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21 juin 2026

Le challenge Les épais de l'été 2026 est ouvert!

Le challenge Les épais de l'été 2026 est ouvert!
Une chronique sur un livre comptant 750 pages minimum ? Cliquez. Puis cliquez ici pour accéder aux Epais de l'été 2026 .
1 septembre 2026

Demon Copperhead - Barbara Kingsolver

J'ai terminé il y a plus d'une semaine ce gros roman de 864 pages en poche qui m'a bien plu même s'il n'est pas très gai. Il s'agit de On m'appelle Demon Copperhead de Barbara Kingsolver (Livre de poche), directement inspiré du roman David Copperfield de Charles Dickens. J'annonce tout de suite que je n'ai pas lu le roman de Charles Dickens. Je m'appelle Demon Copperhead se passe au début du XXIème siècle dans les Appalaches où l'on trouve des Melungeons, une population métisse (un mélange d'Amérindiens, d'Afro-américains et d'Européens du sud). Le récit à la première personne est narré à la première personne par Demon Copperhead (la copperhead, c'est une vipère cuivrée), un Melungeon par son père décédé. Demon s'est mis au monde tout seul car sa mère était hors du coup. Et à partir de là on suit la vie chaotique de Demon qui a les mêmes cheveux roux que son père. Sa mère, enceinte d'un nouveau compagnon, meurt d'une overdose quand Demon a douze ans. Ce gamin resté seul et presque sans famille (il a une grand-mère dont il fera la connaissance plus tard) est placé dans des familles d'accueil plus calamiteuses les unes que les autres. Il s'élève pratiquement tout seul en ayant souvent faim. Il a un instinct de survie assez extraordinaire. ll a aussi un grand talent pour dessiner et pour le football. Mais suite à une blessure au genou qui le fait beaucoup souffrir, il ne joue plus mais il se met à prendre des anti-douleurs comme l'Oxy(codone) et le Fantanyl. Il tombe dans une spirale infernale dont il va tout de même se sortir mais pas sa copine Dori qui en meurt. La fin laisse penser à une éclaircie dans la vie de Demon. Ce roman décrit l'Amérique pauvre des laissés-pour-compte, mais la romancière ne tombe pas dans le misérabilisme. Du fait que le roman est écrit à la première personne, le récit se lit facilement. Lire les billets de belette2911, Miriam, Enna, Athalie.

Grâce à ce roman, je participe au challenge les Epais de l'été 2026 organisé par Ta d loi du cine et au challenge Pavés de l'été 2026 organisé par La petite liste/Sibylline.

 

31 août 2026

Secrets de l'océan profond - Juliette Ravaux & Sébastien Duperron

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) pioche pour un dernier billet en ce mois d'août 2026 dans une liste d'ouvrages que j'ai eu l'occasion de découvrir voire de chroniquer dans un cadre professionnel. Secrets de l'océan profond va me permettre une nouvelle participation au challenge Book trip en mer (saison 3) chez Fanja.

Juliette Ravaux & Sébastien Duperron, Secrets de l'océan profond, éditions Quae,
collection Carnets de science, 2026, 144 pages

 

Ce livre n'est pas un roman, une bande dessinée ou une oeuvre de fiction, mais un "livre de vulgarisation scientifique" sur une partie de notre planète peu connue du grand public, et d'ailleurs toujours en cours d'étude par les spécialistes à l'heure actuelle. Les deux auteurs de ces Secrets de l'océan profond ont eu chacun l'occasion de plonger avec le Nautile, seul sous-marin français capable aujourd'hui de plonger jusqu'à 6000 mètres de profondeur. Mis en service en 1984, ce sous-marin, construit en alliages de titane, appartient à l'Ifremer (la Marine nationale est partie prenante à son utilisation). 

 

Dans leur livre, les auteurs définissent ce qu'on appelle "les profondeurs" (utile "gradation", p.28, depuis l'épipélagique allant jusqu'à 200 m, jusqu'à l'hadopélagique [au-delà des 6000 mètres] en passant par l'abyssopélagique [de 4000 à 6000])... et racontent leur progressive découverte. Celle-ci avait vraiment débuté au XIXe s., avec "en point d'orgue" la mission océanographique anglaise menée par le navire britannique Challenger de 1872 à 1876. Contrairement à ce que l'on a longtemps pu penser, ces "abysses" sont loin d'être un espace sans vie!

 

L'ouvrage utilise un vocabulaire précis mais constitue vraiment un ouvrage "grand public". Il est abondamment illustré: rares sont les pages à contenir uniquement du texte (je n'ai repéré aucune "double-page" dans ce cas), nombreuses sont au contraire les pages contenant non pas une, mais deux ou trois photos: fond de la mer, poissons, mollusques, vers, oasis de vie dans les grands fonds... ou images de notre surface terrestre.

 

L'exploitation industrielle de ces fonds (forages pétroliers, récolte de nodules polymétalliques) risquerait d'anéantir définitivement de fragiles communautés biologiques. Leurs "conditions d'existence", tout comme l'interdépendance de leur existence avec le reste de la vie océanique, sont imparfaitement connues encore (les carcasses de baleines mortes coulant naturellement étaient à l'origine de nombreux écosystèmes... et la longue période de leur chasse jusqu'à quasi-extinction n'est pas restée sans conséquences). Et le livre ne manque pas de souligner qu'une espèce est en danger critique d'extinction: le poste (public) de biologiste spécialisé! Certaines espèces n'ont aujourd'hui plus de spécialistes en activité capables de les décrire et de les classer lorsqu'on les découvre... 

 

Le livre explore méthodiquement la présentation des milieux, la vie contenue dans les profondeurs, l'évolution au fil du temps, afin de finir en sensibilisant le lecteur sur ce patrimoine mondial de l'humanité aujourd'hui menacé.

 

Pour revenir sur les illustrations, certains "monstres marins" des profondeurs sont vraiment effrayants en photo. Je pense en particulier au poisson-dragon (p.34 ou p.42) ou au poisson-ogre (p.51), qui, avec leur large bouche hérissée de grandes dents, possèdent les attributs de prédateurs de grands fonds. Fort heureusement, nous ne sommes pas dans un film d'épouvante: ces créatures ne mesurent guère que quelques dizaines de centimètres... 

 

Enfin, je préciserai que divers autres titres disponibles de la collection "Carnets de sciences" sont en lien avec la mer: Oiseaux marin, Les secrets des algues, Les mammifères marins, Géants des profondeurs, Anatomie curieuse des vagues scélérates...
Seul petit bémol, ce livre n'est pas écrit en très gros caractères. Mais il reste bien lisible pour autant!

30 août 2026

Fjord - Christian Mungiu

Trois mois après avoir vu en avant-première Fjord de Christian Mungiu, j'ai tenu à le revoir pour écrire mon billet. Et bien, j'ai eu une bonne idée car ce deuxième visionnage de la Palme d'or du dernier festival de Cannes m'a permis de mieux apprécier ce film que j'ai beaucoup aimé. L'histoire se passe de nos jours. Lisbet, une Norvégienne, et son mari roumain Mihai Gheorghiu arrivent en ferry dans un fjord norvégien. Ils sont accompagnés de leurs cinq enfants dont un nourrisson. Une nouvelle vie les attend. Ils sont bien accueillis par toute la communauté. Les quatre ainés sont tout de suite intégrés dans l'école du village. Et dans la sphère domestique, les enfants suivent les préceptes religieux de leur parents, ils prient et vont à l'église. Lisbet et Mihai sont des parents aimants mais sévères qui n'hésitent pas à punir tout en pardonnant. Et c'est là que le bât blesse, car quelques enseignants remarquent qu'Elia, la fille aînée du couple, a des marques de coups en haut d'une épaule et au bas du visage. En Norvège, les enfants considérés comme "maltraités" sont tout de suite pris en charge par l'Aide sociale à l'enfance (Barnevernet), même le nourrisson que sa mère allaite encore. Les cinq enfants sont placés dans des familles d'accueil différentes. À partir de là, Lisbet et Mihai sont interrogés et ils passent devant un tribunal civil. Ils pourraient même être mis en prison. Ils reçoivent tout de même le soutien de la part de leur communauté religieuse. Et une voisine, Mia, la femme du directeur de l'école, prend fait et cause pour les Gheorghiu et devient leur avocate. Mia est la mère de Noora qui est devenue la meilleure amie d'Elia. Les séquences qui se passent au tribunal sont passionnantes. Plus que les fessées ou les coups, c'est l'éducation rétrograde des parents qui interdisent à leurs enfants le portable et Internet (et Youtube) qui est montrée du doigt. Et Barnevernet ne prend pas en compte que les enfants veulent revenir vivre avec leurs parents. J'ai noté que la juge n'est pas du tout du côté des Gheorghiu. On sent une hostilité qui reste feutrée. Il nous est dit que l'institution Barnevernet est puissante et surtout indépendante. C'est dur d'aller contre son avis. La mise en scène de Mungiu est exemplaire comme l'interprétation. Le film dure 2h26 mais on ne voit pas le temps passer. Un très grand film à voir. Une Palme d'or méritée. Lire les billets de Pascale, de Princecranoir

29 août 2026

Waterworld - Kevin Reynolds (film) / Max Allan Collins (novellisation)

Les Québécois, toujours plus attachés à la place du français face à l'anglais que nous autres Français de France, ont traduit Waterworld par Un monde sans terre lorsque le film portant ce titre est sorti en 1995. Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais (peut-être) vous faire découvrir que, outre le film, une novellisation (sans doute moins connue) en avait été tirée à l'époque. 

