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9 mai 2025

Le petit caporal - Yann Zolets / La petite fasciste - Jérôme Leroy

Les éditions La manufacture de livres vient de lancer une nouvelle collection, "La manuf, toutes les couleurs du noir" avec trois titres en attendant les autres. J'en ai lu deux, La petite fasciste de Jérôme Leroy (Editions La Manuf, 190 pages) et Le petit caporal de Yann Zolets (Editions la Manuf, 395 pages). 

Je commence par La petite fasciste de Jérôme Leroy où une fois de plus l'écrivain a choisi comme toile de fond le nord de la France, de nos jours, au moment d'élections où la droite extrême est près de gagner. C'est l'histoire d'une jeune fille, Francesca, la vingtaine, qui a des idées de droite, et d'un homme d'âge mûr, Bonneval, un député socialiste. Ils vont tomber amoureux l'un de l'autre. Pour en arriver là, il va se passer plusieurs événements dont le plus tragique est l'assassinat du petit ami de Francesca, Jugurtha Aït-Ahmed, par le propre frère de Francesca. Cette dernière découvrira la vérité au bout d'un certain temps. Pendant ce temps, Bonneval est recherché par un tueur qui va commettre un carnage sur des étudiants qui étaient là au mauvais endroit au mauvais moment. Le livre est très plaisant à lire car comme toujours il est très bien écrit. Je conseille.

Je passe maintenant au roman Le Petit Caporal (en référence à Bonaparte) de Yann Zolets. L'écrivain qui écrit sous pseudonyme appartient au renseignement français après avoir parcouru l'espace post-soviétique. On sent qu'il connaît son sujet. En revanche, j'aimerais attirer l'attention sur l'écriture et surtout la relecture. C'est bourré de maladresses et de redites. Par exemple, "Il n'a guère douté de doute (sic) sur l'issue" (page 188). A part ça, l'histoire est suffisamment prenante pour que je sois allée jusqu'au bout. Il s'agit d'une histoire d'espionnage, de traîtres, de sous-marin russe qui échappe à la traque d'un sous-marin français. La DGSE, la DGSI côté français et le GRU, le FSB et le SVR (les acronymes ne sont pas traduits) ne se font pas de cadeau. Il y a aussi quelques personnages peu recommandables. Je me demande tout de même si le roman n'a pas été écrit par une intelligence artificielle car l'essentiel de l'histoire se passe en 2020 en plein Covid (nulle part il n'est fait mention de cette épidémie). Les avions décollent, l'opéra Garnier donne des représentations, les gens partent en villégiature, etc. Je le répète, c'est un roman qui se lit bien... si on fait abstraction de tout ce que je viens d'écrire.

2 mai 2025

Voyage au centre de la terre - Henry Levin (film) / Jules Verne (livre)

- Heu, dasola, tu vas bien faire un billet sur ce film qu'on vient de revoir ensemble en DVD, non?
- Et puis quoi encore? Déjà, j'ai fait l'effort de le regarder avec toi. Si tu veux un billet, tu l'écris!

Donc, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me suis attelé à la tâche... 

Voyage au centre de la terre (film, 1959), Henry Levin
d'après
Jules Verne, Voyage au centre de la terre, 1864 en feuilleton puis en livre
(l'édition en grand volume de 1867 est augmentée de deux chapitres),
Le livre de poche, 1966, 372 pages

 

À Edimbourg (Ecosse), c'est l'effervescence: un éminent professeur de son Université vient d'être anobli! Ses étudiants lui font un triomphe et lui offrent deux cadeaux. Le plus insignifiant contient un mystérieux objet... qui va lancer le professeur et l'étudiant chargé de l'achat des cadeaux dans un voyage inattendu (bah oui, le titre!), après quelques semaines d'attente fiévreuse où le professeur néglige ses devoirs d'enseignement. 

James Mason est très bien en universitaire quelque peu excentrique. Sa nièce Jenny (Diane Baker dont, à 21 ans, c'était l'un des premiers films) est charmante quand elle entortille autour de son petit doigt Alec McEwan, le jeune étudiant désargenté joué par Pat Boone (dont je ne savais pas qu'il était surtout connu comme chanteur). 

Une fois arrivés dans un coquet hôtel en Islande, à Reykjavik, puis en reconnaissance sur le terrain, l'expédition s'annonce mal, alors que ceux qui s'apprêtent à explorer le centre de la terre sont victimes d'un mystérieux antagoniste. Au final, et après un coup de théâtre qui leur permet la rencontre de leur futur guide, Hans (l'athlète islandais Peter Ronson), nos explorateurs (plus ou moins hardis) seront amenés à supporter une présence féminine dans l'expédition. La descente dans les entrailles de la terre  s'avère plus facile que prévu, grâce à la présence d'une sympathique palmipède (qui sait se faufiler dans les bons passages). Pauvre Gertrude! D'un précédent visionnage, il me semblait que Hans faisait violence à ses sentiments respectueux pour tordre le cou à son assassin, ce n'est finalement pas le cas. Ce personnage (l'antagoniste, pas Hans), en tout cas, n'a jamais rien fait pour se rendre sympathique, faisant prisonnier le malheureux Axel alors séparé du reste de la troupe et lui tirant même dessus. 

Dans les plus de deux heures que dure le film, et pour la partie souterraine, les images du monde inventé par Jules Verne sont tout kitchement merveilleuses, que ce soit la salière géante dans laquelle tombe Axel, les cristaux précieux qu'il est déconseillé de cueillir, le radeau fabriqué à base de troncs de champignons géants, les sauriens qui ne le sont pas moins tout en s'avérant sans dents carnivores, la mer intérieure qui tourbillonne et qui désoriente, la découverte finale qui intègre ici ce à quoi il est fait allusion dans un voire même deux autres titres de Jules Verne, auteur que le film aura ici sublimé (transformé en quelque chose d'autre). L'ascension vertigineuse qui ramène nos héros à la surface de la terre a presque quelque chose de, heu, d'érotique! Axel ne sera pas le seul à en ramener chaussure à son pied (je n'ai pas bien compris s'il se l'est cassé ou seulement foulé!).

 

L'alligatographe donne à voir de nombreux aperçus du film. Sheherazade2000 en avait parlé jadis, Cinesylvain (blog éphémère!) en 2017. Le bon article d'Argoul (qui commence par parler du roman) m'a appris l'existence d'un autre film.

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Mon exemplaire du roman de Jules Verne m'avait été offert à Noël 1979. Je l'ai intégralement relu (et non pas seulement feuilleté). Cette fois-ci, nous apprenons que l'histoire commence fin mai 1863 dans la ville de Hambourg (actuellement en Allemagne). Ici, c'est un cryptogramme manuscrit datant de plusieurs siècles qui lance le professeur Otto Lidenbrock sur la piste d'un voyage fantastique, où il entraîne quasiment manu militari son neveu Axel, encouragé à partir par Graüben, la jeune pupille virlandaise (c'est-à-dire originaire de la contrée de Virlande en Livonie, aujourd'hui au Nord-Est de l'actuelle Estonie) d'Otto. Les deux tourtereaux se retrouveront seulement à la fin de l'aventure: p.55, "cher Axel, ton oncle et toi, je vous accompagnerais volontiers, si une pauvre fille ne devait être un embarras pour vous." Pauvre Axel, sujet au vertige (cependant que son oncle est victime du mal de mer durant une traversée de 10 jours sur un voilier entre le Danemark et l'Islande)! p.114, j'ai relevé lors de cette relecture une erreur sur la lèpre (qui sévit dans l'île), qualifiée de "pas contagieuse mais héréditaire" (vérification faite, la bactérie Mycobacterium leprae a été identifiée par Hansen en 1873 seulement). La descente dans le cratère commence seulement p.145, après un trajet de plusieurs jours à travers les paysages désolés de l'Islande avec des hébergements misérables. Au final, ici, les deux hommes sont seulement accompagnés de Hans ("chasseur" de plumes d'eider de profession) quand ils entament la descente du gouffre que constitue le cratère d'un volcan éteint (?). Il s'agit d'une expédition spéléologique "sans esprit de retour", car ils ne laissent pas les cordes en place lors de leur descente par "paliers" successifs (une douzaine!). Arrivés au fond, une galerie en pente douce leur permet de débuter leur longue marche sous terre. 

p.174, alors qu'ils traversent une houillère, on peut lire une phrase très prémonitoires sur l'épuisement de l'énergie fossile: "(...) ces immenses couches de charbon qu'une consommation excessive doit pourtant, épuiser en moins de trois siècles si les peuples industriels n'y prennent pas garde". Un ruisseau d'eau ferrugineuse, en plus de les abreuver, leur sert de fil d'Ariane durant leur longue marche monotone (ils ont prévu des provisions pour six mois) entrecoupée de quelques descentes plus à pic. C'est l'absence du ruisseau qui convaincra Axel, séparé de ses compagnons de route, qu'il a pris une mauvaise direction. Ils se retrouvent le 8 août. À la réflexion, je me suis dit que l'aspect "feuilleton" du texte est parfois visible avec des chapitres qui se terminent en suspense. 

Comme dans le film, la marche doit céder la place à la traversée d'une "mer" intérieure (sur un radeau fait de bois plus ou moins fossilisé et non en champignon). La faune aperçue est clairement "préhistorique". Mais, une fois la traversée achevée, et contrairement au parti pris dans le film, dans le roman, l'explosion provoquée par nos explorateurs aurait eu pour but de leur permettre de continuer vers les profondeurs, et non de les ramener à la surface. Mais c'est ce qui se produit, à l'insu de leur plein gré. Commencé le 28 juin, le périple les ramène à revoir le soleil (p.358), après pas loin de 13 semaines passées sous terre, en Italie (beau trajet souterrain). Otto et Axel sont de retour à Hambourg le 9 septembre 1863... et le mariage d'Axel et de Graüben a lieu peu après. 

 

Dona SwannHélène, AmandineMarine (livraddict) et Itzamna (dernier billet en 2022) ont lu le livre il y a quelques années, Cléanthe très récemment, Michel Sender il n'y a pas longtemps, Cledelintrigue il y a 10 ans. Quant à Cyrilight, elle s'était montrée plutôt critique en 2022. 

Edit du 4 mai: je rajoute le lien vers le billet d'Anne-yes

J'espère vous avoir donné envie de lire ou de regarder... Film et livre participent bien entendu à mon propre challenge 120 ans Jules Verne (1828-1905), et j'inscris le roman au challenge 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie

28 avril 2025

D'où viens-tu, berger? - Mathyas Lefebure

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'avais pas pu rendre le livre D'où viens-tu, berger de Mathyas Lefebure récemment terminé, puisque les bibliothèques parisiennes étaient fermées le samedi pascal (et sont fermées de toutes manières le lundi). Du coup, j'en avais prolongé l'emprunt par voie électronique... et me suis endormi sur mon projet de billet toute une semaine! Le voici enfin. Comme l'avait signalé dasola, c'est la vision du film Bergers de Sophie Deraspe qui m'a amené à cette lecture. 

