Le blog de Dasola

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30 octobre 2026

Le corset - Louis Flichy

Je conseille absolument ce film d'animation très réussi dont le titre est Le corset de Louis Clichy. Christophe, 11 ans, "penche". Il vit dans une ferme céréalière en Beauce avec son grand frère JB, Jean et Catherine, ses parents et sa toute petite soeur. Quand, je dis que Christophe penche, c'est qu'il a des problèmes à la colonne vertébrale. Il tombe souvent en diagonale. Un médecin lui prescrit un corset orthopédique "Milwaukee" qu'il devra porter jour et nuit pendant plusieurs mois voire plusieurs années. Ce n'est ni esthétique, ni pratique. Mais grâce à un organiste et à une jeune fille appelée Clara, sa vie quotidienne sera plus distrayante. Il s'initie donc à l'orgue après avoir cassé un "mi bémol" et sous l'influence de Clara, il commet quelques larcins dans des magasins ou prend un bus sans payer son ticket. À la ferme, la vie n'est pas facile car JB son frère et Jean le père connaissent des difficultés financières mais personne ne baisse les bras. Il faut garder l'espoir avant tout. L'animation est très réussie et on s'attache vite au personnage de Christophe. Les critiques sont unanimes pour saluer ce film immanquable. Lire le billet de Pascale. 

PS: désolé d'être peu présente sur les blogs en ce moment, j'ai des problèmes de connexion là où je suis. À partir de dimanche ou lundi, cela devrait aller mieux. 

29 octobre 2026

Trois versions de L'île au trésor en BD

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) souhaitais parler, avant la fin du Book trip en mer (saison 3) de Fanja, des adaptations en bande dessinée du roman pour la jeunesse de R. L. Stevenson, L'île au Trésor. Cela me permet de cumuler le challenge 2026 sera classique aussi! de Nathalie avec le BTEM3.

Parmi les trois albums que je vous présente aujourd'hui, il y a deux versions que je possède moi-même depuis des années, et une que, je crois bien, je n'avais jamais lue intégralement, mais dont j'avais dû croiser des dessins en noir et blanc (peut-être avec le lettrage italien, d'ailleurs?). Comme j'ai emprunté cet album-là en bibli, il va falloir que je le rende (je suis même en retard!), d'où mon "passage à l'acte". 

* Robert Louis Stevenson, L'île au Trésor, Presses Pocket N°1447,
(Treasure Island, 1883, trad. Théo Vallet 1920, 246 pages)
* Hugo Pratt (des.), Mino Milani (scén.), L'île au Trésor suivi de Enlevé! [David Balfour],
Casterman, 2010 (EO 1965), 175 pages (L'île... = pp.13-100)
* Michel Faure (des.), François Corteggiani (scén.), L'île au trésor, Dargaud, 1991, 64 p.
* Jean-Marie Woehrel (des.), Christophe Lemoine (adapt./scén.), L'île au trésor, Glénat,
coll. Les incontournables de la littérature en BD (avec le concours de l'Unesco
[prix France TTC: 1,00 euro]), 2010

 

Ce qui différencie ces différentes versions dessinées, ce n'est pas l'histoire, que tout le monde connaît, mais bien le dessin d'une part (expressivité, cadrage, choix des angles...), et la rédaction des textes, d'autre part. 

 

Je commence par la version de Faure, pour laquelle j'ai pour ma part une légère préférence (peut-être parce que, ayant acheté cet album en 1999, je l'ai lu et relu?). Il est vrai, aussi, que je suis "fan" de la série "Les fils de l'Aigle" (11 volumes, 1985-1998). Le traitement en "couleurs directes" apporte quelque chose de flamboyant (et de scintillant, dans le cas du trésor!). Les "récitatifs" à la première personne rendent bien compte du schéma narratif du livre d'origine. Mais je pense qu'il appartient surtout à chaque lecteur de se faire sa propre idée sur la question!

Hélène (blog Lecturissime) appréciée moins cette version que moi.

 

La version d'Hugo Pratt, la plus ancienne des trois, est pourtant celle que j'ai découverte le plus tardivement (comme dit plus haut, je l'ai empruntée en bibliothèque en vue du présent article, ne la possédant pas). Dès 1965 (deux ans avant La Ballade de la mer salée), on reconnaît son trait si caractéristique, conçu d'abord pour le noir et blanc et parfois colorié ensuite. On a des visages ("trognes") en gros plan et en légère contre-plongée, dont je pense que certaines ont pu "inspirer" d'autres dessinateurs... L'album que j'ai lu est une édition en format "à l'italienne" (chaque page étant surmontée d'une têtière dessinée), mais l'oeuvre existe avec d'autres montages des pages. J'ai remarqué un "biais narratif" rendant Long John Silver moins antipathique que, par exemple, dans la version de Faure. 

L'album présente aussi une autre oeuvre de Stevenson, la première partie des Aventures de David Balfour, titrée Enlevé! (la mise en page et la mise en couleurs en sont différentes). Je ne sais pas si Pratt a dessiné Catriona, la suite - mais il dit avoir lu ce titre, dans les quelques pages qui précèdent L'île au trésor.

 

Enfin, je dirais que la version Glénat est surtout une "mise en image", peut-être un peu trop "sage" et impersonnelle (oeuvre "de commande" plutôt que "travail de création artistique"?). Jean-Marie Woehrel n'est pas, me semble-t-il, un "premier couteau" de la BD (mais je précise que je serai tout à fait incapable, pour ma part, de dessiner le moindre album...). Par contre, cette version "soutenue par l'Unesco" bénéficie, en fin d'album, d'un intéressant dossier documentaire d'une dizaine de pages sur l'oeuvre et son auteur. Feuilletez les premières pages de la BD chez l'éditeur... (lien indirect trouvé chez Pativore). En creusant un peu, j'ai compris que les premiers albums de cette collection avaient été publiés par Arboris à paris de 2007, avant que Glénat développe la collection tout en repliant les premiers titres (48 albums au total, sept oeuvres étant divisée en 2 tomes, ces 41 oeuvres se répartissant entre une trentaine d'auteurs). Elle s'appelle aujourd'hui "Les Grands Classiques de la littérature en bande dessinée". L'île au trésor y porte le numéro 2. À noter que, dans les fiches "Woehrel" et "Lemoine" sur wikipedia consulté le 27/06/2026, la collection n'est pas indiquée, dans les fiches des auteurs, comme "Les incontournables de la littérature en BD", mais (à tort) comme "Les incontournables de la BD"... or ce n'est pas la même chose!
Si le but est bien d'amener à la lecture du roman d'origine, par le canal de la bande dessinée, de jeunes lecteurs qui, sinon, n'auraient jamais spontanément été vers ces titres, c'est bien. Mais j'aimerais tout de même connaître les chiffres (combien d'albums vendus, coût de l'opération pour l'Unesco...). 

 

À titre d'illustration sur les différences entre les trois versions, voici quelques extraits montrant le traitement de divers éléments.

Photos de la carte publiée dans l'édition originale de Stevenson (ce dernier en a raconté l'histoire: c'est son beau-père qui l'a aidé à la réaliser, l'éditeur avait égaré une première version...). Pour moi, c'est clairement Pratt qu l'a reproduite le plus fidèlement, tout en y insérant de la créativité.

 

Un épisode qui a dû faire rêver plus d'un adolescent: le moment où Jim tue un homme, "à l'insu de son plein gré" et en légitime défense (double coup de feu "réflexe" provoqué par la blessure du couteau qui vient de lui être lancé).

 

Et enfin, la légitimation de l'oeuvre: le trésor! Ici, comme dit plus haut, je préfère la version "scintillante" de Faure. Celle de Woerhel est peut-être exagérée: six hommes ont-ils pu porter autant d'or?

 

Outre ces trois adaptations-là en bande dessinée, peut-être en existe-t-il encore une dizaine (comme celle-ci par exemple)! Il me restera le plaisir de découvrir ces trésors dessinés... au fil de l'eau.

 

   

Concernant le livre lui-même, mon édition, imprimée en janvier 1977, ne porte aucune annotation de ma part. Je suppose que le bouquin a dû m'être offert, neuf, en 1977, soit pour un voyage en train soit pour un anniversaire... à une époque où je n'avais pas encore "pris le pli" d'exiger une dédicace pour tout bouquin arrivant entre mes mains! En tout cas, j'ai été très content, en revoyant aujourd'hui cette couverture, de me dire "Mais on dirait Orson Welles!"... et de vérifier que ce dernier a joué dans un film de 1972 (que dasola n'a jamais vu: "film de garçons!"...).

Cette édition Presse Pocket" contient des éléments signés Francis Lacassin (1931-2008), éditeur de la collection 10-18, et une Introduction par Pierre Mac Orlan (1882-1970). La traduction est due à Théo Varlet (1878-1938), qui avait pour pseudonyme Déodat Sarval... nom que je connais comme traducteur de toutes les éditions que j'ai pu consulter l'an dernier de Trois hommes dans un bateau! Et je m'aperçois que ce même individu a fait deux traductions différentes de L'île au trésor (une sous chaque nom).

