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26 mars 2024

L'aube est bleue sur Mars - Florence Hinckel

C'est grâce à la première contribution de ClaudiaLucia au "challenge marsien" que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente à mon tour L'aube est bleue sur Mars. Je l'avais déjà noté parmi ce que je prévoyais de lire ou voir d'ici au 31 mars de l'an prochain (2025), mais son billet m'a amené à regarder s'il était disponible en bibliothèque: deux exemplaires sur Paris, dont l'un emprunté... je me suis rué vers l'autre! Voici donc ma deuxième participation au challenge, et mon premier livre. Attention, hein, je ne vais pas m'engager à lire tous les livres chroniqués par les participant(e)s: j'espère bien qu'ils seront en trop grand nombre pour cela! ;-)

L'aube est bleue sur Mars, Florence Hinckel, éd. Nathan, 2022. 17,95 euros.

 

J'ai donc lu ce pavé léger (504 pages avec les "sources") en moins d'un week-end. "Imprimé en juin 2022" mais avec un copyright indiquant "août 2022", L'Aube est bleue sur Mars tire pourtant davantage du côté de la dystopie que de l'anticipation de par son contenu rédactionnel. En effet, aucune allusion n'y est faite au conflit russo-ukrainien, et les Russes y sont présentés comme coopérant activement avec les Occidentaux dans le secteur spatial - au contraire des Chinois.

 

De quoi s'agit-il? De la première expédition humaine vers la planète Mars, dans une coopération internationale impulsée par la Nasa qui, pour des raisons de communication, a souhaité embarquer, aux côtés de quatre astronautes "professionnel(le)s", trois "astronautes stagiaires" chargé(e)s de commenter l'expédition afin d'intéresser à l'aventure toute la jeunesse... Le "récit à la première personne" nous est raconté par Esther, jeune Française de 22 ans au départ, qui a pu être sélectionnée parmi les "happy fews".

 

Très maligne, à l'inverse des datations qui jalonnent les Chroniques martiennes (par exemple), l'autrice ne donne strictement aucune indication de date (d'année). Tout au plus peut-on spéculer, ce à quoi je me suis essayé, bien entendu. La covid-19 est encore un souvenir relativement récent lorsque survient un nouveau fléau, et puis 10 ans passent... avant que (re)commence véritablement l'action, ce qui amène la suite de l'histoire, je dirais, dans les années 2040, mais sans qu'aient eu lieu de véritables "ruptures" géopolitiques, technologiques ni sociétales, juste le "prolongement" de notre société du début des années 2020. Un univers très classique, donc, un peu comme Seul sur Mars auquel il est plusieurs fois fait allusion.

 

Avant son départ, Esther a eu une histoire avec un prénommé Hugo (j'ai beaucoup aimé l'histoire du "petit pas en arrière" lors de leur cheminement amoureux, p.77). J'ai apprécié à sa juste valeur une réflexion d'Esther qui se présente comme "athée" (p.281-282): "les Américains sont ainsi. Ils parlent pour tout le monde, mais en imposant leur point de vue. Et même leur dieu. On ne peut rien objecter, sur une mission à moitié financée par les Américains, mais je ne peux pas m'empêcher de penser que le dieu le plus puissant, dans une mission comme la nôtre, est celui de l'argent." [ce qui se confirmera d'ailleurs plus tard!]. p.407, on a une vision de ce qui aurait pu être un autre titre de l'ouvrage: "un coucher de soleil martien est bleu. Presque violet. Le bleu se disperse plus vite du fait de ses longueurs d'onde plus grandes. C'est pour cette raison que l'atmosphère martienne, composée de particules très fines, laisse passer la lumière bleue plus facilement que les autres couleurs".

 

À la différence de la plupart de ses "collègues", Esther revient sur terre après bien des péripéties (500 pages, même écrites gros et avec un large interligne, cela en permet). Elle nous a exposé son vécu mais aussi ses états d'âme durant l'expédition, y compris un moment plutôt gore - brrr! - qui m'a fait songer au massacre d'astronautes dans le film Life - Origine inconnue. Mais je ne veux surtout pas tout vous dévoiler (ce qui se passe sur terre "pendant ce temps-là" n'est pas non plus trop réjouissant...).

 

Pour moi, ce roman se situe dans la catégorie du "Young adult", avec une jeune héroïne peut-être identificatoire pour certaines lectrices? J'avais déjà lu et chroniqué de la 'littérature jeunesse" à l'occasion de la première édition ("challenge de la planète Mars"), mais les ouvrages que j'avais alors dénichés étaient nettement plus anciens... d'autant que L'aube... n'avait pas encore paru lors de sa clôture. Ca se laisse lire! L'histoire appellera-t-il une suite? La fin est quelque peu abrupte, et on aimerait connaître la suite tant du "vécu" d'Esther que de l'aventure martienne... et de la vie sur terre aussi, tout simplement! Il y a encore de quoi écrire.

 

Changeons de sujet: d'un point de vue matériel, je voudrais préciser que j'ai fait le constat, sur l'exemplaire que j'ai eu entre les mains, d'une "couture", pour renforcer la solidité du "dos collé" et éviter que les pages de cet ouvrage de bibliothèque se détachent. C'était la première fois que je remarquais cela. L'opération semble avoir été pratiqué à titre préventif et non curatif (sous la couverture plastifié autocollante). Je ne sais pas si cela a été fait avec ce qui pourrait être une grosse "machine à coudre" ou bien à la main. Je n'avais jamais vu cela je crois bien (ou n'y avais-je jamais prêté attention?). Ci-dessous, on peut apercevoir la "couture" côté 4e de couverture sur la droite. 

Outre le billet de ClaudiaLucia, d'autres blogs en avaient parlé avant même le début du challenge, essentiellement au moment de la sortie du livre: Judith (du blog Les chasseuses de livres), Tampopo24 (Les blablas de Tachan), Joy Halt-Roen, Le nocher des livres, Ororia, Mylène, Tchatcho (Les lectures de Ju) - liste non exhaustive. À noter que l'auteure en répertorie la plupart sur son propre site internet. Depuis L'aube est bleue sur Mars, elle a déjà publié, ou s'apprête à publier, plusieurs ouvrages... 

 

Edit du 28/03/2024: en ce qui concerne la couture de cet exemplaire, je me suis renseigné en le rendant à la bibliothèque. Voici ce que j'en ai retenu: ils ont un budget "réparation de livres", mais celui-ci est insuffisant. Du coup, ils font du "préventif" (et non du "curatif"), notamment pour les livres "jeunesse" qui "sortent" beaucoup, en interne. "Des collègues" ont été formées, elles ont un outil (une machine?) qui leur permet de faire les trous, puis elles passent le fil... 

 

PS: et bien entendu, ce billet rentre aussi dans le cadre du 12e Challenge de l'Imaginaire repris en 2024 par Tornade

 

12 mars 2024

Un chemin de tables - Maylis de Kerangal

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) participe avec ma chronique du jour au challenge "Monde ouvrier & mondes du travail" proposé par Ingannmic. C'est dasola qui m'a procuré mon dix-huitième livre de la collection "Raconter la vie" que j'avais présentée naguère. Il s'agit d'un texte de Maylis de Karangal, auteure connue pour ses romans, mais dont je n'avais encore jamais lu aucune oeuvre.

Maylis de Kerangal, Un chemin de tables, Seuil (Coll. Raconter la vie), 2016, 102 p.

Dans ce livre, la romancière nous croque le parcours d'un certain Mauro, dont le lecteur ne saura jamais, faute de patronyme associé à ce prénom, s'il s'agit d'une personne réelle ou d'un personnage de fiction. L'auteure nous fait découvrir Mauro, jeune étudiant fraîchement diplômé (il possède un Master de sciences économiques) dans un train en route vers Berlin en 2005. On sait qu'il a fait un séjour Erasmus à Lisbonne durant ses années d'études et y a croisé une demoiselle Mia. Après une année de Master, il a séjourné chez une cousine par alliance à lui qui l'a initié aux produits bio et à leur cuisine. Retour en arrière: enfance, traditions familiales du bien-manger, début du plaisir à réaliser des gâteaux (grâce aux livres de recettes) dès l'âge de 10 ans, puis rôle de préposé à cuisiner pour sa bande de copains de collège puis de lycée... En 2004, c'est un un job d'été dans un restaurant - par relation - qui l'initie à la cuisine professionnelle. Mais en 2006, stagiaire atypique (pour un stage non rémunéré!), Mauro se montre moins enclin que les jeunes "alternants" en études professionnelles qu'il côtoie en cuisine à supporter d'éventuelles brimades, quand la "brigade" doit exécuter sans la moindre erreur les plats demandés, en répliquant "oui chef!" comme chez les Marine (Yes Sir! - ça fait songer à la scène de la cuisine des Tontons Flingueurs) sous peine de se prendre le plat rejeté en travers de la figure... Il tient seulement trois semaines. Immédiatement embauché en CDI dans un autre restaurant, il y découvre une bonne ambiance mais des horaires dingues pour un SMIC qui ne l'est pas (parfois 70 à 80 heures réellement travaillées par semaine, de 07 h du matin à pas d'heure le soir, dans la restauration?). Un autre restaurant encore, et c'est l'inscription au CAP (certificat d'aptitude professionnelle) "Cuisine", en candidat libre [bon, ici, je me dis que l'épreuve pratique a l'air infiniment plus difficile que les écrits ou oraux qu'il m'a juste fallu passer pour obtenir mes quatre Bac Pro...]. L'année 2008 voit Mauro se lancer dans son propre restaurant. Au bout de quatre ans, il s'aperçoit qu'il travaille comme un damné et que toute sa vie est désormais happée par son activité, alors même que gagner beaucoup l'argent n'est pas sa préoccupation première. Il part visiter les "cuisines du monde" (Bangkok, la Birmanie...), avant de revenir en France vagabonder dans d'autres métiers de la restauration. A la fin du livre, il annonce à la narratrice vouloir de nouveau ouvrir un restaurant... Car tout au long du livre, la narratrice croise régulièrement Mauro, dont l'âge le rend à peu près contemporain des propres enfants de l'autrice? 

Le livre a été réédité en Folio en 2019, après l'arrêt de la collection "Raconter la vie". Je ne suis pas persuadé que cela ait pu être le cas de la totalité des titres de la collection (mais cela l'avait été pour Regarde les lumières mon amour écrit par Annie Ernaux). 

Quelques blogs ayant chroniqué ce livre (dans l'une ou l'autre de ses éditions - liste non exhaustive): Philisine CaveGilles Pudlowski, Maggie, l'ancien blog d'Une comète, CeciBon, les blogs Gout de food, Onarretetout aussi, Guy (plutôt déçu), Au bout de mes souliers (dernier billet en 2019), A propos de livres, Géraldine, Piplo. 

Edit pour répondre à celles qui se demandent si j'ai aimé ce livre: j'ai été intéressé par l'aspect sociologique qui nous est exposé, mais je ne raisonnerai pas en terme de "j'ai aimé" ou "je n'ai pas aimé". Le style (ou l'absence de style?) n'est pas un paramètre que je sais prendre en compte (j'étais nul en "commentaire composé"!). 

7 mars 2024

Traité sur l'intolérance - Richard Malka

Lorsque j'avais (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) rédigé mon billet sur Le droit d'emmerder Dieu de Richard Malka (billet paru il y a plus d'un an), j'avais prévu de publier à la suite de la première chronique le présent Traité sur l'intolérance, du même auteur. On avait renâclé. Depuis, une nouvelle guerre a éclaté au Moyen Orient... et on reparle antisémitisme en France. Voici donc ma chronique. Ce second livre est paru en janvier 2023, et je l'ai acquis début février 2023. Il reprend sa plaidoirie pour le procès en appel concernant les condamnations prononcées à l'issue de celui en première instance sur les attentats de janvier 2015, procès en appel qui s'est déroulé du 12 au 20 octobre 2022 (deux des 14 condamnés ayant fait appel).

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Traité sur l'intolérance, Richard Malka, 96 pages, 2023 

Bien sûr, comme les titres de ces livres, les extraits que j'ai choisi d'en citer sont provocateurs. Mais avant d'enfourcher de grands chevaux de bataille, lisez vous-même ces deux ouvrages. 