Kevin Reynolds, Waterworld, 1995, 136 minutes
Novellisation: Max Allan Collins (d'après le scénario de Peter Rader et David Twohy [page de couverture] / d'après un scénario de Marc Norman, sur une idée de Peter Rader [page de titre]),
Pocket N°4443, 1995, 253 pages (traduit par Anita Potier)

 

Commençons par le livre. Je suppose que les divergences de crédit ci-dessus portent sur le fait que les uns concernent spécifiquement le film et les autres sa novellisation... La surface de notre planète Terre, dans un avenir indéterminé, n'est plus qu'un océan salé. Dès le début du livre, deux pages de "prologue" à la première personne rappellent un peu le traitement de Mad Max 2 Le défi (évoquant un personnage devenu un mythe). Les quatre pages du chapitre I nous présentent celui-ci et son embarcation, un trimaran de quarante pieds fait de bric et de broc (aluminium, plastique, fibre de verre...) à bord duquel, manifestement, il passe toute sa vie. Son environnement? D'autres "navigateurs solitaires", des "communautés" à l'ancre sur des points plus ou moins fixes (les deux qu'on voit successivement sont une sorte d'atoll comportant des dizaines de membres [couverture / affiche!], ou une "plateforme" plus restreinte), et des méchants pillards qui traquent une fillette. Celle-ci porterait un tatouage permettant d'atteindre un lieu mythique: la terre ferme, "Dryland". Naturellement, la route du Marin va croiser celle de la fillette (et de sa mère adoptive).

 

On remarque assez vite que cette version écrite est parfois édulcorée. Ainsi, la scène muette où le Marin envoie un dernier signe au "pilleur de citron", dont il vient d'endommager le navire, avant qu'on entende un cri d'agonie, devient: "se retournant pour regarder le capitaine déconfit, dont le voilier commençait à sombrer, sa grand-voile claquant inutilement sur le pont, le Marin lui décocha un regard noir tout en pointant sur lui un doigt vengeur. (...) Tu n'aurais pas dû me voler les citrons, dit le Marin à voix haute". 

On a par contre l'avantage que le livre, d'autres fois, apporte davantage de précision narrative. Dans la "novellisation", le personnage costaud (au final plutôt sympathique) qui s'oppose au lynchage sans jugement du Marin est expressément qualifié comme "L'Exécuteur" (!) de la communauté (atoll artificiel) où il assure le rôle de chef des "forces de l'ordre" (milice, pour la police intérieure ou la défense extérieure...). 

Le livre insiste aussi sur le fait que les "communautés" flottantes étaient jadis bien plus nombreuses et que leur univers est plutôt en extinction. Le chapitre VII nous donne un certain nombre d'informations sur "l'ingénieur" de l'atoll. Mais malgré tout son savoir, lui aussi cherche Dryland, et il laisse le Marin en fâcheuse posture...

 

Ses principaux antagonistes sont puissants (et motorisés de surcroit). Je ne vais pas tout vous dire des nombreuses péripéties. Au trentième chapitre (p.244), quelques personnes arriveront à rejoindre, par les airs, la terre ferme. Les origines du mythe, peut-être un endroit où reprendre racine pour une poignée de rescapés? Mais cette vie (polyculture-élevage?) ne conviendra peut-être pas à tout le monde, notamment à qui s’est adapté à la vie aquatique en tirant profit de ce que dissimulent les profondeurs…

 

J'inscrit ce livre pour le Book trip en mer (saison 3) de Fanja. Je pense que cette uchronie concernant quelques survivants sur une Terre submergée peut compter comme "planet opéra" pour le [XVIIe] Summer Star Wars Grogu chez Lhisbei.

Je précise que j'en ai aussi publié une (courte) présentation dans le cadre du système de prêt de livres de l'AMAP dont je fais partie...

   

Pour cette double chronique, j'ai revu pour la (troisième - ou quatrième fois?) ce "film à grand spectacle" (sur petit écran, ça reste impressionnant). Je me souviens que j'ai toujours trouvé génial, dès les premières secondes, comment le logo "Universal" bien connu pour sa course autour de notre planète terre, laisse place à une planète submergée. Mais je me souviens aussi avoir regretté, à une époque où le grand public n'avait pas vraiment la conscience aiguisée sur les impacts à venir du réchauffement climatique (élévation du niveau des océans et submersion de certaines terres à basse élévation...), qu'il ne nous soit pas montré d'autres sources possibles de cette eau: "bombardement" par des nuées de comètes (une des hypothèses possibles sur l'apparition de l'eau sur terre) ou des "chondrites", éruptions volcaniques générant d'une manière ou d'une autre de la vapeur d'eau (à partir de celle piégée dans le Manteau ou encore plus bas...).

 

En tout cas, bien évidemment, le livre ne peut pas restituer la magie de certains instants à l'écran. Mais ce ne sont pas forcément les scènes - spectaculaires - de combat qui m'ont le plus marqué. Plutôt les (nombreuses) touches d'humour noir. Je pense par exemple au "mitrailleur fou", aveugle et sourd au reste du monde dans le fracas de ses mitrailleuses 12,7 (calibre ".50", pour les Anglo-saxons) quadruplées, même si ses cibles changent sournoisement... Ou l'enthousiasme manipulé des centaines de galériens du pétrolier Valdez (quand celui-ci se met en marche, c'est pour moi, à chaque fois, un moment "wahou!"), regonflés à bloc "pour un mois au moins!".

 

Dans le film, il y a rarement des explications verbeuses, nous avons plutôt des faits et des dires bruts et brutaux. Ainsi, la longue scène sans paroles où nous voyons un trimaran immobile et d'aspect inoffensif se transformer, à l'aide d'une brise opportune mais surtout d'aménagement suffisamment astucieux pour être manoeuvrés par un seul homme (contrepoids, poulies, leviers...), en une "bête de concours" toutes voiles dehors. Après, chaque arme a son utilité, et il n'est pas toujours opportun d'envoyer un harpon attaché par un filin incassable sur une cible trop puissante... [occasion de citer un tout autre film: "on la puissance de feu d'un croiseur et des flingues de concours" - si ma mémoire est bonne... (1)]. 

 

Si j'ai bien compris, à sa sortie, le film a déçu au Box-office américain (il est fort loin d'avoir rapporté le triple de son budget de 175 millions de dollars - ce qui semble la norme pour qu'Hollywood parle de "succès"?). Le cinéaste n'avait sans doute pas suffisamment pris en compte les avertissements de Steven Spielberg qui se rappelait les déboires entraînés par le tournage des séquences en pleine mer pour Les dents de la mer... 

 

(1) Vous aviez reconnu Les tontons flingueurs...

27 août 2026

Oklahoma Honey - Andrew Patterson

En attendant de revoir Fjord de Christian Mungiu (Palme d'or 2026) vu en avant-première il y a 3 mois juste après Cannes, je suis allée voir Oklahoma Honey d'Andrew Patterson (le réalisateur vit en Oklahoma).

Oklahoma Honey comme son titre l'indique, se passe dans l'Etat d'Oklahoma et cela parle de ruches et d'abeilles. En particulier celles d'Amziah King (Matthew McConaughey) qui est aussi un musicien qui veille sur des passionnés de musique Bluegrass dérivée de la musique country (pas trop ma tasse de thé). Un jour, Kateri, une jeune amérindienne revient. Elle avait été confiée quand elle était enfant à Amziah et à son épouse décédée. Par ce film, on découvre que le monde apicole est sans pitié. Certains n'hésitent pas à dérober des ruches. C'est ce qui arrive à Amziah qui ne s'en remet pas. Fin de la première partie du film au bout d'une heure. Et on ne reverra Amziah que dans quelques flash-back. Ce fut une grande frustration en ce qui me concerne puisque le nom de Matthew McConaughey est en haut de l'affiche et que je m'attendais à ce qu'il soit présent à l'écran pendant les deux heures que dure le film. C'est surtout Kateri, que les abeilles ne piquent pas, qui est l'héroïne de l'histoire. Elle va reprendre le flambeau de l'exploitation apicole et affronter le "méchant" de l'histoire, Dob McCoy (Kurt Russell). Ce dernier montre parfois une certaine empathie quand il s'occupe de sa femme très malade. Pour résumer, le film m'a plu pour certaines séquences comme celle spectaculaire où Amziah en tenant une reine des abeilles entre le pouce et l'index fait que des centaines d'abeilles se massent sur sa main et son bras. Il reste immobile. C'est impressionnant. À part ça, c'est à vous de vous faire une idée. Princecranoir a aimé. 