 

Enfin, je terminerai en signalant à mes lecteurs qu'Alex Capus a écrit tout un roman (Voyageur sous les étoiles), racontant entre autres par exemple que Stevenson, lorsqu'il est parti naviguer vers la Polynésie, a fini par viser l'ile Coco des Samoa, pour y découvrir un trésor de pirates, et l'utiliser pour s'y faire construire une demeure de rêves... Mais ceci est une autre histoire.

28 octobre 2026

Moulin - László Nemes

Comme je l'avais annoncé, voici un billet sur Moulin du réalisateur d'origine hongroise László Nemes (Le fils de Saul) qui sort aujourd'hui, mercredi 28 octobre 2026. J'ai vu ce film en avant-première le 13 octobre dernier à Limoges dans une très grande salle pratiquement pleine. Il parait que 136 salles en France ont projeté ce fllm en même temps. Dans une grande salle à Lyon, se trouvaient Gilles Lellouche, László Nemes et le scénariste Olivier Demangel qui ont répondu à des questions posées par des spectateurs à l'issue de la projection. Pour ma part, j'ai aimé ce film qui devrait faire débat. En effet, le scénariste et le réalisateur ont choisi d'évoquer les huit derniers jours de la vie de Jean Moulin, période courte mais dont on ne sait rien ou presque. Evidemment, cela laisse laisse des libertés au scénariste (et au réalisateur). Plusieurs fois pendant la discussion, ils ont fait allusion au film de Jean-Pierre Melville, L'armée des ombres (1969). Dans Moulin la fausse libération ou le simulacre d'exécution n'ont certainement pas eu lieu. On assiste à pas mal de séquences éprouvantes comme celle avec une jeune femme qui se fait tuer par des chiens dans une forêt la nuit. Il y a un très beau travail sur le son, sur l'image. Nemes filme les acteurs au plus près. Mais on pourra dire que c'est un film un peu froid. Le réalisateur garde une certaine distance vis-à-vis de l'émotion que l'on devrait ressentir. En revanche, il faut noter l'interprétation remarquable de l'acteur allemand Lars Eidinger qui interprète Klaus Barbie. Il a appris son dialogue français phonétiquement. C'est Gilles Lellouche qui nous a appris que Lars Eidinger ne parlait pas un mot de français. Le personnage de la Comtesse de Forez, interprétée par joué Louise Bourgoin, est fictif. Un film que je conseille. Même si je ne suis pas sûre que les spectateurs (pas très jeunes) autour de moi aient été convaincus par ce film.

26 octobre 2026

Les élémentaires - Michael McDowell

 

Comme le précisent les éditions Monsieur Toussaint Louverture, Les élémentaires (390 pages) (1981) qui vient de paraître est le sixième et dernier livre de la bibliothèque Michael McDowell (1950-1999). J'ai lu les cinq autres. A la fin de ce volume, les autres romans publiés précédemment sont résumés avec la date de leur parution. Le livre Les élémentaires a été écrit entre Les aiguilles d'or (1980) et Katie (1982), Blackwater datant de 1983. Chaque fois, l'écrivain nous surprend avec des histoires horrifiques à la limite du fantastique. L'intrigue des élementaires se passe en Alabama à Mobile et à une trentaine de kilomètre de là. Marian Savage qui était une vraie "méchante" vient de décéder au bout de deux ans d'une longue maladie. Ses obsèques se déroulent de manière étrange car ses deux enfants survivants, Dauphin et Mary-Scot plantent un poignard dans la poitrine de la défunte dans son cercueil à l'église pendant la cérémonie.

Quelques jours passent et voilà que des membres des familles Savage et McCray partent vers la pointe méridionale de l'Alabama à Beldame où il y a trois maisons construites à l'identique. Nous avons côté Savage, Dauphin qui est marié avec Leigh McCray. Cette dernière a un frère Luker, lui même père d'une jeune fille appelée India qui a treize ans. Leigh et Luker sont les enfants de Barbara et Lawton McCray. Ce dernier mène une carrière politique. Barbara est du voyage mais pas Lawton qui est en campagne pour son élection. Odessa (une femme noire), la domestique des deux familles les accompagne. Des trois maisons, l'une est aux Savage, la deuxième est aux McCray et la troisième est inhabitée depuis des années car des dunes de sable la recouvrent de plus en plus à l'extérieur. A l'intérieur de cette maison envahie aussi par le sable, se produisent des phénomènes étranges. Des élémentaires (des esprits) semblent l'habiter et ils sont très hostiles. L'un d'entre eux est un genre de bébé monstrueux. India et Odessa sont les deux protagonistes principales qui vont affronter ces élémentaires. Je ne vous en dis pas plus. L'histoire démarre plutôt lentement mais tout ce précise dans le dernier gros tiers du roman. C'est vraiment horrifique mais l'auteur décrit cela avec beaucoup de recul. J'ai aimé Les élémentaires comme les autres romans de l'écrivain. Cela sort vraiment de l'ordinaire. Vous pouvez aussi lire Lune froide sur Babylone (1980) et L'amulette (1979).

 

23 octobre 2026

Bilan challenge Epais de l'été 2026

C'est le 23... septembre 2026 que ce billet, dont la rédaction avait commencé début septembre (plusieurs semaines avant sa date de parution prévue) avec les éléments alors disponibles, aurait dû paraître. Et puis, d'autres tâches plus urgentes se sont succédées les unes après les autres, il est resté encalminé trop longtemps avant d'être finalisé, et c'est finalement un mois après, jour pour jour, que je me dis "c'est maintenant ou jamais!"... et aussi "mieux vaut tard que jamais!". Mes excuses aux participants tout de même, bien entendu.

 

Les participant(e)s au challenge Les Epais de l'été 2025 (4e édition) avaient jusqu'au mardi 22 septembre 2026 (à minuit...) pour déclarer leurs participations. Il est donc temps que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) fasse le bilan de ces trois mois de challenge estival sur de gros bouquins que, pour la quatrième année consécutive, j'avais organisé sur ce blog. 

== Je commence par les questions qui tuent (oui, je suis méchant!): participant(e) ou non au challenge, vous qui lisez ce billet de bilan, combien de ceux des participant(e)s avez-vous lu?
Sous combien avez-vous signalé votre lecture? Vous en trouverez la liste ici.
... Bon, c'est dit, passons à autre chose. ==

 

Par exemple, j'annonce d'ores et déjà que je resterai à 750 pages minimum pour l'édition 2027 (la 5e!), après être passé, par augmentations successives de 50 pages, de 600 en 2023 à 750 cette année 2026. Acceptant la prise en compte de n'importe quelle édition avérée en n'importe quelle langue atteignant le nombre de pages requis (même si ce n'est pas l'édition effectivement lue!), je continuerai à accepter les livres édités en gros caractères. 

 

En principe, avant de publier ce billet, je suis passé voir chez les 30 participants déjà enregistrés pour au moins une contribution au challenge s'ils n'avaient pas publié une autre participation en oubliant de me la signaler sous le billet récapitulatif. J'ai aussi été voir chez ceux qui, depuis juin, avaient signalé s'inscrire au challenge sans être encore, à ma connaissance, passés à l'acte (au moins 7 blogueurs). 

 

Je commence par une esquisse de palmarès (mais ici, il n'y a rien à gagner, ni médailles ni points... juste peut-être la satisfaction d'avoir "désépaissi" sa PAL?).

Sans surprise, c'est encore belette2911 qui arrive en tête et qui bat avec 18 épais lus (totalisant 17 068 pages si mon compte est bon), non seulement son propre record de 2024 (16 épais lus), mais aussi celui de Mara en 2023 (17 épais lus, mais de 600 pages, et pour un total de 12 064 pages "seulement")! Derrière (loin...), suivent Dasola, Ingannmic et Tampopo24 [Tachan] avec quatre ouvrages chacune (dans trois billets, concernant la dernière nommée). Sunalee... et Ta d loi du cine (sur le fil!) ont réussi à en chroniquer trois. Dix participantes ont réussi le doublé: Alex-mot-à-mots, Aliénor [ex-Jigs], Athalie, ClaudiaLucia, Enna, Manou, Miriam, Sandrion, Keisha et Nanou. Enfin, ont réussi cette année à lire un Epais: Agatheb2k, Alexandra, Anne-yes, Audrey, Bastien [chez Enna], Cannetille, Dviolante, Fabysway​​, Fanja, Mjo, Patrice, Phildes, Une comète et Violette.​ Sept inscrit(e)s en sont restés à la velléité, et nous sommes trois à avoir annoncé au moins un autre titre qui n'était pas encore chroniqué quand ce challenge 2026 s'est achevé (ce sera peut-être pour l'an prochain?).

 

Plus d'une quinzaine des 34 participants de 2023 ont aussi contribué à cette édition 2026: j'en déduis qu'il existe à la fois une permanence des appétences pour ce challenge d'une année sur l'autre, et aussi qu'il a su attirer ou réattirer des blogueurs et blogueuses désirant lire de gros bouquins l'été!