Mathyas Lefebure, D'où viens-tu, berger? (roman), Babel, 2024, 290 pages
[mais copyright Leméac éditeur, 2006!]

 

Le livre commence par un appel téléphonique de Mathyas vers la France, vers un numéro qu'il a obtenu par un concours de circonstances, celui d'un éleveur de moutons. Il réussit au téléphone à convaincre de sa motivation à devenir berger son interlocuteur: on l'attendra début janvier de l'année suivante. Sauf que quand il arrive, la place a été réattribuée. Il lui est alors conseillé d'aller "se vendre" à la foire ovine de la Saint-Valentin, à Saint-Martin de Crau. Or, celle-ci n'a pas lieu à la date de la Saint-Valentin du calendrier, mais quelques jours avant. Comme dans le film, il réussit tout de même à oser "déranger" quelques éleveurs en train de boire au café, et s'attire cette question: "d'où viens-tu, berger?" (p.35). L'un des éleveurs se dévoue (comme dans le film) pour montrer son mas à un Canadien, et, comme dans le film, c'est plus compliqué qu'on ne pense d'attraper une brebis. Retour en ville, pour noyer ses chagrins dans l'alcool. Puis un coup de fil salvateur: "- Vous avez de l'expérience? - Je veux commencer comme apprenti. - Vous pouvez commencer vendredi?" (p.45). L'expérience du mas Crapule (sic!) dure 90 pages (démission et départ pour aller vers l'arrêt du car, p.135): entretemps, le berger a appris rudement les rudiments du métier de berger, au contact d'employés et d'un patron qui ont pratiqué ce métier toute leur vie parce qu'ils n'avaient aucune autre perspective d'existence, mais qui ne sont pas les plus pédagogues des hommes. 

p.137, justement, il est fait mention de L'Ecole du Merle, "centre de formation de bergers accréditée en France". Mais Mathyas persiste à croire qu'il faut d'abord rêver pour devenir berger. p.140, coup de chance, l'éleveur qui lui avait posé un lapin après l'avoir attiré en France le recontacte. Le monde de l'élevage étant petit, l'éleveur a su qu'il avait démissionné du mas précédent. Cette fois, serait-ce la bonne? Le chapitre est titré "Le mas du bonheur". Là, on va effectivement lui enseigner, pendant deux mois, comment faire paître au mieux et soigner les brebis dans les différents cas de figure. Ce n'est qu'ensuite que lui et "la bergère" (l'amoureuse du début, que cette vie rêvée intéresse aussi) feront leur choix parmi les offres qui commencent à pleuvoir. La chienne Chipie (border collie), qui, à deux ans, fera sa première saison en solo, leur est fournie par l'employeuse finalement retenue. Le reste du livre relate l'alpage, là-haut, avec la solitude à deux, l'inénarrable Dudu (voisin d'alpage), la visite de la DDA (direction départementale de l'agriculture) qui prévient de la présence du loup, face au déni des éleveurs (qui devraient engager des frais conséquents à titre préventif si le loup était là... loup qu'ils accusent les écologistes d'avoir eux-mêmes introduit). Les enjeux sont brouillés: accepter la présence du loup, c'est s'interdire de le tuer, et se contenter des indemnités par bête tuée. La manifestation des bergers semble dans la réalité avoir été un événement plus conséquent qu'il n'est sous-entendu dans le film. 

 

Au final, je dirais que les sept chapitres (piliers?) de ce livre font peut-être plus "vrais" que le film (sagesse?). En comparant celui-ci avec le livre d'origine, je me dis qu'un avocat a probablement dû lire le scénario en amont, les enjeux n'étant pas les mêmes (des centaines de milliers de spectateurs potentiels, versus un livre imprimé à combien de milliers d'exemplaires en France?). Pour essayer de me faire comprendre, je dirais que le film "raconte une belle histoire", tandis que le livre est constitué du vécu (y compris introspectif) de Mathyas, sans se voiler la face par rapport à un certain réalisme de situations (parfois lourdement répétitives), là où les "images-qui-bougent" sont parfois plus elliptiques. Les "situations" présentées dans le film figurent bien, pour la plupart, dans le livre (sauf la houlette symbolique, sauf erreur de ma part), mais elles ont été soigneusement "mises en scène", parfois édulcorées, pour construire toute une belle histoire (là où le livre semble davantage décrire un vécu "au jour le jour", en parlant de l'ordinaire ou de ce qui en sort, exceptionnellement). Le véritable Mathyas nous présente dans son livre un parcours personnel et très "intellectuel" (il se regarde quand même un peu écrire, je trouve), là où le film était (forcément) très concret et nous montrant des images du "vécu" quotidien d'un berger. Dans le livre, il tient un blog, qu'il alimente quand il le peut, sur ses découvertes du "pastoralisme", et cite Cioran à tout bout de champ. Le personnage de "l'amoureuse" est évoqué de façon suffisamment ambiguë pour qu'on ignore d'où l'auteur la connaît, si elle est québécoise ou française. Le film a fait le choix de nous montrer une jeune fonctionnaire attendrie par le parcours du Québécois. Le métier de berger "à la française" est aussi relativement "idéalisé" via le film (la transhumance "à l'ancienne", alors que le roman parle plus crûment d'un trajet en camion). Le film nous épargne la "météorisation" à la luzerne de quelques douzaines de brebis, auquel notre berger a dû faire face (pas trop tard pour le trocard). Et, dans le film encore, l'attachement du chien qui décide de l'accompagner en quittant son foyer d'origine, c'est une jolie histoire, mais pas présente dans le livre ni sans doute dans une réalité plausible. 

 

C'est en regardant la page de garde que je me suis aperçu que le livre d'origine était bien plus ancien que le film puisque paru en 2006 au Québec. Le blog Pageparpage parle d'une récente réédition québécoise.

Après les événements racontés, Mathyas a ensuite vécu en alpage pendant 10 ans. Dasola m'a rappelé (je l'avais oublié) que quelques lignes s'affichaient bien à la fin du film pour nous en informer. 

 

En tout cas, je crois que, pour moi, le mécanisme de découvrir un livre par curiosité après avoir vu un film qui en avait été tiré (adapté) fonctionne mieux que l'inverse (je suis trop souvent déçu quand le film n'est pas absolument fidèle au livre que j'ai en premier apprécié). 

27 avril 2025

Terres promises - Bénédicte Dupré Latour

On ne peut pas dire que la couverture rouge soit "vendeuse" avec seulement le titre et l'auteure. Et bien, je vous présente Terres promises de Bénédicte Dupré La Tour (Les Editions du Panseur, 310 pages) un roman magnifique écrit d'une manière somptueuse. Pour un premier roman, quelle réussite! Les histoires, car il y a plusieurs histoires, se passent a priori aux Etats-Unis, au XIXème siècle pendant la ruée vers l'or, la conquête de l'Ouest ou la guerre de Sécession. Ce n'est pas vraiment précisé. On fait la connaissance de sept personnages, quatre femmes et trois hommes dont une prostituée malgré elle, une amérindienne, un chercheur d'or, un bonimenteur qui perd la foi. C'est un roman choral où les différents personnages vivent une vie souvent tragique dans des paysages durs et âpres. Sans vraiment se croiser, il y a des liens communs qui les unissent. J'avoue que ce n'est pas facile de parler de ce roman tellement bien écrit et évocateur. J'ai préféré les histoires avec les femmes comme personnages centraux. Celle où une mère parcourt les champs de bataille pour retrouver son fils est bouleversante. Il est question de mariage arrangé, de maternité pas forcément désirée, d'amour et tout cela dans un climat de violence. Un très beau roman que je conseille. Madame Dupré La Tour est une auteure à suivre. 
Lire les billets d'Antigone, Matatoune, Titine, Kathel, Eimelle et Clete

22 avril 2025

Un drame en Livonie - François Rivière et Serge Micheli (d'après Jules Verne)

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) publie mon premier billet pour le "challenge 120 ans Jules Verne (1828-1905)". C'est l'été dernier que je m'étais offert un album BD au dessin plutôt original, sans même l'avoir feuilleté de la première à la dernière page. 

Un drame en Livonie, François Rivière (scén.) & Serge Micheli (dessin),
Librairie des Champs Elysées, 2000, 47 p.
d'après
Jules Verne, Un drame en Livonie, éd. originale 1904
(Le livre de Poche N°2061, 1976 [1ère éd.1968], 243 p.)

 

Si l'on commence par planter le décor, à l'époque de Jules Verne, la Livonie (appelée aussi "gouvernement [russe] de Riga" jusqu'à la création des Pays Baltes contemporains après la Première Guerre Mondiale) correspondait essentiellement, pour sa partie Sud, à ce qui est aujourd'hui l'Estonie et, pour sa partie Nord, à une petite partie de la Lettonie. Dans le roman, nous apprenons p.32 que nous sommes le 12 avril et p.38 que nous sommes en 1876. La carte ci-dessous figure en 2e de couv et en 3e de couv' de la bande dessinée. 

 

Au début de l'oeuvre, de nuit, un fugitif poursuivi par des forces de l'ordre (douaniers) trouve refuge dans un moulin à vent...

Plus largement, sur fond d'intrigue policière dans un Etat qui ne l'est pas moins (policier), le livre met en scène la rivalité entre des "notables" d'origine germanique et une bourgeoisie plus "populaire" d'origine slave, à laquelle semble aller la sympathie de Jules Verne. L'histoire de ce pays et de ses occupants, minorités, majorités, propriétaires, maîtres... successifs semble assez embrouillée. 

Le scénario de François Rivière m'a semblé assez fidèle au roman (que je n'avais pas lu depuis longtemps: je possède mon livre de poche depuis 1978...). Evidemment, transcrire 243 pages de dialogues et des habituelles digressions verniennes en 47 planches demande un art certain!

Au fil des pages, on découvre un voyage en voiture à cheval et ses aléas nocturnes, de mystérieux voyageurs, une auberge (rouge? Non...). Il est en grande partie question d'une famille, celle du professeur Nicolef, de sa fille et de son fils, engagés dans le "parti slave" contre le "parti allemand". Mais aussi d'argent, celui qui a été volé dans la fameuse auberge à un garçon de banque retrouvé assassiné, cependant qu'une habile enquête de police amène à soupçonner le professeur Nicolef, qui était justement en voyage cette nuit-là. Les coups de théâtre (positifs comme négatifs) s'enchaînent jusqu'au dénouement, quand Ilka, la fille du professeur, pourra enfin épouser l'élu de son coeur (je sais, je spoile... Mais si peu! Je n'ai pratiquement rien révélé!). 

 

François Rivière, né en 1949, vieux routier de la bande dessinée pour laquelle il a rédigé de nombreux scénarios originaux à l'intention de nombreux auteurs, est aussi romancier. On sait moins qu'il avait écrit en 1978 Jules Verne, Images d'un mythe (la preuve: non seulement je ne le savais pas avant de me renseigner pour le présent billet, mais je ne l'ai toujours pas lu...). Ici, il est associé avec Serge Micheli, artiste peintre dont c'était, à l'époque (fin du XXe s.), la première bande dessinée. 