P1150697Le second titre compte pratiquement le même nombre de pages que le premier, mais il est imprimé plus gros. La plaidoirie qui en représente la plus grande partie a été prononcée le 17 octobre 2022 au nom de Charlie Hebdo. Le texte rentre tout de suite dans le vif du sujet, en réagissant sur le fait que le procès en appel se déroule dans la salle Voltaire de la Cour d'assises au Palais de justice de Paris (sur l'île de la Cité). "Voltaire... Le pourfendeur des religions, l'esprit libre, révolutionnaire (...). Celui qui n'hésitait pas à affirmer, en un temps où cela entraînait la mort, l'enfermement ou l'exil, plus certainement qu'aujourd'hui, que le christianisme était la religion "la plus ridicule, la plus absurde et la plus sanguinaire qui ait jamais infecté le monde", ou encore "la superstition la plus infâme qui ait jamais abruti les hommes et désolé la terre".
Ainsi osait-on parler des religions au XVIIIe siècle. Il est de ceux auxquels nous devons de vivre libres. Mais nous ne le savons plus, nous l'avons oublié."

Richard Malka ne souhaitait pas plaider "contre" les accusés, mais plutôt s'attaquer à l'essentiel: les causes des tueries perpétrées. 

p.13: "l'action de ces terroristes est motivée par l'islam - ils le disent - et plus précisément, par une vision de l'islam.
Je parle d'une croyance, pas des croyants. Je parle d'une vision de l'islam, pas des musulmans (...). 

Bien sûr, il y en a d'autres, que partagent des centaines de millions de musulmans à travers le monde, qui aimeraient bien vivre tranquillement leur religion sans qu'on les renvoie toujours à la vision des Kouachi et surtout, sans les privations de liberté qu'elle induit.
Mais ce n'est pas une vision marginale. C'est la plus militante, la plus organisée, la plus conquérante, la plus communicante, la plus opulente aussi grâce à ses bailleurs de fonds (...) (p.15).

(...) Il faut combattre cette vision car il en va de l'intérêt de tous et parce que, pour citer une dernière fois Voltaire, "il est honteux que les fanatiques aient du zèle et que les sages n'en aient pas" (p.16). 

Richard Malka balaie ensuite longuement l'histoire de l'islam, expliquant les débats qui l'ont traversé alors qu'il avait à peine quelques siècles d'existence, entre l'école de pensée des mutazilites, qui considéraient la raison comme le premier fondement de l'islam, et les hanbalites, qui considéraient le Coran comme incréé, c'est-à-dire directement issu de Dieu.

Du coup, sur plus de 50 pages, l'avocat nous fait un magistral cours d'histoire de la religion musulmane, entrecoupée d'exemples d'excès liés à la vision de l'islam "littéral", tout en remettant dans leur contexte historique et sociologique tant le contenu des sourates que les "hadiths, c'est-à-dire des paroles ou des actes attribués au Prophète et rapportés par des chaînes de transmetteurs sur plusieurs siècles" (p.40). "Certains de ces hadiths légitiment effectivement la violence et sont largement invoqués par les fanatiques" (p.41). Mais il en existe 500 ou 600 000... "Chaque courant de l'islam a les siens et rejette ceux des autres" (p.42). Et surtout, le blasphème n'a pas toujours été puni de mort. Dans le livre, il est aussi question des rapports entre Mahomet et les Juifs. Ainsi que de la manière dont les siècles ont adouci tant le christianisme que le judaïsme. "Quant au judaïsme, il n'a heureusement plus grand-chose à voir avec celui des origines parce que la Torah est un texte bien plus guerrier encore que le Coran et souvent beaucoup plus clair et expéditif sur les châtiments, ce qui est normal puisqu'elle a été écrite mille ans plus tôt" (p.51). "Heureusement, ces textes ont été interprétés mille fois, en particulier dans le Talmud qui est une réécriture de la Torah.
L'interprétation, la critique et même l'humour grinçant de Charlie Hebdo, sont une nécessité vitale pour les religions elles-mêmes et surtout pour les hommes" (p.52-53).

La partie finale du Traité sur l'intolérance, titrée "Pour aller plus loin", consiste en quatre pages, qui précèdent la chronologie des événements et une bibliographie citant les ouvrages utilisés par Richard Malka. A mon avis, ces quatre pages auraient pu figurer en début d'ouvrage: elles expliquent pourquoi ce plaidoyer-là, dont la religion est le sujet, a été prononcé à cette occasion-ci (2022), et ni lors du procès des caricatures en 2007, ni lors du procès de 2020. 

Les blogs La bibliothécaire, Voyages au fil des pages, Notre jardin des livres et Sin City en ont parlé, ainsi que Matatoune. Le blog Je lis donc je suis aussi (mais celui-ci n'accepte pas les commentaires). 

*** Je suis Charlie ***

3 mars 2024

Les nuits de la peur bleue - Eric Fouassier / Le loup des ardents - Noémie Adenis

Voici deux romans "historiques" qui se lisent agréablement et très vite.

Je commence par le troisième tome de la série Le bureau des affaires occultes sous-titré "Les nuits de la peur bleue" d'Eric Fouassier (Edition Albin Michel, 373 pages), dans lequel on retrouve l'inspecteur Valentin Verne et la femme dont il est épris, Aglaé Marceau, une ancienne actrice qui est devenue policière auprès de Valentin. Ils forment désormais une équipe avec un dénommé L'entourloupe, escroc repenti, et Tafik, ancien mamelouk des armées napoléoniennes, au sein du bureau des affaires occultes. Ils sont sous les ordres de Vidocq, le nouveau chef de la brigade de sûreté. L'histoire se passe en 1832. Louis Philippe, premier roi des Français est au pouvoir et le choléra (la mort bleue) commence à faire des ravages à Paris. C'est dans ce contexte que des hommes sont retrouvés morts du choléra mais surtout mutilés d'un organe: foie, poumon, rein. D'autres hommes, des scientifiques, vont être enlevés puis retrouvés morts, victimes du choléra et de la peste pulmonaire. Valentin suit des pistes qui ne sont pas les bonnes. Le mobile du ou des meurtriers ne nous sera révélé qu'à la toute fin. L'histoire est très bien menée. Un bon moment de lecture...

... Tout comme Le loup des ardents de Noémie Adenis (coll. La bête noire, Robert Laffont, 293 pages) qui nous ramène plus loin dans le temps, en 1561 (sous Charles IX) en Sologne à Ardeloup (village qui existait encore au XVIIème siècle mais qui est aujourd'hui disparu). On fait la connaissance de quelques-uns des 45 habitants du village solognot dont Guy le laboureur, sa femme Antoinette, leurs trois enfants, et Loïse, une petite fille de 10 ans que la famille a recueillie mais qui n'est pas aimée. Telle Cosette, elle est la laissée-pour-compte de la famille (on apprendra pourquoi par la suite). Il y a aussi Jehan, le couvreur et trésorier de la paroisse, Silvain le charretier, Gaston le boulanger, Léon le pêcheur et Eudes le potier. Peu de temps après l'arrivée d'un médecin, Aymar de Noilat, dans le village, un mal étrange se met à frapper les habitants, d'abord Sylvain et puis d'autres. Soit ils se mettent à avoir des hallucinations, soit ils se plaignent d'avoir les jambes qui brûlent alors que leurs membres sont glacés. Il fait très froid, il neige, il y a de la brume. Les habitants, sans être dans la misère, se restreignent pour la nourriture. Les terres ne sont pas bonnes pour les récoltes. Au fil des pages, on nous décrit l'évolution de la maladie, en particulier l'apparition de la gangrène aux membres inférieurs. ll s'agit du mal des ardents ou ergotisme. Je vous laisse chercher dans Wi**pe**a. A l'époque, on ne savait pas ce que c'était et on accusait (à tort) des sorcières de cette maladie et de tant d'autres choses. Il n'y a pas vraiment d'enquête mais un récit à propos d'une vengeance qui a attendu sept ans avant de se réaliser.

 

23 février 2024

Ce que je sais de toi - Eric Chacour

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Je remercie à nouveau Luocine pour avoir donné un très bon conseil de lecture avec Ce que je sais de toi d'Eric Chacour, un premier roman (Edition Philippe Rey, 300 pages magnifiques). Le récit se divise en trois : Toi, Moi et un épilogue appelé Nous. En 1974, Tarek, un homme de 25 ans issu d'une famille chrétienne du Caire, vient de perdre son père qui était médecin. Tarek est devenu aussi médecin. Il vit entouré de femmes : sa mère, sa soeur de deux ans plus jeune et une domestique, Fatheya, une sacrée personnalité et la confidente des secrets de famille. Et puis, il va se marier avec Mira, une jeune femme de bonne famille. En 1981, Tarek va développer un dispensaire à l'abandon dans un quartier défavorisé, le Moquattam. Il reçoit beaucoup de patients et en particulier, un, Ali, 16 ans dont la mère souffre d'un mal incurable. Il ne va pas tarder à découvrir la profession du jeune homme mais Tarek n'y attache pas trop d'importance car il est très attiré par ce garçon. Et malgré les quolibets, Tarek va engager Ali pour l'aider avant ce dernier ne disparaisse. On le dit mort. Tarek, désespéré, émigre au Canada en laissant tout derrière lui, mère, soeur et épouse. J'ai été sensible à la très belle écriture et à l'histoire. Je vous laisse découvrir qui est le narrateur, le "Moi". Le récit se termine en 2001. Un très beau roman que je vous conseille. Tout comme GambadouBernie et Mademoisellelit ainsi que Ritournelle.

14 février 2024

Proust, roman familial - Laure Murat

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Grâce à Luocine que je remercie encore, j'ai lu Proust, Roman familial de Laure Murat (Edition Robert Laffont, 219 pages, plus 18 pages de notes et 10 pages d'index de personnes et personnages) qui a été récompensé à juste titre du prix Médicis essai en 2023. Laure Murat née en 1967 vit à Los Angeles depuis plusieurs années. Elle a rompu ses relations avec sa famille depuis plusieurs années. Homosexuelle, elle vit avec une femme et n'a pas d'enfant, elle est féministe, vote à gauche et elle est professeur à l'université de Los Angeles. "Pour le milieu d'où je viens, c'est excéder de beaucoup le délit de cumul des mandats" (p.14). Ce comportement était une chose inconcevable dans la famille dont elle est issue. En effet, Laure Murat appartient à la famille du duc de Luynes (favori de Louis XIII) par sa mère et est descendante d'un beau-frère de Napoléon, Joachim Murat, par son père. Laure est une princesse Murat. Et Proust dans tout ça? Laure Murat le déclare à la fin de l'ouvrage: Proust l'a sauvée. Elle a découvert Proust quand elle avait une vingtaine d'années avec La recherche du temps perdu où elle a retrouvé le monde révolu dans lequel elle a évolué quand elle était jeune. "L'aristocratie, royaume du signifiant pur et de la performance sans objet, est un monde de forme vides" (p.20). A priori, les arrière-grands-parents de Laure ont connu Proust. Ce dernier s'est inspirée de ses rencontres avec ces aristocrates pour décrire certains personnages de La Recherche. Laure Murat* alterne dans son récit l'histoire de sa famille du côté maternel et du côté paternel en remontant dans le temps tout en analysant en parallèle l'oeuvre majeure de l'écrivain, c'est absolument passionnant et pas du tout rebutant. Elle évoque les relations houleuses qu'elle a eues avec ses parents. Cet essai a la grande qualité, enfin j'espère, de donner envie de se (re)plonger dans La Recherche du temps perdu. Elle nous dit bien que ce n'est pas un roman difficile à lire (je suis d'accord). Il est intéressant de savoir que le nombre d'exemplaires des différents volumes vendus depuis 1913 n'est pas énorme par rapport au fait que l'oeuvre est dans le peloton de tête des chefs-d'oeuvre de tous les temps. On parle pas mal de cette oeuvre mais combien l'ont lue? (p.110-112). Un essai que je vous recommande car je pense que vous allez apprendre plein de choses. Lire le billet de Dominique

*et non Proust comme Anne me l'a fait gentiment remarquer

12 février 2024

Lettre à un Inuit de 2022 - Jean Malaurie

Je (ta d loi du cine, « squatter » chez dasola) présente un livre qui, à deux mois près, aurait pu figurer au "challenge sur les minorités ethniques" proposé par Ingannmic en 2023 (vérification faite, aucun blog ne l’y a proposé). Mais ce qui m’a pour ma part amené à le lire seulement maintenant, c’est le décès de son auteur, Jean Malaurie, à 101 ans révolus (22/12/1922-05/02/2024). J'ai emprunté l'ouvrage au système de prêt de livres de l'AMAP dont je fais partie.

