vendredi 7 septembre 2018

Petit traité d'intolérance / Nouveau petit traité d'intolérance - Charb

Charb n'était pas seulement dessinateur, il rédigeait aussi des chroniques régulières, titrées "Charb n'aime pas les gens", dans Charlie Hebdo. En son temps, il a aussi tenu une chronique mensuelle dans Fluide Glacial, "La fatwa de l'Ayatollah Charb". Mais si les deux livres que je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) présente ce mois-ci sont sous-titré "Les fatwas de Charb", il n'y figure aucune indication de date ou de lieu de publication de chacun des textes y figurant.

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Quatrième de couv' pour l'un ou couverture pour l'autre annoncent respectivement 50 et 40 chroniques, or j'en ai compté en fait 59 et 47: ne sous-estimons donc pas Charb! Avant Librio (collection Idées), les deux titres avaient été publiées aux éditions Les Echappés (créées en 2008 par Riss pour éditer les auteurs de Charlie), en 2009 et 2014 (textes choisis par l'auteur, donc, sans doute parmi un "corpus" publié plus vaste?). Puis Librio a édité le premier Petit traité... en octobre 2012 (coll. Idées, N°1050, réédité en mai 2015), et le second en septembre 2016 (N°1216).

Toutes les chroniques du 1er volume sont précédées d'un dessin (j'en ai choisi deux pour illuster le présent billet), mais aucune de celles du second. Il s'agit de textes courts, le plus souvent sur 2 pages, sauf exception ("Mort aux bonnets de père Noël", qui en fait 3), et se terminant par la ritournelle "Je crois que vous en serez d'accord, il faut [ultime châtiment absolument horrifique]... Amen".

Dans ses chroniques percutantes, Charb témoigne d'une vision plutôt amère que rigolotte. Au premier abord, l'humoriste pourrait passer pour un abominable guide suprême intimant d'exterminer les cibles de sa vindicte, qu'il s'agisse d'objets, de personnes, de tendances ou d'idéologies. Mais je suppose qu'il avait foi en l'intelligence de ses lecteurs. Il les provoque, p.31, dans "Mort au vote utile", qui vise (à quel degré? Au premier, second, ...n ?) les "cons" qui le prônent ou le pratiquent sans réfléchir plus loin. C'est par contre comme un militant qu'on peut le pressentir dans la chronique révolutionnaire titrée Mort à "On lâche rien" (p.49 dans le Nouveau...): "On lâche rien!" me fout le moral à zéro. C'est "On conquiert tout" qu'il faut gueuler! (...) "On lâche rien" est un slogan qui fait totalement l'impasse sur ce qu'on a déjà lâché. C'est un slogan qui entérine le fait que, ce qu'on a perdu, on ne le retrouvera jamais. 

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Voici quelques citation choisies. Je commence par un extrait de "Mort aux lecteurs de journaux gratuits" (p.21 du 1er opus): "Faut pas laisser perdre! On serait bien con de ne pas profiter de ce qui est gratuit, même si on n'en a pas besoin. On distribuerait des coups de pied au cul à l'entrée du métro qu'ils en réclameraient tous plusieurs s'ils ont la certitude que c'est gratuit." Ou, p.63, dans "Mort aux binoclards « Tendance »": "Evidemment, le marché ne s'est pas adapté à la demande, comme trop de gens le croient encore, les gens ne demandent rien. Le seul talent du marché consiste à faire croire aux consommateurs que ce sont eux qui ont désiré les produits qu'on leur impose. Vous imaginez l'humanité se lever un jour en hurlant d'une seule voix "On veut des lunettes rectangulaires"?

Bon, il faut que j'en laisse à découvrir. P.87 du Petit..., la totalité de la chronique "Mort à la business class" vaudrait à mon avis son pesant de caviar phantasmé.

