Après avoir lu une critique dithyrambique dans un hebdo télé que je lis et une bande-annonce prometteuse, je viens d'aller voir L'attachement de Carine Tardieu et j'ai beaucoup aimé, surtout la prestation de Valeria Bruni-Tedeschi (qui à elle seule vaut la peine d'aller voir le film). Heureusement que je n'avais pas encore lu le billet de Pascale. Alex (Pio Marmaï) accompagne sa femme qui est sur le point d'accoucher. Elliot, le garçon de la famille âgé de 6 ou 7 ans, est confié momentanément à Sandra (Valeria Bruni Tedeschi), la voisine de palier. Cette dernière n'est pas mariée, n'a pas d'enfant et elle s'occupe d'une librairie féministe. Donc, la vie de cette famille est loin de son univers. La parturiente décède subitement et Alex se retrouve à devoir élever tout seul Lucille, la nouvelle-née, et Elliot. Heureusement que Sandra est là car Elliot s'est très vite attaché à elle. Le film se déroule sur pendant les deux premières années de Lucille où on la voir grandir à la différence d'Elliott (le seul bémol du film). C'est une histoire sur la vie qui aborde de nombreux sujets sur le deuil, de la résilience, le bonheur, l'amour. J'ai passé un bon très moment sans m'ennuyer.
Je voudrais vous narrer sur ce qui s'est passé pendant la projection à laquelle j'ai assisté. À peine cinq minutes après le début du film, j'entends un ronflement (je me suis dit, le film semble ennuyer quelqu'un!) et ce ronflement a duré presque toute la projection. Je n'ai pas osé émettre une remarque derrière mon dos. A la fin de la projection, je me lève et que vois-je? Un labrador ou un golden retriever avec ses deux maîtresses. Il avait dormi comme un bienheureux pendant la projection avec un ronflement régulier. Je pense que c'est un chien d'aveugle (?) en période de dressage. Je n'ai pas eu la présence d'esprit de demander.
Je passe à Haut les mains de Julie Manoukian, une petite comédie très sympathique avec Vincent Elbaz, qui interprète le rôle de Bernard, un veuf inconsolable qui joue au cambrioleur, un as de l'ouverture de coffres. Il n'est plus de la première jeunesse pour escalader des murs. Lors d'un cambriolage, il fait la connaissance d'un trio qui se livrait à la même activité: les "Green Panthers", deux femmes et un homme qui font tout pour dénoncer les ravages que certaines sociétés capitalistes font subir à la nature sous couvert d'écologie et accessoirement, l'abus de pouvoir contre les femmes. Vincent et les trois autres vont devoir affronter Kramer, un flic ripoux relégué aux archives de la police, qui rêve d'appréhender les trois Green Panthers. Il a un vieux compte à régler que je vous laisse découvrir. Je crains malheureusement que le film ne reste pas longtemps à l'affiche et c'est bien dommage. Lire le billet d'Henri Golant.
J'ai hésité avant de me décider à voir ce film en avant-première dimanche dernier, 9 février 2025, dans l'une des salles que je fréquente à Paris. The Brutalist de Brady Corbet est un film de 3h30 divisé en deux par 15 minutes d'entracte décomptées sur l'écran. 1h40 pour la première partie qui se passe entre 1947 et 1952 et la deuxième partie dure 1h50 et se déroule à partir de 1952 jusqu'au début des années 60, et enfin un épilogue qui se passe en 1980. The Brutalist, c'est Lazlo Toth (Adrian Brody, absolument remarquable), un architecte juif hongrois qui débarque d'un bateau à New-York avec une simple valise en 1947. Sa première vision du Nouveau Monde est la statue de la liberté filmée en diagonale au large de Manhattan. Il a laissé derrière lui sa femme Erzsébet et sa nièce Zsofia qui sont restées coincées en Europe. Il est d'abord hébergé à Philadelphie dans un cagibi sans fenêtre par son cousin Attila (marié à une catholique), qui fabrique et vend des meubles que Lazlo trouve assez laids. Puis Laszlo et Attila acceptent d'honorer un contrat inespéré: créer et fabriquer une immense bibliothèque dans la demeure d'une famille fortunée. À partir de là, le destin de Laszlo bascule: il se lie d'amitié avec un Noir et son fils, il est rejeté par son cousin, il est renvoyé par le père du commanditaire de la bibliothèque avant d'être rappelé. Le père Harrison Van Buren (Guy Pearce, impérial) lui propose de construire un grand projet communautaire dans le style "brutaliste". Mais on rappelle bien à Laszlo qu'il n'est que toléré. Le racisme est sous-jacent en permanence dans cette Amérique d'après-guerre. Il y a un très beau travail sur la musique, le cadre, les couleurs, la lumière. Le film est aussi une belle histoire d'amour, mais tragique, entre un homme et une femme (Felicity Jones dans le rôle d'Erzébet est sensationnelle). Cette dernière est devenue handicapée à cause de l'ostéoporose. La nièce, elle, ne parle pas depuis son arrivée aux Etats-Unis. Je pourrais continuer à vous raconter les péripéties de ce film très maîtrisé mais Wiki*** le fait très bien. Pour résumer, on ne voit pas passer les 3h30. Au bout d'une heure 40, on n'a qu'une hâte c'est de voir la suite sans attendre. Le film ne plaira pas à tout le monde mais moi j'ai aimé (sauf l'architecture brutaliste assez écrasante), tout comme Pascale et Selenie. Une dernière remarque: The Brutalist m'a fait penser à There Will Be Bloodde Paul Thomas Anderson, d'un point de vue style de film.