Lettre_a-un-Inuit-de-2022
Jean Malaurie, Lettre à un Inuit de 2022, récit, Fayard, octobre 2015, 160 pages
(un regard angoissé sur le destin d’un peuple)

Je cite les premières lignes du livre : « C’est à toi, Inuit, que je m’adresse. Debout ! Peuple du Groenland, réveille-toi ! Ne renonce pas à ton avenir ! L’Arctique est à la veille d’un désastre. Le pétrole, l’uranium suscitent des projets inconsidérés et l’ombre d’un conflit nucléaire avec des sous-marins au pôle se profile. »

Jean-Malaurie_2001

Dans cette "lettre-testament", c’est surtout au "peuple premier" du Groenland qu’il a étudié durant plus de 70 ans que Malaurie s’adresse, au long de la vingtaine de courts chapitres que comporte l’ouvrage (quelques titres: «L’homme a su plus qu’il ne sait»; Une écriture orale; L’animiste, en survie chrétienne; «Lève-toi et marche!»). Je suppose que le millésime choisi ne l'était pas au hasard, puisqu'il correspondait à son propre centenaire (dont rien ne lui assurait, en 2015, qu'il l'atteindrait et même le dépasserait!). Le livre en gros caractères comporte huit pages de photos en cahier central [photo : Jean Malaurie, 3 mai 2001], ainsi que plusieurs cartes en début et en fin d’ouvrage.

Au fil des pages, l’auteur revient sur son parcours, sa carrière, ses rencontres, en tant qu’ethnologue « de terrain » (et non « de bibliothèque »). 

Entre autres, j’ai été frappé par l’exemple qu’il donne (p.48-49) : alors qu’il enregistrait au magnétophone un groupe, dans un igloo, le doyen, en écoutant la bande au bout de 20 minutes, lui dit avec colère : « cet appareil est mauvais. Je n’ai jamais prononcé ces mots ». L’appareil était réducteur : il ne « captait » rien de la gestuelle, des efforts de langage simplifié pour se mettre « au niveau » d’un blanc inculte, de l’approbation silencieuse de l’auditoire qui « validait » ce qui était dit… « Le seul enregistrement est mensonger parce que fragmentaire ».

Pour ma part, je l’avoue, je suis beaucoup plus sensible à ce genre d’exemple purement sociologique (comme l’information que 40% de la population active au Groenland est constituée de fonctionnaires ou de para-fonctionnaires travaillant pour le gouvernement, que la quasi-totalité des échanges s’effectue avec le Danemark, que les Danois représentent 11% de la population mais la majorité des cadres…) qu’à d’autres aspects plus « mystiques » du livre, portant sur le chamanisme, le rapport au monde, les perceptions extra-sensorielle, l’animisme, ou la croyance que proclame Malaurie en l’entité Gaia (la planète terre sur laquelle nous vivons et dont nous faisons partie)…

Jean Malaurie a par ailleurs été le fondateur de la collection Terre humaine en 1954 chez Plon, collection qui compte aujourd’hui une centaine de titres, dont trois ou quatre lui sont dûs (elle en est aujourd’hui à son troisième directeur de collection). J’ai pu, comme tout le monde, lire quelques-uns de ces titres au cours des quatre dernières décennies. Selon ce que j’en comprends, le projet était nettement plus ambitieux que la collection Raconter la vie que j’ai évoquée il y a quelque temps. Il s’agissait ici davantage de faire rédiger « à la première personne » des ouvrages dont chacun ferait sens mais aussi mémoire pour la recherche ethnologique présente ou future.

Jean Malaurie déplore d’ailleurs, en 2015, qu’il n’existe pas une Maison d’édition spécifiquement groenlandaise pour traduire certains titres, ceux concernant le pays. Il signale aussi le manque d’établissements d’enseignement supérieur, qui amène les jeunes souhaitant faire des études à s’exiler à l’étranger, d’où ils hésitent, ensuite, à revenir. J'ai noté l'anecdote qu'il rapporte (pp.114-115): lors de l'inauguration du Musée des Arts premiers, quai Branly, un premier ministre d'un Etat d'Afrique de l'Ouest lui a demandé de dire de sa part à Jacques Chirac qu'il ne se retrouvait pas beaucoup dans ces peuples racines. "(...) Nous avons de grandes universités en Afrique noire. Où sont-elles représentées dans ce musée parisien de l'histoire des peuples?".

Le livre se conclut sur une exhortation à la jeunesse inuite à prendre son destin en main, pour créer une nation groenlandaise. 

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Pagedemandeenexistepas_12-02-2024-10h10Je change totalement de sujet pour signaler que, durant tout le week-end dernier et jusqu'à ce lundi 12 février, dasola et moi n'avons pu accéder à la partie "administrateur" du blog, cependant que nous constations avec chagrin que, même si le blog restait consultable, il était rigoureusement impossible d'y enregistrer le moindre commentaire (un message en rouge s'affichait, signalant cette impossibilité et invitant à réessayer "d'ici quelques minutes"...). 

Selon les informations disponibles, la plateforme canalblog est en pleine migration sur de nouveaux serveurs, d'où les "couacs" ces derniers temps...

7 février 2024

Le procès Papon - Riss (livre & exposition)

Une exposition sur la couverture par Riss du procès Papon en 1997-1998 est en cours au Mémorial de la Shoah (jusqu'au 3 mars 2024). Il est encore temps que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous parle aujourd'hui de ce "reportage dessiné" et du livre que Riss en avait tiré. 

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La plaquette de présentation de l'exposition en cours, et le livre
Riss, Le procès Papon, un fonctionnaire de Vichy au service de la Shoah, éd. Les échappés, 1ère édition 2017, 144 pages (relié), 26 euros

On connaît les faits (et sinon, on trouve facilement sur internet l'histoire de Maurice Papon et de son procès), que je résume en quelques mots : durant la seconde guerre mondiale, sous l'occupation allemande, Maurice Papon (1910-2007) a exercé des responsabilités en Gironde en qualité de secrétaire général de la préfecture de Bordeaux. Après la Libération, il a poursuivi sa carrière de haut fonctionnaire, notamment en Algérie ou au Maroc sous la Quatrième République, jusqu'à devenir Préfet de Police à Paris, puis ministre, sous la Cinquième République, de 1978 à 1981 (troisième gouvernement Barre). En mai 1981, entre les deux tours de l'élection présidentielle, Le canard enchaîné publie un article mettant en lumière son rôle dans la déportation des Juifs bordelais. Maurice Papon est inculpé le 19 janvier 1983 de crimes contre l'humanité. Après des années de guerilla judiciaire, le procès Papon se tient du 8 octobre 1997 au 2 avril 1998. Riss est présenté comme le seul journaliste à avoir suivi l'intégralité des débats (98 séances). Sa demande d'accréditation pour le procès mentionnait son statut de dessinateur de presse (souligné par lui, voir photo du courrier ci-dessous).

Demande_accreditation_dessinateur-de-pressePour ma part, je suis passé visiter l'exposition il y a quelques semaines (une soixantaine de dessins y sont présentés, sur + de 400 réalisés par Riss). N'ayant pas pris de photos, je remercie mon collègue pour la transmission de celles qu'il avait prises lors de sa propre visite en décembre 2023.

Par ailleurs, ne possédant pas les numéros de Charlie Hebdo de 1997-1998 dans lesquels paraissaient chaque semaine les "reportages dessinés" de Riss durant les six mois du procès, je ne suis pas retourné en bibliothèque aux fins de les consulter. Je ne possède pas non plus le Hors-série (N°6, broché) publié en 1998 et qui comportait 144 pages (dont j'ignore si elles reprenaient purement et simplement les chroniques hebdomadaires, ou si elles en différaient). Mais je disposais, lors de la rédaction du présent article, du livre ci-dessus, dont la première édition date de septembre 2017. Laurent Joly, collaborateur régulier de Charlie Hebdo de 2009 à 2015 et commissaire de la présente exposition (2023-2024), en signe aussi la préface (mais ce n'est pas le catalogue de l'exposition). J'en ai compté les pages moi-même, car elles ne sont pas numérotées.

L'exposition est située au troisième étage du mémorial, dans les mêmes salles où j'avais visité l'exposition des dessins de Cabu sur la rafle du Vél d'Hiv en 2022. Au-delà des dessins de Riss ou des documents bruts (tapuscrits d'époque, documents administratifs, ...), de grands panneaux explicatifs contextualisent, expliquent et commentent ce qui est exposé. 

Le livre, lui, est organisé par "chapitres" retraçant chronologiquement le déroulé du procès:

  • Le curriculum vitae de Papon; les témoins de moralité; les historiens;
  • Les organisateurs des persécutions anti-juives à Bordeaux;
  • Papon au service des questions juives de la préfecture de Bordeaux;
  • Les crimes contre l'humanité reprochés à Papon (déportation de Léon Librach; huit convois, depuis celui du 18 juillet 1942 jusqu'à celui du 13 mai 1944);
  • Papon et la résistance; Papon et l'épuration; les associations parties civiles;
  • Les plaidoiries des avocats des parties civiles; le réquisitoire du parquet; les plaidoiries de la défense; le verdict.

Il est essentiellement en noir et blanc, même si quelques touches de couleur (rouge, vert, mauve...) rappellent ça et là dans quelle "partie" on se trouve, s'il est question de l'accusation, de la défense, des parties civiles (24 avocats défendaient 27 parties civiles)...

En ce qui concerne le travail de Riss, j'ai été intéressé par cette "mise en lumière" du processus créatif, puisqu'on a, accrochés sur les murs, des pages "brutes", des crayonnés, des esquisses d'attitudes, les mots griffonnés à la volée. On a aussi quelques pages "montées": mise en place des dessins, découpés et collés sur une grande feuille, avec des textes lettrés lisiblement. Et enfin, le livre permet d'en apprécier le résultat une fois imprimé. 

Barre_a_la_barre  P1160906 Intervention de Raymond Barre (ancien Premier ministre et dont Papon a été ministre): à gauche la page du croquis avec les notes prises lors son intervention, à droite la page imprimée (avec phylactères). 

HS_6_avril_98_pp2-3 La page "montée" en noir et blanc... P1160911 ... et la version imprimée (avec quelques touches de couleur). 

Au risque de me répéter, je ne puis dire si ces "pages" ont été imprimées à chaque fois sans retouche (sur le papier "grand format" [environ 31,5 x 40 cm] de l'hebdo, puis sur le format plus petit du Hors-série de 1998, enfin sur du beau papier épais pour la version reliée que j'ai entre les mains), ou s'il y a eu plusieurs versions plus ou moins complètes. 

Certains dessins exposés sont de très grande dimension (plus d'un mètre de côté), notamment des "panoramiques" de la salle d'audience. Je n'ai pas distingué si le papier d'origine était d'un seul tenant, ou constitué de plusieurs feuilles collées bout à bout (que ce soit sur place ou a posteriori).

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Riss dessine avec respect les parties civiles, tandis que l'accusé ou les témoins de la défense ne sont pas dessinés sous leur meilleur angle. Dans le livre, ses multiples dessins de Papon (j'en ai compté plus de 120 au total) campent en tout cas un personnage agité, avec des expressions de visage et de corps extrèmement variées (esquisse, dessin en pied, de face, de profil, de dos, écoutant (ou pas) ou s'exprimant, immobile ou en mouvement...). 

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Encore quelques photos de l'exposition... Papon-face-procureur_5fevrier98  HS_6_avril_98_pp22-23

Condamné à 10 ans de prison et 10 ans de privation de ses droits civiques, civils et de famille, libéré pour raison de santé le 18 septembre 2002, Maurice Papon est mort le 17 février 2007, à l'âge de 96 ans. 