24 août 2026

Les abandonnés de l'île Saint-Paul - Valentine Imhof

Je viens de lire, en un jour, Les abandonnés de l'Ile Saint-Paul par Valentine Imhof (Edition l'aube noire, collection "L'affaire qui...", 128 pages). Cette nouvelle collection "L'affaire qui" comporte déjà trois titres parus, d'autres devraient suivre. Des auteurs ou autrices de romans policiers ou de romans noirs sont invités à scruter la société française à travers le prisme de la violence. Les livres sont séquencés par une quinzaine d'articles, dessins de presses, gravures, photos issus de la BNF et de son site www.retronews.fr.

Valentine Imhof a préféré le terme "abandonnés" à "oubliés" concernant les six Français (des Bretons) et un Malgache qui sont restés 9 mois au lieu des 2 ou 3 mois prévus sur l'île Saint-Paul au sud de l'océan indien, une petite île peu accueillante pour l'être humain. C'est un cratère ouvert. L'histoire s'est passée entre mars et décembre 1930. Six hommes et une femme enceinte, auxquels on avait promis d'être mieux payés que ce qu'ils gagnaient habituellement, sont d'accord pour entretenir le matériel pour la pêche à la langouste pendant la hors-saison. Très vite après avoir débarqué, les 7 personnes se sont rendu compte que des conserves étaient avariées, qu'il y avait très peu d'alcool, que le climat n'était pas terrible, que les rats pullulaient. Mais sachant qu'ils n'avaient que peu de temps à attendre, ils prenaient leur mal en patience. V. Imhof nous redit souvent le nom de ces volontaires dont Louise Le Brunou qui est venue avec son mari. Elle accouche en mars d'une petite Paule qui ne vivra que huit semaines. Quatre des hommes, dont Victor le mari de Louise, mourront d'une étrange maladie qu'ils arriveront à diagnostiquer : le scorbut. En effet, dans les vivres qu'on leur a laissés, il manque les fruits et les légumes frais qui auraient pu les garder en bonne santé car ces hommes sont jeunes. Sur les quatre hommes, un est mort noyé en voulant partir en chaloupe. Car la mer autour de cette île Saint-Paul est dangereuse. Dans la deuxième partie du récit qui se passe entre 1931 et 1937 (et même avec un épilogue en 1948), Valentine Imhof décrit le combat des survivants afin de récupérer des dommages et intérêts auprès de la société de pêche La langouste française qui les employaient. Même si leur demande a été acceptée, ils n'obtiendront jamais l'argent qui leur était dû, La langouste française ayant fait faillite. Ces hommes et cette femme ont vraiment été abandonnés à leur terrible sort. L'autrice, qui, bien sûr, prend fait et cause pour ces abandonnés, élargit son récit en évoquant le contexte politique et social. Elle fait mention de l'exposition internationale coloniale de 1931 à Paris. L'île Saint-Paul comme l'île Amsterdam et Les îles Kerguelen font partie aujourd'hui des TAAF (Terres Australes et Antarctiques Françaises). De nos jours, l'île Saint-Paul est inhabitée. C'est même interdit d'y aller. J'avoue que je ne connaissais pas cette histoire qui m'a intéressée. En revanche, les reproductions de quelques articles qui ponctuent le livre sont assez illisibles car en très petits caractères.

Voici un timbre émis en 2015 qui évoque le drame.

Lire les billets d'Actu du noir, Pierre Faverolle, Le blog du hérisson, Ingannmic.

J'espère que Fanja acceptera ma première participation au Book Trip en mer

 

23 août 2026

La chute des géants - Ken Follett

Coïncidence! Le fait que Violette avait chroniqué La chute des géants début août m'a rappelé que j'avais aperçu ce titre traîner dans une de mes "bibliothèques de hall d'immeuble"... Voici donc enfin mon premier Epais de l'été 2026! Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me suis ainsi bien de nouveau tourné vers Ken Follett, mais cette fois-ci, le hasard a fait que c'était pour entamer une nouvelle série alors que je n'ai pas terminé de lire la saga Kingsbridge...

Ken Follett, La chute des géants (Le siècle, tome 1), éditions France Loisirs,
2011 (trad. pour Robert Laffont & EO en 2010), 1001 pages
 

L'histoire de ce premier tome de la trilogie Le Siècle se déroule du 22 juin 1911 à janvier 1924. Elle englobe donc la chute de trois empereurs et de quatre empires, résultat de la Première Guerre Mondiale (la Grande Guerre) dont il est très largement question dans ce roman. 

 

J'ai retrouvé la "manière de faire" de Ken Follett, une sorte d'Unanimisme réactualisé. Il enchevêtre les vies de différents membres de plusieurs familles, mais cette fois-ci sans se borner à un seul pays. Nous avons donc des hommes et des femmes qui, par leur naissance, finiront par être connectés aux décisions politiques de leurs pays respectifs, ou du moins connectés aux décideurs en figurant parmi les sources d'informations de ceux-ci.

 

Avant-guerre (1911), voici la situation: au Pays de Galles (Grande-Bretagne), nous avons principalement deux familles: les Williams, prolétaires, qui travaillent à la mine possédée par le Comte Fitzherbert (où est femme de chambre Ethel, la fille Williams). En Russie, nous nous intéressons aux deux frères orphelins Grigori et Lev Pechkov, dont l'un deviendra révolutionnaire cependant que l'autre émigrera. Aux Etats-Unis vivent les familles Vialov, immigrés de Russie, et Dewar (le père est sénateur). En Allemagne enfin, la famille von Ulrich a engendré deux cousins, Walter (attaché militaire à l'ambassade d'Allemagne à Londres) et Robert. Les quelques personnages secondaires français apparaîtront seulement une fois les hostilités engagées sur le continent. Comme je l'ai déjà remarqué chez Ken Follet, la Grande Histoire côtoie les petites, avec ici aussi tout un lot d'amours contrariés, de mariages malencontreux et de bâtards engendrés. La guerre, que nous avons longuement vu approcher, est officieusement annoncée p.320

 

Parmi la dureté des combats "à l'échelle industrielle", sur le plan humain, j'ai été frappé par le sort d'un gamin anglais de 16 ans, "bon pour le service" en trichant sur son âge avec la complicité des sergent recruteur et médecin, et qui, terrifié par le spectacle et le vacarme du front, court vers l'arrière quand il s'agit d'attaquer vers l'avant... On ne va pas se contenter de lui tirer les oreilles, ni surtout demander des comptes à ceux qui l'ont enrôlé (payés "au rendement"...).

 

L'impact de la guerre sera différent selon les personnages: les uns (les hommes) au front ou dans les états-majors, les femmes à l'arrière, plus ou moins investies ou cherchant à préserver leur vie personnelle. Comme évoqué plus haut, nous voyons nombre des personnages fictifs de Follett côtoyer des personnages historiques et parfois contribuer à influer sur le déroulement (connu) des événements (tentatives de paix, révolution, extension des combats à de nouveaux belligérants...). Certains sont blessés quand leurs proches y laissent leur vie. p.869, les cloches de Londres sonnent enfin pour annoncer l'armistice (11 novembre 1918). 
Parenthèse personnelle: il me semble me rappeler que l'une de mes grand-mères (née en 1904) se rappelait cette sonnerie des cloches entendue en France... Je ne me souviens plus, par contre, si c'est moi qui affabulerait (cela fait plus de 30 ans qu'elle est décédée), ou si elle m'aurait aussi raconté avoir entendu à la radio celles de Berlin sonner, ce jour-là!

 

Mais les combats ne sont pas pour autant terminés ni tous les soldats démobilisés immédiatement. L'attention se tourne sur plusieurs centaines de pages vers la Russie, avec ses révolutions successives, puis sa guerre civile et les différentes interventions des anciens Alliés aux frontières bolcheviques, en soutien aux différentes factions des "Russes blancs"... En janvier 1924, quand s'achève l'ouvrage, la plupart des personnages "de seconde génération" dont on peut suivre le parcours dans le deuxième tome de la trilogie, L'hiver du monde, sont déjà nés.

Ayant à peine esquissé la toile de fond, je suis très loin d'avoir révélé toutes les péripéties et interactions entre personnages qui font qu'on tourne page après page dans cet épais bouquin qui se dévore avec rapidité. 

 

Je souhaite signaler que j'ai bien aimé une formule que je me permets de citer (p.439): "Le président Wilson estime qu'un chef d'Etat doit tenir compte de l'opinion publique de la même façon qu'un marin tient compte du vent: en l'utilisant pour pousser son bateau dans une direction ou une autre, sans jamais chercher à s'y opposer de front". Je suppose que Wilson a réellement inspiré cette formulation dans la mesure où elle est encore reprise un peu plus tard, d'une manière assez proche. Par contre, je me demande ce qu'un Général de Gaulle pouvait en penser... 