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C'est vrai que c'est difficile de choisir, mais dans "Mort aux concepteurs de portables" p.89, à propos de la multitude de fonctionnalités proposées par les [téléphones] portables sans permettre cependant les cédilles ou les accents circonflexes, je relèverais la phrase profonde: "On nous offre le futile pour nous confisquer l'essentiel".

Pour ma part, je regrette un peu l'absence de toutes autres informations que les textes eux-mêmes. Du coup, il manque les dates des chroniques, le contexte... ("les années Hollande", pour l'une d'elles [p.68 du Nouveau petit traité...], indique juste qu'on est entre mai 2012 et la date de 1ère publication, en 2014). Je me demande ce que les historiens de 2075 trouveront comme informations sur la vie quotidienne en France au début du XXe siècle dans ces opuscules. J'espère en tout cas qu'ils auront conservé la capacité d'en rire. Sur les blogs, Keisha avait parlé du Traité... en 2014, Virginie dès 2013, Petite noisette après l'attentat en 2015.

Et si je devais vraiment retenir une seule chronique sur plus de 100? Je pense que ce serait celle p.71 (Nouveau...): "Mort aux dévots incroyants". Au final, je placerais bien ce texte, en termes opératoires, à peu près au niveau du "Pari" de Pascal. Mais l'ensemble est à lire, et chacun pourra y piocher ce qui lui parlera personnellement.

Je crois que vous en serez d'accord, à partir de cette rentrée 2018, il faut introduire des morceaux choisis (par roulement) de ces Traités d'intolérance au programme du collège et du lycée. Amen.

*** Je suis Charlie ***

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mercredi 5 septembre 2018

Route 62 - Ivy Pochoda

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Parmi les romans reçus dans le cadre du prix du roman Fnac 2018, Route 62 d'Ivy Pochoda (Edition Liana Levi, 350 pages) m'a plu. Ce roman sort demain 6 septembre 2018, et Ivy Pochoda est invitée au Festival America à Vincennes fin septembre. Elle situe son histoire en 2006 et 2010, dans le désert Mojave, et à Las Vegas, Palm Spring, là où passe la route 62 pour aboutir à Los Angeles. Dans un prologue qui se déroule en 2010 à Los Angeles, un homme court nu le long des voies "rapides" très embouteillées. Tony, un automobiliste, décide de le suivre en sortant de sa voiture et il se met à courir derrière lui. On saura bien plus tard qui est le coureur. Le récit fait se croiser le destin de plusieurs personnages dont Tony, un avocat ; Britt, une joueuse de tennis qui trouve refuge dans une ferme d'élevage de poulets dirigé par Patrick, un "gourou" qui est aussi le père de jumeaux (Owen et James); Blake et Sam, un duo de gangsters en cavale pour un meurtre involontaire; Ren, un jeune noir tout juste libéré de prison, à la recherche de sa mère Laïla, droguée et gravement malade, laquellei vit dehors dans le "downtown" de Los Angeles. Sam va mourir et Blake va chercher à se venger en continuant sa route. Ren retrouve sa mère. Aucun de ces personnages n'est "remarquable", mais on s'intéresse très vite à ce qui leur arrive pendant les quatre ans du récit. A la fin, les chemins de chacun d'eux se croisent de manière évidente dans les rues du "downtown" de Los Angeles. Je suis assez admirative devant la construction du roman, à découvrir. C'est le deuxième roman de l'auteur.