Avocat

Je n'ai pas assisté à la conférence inaugurale de l'exposition le 19 octobre 2023 (on peut la retrouver sur la chaîne youtube du Mémorial). J'ai écouté un extrait de Riss parlant de son travail de captation sur Apple Podcasts: présentation de l'exposition. Il y évoque notamment son souhait de donner au lecteur la matière la plus brute possible. Les dessinateurs étaient dans le prétoire, au plus proche de l'accusé et des témoins (ce qui permet de mieux observer le comportement des gens, les attitudes), alors que les journalistes étaient dans une mezzanine, parfois dans une autre salle à suivre l'audience en vidéo... Dans un procès, ce qui est important c'est la parole (oralité des débats), il mettait donc autant de temps pour noter ce qui se disait que pour dessiner (avec un "compte-rendu" à produire chaque semaine pour publication dans Charlie Hebdo...). Il fallait toujours rester vigilant (on ne sait pas à l'avance l'importance de ce qui va être dit, l'analyse se fait a posteriori sur tout ce qu'on a noté). "Il faut capter très vite les traits d'un témoin, pour garder trace de son passage. Ce qu'ils disent aide à comprendre à qui on a affaire. Parfois, c'est un peu caricatural... Certains ne sont restés que 2 minutes parce qu'il n'arrivaient même plus à parler". Riss constate aujourd'hui (fin 2023) que les acteurs de l'époque qui sont venus témoigner en 1997 ont aujourd'hui disparu: ce procès était le dernier moment où l'on pouvait les faire parler en public. On trouve une présentation par Riss du Hors-série de Charlie aux étudiants de l'IEP de Bordeaux en 1998 sur la plateforme de l'INA

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Le "Hors-série" de Charlie Hebdo paru en 1998 avait connu un second tirage, une fois le premier écoulé à 250 000 exemplaires (vendu 35 F à l'époque). 

L'entrée de l'exposition (qui dure encore quelques semaines) est gratuite. Le livre de 2017 (relié) est disponible sur la boutique des éditions Les échappés

Je ne sais pas si beaucoup de blogs ont publié des billets sur le livre ou l'exposition, une recherche sur G**gle avec "blog le procès papon riss" ramène à plusieurs reprises "Certains résultats peuvent avoir été supprimés conformément à la loi européenne sur la protection des données." J'ai cependant constaté que le blog Notre jardin des livres a évoqué livre et exposition. Je rajouterai d'autres liens si j'en ai connaissance. 

*** Je suis Charlie ***

26 janvier 2024

13 à table! 1 livre = 4 ou 5 repas (2022, 2023 & 2024) - Collectif

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Motivé par le challenge "Bonne année, bonnes nouvelles" lancé par Doudoumatous (Je lis, je blogue), j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) choisi, comme d'autres, de parler de 13 à table, le recueil annuel de nouvelles publié au profit des Restos du coeur depuis 2014 chez Pocket. Je ne me suis pas cantonné à une seule édition, mais je vous présente les trois que j'ai eues sous la main, 2022, 2023 et 2024. Les couvertures sont dues à Riad Sattouf (qui y met parfois en scène son héroïne Esther, sauf erreur de ma part?). Cela m'a donné l'occasion, aussi, de jeter un oeil sur la biographie des auteurs (wikip... est mon ami!). 

 

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13 à table! (de gauche à droite, les éditions 2022, 2023, 2024).
Le chat est celui du collègue que je remercie de m'avoir prêté les trois volumes (dasola m'avait questionné sur son chat...).

Je précise bien que ce n'est en aucun cas la notoriété des  auteurs qui, moi, m'a amené vers ces recueils: je connaissais certes certains noms, mais rien de plus (je n'avais jamais rien lu d'eux).

P11608992022: cette édition, vendue 5 euros, comporte 280 pages (imprimée en novembre 2021). La page de préface est signée seulement Les restos du coeur. Le thème, cette année là? Souvenirs de vacances. Le recueil comporte 15 nouvelles. Ci-dessus quelques mots sur chacune des nouvelles (dans l'ordre des pages, non dans celui de mon intérêt).

Le fugitif (p.9): une histoire à tiroirs, de "job de vacances" immortalisé sur pellicule... et de sa redécouverte "en famille" (sans dévoiler la "péripétie secrète"). Je ne sais pas si Tonino Benacquista a juste brodé ou bien tout inventé... Mais si ce n'est pas vrai, c'est bien trouvé!

Un faire-valoir (p.21): Françoise Bourdin nous réécrit Bonjour tristesse? Une gentille nouvelle.

Souvenirs d'enfance (p.37): Marina Carrère d'Encausse aurait pu écrire pour les recueils Alfred Hitchcock présente, cette nouvelle "policière" m'en paraît largement digne (tout en respectant le thème imposé)! 

Dag Hammarskjöld (p.55): tonalité très sombre pour des vacances chez Jean-Paul Dubois... avec un zeste de mémoire politique. 

On ne joue plus (p.67): On retient la belle mort de l'oncle blagueur, capable de donner d'inoubliables souvenirs de vacances à ses jeunes neveux. Mais le récit peint par François d'Epenoux s'achève sur une touche plus sombre. 

L'ascension (p.85): un texte triste de Karine Giebel, initié avec un retour en arrière. Entre les deux frères, Théo et Vincent, il y a de l'oreille coupée un peu téléphonée. 

Les étés (p.121): fils unique versus fratrie, on s'observe de loin sans se parler. Marie-Hélène Lafon met en scène des étés campagnards, avec deux familles tellement différentes.

L'abat-jour cramoisi du vieux Sémaphore (p.139): Alexandra Lapierre  (dont je n'ai jamais rien lu) narre comment il peut arriver qu'on se fasse déposséder d'une "maison de famille" par une avocate spécialiste de l'immobilier... Grrr!

Poulet rôti à l'origan frais et au citron (p.165): une "ancienne" recette de Cyril Lignac et deux pages de blabla (ce n'est pas une nouvelle).

Le coup de folie des vacances (p.171): Agnès Martin-Lugand (encore une "signature" dont j'ignorais la plume!) pose ici une famille recomposée au milieu de nulle part (on ne capte même pas la G4, gémissent les ados). La location dans le Sud-Ouest finira par un achat.

La nuit de juillet (p.191): durant l'été 1982, France et Allemagne ne sont pas uniquement rivaux sur le terrain du football, mais aussi dans le coeur d'Hélène, qui a plaisir à fréquenter tant Baptiste que Manfred. Mais à la fin, il ne doit en rester qu'un... nous rappelle Etienne de Montéty.

Petite vacance (p.217): ceux qui ont lu Tsunami de Marc Dugain (paru en 2023) apprécieront sans doute la pochade estivale concoctée par François Morel en 2022.

Martine (p.231): c'est un peu l'horreur... qui monte au fil des minutes. Je n'ai pas trop vu le rapport avec les vacances dans ce "speed-dating" dû à Romain Puértolas?

Génie et Magnificent (p.247): Tatiana de Rosnay brouille les pistes, dans cette nouvelle qui commence comme un Agatha Christie et finit comme un téléfilm de Noël.

La chambre verte (p.269): dans cette nouvelle amère de Leïla Slimani, le vert est la couleur du déni. 

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P1160895Le "dépôt légal" de l'édition 2023 correspond à novembre 2022, cette édition a pour thème La planète et moi, avec une préface "exceptionnelle" de Thomas Pesquet (scoop: il y a eu jusqu'à 13 personnes dans l'ISS, en de rares occasions. Mangeaient-elles en un seul service, ou en plusieurs?). 

* La binette (p.17): je ne savais pas que Françoise Bourdin (décédée le jour de Noël 2022) disait être le quatrième auteur français contemporain en terme de nombre de livres vendus, mais "passer" beaucoup moins dans les médias que les trois premiers... Sa nouvelle est en tout cas pleine de bons sentiments (quelque peu bobos sur les bords?).

* Les vertiges du vide (p.33): de Marina Carrère d'Encausse, joli conte sur la transmission de père à fille...

* La mèche est dite (p.47): quelle peut être, à votre avis, la seule raison pour laquelle Trump réélu pourrait décider de réintégrer les Accords de Paris (c'est bien trouvé par François d'Epenoux!)?

* Lobo (p.71): Karine Giebel m'a permis d'apprendre que "camote" est l'une des appelations de la patate douce... Cette nouvelle a résonné, pour moi, avec un opuscule que j'avais lu il y a quelques années et versé dans le système de prêt de livres de l'AMAP dont je fais partie, Chico Mendès, NON à la déforestation

* La planète et moi et moi et moi (p.87): cette nouvelle m'a au début fait songer au manga Le Maître des livres (bibliothèque...), et puis, avec son titre, j'ai craint un moment le pire avec ce titre quelque peu égocentrique... Une jeune mère de famille de classe moyenne qui (re)découvre le débat, ou du moins l'écoute et l'ouverture aux autres? Je n'ai pas du tout vu venir la chute (et c'est un compliment!). Raphaëlle Giordano: encore une "signature" que j'avais dû voir sur les blogs, sans du tout y prêter attention jusqu'à aujourd'hui...

* Ma planète et moi (p.109): idem [j'ai commencé en craignant le pire]. Au moins, ces affres signées Alexandra Lapierre sont rigolotes... Je n'en retiens guère qu'une chose: internet, c'est abominable. Et les applis, c'est traitre!

* Ne jetez rien, cuisinez tout! (p.135): dans la recette de Cyril Lignac (chef), je n'ai pas bien compris si on doit les manger ou non, les épluchures de légumes...

* Le Choix du monde (p.145): j'ai trouvé cette nouvelle d'Agnès Martin-Lugand, plus profonde qu'on pourrait le croire à première lecture. Au-delà de la présentation neutre d'une famille recomposée et des tendres relations entre "quasis", elle m'a fait songer avec crainte à Voyage au bout de la solitude de Jon Krakauer...

* Les Encapuchonnés (p.163): vraiment bien apprécié la chute de cette nouvelle de Romain Puertolas... Mon frère!

* C'est ainsi que l'orange continue de bleuir (p.177): une nouvelle de Mohamed Mbougar Sarr, que j'ai trouvée désespérante, dans la lignée d'Interstellar, d'un monde à l'agonie, de La mort de la terre... Magnifique à lire, donc. En espérant ne jamais la vivre. 

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P11608982024: pour cette édition (imprimée en octobre 2023, 253 pages), le prix d'achat du livre neuf (6 euros) finance désormais 5 repas (et non plus 4). Le thème en est: j'ai dix ans (avec l'aimable autorisation d'Alain Souchon et Laurent Voulzy!). Préface de Romain Colucci (le fils aîné de...). 15 auteurs ont planché. 

*La fin de l'enfance : une nouvelle emplie d'éléments autobiographiques de Philippe Besson (mais, pour les lecteurs et les restos, fallait-il tuer le père?).

*J'ai  dix ans... demain : un coup vrai de poing dans la gueule, signé Michel Bussi. Y en a qui ont pas de chance. Aucune chance, même!

* 22 : cette nouvelle de Maxime Chattam n'est pas non plus excessivement optimiste. 

* 69, année fatidique : François d'Epenoux signe sans conteste la meilleure nouvelle de ce recueil, à mon avis (qui n'engage que moi!). Un zeste de Plan 75 (le film), transposé en France avec juste quelques années d'anticipation (10 ans, vous croyez?). En tout cas, c'est merveilleux, la télépathie. Jusque-là, je grommelais... et puis je me suis mis à afficher bêtement un sourire de plus en plus grand, vers la fin!

Ceci est mon journal intime : de l'utopie à l'uchronie, avec des décennies multipliées... Lorraine Fouchet nous invente une jolie saga familiale sur la transmission. 

Chloé : de Karine Giebel, une nouvelle d'enfant (comme on dit "un livre d'enfant"), avec des héroïnes très identificatoires (diront des mamans lectrices)?

"On n'est pas des machines..." : on n'imagine pas la vie trépidante... d'un lave-linge, menacé d'obsolescence programmée. Un gentil conte de Raphaëlle Giordano!

Garçon crépon : un mauvais souvenir du catéchisme... Mais non, ce n'est pas ce que vous pensez, Philippe Jaenada ne nous parle pas d'attouchements indus!

Les Escarpins, un conte de Noël : Alexandra Lapierre nous émeut avec une version enfantine de La parure... même si le drame est moindre.

Cake marbré au chocolat : la recette de Cyril Lignac met l'eau à la bouche... mais ce n'est toujours pas une nouvelle, pour moi.

Où en serions-nous aujourd'hui? : c'est marrant, on retrouve la même famille recomposée que dans l'édition précédente (2023), dans cette nouvelle "rétrospective" d'Agnès Martin-Lugand. L'autrice en tirera-t-elle un recueil indépendant voire un roman entier au final? Cela me fait songer à ces profs de fac qui "testaient" sur les étudiants, durant leurs cours de l'année, le livre qu'ils publieraient l'année suivante... 

L'appartement : une gentille bluette de Romain Puértolas. Ça peut faire rêver...

Aranéide : une haine enfantine, ça peut laisser une marque sur le carreau. Tatiana de Rosnay dévoile d'abord comment, puis peu à peu pourquoi.