 

Voici un échantillonnage (très loin d'être exhaustif) d'avis sur ce livre: outre Violette déjà citée plus haut, Bianca, Belette2911, FrankieDup du blog Bookenstock, Angela Koala (dernier billet en 2023), Valmyvoulit, Liseuse hyperfertile, Argoul.  

Edit du 26/08/2026: je rajoute Ann-yes

J'inscris cette lecture, non seulement aux challenges estivaux sur de gros bouquins (mes Epais de l'été 2026 et les Pavés de l'été 2026 chez Sibylline), mais aussi à l'activité Pages de la grande guerre 2026 organisée par Nathalie.

21 août 2026

La Folie Océan - Vincent Message

J'avais (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) repéré ce titre dès le mois de juin dans le Book trip en mer (saison 3) chez Fanja... et pendant que je le dénichais d'occasion, dasola me l'empruntait en bibliothèque! Mais je n'avais pas eu le loisir, ce mois-là, ni d'en finir l'un des deux exemplaires, ni a fortiori de le chroniquer à temps pour que cela compte en "lecture commune"! C'est seulement fin juillet que j'ai trouvé le temps de le lire, et voici enfin mon billet...

 

Vincent Message, La Folie Océan, éditions du Seuil, 2025, 361 pages

 

Ce roman est censé se dérouler principalement en 2019. Née en 1978 (p.27), l'héroïne principale, Maya, a donc alors 41 ans. Scientifique, elle est entrée au CNRS après avoir soutenu sa thèse, et coordonne des évaluations sur l'état de l'océan au temps du changement climatique. Mais la pluricité des personnages permet de brasser de nombreux thèmes avec réalisme et franchise. Ainsi, Maya se partage, à corps et à coeur, entre Bruno, universitaire parisien de 60 ans qu'elle "fréquente" depuis une douzaine d'années, et le jeune Quentin (27 ans), qu'elle a connu en tant que son moniteur de plongée sous-marine. De son côté, là où Maya comme Bruno "pensent global", Quentin milite localement en étant à la fois salarié de la réserve naturelle des Sept-Îles (dans les Côtes-d'Armor [22]) et impliqué dans un "collectif" de défense du littoral breton qui remet (notamment) en cause la pêche industrielle menée par un armateur local, avec qui il avait des liens dans sa jeunesse. 

 

Les "histoires de vie" forment un fil conducteur (drame intervenu dans le "groupe de jeunes" de Quentin, dont les blessures ne sont pas refermées; hésitations de l'inconscient féminin de Maya pour choisir avec qui engendrer puis élever une descendance...). Mais on peut aussi considérer que le livre est plus intéressant par sa capacité à exposer en trame de fond les points de vue des uns et des autres (écologistes [militants comme ONG plus "institutionnelles"], scientifiques, artisans patrons-pêcheurs, armateur à la pêche industrielle, responsables de réserve naturelle dont l'extension est à l'étude...), points de vue dont chacun pris isolément a sa logique propre et compréhensible, alors même que certains se retrouvent contradictoires entre eux. Lors des débats, les "petits" ont souvent tendance à accuser les "gros" de tous les maux. En gros, justement, la réponse apportée par l'armateur pour la pêche industrielle (Thomas), c'est: "il n'y a pas d'alternative à ce que je pratique"... Sous nos yeux (de lecteurs), les impacts des décisions prises ou à prendre dans le domaine environnemental sont exposés de manière didactique. Sur le plan humain, le drame (peut-être dû à la bipolarité d'un personnage?) se déroulera implacablement jusqu'au terme des 22 chapitres aux noms souvent poétiques.

 

Voici quelques billets ayant parlé du livre (en commençant par les trois participations au BTEM): Alexandra, Keisha, Manou. Sans oublier Sandrine et Nicole dès 2025. Enfin, moi-même (ta d loi...) avec une courte présentation dans un autre cadre.

19 août 2026

Deux reprises éphémères - Il était une fois en Amérique - Sergio Leone / Wake in Fright - Ted Kotcheff

La semaine du 15 août, j'ai eu l'occasion d'assister à la projection de deux films à l'UGC Les Halles et dans une autre salle UGC que je fréquente assez fréquemment.

Il était une fois en Amérique de Sergio Leone (1984) a bénéficié d'une seule séance dans une salle pleine. Il s'agissait d'une version de 4h (sans entracte) avec 22 minutes inédites. Il y a eu une présentation du film, mais surtout celle du cinéma de Sergio Leone en général, par le directeur du cinéma. Cela a duré plus de 20 minutes, c'était un peu long et pas très passionnant. De nombreuses personnes ont levé le doigt pour dire qu'ils n'avaient encore jamais vu le film. Moi, j'avais gardé un très bon souvenir de ce film qui a été diffusé plusieurs fois à la télé. Toujours est-il que j'ai retrouvé le même plaisir à voir ce film sur grand écran. Il s'agissait du dernier long métrage de Sergio Leone décédé en 1989. De Niro y est exceptionnel mais les jeunes acteurs qui interprètent les personnages principaux dans leur jeunesse sont vraiment bien. Parmi eux, il y a Jennifer Connelly dont c'était le premier rôle au cinéma. Pour résumer, un film à (re)voir quand il passera sur grand écran. Pour l'anecdote, comme il n'y avait pas d'entracte (le temps manquait), je n'avais jamais vu autant de messieurs à la fin d'une projection aller aux toilettes pour se soulager. Pour les femmes, c'est plus commun.

Je passe à un film que je n'avais jamais vu, Wake in Fright (Réveil dans la terreur en VF) de Ted Kotcheff (1971), d'après un roman de Kenneth Cook, Cinq matins de trop, que j'avais bien aimé. Ce roman date de 1961 et a rendu célèbre l'écrivain dont je vous recommande toute l'oeuvre. Pour en venir au film, il y a eu plusieurs projections à la même heure dans des salles différentes à Paris. L'histoire se passe en Australie, dans un paysage désertique. John Grant qui est instituteur attend, comme ses élèves, la cloche qui sonnera le début des vacances de fin d'année (c'est le plein été en Australie). Il prend le train qui l'emmène à la ville voisine dotée d'un aéroport. Il doit passer ses vacances à Sydney et rejoindre sa petite amie. Mais voilà, la ville où il débarque s'appelle Bundanyabba (c'est une ville fictive) et on y boit beaucoup, beaucoup, beaucoup, surtout de la bière. John Grant est entraîné dans la spirale de la boisson et il se met à parier sur un jeu de pile ou face qui lui fait perdre tout son argent pour le voyage. Il fait connaissance de plusieurs personnes qui ne lui veulent pas de mal mais il est incité à boire encore et encore. A un moment, il se retrouve dans un pick-up avec d'autres pour chasser les kangourous. C'est un vrai massacre auquel on assiste. Des kangourous ont vraiment été tués. Il y a un insert à la fin du film qui explique ce qu'il en est. J'ai trouvé cette longue séquence épouvantable. Je n'ai pas trouvé que c'était un film tout public. J'ajouterai que Gary Bond, l'acteur britannique qui interprète John Grant, n'a tourné que trois films dont celui-ci. Il était né en 1940 et il est décédé des suites du V.I.H. à 55 ans en 1995. 

16 août 2026

Saturne - Edouard Halfon

Je suis en train de lire plusieurs romans assez copieux en même temps mais néanmoins, j'ai lu pendant un trajet aller-retour en bus, un livre de 75 pages, Saturne (Quai Voltaire, paru à l'origine en 2003 et en 2026 pour la traduction française)qui a fait connaitre l'écrivain guatémaltèque Edouard Halfon dont je n'avais encore rien lu. Saturne c'est un dieu qui mangeait ses enfants. Ici, le narrateur en veut beaucoup à son père de son indifférence à son égard. Il lui en veut aussi de sa tyrannie et lui reproche son silence en beaucoup de choses. Son père s'est moqué de lui du fait qu'il écrive. Quand il était petit, le père avait frappé le narrateur. Il a pensé au suicide tout comme certains écrivains ou écrivaines qui ont "franchi le pas" comme Klaus Mann qui a eu des relations difficiles avec son père Thomas. Seul son frère Michael Mann avait assisté à ses obsèques à Cannes. Il évoque Ernest Hemingway, Sylvia Plath, Virginia Woolf et d'autres auteurs, comme la nièce de Fenimore Cooper qui s'est jetée dans le vide, tout comme Gilles Deleuze. Il évoque aussi des auteurs que je ne connais pas comme Hart Crane qui s'est noyé dans l'océan au large de Cuba. Et évidemment, il évoque Yukio Mishima et Yasunari Kawabata. Le premier s'est suicidé par Seppuku et le deuxième qui était ami de Mishima, s'est suicidé par le gaz. Il fait aussi mention des écrivains juifs qui ont connu l'horreur nazie et qui se sont suicidés pour différentes raisons : Bruno Bettelheim, Stefan Sweig, Primo Levi, Paul Célan et Jean Améry (nom de naissance Hans Meier). Je ne connais pas du tout ces deux derniers auteurs. C'est un livre qui se lit (et se relit) et qui donne envie de découvrir certains auteurs. Je conseille. 