C'est après avoir lu le billet de Pascale que je suis allée voir Maria de Pablo Larrain, qui sur déroule pendant les sept derniers jours de Maria Callas, ponctués de nombreux flash-back. Le film commence le 16 septembre 1977 dans un immense appartement avenue Georges Mandel à Paris, quand Maria Callas est retrouvée inanimée par terre. A partir de la séquence suivante, on est dans l'intimité de Maria pendant les sept derniers jours de sa vie, pendant lesquels elle espère encore retrouver sa voix quand elle était "La Callas". En guise de nourriture, elle prend du mandrax (méthaqualone), un sédatif très en vogue dans les années 70 qui lui donne des hallucinations. Elle n'est pas toute seule dans son appartement car Bruna, sa cuisinière et gouvernante ainsi que Ferrucio, le majordome, homme à tout faire et chauffeur veillent sur elle mais ils sont impuissants devant l'état de Maria. Et puis il y a les deux chiens de Maria. Dans les nombreux flash back filmés en noir et blanc, on a des bribes de la vie qu'a mené Callas, le triomphe de ses prestations vocales, sa rencontre avec John Fitzgerald Kennedy, avec Aristote Onassis et sa rivalité avec Jackie Kennedy, ou même lorsque sa soeur et elle ont chanté devant un officier allemand pendant la seconde guerre mondiale. Car même si Maria est née à New-York, elle a passé une grande partie de sa jeunesse et de sa vie de jeune femme à Athènes. Concernant le film, les parties chantées sont plutôt bien faites, même si on n'oublie jamais que l'on a Angelina à l'écran. En revanche, il est dommage que les personnages très intéressants que sont Bruna et Ferrucio ne soient pas plus développés. Ils ne sont que des faire-valoir. On ne sait rien d'eux et on ne saura rien d'eux, alors qu'ils sont interprétés par deux très bons acteurs comme PierFrancesco Favino et Alba Rohrwacher, et je n'oublie pas Vincent Macaigne dans le rôle du médecin qui annonce des mauvaises nouvelles à Maria. Un film que j'ai vu sans déplaisir mais c'est tout. Lire les billets de Pascale et Selenie.
Voici une histoire qui sort un peu des sentiers battus, par une cinéaste, Naoko Ogigami, dont c'est le premier film distribué en France sur les six qu'elle a réalisés. Cela se passe à Tokyo au Japon en 2011 au moment de la catastrophe de Fukushima. Le jardin zen raconte l'histoire d'une femme, Yoriko, de son mari Osamu, de son fils et de son beau-père grabataire dont elle s'occupe avec répulsion. Ils vivent tous ensemble dans un pavillon avec un jardin rempli de fleurs dont Osamu prend soin. Un jour, rentrant du travail, Osamu après avoir écouté la télé juste avant de diner, disparaît en laissant le tuyau d'arrosage du jardin ouvert. Quelques années plus tard, on retrouve Yoriko, adepte d'une "secte de l'eau", qui en suit les préceptes. Cette femme qui n'est pas souriante voire revêche parle peu mais elle semble être douée pour la cuisine. Il y a désormais des bouteilles d'eau partout chez elle. En revanche, le jardin est devenu un jardin sec (ou karensensui en japonais) avec des graviers blancs où l'on voit des formes rondes dessinées grâce à un râteau. L'ensemble est complété avec quelques rochers. J'avoue que quand je l'ai vu la première fois à l'écran, je l'ai trouvé très beau. Quand son mari revient sans crier gare quelques années plus tard, Yoriko n'est pas contente mais elle ne se révolte pas vraiment car elle apprend qu'Osamu a un cancer à un stade très avancé. Cependant Yoriko est capable d'humanité quand il s'agit de son fils (il est tout pour elle) ou d'une femme d'entretien avec qui elle se lie d'amitié et à qui elle parle de problèmes typiquement féminins. Je ne vous dirais rien de plus (il y a quelques moments savoureux que je vous laisse découvrir dans le supermarché où travaille Yoriko comme caissière). Le film se termine sur un air de flamenco. C'est un film surprenant qui évoque un pays où les Japonaises n'ont pas une vie facile dans une société très machiste.
Voici un film dont on ressort rendu heureux. Enfin, c'est ce que j'ai ressenti. La pie voleuse de Robert Guediguian est d'abord le nom d'un magasin qui vend et loue des instruments de musique à Marseille de nos jours. La pie voleuse, c'est certainement aussi Maria (Ariane Ascaride), une aide-ménagère qui s'occupe de personnes âgées ou handicapées. Elle les aime. Elle leur fait les courses et le ménage. Maria n'a qu'un défaut, elle garde la monnaie qu'elle devrait rendre et elle vole des chèques en imitant les signatures. Elle fait tout ceci pour payer des leçons de piano à son petit-fils qui est tout pour elle. En effet, Maria tire le diable par la queue avec son petit salaire et son mari Bruno (Gérard Meylan), retraité qui est un joueur de cartes et qui perd beaucoup. Parmi les personnes dont Maria s'occupe, il y a Monsieur Moreau (Jean-Pierre Darroussin), en fauteuil roulant. Il voit très peu son fils Laurent (Grégoire Leprince-Ringuet). Ce dernier qui est agent immobilier en veut à son père depuis longtemps, il voudrait que son père (ancien instituteur) vende sa maison trop grande pour lui (pour toucher sa part d'héritage) et il s'interroge sur le fait que son père loue un piano au magasin "La pie voleuse". De fil en aiguille, on fait la connaissance de Jennifer (la fille de Maria - jouée par Marilou Aussilloux) caissière de supermarché, de son mari Kevin (Robinson Stevenin), chauffeur poids lourds. C'est aussi l'histoire d'un coup de foudre (je vous laisse découvrir entre qui et qui). Ce moment m'a surprise mais enchantée en même temps. Un film qui m'a mis de très bonne humeur et que je vous recommande.