 

J'avoue avoir été dérouté par l'esthétique de cet album. Il ne s'agit ici certes pas du genre de bande dessinée "classique" avec dessins réalistes que je lis le plus habituellement. J'ai été désarçonné par le style de dessins, souvent baroque (au sens de "bizarre"), avec des visages caricaturaux. Le dessinateur-peintre (le coloriage des planches a été effectué en "couleurs directes") utilise une palette de couleurs plus criardes que douces, plus ou moins ténébreuses ou contrastées selon les pages. Le style caricatural ("torturé"?) ne facilite pas forcément la reconnaissance des différents personnages ni de leurs rôles respectifs. L'un des personnages les plus reconnaissables est Ilka Nicolef. J'ai trouvé que le traitement de ce personnage féminin lui attribue des traits évoquant les indiens peaux-rouges tels que dessinés par Hugo Pratt en même temps que le maquillage d'acteurs japonais du théâtre Nô.

 

Bref, un album dont je suis content de connaître l'existence, mais que je ne suis pas certain de relire (même s'il le faudrait certainement, pour prêter attention à tous ses détails et, sûrement, en découvrir de nouveaux à chaque lecture). Le découpage des cases et leur faible nombre ne facilite pas forcément la compréhension de l'histoire. Je vous ai mis ci-dessous quelques planches à titre d'exemple. 

Pour ma part, je conseillerais de lire en premier lieu le texte de Jules Verne avant de découvrir la bande dessinée, dont le dessin est suffisamment déroutant à l'oeil pour ne pas avoir, en plus, à se torturer le neurone en essayant de comprendre de qui il est question et "qui est qui". 

ClaudiaLucia avait présenté le roman en 2021. 

Edit du 16/05/2025: Miriam l'a chroniqué pour mo challenge et pour les Pays Baltes.

Analyse politique (p.6)

Enquête officielle pour meurtre (p.15)

Un des coups de théâtre (p.40)

 

Cette oeuvre et son adaptation participent comme annoncé à mon propre challenge 120 ans Jules Verne (1828-1905), et je l'inscris également pour le challenge 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie. Je vais également essayer de le glisser pour le dernier mois de la 5e édition du challenge Les classiques c'est fantastique organisé par Moka et Fanny (thème d'avril: la littérature du XXe siècle à l'honneur)... Mais si le roman de Jules Verne a bien été publié en 1904, il a presque à coup sûr été rédigé des années auparavant - et l'auteur est en général vu comme du XIXe siècle.

 

30 mars 2025

Mars Express TEM - Cédric Degottex

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) conclus mon "challenge marsien (autour de la planète Mars) - 2ème édition" avec ce dernier billet pour ma part. Avec ça, je suis satisfait d'avoir réussi à tenir mon objectif de rédiger deux billets par mois durant ses 13 mois. Le titre que je présente aujourd'hui constitue une "préquelle" littéraire à un film (dessin animé), Mars express, que j'avais vu avec dasola avant le début du challenge (qui va se terminer lundi 31 mars à minuit). Il peut aussi participer au 13e challenge de l'imaginaire organisé par Tornade, ainsi qu'au challenge Objectif SF 2025 mis en place par Sandrine

Cédric Degottex, Mars Express TEM, Bragelonne, 2023, 254 pages

 

Lieutenant Aline Ruby, capitaine Carlos Ribera: nous suivons ici le binôme atypique qui représentait les héros du dessin animé. Celui-ci se déroulait en 2200, nous sommes, dans le livre, quelques années auparavant. À ce moment-là, ils travaillent pour le gouvernement, en tant qu'agents des forces spéciales. En fin d'une mission brutale qui s'est déroulée sur terre, ils sont contactés par leur copain d'études, Chris Royjacker, fils de milliardaires qu'il rejette. 

 

Chez ces gens-là, on ne cause pas, on compte et on triche (vous avez reconnu la citation?). Et on a le bras long. Il s'avère qu'Aline et Carlos sont "détachés" temporairement, volens nolens, comme mercenaires d'un autre multimilliardaire afin de retrouver une mystérieuse personne (Tania Espinoza) liée à la fille, Tem, dudit milliardaire (un certain Swaraj Edo-Jendal). Pour cette mission, on met à leur disposition des moyens sans commune mesure avec ceux dont ils disposent habituellement, en terme d'armement et d'accès à des données. 

 

Dans l'univers futuriste qui est décrit, tout est implants, nanoparticules, connectivité plus ou moins bridée... Ceux qui ont argent et pouvoir peuvent accéder (et donner accès) à différents degrés de connectivité, avec consultation et usage de données plus ou moins complètes et détaillées. Il leur est proposé, non pas une somme d'argent, mais un "souhait" à indiquer, dont ils sont assurés qu'il sera satisfait. Nous ne sommes pas dans un conte de fées pour autant! 

 

Tem est une sorte de cyborg qui survit uniquement parce qu'elle est connectée à tout un appareillage de soutien. C'est une artiste connue dans toute la galaxie, mais il s'avèrera que Tania avait passé une sorte de pacte faustien... Non sans mal (Tania se cachait dans une "zone morte" sur terre, avant que nos héros réussissent à la ramener sur Mars), la mission est remplie, et le voeu de chacun des deux partenaires est exaucé. Chris, lui, a rejoint le bercail...

 

J'ai trouvé que, si nous n'avons pas vraiment de descriptions à part celles des "oeuvres d'Art" de Tem, nous avons droit à la description à peu près exhaustive des états d'âme d'Aline, qui doit "gérer" les problèmes (addictions et autres) de son collègue. Mais l'action pure n'est pas absente pour autant! Ce roman expose un environnement techni-économico-politique qui m'a fait songer, outre à Central Station (peut-être en moins "torturé et en plus "high-tech"), surtout à celui de la BD (au long cours) Carmen McCallum (en cours depuis 1995, 20 albums à ce jour, + séries dérivées et "cross-overs" avec la série BD Travis, 16 albums depuis 1997, qui se déroule dans le même univers).

 

Au final, une idée intéressante que de donner quelques éléments complémentaires à ceux découverts visuellement sur écran. Cela m'a rappelé le fonctionnement du roman Heat 2 de Michael Mann (si ce n'est qu'il n'y a plus rien qui puisse se passer côté humains après la fin du film Mars express). 

 

Julien Amic le présente d'une manière différente de la mienne sur son blog Les carnets dystopiques. Et, sans doute, "certains résultats [de mes recherches] peuvent avoir été supprimés conformément à la loi européenne sur la protection des données"... ;-/

28 mars 2025

Le château des étoiles - Alex Alice

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) réussi à emprunter en bibliothèques parisienne (quelques tomes par-ci, quelques tomes par-là...) les sept volumes d'une série BD que j'avais repérée sur la blogosphère: Le château des étoiles, signé Alex Alice, organisé en plusieurs "cycles" (et encore inachevée à ce jour!). Cela me permet une participation de plus à mon challenge marsien, mais aussi pour le 13e challenge de l'imaginaire organisé par Tornade.

Alex Alice, Le château des étoiles, éd. Rue de Sèvres, du T.I (2014) au T.VII (2024)

 

La dystopie que nous dessine Alex Alice prend son ancrage dans le passé (XIXe s. du Second Empire et de la rivalité avec la Prusse...). Alexandre Alice est auteur aussi bien des scénarios (à la fois violents et poétiques) que des dessins, plus suaves que rugueux (et, je suppose, des "couleurs directes" en nuances pastel à l'aquarelle? Pas de "coloriste" crédité...). Je dirai ci-dessous quelques mots des différents tomes, du premier volume publié en album en 2014 au septième et dernier paru (à ce jour), en 2024. 

    

1869: La conquête de l'espace - volume I [2014, 64 pages]. En fait, dès 1868, le prélude de 5 ou 6 pages de la "grande aventure" montre une aéronaute (Claire) qui prépare son envol en visant l'altitude de 11 000 mètres, alors que l'orage menace, au grand dam de son mari (Archibald - lui et elle se vouvoient) et à l'incompréhension de leur gamin, Séraphin. L'expédition au gré du vent en altitude vise à découvrir une substance mystérieuse, l'éther, moyen de propulsion incomparable notamment pour les engins aériens. Nous voyons le ballon monter dans l'orage alors que sa passagère porte un masque à oxygène, le "détecteur d'éther" s'animer, puis un grand cri retentit. Moins de quatre heures après l'envol, "quelque chose" traverse l'atmosphère pour retomber sur terre... 

L'histoire reprend (commence véritablement?) un an après. Séraphin n'a manifestement pas fait le deuil de sa mère, et se montre obsédé par l'espace et les moyens d'y voyager, ce que bride son père... Un mystérieux courrier arraché chez eux, à Lille, provoque un voyage de son père en Bavière, alors que Séraphin est censé partir de son côté chez sa tante pour les vacances. Après un trajet mouvementé, Séraphin aura bien des occasions de prendre de la hauteur... en croisant le jeune Hans (un aéronaute local), une jolie et non moins jeune soubrette (Sophie - qui est aussi la demi-soeur de Hans), l'architecte royal... sur qui papa Dulac (oui, c'est le nom de la famille française) ne tarde pas à prendre l'ascendant pour finaliser un ballon dirigeable fonctionnant à l'éther enfin à portée de main. Rajoutons le roi de Bavière, sa cousine, son infâme chambellan, et nous aurons moult aventures trépidantes que je ne vous dévoilerai pas! Cela finit comme ça a commencé: un ballon qui s'envole... 

   

1869: La conquête de l'espace - volume II [2015, 68 pages]. Cette "seconde partie" du premier cycle commence (prélude) le 11 mars 1870 de notre "réalité alternative". Nos trois enfants, les "chevaliers de l'éther", se sont envolés à bord de "l'éthernef" royale depuis 36 heures. C'est Sissy ("altesse" d'Autriche) qui mène les recherches au château du roi de Bavière. Retour 39 heures plus tôt, à bord de l'engin qui s'apprête à franchir le "mur de l'éther" à 13 000 mètres d'altitude... pour quitter la Terre - en mettant juste les moteurs en marche. Mais... Ach! Grosse sabotache! Absence de gravité à partir de la p.20... et première sortie extra-véhiculaire, de Séraphin, vêtu d'un scaphandre "sauce XIXe siècle". Nos héros arrivent du côté de la face cachée de la lune... puis le contact avec le sol se fait sur de la glace (air raréfié, mais respirable - comme en altitude sur terre). De l'éther cristallisé est découvert, ainsi qu'un mystérieux "château"... Ludwig ne rentre pas sur terre, mais nos héros "principaux", si (pour trouver, installé en Bavière, Bismarck, qui essaye en vain de les y retenir de force). L'appareil volant (aux lignes élégantes de Concorde!) désormais bien alimenté en cristaux d'éther les emmène en Bretagne (chez le grand-père maternel de Séraphin). Sophie, qui acquiert des notions d'astronomie et de calcul de trajectoire, finit par s'exclamer (p.68): "Je sais où est parti le Roi!".  -- Fin du premier cycle. --

 

Volume III - Les chevaliers de Mars [2017, 60 pages]. Novembre 1870. Bismarck, grâce aux notes du carnet appartenant à la famille Dulac sur lequel il avait mis la main, a pu faire construire un vaisseau à éther, et se prépare à envoyer une expédition prussienne... vers Mars. Quant au grand-père, c'est un docteur en médecine et savant universel, ancien des barricades de 1848, plus républicain (et idéaliste) que bonapartiste ou chauvin. Nos savants ont dévoilé à tous les pays le secret du moteur à éther, en rêvant de coopération pacifique. Mais au cours du rassemblement international organisé, Archibald Dulac disparaît (p.20). En termes politiques, l'Autriche contrebalance les ambitions de la Prusse pour aider les Dulac. Péripéties... et Destination, donc, Mars, pour y retrouver ceux qui, semble-t-il, devraient y avoir été emmenés: papa Dulac et le roi Ludwig. Même avec l'éthérite, ce n'est pas un voyage qui se fait en un seul jour... mais en quatre-vingt-treize! Le (mé)chambellan (agent prussien), fait prisonnier, est du voyage. Et pendant ce temps, sur Mars... les hommes de l'expédition prussienne, au sein de laquelle était prisonnier le professeur Dulac, font face à bien des mystères. 