Le portail : intéressante mise en perspective des deux faces d'une séparation. Je n'avais pas senti venir la chute (amère), bravo Leïla Slimani!

Le miroir : Franck Thilliez renouvelle un jour / une histoire sans fin. 

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... et en voilà donc pour 40 nouvelles par 23 auteurs (cinq ont publié dans les trois recueils, six dans deux - pas toujours consécutifs -, et 13 écrivains n'ont eu qu'une seule publication sur les trois ans). Je reconnais ne pas avoir acheté les livres neufs pour ce qui me concerne, mais ils sont toujours disponibles si je vous ai ouvert l'appétit! Pour ma part, je fais chaque année (entre Noël et le jour de l'an) un don aux Restos du coeur depuis plusieurs décennies (la toute première fois, alors que j'étais étudiant, grâce à une "opération" que j'avais montée...). 

Si vous voulez le relevé complet des auteurs pour toutes les éditions parus, ça figure bien entendu sur Wikipedia (consulté le 25 janvier 2024). Par contre, il est amusant de voir que toutes les biographies d'auteurs n'y intègrent pas (pas encore?) leurs nouvelles dans les derniers recueils 13 à table. 

Avant chaque nouvelle, les présentations n'oublient pas de faire la promotion de la dernière oeuvre parue de chaque auteur. Si j'ai bien compris le principe de l'opération, il s'agit de contributions bénévoles. Apparemment, l'opération, en 10 ans, a généré des millions d'euros de chiffre d'affaires, et permis le financement d'à peu près autant de millions de repas... Des lectures parfaitement recommandables, donc.

Ma seule petite déception, c'est la recette "annuelle" de Cyril Lignac. Certes intéressante "en elle-même", je pense qu'elle n'a rien à faire dans un recueil de "nouvelles". Je ne sais pas qui le "sollicite" chaque année, mais... Que les Restos montent plutôt une autre opération, avec quelques chefs à la mode, "Chefs du coeur" (par exemple - j'ai pas vérifié si la marque n'était pas déjà déposée!), pour un recueil annuel de recettes qui fera... effet (produit)! Mais ce n'est que mon avis, qui n'engage que moi.

Pour l'édition 2024, on peut trouver d'autres avis et informations sur le blog Une bonne nouvelle par jour (!), chez Du calme Lucette, chez Les lectures d'Aziliz, ou chez Mara (liste non exhaustive)... Sans oublier Violette (qui m'avait "alléché" dès décembre 2023!). Nombre de blogs se contentent d'annoncer la sortie du recueil (ce qui est déjà quelque chose). Mais bien d'autres blogs ont parlé du contenu au fil des ans, voire chaque année: n'hésitez pas à signaler si vous avez pour votre part chroniqué ces trois éditions-là. 

1 janvier 2024

Très bonne année 2024!

On le dit à chaque début d'année mais il faut y croire.

Blake, Mortimer, et moi-même, nous vous souhaitons une très bonne nouvelle année avec tout plein de bonnes choses.

Une fois n'est pas coutume, je commence donc mon année 2024 avec une BD que j'ai bien appréciée. 

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Cette fois-ci, ce sont Floc'h (pour les dessins), Fromental et Bocquet (pour le texte) qui se sont attelés à L'art de la guerre (Edition Blake et Mortimer, 124 pages), cette nouvelle aventure de Francis Blake et Philip Mortimer. L'intrigue se passe à New-York où Francis Blake doit se rendre pour prononcer un discours sur la paix au nouveau siège des Nations-Unies qui vient d'être inaugauré. Nous sommes en 1951 ou 1952. L'action se situe après Le secret de l'espadon et Le secret de la grande pyramide. Dans cette même ville, un acte de vandalisme a lieu dans la section des antiquités égyptiennes du Metropolitan Museum. Le coupable est l'ennemi juré de nos deux héros, le colonel Olrik qui semble être devenu amnésique. Mais bien entendu Olrik est en pleine possession de sa mémoire et on découvre petit à petit les sombres desseins du colonel qui risquent de menacer la paix du monde. Pour ce faire, il se sert de l'ouvrage bien connu de Sun Tzu, L'art de la guerre. Cet ouvrage de stratégie militaire a été écrit aux alentours du VIème siècle avant JC. J'ai apprécié cet album qui se lit vite. J'aime les dessins de Floc'h. J'espère qu'il en dessinera d'autres.

A nouveau, très bonne année 2024! 

11 décembre 2023

Sur la dalle - Fred Vargas

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Je sais que certains blogueurs (euses) n'ont pas aimé ce roman de Fred Vargas; et bien moi, je n'ai pas boudé mon plaisir. Sur la dalle (Editions Flammarion, 507 pages) se passe en Ille et Vilaine en Bretagne, entre Rennes et Dol de Bretagne, dans le village de Louviec (village fictif), près de Combourg et de son château où était né François René, Vicomte de Chateaubriand en 1768. Et justement, Josselin de Chateaubriand, lointain descendant de l'écrivain et homme politique, est un des personnages principaux du roman. Il a comme particularité d'être le portrait craché de son ancêtre. Louviec est en émoi car des crimes sanglants sont commis. Des notables du village comme un médecin, la gérante d'une supérette, une psychiatre et le maire lui-même sont sauvagement assassinés à coups de couteau d'une même marque et ces armes blanches sont retrouvées fichées dans le corps de chaque victime qui par ailleurs ont été piqués par des puces juste avant leur mort. Le commissaire parisien Jean-Baptiste Adamsberg et quelques collègues comme Violette Retancourt, une femme qui sort de la norme et Mercadet, un surdoué en informatique qui souffre d'hypersomnie, sont envoyés en Bretagne pour mener l'enquête. Ils font équipe avec le commissaire rennais Mathieu et ses adjoints. Cette partie de l'enquête n'avance pas vite mais les policiers, à l'occasion du meurtre du médecin qui ne semble pas avoir été commis par la même personne, élargissent leur champ d'investigation en poursuivant une bande d'hommes peu recommandables qui se connaissent depuis l'enfance. Les policiers de Paris étant présents durant plusieurs jours, logent dans un hôtel-restaurant de Louviec, tenu par Johan, un cuisinier hors-pair qui prend soin de ses clients et qui n'arrête pas de leur servir du chouchen (breuvage liquoreux issu de la fermentation d'un mélange d'eau et de miel). J'ai trouvé le récit très bien mené et je ne me suis pas ennuyée. La dalle du titre, c'est celle d'un dolmen sur laquelle Adamsberg médite de temps en temps en cherchant la résolution de ces crimes.

Lire les billets de BrizeMatatouneBernieHélèneNyctalopesBigmammyPol'art noir.

7 décembre 2023

Ma tata Thérèse - Fabrice Nicolino / Catherine Meurisse

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) choisis ce mois-ci la présentation d'un livre pour enfants dans le cadre de mes "billets du 7". L'éditeur le suggère "dès 7 ans", je pense que cela peut être une idée de cadeau pour Noël... 

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Ma tata Thérèse, Fabrice Nicolino - Catherine Meurisse, éditions Sarbacane, 2012, 88 pages

Les deux auteurs de ce livre publié il y a 11 (ou 12?) ans font aujourd'hui partie des "survivants" de la rédaction de Charlie Hebdo après le massacre du 7 janvier 2015: Fabrice Nicolino a été grièvement blessé dans la salle de rédaction, tandis que Catherine avait eu une panne de réveil, était en retard et se trouvait dans la rue quand elle a entendu les tirs. Mais cet ouvrage n'a pas grand-chose à voir avec le contenu ordinaire du journal, si ce n'est que Fabrice Nicolino continue à tenir une rubrique "écologique" dans celui-ci, cependant que Catherine a publié il y a quelques années un album sur son enfance campagnarde, Les grands espaces

Ici, au contraire, nous avons un tout petit appartement parisien, durant les années 1960, du côté du Quartier Latin. Mais cet appartement nous est présenté comme une véritable arche de Noé. Je cite l'avertissement: "avant de commencer à découvrir ma tata Thérèse, il est nécessaire de préciser deux ou trois points. Ce sont des souvenirs de ce que j'ai vécu entre 1960 et 1966. J'avais entre 5 et 11 ans. Le récit qui suit n'est pas chronologique. Parfois j'ai huit ans, parfois j'en ai dix, parfois j'en ai six. Il ne faut pas faire attention. Ce qui compte, c'est que tout est réellement arrivé. Tout".

Racontés, donc, à hauteur d'enfant, 15 chapitres de texte sont accompagnés d'un total de 70 illustrations de Catherine, parfois courant sur la double page, parfois celle-ci en contenant trois petites. Ce "mariage" entre texte et dessins peut parfois rappeler (de loin!) Le petit Nicolas de Sempé et Goscinny. Mais ici, ce n'est pas des aventures de "chouettes copains" qu'il s'agit, mais de l'évocation de tout un bestiaire convenu ou plus inattendu: chez tata Thérèse, ses neveux ou sa petite-fille croisaient des chats, quelques fennecs, un singe, bien des oiseaux (moineau, perroquet, pigeons, faisan, ...), un mouton, et... non, a priori, pas de raton laveur. 

Je vous mets quelques citations illustrées ci-dessous.

P1160800 p.36-37: une formidable parabole sur ce qu'un "beau parleur" est capable de faire faire à un "être sensible" un tant soit peu crédule et irréfléchi... (pour ne pas dire bête). 

P1160801 p.60: cette magnifique pleine page ressemble bien à la rue Mouffetard... 

P1160802 p.68-69: ici, il est question d'un "mouton d'appartement". Pour ma part, l'allusion à la dernière ferme de Villemomble me rappelle un de mes innombrables projets (avortés), pour lequel j'avais commencé à collectionner des cartes postables anciennes montrant de l'élevage bovin en Ile-de-France, au début du XXe siècle, mais aussi cette idée de "nouvelle" que je procrastine depuis des années sur une "vache de balcon"... 

Les petits peuvent apprécier cet ouvrage au premier degré comme un conte fantastique, cependant que les plus âgés y trouveront de quoi rêver, avec réminiscence et nostalgie d'un monde disparu. 

Le livre est toujours disponible aux éditions Sarbacane bien entendu. Fabrice Nicolino en avait annoncé lui-même la parution sur son blog (où figurent certains des textes écrits les années précédentes).

*** Je suis Charlie ***

21 novembre 2023

Terminus Malaussène / Le cas Malaussène: I Ils m'ont menti - Daniel Pennac

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) enfin lu (il y a déjà quelques semaines) le dernier livre de Daniel Pennac paru (il y a déjà près d'un an), il faut aussi que je le chronique avant qu'il publie un nouvel ouvrage!

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Le cas Malaussène - I Ils m'ont menti (roman), Gallimard, 2017, 308 pages
Terminus Malaussène (roman), Gallimard, 2023 (DL déc. 2022), 440 pages

Terminus_MalausseneÇa valait le temps d'attendre. J'avais le souvenir de m'être beaucoup ennuyé en lisant le début du volume titré Le cas Malaussène: I Ils m'ont menti, trop complexe et lent à démarrer (mais ma mémoire est-elle bonne?), le tome 1 du diptyque, paru en 2017. Dans Terminus Malaussène (qui n'affiche pas "tome 2" ni ne fait référence au Cas Malaussène sur la couverture?), le récit est bien plus linéaire, et j'y ai retrouvé la verve pennacienne de la saga. Bien entendu, le titre est intriguant: doit-il clore la série? Est-ce une référence à [la BD] Valérian? Une rencontre avec Dieu le Père pour notre personnage principal?

Benjamin Malaussène a, antérieurement à ce volume, déjà tout été: mort puis ressuscité (dans le même ouvrage, pas dans deux différents comme le Sherlock Holmes de Conan Doyle), papa par les voies naturelles d'un gamin qui bénéficie de deux mamans, frère de famille d'une tribu de six autres frères et soeurs, ami avec beaucoup de monde, bouc émissaire et innocent professionnel... p.233: "Non, Benjamin, tu n'es plus le jeune homme versatile qui pouvait changer de boulot en changeant d'humeur. Depuis quelques décennies tu es un être social, chef de famille, fidèle à tous tes postes. Comment tournerait la machine si les types comme toi se contentaient de changer de plumard?". Mais est-ce que Malaussène, c'est bien lui?