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jeudi 30 août 2018

Les luminaires - Eleanor Catton

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Ca y est, je viens d'arriver au bout des 1230 pages (!) en édition de poche du roman Les Luminaires (Edition Folio), oeuvre d'une jeune femme écrivain née au Canada en 1985 mais qui vit en Nouvelle-Zélande. C'est d'ailleurs dans cette région du bout du monde (pour nous) qu'elle situe son intrigue en 1865 et 1866. J'ai appris que la Nouvelle-Zélande, située à 2000 km au sud-est de l'Australie, était composée de plusieurs îles dont deux principales: l'ïle du Nord et l'ïle du Sud. Et précisément, l'histoire se passe dans l'ïle du Sud à Hokitika (un territoire maori), sur la côte ouest de l'île. Le mot "luminaires" fait référence à l'astrologie et en particulier au soleil et à la lune qui étaient considérés comme des "planètes". L'intrigue tourne autour de la ruée vers l'or. En effet, j'ai aussi appris qu'on avait trouvé de l'or en Nouvelle-Zélande. Comme dans certains romans victoriens, chaque début de chapitre donne des indications sur le déroulement de l'histoire et indique quels personnages sont impliqués. D'ailleurs, en préambule du roman, Eleanor Catton liste les 20 personnages principaux du roman avec leurs profession pour 12 d'entre eux (un chercheur d'or, un courtier, un fondeur d'or, un hôtelier, un magnat, un apothicaire, un agent maritime, un journaliste, un employé de banque, un aumônier, un "digger" solitaire, un clerc de magistrat). Ces douze personnages ont leur nom inscrit sur une carte zodiacale au début de chaque partie du roman avec le soleil qui se déplace. La position des planètes joue un rôle dans ce qui leur arrive. Pour les autres personnages, deux femmes sont essentielles au déroulé de l'histoire, qui est une suite d'événements se déroulant sur un période d'un an entre le 27 avril 1865 et le 27 avril 1866. Une malle où se trouvent cinq robes dont les replis servent à dissimuler de l'or disparaît puis réapparait après le naufrage d'un bateau ; un homme prend l'identité d'un autre ; un prospecteur est amoureux d'une prostituée opiomane ; un bateau change de propriétaire ; deux Chinois s'emploient à trouver et à fondre de l'or ; un Moaori sait où trouver de la néphrite/jade ; une grande quantité d'or trouvé dans une concession est enfouie par un homme qui disparaît peu après. On peut se demander pourquoi le roman fait autant de pages. Je ne répondrai pas à cette question car je ne l'ai pas trouvé trop long. Je ne me suis pas ennuyée une minute même si somme toute, il ne se passe pas grand-chose. On perd quelques personnages en route qu'on retrouve par la suite. Le destin de certains d'entre eux est imprécis. Quand le roman se termine, je me suis dit "tout ça pour ça". Cela n'empêche pas que j'ai pris beaucoup de plaisir à cotoyer ces personnages pas tous sympathiques. Miss Catton a un très bon sens de la narration. En revanche, j'aurais à redire sur la traduction souvent maladroite avec des tournures pas très française. Un exemple? Il voyageait "par terre". C'était ma participation au Challenge du Pavé de l'été 2018 de Brize (que je remercie encore pour son initiative). Lire des billets pas toujours enthousiastes sur ce roman: Nicole, Papillon et Xelou ont aimé comme moi. Les deux autres, Hélène et Zarline, beaucoup moins.

paveete2018

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dimanche 26 août 2018

Khalil - Yasmina Khadra

Suite à mon billet dans lequel je disais que j'avais été sélectionnée pour le jury du prix du roman Fnac de cette année, voiici mon premier billet sur un des romans que j'ai reçus.

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Khalil de Yasmina Khadra (Editions Julliard, 260 pages) est le prénom du narrateur et personnage principal du roman. Khalil, âgé d'une vingtaine d'années, est un membre de l'Association caritative Solidarité Fraternelle située dans un des quartiers de Bruxelles. Autrement dit, comme trois autres frères, Khalil a décidé de terminer sa vie en kamikaze à la demande de Lyès, un émir de Molenbeek. Dans la soirée du 13 novembre 2015, Khalil, Driss (son copain d'enfance) et deux autres arrivent en voiture près de Paris, aux abords du Stade de France (cela rappelle malheureusement de tristes événements). Les massacres et les explosions ont lieu, mais pour Khalil, rien ne se passe comme prévu: sa ceinture d'explosifs ne s'est pas déclenchée. Le téléphone qui devait servir de détonateur n'a pas fonctionné. Khalil est aux abois car il devra justifier son échec, et pourquoi il est encore vivant. Il réussit à retourner en Belgique pour se cacher en particulier chez sa soeur aînée, toujours pas mariée à 40 ans, et il est aidée par sa soeur jumelle, Zahra, à laquelle il est très attachée. Se déplaçant de planque en l'autre, Khalil attend sa prochaine mission qui doit avoir lieu de l'autre côté de la Méditerranée, au Maroc. Grâce au présent de narration, le roman se lit vite. J'ai été happée par l'histoire (je l'ai lu en moins de deux jours), et, sous la plume de Yasmina Khadra, on n'arrive pas à condamner Khalil malgré ses actes. C'est à vous de juger. Voici la première phrase du roman : "Nous étions quatre kamikazes; notre mission consistait à transformer la fête au Stade de France en un deuil planétaire".