 

Volume IV - Un Français sur Mars [2018, 68 pages]. Bismarck a découvert l'existence de l'éthérite (cristal d'éther), même si la Prusse n'en possède pas encore. Le roi de Prusse, pour qui il travaille, se laisse convaincre que l'avenir passe plutôt par la conquête de Mars que par celle de Paris... À bord du vaisseau des enfants, le jeune Loïc Lebrun, passager clandestin breton, a rejoint le camp du chambellan. Mars, malgré son atmosphère respirable, est pleine de dangers et d'illusions. - Bang! [coup de feu tiré par le méchant bêlant] -. Archibald Dulac serait resté sur Terre, finalement? Séraphin, isolé de ses amis, croise une princesse blessée et la secourt: une des dernières survivantes d'un très vieux peuple, désormais divisé en deux castes opposées (toutes deux télépathes). Le chambellan (au fait, il s'appelle Gudden) s'est rallié les parias, et s'apprête à entamer une guerre de conquête. L'héroïsme de Sophie et Séraphin (bien aidés par leurs acolytes - dont un capitaine prussien plus humain que ses congénères) devrait permettre une réconciliation générale. Mais c'est compter sans l'arrivée des renforts prussiens (dernière page).... -- Fin de la "nouvelle aventure" --

  

[Ici prend place un cycle dérivé, titré Les brumes de Vénus, en trois tomes - que je n'ai pas lus!] 

 

Volume V - De Mars à Paris [2020, 68 pages]. Cette fois-ci, le prologue de trois pages est situé en Haute-Auvergne (?), le 16 novembre 1874. Vingt mois plus tôt, sur Mars, les "gentils" partis dans le désert martien contraient l'acier prussien avec des armes biologiques. Plus de la moitié de l'album narre ce voyage avant l'arrivée du peuple martien en route vers l'exil du "pôle promis" (lieu de sécurité?). À ce pôle de la planète Mars, ils retrouvent le roi de Bavière, mais aussi son chambellan fou. Après un bon remue-méninge, une solution est trouvée: envoyer une ambassade sur terre. La princesse de Mars va découvrir le Paris du Second Empire... et la fine équipe va se renforcer d'une journaliste délurée. Notre empereur, qui a accepté le monopole prussien sur Mars (il semble que la France et l'Angleterre s'intéressent davantage à Vénus?), prépare une exposition interplanétaire. Séraphin a la joie des retrouvailles avec son père (mais rien n'est simple). En fin d'album, la princesse est blessée et Séraphin au trou... Tout est à refaire! 

 

Volume VI - L'Exposition interplanétaire de 1875 [2021, 58 pages - même que les pp.20-21... mais je vous laisse la surprise!]. Sept mois plus tard... (oui, je ne vous l'ai pas dit? Il y a des distorsions temporelles, et le temps s'écoule plus ou moins vite pour les uns ou les autres, selon la planète voire l'endroit où ils se trouvent), 7 mois plus tard, donc, Séraphin s'évade, pour tomber en plein milieu du plan de la bande afin de sauver la princesse et forcer la main aux différents empires. Bref, encore un album empli d'aventures rocambolesques. Les gamins du début ont tout de même un peu grandi/vieilli/mûri. Dans le pavillon martien, clou de l'exposition, l'idéalisme juvénile échoue à sauver Mars (que ce soit par supplication ou menace) face aux ambitions des hommes politiques de la terre, de manière pathétique. Bismarck assène quelques vérités: "Tous ces dirigeants... Certains sont des opportunistes, certains des parasites. Mais certains sont animés d'une mission, d'un sens du devoir envers leur peuple ou leur nation. Pour ceux-là... l'ordre établi compte plus que leurs vie". Lors de la retraite de l'équipe sur des positions préparées à l'avance, ce sont des gendarmes français qui obéissent aux ordres et qui tirent. La princesse de Mars n'est cette fois-ci pas blessée. Une nouvelle piste émerge: cap sur Vénus!

       

Volume VII - Planète des brumes [2024, 70 pages]. Sur Vénus, encore quasi-inexplorée malgré un début d'exploitation par les Anglais et les Français, nos amis vont-ils trouver de quoi sauver les Martiens en réparant le "château des étoiles" construit naguère par les Anciens? Là encore, la destination est polaire et le voyage dangereux. La princesse de Mars, Séraphin, Sophie, le capitaine (Schneidig), la journaliste (Jocaste Daumier) ... Ici ou là, chacun tombe, est rattrapé, rechute, se rattrape, se tourne autour... Remarque désabusée du Breton de service pendant qu'un couple se dispute à grands éclats de voix sur le thème "l'expédition est trop dangereuse pour une femme!": "ils feraient mieux de se lécher la poire tout de suite, on gagnerait du temps!". De 1869 à 1875, on aura vu le jeune couple plus ou moins au centre de l'histoire passer de l'enfance à l'âge adulte! Il y en a qui vont voyager à dos de... Je vous laisse la surprise. Et, après une surprenante ascension, on retrouve l'increvable chambellan et sa petite troupe de Martiens renégats. Et la princesse se fait canarder, une fois de plus. Charge à Séraphin de lui faire retrouver Mars, d'urgence. Le groupe se sépare une fois de plus -- et suite au prochain numéro! --.

 

Pour ma part, cette série m'a fait songer à quelques autres dystopies inscrites dans un passé plus ou moins proche ou lointain: Les dirigeables de l'Amazone (3 tomes, dessins Patrice Sanahujas, scénario  René Durand, 1980-1982) ou Aryanne (9 tomes, dessins Michel Guillou, scénarios Jean-Claude Smit & Terence, 1986-1991 - nettement moins chaste!). 

 

Voici quelques-uns des blogs ayant parlé de tel ou tel tome de la série Le château des étoiles (liste non exhaustive bien entendu): ceux de Bianca, Blo-o-noisettes, Mylène, Karine ...

 

Et quelques extraits plus ou moins spectaculaires, romanesques ou romantiques...     

(T. I, p.43)

 

(T.III, p.59) 

 

(T.IV, p.11)

 

 (T.IV, pp.40-41)

 

(T.VII, pp.-46-47)

24 février 2025

Meurtre sur le Grandvaux - Bernard Clavel / Le pays où l'on n'arrive jamais - André Dhôtel

Les deux bouquins que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) chronique aujourd'hui ont quelques points communs. Ce sont tous deux des éditions J'ai lu (avec illustrations de couvertures signées Denise Antonini!), et tous deux parlent de voyages. Ils ont aussi été écrits par des écrivains dits "populaires"... et marquent peut-être tous deux que cette popularité est volatile au fil des décennies qui s'écoulent après le décès des auteurs. Dernier point: je les ai "chinés" (à quelques semaines d'intervalle, et dans deux bouquineries différentes) avec l'idée de les verser à la "bibliothèque partagée" que j'ai mise en place en bas de chez moi. 

André Dhôtel, Le pays où l'on n'arrive jamais, J'ai lu N°81, 1994
("1er DL dans la collection 1975" [? J'ai ...pas compris, puisque la parution du N°61 de cette collection J'ai lu remonte à 1959!], copyright 1955), 249 pages
Bernard Clavel, Meurtre sur le Grandvaux, J'ai lu N°3605, 1994
(EO Albin Michel 1991), 188 pages

 

Meurtre sur le Grandvaux ressort à la fois du roman noir et du roman "du terroir" (à la française). Il se déroule dans le Haut Jura, dans les années 1840. À l'époque, la population (rurale notamment) était en majorité sédentaire, les communautés étant organisées en autosubsistance. La "mondialisation" (commerce à longue distance) était pratiquée, par voie terrestre, par les "rouliers", un peu l'équivalent de nos "routiers" contemporains (qui conduisent des camions). Le "roulier", courageux conducteur de chariots, pouvait passer des mois voire des années loin de chez lui, tout en ayant en charge la commercialisation des produits qu'il transporte au loin. Ambroise Reverchon est l'un d'eux, dur, bon manager de ses intérêts, et capable de faire face aux dangers sur la route. Quand il revient à la ferme familiale, c'est pour apprendre que sa femme est morte et sa fille enceinte... des oeuvres d'un homme, dit-elle, qui préfère prendre la fuite que l'épouser. Papa va prendre les choses en main... Finalement, le (futur) gendre est plutôt brave gars: orphelin de père à 3 ans, il va se laisser conduire par le roulier. Mais c'est toujours le père qui mène sa maisonnée à la trique (au fouet, plutôt!). Il va être amené en toute logique jusqu'à ce que l'on pourrait hâtivement qualifier de "crime d'honneur", mais qui, à mon avis, n'entre pas dans la même logique culturelle. Un premier meurtre non prémédité l'amène à un autre, de sang-froid cette fois-ci. 

J'ai appris en lisant cette oeuvre l'existence du métier de "boisselier", un genre de sous-tonnelier spécialisé dans les récipients cylindriques en bois, très utilisés dans nos campagnes (avant l'utilisation à grande échelle de la tôle galvanisée, puis du plastique).

 

Je vous mets un extrait (p.82).
"- Ton père, je peux te dire que c'est un fameux bonhomme! Quand je pense de quelle façon on s'est connus!
Elle se met à rire.
- Y peut être rudement dur, tu sais.
- Ca, pour le savoir, je l'sais! Sacrebleu oui, que je l'sais... Mais c'est un homme de justice. Et qui fera jamais l'ombre d'une crasse à personne. Jamais! Seulement, celui qui le cherche, il est sûr de le trouver. C'est tout. Et c'est très bien de la sorte!"

Et un autre, sur le "métier" du roulage et ses secrets, transmis de père en fils (p.77).

"Ambroise se remet à parler comme s'il poursuivait un récit jamais interrompu. 
- Ce temps-là, je peux te garantir que j'ai connu bien pire, justement quand je suis revenu de Nijni-Novgorod. J'avais plus qu'une seule voiture. Je dirais pas que j'avais gagné des mille et des cents, mais enfin, je m'en sortais pas mal. Puis je ramenais des épices que je comptais bien revendre en route. Les épices, si on sait s'y prendre, c'est presque toujours de bon profit... Dans notre métier, le secret, c'est de jamais rouler à vide. Dès que t'as fait de la place, faut que tu trouves de quoi charger. Et toujours ce qui peut se revendre mieux, plus loin."

