Tchatche de banlieue suivi de L'argot de la police - Philippe Pierre-Adolphe, Max Mahmoud, Georges-Olivier Tzanos / dessins de Luz
Cet ouvrage-là, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) l'ai d'abord déniché dans un bac de bouquins d'occasion et ai "tilté" sur la couverture de Luz. J'ai immédiatement pensé que ça pourrait me servir pour une chronique. Mais ensuite, il a fallu le lire d'abord, et rédiger le présent billet ensuite.
Philippe Pierre-Adolphe, Max Mahmoud & Georges-Olivier Tzanos, Tchatche de banlieue (suivi de L'Argot de la police), éd. Mille et une nuits, coll. Le rire jaune N°2, 1998, 128 pages
Le 1er volume de cette collection Le rire jaune, titré Rien à foot [?!?] était illustré par Cabu, je ne l'ai jamais vu encore. Pour sa part, Philippe Pierre-Adolphe (1961-2023) était apparemment un journaliste qui s'est intéressé tant à l'art (cinéma, musique - il a créé un label musical en 1998!) qu'aux faits de société. Le lien avec mes propres "Hommages du 7" est constitué par les 20 dessins de Luz disséminés au fil des pages (de même que j'avais jadis chroniqué deux ouvrages illustrés par Charb, l'un de Michel Husson et l'autre de Daniel Bensaïd).
Pour citer la 4e de couv', "plus qu'un simple recueil de mots et d'expressions, Tchatche de banlieue est un petit précis de linguistique banlieusarde à l'usage des joibourg et des centre-villois. Il est illustré par Luz, dessinateur à Charlie Hebdo." Avant mes propres illustrations et citations de dessins, si je dis que "la cité" y est omniprésente, me fais-je bien comprendre?
p.60: surtout, ne parlons pas... de rime de rap.
...Ils en ont parlé!
Le livre se présente sous la forme d'un double abécédaire, dont le plus important (jusqu'à la page 89) s'intéresse au "bouillon culturel" des mots inventés "de l'autre côté du périph'" (vu depuis Paris, évidemment). Le lexique des "tchatcheurs" puisait (1998) dans celui des cultures cohabitant dans les cités: africaines, arabes, gitanes et même anglo-saxonnes... Aujourd'hui (2026), certains de ces "mots" sont entrés dans le dictionnaire. L'ouvrage fonctionne beaucoup sur la connivence. Un mot défini précédemment sera utilisé pour une phrase d'illustration, le vocabulaire sera malaxé, trituré, pour montrer surtout que sa "signification" dépend fortement tant du contexte que des relations entre les locuteurs, qui cultivent aussi bien l'hermétisme que la "vanne".
Un exemple avec une glose précisant la définition du "Respect" (p.68): "toute la subtilité réside dans la définition du comportement irrespectueux. Dire à un copain "va te faire enculer, pauvre dalpé", c'est respectueux. On est entre amis, on se dit bonjour. Dire à quelqu'un qu'on ne connaît pas "hé, ta soeur, elle est bonne", c'est lui manquer de respect et s'exposer à de graves et immédiates représailles".
p.47: salut, comment va?
On sent que les auteurs, dans leur petit ouvrage, s'adressent moins aux locuteurs d'origine qu'à des lecteurs ayant un certain "bagage" culturel, avec de la connivence, des jeux de mots et de l'humour. Ma lecture "au fil de l'eau" m'avait rappelé un article "savant" lu naguère, où un linguiste avertissait des risques de refus par les "jeunes des cités" de l'apprentissage tant du français "académique" que des langues étrangères telles qu'enseignées au collège et lycée, pour se replier sur "leur" propre langage. N'importe quel linguiste rompu aux "mécanismes" linguistiques décryptera cette "langue" (si absconse parût-elle vis-à-vis de l'extérieur à ses "inventeurs") en deux coups de cuillère à pot, tandis que nos gamins & jeunes se seront privés d'une "ouverture au monde" dont l'absence les handicapera pour le reste de leur vie...
p.87: maîtriser les codes en vue de se faire accepter? Prof, sociologue ou "civil" infiltré?
C'est vrai que je me sens personnellement éloigné de l'univers en toile de fond du langage concerné, dont le vocabulaire et les préoccupations principales semblent tourner pour la plus grande part vers le milieu du corps (des deux sexes), l'apparence extérieure (habillement...) et l'art de "parler pour ne rien dire" (rien qui ME paraisse "utile" et constructif, en tout cas). De la sociologie concrète , sinon de l'ethnologie, via le langage (j'espère ne pas apparaître trop "méprisant" en constatant cela).
Je me rappelle un récit de reportage "sur le terrain" (en banlieue!) dans Indélébiles de Luz. Mais je ne me souviens pas si l'année ou les circonstances étaient mentionnées...
p.53: tous ces massifs sont aussi de grands enfants...
Ce dessin-là (p.121) est l'un des quatre figurant dans les 30 pages consacrées à "l'argot de la police". Celui-ci est, je pense, plus classique, plus stable aussi (avec un moindre souci d'hermétisme), et sans doute bien davantage parlant" au grand public du fait de sa reprise au cinéma ou à la télévision (séries policières).
Au final, ce qui m'a presque le plus intéressé, c'est les cinq pages de l'entretien socio-linguistique à la fin de l'ouvrage (entretien réalisé le 23/11/1997), qui éclaire les "raisons sociales" du besoin d'un langage qui se veut hermétique, avec des mots abandonnés par leurs locuteurs initiaux (banlieue) dès qu'ils sont passés dans un public élargi... (via les média, d'abord avec des guillemets, puis sans).
La Maison d'édition Les Mille et une nuits avait été créée en 1993. Je possède depuis longtemps un certain nombre de leurs anciens petits ouvrages, surtout de la collection "Les petits libres", et j'avais l'impression qu'il s'agissait de livres d'inspiration résolument altermondialiste (%Attac etc.). J'ai vu en rédigeant le présent article que les Mille et une nuits sont devenue en 1999 un département de Fayard. Un changement de politique éditoriale semble être intervenu en 2020 pour se recentrer sur des "classiques" du domaine public choisis par un collectif de libraires.
Bref, Tchatche de banlieue m'est apparu comme un livre certainement daté, dont les dessins peuvent encore faire sourire, alors que les enjeux des années 1990 (trafics, petite délinquance, repli, "segmentation de populations dans tous les sens) nous paraissent aujourd'hui "dépassés" par l'aggravation de fractures notamment liées à des faits religieux montés en épingle ou des conflits interminables ailleurs et aujourd'hui importés en France métropolitaine.
*** Je suis Charlie ***
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