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26 août 2024

Le Silence et la Colère - Pierre Lemaitre

Dans le cadre des deux challenges "Pavés de l'été 2024" et "Les épais de l'été 2024", j'ai terminé il y a une semaine Le Silence et la Colère de Pierre Lemaitre (Livre de poche, 768 pages). C'est le deuxième tome d'une tétralogie commencée avec Le Grand Monde (qu'il faut avoir lu avant). J'ai retrouvé la famille Pelletier en février-mars 1952 à Paris, à Beyrouth et dans le village de Chevrigny situé dans l'Yonne. Ce village doit disparaitre sous les eaux à cause de la construction d'un barrage. Hélène Pelletier est une journaliste free lance qui va couvrir l'événement. Son frère François écrit aussi des articles dans le même journal, mais il est surtout préoccupé par sa liaison avec Nine, une jeune femme sourde et kleptomane. Il est très amoureux d'elle. Quant à Jean Pelletier, le pauvre, il est bien mal marié avec Geneviève, enceinte pour la deuxième fois et qui maltraite sa première petite fille, Colette, âgée de trois ans. Jean va-t-il réussir à ce que son entreprise de dessous féminins (dans le genre "Tati") soit un succès, place de la République à Paris ? Pierre Lemaitre est un conteur hors pair en nous tenant en haleine. Ce roman qui se dévore d'une traite, aborde aussi le sujet de l'avortement (puni par la loi à cette époque), ou l'hygiène des femmes (eh oui). Il est aussi question d'amour, de meurtre et de match de boxe. J'attends avec impatience la suite de la vie de cette famille. Je ne sais pas quand paraît le troisième tome. Lire les billets d'Yvan, Enna, Eva, Richard, Violette, Audebouquine, Bigmammy, Matatoune, Shangols

 

19 août 2024

Les oubliés de Vulcain - Danielle Martinigol / Flora, l'inconnue de l'espace - Pierre-Marie Beaude

Décidément, en cette période estivale, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) retombe en enfance... Un effet (déjà?) de mes 6 (six!) décennies? Voici une micro-chronique sur 2 (deux!) petits "poches" jeunesse que je n'avais jamais lus, achetés chinés dans les bacs avant-hier, à 50 centimes pièce (et j'ai manqué de réflexe: j'avais droit à un troisième gratuit - "3 pour 1 euro" - ...si j'avais fait l'effort d'en sortir un 3e du même bac)! Mais j'avais choisi ces deux-là à cause de la possibilité qu'ils puissent contribuer au 12e challenge de l'Imaginaire organisé par Tornade, au XVe challenge Summer Star Wars Ahsoka de Lhisbei (et peut-être à mon propre challenge marsien) et, lecture faite, c'est bien le cas (en ce qui concerne le challenge marsien, pour un des deux seulement)... Autre facteur commun: deux auteurs français, ayant tous deux fait carrière dans l'enseignement.

Danielle Martinigol, Les oubliés de Vulcain, Le livre de Poche jeunesse N°541,
1996 (copyright Hachette 1995), 189 pages
Pierre-Marie Beaude, Flora, l'inconnue de l'espace, Castor Poche Flammarion N°184,
1987, 148 pages

 

La "présentation de l'auteur" en début de livre m'a appris que Mme Martinigol "s'efforce, sur fond de réflexions écologiques, de respecter la règle des trois A: Aventures, Amour, Ailleurs...". Dans Les oubliés de Vulcain, dans un univers, jamais daté, où l'humanité a conquis trente monde (les 30 premières planètes d'Asimov?), Vulcain et ses volcans sont la "solution" au problème des déchets: ceux-ci sont précipités dans ceux-là... par des "boueux", qui vivent sans espoir de jamais la quitter sur cette planète en orbite autour de l'étoile double Albiréo. Le héros, Charley (C.H.A.R.L.E y) apprend fortuitement, le jour de son 15e anniversaire, dans "l'usine" qu'il n'a jamais quittée de sa vie, qu'il en est un produit, un "prototype génétique"... D'où choc psychologique, révolte et fugue... dans un conteneur de déchets quittant la terre, emmené par un vaisseau spatial. Sur Vulcain où (évidemment) il se retrouve, il découvrira un continent unique, un système de deux castes parmi la population, l'amour... Il s'apercevra aussi que sa constitution unique lui permet de résister aux conditions terrible d'existence: récupérer et trier les déchets avant que les conteneurs qui tombent du ciel sur les flancs des volcans ou à leur pied y soient précipités dans la lave entre deux éruptions, maladie chronique ou mortelle que tous attrapent à plus ou moins long terme. Y a donc plus qu'à... Par bonheur, la Confédération des Trente Mondes est gérée, tout ce qu'il y a de plus démocratiquement, par une Assemblée de 5000 membres dont chacun a le droit (jamais utilisé...) de donner une fois par an la parole à un [simple] citoyen de sa planète. C'est gentil et ça se lit très vite. Comme je l'ai dit, pas de dates, d'explications techniques sur les voyages spatiaux... ni de mention expresse de la planète Mars.
En "bonus", je me suis senti doucement voyeur en découvrant qu'il s'agissait manifestement d'un cadeau de fin d'année offert par la Caisse des écoles de la mairie de M. et dédicacé par 10 condisciples à la jeune F.L. en fin de 5e... certaines des copines espérant qu'elle passera à la rentrée suivante une bonne "prochaine année", et en particulier "que ton aventure avec G. aura avancé et peut-être que tu..." [sic!]. Je me suis demandé comment un livre pareil a pu se retrouver sur le marché de l'occasion (bon, il est vrai, au bout de près de 30 ans). Pauvre G...
Wikip' (consulté ce 18 août 2024) m'a appris que le nom d'Albiréo a été officialisé en 2016 pour désigner Beta Cygni (à 400 années-lumière de la terre), mais qu'aucun système planétaire ne semble y avoir (encore) été détecté... L'auteure a publié, en 2010, un C.HA.R.L.Ex que je lirai à l'occasion. 
Voir aussi La bibliothèque de Glow

 

Dans mon second livre du jour, Flora, l'inconnue de l'espace, il est question de tourisme spatial, et presque de "tourisme équitable" (si je puis me permettre de faire un rapprochement avec ce qui se passe sur terre). Ici, en 2100, Mars est nommé... parmi les destinations des "vaisseaux de croisière" permettant aux riches oisifs (comme la tante du héros) de "voyager" de planète en planète (Vénus, Jupiter ou... "Mars, la Venise de l'espace"), en y séjournant seulement dans des stations spatiales (équivalent à des "hôtels de luxe") en toute indifférence par rapport aux lieux ainsi "vus". Notre jeune touriste, Jonathan Silenius, 17 ans, préfère, lui, "partir sac au dos"... Enfin, avec les moyens du temps: un véhicule interplanétaire de location qui, à partir d'Uma, la station orbitale de la lune, lui permet de visiter tranquillement un astéroïde après l'autre... sans prétendre aller jusqu'à Mars, tout de même hors de portée de son petit "Trap" (?). Rien à signaler, à part une rencontre sur "Aster 5030" avec une dangereuse "vispa de l'espace", qu'il a bien entendu les moyens de tuer (ce qu'il fait sans hésitation) avant de se faire agresser. Ensuite, par l'intermédiaire de son ordinateur de bord (Double Zéro"), c'est la fameuse Flora qui va prendre l'initiative de le contacter (contrevenant aux règles de sa propre civilisation d'éviter tout contact avec ces terriens belliqueux et bien moins avancés technologiquement comme psychologiquement...). Toujours les trois A... Et toujours de l'optimisme sur la bonté finale de l'humanité. 

Ce que ne révèle pas la "présentation de l'auteur" dans le livre mais que l'on trouve grâce à wikip', c'est que M. Beaude a été ordonné prêtre en 1966 (ce livre de 1987 semble avoir été sa première oeuvre de fiction), a quitté l'église catholique et pris sa retraite universitaire en 2007 et désormais "consacre entièrement [s]on temps à l'écriture, en totale liberté, dans les domaines de la recherche et de la fiction.

... Et, pour ma part,  je suis content parce que, pour une fois, j'ai mis encore moins de temps à rédiger mon billet (en deux petites heures nocturnes) qu'à lire ces livres pleins de bienveillance et, heu, d'espérance (pourtant nettement plus vite que les 60 pages à l'heure qui sont ma cadence habituelle)!

29 juillet 2024

Utilisation de navires au cours d'aventures chez Jules Verne

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) continue ma série de présentation ciblée de l'oeuvre de Jules Verne. Voici donc la suite de mon article du 18 juillet 2024, avec cette fois dix ouvrages où le bateau est utilisé pour un trajet maritime accessoire (qui n'est plus vraiment le principal élément du roman, mais juste "nécessité" par le déroulement de son action).

En tout cas, cette fois, je crois que, parmi les 41 volumes pour 38 titres, soit la totalité de ceux parus dans cette édition "Le livre de Poche" que je possède tous dans ma pochothèque personnelle, j'ai fait le tour, sinon du monde, du moins des navires et de leurs trajets en mer. Je me demande sur quels fondements s'étaient faits les choix de ces 38 titres à rééditer parmi tous ceux écrits par Jules Verne, si l'aventure de cette édition en Livre de Poche s'est achevée comme prévu, si elle a répondu aux attentes (financières) de l'éditeur ou bien s'est achevée prématurément... Après, il est possible que ma subdivision des 20 titres en deux articles soit quelque peu artificielle: je suis tout prêt à en discuter. Je précise enfin que l'ordre de citation des 10 titres ci-après est aléatoire (davantage que réfléchi): c'est celui dans lequel j'avais photographié les couvertures de mes bouquins, il y a déjà plusieurs semaines, avant de commencer à rédiger. 

 

Le premier chapitre de Mistress Branican est titré Le Franklin, du nom du navire qui appareille de San Diego (Californie) le 15 mars 1875 avec 14 hommes à bord. Il est commandé par John Branican (30 ans), qui laisse à terre sa jeune épouse Dolly (abréviation de Dorothée) et son nourrisson. Quelque temps plus tard, la jeune femme perd son bébé dans un malheureux accident et en devient folle. Quand elle revient à la raison, quatre ans s'étant écoulés à son insu, elle apprend brutalement que le navire de son mari n'est jamais arrivé à Singapore ni à Calcutta, pourtant ses destinations prévues. Ayant hérité d'une fortune, elle l'emploie à l'achat d'un navire à vapeur, renommé Dolly-Hope, armé par un équipage de 30 marins, qu'elle envoie à la recherche de son mari le 27 juillet (nous sommes alors p.132)... Une première campagne de 19 mois s'avère infructueuse. En 1882, départ pour une seconde campagne, qui ramène en 1883 la preuve du naufrage et de la mort de cinq hommes du Franklin. Mais en juillet 1890 arrive de Sydney l'information qu'y agonise le second du Franklin. Mistress Branican se précipite en Australie (sur le steamer Oregon, qui file 17 noeuds en moyenne durant la traversée). Le mourant lui révèle que John Branican, comme lui-même, avait été fait prisonnier par une tribu aborigène, et restera l'unique survivant de l'équipage du Franklin. Fin de la première partie (p.240). Dans la seconde, Dolly s'embarque à bord du paquebot Brisbane à destination d'Adélaïde... Je vous passe toutes les péripéties terrestres en Australie avant que la famille Branican soit reconstituée, p.484 dans mon exemplaire qui en compte 489 et se finit sur le retour à San Diego à bord de l'Abraham-Lincoln. Le roman est paru en 1891, tant en feuilleton qu'en volume.

 

Le sphinx des glaces propose la suite des Aventures d'Arthur Gordon Pym publiées en 1838 par Edgar Poe (avec une préface datée de juin 1838), dont Verne était un fervent admirateur (la première traduction française date de 1858). Il a tout de même attendu 1897 pour  faire paraître (feuilleton puis volume) son propre roman [pourquoi pas 1899? Je suppose que la mode des "commémorations" culturelles, du "battage médiatique" et de la curiosité qu'elles peuvent engendrer n'était alors pas vraiment installée comme de nos jours...]. Le héros de Poe avait mystérieusement disparu après avoir navigué sur le Grampus puis la Jane-Guy. Le "récit à la première personne" de Verne reprend le 2 août 1839. Le narrateur, M. Jeorling (américain), attend à Christmas-Harbour la goëlette l'Halbrane afin de quitter à son bord les Kerguelen où il a mené à bien quelques études géologiques et minéralogiques. Une fois embarqué, une discussion avec le capitaine Len Guy est l'occasion de reprendre le cours de l'histoire de la navigation d'Arthur Gordon Pym et de son fidèle compagnon Dick Peter à bord du navire (rebaptisé Jane, capitaine William Guy, par Jules Verne). Le 3 septembre 1839, un cadavre est repêché par l'Halbrane: c'est celui d'un compagnon de Pym disparu 11 ans plus tôt (un courrier l'accompagne, faisant état d'autres survivants)! Aux îles Falkland, l'équipage est complété (passant de 12 hommes à plus d'une trentaine), avant de partir le 27 octobre (pourvu de deux ans de vivres) à la rescousse vers l'île Tsalal... (on est alors p.149). J'ajouterai juste que les deux frères Guy se retrouveront et qu'après la perte de l'Halbrane les survivants de l'expédition utilisent une embarcation indigène (baptisée Paracuta, et construite sans métal) pour regagner des parages fréquentés par des navires baleiniers. Le Tasman, trois-mats américain, recueille nos héros p.495 et les ramène à Melbourne (fin du livre p.496). Je relève encore qu'une note p.404 fait allusion au Nautilus du capitaine Nemo.

PS: je trouve la composition "photo / gravure" de cette couverture particulièrement réussie. 

 

Dans Les tribulations d'un Chinois en Chine, le héros est un jeune... Chinois, Kin-Fo, orphelin en 1866 (à 19 ans). Lorsque commence l'action, il a environ 31 ans (nous sommes donc en 1878... ou à peu près). Ruiné, il envisage le suicide, mais préfère en "déléguer" le soin à son maître de philosophie (et lui remet une lettre l'en dédouanant), non sans avoir pris une "assurance-vie" auprès d'une Compagnie d'assurance occidentale (La Centenaire, américaine), valable deux mois, payée avec ses derniers dollars. Quelques jours plus tard arrive une nouvelle: l'opération qu'il croyait lui avoir fait perdre sa fortune n'était qu'un hardi coup de bourse, qui l'a augmentée! Mais le prof de philo a entretemps disparu dans la nature... nanti de la précieuse lettre! Il n'y a plus qu'à chercher à le rattraper (à travers la vaste Chine) pour tout lui expliquer... Après diverses péripéties dont une navigation fluviale (hors sujet), Kin-Fo, son domestique Soun et deux "gardes du corps" de La Centenaire embarquent (p.229) à Takou (Taku) sur la jonque San-Yep à destination de Fou-Ning (?), mais la quittent en cours de route (p.262), pour un "mode de navigation" en mer... particulier, avant d'être recueillis par une barque de pêche. Et je m'arrêterai là. Mon volume compte 335 pages, l'ouvrage avait été publié en feuilleton puis en volume en 1879. 

 

L'école des Robinsons est encore une histoire de jeune héritier trop blasé, à 22 ans, pour bien savourer la richesse de son existence... A San-Francisco, Godfrey ne rêve que d'une vie aventureuse faite de voyages et de naufrages sur une côte déserte! Heureusement, tonton est là... riche de ses millions de dollars d'ancien associé de Sutter, avec lesquels il ne sait trop quel achat inutile effectuer. Il est donc prêt à offrir à son neveu orphelin, avant le mariage prévu avec sa propre pupille Phina, un tour du monde à bord du yacht à vapeur Dream (600 tonneaux, armé par un équipage de 18 hommes sous le commandement du Capitaine Turcotte), avec comme première destination Auckland (Nouvelle-Zélande). Dans la nuit du 25 au 26 juin (année non précisée), un sauve-qui peut alors que le navire s'enfonce précipite Godfroy et son "professeur de maintien" à la mer, fort heureusement à proximité d'une île...

