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7 novembre 2023

Bête et méchant / Les Ritals - Cavanna

Deux livres, ce mois-ci, dans le cadre de mes "Hommages du 7". Après Les Russkoff (le deuxième volet de l'autobiographie de François Cavanna, sur la Seconde guerre mondiale), j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) lu le troisième, Bête et méchant (les débuts dans la carrière), avant de me replonger dans le premier, Les Ritals (l'enfance). 

P1160790
Bête et méchant, 1ère parution en 1981, Le livre de Poche N°5755, 1983, 346 pages
Les Ritals, 1ère parution en 1978, Le livre de Poche N°5383, 1986, 377 pages

De votre côté, rien ne vous empêche de les lire dans l'ordre... Pour ma part, il ne s'agissait pas d'une première lecture. 

P1160792Ce volume reprend donc la suite de la vie du jeune François Cavanna revenu d'Allemagne. Il dépeint les années d'auto-formation à l'entrée dans la carrière, avant d'arriver à gagner sa vie par le pinceau et par la plume, jusqu'à Hara-Kiri inclus (journal Bête et méchant). Cavanna a commencé par publier une bande dessinée dans le journal Le déporté du travail. Mais difficile de renverser de l'encre sur la table familiale, en s'échinant le soir et le dimanche, alors qu'il travaille comme ouvrier puis employé en semaine. Alors, il trouve une piaule, toujours en banlieue, pour dessiner d'autres travaux. Et, pour en partager le loyer, une colocataire... Et le voici en ménage (platonique d'abord) avec une jeune femme revenue traumatisée (physiquement comme mentalement) des camps nazis. Puis mariage... qui ne dure que quelques dizaines de pages. Mais l'élan est donné. Citation (p.74): "Liliane me disait: on ne fait bien les choses que si l'on est un professiuonnel. Un professionnel, c'est un type qui ne fait que ça, son métier, même s'il ne gagne pas un sou, même s'il n'a pas un client, il est un professionnel. Il consacre son temps et ses meilleures forces à son métier. Si tu travailles dans la journée pour un patron et que tu fais ce que tu aimes le soir ou le dimanche, tu es un amateur. Ca peut ne pas être trop mal, ça ne sera jamais un travail de professionnel. Un professionnel a le dos au mur et la trouille au cul". Cavanna nous raconte la tournée des rédactions de journaux (la presse d'après-guerre) où l'on laisse les dessins de la semaine, qui seront acceptés - ou non,  les rencontres avec d'autres dessinateurs (Dubout l'avait prévenu: "tu vas en baver, il faut de la te-na-ci-té"), notamment Fred. Pour vivre encore des petits boulots, à droite ou à gauche (intéressant décryptage du milieu des dessinateurs de presse d'après-guerre.). J'en retiens une autre citation attrapée au vol (p.117): "dans cette anarchie qu'est notre société mercantile, si un mode de production anachronique et même nuisible assure de gros revenus à une catégorie suffisamment puissante, le jeu du progrès est faussé". En 1954, c'est l'achat du premier numéro d'un journal vendu par colportage, Zéro, qui lui permet de croiser le couple Novi, qui l'a créé (avec des dessins déjà publiés ailleurs). Puis de rédiger des "jeux" bouche-trou. Puis ses premiers textes (écrire plutôt que dessiner?) ... avant de découvrir l'imprimerie et le maquettage du journal. Et puis l'on assiste à la rencontre chez Zéro avec le futur professeur Choron, retour d'Indochine, grande gueule et vendeur émérite. Zéro devient Cordées, Cavanna continue à se former sur le tas. Novi meut subitement, et en 1960 Cavanna, Choron et Fred lancent le journal mensuel dont ils rêvaient, avec l'afflux de talents (Cabu, Wolinski, Gébé, le jeune Reiser)... Hara Kiri commence, avec ses aventures et mésaventures: équipe de colporteurs emmenée au commissariat, journal interdit d'affichage (en toute subtilité: voir chapitre "Il n'y a pas de censure en France", pp.262-296). La phrase-culte "L'humour est un coup de poing dans la gueule" est écrite p.232. Bête et méchant se termine en 1967, juste avant la reprise après une nouvelle interdiction de Hara Kiri, qui ne sera pas la dernière... 

Voir les billet des blogs Au détour d'un livre, Les plumes baroques, "Me, myself and I". 

Je m'étais acheté mon exemplaire de Bête et méchant le 14 octobre 2023. Mais à la relecture du chapitre titré "Néo" sur "la mort du père" (1953-1954), je me suis persuadé que je l'avais déjà lu, il y a plusieurs décennies... Je suppose que j'avais déjà dû croiser ce livre ici ou là, mais sans l'acquérir pour ma pochothèque. Je signale pour finir qu'il comporte 11 chapitres, avec chronologie indiquée mais avec des retours en arrière. 

P1160791Mon exemplaire du titre Les Ritals, lui, porte comme date d'acquisition le 13 mars 2014. Pour être plus exact, il s'agit de la date où je l'ai sauvé d'un don que ma mère s'apprêtait à en faire à une boutique Emmaüs, quand elle se débarrassait de livres qu'elle avait parfois achetés en double ou triple (pour l'une ou l'autre de ses résidences), avant de migrer d'un grand appartement à un studio plus modeste à l'étage "chambre de bonnes"... C'était quelques années avant qu'elle parte en EHPAD. Bref. 

Dans Les Ritals, son premier livre de "souvenirs", Cavanna nous présente son enfance à Nogent, d'un père maçon italien illettré et d'une mère morvandelle (née dans la Nièvre, à quelques kilomètres d'Imphy). Il a été élévé aux pâtes et à la viande de cheval. Les chapitres nous présentent ses copains tout aussi fils de Ritals avec qui il fait les 400 coups dans la rue ou le voisinage, la découverte des filles (gamines du coin ou professionnelles de Paris), le cinéma, la bibliothèque, la première muffée, ou une grande fugue à vélo... avec bien de la verve. Il y a aussi les histoires du père, beaucoup: en fait, il transparaît dans chaque chapitre, le Vidgeon (diminutif gentil de Luigi, en "dialetto"). p.122, il habille pour l'hiver ceux qui se sont amusés, un jour, à soûler son père. Mais le chapitre suivant expose avec tendresse la "main verte" du père, et son habitude de planter un noyau de pêche sur chacun des chantiers où il travaillait. Et puis la crise économique et le chômage, la peur du renvoi au pays, qui amènent Vidgeon à demander la naturalisation française... obtenue au tout début de la Seconde Guerre mondiale. Les 29 courts chapitres qui composent le livre (avec des titres très courts aussi) m'ont amené à me poser la question de savoir si le livre Les Ritals n'aurait pas d'abord été publié en "feuilleton", sous forme de "chroniques" séparées... ?

Je retiens en tout cas de ce livre qu'à l'époque, le rejet par les "Français de souche" (comme on ne disait pas encore? Si?) de certains métiers, ce qui amenait de la main-d'oeuvre étrangère à les occuper (en espérant pour leurs enfants un destin de petit fonctionnaire), existait déjà. Un siècle plus tard, remplacez "Ritals" par "personnes racisées" et "maçons" par "services à la personne", et la messe est dite. 

Voir aussi le billet du blog Au détour d'un livre.

Le récit de la création et des premiers temps, de Charlie Hebdo (l'histoire en est déjà bien connue!), lui, ce sera sans doute pour le tome suivant immédiatement (Les yeux plus grands que le ventre)... Je signale pour finir que j'ai découvert d'occasion cette semaine Lune de miel (Folio). Ayant lu sur la 4ème de couv' que c'était aussi un "tableau réjouissant de souvenirs, réflexions et anecdotes", je me le suis offert. J'en parlerai certainement un mois ou l'autre.  

*** Je suis Charlie ***

21 octobre 2023

Au fil de ses lectures (et impressions au cinéma) - Présentation de Luocine, à l'occasion de son 500e commentaire chez dasola

Et de trois, en moins de six semaines! Il y a des périodes comme ça... Voici donc, après les récentes présentations de Manou et de Pascale, celle de Luocine
Celle-ci a fait, hier vendredi 20 octobre 2023 à l'heure du déjeuner, ses 499e et 500e commentaire chez dasola. Je (ta d loi du cine, "squatter" - et statisticien - chez dasola) lui ai envoyé aussitôt (enfin, à l'heure du dîner) un mail pour lui proposer une présentation sur le présent blog, grâce au petit questionnaire qui l'accompagnait. Une heure plus tard, j'ai reçu un mail me disant qu'elle était très contente et qu'elle me répondrait, et encore une heure plus tard, sont arrivées les réponses que vous pouvez lire ci-dessous. Une affaire rondement menée!

Je suis moi aussi content d'en avoir appris davantage sur elle et sur son blog.

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Luocine_blogBonjour Luocine, pour que les lecteurs comprennent qui vous êtes, pouvez-vous vous présenter ? Derrière ce pseudonyme, pouvez-vous nous livrer quelques éléments biographiques (votre blog n’en contient aucun sauf erreur de ma part)? Ce pseudonyme a-t-il un sens particulier ? 

Je suis une lectrice compulsive, je l'ai toujours été depuis l'âge de 6 ans jusqu'à aujourd'hui. J'ai enseigné le français aux étudiants étrangers à l'université de Rennes.
Je suis à la retraite et la lecture reste mon passe-temps préféré. 
Luocine est un pseudo qui me rappelle ma mère qui m'a appris à lire et qui m'a donné le goût de la lecture. 
J'avais 14 ans quand elle m'a fait découvrir Marcel Proust. 

* Dans quelle tranche d’âge vous situez-vous (car un lecteur de 20 ans n’ayant pas le même ressenti qu’un de 60, cette information a son importance)?

J'ai 76 ans. 

* Avez-vous fait des études ou exercé une profession ayant un rapport avec la littérature ou l'art?

J'ai déjà répondu à cette question. 

* Parlons un peu de vous et de votre blog: Luocine (au fil de [vos] lectures et de [vos] impressions au cinéma). Son premier billet remonte au 27 août 2006. Dans quelles circonstances avez-vous souhaité le créer?  

J'ai souhaité créer ce blog pour ne pas oublier les livres que je lisais. Et j'ai peu à peu découvert le monde de la blogosphère surtout grâce à Babelio où je mets toujours mes lectures. 

* Vous utilisez aujourd’hui la plateforme « wordpress », pourquoi avoir quitté la plateforme « over-blog » en 2014? Vous pouvez nous raconter l’histoire (avec rapatriement des billets – mais non des commentaires  de l’un sur l’autre) ? Quid de l’achat du nom de domaine?

J'ai quitté overblog car il fallait accepter la publicité. C'est mon fils qui a rapatrié les articles mais il ne pouvait pas le faire pour les commentaires. 

* Vous n’y parlez plus aujourd’hui que de lectures… et plus de cinéma (depuis 2017, sauf erreur de ma part) ? Avez-vous cessé de voir des films?

J'ai cessé de parler de cinéma car il faut réagir très vite et je trouvais mes billets moins intéressants sur le cinéma que sur les livres. Mais je vais toujours au cinéma. 
Mais j'ai cessé d'aller au Festival du film britannique à Dinard, ce que je regrette.

* Vos billets sont classés selon différentes catégories (genre, nationalité de l’auteur, thème…) : comment avez-vous « pensé » ce classement ? Qu’est-ce qui décide du classement d’une œuvre ici plutôt que là? Vous êtes éclectique dans vos lectures? 

J'essaie de mettre les livres dans différentes catégories pour aider les lecteurs à se retrouver, je ne sais pas si c'est très utile.
Je suis d'autant plus éclectique que je participe à un club de lecture et le choix de ma médiatheque est éclectique. 

* En ce qui concerne la lecture: quel est votre but avec ce blog? Débroussailler le champ immense des lectures possibles, faire partager vos émotions de lectures…? 

Mon premier but c'est de garder des traces de ce que je lis. Mais je sais aussi qu'un certain nombre de personnes me suivent et le dialogue à travers les commentaires est passionnant. Comme je trouve souvent mes idées sur la blogosphère, je suppose que l'inverse est vrai. Et parfois je le vois grâce aux liens sur les billets. Je mets toujours (ou du moins à chaque fois que je le peux) un lien vers le blog où j'ai trouvé l'idée de la lecture d'un livre. 

* Votre système d’appréciation utilise des « coquillages » : pourquoi ? Est-ce un clin d’œil au terme de « coquille » utilisé dans l’édition (pour désigner une erreur d’impression)?

Les coquillages sont un clin d'œil à la plage où je vais me promener très souvent. 

* En moyenne et à titre indicatif, combien lisez-vous de bouquins par mois? Et pour rester dans les chiffres, quelle est la moyenne de fréquentation de votre blog par jour?

Je lis à peu près deux livres par semaine. 
Je vais tous les jours sur mon blog au moins pour enlever les commentaires indésirables (j'en reçois au moins 10 par jour).
Et je publie deux billets par semaine.  

* Suivez-vous les statistiques de votre blog? Avez-vous une idée du nombre de vos visiteurs?

Comme mon blog est régulièrement visité par des robots, je suis incapable de savoir combien de vrais lecteurs j'ai vraiment ... du coup j'ai supprimé les statistiques.

* En tant que lectrice, comment vous définiriez-vous? La lecture tient-elle un rôle important dans votre vie?

J'adore lire et je découvre beaucoup de problèmes du monde à travers les romans. 

* Combien de temps consacrez-vous à la lecture chaque jour?

Je ne peux pas imaginer une journée sans lecture.

* Salons du livre, rencontres avec les auteurs et séances de dédicaces … Les recherchez-vous?

Le seul salon près de chez moi c'est celui de Saint Malo, "Les étonnants voyageurs", mais je n'aime pas la foule. À chaque fois que j'ai vaincu cette réticence j'ai beaucoup aimé. 
Je n'ai aucun goût aux dédicaces. 
Je n'imagine aucun dialogue très intéressant avec un écrivain qui doit signer une centaine de livres par jour.

* Quelle blogueuse êtes-vous ? Challenges, Défi, lecture commune, tag, swap, … Vous ne semblez pas jouer à ces jeux émérites (sauf erreur de ma part) ? Est-ce que cela, à votre avis, peut inciter à lire un livre plutôt qu’un autre, ou pas ?

Je ne participe qu'à un challenge, "Le mois de littérature allemande". Je n'aime pas beaucoup être guidée dans mes lectures. 
D'autant plus que je suis déjà contrainte par mon club de lecture.

* Votre endroit favori pour lire?

Le coin du feu l'hiver, le jardin l'été. Le lit le soir.

* Etes-vous plutôt livre papier ou liseuse électronique? Vous avez un certain nombre de billets sur des livres lus en e-book, ou (beaucoup plus rarement) en audiolivres : que diriez-vous sur ces « modes » de lectures-là?

Je suis plutôt livre papier. Mais les e-book c'est parfait pour les voyages, en bateau particulièrement. Audiolivres: je n'aime pas écouter sans faire autre chose.
Tout mode de lecture se vaut, cela dépend de chacun, si on fait beaucoup de voitures, les livres en audiolivres c'est parfait.

* Comment choisissez-vous vos lectures? (bouche-à-oreille, cadeau, article de presse, hasard…)? Avez-vous un genre favori? Un auteur – vraiment – préféré?

Je l'ai déjà, dit le club de lecture me fournit beaucoup de livres, je lis aussi les livres coups de cœur des blogs que je suis.
J'ai été trop déçue par la presse, on sent que les journalistes ne lisent pas toujours les livres dont ils parlent. 
Je lis peu de polars car je déteste le Suspens. Je le dis souvent dans mes billets mais je commence souvent les livres par la fin. J'aime les livres qui font découvrir un problème social français ou étranger, historique ou contemporain. 
Je ne suis pas originale, mais pour moi Marcel Proust est un génie absolument inégalé. 

* A quoi êtes-vous sensible lorsque vous avez un livre en main?

J'aime que la présentation soit soignée, et que le texte ne soit pas trop compact. 
Ensuite, dès la première phrase je suis happée par le livre et je vais voir aussitôt la dernière page.

* Offrez-vous des livres? Si oui comment les choisissez-vous?

Oui, c'est d'ailleurs le seul cadeau que je sache faire.
Je cherche des livres qui correspondent à ce que je sais de la personne.

* S’il ne fallait en retenir qu’un? Quel livre vous a le plus profondément marquée, parmi tous ceux que vous avez pu lire?

La recherche du temps perdu.

A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU

* Pourquoi celui-ci?

Je trouve que chaque époque devrait avoir un Marcel Proust qui sache décrire la réalité sociale avec autant d'acuité. 
Et d'humour. 

* Avez-vous un souvenir (bon ou mauvais) marquant d’une lecture enfantine ou adolescente?

Enfant je lisais tout le temps, je me rappelle avoir beaucoup pleuré à un livre qui s'appelait On demande une maman. J'avais adoré Le petit lord Fauntleroy
Adolescente j'ai beaucoup beaucoup lu.
Je retiens Martin Éden de Jack London, car j'aime toujours les récits de formation de l'esprit. 

* Comme d’autres «dévoreuses de bouquins», êtes-vous vous aussi tentée par l’écriture?

Non, je sais que je n'ai aucun style. 

* Vous rappelez-vous comment vous aviez découvert le blog de dasola, il y a près de 12 ans (décembre 2011)? (réponse facultative!)

Le plus souvent je découvre un blog grâce aux interactions entre blogs. 

* La question suggérée par Dominique: "êtes-vous parfois tentée d'arrêter le blog?"

Non, absolument pas. 

* Un dernier mot pour conclure cet échange? Quelle autre question auriez-vous voulu que l'on vous pose?

"Est ce que cela vous manque que les auteurs des blogs que vous aimez ne soient que des connaissances virtuelles?"

Luocine2

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Cette fois-ci, je ne remets pas l'intégralité des liens vers les neuf présentations précédentes (vous les trouverez dans les deux [Pascale et Manou] indiquées en introduction - et via les icônes "Vous aimerez peut-être" avant les commentaires ci-dessous!). Plusieurs autres blogueurs et blogueuses ont dès à présent dépassé les 400 commentaires chez dasola, c'est donc une question de mois ou l'affaire d'un an ou deux avant qu'on leur propose à leur tour de se présenter ici... Mais patience, cela peut prendre plus longtemps: il s'est déjà passé plusieurs années, après plusieurs présentations à intervalle rapproché, sans qu'une nouvelle se fasse jour (pour cause de refus, de ralentissement de rythme...). Vous verrez bien, ce sera la surprise!

7 octobre 2023

Prénom : Inna (BD, T.1 & T.2) - Thomas Azuélos / Inna Shevchenko / Simon Rochepeau

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) pioché le titre de cette mini-série en deux albums BD dans la liste que je tâche de tenir à jour en vue de mes "hommages du 7": des idées d'avance, pouvant donner lieu à une chronique, un mois ou l'autre... quand je n'ai pas d'autre d'inspiration. Les lecteurs de Charlie Hebdo connaissent certainement la signature d'Inna Shevchenko, journaliste formée à Kiev (son nom renvoie à 80 articles sur le site internet du journal). 

Prenom_Inna
Prénom: Inna, Une enfance ukrainienne (tome 1), La naissance d'une femen (tome 2), Futuropolis, 2020 & 2021, 98 & 82 pages,
Thomas Azuélos, Inna Shevchenko, Simon Rochepeau

Les quatre premières planches du tome 1 sont situées le 14 février 2015 à Copenhague. Inna Shevchenko intervenait lors d'une conférence dont le thème était « Art, blasphème et liberté d'expression », organisée pour rendre hommage aux victimes de l'attentat de Charlie Hebdo d7 janvier 2015, quand une fusillade a éclaté. La quatrième planche montre la jeune femme, physiquement indemne, qui se répète "Je dois tenir bon". Elle avait déjà eu bien des occasions de se tremper le caractère.