Jouer avec le feu de Delphine et Muriel Coulin, sorti le 22 janvier 2025, est un drame familial dans lequel Pierre (Vincent Lindon qui a reçu un prix d'interprétation au dernier festival de Venise en 2024), un caténairiste veuf depuis plusieurs années, a élevé tout seul ses deux fils, "Fus" (Felix - joué par Benjamin Voisin) et Louis (Stefan Crépon). Les deux sont désormais adultes et libres de faire ce qu'ils veulent. Les trois habitent une grande maison dans l'Est de la Francen, pas loin de Nancy. J'ai été frappée par le fait qu'il n'y ait aucune figure féminine dans le décor et pas de petite amie en vue. Fus, passionné de football, fait une formation en métallurgie mais il n'est pas encore diplômé. Louis, le cadet, fait des études littéraires et il vient d'être admis à la Sorbonne à Paris. On comprend assez vite que Fus se détache du cocon familial. Il fréquente depuis peu des personnes qui ne plaisent pas à Pierre. En effet, Fus s'est lié d'amitié avec des "potes" d'extrême-droite qui n'hésitent pas à commettre des exactions contre des grévistes ou des syndicalistes de gauche. Fus, quand il s'adresse à son père, tient un discours assez inquiétant. Et Pierre se demandera jusqu'au bout, car il se sent responsable, pourquoi Fus est devenu ainsi. Pierre sent qu'il a raté quelque chose. La fin m'a plutôt surprise. Je ne m'attendais pas à ce que l'histoire aille dans cette direction. Personnellement, j'ai aimé ce film bien joué mais vu le sujet, j'ai trouvé qu'il manquait un peu d'émotion, un peu de chair. Lire les billets de Pascale et Selenie.
Décidément, l'année cinéma 2025 commence bien avec ce film brésilien, Je suis toujours là de Walter Salles, qui a permis à l'actrice principale, Fernanda Torres, d'être récompensée d'un Golden de la meilleure actrice dans un film dramatique en 2025. Je suis toujours là est adapté d'un récit de Marcelo Rubens Paiva. En 1971, le Brésil est en plein dictature. J'avoue que j'ignorais cet état de fait. Rubens Paiva (le père de Marcelo) a fait de la politique. Député travailliste, il a été destitué, il est devenu ingénieur et il gère son entreprise. Pendant presque trois quart d'heure, on suit la vie insouciante de la cette famille Paiva, Rubens, sa femme Eunice (Fernanda Torres) et leurs cinq enfants (quatre filles et un garçon). Ils vivent dans un joli pavillon juste au bord d'une plage de Rio de Janeiro. Et puis, c'est le chaos. Rubens est emmené pour un interrogatoire et on ne le reverra jamais. Eunice en mère courage va être arrêtée avec une des ses filles et être interrogée pendant plusieurs jours et puis relâchée. Pendant plus de vingt-cinq ans Eunice attendra de savoir ce qu'est devenu son mari. Elle reprend des cours de droit, devient avocate. Avec ses enfants, elle s'installe à Sao Paulo. Quand elle obtient enfin le certificat de décès concernant son mari, elle est soulagée et presque heureuse. Triste histoire. Fernanda Torres qui vient d'être nommée aux prochains Oscars mériterait d'être récompensée. Elle est vraiment très bien dans le rôle d'Eunice. Il faut noter que sa mère Fernanda Montenegro qui joue Eunice très âgée est la propre mère de Fernanda Torres. C'est le troisième film de Walter Salles que je vois après Central do Brasil (1998) et Carnets de voyage (2003, sur la jeunesse de Che Guevara) qui étaient déjà très réussis. J'ai vu Je suis toujours là un dimanche soir en avant-première dans une salle pleine où j'ai beaucoup entendu parler portugais. Lire les billets de Pascale, Henri Golant et Selenie, ainsi que Ritournelle.
Après Mary et Max qui m'avait énormément plu, j'ai été contente de voir quinze ans plus tard le nouveau film de l'Australien Adam Elliot. Mémoires d'un escargot raconte, en stop motion (image par image) et en pâte à modeler, l'histoire de Grace Pudel et de son frère jumeau Gilbert nés d'un père français et d'une mère australienne morte en couches. C'est le père tétraplégique (suite à un accident) qui va les élever en Australie, tant bien que mal. À son décès, Grace et Gilbert âgés de 8 ans sont séparés et confiés à des familles d'accueil, à deux extrêmes du continent. Grace a été confiée à un couple échangiste sympathique adepte au développement personnel qui la laisse très seule. Gilbert, lui, est mal tombé, dans une famille qui cultive des pommes. Des vrais fous de dieu effrayants, en particulier Ruth, la mère.
Grace, avec son bec de lièvre mal rafistolé après une opération manquée, est une fille avec de grands yeux tristes mais expressifs. Elle a un corps dont elle ne sait pas quoi faire et un bonnet sur la tête orné d'antennes qui ressemblent à des yeux d'escargots. Les escargots, justement, qu'elle adore et auxquels elle s'identifie. Elle monologue pendant presque tout le film en s'adressant à un de ces gastéropodes qu'elle a appelé Sylvia. L'autre personne dont elle est proche est Pinky, une vieille dame excentrique (avec de grandes lunettes rouges) très attachante qui a mené une vie trépidante. Grace et Gilbert ne cesseront de s'écrire pendant leur séparation. Comme Mary et Max, ce n'est pas un film pour les jeunes enfants. Il faut noter le travail sur les couleurs, les objets entourant Grace. Déjà, le générique du début est un film en soi. L'ensemble dégage de la tristesse mais aussi de l'espoir pour les laissés-pour-compte, les sans-grades. Je vous conseille vraiment d'aller voir ce film. Lire la chronique de Selenie (moins convaincue).