Durant les près de six mois qu'ils passeront sur cette île, rien ne leur manquera: basse-cour à domestiquer, épave bienvenue contenant tous matériels utiles, et même un "Vendredi" à sauver de sauvages qui s'apprêtaient à le dévorer! Dans ce roman d'apprentissage plein d'humour publié en feuilleton puis en volume en 1882, Godfrey aura au moins compris qu'il peut être sage d'en passer par ce que propose l'oncle qui vous a élevé, fût-ce le mariage avec "la plus dévouée des Robinsonnes" (dernière page, p.260). 

 

Dans L'archipel en feu, l'action commence le 18 octobre 1827. N'est-il pas intéressant de relever que, si le roman a été publié en 1884, Jules Verne lui-même est né le 8 février 1828? Bref, en 1827, la Karysta entre hardiment dans le port péloponésien de Vitolo, un antre de pirates. L'archipel en question, c'est la Grèce, alors en train de lutter pour se libérer des Ottomans (des Turcs): cette "guerre d'indépendance" (1821-1829) forme la trame de fond du livre. Il sera même fait allusion aux massacres de "Scio" (Chios) de 1822. Enfin, l'un des héros apparaît p.48: le Français Henry d'Albaret, lieutenant de vaisseau de 29 ans en congé illimité. À Corfou, il tombe amoureux de la jeune Hadjine, fille d'un banquier aux affaires mystérieuses. Et après cette analepse contextuelle, nous revoilà le 20 octobre 1827: à la bataille de Navarin, vingt-sept navires français, anglais et russes écrasent une flotte de 60 à 90 navires ottomans (turcs et égyptiens). Quelque temps plus tard, Hadjine disparue, Henry se voit proposer le commandement de la corvette Syphanta, affrétée sur fonds privés pour lutter contre les pirates d'un certain Sacratif (qui pille les navires de commerce en Méditerranée, et revend les survivants des équipages comme esclaves)... et ce sera une lutte à mort, lorsque la corvette sera encerclée, attaquée et prise à l'abordage par toute la flottille pirate!  

Il semble que cette histoire de pirates ait fait polémique en Grèce lors de sa publication au XIXe siècle. Pour ma part, il y a plus de 45 ans que je possède mon exemplaire (269 pages), et j'y ai même retrouvé un ticket de métro âgé de plusieurs décennies (je les utilisais comme marque-page à l'époque...). 

 

La jeune Ecossaise Miss Helena Campbell veut voir, non pas spécialement un loup de mer, mais bien Le rayon vert avant de se marier! Cette charmante orpheline de 18 ans affirme aux vieux oncles qui l'ont élevée qu'elle ne se résignera au mariage qui lui est proposé qu'après avoir, du moins, vu ce phénomène optique, qui se produit quand le soleil se couche sur un horizon de mer, "à l'instant précis où l'astre radieux lance son dernier rayon" (etc.). Vers fin mai (année non précisée sauf erreur de ma part), le steamer Columbia les amène de Glasgow jusqu'à l'entrée du canal de Crinan, où ils se transbordent sur le Linnet (le temps de traverser la péninsule de Kintyre) avant un nouveau transbordement à bord du Glengarry. En passant, celui-ci, sous l'impulsion de sa passagère Miss Campbell, secourt la chaloupe d'un jeune homme entraînée dans un tourbillon. Peintre, celui-ci décide d'accompagner nièce, oncles et fâcheux fiancé dans leur quête colorée. Les Pioneer puis Clorinda les emmènent encore d'une île des Hébrides à l'autre, jusqu'au terme attendu du voyage. Roman publié en 1882 (228 pages en Livre de Poche).

 

Mathias Sandorf est pour Jules Verne ce qu'est Le comte de Monte Cristo pour Alexandre Dumas: une grande histoire avec un personnage injustement emprisonné qui s'évade puis, devenu riche et puissant, revient se venger de ses ennemis. Publié (en feuilleton puis en volumes) en 1885, après la mort de Dumas intervenue en 1870, ce vaste roman est d'ailleurs dédié à "Alexandre Dumas" (père et fils - ce dernier a répondu le 23 juin 1885 qu'il lui allait très bien d'être le "frère" de Jules Verne). Je ne l'ai pas placé parmi ceux de ma première série parce qu'il m'a semblé qu'ici, les navires étaient moins un "choix" que le seul moyen de "joindre" les différents lieux où se déroulait l'action, alors même que voyager n'est pas le but en soi. Pourtant, bien des navires apparaissent dans cette histoire qui se déroule en Méditerranée et commence en mai 1867 à Trieste (ville dépendant alors de l'Empire austro-hongrois). Le comte (hongrois) Mathias Sandorf et deux de ses amis sont dénoncés et arrêtés le 8 juin pour conspiration indépendantiste contre l'Empire. Si le héros éponyme réussit finalement son évasion (fin de la 2e partie, p.182), ses infortunés amis périront fusillés. p.185, l'histoire reprend (commence?) quinze ans plus tard. Je ne ferai pas le détail de sa vengeance (lisez le livre), mais je mentionnerai juste une goélette anonyme à bord de laquelle le docteur Antékirtt arrive au port de Gravosa, proche de Raguse (aujourd'hui Dubrovnik). On apprend p.220 qu'elle se nomme Savarèna. Le mystérieux docteur dispose de prodigieux engins pour sillonner à vive allure (50km/h!) la Méditerranée: les trois Electric, conçus sur un modèle similaire à celui des "torpilleurs" rapides construits par la firme Tornycroft, mais fonctionnant à l'électricité (comme le Nautilus, tiens, tiens...). L'Electric 2, tel un corbillard flottant, emmène un corps arraché à la tombe depuis Cattarfo (aujourd'hui Kotor au Montenegro) jusqu'à une ile méditerranéenne inconnue (Antékirtta!), où il dirige toute une communauté industrieuse. Enfin, vaisseau amiral de la flottille du docteur, le Ferrato, yacht à vapeur filant plus de 18 noeuds (et armé de canons!), peut vous amener de la Grande Syrte (côte libyenne) jusqu'en Sicile (950 milles) en 36 heures. Je dirai encore (pour éviter de narrer toutes les péripéties) que le 1er volume compte 338 pages et le second 367 (pas de numérotation continue ici). Les derniers méchants sont punis p.354.

 

Le Docteur Ox est un recueil de nouvelles (329 pages dans mon édition "Le livre de Poche") que j'avais évoqué lorsque j'ai dit deux mots de la nouvelle Une fantaisie du docteur Ox. Deux autres ne nous intéressent pas ici (Maître Zacharias et Un voyage en ballon). Par contre Un hivernage dans les glaces (pp.215-339) rentre bien dans le champ de notre challenge. Le 12 mai 18..., le brick La Jeune-Hardie regagne Dunkerque. Mais son capitaine n'est plus à bord. Selon le récit du second, André Vasling, à l'armateur Jean Cornbutte, son fils Louis Cornbutte a disparu, avec un matelot et le timonier alors qu'ils avaient mis la chaloupe à la mer afin de rallier une goélette menacée d'être engloutie par le Maëlstrom [je suppose qu'il s'agit de celui des Îles Lofoten] et qui faisait des signaux de détresse. Le vieux Jean Cornbutte rembarque alors six membres d'équipage et le second (qui s'est fait prier) pour visiter tous les ports de Norvège afin d'acquérir la certitude de sa disparition. À son insu, sa nièce Marie, la fiancée de Louis, a également embarqué... Le 30 juin, dans le port de Bodoë, une bouteille trouvée à la côte et le message qu'elle contient leur apprennent le nom de la goëlette norvégienne secourue, le Froöern : les courants l'ont emportée vers les glaces! S'ensuivra un hivernage, des retrouvailles, mais tous ne seront pas à bord, lors du retour à Dunkerque le 16 août de l'année suivante...

Les textes publiés en feuilleton en 1855 et en volume en 1874 diffèrent, je suppose que celui-ci est le plus tardif.

 

Hier et demain est également un recueil de six nouvelles (263 pages), hétéroclites puisque seules deux, à mon avis, s'inscrivant vraiment dans le thème rendu par le titre du volume publié en 1910 (après la mort de Jules Verne intervenue en 1905). L'une (ma préférée), L'éternel Adam (pp.213-263), n'est pas sans rappeler La mort de la terre, de J. H. Rosny aîné, Waterworld (film avec Kevin Costner) ou même une péripétie de L'Île mystérieuse... Bref, dans L'éternel Adam, une catastrophe met fin à notre monde terrestre (paradisiaque?). La nouvelle est construite avec deux récits imbriqués. Les 17 premières pages introduisent une civilisation dont l'histoire remonte à 8000 ans au moins, qui vit sur une terre unique, sur une planète majoritairement maritime. La majorité de la flore et de la faune dérive d'espèces maritimes. Pour trouver l'origine de leur civilisation, un savant effectue des fouilles (oui, comme dans La planète des singes de Pierre Boulle!). Après avoir traversé différentes couches (humus, limon d'origine marine...), une couche datable de 40 000 ans livre des vestiges humains... Par ailleurs, le savant trouve, dans un trou dans son propre jardin, un étui fait d'un métal inconnu, qui contient des feuillets couverts d'une écriture inconnue... Après des années de décryptage, il peut enfin les lire. Ce second récit raconte la fin d'une civilisation - la nôtre. Il est daté du 24 mai 2... (c'était remarquablement bien "anticipé": il aurait pu le dater 19.., mais nous savons aujourd'hui que le "cataclysme final" n'est pas [encore] advenu... même si le monde qui en est victime fait davantage songer à celui du tout début du XXe siècle plutôt qu'au nôtre!). Les résidents d'une villa de Rosario (Mexique) sont surpris par une inondation et contraints de fuir, en voiture, vers les hauteurs, aussi haut qu'il est possible. Les neuf survivants (dont quatre femmes) sont sauvés par la Virginia, un bâtiment de 2000 tonneaux environ, dédié au transport de marchandises, et son équipage de 20 personnes. Le navire sillonne désespérément la mer sans rencontrer les continents et îles que nous connaissons. A court de vivres, il arrive enfin sur cette nouvelle terre. J'avais été frappé, jeune, par l'image (signée Léon Bennett, 1839-1916) de l'automobile, tout ce qu'il y a de plus XXe siècle, poursuivie par la mer écumante (troisième à partir de la gauche ici - image singulière par rapport aux gravures qu'il avait pu faire pour d'autres oeuvres de Jules Verne). Des décennies plus tard, les derniers survivants du groupe cherchent enfin à écrire la somme des connaissances humaines (une démarche faisant songer à l'Encyclopédie, prétexte initial de la Fondation d'Isaac Asimov). Mais le coffret les contenant, lui, s'est perdu à jamais... Cette nouvelle L'éternel Adam, selon les "verniens", serait en fait entièrement due à Michel Verne (son fils unique)? C'est cependant l'une de mes préférées!

Les autres nouvelles, écrites à différentes époques, d'inégal intérêt et de genres différents, sont La famille Raton, M. Ré-Dièze et Mlle Mi-Bémol, La destinée de Jean Morénas, Le Humbug et Au XXIXe siècle (sous-titrée La journée d'un journaliste américain en 2889). 

 

En ce qui concerne Le phare du bout du monde, je me cantonnerai pour le moment à signaler qu'il y est question de l'aviso argentin Santa-Fe, de la goélette Maule et du trois-mât américain Century. Il existe réellement un phare sur l'île des Etats mais son inauguration, placée par Jules Verne le 9 décembre 1859 "après un an de travaux", est intervenue, en réalité, en 1884. L'oeuvre a été écrite par Jules Verne en 1901, mais publiée seulement (en feuilleton puis en volume) dans la seconde moitié de l'année 1905 (l'auteur est mort le 24 mars). "Le livre de poche Jules Verne" ci-contre comporte 206 pages. Je pense que j'aurai l'occasion de reparler de ce titre, puisque j'en possède deux exemplaires (deux éditions, toutes deux en "texte intégral", mais avec deux versions différentes).

 

Avec ces 10 titres feuilletés et ces milliers de pages non-lues intégralement, je vais encore progresser (mais avec l'hélice qui tourne à bas régime, hein Fanja!) dans le challenge Book trip en mer, tout en participant également au challenge 2024 sera classique aussi organisé par Nathalie.

Il me restera sans doute un autre article "groupé" à rédiger, sur un ensemble hétéroclite de livres de Jules Verne en "textes intégraux" (donc pas en éditions jeunesse!) dans différentes collections contemporaines... Jules Verne a publié chez Hetzel quelque 70 titres au total, et rédigé environ 80 oeuvres dont certaines longtemps inédites! Pour ma part, je n'avais jamais pris soin de compléter exhaustivement mon "début de collection" de parutions en "10/18" des titres de Jules Verne autres que ces "38" du Livre de Poche dans les années 1970 ou 1980, mais j'en possède tout de même quelques-uns. En outre, depuis, bien d'autres collections de poche en ont publié ou republié, y compris des textes non disponibles à l'époque voire des versions alternatives ou originales de manuscrits retouchés par Michel Verne mais signés Jules Verne pour une parution posthume. Ces différents paramètres me donneront donc bien matière pour un troisième et dernier volet de mon étude "maritime". Il me faut le temps de m'en procurer certains (achat ou bibliothèque), de les assimiler et de les chroniquer... [billet suivant paru le 31/08/2024]

26 juillet 2024

Les naufragés du Batavia - Simon Leys

Ces livres qu'on oublie...! Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me rappelle avoir, ces derniers temps, semé ici ou là des commentaires où j'évoquais, à côté de "fortunes de mer" célèbres du temps de la marine à voile d'avant l'ère industrielle comme celles ayant frappé Le Bounty, La MéduseL'Utile, La Boussole et L'Astrolabe ou le Wager, mon envie de lire quelque ouvrage narrant les mésaventures des naufragés du Batavia. Hé bien, j'ai remis par hasard la main, dans un recoin de pochothèque chez moi, sur le petit volume que je chronique ici. 

Simon Leys, Les naufragés du Batavia, suivi de Prosper, Arléa,
coll. Points N°P1333, 2003, 126 pages

 

Le Batavia était un navire de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC) du XVIIe siècle. En juin 1629, il a fait naufrage sur des récifs de corail au large de la côte ouest de l'Australie, bien loin de sa route prévue puisqu'il ralliait "précisément" Batavia (île de Java), conquête récente des Indes néerlandaises (aujourd'hui Jakarta, en Indonésie). À cette époque, la navigation de pleine mer était aventureuse faute de pouvoir mesurer avec précision la longitude sur leur route, autrement qu'à l'estime. Un navire sur 50 de la VOC n'arrivait pas à destination, et un sur 20 ne revenait pas à bon port en Europe. C'est ce que Simon Leys commence par nous apprendre. Sur cette "affaire" du Batavia, il explique s'être documenté pendant 18 ans avec l'idée d'en faire un livre, et avoir procrastiné de se lancer dans sa rédaction jusqu'au moment - trop tard - où est paru "le" livre définitif sur le sujet (L'archipel des Hérétiques, Mike Dash). Du coup, Simon Leys a "tout de même" rédigé la soixantaine de pages qui racontent et résument cette histoire, pour "inspirer le désir de lire [le livre de Dash]". Histoire capable d'inspirer aussi un film hollywoodien: 250 naufragés sur quelques îlots aussi inhospitaliers que Tromelin, les officiers et marins professionnels les plus capables qui partent à bord de l'unique chaloupe chercher un hypothétique secours, et les survivants qui tombent sous la coupe d'un psychopathe ne rêvant que capture d'un navire, piraterie, pillage, meurtres et accessoirement stupre (oui, il y avait quelques femmes à bord)... L'aventure s'est mal finie pour la plupart des "naufragés du Batavia" et semble avoir eu un énorme retentissement à l'époque, avant d'être oubliée.