 

Passons aux ouvrages lus. 63 des Epais de 2025, mais seulement 35 de ceux de 2024 (contre 43 de 2023), dépassaient les 750 pages et auraient donc pu participer cette année. Pour information, 55 des Epais de 2026 atteignaient ou dépassaient les 800 pages (15 avaient un nombre de pages compris entre 752 et 784 pages). Mais j'ai déjà dit que je ne rehausserai pas la barre de toise pour 2027.

En 2026, J'ai eu la surprise de voir qu'un seul des 57 titres chroniqués comportait deux auteurs (encore partageait-ils le même patronyme). Deux titres différents ont chacun compté trois fois pour les Epais (sur 3 blogs différents à chaque fois): Bien-être de Nathan Hill, et Le Calamity Club de Kathryn Stockett (ce dernier parce que j'ai trouvé une information comme quoi il existait une édition en gros caractères, en deux volumes de chacun 864 pages...). J

Pour ce qui concerne les 49 auteurs ayant été lus, je peux aussi signaler que trois auteurs ont chacun fait l'objet de quatre billets: Benjamin Dierstein, Joe Abercombie, Ken Follett. Il s'agit dans tous les cas d'auteurs rédigeant des saga en plusieurs volumes. La trilogie de Benjamin Dierstein a inspiré quatre blogs différents pour ses trois volumes, et c'est son tome 1 qui a été chroniqué à deux reprises. Les deux derniers tomes de la trilogie de Joe Abercombie ont été chroniqués par deux blogs. Ken Follett a inspiré trois blogueurs différents pour deux de ses séries (je suis le seul à avoir chroniqué un tome de chaque). On m'appelle David Copperhead de Barbara Kingsolver, Le lecteur de cadavres d'Antonio Garrido, Fox de Joyce Carol Oates, Consuelo de George Sand ont été chroniqués deux fois chacun. Ed McBain a inspiré deux participations avec chacune un tome différent de l'intégrale de son 87e district. Une blogueuse a chroniqué deux titres de Stephen King et une autre un troisième. Mais c'est encore une seule et même blogueuse qui a chroniqué deux titres de Greg Iles. 

 

Je rappelle que, en même temps que le mien, se déroulait le challenge Les pavés de l'été 2026 chez Sibylline (à partir de 500 pages). Bravo à Belette2911 qui y a remporté l'inédite "Médaille de Kryptonite" pour... 30 titres lus! Pour ma part, j'y ai obtenu une médaille de chocolat (miam! avec trois titres, et Dasola un "médaille d'argent" avec 7 livres lus (en 7e position ex-aequo). Je pense que certains de ses contributeurs avaient lu des livres comportant le nombre de pages nécessaires pour s'inscrire aussi aux Epais de l'été mais ne l'ont pas souhaité. À l'inverse, 7 participants aux Epais de l'été ne se sont pas déclarés comme "Pavés de l'été". On peut observer que j'ai pour ma part pris en compte certains cas compliquées: Claudialucia a ainsi consacré pas moins de cinq billets à une même oeuvre. J'ai aussi comptabilisé trois billets différents sur une trilogie de Frank Thilliez dont il existe une édition intégrale comme une participation de la part de Phildes.

 

Enfin, je termine en espérant que les participations à l'édition 2027 seront tout aussi riches et diverses... L'été 2027, c'est dans seulement huit mois d'ici désormais!

22 octobre 2026

Minotaure - Andreï Zviaguintsev

Je suis allée voir toutes affaires cessantes Minotaure du réalisateur russe Andreï Zviaguintsev qui a reçu le Grand prix (mérité) au dernier festival international du film de Cannes en 2026. Minotaure est l'adaptation du film de Claude Chabrol, La femme infidèle (1969). L'histoire est transposée en Russie en 2022, au début de l'opération militaire spéciale contre l'Ukraine. Gleb est un chef d'entreprise prospère dans la logistique. Il habite avec sa femme Galina et son fils Serioja dans une belle maison en bois et verre au milieu de la forêt près d'une ville moyenne. Le film a été tourné en Lettonie près de Riga. Dans Minotaure, le maire de la ville demande à Gleb et à d'autres chefs d'entreprise de choisir 14 personnes (des hommes) dans leurs effectifs pour les envoyer sur le front. En parallèle, Gleb a un doute sur la fidélité de sa femme et il demande à un de ses collaborateurs de mener une enquête. Par un tour de passe-passe, il fait embaucher 14 personnes qui seront les "désignés volontaires" pour prendre les armes. Pendant ce temps, apprenant le nom de l'amant de Galina (il s'appelle Anton), il se rend chez lui et le tue. La séquence du meurtre et ce qui s'ensuit est marquante. J'apprécie beaucoup le cinéma de ce réalisateur depuis Le retour (2003). J'ai vu Elena, Leviathan et Faute d'amour. Ce n'est pas un cinéma très joyeux par ses thèmes (c'est même plutôt pessimiste) mais j'admire depuis le début le travail sur le cadre, la lumière et le jeu des comédiens. Dans Minotaure, la fin est différente du film de Chabrol. Un film que l'on n'oublie pas de sitôt. Pour information, ce film russe et parlé en russe mais coproduit par la France a été choisi pour représenter la France aux prochains Oscars en 2027. Lire le billet de Christoblog.

20 octobre 2026

Les 11èmes rencontres cinématographiques de Limoges du 3 au 13 octobre 2026 - 3/3

Voici le troisième et dernier billet consacré aux 11èmes rencontres cinématographiques de Limoges.

Le premier film de la sélection que j'ai vu est celui de Hirokazu Kore-eda, Le fils idéal, qui sortira fin décembre 2026 ou début 2027. C'est un film de science-fiction qui se passe dans un futur proche. Les drones, au lieu de lancer des missiles, font office de facteurs. Ils livrent des colis. Les voitures ne font pas de bruit. Désormais, les humanoïdes petits et grands sont opérationnels et entrent dans la sphère familiale. Otone et Kensuke Komoto viennent de perdre leur petit garçon. Ils acceptent à titre expérimental d'accueillir Kakeru, un jeune robot humanoïde qui a pratiquement les traits et quelques caractéristiques de leur fils disparu. Kakeru fonctionne avec un bouton en haut du dos. Il se régénère la nuit installé sur boîte. Et il a une puce GPS dans le corps. Kakeru ne mange pas, ne boit pas mais il aime s'amuser. Il se lie avec quelques congénères garçons et filles. J'ai aimé ce film très zen comme la maison où vivent Oton et Kensuke. J'ai trouvé Le fils idéal assez étonnant. Il méritera d'être découvert même si ce n'est certainement pas le meilleur long-métrage du réalisateur. 

Je continue avec Carmen, l'oiseau rebelle de Sébastien Laudenbach qui est un film d'animation. Il sort le 16 décembre 2026. Le réalisateur a repris la trame de l'opéra Carmen de Georges Bizet ainsi que la musique. Personnellement, je n'ai pas été totalement convaincue par ce film, mais les couleurs sont belles et la fin sympathique.  

Le documentaire Ceux qui tiennent la laisse de Gilles Balbastre (qui est le coréalisateur des Nouveaux chiens de garde, 2012) s'en prend aux patrons des médias, de la tech et à la politique conçue comme un business model de la Start-up nation avec le soutien inconditionnel du président de la république. Le film n'est pas très nuancé ni subtil mais c'est le parti-pris assumé du réalisateur qui était présent dans la salle. Il s'en prend beaucoup à Xavier Niel (gendre de Bernard Arnault) et Patrick Drahi. Personnellement, j'avais nettement préféré Les nouveaux chiens de garde. Ceux qui tiennent la laisse sort courant janvier 2027.

Je termine avec Ceux qui nous mènent  à toi de Khalil Cherti qui évoque le parcours d'aide médicale à la procréation (PMA). Charlie (Nina Meurisse) et Hicham (Sofian Khammes) sont mariés depuis neuf ans mais, depuis trois ans, ils essaient en vain d'avoir un bébé. A priori, ils sont fertiles tous les deux mais ça bloque. Le film décrit le parcours du combattant pour Charlie qui subit plusieurs FIV. Elle tombe enfin enceinte mais pas longtemps. Le film vaut surtout pour l'interprétation des deux acteurs principaux qui sont crédibles. Jeanne Balibar et Maria de Medeiros complètent la distribution, elles sont très bien toutes les deux. Le film sort le 11 novembre prochain. 

J'ai vécu une très belle expérience avec 10 films vus en 10 jours. Je compte bien être présente pour les 12èmes rencontres l'an prochain. J'espère qu'il aura lieu.

Sinon, j'ai vu Moulin de Lazlo Nemes qui clôturait les rencontres. J'écrirai un billet vers le 28 octobre quand le film sortira dans les salles.

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Je veux terminer avec ce qui s'est passé le 17 octobre dernier: l'incendie de la mairie de Limoges, beau bâtiment de la fin du XIXème siècle, classé monument historique. Elle a traversé deux guerres mondiales et à cause de "co...ards" qui ont allumé un incendie, elle a été presque entièrement brûlée. C'est d'une tristesse infinie. 