Avec La chambre d'à côté, Pedro Almodovar vient de réaliser son deuxième film en langue anglaise et ça lui a réussi. Il faut dire qu'il a réuni deux très bonnes actrices, Tilda Swinton et Julianne Moore. J'ai aussi apprécié de revoir John Turturro. Ingrid (Julianne Moore) et Martha (Tilda Swinton) renouent après des années de séparation. Elles s'étaient connues en travaillant dans un magazine. Ingrid apprend que Martha a un grave cancer et qu'elle suit un traitement lourd. Martha se remémore sa jeunesse quand elle était tombée amoureuse d'un garçon qui, parti pendant un an au Vietnam, ne s'en est jamais remis. Elle narre le fait que la fille qu'elle a eue est en froid avec elle. On ne saura pas grand-chose de la vie d'Ingrid. Martha, ayant décidé d'arrêter de souffrir et de subir de lourds traitements, demande à Ingrid de l'accompagner dans une maison à deux heures de voiture de New York. Elles y attendront sa fin de vie, de la date de laquelle elle décidera. Je vous laisse découvrir les modalités. Résumer comme cela, on peut s'attendre à un film pesant avec du pathos. Et bien pas du tout, Pedro Almodovar, étant le réalisateur qu'il est, donne une certaine légèreté à l'histoire avec des pauses comme le dialogue entre Damian (John Turturro) ou les séances en salle de fitness. Il y a, comme d'habitude, un superbe travail sur les décors et les couleurs chaudes, et les deux actrices sont subtiles dans leur interprétation. Un beau film que je conseille.
Au tout début de cette année 2025, je suis allée voir deux films d'animation intéressants, mais quand je suis sortie de chacune des deux projections, mon moral était au plus bas.
Le premier, Flow, d'un jeune réalisateur letton, peut se définir comme un film survivaliste sans paroles. Flow, un petit chat noir, va tenter de survivre dans un monde envahi par les eaux où toute humanité semble avoir disparu. Il se retrouve sur un bateau à voile en compagnie d'un labrador sympathique, d'un capybara (un genre de gros rongeur), d'un grand oiseau (un messager sagittaire) et d'un lémurien. Ils vont naviguer au gré du courant entre de la végétation et des bâtiments. Malgré leurs différences, ces animaux vont s'entraider. Flow n'hésite même plus à sauter à l'eau pour attraper des poissons. J'ai trouvé le film empreint d'une grande tristesse, et son ton m'a chamboulée. Le film vient de recevoir le Golden Globe du meilleur film d'animation aux Etats-Unis début janvier 2025. Lire les billets de Pascale, Selenie.
Je passe à La plus précieuse des marchandises de Michel Hazanavicius, qui est très différent dans le style, mais l'histoire n'est vraiment pas gaie non plus. Elle évoque la deuxième guerre mondiale et la Shoah, certainement en Pologne, pas loin de camps d'extermination, dans les années 40. Le narrateur est le regretté Jean-Louis Trintignant, qui raconte l'histoire d'un pauvre bûcheron et d'une pauvre bûcheronne qui vont recueillir une petite fille encore bébé, jetée par son père d'un train en route pour la mort. Il s'agit d'une adaptation d'un roman du dramaturge Jean-Claude Grumberg. Le film est rythmé par le passage des trains et des arbres qu'on abat. Grâce à un voisin à la gueule cassée et à sa chèvre, la petite fille est nourrie. Il y a des moments joyeux mais d'autres beaucoup moins. La plupart du temps, cela se passe dans un paysage désolé et neigeux. Il y a un long passage sur le tragique destin des déportés dans les camps avant leur libération. La fin délivre une note d'espérance, mais elle est ténue. J'ai trouvé l'animation réussie. Mais je ne suis pas sortie guillerette de la projection. Lire les billets de Miriam, Pascale, Selenie.
Acte manqué? Quand j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) voulu revoir le film que je présente aujourd'hui, afin de terminer le billet que je projetais de longue date pour ces "dix ans" écoulés depuis le massacre de Charlie Hebdo du 7 janvier 2015, je me suis aperçu, dimanche dernier, que je n'arrivais pas à remettre la main sur le DVD! Il m'a donc fallu attendre de l'avoir déniché d'occasion pour parachever mon billet.
En cette journée de commémoration, je suppose que chacun a préparé l'événement depuis des mois, en pesant soigneusement ses mots. Pour ma part, ce film, je l'ai vu et revu. À l'époque de sa sortie, il pouvait encore prêter à l'optimisme: il date de 2008, soit 7 ans avant...
Daniel Leconte, C'est dur d'être aimé par des cons, 2008, 1 h 42
Bien sûr, je revois ce film en sachant ce qui a eu lieu 8 ans après le procès (c'était déjà le cas lors de ma première vision, largement postérieure à 2015). Il s'agit d'un documentaire sur le "procès des caricatures". Il commence bien entendu par égrener le rappel des faits (qui ont été rappelés par Richard Malka, l'avocat de Charlie, dans ses ouvrages): l'assassinat par un islamiste de Theo Van Gogh en novembre 2004; la publication de 12 "caricatures de Mahomet" sélectionnées après appel à concours par le journal danois Jyllands-Posten en septembre 2005; la tromperie réalisée par des imams danois en diffusant dans les pays musulmans ces caricatures augmentées d'images rajoutées sciemment aux 12 initiales dans le but d'attiser la haine. La publication par France Soir, la décision de L'Express (sous la responsabilité de Denis Jembar) et de Charlie de publier une nouvelle fois ces caricatures, en février 2006. Enfin, le sujet du film: le procès intenté par la Mosquée de Paris à Charlie Hebdo (et à Charlie seul: ni à France Soir ni à L'Express), visant deux des caricatures danoises ainsi que la couverture de Charlie Hebdo avec le dessin de Cabu.
Le documentaire contractualise le déroulement du procès en filmant la rédaction en réunion, au restaurant, en déplacement... Le procès proprement dit commence le 7 février 2007 (oui, cela fera 18 ans dans un mois!). Val (alors Directeur de la publication) court de journal télévisé en intervention à la radio (lors de l'une d'elles, il est évoqué que ce procès se tient avec l'aval au moins tacite de l'Elysée, où Jacques Chirac acheait son second mandat, à l'époque).