Le second texte, Prosper (pp.75-126), a été rédigé en 1958. "Quand j'étais étudiant, durant le dernier été que je passais en Europe avant de partir pour l'Extrême-Orient, j'eus l'occasion de naviguer à bord d'un thonier breton - un des rares bateaux qui travaillaient encore à la voile. Le hasard d'un rangement vient de me faire retrouver le récit - vieux de quarante-cinq ans - que j'avais fait de cette "marée"", dit Leys. Le Prosper est le nom dudit navire, sur lequel il nous raconte son embarquement au port d'Etel (Morbihan). À l'époque, ce port ne comptait plus que deux thonier (contre 200 au temps de sa splendeur), remplacés par des "pinasses" à moteur. Sur toute la côte atlantique jusqu'à Saint-Jean de Luz, les thoniers à voile n'étaient plus qu'une demi-douzaine. J'ai été frappé par la grande place que semblait tenir dans la vie quotidienne de l'équipage, à bord comme à terre, la consommation d'alcool. La ration de vin à bord est de deux litres quotidiens par homme. Pour le reste, leur vie quotidienne lors d'une "marée" (campagne de pêche de plusieurs semaines loin du port) m'a rappelé celle de Capitaines courageux: repas à base de pommes de terre et de ...thon frais, longues journées de mauvais temps cloîtrés dans le "poste" (lieu de vie et de repos), pêche lorsqu'il fait beau temps, manoeuvre du bateau intégralement à la voile, équipage soudé (différents matelots ayant une "part" de la pêche: Robert, Louis, Etienne, le vieux Félix, Gabi, mais aussi le mousse, un autre passager que Pierre) mais soumis à l'autorité incontestable du "patron". Ce dernier, Maurice, "pensionné" après une carrière complète dans la Marine nationale qu'il a finie avec le grade de Premier-maître, a repris la mer en armant comme "patron" à la pêche au thon après la fin de sa carrière militaire, plutôt par goût que par obligation ou esprit de lucre. Elle se pratique à l'aide de deux longues perches perpendiculaires au navire, les "tangons", armées chacune de sept lignes aux hameçons desquels on attend que le thon morde, en espérant remplir la cale le plus rapidement possible et que le poisson n'aura pas le temps de s'abîmer avant le retour au port. J'ai aussi retrouvé dans cet ouvrage la méfiance par rapport aux gros navires qui "trient leur route" sans se préoccuper des petits. Mais il est aussi question des savants qui expédient des fusées vers la lune et détraquent ainsi le temps, ou d'Alain Bombard qui visait (à l'époque) à obliger tous les bateaux à s'équiper de matériel de sauvetage (envisagé sous l'aspect "coût à payer"!). La marée s'interrompt prématurément pour un retour au port: le vieux Félix tombe malade (un saignement de nez qui, apprendra-t-on au retour à terre, lui aura probablement évité une attaque qui aurait pu être fatale). Et "Pierre", pressé par le temps, n'a pas le loisir de repartir avec l'équipage du Prosper, et n'apprendra la fin de la campagne que par le courrier de l'autre "passager" du bord.

 

Simon Leys (1935-2014), c'est en fait le pseudonyme d'un sinologue prénommé Pierre, comme me l'a appris Wikipedia consulté ce 26 juillet 2024. Je ne m'intéresse ici qu'à l'aspect "maritime" de son oeuvre. En préparant le présent billet, j'ai découvert plein de sujets intéressants dont j'espère bien avoir l'occasion de reparler avant le mois de novembre! Cet écrivain de nationalité belge et de langue française met donc en avant L'Archipel des hérétiques évoqué plus haut, il a préfacé le livre de François-Edouard Raynal (qui avait en son temps inspiré Jules Verne) lors de sa réédition en 2011 sous le titre Les Naufragés, ou Vingt mois sur un récif des Auckland, il a lu dans sa jeunesse et traduit plus tard (de l'américain) Deux années sur le gaillard d'avant de Richard Henry Dana Jr., il a été membre de l'association des Ecrivains de marine... et il a écrit un essai (en deux tomes!) sur La Mer dans la littérature française

 

Mon billet du jour sur ce livre participe, bien sûr, au challenge "Book trip en mer" de Fanja, mais également, pour partie (Prosper), à l'activité "Monde ouvrier, mondes du travail" d'Ingannmic et même au challenge "2024 sera classique aussi" organisé par Nathalie

Ah, la mémoire... Il a fallu que je relise les dates d'achat et de fin de lecture (02/08/2012 et 03/08/2012) que j'avais marquées en début et en fin de mon exemplaire, pour avoir la certitude qu'effectivement... je l'avais déjà lu! Sa relecture m'a pris moins de temps que la rédaction du présent billet.

25 juillet 2024

Lucia - Bernard Minier

Cette fois, ça y est, j'ai terminé pour le moment mes lectures des romans de Bernard Minier. Avec Lucia (Edition XO, 467 pages) et après Les effacées, j'ai refait connaissance avec l'enquêtrice de la Guardia Civil Lucia Guerrero. De Salamanque à Ségovie et Madrid, elle va enquêter sur un étrange homicide dont la victime est un de ses collègues. Tel le Christ en croix, on trouve ce dernier les bras en croix en état de lévitation. Il se trouve que son assassin l'a collé en position verticale avec de la colle forte. Lucia est bien entendu effondrée. Elle n'a de cesse d'arrêter ce tueur "à la colle". En parallèle, Salomon Borges, un professeur de criminologie et de criminalistique de la faculté de droit de Salamanque et quelques-uns de ses étudiants ont mis au point un logiciel appelé DIMAS qui permettrait de résoudre des affaires criminelles. Et il se trouve que, comme par hasard, DIMAS identifie trois occurrences. Ces crimes ont un modus operandi ressemblant à celui dont a été victime le collègue de Lucia. Les victimes (souvent des couples) sont collées l'une à l'autre. Le ou les tueurs ont choisi de copier des tableaux de la Renaissance en disposant les corps d'une certaine façon. Toujours est-il que le tandem formé par Lucia et Salomon fonctionne bien et l'enquête avance jusqu'à ce que... Une fois de plus, je  n'en dirai pas plus. C'est nettement mieux que Les effacées mais cela ne vaut toujours pas les enquêtes de Martin Servaz qui se passent de l'autre côté des Pyrénées. A vous de voir. Lire les billets de loeilnoir, océane, mhf le blog.  

18 juillet 2024

Bateaux et aventures maritimes chez Jules Verne

La découverte d’un vieux "Bibliothèque verte" il y a quelque temps m’avait (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) donné l’idée d’une nouvelle contribution au challenge Book trip en mer chez Fanja, basée sur Jules Verne. J’ai donc pioché dans ma pochothèque les titres qui me paraissaient adéquats. Alors bien sûr, je ne vais pas prétendre avoir relu ces plus de huit mille cinq cents pages (œuvre de trop longue haleine). Par contre, j'ai parcouru tous ces volumes, pour me remettre en mémoire les « morceaux de bravoure », mais aussi et surtout (re)trouver les noms des navires dont il y est question. Et comme ils sont nombreux, j’annonce dès à présent qu’un seul billet n’y suffira pas : j’amorce aujourd’hui une série !

Comme l'énonce une réédition "Le livre de poche" plus récente (couverture de couleur rouge), ces éditions étaient publiés "avec les illustrations originales de la collection Hetzel". J'ajoute que j'ai eu l'occasion de feuilleter, en librairie, d'autres éditions en format de poche (Folio classique et Pocket classique). Vu que celles-ci sont plus hautes d'un bon centimètre, elles ont le plus souvent fait le choix de publier les illustrations en format légèrement plus petit, de manière à pouvoir mettre plusieurs lignes de texte (tandis que les illustrations de "mon" édition ou du Livre de poche "rouge" sont "pleine page"). Bien évidemment, tous ces titres rentrent dans le challenge 2024 sera classique aussi de Nathalie.

 

Face au drapeau (264 pages). J’ai déjà dit quelques mots ailleurs concernant ce premier titre. L’action commence en juin 189…, et le premier navire concerné y apparaît à la septième ligne: la goélette Ebba, propriété du comte d’Artigas – pour ce qui est de ce que l'on voit à la surface. Quand le croiseur Falcon envoie une embarcation inspecter l’Ebba, elle n’y trouve pas l’ingénieur Roch ni son gardien Grayson, dont nous savons pourtant qu’ils ont été enlevés sur l’ordre du comte. Mais sous la surface, se dissimule le « tug », un sous-marin qui remorque la goélette et permet d’accéder à la base secrète des pirates commandés par Ker Karraje (située dans les Bermudes), via un tunnel sous-marin. James Bond n’a rien inventé… ! Un sous-marin anglais, le Sword, plus petit et moins puissant que le « tug », sera coulé par celui-ci au cours d’une tentative de délivrer les prisonniers. Un premier navire de guerre, détruit par l’inventeur du fulgurateur, reste anonyme. Le navire suivant qui part à l’attaque, le Tonnant français, ne subira pas le même sort. Mon exemplaire imprimé en 1976 m’a été offert en 1978. 

 

20 000 lieues sous les mers (616 pages [publié en feuilleton en 1869-70, en grande édition illustrée fin 1871]) est le plus connu des romans de Jules Verne mettant en scène des sous-marins (le Nautilus est aussi le plus célèbre), mais ce n'est pas le seul. Outre ceux cités ci-dessus, il y a aussi l'engin qui apparaît dans Maître du monde (mais on ne le voit naviguer que sur le lac Erié). Et dans le présent titre, outre le Nautilus, il est aussi question de navires de surface: en 1866, plusieurs bateaux font une rencontre "avec "une chose énorme", un objet long, fusiforme, parfois phosphorescent, infiniment plus vaste et plus rapide qu'une baleine" (p.2): le Governor Higginson, le Cristobal Colon, le Shannon, l'Helvetia, le Pereire, l'Etna, la Normandie, le Lord Clyde, le Moravia, qui érafle sa quille sur un obstacle inconnu, le Scotia, dont la coque est perforée... A bord de l'Abraham Lincoln, le professeur Aronnax (du Museum de Paris), son domestique Conseil et le harponneur Ned Land partent à la "chasse au narval géant". Et ils abordent le monstre... 

 

Le "journal du passager.-R. Kazallon" qui forme le texte du roman d'aventures maritimes Le Chancellor commence par ces mots: "Charleston - 27 septembre 1869. Nous quittons le quai...". Le Chancellor, beau trois-mâts carré de 900 tonneaux, a alors deux ans, et retourne en Angleterre. Le 27 janvier 1870, des 32 personnes embarquées à Charleston, il n'en reste plus que 11 (cinq passagers et six marins) à toucher, en radeau, la terre d'Amérique vers l'embouchure de l'Amazone: incendie à bord, étape sur un îlot en pleine mer, naufrage, famine, peu de calamités leur auront été épargnées... Le livre (237 pages dans mon édition) est paru en 1874. 

 

Une ville flottante, c'est ainsi que peut être qualifié le Great Eastern, un navire ayant réellement existé, à son époque le plus grand paquebot du monde (jusqu'en 1899, aucun bateau n'a été plus long, voir wikipedia consulté le 14/07/2024), qui pouvait embarquer 4000 personnes et faire d'une traite (sans ravitaillement en charbon) la traversée transatlantique. Jules Verne a lui-même effectué une traversée en avril 1867, accompagné de son frère Paul, à bord de ce "monstre" de 211 m de long, 25 m de large et 18 m de haut. L'intrigue sentimentale qui court à travers le roman est narrée à la première personne par un "témoin anonyme", dont le récit débute le 18 mars 1867. Le roman est paru en feuilleton en 1870, et en volume en 1871. Mon édition compte 171 pages. 

 

Les enfants du capitaine Grant est sous-titré "Voyage autour du monde". Le 26 juillet 1864, le yacht Duncan appartenant à Lord Glenarvan, pair écossais (et possesseur d'une fortune immense), pêche un requin-marteau au large de Glasgow. Dans son estomac, une bouteille. Dans la bouteille, trois documents peu lisibles, en anglais, allemand et français: l'appel à l'aide de naufragés, quelque part sur le 37e parallèle (la longitude manque dans le message). Après la visite des "enfants du capitaine Grant" qui commandait le navire perdu (le Britannia), Lord Glenarvan, sa femme Lady Helena, son cousin MacNab, le géographe Paganel et tout un vaillant équipage s'embarquent donc à bord du Duncan pour chercher les naufragés quelque part le long de la latitude indiquée! Mon édition comporte deux tomes (dont la numérotation se suit! Le premier se termine p.441, le second commence p.449 et se termine p.871). Après bien des péripéties y compris terrestres (en ligne droite à travers la Patagonie, l'Australie ou la Nouvelle-Zélande...), le capitaine sera sauvé, de manière inattendue, le 8 mars 1865. Le feuilleton, lui, a été publié de décembre 1865 à décembre 1867, et l'édition en volumes est parue en 1868. 

 

Dans Le tour du monde en 80 jours (331 pages), bien des moyens de transport sont utilisés, du traineau à l'éléphant en passant par le chemin de fer. Mais plusieurs navires aussi. Si l'itinéraire initial prévoit des "paquebots", ce ne sera pas toujours le cas. Phileas Fogg, qui a parié pouvoir revenir à son Club, tour du monde effectué, le samedi 21 décembre 1872, quitte l'Angleterre par le Mongolia, mercredi 2 octobre 1872 (le feuilleton de Jules Verne a été publié en partie "en temps réel", du 6 novembre au 22 décembre de cette même année 1872!). Puis l'Inde par le Rangoon jusqu'à Hong-Kong, où il devrait "sauter mathématiquement" dans le Carnatic, direction Yokohama. Mais, suite à quelques imprévus, il ralliera Shangaï à bord de la Tankadère, pour prendre le Général-Grant jusqu'à San Francisco. Je relève avec intérêt que le trajet de San Francisco à New-York est donné pour 7 jours (Phileas Fogg n'est pas un magnat des chemins de fer). Arrivé à New-York, il a raté le China (paquebot de la "Cunard"), mais monte à bord de l'Henrietta, "steamer à coque de fer, dont tous les hauts étaient en bois" (p.291), destination Bordeaux. L'Henrietta devient sujet et objet d'une des plus magnifiques "course contre la montre" que mène (davantage qu'il y est mené) Philéas Fogg. En fin de compte, c'est à Liverpool que ce dernier navire le conduira... 

 

L'île mystérieuse: encore une histoire en deux volumes pour ce qui concerne mon édition (elle se termine p.865 pour le second après y avoir repris p.449, le premier tome s'achevant, lui, p.442). Dans ce célèbre roman paru en 1875 et dont l'action débute durant la guerre de Sécession (en mars 1865), c'est en ballon que six "naufragés des airs" abordent leur île. Chef-d'oeuvre de la robinsonnade et l'un de mes Jules Verne préférés, ce titre qui me fascinait dans ma jeunesse montre des personnages industrieux capables de recréer la plupart de ce dont ils ont besoin à partir des matières premières à leur disposition: poterie, travail des métaux, verrerie, moulin à eau pour divers usages, charpente... (et même de la nitroglycérine). Lorsque le roman s'achève, trois navires en parfait état de navigation y ont pourtant coulé (notamment les Bonaventure et Speedy), et c'est en cours d'achèvement que le second construit par les colons est détruit (Bonaventure II), sans avoir jamais navigué... mais ils sont sauvés par un cinquième et dernier bateau. Alors, bien sûr, ce grand ouvrage comprend des coups de théâtre et des incohérences. S'il écrivait aujourd'hui, Jules Verne aurait certainement su résoudre quelques paradoxes temporels trop évidents autrement que par une ou deux simples pirouettes.