15 août 2026

Rocher de Brighton - Graham Greene

Pour une fois, c'est grâce aux propositions de Cléanthe pour des lectures sur le thème "Stations balnéaires en Europe" de son challenge Escapade en Europe - Voyages dans les littératures européennes (saison 2) que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me suis souvenu avoir lu il y a plusieurs décennies Rocher de Brighton. Sans doute l'avais-je lu trop jeune (c'était encore un de ces livres de poche qui traînait dans les bibliothèques des maisons de famille où j'ai passé une bonne part de mes vacances de jeunesse). Comme ceux-ci doivent désormais être en cartons voire même partis vers des boites à livres en province, j'ai emprunté mon "exemplaire de lecture" (ci-dessous) en bibliothèque.

Graham Greene, Rocher de Brighton, Robert Laffont, 10-18 coll. Domaine étranger n°3461,
470 pages, 2002 (trad. 1947 par Marcelle Sibon, EO 1938)

 

Première phrase: "Hale n'avait pas passé trois heures à Brighton qu'il savait que les autres avaient décidé de le tuer."

 

À Brighton, ville côtière -et balnéaire!- du Sussex de l'Est en Angleterre, célèbre pour sa Jetée (Pier) à animations foraines, un homme est tué par une bande qu'il connaissait, sans pouvoir échapper à son destin (même s'il cherche un temps refuge auprès d'une fille au grand coeur - qui l'abandonne malencontreusement quelques instants). Mort naturelle, décrète la police (on l'apprend p.65). La fille va s'obstiner jusqu'au bout à dénicher et faire châtier ceux qui ont provoqué ce décès. De notre côté, nous (lecteur) connaissons le responsable. Ce n'est que l'un des morts d'une série de plusieurs. Quant au rocher de Brighton, il s'agit d'une sucrerie locale. 

 

Par certains côtés, ce roman m'a fait songer à Compartiment tueurs de Sébastien Japrisot. Mais ici, le gamin (the boy en VO) représente le héros méchant. Portrait à sa première apparition, p.25: "Du seuil du café, un jeune garçon d'environ 17 ans le regardait - costume bon marché, d'une élégance vulgaire, étoffe vite défraîchie, visage d'une intensité affamée, avec une espèce d'orgueil hideux et anormal". Au fil des pages, nous comprenons qu'il a "hérité" d'une bande de racketteurs (qui vit des bookmakers et autres activités peu légales) après l'assassinat fortuit de son ancien chef, dans un milieu où les différends se règlent à coup de lame de rasoir ("taillader"). Bourré de complexes (ses hommes sont plus âgés que lui, ses concurrents aussi...), ce gamin (Pinkie) tente de garder le contrôle de la situation (son entreprise de racket est en passe d'être "éliminée du marché") par les seules méthodes qu'il connaît: l'intimidation, la cruauté, la crainte, le chantage... et tous moyens de fermer la bouche des témoins gênants (il paie son propre conseiller juridique!). 

 

Le roman narre, entre autres, l'évolution d'un amour pathétique et à sens plus ou moins unique qui va lier le gamin à une jeune serveuse (Rose, 16 ans), laquelle est susceptible de mettre à mal les alibis concoctés par le cerveau tortueux du bandit défiant. Une épouse ne peut être contrainte de témoigner contre son mari (mais elle peut cependant le faire si elle le souhaite). Ils viennent tous deux de familles des "bas quartiers" de la ville, et essaient chacun, par ses propres méthodes, de "s'en sortir". Les "classes sociales" sont bien étanches: Pinkie le ressent douloureusement par les différences de traitement selon qu'il est invité dans un grand hôtel ou bien qu'il tente d'y obtenir une chambre par ses propres moyens... Il ne s'agit pas d'un roman optimiste, on n'est pas dans du Harlequin

 

Bizarrement, j'avais conservé au fil des décennies le souvenir du "passage au confessionnal" final de la jeune fille. Mais je crois que c'est tout ce qu'il m'en restait. J'ai donc relu le roman comme une re-découverte, je ne suis pas certain d'avoir d'autre occasion de le relire à l'avenir.

 

Quelques autres billets (liste non exhaustive): Mapero, Karavan papou (dernier billet en 2023), Cléanthe bien sûr, Horizon des mots (dernier billet 2020).  

Outre le challenge de Cléanthe cité plus haut, j'inscris aussi ce roman noir (et pathétique) pour le challenge Polar et thriller chez Sharon, pour Les pavés de l'été 2026 chez Sibylline, vu que l'édition de poche actuellement disponible (2016) fait 544 pages (celle de 1990 en comptait 320 - faut pas chercher à comprendre!), et pour 2026 sera classique aussi! organisé par Nathalie. Même si le roman se déroule dans une "cité balnéaire", je n'ai pas trouvé que la mer y soit suffisamment présente (même si un certain nombre de rues y aboutissent) pour qu'il prenne place dans le Book trip en mer (je verrai ce que Fanja en jugera...). 

14 août 2026

De Gaulle à la plage - Jean-Yves Ferri

Alors qu'une certaine vision d'un immense personnage national connaît un triomphe au cinéma ces temps-ci, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me suis dit qu'il pourrait être amusant de remettre au goût du jour une vision plus humoristique, datant de moins de deux décennies avant aujourd'hui. Voici donc une bande dessinée qui jouait à l'époque avec les codes "vintage": De Gaulle à la plage. Avec cette pochade, j'ai devancé (d'un jour!) l'appel pour le challenge chez Cléanthe Escapades en Europe (saison 2) dont le thème "15 août" est "Stations balnéaires en Europe". Ici, on ne sait pas quelle est la ville la plus proche, mais nous sommes manifestement en Bretagne (peut-être en pays Bigouden [au sud du Finistère]... à l'extrémité de l'Europe?). 

Jean-Yves Ferri, De Gaulle à la plage, Dargaud, 2007, 48 pages

 

Il s'agissait, pour moi, d'une n-ième lecture, mais j'ai encore rigolé en le relisant. Malgré l'air du temps, je persiste à penser qu'un peu de dérision permet de mieux supporter le monde tel qu'il est aujourd'hui. Pour apprécier le "second degré" au-delà des simples gags proposés par cet album, sans doute faut-il être adulte et avoir une certaine culture historique, même si des bambins peuvent aussi savourer (au premier degré et en toute candeur) au moins certaines planches. 

Par exemple, cette quatrième de couv' (1) est une pure fumisterie, citant des titres fictifs (et qui ne seront bien entendu jamais réalisés) à la manière d'une série pour la jeunesse à personnage récurrent dont chaque album décline une activité ou un lieu d'action: Martine, Caroline et autres Babar.

 

Le personnage "De Gaulle [à la plage]" serait apparu dans les pages de Vive la politique (ouvrage collectif de 15 auteurs publié par Dargaud en 2006 et qui semble introuvable sur le site de l'éditeur)? Cet album-là n'est pas disponible dans les bibliothèques parisiennes sauf erreur de ma part. Ci-dessous, voici la première page de l'album totalement dédié à notre personnalité hors cadre, qui pose le décor. 

(ces tongs, on aura l'occasion de le revoir au long de l'album...).

Par la suite, chaque page comprend deux gags (avec titre!), chacun sur une demi-page donc, mais avec des sujets qui reviennent parfois en courant (running?) sur plusieurs pages... 

... de quoi rêvait le Général? (plusieurs réponses au long de l'album - ci-dessous p.13).   

Au fait, je n'ai pas présenté Lebornec, fidèle et dévouée ordonnance du général (personnage parfaitement fictif, bien entendu! De Gaulle a eu nombre d'ordonnances, mais aucune de ce nom...). La planche complète ci-dessous permet de savourer les différences de taille. 

Un gag à chute inattendue... La température de l'eau - elle est bonne? Un peu froide pour la saison (même en Bretagne!) est un gag récurrent... Pour sa part, le Général hésite rarement à se jeter à l'eau... ("mais si, Lebornec, nous avons pied!").

De Gaulle est à la plage avec toute sa petite famille (épouse, fils, chien...). Ci-dessous p.15.

De Gaulle, l'Angleterre, Churchill himself... Quelques demi-planches savoureuses!

Sauver la France... Ci-dessous pp.16 & 17.

Mauvaise foi et mauvais joueur? Ci-dessous p.25.

On s'achemine doucement vers le terme... (IVe République pour le moment!).
Ci-dessous, planche complète, avec une vignette qui s'étend sur une demi-page: c'est rare (il n'y en a que 7 dans l'album).

Malgré tout, encore une fois, c'est le devoir qui l'appelle...

Je pense que l'aspect matériel des planches (aplats de couleur pastel avec trames apparentes) participe à l'ironie et au côté "dérisoire" des enjeux et des angles représentés. 

