Je suis contente d'avoir traversé tout Paris et être allée jusqu'à Pantin, dans la salle Jacques Brel où se donnait, pour une unique représentation, une adaptation de La douleur de Marguerite Duras, mise en scène par Patrice Chéreau qui dirige une de ses actrices fétiches, Dominique Blanc. Ce spectacle est en tournée en France jusqu'à fin avril 2009 et en Europe, et cela se joue à guichets fermés chaque fois. Je ne peux que saluer l'interprétation magnifique de Dominique Blanc, seule en scène dans un décor réduit à sa plus simple expression: une table, quelques chaises, pas grand-chose d'autre. Le placement étant libre, on nous a donné comme consigne d'éteindre les portables avant de rentrer dans la salle et de nous installer le plus rapidement possible, car Dominique Blanc était déjà sur la scène dans l'obscurité. Elle nous attendait, assise, dos au public. La pièce dure 1h20, et dès le début, Dominique Blanc se met à parler avec sa voix caractéristique; elle est maintenant de profil face à la table. Elle vide son sac (au sens propre et figuré). Le texte est limpide. La douleur (publié en Folio Gallimard) est un récit autobiographique, et n'est donc pas une pièce de théâtre. Mais avec cette actrice et ce metteur en scène, tout est possible pour notre plus grand plaisir. En avril 1945, la capitulation de l'Allemagne est proche, les premiers déportés reviennent et passent par l'hôtel Lutétia à Paris. Dominique Blanc interprète Marguerite Duras (et quelques autres personnages). Marguerite espère le retour de son mari Robert L (en réalité, il s'appelait Robert Anthelme), déporté à Buchenwald ou Dachau. Elle énonce quelques considérations sur la France de l'époque et sur De Gaulle. Elle nous dit que les déportés reviennent dans une quasi-indifférence. Quand Robert L revient enfin, il ne pèse plus que 38 kilos (le poids des os et des organes) pour 1m78. Cette dernière partie du spectacle est bouleversante avec la description du délabrement physique de cet homme. Il mettra presque un mois pour pouvoir manger un repas normal. La pièce se termine sur cette phrase d'espoir: "j'ai faim" dit Robert L. Il est sauvé. En revanche, le texte de La Douleur continue (voir le billet d'Aifelle). Bien entendu, Dominique Blanc a été ovationnée à la fin du spectacle.