18 octobre 2026

Mickey Maltese - La ballade de la souris salée (dessins: Cavazzano / Zemolin - scénario: Enna)

C'est grâce à un billet de Tampopo24 (blog Les blablas de Tachan) que j'ai découvert l'existence d'un "pastiche disneyien", ou plutôt d'une "réinterprétation" d'un album mythique. Et comme son billet date d'un mois jour pour jour (de date à date), peut-être cette BD d'origine quadruplement italienne nous rapportera-t-elle quelques points supplémentaires pour le challenge Book trip en mer (saison 3) chez Fanja...

Bruno Enna, Giorgio Cavazzano & Alessandro Zemolin, Mickey Maltese, la ballade de la souris salée, Glénat, 88 pages, 2018, © Disney entreprise, Inc.

 

Tiens, notre souris porte un uniforme inhabituel (pattes d'eph et cool attitude) en couverture de l'album? En tout cas, sur la page d'ouverture dûment estampillée "Walt Disney", on aperçoit bien les truffes des quelques personnages présents. C'est l'Océan Pacifique qui nous parle... 

Mickey rentre en scène (si l'on peut dire) à la troisième planche (p.6), écartelé sur un radeau... Mais peut-être que cela ne vous évoque rien? Je vais donc dévoiler quelques bribes de l'histoire (fort complexe). 

 

Dans cet album au scénario tortueux, nous avons un capitaine concurrent de notre souriceau, une prisonnière fille d'un armateur et nièce d'un amiral, un sous-marin pirate et son commandant, un "moine noir" qui tire les ficelles depuis son île introuvable... 

Tout cela ne vous rappelle toujours rien? Et une tempête, un indigène local qui comprend les éléments naturels (Taradingo...),  la capture par de féroces (indigènes), une évasion grâce à un "infiltré" et à un incendie de diversion, une fuite en bateau (encore), une pieuvre géante, de la castagne à coups de poings...?

Bon, si vous êtes perdus en cours de lecture, de temps en temps, des explications aux différents actes et manigances parfois subtils des différents protagonistes sont données à un personnage par un autre, des ruses et tromperies dévoilées... 

 

Ci-dessous, une "explication de gravures" pour remettre les pendules à l'heure entre deux protagonistes, dont l'un a tenté d'assassiner l'autre... 

Il y a aussi une histoire de trésor, qu'aucun de ceux qui le convoitent ne réussira à s'approprier. 

À la fin, on peut espérer que nos deux souris (Mickey Maltese et Mindora Gruyerenore) se reverront...

 

Je suppose que, contrairement à l'auteur de la chronique de l'album sur le blog Chroniques Comics ou même à Tampopo24, la plupart de mes lecteurs ont lu, comme moi, La ballade de la mer salée, première aventure de Corto Maltese dessinée par Hugo Pratt... Même si la première de ses aventures (dessinée plus tard) ne se déroule pas juste avant la guerre de 1914-1918 mais en 1905 (album Corto Maltese, la jeunesse 1904-1905).

 

Pour ma part, je n'ai pas lu les autres albums avec Mickey publiés dans la collection "Disney by Glénat" dans laquelle l'éditeur français a été autorisé par Disney à faire réaliser des aventures des personnages créés par Walt Disney par des auteurs de la bande dessinée franco-belge (listés dans Wikipedia consulté ce 18 octobre 2026). Par contre, je me souviens avoir lu, mais non chroniqué, un album pratiquement "sans paroles" mettant en scène Donald en vacances à la campagne... 

 

Pour finir, j'ai voulu un peu montrer comment, dans nos deux ballades, les images peuvent rimer les unes avec les autres. Ci-dessous deux extraits de l'aventure dessinée par Hugo Pratt à partir de 1967.

Les aventures de Mickey sont quand même plus "gentilles": on n'y trouve pas de cousin Caïn, pas de main au panier entraînant une vive réaction de la belle Pandora (les deux cousins maniant les armes à feu à l'occasion). Pour Mickey, pas de canonnade ou d'attentat coulant un navire de guerre avec son équipage ou de marins froidement mitraillés... ni de fusillade de "pirate": aucun mort (ni expression de violence ni sexe - selon la "bible Disney"). 

Ici, la scène était muette...

17 octobre 2026

Jakob - Satu Rämö

Jakob de Satu Rämö (Edition Seuil cadre noir, 457 pages) constitue le troisième tome d'une série commencée avec Hildur et Rosa & Björk. Satu Rämö est finlandaise mais elle vit en Islande à Isafjördur comme Hildur Runarsdottir qui est inspectrice de police dans cette ville. Hildur est secondée par Jakob, un Finlandais adepte du tricot. Il est toujours en conflit avec sa femme Lena (voir les deux tomes précédents). Mais dans ce tome, il y a des retours en arrière qui décrivent et expliquent les premières relations houleuses entre Lena et Jakob et le combat de ce dernier pour pouvoir revoir son petit garçon Matias plus souvent. Pour en venir à l'intrigue principale qui se passe pendant le mois de décembre 2021, des meurtres violents surviennent. Le premier mort, un jeune homme, est retrouvé sous l'eau cloué à une cage à saumons d'élevage. Dans l'estomac du défunt, on trouve des petits sachets de drogue. Il n'a pas été tué à cet endroit-là mais dans un lieu où Hildur et Jacob découvrent un bout de poème se rapportant aux treize Lutins islandais (et leur méchante mère). D'autres agressions vont suivre avec un vétérinaire tué et une jeune femme à qui on brûle les cheveux. Et avec près d'eux, d'autres bouts du poème. Tout cela est en lien avec des prélèvements sanguins dans des fermes à sang. Les personnes tuées ou blessées pouvaient devenir dangereuses par rapport à ce commerce lucratif. L'enquête va se déplacer jusqu'en Finlande. Je ne vous en dis pas plus. Vous saurez ce que sont vraiment devenue Rosa et Björk, quelle va être l'issue du conflit entre Jakob et Lena et la future relation sentimentale d'Hildur avec un certain Anton. Ce troisième tome (en attendant un quatrième pas encore traduit) se lit bien et Il m'a plu. C'est mieux d'avoir lu les deux premiers tomes mais ce n'est pas trop important si ce n'est pas le cas. Lire les billets de BMR, d'Eva (une déception pour elle), Eimelle.  

15 octobre 2026

Nuits de princes - Joseph Kessel

Aujourd'hui, c'est avec un livre qui aura cent ans l'an prochain que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais traiter le thème d'octobre du challenge de Cléanthe Escapades en Europe - Voyages dans les littératures européennes (saison 2), "Migrations & déplacements". Je peux donc aussi l'inscrire au challenge "2026 sera classique aussi!" organisé par Nathalie.

Joseph Kessel, Nuits de princes, René Julliard (copyright 1953), Presse Pocket N°715 (1969),
256 pages, EO 1927

 

Je possède ce livre dans ma pochothèque depuis 1983, mais ne l'avais certainement plus relu depuis au moins deux décennies. Le "préambule" date, je suppose de 1953, puisque Joseph Kessel y explique avoir remanié son texte de 1927 pour une nouvelle édition. Ces deux petites pages ont manifestement inspiré le texte de la 4e de couv' de mon édition [ci-dessous: merci dasola pour la photo nette!]. Ce qui pose le contexte du livre: des centaines de milliers [d'hommes et de femmes] que la révolution russe chassa vers l'Ouest, et principalement vers la France... Joseph Kessel les a cotoyés. Et cette fréquentation, comme celle de la plupart des "personnages" qu'il a cotoyés au cours de ses reportages et plus largement de son existence de grand voyageur, lui donné une connaissance quasi-sociologique du milieu dans lequel il a injecté une trame romanesque et une intrigue autour de son héroïne.  

Le début du livre (de sa première partie, en fait) m'a rappelé de lointains souvenirs de Balzac (ce n'est sans doute pas innocent?) commençant un roman par une description de pension de famille (la maison Vauquer dans Le père Goriot): cette première partie est titrée La pension Mesureux. Nous sommes "à la fin de l'année 1924", à Passy (partie nord du 16e arrondissement de Paris, pour qui l'ignore). Peu après que la guerre commencée en 1914 eût pris fin, Mlle Mesureux voit progressivement et non sans inquiétude son ancienne clientèle de personnes âgées (rentières?) se tarir (partir au cimetière sans être remplacée). Un jour, alors que la moitié de la maison est vide, se présente un trentenaire d'origine étrangère, Maxime Chouvaloff. profession: Docteur en médecine, actuellement chauffeur [de taxi]. Pièce d'identité: passeport de la Société des nations. "Oh c'est bien simple, madame, répondit-il avec un sourire auquel les yeux n'avaient point de part, comme nous ne voulions plus de notre pays tel qu'il est, il n'a pas voulu de nous tels que nous sommes. Alors nous n'appartenons à personne, donc à tout le monde, donc à Genève" (p.14). Bientôt, ils furent trois, puis cinq,  puis dix, et enfin toutes les places vacantes dans la pension... Jusqu'à oser demander à célébrer "leur" Nouvel an russe, le 13 janvier (1925, je suppose).