J'espère que mes citations (qui ne donnent qu'un avant-goût de l'album complet!) vous auront mis l'eau (de mer) à la (ba)bouche. Je vous épargne la dernière page, croquignolette (si vous voulez la lire, procurez-vous l'album!). 

 

La mer est suffisamment présente dans cet album pour que je l'inscrive aussi au Book trip en mer (saison 3) de Fanja.

(1) ...avec la 4e de couv' agrandie à sa demande!

 

Et je termine en précisant que, demain 15 août 2026, je publierai un autre billet pour une seconde participation au challenge de Cléanthe.

13 août 2026

Les silences de Riyad - Haifaa al-Mansour

Après avoir lu deux mauvaises critiques sur Le Canard enchaîné et Télérama, j'ai voulu quand même me rendre compte par moi-même de ce qu'il en était en allant voir Les silences de Riyad, un film de la Saoudienne Haifaa-al-Mansour (dont j'avais bien apprécié Wadjda). Les silences de Riyad est un film policier qui commence dans le désert. Le corps d'une jeune fille est trouvé étendu sur le sable. Elle a été écrasée par une voiture. On ne sait pas qui elle est. L'enquête restera ouverte tant que l'on ne connaîtra pas son identité mais l'affaire est momentanément classée. Au sein du commissariat chargé de l'affaire, on fait la connaissance de Nawal, une jeune femme divorcée qui scanne et photocopie à longueur de journée des documents. Avec quelques flash-back, on découvre les relations houleuses que Nawal a entretenues avec son mari après le décès de leur fille âgée de deux jours. Nawal se met en tête de découvrir qui était la victime dont on n'a pas déclaré la disparition. Comme la victime était lycéenne, Nawal commence sa quête en visitant quelques lycées dont l'un où elle est très mal reçue. C'est la loi de l'omerta mais Nawal s'accroche. Elle est obstinée même si sa hiérarchie la désapprouve. Elle découvre l'identité de la jeune fille: elle s'appelait Amal. On saura dans les toutes dernières minutes les "Qui, Quoi, Quand, Comment et Pourquoi" de la mort d'Amal. C'est tragique. J'ai vraiment aimé ce film avec un scénario qui tient la route, avec une révélation finale que je n'avais pas devinée. 

11 août 2026

Pile entre deux - Arnaud Le Guilcher

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) lu très vite et avec délectation Pile entre deux, roman d'un auteur que je ne connaissais pas, "cueilli" au hasard d'un bac le mois dernier parce qu'il me semblait pouvoir être éligible au challenge Book trip en mer (saison 3) chez Fanja... 

Arnaud Le Guilcher, Pile entre deux, Stéphane Million éditeur, Pocket n°15723,
2015 (EO 2013), 341 pages

 

Par quel malencontreux hasard un couple de parents se retrouve-t-il en plein milieu du Pacifique (atoll de Midway!), prisonniers loin de leur jeune fils resté en France? Cela pourrait être un thriller, une robinsonnade, un livre de science-fiction, une romance... et ce n'est rien de tout cela (ou un peu tout!). On est plutôt à la fois dans une uchronie et dans une saga familiale à la Pennac. L'auteur qualifie son livre de "fable" (comme Les caves du Vatican étaient qualifiées de "sotie"). 

 

Je pense que ce roman aurait pu porter en exergue "Mon seul ennemi, c'est la finance" (si cela vous rappelle quelque chose...). L'histoire se passe "de nos jours" (mais déjà dans le passé, vu que le bouquin date d'il y a plus de 10 ans désormais). Le roman est (notamment) écrit "à la première personne" du point de vue d'Antoine, homme au foyer qui visite régulièrement son père "alzheimer". Sa moitié se prénomme Judith, elle travaille dans le quartier de La Défense comme mathématicienne pour le "trading". L'action commence quand elle l'appelle pour qu'il vienne l'aider à déménager ses affaires: elle s'est fait licencier! 

 

Mais c'est pire que ça, en fait: à peine arrivés dans le bureau au 19e étage de la Tour (gravie à pied, avec le pote à qui il avait fait appel pour conduire la voiture), ils sont tous "raflés" et embarqués (en avion!) vers ce trou perdu (entouré à perte de vue par les débris de plastique amenés par les courants marins): l'atoll de Midway. Les autorités mondiales (l'ONU...) ont décidé que le monde marcherait mieux si tous les "responsables" des dérives de la bourse et de la financiarisation à outrance étaient mis "hors circuit" (quelques milliers de personnes?). On les déporte, on leur parachute régulièrement de la nourriture, on les surveille par satellite et on les tue s'ils tentent de s'évader. Aussi simple que ça... 

 

... Mais il faut bien entendu lire toutes les pages, écrites dans un style rapide qui m'a vraiment fait songer à celui employé par Pennac pour la saga Malaussène. Au fil des pages, on a la description de la société masculine sur l'île (Antoine, son copain et un troisième homme trouvent une planque tranquille, pendant que, bien entendu, un tyran prend le pouvoir sur "les masses"...). De son côté l'ONU s'aperçoit que finalement, la finance était peut-être aussi indispensable à la bonne marche du monde que l'estomac l'est pour les membres du corps humain (selon l'apologue du consul Agrippa Menenius Lanatus): tout tombe en quenouille, plus de sous, plus moyen de surveiller les détenus (s'ils sont brimés, "qu'ils se démerdent!", répond le papa "ponte" de l'ONU à son fiston, stagiaire "pistonné" et chargé de faire le lin onusien avec les déportés), le transport aérien bat de l'aile, et on va peut-être finir par les passer au napalm, ça évitera des frais et empêchera que certains de ces ex-grands financiers aient la langue trop longue. 

 

Heureusement (et c'est peut-être là qu'on rentre dans le côté fabuleux...), le copain initie Antoine à la méditation et au yoga, ce qui le connecte à la nature - et en premier lieu à un albatros lui-même "leader" de la colonie locale. Le tyran en fera les frais. Quant aux femmes (qui n'étaient pas captives, elles, sur l'atoll lui-même, mais à bord de cargos-pontons amarrés en mer), elles seront délivrés après quelques malheurs. La liberté retrouvée, il ne reste plus qu'à aller rejoindre fiston en France à bord d'un des cargos. Et s'il n'y a plus de pétrole, en avant les baleines! Le bouquin s'arrête là. Mais, bien entendu, je suis loin d'avoir tout dit... 

 

Citation p.148:
"Les civilisations étaient des entités avec un début et une fin et on constatait avec terreur que la nôtre mourait en versant dans l'idiocratie la plus manifeste. On sentait que le soleil se couchait sur une terre où la culture et les choses de l'intellect avaient une valeur, et qu'à son lever, rien ne serait plus pareil...
Des abrutis dirigeaient des barbares qui aliénaient des cons. On en était là...
".

[Réflexion faite, je vous fais grâce de la citation des réflexions d'Antoine sur les kilos en trop passé 30 ans (p.216), c'est trop cruel!]

 

Il s'agit vraiment d'un "page-turner", j'ai été captivé de bout en bout, sauf lors de quelques interventions (autre type de police de caractère)  d'un personnage inattendu (non, ce n'est ni l'albatros ni une baleine). J'ai particulièrement apprécié quelques "morceaux de bravoure" liés à la vie de couple (que celui-ci se rappelle alors qu'ils sont séparés et qu'ils commencent à peine à pouvoir communiquer via "albatros express"): "nouilles sautées"; "échographie"...

 

Le seul billet que j'ai pu trouver sur Pile entre deux, c'est sur La gazette de Marie-Claire (dernier billet en 2020). Si d'autres l'ont lu et chroniqué, je rajouterai les liens par la suite! 

10 août 2026

La mariée silencieuse - Piergiorgio Pulixi

La mariée silencieuse de Piergiorgio Pulixi (Edition Gallmeister, 445 pages) nous permet de retrouver le commissaire Vito Strega et les inspecteurs Mara Rais, Eva Croce et Bepi Pavan. Pour le moment Mara Rais en conflit avec Strega est restée en Sardaigne. Le roman commence quand on fait la connaissance d'Italo, un Sarde presque octogénaire, et de son petit-fils de trois ans, Pippo, qui vivent temporairement à Milan. Huit mois auparavant, Maria Donata, la fille d'Italo et donc la maman de Pippo, a été assassinée, puis le tueur lui a enfilé une robe de mariée. Donata était partie vivre à Milan où elle avait un travail mieux rémunéré. C'est là qu'elle avait épousé Ruggero Mercalli avec qui elle avait eu Pippo. Quelques années après, elle a divorcé en ayant la garde de son fils. Tandis que dans le chef-lieu lombard les agressions contre les femmes se multiplient, c'est un véritable fléau. Pulixi s'est attaqué à un sujet terrible : les féminicides. Sans dévoiler trop de l'intrigue, La mariée silencieuse est le nom d'un forum où des hommes échangent leur point de vue sur le fait que les femmes doivent être punies sans forcément aller jusqu'à les tuer, quoique. Elles ont besoin de bonnes leçons. Pour en revenir au groupe de policier, c'est Bepi qui est à l'honneur, sa femme l'a jeté dehors en attendant qu'il maigrisse. Une psychologue va bien l'aider. Et sinon, Bepi s'est vite attaché à la personnalité d'Italo et avec raison. Vito entend de nouveau des voix dans sa tête et cela le fait beaucoup souffrir. Mais pour les enquêtes précédentes, c'est lui qui va trouver qui est le responsable de la mort de Donata et de toutes les autres car bien entendu les affaires sont liées. L'histoire n'est pas d'une grande originalité mais cela se laisse lire et on s'attend à une suite.