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mardi 21 août 2018

Membre du jury du prix du roman Fnac

Après une interruption d'un an, j'ai été sélectionnée en mai 2018 pour faire partie du jury du Prix du roman Fnac. Je suis adhérente de l'enseigne et j'achète des livres chez eux pour la bibliothèque loisir dont je m'occupe. Pour être sélectionnée, j'ai dû répondre à des questions comme mes goûts littéraires, mes écrivains préférés, etc.

Toujours est-il que fin mai début juin, j'ai reçu deux romans, deux semaines plus tard, un roman et une semaine après deux autres romans. J'ai préféré cette méthode d'envois séparés à un envoi groupé. J'ai eu l'impression d'avoir plus de temps pour lire. Chaque juré a reçu entre cinq et six romans parmi un choix d'une centaine de titres. Je les ai lus relativement vite et on a eu un peu plus  d'un mois pour donner avis. On saura qui est le lauréat tout début septembre.
En ce qui me concerne, je ne suis pas trop mal tombée. Sur les cinq romans, j'en ai bien aimé au moins deux, ce qui n'est pas si mal.

Voici en image les cinq romans:

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Je commence par mes deux préférés: Khalil de Yasmina Khadra (Editions Julliard), qui vient de paraître, et Route 62 d'Ivy Pochoda (Liana Levi) à paraiître le 6 septembre 2018. [Billets à venir]

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Je continue avec celui qui ne m'a pas déplu mais qui aurait dû s'intituler "Vodka" plutôt que Voyou, d'un jeune écrivain israélien Itamar Orlev (Editions du Seuil, paru le 16 août). J'ai renoncé à compter combien de fois le mot "vodka" est écrit, au moins deux ou trois fois par page. Cette boisson est bue en grande quantité par le père du narrateur du roman. J'ai par ailleurs trouvé le style du roman un peu lourd. [Billet à venir]

Et je n'oublie pas les deux derniers qui se lisent vite mais dont les histoires ne m'ont pas intéressée.

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L'évangile selon Youri de Tobie Nathan (Editions Stock, parution demain 22 août) et Reviens de Samuel Benchetrit, un roman "gentillet" (Editions Grasset, paru le 16 août) sont donc quant à eux, très dispensables.


mardi 7 août 2018

Comment rater ses vacances - Tignous et Gros

Ce mois-ci, je [ta d loi du cine, "squatter" chez dasola] (re)mets à l'honneur un album contenant des dessins de Tignous, provocateur comme souvent.

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Le dessinateur Gros écrit en préface de Comment rater ses vacances, paru en 2015 aux Editions du Chêne: "En 2014, Tignous et moi, dans Marianne (...) on a décidé de parler des vacances. Faut toujours qu'il y ait un truc qui cloche avec les vacances. On allait faire un guide pour que les gens sachent comment rater leurs vacances. ils nous remercieraient sûrement après. (...) Un an après, c'est de nouveau les vacances, mais y a plus Tignous. Faut toujours qu'il y ait un truc qui cloche avec les vacances." 

La 4ème de couv' de ce recueil de dessins à deux "crayons" parle de "plus de 150 dessins". Pour ma part, je les ai pointés, et je n'en ai trouvé que 80 de Tignous (couverture comprise) et 63 de Gros (4e de couv' comprise): le compte n'y est pas?