Comme je les ai lus et relus, l'un des tomes figure parmi mes exemplaires les plus mal en point (reliure décollée, pages qui se détachent...), cependant que j'ai déjà carrément remplacé l'autre, tout en conservant "l'historique" de ma première acquisition. 

C'est seulement à l'occasion de cette (re)lecture 2024 que j'ai pris conscience de la source qui avait pu inspirer Jules Verne: un récit, Les naufragés des Auckland, de François-Edouard Raynal, qu'il cite d'ailleurs (cf. chap.VI, p.62). Je tâcherai de le lire avant le mois de novembre.

 

Un capitaine de quinze ans m'avait été offert pour mon seizième anniversaire... largement plus d'un siècle après les aventures relatées dans ce volume de 526 pages, qui commencent le 2 février 1873. Le brick-goélette Pilgrim (400 tonneaux), armé pour la grande pêche (à la baleine), avait quitté San Francisco avec un équipage réduit, en attendant de le compléter en Nouvelle-Zélande pour la campagne baleinière proprement dite, la saison précédente. Quand l'histoire commence, il a entamé la traversée de retour (prévue pour 40 à 50 jours de navigation), avec la femme de l'armateur, son enfant, son cousin et sa servante. Le navire commence par recueillir cinq passagers sur l'épave du Waldeck, un voilier victime d'une collision avec un "steamer". Puis le capitaine et les quatre matelots succombent à l'envie de chasser une baleine à bosse, malheureusement accompagnée de son baleineau. Leur baleinière n'en revient pas. D'où l'avancement-éclair de Dick Sand, qui passe de "novice" (apprenti marin) à capitaine, puisqu'il reste le seul marin "professionnel" à bord du Pilgrim. Le 6 avril, le navire s'échoue sur une côte inconnue (p.174)... Le reste des aventures se déroulera essentiellement à terre. Ce titre a été publié (en feuilleton puis en volume) en 1878.

 

Ce qui amène un jeune équipage à passer Deux ans de vacances, c'est une tempête, dans la nuit du 9 mars 1860, qui emporte dans le Pacifique, depuis Auckland (Nouvelle-Zélande), le yacht Sloughi et ses jeunes passagers. Encore une robinsonnade: pas d'adultes pour aider nos collégiens à se tirer d'affaire sur l'île où le navire s'est échoué. En l'explorant, ils trouvent seulement le squelette d'un naufragé d'un navire nommé Duguay-Trouin, arrivé, lui, sur l'île en 1807... La petite colonie (tous des garçons, de 8 à 14 ans!) s'organise. Lorsque des adultes, eux-mêmes naufragés du Severn, abordent à leur tour l'île, la majorité sont des canailles qui en ont massacré le capitaine et son second. Alors qu'après quelques péripéties le couple survivant et nos 15 adolescents ont quitté leur île à bord de la chaloupe du Severn, ils sont recueillis par le steamer Grafton le 13 février 1862 pour un retour à Auckland le 25 février. Ce roman de 520 pages (dans mon édition) a été publié en 1888 (feuilleton puis volume). 

 

Les aventures du capitaine Hatteras emmènent ce dernier jusqu'au pôle Nord. Le 5 avril 1860 (décidément!), le brick le Forward (170 tonneaux, muni d'une hélice et d'une machine à vapeur) appareille de Liverpool pour une destination inconnue, avec des vivres pour 5 ou 6 ans et du charbon pour sa machine. Il a été construit en huit mois sous la supervision du second, chargé par un mystérieux capitaine de recruter un équipage de 18 hommes. Personne ne sait qu'il est à bord avant la page 115. Naviguant vers le Nord, le navire est définitivement immobilisé par la glace le 15 septembre. Puis le scorbut s'en mêle, et le manque de charbon amène à brûler les éléments en bois... Un récit d'explorateur amène Hatteras à quitter son navire avec une petite équipe (ils sont quatre en tout) en traîneau à la recherche d'un gisement de charbon. Sur son chemin, il rencontrera le navire américain Purpoise (après avoir sauvé son capitaine, seul survivant), qui a réussi à aller plus loin vers le Nord. Revenant sur leurs pas sans charbon, ils apprennent que l'équipage du Forward l'a abandonné après l'avoir incendié... les ressources du Purpoise permettent à nos héros de survivre à leur hivernage. Le 15 juillet 1861, revenus sur le rivage de la Mer de Baffin après avoir atteint le pôle, les survivants de l'expédition sont recueillis à bord du Hans Christien, baleinier danois, qui les ramène dix jours plus tard au Danemark. L'ouvrage a été publié en feuilleton en 1864-65 (deux parties), et en volumes en 1866. Mon édition comporte 624 pages. Je pense qu'il s'agit d'un volume de la bibliothèque familiale que je m'étais approprié sans plus de façons lorsque j'étais gamin.

 

Je vais arrêter là cet article avec les dix premiers titres sur la photo pour aujourd'hui (Fanja, as-tu reçu mon mail?). J'ai tâché de les choisir en fonction de la place importante qu'y tiennent les navires (navigation formant le sujet ou tenant une place importante dans l'intrigue, bateau comme seul moyen d'atteindre un lieu important...). Mais il y aura donc bien au moins un autre article sur les oeuvres de Jules Verne, avec les dix derniers titres extraits de ma "pochothèque personnelle" photographiés ci-dessus. [cf. Utilisation de navires au cours d'aventures chez Jules Verne, publié le 29/07/2024]

Quatre volumes sont des "pavés" qui pourraient prétendre s'inscrire au challenge de Sibylline (Les pavés de l'été 2024), si j'en avais écrit un peu plus... 

11 juillet 2024

Cargo pour l’enfer – Bernard Clavel

Bernard Clavel (1923-2010)? Je (ta d loi du cine, squatter » chez dasola) pensais connaître son genre de livres, parce que j’ai lu (et relu) L’Hercule sur la place et Le tonnerre de Dieu : du social, des héros bourrus, pour tout dire de l’amour dans un monde de brutes, avec un couple et un bébé en fin de compte… Alors quand j’ai vu chez Gibert, dans le bac à 50 centimes, un volume avec sa signature sur Cargo pour l’enfer, je me suis dit « je prends, ça doit se lire vite, et je verrai si c’est bien un bouquin « tripes de mer » (si ça peut aller chez Fanja) ». Et ben merde. Une vraie claque. Un bad trip. 

Bernard Clavel, Cargo pour l'enfer, Pocket N°11591, 2002 (1ère éd. 1993), 300 pages

 

Le livre compte 60 chapitres regroupés en 5 parties. Après un premier chapitre qui forme une courte introduction du type (rétrospectivement) de celles dont était capable Michael Crichton, on voit (au chapitre 2) arriver le cargo Gabbiano et son équipage à Puerto Cabello (Venezuela), pour récupérer leur cargaison : 12 880 fûts… théoriquement plombés. Le pilote qui les fait entrer au port leur apprend que certains ont éclaté, que des enfants sont à l’hôpital, et que l’un est même mort. Tout cela ne sent pas très bon. D’ailleurs, lors du travail de chargement, il faut porter des masques chirurgicaux, et les yeux larmoyent. Direction l’Afrique. Mais dans la cale, les fûts fuient… et les informations sur leur cargaison les précèdent. Leurs destinations successives seront les côtes d'Afrique, la Méditerranée, le grand large, et pour finir l'Irlande (Connemara), du nom de chacune des parties de cette sorte de "livre de bord". Au fil des chapitres, nous voyons agir jour après jour le capitaine, son "bosco" (ils naviguent ensemble depuis des décennies), l'équipage spécialement recruté pour ce voyage. Second, Radio, Mécanicien, matelots (de diverses nationalités européennes), mousse... Ils savaient qu’ils s’engageaient dans quelque chose d’un peu illégal (moins d’hommes, double salaire), mais pas aussi dégueulasse que cela s'avère. Pourtant, au fil de leurs conversations ou de leurs rencontres dans les ports, diverses combines sont évoquées (baraterie, pots-de-vins, faux certificats de débarquement suivi de passage de la cargaison par-dessus bord, autorités parfois peu regardantes...). Mais le capitaine reste fidèle à son éthique de marin: on ne salope pas la mer avec une cargaison qui s'avère de plus en plus dangereuse (dioxines? déchets hospitaliers contagieux? produits corrosifs, stockés par des irresponsables mis uniquement par l'appât d'un gain financier facile), et s'accroche aux promesses des armateurs successifs (les déchets seront traités...). Alors, le navire errant devient un mistigri que se renvoient les ports et les pays (autorités, presse et activistes écolo unis dans le "NIMBY"), la cargaison se dégrade dans les cales, la santé de l’équipage (touché par les émanations de ce cocktail infernal) aussi, les morts s'accumulent et le cargo se déglingue... Jusqu'au terme, j'ai espéré un dénouement positif. Mais la fin du voyage n'est pas celle de la pollution pour autant. 

 

Un livre très fort. Il semble avoir été rédigé entre 1987 et 1992. En guise de postface inédite à cette édition, nous avons un texte que Clavel a écrit en 1997 pour L’Humanité Dimanche après le naufrage du Torrey Canyon. 

Il m'a rappelé - ou donné envie de parler de - plusieurs bandes dessinées: une histoire titrée Le Daphnis a sombré parue dans Pif Gadget il y a quelques décennies (un des scénarii originaux de Victor Mora dessinés par Marcello d’après les personnages Lord Brett Sinclair et Danny Wilde d’Amicalement vôtre, ouf!). La série (en trois tomes) Mérite maritime (scénario Riondet, dessin Stéphane Dubois). La série Tramp (créée en 1993 par Jusseaume et Kraehn, 13 albums à ce jour, dont je dois avoir un ou deux dans ma BDthèque). 

J'ai réussi à dénicher quelques traces sur internet concernant Cargo pour l'enfer: chez CJB du site Bernard Clavel en 2014, cependant qu'il n’avait pas fait grande impression sur Isabelle (dernier billet en 2018). 

Je pense que ce livre peut aussi compter pour le challenge Monde ouvrier & mondes du travail chez Ingannmic: l'équipage assume son métier jusqu'au bout. Mesdames les lectrices potentielles, ne venez pas me casser les pieds parce que je dis, en parlant des personnages composant l’équipage de ce cargo maudit qui se battent jusqu'à la limite du possible: «c’étaient des hommes!». 

Et j'ai encore quelques idées pour des billets "Book trip en mer". Il ne me reste plus qu'à lire ou relire les bouquins correspondants... (dont un certain nombre d'un même auteur), puis à rédiger... Patience!

7 juillet 2024

L'herbier impitoyable - Jul

En cette fin d'hiver où je découvrais ce livre et commençais à rédiger le présent billet, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me disais que je pourrais vous présenter un livre qui se présente comme "pour les enfants", susceptible peut-être d'apporter une touche de douceur dans notre monde de brutes... Hé bien, ce ne sera pas forcément le cas!

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L'herbier impitoyable, Charlie Hebdo Junior, Ed. les échappés, Jul, novembre 2008, 48 pages

Au dos du livre, figure la mention "à partir de 3 ans". Mais qu'est-ce donc que le fameux herbier? On peut supposer que le jeune héros (en haut à droite sur la couverture) est un peu plus âgé (primaire?). Au départ souffre-douleur, quand sonne l'heure d'une revanche, Simon n'est pas gentil. La preuve par l'image (qui représentent à peu près la moitié des pages de l'album - j'espère que mes citations ne seront pas trop nombreuses). 

P1160837 La brute la plus "méchante".

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P1160839Et voici la clé de l'ouvrage... Que les oiseaux du ciel répandent leur bénédiction sur votre tête! (utinam aves super caput tuum cacent, comme le clame l'un des joyeux drilles dans Les copains de Jules ... Romains, p.70 de mon édition de 1971 en Livre de poche - copyright 1922 mais première édition semble-t-il [je n'y étais pas!] en 1913 - il y a largement plus d'un siècle en tout cas). Et tout ce qui s'ensuit. 

 

P1160842 ... et clac!

P1160840 les débuts prometteurs d'une collection... 

C'est trash. Il manque la morale que n'oubliaient jamais les oeuvres classiques "pour adultes" telles que Faust (mythe dont se sont emparé différents auteurs), avec les héros mis en scène dans La peau de chagrin de Balzac, Le portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde, ou le "privilégié" cher à Stendhal.

 

Plus de 15 ans après sa parution, ce livre n'est plus disponible aux éditions Les échappés. Aucune bibliothèque municipale parisienne ne semble aujourd'hui le posséder. La collection Charlie Hebdo Junior semble avoir comporté seulement deux titres, le second étant un album de Maurice et Patapon signé Charb de 2010, qui figure toujours sur le site de la Maison d'édition (?). En creusant un peu plus profond, j'ai vu qu'une recherche sur l'auteur Jul y ramène aujourd'hui six ouvrages, tous "collectifs", auxquels il a contribué. Par contre, il ne figure pas dans la liste des auteurs. 

Les_echappes

Mais bon, à une époque, Jul a bien fait partie (comme beaucoup d'autres dont je n'ai encore jamais eu l'occasion de parler) de l'équipe de Charlie... 

 

PS: lorsque j'avais donc "rédigé d'avance", il y a quelques mois (avant fin février 2024!), cette chronique, je n'imaginais nullement que la France serait aujourd'hui (7 juillet 2024) en train de se dire un "je t'aime, moi non plus!" éphémère ou définitif (deuxième tour des Législatives pour la XVIIe Législature de la Ve République)!

 

*** Je suis Charlie ***

5 juillet 2024

Deux livres pour la jeunesse

J’ai (ta d loi du cine, « squatter » chez dasola) encore extrait quelques pépites de mes « sources » habituelles (bouquinistes, bibliothèques partagées, boites à livres) !
Les deux que je chronique aujourd’hui me permettent quelques participations à différents challenges. Il y en a qui vont croire que j’achète uniquement des bouquins susceptibles de challenger? C’est faux, je m’en procure aussi que je puisse mettre en circulation dans différents réseaux de «prêt de livres» auxquels je participe… Mais c’est sûr que l’offre 2024 de nouvelles parutions des éditeurs n’y est pas majoritaire !

Je présente donc aujourd’hui deux livres « pour la jeunesse » (bibliothèque rose & bibliothèque verte) achetés il y a trois jours. 

Si j’avais un château par Jeanne de Recqueville,
Nouvelle bibliothèque rose (Hachette) N°40, 191 pages

 

Deux pièces sous-louées à Paris, où s’entassent quatre jeunes enfants (7 à 10 ans), forcément bruyants, et leur grand-mère… Quand arrive une lettre informant qu’une grand-tante de la grand-mère (lui) lègue un château, pas d’hésitation, on donne congé (ça tombe bien, c’est les vacances et l’été !). Mais ce n’est pas si simple qu’il n’y paraît.
En dévorant en deux heures à peine Si j’avais un château écrit par Jeanne de Recqueville, je me suis fait la réflexion qu’après tout, cette littérature « jeunesse » n’était peut-être pas si différente des livres de « fantasy » qui ont un tel succès aujourd’hui. Déjà, il y est question de château, de princesse, de pays lointains (l’Indochine !), de croisière (où sont partis la fille et le gendre du notaire), de merveilleux « métiers » que sont journalistes, photographes, mannequins, enfants-acteurs, moyens de gagner de l’argent rapidement, tout comme le serait un jeu télévisé… 
Ce livre « copyright 1959 » (mais dont mon exemplaire est marqué « dépôt légal 2e trim. 1960 ») est situé en 1957. Il est amusant de constater qu’il y est mention d’une somme de 8 millions de francs (la « clé » de la survie du fameux château)… qui correspondront donc à 80 000 nouveaux francs après la réforme du plan Piney-Rueff impulsée par de Gaulle, à compter du 1er janvier 1960. Quant à la chanson de Claude François Si j'avais un marteau, elle ne date que de 1963...
Peut-être l’ouvrage contient-il quelques sous-entendus qui passaient au-dessus de la tête des jeunes lecteurs/trices de 1959 ? Les deux jeunes et jolies journalistes « de mode » (mais aussi bien « envoyée spéciale ») semblent être des amies proches. Le vieux notaire veuf est bien sympathique, et peut-être pas indifférent à une jeune grand-mère désargentée de 52 ans, elle-même veuve de longue date semble-t-il… mais sans aller jusque-là, tout est bien qui finit bien ! 
Les renseignements disponibles sur l’auteure (1910-2000) sont succincts (sur wikipedia consulté ce 5 juillet 2024). Elle semble avoir écrit seulement quatre romans pour enfants, entre 1953 et 1959, dont celui-ci est le dernier, puis avoir mené une carrière de traductrice jusqu’en 1989 (une dizaine d’ouvrages sont listés).
Les illustrations (dont 5 en couleurs) sont dues à Paul Durand (1925-1977). Je me permets de vous mettre ma préférée (p.160) dans ce livre.