 

J'ai trouvé quelques blogs qui en avaient parlé: Thomas en a dit deux mots l'an dernier. CJB est nettement plus intéressant. Voir aussi Sab. Et Picardine (dernier billet en 2011). Pour ma part, j'avais déjà présenté sur ce blog l'an dernier un autre roman de Bernard Clavel, qui parlait de transport maritime (Cargo pour l'enfer).

 

Dans une autre des bouquineries que je fréquente, j’ai fini par craquer pour un titre que je connais depuis des décennies pour le voir dans des listes de collections en fin d’ouvrage, Le pays où l'on n'arrive jamais. Ici, je l’ai donc acheté non pas dans une édition Jeunesse, mais en J’ai Lu. Si je connaissais le titre, je ne savais rien sur son contenu ni même sur l’auteur. 

Je dirais que j'ai lu ce livre comme un conte, qui fait bien entendu songer au livre d’Alain-Fournier Le grand Meaulnes, mais aussi à des livres jeunesse du XIXe siècle (Sans famille d’Hector Malo) ou contemporains de son écriture (dans les années 1950), comme La villa des grillons de Léonce Bourliaguet… 
Il s'agit d'une histoire de voyages (mais aussi de "gens du voyage"), avec un côté merveilleux, des coïncidences incroyables, un cheval quasiment magique, des rencontres plus ou moins imprévisibles au départ, l’absence de contingences matérielles, la puissance de l’intuition irrationnelle qui guide bien des actions de nos jeunes héros… Mais un merveilleux qui n’a pas besoin de faire appel aux sorciers, zombies, elfes, vampires, loup-garous, dragons ou autres monstre imaginaires. On se laisse capter par le merveilleux de l’irréel où l’on pouvait encore parcourir un pays avec une carriole à cheval de ville en ville par les chemins creux en gagnant sa vie durant le voyage. Pour essayer de résumer l'intrigue en quelques mots, je dirai qu'un jeune garçon, élevé par sa tante parce que ses parents voyagent par monts et par vaux, fait la rencontre d'un gamin mystérieux, manifestement en fugue puisque recherché. Il va l'aider à aller jusqu'au bout de sa quête, et y retrouver ses propres racines. L'action se passe en bonne partie dans les Ardennes, à proximité de la frontière avec la Belgique. 
En prenant un peu de recul, je me suis dit qu'on pouvait avoir l’impression que ce livre a été construit en brodant, en développant une série de rêves dont les séquences se succèdent. 

 

André Dhôtel, né en 1900, est mort en 1991. J'ai du mal à comprendre pourquoi seul ce titre semble encore connu et le plus ré-édité de nos jours...? Bon, en vérifiant, je vois que certains de ses dizaines de titres semblent avoir bénéficié d'éditions au XXIe siècle. Mais je n'ai pas l'impression de les avoir souvent croisés. Son fils François veille pourtant à la mémoire de l'oeuvre de son père en s'assurant que ses manuscrits, correspondance et autres papiers personnels soient mis à disposition des chercheurs. 

 

J'ai aussi trouvé un certain nombre de blogs qui avaient parlé de cet ouvrage il y a plus ou moins longtemps: Violette, La jument verte (dernier billet en mai 2023), Ellettres, Michel Santo, Karelia (dernier billet janvier 2021), Nadège (dernier billet juin 2021), l'ancien blog (canalblog) de A propos de livres
 

Ce titre peut en tout cas être inscrit au challenge 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie

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Cela fait quelque temps que je souhaitais parler ici de cette "bibliothèque partagée" que j'ai mise en place en bas de chez moi. 

 

Pour dire quelques mots de l'histoire: l'idée m'en trottait dans la tête depuis quelques années. Ayant été assister à l'AG de copropriété en décembre 2024 (alors que je me contentais de donner pouvoir depuis quelque temps), j'ai pris la parole lors des "questions diverses" pour dire que j'avais envie de mettre en place ce que je connaissais dans plusieurs immeubles que je fréquente... Les réactions ont été contrastées. Deux jeunes femmes (propriétaires plutôt récentes) étaient enthousiastes, les propriétaires les plus anciens étant indifférents ou dubitatifs... J'ai dû m'engager sur un meuble de petite taille (discret), qui n'attire pas les regards des passants mal intentionnés, garantir que ça ne servirait pas de "poubelle" pour mettre seulement du rebut... J'ai commencé par (me) constituer un "fonds" avec des livres que je connaissais (ou du moins d'auteurs dont j'avais lu d'autres ouvrages - sauf exceptions!). Puis j'ai eu la chance de trouver dans un "box" qui devait être rendu à son propriétaire un joli petit meuble auquel je n'ai eu qu'à rajouter quelques étagères! Depuis deux semaines, 15 des 50 titres initialement déposés sont partis voire même repartis, j'en ai ré-injecté près d'une dizaine... Et ai eu le plaisir d'en voir arriver une demi-douzaine d'autres, déposés par d'autres résidents! Je finirai en signalant que 50 nuances de Grey (qui m'est tombé des mains!) n'a toujours pas trouvé preneur... ou preneuse!

6 février 2025

L'effondrement - Edouard Louis

C'est grâce au billet de Luocine que j'ai voulu lire L'effondrement (Edition du Seuil, 228 pages), livre d'Edouard Louis paru en 2024. C'était la première fois que je lisais Edouard Louis. Je ne regrette pas ma lecture. L'effondrement du titre, c'est celui de son demi-frère du côté maternel qui est mort à 38 ans à cause d'excès en tout genre, surtout la boisson pendant des années. Sur la couverture, il est mentionné que c'est un roman. Pour moi, c'est un récit biographique d'une personne mal aimée et qui ne s'aimait pas elle-même. Edouard Louis dit souvent qu'il n'aimait pas son frère (son aîné de quelques années), mais ce livre lui rend un peu hommage malgré tout, parce qu'il est le sujet du livre. Ce frère qui n'est jamais appelé par son prénom était, semble-t-il, le plus gentil du monde surtout avec ses compagnes (il en a eu de nombreuses). Il souffrait que son beau-père (le père d'Edouard) le rabaisse constamment. Il n'arrivait pas à garder un travail très longtemps alors qu'il avait des capacités, l'abus d'alcool le rattrapait. Quand il a appris la mort de son frère, Edouard Louis ne l'avait pas vu depuis dix ans. C'est par sa mère qu'il avait des nouvelles. Cette mère qui a perdu connaissance quand son fils est mort. Ce livre qui se lit très rapidement m'a plu. Merci Luocine. 

2 février 2025

Un habitant de la planète Mars - Henri de Parville

Cette fois-ci, c'est un OLNI (objet livresque non identifié) que j'ai déniché dans un bac de livres d'occasion que j'explorais. Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) l'ai payé un euro, ai cru pouvoir le lire très rapidement, ...mais sa lecture m'a pris quelques jours. Cette oeuvre s'inscrit bien entendu dans mon challenge martien, peut avoir sa place dans le "13e challenge de l'imaginaire" organisé par Tornade, sans oublier le challenge "2025 sera classique aussi" reconduit par Nathalie (logo "en attente" la dernière fois que j'y ai été voir) (1).

Henri de Parville, Un habitant de la planète Mars, 161 pages,
printed in Poland by Amazon Fulfillment (première édition: Hetzel, 1865)

Les quelques images ci-dessus peuvent donner, j'espère, une idée de cette oeuvre (présentation matérielle, taille des caractères... et 4e de couv').

 

L'auteur, Henri de Parville (1838-1909), est un contemporain de Jules Verne (1828-1905), et Un habitant de la planète Mars a, comme l'auteur des Voyages extraordinaires, été publié par Hetzel. Mais sa notoriété est moindre. Ce titre est pourtant présenté ici ou là comme un des tout premiers romans d'anticipation, un précurseur de l'ufologie (discipline consistant à recueillir, analyser et interpréter des données concernant potentiellement des extraterrestres). On en trouve semble-t-il des éditions originales cotées 500 euros. Et, tombé depuis des lustres dans le domaine public, il est proposé en "impression à la demande" pour des prix variant de 10 à quelques dizaines d'euros.

 

Alors, ce petit roman vaut-il le coût? Heuuuu... Pour la forme, je dirais que, pour quelqu'un habitué aux longues digressions de Jules Verne, ça se laisse lire. J'ai particulièrement été frappé par le maintien dans cette réimpression d'une orthographe vieillie avec adjectifs précédés de "très-" (trait d'union compris): "très-grande dureté", "très-distingué" (dès la p.8 de mon édition!). Sur le fond, cela peut évoquer Le Humbug ou La chasse au météore (textes verniens), mais aussi les premières pages de La guerre des Mondes de H.G. Wells. Ce titre ne bénéficie pas d'une grande notoriété. Cependant, il me semblait bien l'avoir déjà croisé chez Erwelyn (ce qui s'est vérifié). Et j'ai aussi déniché le blog mort-né (2018) d'une auteure qui en a parlé. 

 

Il s'agit d'un divertissement, un genre de pochade. Je me suis accroché pour le lire jusqu'au bout, heureusement que c'est imprimé en gros... L'action (l'histoire) proprement dite occupe peu de place (au début et à la fin), le gros de l'ouvrage se présente sous la forme de "chroniques" rendant compte d'un symposium scientifique organisé aux Etats-Unis après la découverte d'un aérolithe contenant les restes de ce qui pourrait être un extraterrestre. Est-ce possible? C'est en tout cas prétexte à un enchaînement de monologues érudits (géologie, biologie, astronomie, physique, astrophysique, métaphysique, philosophie [quasiment], etc.), chacun censés se dérouler sur une journée... Je ne suis malheureusement pas assez "calé" sur l'état ou l'histoire des sciences en 1865 pour savoir s'il s'agit d'élucubrations, d'exposés tout à fait conforme à ce que savaient et disaient les (ou des) scientifiques de l'époque, ou s'il s'agissait à ce moment-là d'hypothèses extrêmement avancées et hardies... Les orateurs ménagent en tout cas la chèvre et le chou (on parle ici de Créateur, là de Dieu, mais en une phrase et sans du tout insister...). Pasteur (et sa récente réfutation de la génération spontanée) sont évoquée sans insister non plus, en quelques phrases.  

 

Pour donner un seul exemple, p.121 et suivantes, il est fait état d'une "force vitale" finie qui amènerait à pouvoir déduire la durée de vie des organismes animaux d'un rapport entre leur durée d'achèvement (atteinte de l'état de développement complet) et le temps qui leur reste à vivre: homme 20 ans / 80 ans... Si l'on calcule à partir de l'embryon, on obtient pour l'homme 9 mois / 90 ans, chez la poule 21 jours / 8 ans, chez le chien 65 jours / 12 ans, chez le cheval 11 mois / 20 ans. Avec une conclusion absolument digne de notre idéologie vegan: "si le cheval vit si peu, il faut en rejeter la cause sur le travail excessif qu'il accomplit. Les chevaux sauvages doivent vivre plus longtemps". CQFD! (et tant pis si nous savons que c'est absolument faux). 