Je vais d'abord présenter quelques "citations" des dessins de Tignous.

P1090498 p.81 (tout est permis?) P1090499 p.108 (le permis, vous dis-je...) P1090495 p.60-61 (trois d'un seul coup d'oeil!) P1090492 p.40 (celui-là, il me parle vraiment!) P1090494 p.49 (accro...) P1090491 p.31 (provoc... et toujours d'actualité en 2018...) P1090489 p.25 (hé oui...)

Je passe maintenant à Pascal Gros, co-dessinateur, dont certains des dessins m'ont fait pleurer de rire. Je trouve que les phylactères de ses dessins expriment un humour décalé qui me fait un peu penser à du Gérard Mathieu. Collègue de Tignous à Marianne, Gros a contribué un temps à Charlie Hebdo après le massacre.

P1090481 p.16 (le Français est chauvin?) 

 P1090482 p.32-33  P1090487 p.110 P1090490 l'avion [3 fois...], y compris encore un dessin de Tignous!

P1090486 p.67 (d'actualité toujours...) P1090488 p.118 (toujours d'actualité?) P1090483 p.42

Par_deux (j'ai pas été capable de choisir entre les deux illustrations, même si j'en préfère une...)

Sur un registre plus grave, Chloé Verlhac écrit en ouverture du recueil: "Tignous aurait dédicacé ce livre à ses enfants. Parce qu'il n'aimait rien tant que les vacances avec ses enfants."

P1090496 p.69 (allez, un dernier T. pour la route, avant de déconnecter)

Comme la sortie du livre date d'il y a déjà trois ans (réédité en 2016), je n'ai guère déniché trace de billets sur des blogs. Vous trouverez cependant 4 autres dessins sur le blog Baz'Art, et un joli billet signé Guillaume Doizy sur son portail Caricatures&caricatures.

Enfin, je profite de ce billet estival pour m'expliquer sur le fait que mes photos de citations ne montrent jamais les dessins aussi beaux qu'ils sont: c'est exprès! C'est pour pousser mes lecteurs à aller feuilleter l'ouvrage original...

*** Je suis Charlie ***

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mardi 24 juillet 2018

Le démon de Gotland - Indrek Hargla

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Quand j'ai vu que le 6ème tome de la série avec l'apothicaire Melchior était paru (début juin 2018), je me suis précipitée pour acheter Le démon de Gotland (Editions Gaïa, 505 pages passionnantes). Une fois de plus, je suis partie dans le passé, en 1432 et 1433 entre Lübeck et Tallinn (autrefois appelée Réval), deux villes de la ligue hanséatiques si prospères au Moyen-Age. Presque deux après la mort de sa femme Keterlyn (une Estonienne), Melchior qui a atteint la cinquantaine ne s'est pas remarié. Les romans commencent toujours par un avant-propos qui décrit avec concision ce qui se passait à cette époque à Tallinn et dans les environs. Et cet avant-propos donne des clés sur les événements qui vont survenir dans le roman. Un incendie a ravagé une partie de la ville en 1433, le commandeur de la forteresse de Toompea part à la guerre et laisse le château à la garde de dix braves de l'ordre teutonique. C'est aussi le début de la "querelle des écoles de Tallinn" avec la rivalité entre l'évêque de la cathédrale et les dominicains. Vers 1450, les écoles populaires accueillaient aussi bien les filles que les garçons! Il est aussi fait mention de l'arrivée de l'Inquisition et de ses tribunaux en Estonie. Et à cette époque, le travail est une richesse plus que l'argent, qui est souvent prêté sans intérêt, même si l'usure se pratiquait. Enfin, concernant le mariage qui était un sacrement, la séparation n'était pas facile même s'il existait le divorce pour des cas particuliers comme la maladie mentale, la consiguinité, etc. Un divorce pouvait aussi être prononcé lorsque l'un des deux époux quittait le domicile conjugal.