Daniel Leconte n'a pu bien entendu filmer les audiences elles-mêmes. Mais il filme souvent la "salle des pas-perdus" et les échanges (?) qui s'y déroulent. Caroline Fourest est très présente à l'écran. Le film alterne entre les images "captées sur le vif" et des entretiens réalisés a posteriori sur fond noir, avec des membres de l'équipe (Val est omniprésent), les avocats de Charlie, des témoins, ceux des parties adverses (Francis Szpiner entre autres), la procureur(e) de la République, qui sont amenés à répéter, à commenter, ce qu'ils ont déclaré.
Je retiens, quand il est question du procès en conférence de rédaction, Cabu disant (vers la 16e minute) "L'humour est complètement évacué chez les Talibans, tu ne dois pas plaisanter... j'avais lu un truc là-dessus". Ou Riss disant qu'on peut rire pour de multiples raisons, positives ou négatives (insulter ou intégrer...). En ce qui le concerne, "ça peut vous paraître étonnant mais je riais pour dire aux Musulmans: vous faites partie de la démocratie française".
On rigole à la noria des différentes parties pour se rendre aux (mêmes?) toilettes lors des interruptions de séance (36e minute). Parmi les personnes qui témoignent à portée de micro dans le palais de justice, il y en a certaines que je trouve... pénibles. On sent que des "militants" se sont mobilisés pour venir, non pas débattre, mais marteler un argument unique avec ce que je considère comme une pensée pauvre. Il y a, devant les micros tendus par la presse dans la salle des pas-perdus, quelques grands moments, comme le témoignage d'Elisabeth Badinter disant qu'elle espère que, surtout, la justice ne donnera pas tort à Charlie Hebdo, parce qu'alors on aurait tellement peur qu'on ne pourrait plus rien dire... Elle est admirative du courage des journalistes, en disant "on sait tous ce qui pourrait arriver maintenant, ce ne sont pas des fantasmes...".
Dans sa plaidoirie, Richard Melka a réussi à faire rire toute la salle d'audience avec l'argument: "c'est l'égalité de traitement avec les autres religions que vous voulez pour l'islam? Donc, vous voulez qu"il soit traité ainsi? (et d'exhiber d'innombrables dessins anti catholiques, antichrétiens...)? Voyons du côté du bouddhisme. Vous voulez ceci? Peut-être Charlie est-il boudhophobe?... Et les Sikhs... etc." (ces dessins ne sont pas montrés à l'écran. Mais il n'est que de parcourir des recueils de dessins des différents dessinateurs ayant oeuvré à Charlie à l'époque pour voir desquels il pouvait être question).
Le verdict est rendu le 22 mars 2007, relaxant Charlie Hebdo. L'insert final informe que le verdict a été confirmé après l'appel interjeté par l'UOIF et la ligue islamique mondiale, avec ce commentaire de la cour d'appel de Paris le 12 mars 2008: "les caricatures poursuivies comme toutes celles qui figurent dans ce numéro de l'hebdomadaire ont, par leur publication, participé au débat d'intérêt général sur la liberté d'expression."
PS2 (du 16 janvier 2024): Charlie Hebdo N°1695 du 15 janvier 2025 signale en p.3 le petit film (7 mn 43) produit par l'association Dessinez Créez Liberté: Tout ça pour ça. L'histoire du dessin de Cabu publié le 8 février 2006. On peut le découvrir sur le site cabu-officiel.com.
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Dix ans se sont désormais écoulés depuis le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015.
Pour ma part, j'avais rédigé "à chaud" quelques billets en réaction à l'événement dès début 2015, tout en en commençant un certain nombre sans parvenir ensuite à les finaliser... Après le 7 janvier 2017 (deux ans après), j'ai enfin trouvé ma formule actuelle. J'ai décidé que je publierai désormais un billet tous les mois (le 7 de chaque mois), en lien plus ou moins proche ou lointain avec Charlie Hebdo, ses morts et ses vivants, et je m'y suis tenu depuis. J'en suis désormais à 107 billets, auxquels on peut ajouter les deux billets "Je suis Charlie" de dasola.
Dans mon billet du 7 janvier 2020 (il y a 5 ans), j'avais recensé ceux (49) parus à cette date. J'adopte la même logique pour ceux (60, exactement) que j'ai rédigés et publiés depuis: vous en trouverez ci-dessous un classement par collaborateur de Charlie concerné, eux-mêmes étant regroupés sous différentes rubriques.
== Ceux qui ont (heureusement) survécu == Fabrice Nicolino[blessé] Qui a tué l'écologie? (7 février 2021) Bidoche (7 novembre 2022)
Fabrice Nicolino & Catherine Meurisse : Ma tata Thérèse (7 décembre 2023)
== Autres collaborateurs de Charlie Hebdo [passés, présents, ...] == Catherine [Meurisse] Les grands espaces (7 août 2021) Scènes de la vie hormonale (7 septembre 2024) cf. Fabrice Nicolino
Je voudrais signaler que j'ai bien entendu acheté le numéro spécial publié par Charlie Hebdo (mais ne l'ai pas encore lu. J'aurai vraisemblablement l'occasion d'en reparler un prochain mois.
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Pour finir, je souhaite citer ce que j'avais relevé dans la Lettre N° 90 - janvier 2024 du Souvenir Français (créé en 1887 pour entretenir le souvenir des combattants - ceux de la guerre de 1870, à l'époque?) concernant les commémorations (la mise en gras est de moi):
"Les commémorations décennales jouent un rôle essentiel dans la vie commémorative française. Il en a été ainsi en particulier pour le bicentenaire de la Révolution en 1989 et le centenaire de la Première Guerre mondiale (2014-2018).
(...) Mais tous ces anniversaires décennaux n’ont pas le même « poids commémoratif ». En fonction de l’allongement de la vie, trois sont essentiels :
- Les 40ème anniversaires : c’est le moment où l’on peut rassembler le plus grand nombre d’acteurs d’une page d’histoire, dont une majorité ont atteint la retraite.