En regardant la page wikipedia qui lui est consacrée, je me rends compte que je dois connaître pas mal des couvertures de livres qu’il a pu réaliser (pour J’ai Lu, diverses collections pour la jeunesse…). 

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4 romans de Jules Verne en 1 volume : ce « bibliothèque verte » au format « pavé » (oui : 511 pages !), volume double imprimé en 1964, annonce la couleur. Une courte préface signée Marc Soriano donne des précisions intéressantes (et peut-être désuètes aujourd’hui, même partant d’une bonne intention ?) : « on accorde aux conservateurs de musées l’autorisation de soigner les bois sculptés et de rafraîchir les couleurs des tableaux. En partant d’un raisonnement du même genre, je me suis efforcé, à la faveur de cette édition conçue pour réunir quatre œuvres condensées, d’éliminer les « longueurs » qui pourraient rebuter les jeunes lecteurs de notre époque. (…) J’ai donc pratiqué d’importantes coupures qui ont entraîné des regroupements de chapitres. À noter toutefois que je me suis interdit toute intervention rédactionnelle et que le texte présenté est tout entier de Verne.
Je n’ignore pas que la version intégrale intéresse l’historien et mérite toujours de garder des lecteurs. Notre but, dans cette édition « allégée », c’est de rendre aux jeunes quatre beaux livres qu’ils n’avaient plus l’occasion de lire
». 
Je vais commencer par dire quelques mots des deux titres que je connaissais déjà, puis je présenterai ceux que je viens de lire pour la première fois de ma vie. Deux se déroulent essentiellement sur la terre ferme, les deux autres pourraient compter comme des aventures maritimes en tout ou en partie.

 

Le Docteur Ox clôt le volume [p.450-511]. Vérification faite, dans mon édition «Livre de Poche» du même titre, la nouvelle titrée Une fantaisie du Docteur Ox (écrite en 1871) n’est qu’une des cinq que compte le recueil portant le même nom, publié en 1874. C’est de la nouvelle dont il s’agit ici.
Dans un paisible village (fictif) de Belgique du nom de Quinquendone, un généreux mécène, arrivé cinq mois plus tôt, s’est proposé d’éclairer les rues avec un éclairage au gaz oxy-hydrique, en prenant tous les frais à sa charge. Comment les braves et placides notables du conseil municipal, capables de laisser brûler un incendie ici, s’aggraver une fuite d’eau là, et ne pas faire de travaux dans une tour menaçant de s’effondrer, auraient-ils pu résister à une telle proposition ? Mais peu à peu, les esprits de nos Belges si tranquilles d’ordinaire s’échauffent… jusqu’à l’explosion finale.

 

Face au drapeau : rédigé en 1894, publié en 1896, ce titre occupe les pages 319 à 447. Je le possède dans ma pochothèque (en édition intégrale) depuis plusieurs décennies. Ici, il est bien question de navigation, que ce soit sous la mer ou au-dessus de la surface. En 1894, les tout premiers sous-marins militaires français étaient déjà construits sinon pleinement opérationnels (le livre cite d'ailleurs les historiques Goubet, Gymnote et Gustave Zédé). Mais ils n'auraient sans doute pas été capables des exploits que leur prête Jules Verne: remorquer une goélette (navire naviguant à la voile... en principe). L'argument du roman? Un (savant) fou, Français mais enfermé à l'asile aux Etats-Unis, est enlevé par ce qu'on appellerait aujourd'hui un groupe terroriste (des pirates, en fait) intéressé par son invention: le "fulgurateur", une sorte de missile explosif surpuissant (imparable à l'époque, bien entendu), qu'il a essayé en vain de vendre à différents gouvernements (il exigeait des millions avant toute démonstration). C'est à bord d'un sous-marin que lui et son gardien (le narrateur, à partir de ce moment-là) gagnent la base secrète (située dans un îlot des Bermudes) où l'inventeur aura tout loisir de mettre son engin au point... Une "bouteille à la mer" alerte l'Angleterre, et une flotte européenne vient chercher à déloger les pirates, peu inquiets puisque le terrible engin leur permet de les couler à distance. Je pense que le titre aurait été plus approprié s'il avait été "face au pavillon"... mais il aurait été moins compréhensible pour le grand public je suppose. Un ingénieur d'origine française, un navire de guerre français à portée d'être détruit, mais... le titre permet d'imaginer la suite (et fin)!

 

Je n'avais encore jamais lu César Cascabel (pourtant réédité en 10/18 dans les années 1970) qui ouvre le volume (p.8 à p.164). Pour dire deux mots de ce voyage par terre, il s'agit du "retour en France" d'un couple de saltimbanques français partis faire fortune (et fonder famille) aux Etats-Unis. Se faisant voler leurs économies au moment de s'embarquer à New York pour le bateau qui devait les ramener en France, ils ne trouvent d'autre choix que de reprendre la route à bord de leur roulote pour remonter vers l'Alaska (en reprenant leurs représentations pour gagnant leur pain quotidien lors de ce trajet), traverser le Détroit de Behring sur la glace, et poursuivre ensuite leur voyage depuis la Sibérie jusqu'en France... Non sans quelques aventures et rencontres sur le chemin! Mais pas le moindre navire ici (le court épisode de navigation maritime a lieu sur un mini-iceberg!). 

 

Je n'avais jamais lu non plus Bourses de voyage (p.165-318). Dans ce roman tardif et méconnu (rédigé en 1899 et publié en 1903), les fameuses bourses ont été offertes par une généreuse mécène (décidément!) à dix pensionnaires d'un collège londonien (accompagnés d'un adulte), afin de leur payer durant les trois mois d'été un voyage vers les diverses îles des Antilles dont ils sont originaires. Je précise pour les jeunes lecteurs du XXIe siècle que 1903 est précisément l'année où les frères Wright ont effectué le premier vol contrôlé et motorisé de l'aviation motorisée (même si Verne avait anticipé des engins aérien bien des années auparavant) - ceci pour dire que le voyage des "collégiens" n'a pas lieu en avion mais bien en bateau. Bateau qui se fait "pirater" par des forbans, qui n'épargnent leurs jeunes passagers qu'en vue de capter les 700 livres par personne que vaudront leurs 11 passagers au départ de La Barbade. Le voilier Alert sombrera au cours de la croisière avec son équipage malfaisant, mais - que l'on se rassure! - les sympathiques passagers seront sauvés.

L'illustration ci-dessus (p.300-301, pour Bourses de voyage) montre bien en tout cas que l"'encombrement du texte" (densité et nombre de caractères par page) est tout de même nettement plus important que pour le "bibliothèque rose" ci-dessus (au moins le double). Les dessins de ce volume sont dus à François Batet (pseudonyme de l'Espagnol Francisco Batet Pellejero, 1921-2015), dont j'ai déjà vu des illustrations dans bien d'autres "bibliothèques vertes" ou collections jeunesse. 

 

Je vais soumettre ce "bibliothèque verte" de 511 pages pour le challenge Pavé de l'été 2024 chez Sibylline

Ces deux volumes seraient-ils appréciés de jeunes lecteur en 2024, lors d'un voyage par exemple? Je les ai inscrits pour "2024 sera classique aussi" organisé par Nathalie. En tout cas, le second volume, en particulier, m'a donné une idée pour une "étude thématique"... (à suivre chez Fanja!)

 

29 juin 2024

Un oeil dans la nuit - Bernard Minier

Après Les effacées de Bernard MInier, je viens de terminer Un oeil dans la nuit (Edition Pocket, 462 pages) du même auteur dans lequel j'ai été contente de retrouver le commandant Martin Servaz et ses deux adjoints, Vincent et Samira de la CRPJ de Toulouse. L'histoire a tout d'un film d'horreur. Servaz est appelé pour enquêter sur le meurtre d'un certain Stan du Welz qui travaillait dans le cinéma, il faisait un séjour dans un hôpital psychiatrique. Son assassin l'a bardé de coups de couteau. D'autres personnes en rapport avec les métiers du cinéma vont être assassinés eux aussi et l'un d'entre eux se suicide. Le lien qui les relie est un cinéaste "maudit" un dénommé Morbus Delacroix, réalisateur de six films  d'horreur (parmi les meilleurs du genre) dont le dernier intitulé "Orpheus ou la spirale du mal" n'a jamais été distribué tellement le contenu était insoutenable. Certains considèrent Delacroix comme un génie et une étudiante en cinéma, Judith Tallandier, est décidée à écrire une thèse sur ce cinéaste qui ne tourne plus depuis douze ans. A force de lui écrire, elle a attiré l'attention du réalisateur qui vit comme un ermite en compagnie de sa femme, une ancienne actrice, dans une maison isolée dans les Pyrénées. Servaz est amené à enquêter jusqu'à Paris avec Vincent. Les choses se passent mal. J'ai deviné qui était un des deux coupables. Concernant le second,  j'ai appris grâce à un mot de quoi il souffrait : l'apophénie. Je vous laisse chercher sur le dictionnaire. Et sinon, j'ai trouvé que l'histoire était plus consistante que Les effacées. Lire les billets de Bernie, l'oeil noir, mhf le blog.

24 juin 2024

Un président ne devrait pas dire ça... - Gérard Davet & Fabrice Lhomme

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) ne songeais certes pas que ce livre serait l'un de ceux, et même le premier, que je chroniquerais pour mon Challenge des Epais de l'été 2024 (2e édition) quand je l'ai acheté, pour un euro, dans une bouquinerie, au mois de mars. Je viens de le relire dare-dare, en vue du présent billet.

Gérard Daven et Fabrice Lhomme, "Un président ne devrait pas dire ça...", Edition Stock, 2016 (pour l'édition originale), Coll. Point N°P4570 en 2017 avec un chapitre inédit, 830 pages

 

Sachez que jamais je n'achète de livres "politiques" (essais, mémoires, histoire, livre "de circonstance"...) au moment de leur sortie en "neuf" et à "plein tarif". Je ricane plutôt lorsque la presse rend compte des "marquages à la culotte": en un mois, il a été vendu tant de dizaines de milliers d'exemplaires du livre-programme de W..., alors que celui de son concurrent X... n'a pas encore atteint le millier, cependant que Y... stagne à quelques milliers pour ses mémoires sorties il y a six mois (l'histoire ne dit jamais combien ont été envoyés gratuitement et/ou achetés "en nombre" par  tels ou tels soutiens), tandis que le roman "à clé" écrit la nuit par Z... agite le microcosme. En tout cas, mon exemplaire "de seconde main" n'est pas dédicacé par qui que ce soit (contrairement à ceux que je déniche parfois, produit de ventes en gros des services de presse reçus par des journalistes, ou bien "vestiges" de bibliothèques dont des héritiers encombrés se débarrassent après décès...). 

Bref, mon édition commence par le fameux "chapitre inédit", daté précisément du 6 janvier 2017 et titré "délit d'initiés". Comme chacun sait, Gérard Daven et Fabrice Lhomme, grands reporters au journal Le Monde, ont écrit cet ouvrage qui est basé sur 61 entretiens. Entre le 10 mai 2012 et le 25 juillet 2016, ils rencontraient le Président le plus souvent le premier vendredi du mois, en général entre 19 et 20 heures. Selon la "préface" qui vient après, la genèse de l'ouvrage remonte à fin 2011: "anticipant la victoire de François Hollande lors de la présidentielle à venir, nous nous étions mis dans l'idée d'enquêter, à notre façon, sur la manière dont il exercerait son futur mandat" (p.12). Le 11 octobre 2011, ils ont "exposé au député de Corrèze [leur] objectif: en cas de victoire, faire le récit, de l'intérieur, de son quinquennat" (p.13). Ils s'étaient engagé à ne rien révéler de ce qui leur serait dit... avant la parution du livre. La date de sortie de celui-ci n'a jamais été gravée dans le marbre. 

Un dernier entretien a eu lieu jeudi 1er septembre 2016, deux jours après la démission fracassante d'Emmanuel Macron: "certes nos entretiens étaient arrivés à leur terme, fin juillet, mais il nous fallait impérativement obtenir son ressenti sur cette ultime avanie" (p.465). Commentaire des auteurs page suivante: "l'étoile Hollande n'avait pas prévu que la comète Macron sortirait si rapidement de son orbite". 

Je me demande combien de personnes ont lu intégralement l'une ou l'autre édition de ce livre, sans se contenter des "bonnes feuilles" ou des petites phrases distillées avec gourmandise, lors des sortie ou ressortie, par d'autres journalistes dans la presse de tout bord: quelques centaines de milliers d'acheteurs (ce qui est toute même pas mal)? Un ou deux millions (si l'on admet plusieurs lecteurs à chaque exemplaire)? 

La quarantaine de chapitres est regroupée sous sept parties thématiques. Les titres des uns et des autres sont on ne peut plus simples: un article, un mot (rarement un adjectif). Par exemple, dans la partie V. Les affaires, les cinq chapitres portent les titres: La cible; Le candide; La traitre; Les boulets; Les tartuffes. 

Cela ne se raconte guère, il faut en lire toutes les pages. Et à l'issue, on a une vision, celle de la manière dont François Hollande racontait et commentait les événements (passés, avec François Mitterrand puis à la tête du Parti socialiste, ou présents, une fois devenu Président de la République). Avec sincérité ou non? En espérant manipuler des journalistes politiques? Dans quel(s) but(s)? Que laisse-t-il paraître comme intelligence, comme empathie, ou non? Plus largement, attend-on, ou non, de la candeur d'un Président de la République, ou la capacité à anticiper et à préparer les évolutions des années à venir? La réaction aux événements au fil de l'eau, ou la menée à bonne fins d'une "ligne politique" en fonction d'une "conscience politique" forgée au fil de quelques dizaines d'années de vie politique avant d'accéder à la fonction suprême?

Je suppose que plus aucun Président de la République (présent ou à venir) ne se refera jamais repincer à recourir en cours de mandat à des "mémorialistes" d'investigation politique qu'il ne maîtriserait pas. Il vaudra mieux pour eux rédiger eux-mêmes le journal de leur mandat (pour le meilleur ou pour le pire), écrire (ou dicter) leurs Mémoires une fois retirés des affaires, en précisant le cas échéant le délai de convenance avant publication (après leur mort, après le décès de la dernière des personnes citées, au bout de x... décennies...) en cas d'implications trop "personnelles". 

Depuis 2017, François Hollande a écrit lui-même (ou en tout cas signé) plusieurs livres de témoignage, mémoire, entretien ou analyse politiques. Je ne les ai pas (encore) lus. 