Citons la quatrième de couverture: "ce récit, à la première personne, raconte l'enfance et l'adolescence de la génération post-soviétique en Ukraine, inspirées par l'expérience personnelle d'Inna Shevchenko". Dans l'avant-propos du T.1, Inna Shevchenko précise: "pour les besoins du récit, ce livre contient aussi des personnages fictifs, ou inspirés de personnes réels, et des scènes qui, je l'espère, aideront les lecteurs à ressentir l'atmosphère unique de cette période symbolique des pays post-soviétiques". Et dans celui du T.2, "cette histoire est inspirée de mon expérience personnelle, mais elle est également enrichie de personnages, de lieux et de scènes de fiction".

Le "récit" est de Simon Rochepeau, cependant que Thomas Azuélos signe le dessin. Il ne s'agit donc, si je comprends bien, ni d'une autobiographie, ni d'une biographie véridique, mais d'une évocation d'une époque (pas si lointaine) et d'un pays (aujourd'hui plus proche?).

Dans le tome 1, Inna (née en 1990 à Kherson) a d'abord 5 à 6 ans (sur 37 pages): avec son père et sa grande soeur, elle attend le retour de sa mère, partie faire du marché noir en Pologne. En 2000, à 10 ans, elle ne rêve plus que de devenir journaliste. En 2004, quand elle a 14 ans, c'est l'époque de la "révolution orange" en Ukraine: la jeune file devient contestataire au collège, arborant une coiffure à la Ioulia Tymochenko et un ruban orange. Elle présente sa candidature et est élue déléguée des élèves. À 17 ans, elle songe à monter à Kiev pour y suivre des études de journalisme. Pendant son enfance et son adolescence, elle aura constaté les inégalités sociales en cotoyant les "nouveaux riches" affairistes et leurs réseaux. 

Le tome 2 nous montre notre héroïne à 18 ans, étudiante désargentée mais studieuse, et préparant pour le journal de la fac un article dénonçant les expédients de son ancienne colocataire qui doit danser dans un club pour hommes. Découverte d'un tract signé des Femen et lecture d'un livre titré Le féminisme révolutionnaire de Lessia Oukaïnka (une poétesse ukrainienne, 1871-1913) sont évoqués... La journaliste en herbe décroche un job au service Presse de la mairie (mais elle déchantera). Première manifestation contre la prostitution, alors qu'il est dit que les bordels sont la possession des oligarques. Et "duel de dames" (très bien dessiné, cela m'a fait songer à du Annie Goetzinger): c'est compliqué d'être à la fois à la mairie et dans les manifs. Le choix d'Inna est fait. La dernière séquence (p.83-86) se déroule le 24 août 2010 (fête de l'indépendance de l'Ukraine). Mais on n'est pas chez Manara: il y a assez peu de seins nus dans cet album...

Quelques "citations", par ordre chronologique (je sais, c'est trop petit... Bah lisez les albums, alors!):

P1160737 1996 (T.1, p.27)  P1160738 2000 (p.54)  

P1160739 2004 (p.62)  P1160740 p.100 (2008, évocation d'Inna à 2 ans, à l'occasion de la naissance de son neveu...)

P1160741 2008 (T.2, p.28 - inna sort du club où elle a été rendre visite à sa coloc' qui y "travaille")

 P1160742Ici, elle croise, quelque temps plus tard, les "pionnières" des femen en pleine action... (p.54-55). Elle ne va pas tarder à les rejoindre... non sans conséquences sur son travail à la mairie de Kiev.

   

 

P1160745 P1160743 p.79 à 81 (2009?)

P1160744 p.86 - et dernière - du T.2  P1160736 Février 2015 (T.1, p.8 - prélude et épilogue) 

Un tome 3 (non prévu sauf erreur de ma part) aurait pu montrer l'arrivée en France en 2012 et l'asile [politique] obtenu en 2013... avec quelques actions emblématiques, avant comme après. Le 4 mars 2013, il semble y avoir eu un "Femen Hebdo" au sein (!) de Charlie N°1081. Mais je ne crois pas l'avoir vu (ni lu) à l'époque.

*** Je suis Charlie ***

27 septembre 2023

Sur la route du cinéma - Présentation de Pascale (après son 500e commentaire sur le blog de dasola)

Il y a plusieurs mois (le 11 janvier 2023!), Pascale avait demandé (dans un commentaire sous le billet "16 ans / 2500e billet") ce qu'on gagnait avec 500 commentaires. La réponse s'impose aujourd'hui puisqu'elle a récemment franchi ce cap (après trois commentaires arrivés durant l'été 2009, c'est en mai 2016 qu'elle a commencé à commenter régulièrement les billets "cinéma" de dasola: elle en a commenté pratiquement un tiers). À peine quelques jours après Manou (elles avaient été sollicitées quasiment en même temps), voici donc un nouvel "Entretien avec une blogueuse". C'est le deuxième concernant un blog "cinéma", après celui de Ffred qui remontait au 18 octobre 2018 (il a publié son "clap de fin" il y a déjà deux ans), et le neuvième à ce jour (les autres étant pour la plupart des blogs littéraires) (1)
Dans un premier temps, Pascale m'a répondu un mail avec plusieurs exigences: que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) cesse de la vouvoyer; que je lui explique ce que signifie "ta d loi du cine" (scoop: il s'agit d'un anagramme de mes nom et prénom), que je lui dise mon prénom... (non!) puis m'a envoyé un nouveau mail quatre heures plus tard (de mon côté, j'ai pris connaissance des deux en même temps et en temps différé!): "finalement je suis gentille. Je me suis plongée dans le questionnaire et y ai répondu. C'est tellement merveilleux de parler de soi. Voilà le fruit de mes réflexions". 

A toi la parole, donc, Pascale! ;-)

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Pascale Bonjour Pascale, pour que les lecteurs comprennent bien qui vous (sic!) êtes, pouvez-vous vous présenter ?

Bonjour je m'appelle Pascale et je suis alcoolique ce qui n'est pas un pseudo sinon j'aurais choisi dasola ou ta d loi du cine (mais c'est déjà pris).
Quelque chose de très énigmatique et mystérieux pour entretenir un côté ténébreux indéchiffrable.
J'avais pensé Francesca Johnson ou Sally Gerber mais Gerber en français... ce n'est pas trop glamour.
Il y avait aussi Albertine Sarrazin mais j'ai trouvé que cela faisait prétentieux. Alors je me suis dit, tiens pourquoi pas Pascale ?
J'ai eu une période dans ma folle jeunesse où certaines personnes ne me connaissaient qu'en tant que Joséphine (qui est mon deuxième prénom que je trouvais absolument vertigineux de beauté).
Maintenant, j'aime bien celui que m'ont donné mes parents.
Un jour on fait la paix avec soi-même et c'est beau.

Derrière ce pseudonyme, pouvez-vous nous livrer quelques éléments biographiques ?

De quel ordre ? Parce qu'il peut y avoir du dos' !
J'ai tellement évoqué ma vie mon œuvre mes amours mes emmerdes dans une rubrique (pas très) cachée de mon blog que j'ai l'impression qu'on connaît même la couleur de ma chambre (qui a changé depuis mais bon, on va pas chipoter). En tout cas ce que j'ai bien voulu raconter (je garde mes soucis de jardinage et mes prouesses musicales pour moi).
Je vis près de Nancy depuis 28 ans après avoir vécu à Lille, à Montmartre plusieurs années et je suis originaire de Maubeuge, ça ne s'invente pas et je trouve que je m'en tire plutôt bien...
C'est toujours l'amour qui m'a fait prendre mes clics et mes clacs et partir vers de nouveaux horizons. Je ne regrette rien. Rien de rien. Allez zou, on avance.

Dans quelle tranche d'âge vous situez-vous (car une spectatrice de 20 ans n'ayant pas le même ressenti qu'une de 60, cette information a son importance)?

J'ai eu l'heureuse surprise de découvrir lorsque j'annonçais il y a 4 ans que je changeais de décennie et que cela ne me réjouissait guère, qu'une blogueuse me dise : si vous passez les 30 voire les 40 ans, ce n'est pas bien grave.
Alors non je ne dis pas mon âge (je le dirai quand dasola répondra aux commentaires sur son blog ou nous dira son prénom) mais je suis ravie que mon style d'écriture donne une impression de jeunesse (éternelle), même si je ne suis pas une acharnée du jeunisme.
Cela dit, ceux qui suivent mon blog, les quelques rares fidèles qui s'obstinent depuis des années n'ont pas trop de mal à faire le calcul (ce n'est pas un âge à trois chiffres non plus).
Pour les autres, ce n'est pas très important. Je n'ai pas de profil Tinder (contrairement à Brad Pitt) mais si certains veulent des informations ils peuvent m'écrire : uupascale@gmail.com

Avez-vous fait des études ou exercé une profession ayant un rapport avec le cinéma?

Non, c'est grave docteur ?
Je pense qu'il y avait une marmite cinéma chez mes parents, je suis tombée dedans vers l'âge de cinq ans.
J'ai fait des études littéraires et ai été tentée par le métier de script.
Cela ne s'est pas fait. Tant pis.

Parlons un peu de vous et de votre site...

Mais oui quelle bonne idée !!! ça vous est venu comment de vouloir parler de moi et de mon site ?

... Sur la route du cinéma (qui existe depuis mars 2006). Dans quel contexte et pourquoi avez-vous souhaité le créer?

2006 !!! La vache, ça file non vous ne trouvez pas ?
À l'époque j'échangeais toutes mes impressions à propos des films avec une blogueuse que je ne connaissais pas encore dans la vraie vie, car curieusement, personne dans mon entourage n'est (aussi) cinéphile (que moi). Et face à la quantité de films que je vois, « les gens » ont tendance à me dire « on ne peut pas discuter cinéma avec toi », ce qui m'attriste un peu, beaucoup, vraiment très fort même...
C'est donc cette blogueuse qui m'a incitée à créer un blog. Elle devait en avoir assez de lire mes mails et d'y répondre parce qu'elle était polie.

Vous possédez votre propre "nom de domaine". Le blog semble utiliser la plateforme "Hautetfort": pourquoi ce choix ?

La plate-forme Hautetfort est d'une simplicité enfantine pour qui n'y connaissait rien. À l'époque, cette plate-forme était vraiment « animée » par des intervenants à qui l'on pouvait poser beaucoup de questions en cas de problèmes ou de simples difficultés (car oui des difficultés simples existent). Depuis, c'est devenu complètement abstrait, dommage.
Au bout de quelque temps, mon blog est devenu VIB (Very Important Blog, la classe internationale, ça a changé ma vie vous pensez bien...). Je suppose que cela tient au nombre de mes publications qui sont régulières et presque ininterrompues. Haut Et Fort m'a offert cette extension « pro » gratuite pendant deux ans. Ensuite, j'ai payé le nom de domaine.

Quel est votre but avec ce blog ?

Ecrire. J'adore cela. Ecrire sur le cinéma, c'est assez « simple » puisque j'ai un support, une base qui me permet de divaguer sur mes émotions. Les émotions sont le moteur de ma vie. Et puis garder une trace de tous les films que je vois, les inoubliables et ceux dont je ne me souviens même plus les avoir vus.

En moyenne et à titre indicatif, combien voyez-vous de films par semaine / par mois? Et pour rester dans les chiffres, quelle est la moyenne de fréquentation de votre blog par jour ?

C'est vertigineux. Je dirai 5 films par semaine en salle (et pourtant j'ai une vie hors cinéma très remplie). Et j'en regarde aussi à la télé ou en DVD.
Quant aux chiffres, je ne m'y intéresse absolument plus depuis des années. Il me faudrait un statisticien comme dasola.

Il y a quelques années, mon blog atteignait 1 000 visites par jour, cela me paraissait ENORME. Compte tenu du nombre décroissant de commentaires d'année en année, ce chiffre ne doit plus être d'actualité. Mon blog est sans doute devenu plus confidentiel. Cela n'a strictement aucune importance pour moi. Malgré des périodes de plus en plus fréquentes de lassitude, je tiens bon. C'est difficile d'arrêter ce compagnon de route.
J'aimerais cependant que ceux que je croise dans certains festivals et qui viennent me voir, commentent alors qu'ils ne le font pas.

Suivez-vous les statistiques de votre blog? Avez-vous une idée du nombre de vos visiteurs?

Absolument pas. Absolument aucune idée. Vous êtes sourd, je l'ai dit au-dessus ?

En tant que spectatrice, comment vous définiriez-vous ? Le cinéma tient-il un rôle important dans votre vie ?

Non le cinéma ne m'intéresse absolument pas. C'est une perte de temps. Je ne comprends pas qu'on puisse se passionner pour un art (mouarf) aussi insignifiant.
Allez, je vous fais une confidence. Le cinéma est VITAL pour moi. Il est mon havre, ma cachette, l'endroit où il me semble qu'il ne peut rien m'arriver.
Mais il est aussi l'endroit où j'apprends, je découvre, je m'enthousiasme, je m'agace, je m'extasie, j'aime, je tombe amoureuse, je m'émeus, je ris, je pleure, je tremble, je me cramponne... (complétez les pointillés).
J'en ai besoin. Je crois que je n'ai jamais vécu sans cinéma. J'aime l'odeur de la salle, parcourir les couloirs qui m'y mènent. J'aime la taille de l'écran et sa texture, les petits trous dans la toile me fascinent, la lumière qui s'éteint. Je n'suis pas folle vous savez !
Avez-vous remarqué la phrase en exergue de mon blog tirée de La conjuration des imbéciles, John Kennedy Toole (que je vous recommande pour un prochain pavé de l'été) : "Je ne parviens pas à comprendre ce qui me pousse ainsi à voir des films ; on dirait presque que j'ai cela "dans le sang." Ignatus

Avant-premières, rencontres avec les réalisateurs, les acteurs, festivals... Les recherchez-vous ?

Avec les années je participe beaucoup moins aux avant-premières et aux rencontres. Je n'aime plus trop aller au cinéma le soir. Depuis quelques mois, je m'y suis « remise » et c'est vraiment formidable de croiser certains réalisateurs. Ils semblent souvent très demandeurs de ce genre d'échanges (sauf Nathan Ambrosioni qui trouve que les rencontres avec les spectateurs sont faites pour les retraités).
Je participe à plusieurs festivals au cours de l'année, pas les plus prestigieux, même si je rentre tout juste de la Mostra de Venise, mais sans doute les plus chaleureux et accessibles. Dans un festival, on se trouve immergé. Les spectateurs viennent pour cela, enchaînent les séances et discutent. Les rencontres avec les équipes de films sont formidables, passionnantes, enthousiasmantes.
C'est une coupure absolument incroyable dans le rythme du quotidien. Pendant quelques jours, seul compte le cinéma. C'est magique.

Votre type de salle de cinéma préféré ? Multiplexes ? Art et essai ?

Les deux, même si j'aime infiniment « mon » très vieillot cinéma Art et essai Le Caméo.
J'ai la chance à Nancy que les cinémas Ugc et Le Caméo aient conclus un partenariat depuis au moins vingt ans. J'ai donc accès à toutes les salles (28) grâce à ma carte UGC qui me coûte 21,90 €uros. Sans cette carte providentielle, je ne verrais sans doute pas autant de films.

Et le cinéma « en boite » (DVD, TV, « vidéo à la demande », visionnage sur ordinateur portable...)?

Dvd, Tv oui avec grand plaisir.
Ordinateur, voire téléphone : jamais.
Et je ne suis abonnée à aucune plate-forme qui commence par N, O, A ou C ! Aucune.

Comment choisissez-vous vos films? (bouche-à-oreille, article de presse, hasard...)? Avez-vous un genre favori? Un réalisateur et/ou un acteur – vraiment – préféré?

Tout m'attire, les réalisateurs, les acteurs, les synopsis. Une histoire peut m'attirer ou un acteur, une actrice, un réalisateur, une réalisatrice dont il m'est impossible de rater un film. Parfois une critique (je ne lis que Télérama) peut m'inciter alors que je n'aurais pas forcément choisi ce film.
Je suis très éclectique dans mes choix il me semble : drame, action, comédie, guerre, aventure musical, thriller, policier, espionnage, fantastique, western... tout m'intéresse et me tente. Seuls les films d'horreur me rebutent un peu même si j'en ai vus quelques-uns ces dernières années. Je me force pour savoir de quoi il s'agit. Et j'aime aussi énormément voir ou revoir en salle des classiques parfois très anciens.

A quoi êtes-vous sensible dans un film ? La beauté des acteurs/actrices ? Le thème ? L'humour ? Autre ?

Les acteurs, même inconnus, ont une place prépondérante dans mon appréciation. Une belle histoire peut être gâchée par une mauvaise interprétation. Et une histoire médiocre peut être sublimée par une interprétation. 
Mais j'aime aussi par dessus que l'on me raconte une histoire, crédible ou pas, cela n'a pas forcément d'importance. J'aime rire et pleurer au cinéma et il me faut plus que tout de l'émotion. 
En règle générale, je dirais que je suis très amoureuse des acteurs et des actrices car je suis une incorrigible sentimentale.

Offrez-vous des films en DVD (ou Blu-ray...)? Si oui comment les choisissez-vous ?

Cela m'arrive. En général j'offre un film que j'ai aimé à la folie et que j'ai envie de faire découvrir et surtout j'espère que la personne à qui je l'offre l'aime autant que moi.

S'il ne fallait en retenir qu'un? Quel film vous a le plus profondément marquée, parmi tous ceux que vous avez pu voir?

Mais elle est impossible cette question !!! 
Je dirais cependant (ce qui pourrait peut-être changer demain, mais peut-être pas): Melancholia de Lars Von Trier. 
Désolée je triche car celui que j'aurais envie que tout le monde découvre est Merrily we go to hell (Joyeusement nous irons en enfer) de Dorothy Arzner.

Pourquoi celui-ci / ceux-ci?

Melancholia est un film que je trouve admirable dans l'évocation de la dépression et exceptionnel dans celle de la fin du monde. Visuellement, il me semble parfait. Tout est fort dans ce film. Cinq minutes sur le visage défait de Kirsten Dunst avec la musique de Wagner qui s'amplifie. J'étais pétrifiée de stupeur.
Le progressif changement de personnalité des deux sœurs, celle qui semble la plus forte et qui décline parce qu'elle a plus à perdre que l'autre fragile, désespérée pour qui tout « a un goût de terre » et qui se sent peu à peu soulagée que tout s'arrête, est tellement bien vu. 
Merrily we go to hell parce qu'il date de 1932, qu'il est le film d'une réalisatrice méconnue, Dorothy Arzner, qu'il est une comédie sentimentale (genre que j'apprécie énormément mais qui vire souvent à la bluette) exceptionnelle d'intelligence et, tant pis, je m'auto-cite, parce qu'on y trouve: « Drame, comédie, larmes, humour, tout est là. L'autopsie au scalpel d'un ratage total, d'un naufrage programmé. Et deux acteurs sublimes. Sylvia Sydney est à croquer, belle, espiègle, courageuse. Fredrich March beau à tomber, ivre quasiment d'un bout à l'autre du film sans jamais verser dans l'excès ou la caricature ».

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Avez-vous un souvenir (bon ou mauvais) marquant d'un film vu dans votre enfance ou adolescence?

Le plus pénible est d'avoir vu trop jeune l'Exorciste de William Friedkin. Des semaines de cauchemars ou à ne pouvoir m'endormir.
L'un des plus jolis souvenirs est lorsque je suis sortie de la séance du premier 
Superman avec Christopher Reeve. J'étais persuadée qu'un tel être de lumière descendrait du ciel pour venir me sauver.
J'ai toujours très envie qu'un être de lumière descende du ciel et vienne me sauver (avis aux amateurs qui descendraient du ciel).

