Sorti en 1973, deuxième et dernier film de Jacques Brel, Le Far West a été un échec public et a reçu un accueil critique très mitigé. Plus de trente ans après, ce film est certes déroutant mais vaut la peine d'être vu. J'ai assisté à une projection, accompagnée de mon ami, à la Fondation Jacques Brel à Bruxelles. Jacques Brel, également scénariste du film, joue le rôle principal, Jack. Quelque part en Belgique, déguisé en cow-boy, Jack rencontre Gabriel incarnant Davy Crockett. D'autres personnages, dont une jeune femme métisse en fauteuil roulant, se joignent au duo. Ils partent à la conquête d'un Far West qui appartient à leur imaginaire depuis l'enfance. Entretemps, on apprend que grâce à un fakir, Jack a hérité d'un pouvoir exceptionnel. Dès qu'il s'appuie contre un mur ou toute autre construction en brique, ça s'écroule. Le groupe trouve leur Far West sur l'emplacement d'un ensemble industriel désaffecté au mileu de nulle part. Des "Indiens" (des bourgeois?) veulent les déloger, sans succès. Et Gabriel trouvera de l'or. Jack voulant remettre ce trésor au chef d'Etat, on ne le prend pas au sérieux et la réalité les rattrape, lui et ses compagnons. Ils le paieront de leur vie comme à Fort Alamo et le pouvoir de Jack ne lui servira pas à grand-chose. On peut reconnaître, parmi les seconds rôles, les participations amicales de Michel Piccoli, Juliette Greco, Lino Ventura et Claude Lelouch. Jacques Brel chante Enfance dans le film. Je comprends l'histoire comme une parabole sur la fin de l'enfance. Dans Le Far West, le personnage principal a 40 ans. Dans une interview, Brel dit qu"'à 40 ans, l'enfance fout le camp". Quand le film est sorti, lui-même n'avait plus que 5 ans à vivre.