Lire les billets de Violette, Belette2911, Carnet de lecture, Aude bouquine, Livresse du noir, La bibli de Laura.

8 août 2026

Les archanges de la nuit - Eric Fouassier

Avec Les archanges de la nuit (Editions Albin Michel, 395 pages), Eric Fouassier en est à son cinquième tome de la série avec Valentin Verne et son bureau des affaires occultes. Nous sommes en avril 1834 et plusieurs crimes affreux surviennent. Les victimes sont retrouvées avec du plomb fondu ou d'autres métaux dans la bouche mais surtout la mort a été provoquée par l'introduction d'une aiguille fine dans l'oreille externe qui a traversé le tympan avant d'atteindre le cerveau. Les victimes sont des hommes riches. Les archanges du titre sont des illuminés qui ont comme texte de référence le livre d'Henoch, texte apocryphe de l'ancien testament. Ils sont aussi férus d'alchimie, de symboles occultes et ont des métiers se rapportant plus ou moins à la mort. Personnellement, j'ai trouvé leur mobile un peu obscur. Valentin, sa bonne amie Aglaé, ses adjoints Tafik et l'Entourloupe mènent une enquête difficile avec l'aide providentielle de François Vidocq. Certains vont même frôler la mort. Parallèlement, George Sand et quelques autres essaient de faire voter une loi pour la protection des prostituées. Dans ce cadre, Aglaé se battra en duel. Lors de son enquête, pendant une poursuite avec un suspect, Valentin se retrouve au 12 rue Transnonain le 14 avril 1834, au moment du massacre de certains habitants de l'immeuble qui n'étaient que des civils. L'intrigue est bien menée et l'épilogue est un sympathique "happy end".
Lire le billet de L'ivresse du noir.  

7 août 2026

La république des riches - Tignous

Cela faisait longtemps que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'avais plus consacré une chronique à Tignous dans le cadre de mes "hommages du 7". Les vacances sont l'occasion de "labourer" un peu ma PAL. Voici donc quelques mots sur un recueil de dessins que j'avais acquis il y a déjà deux ans...

Tignous, La République des riches, éditions Robinson, 2019, 96 pages

 

Ce recueil, posthume, a été publié sous l'égide de Chloé Verlhac, veuve de Tignous. Dans une interview au Berry républicain (elle a des attaches familiales dans le Cher), elle regrettait que Tignous n'ait pas connu le temps de Macron Président, qu'il aurait sans doute adoré croquer. Après lecture, je trouve que bon nombre des dessins du dessinateur assassiné en janvier 2015 apparaissent comme une bonne anticipation du dessein mis en oeuvre durant ces deux quinquennats successifs, qui s'achèveront dans moins d'un an désormais. En fait, davantage que de prémonition, je pense qu'on peut créditer Tignous d'une solide conscience politique. Les dessins sélectionnés dataient pourtant déjà d'entre 6 à 8 ans au moment de la parution de l'ouvrage (et avaient donc été dessinés entre 2011 et 2013?)... Avec ceux de couverture et de 4e de couv', j'en ai compté 106 (sauf erreur de ma part), quelques-uns étant présentés en double page, d'autres avec jusqu'à deux voire trois dessins par page. Il y a de la couleur comme du noir et blanc. Ces derniers sont en général présentés sur une page avec un fond de couleur (à deux exceptions près - parce que complétant une page avec des dessins en couleurs). Je vous épargne les statistiques complètes...

 

Il n'y a pas de numéro de page ni de table des matières des dessins dans ce recueil, mais au moins la dizaine de dessins que je cite ci-dessous (photos de ceux m'ayant particulièrement "parlé") sont dans l'ordre de publication... Je vais me permettre d'interpoler mes gloses sous chaque dessin. 

Tout dépend de la conception du "gâteau": ce que l'on "donne" aux uns est-il "pris" aux autres? Est-on "lésé" si l'on ne bénéficie pas d'avantages dont d'autres disposent? Dans la République... française, que doit-il en être de la "redistribution" (avec les leviers fiscaux et sociaux)? Le monsieur, je trouve, a une belle tête de libéral à l'anglo-saxonne ("Ce qui est à moi est à moi. Ce qui n'est pas à moi est négociable")...

Giacometti, oui... Il existe plus filiforme encore, comme référence artistique (personnages en fil de fer?). Et pour les riches, je suppose que la référence serait Botero? 

Un exemple de "vieille paperasse jetée au panier" (de facto voire de jure!) me vient à l'esprit. Je ne sais pas si la "fusion" des conventions collectives de nombre de "branches" avec des branches de rattachement présentant des conditions sociales et économiques analogue peut être considéré (ou non) comme de la "destruction" du Code du travail. Le fait est que cette "réorganisation" est plutôt invisibilisée sauf erreur de ma part. Et il me semble que le nombre de salariés couverts par une convention collective dont le tarif minimum prévu est inférieur au SMIC augmente. Il y aurait sûrement d'autres "illustrations" à trouver!

Une usine qui ferme, ici, en France...? Parce qu'elle va réouvrir ailleurs, soit pour exploiter d'autres "travailleurs" moins protégés par leur législation, soit pour payer moins d'impôts professionnels, soir les deux (le rêve!). Et, à un moment, les "actionnaires" ne sont même plus des êtres humains prenant des décisions "en leur âme et conscience" sous les projecteurs d'un soupçon de règles éthiques (rêvons un peu!), mais des sociétés contrôlées elles-mêmes par d'autres sociétés dont la seule activité est de gérer des investissements sous le seul angle de la profitabilité exclusivement financière à court terme (en attendant que les décisions à prendre soient impulsées exclusivement par des intelligences artificielles).

Et moi, avec mes huit bacs (pour le moment), à quelles clopinettes pourrais-je prétendre? Je vais faire du "hors-sujet" puisque le personnage est ici un salarié. Cette année, je trouve que les banques ont été plus discrètes que d'habitude sur la communication de leurs éventuelles primes offertes aux bacheliers "avec mention"... qui auraient la bonne idée d'ouvrir un compte bancaire! Offres réservées aux 18-24 ans, offres réservées aux 10 000 premiers souscripteurs, offres pour comptes ouverts entre telle et telle dates, "offres" purement tarifaires qui concernent tous les jeunes et pas uniquement ceux titulaires du Bac...

Vérification faite, il semble que ce soit la réforme de 2010 qui avait augmenté l'âge minimum de 65 à 67 ans... Et, effectivement, je suppose qu'on se dirigera à petits pas vers les 70 ans, en "communiquant à son de trompe sur les autres pays où cette "durée" augmente (encore) plus vite que chez nous. Et en gardant "sous le boisseau", autant que possible, dans ces éléments de communication, le fait que cet âge ne cible pas vraiment celui jusqu'auquel on "devra" occuper un emploi (que les employeurs "devront" proposer aux salariés!)... mais bien celui auquel on pourra "prétendre" à une retraite à taux plein! Si l'on est au chômage 10 ans avant l'âge, hé bien... Bienvenue dans la "trappe à pauvreté". 

Cela me fait songer à ce milliardaire français qui assume sans état d'âme, dans des interviews, de bénéficier d'exonérations fiscales lorsqu'il subventionne des causes chères à son coeur (associations, fondations, festivals...). Ah, vous ne savez pas duquel je parle, parce qu'il y en a trop dans ce cas?

Poches vides et "sourire doré sur tranche"... dans le dos du fisc reparti bredouille, n'ayant pas regardé au bon endroit pour "suivre l'argent". Excellent! Dans son râtelier, il doit lui aussi avoir un bon conseiller fiscal, le gros monsieur!

Toujours cette notion de "part de gâteau fini" à s'approprier. ... Et encore, quand Tignous dessinait, il était moins question qu'aujourd'hui de "l'intelligence artificielle" et de la "destruction d'emplois" que son utilisation à outrance risque de générer à très court terme. 

Ce dessin frappe comme un coup de poing dans la gueule, en éclairant les divergences de point de vue entre celui qui est "victime" et celui qui ne l'est pas (déni)...

Bah oui, les "radins" sont riches, en général, puisqu'ils choisissent de refuser de payer les dépenses autres que celles indispensables à leur propre survie... (tandis que les "pauvres" ont déjà du mal à assumer celles-ci pour le strict minimum vital...).