 

Petits points d'Histoire: le "passeport Nansen" fut mis en place en juillet 1922 (mais imaginé dès 1921), pour les réfugiés apatrides, à l'instigation de l'explorateur norvégien Fridtjof Nansen, qui s'est beaucoup investi dans le problème du rapatriement des prisonniers de guerre bloqués en Russie en proie à la guerre civile avant de devenir le premier "Haut-commissaire pour les réfugiés" de la SDN. Le décret soviétique du 15 décembre 1921 sur la déchéance de citoyenneté des Russes à l'étranger visait différentes catégories d'exilés (avant décembre 1917, avant décembre 1921, ou après...). Enfin, c'est seulement en 1928 que sera mis en place le "Franc Poincaré", stabilisé à 20% de la valeur du franc-or d'avant-guerre (mais qui souffrira vite de la crise économique de 1929). 

 

Revenons à notre nouvel an, occasion de découvrir certains des futurs protagonistes: l'organisateur, le jeune prince caucasien Fédor Achkeliani. Le jeune et souffreteux Vassia Borkoff (19 ans) et son père Alexeï, journaliste (il gagne 1000 francs par mois comme rédacteur d'un journal en russe, l'équivalent de 120 anciens roubles, lui qui gagnait 60 000 roubles par an à la tête d'un grand journal en Russie). Les soeurs Hélène (Léna) et Nathalie (Natacha, l'aînée) Borissovna. Anton Ivanitch Irtych, qui était le propriétaire de la plus grosse usine d'aviation à Moscou pendant la guerre, ancien moujik ayant commencé comme contremaître. En France, il vient d'obtenir un contrat pour retirer les métaux des terrains abimés par la guerre, dans le Nord. Le Juif Samuel Yakovlevitch, violoniste. Et Chouvaloff bien sûr. Alors qu'Hélène se rend (charitablement) au chevet de Vassia, les autres vont poursuivre la fête au restaurant où joue Samuel.

 

Au Samovar, le portier est un ancien amiral. Un autre prince quadragénaire joue les danseurs pour dames. On y vend aux clients (300 F) des poupées semblables à celles que fabriquent pour vivre Hélène et sa soeur (elles leur sont achetées 100 F). Des femmes d'origines diverses forment un choeur. À l'issue de la fête, pendant qu'Helena annonce ses fiançailles avec Vassia, Fédor, qui y a dilapidé en vins, chansons et danses ses ultimes ressources, part comme simple ouvrier pour Anton, qui, plus tôt dans la soirée, alors que le jeune prince disposait encore de 4000 F, lui avait proposé une association (p.61). 

 

Le reste du roman tourne essentiellement autour d'Hélène. Pour son premier amant, Fédor, qui a eu un accident de cheval le jour même où elle lui a cédé, elle va devoir trouver un nouvel emploi afin de payer son séjour dans la clinique où elle l'a fait admettre: chanter en costume tzigane au Samovar. Mais le gros de sa tâche consiste à "pousser à la consommation" de bouteilles de champagne par les clients, sans boire elle-même (on ne parle cependant pas de prostitution ni d'amours tarifées). Vassia, qu'elle a bien sûr abandonné, meurt. 

 

La seconde partie du livre (p.111) est consacrée à la vie d'Helène dans l'univers de "Pigal". Dans les différents cabarets et restaurants, se côtoient anciens officiers, cosaques, tziganes, princes... comme cuisinier, danseur, musicien, chanteur, chauffeur... Après la nuit de travail avec la clientèle, ils se retrouvent "entre eux" (mêlant musiciens et danseurs "professionnels", tziganes ou non, et les aristocrates déchus dont, naguère, les précédents enchantaient les nuits en Russie) pour boire, oublier... Hélène a un tel dégoût de sa vie qu'elle sombre dans la boisson, se laisse séduire par un écrivain qui se nourrit des mots des personnes qu'il fréquente (tiens, tiens...) tout en restant indifférent à elle(s) et à ce qui n'est pas son oeuvre. Il la quittera en toute innocence afin de préparer son prochain livre. 

 

Finalement, c'est Anton Irtych, redevenu riche, qui sortira Hélène du gouffre en lui proposant le mariage, maintenant que son orgueil à elle a été bridé par la vie. Il est frappant de constater que plusieurs de ces déracinés partiront isolément vers un nouvel exil, cette fois-ci en Afrique (alors colonisée par la vieille Europe): Fédor engagé dans la Légion étrangère, Maxime pour y exercer comme médecin sous contrat de cinq ans (sa licence de taxi lui ayant été retirée à cause de Fédor), et l'ancien moujik sibérien tout disposé à offrir à son épouse le refuge d'une grande exploitation (il se fait fort d'en tirer un revenu) sans un visage blanc à des centaines de verstes à la ronde.

 

Joseph Kessel a été élu à l'Académie française le 22 novembre 1962.

14 octobre 2026

Les 11èmes rencontres cinématographiques de Limoges du 3 au 13 octobre 2026 - 2/3

Je continue avec le compte-rendu des 11èmes rencontres cinématographiques de Limoges. Je voudrais chroniquer trois autres films: Chercheurs d'Aurélien Peilloux (sortie le 06/01/27), Demain je tombe amoureux de Martin Provost (sortie le 25/11/26) et Malika de Mounia Meddour (sortie le 18/11/26).

À la fin de chaque projection, on avait un bulletin qui permettait de voter pour dire si on avait aimé ou pas le film.

Chercheurs est un premier long-métrage d'Aurélien Peilloux qui est un ancien chercheur en physique (il a même écrit une thèse), avec comme acteurs principaux Galatea Bellugi, Stefan Crepon et Emmanuelle Devos. À l'issue de la projection, le réalisateur présent était très intéressant et a expliqué pourquoi il avait tourné ce film. Il a traité un sujet qu'il connaît. Dans Chercheurs, Agathe (Galatea Bellugi) est une jeune chercheuse brillante en chimie. Anne Risler (Emmanuelle Devos), responsable d'un labo, lui donne comme tâche d'arriver à synthétiser un médicament contre la dépression. Face à Agathe, il y a Charles (Stefan Crepin). Ils deviennent rivaux mais une sorte d'amitié naît entre les deux (en tout bien tout honneur et pour cause...) Ce monde des chercheurs est un univers impitoyable car il y a beaucoup d'enjeux financiers. Le film est bien mené et bien interprété. J'ai aimé.

Je passe à Demain je tombe amoureux de Martin Provost dans lequel Fabrice Luchini interprète un tout nouveau retraité de l'éducation nationale. Au début du film, on assiste à son dernier cours de lettres face à des élèves qui ont l'air très contents. Je pense que Fabrice Luchini aurait fait un très bon professeur... L'histoire se passe à Dieppe. Quand Emile (Fabrice Luchini) revient dans la belle maison en bord de mer qu'il partage avec sa soeur et sa mère, il apprend que sa femme Barbara l'a quitté. Il est totalement désemparé. Trois femmes vont croiser sa route. Une protectrice des animaux (Carole Bouquet), une auxiliaire de vie et femme de ménage (Chiara Mastroianni) qui a quitté son mari et une ancienne amoureuse (Emmanuelle Devos). J'ai trouvé le film, très sympathique, plutôt amusant. J'ai passé un très bon moment.

Je termine avec Malika de Mounia Meddour (la réalisatrice de Papicha) qui a reçu le prix du public 2026. Malika est inspirée d'une histoire vraie, celle que Malika Bellaribi, née dans un des bidonvilles de Nanterre dans les années 50, qui à force de volonté est devenue une mezzo-soprano renommée. Gravement blessée dans son enfance, elle a réussi à remarcher. Elle a connu d'autres épreuves et elle a été confrontée au racisme. Mounia Meddour et Lilya Adad qui interprète Malika étaient présentes dans la salle enthousiaste. Personnellement, ce n'est pas le film que j'ai préféré de la sélection mais cela se laisse voir. Sur le même genre de sujet, j'avais préféré Divertimento. 

Suite et fin dans un dernier billet prochainement.

11 octobre 2026

Les 11èmes rencontres cinématographiques de Limoges du 3 au 13 octobre 2026 - 1/3

Je suis venue spécialement à Limoges (Haute-Vienne) où je séjourne régulièrement pour assister aux 11èmes rencontres cinématographiques du 3 au 13 octobre 2026. Les films de la sélection étaient au nombre de 25 et j'en aurai vu 11. Les films ont été diffusés alternativement dans les trois lieux où se situent les salles de cinéma: Centre ville, Lido et Ester (en périphérie de la ville pour celui-ci). La programmation était très éclectique avec trois films d'animation, le nouveau film japonais de Hirokazu Kore-eda, Le fils idéal, Fatherland de Pawel Pawlikovski qui a reçu le prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes, des documentaires, Moulin de Lazlo Nemes, etc. Après certaines projections, on a pu poser des questions avec les réalisateurs qui s'étaient déplacés. En revanche, à quelques exceptions près, les salles étaient rarement pleines et la moyenne d'âge des spectateurs était dans la fourchette sénior.