Etes-vous parfois tenté par la rédaction de scénarios voire la réalisation (courts-métrages...) ?

Absolument pas. Ce sont des métiers, je n'ai pas ces talents et suis trop angoissée pour porter le poids d'un tournage.

Que pensez-vous des adaptations d'œuvres littéraires au cinéma ?

J'adore ! Parfois j'ai lu le livre et m'empresse d'aller voir le film pour retrouver les personnages. D'autres fois, je ne l'ai pas lu et le film me donne envie de découvrir l'oeuvre écrite. Ce n'est absolument pas un handicap pour moi de connaître l'histoire. Les deux façons de la traiter sont tellement différentes et les modifications ne me gênent pas sauf si pour édulcorer et aboutir à une happy end.
J'ai lu les mille pages du Seigneur des Anneaux après avoir vu la trilogie au cinéma. Puis j'ai lu tous les ouvrages de Tolkien. Merci le cinéma, merci Peter.
J'ai adoré découvrir au cinéma les adaptations de Raison et sentiments, Les quatre filles du Docteur March. J'ai lu toute l'oeuvre des sœurs Bronté et j'aime les films qui en ont été tirés: Les hauts de Hurlevent (version Olivier/Oberon, la seule réussie), Jane Eyre... Mais aussi Cyrano, L'écume des jours, Dolores Claiborne, Misery, Tess, Jude l'obscur, Loin de la foule déchaînée... Liste non exhaustive.
Les citer me donne envie de lire et d'aller au cinéma.

Une opinion sur les « remakes » ? Les « franchises » (suites, reboots...) ?

La plupart des remakes me semble injustifiée, pas nécessaire même si la version de West side story de Spielberg m'a très agréablement surprise ou que Les infiltrés de Scorsese (remake de Infernal affair) était une réussite. Certains sont de vrais ratages : ex. Le temps d'un week-end remake du merveilleux Parfum de femme.

Un dernier mot pour conclure cet échange? Quelle question auriez-vous voulu que l'on vous pose?

Eueueueuh, je ne sais pas moi... peut-être : quelle heure est-il ?
Ou bien plutôt : pourquoi ne pas soumettre dasola à l'épreuve du strip tease bloguesque (2) ?

Merci Pascale!
Route_du_cinema

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(1) Pour lire les huit autres entretiens, par ordre alphabétique et avec la date: Aifelle (le goût des livres) [25 octobre 2017]Alex-mot-à-mots (Mot-à-mots) [23 novembre 2020], Dominique (A sauts et gambades) [28 avril 2017], Ffred (le ciné de Fred) [23 octobre 2018 / clap de fin], Keisha (en lisant en voyageant) [26 avril 2019], Maggie (Mille et un classiques) [12 août 2018], Manou (Dans la bulle de Manou) [14 septembre 2023], Matching points "pour les femmes mais pas seulement" [12 mai 2020 / blog disparu]. 

(2) Pour le moment, dasola en est à 256 commentaires sur son blog (et moi-même, ta d loi du cine, à 201). Bah tiens, pourquoi croyez-vous qu'on ne répond que rarement aux commentaires ici? (je plaisante!). 
... Mais OK, je tutoierai Pascale désormais (chez elle)!

14 septembre 2023

Dans la Bulle de Manou - Présentation de Manou (après son 500e commentaire sur le blog de dasola)

Près de trois ans après la dernière présentation d'une blogueuse ayant dépassé les 500 commentaires sur le blog de dasola, voici celle de Manou, qui s'est pliée au jeu pour nous parler de son blog "Dans la Bulle de Manou", un peu moins de 7 ans après son premier commentaire ici (il remonte au 9 novembre 2016), en répondant au questionnaire "sur mesure" que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) lui ai transmis en fin de semaine dernière. Les présentations sont donc désormais au nombre de huit (1), cependant qu'une autre blogueuse qui a franchi presque en même temps le "cap des 500" a été sollicitée en parallèle mais n'a pas répondu à ce jour.

Pour le moment, donc, honneur à Manou, qui disait dans son mail d'accompagnement qu'elle ignorait que les commentaires étaient comptabilisés aussi minutieusement sur le blog de Dasola, ne pas avoir répondu tout de suite car très occupée, ne pas avoir l'habitude de se livrer ainsi, "mais, à partir du moment où on écrit dans un blog, on se dévoile forcément déjà un peu (j'avais d'ailleurs répondu à des tags au début de mon blog pour faire plaisir à de jeunes blogueuses, ils sont toujours disponibles sur mon blog). Alors pourquoi refuser cette sympathique interview ! J'ai répondu sans trop réfléchir le plus sincèrement possible et comme d'habitude je suis un peu longue. Difficile de faire plus court !"

Merci à Manou pour ses réponses que vous pouvez découvrir ci-dessous (en bleu)!

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DanslaBulledeManou_2 Bonjour Manou, pour que les lecteurs comprennent qui vous êtes, pouvez-vous vous présenter ? Derrière ce pseudonyme, pouvez-vous nous livrer quelques éléments biographiques? Dans quelle tranche d’âge vous situez-vous (car un lecteur de 20 ans n’ayant pas le même ressenti qu’un de 60, ou bien les disponibilités en temps [de rédaction de billets comme de parcours de la blogosphère] pouvant varier avec l’âge, cette information a son importance)? 

Je peux donner mon âge sans problème, je n’ai aucune réserve à ce sujet.
J’ai 70 ans, je suis mariée, j’ai deux fils qui pour l’instant, m’ont donné trois merveilleux petits-enfants (entre 14 et 3 ans).
Je suis née en Provence et vis actuellement à la campagne dans un hameau au milieu des vignes, mais comme ce n’est pas un secret non plus, j’ai des origines auvergnates par mon père et provençales par ma mère et ma seconde région de cœur est donc le Velay où j’ai la chance d’avoir pu conserver la maison familiale. 

* Avez-vous fait des études ou exercé une profession ayant un rapport avec la littérature ou l'art?

J’ai une maîtrise de Sciences Naturelles et si rien au départ ne me prédestinait à me diriger vers un métier littéraire, c’est en faisant du bénévolat dans une petite médiathèque de campagne que j’ai eu envie de passer le CAFB jeunesse et adulte qui m’a permis de travailler comme bibliothécaire. Puis ensuite, j’ai passé un CAPES de documentation et je suis donc entrée dans l’enseignement comme enseignante-documentaliste. Là j’ai exercé en collège et Lycée pro essentiellement et plus de la moitié de ma carrière en ZEP. 

* Parlons un peu de vous et de votre blog: Dans la bulle de Manou. Dans quelles circonstances avez-vous souhaité le créer? Vous utilisez toujours la plateforme « overblog » (sur lequel vous l’aviez créé en avril 2012). Vous pouvez nous raconter l’histoire de cette création ? Pourquoi ce nom ? Quid de l’achat du nom de domaine ?

J’avais déjà créé plusieurs blogs essentiellement avec "wordpress" pour des projets précis avec des enseignants, ou des clubs de lecture et je connaissais donc bien la blogosphère. J’ai juste eu envie de rassembler mes lectures sur un seul support en mesurant tout ce que j’avais perdu de mes lectures passées. Ayant été nommée plus près de chez moi, faisant moins de trajets en voiture, j’avais davantage de temps pour moi, voilà donc pourquoi j’ai créé mon blog. J’ai choisi ce surnom parce que ma petite-fille dès qu’elle a su parler m’appelait Manou et j’ai trouvé cela tellement adorable que je lui ai en quelque sorte dédiée mon blog. Pour le nom de domaine, ce sont des blogueurs passionnés qui m’ont convaincu de le faire pour diverses raisons, et je ne le regrette pas. 

* Livres, découvertes, créations, voyages… De fait, les articles que l’on peut lire sur votre blog sont très diversifiés (aujourd’hui près d’une trentaine de « catégories », avec un regroupement dans six rubriques de la barre de menu). Etait-ce prévu dès le départ, ou vos centres d’intérêt bloguesques ont-ils évolué au fil du temps ?

Au départ, je voulais surtout garder une trace de mes lectures et je n’étais pas attirée du tout par les blogs uniquement littéraires donc je ne voulais pas que le mien soit littéraire. D’ailleurs les blogueuses et blogueurs littéraires « boudaient » mon blog qui ne leur paraissaient pas assez « sérieux », mais je n’ai pas renoncé, je voulais que mon blog soit le reflet de mes passions et j’ai toujours pensé que par d’autres sujets on pouvait atteindre des personnes non lectrices. Dès le début, durant l’année 2012, j’ai mis des articles sur les plantes, des photos sur mes balades, des recettes de cuisine et des articles sur les traditions provençales. Mais c’est surtout depuis que je suis à la retraite que je développe davantage en rédigeant des articles plus longs.
Avant, entre famille et travail, je ne disposais pas d’assez de temps. 

* Les grandes rubriques sont : voyages et balades ; plantes ; créations ; découvertes (paysages, patrimoine…) ; et bien entendu « bibliothèque ». Désormais, votre blog fait donc la part belle à la nature, aux plantes, aux oiseaux (et autres animaux !). Quel est votre but avec cet éclectisme ? Souhaitez-vous détailler, préciser ? Les lecteurs de votre blog semblent-ils réagir davantage à certains thèmes qu’à d’autres ?

Je n’ai pas de but précis, j’écris des articles en fonction de ma vie d’aujourd’hui, je m’adapte à mon quotidien, parfois cela fait des articles répétitifs comme les fleurs du jardin au printemps, par contre cette année je ne reparlerai pas des vendanges alors qu’elles ont commencé depuis 15 jours parce que j’ai d’autres sujets à partager. 
Les lecteurs de mon blog ne sont pas tous des lecteurs et je le dis assez souvent, ils ont le choix de ne commenter que les articles qui les intéressent vraiment, enfin c’est ce que je souhaite. 

* Vos aquarelles sont magnifiques. Depuis quand pratiquez-vous ? En autodidacte ou en l’ayant étudiée ?

Merci ! 
Cela ne fait pas longtemps… Comme je l’ai raconté d’ailleurs dans mon blog j’avais découvert la pratique de l’aquarelle lors de vacances pluvieuses en Bretagne avec un étudiant des Beaux-Arts qui avait proposé cette activité aux vacanciers. Mais je n’ai que rarement pratiqué ensuite. À ma retraite, j’ai suivi des cours pendant deux ans dans le cadre d’une activité MJC hebdomadaire, avec une enseignante formidable qui a su me donner confiance mais qui a arrêté son activité. Pour l’instant je n’envisage pas de trouver d’autres cours… peut-être des stages à l’occasion, qui sait ?

* Pour ce qui concerne les plantes : vous avez plusieurs potagers et vergers (confitures, gâteaux et autres plats en témoignent !), mais vous vous intéressez aussi aux plantes rencontrées en balade ? D’où vous viennent ces pratiques et cet intérêt ?

De mes études avant tout. Enfant j’ai toujours eu un jardin potager soit chez mes grands-parents soit chez mes parents car nous vivions en périphérie d’une petite ville et je m’amusais à planter comme les grandes personnes. En dehors de l’école je passais mes journées dehors dans la nature, je n’avais peur de rien… mais je ne m’intéressais pas de près à tout cela, je préférais jouer ! Mes études m’ont permis d’approfondir et je dois aussi beaucoup à mon mari qui est encore plus passionné que moi ! 

* La gourmandise : par hasard, le terme de « gourmande » serait-il signifiant ? Cuisinez-vous « pour vous » ou « pour les autres » ?

Je ne suis pas gourmande du tout ! Dans ma famille, nous avons toujours mangé simplement, très rarement fréquenté les restaurants par manque d’argent. J’ai gardé ces habitudes-là. Je cuisine pour partager avec les autres et faire plaisir et aussi pour savoir ce que j’ai dans mon assiette. Je préfère sélectionner rigoureusement ce que je mange car je fuis la malbouffe et la nourriture toute faite, mais je ne fais jamais rien de compliqué car je ne veux pas passer toute une matinée en cuisine pour autant. 

* En ce qui concerne la rubrique « La bibliothèque de Manou » (vos lectures), votre blog ne comporte pas d’index par nom d’auteur ? Pourquoi ce choix ?

Parce que ce n’est pas un blog littéraire. Si quelqu’un veut savoir si j’ai lu tel auteur, il lui suffit de taper le nom dans le moteur interne du blog (qui n’est pas toujours bien précis, je le sais mais c’est ainsi).

* En moyenne et à titre indicatif, combien lisez-vous de bouquins par mois? 

Une dizaine selon l’épaisseur, l’intérêt, la saison et la présence des membres de ma famille ou pas.

* Débroussailler le champ immense des lectures possibles, faire partager vos émotions de lectures…?

Je choisis souvent mes lectures au feeling, en me baladant dans les rayons des deux médiathèques que je fréquente ou en suivant le conseil des bibliothécaires. Je suis souvent les conseils des autres blogueurs, je fais partie d’un club de lecteurs et je note des titres qui m’intéressent que parfois je lirai des années après. Je suis aussi les conseils des libraires à l’occasion, ou je choisis en fonction des articles lus dans les médias ou sur Babelio. 

* En tant que lectrice, comment vous définiriez-vous? La lecture tient-elle un rôle important dans votre vie? Vous dites que, aimant les livres, vous avez eu la chance d’en faire votre métier : pouvez-vous préciser ici ?

Oui la lecture tient une place importante dans ma vie depuis que je sais lire. Elle permet de voyager, de rêver, de sortir de la réalité quotidienne bien mieux que l’image. Elle permet aussi d’apprendre sur nous et sur les autres.
J’ai expliqué comment j’avais pu exercer un métier autour des livres mais c’est vrai que je n’ai pas dit pourquoi. En fait je n’y songeais pas au départ, mais ayant des envies très diverses, je pense que si j’avais exercé un autre métier qui ne fasse appel qu’à une seule de mes compétences je me serais ennuyée… l’idée de travailler autour des livres s’est imposée à moi par chance, je peux le dire car c’est en rencontrant des personnes inconnues dans un lieu où je n’aurais pas dû me trouver que j’ai découvert que c’était cela que je voulais faire au fond de moi depuis des années… une sorte de révélation qui a changé ma vie.  

* Combien de temps consacrez-vous à la lecture chaque jour?

Cela dépend, en été au minimum 1 heure le soir… sinon ça me manque. En hiver, beaucoup plus. 

* Salons du livre, rencontres avec les auteurs et séances de dédicaces … Les recherchez-vous? 

Plus du tout maintenant, j’en ai beaucoup trop fréquenté durant mes années professionnelles. Mais si ces manifestations ont lieu près de chez moi, si je ne connais pas l’auteur par exemple, ma curiosité peut me pousser à y aller. Mais j’achète peu de livres. 

* Quelle blogueuse êtes-vous ? Challenges, Défi, tag, swap… Il y en a sans doute trop pour participer à tous, et du coup vous ne souhaitez sans doute pas participer à l’un et non à l’autre… Mais est-ce que cela, à votre avis, peut inciter à lire un livre plutôt qu’un autre ?

Au début de mon blog, je m’étais laissé tenter (certains tags ou défis lecture ou autres sont encore en ligne sur mon blog), et puis j’ai découvert que cela m’enfermait dans une contrainte qui ne me correspondait pas, donc j’ai arrêté. Pourtant certains sont très intéressants et me permettraient en effet de lire d’autres auteurs… Je participe seulement et encore pas tout le temps au défi de Céline ["Avec vos 10 doigts", blog aquarellement vôtre, NDLR] qui propose un sujet d’aquarelle car cela me permet de travailler un sujet auquel je n’aurais pas forcément pensé ! 

* Votre endroit favori pour lire?

Chez moi; je déteste lire dans un lieu public y compris dans une bibliothèque, tout comme dans la nature, je n’arrive pas à me concentrer sur ma lecture ! Je ne pourrais pas lire un roman dans un train par exemple… 

* Etes-vous plutôt livre papier ou liseuse électronique? Vous avez un certain nombre de billets sur des livres lus en e-book, ou (beaucoup plus rarement) en audiolivres : que diriez-vous sur ces « modes » de lectures-là ?

Je suis plutôt livres papier mais j’accepte de temps en temps de lire en e-book en vacances. Si les audiolivres avaient existé lorsque je faisais 1 heure de trajets matin et soir pour aller travailler, j’en aurais été une très grande consommatrice. Actuellement, je trouve rarement le temps et le lieu pour écouter tranquillement un livre, mais je suis certaine que la vie m’en donnera l’occasion un jour. 

* Comment choisissez-vous vos lectures? (bouche-à-oreille, cadeau, article de presse, hasard…)? Avez-vous un genre favori? Un auteur – vraiment – préféré?

Je viens de donner la réponse quant à ma façon de choisir. 
Je n’ai pas un genre favori parce que mes lectures varient en fonction de mon humeur, de mon degré de concentration et de mes envies du moment.
Je n’ai pas un auteur préféré mais quand je découvre ou redécouvre un auteur comme je l’ai fait cette année avec René Frégni, j’aime approfondir en lisant plusieurs de ses œuvres…  

* A quoi êtes-vous sensible lorsque vous avez un livre en main?

À l’ambiance avant tout, aux émotions que les mots suscitent en moi, à l’analyse psychologique des personnages. Dès les premières pages, je sais si je vais aimer ou pas une lecture. 

* Offrez-vous des livres? Si oui comment les choisissez-vous?

J’offre beaucoup de livres et je les choisis en fonction des goûts des personnes à qui je les offre. 

* S’il ne fallait en retenir qu’un? Quel livre vous a le plus profondément marquée, parmi tous ceux que vous avez pu lire?

J’ai été très marquée par ma découverte des écrits d’Alexandra David-Neel. À sa mort j’étais adolescente et je n’aimais lire que de la SF en dehors de ce que les enseignants nous donnaient à lire. 
Mon professeur de français nous avait conseillé de découvrir son récit Voyage d’une Parisienne à Llassa. Je n’en revenais pas ! 

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* Pourquoi celui-ci?

Je crois qu’il a ouvert mon monde sur des possibles… et que j’ai dû penser «alors les femmes peuvent faire tout cela »… ensuite j’ai lu Colette, Simone de Beauvoir, puis Annie Ernaux et beaucoup d’autres auteurs femmes que j’ai lues pendant des années ! 

* Avez-vous un souvenir (bon ou mauvais) marquant d’une lecture enfantine ou adolescente? 

Aucun mauvais souvenir, je lisais beaucoup…et j’aimais lire ! 
Enfant j’étais une adepte des albums de « Caroline » (pas des « Martine » que je détestais !). Je n’avais pas beaucoup de livres alors je les connaissais par cœur et plus grande les « clubs des cinq » ont bercé mes vacances, ce n’est pas original. Mais je me souviens en sixième de ma découverte de George Sand, un auteur que j’ai abandonné à l’adolescence pour ne jamais cesser de la lire ou la relire ensuite. Puis de ma découverte de la SF et de Lovecraft que je dévorais tout en lisant en parallèle tous les Prévert qui me tombaient sous la main, déjà… je ne pouvais pas choisir entre les deux ! C’est amusant ! 

* Comme d’autres «dévoreuses de bouquins», êtes-vous vous aussi tentée par l’écriture?

Absolument pas. Malgré les apparences je n’aime pas parler de moi et tout écrivain parle d’abord de lui. Mais j’aime écrire dans mon blog, c’est stimulant intellectuellement !

* Suivez-vous les statistiques de votre blog? Avez-vous une idée du nombre de vos visiteurs?

Je ne suis pas particulièrement ces statistiques mais sur overblog elles s’affichent sur le tableau de bord à l’ouverture de l’administration, donc je ne peux que les voir ! 
Alors depuis la création de mon blog, j’ai eu 4 469 657 visiteurs (je prends le chiffre exact de ce jour). 

* Et pour rester dans les chiffres, quelle est la moyenne de fréquentation de votre blog par jour ?