Sans vous déflorer votre propre plaisir, je confirme que j'ai tourné une page après l'autre pour "connaître la suite". Ce polar et son côté systématique m'ont quelque peu fait songer à la Trilogie des ombres de Ghislain Gilberti, mais en moins beaucoup moins trash tout de même (nous sommes chez Pennac). La cerise sur le gratin (dauphinois), l'identité de l'antagoniste principal, j'avoue que je l'ai vue venir d'assez loin. Mais bon, je considère que ça fait partie du plaisir de lecture que de se dire "tiens, je ne suis pas encore trop idiot, j'avais réussi à discerner où il nous emmenait...".  

Relevons une petite diatribe amusante sur un certain secteur professionnel: "Je vous le dis solennellement, si vous tenez à votre santé mentale, ne fréquentez pas d'éditeurs" (p.162) en précisant qu'il est aussi question, dans Terminus..., du tome deux d'un diptyque. Inspiration du vécu et mise en abyme profonde?

Et maintenant, y aura-t-il encore un tome? La fin est ouverte...

Y a pas, il faut maintenant que je relise le précédent. Vivement le prochain confinement, qui me redonne plein de temps pour bouquiner (le seul truc qui m'a manqué, en 2020, c'était un revenu - je dis bien, certainement pas un "emploi", mais bien un revenu...). 

(interlude)

LeCasMalausseneJ'ai effectivement pris quelques jours supplémentaires pour relire le volume précédent avant de publier le présent billet (que dasola, de son côté, avait chroniqué en 2017). Dans Le cas Malaussène (et son titre à rallonge), ça part bien un peu dans tous les sens. L'oeuvre est quelque peu déroutante par son "unanimisme" (plusieurs personnages différents qui disent "je" - Benjamin Malaussène est seulement l'un d'eux -, et plusieurs autres sont suivis dans leurs actions). On ne voit pas tout de suite le lien entre les différents chapitres (construction non linéaire), quels sont les enjeux, où l'on va... Dois-je penser que cela est dû à ce que je n'ai pas relu toute la série depuis longtemps? Nous avons successivement un quidam (dont il n'a jamais été question avant), Benjamin lui-même, quelqu'un qui l'engueule (rien que de normal - il est payé pour cela de longue date), mais aussi, du côté de l'Ordre (?), une juge, les policiers familiers... et l'on passe de l'un à l'autre autour d'une affaire d'enlèvement assez vite devenue centrale. Mais auparavant, tout était résolu à la fin du volume, je pense que c'est cela qui m'a dérouté (et peut-être même l'auteur, puisque 5 ans se sont écoulés avant la parution du tome suivant...). En tout cas, des mensonges, il semble y en avoir pas mal dans l'histoire. Mais qui sont "ils", ça... Ils sont nombreux, les personnages à faire des bêtises dues à l'âge.

P1160803On se laisse surprendre par une scène qui dure à peine une minute, mais qui ne sera pas sans conséquences. À la fin du texte (p.297), un croquis: un petit personnage semble écrasé par un énorme stylo, émettant en phylactère "À suivre...". Seulement, en principe, dans les feuilletons, on avait la suite au numéro suivant (le lendemain, la semaine suivante, exceptionnellement le mois suivant... On ne restait pas sur sa "faim" cinq années d'affilée avec plein d'intrigues et de questions. Un "mauvais coup" de marketing? Ou bien le temps d'une réécriture nécessaire voire de "remues-méninges" pour savoir comment tout le monde va s'en tirer?

Vous l'aurez compris, je vous suggère de lire (ou relire) Le cas Malaussène avant de vous plonger dans Terminus Malaussène (il vaut mieux avoir ce dernier sous la main avant de débuter la lecture du diptyque): au moins, vous serez sûr d'avoir quelques réponses...

17 novembre 2023

Le serpent majuscule - Pierre Lemaitre

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Le serpent majuscule (Livre de poche, 305 pages), ce tout premier roman de Pierre Lemaitre, a été écrit en 1985. C'est un roman policier très noir où les cadavres s'accumulent. L'histoire se passe justement en 1985 avant Internet, les test ADN, quand les cabines téléphoniques existaient encore, etc. Le personnage central s'appelle Mathilde Perrin. Agée de 63 ans, elle souffre de surcharge pondérale tout en étant une tueuse redoutable. Elle exécute des gens sur contrat. Elle a commencé sa carrière 40 ans plus tôt au moment de la deuxième guerre mondiale. Elle reçoit ses ordres d'exécution par l'intermédiaire de petits mots dissimulés dans des cabines téléphoniques. Mathilde est veuve depuis 25 ans et elle a une fille qui est marié à un Américain "très con" (selon Mathilde). Dans son pavillon de Seine et Marne, Mathilde vit seule avec un dalmatien appelé Ludo (cette pauvre bête va avoir une triste fin) et avec des armes comme un "desert eagle", un pistolet semi-automatique qui fait des trous énormes sur les victimes. Un soir, Mathilde fait du zèle en tirant deux balles plutôt qu'une sur sa cible. Ce n'est pas dans le protocole qu'elle aurait dû suivre. Son commanditaire se pose des questions. Mathilde commence à perdre les pédales, elle perd la mémoire, elle doit être éliminée. Je vous laisse découvrir toute l'histoire, très violente et triste. Et j'avoue que j'ai trouvé que ce roman manquait d'humour. C'est très premier degré. Les exécutions d'une mère de famille qui venait de récupérer son fils et d'une victime collatérale dans un parking m'ont paru de trop. A vous de voir. 

Lire les billets d'Audrey (livre audio), de Gaëtane, d'Hélène et de Bernie. Sans oublier Nanou.

PS: "on" me prie d'insérer que c'est mon ami ta d loi du cine qui est revenu un jour tout content avec ce bouquin trouvé d'occasion, en me disant "depuis le temps que je n'arrivais pas à l'emprunter en bibliothèque, cette fois, je l'ai!". Et il m'a convaincue de le lire. 

7 novembre 2023

Bête et méchant / Les Ritals - Cavanna

Deux livres, ce mois-ci, dans le cadre de mes "Hommages du 7". Après Les Russkoff (le deuxième volet de l'autobiographie de François Cavanna, sur la Seconde guerre mondiale), j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) lu le troisième, Bête et méchant (les débuts dans la carrière), avant de me replonger dans le premier, Les Ritals (l'enfance). 

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Bête et méchant, 1ère parution en 1981, Le livre de Poche N°5755, 1983, 346 pages
Les Ritals, 1ère parution en 1978, Le livre de Poche N°5383, 1986, 377 pages

De votre côté, rien ne vous empêche de les lire dans l'ordre... Pour ma part, il ne s'agissait pas d'une première lecture. 

P1160792Ce volume reprend donc la suite de la vie du jeune François Cavanna revenu d'Allemagne. Il dépeint les années d'auto-formation à l'entrée dans la carrière, avant d'arriver à gagner sa vie par le pinceau et par la plume, jusqu'à Hara-Kiri inclus (journal Bête et méchant). Cavanna a commencé par publier une bande dessinée dans le journal Le déporté du travail. Mais difficile de renverser de l'encre sur la table familiale, en s'échinant le soir et le dimanche, alors qu'il travaille comme ouvrier puis employé en semaine. Alors, il trouve une piaule, toujours en banlieue, pour dessiner d'autres travaux. Et, pour en partager le loyer, une colocataire... Et le voici en ménage (platonique d'abord) avec une jeune femme revenue traumatisée (physiquement comme mentalement) des camps nazis. Puis mariage... qui ne dure que quelques dizaines de pages. Mais l'élan est donné. Citation (p.74): "Liliane me disait: on ne fait bien les choses que si l'on est un professiuonnel. Un professionnel, c'est un type qui ne fait que ça, son métier, même s'il ne gagne pas un sou, même s'il n'a pas un client, il est un professionnel. Il consacre son temps et ses meilleures forces à son métier. Si tu travailles dans la journée pour un patron et que tu fais ce que tu aimes le soir ou le dimanche, tu es un amateur. Ca peut ne pas être trop mal, ça ne sera jamais un travail de professionnel. Un professionnel a le dos au mur et la trouille au cul". Cavanna nous raconte la tournée des rédactions de journaux (la presse d'après-guerre) où l'on laisse les dessins de la semaine, qui seront acceptés - ou non,  les rencontres avec d'autres dessinateurs (Dubout l'avait prévenu: "tu vas en baver, il faut de la te-na-ci-té"), notamment Fred. Pour vivre encore des petits boulots, à droite ou à gauche (intéressant décryptage du milieu des dessinateurs de presse d'après-guerre.). J'en retiens une autre citation attrapée au vol (p.117): "dans cette anarchie qu'est notre société mercantile, si un mode de production anachronique et même nuisible assure de gros revenus à une catégorie suffisamment puissante, le jeu du progrès est faussé". En 1954, c'est l'achat du premier numéro d'un journal vendu par colportage, Zéro, qui lui permet de croiser le couple Novi, qui l'a créé (avec des dessins déjà publiés ailleurs). Puis de rédiger des "jeux" bouche-trou. Puis ses premiers textes (écrire plutôt que dessiner?) ... avant de découvrir l'imprimerie et le maquettage du journal. Et puis l'on assiste à la rencontre chez Zéro avec le futur professeur Choron, retour d'Indochine, grande gueule et vendeur émérite. Zéro devient Cordées, Cavanna continue à se former sur le tas. Novi meut subitement, et en 1960 Cavanna, Choron et Fred lancent le journal mensuel dont ils rêvaient, avec l'afflux de talents (Cabu, Wolinski, Gébé, le jeune Reiser)... Hara Kiri commence, avec ses aventures et mésaventures: équipe de colporteurs emmenée au commissariat, journal interdit d'affichage (en toute subtilité: voir chapitre "Il n'y a pas de censure en France", pp.262-296). La phrase-culte "L'humour est un coup de poing dans la gueule" est écrite p.232. Bête et méchant se termine en 1967, juste avant la reprise après une nouvelle interdiction de Hara Kiri, qui ne sera pas la dernière... 

Voir les billet des blogs Au détour d'un livre, Les plumes baroques, "Me, myself and I". 

Je m'étais acheté mon exemplaire de Bête et méchant le 14 octobre 2023. Mais à la relecture du chapitre titré "Néo" sur "la mort du père" (1953-1954), je me suis persuadé que je l'avais déjà lu, il y a plusieurs décennies... Je suppose que j'avais déjà dû croiser ce livre ici ou là, mais sans l'acquérir pour ma pochothèque. Je signale pour finir qu'il comporte 11 chapitres, avec chronologie indiquée mais avec des retours en arrière. 

P1160791Mon exemplaire du titre Les Ritals, lui, porte comme date d'acquisition le 13 mars 2014. Pour être plus exact, il s'agit de la date où je l'ai sauvé d'un don que ma mère s'apprêtait à en faire à une boutique Emmaüs, quand elle se débarrassait de livres qu'elle avait parfois achetés en double ou triple (pour l'une ou l'autre de ses résidences), avant de migrer d'un grand appartement à un studio plus modeste à l'étage "chambre de bonnes"... C'était quelques années avant qu'elle parte en EHPAD. Bref. 

Dans Les Ritals, son premier livre de "souvenirs", Cavanna nous présente son enfance à Nogent, d'un père maçon italien illettré et d'une mère morvandelle (née dans la Nièvre, à quelques kilomètres d'Imphy). Il a été élévé aux pâtes et à la viande de cheval. Les chapitres nous présentent ses copains tout aussi fils de Ritals avec qui il fait les 400 coups dans la rue ou le voisinage, la découverte des filles (gamines du coin ou professionnelles de Paris), le cinéma, la bibliothèque, la première muffée, ou une grande fugue à vélo... avec bien de la verve. Il y a aussi les histoires du père, beaucoup: en fait, il transparaît dans chaque chapitre, le Vidgeon (diminutif gentil de Luigi, en "dialetto"). p.122, il habille pour l'hiver ceux qui se sont amusés, un jour, à soûler son père. Mais le chapitre suivant expose avec tendresse la "main verte" du père, et son habitude de planter un noyau de pêche sur chacun des chantiers où il travaillait. Et puis la crise économique et le chômage, la peur du renvoi au pays, qui amènent Vidgeon à demander la naturalisation française... obtenue au tout début de la Seconde Guerre mondiale. Les 29 courts chapitres qui composent le livre (avec des titres très courts aussi) m'ont amené à me poser la question de savoir si le livre Les Ritals n'aurait pas d'abord été publié en "feuilleton", sous forme de "chroniques" séparées... ?