 

Le livre se termine sur une date: le 1er avril 1865. Les poissons existaient-ils à l'époque? En tout cas, c'est sans doute un certain entêtement dont je peux être coutumier, ainsi que le puissant aiguillon que représente mon challenge marsien, qui m'ont aidé à aller jusqu'à la fin. Mais je puis tout à fait comprendre que certains lecteurs ou lectrices se soient perdus en chemin bien avant les dernières pages.

Et vous? 

(1) Edit du 4 février 2025: le logo "2025 sera classique aussi" est arrivé ;-)

 

29 janvier 2025

13 à table! (édition 2020)

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) souhaitais faire un autre billet "Bonnes nouvelles" (pour le challenge chez Je lis, je blogue) sur deux éditions précédentes du recueil de Pocket édité annuellement au profit des Restos du coeur, et puis... impossible de mettre la main sur une édition 2021! Alors je vais me contenter de cette édition 2020, malgré le hiatus qui subsiste avec mon billet de l'an dernier

13 à table! 2020, Pocket, septembre 2019, 333 pages,
5 euros (prix neuf ["1 livre = 4 repas" à l'époque])

 

Dans cette édition se trouvaient déjà des noms qui commencent à m'être familiers pour avoir lu leurs nouvelles suivantes. Le thème de l'année nous invite au voyage à travers 16 nouvelles par 17 auteurs.

 

* La fin de l'été, de Philippe Besson: j'avoue que je n'ai pas du tout vu venir la chute inattendue dans ce pèlerinage.

* La croisière ne s'amuse pas, de Françoise Bourdin, raconte un couple qui ne la joue pas collectif, jusqu'au jour de l'indépendance... 

* Dorothée, Michel Bussi: le massacre de Dorothée fait pas mal écho à mes fantasmes personnels les plus fous... 

* Chelly, Madeline Dieudonné: Dans le même genre, l'histoire concernant Nicolas m'a beaucoup moins fait vibrer. Mais enfin mais t'es dingue, pourquoi t'as fait ça?, dit-il...

* Voyage en novlangue, François d'Epenoux est assez savoureux. Le coup du dictionnaire, je le retiens (comme quoi il peut être plus utile posé par terre que sur une étagère)!

* Le regard de Méduse, Eric Giacometti & Jacques Ravenne: un bel exemple de manipulation mentale... pour la bonne cause, bien entendu (comment méduser tout ado addict au smartphone pour l'en libérer).

* Les Hommes du soir, de Karine Giebel, fait tristement écho à la nouvelle titrée J'ai 10 ans... demain (signée Michel Bussi) dans le recueil de l'an dernier (millésimé 2024).  

* Un BriBri à 300 kilomètres heure, Philippe Jaenada: un auteur qui prétend raconter une (més)aventure qui lui serait arrivée. Un litre de mixture (en deux fois!) à avaler cul sec, par point d'honneur. Fiction ou réalité?

* Le Beignet, de Yasmina Khadra, m'a rappelé un livre de Patrick Cauvin que j'ai lu (mais pas chroniqué) il y a quelques mois, Menteur (mais la nouvelle de Yasmina Khadra se déroule dans un cadre plus "viril").

* Le Voyage de ma vie, Alexandra Lapierre: le mépris pour la méprise... Un malentendu qui tourne au drame irréversible?

* Un voyage dans le temps, Agnès Martin-Lugand: toujours la même famille recomposée... dont les composantes n'ont pas encore conclu la paix avec leurs ex! Cela sonne à peu près juste, ma foi... et on connaît (désormais) la suite!

* Une parfaite soirée, de Nicolas Mathieu: une antiphrase, ou quand les mésaventures de la vie perturbent l'amour fusionnel...

* N'en déplaise aux modernes, Véronique Ovaldé. Ou comment une casanière a refoulé son désir pour se conformer aux désirs de sa mère... avant de finir par avoir le courage d'être elle-même!

* Durant Le dernier voyage de l'impératrice, Camille Pascal, m'a permis de rêver sur la mort (dans un bain très chaud) de l'impératrice Fausta, épouse de Constantin le Grand (même si elle n'est pas l'héroïne principale de la nouvelle). Mmmmh, se vautrer dans un bon bain bien chauuuud...

* Qui veut la peau de Romain Puertolas (par lui-même). Une pochade, qui devrait inciter à respecter le "dressing code" souhaité par les restaurants... 

* Je t'emmène, Leila Slimani. Un "bouclage de boucle" avec une fille qui se remémore in fine la tentative de l'amener en Maternelle... et une nouvelle qui fait écho à l'un des livres que j'ai chroniqués il y a quelques jours

 

Je me demande combien de lecteurs ou lectrices affichent dans leurs rayonnages la "série complète" des 11 éditions? Pour ma part, je n'en suis pas encore là... Je ne les ai même pas toutes lues! Si vous le possédez, j'espère vous avoir donné envie de lire ou relire ce millésime 2020 (et sinon, peut-être le trouve-t-on en occasion ou en bibliothèque: les tirages sont importants...). Ces 16 nouvelles en font bien, en tout cas, le plus abondant des cinq recueils désormais chroniqués. Mais pensez aussi à vous procurer l'édition millésimée 2025, si ce n'est encore fait: elle est certainement plus facile à trouver en ce moment! 

26 janvier 2025

Comment construire une cathédrale - Mark Greene / Les mains pleines - Guillaume Collet

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais présenter aujourd'hui deux courts livres que j'ai lus récemment, sans les avoir payés bien cher. Et pourtant, il m'ont fait, chacun, forte impression, pour des raisons différentes. Je ne sais pas trop quel niveau de notoriété ils peuvent avoir dans la blogosphère... 

Mark Greene, Comment construire une cathédrale, Plein jour, 2016, 95 pages
Guillaume Collet, Les mains pleines, Christian Bourgeois éditeur, 2024, 109 pages

 

Je commence par Comment construire une cathédrale, dont je ne connaissais ni l'auteur (ni son homonyme en feuilleton!), ni le sujet, ni la Maison d'édition, et que j'ai découvert dans une "bouquinerie associative" (basée sur le don de livres, revendus ensuite à prix ultra-doux). 

L'auteur, franco-américain né en Espagne et vivant aujourd'hui en France, commence par raconter comment il a été contacté par des éditeurs pour rédiger cette "oeuvre de commande". Puis, assez vite, il évoque "Justo", qui, avec sa pelle et sa pioche, a creusé les fondations de la cathédrale qu'il avait en tête. Il tisse tout au long du livre l'histoire de cet homme qui, contrarié dans sa "vocation" de devenir moine, a décidé d'offrir à son Dieu un bâtiment pour honorer sa foi, sans le moins du monde se laisser démonter par quelque obstacle que ce soit. Un terrain familial, le soutien indéfectible de sa mère pour les contingences du quotidien (jusqu'au décès de celle-ci), la "récupération" de matériaux plus ou moins au rebut parce qu'invendables... et du temps. Une éternité: plus de 60 ans! Justo et son projet (commencé en 1961, sous Franco) ont traversé les décennies. Lorsque le livre est rédigé, Justo a 95 ans et travaille encore à son bâtiment (avec un soutien médiatique certain). Mark Green construit aussi son récit de bric et de broc, en l'entremêlant de souvenirs personnels, de récits de rencontres avec Justo, d'anecdotes arrivées à celui-ci durant la construction (une nuit passée sur le toit de l'édifice, alors que l'échelle s'était éloignée dans l'obscurité...). Mais aussi les réticences ecclésiastiques, municipales, administratives, face à la progression de son bâtiment, en-dehors de toutes normes légales concernant un édifice de cette taille, censé recevoir du public... et dont il fallait financer tant la poursuite de la construction que l'entretien de ce qui était déjà bâti. Depuis la parution de l'ouvrage, Justo Gallego Martinez est décédé (à 96 ans). D'après ce que j'ai pu lire sur internet, le bâtiment (sa "cathédrale Nuestra Señora del Pilar", située dans la province de Madrid) semble continuer à susciter des visites... 

 

Le billet d'Ecureuil bleu en 2017 avait suscité pas mal de curiosité, sur la cathédrale elle-même plus que sur le livre (1), au contraire de celui de Lucie Combet. Le livre a même été adapté au théâtre

Cette histoire m'a rappelé mes lectures et visions sur Les briques rouges / Bricks. En ce qui concerne la construction par un "architecte naïf" (autodidacte), on songe bien entendu au "rêve de pierre du facteur Cheval" (titre de l'article de Sélection du Reader's Digest qui m'en avait appris l'existence, il doit y avoir un demi-siècle). Lorsque Guédelon sera achevé (d'ici quelques années), qu'est-ce qui pourra être réalisé? La reconstruction des châteaux détruits en 1870 dans la Région parisienne semble exclue (notamment pour des raisons politiques). Notre-Dame vient d'être reconstruite, est-il pertinent de chercher à "construire une cathédrale" ex-nihilo (2)? Il y a déjà la Sagrada Familia et ses défis techniques à Madrid. Alors, des thermes romains? Cela a déjà été fait (en tout petit, certes). Un théâtre (ou un amphithéâtre) romain, à l'écart d'un centre urbain existant? Y aura-t-il encore un public sous le velum? 

 

Je continue par un livre qui, lui, incite nettement moins à optimisme sur la destinée des êtres humains. Guillaume Collet, jeune trentenaire, a écrit un livre malheureusement universel, alors qu'on peut s'interroger sur la part de réalité ou de fiction qu'il contient. 

Les mains pleines conte amèrement la découverte, par un jeune homme de 25 ans, qui se cherche dans des prestations improbables de cascadeur spécialisé, de l'état du couple de ses grand-parents paternels. "Famille" ignore ce qui se passe, juste que "Grand-père" et "Grand-mère" ont toujours clamé n'avoir besoin de personne, préféré voyager qu'assister aux réunions de famille, et ont suffisamment d'argent pour qu'il suffise à leur autonomie. À "Petit-fils", qui n'a pas, lui, un vrai travail prenant, contrairement à "Oncle", "Tante", "Frère" ou "Mère", à lui "le seul adulte sans horaires de bureau" (p.10), est dévolu le privilège de se dévouer pour aller voir, dans la grande maison à la campagne, ce qu'il se passe, qui sont les "nuisibles" qui perturbent "Grand-mère"... 

Il s'agit d'un livre sur la vieillesse et ses naufrages, la déchéance, lorsque subsiste une écorce reconnaissable, habitée par des paroles plausibles, sauf si on prend la peine d'aller voir ce qu'il se passe au coeur de l'arbre... et quels vides sont camouflés par les apparences. C'est très bien écrit. C'est déprimant, tant ça rend bien compte des illusions, désillusions et découvertes progressives (des cadavres dans les placards...). Je vais juste donner quelques extraits. 

p.73: "un grand nombre des pays visités par Grand-Père-Cendre et Grand-Mère-Cyclone sont en guerre ou en situation d'instabilité. Petit-fils ne pourra jamais y aller comme touriste. Certains ont quasiment disparu à cause des catastrophes climatiques. D'autres sont resté touristiques, si bien qu'ils ne sont plus synonymes que de foule autour de vieilles pierres. À leurs époque les grands-parents étaient presque seuls à y aller et ont pu entretenir l'illusion de leur solitude. Il y a ceux qui se font avoir et les autres."