Je n’ai jamais dévoilé ces chiffres qui me semblent peu importants. Par jour en moyenne j’ai 1000 visites actuellement, des chiffres en baisse ces dernières années surtout depuis le COVID. 

* Vous rappelez-vous comment vous aviez découvert le blog de Dasola? (réponse facultative!)

Honnêtement, pas précisément… Mais je sais que dans la colonne de droite de son blog il y a la date de mon premier commentaire ! Je crois que c’est elle qui est venue la première sur mon blog, sans doute par l’intermédiaire d’une autre blogueuse, peut-être de Miss Fujii ( ?) qui ne publie plus à présent. Je n’en garde aucun souvenir précis mais si je suis revenue c’est que j’ai aimé lire ses présentations de films (car j’allais beaucoup au cinéma avant) et de polars…

* La question suggérée par Dominique: "êtes-vous parfois tentée d'arrêter le blog?"

Pour l’instant non, j’ai été tentée d’aller sur d’autres réseaux mais j’avais peur que cela devienne beaucoup trop chronophage et je voulais continuer à pouvoir visiter mes blogs préférés en personnalisant mes commentaires et surtout à avoir une vie à côté du blog ! 

* Un dernier mot pour conclure cet échange? Quelle autre question auriez-vous voulu que l'on vous pose?

Et bien par exemple pourquoi j’ai accepté de répondre à cette interview, moi qui n’aime pas me mettre en avant, ne raconte jamais ma vie privée sur mon blog, seulement mes balades, qui ne montre pas de photos de mes proches, ne raconte rien d’important finalement…
Et bien ma réponse c’est que cela me fait sortir de ma zone de confort, de ma fameuse « bulle » et que parfois c’est sympa d’être forcée de le faire de manière inattendue…
Merci de m’avoir demandé de le faire donc ! 

 DanslaBulledeManou

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(1) Ci-dessous les sept témoignages précédents (avec leur nombre de commentaires lorsqu'elles-ils avaient témoigné, et aujourd'hui):
Dominique (de A sauts et gambades) le 28 avril 2017 (500 => 676)
Aifelle (le goût des livres) le 25 octobre 2017 (750 => 1179), 
Maggie (Mille et un classiques) le 12 août 2018 (600 => 921) 
Ffred (le ciné de Fred) le 23 octobre 2018 (500 => 540 / en pause depuis septembre 2021).

Keisha (en lisant en voyageant) le 26 avril 2019 (500 => 709)
Matching points "pour les femmes mais pas seulement" le 12 mai 2020 (500 => 609 / viennent d'"arrêter leur aventure du blog")
Alex-mot-à-mots (Mot-à-mots) le 23 novembre 2020 (500 => 624)

Une blogueuse ayant décliné l'invitation à répondre après son 500e commentaire sera de nouveau sollicitée pour son 600e, puis en cas de nouveau refus pour son 750e... Jusqu'à présent, il n'a jamais fallu attendre le 1000e commentaire pour une quatrième sollicitation!

7 septembre 2023

La vilaine veuve (Nice, le procès oublié) - Robert McLiam Wilson

Après celui sur les retraites, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente ce mois-ci le petit "Hors-série" noir de Charlie Hebdo sur le procès de l'attentat de Nice, titré La vilaine veuve. Je l'avais acheté en kiosque, à peu près à la même date que l'autre hors-série, en janvier 2023. 

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La vilaine veuve. Nice, le procès oublié. Robert McLiam Wilson (traduit de l'anglais par Myriam Anderson), Hors-série N°2H, 80 pages, 5 euros.

À la fin de l'année 2022 s'est tenu le procès concernant l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice, qui avait fait 86 morts dont 15 enfants et plus de 400 blessés, écrasés par un camion conduit par un seul homme, finalement abattu (attentat revendiqué par Daech deux jours plus tard). Huit personnes de l'entourage du terroriste sont accusées d'avoir été complices dasn la préparation de l'attentat, de lui avoir fourni des armes ou d'avoir joué le rôle d'intermédiaire quand il cherchait à s'en procurer, d'avoir donc été au courant de son projet (il se serait radicalisé très rapidement, alors qu'il n'était pas religieux antérieurement)... 

Robert McLiam Wilson a couvert le procès pour le compte de Charlie Hebdo, où il a chaque semaine publié un article. Il y parle des parties civiles, des avocats, des juges, des accusés... à hauteur humaine. Il explique aussi avoir souvent éprouvé le besoin de se réfugier dans la boisson alcoolisée, seul ou en compagnie, pour supporter ces dures journées de procès. Il est plutôt féroce pour les hommes politiques qui viennent témoigner: Christian Estrosi, maire de Nice à l'époque; François Hollande, Président à l'époque, qui, semble-t-il, utilise les mêmes mots déjà servis lors des procès précédents (attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher en janvier 2015, attentat du Bataclan et des terrasses le 13 novembre 2015...): "quand il y a un attentat, il y a un échec" (p.32). 

Du coup, ce hors-série n'est pas seulement un récit chronologique d'un procès. Les "angles" sont diversifiés. Au fil des semaines, des témoignages, des choses difficiles à supporter sont évoquées: les vautours dépouillant, sur la chaussée même, les victimes (mortes ou blessées) de leurs téléphones portables; des prélèvements d'organes effectués sur les cadavres à l'insu des familles (pendant des "autopsies inutiles et cruelles" [p.68])... Robert McLiam Wilson est parfois amer sur le fait que ce procès, qui se tenait à Paris, a semblé drainer moins de public que les procès précédents: parce que les victimes étaient niçoises? Il s'est même déplacé pour un reportage de quatre jours à Nice. 

Dans l'un des chapitres, il remarque en passant que les journalistes qui couvrent le procès sont, pour la plupart, de jeunes femmes. Dans un autre, que le cumul de la représentation de nombreuses parties civiles (même si "ça ne fait pas grand-chose par client", p.69) peut constituer une "bonne affaire" pour certains avocats, avec l'aide juridictionnelle payé aux frais du contribuable. Je me permets aussi de citer le blog Ça passe crème de Thierry Vimal, qui a perdu sa fille de 12 ans lors de l'attentat (je l'ai découvert grâce à Robert McLiam Wilson qui l'évoque p.24): un style particulier, une scansion courte... et de longs textes.

J'ai apprécié la sorte d'anathème qui fait que (sauf ereur de ma part) l'identité exacte du chauffeur cinglé n'est nulle part écrite dans ce hors-série: l'"oubliable connard" qui a loué un camion et l'a conduit en zigzag pour faire le plus de victimes possibles est juste évoqué par un surnom, "Momo" (j'approuve cette damnatio memoriae). Et Robert McLiam Wilson n'est certes pas tendre avec une quelconque excuse liée aux antécédents familiaux du terroriste (p.41: "Unanimement, c'est le père, rustique et ratatiné, qu'on tient pour responsable. Le pauvre Momo aurait souvent été battu. il était pauvre, n'avait pas de jolis habits. Membre méprisé d'une famille qu'on prenait de haut. Moi pareil, mec. Et après, j'ai fait Cambridge.").

Autre citation: p.59, il demande à des témoins parties civiles ce qu'ils pensent des témoignages des accusés. "Ils se foutent de nous", a soufflé Jacques, d'une voix basse et tendue. Et Marie-Claude de l'interrompre (comme souvent, c'est leur manière). Ça, on pouvait s'y attendre, dit-elle. Mais n'oublie pas, le lendemain de l'attentat, ils ont rouvert les plages. Ça, c'est du vrai foutage de gueule." 

Après avoir lu ce hors-série pour la première fois, j'avais noté deux mots: brut. Brutal. En tout cas, Robert McLiam Wilson sait écrire (même si je ne connais pas sa "version originale", je suppose que la traduction se fait "au plus près"). Le titre du recueil, "La vilaine veuve", est utilisé comme une expression usuelle dès la page 4 (introduction), où il rappelle que dès 2016, il remarquait que cet attentat de Nice était moins inscrit dans la mémoire collective que ses prédécesseurs parisiens ou d'autres: "L'attentat de Nice fait tapisserie parmi les attentats terroristes en France des dix dernières années. Oui, c'est vraiment la vilaine veuve". Mais je n'ai pas la référence de cette expression. Anglicisme, peut-être, citation biblique, ou autre? Je ne sais pas...

Pour le Hors-série signé Gilles Raveaud, je m'étais vaguement demandé s'il s'agissait de la reprise de chroniques passées, d'une rédaction originale, ou d'un mixte des deux, mais je n'avais pas creusé plus que cela. Pour La vilaine veuve, où j'avais réellement eu une impression de "déjà-lu", j'ai pu vérifier la parfaite concordance avec les chroniques hebdomadaires dans Charlie. Ainsi, les deux articles publiés p.15 du N°1573 du 14/09/2022 correspondent aux p.7 à 9 et 10-11 du Hors-série. L'hebdo y ajoutait deux dessins de Biche. Les N°1586 du 14/12/2022 (p.10) et 1587 du 21/12/2022 (p.10 aussi) correspondent exactement à l'avant dernier chapitre (pp.71-75) et au dernier (p.76-80). Les 16 chapitres (dont l'introduction) doivent donc correspondre, je suppose, aux 16 numéros (1572-1587), même si je n'ai pas fait la vérification exhaustive).

Quelques mots concernant l'auteur. La page wikipedia le concernant (consultée le 6 septembre 2023) signale que "Robert McLiam Wilson est contributeur à Charlie Hebdo depuis fin janvier 2016. Son premier article a été publié le 20 février 2016". Il est aussi écrivain, et j'ai commencé à lire Ripley Bogle (360 pages), mais mes disponibilités en temps de lecture ne me permettaient pas de le chroniquer pour ce mois-ci. Je me souviens en tout cas que, lors du confinement, Robert McLiam Wilson avait rédigé un article sur le développement des livraisons à vélo de nourriture à vélo (Uber Eat, et autres), et je me rappelle son anecdote rédigée drôlement quand il expliquait avoir vu passer un (et un seul) de ces "forçats de la rue" [l'expression est de moi!] de type caucasien, mais ne pas avoir réussi à le rattraper pour l'interviewer... 

Enfin, je signale que le Hors-série peut toujours être commandé sur le site du journal (boutique). Yannick Haenel en avait fait une présentation en interviewant l'auteur dans le N°1590 du 11/01/2023.

PS: sans rapport avec le sujet de l'article, je signale aussi que j'ai bien apprécié que, cet été 2023, Charlie republie chaque semaine (dans sa série "un été avec..." qui rend hommage chaque année à un de leurs "anciens") des chroniques de Bernard Maris: salutaires... 

*** Je suis Charlie ***

7 août 2023

Merci Hannukah Harry - Wolinski / Barkats

En ce mois de vacances estivales, je (ta d loi du cine, squatter" chez dasola) vous présente (dans le cadre de mes "hommages du 7") une drôle de bande dessinée, que j'ai chinée lors d'un voyage en province avec dasola. Je passe ainsi d'un Harry à l'autre, et ne parlerai donc pas ici de mes co-Harry, même si celui-là est vert...

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Merci Hannukah Harry, Pierre-Philippe Barkats & George Wolinski (préf. Nicolas Hulot), éditions Jungle, 2007, 65 pages (dont 52 de BD)

Avant ces dernières semaines, je n'avais jamais eu cet album entre les mains (même s'il figure bien entendu dans les listes d'oeuvres complètes de Wolinski). Mais qui est donc le "fameux" Hannukah Harry? Tant dans les textes récitatifs que dans la bande dessinée elle-même, les deux auteurs (l'idée originale ayant été amenée à Georges Wolinski par Barkats, un avocat spécialisé en droit américain qu'il connaissait depuis une dizaine d'années) nous présentent cet être mythique comme (à ce que j'en comprends moi-même) un croisement entre Prométhée et le Père Noël. Il a fait aux hommes, naguère, un cadeau (le feu) qui a pour lointaines conséquences, aujourd'hui, d'empoisonner notre planète terre. Que faire, donc?

D'abord, présentons les choses dans l'ordre. Dans le cadre d'un scénario général plutôt imaginatif ("délirant" m'était venu à l'esprit... mais c'est marqué p.58!), l'album est divisé en "chapitres", certaines saynettes ne comptant qu'une seule planche, une autre jusqu'à six, mais la majorité (sur un total de 15) en comportant au moins quatre. L'album est bourré de personnages variés et, selon ce que j'ai cru détecter, de références. On y croise ainsi un diablotin (qui a un peu la tête de Sarko tel que le dessinait notamment Cabu?). L'atmosphère familiale du prologue, tout comme l'ambiance générale, pourraient évoquer (en plus trash?) les contes de La divine sieste de papa scénarisés par Maryse Wolinski... et illustrés par Georges. La "machine à climat" au coeur de l'intrigue m'a fait un peu fait songer à une aventure des Schtroumpfs (Le schtroumpfeur de pluie). Il y a même un ouvrier rondouillard en salopette rayée, qui traite le monde d'enfoirés: Coluchon! Un important personnage avec un bonnet rouge peut évoquer un écologiste mondialement connu (surtout en France et aux Etats-Unis). Ou encore le prince Album de Manac, qui n'arrive pas à se faire prendre au téléphone par sa "cousine" la reine d'Angleterre (himself!). 

Au fil des pages, on découvre que réparer une machine en panne n'est pas simple (le problème, plutôt que la solution, venant davantage du machinisme lui-même), cependant que l'organisme "à l'origine du monde" est désormais bien malade... De quoi décourager un bon génie, si bienveillant soit-il au départ. 

Comme à mon habitude, voici ci-dessous quelques extraits en guise de citations du bouquin.  

P1160631 pp.36-37, quelques intellectuels mobilisés par notre héros pour sa cause. 

P1160628 p.11... P1160629 ... et p.12: comment, selon la légende, H....h H aurait donné ce bienfait qu'est le feu à l'humanité. Cela n'a pas été sans me rappeler Le premier amour (film de Marcel Pagnol non tourné).

P1160630 Un "bonnet rouge" au pôle (rappelons que l'album remonte à 2007!). 

P1160634 P1160633 pp.55 & 57: et retour à la case départ...

P1160632 p.64: signé Wolinski, un "message divin" qui me paraît parfaitement crédible.  

Pour en savoir plus et mieux que ce que j'ai pu dire, écoutez Wolinski lui-même: il en parlait gentiment, le 30 mai 2007 à 13 h, sur la 2 (les cinq dernières minutes). Et si le site www.mercihannukaharry.com cité en 3ème de couv' ne renvoie, en 2023, à rien du tout, on trouve encore une "mini-interview des auteurs en 10 questions" accessible via un vieux skyblog datant d'avril 2007 (aujourd'hui blog de Skyrock) dont on ne sait trop qui l'avait créé. Cet album m'a aussi rappelé qu'il faudra que je chronique, un mois ou l'autre, l'Inspecteur la bavure dessiné en 1980 par Wolinski sur un scénario dont, me semble-t-il, il n'était pas l'auteur...

En tout cas, Merci Hannukah Harry, oeuvre plutôt atypique, "polar polaire" comme dit la couverture, précédait de quelques années, et sous une forme originale, beaucoup de livres catastrophistes qui fleurissent de plus en plus à mesure que le climat se détraque visiblement. Il mérite lecture, ne serait-ce que pour Wolinski!

*** Je suis Charlie ***

7 juillet 2023

Retraites: le casse du siècle - Gilles Raveaud

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) acheté l'opuscule que je vous présente aujourd'hui dans un kiosque à journaux, fin janvier 2023, et à peu près en même temps qu'un autre, que je vous présenterai sans doute aussi un mois ou l'autre. 

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Retraites. Le casse du siècle. Pourquoi Macron veut nous faire bosser à mort, Gilles Raveaud, Hors-série N°3H

Je crois que c'est quelques mois après la parution de cet ouvrage, en avril 2023, que les articles de la rubrique "Economie" dans Charlie Hebdo ont cessé d'être signés "Jacques Littauer" pour être publiés sous la signature "Gilles Raveaud". Oui, le même que celui qui a signé cet opuscule. En fait, les deux ne faisaient qu'un, comme il l'avait signalé à l'époque (début 2023?) sur son propre blog. Je ne sais pas trop s'il l'avait déjà annoncé dès 2019 en ligne, ou bien si le "titulaire du compte" (planqué derrière les portes et fenêtres blindées) a été plus récemment modifié... 

J'en viens maintenant à l'opuscule. Il défend la thèse que la France aurait pu faire l'économie de l'épisode picrocholin (le qualificatif est de moi) DES votes à rallonge sur les retraites. Tout d'abord, le motif de cette réforme est, selon lui, ni plus ni moins que d'aboutir à une baisse globale des pensions, en remontant le niveau d'exigences à satisfaire pour bénéficier d'une pension à "taux plein", alors même que le taux d'emploi des "seniors" est faible en France. Il met aussi en question les "projections à 2050" dont un camp comme l'autre nous ont rebattu les oreilles. Il rappelle l'existence de différents "fonds de prévoyance" amassés par différents organismes (dont les différents régimes de retraites complémentaires), qui constituant une "cagnotte" sans doute suffisante pour faire face, globalement parlant, à une dizaine d'années de déficits. Mettant en cause le "refus" des salariés de travailler, il suggère de "renverser l'obligation" en contraignant plutôt les entreprises et autres employeurs... à employer (ce qui génèrerait des cotisations sociales). Il déconstruit fort bien (à mon humble avis) le système américain des "fonds de pension"... qui a très bien su ruiner certains retraités qui rêvaient d'une épargne pour leurs vieux jours, laquelle a disparu dans les sables mouvants de la Bourse [cf. aussi, sur ce sujet, tel ou tel des livres de Maris et Labarde que j'avais chroniqués il y a quelque temps]. La retraite par point, c'est très joli aussi: cela permet surtout, et encore, de baisser équitablement les retraites pour tous... en diminuant chaque année la valeur des points. Plus globalement, ce qui est mis en cause par Emmanuel Macron et l'idéologie qu'il incarne, c'est notre système basé sur la solidarité entre tous, et non soumis exclusivement à la loi du libéralisme économique: une autre vision politique. Concernant les "régimes spéciaux" (RATP, SNCF), qui comptent aujourd'hui davantage de retraités que de cotisants, Gilles Raveaud rappelle utilement que les distributeurs automatiques de billets ne payent pas de cotisations sociales, contrairement aux anciennes guichetières qu'ils ont remplacées... Il rappelle aussi que tous les métiers ne sont pas logés à la même enseigne en terme de pénibilité, de début d'entrée dans l'activité professionnelle (après de longues études ou non), ni même en terme d'espérance de vie après l'âge de la retraite. Et il conclut, comme vous pouvez vous en douter, sur l'inégalité de répartition de la richesse produite et accumulée, chaque année, dans notre pays (l'argent allant à l'argent).

Je conclurai pour ma part en avouant que je n'ai pas vérifié si ce "Hors-série Charlie Hebdo" était constitué de chroniques hebdomadaires mises bout à bout, éventuellement retravaillées en "chapitres" réécrits, ou bien si l'ouvrage était intégralement, ou en partie, inédit... J'en recommande la lecture en tout cas, même maintenant que l'effervescence est quelque peu retombée cependant que l'actualité chaude a embrayé sur d'autres sujets. Il est toujours disponible sur la boutique en ligne du journal (5 euros).

PS: je profite de ce billet pour signaler que dasola avait reçu par la poste, il y a quelques mois, un exemplaire gratuit de l'hebdomadaire accompagné d'une proposition d'abonnement signée Riss (différente de celle qui était publié à la même époque dans celui que j'achète en kiosque). On ne sait pas comment Charlie a eu son adresse, elle pense que c'est via une des associations loi 1901 auxquelles elle fait un don...?