Le livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme a été adapté au théâtre. Voir entre autres les blogs De la cour au jardin ou Fou d'art. Il existe aussi, je viens de l'apprendre, une adaptation en bande dessinée (voir Vagabondage autour de soi). Mais quant à trouver de nombreux blogs ayant rédigé une critique du livre (qui date de 2016, rappelons-le) sur un blog, avec les bridages actuels des moteurs de recherche (RGPD, politique...?), c'est peine perdue (ou alors, je n'ai pas mis les bons mots-clé?). Essayez, pour voir. Je n'ai guère trouvé qu'Argoul. Je ne m'interdis pas de choisir quelques liens à rajouter par la suite, parmi ceux que je dénicherai au hasard des blogs ou qui me seront signalés...

 

A l'été 2024, qui peut en tout cas savoir si, à défaut de se faufiler sournoisement dans un trou de souris, notre gros vieux matou ne va peut-être pas réussir à rentrer par la chatière? Se rêverait-il, en ce moment, Premier Ministre d'Emmanuel Macron... pour commencer? 

Ce livre peut également s'inscrire au Challenge des Pavés de l'été 2024 chez Sibylline - si elle l'accepte bien entendu. 

22 juin 2024

Les effacées - Bernard Minier

J'ai lu quelques romans de Bernard Minier dont les premiers : Glacé, Le cercle, N'éteins pas la lumière, Nuit ou La vallée dans lesquels je m'étais attachée au commandant Martin Servaz. Dans Les effacées de Bernard Minier (Edition XO, 415 pages), j'ai fait la connaissance de Lucia Guerrero, une enquêtrice de la Guardia Civil en Galice. De jeunes femmes sont retrouvées mortes quelques jours après leur enlèvement. Arias, le collègue de Lucia, mettra un peu de temps à découvrir quel peut être le lien qui les relie. Si c'est Arias qui mène l'enquête seul, c'est qu'on demande à Lucia Guerrero d'enquêter sur les morts assez atroces de notables madrilènes, une femme et trois hommes. Le tueur laisse comme signature "Tuons les riches". Les jeunes femmes de Galice n'étaient pas connues, elles se réveillaient tôt pour aller travailler. Leurs décès semblent être moins prioritaires que les autres. Ce sont des "effacées". J'avoue que j'ai été un peu désarçonnée par ce roman avec deux intrigues différentes qui ne se rejoignent pas à la fin. Le seul lien entre les deux, c'est Lucia Guerrero, mère d'un garçon et séparée de son compagnon. Une enquêtrice de talent en but au machisme ambiant. Elle reçoit des messages menaçants (on sait à la fin qui la persécute mais pas elle). A priori, un autre roman avec Lucia devrait paraître. J'espère que l'intrigue sera plus prenante car là, j'ai trouvé l'ensemble un peu léger. Lire le billet de mhf.

5 juin 2024

L'allègement des vernis - Paul Saint Bris

J'ai été très contente de pouvoir emprunter L'allègement des vernis de Paul Saint Bris (Edition Philippe Rey, 347 pages) dans une bibliothèque de province. A Paris, il est très emprunté. L'allègement des vernis est un roman ludique autour d'une restauration de la Joconde, tableau emblématique du musée du Louvre. Daphné, la nouvelle directrice de l'institution, très tournée vers la communication, souhaite améliorer les points faibles de l'établissement et en particulier doper encore plus le nombre d'entrée des visiteurs. Elle se fait aider par une agence de communication qui ne trouve rien de mieux que d'émettre l'idée de restaurer la Joconde autrement dit Monna Lisa qui semble avoir besoin d'un petit allègement des vernis sur la toile. Quatre allègements sont envisagés, le troisième, l'allègement modéré, est retenu. C'est là qu'intervient Aurélien, le directeur du département des peintures, qui s'attelle à la tâche de trouver LE restaurateur qui sera assez doué pour accomplir une restauration exemplaire. Il part dans la région de Florence, là où a été peinte la Joconde pour rencontrer Gaétano qu'il connaît de longue date. Ce dernier est un bon vivant et il aime les femmes. Aurélien, lui, est un être effacé qui en train d'être quitté par sa femme Claire (pas très sympathique). Homéro, un autre personnage, joue un rôle non négligeable dans l'histoire. Au sein du Louvre, il est technicien de surface et manie avec une grande dextérité une auto laveuse au département des antiquités grecques, étrusques et romaines avant de s'occuper de la salle où est exposée la Joconde. J'ai trouvé qu'il fallait oser cette fin de roman que je ne vous dévoilerai pas. J'ai passé un très bon moment de lecture. Lire les billets d'Eva, Alex-mot-à-mots, Patrice, Keisha et Nicole. Et j'ajoute Luocine. Et Ritournelle.

16 mai 2024

Capitaines courageux - Rudyard Kipling / Au large de l'Eden - Roger Vercel

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) pris plaisir à sortir de mes rayonnages, pour relecture dans le cadre de plusieurs challenges en cours, deux livres au format poche que je possède depuis un certain nombre de décennies. 

Ils ont un point commun (doris!), que je développerai ci-après. Le plus anciennement en ma possession m'a été offert pour Noël 1973, je n'étais pas encore au collège (1), il doit faire partie des dix premiers livres au format de poche que j'aie possédés (il était neuf à l'époque). L'autre est plus "vénérable" puisqu'imprimé fin 1965, mais je ne l'avais acquis qu'en 1981 (je n'étais pas encore bachelier). 

Rudyard Kipling, Capitaines courageux, Folio N°354, impr. mars 1973 
(publié en anglais en 1897, trad. par Louis Fabulet et Charles Fountaine-Walker
publiée chez Hachette en 1903)


Capitaines courageux: si je n'ai pas relu ce livre 10 fois, alors je l'ai relu 15 (et pas forcément dans cette édition, d'ailleurs, mais parfois en vieilles éditions "pour la jeunesse" au hasard de mes séjours ici ou là...). 

Harvey, le héros "principal", est un gamin américain qui n'a pas seize ans, qui va avec sa mère en Europe (en paquebot) "achever son éducation". On apprend par les jugements d'adultes dans les toutes premières pages que celle-ci (son éducation) n'est pas vraiment commencée: Harvey n'est qu'un "fils à maman" odieux, unique rejeton d'une mère qui lui passe tous ses caprices et d'un papa occupé par ses affaires (il est multimillionnaire). Vouloir frimer avec un cigare amène notre gamin à passer par-dessus bord en pleine mer, évanoui... Il refait surface dans un doris, étendu sur un monceau de poissons. Un "doris" est une embarcation en bois à fond plat, de 5 à 6 m de long, manié à l'aviron, utilisé pour la pêche à la morue sur les bancs de Terre-Neuve. Celui-ci fait partie de la drome du Sommes-Ici, une goélette de soixante-dix tonneaux, port d'attache Gloucester (Massachusetts), qui vient de commencer sa campagne. Notre héros commence par exiger du capitaine Disko Troop qu'on le ramène à New-York, de manière un peu trop insistante. Mais il est hors de question de perdre la saison de pêche de tout l'équipage (ils ont 30 tonnes de sel à utiliser pour saler le poisson frais) pour un gamin tombé à l'eau et bien incapable de prouver ses "200 dollars mensuels d'argent de poche". Contre-proposition (accompagnée d'une petite correction): rester à bord et participer à la campagne, payé 10 dollars et demi par mois. Harvey va rapidement "copiner" avec Dan, fils de Disko et mousse à bord, qui a son âge mais est pêcheur depuis l'enfance (il rame depuis ses 8 ans). Notre fils de milliardaire découvre le bateau, voit sa cale sombre et vide, et s'exclame: "- Mais où est le poisson? - Dans la mer, dit-on; dans les bateaux, souhaite-t-on, répliqua Dan, citant un vieux proverbe de pêcheur." Le Sommes-Ici navigue jour après jour sur les Bancs de Terre-Neuve, à la recherche des bancs de morue. Le gros de la pêche se fait à bord des doris, montés en général par l'un des cinq marins-pêcheurs (dont chacun a droit à une "part" sur le résultat final de la campagne), tandis que les mousses iront à l'occasion pêcher à deux dans le doris de Dan. Outre Disko, le navire compte encore un cuisinier (capable aussi de manier l'aviron). Les morues sont pêchées une par une au "trawl" (ligne de fond garnie d'hameçons eux-mêmes garnis de "boëtte" [appât]) - une journée de labeur peut en ramener 231 pour l'un, 41 pour un autre plus maladroit. Mais tel qui vaut peu à la pêche sera plus efficace pour passer du poisson frais à la morue décapitée, éviscérée, applatie, prête à être entassée et "salée" dans la cale, jour après jour. Bref, par les mains et les yeux d'Harvey, nous avons un magnifique apprentissage du travail et de la vie rude des "Terre-neuvas" durant les trois mois d'une campagne de pêche (se lever, pêcher, préparer le poisson, manger, dormir, être de quart, apprendre à naviguer entretemps...) en compagnie de toute une flottille de goëlettes, de ses joies, de ses drames aussi. Disko étant le meilleur capitaine ("quand Disko pensait morue, il pensait en morue; et grâce à un mélange d'instinct et d'expérience depuis longtemps éprouvés, promenait le Sommes-Ici de mouillage en mouillage, toujours avec le poisson, comme un joueur d'échecs aux yeux bandés joue sur l'échiquier qu'il ne voit pas", p.110), le Sommes-Ici est le premier à regagner Gloucester, cales pleines (p.180): sa cargaison entière (865 quintaux de morue) vaut 3 676,25 dollars (soit 138 000 dollars de 2024, si je me fie à un calculateur d'inflation?). 

Sitôt prévenus (par un télégramme), Harvey Cheyne père et son épouse "accourent" de San Diego (Californie) jusqu'à Albany (capitale de l'Etat de New York), en passant par Chicago (Illinois), soit peut-être 4000 km en train (?), en 87 h 35 minutes. Cette traversée jusqu'aux retrouvailles (p.195) est un grand moment du livre. Magnat (entre autres) du chemin de fer, Cheyne est un homme richissime avec 30 millions de dollars (ce qui correspondrait à 1,129 milliard de dollars ou plus d'un milliard d'euros aujourd'hui). Mais il sait que lui avoir permis de renouer avec un (jeune) homme, en lieu et place d'un garnement, est inestimable. Dan et Harvey (junior) se retrouveront quelques années plus tard, en conclusion du livre, toujours pour chérir la mer.

Du grand Kipling - ou de la grande traduction. C'est vrai que, lisant et relisant la même depuis un demi-siècle, j'aurais sans doute du mal avec une autre, et je suis incapable de lire le texte original... Ce qui soulève (ou laisse pendante) la question de la traduction. Mais ceci est une autre histoire. 

Voir (entre autres) les billets de Shangols, Nath (blog page à page, dernier billet en 2022). Sélénie parle du film de 1937, que je n'ai encore jamais vu.

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Pour retrouver la morue dans le deuxième roman que je vous présente dans ce billet, nous sautons par-dessus quelques décennies et une guerre mondiale (même si Kipling était toujours vivant lors de sa publication). Roger Vercel a publié Au large de l'Eden en 1932, c'était son troisième livre. 

Roger Vercel, Au large de l'Eden, le livre de poche N°290, impr. 4e trim. 1965, 244 p.

 

Nous sommes toujours dans une "campagne" en haute mer qui dure plusieurs mois, mais cette fois-ci le "navire-support" est nettement plus gros. L'histoire se passe dans les années 1930 (largement après la guerre de 14-18 en tout cas). Deux armateurs de Boulogne ont transformé deux cargos pour la grande pêche, afin de les envoyer chercher la morue au Groënland, au mois de juin (le retour est prévu à la fin de l'été...). "On croyait, en effet, que la morue, écoeurée par les eaux tièdes de Terre-Neuve, s'était enfuie vers le pôle et qu'on la rencontrerait abondante dans le détroit de Davis" (p.5). Ils ont cassé leur tirelire: l'armement de chaque navire représente un investissement de 3 millions de francs de l'époque (tout compris). Je vous laisse calculer ce que cela représente en euros de 2024... Il va falloir en ramener, du poisson!

Pourquoi "au large de l'Eden"? Parce que le Danemark contrôle le Groenland et en interdit absolument, depuis 50 ans à ce moment-là, non seulement l'accostage, mais aussi la pêche dans les eaux territoriales [3 milles des côtes, à l'époque], officiellement pour le bien des Inuits (des "Esquimaux", comme on disait alors). A y pêcher, on risquait une amende de 20 000 couronnes danoises, la saisie du bâtiment, et la confiscation de la cargaison (p.114). Mais déjà, il faut s'y rendre. Ici, on ne parle plus de voiliers, mais de "vapeurs" marchant au charbon. L'un, le plus grand (le Tenax peut contenir 16 000 quintaux de poisson), est commandé par l'expérimenté capitaine Rochard (héros du livre). L'autre, le Borea (12 000 quintaux), l'est par un ancien second de celui-ci, le désormais (depuis 6 ans) capitaine Ferrier. Une fois arrivé sur son lieu de pêche (après s'être approvisionné en "boëte"[du hareng frais, et non du "bulot" pourri!] et charbon à 7 jours de navigation depuis la France, en Norvège, et en ayant évité les glaces!), chaque vapeur met à l'eau 25 doris, montés chacun par deux hommes (équipage de 80 hommes, avec les machinistes....). Certains des meilleurs pêcheurs, à Terre Neuve, rapportaient 20 000 francs d'une campagne précédemment.

Le "métier", lui, n'a guère changé: les marins sortent pêcher durant des heures (sous le soleil de minuit le cas échéant), en ramenant le doris vers le navire quand il est plein (150 morues...) avant de repartir une fois le poisson amoncelé dans la coursive. Puis le soir, travail des prises. "Le pont avant disparaissait sous des milliers de dos gris, de ventres blancs, une blancheur souple de bras gantés" (p.98): fendre le poisson, l'éviscérer, sortir le foie, faire sauter la tête, enlever l'arrête centrale (la "raquette"), gratter le sang à l'eau tiède, puis le jeter dans la cale, au saleur ("aujourd'hui, [pris] 6000 morues, 45 quintaux au mille", p.99). Si le travail de la pêche est peu ou prou le même qu'à Terre-Neuve, les hommes sont par contre mieux nourris et mieux logés, la vie à bord est moins différente, avec davantage de temps d'inaction. Tous ne supportent pas ces conditions: on verra au fil des pages un boulanger malade du mal de mer, un suicidaire, un parfait salaud qui "pourrit" l'équipage... Au capitaine tous les soucis: ceux du gros temps qui interdit la pêche, des jours qui passent, de la morue absente... au large, de l'équipage envers lequel il faut marquer son autorité (vous ne sortez pas pêcher? Vous vous contentez du biscuit et de l'eau! "tandis que la cambuse s'ouvrait pour l'équipe du bord, chauffaudiers, novices, saleur qui emportaient la nation habituelle", p.224). Le Groënland étant terre interdite, c'est un navire ravitailleur qui, à mi-campagne, amène de France le ravitaillement en charbon et même en eau douce, et du courrier. Bien évidemment, entre problèmes humains et aléas, tout ne se passera pas comme prévu. Le navire devait quitter les lieux début septembre, mais le 12 octobre, il reste encore à bord du Tenax 20 tonnes de sel, de quoi saler 500 quintaux pour finir de remplir la cale (p.228)...

Parmi les sept ou huit ouvrages de Roger Vercel que je possède, j'ai relu moins souvent celui-ci que Capitaine Conan ou la trilogie de La fosse aux vents (Ceux de la Galatée, La peau du diable, Atalante). Concernant cette trilogie, qui parle de la fin de la marine à voile et des "cap-horniers", j'en tirerai peut-être encore un billet avant la fin de l'année. [chroniqué le 19/10/2024].

Ces deux livres peuvent s'inscrire à trois challenges: "Book Trip en mer" chez Fanja, "Monde ouvrier et monde du travail" chez Ingannmic, et "2024 sera classique aussi" organisé par Nathalie

Je tiens à préciser que c'est contre l'avis de dasola que j'ai décidé de rédiger un seul long billet au lieu de deux plus courts. 