En ce qui me concerne, sur les onze films que j'ai vus, il y a en plusieurs qui sortent du lot dont un premier long-métrage de Bérenger Thouin, L'âge d'or, qui m'a emballée. Il sort le 11 novembre 2026. Le réalisateur a choisi de raconter très habilement une histoire inventée en insérant des images d'archives pour évoquer la vie de Jeanne Lavaur (personnage fictif) née à la fin du XIXème dont on suit la vie jusque dans les années 60. De fille de boucher, elle est devenue comtesse et "collabo" et non "résistante" (comme on aurait pu s'y attendre) pendant la Seconde Guerre Mondiale. C'est un film bluffant qui vous emporte très vite. Il a un côté très émouvant. À part Vassili Schneider (le frère de Niels), les autres acteurs et actrices sont tous des inconnus pour moi. Les images d'archives ont été parfois colorisées pour mieux s'insérer dans le récit. L'histoire se passe en France, au Brésil et un peu en Italie. Un film que je vous recommande quand il sortira. Cerise sur le gâteau, il y avait un débat très intéressant avec le réalisateur à la fin.

Un autre film m'a aussi bien plu: A jamais les premières, un film espagnol réalisé par Marta Diaz. Il se passe en 1970. Franco est encore au pouvoir. Des jeunes filles madrilènes sont tellement passionnées de foot (elles jouent sur des terrains vagues) qu'un jeune entraîneur les remarque. Il décide de former une équipe nationale, la première équipe de football féminin espagnole. Mais rien n'est simple car en 1970, les Espagnoles sont aux fourneaux et s'occupent des enfants et elles n'ont pas le droit de jouer au foot. Cette décision vient de très haut. Cela peut même compromettre leur fertilité! Et par ailleurs, chacune des joueuses est en butte à l'hostilité de leur entourage, de leur patron, même de membres d'un syndicat. Les terrains en Espagne où elles pourraient jouer leur sont interdits. Qu'à cela ne tienne, le jeune entraîneur avec l'aide d'une journaliste va réussir à organiser un match Espagne-Portugal. Sans dévoiler la fin, je l'ai trouvée très sympathique. Le film sort aussi le 11 novembre prochain. Il n'y pas besoin d'être passionnée de foot pour voir le film.

La suite dans un prochain billet [mercredi 14/10/2026].

10 octobre 2026

Le corsaire de la reine - Barbara Cartland

Encore un livre glané hier dans un bac, lu d'une traite à l'aube, et qui ce soir aura sans doute rejoint une "bibliothèque partagée" en hall d'immeuble. Mais avant cela, il m'aura inspiré un billet (et ce n'est pas le cas de tous ceux que je [ta d loi du cine, "squatter" chez dasola] lis!). Le corsaire de la reine (en VO Elizabethan Lover) s'inscrit pleinement dans le Book trip en mer (saison 3) de Fanja. Mais aussi dans 2026 sera classique aussi! organisé par Nathalie, car l'édition anglaise semble remonter à 1953. 

Barbara Cartland, Le corsaire de la reine, Librairie Jules Taillandier, coll. J'ai lu N°1077, 
1980, 252 pages, illustration d'Etienne Lage (trad. Françoise Colas 1977, EO 1953)

 

Un hardi cavalier de 29 ans, Rodney Hawkhurst, se dirige vers le manoir des Gillingham, quand une flèche lui arrache son chapeau empanaché. Juste le temps de voler un baiser à l'archère impertinente, et notre capitaine Rodney arrive chez sir Harry, dont il espère bien obtenir un prêt de 2000 livres sterling, le tiers de la somme lui permettant d'armer un vaisseau pour "faire la course" contre l'Espagnol. Nous sommes en 1588, l'Armada approche de l'Angleterre... mais ce marin qui a navigué 10 ans sous les ordres de Francis Drake veut désormais courir sa chance pour son propre compte.

 

La famille Gillingham, ce n'est pas simple, elle est recomposée. Sir Harry approche de la soixantaine, a eu d'un premier lit une fille de 21 ans, Anne, puis d'une deuxième épouse deux enfants plus jeunes (Francis, l'aîné, et Lisbeth, presque 18 ans), et, après la mort de leur mère, s'est remarié avec une marâtre pas tellement plus âgée que ses propres enfants. Francis, qui aime trop la poésie au goût de leur père, a interdiction de fréquenter les voisins (père et fille). Anne va se retrouver fiancée (nul ne lui a demandé son avis!) à Rodney. Après le départ de celui-ci, Francis se fait pincer par papa à regagner nuitamment le domicile (la marâtre ayant malignement verrouillé la porte). Le voilà condamné à naviguer sur le bateau cofinancé. Lisbeth est chargée de l'accompagner à bon port (et d'éviter qu'il s'enfuie avant de monter à bord)... Pour la suite (dont vous vous doutez bien), voir plus haut!

 

En route vers les Caraïbes et les attraits des richesses espagnoles pour le navire L'Epervier et son équipage de 80 hommes, dont près de deux douzaines avaient déjà navigué avec Rodney (ces "deux douzaines" sont de moi: je les préfère aux "près de 24 d'entre eux" de la traductrice [p.58]!). Lors d'une petite canonnade avec deux bateaux espagnols, le médecin du navire est tué ainsi que deux autres hommes et 12 blessés. C'est Lisbeth, qui fréquentait une rebouteuse locale depuis qu'elle était enfant malgré les avis de sa nourrice, qui va donner les soins aux blessés. Au moins, contrairement à une Jeanne Barret, personne parmi l'équipage ne mettra en doute son statut de jeune homme ni ne l'inquiètera (elle jouit de sa cabine personnelle il est vrai). 

 

Nous avons donc de la violence dans ce livre (mais guère plus que dans les livres "jeunesse" de cape et de sabre que je lisais naguère). Le beau Rodney égorgera par derrière, sans état d'âme, l'une des six sentinelles laissées à bord du galion dont il va s'emparer par surprise, pendant que l'équipage espagnol festoie à terre dans un village indigène complice des Anglais ("les marins ont tué, pillé, rançonné les indigènes, mis leurs femmes à mal et fait main basse sur toutes les denrées de la région", leur avait dit un esclave marron) [p.103]. 
Je saute beaucoup plus loin pour une autre citation (p.218), alors que Rodney repense à son opération victorieuse (d'autres combats et d'autres victoires ont suivi depuis): "Il se remémorait maintenant avec quelle surexcitation intense ses hommes et lui s'étaient hissés à son bord, avec quelle force il avait poignardé la sentinelle espagnole. Il crut sentir la respiration haletante de l'homme contre sa main collée énergiquement sur sa bouche pour l'empêcher de crier". On s'y croirait, n'est-ce pas?

 

Reprenons: une fois la Santa-Perpetua capturée et hors d'atteinte, l'équipage de prise y découvre un jeune noble espagnol, fils de l'armateur. Espérant séduire Lisbeth, il lui révèle la cachette des plus beaux trésors (émeraudes, saphirs, perles...), sans parvenir à acheter son silence ni autre chose d'ailleurs. Par contre, elle l'aidera  à s'évader lorsqu'ils seront proches des Canaries où ils vont se ravitailler en eau potable. Plouf, un Espagnol à la mer (il sait nager, lui a-t-il répondu). Puis retour (séparément) au manoir des Gillingham, où il est encore et toujours prévu que Rodney (devenu richissime) épouse Anne, cependant que Lisbeth est appelée à devenir dame d'honneur de la reine Elisabeth...
Et je suis loin de vous avoir tout raconté.

 

Désormais, je peux affirmer avoir découvert l'oeuvre de Barbara Cartland (contrairement à Dasola qui, m'a-t-elle dit, n'en a jamais lu un seul). Cette lecture d'une écrivaine très "catégorisée" m'a rappelé ma participation, naguère, au challenge Chick lits for men. Mais certains des livres alors lus s'avéraient bien plus épicés. Le corsaire de la reine, c'est d'un chaste! Juste un bisou (volé) au début et un autre (accepté) à la fin, et, entre les deux, encore un qui suivait celui "à l'insu de son plein gré" dérobé à Lisbeth par le prisonnier espagnol (ce qui rendra Rodney fou de jalousie - en ayant aussi pour effet de lui faire comprendre et admettre qu'il est pincé!). En comparant la couverture de mon édition avec celle de l'édition originale en anglais, je n'ai pu m'empêcher de sourire en voyant l'éloignement des personnages en 1953 et leur rapprochement en 1980 (en plus, je trouve beaucoup plus mignonne la rouquine mutine de mon édition). 

 

Pour qui l'ignore (merci, Wikipedia consulté ce 10 octobre 2026!), Barbara Cartland (1901-2000) est créditée de 723 ouvrages, dont tous n'ont pas été traduits en français (la page sur ses livres avec des titres en français en comprend seulement 639 - dont 194 comportent le mot "amour"). Rien que dans mon édition "1980", en début de volume, 61 titres sont cités, dont 33 [déjà?] publiés en "J'ai lu". Notre autrice semble avoir commencé à écrire en 1923. Jusqu'à sa mort, il s'est écoulé seulement 923 mois (si je compte qu'elle a commencé son oeuvre en janvier 1923 [?]). Une jolie industrie... spécialisée dans les romans d'amour. Je me suis enfin demandé si l'arrivée au trône d'Elisabeth II avait pu jouer un rôle pour la rédaction de ce roman élisabéthain au lieu de "victorien"... 