- Les 70ème anniversaires : c’est le moment où les derniers acteurs, ceux qui étaient jeunes au moment des faits peuvent encore témoigner d’avoir participé à l’événement commémoré.
- Les 80ème anniversaires enfin : c’est le moment où les acteurs cèdent la place aux derniers témoins, ceux « qui ont vu se dérouler l’événement ».
À partir du 90ème anniversaire, la place est cédée intégralement aux historiens, aux descendants et aux nouveaux acteurs mémoriels.
J'ai vu ce film en avant-première le 29 décembre dernier. Un ours dans le Jura est sorti le 1er janvier 2025 et j'espère qu'il rencontrera du succès. J'avais été attirée par la bande-annonce très amusante. C'est une comédie noire avec au bout du compte huit ou neuf morts. On apprend qu'il y a en effet un ours dans le Jura qui sème la panique et la mort sans l'avoir vraiment fait exprès. L'histoire se passe entre un 20 et un 27 décembre d'une année. Michel (Franck Dubosc), un pépiniériste spécialisé dans la vente de sapins, écoute Marie Laforêt dans son pick-up quand tout à coup, il croise la route d'un ours qui vient de semer la panique parmi un groupe de clandestins. Michel fait une embardée et percute une voiture à l'arrêt. Un couple meurt : une femme et un homme. Ce dernier est empalé sur une branche. En parallèle, le chef du groupe des clandestins (des "mules" qui transportent des boules de drogue) tombe dans un ravin. Michel est paniqué et le soir il révèle tout à sa femme Cathy (Laure Calamy, très bien). Ce couple mène une vie routinière sans passion, ils sont criblés de dettes et ils ont un garçon surnommé Doudou, mutique et un peu bizarre. Dans la voiture percutée, en plus des cadavres, Cathy et Michel trouvent un sac avec beaucoup d'argent. La police s'en mêle avec le gendarme divorcé plein d'humanité Benoit Poelvoorde (un de ses meilleurs rôles) et ses collègues Florence et Samy. Le film enchaîne des péripéties sans temps mort avec l'intervention d'un prêtre, d'un "parrain" mexicain et de son neveu, de la tenancière d'un club libertin et d'une juge d'instruction. Un très bon film français pour débuter l'année. Lire les billets de Pascale, Selenie et Henri Golant.
Cette année 2024 fut riche en films divers et variés. J'ai passé une très bonne année cinématographique. Voici 20 films qui m'ont plu et que je recommande (dont 7 films français).
Les graines du figuier sauvage de Mohamad Rasulof : pour moi, le film de l'année. L'histoire de Souleymanede Boris Lojkine : bouleversant. En fanfare d'Emmanuel Courcol : pour faire plaisir à Pascale (sinon elle ne va plus me causer). Anora de Sean Baker : pour Youri Borissof. Chroniques de Téhéran d'Ali Asgari et Alireza Khatami : ce film composé de 9 saynètes en dit beaucoup sur l'Iran d'aujourd'hui. Santoshde Sandhya Suri : un film sur la violence faite aux femmes et la corruption en Inde. Borgode Stéphane Demoustier : Hafsia Herzi est étonnante. Conclave d'Edward Berger : un très bon huis-clos au Vatican. Juré n°2 de Clint Eastwood : pas le meilleur d'Eastwood mais un très grand film. L'affaire Nevenka d'Iclar Bollain : pour l'histoire et l'actrice principale qui m'a bluffée. Le moine et le fusilde Pawo Choyning Dorji : une comédie venue du Bhoutan qui fait du bien. Une part manquantede Guillaume Senez : Romain Duris est sensationnel dans le rôle du père qui veut récupérer sa fille au Japon. Le comte de Monte Cristo de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière : déjà un classique. La ferme des Bertrand de Gilles Perret : un documentaire. émouvant sur quatre générations de fermiers au pays du reblochon. Inchallah un fils de Amjad Al Rasheed : l'actrice principale crève l'écran. Nuit noire en Anatolie d'Öskan Alper : film terrible sur comment sont maltraités les homosexuels en Turquie. Daaaaaali! de Quentin Dupieux : très amusant, Edouard Baer, un des Dali est irrésistible. Les lueurs d'Adend'Amr Gamal : donne l'occasion de voir la ville d'Aden. Gloria! de Margherita Vicario : film en costume avec un traitement original du sujet. Tatami de Guy Nattiv et Zar Amir : un très beau film éminemment politique en noir et blanc.
J'en profite pour vous souhaiter une très bonne année 2025 avec surtout une bonne santé.
PS de ta d loi du cine: même si dasola publie son palmarès en ce premier jour de l'année 2025, rien ne m'interdit de rajouter une petite image réalisée à partir de peintures éphémères collectées fin 2023 dans le XVIIIe arrdt de Paris...
Avant la fin de l'année 2024, je voulais chroniquer trois films vus cette année mais à propos desquels je n'ai pas écrit de billet.
Je commence par Heretic réalisé par Scott Beck et Bryan Woods. Il s'agit d'un film d'horreur très réussi grâce à un scénario très malin et bien écrit qui sort des sentiers battus, grâce aussi aux trois acteurs principaux dont Hugh Grant (Mr Reed), qui change totalement de registre dans le rôle d'un psychopathe persécutant des personnes prêchant la (bonne) parole de Dieu. Dans le film, ce sont deux jeunes mormones qui en font les frais. Elles sont venues prêcher la bonne parole, mal leur en prend. C'est un vrai huis-clos dans une maison d'apparence banale avec des petites fenêtre et un papier peint beigeasse sur les murs mais qui recèle des pièces cachées. Les deux jeunes femmes vivent un cauchemar à cause d'une question importante que pose Mr Reed: croire ou ne pas croire. Hugh Grant fait vraiment peur. Je ne dirai rien de plus. Un très bon film de genre avec quelques moments gore. Lire les billets de cadebordedepotins et Selenie.