(1) Pour répondre à la question précise de Luocine ci-dessous, je n'avais pas encore 10 ans quand j'ai lu Capitaines courageux pour la première fois.

7 mai 2024

Bestiaire - Alexandre Vialatte (dessins d'Honoré)

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) ne connaissais le nom de Vialatte que très vaguement, sans savoir ce qu'il avait pu écrire. Et voilà que je découvre qu'Honoré l'a illustré! C'est dasola qui m'avait procuré (le jour même, au prix d'un léger détour vers une bibliothèque sur son chemin de retour du boulot) un exemplaire de ce livre qu'elle avait repéré chez Keisha

Alexandre Vialatte, Bestiaire, dessins d'Honoré, éd. Arléa, 2002, 120 p.

Comme je le disais en introduction, je n'avais jamais rien lu d'Alexandre Vialatte (1901-1971). J'ai choisi de parler de ce livre à cause d'Honoré. Mon dernier billet sur ce dessinateur assassiné en même temps que ses quatre confrères dessinateurs de Charlie Hebdo et injustement méconnu remonte à 2017. Il est vrai que ses ouvrages publiés à son seul nom sont beaucoup moins nombreux que ceux de ses collègues de la rédaction assassinés le même jour. Je peux seulement le citer, de temps en temps, dans des recueils collectifs...

Cette fois-ci, c'est un "vieux livre" qui me permet de le mettre à l'honneur. Les 63 chroniques qui mêlent humour, sens de l'absurde et ironie ont été choisies par Michaël Lainé. Certains animaux sont évoqués plusieurs fois, comme l'Homme avec trois articles là où la Femme n'en a qu'un - je pressens que ça va encore râler dans les chaumières... ("d'autant plus" qu'y est évoquée l'existence... d'un homme de sexe féminin), ou le Cheval avec deux articles, classés dans la Table (p.119) de A comme Albatros à V comme Vialatte, Alexandre (les chroniques, elles, apparaissent "dans le désordre"). Je ne sais pas comment a travaillé Honoré (délais, textes fournis...). En tout cas, avec ses trois douzaines d'illustrations, Honoré nous offre davantage de subtilités qu'un simple illustrateur: dans ses compositions composites, on s'amuse à chercher le détail inattendu et son sous-entendu. 

Il partait d'une bonne "matière première", tant les textes de Vialatte foisonnent de précisions incongrues. On peut regretter que tous n'aient malheureusement pas été illustrés, tel celui sur le Russe qui élève des colombes de la Paix pour les manger (dommage!). En tout cas, P**t*n* ne viendra pas buter les auteurs..., ils sont déjà morts. 

Dans mes quelques autres citations ci-dessous, j'ai surtout choisi des animaux "de labeur" ou du moins domestiques (y compris un "animal à longues oreilles" qui n'est pas dans son milieu naturel!). 

Le boeuf qui se dirige vers la gauche a l'air plus civilisé que le taureau (?) qui se rend à droite (sans vouloir faire de la peine à Luce Lapin...). 

Dans l'une des chroniques, j'ai même déniché le mot "Martien" (p.49), mais cela ne justifie malheureusement pas que je l'inscrive dans mon challenge marsien en cours: il n'y a même pas d'entrées entre "Marabout" et "Mouton" dans la table! Mais on trouve p.101 un perroquet qui peut faire songer à Martiens, go home! de par sa sincérité débridée...

En conclusion, il s'agit d'un livre "intemporel", toujours plaisant à découvrir. La "note de l'éditeur" explique que les éditions Arléa ont rêvé de ce livre durant 15 ans avant qu'il voie le jour, et remercient Pierre Vialatte (fils de...) pour ses encouragements et sa constance.

Mon côté "gestionnaire de bases de données" me conduit une fois de plus à émettre un petit reproche: à mon avis, les "références bibliographiques" des textes cités (p.111-114) sont incomplètes. Elles citent uniquement les recueils (sous copyright) où ils sont "actuellement" accessibles, sans donner la date de la publication initiale dans un périodique... 

Calmeblog (dernier billet en 2018) avait publié en 2012 un billet qui parlait surtout des textes de Vialatte. Une exposition avec les dessins d'Honoré avait eu lieu à Clermont-Ferrand en 2018.

*** Je suis Charlie ***

29 avril 2024

Ces guerres qui nous attendent (2030-2060) - Red Team

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) chronique aujourd'hui trois livres dont j'ai pris connaissance dans un cadre plus ou moins professionnel (j'ai eu à en rédiger des présentations pour un journal!). 

Il s'agit d'ouvrages réalisées dans le cadre d'un "programme" financé par le Ministère des Armées. Le titre commun, c'est Ces guerres qui nous attendent. L'auteur (collectif) qui signent ces pages, c'est la "Red Team". Du temps déjà lointain où madame Florence Parly était ministre, deux millions d'euros avaient été investis sur une idée (certainement inspirée des Etats-Unis?): faire appel à l'imagination d'auteurs de fiction ("science-fiction", bande dessinée...) pour "challenger" des professionnels (les militaires!) sur ce que pourraient être les guerres à livrer par nos armées à l'avenir (d'ici quelques décennies...). Du coup, selon les informations que l'on peut aujourd'hui trouver en ligne, un marché de deux millions d'euros avait été remporté par l'Université de Paris Lettres et Sciences pour accompagner cette "équipe rouge" dans sa mission. 

Ces livres s'inscrivent dans le champ de ce que l'on appelle la "Hard SF", c'est-à-dire que les sociétés qu'ils nous présentent sont des évolutions "vraisemblables" de ce que nous connaissons aujourd'hui. S'agirait-il d'anticipation? Cela, c'est l'avenir qui nous le dira. Quant aux auteurs... Pourquoi sont-ils nommés la "Red Team", qu'est-ce que c'est? Hé bien, dans les exercices auxquels se livrent régulièrement nos armées (seules ou en coopération avec nos "alliés"), le terme désigne les "adversaires", ceux dont nos vaillants soldats doivent déjouer les attaques et les pièges (par convention, "nos" soldats, marins et capitaines [etc.] sont la "Blue Team"). 

Vous allez comprendre pourquoi je commence par le troisième volet de cette série: Red Team, Ces guerres qui nous attendent, 2030-2060, saison 3, PSL / Editions des Equateurs, 2024, 21 euros, 152 pages. Ce volume contient deux "scénarios" indépendants. Dans ces deux parties, il ne s'agit pas réellement de "roman" à proprement parler. Nous découvrons successivement des "contextes" mêlant causes (plausibles) et conséquences (envisageables) pour aboutir au terme d'un "paroxysme" à un affrontement (imaginaire). Titré Face à l'hydre, le premier scénario imagine la possibilité d'une "extension de mémoire vive" qui permet d'acquérir et d'utiliser des connaissances via un simple "branchement" d'implant pour tout humain équipé du récepteur" nécessaire. Comme toute technologie, celle-ci s'avère à la fois la meilleure et la pire des choses. Ici, pour "prévoir le pire", il est considéré que des "guérilleros", en fait de vulgaires civils de tous âges équipés d'un récepteur, sont capables instantanément d'utiliser tout armement, tout véhicule à leur portée. Guérilleros qui ne peuvent être discernés des milliers d'êtres humains parmi lesquels ils se fondent: or les "corps expéditionnaires" de soldats professionnels censés les combattre ne sont, en ce XXIe siècle, pas (plus) autorisés à commettre des massacres aveugles, et partent donc perdants. 

Le second scénario est titré La ruée vers l'espace. A mon avis, il aurait pu s'intituler "De la terre à la lune (et même jusqu’à Mars !)". Il me permet d'inscrire ce billet dans mon "challenge marsien"...

Au-delà désormais de notre seule planète, différentes entités (des nations "imaginaires" [appelés Le cercle, le Trigone, le Cube, Le polyèdre, les Sphères...], qui ont suscité des "sociétés industrielles capitalistiques" avec lesquelles leurs intérêts sont liés) s'affrontent pour les gains économiques comme politiques que peuvent leur apporter le contrôle des ressources minières spatiales. Tous les coups sont permis tant qu'ils restent discrets et non-revendiqués (dans l'espace, personne ne vous entend crier): intrusions par logiciels malveillants, détournement de satellites, sabotages de robots anonymes... Cependant que vers 2070, la construction et l'approvisionnement de cargos minéraliers et des véhicules de fret vers Mars devient possible (p.135)...

Six auteurs ont participé à ce volume, sur les 11 d’origine que l’on peut découvrir sur le site internet dédié. Laurent Genefort figure parmi eux. 

 

Même s'ils sont (forcément) un peu plus anciens, je voulais aussi dire quelques mots des deux premiers volumes.

Ces guerres qui nous attendent, 2030-2060, PSL / Editions des Equateurs, 2022, 18 euros, 222 pages
Ces guerres qui nous attendent, 2030-2060, saison 2, PSL / Editions des Equateurs, 2023, 22 euros, 204 pages

Le premier tome, qui "essuyait" donc les plâtres, contenait quatre scénario d'inégales densités, formes... et longueurs (avec plus ou moins de subdivisions). C'est aussi celui dont la liste des signataires est la plus longue (Xavier Dorison, par exemple, n'apparaît plus dans les volumes suivants). Malgré l'avertissement et la préface, on met un certain temps à adhérer à la forme de l'ouvrage. 

La première partie, Les pirates de la P-nation attaquent Kourou, surfait sur le plausible, à propos de l'actuel "aéroport spatial européen" destiné à devenir, dans quelques décennies (2060), le siège de l'ascenseur spatial européen permettant d'exploiter les ressources minières de la lune et de la ceinture d'astéroïdes... voire même de Mars. Le contexte ici prévu s'inscrit dans la continuité de la société industriel-capitalistique que nous connaissons. Désormais, le "puçage" des individus est devenu obligatoire (en... 2034) afin de contrôler les déplacements et l'immigration. En 2040, la puce contient toutes les données de son porteur. "Il continue à y avoir des gens sans puce, comme il y avait au début du siècle des sans-papiers. Une minorité la refuse pour des raisons idéologiques: les "papelards". Mais les "sans-puce" sont surtout les nouveaux apatrides, les migrants climatiques ou leurs descendants" (p.36). Et devinez qui sont les pirates?

La deuxième partie, Barbaresques 3.0, se déroule en Méditerranée. Deux pages évoquent l'évolution du contexte géopolitique de cette région entre 2020 et 2060, incluant le développement de la piraterie à l'encontre des navires de commerce En parallèle, le recours à l'intelligence artificielle, par exemple pour "piloter" des essaims de drones, s'est développé dans l'Armée... jusqu'à la mise en place d'un "interfaçage neural". Et devinez qui va "pirater" les marins d'un navire de guerre français?

Troisième partie: Chronique d'une guerre culturelle annoncée. Cette fois-ci, dans cette "réalité alternative"-là, les différentes nations se sont décomposées puis recomposées. Quant à leurs populations, elles ont la possibilité de se réfugier dans des "univers virtuels" correspondant à leurs goûts, et de passer leur temps au sein de ces "communautés". Et devinez qui a intérêt à les y manipuler, et qui va tenter de les en extraire malgré eux?

Dernière partie, La sublime porte s'ouvre à nouveau m'a surtout évoqué le retour au "flottes de ligne" du début du XX siècle, avec leurs monstres cuirassés destinés à affronter et vaincre d'autres monstres semblables à eux. Mais c'est dans une Méditerranée aux noms antiques (Troie, Carthage, Etrusques, Ligue Hellénique...) que des porte-aéronefs hyperprotégés mais lents sont en butte à des missiles hypervéloces. Et devinez quels espaces il faut contrôler pour éviter la défaite?

 

Le deuxième tome (Ces guerres qui nous attendent, 2030-2060, saison 2) renouvelait le genre par rapport au premier, avec seulement deux parties, mais qui s'avéraient... touffues. Il bénéficiait de cinq pages titrées "Du rôle des imaginaires dans la pensée stratégique", cosignées par deux "animateurs du programme Red Team Défense" afin d'expliquer la démarche (le recours à des auteurs de science-fiction pour "explorer des futurs", en produisant des "récits" pour que les services des armées puissent les exploiter comme de véritables sources de menaces et infléchir directement leur doctrine). 

Les deux scénarios de ce volume prennent en compte la biologie d'une part, l'énergie carbonée de l'autre, pour imaginer les vulnérabilités et les menaces lies à ces thématiques: utilisation d'armes à base de biotechnologies, recours aux micro-organismes... nécessitant la mise en place de moyens de protection et de défense. Le premier scénario dépeint une guerre bactériologique posant de nombreuses questions (comme à la télé, trois experts y répondent...). Dans le second scénario, les énergies fossiles étant quasiment épuisées, les armées ont dû se recentrer sur l'économie d'énergie pour continuer la guerre par d'autres moyens... que le pétrole: technologies plus sobres, basse énergie. Mais même ainsi, place est faite à la "subversion", à l'infiltration de "rebelles" dans un pays "allié", à l'hypothèse de l'envoi d'un corps de "forces spéciales" pour exfiltrer des scientifiques... 

 

Au final, si l'on regarde la totalité des trois volumes, y sont brossées, de manière souvent impersonnelle, des sortes de chroniques d'affrontements qui, dans le futur, se déroulent ou se sont déroulés. Chaque scénario dépeint un univers différent des autres. Les actions sont souvent succinctement présentées en quelques lignes. Ce qui est frustrant, c'est qu'on n'a pas de héros pour sauver le monde. En général, il n'y a même pas de vraie fin (à défaut de happy end) dans ces histoires, qui sont davantage des "outils de réflexion". Peut-être l'étape suivante attendue consisterait-elle à faire rédiger des romans, nouvelles, séries télévisées, téléfilms, bandes dessinées... pour faire exister avec davantage de "substance" les univers futuristes seulement esquissés dans ces trois volumes?

Leur logique m'a un peu fait songer aux "Rapports de la CIA" que publiait jadis en français Alexandre Adler (en 2005 pour 2020, en 2009 pour 2025), et qui étaient censées donner une analyse prospective de ce que pourrait être le monde avec 15 ans d'avance. Ici, les "travaux" à partir desquels ces scénarios ont été rendus publics ont, semble-t-il, servi de « poil à gratter » disruptif au Ministère des armées: cela valait bien le prix de quelque 500 obus de 155 (estimés à environ 4000 euros l’unité), non ? On peut tout de même se demander dans quelle mesure l'agression de l'Ukraine par Monsieur P. a "perturbé" ou influencé (ou non) le déroulement en cours de ce travail de prospective voire sa non-prolongation au-delà du marché conclu? 

Bref, grâce à tout ce "jus de crâne", peut-être arriverons-nous (nous, la France et son Ministre des Armées) entre 2030-2060, cette fois-ci, à être prêts à remporter la victoire dans ces guerres de demain, et non dans celles d'hier? Tous les éléments produits par notre cénacle d’auteurs n’ont pas été rendu publics, certains sont classifiés. Il se dit dans les milieux informés que la conception du "PANG" (porte-avions de nouvelle génération, qui devrait être prêt dans une quinzaine d'années...) aurait été influencée par les réflexions issues des travaux de la Red Team, dont tous les produits n'ont certes pas été publiés.

Je citerai pour finir un extrait de la préface du premier volume par le Vice-président de l'Université Paris Sciences et Lettres (PSL): "Jamais le futur ne sera certain. Cet ouvrage en présente une version possible. Je vous invite à le relire dans dix ans: vraies ou fausses, ces prédictions amènent à la réflexion". 

Ces livres avaient été diversement commentés sur la blogosphère. Le nocher des livres avait chroniqué la saisons 2 et la saison 3, Julien Amic (blog Les Cahiers dystopiques) la saison 1, de même Thomas du blog Constellations. Je rajouterai peut-être d'autres liens si j'en trouve par la suite.

