Journal de la construction d'un phare - R. L. Stevenson
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Avoir évoqué il y a deux jours une oeuvre de Robert Louis Stevenson m'incite aujourd'hui à finaliser un billet dont j'avais commencé le "brouillon" en... 2023! Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me suis de nouveau procuré l'ouvrage en question pour le relire et en rephotographier la couverture (l'ancienne photo ayant été fortement dégradée à l'occasion du transfert vers la plateforme du blog). Et je peux donc inscrire ce billet pour le challenge 2026 sera classique aussi! organisé par Nathalie et pour le Book trip en mer (saison 3) chez Fanja. Et dire qu'à l'origine, je visais le challenge 2023 sera classique...
Robert Louis Stevenson, Journal de la construction d'un phare, Paulsen, 250 pages, 2023
(éd. originale en anglais: 1912, sous le titre Records of a Family of Engineers,
trad. Marc Sigala)
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Tout le monde connaît R. L. Stevenson (Robert Louis [ou Lewis, à son baptême]) comme l'auteur de L'Île au trésor, de L'étrange cas du docteur Jekyll et de Mr Hyde, et du Voyage avec un âne dans les Cévennes, titre sur lequel je procrastine un billet "Pavé de l'été" depuis je n'ose plus compter combien d'années... Mais peut-être sait-on moins qu'il a pu apparaître un peu comme le "raté de la famille" en se découvrant plus littéraire que scientifique: la dynastie Stevenson, depuis son grand-père, figurait parmi les pionniers de l'ingénierie civile en Ecosse, pour ce qui concerne, précisément, la construction des phares. Le père et les deux oncles de notre écrivain, deux de ses cousins, tous, après son grand-père Robert Stevenson, ont travaillé pour le "Bureau des Phares du Nord" de l'Ecosse. R.L. n'en a eu ni la santé ni le goût.
L'ouvrage que je présente aujourd'hui était resté inédit à la mort de l'écrivain, et l'édition proposée par Paulsen ne contient malheureusement rien d'autre que le texte lui-même (pas de préface "explicative", ni de dossier documentaire, mais du "contenu brut"). L'introduction (pp.9-19), écrite à la première personne, porte sur l'histoire du nom Stevenson. L'auteur semble avoir fait des recherches généalogiques et avoir trouvé trace de la naissance de son premier ascendant direct à Glasgow en 1675 (p.14). Il enchaine ensuite sur une "première partie" titrée "Annales de la famille" (pp. 23-53). Un tableau familial (peinture à l'huile représentant un bateau) permet d'évoquer la mort précoce de ses arrière-grand-oncle (Hugh) et arrière-grand-père (Alan), dans les Caraïbes, en 1774, à respectivement 25 et 22 ans. Fort heureusement, Alan s'était marié jeune ("quelque chose de romantique", selon un cousin de R.L.?) et avait engendré Robert, né en 1772. En 1787 seulement, la veuve d'Alan Stevenson se remarie avec un certain Thomas Smith, "ingénieur" en construction de phares (métier alors très récent), et lui-même veuf et père de deux filles, dont Jean née en 1779. Robert et Jean convolent en 1799. Mais pour apprendre que Thomas Stevenson (1818-1887), leur plus jeune fils et l'un de leurs rares enfants (cinq) à avoir atteint l'âge adulte, se maria en 1848 (R.L Stevenson est né en 1850), il m'a fallu recourir à Wikipedia... Les extraits de lettres cités évoquent parfois la douleur de perte d'enfants. La "deuxième partie" (pp. 57-97) est intitulée "Au service des phares du nord" et divisée en trois chapitres. Le grand-père (Robert Stevenson) et l'arrière-grand-père (Thomas Smith) de Stevenson semblent avoir souvent été en voyage pour construire leurs phares. En 1807, Robert devint l'unique ingénieur des phares du Nord. Au début du chapitre II (p.77), R.L explique qu'il va essayer, à partir d'extraits du journal de son grand-père (nous y voilà!) et de sa correspondance, de montrer son investissement dans son métier. Il en donne de nombreux exemples. Dans le chapitre III (p.91), notre écrivain mentionne qu'une vie professionnelle de Robert Stevenson a déjà été publiée par son fils David (l'un des oncles de R.L), et précise que son propre dessein est de décrire l'homme qu'il était (il fut d'abord et avant tout un ingénieur).
La troisième partie, titrée "La construction du phare de Bell Rock", est la plus conséquente (pp.101-250). Je vous laisse le plaisir de la découverte, et vous dirai juste que dès 1794, Robert avait « été obnubilé à l’idée de construire un phare sur ce redoutable récif » (p.103). Les travaux se sont déroulés, à la belle saison, à partir du dimanche 10 août 1807 jusqu’en 1811. Cette troisième et plus longue partie du livre a été rédigée (transcrite et peut-être mise en forme - "une version un peu dépoussiérée"...?) par R.L. Stevenson à partir du « journal de travaux » (chronique jour après jour) que son grand-père a mis quatorze ans à achever (sous forme d'un grand in-quarto de 533 pages) [p.107].
Pour donner tout de même la mesure de l'exploit, disons que ce "rocher" constitue un récif de plusieurs centaines de mètres de longueur, mais découvert seulement à marée basse, et couvert de cinq mètres d'eau à marée haute. Les opérations de la première année (1807, du 16 août au 6 octobre) ont consisté à édifier une sorte de "maison de chantier" sur pilotis, solidement ancrée au rocher. Le transport des hommes et du matériel se fait bien entendu par bateau (à voile, bien sûr). Les opérations reprennent en 1808, à partir du 29 février... (et s'achèvent, cette année-là, le 21 septembre). Les travaux et leurs aléas quotidiens sont alors loin d'être achevés. C'est le vendredi 11 février 1811 que, pour la première fois, le feu du phare achevé se substitue à celui du bateau-phare qui jusque-là signalait les écueils.
Je me permets d'ajouter que ce livre rappellera aux familiers de la construction des phares français (Ar-Men, la Vieille, la Jument, Nividic, etc.) les difficultés propres à chaque projet lorsqu’il s’agit de bâtir une tour sur un rocher plus ou moins émergé. L’ingénieur Robert Stevenson y rend à plusieurs reprises hommage aux marins, par opposition aux ouvriers terriens. En France, la Commission des phares n’a été créée qu’en 1811 (l'année où le phare de Bell Rock a été achevé et son feu allumé). Le phare d'Ar-Men a brillé 60 ans plus tard...
Je n'ai pas trouvé en 2026 d'autres blogs ayant chroniqué ce livre que ceux déjà repérés lors de mes recherches en 2023: Bernie, Mr K du blog Le capharnaüm éclairé, et le blog Les passions de Chinouk.
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