*** Je suis Charlie ***

7 juin 2023

La vie secrète des jeunes (tome III) - Riad Sattouf

Cela fait pas mal de temps que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vois sur les blogs des billets sur L'Arabe du futur de Riad Sattouf. Le tome six (et dernier, a priori) venant de sortir en librairie (enfin, il y a déjà quelques mois désormais: novembre 2022...), cela m'a été l'occasion de me dire "Bon, jy vais...". Pour commencer, j'en ai donc emprunté les quatre premiers tomes en bibliothèque. Mais ce n'est pas de cette série-ci que je vais parler. En faisant quelques recherches (wik... est toujors mon ami!), je me suis remémoré que Riad Sattouf avait un temps collaboré à Charlie Hebdo, et ai noté cette info dans un coin de ma tête. Puis j'ai rendu les 4 premiers tomes de L'Arabe du futur et ai cherché le tome cinq (le six, déjà présent en bibli, est indisponible à peu près partout - sauf à le "réserver" -, quel succès!). Et en allant emprunter ledit tome cinq, je suis tombé sur ... le tome III de La vie secrète des jeunes, que je vous présente aujourd'hui. 

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Septembre 2012, L'Association, coll. Ciboulette. 
"Les planches de cet ouvrage sont toutes parues dans Charlie Hebdo entre 2010 et 2012. Merci à Charlie Hebdo".

Dans cet album, nous n'avons pas d'histoire suivie, aucune couleur, mais du dessin de silhouettes en noir et blanc, quasiment sans applats noirs à part quelques vêtements ou chevelures (aucun gris, pas de trame). Il s'agit de petites scènes, avec en haut de la première case une mention "vu et entendu dans / à" suivie d'un lieu plus ou moins (in)déterminé, à Paris le plus souvent, parfois en province, exceptionnellement à l'étranger. Qui sont les "jeunes" visés par le titre? Je dirais que leur définition semble ici plus englobante que le terme "politiquement correct" inventée en fin de XXe siècle pour permettre aux journalistes de ne pas se montrer trop discriminante en rendant compte de "faits divers". Comme personnages (qui ne reparaissent jamais d'une planche à l'autre - sauf si certaines scènes s'étendent sur deux planches qui se suivent), nous avons des couples plus ou moins improbables, des enfants entre eux, un parent (ou deux) avec un gamin (ou deux)... parfois insupportables, parfois pleins de bon sens.

Dans le livre, chaque petite "bande dessinée" se présente sous forme d'un "gaufrier" de 8 cases d'approximativement 6 cm de large sur 5 cm de haut. Je ne suis pas en mesure de préciser si elles ont bénéficié d'un "remontage", si la publication originale dans Charlie Hebdo se faisait en colonne(s), en ligne(s), ou bien exactement sous le même format que dans l'album. En tout cas, leur contenu, extrèmement varié, m'a parfois fait songer à certaines des saynettes croquées par Charb dans Paris-Pontoise.

Ici, une "sociologie des rues" (ou du métro, du bus, du café...) captée semble-t-il au vol nous fait assister à des situations diverses et diversifiées, cocasses ou pitoyables, dont certaines font sourire et d'autres grimacer. Je crois que les "scènes dans le métro" sont les plus nombreuses (52 planches - avec une écrasante majorité de ligne 9, voire de sortie à Buzenval...). On se demande parfois où l'amour va se nicher... La relation avec les commerçants n'est pas toujours simple pour tout le monde. La racaille exubérante peut effrayer le bourgeois. A quoi donc peuvent servir agressivité feinte et insulte? Obtenir le "respect" de ses pairs, peut-être? Certaines planches sont quasi-muettes. Dans d'autres, bourrées de texte, on a plutôt une démonstration avec la vacuité et la futilité de conversations au premier abord plus intellectuelles que de simples échanges d'interjections. Mais je vais arrêter là mes longs discours.

Pour vous donner (j'espère!) l'envie de découvrir cet album par vous-même, j'en ai extrait une sélection personnelle de quelques planches parmi les 130 que compte le volume.

P1150835 La lecture ou la vie!   P1150836 Le boulot ou l'amour!

P1150837 Mamma lei! (je crois)   P1150838 ... pas pousser mémé dans les orties.

P1150840 (Ça me fait songer au masque, il y a trois ans... Qui protégeait-il?) 

 P1150844 ... croirait-on pas Hergé lui-même?

P1150839 La dictature c'est "ferme ta gueule", la démocratie c'est "cause toujours", disait-on dans mon jeune temps à moi.

La logique "dessin de presse" conduit à une publication où je regrette (ce n'est ni la première ni la dernière fois) l'absence de mention de date de publication dans l'hebdomadaire, ou même de numéro de page...

Selon les informations que j'ai trouvées, Riad Sattouf a arrêté sa série et quitté Charlie Hebdo en octobre 2014 (après 9 ans de présence dans les pages du journal). Il devrait donc exister des planches non publiées en album, peut-être de quoi faire (au moins) un quatrième tome... ou bien que nous verrons seulement à l'occasion de la publication d'une "intégrale"?

Pour ma part, il me reste encore à découvrir le reste de son oeuvre, notamment son autre série-phare Les cahiers d'Esther. Et si je trouve les deux tomes précédents de La vie secrète des jeunes, j'en ferai peut-être un nouveau billet un de ces mois...

Edit du 11/06/2023Une comète avait en 2016 publié une chronique du tome II sur son ancien blog. En... 2008, Deedee et DonaSwann avaient chroniqué le premier tome; Lorraine en 2009.

*** Je suis Charlie ***

7 mai 2023

Pas complètement BÊTE... mais pas encore MÉCHANT (période bleue) - Cabu

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente, pour mon billet-hommage du jour, un album exhumé de ma PAC (pile à chroniquer). Je m'étais acheté dès février 2015 (quelques semaines après le massacre de Charlie Hebdo) ce recueil des dessins de jeunesse de Cabu, qu'il publiait alors dans une presse qui n'était pas encore très "contestataire", entre 1957 et 1960.

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Cabu, pas complètement BÊTE... mais pas encore MÉCHANT,
période bleue, Editions du Layeur, 2008, 162 pages

La préface de Cavanna, dans ses trois paragraphes percutants, évoque expressément Peynet et ses amoureux, pour vanter immédiatement le mouvement qu'a su insuffler Cabu à ses vignettes. 

Les près de 160 dessins de cet ouvrage mettent en scène de grands dadais dont certains ressemblent à Duduche, des jeunes filles timides évoquant Catherine... mais bien loin de Catherine saute au paf! et encore plus de Camille-le camé. On peut admirer dans ces pages force filles espiègles au sourire mutin et au regard en-dessous, avec parfois une petite fleur au coin des lèvres (laquelle n'a sans doute pas la même signification que le brin de paille de Lucky Luke?): pas encore de cigarette à remplacer? Parfois, ce sont les adultes qui sont tournés en dérision, parfois la jeunesse elle-même, innocente ou délurée, entreprenante ou trop timide... Fille affriolante ou garçon boutonneux, suis-moi, je te fuis / fuis-moi, je te suis! Et j'enfoncerai une porte ouverte en disant que cela reste très "fleur bleue" (comme le sous-titre le sous-entend).

L'ouvrage est subdivisé (plus ou moins arbitrairement?) en chapitres: l'ingénue (p.7), le flirt (p.33 - deux acteurs présents à l'image - sauf exception!), le lycée (p.75), le troufion (p.105), les autres (p.127), Châlons (p.153). Je vous en propose une courte sélection.  

P1150814 p.30: la couv' légendée, c'est mieux!  

P1150815 p.37: Paris, quelle image... 

P1150816 p53

P1150817 p.64 (c'est pas gentil, mais je rigole à chaque fois... CLAC!).

P1150824 p.87

P1150818 p.97

P1150820 p.102 (ça me parle, ça... Je porte toujours le même depuis 2016!)

 P1150821  p.134: le temps passe si vite... 

Dans le dernier chapitre, intitulé "Châlons", il est expliqué que le jeune Jean Cabut a envoyé à partir de 1953 des dessins à l'édition locale de L'Union de Reims, avec une collaboration épisodique qui se maintiendra jusqu'en 1958 et son appel sous les drapeaux, direction l'Algérie.  

P1150823 p.158. Dom Pérignon, dessiné par "K-bu" alors âgé de 17 ans: carrément de la préhistoire (1955)! 

Outre L'Union de Reims, la plupart des dessins du recueil sont paru dans Ici-Paris, Paris Flirt ou Paris-Match.

Le livre est sorti l'année des 70 ans de Cabu, dans une collection où deux ouvrages, l'un de Lefred-Thouron et l'autre de Willem (qui ont aussi dessiné pour Charlie), avaient été publiés avant le sien. Trois autres recueils de dessins de Cabu étaient aussi mentionnés chez le même éditeur. Aujourd'hui, le site des éditions du Layeur semble ignorer tous ces ouvrages (sans doute sont-ils épuisés de longue date?). 

Pour finir, de même que j'avais annoncé l'an dernier que je finirai par traiter cet ouvrage de Cabu, de même je peux à toutes fins utiles signaler que j'en ai encore bon nombre déjà en ma possession et à évoquer un mois ou l'autre! 

*** Je suis Charlie ***

7 avril 2023

Souriez, vous êtes français! - Bernard Maris

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) ne suis pas un auditeur de radio. Je n'ai donc jamais entendu Bernard Maris lors de ses chroniques et débats sur France Inter, contrairement à bon nombre des commentateurs sous mes billets précédents qui le concernaient. L'ouvrage que je présente aujourd'hui dans mes "Hommages du 7" compile un certain nombre de ces interventions radiodiffusées du vendredi matin. 

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Souriez, vous êtes français! Bernard Maris, collection Pluriel, 2017, 135 p. 
(édition originale parue chez Grasset en mai 2016, en coédition avec France Inter).  

Si j'ai bien compris l'introduction et ce qui est dit sur le site de Radio France, parmi les quelque 300 émissions que Bernard Maris a assuré chez France Inter, une trentaine ont été rediffusées en hommage durant l'été 2015 (sous le titre "La France au milieu du gué", dans un format de quatre minutes), et leur reprise a donné lieu à ce livre. On peut regretter l'absence de toute date (que ce soit celle de la diffusion d'origine ou celle de la reprise à l'été 2015), les textes doivent donc se suffire à eux-mêmes. Le titre donné au recueil apparaît p.125. 

J'avoue, j'ai quelquefois été frustré par ce format écrit (textes très courts et un peu "didactiques"), parce que je n'écoute pas la radio et n'y ai jamais entendu Bernard Maris de son vivant (on doit certainement pouvoir l'écouter sur internet). Les textes sont courts, percutants, au ton provocateur où, je crois, l'antiphrase et le second degré sont largement utilisés. Faut-il y suspecter de l'ironie, du second degré, du sous-entendu, de la démonstration par l'absurde? Lorsqu'on lit, par exemple, la version écrite des textes que Pierre Desproges passait à l'oral, au moins, on sait sur quel pied danser: il s'agissait d'humour caustique. Chez Maris, il s'agit je suppose d'interpeller pour faire réfléchir différemment. Chaque billet commence par une apostrophe adressée aux auditeurs ("bonjour..."), jamais identique à celle de la (semaine ou l'émission) précédente, mais y faisant souvent allusion pour aller plus loin en une sorte de chaînage. Les sujets, eux aussi, sont liés (introduits dans une rubrique, approfondis dans une autre). J'ai été frappé par la "règle des 80 /20", évoquée à plusieurs reprises (20% des agriculteurs touchent 80% des subventions; 80% du CIR [crédit d'impôt recherche] bénéficie à 20% des entreprises - effet d'aubaine!).

Une citation d'actualité (p.93) dans une chronique sur les Françaises au travail: "une bonne note tout de même: les retraites des femmes se sont rapprochées de celles des hommes, mais les femmes retraitées gagnent encore moitié moins... Surtout qu'elles vivent plus longtemps, qu'elles ne se remarient pas  tandis que les veufs, eux, se remarient. Ils ne supportent pas la solitude". Ce que cela m'inspire? Hé bien, pour parodier Brassens, que Bonhomme a besoin de Bobonne! Et une autre citation (p.42) - datant d'avant le Brexit, je le rappelle: "la France attire les vieux Anglais, l'Angleterre les jeunes Français".

Je n'en dirai pas davantage sur ces textes de Bernard Maris, dont je conseille la lecture à chacun. On peut regretter que le sommaire (personne ne l'a donc relu?) attribue la "postface" à sa fille, Gabrielle Maris-Victorin, auteur de la "préface", et non à son fils, Raphaël Maris, qui l'a en fait signée. Dominique Seux, qui a donné la réplique à Bernard Maris sur France Inter durant sept ans, signe un autre texte introductif.

J'ai pu trouver un seul blog qui parlait du livre, Le bien écrire (s'agissant d'un blog hautetfort, les commentaires en ont été fermés il y a déjà bien longtemps).

Je me permettrai quand même encore quelques remarques sur la forme matérielle de cette collection Pluriel (marque qui appartient à Fayard, Maison qui fait partie du groupe Hachette, en passe aujourd'hui d'être bientôt totalement contrôlé par Vincent Bolloré) où il prend place. Mon exemplaire tout neuf est excessivement fragile (reliure défectueuse, paquets de pages qui se décollent en fin d'ouvrage). En fin de livre, justement, vingt pages listent en petits caractères les titres aujourd'hui disponibles, classés en sous-collections thématiques, mêlant des essais contemporains avec des ouvrages "classiques" datant du XXe siècle voire de son début (les manuels Malet & Isaac en Histoire, par exemple). Le site internet de Pluriel ne contient aucun rédactionnel "historique" sur cette collection. Celui de Fayard donne à lire, sur l'histoire de la Maison, un texte datant de la toute fin du XXe siècle qui ne parle pas de Pluriel. Celui d'Hachette (consulté ce 7 avril 2023) est (sauf erreur de ma part) exclusivement orienté "business", promotionnel, qui donne à lire de la publicité, de la communication, et aucune information historique... 

*** Je suis Charlie ***

7 mars 2023

Les Russkoffs - Cavanna

Ça débute avec une histoire de pénurie d'obus pour lutter contre les Russes. Et "les provinces, ça va, ça vient, surtout les frontalières" (p.13).

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) commente ce mois-ci Les Russkoffs, où François Cavanna raconte la suite (durant la seconde guerre mondiale) de son célèbre premier volume autobiographique Les Ritals, que je chroniquerai un mois ou l'autre [chroniqué le 7 novembre 2023]

P1150713
(Le livre de poche N°5505 ****, 410 p., 3e trim. 1981)

Alors, pourquoi ce titre-là et pourquoi maintenant? Le numéro 1596 de Charlie Hebdo daté du 22 février 2023 se présentait comme un numéro spécial Cavanna, qui aurait eu 100 ans (né en février 1923). Du coup, j'ai sorti de ma liste d'idées d'articles-hommages "Charlie" puis de ma pochothèque personnelle le livre, redevenu d'actualité, Les Russkoffs. Il est construit avec quelques retours en arrière, et se termine abruptement. En exergue de ce livre figurent comme dédicataires d'abord "[à] Maria Rossipova Tatartchenko, où qu'elle puisse être", puis 24 autres prénoms slaves féminins, suivis d'une vingtaine de gars français. "(...) et aussi / à tous ceux et à toutes celles dont j'oublie le nom mais pas le visage, / à tous ceux et à toutes celles qui ramenèrent leur peau, / à tous ceux qui l'y laissèrent, / et, en général, à tous les bons cons qui ne furent ni des héros, ni des traitres, ni des bourreaux, ni des martyrs, mais simplement, comme moi, des bon cons, / et aussi / à la vieille dame allemande qui a pleuré dans le tramway et m'a donné des tickets de pain."

Les Russkoffs du titre, pour ce que j'en ai donc compris, ce sont en premier lieu les femmes "de l'Est" (slaves) elles aussi réquisitionnés pour le travail en usine d'armement, ensuite les prisonniers de guerre russes - plus mal nourris que les Français? -, et en dernier lieu les soldats de l'armée rouge victorieuse, croisés en fin d'ouvrage quand ils vainquent, pillent, violent, et aussi exécutent sommairement ceux qu'on leur désigne comme "fascistes". Mais procédons par ordre.

Le premier chapitre (sur 17), titré "le marché aux esclaves" nous pose le jeune François en train de travailler sur une presse pour fabriquer des ersatzs de pointe d'obus, chacun des "vingt petit[s] Français pâlichon[s] maigrichon[s] étant flanqué de deux bonnes femme", et nous narre comment il (en) est arrivé là. Prisonniers de guerre français croisés durant le voyage (ne pas parler mal de Pétain!), interprète belge (flamand) à l'arrivée... et mise au boulot (en trois-huit à l'usine d'armement) dès la première nuit d'installation au camp.

Maria, c'est l'une de ses deux assistantes, qu'il prend d'abord pour une Allemande avant de comprendre (p.46) qu'elle est, non pas russe, mais ukrainienne (d'un pays qu'il situe très vaguement sur la carte). Et notre François va se montrer très motivé pour apprendre sa langue... 

Le troisième chapitre, titré "Pour le tsar!" (à la Michel Strogoff), revient en arrière en une soixantaine de pages (53-114) pour narrer l'exode de juin 1940, vécu par notre jeune Cavanna de 17 ans. Après avoir vainement attendu le car promis par l'administration des PTT, notre jeune vacataire part à vélo en direction de Bordeaux où l'ordre est de se replier (sous peine de sanctions pouvant aller jusqu'au licenciement!). Un voyage initiatique bien qu'inutile puisque les Allemands motorisés allaient plus vite que des réfugiés à pied ou même en vélo (notre François était parti avec son vélo de course tout neuf mais aux boyaux fragiles). N'ayant pas l'âge militaire, les Allemands le laissent revenir en région parisienne. Finis les PTT: voici Cavanna tireur de chariot pour aller sur les marchés, maçon... (court chapitre titré "Ma banlieue à l'heure allemande", p.203-221). Avant de se faire "piéger" dans l'entreprise où il venait d'entrer après une offre alléchante: et paf, requis pour le STO!

En Allemagne, Cavanna travaille donc d'abord pour l'industrie d'armement, puis est muté (par mesure disciplinaire) dans un Kommando des gravats, pour déblayer, jour après jour, Berlin bombardé quotidiennement. C'est entre autres sous les bombes alliées sur Berlin en 1944-45 qu'il s'est construit son opinion sur la guerre, de même que Cabu s'était forgé son propre antimilitarisme en tant qu'appelé en Algérie (entre mars 1958 et juin 1960). Il l'a vécue à hauteur d'homme. Il nous raconte une vie quotidienne de préoccupations alimentaires (à un moment, Maria refuse de manger un steack de cheval, contrairement au jeune Français habitué par sa mère), encadrée par des gardiens plus ou moins "peau de vache" ou "complaisants", une fragile survie de couple, de groupe, pour une histoire individuelle mais pleine d'anecdotes. Par exemple, p. 300-301, il raconte par suite de quel concours de circonstance il a été amené à casser la gueule à un gestapiste dans un tramway (sans conséquences, grâce à l'humanité d'un simple flic allemand pas spécialement pro-Gestapo). Il évoque la camionnette qui exhortait par haut-parleur les requis français à rejoindre la Waffen-SS... (p.310).

