniaux (alias l'exportateur), et une belle femme, Lotte, "inquiétante et lointaine" (et d'origine indéterminée), que tous reluquent (surtout le narrateur) même si elle se veut inaccessible. On sent que la vie routinière se traîne dans ce port perdu, peut-être aussi stagnante qu'une flaque de cette pluie qui tombe chaque jour... (p.139: "la pluie s'obstinait à vouloir laver la ville. Elle s'aperçut, peu après, que c'était sans espoir. Dans une dernière bourrasque elle y renonça").
Arrive au bar le commissaire (p.15): il y a eu une tentative de meurtre, il a besoin du docteur. Finalement, le meurtre (dans la chambre d'un hôtel du "quartier réservé") est avéré, et un indice semble accuser une personne de notre petit groupe. On sait assez vite que le mort était un passager du dernier bateau passé (parti sans lui). Mais pourquoi est-il mort et qui l'a tué, mystère. Là commence l'enquête du commissaire, suivie avec intérêt par nos joueurs de cartes. L'énigme va se prolonger des jours, d'autres bateaux passeront au port (cargo, pétrolier arborant les pavillons produits inflammables et épidémie à bord...) et en repartiront (tandis que le remorqueur y tourne en rond).
Le livre dépeint tout au long l'ambiance des lieux, le jeu d'observations, de soupçons successifs et de menaces physiques qui visent tour à tour l'un ou l'autre membre du groupe, les campagnes de presse menées par l'un ou l'autre des deux titres que compte le port. Alors qu'est à quai un long-courrier, il y a un nouveau mort: un des joueurs, cette fois-ci... On ne saura pas trop quelle faute ou quelle disgrâce a exilé le commissaire dans ce trou perdu, mais il s'avèrera bon professionnel pour résoudre les mystères (prétendant - mise en abyme! - que c'est parce qu'il est lecteur de romans policiers). On aura donc assisté à un bref moment de la vie de ce port où les bateaux passent mais où nos personnages semblent englués.
Pour ma part, même après avoir lu le livre et obtenu la clé du mystère, je précise que j'ai bien envie de voir le film, d'autant plus que je n'ai trouvé aucun paltoquet dans le roman! Cf. chronique de L'oeil sur l'écran.
J'inscris ce billet pour deux challenges, le Book trip en mer (saison 3) chez Fanja, et 2026 sera classique aussi! organisé par Nathalie.
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Pendant cette période de canicule (il faudrait trouver un terme plus fort), je vous conseille d'aller au cinéma voir Ulysse, le nouveau film de Laetitia Masson, un film qui met en lumière les difficultés qu'ont les personnes comme Ulysse, un petit garçon souffrant d'une maladie génétique qui l'empêche de se développer, de grandir, de marcher, de lire, d'apprendre et de comprendre normalement afin d'intégrer la société et mener sa vie sans l'aide de personne. Ulysse est aussi l'histoire d'Alice, une maman formidable interprétée par Elodie Bouchez qui met son métier de sociologue entre parenthèses pour se consacrer à Ulysse. Il y a aussi un papa pianiste, Vladimir (très bien interprété par Stanislas Merhar) qui, lui, va fuir aux Etats-Unis même s'il reste en contact. La vie d'Ulysse et de sa maman est une véritable odyssée semée d'obstacles surtout administratifs. Le film n'est pas larmoyant, on garde l'espoir jusqu'au bout qu'Ulysse parvienne à trouver un travail et à trouver sa place dans la société. En effet, on suit la vie d'Ulysse de la naissance jusqu'à l'âge adulte. Rien que pour les acteurs, Elodie Bouchez en tête, le film vaut la peine d'être vu.
Avec Fox (Edition Philippe Rey, 837 pages intenses), la romancière américaine Joyce Carol Oates traite d'un sujet difficile, la pédophilie. Fox, c'est Francis Fox, le nouveau nom d'un certain Frank Farrell. Il s'agit d'un homme de 41 ans, professeur de littérature anglaise dans un collège mixte. Fox, qui déteste Lolita de Vladimir Nabokov, reste rarement plus d'une année dans les établissements scolaires où il enseigne. En avril 2013, il est engagé sous le nom de Francis Fox dans une école mixte privée dans le New Jersey. C'est une école prestigieuse. Fin octobre 2013, on retrouve des restes humains au fond d'un ravin, à côté de la voiture qui appartenait à Fox. Entre ces deux dates, Fox a réussi à pervertir quelques préadolescentes de douze ans (jamais plus ni moins). C'est un prédateur sexuel qui, dans son bureau fermé à clé, attire ses "chatons" qu'il drogue avec de l'ambien (un sédatif hypnotique) mélangé dans des gâteaux qui rendent ses jeunes victimes amorphes et presque endormies. Il aime qu'elles ressemblent aux filles des tableaux de Balthus dans une pose alanguie. Il offre à certaines de ces écolières un carnet sur lequel elles doivent écrire leurs pensées secrètes. Il s'en sert à son profit. Sur son bureau, Fox a un buste d'Edgar Allan Poe avec un corbeau perché sur la tête. Il faut se rappeler que Poe s'était marié avec sa cousine germaine de 13 ans, il en avait 26. Bien entendu, Fox apprécie Poe. Le personnel de l'école ne se doute de rien, sauf Demetrius, le fils d'un homme de ménage de l'école. Fox sait être charmant avec ses collègues et la directrice de l'institution. Les parents des victimes ne se rendent pas vraiment compte non plus de ce qui arrive, sauf que les filles sont perturbées. L'une d'entre elles va jusqu'à fuguer. Fox est assez psychologue pour choisir ses victimes vivant dans des familles dysfonctionnelles ou avec des parents divorcés. Qui a tué Fox? vous le saurez à la toute fin. Je peux vous dire tout de même que l'arme du crime est le buste de Poe et du corbeau. La mort de Fox est horrible, son corps ayant été dévoré en grande partie par des urubus. Mais, au moins, il ne nuira plus à personne. Un roman qui peut ne pas plaire à tout le monde mais c'est un grand roman.