Désolé pour la longueur de ce billet. Peut-être aurais-je dû en faire un pour chacun de ces trois volumes, ou bien faire un choix entre ces trois que l'on peut estimer inégaux par essence... Je n'en ai pas eu le courage. 

28 avril 2024

V13 Chronique judiciaire - Emmanuel Carrère

J'ai lu avec grand intérêt V13 d'Emmanuel Carrère, désormais paru en folio poche (343 pages). A la fin de l'ouvrage, il y a des remerciements de la part d'Emmanuel Carrère et une postface. V13 est le nom de code du procès des attentats du vendredi 13 novembre 2015 à Paris au Bataclan et à des terrasses de cafés et aussi aux abords du Stade de France et qui ont fait en tout 131 victimes. L'ouvrage est une synthèse des articles qu'Emmanuel Carrère a publiés dans Le Nouvel Obs. Le procès a duré 9 mois à partir de septembre 2021. L'ouvrage est divisée en trois grandes parties : les victimes (c'est bien entendu, le récit le plus émouvant où les parties civiles se succèdent à la barre, en particulier les parents de victimes). Puis, c'est au tour des accusés, tous assez minables, certains en libre comparution. Je n'en nommerai aucun. La troisième partie fait le portrait de la cour et particulier des avocats de la défense, car tout accusé a le droit d'être défendu. Le dossier de l'instruction fait 53 mètres de haut (impressionnant!). Ce que j'ai trouvé intéressant, c'est que j'ai appris des choses sur les attentats, sur les accusés et on ressent une grande empathie envers les 1800 personnes de la partie civile. Un livre que je conseille. Nanou l'avait lu avant moi.

24 avril 2024

Monsieur Parent - Guy de Maupassant

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais pouvoir incrémenter une participation de plus au challenge "2024 sera classique aussi!" de Nathalie, grâce à Guy de Maupassant. 

Guy de Maupassant, Monsieur Parent (et autres nouvelles)
Le livre de Poche (N°4210), 4e trim. 1975, 186 p.

Ce recueil de nouvelles de Maupassant ne figure certes pas parmi les plus connus, la preuve: je ne le connaissais pas... Il est passé entre les mailles du filet que j'avais chargé une de mes tantes de me "remplir", lorsque j'étais ado: je possède depuis plus de 40 ans pour certains une grosse quinzaine de Maupassant en "Poche" (Le livre de Poche pour la plupart, et quelques autres). Je me le suis offert dans une "bouquinerie-salon de thé" (1) récemment ouverte dans le XVIIIe arrondissement de Paris. 

A la mode des livres de poche de cette époque, il ne contient, à part le "texte intégral" des nouvelles annoncé en couverture, qu'une page mi-biographie (12 lignes!) mi-"résumé" (deux lignes par nouvelle!) de son contenu. Pour ma part, j'ai trouvé que la majorité des neuf nouvelles regroupées dans ce volume avaient en commun le thème de la famille (parentalité - forcément!, filiation - ou son absence, fraternité - ou sororité...). Après, évidemment, il ne s'agit certes pas des plus célèbres parmi les centaines de nouvelles écrites par Maupassant. Je vais dire quelques mots de chacune, en espérant, comme toujours, donner envie...

* Monsieur Parent nous montre en une soixantaine de pages un "brave homme" bafoué et trompé dès l'origine (le mariage) par sa femme et son meilleur ami. Son univers s'écroule lorsque sa vieille servante lui ouvre les yeux, et la moitié de sa rente de 20 000 francs va finir en pension alimentaire (même si le divorce n'était guère pratiqué à l'époque). Il s'agit d'une étude sociologique dans laquelle je lis peut-être davantage que ce que Maupassant avait voulu y mettre: ce "petit-bourgeois" oisif est un "inutile", qui n'a jamais travaillé, n'est pas un intellectuel, n'a pas grand-chose pour lui à part sa candeur. Une fois seul, il va passer le reste de sa vie dans un troquet, où il arrive le matin pour un bock de bière, déjeune (puis café, puis cognac en pousse-café), puis sieste, et re-bocks, jusqu'à la fermeture. De nos jours, il resterait vautré devant une télé... Sa "vengeance" finale pourrira à coup sûr la vie du bambin qu'il adorait des années plus tôt. 

* Par un soir de printemps évoque un cousin et une cousine issus de germains (leurs mères sont soeurs) qui se laissent nonchalamment marier (solution de facilité!). Une tante (la troisième soeur), elle, est restée vieille fille... Cela tient en 10 pages. 

* Un lâche: dans d'autres nouvelles (d'autres recueils), on a connu tels ou tels gros bourgeois qui se tiennent mieux devant l'éventualité d'un duel au pistolet que le vicomte Gontran-Joseph de Signoles. Il serait intéressant de savoir s'il arrivait à Maupassant d'écrire des nouvelles "à clé"... mais je suppose que l'Université se penche sur la question depuis bien longtemps déjà!

* La chevelure est une nouvelle d'une douzaine de pages dans le genre morbide. 

* Le champs d'oliviers est, je crois, la nouvelle que j'ai préférée (40 pages). Un curé, ancien homme du monde et bienfaiteur de la cure obscure dans laquelle il s'est retiré, voit arriver un rappel de son passé... 

* Mademoiselle cocotte est un conte animalier de huit pages, tout aussi amer que Coco ou Pierrot (deux autres nouvelles d'autres recueils). Ici, il s'agit d'une chienne... à caractère spécial. 

* Le loup est une aventure de chasse... narrée par l'arrière-petit-fils de l'un des protagonistes, qui explique en une douzaine de pages pourquoi, dans sa famille, on ne chasse plus, depuis plusieurs générations.

* Malades et médecins est marqué "inédit" et daté du 11 mai 1884. Mais c'est ambigu: la nouvelle a-t-elle juste été éditée directement en volume sans être publiée dans la presse, ou bien était-elle inédite jusqu'à sa publication chez Albin Michel en 1957, avant l'édition en livre de poche? Bref, la nouvelle "démonte" de manière fort ironique la mode des "villes d'eau" et les espérances que peut nourrir un curiste, encore en une douzaine de pages. 

* En wagon permet aussi de "voir le loup"... tout en en privant des collégiens (12 p.!). En terme d'aventures en "chemin de fer", j'inscrirais un peu cette nouvelle dans la même veine que la nouvelle Idylle, bien connue.

Décidément, Maupassant avait bien de l'imagination... Encore une fois, je me demande d'où lui venait son inspiration, je suppose qu'il faudra que je cherche une biographie pour l'apprendre...

Je n'ai pas trouvé de blog parlant de Monsieur Parent et autres nouvelles, que ce soit dans mon édition ou dans une autre. Je suis passé en vain par "moteur de recherche", ce qui m'a au moins permis de découvrir que la première édition sous ce titre, du vivant de Maupassant (fin 1885), comportait non pas 9, mais 17 nouvelles, parues pour la plupart dans l'année dans des journaux. J'ai regardé dans les près de 70 blogs littéraires en activité et figurant dans la "blogroll" (colonne de droite) à ce jour: on y trouve des billets essentiellement sur les romans (Une vie doit être le plus représenté), ou sur quelques nouvelles isolées (La parure)... J'ai même trouvé trace d'une activité "lecture de Maupassant" fédérée par l'ancien blog d'Une comète en 2019-2020. 

(1) Lien rajouté après le commentaire de Parisianne (merci!).

16 avril 2024

Les doigts coupés - Hannelore Cayre

J'ai été convaincue de lire Les doigts coupés d'Hannelore Cayre (Edition Métailié noir, 191 pages) après avoir lu quelques billets dont celui de Simone. Le récit alterne entre de nos jours et 35000 ans avant le présent au temps de l'Aurignacien, en Dordogne, à l'époque où quelques groupes de Sapiens ont rencontré des Néandertaliens. J'avoue que j'ai appris que les Sapiens avaient la peau foncée. Pour en revenir à l'histoire, en Dordogne, près de la Vézère, une de nos contemporaines veut creuser une piscine dans son jardin et elle est aidée par des ouvriers polonais. Pendant qu'ils creusent, ces ouvriers découvrent deux squelettes qui semblent être très vieux. Et en effet, à partir de là, Hannelore Cayre nous raconte l'histoire des ces personnes qui ont vécu il y a très longtemps. L'un des deux squelettes, un homme, a connu une mort violente. Le deuxième squelette, une femme qui semble avoir vécu plus de 60 ans, est entouré d'objets hétéroclites. Et à partir de là, on fait la connaissance d'Oli, une jeune Sapiens qui est l'héroïne de l'histoire. N'ayant pas 20 ans, c'est la seule femme du groupe qui n'a pas encore enfanté. Elle ne rêve que de chasse et de vivre sa vie sans que les hommes de son clan (quelle plaie!) se mêlent de la manière dont elle le fait. Sa soeur Wilma qui meurt en couches a le temps de lui apprendre à chasser avec une sorte de javelot alors que la chasse jusqu'alors se pratiquait au plus près des animaux. C'est une histoire où les femmes s'émancipent, où elles essayent de se libérer de la domination masculine. Car déjà, à cette époque, il existe la division sexuée du travail: les hommes chassent et les femmes font tout le reste et se nourrissent de ce que les hommes veulent bien leur laisser. "La ligne, c'est l'homme. La femme, c'est le cercle". C'est pourquoi, pour maintenir l'ordre, les hommes mutilent les femmes en leur coupant des doigts dès qu'elles ne se soumettent pas. Grâce à Oli, les femmes de son clan apprennent que de faire l'amour avec un homme aboutit immanquablement à tomber enceinte sans forcément en avoir envie. C'est un roman sur le féminisme au paléolithique. L'histoire n'est pas amusante mais c'est passionnant à lire et vous apprendrez qui est l'homme mort et comment il est décédé. Hannelore Cayre s'est beaucoup inspirée du travail d'une paléontologue italienne, Paola Tabet et en particulier l'un de ses ouvrages "Les doigts coupés, une anthropologie féministe". Lire les billets de Zazy, Actu Du Noir, Cathulu, Je lis, Je blogue et La chèvre grise.

7 avril 2024

Arcachon, le long exil des marins sénégalais - Coline Renault (texte) & Riss (dessins)

Il est rare que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) consacre un billet à un article paru dans Charlie Hebdo, mais il y a eu au moins un précédent, lorsque j'avais présenté le témoignage du webmestre de Charlie blessé lors de l'attentat, "Se réveiller dans un sarcophage". Cette fois-ci, mon intérêt a été attiré par la double-page centrale (rubrique "Charlie reporter") consacrée à une communauté dont j'ignorais l'existence, celle des marins-pêcheurs sénégalais qui travaillent dans le Bassin d'Arcachon (Gironde, 33). 

Le "E" du mot "Exil" au centre de la page a été un peu trop "étroitisé" à l'impression.

 

C'est dans le numéro 1650 daté du 06/03/2024 que j'ai pu lire un article qui commence par l'histoire dramatique d'un naufrage, celui d'un petit bateau de pêche, survenu fin décembre 2023. Si le capitaine a survécu, les deux matelots, tous deux sénégalais, se sont noyés. Puis l'article déroule l'histoire de ces marins-pêcheurs originaires du Sénégal et qui se retrouvent à travailler dans ce port de pêche. A partir des années 1970, des marins sénégalais sont venus renforcer les équipages d'armateurs arcachonnais dont les navires et leurs capitaines avaient connu ces marins lorsqu'ils pêchaient, quelques années auparavant, au large du Sénégal. Des marins efficaces, ne rechignant pas à la besogne, ne buvant pas puisque musulmans... La journaliste cite dans son article de nombreux témoignages de ces marins africains venus travailler sur des navires de pêche sur la côte atlantique française. La raison de leur venue? L'argent! Gagner davantage qu'au Sénégal, et y envoyer la plus grande partie de l'argent gagné. Les plus âgés de ces marins sont désormais à la retraite, mais pas encore tous repartis rejoindre femme et enfants restés au pays. 

Car l'article évoque aussi, à Arcachon, des univers qui ne se côtoient que de loin, si ce n'est à l'occasion des catastrophes, comme lorsque la presse locale voire nationale avait parlé de la perte du Cynos (le "fileyeur" cité ci-dessus), et de la mort de ses deux matelots sénégalais. Le métier de la mer est dur et reste périlleux. J'ai appris que le Banc d'Arguin n'existe pas seulement au large de la Mauritanie (là où s'est échouée La Méduse), mais qu'un autre borde aussi le dangereux goulet permettant de sortir du Bassin d'Arcachon vers la pleine mer. 

Après la lecture de ce reportage dont le sujet m'avait intéressé, j'ai cherché à en apprendre davantage. Pour aller plus loin, on peut découvrir un documentaire de près de 25 minutes titré Les immigrés de l’océan, France 3 Ouest, 2006, accessible depuis 2017 sur Y**t*b*. Si j'ai bien compris, les images en ont été réalisées par Philippe Lespinasse (déjà auteur en 1999 d’un documentaire de 41 minutes sur les passes du bassin d’Arcachon), produit et co-distribué par la société Grand angle productions, créée en 1997 et établie en Gironde, qui revendique de "privilégi[er] une implication forte sur les thématiques Histoire, Société, Mer & Découverte". 

Dans ce documentaire, j'ai trouvé entre autres intéressant le moment où un des Sénégalais témoigne, tout en tenant la barre d'un chalutier, qu'il a préparé les certificats pour devenir patron de pêche (si j'ai bien compris), mais s'est heurté au "plafond de verre" quand on lui a fait comprendre que, diplômé ou non, il ne pourrait jamais commander son propre navire à Arcachon faute d'être de nationalité française (ou du moins européenne, je suppose?). D'où une certaine frustration (même s'il a du mal à mettre les mots sur ce qu'il ressent). Un Européen y témoigne aussi de l'adaptabilité de ces marins, qui viennent de la pêche sur pirogue: en deux semaines, il apprennent à travailler au filet, à entretenir ceux-ci (épissures...). Y sont aussi interviewés tels ou tels de ces Sénégalais qui, visiblement, ne souhaitaient pas devenir pêcheurs comme leur entourage, mais qui ont bien dû constater que ce dur métier pratiqué comme "expatrié" était rémunérateur, tandis que leurs diplômes locaux ne leur donnaient pas accès à un métier permettant de gagner de quoi vivre au Sénégal. Quelques chiffres: en 2006, un mois avec de bonnes "marées" pouvait rapporter entre 2500 et 2800 euros en France. Déduction faite du loyer et des dépenses indispensable en France, cela permettait d'envoyer quelque 1400 euros au Sénégal, de quoi y faire vivre une famille (au sens large: ascendants et collatéraux compris) de quelque 20 personnes!

 

Enfin, je signalerai l'existence d'un polar local (que je n’ai pas lu): Le bassin broie du noir, Fabrice Duffour, Latitude Sud, 2020 (1)

En plus de mon "hommage du 7", faire connaître ici cet article m'a permis de présenter aussi bien un "métier" qu'une aventure maritime (et de participer ainsi aux deux "challenges bloguesques" dont j'ai mis les logos, chez Fanja pour l'un et chez Ingannmic pour l'autre).

Les internautes qui ne se sont jamais encore connecté sur le site de Charlie devraient pouvoir y lire l'intégralité du texte

 

Edit du 10/04/2024: je viens de voir que depuis hier, en raison de modifications apportées par les récentes tempêtes, il y a des restrictions (interdictions) pour les entrées et sorties du Bassin d'Arcachon, essentiellement pour les navires de plaisance. Pour les professionnels, des conditions en terme de possession de brevet (STCW...) sont posées. 

(1) Edit du 07/06/2024: Thaïs a lu et chroniqué (le 31 mai) Le bassin broie du noir.

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