Réflexion faite, je vous épargne la séance d'anthologie que constitue un repas pris en commun (p.62 et suivantes...). Je peux vous garantir que le livre est rude jusqu'à la fin (comme la pente - mais ici à la descente). Je pense que cette "tranche de vie" peut servir de miroir pour bien des familles contemporaines. En tout cas, même exacerbé et poussé à l'extrême, il m'a évoqué de mauvais souvenirs personnels. Mais bon, autant regarder les réalités en face, non?

J'ai trouvé quelques traces sur la blogosphère. Christlbouquine a suscité quelques réactions.

Pierre Ahnne en dit beaucoup, tout comme le blog (pro?) Ma collection de livres de H.C. Dahlem.

 

Je connaissais les exemplaires de livres estampillés "Presse", que je trouve souvent, dédicaces comprises, dans les bacs d'occasions bradés. Je connaissais aussi les exemplaires "épreuves provisoires non corrigées", censés permettre aux journalistes des mensuels, bimestriels ou trimestriels de rédiger leur article (concernant des titres encore "sous embargo") dans les délais compatibles avec leurs dates de "bouclage". Pauvres journalistes, qui, ne sachant que faire de ces mètres cubes, sont contraints de les amener par cabas entiers aux libraires spécialisés pour les troquer contre quelques malheureux euros... 

J'ignorais encore, par contre, l'existence d'exemplaires spécialement dédiés aux "offices", envoyés sans qu'ils les aient demandé, comme leur nom l'indique, aux libraires! Et je remercie ma librairie de quartier de les utiliser comme "cadeau" à ses clients réguliers. 

 

(1) Edit du 20/02/2025: Ecureuil bleu a ajouté un nouveau billet où elle parle aussi du livre.

(2) Edit du 09/07/2025: depuis, j'ai découvert l'existence du "Chantier médiéval de Guyenne" qui a entrepris sous l'égide de l'association "Bâtisseurs médiévaux" de contruire ce type d'édifice, un peu à la manière du château-fort de Guédelon...

22 janvier 2025

Trois Maigret - Georges Simenon

Après mon billet "Quatre Maigret" de l'an dernier, voici un billet avec seulement (si je puis dire) trois autres romans de Simenon avec Maigret.

Maigret à Vichy, Maigret se trompe et Maigret a peur.

 

J'ai trouvé les trois histoires très bien. Georges Simenon avait vraiment beaucoup de talent pour aller à l'essentiel et malgré tout, il donnait quelques descriptions qui faisaient avancer les intrigues.

Maigret à Vichy (Livre de poche, 189 pages) se passe comme son nom l'indique dans la ville de cure située dans l'Allier. Maigret y est avec sa femme Madame Maigret qui l'a accompagné. Maigret doit se refaire une santé. Au bout de cinq jours, le couple a déjà une routine pour les promenades ou pour assister à des concerts dans un square. Et Maigret croise les mêmes curistes, dont une femme habillée couleur lilas. Cette dernière, qui s'appelait Hélène Lange, est retrouvée étranglée au rez-de-chaussée de la maison qui lui appartenait. Elle louait l'étage à plusieurs curistes. La question que Maigret, appelé pour aider dans l'enquête, se pose, c'est "Pourquoi assassiner cette femme maintenant". Je vous laisse découvrir la suite, dans laquelle intervient Francine, la soeur de la victime. On ne connaît le nom du coupable (homme ou femme) qu'à la toute fin. Un très bon roman écrit à Epalinges (dans le comté de Vaud) en septembre 1967.

Dans Maigret se trompe (Livre de poche, 191 pages), on revient à Paris dans le XVIIème arrondissement, avenue Carnot. Une dénommée Louise Filon est retrouvée tuée d'une balle dans la tête par la femme de ménage qui venait tous les matins. Louise détonnait dans le quartier, c'était une ancienne prostituée qui était une femme entretenue par le professeur Gouin, un chirurgien de grande renommée d'une soixantaine d'années, qui vit avec sa femme à l'étage au-dessus de chez Louise. L'épouse est très protectrice envers son mari. Maigret, en menant l'enquête avec ses adjoints Lucas et Janvier, apprend que Louise avait un amoureux saxophoniste appelé Pierrot. Mais le personnage sur lequel Simenon se focalise est Etienne Gouin, le chirurgien issu d'un milieu modeste. C'est un homme étrange qui est indifférent aux sentiments qu'éprouvent sa femme, sa maîtresse ou sa jeune secrétaire qui lui est très dévouée. Une intrigue bien menée que je recommande. Le roman a été achevé le 31 août 1953 à Shadow Rock Farm (Connecticut).

Je termine avec Maigret a peur (Livre de poche, 189 pages) qui se passe à Fontenay-le-Comte en Vendée. Maigret, après avoir assisté à un colloque à Bordeaux, revient vers Paris par le train mais on lui demande de faire une halte à Fontenay-le-Comte, où un notable Robert de Courçon vient d'être assassiné avec un objet contondant. Peu de temps après, une veuve et un clochard sont assassinés de la même manière avec la même arme. Maigret revoit le juge d'instruction Chabot, un vieil ami installé à Fontenay avec sa vieille mère. La peur règne dans la ville. Et les deux familles de Courçon et Vernoux sont au centre de l'intrigue. Simenon fait une peinture au vitriol de cette grande bourgeoisie de province. Chabot n'est pas épargné non plus. Bien évidemment, c'est Maigret qui va trouver le coupable. Une fois de plus, une histoire très bien menée. Le roman a été achevé le 27 mars 1953, également à Shadow Rock Farm (Connecticut).

21 janvier 2025

L'ombre de Mars - Raymond Clarinard & Mikaël Ollivier

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'ai pas réussi à voir à l'oeil nu, le 16 janvier au soir, la planète Mars, comme, paraît-il, il était possible de le faire. Mais je vais au moins réussir à rédiger une chroniquette dans le cadre de mon challenge marsien ainsi que du 13e challenge de l'imaginaire (mis à jour par Tornade pour 2025). J'avais chiné le livre ci-dessous en décembre 2024.

L'ombre de Mars, R. Clarinard & M. Ollivier, Fleuve Noir, coll. SF Space N°2, 1997, 284 pages

 

Dans un futur indéterminé mais sans doute pas trop éloigné de 1997 (notre XXIe s., donc...), un navire spatial à équipage international s'apprête à envoyer une première équipe d'exploration (trois hommes et une femme) à la surface de Mars.

Seul le militaire qui commande l'expédition "scientifique" sait que "quelque chose" risque de se produire. Les images transmises par les différentes sondes qui se sont posées sur Mars avant, plus ou moins rapidement, de cesser d'émettre, ont été partiellement censurées. Sur l'une d'elles, apparaissait fugitivement une ombre... 

Les communications entre le navire et l'équipe d'exploration sont interrompues par une tempête de sable martienne. Durant celle-ci, sur Mars, un choc terrible ébranle le refuge de l'équipe d'exploration, puis le Russe de l'équipe disparaît... avant de réapparaître, comme envoûté. 

Bon, je ne raconterai pas davantage la suite de l'histoire (on est vers la p.80, et il en reste encore environ 200 à lire). J'évoquerai plutôt les oeuvres que j'ai lues et vues auparavant et auxquelles cela m'a fait songer: La nuit des temps de Barjavel (survivants de civilisation disparue). La reine des damnés d'Anne Rice (affrontement au sein d'un couple de "super-héros"). Mission to Mars de Brian De Palma (une civilisation extraterrestre révélée à l'humanité). Abyss de James Cameron (quand un militaire prend les choses en main).

Ça se laisse lire, on peut se demander si une suite était envisageable à la fin (alors que les survivants retournent vers la terre à bord de leur navire spatial...). Les deux auteurs ont collaboré de nouveau quelques années plus tard, mais plus dans le secteur de la SF. 

Cette collection SF Space était peut-être destinée à prendre chez l'éditeur Fleuve Noir la suite de la collection Anticipation qui s'est terminée après 2002 titres (1951-1998). Mais elle est loin d'avoir eu la même longévité. Cependant, jusqu'en octobre 1999, 72 titres au total y sont parus (dont un autre livre de Raymond Clarinard, La cité sans mémoire, N°35). 

 

Edit du 16/02/2025: inscription rétrospective sur le challenge Objectif SF 2025 mis en place par Sandrine

 

15 janvier 2025

Le grand soir - Gwenaël Bulteau

Avec Le Grand Soir (Edition La Manufacture des livres, 282 pages vite lues), c'était le deuxième roman que je lisais de cet écrivain après La République des faibles. Le Grand Soir du titre est le 1er mai 1906, pendant lequel une grande manifestation des ouvriers est prévu. Mais l'histoire commence un an auparavant, le 22 janvier 1905, au moment des obsèques de Louise Michel. Parmi ceux qui assistent à la cérémonie, on fait la connaissance très brièvement de la jeune Jeanne Desroselles, issue de la grande bourgeoisie. Très sensible aux revendications de liberté et de justice, elle veut fuir sa riche famille. La vie s'ouvre à elle mais malheureusement, ce 22 janvier sera le dernier jour de sa vie. Il faudra attendre plus d'une année, grâce à l'obstination de sa cousine Lucie, pour que l'on apprenne ce qui lui est arrivé. L'essentiel du récit se passe entre Roquefort dans l'Aveyron, le nord de la France et Paris. Les ouvriers et ouvrières vivent mal leurs conditions de travail. Il y a des échauffourées. Par ailleurs, des femmes cherchent à s'émanciper face aux hommes pour mieux disposer de leur corps. Albert, François et Suzanne sont trois personnages essentiels à l'histoire mais je ne vous dirai pas comment ni pourquoi. Un roman qui se lit agréablement mais je m'attendais à mieux. J'ai trouvé l'histoire moins intéressante que celle de La République des faibles. Vous pouvez bien sûr l'emprunter en bibliothèque.

13 janvier 2025

13 à table! (édition 2025)

Comme l'an dernier, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) participe au challenge Bonnes nouvelles chez Je lis je blogue avec le recueil 13 à table! édité au profit des Restos du coeur. J'ai découvert les 14 nouvelles qui composent cette édition 2025 avec un exemplaire prêté par mon collègue, avant d'en acheter un autre pour mon propre compte dans ma librairie de quartier (où il était bien en évidence). 