Grâce à ce roman que j'ai lu il y a plusieurs mois, je participe au challenge les Epais de l'été 2026 organisé par Ta d loi du cine et au challenge Pavés de l'été 2026 organisé par La petite liste/Sibylline.
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C'est Henri Golant qui m'a convaincue d'aller voir Cocotte (Kota en grec) du réalisateur hongrois György Palfi. Ce film greco-germano-hongrois est filmé à hauteur d'une poule noire qui, née dans un élevage intensif, va vivre quelques aventures mouvementées que je vous laisse découvrir. Cette poule n'est pas expressive mais elle caquète. Dès le premier plan du film, on voit en gros plan un oeuf qui sort du cul d'une poule. Puis, dans un plan plus large, on voit des milliers d'oeufs qui vont éclore et donner des milliers de poussins ballottés et triés d'une machine à l'autre dans un élevage industriel. Cocotte grandit dans cet environnement hostile et par un concours de circonstances, elle va réussir à s'en échapper. À partir de là, ses aventures débutent quand elle est menacée par un renard qui aimerait en faire son repas, puis par un aigle avant d'être attrapée par un chien nommé Titan. Complètement tétanisée, elle reprend du poil de la bête dans un poulailler mais elle est violée par un coq (très moche). Elle pond ses premiers oeufs qui lui sont pris tout de suite. Par la suite, elle a le coup de foudre pour un autre coq dans le même poulailler appartenant à une famille de restaurateurs liée à un trafic de migrants. Nous sommes en Grèce, à la frontière turque, avec un paysage idyllique en bord de mer. Mais on reste toujours à hauteur de poule. Le film comporte très peu de dialogues mais les situations sont très explicites. C'est un film que je conseille (mais pas aux jeunes enfants). Il y a des moments violents. Ce long-métrage semble trouver son public et les critiques sont bonnes. Lire aussi le billet de Pascale.
Avec Les morts d'avril, je viens de terminer un des tomes de la série "Harry McCoy" d'Alan Parks paru en français. C'est le quatrième volet de la série: je les ai pour ma part lus dans le désordre. J'avais donc commencé par Mourir en juin, puis Janvier noir, puis L'enfant de février, puis Joli mois de mai, et tout récemment Bobby Mars Forever et donc j'ai terminé avec Les morts d'avril (Edition Rivages/Noir, 489 pages). L'histoire se passe en 1974, du 12 au 22 avril à Glasgow. Une bombe vient d'exploser dans un appartement. Le bilan est un mort, celui qui avait fabriqué la bombe. L'explosion de la bombe est la première d'une longue série. Harry McCoy n'est pas ravi d'être mis sur l'enquête. Il semblerait que ce soit l'IRA qui est responsable mais c'est trop simple. Comme dans les autres romans de Parks, Harry est impliqué dans plusieurs enquêtes en même temps. Il est secondé par Wattie, un policier qui est devenu jeune papa.
Stewart, un marin Américain à la retraite, croise le chemin de McCoy. Stewart n'a plus de nouvelles de son fils qui est marin sur une base navale américain de Holy Loch près de Glasgow. Le jeune homme a disparu et Stewart demande à McCoy de le retrouver. Les deux enquêtes vont se rejoindre.
Par ailleurs McCoy qui en fait toujours à sa tête continue d'être proche de Cooper, son ami d'enfance, bien que ce dernier soit depuis longtemps impliqué dans le trafic de drogue, la prostitution et bien d'autres choses. Ils sont amis depuis l'enfance. Le roman est aussi passionnant que les cinq autres et j'espère sincèrement que Parks va continuer sur sa lancée. J'attends "juillet, août, septembre, octobre, novembre et décembre".
PS : Pour répondre à l'interrogation d'Alexandra ci-dessous, c'est bien de les lire dans l'ordre pour l'évolution des personnages principaux mais les intrigues policières n'ont pas de connexion entre elles d'un tome à l'autre.
PS2 : Pour corriger le commentaire de DocBird ci-dessous, il y a SIX tomes de parus pour l'instant et non quatre.