Mais je ne veux pas tout raconter (lisez le livre, écrit d'une langue drue, truculente et pressée). Fin février 1945 (p.317), le camp est évacué en train vers la Poméranie, pour aller y creuser de dérisoires fossés antichars dans le sable local. Puis ordre est donné de se diriger (à pied) vers "ailleurs". Et Maria et lui quittent la colonne malgré les risques, avant de rencontrer les "libérateurs" russes. Après quelques bivouacs, arrive la fin, ou comment un homme et une femme se perdent... Pendant que François était parti "au ravitaillement", Maria s'est fait rafler par les Russes malgré ses protestations. Et jamais Cavanna n'est arrivé à la retrouver, ni avant ni après son propre retour en France, dit le livre publié en 1979. Alors même que d'autres ont réussi à préserver leur "couple de guerre": qui a ramené "sa" Russkoff" (p.303: évasion, engagement dans la 2e DB, pour revenir en Allemagne chercher sa Klavdia), qui sa jeune Berlinoise brune (Ursula, p.308), qui envisageait de rester sur place (600 hectares de terre et la veuve allemande en prime, pour quelqu'un qui, au pays, ne possédait rien que ses deux bras, p.364). Le STO, finalement, ça aura donné les premières chansons de Brassens, mais aussi ces mémoires de Cavanna.

Pour les lecteurs et lectrices de 2023, je souhaite insister sur le fait qu'il ne s'agit pas là d'un roman, mais d'un témoignage de première main sur le quotidien vécu en particulier à deux et en général en groupe, dans un pays étranger où l'auteur n'est pas venu de son plein gré mais où il a vécu les horreurs de la guerre (y compris en assistant à des morts violentes).

J'ai trouvé peu de blogs en ayant parlé: Les plumes baroques (dernier billet en juillet 2020), Aspirant auteur (dernier billet en juin 2017). Je ne m'interdirai pas d'en rajouter "au fil de l'eau".

Et dans le numéro "centenaire" de Charlie que j'évoquais plus haut? En 16 pages, on trouve plus d'une douzaine de citations choisies par d'actuels rédacteurs ou dessinateurs (dont tous ne l'ont peut-être pas connu?), et quelques phrases à sa mémoire par rapport à Charlie dans la plupart des chroniques régulières. Jacques Littauer, notamment, évoquait Les Russkoffs (p.5). 

*** Je suis Charlie ***

7 février 2023

Le droit d'emmerder Dieu - Richard Malka

J'aurais pu (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) écrire qu'on m'avait offert pour Noël 2022 ce livre, Le droit d'emmerder Dieu, de Richard Malka. Mais il vaut mieux conserver mon éthique et ne pas enjoliver la réalité: je me le suis simplement offert (à) moi-même mi-janvier. Mon exemplaire provient d'un nouveau tirage, daté décembre 2022, alors que la première édition du livre remonte à octobre 2021. 

Cet ouvrage correspond à la plaidoirie rédigée par Richard Malka, avocat de Charlie Hebdo, pour la fin du procès des attentats de janvier 2015, procès qui a eu lieu devant la cour d'assises spéciale de Paris du 20 septembre au 16 décembre 2020, pour juger 14 personnes accusées d'avoir été complices des trois attentats ayant causé 17 morts du 7 au 9 janvier 2015. 

P1150696Au début de ce petit livre (93 pages, rappel chronologique compris), l'avocat Richard Malka explique qu'il a l'habitude d'écrire ses plaidoiries. Le 4 décembre 2020, port du masque dans la salle d'audience et épuisement après trois mois d'une audience parsemée d'attentats et de morts l'ont amené à écourter, à l'oral. L'éditeur et l'auteur ont choisi de livrer ce texte dans sa version écrite, plus longue que celle effectivement prononcée.

p. 10: "le sens de ce procès, c'est aussi de démontrer que le droit prime sur la force. (...) Les attentats de Charlie et de l'Hyper Cacher ne sont pas seulement des crimes. Ils ont une signification, une portée politique, philosophique, métaphysique". Richard Malka explique que ce procès est l'occasion de parler, non seulement des accusés, mais aussi des idées que l'on a voulu assassiner et enterrer. Il souhaite parler pour répondre aux terroristes qui demandent que nous renoncions à nos libertés.

À partir de la page 21, le livre retrace la chronologie des événements qui se sont achevés par le massacre perpétré contre la rédaction le 7 janvier 2015, des années après l'affaire des caricatures de M*h*m*t. Il décortique scrupuleusement la chronologie (Danemark), avant même la publication en France par France Soir en janvier 2006. Il rappelle que ce sont des imams danois ("de la mouvance des frères musulmans essentiellement, avec quelques salafistes") qui ont constitué un dossier à destination du "monde arabe", et ont affabulé en rajoutant, aux caricatures effectivement publiées au Danemark puis en Egypte, deux dessins tirés d'un site suprémaciste de blancs américains, et une photo n'ayant aucun rapport avec l'islam: un masque de cochon, que nos imams ont légendé en prétendant que c'était ainsi que leur prophète était représenté en Occident! "Cette falsification a fait descendre dans la rue des dizaines de milliers de personnes qui n'ont pas vu les véritables caricatures publiées" (p.28).

L'avocat qu'est Richard Malka ne se prive bien entendu pas de quelques effets rhétoriques en fustigeant entre autres le Président turc: massacrer des milliers de musulmans, ce n'est pas islamophobe mais publier des dessins, ce serait islamophobe? "Et puis j'ai un scoop pour le président Erdogan puisqu'il reproche à Emmanuel Macron d'avoir permis la publication de Charlie Hebdo [qui le caricaturait en octobre 2020]: nous ne soumettons pas nos caricatures au président de la République avant publication. Et même s'il voulait les empêcher, il ne le pourrait pas et il ne trouverait pas un tribunal pour le suivre. Cela s'appelle la liberté de la presse et l'indépendance de la justice (...)".

L'auteur retrace également l'histoire du blasphème en France, en remontant jusqu'aux Encyclopédistes du XVIIIème siècle, alors que le pape a mis L'Encyclopédie à l'index pour hérésie. Il rappelle que la Révolution française a abouti entre autre à ce que soit supprimé du code pénal, en 1791, le délit de blasphème. En 1881, lors des débats pour la grande loi sur la presse de la Troisième république, quand il est question de l'offense à la religion, Clemenceau répond, à l'Assemblée, à l'évêque Angers invoquant la blessure des catholiques outragés: "Dieu se défendra bien lui-même, il n'a pas besoin pour cela de la Chambre des députés". Formule que Richard Malka met en parallèle avec celle du mufti de la mosquée de Marseille à propos des caricatures: "un musulman qui croit que Dieu n'est pas assez grand pour se défendre tout seul est un musulman qui doute de la toute-puissance divine et n'est pas un bon croyant". Conclusion: "ce n'est pas compliqué à comprendre. Dieu peut se défendre tout seul contre les pauvres mortels que nous sommes, ce n'est pas la peine de supprimer ses créatures" (p.42). Richard Malka plaide donc, en toute logique, contre tout renoncement de l'esprit critique, du droit de caricaturer... Ce serait renoncer à ce merveilleux droit d'emmerder Dieu. "Et ça, Cabu, tout gentil qu'il était, hé bien il ne pouvait pas" (p.44). Il faudrait citer l'intégralité du texte, qui a l'unité d'un discours... Lorsqu'il retrace l'histoire de Charlie Hebdo (première puis seconde série), avant puis après l'affaire des caricatures, Richard Malka insiste sur la dégradation de la situation de Charlie Hebdo entre 2006 et 2015, qui a inexorablement conduit à l'attentat, en fustigeant la responsabilité des intellectuels et des politiques, pour lesquels il faudrait, au contraire, renoncer à tout ce qui peut "faire des vagues".

Pour ma part, j'ai lu cet opuscule très vite, en à peine plus d'une heure. Je vous invite à vous en imprégner.

J'ai trouvé quelques blogs qui ont eu aussi le courage d'en parler, bien avant moi: Vagabondageautourdesoi, Sin City, Lintervalle. Chacun donne aussi un ou plusieurs autres liens.

Le droit d'emmerder Dieu a reçu le Prix du livre politique en 2022. P1010613 

Je n'ai toujours pas chroniqué le livre Janvier 2015 - Le procès de Yannick Haenel (texte) et François Boucq (dessin), ouvrage paru en janvier 2021 aux éditions Les échappée. Pour le compte de Charlie Hebdo, ils ont suivi au quotidien le procès (près de deux mois et demi), avec des chroniques publiées sur le site internet et dans l'hebdomadaire. J'en parlerai certainement un mois ou l'autre.

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En utile complément contemporain, je souhaite citer la conclusion d'une interview de Riss dans le Journal du Dimanche (22/01/2023, p.23) à propos du soutien apporté par Charlie Hebdo, avec ses moyens que sont articles et caricatures, à la révolte des jeunes iraniens et iraniennes contre le théocrate qui verrouille tout le pouvoir politique de leur pays: "À Charlie, quand on choisit un dessin, il ne s'agit pas d'insulter ou d'injurier. Notre critère, c'est que ça fasse réfléchir les gens."

*** Je suis Charlie ***

7 janvier 2023

Indélébiles - Luz

Alors que le massacre de l'équipe de Charlie Hebdo remonte aujourd'hui à huit ans, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) choisis ce mois-ci de vous présenter comme "hommage du 7" un billet sur le livre de souvenirs que Luz a consacré à ses copains assassinés (parution en novembre 2018 chez Futuropolis). Je me le suis procuré courant 2022.

P1150619

Ça commence comme un rêve sinon comme un cauchemar: Luz, perdu dans le noir, arrive à la salle de rédaction pour un bouclage, mais personne ne voit qu'il est là, et Cabu, dernier à quitter la rédaction, l'y enferme en éteignant la lumière... Après cet épisode introductif, notre auteur réveillé se lève, va prendre une bière au frigo, la décapsule: occasion de commencer à se remémorer (sur plus de 300 pages) différentes séquences, des tranches de vie en noir & blanc. En tout premier lieu (p.15 à 26), comment il a rejoint les dessinateurs de La grosse Bertha, arrivant de sa province, à l'été 1991... un an avant le début de la re-fondation de Charlie Hebdo: l'histoire de sa rencontre avec Cabu qui sortait de l'imprimerie du Canard enchaîné lorsque lui s'y rendait, qu'il a osé abordé en bafouillant de nervosité et qui, ayant ri à son dessin d'actualité, l'emmène à La Grosse Bertha, l'introduit dans l'équipe, suggère de publier son dessin... Timidité du jeune provincial de pas même 20 ans! Il en conclut que, pour collaborer depuis chez lui, un fax lui est indispensable (pas d'internet à l'époque - j'ai connu). Des planches bleutées nous ramènent à la nuit d'insomnie, introduisant tels ou tels souvenirs et évocations... 

P1150621 (p.142)

L'un des premiers épisodes montre Charb en action, préparant des blagues pas forcément fines (mais parfois en flux circulaire). Le 21e anniversaire de Luz est fêté grâce à Charb (avec une semaine de retard) à la Rédaction de Charlie Hebdo en janvier 1993. Charb devenu un vrai copain "complice" via leur passion commune pour Les Simpson, à l'occasion d'un des Festivals "Scoop en Stock" de la presse lycéenne et étudiante à Poitiers en 1992 [je ne sais plus si c'était l'année où le petit canard dont je faisais partie à l'époque y a été primé dans la catégorie "journal étudiant", ou une autre...].

La séquence qui débute p. 44 montre la sortie des presses du premier numéro de Charlie, à l'imprimerie (après la scission d'avec La grosse Bertha). [Ces pages m'ont encore rappelé un épisode où toute notre rédaction, crevée par une nuit blanche de bouclage, attendait le retour de repas de notre imprimeur pour voir enfin nos exemplaires sortir à la chaîne (et chacun de se précipiter ensuite à la porte de la quinzaine de "centres périphériques" pour nos quatre facs afin d'y vendre à la criée le nouveau numéro...). Fin de cette seconde parenthèse personnelle].

Luz ne se prive pas de réflexions sur le travail du dessinateur. Sur huit pages, nous avons droit ensuite à une évocation de séance de gommage de crayonnés, sur table puis autour de la table... avec toute l'énergie rageuse de Riss (je crois?). Je ne sais pas si Luz possède effectivement des "chiures de gomme" pouvant être attribuées à chaque dessinateur selon sa méthode (comme évoqué p.60)...

L'ambiance dans la salle de rédaction, les "jours de bouclage", est mise en scène à de nombreuses reprises (avec l'indispensable Luce pour rappeler les délais à tenir), et montre bien l'engagement militant des dessinateurs-journalistes (à l'époque de la seconde cohabitation, notamment) en-dehors de leur salle de travail. On est plongé dans le bain d'une manif dans le contexte de l'époque, et un gnon qui vaut à Luz un point de suture sur le crâne (et une troisième mi-temps post-manif) refait surface. Dessinateur, c'est un métier!

Séquence pédagogique concernant l'académie de la grande Chaumière: Cabu y a emmené les "p'tits jeunes" (Charb, Riss, Luz) faire du dessin d'après modèle vivant... Je retrouve dans mon exemplaire une coupure d'un article paru dans Le Canard Enchaîné du 31/08/2022 (p.5): à ce moment-là, la Grande chaumière semblait sous la menace d'être expulsée de l'atelier où avaient lieu les séances depuis des décennies... Vérification faite ce jour, les activités continuent (même avec des horaires restreints pour raisons financières, depuis septembre 2022): https://www.academiegrandechaumiere.com/

Voici un exemple de séquence d'ambiance de rédac', ensuite (il faut lire chaque bulle, apprécier chaque détail et chacun des personnages croqués), qui commence par le dessin ci-dessous.

P1150624 p.95, une image magnifiquement construite, autour de la "figure tutélaire" (rayonnante?) de Cabu ("le mentor")... 

Vient ensuite un bel hommage à Gébé, accompagné en manif: est-ce une anecdote vécue, un souvenir de discussions qui ont réellement eu lieu, ou un regret de ne pas avoir assez parlé avec ce dessinateur et auteur complet de son vivant (il a été Directeur de la publication de Charlie jusqu'à sa mort en 2004)?

P1150623 L'auteur en lévitation après une couv' publiée et reprise par des manifestants... (p.118-119 - hommage à Gébé - "juste Gébé"). Les pages qui précèdent expliquent bien le processus contributif (itérations successives pour un dessin, sa légende, sa construction) qui pouvait régner au sein de la rédac'. Cette élaboration collective sera montrée à une autre occasion dans l'une des dernières séquences, lorsque Luz s'acharne à (re)travailler sa toute première couv'...

Mais il n'y avait pas seulement Charlie Hebdo dans la vie de dessinateur de Luz à l'époque. Il raconte ainsi une séance de dédicace à Angoulême pour un canard sans beaucoup de lecteurs (Chien méchant), où les dessinateurs boivent des coups en attendant le chaland, font passer de fausses annonces à la sono, et dessinent sans filtre... (à la plus ou moins grande satisfaction des dédicataires et de leurs "accompagnateurs"). On a droit plus loin à un autre grand moment de dédicace, sur un support original, à la fête de l'Huma... 

Et puis retour au journal, pour de courtes évocations de séances de travail à la fois collectives et individuelles: chacun dans son dessin, mais en demandant parfois de l'aide pour croquer un personnage, pour trouver une photo sur laquelle s'appuyer (sans internet, encore)... séquences reliées les unes aux autres par ses réflexions nocturnes et colorées (les séquences, elles, sont en noir et blanc). "C'est vrai que, parfois, on était plus drôles à faire le journal que dans le journal" (cf. dessin plus haut, de la p.142).

L'une des explications possibles du titre arrive peu avant la page 200: ayant pris de mauvaises habitudes en tenant feutre ou pinceau, Luz avait les doigts en permanence incrustés d'encre, ce qui n'était pas sans poser quelques soucis intimes... (séquence auto-dérisoire!).

Ma (courte) séquence préférée reste la série de réactions de Cabu devant la nouvelle photocopieuse (une jolie historiette, que j'avais découverte comme "bonnes feuilles" au moment de la sortie du bouquin, dans une publication de presse...).

  P1150618

Côté avancées technologiques, on a aussi droit à l'arrivée de la "tablette graphique" utilisée par Tignous. Bah oui, mais si quelqu'un arrache le fil alors que le dessin n'était pas sauvegardé, il n'en reste rien... 

Luz nous partage encore ses souvenirs sur diverses aventures. Par exemple, en reportage dessiné lors d'une tournée musicale de Renaud et Val durant la guerre de Bosnie... On n'a pas envie d'être à sa place! La Bosnie, c'est compliqué. Chez les sado-masos (avec sa compagne), l'atmosphère est autre. En banlieue, c'est autre chose, un autre univers. Et son infiltration chez les Chiraquiens en 1995 a été l'occasion de tenter le "dessin dans la poche" dont Cabu maîtrisait la technique! Encore une séquence retraçant une visite à la prison d'Angola en Louisiane (lors d'un reportage avec Val, alors Directeur de la publication), qui enchaine sur l'art de dessiner pendant les concerts: cette fois-ci, c'est Luz qui (dé)montre une nouvelle technique à Cabu: la "perception rétinienne".

Finalement notre insomniaque se rendort (il est 4 h du matin), ...et une dernière séance en bichromie commence. C'est le jour de la mort de Johnny Hallyday. J'ai trouvé cette ultime séquence très belle. Elle est colorée avec discrétion. On y voit un bouclage à la rédaction, à l'occasion du décès de ce chanteur populaire en France (intervenu en décembre 2017...): tous les "anciens" croisés par Luz sont présents / se présentent pour l'occasion, notamment Cavanna, Gébé, Renaud bien sûr ("alors comme ça, on a éliminé la concurrence?")..., et cette fois-ci, contrairement au début du "roman autobiographique", ils lui parlent et entendent ses réponses (et ceux qui ne se sont jamais croisés en réalité interagissent aussi).    

P1150625 Une belle double-page colorée: le dialogue apaisé (p.302-303)

Et la couv' du numéro bouclé ce jour-là, bien sûr, c'est Cabu qui réussit à la dessiner (et tous de s'extasier). Je ne peux vous la montrer: il faut juste l'imaginer. Bel hommage.

Le 7 janvier 2015, Luz avait 43 ans. Du coup, il est arrivé en retard à la conférence de rédaction, ce qui lui a vraisemblablement sauvé la vie contrairement à tant de ses copains. Si vous songez toujours aux journalistes assassinés (au moins une fois par an, lorsque leurs proches pensent à eux tous les jours), si vous êtes toujours Charlie, alors lisez cet album.

Je suis certain d'avoir croisé ici ou là sur la blogosphère une chronique sur Indélébiles. Mais aujourd'hui, dans l'urgence, je n'ai pu en trouver que deux via moteur de recherche: The killer inside me et Collectif polar. Si je tombe directement sur d'autres par la suite, je les rajouterai en "post-scriptum".

 *** Je suis Charlie ***

7 décembre 2022

Charlie Hebdo, 1992-2015 - Charb

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) ne vois aucune raison de m'énorgueillir pour le n-ième "hommage à Charlie Hebdo" que j'ai péniblement réussi à rédiger vaille que vaille. S'il y a a sujet à appréciation, c'est bien sur l'objet lui-même, une "somme" sobrement intitulée Charb, Charlie Hebdo 1992-2015

P1150583

Cette "compilation" en 333 pages est parue en novembre 2016. Je me suis acheté mon exemplaire en août 2019. Je me rappelle avoir remarqué en début d'année 2022, au moment où ce recueil constituait le cadeau offert aux nouveaux abonnés à Charlie Hebdo, que l'"offre [était] valable jusqu'au 31/01/2022"... y compris dans le N°1541 paru mercredi 2 février! Comme quoi il peut arriver qu'une publication prenne un certain retard. 

Le livre commence par trois pages de préface où Luz s'adresse au lecteur (il y précise bien que le livre ne couvre pas toute la production de Charb, mais seulement celle publiée dans Charlie). Les dessins sont classés par année (de 28 [en 1992!] à jusqu'à 60 dessins par année): je suppose qu'il s'agit plutôt d'un recueil exhaustif que d'une sélection? A l'époque où je l'avais acquis, j'avais moi-même consulté les deux premières années de Charlie Hebdo nouvelle série, et il me semble que la plupart des dessins aperçus au fil des pages du journal se retrouvent dans les années concernées du livre (à l'époque, j'avais fait en bibliothèque un relevé des dessins "intemporels" dont je pensais suggérer à Charlie la "repasse" à raison d'un par semaine pour les numéros de ce XXIe siècle, dans une rubrique dédiée). Charlie Hebdo "seconde série" a désormais plus de 30 ans, depuis cette "refondation" en juillet 1992 où Charb - entre autres jeunes dessinateurs - a rejoint les "historiques" de la 1ère série!