13 à table! 2025 (11e édition, sur le thème "Tous dans le même bateau",
couverture Catherine Meurisse), octobre 2024, Pocket, 240 pages, 6 euros (= 5 repas)

 

Plusieurs nouvelles ont vraiment "joué le jeu" d'un épisode maritime qui aurait pu, à quelques semaines près, justifier une présence dans le challenge Book trip en mer chez Fanja... même si ce n'est pas le cas de toutes. Le thème du conflit israélo-palestinien exacerbé après le 7 octobre 2023 est abordé à plus d'une reprise. Quelques mots rapides sur chacune des 14 nouvelles (très occidento-centrées) ci-dessous:

* Le bateau d'Alice de Sandrine Colette se termine par les mots "Et ceci est une histoire vraie" (plutôt triste).

* La traversée de la vie de Lorraine Foucher se déroule dans une île. C'est transgénérationnel et émouvant.

* Octobre de Karine Giebel nous parle du conflit autour de Gaza à travers deux enfants de 12 ans, de camps opposés... 

* Dans "Tous dans le même bateau" de Raphaëlle Giordano, ce que le vent propulse n'est pas la voile d'un bateau, mais un cerf-volant.

* La Maison d'Orient de Christian Jacq se déroule en Egypte.

* Marie-Hélène Lafont nous montre, dans Samedi soir, comment un frère et une soeur peuvent suivre des voies divergentes par suite de leur orientation scolaire.

* Je peux témoigner que tous les profs de fac en histoire romaine ne sont pas aussi égoïstes, autocentrés, exigeants voire despotiques envers leurs élèves et/ou leurs "famuli" (porte-serviettes?) que l'Adrien Potet mis en scène par Alexandra Lapierre dans "Hé bien, nagez maintenant!". Mais c'est pas une raison... 

* Encore deux protagonistes opposés du conflit du Proche-Orient, dans Les voyageurs de Marc Levy. Deux battants enfermés s'aperçoivent après discussion que, s'ils sont maintenant un peu moins stupides, c'est parce qu'ils ont commencé par s'entretuer, chacun ayant écouté les paroles de leurs "hommes de Dieu" respectifs...

* Avec Mon bateau blanc ou l'histoire d'un naufrage, en deux pages, Marcus Malte a fait le choix de la poésie.

* On ne savait pas comment vous le dire... d'Agnès Martin-Lugand s'inscrit dans la suite des nouvelles familiales des éditions précédentes. Les 400 coups des quasi de la famille recomposée, je les avais vus venir de loin (depuis l'édition 2024 ou la 2023?).

* Le Coup de bôme d'Etienne de Montéty met vraiment du baume au coeur.

* François Morel ne s'est pas foulé pour le titre (Dans le même bateau), mais il nous présente un chansonnier breton mort à 30 ans (personnage réel ou fictif?), ayant chanté la mer et les marins...

* Dans Banlieue-trecking de Romain Puértolas, la fin de la nouvelle est tétanisante (très bien mise en page, en plus), et, cette fois-ci, je ne l'avais absolument pas vue venir.

* Enfin, dans Victor, Jacques Ravenne nous parle de Victor Noir et du culte qui lui est rendu.

 

Philippe Dester a chroniqué ce recueil, ainsi que Du calme Lucette. Et sans doute bien d'autres blogs... que je n'ai pas su dénicher.

 

PS: je présente mes excuses pour la publication prématurée de cet article alors inachevé dont les abonnés au blog avaient reçu notification: je voulais qu'il parle aussi de deux éditions antérieures (l'an dernier, j'en avais chroniqué trois). Finalement, je ferai un autre billet "Bonnes nouvelles" d'ici quelques jours pour les deux autres éditions plus anciennes... [millésime 2020 chroniqué le 29/01/2025].

27 décembre 2024

Signé Olrik - Yves Sente et André Juillard / Un cow-boy sous pression - Achdé et Jul

Voici deux bandes dessinées sympathiques à lire pouvant faire de parfaits cadeaux pour cette fin d'année. C'est destiné à tous les publics. 


Je commence avec Signé Olrik (Edition Blake et Mortimer, 64 pages) de Yves Sente (au scénario) et André Juillard (pour les dessins),  qui commence avec un cauchemar du colonel Olrik (l'ennemi juré de Blake et Mortimer). Il rêve qu'il va être pendu. Réveillé en sursaut, on constate qu'il est en prison. Pendant ce temps, un avion survolant Londres à basse altitude, envoie des tracts émanant d'un groupuscule mystérieux. La revendication principale est que le flot d'immigration soit stoppé en terre libre de Cornouailles, sinon, il y aura des représailles lors de la venue du prince héritier, Charles et de son père, le prince Philip. Et c'est à cette période que, à la demande du ministère de l'industrie anglais,  le professeur Philip Mortimer présente sa nouvelle invention, une excavatrice de poche surnommée "La taupe" dont les premiers tests doivent se dérouler justement en Cornouailles. A cela, il faut ajouter la légende du roi Arthur avec un trésor et son épée Excalibur. Vous mélangez le tout et vous suivez avec intérêt cette aventure dans laquelle Olrik joue un rôle primordial en narguant nos deux héros. Cet album, le trentième, est endeuillé par la disparition d'André Juillard. Avec Yves Sente, il aura été l'auteur de 9 des 19 albums parus depuis la mort d'Edgar P. Jacobs. 

Voir par exemple Bigmammy en ligne

 

Je passe maintenant à Lucky Luke que l'on retrouve comme un cow-boy stressé, il travaille trop (7 jours sur 7) et fait des mouvements qui lui donnent mal au dos. Dans Un cow-boy sous pression (Edition Lucky Comics) de Jul (au scénario) et Achdé (aux dessins), le constat est que depuis quelque temps, dans l'Ouest américain, c'est morne plaine, les saloons ferment et les gens s'en vont. La faute à quoi? Il n'y a plus de livraison de bières. C'est Lucky Luke qui devient le médiateur du conflit qui oppose, à Milwaukee, les ouvriers grévistes et les "barons de la bière", tous allemands. C'est en effet la grève dans toutes les plus grandes brasseries. Les grévistes ont comme revendications d'être augmentés et de ne pas travailler davantage que soixante heures par semaine. Je vous laisse découvrir qui va être désigné volontaire pour remplacer temporairement les grévistes. Pour la petite histoire, j'ai appris que Milwaukee était dans le Wisconsin et avait été peuplée d'abord par quelques Français et au XIXème siècle par une nombreuse population allemande. Grâce à Jul, il est rappelé que le hamburger, la saucisse de Francfort du hotdog viennent d'Allemagne, qu'Eisenhower et Trump sont d'origine allemande, etc. Un album très plaisant que je recommande. 

23 décembre 2024

Le bruit de nos pas perdus - Benoît Séverac

J'ai pris grand plaisir à lire le nouveau roman de Benoît Séverac, Le bruit de nos pas perdus (Edition La manufacture de livres, 284 pages), dans lequel on retrouve le commandant Cerisol et son équipe composée de Nicodemo, Grospierres (un pro du taekwondo) et une nouvelle venue, Krzyzaniak. Ils font partie de la brigade criminelle de Versailles. Cerisol est marié à Sylvia, une femme déficiente visuelle qui est partie au Japon pour une compétition handisport. Elle est accompagnée de sa chienne Djouk. Les deux enquêtes sur lesquelles enquêtent l'équipe sont, d'une part, le suicide présumé d'Emilie Vaudrey, une jeune femme pleine d'avenir mais peut-être atteinte d'un mal incurable, et d'autre part, un cadavre momifié dans du film plastique retrouvé dans un caveau qui a été vandalisé dans le cimetière de Versailles. Par ailleurs, Benoît Séverac commence son roman avec l'histoire d'Amos, un Tchadien qui a fui son pays avec sa femme et leur fils. La femme et le fils sont malheureusement décédés avant d'atteindre l'Europe, victimes de passeurs. On va comprendre au bout d'un moment quel est le lien entre l'histoire d'Amos et l'une des deux enquêtes. Sur un plan personnel, Cerisol est inquiet car il ne parvient pas à contacter Sylvia au Japon. Je ne vous en dis pas plus. Un roman très agréable à lire que je vous conseille tout comme La petite souris

11 décembre 2024

Le premier renne - Olivier Truc

J'ai mis beaucoup de temps à lire Le premier renne d'Olivier Truc (Edition Métailié noir, 525 pages). Ce roman que je me réjouissais de lire (après Le dernier Lapon) m'a un peu ennuyée. Au bout du compte, il ne se passe pas grand-chose. C'est surtout la description de la vie des Sami au moment du marquage des faons. Car comme vous le savez, beaucoup de Sami vivent de l'élevage de rennes. L'histoire commence juste après le solstice d'été, de nos jours, quand le soleil brille 24 heures sur 24. Le pays Sami s'étend entre la Norvège, la Suède et la Finlande. Le territoire des Sami est de plus en plus menacé par l'exploitation de mines comme celle de Kiruna ou le fait que la Laponie est riche en terres rares qui sont convoitées par les Etats. Le côté policier du roman est qu'un Sami, Aaron, est retrouvé mort, tué par une balle de fusil, et que des dizaines de rennes sont percutés par un train. Ces animaux avaient été attirés par du sel dispersé sur les voies. On leur a coupé les oreilles. Les oreilles sont l'endroit où les faons sont marqués, ce qui permet de savoir à qui appartient chaque renne. Klemet et Nina, de la police des rennes, enquêtent. Ils vont affronter des éleveurs et une jeune Sami, Anja, la soeur d'Aaron. Les éleveurs sont groupés dans des sameby. Anja étant une femme n'a pas pu y être intégrée, alors qu'elle avait davantage la vocation que son frère Aaron. Elle enrage, c'est une révoltée qui se lie d'amitié avec un Français, Joseph, ancien prêtre devenu berger qui vient des Alpes-de-Haute-Provence. Un roman intéressant mais long, long, long... Lire le billet de MAM et BMR.

5 décembre 2024

Du rififi à Ménilmontant - Tardi

C'est en voyant une pub dans un journal que j'ai appris que Tardi venait de terminer un nouvel album (au format plus petit que les précédents) avec le détective Nestor Burma. Sur la couverture de Du rififi à Ménilmontant (186 pages, Edition Casterman), il est bien précisé que c'est d'après les personnages de Léo Malet. Et en effet, cette aventure a été imaginée par Tardi lui-même. Elle n'est pas inspirée par un roman de Léo Malet. Et donc l'histoire se passe dans le XXème arrondissement de Paris. En préambule, Tardi dédie sa BD à Jules Dassin pour son film du Rififi chez les hommes (1955, un chef d'oeuvre selon moi) et à Albert Lamorisse pour Le ballon rouge (1956 . L'histoire commence le 20 décembre 1957 et se termine le 27 décembre de la même année soit une semaine pendant laquelle Nestor Burma, qui a une "crève" carabinée, rencontre un poivrot qui adore les chats. Burma découvre des expériences de laboratoire sur des animaux sans défense dans les sous-sols du XXème arrondissement. Il doit aussi affronter trois Pères Noël. Il va surtout assister à un suicide d'une femme en direct dans son agence Fiat Lux. D'autres morts en lien avec ce suicide vont suivre. Comme suis une admiratrice des dessins de Tardi, je me suis une fois de plus régalée mais l'histoire n'est vraiment pas gaie, même si Nestor va pouvoir offrir à la fin un beau cadeau à sa secrétaire préférée, Hélène. 

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