Je retiens en tout cas de ce livre qu'à l'époque, le rejet par les "Français de souche" (comme on ne disait pas encore? Si?) de certains métiers, ce qui amenait de la main-d'oeuvre étrangère à les occuper (en espérant pour leurs enfants un destin de petit fonctionnaire), existait déjà. Un siècle plus tard, remplacez "Ritals" par "personnes racisées" et "maçons" par "services à la personne", et la messe est dite. 

Voir aussi le billet du blog Au détour d'un livre.

Le récit de la création et des premiers temps, de Charlie Hebdo (l'histoire en est déjà bien connue!), lui, ce sera sans doute pour le tome suivant immédiatement (Les yeux plus grands que le ventre)... Je signale pour finir que j'ai découvert d'occasion cette semaine Lune de miel (Folio). Ayant lu sur la 4ème de couv' que c'était aussi un "tableau réjouissant de souvenirs, réflexions et anecdotes", je me le suis offert. J'en parlerai certainement un mois ou l'autre.  

*** Je suis Charlie ***

30 octobre 2023

L'iris blanc - Fabcaro et Didier Conrad

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J'ai passé un agréable moment à lire le nouvel album d'Astérix, tiré à 5 millons d'exemplaires, paru le 26/10/2023. Jean-Yves Ferri a laissé sa place à Fabcaro pour le scénario de L'Iris blanc (Edition Hachette, 48 pages). L'iris blanc est le nom que Vicévertus (le médecin-chef des armées de César) donne à une méthode inspirée par un philosophe grec appelé Granbienvousfas.Il s'agit de pensée positive et d'alimentation saine. César charge Vicévertus de partir pour Babaorum (l'un des quatre camps retranchés qui entourent le village gaulois où habitent entre autres Astérix et Obélix). À Babaorum, Vicévertus doit mettre en pratique la méthode de pensée positive et réussir à motiver les Romains pour soumettre le village des irréductibles Gaulois. Dès son arrivée, Vicévertus initie les Romains et il en profite pour faire une incursion dans le village gaulois. Et là, les habitants commence à changer, à voir tout en positif. Vicévertus flatte Ordralfabétix, le poissonnier, en lui achetant ses poissons qui ont une odeur de marée. Peu de temps après, Ordralfabetix pêche lui-même des poissons qu'il vend à tout le village. Les sangliers aux alentours ne craignent plus rien. Vicévertus vante à Cétautomatix le "clonk" produit par le marteau sur une enclume. Il produit des vibrations positives. Quant à Bonemine, elle boit littéralement les paroles de Vicévertus. Elle décide sur un coup de tête de partir à Lutèce avec le médecin-chef car elle se sent délaissée par Abraracourcix (alias Cochonnet) qui sombre dans la dépression. Astérix et Obelix décident de partir à la poursuite de Vicévertus et Bonemine. Ils sont accompagnés par Abraracourcix qui n'est plus lui-même. Il faut noter que Vicévertus a un faux-air de Dominique de Villepin et de Bernard-Henry Levy. Même si j'avais préféré les albums précédents, Astérix et le griffon et Le papyrus de César, celui-ci a des moments amusants et des expressions qui renvoient à notre époque. Et bien entendu, l'histoire se termine par un banquet. Tout est rentré dans l'ordre. À lire sans modération.

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26 octobre 2023

Claudine à Paris / Claudine en ménage / Claudine s'en va - Colette & Willy

20232-300x300_2023seraClassiqueJe (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) liquide aujourd'hui la "tétralogie" de Claudine que j'avais abordée dans le cadre d'un challenge spécifique. Cette fois-ci, j'en inscris les trois derniers (!) volumes seulement pour le challenge "2023 sera classique" co-organisé par Nathalie et Blandine. Mais, pour le troisième tome, il s'est bien agi cette année de ma première lecture, quand le deuxième m'avait été offert en 1981 tandis que je m'étais offert en 2009 le quatrième (sans le relire depuis). Cela fait tout de même quatre mois que j'avais annoncé la chronique de ces trois volumes... 

Trois_Claudine  P1160754
Claudine à Paris, Willy et Colette, 1901, Le livre de Poche N°213, impr. en 1980, 248 pages
Claudine en ménage, Willy et Colette, 1903, Folio N°335, impr. en 2005 (DL dans la collection: 1973), 243 pages
Claudine s'en va, Colette & Willy, 1903, Le Livre de Poche N°238, impr. en 2001, 191 pages

Comme déjà signalé, on remarquera que Le Livre de Poche "oubliait" Claudine en ménage... qui ne figure d'ailleurs pas davantage dans la liste des "parus dans le Livre de Poche" en 2001. Les mystères de l'édition... 

P1160755Claudine à Paris (paru en 1901) est la suite directe de Claudine à l'école, quelques semaines plus tard: père, fille, servante-cuisinière (Mélie) et chatte (Fanchette) sont partis s'installer à Paris pour que notre malacologue (le père, spécialiste des mollusques et plus particulièrement des limaces!) se rapproche des grandes bibliothèques et des collègues parisiens. Claudine fait la connaissance de sa tante (veuve), du petit-fils de celle-ci (un Marcel qui n'est pas sans faire songer à Proust), et du papa (veuf de la fille de la tante) de ce dernier, un certain Renaud. Celui-ci lui fait rencontrer des "gens de lettres", des journalistes, des personnages réels de l'époque: dans le roman, Maugis, par exemple, qu'elle rencontre à l'opéra où l'a emmenée le fameux oncle, est inspiré... d'un certain Willy; ailleurs, Claudine se voit comparée à Polaire (p.102). Mais les liens avec "Montigny" ne sont pas oubliés: nostalgie de Claudine, échange de correspondance avec telles ou telles, ... et retrouvailles avec Luce, désormais "installée" à Paris. C'est dans ce volume en particulier (et non dans Claudine à l'école comme je le croyais avant ma relecture de cette année) que j'ai retrouvé ce qui m'avait le plus frappé quand j'étais jeune: vieillard libidineux à la limite de l'inceste, fillette mère avant l'âge de 14 ans... De son côté, dans ces livres fortement autobiographiques, Colette s'est tout de même rajeunie de quelques années. 

P1160756Rappelons-le encore, les événements de Claudine en ménage semblent se dérouler de manière contemporaine à leur publication (à quelques mois près), cependant que le mariage de Colette suivi de son introduction par Willy dans le milieu des lettres et du théâtre parisien avait eu lieu, lui, à partir de 1893. Mais certains des événements transposés dans le roman sont intervenus, "dans la vraie vie", au début du XXe siècle seulement. Que se passe-t-il donc dans Claudine en ménage? La narratrice, qui est toujours Claudine elle-même, s'interroge sur "son ménage", et cherche à se remémorer et à "mettre en ordre" ce qui s'est passé dans les quinze derniers mois... Mariage après trois semaines de fiançailles, et le voussoiement de Claudine "épouse de 19 ans" à son époux qui la tutoie. Après les voyages post-noce tout juste évoqués ("retour d'Allemagne"), un passage à l'école de Montigny "il y a trois mois" occupe trois douzaines de pages. De son côté, papa fuit Paris pour retourner en cette proovince, et Renaud (c'est lui, le désormais époux de Claudine!) reprend un "jour pour recevoir" (faire salon). Une certaine Rézi y apparaît (p.92). Quinze jours plus tard, Claudine et elle se fréquentent. Agaceries et badinages... et pas mal de "prises de tête". Et les maris, là-dedans? Quel embêtement, quels empêcheurs de se connaître plus intimement! Mais l'un des partenaires est amusé par l'idée de trouver une "fillonnière" (p.174). Surprise et trahison, p.212: le ménage à trois, ce n'est pas toujours facile à supporter. Et Claudine fait ses paquets pour revenir à son tour à Montigny... (il reste encore une trentaine de pages ensuite!). Notons pour finir que le papa macologue cite la Maison d'édition Gauthier-Villars (p.224)!    

P1160757Le titre Claudine s'en va est en lui-même une pirouette. Colette s'amuse avec la mise en abyme de trois couples (dont Claudine et Renaud, qui ne sont guère que des comparses). La narratrice est ici Annie, qui a épousé à 20 ans Alain, plus âgé de 4 ans (ils se connaissaient depiuis l'enfance). Le livre est sous-titré "Journal d'Annie". Enfin, le couple formé par Marthe (soeur d'Alain, donc belle-soeur d'Annie) et son époux Léon, écrivain professionnel, a aussi son importance dans ce "récit". Au début de l'ouvrage, Alain laisse Annie à Paris en partant pour un voyage d'affaires en Amérique du Sud (y vendre un élevage de taureaux dont Annie a hérité par un oncle). Et voici une épouse soumise abandonnée à elle-même, avec pour consigne de visiter une seule fois Renaud et Claudine, "ménage réellement trop fantaisiste pour une jeune femme dont le mari voyage au loin". Elle doit par contre consulter souvent Marthe et sortir souvent avec elle. Mais quand le chat n'est pas là, les souris peuvent apprendre à danser. Entre séjour thermal (à Arriège, ville d'eau imaginaire... peut-être dans le département de l'Ariège qui en possède au moins trois?) et visite au festival de Bayreuth, la jeune Annie va se frotter à bien du monde et comprendre bien des choses (bon, ne nous illusionnons pas, on n'est pas chez Emmanuelle, hein!): jusqu'à finir par perquisitionner la correspondance privée de son cher et tendre au domicile conjugal, ce qui l'en fera partir. Difficile aujourd'hui (2023) de savoir à qui Colette s'identifie le plus: Annie, Claudine, Marthe? Je dirais: peut-être un peu aux trois, à des époques différentes, advenues ou à venir... lorsqu'est paru ce livre! Mais je suppose qu'il doit exister bien des thèses sur le sujet.

Maintenant, il me reste à lire le dernier de la série. Non pas La maison de Claudine (qui n'a en fait rien à voir avec la série, mais davantage avec des méditations de Colette ou des souvenirs mettant en scène sa mère Sido), mais La retraite sentimentale, que je n'ai jamais lu. 

16 octobre 2023

Les portes de l'aventure - Jean Hougron / Excalibur, l'épée dans la pierre - T. H. White

Je (ta d loi du cine, squatter" chez dasola) vous présente deux vieux livres chinés à prix cassé (le livre, ça ne vaut plus rien...). En tout cas, quand dasola commence à regimber avec ses livres neufs à 20 euros ("c'est plus possible!"), je lui mets sous le nez mes vieux "poche" achetés à 20... centimes d'euros. En voici deux!

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Jean Hougron, Les Portes de l'Aventure, Le livre de Poche N°1257, 1966, 253 pages
T. H. White, Excalibur, l'épée dans la pierre, Le livre de Poche N°14655, 2012 (1ère éd. 1999; 1997 pour cette trad. française, EO anglaise 1938) 

20232-300x300_2023seraClassiqueCes deux titres peuvent donc participer au challenge "2023 sera classique" co-organisé par Nathalie et Blandine. Je fréquente depuis plusieurs décennies les deux auteurs dont j'ai donc acquis récemment ces deux ouvrages. De Jean Hougron, je relisais régulièrement Soleil au ventre, qui se trouvait dans la chambrette que j'ai occupé à partir de l'âge de douze ans dans la "maison de campagne" de mes grands parents, pendant la plupart des vacances scolaires. Il cotoyait, sur un petit rayonnage au-dessus de mon lit, Les nus et les morts de Norman Mailer, Le commandant Watrin d'Armand Lanoux, deux ou trois recueils de nouvelles et saynettes de Courteline, ou même La P... respectueuse de Jean-Paul Sartre auquel je n'ai jamais réussi à m'intéresser (et quelques autres que j'ai oubliés): livres achetés, je suppose, par la génération parentale, à l'occasion de voyages en train (en gare, à leur sortie en "poche"). J'avais à cette époque tendance à vouloir continuer à lire après mon "couvre-feu" officiel, et comme la porte de ma chambrette était vitrée, j'ai dû user un certain nombre de piles électriques pour lampe de poche en lisant sous les couvertures (parfois même tête-bêche!). Mais je n'avais, depuis cette lointaine époque, jamais eu la curiosité de lire d'autres titres de Jean Hougron, né il y a 100 ans cette année (1923-2001), alors qu'il a publié encore quelques romans bien après l'époque où j'y rêvais sur le moyen d'escroquer un casino... 