 

Après recherches, voici un blog ayant parlé de ce vieux livre: Lectures de l'Oncle Paul (!), sachant que "Certains résultats peuvent avoir été supprimés conformément à la loi européenne sur la protection des données."...

8 octobre 2026

Les éléphants dans la brume - Abinash Bikram Shah

J'ai vu tout récemment Les éléphants dans la brume de Aminah Bikram Shah, un film népalais qui a reçu le prix du jury de la section Un Certain Regard au dernier festival international du film de Cannes en 2026. L'histoire se passe de nos jours dans la région de Katmandou, au Népal, dans une communauté de Kinnars (des transgenres) qui sont tout juste tolérés. Leurs habitations sont près d'une forêt où vivent des éléphants. Ces éléphants ne sont pas non plus les bienvenus car ils ravagent les récoltes des paysans alentour. Pirati, une matriarche qui veille sur trois filles, a fait voeu de chasteté comme toutes les autres, mais elle aime un homme et voudrait partir et quitter la communauté. Un jour, Apsara, une de "ses" filles, ne donne plus signe de vie. Pirati est inquiète et elle mène son enquête. Elle va voir la police qui l'écoute mais ne fait pas grand-chose. Les villageois ont un comportement hostile envers Pirati et les siens. Rien que pour la séquence finale magique et majestueuse qui se passe de nuit dans la brume, le film vaut la peine d'être vu.

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Ceci n'ayant rien à voir avec cela, j'ai appris la disparition d'Eva Marie-Saint (04/07/1924-07/10/2026). Elle fut inoubliable dans Sur les quais d'Elia Kazan (1954) et dans La mort aux trousses d'Alfred Hitchcock (1959) face à Cary Grant. J'ai vu ce film au moins 10 fois. Elle avait 102 ans!  

7 octobre 2026

Ripley Bogle - Robert McLiam Wilson

Pourquoi parler aujourd'hui de Ripley Bogle? En fait, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) m'étais offert cet ouvrage en février 2023 dans une librairie d'occasion qui s'apprêtait à fermer, puis j'ai réussi à le lire (peu à peu, en plusieurs mois...) mais sans avoir trouvé depuis l'occasion ou l'énergie pour en tirer un billet. L'auteur de ce "premier roman" (paru en 1989, tout de même), Robert McLiam Wilson, originaire d'Irlande du Nord, a collaboré à Charlie Hebdo de 2016 à 2024 (dernière chronique le 15 mai, sauf erreur de ma part?), et le bouquin est ressorti de ma LAC [liste à chroniquer] alors que je cherchais le sujet pour mon "hommage du 7" de ce mois d'octobre 2026. Une oeuvre d'un auteur lié au journal, même paru bien avant sa collaboration, rentre bien dans mon champ. 

Robert McLiam Wilson, Ripley Bogle, Christian Bourgois éditeur,
coll. 10-18 "Domaine étranger" N°2935, 1998, 465 pages
trad. 1996 par Brice Matthieussent, EO 1989

 

J'avais remarqué lors de la lecture de l'ouvrage La vilaine veuve, compilation des articles de Robert McLiam Wilson sur son suivi du procès de l'attentat de Nice, qu'il n'était pas tendre avec les "excuses sociologiques" liées à la vie familiale de terroristes. Je reprends la citation de sa chronique du 2 novembre 2022: "Unanimement, c'est le père, rustique et ratatiné, qu'on tient pour responsable. Le pauvre Momo aurait souvent été battu. il était pauvre, n'avait pas de jolis habits. Membre méprisé d'une famille qu'on prenait de haut. Moi pareil, mec. Et après, j'ai fait Cambridge". Ripley Bogles l'avait raconté dès 1989.

 

Il s'agit d'un récit à la première personne, à la fois du domaine de l'autobiographie (ou prétendue telle) et de l'auto-dérision (il n'y a pas que les Anglais à avoir de l'humour, les Nord-Irlandais aussi?). Après un court premier chapitre décrivant sa naissance (on sent tout de suite que le témoignage ne peut être direct), le deuxième pose le décor: "un sans-abri, un vagabond", à Londres, dans la fraîcheur d'un mois de juin. p.17, on apprend qu'il a alors 21 ans. Le livre est bourré d'ironie, au fil d'anecdotes, familiales, écolières, adolescentes... dont on se demande toujours si elles ont été réelles ou imaginaires, singulières ou bien outrées... p.163, il déclare avoir été déclaré persona non grata à 16 ans dans sa famille catholique, parce qu'amoureux d'une protestante. Malgré tout, ils auraient vécu ensemble, avant de se séparer...

 

Un exemple d'humour (p.67): "De nombreux individus dignes de foi ont déclaré que, plus lépreux et mortel était l'environnement de l'enfance, plus grand le génie à l'âge adulte. Je me considère moi-même comme l'illustration parfaite de cette théorie. Dès mon plus jeune âge, j'ai été pris dans un maëlstrom de bombes, d'armes et d'Irlandais, et malgré tout je m'en suis superbement tiré. Pour moi, la qualité se révèle à l'usage".

 

Pour moi, il est impossible de résumer un livre aussi foisonnant et dont le style (je l'ai lu en traduction, je le rappelle) fait une bonne partie du sel. Et la réalité de l'histoire? Roman ou autobiographie? Le mystère n'est pas forcément levable. En tout cas, je ne suis pas sûr qu'après être, malgré tout, entré à Cambridge, il en soit sorti diplômé. Peut-être a-t-il interrompu ses études précisément dans le but de publier Ripley Bogle? La fin du roman paraît dévoiler quelques torsions de la réalité... S'agit-il encore d'une mise en abyme?

À chaque lecteur de se faire son opinion. 

 

Je n'ai pas réussi à trouver beaucoup de traces sur internet de ce livre déjà ancien. Le blog La viduité en a parlé avec érudition. 

 

*** Je suis Charlie ***

6 octobre 2026

La guérisseuse de Catane - Simona Lo Iacono

Voici un roman que j'ai choisi par hasard dans une bibliothèque parisienne. J'ai été attirée par la jolie couverture. La guérisseuse de Catane est un roman italien écrit par Simona Lo Iacono, une magistrate sicilienne qui travaille à Catane. La guérisseuse de Catane (Edition Métailié, 175 pages) est son premier roman traduit en français. L'histoire inspirée d'une histoire vraie se passe entre 1302 et 1376  au XIVème siècle à Catane et dans ses environs. Le roman est divisé en trois parties: Virdimura (littéralement, Vertdemur), Pasquale et Uria. Uria, un médecin juif, devient le père d'une petite fille à qui il donnera le prénom de Virdimura. La mère est morte en couches. En 1376, Virdimura qui passe en jugement raconte ce qu'a été sa vie. Son père Uria fut un médecin exceptionnel qui soignait et guérissait les plus démunis sans se faire payer et cela déplaisait aux "Sacerdotes" de la ville. On l'a pris davantage pour un sorcier qu'autre chose. Pendant plusieurs années, Uria a enseigné tout ce qu'il savait à Virdimura, et toujours dans la bienveillance. Il a en particulier enrayé une épidémie de typhus dans Catane et sa région. Mais un jour, il disparait et Virdimura reprend la pratique de son père alors qu'en tant que femme, elle n'a pas le droit d'exercer le métier de doctoresse. Et pour son malheur, elle n'est ni mariée, ni veuve et elle est juive. Heureusement grâce au retour de Pasquale (Juif lui aussi) auquel elle avait été promise dans sa jeunesse et qui est médecin, ils commencent à pratiquer en duo. Pascale trouve un remède au "mal des ardents". En 1347, ils vont affronter l'épidémie de la grande peste noire. Dans la dernière partie, on apprend des choses sur la vie d'Uria et sur la naissance de Virdimura. J'ai aimé ce roman qui se lit vite et l'écriture est très belle. Lire les billets de Clete et Auxventsdesmots.

4 octobre 2026

Les contrebandiers - Padraic McKinley

Avec mon ami Ta d loi du cine, nous sommes allés voir Les Contrebandiers (sorti le 16 septembre 2026), un film américano-allemand tourné dans les forêts de Bavière, alors que l'histoire est censée se passer en 1933 dans l'Oregon, juste au début du New Deal. Sam Murphy (Ethan Hawke), père de la jeune Penny, est veuf. C'est un mécanicien assez doué dans son domaine mais qui a du mal à joindre les deux bouts. Il est expulsé de son appartement et par un concours de circonstances malheureux, il se retrouve en prison et sa fille est confiée à un centre social. Elle risque d'être mise à l'adoption. Condamné à casser du caillou dans une mine, il accepte, en compagnie d'autres détenus, de porter un chargement précieux très lourd. Ils doivent traverser une forêt hostile dans le sens où le chemin est malaisé et ils font de mauvaises rencontres. Une jeune amérindienne s'est jointe aux détenus. Elle est d'une grande aide et n'a peur de rien. Cette présence féminine est bienvenue. Un film haletant où l'on note la présence de Russell Crowe au début et à la fin du film. Son rôle est court mais essentiel. J'ai aimé la fin où Penny retrouve son nounours en peluche, qu'elle avait donné à un petit garçon. Lire le billet de Henri Golant. Déception pour Selenie (12/20, "note indulgente").