Je passe à Gladiator II de Ridley Scott qui est une suite de Gladiator, 25 ans après. C'est plutôt un remake du premier qu'autre chose, mais avec des "gentils" et des "méchants" différents. 16 ans après les événements du premier Gladiator, on fait la connaissance de Lucius Verus alias Hanno (Paul Mescal) qui, prisonnier de guerre, devient gladiateur (comme son père Maximus. Il doit affronter deux empereurs (Caracalla et Geta) au lieu d'un (Commode) et un marchand d'esclaves (Denzel Washington, dans un personnage inattendu). Il y a des combats dans le Colisée avec des singes très méchants et des requins tueurs. Comme son père Maximus, Lucius est un leader-né. C'est peut-être nettement moins bien que le premier Gladiator mais personnellement, j'ai passé un bon moment même si la vérité historique est absente mais ce n'est pas grave puisque tout le monde (ou presque) l'ignore. Lire les billets de Pascale, Henri Golant et Selenie.
Je termine avec Anora de Sean Baker, Palme d'or au festival de Cannes 2024. J'ai longtemps hésité à aller le voir car je n'avais pas été convaincue par la bande-annonce survoltée. Je reconnais que j'ai été agréablement surprise par ce film au rythme trépidant dans lequel Anora (Ani), une jeune strip-teaseuse, tombe amoureuse d'Ivan (Vanya), le fils d'un oligarque russe. Tout se passe dans un des quartiers russophones de Brooklyn. En une semaine, Ani et Vanya vont vivre une relation intense qui se termine par un mariage à Las Vegas et un diamant de quatre carats comme bague de mariage. Apprenant cela, les parents de Vanya, en route pour les Etats-Unis, demandent à Toros (le parrain de Vanya) de retrouver leur fils qui vient de s'enfuir de la demeure où il résidait en laissant Anora de débrouiller toute seule. C'est là que le film change de registre. Le film devient une comédie avec une course poursuite entre Vanya et quatre personnes: Toros et deux acolytes et Ani. Des deux acolytes de Toros, j'ai été charmée une fois de plus par Youri Borissov qui interprète Igor. J'avais découvert ce jeune acteur au crâne rasé mais aux beaux yeux dans Compartiment n°6 et Le capitaine Volkogonov s'est échappé (deux films recommandables). Dans Anora, il est touchant. En tout cas, vous pouvez aller voir le film s'il se donne encore. Lire les billets de Pascale, Selenie, Princecranoir et Anne.
Sarah Bernhardt, La Divine de Guillaume Nicloux vaut la peine d'être vu pour les décors, les costumes et surtout l'interprétation légère et malgré tout inspirée de Sandrine Kiberlain qui est de tous les plans. Elle est merveilleuse dans le rôle de Sarah Bernhardt. On la découvre en 1915, huit ans avant sa mort, sur un lit d'hôpital, on doit lui couper la jambe droite. Vingt plus tôt en 1896, on assiste à une grande journée "Sarah Bernhardt" où sont réunis le Tout-Paris et encore dix ans plus tôt, en 1886, Sarah est en pleine idylle avec Lucien Guitry (le père de Sacha). Leur relation souvent houleuse durera jusqu'à la mort de Sarah Bernhardt en 1923. Le film, qui est court, se voit avec beaucoup d'intérêt même si on a du mal à évaluer le talent de l'actrice considérée comme un trésor national par Georges Clémenceau. Sarah a côtoyé Edmond Rostand, Reynaldo Hahn, Emile Zola et beaucoup d'autres. Elle avait un fils, Maurice, qu'elle a choyé. Dépensier et n'ayant aucun sens des affaires, Maurice a pas mal profité de sa mère. Sarah était une femme libre qui a aimé une autre femme et elle fut Dreyfusarde. Le film n'est pas un film à la gloire de l'actrice mais on sent une admiration certaine de la part du réalisateur. Et je le répète, Sandrine Kiberlain est vraiment très bien. On sent qu'elle a eu beaucoup de plaisir à jouer le rôle. En cette fin d'année, allez le voir.
PS: Selenie a aussi publié un billet dessus ce 20 décembre et Pascale le 22 décembre.
Vingt dieux, le premier film de Louise Courvoisier est porté aux nues par beaucoup de critiques et je ne comprends pas pourquoi. Je l'ai vu en avant-première, un dimanche soir dans une salle assez pleine. Je m'attendais à un film qui parlait du comté (le fromage), de sa fabrication, qu'il y ait une vraie intrigue. Cela se passe dans le Jura, on y voit des vaches laitières, du lait, un grand chaudron et puis pas grand-chose. C'est l'histoire de Totone (tout juste 18 ans) et de sa petite soeur, qui viennent de perdre leur père victime d'un accident de la route. Ce dernier était complètement "bourré" en reprenant la route. Le frère et la soeur, sans famille pour s'occuper d'eux, sont désormais seuls au monde et sans aide. Totone décide de travailler dans une fabrique de comté. Cette fabrique familiale est réputée pour la qualité et le goût du fromage fabriqué grâce au lait de la ferme tenue par une jeune femme. Cette dernière apprend la vie à Totone. Et Totone apprend que tous les ans, lors d'un concours, le meilleur comté en meule peut rapporter 30 000 euros. Je vous passe les quelques péripéties qui émaillent le film et le film est entièrement joué par des non-professionnels. Mais l'engouement pour ce film m'échappe et je n'ai pas appris grand-chose sur la fabrication du comté. À vous de juger.