P1160750Bref, Les portes de l'aventure fait partie de cette même série La nuit indochinoise (comportant au total 7 volumes) dont Soleil au ventre est le troisième volume et Les portes... le cinquième. Ce bref ouvrage (253 pages) est constitué de trois nouvelles indépendantes. L'aventure y est plus ou moins intense. Je vais dire quelques mots sur chacune, en tâchant de ne pas trop en dévoiler.

* Poulo-Condor est le nom d'une île (mais il n'est pas question dans la nouvelle du bagne qui y a fonctionné dans la réalité). Si je dis "Monte-Cristo", je suppose que ce sera cependant un indice de ce qui s'y déroule? Disons que, dans cette nouvelle de 88 pages comme dans les deux autres,  il est question de pelle et de pioche. Le narrateur (celui qui dit "je" au départ) n'est pas le protagoniste le plus important, mais bien celui qui écoute l'histoire que lui racontent d'autres personnages. Il en tire ses conclusions...  

* L"homme du kilomètre 53 m'a fait songer au Kipling des bâtisseurs de ponts et d'autres nouvelles décrivant des "administrateurs" anglais aux prises avec les éléments et les "subalternes locaux" dans leur colonie indienne. Ici, il est question des ponts-et-chaussées, de la construction d'une route dans la jungle avec divers aléas: la boue, le gravier adéquat qui manque... et les animaux sauvages. Une belle tranche de vie quotidienne exotique sur une quarantaine de pages. 

* Le retour est le récit amer (de nouveau à la première personne) d'une courte tentative de reprendre la vie ancienne après le retour, sept ans plus tard, d'un homme parti à 19 ans faire forture "aux colonies". Il y a perdu la candeur et les illusions qu'il pouvait avoir à son départ: on ne se baigne jamais deux fois dans la même eau. Et que d'autres aient attendu son retour ne le touche pas: lui sent avoir trop profondément changé, quand d'autres ont seulement été marqués par le temps passé... Le fantasme de reprise d'une petite vie provinciale finira tragiquement. 

Nonobstant cette diversité, il s'agit bien de ce qu'on appelle des "récits d'aventures". N'ayant pas lu les autres titres de la série, je présume que, à défaut de personnages reparaissants comme dans La comédie humaine, la principale unité est celle de lieu: l'Indochine française (avant 1954). Jusqu'à preuve du contraire, mon intuition est que Hougron a dû nourrir son oeuvre comme London, en mêlant ce qu'il a personnellement vécu sur place durant ses cinq ans en Indochine, à ce qu'il a dû y glaner comme récits d'aventures vécues ou rêvées par d'autres! La dernière réédition, en deux tomes de la collection Bouquins, remonte à 2004-2006. 

P1160752Le second bouquin n'a rien à voir avec le précédent, mais je vais aussi comnencer par vous raconter mon propre rapport avec lui. Ce livre de T. H. White (à l'origine, je l'avais découvert en "bibliothèque verte", et sous un autre titre: L'épée dans le roc), je crois qu'il appartenait à mon grand frère. Je l'ai lu plusieurs fois étant gamin. Je l'ai ré-aperçu il y a quelques semaines, lors d'un bref passage dans une maison de campagne de mes parents (dont je n'hériterai pas), il tombe en morceaux (nous sommes quatre frères à l'avoir lu, peut-être mes neveux, cousins ou autres enfants de passage aussi...). Je ne l'ai pas sous la main, mais je préfère sa couverture à celle du "Poche"... [ci-dessous l'image correspondante, trouvée sur internet].

Dans Excalibur, l'épée dans la pierre, le récit commence abruptement avec le descriptif d'une semaine d'écoliers. Vu le nom des matières étudiées (écriture courtoise, astrologie...), un jeune lecteur contemporain et cultivé pourra se demander s'il s'agit d'un univers à la Harry Potter ou quoi. Mais un peu plus loin, il est question d'escrime, de tir à l'arc et de fauconnerie. Ces vraies matières viriles indiquent davantage la voie médiévale. Nous sommes dans un Moyen Âge de fantaisie, entre chevalier errant (oui, un seul!) et foins du domaine à rentrer. Merlin l'enchanteur apparaît p.60, pour devenir précepteur des deux garçonnets du château. Mais sa pédagogie s'avèrera "active": pour s'acquérir des mérites ou des qualités, rien de tel qu'une série d'incarnations provisoires dans des corps animaux. Ou, sans transformation, la rencontre de quelques héros légendaires pour vivre ensemble des aventures palpitantes et aussi merveilleuses que celles d'Alice. Et le héros principal finira par prendre dans sa main l'épée dans la pierre du titre.

L-epee-dans-le-rocQuoique je n'aie pas été en mesure de confronter mot à mot les deux versions, il me semble que la traduction du Livre de Poche doit être différente de celle lue quand j'étais gamin. En tout cas, je n'y ai pas retrouvé Kay et Moustique (popularisés par le dessin animé de Disney Merlin l'enchanteur sorti en 1963, du vivant de White [1906-1964 - grande année!]), mais Keu et ...La Verrue. La verrue s'appelait ainsi parce que cela finissait en "u" comme Arthur, enfin presque (p.29): pas très convaincant... Le cycle de romans écrit par T. H. White à partir de 1938 comprend cinq titres, dont le dernier est paru posthume. Je n'ai jamais lu les quatre autres. 

Finalement, ne devrais-je pas m'inquiéter de "retomber en enfance" et de prendre presque davantage de plaisir à radoter sur mes souvenirs qu'à rédiger de simples billets chroniquant des ouvrages de lectures récentes...? En tout cas, je n'ai pas l'impression d'avoir souvent croisé ces deux auteurs sur les blogs... Mais enfin - bon sang mais c'est bien sûr! - Excalibur... peut tout à fait participer au 11e Challenge de l'imaginairecli11-02

12 octobre 2023

L'hallali - Nicolas Lebel

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Après Le gibier (que je n'ai pas lu), La capture (que l'ai lu mais pas chroniqué), voici L'Hallali, le troisième volet d'une série écrite par Nicolas Lebel. Je pense qu'il pourrait y en avoir un quatrième. Dans l'Hallali, coemme dans les deux précédent, le personnage prinicipal s'appelle Yvonne Chen. Ex-flic, elle est désormais agente infiltrée de la DGSI. Depuis plusieurs mois, elle est à la poursuite de trois tueurs, les furies dont le chef a comme pseudonyme Alecto. Les deux autres  s'appellent Megara et Tisiphone (d'après le nom des déesses grecques de la vengeance). Megara est une femme. Ce sont des tueurs rusés et sans foi ni loi. Dans l'Hallali (Editions du Masque, 278 pages), Alecto et ses comparses doivent se rendre dans les Vosges dans un domaine viticole qui produit du vin de glace (un vin fait à partir de raisins vendangés gelés). Ce domaine appartient à deux frères. L'un des deux veut prendre le contrôle seul. L'autre doit disparaître. Les Furies sont chargés de l'eliminer et par ailleurs, Alecto cherche à recruter Yvonne pour cette mission. A la moitié du roman, il y a un coup de théâtre inattendu qui change la donne et fait bifuriquer le récit. Je ne vous dévoilerai rien de plus. C'est un roman agréable à lire dans un décor de château sous la neige. Je l'ai préféré à La capture qui se passait dans une île bretonne. De Nicolas Lebel, j'ai lu tous ses romans avec le commissaire Mehrlicht, que je vous conseille. 

30 août 2023

Pauline - Alexandre Dumas

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Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) suis encore dans les temps pour une nouvelle participation au thème d'août 2023 (Dickens vs Dumas) du challenge "Les classiques c'est fantastique" de Moka et Fanny. Bien entendu, je peux aussi inscrire le présent billet au challenge "2023 sera classique" co-organisé par Nathalie et Blandine). Le titre que j'ai choisi de chroniquer après l'avoir lu pour la première fois en 2023, c'est Pauline d'Alexandre Dumas, ouvrage dont j'ignorais même l'existence avant de lire en 2022 quelques billets le concernant sur la blogosphère. Je précise qu'Alexandre Dumas, avec ses "classiques" que j'ai lus et relus depuis mon enfance, occupe déjà un rayonnage entier de ma pochothèque, mais je n'y ai donc pas pioché... 

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Pauline, Alexandre Dumas, Folio classique N°3968, 2002, 241 pages

Cette édition bénéficie d'une présentation complète du roman par Anne-Marie Callet-Bianco, notamment dans une préface de 18 pages qui vous dit tout ce qu'il y a à savoir dessus. Le "dossier", lui, commence p.209 (biographie chronologique de Dumas, notice littéraire, bibliographie, notes...). Le texte proprement dit de Pauline occupe donc 182 pages.

Ce roman, l'un des premiers de Dumas, a été publié en 1838 alors qu'il était déjà un auteur de théâtre reconnu depuis près d'une décennie. Je n'y ai pas trouvé beaucoup des péripéties épiques ni des dialogues flamboyants du roman-feuilleton qu'il développera dans les années 1840 (avec ou sans la collaboration d'Auguste Maquet).

Pauline comporte plusieurs récits enchâssés. D'abord ce qui apparaît comme une péripétie d'un voyage de l'auteur rapporté à la première personne (Dumas a publié en 1837 des Impressions de voyage en Suisse, récit basé sur un voyage réellement effectué en 1832, et paru dans différents journaux en 1833 puis en 1837, mais dont je ne sais trop s'il y mêlait déjà réalité et fiction?). Le roman débute avec l'arrivée dans une salle d'armes où le narrateur initial (Dumas, donc) se trouve, d'un personnage (un certain... Alfred de Nerval) dont l'auteur nous dit l'avoir croisé à plusieurs reprises lors de son voyage, en compagnie d'une femme mystérieuse, mais sans avoir pu lui parler. Lors du "souper" (dîner?) qui suit, Alfred raconte à Alexandre ses tribulations. Première phrase: "Tu sais, me dit Alfred, que j'étudiais la peinture lorsque mon brave homme d'oncle mourut et nous laissa à ma soeur et à moi chacun trente mille livres de rente".

Voilà une phrase qui suffit à me faire rêver, moi lecteur de 2023: un revenu de trente mille francs-or par an: pas trop nécessaire, avec un tel viatique, de gagner son pain quotidien à la sueur de son front. Cela pose le décor: on ne va sans doute pas nous parler de traîne-misère. p.42, Alfred, qui a aussi des talents de marin, navigue en solitaire en Normandie à bord d'une barque à la recherche d'un paysage pittoresque, qu'il trouve sous la forme d'une abbaye en ruine jouxtant un château. Château qui se trouve par hasard appartenant à l'époux d'une femme jadis aimée par Alfred (la fameuse Pauline). Femme qui, paraît-il, vient malheureusement d'être assassinée dans le parc dudit château. Bien entendu, rien n'est simple ni limpide. Page 84, Pauline commence à raconter son histoire à Alfred (il l'a sauvée et ils sont alors installés en Angleterre comme frère et soeur grâce à un faux passeport), ce qui les occupe jusqu'à la p. 167. Le "méchant" (l'époux, bien sûr), c'est un certain Horace de Beuzeval, au demeurant parfait homme du monde, et qu'Alfred se fera un plaisir de tuer en duel p.194, peu avant la mort de Pauline (la vraie, cette fois-ci).

Voilà je vous ai tout dit (pirouette!). Si vous voulez connaître les détails de l'histoire, et surtout juger vous-même du caractère de notre jeune Pauline, que, je dois dire, j'ai trouvé sacrément "nunuche" (une jeune fille noble du XIXe siècle, pieuse et bien élevée et tout et tout...), à vous d'avoir la curiosité de lire cette oeuvre romantique et gothique à la fois (il n'y a pas de vampires, mais on y trouve des brigands, des morts violentes et une jeune innocente).

Et qu'on ne vienne pas me dire que "j'ai tout dit" dans un résumé de quelques lignes: je ne vois certainement pas en quoi "connaître en gros l'histoire" empêche de savourer la lecture d'un livre comme la vision d'un film: à ce compte-là, il faudrait se boucher les oreilles et les yeux pour systématiquement arriver "vierge" devant toute oeuvre avec laquelle on souhaite se distraire quelques heures, ou s'intéresser exclusivement à des oeuvres venant tout juste d'être proposées "au public"? Impossible, pour moi.

Sur Pauline, on peut par exemple lire le billet de Joëlle. Je mettrai d'autres liens au fur et à mesure que je les retrouverai! Moka et Fanny elles-mêmes viennnent de le chroniquer.

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