 

Je trouve qu'il manque dans cet album au moins un dessin évoquant une certaine thématique (je ne sais même pas s'il existe, hein!). Depuis désormais le 1er janvier 2016 mais suite à une loi votée le 14 juin 2013, les entreprises doivent proposer une "complémentaire santé" collective à leurs salariés (ceci découlant d'un "Accord National Interprofessionnel" [ANI] négocié antérieurement), tandis que chaque salarié est tenu d'y adhérer, sauf à prouver qu'il est déjà couvert par ailleurs. Je n'ai rien trouvé sur le site internet de Charlie Hebdo (article ou dessin) concernant ce thème - mais j'ai peut-être mal cherché (1)

 

Mais bon, à la réflexion, s'agit-il vraiment d'une avancée au profit des "pauvres [travailleurs]"? Peut-être que de savants calculs avaient démontré qu'il en coûterait moins cher aux entreprises de consacrer quelques dizaines d'euros par mois à "aider" les salariés à bien "se couvrir" que de subir de l'absentéisme pour raisons médicales (aggravées parce que non soignées)? Autre hypothèse "gratuite" de ma part, peut-être que mettre le choix de la couverture collective "à la main" de l'entreprise va enfin permettre à la logique capitaliste de "tuer" le monde mutualiste en privilégiant les sociétés d'assurance maladie privées...? Bref. 

 

Titulaire des droits de l'oeuvre de Tignous (20 000 dessins, tant déjà publiés qu'inédits), Chloé Verlhac souhaite continuer à mettre en valeur ce patrimoine (expositions, albums). 

Je me demande si, pour ces 20 000 dessins, un "travail" de classement et de référencement a pu être effectué (ou est en cours): au-delà de la numérisation sur de "fragiles" archives numériques (illisibles dans quelques décennies si la technologie en devenait obsolète?), juste le fait de marquer au dos, au crayon à papier (qui reste lisible des siècles après!), chaque information disponible (date de création, date de publication et via quel "canal" [presse, recueil, autre], prix touché éventuellement [facture émise, règlement reçu...])?
Ceci pour faciliter le travail savant des chercheurs, dans quelques décennies, lorsque tous les "témoins contemporains" auront disparu, pour des études sur "Tignous témoin de son temps" comme il en existe aujourd'hui de nombreuses, rédigées au XXe siècle, concernant Daumier (1808-1879)...

 

PS: à la relecture de l'album, je m'aperçois que certains dessins repris dans La république des riches étaient déjà parus dans Le fric c'est capital (publié du vivnt de Tignous)... parce qu'ils faisaient partie des citations de mon billet du 7 juin 2017 concernant cet album!

 

(1) Je me permets un brutal "copier-coller" de ce que m'a spontanément répondu G**gl* à la question "dessin complémentaire santé Tignous" (alors que je n'étais pas passé par une demande via IA): "Aucun dessin spécifique ou campagne officielle de Tignous n'est directement répertorié ou associé de manière notoire à une « complémentaire santé » ou une mutuelle. Le caricaturiste de Charlie Hebdo a croqué la société, la politique, la médecine et les dépenses de santé de manière générale, mais pas sous la forme d'un travail publicitaire ou d'une collaboration ciblée pour une complémentaire santé. Pourriez-vous préciser où vous avez vu ce dessin ou le message exact qu'il contenait afin que je puisse mieux identifier la source ou l'ouvrage recherché ?"

 

*** Je suis Charlie ***

5 août 2026

Le triangle d'or - Hélène Rosselet-Ruizh

Avec Le triangle d'or, la réalisatrice Helène Rosselet-Ruiz nous emmène dans un quartier de Paris se situant entre Les Champs-Elysées, l'avenue Montaigne et l'avenue George V, c'est-à-dire parmi ce qu'il y a de plus cher dans l'immobilier à Paris. Dès le début du film, dans un hôtel particulier, différentes femmes passent un entretien pour un emploi auprès de Souria, une saoudienne maîtresse d'un émir. On la cache car personne ne doit le savoir. Laura qui a furieusement besoin d'argent est prête à être disponible H24. C'est elle qui est prise et qui est payée "au black". Dès le début, on peut constater que Laura et les personnes présentes sont surveillées par des caméras installées dans chaque pièce de l'hôtel particulier à plusieurs étages. Il y a même une piscine intérieure et dans une autre, une panthère noire gavée d'anxiolytiques derrière des barreaux. Personne ne s'en occupe. Laura fait de son mieux pour toutes les tâches demandées bien que Souria* la prenne vraiment pour sa "boniche" en ne disant jamais "merci" ni "s'il vous plaît". Elle lui parle et se comporte mal. Mais le sort de Souria n'est pas enviable non plus, car elle ne peut pas sortir de sa cage dorée et ne fait qu'attendre son amant. Petit à petit, les relations entre les deux femmes évoluent avec un peu plus de considération de la part de Souria pour Laura. Je ne vous raconterai pas la fin, pas vraiment optimiste pour l'une d'entre elle. Ce huis-clos étouffant est prenant de bout en bout. La réalisatrice qui est la co-scénariste s'est inspirée de son expérience personnelle.

* et non Soumia (ah l'IA qui corrige sans qu'on lui demande rien est insupportable)

3 août 2026

Titanic - Michelluzzi

De l'auteur de bandes dessinées italien Attilio Michelluzzi (1930-1990), j'avais (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) cité deux de ses séries parmi les quinze "valant le coup d'oeil" évoquées naguère sur ce blog (Air Mail et Johnny Focus). Alors quand je suis tombé, en bibliothèque, sur un album que je ne connaissais pas mais qui m'a paru dans le thème du Book trip en mer (saison 3) chez Fanja, je l'ai emprunté...

Attilio Michelluzzi, Titanic, Mosquito, 2012 (trad. Michel Janz, EO 1988), 76 pages

 

On sait tous comment la traversée inaugurale de ce bateau se termine. Mais j'avoue que je m'attendais à ce que le navire soit au centre de l'histoire, or il n'est guère que le "décor" de l'intrigue (ou des intrigues). Je dirais que cette bande dessinée a pour principal mérite d'avoir été publiée neuf ans avant que James Cameron fasse le film homonyme avec de tout autres personnages, pas plus historiques que ceux de Michelluzzi. 

Dès la page 2, notre bédéiste nous présente ses héros (d'illustres inconnus!), mais on ne le comprend qu'a posteriori... De gauche à droite en partant du bas: John Hubbard Hall, journaliste (apparaît p.11); Raymond Desvilles, français (p.30); Madeleine Desvilles, son épouse infidèle (p.12); Olivier de la Bretonne, gigolo, à voile et à vapeur (p.10); Mora l'espagnol, anarchiste (alias Dorado Martinez), p.17; Molly, une femme de ménage des premières classes (p.37); George Barton Putman, self-made man dans le placard, candidat à un poste de sénateur (p.6); Viktor Dessinevitch Medel, prince Moussin, grand Boyard (etc.), russe (p.24), rival du dernier de la liste; et enfin, Lord Alfred Brudenell, sixième duc de Westmeath, coureur automobile (p.22). 

 

Ces neuf personnages vont être réunis à l'occasion de cette traversée inaugurale, événement mondain incontournable... Mais avant d'en arriver au naufrage (l'iceberg est rencontré p.55), on a le temps de suivre divers récits enchevêtrés... (entortillés?) dont certains auraient (à mon avis) été plus dispensables que d'autres. Le compte à rebours commence, en gros, le 8 avril 1912 à 11 h 10. 

 

Entre celui qui veut mettre une bombe symbolique contre les riches (anglais), la caricature de Russe qui ne veut pas tant gagner une course automobile pour la Russie qu'empêcher son rival anglais de la gagner, les couples de la haute ou ceux d'en bas, l'efféminé qui n'exclut pas d'ajouter à ses charmes le métier de maître-chanteur, le self-made man qui n'est pas un enfant de coeur... Trois personnages périront par coups de feu avant que le bateau coule, et seuls deux survivront. D'où peut-être les teintes sanglantes de la couverture? 

Ci-dessus, p.56. Ci-dessous, p.74

Je ne l'ai pas dit, mais certaines planches montrent les personnages historiques (armateur, capitaine, riches passagers morts dans le naufrage avec plus ou moins de panache...). Aujourd'hui, la liste des victimes du Titanic est accessible en quelques clics (par exemple sur Wikipedia consulté le 25/07/2026 - même si elle y est signalée "non exhaustive"). Si vous voulez en savoir davantage, je vous laisse lire la BD. Il me semble (mais cela n'engage que moi!) que j'aurais davantage apprécié cet album s'il avait fait l'effort de "décalquer" le Titanic vers un autre nom de navire... (le Chrématic, par exemple?). Je ressors de ma lecture avec un avis mitigé et ne m'achèterai probablement pas cet ouvrage, à cause de son scénario. Il plaira sans doute aux vrais "fans" de Michelluzzi (scénario et dessin). Mais je ne conseillerais pas de commencer par cet album pour découvrir son oeuvre. 

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