Sorti cette semaine, Conclave d'Edward Berger (d'après un roman de Robert Harris) se passe dans l'enceinte du Vatican. Le pape vient de mourir d'une crise cardiaque. Trois semaines plus tard, un conclave se prépare pour élire un nouveau pape. Thomas Lawrence (Ralph Fiennes, très bien), un cardinal, est chargé de l'organisation de ce conclave. C'est un vrai huis-clos où parmi six cardinaux dont Lawrence, l'un d'entre eux pourrait devenir le futur pape. L'un des six est un cardinal (qui fut nommé à Bagdad et à Kaboul!!) que personne ne connaît mais qui été coopté par le pape défunt. Pendant les trois jours que dure le conclave, l'ambiance est tendue, les coups fourrés ne manquent pas. Au cours de votes, les résultats sont très variables selon les révélations mises au jour. Il y a du suspense même si personnellement, j'avais deviné la personnalité d'un des protagonistes. Pendant deux heures, on est captivé en se demandant ce qui va se passer. Tous les acteurs sont vraiment excellents. Un très bon film que je recommande. Pascale a beaucoup aimé et Selenie aussi.
Suite aux conseils avisés de Pascale et d'une collègue, mon ami Ta d loi du cine et moi-même sommes allés voir En fanfare d'Emmanuel Courcol. Nous avons eu tous les deux une larme à l'oeil à la fin du film. Thibaut Désormeaux (Benjamin Lavernhe, très bien), un grand chef d'orchestre de renommée internationale fait la connaissance de son frère qu'il ne connaissait pas. Ce frère qui s'appelle Jimmy (Pierre Lottin, très touchant) travaille dans une cantine et joue du trombone dans une fanfare amateur à Walincourt, une ville du nord de la France. Tout les sépare, en particulier le milieu social mais une chose va les rapprocher très vite, leur passion pour la musique : classique, jazz ou variétés. Jimmy se met à rêver d'intégrer un grand orchestre. Thibaut l'encourage à diriger la fanfare. Tout est un peu compliqué car le maire de la ville préfère privilégier la musique et la danse country plutôt que la fanfare qui s'est fait mal voir lors d'un concours à Hazebrouck. Par ailleurs, les musiciens de la fanfare sont en train de perdre leur emploi suite à la fermeture de leur usine. Ce film se termine par un Boléro de Ravel chanté accompagné par un orchestre professionnel, qui ne peut qu'émouvoir. Nous recommandons chaudement (de toute façon, j'ai intérêt car sinon Pascale [qui en avait parlé ici et là] va nous récuser à vie). Et je confirme qu'il y a eu quelques applaudissements à la fin. Lire aussi les billets de Martin K et Anne.
Sinon, comme mauvaise nouvelle du jour, j'ai appris la disparition de l'acteur Niels Arestrup à 75 ans et c'est bien triste car c'était un grand acteur au cinéma et au théâtre.
Voici un film dont j'ai trouvé l'histoire déchirante. Jérôme (Jay) vit au Japon depuis longtemps et cela fait 9 ans qu'il recherche sa fille Lily, qu'il a eu avec une Japonaise appelée Keiko qui l'a quitté (en emmenant Lily) sans qu'il ait eu son mot à dire. La garde alternée n'existe pas. Et c'est pourquoi Il est encore marié, car sinon il perdrait son droit parental, et il paye quand même une pension alimentaire. La famille de Keiko empêche Jérôme de voir sa fille. Ils ont tourné une page. Ils considèrent que Lily a oublié son père. Après avoir été cuistot, Jay est devenu chauffeur de taxi, il parle japonais couramment et il connaît les rues de Tokyo comme sa poche. Cela lui a permis de chercher partout dans la mégapole, jusqu'au jour où il emmène une jeune fille en taxi jusqu'à son collège. Il est sûr que c'est sa fille Lily. Romain Duris est exceptionnel dans le rôle de Jay. Quand il a l'occasion de côtoyer Lily même brièvement, Jay est enfin heureux après si longtemps. Il renonce même temporairement au projet de revenir en France où son père aimant l'attend. La fin est bouleversante mais on perçoit de l'espoir avec le lien créé. Un film qui est à l'affiche depuis deux semaines dans peu de salles, et qui ne se donne malheureusement presque plus. Lire le billet de Pascale.
Trois amies d'Emmanuel Mouret est un film plein de délicatesse sur les amours de trois amies, professeures toutes les trois. L'histoire se passe dans la ville de Lyon, très bien filmée. Joan (India Haïr), professeur d'anglais, se rend compte qu'elle n'est plus amoureuse de son mari Victor (Vincent Macaigne, très émouvant). Ils ont une petite fille ensemble. Victor, qui est le narrateur de l'histoire, disparaît tragiquement et Joan est inconsolable. Ses amies Alice et Rebecca essayent de la consoler mais rien n'y fait. Alice n'éprouve aucune passion pour son compagnon Eric, mais elle est quand même heureuse, sans savoir qu'Eric a une liaison avec Rebecca. On suit l'histoire de ces trois femmes avec leurs mensonges, les non-dits. Cela pourrait faire penser à du Alfred de Musset ou du Marivaux. C'est bien écrit et bien joué. Il y a de la belle musique classique. Personnellement, à part Vincent Macaigne, je n'ai pas été touchée par ce film. Je suis restée en dehors. Dommage pour moi. Lire le billet de Pascale qui a mis 4*.
Je passe à Louise Violet d'Eric Besnard qui raconte l'histoire d'une jeune institutrice en 1889, venue de Paris et mutée dans un village français reculé où les enfants travaillent aux champs avec leurs parents. Et pourtant, depuis 1882, l'école est devenue laïque et obligatoire pour les enfants de 6 ans jusqu'à 14 ans. Louise (Alexandra Lamy, convaincante dans son rôle), dont on va apprendre le lourd passé tragique, a beaucoup de difficultés à se faire accepter malgré l'aide du maire (Grégory Gadebois, toujours très bien) et du postier (Jérôme Kircher), qui lit les lettres qu'on lui confie. Grâce à un accouchement pour lequel elle apporte son aide, Louise apprivoise les villageois et elle se retrouve avec une dizaine d'élèves, garçons et filles, même s'il y a quelques réfractaires parmi les parents. Un film qui m'a plu grâce à une histoire sans vraiment de surprises mais qui tient la route. Dommage que, deux semaines après sa sortie, il ne se donne presque plus en salle à région parisienne. Lire le billet de Selenie.
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