Pour en revenir au recueil, on y trouve jusqu'à 6 dessins par page (mais c'est rare), et au total plus de 1000 dessins (en faisant le total des 24 années, j'en ai compté exactement 1055 - avec les habituelles approximations de comptage, entre une double-page foisonnante et un minuscule crobard, qui comptent tous deux pour "1"...). Chaque année s'ouvre souvent sur une couverture de Charb emblématique de cette année-là. Bien entendu, les couv' figurent dans le recueil "Les 1000 Unes 1992-2011" qu'il faudra bien que je finisse par présenter un jour.

J'ai décidé de vous présenter en "citations" uniquement ma propre sélection parmi les dix premières années (1992-2001). Du coup, voilà une bonne raison pour (vous) offrir ce recueil, un beau cadeau pour garder la mémoire!

P1150570 p.10, l'un des tout premiers dessins, en 1992 (n'apparaît-il pas daté aujourd'hui?).

P1150572 p.55, dessin de 1995.

P1150571 p.22, reprise de la couv' du N°40 (31 mars 1993).

P1150573 p.48, dessin de 1995 (en 2022, il ne s'agit plus des mêmes personnes, mais...?).

P1150574 p.63, dessin de 1996 (encore un dessin intemporel?).

P1150575 p.67, dessin de 1996 (avant qu'on parle d'économie circulaire?).

P1150576 p.80, dessin de 1997.

P1150577 p.94, est-ce que la situation s'est améliorée depuis 1998? On pourra bientôt passer un coup de fil à la machine pour qu'elle se mette en marche - et, après-demain, pour qu'un drone nous fasse boire la tasse?

P1150578 p.102 (dessin de 1998, bien sûr...).

P1150579 p.114 (1999): COP, COP, COP... Cocorico?

P1150580 p.136 (dessin de 2000).

P1150581 p.136 encore (2000 toujours). Points de vue et images du grand monde. 

P1150582 p.145: nous y voilà bientôt (2001).

*****

P.S.: dans Charlie Hebdo N°1585 de ce mercredi 7 décembre 2022, je me trouve particulièrement en accord avec l'édito signé par Riss p. 3, titré "Conseil d'ami pour le XXIe siècle", qui commence par "Vivre sans électricité, c'est le défi de la semaine". Je vous cite encore une phrase (vers la fin de la colonne): "En réalité, notre niveau de consommation d'énergie n'a pas été conçu pour satisfaire nos besoins vitaux, mais ceux du marché, qui a besoin de millions de consommateurs pour exister." Vous pouvez lire le texte complet sur le site du journal.

*** Je suis Charlie ***

7 novembre 2022

Bidoche - Fabrice Nicolino

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente aujourd'hui un cinquième livre de Fabrice Nicolino, que j'ai acheté récemment. Bidoche est par contre un livre déjà ancien, mais il reste intéressant par l'éclairage qu'il donnait déjà, à l'époque, sur les filières industrielles de la viande et plus généralement de l'alimentation. Pour rappel, Fabrice Nicolino est l'un des survivants blessés de Charlie Hebdo, et le seul dont les membres inférieurs conservent les traces non pas d'un, mais de deux attentats. 

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Bidoche, éd. LLL (Les Liens qui Libèrent), 2009, 381 p.

Pour qui ne connaît pas le sujet (évoqué dans le bandeau rouge), ce titre constitue une bonne mise en bouche pour soulever le coeur du système de l'industrie agro-alimentaire en France depuis l'après-Seconde Guerre Mondiale et le mettre au jour. Au long du livre, Nicolino raconte, rencontre, rend compte, révèle, dévoile, explique... 

L'auteur commence par préciser qu'il mange (encore) de la viande, mais de moins en moins: le livre explique pourquoi. Il commence par s'intéresser aux hommes, avant les animaux. Pour le dire vite, avec l'augmentation de la productivité agricole apparue dans les années de l'après-guerre, la France a cherché à ce que sa population toute entière ne se retrouve plus dans la situation de restrictions alimentaires qui était celle en vigueur sous l'Occupation. Pour cela, il fallait augmenter les rendements végétaux, et privilégier des "races" animales plus productives (des animaux à viande qui engraissent plus vite, qui ont des muscles plus volumineux; des femelles laitières inséminées artificiellement à partir de reproducteurs sélectionnés; des poules pondeuses "optimisées" pour cela - et différentes des poules "à viande")... Les sagas des différentes filières nous sont contées. Et puis, on voit, on comprend le basculement se faire à partir du moment où l'élevage ne vise plus seulement à d'apporter des produits animaux en "quantité suffisante" à la population française, mais lorsque un système "industriel" cherche à développer ses produits financiers (quitte à utiliser tous les moyens pour inciter le "consommateur" à consommer): on est passé de la production d'aliments "pour vivre" à la recherche de parts de marché pour gagner encore davantage d'argent en diminuant autant que possible les coûts de production. Bref, le système capitaliste, dans toute son horreur. Pour obtenir les "rendements maximaux" de ces "usines à viande" (ou à oeufs, ou à lait...) standardisées (au détriment de la diversité des anciennes "races locales" de terroir), la "ration" doit être optimisée en terme de coût et de profitabilité (prise de poids par l'animal). Aliments miracles (au détriment des vieux pâturages...): le maïs (qui peut être produit en France... mais est extrèmement gourmand en eau), et surtout le soja, importé massivement d'Amérique du Sud (au détriment des forêts primaires et des populations locales). La Bretagne a été choisie pour y développer en masse la production porcine: on en constate depuis déjà quelques décennies les résutats environnementaux (pollution des eaux potables et algues vertes sur les plages).

Beaucoup de thèmes s'entrecroisent dans ce livre cohérent: au départ, la volonté politique de transformer la paysannerie traditionnelle, ventilée à l'époque en trois catégories: ceux qui devraient disparaître (inadaptés et inadaptables); ceux qui étaient considérés comme les "premiers de cordée" de ce temps-là, capable d'atteindre la masse critique visée en supportant les investissements nécessaires; et ceux qui devaient bénéficier d'un "accompagnement" vigilant de la part des pouvoirs publics ou... para-publics. Puis les moyens pour ce faire: imitation de ce qui se pratiquait déjà aux Etats-Unis, en terme de passage à une industrie de plus en plus soutenue par la chimie (engrais pour les plantes, et pratiquement pour les bêtes, traitées à coup d'antibiotiques, à défaut d'hormones comme nos "concurrents" des Etats-Unis). Tout au long de l'ouvrage, notre journaliste cite des noms, donne des détails, le tout non sans l'ironie caustique qui fait partie de son style. Les collusions incestueuses entre chercheurs et laboratoires, députés soutenant telle ou telle filière à coup d'amendement plus ou moins téléguidé, lobbyistes orchestrant l'organisation de colloques, campagnes de presse coordonnées, éléments de langages cités en boucle... sont explicités. Un certain "comité Noé", cercle informel dont la liste des membres n'est pas "publique", a été mis en place pour contrer tout discours susceptible de mettre en péril les intérêts (financiers) de l'industrie agro-alimentaire. Il est clair que le consommateur final français (nous) est manipulé (puisque c'est pour notre santé, on vous dit!).

Après vous avoir exposé ce que j'ai personnellement retenu du livre, je vais en profiter pour dire quelques mots à propos des "vegans", idéologie à la mode en 2022, en pointe sur ce qu'ils appellent "antispécisme". Bidoche, en 2009, ne mentionne pas le terme de vegans sauf erreur de ma part. Le terme (la marque...) a connu une éclosion médiatique plus tardive en France. A l'époque, L214, aujourd'hui célèbre pour ses vidéos filmées clandestinement dans des abattoirs, s'occupait surtout du gavage des oies et canards pour produire du foie gras (évoqué dans Bidoche). Aujourd'hui, L214 interroge plus généralement sur la légitimité de tuer les animaux "sans nécessité", et j'ai bien l'impression que vouloir les manger (et/ou/puis se vêtir grâce aux produits qu'ils nous fournissent, entre mille et un motifs d'"élever" les animaux) ne sera jamais, à leurs yeux, une raison légitime... Pour ce qui concerne les "visées ultimes" et les conséquences finales de cette action quand elle aura été poussée à son terme, je préconise la lecture de La cause vegane, un nouvel intégrisme?, de Frédéric Denhez, dont la lecture m'avait personnellement intéressé (même si, je l'avoue, je n'ai pas enquêté pour savoir par qui ou par quels intérêts il était soutenu ou financé).

J'ai pris par contre la peine de vérifier la position de Fabrice Nicolino sur les vegans. Sans prétendre être exhaustif, je citerai un article (paru dans Charlie Hebdo N°1394 du 10/04/2019) concernant une action de L214 contre le sort fait aux 1000 milliards de poissons tués dans le monde chaque année pour notre alimentation, qui contient les phrases suivantes: "Je ne suis pas vegan et ne compte pas le devenir. J’ai ferraillé contre ce mouvement, et je recommencerai, mais dans l’amitié qui me lie aux deux fondateurs de L214, Brigitte ­Gothière et Sébastien Arsac." Dans CH N°1355 du 11/07/2018, il mettait en garde contre les excès possibles.

Evidemment, pour une raison d'âge (le mien, et le sien), je fais bien plus confiance à la qualité des informations de Fabrice Nicolino qu'à celles d'un quelconque freluquet de 20 ans militant de fraîche date chez telle ou telle association, ou même qu'à un journaliste ou un diplômé Master 2 de ceci ou de cela (de moins de 25 ans) frais émoulu de l'Ecole de journalisme, de la Fac ou d'un Grande Ecole quelle qu'elle soit. Ces "jeunes" parfois excessifs, à mon avis, n'ont pas eu le temps d'acquérir l'épaisseur et la largeur d'esprit qu'amènent les années et - désolé du gros mot - les expériences successives non moins que partagées.

*** Je suis Charlie ***

7 octobre 2022

La rafle du Vel d'Hiv - Cabu

Le sujet de l'"hommage du 7" que je (ta d loi du cine, squatter" chez dasola) vous livre ce mois-ci présente un lien indirect avec l'actualité. Dasola m'a offert à sa sortie le beau livre ci-dessous. Il s'agit du catalogue d'une exposition qui remet au jour une quinzaine de dessins de Cabu réalisé dans les années 1960. L'ouvrage, paru chez Taillandier, peut bien sûr se lire tout à fait indépendamment de l'exposition. Pour ma part, j'ai été visiter celle-ci il y a déjà plusieurs semaines (les photos y sont interdites). 

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Taillandier, DL juin 2022, dessins Cabu © V. Cabut, 56 pages.

Depuis le 1er juillet 2022 et jusqu'au 7 novembre 2022, une exposition commémorant le 70e anniversaire de la Rafle du Vel' d'Hiv et présentant des dessins de Cabu est donc en cours au Mémorial de la Shoah à Paris (au 3ème étage, "entrée libre" - gratuite). 

Comme l'explique l'introduction du livre ci-dessus, en avril 1967, le magazine Le nouveau candide publie les "bonnes feuilles" d'un livre à paraître chez Robert Laffont, La grande rafle du Vel' d'Hiv (de Claude Lévy et Paul Tillard). Fondé en 1961, le magazine est un journal de droite (gaulliste), qui cherche à contrebalancer l'influence de L'Express alors positionné au centre-gauche. Le nouveau Candide cessera sa parution en décembre 1967. Pour le moment, le magazine commande une quinzaine de dessins d'illustration, pour les quatre numéros du journal concernés, à un dessinateur de 29 ans: Cabu (qui collaborait déjà au journal depuis 1964). Mais on n'est pas chez Hara Kiri: les couvertures du Nouveau Candide ne sont pas dessinées, en tout cas pas celles ci-dessous qui annoncent la parution de notre "feuilleton" (pp. 12-13 du catalogue). 

P1150504En 1967, la rafle du Vel' d'Hiv a été oubliée du fait des années passées sinon de par l'historiographie officielle. Alors que la police parisienne a été glorifiée pour sa contribution à la Libération de Paris en août 1944, il n'était pas simple de rappeler sa participation vingt-cinq mois auparavant à une rafle visant à livrer à l'occupant allemand des juifs étrangers, pour un voyage que l'on sait aujourd'hui sans retour pour une immense majorité. Sur les quelque 13 152 personnes (dont 4115 enfants) victimes de la rafle parisienne les 16 et 17 juillet 1942, une centaine d'adultes ont survécu et sont revenus des camps nazis. Rares sont les enfants (des adolescents, en général) qui avaient pu échapper, avant d'arriver à la destination finale, au sort qui leur était réservé. 

Je me suis rendu le mois dernier (jeudi 8 septembre) à l'exposition, après ma journée de travail. J'avais noté que, ce soir-là, Riss et Jean-Luc Porquet, entre autres, devaient apporter au cours d'une conférence des éclairages sur le travail de Cabu. Mais, ne m'étant pas inscrit à l'avance, je ne pensais pas pouvoir y assister (l'événement annonçait déjà "complet" bien avant mon arrivée). Au 3ème étage, au centre de la pièce consacrée aux dessins de Cabu, les originaux sont exposés dans des vitrines horizontales. Sur les murs s'étalent diverses reproductions de différents formats, accompagnés de textes explicatifs. Près de l'entrée, d'autres vitrines montrent des documents, courriers, photos, tapuscrits, différentes publications... (je reparlerai de l'une d'elles ci-dessous). Mais surtout, à mon arrivée, une visite guidée était en cours, et j'ai tendu l'oreille. Je ne m'étendrai pas sur un incident suscité par un individu qui a interpellé notre guide à la fin de son exposé, en arguant qu'il n'y avait pas lieu de "faire de l'humour" avec un événement tragique comme la rafle du Vél' d'Hiv'. Mon interprétation personnelle est que ce monsieur visait avant tout la reprise, par Cabu, de trois de ses dessins de 1967 dans un "remontage" publié en 1971 dans Charlie Hebdo pour attaquer une chanson trop patriotique (voir ci-dessous). Mais il n'a pas su le "verbaliser" et a refusé le dialogue avec le personnel du Mémorial. Ci-dessous, trois des dessins présentés par l'exposition (on peut y voir les originaux). 

P1150506p.50, je cite l'ensemble de la légende: "reprise par Cabu de trois de ses dessins de 1967 pour une double page de Charlie Hebdo (26 avril 1971)". Et p.48: "(...) Le tout est illustré par des extraits de la chanson de Philippe Clay, "Mes universités" (Polydor), dans un jeu de contraste entre les images terribles d'arrestation, d'internement, de déportation, et les paroles complaisantes du chanteur (...)". La chanson est clairement anti-mai-68.

P1150505 p.32-33, l'un des dessins repris ci-dessus.

 

 

P1150483 p.39: un dessin annoncé dans le catalogue comme "inédit", représentant la fuite d'une femme qui s'échappe du Vél' d'Hiv. Celle qui a inspiré le dessin retrouvera par miracle sa fille, poussée aussi vers l'évasion vingt minutes plus tôt. Leur fuite dans le métro est le sujet d'un autre dessin, publié, lui.

À l'issue de la visite guidée et de l'incident relaté ci-dessus, il a été proposé au groupe du 3ème étage de pouvoir assister à la fin de la conférence, sous condition de disposer d'une pièce d'identité à présenter au personnel de sécurité à l'entrée de l'auditorium (où quelques places au fond avaient été pré-réservées). J'ai aussi pu m'y joindre, prendre quelques notes sur ce qui était dit par les différents intervenants (je n'ai bien entendu pas pu tout noter!), et même, à la fin, prendre le micro pour poser deux questions. J'espère ne pas avoir fait d'erreurs dans ma prise de notes! Selon elles, à la tribune se trouvaient Jean-Luc Porquet et Riss, ainsi que deux autres personnes. Laurent Joly, qui a écrit les textes de présentation, n'avait pu être présent ce soir-là. Je n'ai pas bien compris si Véronique Cabut était dans la salle ou non, elle n'était pas à la tribune. Son témoignage rapporte en tout cas que Cabu n'en revenait pas que les gens ne connaissent pas la Rafle du Vél' d'Hiv'. Lui-même, lorsqu'il préparait ses illustrations en 1967, en a fait des cauchemars. Jean-Luc Porquet a précisé que Cabu avait été sensibilisé, vers l'âge de 12-13 ans, par un aumonier, l'abbé Grazer (?), qui avait été déporté. Il a amené ses jeunes ouailles visiter le camp de Struthof. Cabu ne l'a jamais oublié. En outre, il était ami avec le secrétaire de l'association des anciens de Dachau. Cabu avait en général la mémoire historique (par exemple, il connaissait le CV des personnages politiques de la Ve République). À Riss, il a été demandé quelles sont les règles du dessin de presse par rapport à l'Histoire? Réponse: un dessin doit toujours vouloir dire quelque chose, ou attirer l'attention sur quelque chose. On peut faire de l'humour, mais pas faire des mensonges ou raconter n'importe quoi. Surtout, ne pas transmettre des choses mensongères et fausses. Le dessinateur de presse doit en permanence se demander comment les gens vont interpréter ce qu'il dessine. Riss se demande si les dessinateurs ont encore les outils, face à la force des réseaux sociaux? Cabu disait: on doit "venger le lecteur" (lui apporter ce qu'il ne voit pas suffisamment). Dans son cas, la guerre d'Algérie a joué un rôle déterminant: ce qu'il y avait vu n'était pas "dit" en France. Ici, dans un dessin, on peut se demander si dessiner un gendarme en tenue d'été n'était pas une réminiscence, pour Cabu? Riss se demande si elle était inconsciente, involontaire, ou bien réfléchie?

À ma question sur le fait que Cabu se soit représenté lui-même sur un dessin (petit garçon au visage rond, à la coupe au bol brune, à lunettes rondes, regardant le lecteur devant un gendarme, vers le centre du dessin pp.42-43...?), la réponse de la tribune est ferme: non. Riss rajoute que le lecteur ne doit pas "surinterpréter " un dessin. Et à ma deuxième question (sait-on pourquoi l'un des dessins est resté inédit - décision de Cabu ou du journal?), le "spécialiste" présent répond (confirme) que, non, on ne sait pas pourquoi. 

En conclusion, Jean-François Pitet, spécialiste de l'oeuvre de Cabu, analyse que ces dessins sur la rafle du Vél' d'Hiv' cumulent plusieurs techniques: rotring, plume travaillant à l'encre, lavis d'encre de chine, fusain, lame de rasoir (scarifications sur un fond noir). Les textes dans le livre sont un peu plus importants que les légendes de l'exposition, mais ils se répondent parfaitement.

P1150500C'est dans une des vitrines de l'exposition que j'ai vu un exemplaire de ce J'Ai Lu N°A195 ** (collection bleue "J'ai lu leur aventure"). Cela m'a rappelé que je le possédais moi-même (je n'ai pas la totalité des titres de cette collection, mais j'en ai accumulé un bon nombre au fil des décennies). Selon ce que j'avais noté à l'époque dans mon exemplaire, je me l'étais acheté (d'occasion, bien entendu) le jour où Maurice Papon était arrivé à Fresnes (23 octobre 1999) après son arrestation en Suisse deux jours avant. Je viens de finir de le relire (y compris la préface de Joseph Kessel). La grande rafle du Vél' d'Hiv est une litanie de cas individuels (dont les auteurs affirment que chacun s'appuie "soit sur un témoignage recueilli directement, soit sur un extrait de dossier officiel ou de livre déjà publié sur la question", à l'époque). Il vaut aussi témoignage en faveur de tous ceux (souvent anonymes) qui ont fait preuve de compassion et se sont efforcés, chacun à leur manière, de mettre des grains de sable dans le mécanisme mortel si bien huilé par Vichy et ses fonctionnaires zélés. Dans certaines pages du livre, on retrouve bien les "situations" qu'a illustrées Cabu.