1 octobre 2026

Nestor Burma dans l'île - Malet - Ravard

Je me suis précipitée pour me procurer le nouveau Nestor Burma en BD et j'ai beaucoup aimé (tout comme mon ami Ta d loi du cine). Nestor Burma dans l'île (Editions Casterman, 87 pages sympathique) est une des rares enquêtes hors les murs et hors saison du détective parisien. C'est le dernier roman original de la série. Il a paru en 1970 aux éditions Fleuve Noir. Après avoir reçu un télégramme de la part d'une certaine Madame Chambaud, voilà Nestor parti pour la Bretagne ou plus précisément sur l'île de Men-Bahr (île fictive) au large de la Côte de Granit Rose. Après un arrêt chez un garagiste suite à des problèmes de moteur, Burma laisse sa voiture Rosalie à réparer et s'embarque sur l'île. Quand il débarque, Madame Chambaud vient de mourir. Elle était très malade. La seule personne à son chevet est une voisine, Mme Bollard, une personne bien bâtie d'un certain âge avec un pouce (le droit) en moins. Nestor Burma n'avait pas eu de nouvelles de Madame Chambaud depuis dix ans, époque à laquelle il avait tiré Arthur, le neveu de cette dernière d'un mauvais pas. Nestor se demande pourquoi Madame Chambaud voulait le voir. Sur cette île, il sent qu'il se passe quelque chose de pas net. Annette, la domestique de Madame Chambaud, a disparu ainsi qu'un certain Blottier. L'intrigue où il est question de bijoux volés depuis plusieurs années qui refont surface est rondement menée. J'ai trouvé cet album très réussi. Et j'aime les dessins. Il est très fidèle au roman que je viens de commencer. 

 

J'inscris ce livre pour le Book trip en mer (saison 3) chez Fanja 

 

30 septembre 2026

Les naufragés des Auckland - François Edouard Raynal

En cette fin septembre 2026, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente une réédition du récit (non-fiction) rédigé par un Français et publié à l'origine en 1870 (sous le titre Les naufragés ou Vingt mois sur un récif des îles Auckland). Après quelque 18 années d'aventures hors de France, François Edouard Raynal a, à la suite du naufrage de leur bateau, passé vingt mois sur une île inhabitée au large de la Nouvelle-Zélande avec quatre autres hommes, tous de nationalités différentes, en 1864. Cette (més)aventure a sans doute inspiré Jules Verne pour la rédaction de son roman L'île mystérieuse. 

F. E. Raynal, Les naufragés des Auckland,
La table Ronde, coll. la petite vermillon N°350, 2011, 318 pages

 

Le texte de Raynal est précédé de 10 pages de préface par Simon Leys. 

L'édition "d'époque" disponible sur Gallica affiche en page de garde (je cite dans le désordre!) "Librairie Hachette et Cie", "Bibliothèque des écoles et des familles", "récit authentique illustré de 40 gravures par A. de Neuville et accompagné d'une carte", "septième édition", "Ouvrage couronné par l'Académie française". Dans la réédition de 2011, les gravures ont été reprises (à noter qu'Alphonse de Neuville a illustré 20 000 lieues sous les mers par exemple, mais non L'Île mystérieuse). Le récit à la première personne m'a vraiment, dans le style "daté", rappelé tant les traductions de Robinson Crusoé ou du Robinson suisse dont je me délectais gamin, que mes Jules Verne et leur langue du XIXe siècle... 

 

Le récit proprement dit de cette aventure en particulier prend un peu de temps à démarrer. Raynal commence par s'adresser à sa mère (deux pages), au lecteur (deux pages aussi), avant une introduction de 16 pages, où il décrit sa vie "d'aventurier": né dans le Tarn-et-Garonne (en 1830), rêvant de voyages, il embarque à Bordeaux à 14 ans comme mousse puis comme marin (direction ce qui est aujourd'hui La Réunion). Puis il sera régisseur dans une plantation (sucre de canne) à 20 ans, après s'être formé "sur le tas", avant de partir pour l'Australie comme chercheur d'or (mineur).

 

En 1863, un de ses amis et l'associé de celui-ci lui confient la mission d'aller vérifier dans l'île Campbell l'existence d'une mine d'étain argentifère. Pour cela, ils embauchent un capitaine, Thomas Musgrave, Américain. Le bateau choisi pour l'expédition est le Grafton, petite goélette pouvant porter de 75 à 80 tonneaux de marchandise. Pourvu pour une expédition devant durer quatre mois, le bateau part avec un équipage complémentaire de deux matelots et un cuisinier. Il est prévu qu'au bout de quatre mois, les associés restés en Australie devraient "envoyer à leur recherche", et si besoin faire une demande à cet effet au gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud... Bref, le bateau appareille avec ses cinq hommes à bord le 12 novembre 1863. p.76, dans la nuit du 2 au 3 janvier 1864, le navire, ayant rompu sa chaîne d'ancre alors qu'il était au mouillage, est drossé sur un récif et fait naufrage à proximité de la côte de l'île d'Auckland. L'aventure commence... 

 

Se loger (une cabane à construire). S'organiser (désigner un chef et lui promettre obéissance), se répartir les tâches tout en les faisant tourner (pp.144-145, une remarque amusante: "... quatre hommes ont pu laver la vaisselle tour à tour, trois fois par jour, pendant 19 mois et demi, sans rien casser"). Chercher la nourriture quotidienne et la préparer. Ah, ils vont en bouffer, du "lion de mer", des huîtres, des moules et du poisson! La nourriture est peu végétale. Raynal entreprend de fabriquer de la bière, mais préfère y renoncer, redoutant les querelles d'ivrognes. De même, après avoir fabriqué des cartes à jouer, voyant que certains sont "mauvais joueurs", il les met au feu sans mot dire à la fin d'une ultime partie. p.178, 10 lignes sur les vertus du travail ("Quel bienfait de Dieu!") ont résonné, pour moi, avec ma récente chronique sur l'oeuvre de Zola... Finalement, après avoir attendu des mois qu'on vienne les chercher, nos cinq naufragés décident de se lancer dans la fabrication d'une embarcation, en "upgradant" la petite embarcation de service du Grafton après avoir fabriqué (forgé) les outils nécessaires. Mais l'embarcation ne pourra emmener que trois d'entre eux... qui n'auront de cesse, une fois parvenus en Nouvelle-Zélande le 24 juillet 1865 (p.261), d'envoyer du secours au deux derniers.

Puis ce sera le retour en France, la rédaction et la publication du livre. Entretemps, ils auront appris que, sur la même île qu'eux, d'autres naufragés séjournaient en même temps... Un appendice final évoque quelques autres naufrages aux Auckland (dont celui du General Grant), la vie des lions de mer...

Le capitaine Musgrave a publié son propre récit en 1866 (en anglais). Je ne sais pas s'il en existe une réédition contemporaine, en tout cas pas de traduction en français à ma connaissance.

 

J'ai réussi à dénicher quelques blogs qui en avaient parlé à l'époque (liste certainement pas exhaustive): Corboland78 (dernier billet en 2017) [alias désormais Le bouquineur !], Sophie (dernier billet en 2013). ClaudiaLucia et Keisha en avaient parlé (pour d'autres rééditions sous le titre d'origine) lors du BTEM1 *.

 

Mon billet sur cet ouvrage s'inscrit bien évidemment sur le challenge Book trip en mer (saison 3) chez Fanja, et aussi pour le challenge 2026 sera classique aussi! organisé par Nathalie. 

 

* Merci Fanja pour le rappel!

28 septembre 2026

Sham - Takashi Miike

Sham (mascarade, simulacre) est un film japonais de Takashi Miike assez surprenant. C'est tiré d'une histoire vraie. Pendant les vingt premières minutes, on voit un instituteur martyriser un de ses jeunes élèves. Il l'humilie, lui tire les oreilles ou le nez. Il lui dit qu'il peut mourir, que sa vie est inutile. Tout le reste du film se concentre sur les conséquences du comportement de cet instituteur qui est obligé de faire son mea culpa, il est mis à pied sans salaire pendant six mois et il doit affronter un procès intenté par les parents (surtout la mère). Bien entendu, il clame son innocence. Il est soutenu par sa femme et son fils. Mais qu'en est-il vraiment?  Et il est harcelé continuellement par une meute de journalistes. On l'accuse pratiquement de meurtre. Concernant la plaignante, la mère au regard très hostile qui fait peur, on ne sait que penser d'elle. Dans les quelques flash-back où on la voit enfant, elle est livrée à elle-même. Le petit garçon aussi est perturbé, il semble atteint de TDAH (Trouble Déficit de l'Attention avec ou sans Hyperactivité). L'ensemble du film dégage une impression de malaise car on ne sait que penser. Jusqu'au bout, je trouve qu'il y a un doute sur ce qui s'est vraiment passé. Un film qui ne laisse pas indifférent. Lire les billets de Pascale et Princecranoir.

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