Ci-après quelques liens vers d'autres blogs ayant parlé du livre de 2022. La liste n'en est sans doute pas exhaustive, mais j'ai vraiment l'impression que les moteurs de recherche excluent volontairement les blogs de leurs résultats (sans doute est-ce en rapport avec le RGPD d'une part, et les sujets "sensibles" d'autre part - nous voilà "protégés" malgré nous!). J'ai tout de même déniché Henri GolantMatamoune, ou le blog Bonnes bobines

Sans oublier l'article de Riss paru dans Charlie Hebdo le 22 juin 2022 (N°1561).

Je peux aussi citer un album BD retraçant la rafle, que je ne connaissais pas, et dont j'ai trouvé trace chez Les Caphys.

Bien entendu, il existe d'innombrables dessins de Cabu de loin antérieurs à ceux-ci. Un jour, il faudra que je présente le livre (que je possède depuis février 2015) Pas complètement BETE... mais pas encore MECHANT! [chroniqué le 7 mai 2023].

En tout cas, le présent billet, où je souhaitais aborder cinq sujets (la rafle de 1942, le livre de Claude Lévy et Paul Tillard et les dessins de Cabu de 1967, l'exposition et la conférence de 2022), est l'un des plus difficiles à écrire auxquels je me suis affronté depuis que je rédige cette rubrique. 

*** Je suis Charlie ***

7 septembre 2022

Au diable vauvert - Maryse Wolinski

Ce mois-ci, dans le cadre de mes "hommages du 7", c'est un simple roman que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais commenter. Mais bon, pas n'importe quel roman, puisqu'il s'agit du premier publié par Maryse Wolinski. Cela fait aujourd'hui presque un an que la veuve de Georges est décédée. J'ai trouvé ce livre d'occasion il y a quelques semaines, mais je vais ci-dessous me cantonner à une chronique littéraire "classique". 

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Le dessin de couverture, non signé, est bien sûr de Georges, pour l'édition en "poche" (J'ai lu N°2560, mars 1989) du 1er roman de Maryse (Flammarion, 1988, pour la 1ère édition). Mon exemplaire avait été acheté en octobre 1989 par son ou sa premier(e) propriétaire...

La première partie commence par l'exposition des personnages, autour de la famille Sainte-Lagüe, dans l'après-guerre de 1940-44. Ida se trouve être la mère de famille. Anna, sa fille, l'héroïne principale, a 5 ans au début du récit, lorsque naissent ses deux frères jumeaux Antoine et Amaury. Etienne Sainte-Lagüe, le père, représente une sorte de hobereau local. Parmi l'entourage de la famille, on trouve encore Clémence, la grosse cousine (secrètement amoureuse du père), Fernand, le fermier, et Raymond son fils, de 4 ans plus âgé qu'Anna, et enfin Estrella, la belle Andalouse, mère d'Inès (sa seconde fille), une des maîtresses d'Etienne, devenue fille-mère (de Violetta).

A l'occasion de la naissance des jumeaux, Etienne décide de racheter le château local (en ruine), Seyrac-de-Haut qui surplombe le village et la Baise, rivière capricieuse. Ah, et le Diable vauvert, me direz-vous? Il s'agit d'une bâtisse abandonnée dépendant du château, que découvre à 5 ans Anna lorsque la famille s'installe dans celui-ci. Et voilà le décor planté pour une tragédie clanique. A 10 ans, Anna ne supporte pas d'entendre dire que ce sont ses frères qui reprendront les vignes familiales (p.34). Anna a les mêmes yeux vairons que sa tante maternelle décédée. Sa seule amie est Elisa, le même âge qu'elle, fille d'une voisine. Dès ses 16 ans, pour sa part, Raymond a déjà tous les vices (il boit, notamment)... 

La deuxième partie, la plus longue, reprend l'histoire lorsque, à 22 ans, diplôme de l'Ecole d'agriculture de Bordeaux en poche (elle y a passé 3 ans en internat [?]), Anna revient sur le domaine (p.60). Elle doit épouser un étudiant en droit, Philippe, fils des plus importants viticulteurs de la région. Et, le lendemain de son retour, encore un drame: une sale affaire, dans laquelle les coupables seront finalement... ses frères. Verdict: cinq ans de prison, dont un avec sursis. Alors qu'Anna avait pris fait et cause pour la victime, ses beaux-parents potentiels, eux, conseillaient de "ne pas rompre la loi du silence" (p.116). 

Dans la troisième partie, quelques années plus tard, Anna a fini par épouser Jules, le maire dilettante, malgré ses quelques années de plus qu'elle, et a pris en main en son nom la coopératve viticole, les affaires de la commune... Mais survient la mort du père, avant celle du mari (un accident de voiture, avec le volant pris un peu trop imbibé...).

Maintenant que j'ai raconté une partie de l'histoire (qui s'étend sur plus de 200 pages, je le rappelle), quel est mon sentiment sur ce livre? Je dirai que sa lecture n'est pas forcément faite pour apaiser l'esprit. Bien sûr, ces histoires d'enfants et d'enfance ne comprennent ni vampires, ni zombies, ni magie, ni superpouvoirs ou technologies surpuissantes... Rien que du naturel! On n'est pas vraiment non plus dans de la "Chick Litt" (si ce n'est que l'héroïne dévoile au fil des ans des talents d'entrepreneuse et de politicienne). Mais les péripéties sont noires, ou plutôt sanglantes.

Quelles autres oeuvres puis-je évoquer sur le thème de l'enfant mal aimé par sa mère? Je pourrais l'inscrire dans la lignée d'autres livres que j'ai lus jadis: Poil de Carotte, de Jules Renard, Vipère au poing, d'Hervé Bazin. Dans Malevil de Robert Merle, le schéma initial est inversé: ce sont les deux soeurs qui sont préférées au garçon... Et n'oublions pas le sort pas très enviable des gamines campagnardes tel que dépeint par Colette dans Claudine à l'école (paru en 1900!) [chroniqué le 26/07/2023].

Vu l'ancienneté du livre Au diable vauvert, en cherchant sur internet, j'ai seulement trouvé un article universitaire, datant de 2014, de Lori Saint-Martin, enseignante canadienne à l'Université du Québec à Montréal et spécialiste des études féministes en littérature. 

Le site personnel (officiel) de Maryse Wolinski est toujours en ligne (avec un nom de domaine personnalisé). Il n'a pas été mis à jour après son décès, je suppose qu'Elsa n'en a pas les codes (ou bien aura souhaité le conserver "tel quel"?). La fiche du roman Au diable vauvert y permet de se le procurer en ligne.

*** Je suis Charlie ***

7 août 2022

C'était Calais - Hors-série Charlie Hebdo, décembre 2016 / janvier 2017 - Coco & Foolz

Ce mois-ci, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente dans le cadre de mes "hommages du 7" touchant Charlie Hebdo un "Hos-série" sans beaucoup de rapport avec l'actualité. 

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 C'était Calais, novembre 2016, 48 pages, 6 euros

Ce Hors-série fait partie d'un lot que j'ai acheté il y a quelques mois (fin 2021 / début 2022...), 5 ans après sa parution, donc. Au moment où la France est en vacances, je me suis dit que je pourrais rappeler a contrario que la vie dans un département au bord de la mer n'est pas charmante pour tous tout le temps.

P1150429L'édito signé Riss, p.3, explique ce reportage et ce "hors-série comme destinés à "prendre date". C'est au moment où il était question de démanteler la "jungle" de Calais que Coco et Foolz, deux des dessinateurs de Charlie Hebdo, ont effectué ce "reportage dessiné". Pour rappel, des migrants venus de nombreux pays, souvent de religion musulmane, toujours pauvres, et souvent en proie à la guerre civile, ne rêvent que de passer en Angleterre pour y trouver de meilleures conditions de vie que celles qu'ils peuvent espérer chez eux, et pouvoir, éventuellement, soutenir leur famille restée au pays, qui s'est souvent saignée aux quatre veines, pour les envoyer vers le mirage occidental - je résume. A part la page signée Riss, il n'y a rien d'autre à lire que les légendes des dessins (qui contextualisent), ou leurs "récitatifs"", qui donnent un peu plus de détails... Tout y est dit, si l'on prend la peine de lire chaque mot.

Contrairement à ce qu'on pourrait croire au vu du titre, ce reportage ne couvre pas seulement Calais, mais aussi Grande-Synthe (dans le Nord). Au fil des pages, nos reporters dessinent des tentes, des cabanes, des migrants, des boutiques de bric et de broc, la gadoue, la police, les bulldozers qui "démantèlent", des bénévoles, des vigiles, des voisins... Il faut regarder chaque détail, lire chaque mot gardé pour la bonne bouche...

Nous n'avons que les seuls dessins, et aucun contexte sur le "comment" ou le "pourqoi"du reportage, pas "d'histoire": quelles ont été exactement les dates du reportage? Qui en a eu l'idée ou l'initiative? Pourquoi, comment, en fait? Je regrette donc un peu le manque (à mon avis) d'analyses, de QQQOCP,... et de solutions. Je suppose que c'est parce qu'il n'en existe aucune, absolument aucune. Les flux de ces "migrants" en transit ne tarissent pas. Six ou sept ans après, il y en a toujours qui cherchent à passer en Angleterre, malgré le "Brexit" et autres changements politico-sociologiques. Sur les embarcations de fortune fournies par les passeurs, certains se noient, dans l'indifférence générale. Et le "pire" est certainement devant nous en terme de nombre de personnes concernées.

De mon côté, je n'ai guère réussi à choisir de montrer d'autres dessins. C'est difficile de résumer une synthèse: on ne peut guère "comprimer" davantage, il faudrait faire des choix, je préfère suggérer à mes lecteurs intéressés par le sujet d'investir eux-mêmes dans l'acquisition de cet ouvrage. Ce que l'on peut trouver déprimant, c'est qu'il n'y a pas de perspective. Les migrants arrivent, seuls ou parfois en famille, traversent pour certains, cependant que bénévoles et associations, inlassablement, essaient d'alléger la misère et d'améliorer les conditions de vie, dans le provisoire et un perpétuel recommencement... tandis que les pouvoirs publics, eux, cherchent à rendre "la vie dure" à tous ces "indésirables" pour à la fois respecter les obligations internationales (vis-à-vis de l'Angleterre) et éviter un "appel d'air" craint comme la peste.

Pour qui prend la peine de "suivre" un peu ce sujet, ce HS qui date déjà d'il y a quelques années recoupe d'autres articles que la presse évoque de temps en temps, à l'occasion (quand elle n'a pas d'autres sujets à aborder...), sur le "business" que représente l'activité pour les réseaux de "passeurs" organisés en mafia. Souvent, à mon avis, ces articles paraissent dans une visée "utilitariste", sont destinés à mettre en évidence l'absence de moyens de tels ou tels intervenants, lorsqu'il s'agit de sanctuariser un budget, ou d'essayer d'obtenir davantage de moyens, au moment d'arbitrages budgétaires... 

Ce hors-série est toujours en vente (6 euros) sur la boutique, mais sans que sa fiche comporte davantage d'explications.

Pour ma part, j'avais déjà abordé ce thème quelques années avant (décembre 2014) en évoquant le livre La jungle, un reportage photo de Jérôme Erquer sur le même thème.

**

Dasola m'a offert un album récemment sorti qui reprend une quinzaine de dessins de Cabu publiés dans Le nouveau Candide en 1967 pour illustrer des articles sur la rafle du Vel d'Hiv. J'en parlerai un prochain mois.

*** je suis Charlie *** 

7 juillet 2022

Keynes ou l'économiste citoyen - Bernard Maris

== À nos lecteurs
La mise en ligne du présent billet a été retardée par les "indisponibilités" à répétition de la plateforme Canalblog. Je ne vous cache pas que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) ressens une intense frustration à l'idée de tous vos "commentaires" que vous n'avez pu déposer ces jours-ci lors d'une éventuelle tentative de passage sur le blog de dasola. Frustration d'autant plus intense que nous, blogueurs, n'y pouvons mais... alors que ne s'affiche même pas toujours le message fatidique disant: "Oups! Une erreur s'est produite. Nous en sommes avertis. Si le problème persiste, contactez notre support technique"... ==

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Bref. Depuis le 7 janvier 2015, cela fait bien le dixième livre de Bernard Maris que je chronique, dans le cadre de mes "hommages du sept". Dans celui-ci, Keynes ou l'économiste citoyen, Bernard Maris nous présentait l'un de "ses" trois grands économistes. Je cite (p.57): "S'il fallait choisir trois noms dans l'histoire de la pensée économique, indiscutablement, ce seraient Marx pour sa vision du processus d'accumulation et de crise, Walras pour avoir révélé les concepts d'interdépendance des actions et d'équilibre, Keynes pour avoir introduit le déséquilibre, la monnaie et le temps en économie (et leur corollaire: l'incertitude)."

P1150329 P1150330  
Presses de Sciences Po, coll. La bibliothèque du citoyen, 1999, 93 pages.

Il s'agit donc d'un livre court, mais dense. Bernard Maris commence par des éléments biographiques, pour expliquer le cheminement de Keynes (1883-1946) vers sa position de "maître à penser" (théoricien, mais aussi praticien) de l'économie telle que mise en action par le pouvoir politique (notamment pour résoudre la "crise de 1929"). Fils d'enseignants universitaires, il a d'abord été un élève brillant à Eton, puis à Cambridge où il a fréquenté un certain nombre de jeunes peintres ou écrivains (qui constitueront le "groupe de Bloomsbury"), avant d'avoir un coup de foudre, vers l'âge de 21 ans, pour une jeune discipline: l'économie.

John Maynard Keynes devient rédacteur en chef de The Economic Journal en 1911, et commence à publier différents ouvrages de théorie économique. En 1919, son pamphlet Les conséquences économiques de la paix, critique du traité de Versailles rédigée en moins de deux mois, lui valent renommée et aussi aisance financière. Les grands thèmes keynésiens sont déjà présents dans ce livre. Selon Maris, ce n'est qu'ensuite qu'il devient un théoricien dont on s'inspirera (publication de sa Théorie générale en 1936). Il est intéressant d'apprendre que Keynes revendiquait un droit pragmatique au changement: "quand les circonstances changent, je change mon point de vue" (citation p.59). Au final, Keynes avait compris que le "doux commerce" et l'enrichissement mutuel apportent la paix aux nations, cependant que la concurrence sauvage (le libéralisme...) apporte la guerre, et il était donc partisan d'une régulation de l'économie. Concernant sa place dans la "vie de la cité", Maris nous signale la "défaite" qu'ont constitué les accords de Bretton Woods où, à la solution que Keynes préconisait (un système monéraire mondial basé sur une monnaie non-nationale, le "bancor") a été préférée la solution proposée par l'Américain White, à savoir l'utilisation du dollar (en principe rattaché à l'or) comme étalon international. Keynes est mort peu après. Il est bon de savoir que notre Pierre Mendes France national (né en 1907) avait lié amitié -professionnelle- avec Keynes à cette conférence de Bretton Woods. 

Le livre est divisé en 5 chapitres et 25 sous-chapitres (inégalement répartis). Je n'ai pas pris la peine de tout retenir (voire de tout comprendre) dans ce livre (après tout, un 07 à l'écrit dans la spécialité "Sciences économiques et sociales" m'a largement suffi pour obtenir mon Bac de cette année 2022). En le lisant, j'ai eu par moments le sentiment que, tout en nous présentant sa vision de Keynes (personnalité complexe), Bernard Maris y mêlait ses propres "dadas" (la place de la psychologie humaine, sinon de la psychanalyse, dans les décisions prises par les acteurs économiques et leurs conséquences). Bernard Maris n'était pas pour rien un économiste hétérodoxe. La conclusion du livre laisse à penser que Keynes aurait pu inspirer ce que les économistes "sérieux" qualifient d'"utopie".

Je vous mets la fin d'une citation, faite par Maris, de l'essai rédigé par Keynes sur son maître Marshall (ça va, vous suivez?): "(...) le maître en économie doit posséder une rare combinaison de dons... Il doit être mathématicien, historien, homme d'Etat, philosophe à un certain niveau. Il doit comprendre les symboles et parler en mots. Il doit observer le particulier en termes généraux et toucher l'abstrait et le concret du même élan de la pensée. Il doit étudier le présent à la lumière du passé et à l'usage de l'avenir" (p.83). Et encore une autre, sous forme d'une boutade pour supprimer le chômage par le crédit et l'investissement: "si le Trésor était disposé à emplir de billets de banque de vieilles bouteilles, à les enfouir à des profondeurs convenables dans des mines désaffectées qui seraient ensuite comblées avec des détritus urbains, et à autoriser ls entreprises privées à extraire de nouveau les billets selon les principes éprouvés du laisser-faire [...] le chômage pourrait disparaître [...]. À vrai dire, il serait plus censé (sic!) de construire des maisons ou quelque chose de semblable, mais, si des difficultés politiques et pratiques s'y opposent, le moyen précédent vaut mieux que rien" (p.75). Si j'ai bien compris, la monnaie doit être employée, circuler, et non être stockée et stérilisée...

J'ignore par combien de mains l'exemplaire que je possède est passé. Le même jour, j'ai acheté (d'occasion aussi) d'autres bons titres, épaves manifestes d'une bibliothèque d'intellectuel... ou de journaliste (Arnaud Spire, qui était-ce?). En tout cas, je vous invite à lire ce court essai, écrit d'une plume brillante.

Pour finir, voici quelques liens vers des blogs ayant jadis mentionné ce livre: Bernard Ligot (dernier billet en 2007), Le blog du Shadokk (dernier billet en 2008). On en trouve aussi des citations sur divers blogs spécialisés en économie, dans des hommages très érudits rendus à Bernard Maris après janvier 2015...

Lors de mes recherches, en rebondissant sur d'autres liens, j'ai fini par tomber sur un documentaire sur Bernard Maris diffusé (le 3 janvier 2016) sur Public Sénat (une cinquantaine de minutes, un peu moins d'un an après son assassinat). Vers la 18e minute, Philippe Val (ancien dirigeant de Charlie) évoque l'origine du pseudonyme d'Oncle Bernard sous lequel Bernard Maris rédigeait ses articles. Keynes est cité peu avant la dernière minute. 

Coïncidences: hier mercredi 6 juillet 2022, Jacques Littauer, qui rédige désormais les rubriques "économiques" dans Charlie Hebdo, y citait aussi Keynes, à propos des prix de l'énergie qui devraient inciter aux économies d'énergie: "(...) les prix ne peuvent pas tout. Ou, plus exactement, comme le savent les économistes keynésiens ou marxistes, le libre ajustement entre l'offre et la demande peut conduire à des situations très douloureuses". Ce même jour, Charlie a entamé la publication d'une rubrique "Un été avec Honoré", dont le dessin ci-dessous met en scène Keynes (et Marx).

P1150341 
Charlie Hebdo N°1563 du 06/07/2022 (p. 8-9).

Ça me rappelle qu'il y a trois ans, j'avais eu le culot d'écrire à Riss pour lui proposer une rubrique hebdomadaire, consistant en la "repasse" commentée du dessin d'un des "anciens" dessinateurs de Charlie Hebdo, y ayant déjà été publié dans l'une ou l'autre série du journal, mais mis en lien (anachronique) avec l'actualité de la semaine courante... Je n'ai jamais eu de réponse. 

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