Pour en venir à l'histoire, le récit alterne entre deux lieux: Lübeck en automne en 1432 et Tallinn au printemps 1433. Cet intervalle de 6 mois, c'était le temps qu'une lettre pouvait mettre pour aller entre ces deux villes par bateau qui était immobilisé à cause de la glace en hiver. Melchior, le fils de l'apothicaire (ils portent tous les deux le même prénom), est devenu un membre de la guilde des assassins de Lübeck. Il est doué pour préparer des poisons, en particulier la ciguë. Il apprend par un autre membre que son père, Melchior à Tallin, risque d'être tué, car ce dernier est connu pour pourchasser les assassins. Et justement, un tueur, le "démon de Gotland", a une mission à accomplir à Tallin. Melchior junior écrit donc à son père pour le prévenir. Sinon, Melchior est un jeune homme très amoureux d'une jeune femme appelée Lucia enfermée dans un couvent. Il cherche par tous les moyens à la rejoindre. Lucia est promise à un noble Français qu'elle n'aime pas. Quant à Melchior le père, ayant du mal à s'occuper de son officine tout seul, il accueille avec joie, Ludolf, un jeune apprenti doué d'une grande mémoire et très intelligent. Malheureusement, ce jeune garçon va être sauvagement assassiné pas loin de chez l'apothicaire d'un coup sur le crâne. Ludolf a eu le malheur de voir et d'entendre des choses qu'il n'aurait pas dû. Melchior, très en colère, va tout faire pour démasquer le ou les assassins. Il se rend compte que ce meurtre est lié au fait que peu de temps auparavant, il a été désigné comme exécuteur testamentaire d'un homme qui, sur son lit de mort, lui a confié un lourd secret. Pendant son enquête, Melchior, qui néglige son officine, va avaler une forte dose d'arsenic mélangé dans un gâteau. Heureusement, sa fille Agatha, et soeur jumelle de Melchior, devenue religieuse et jardinière dans le couvent des brigittines de Pirita, va le sauver. Je m'arrête là pour l'intrigue. Comme dans les tomes précédents, l'intrigue est toujours bien menée. Hargla nous décrit toujours très bien les us et coutumes de la ville de Tallinn à cette époque. Ce roman est un bon cru. Il peut se lire indépendamment des précédents. Et vivement le suivant.

Lire mes billets sur les tomes précédents, ici, ici, ici, ici et .

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mercredi 18 juillet 2018

Heather, par-dessus tout - Matthew Weiner / Cette nuit - Joachim Schnerf

Comme indiqué sur les étiquettes, j'ai emprunté et lu ces deux courts romans en une semaine. Dans les bibliothèques parisiennes, à quelques exceptions près, beaucoup de nouveautés sont empruntables seulement une semaine non renouvelable à moins de se déplacer pour les emprunter à nouveau. Je prends des livres courts dans la mesure du possible.

Toujours est-il que je suis tombée sur Heather, par-dessus tout de Matthew Weiner (Editions Gallimard, 133 pages), qui avait été recommandé à sa sortie à la rentrée 2017 par de nombreux libraires que je fréquente. Je me demande un peu pourquoi. Je n'ai pas été emballée plus que cela. L'écrivain qui est le scénariste principal et coproducteur de la série télé Mad Men nous raconte l'histoire d'un couple, Karen et Mark Breakstone, qui se sont mariés sur le tard à plus de 40 ans et ont eu la joie de devenir les parents d'une petite Heather qui deviendra une jolie adolescente. Karen a mis sa carrière d'attachée de presse entre parenthèses pour s'occuper d'Heather tandis que Mark, malgré qu'il n'ai pas réussi autant qu'il le souhaitait dans les affaires, devient riche. La famille s'installe dans un appartement huppé de Manhattan. Bobby Klarski, lui est nettement moins chanceux dès la naissance avec une mère célibataire, alcoolique, droguée, et de nombreux amants qui profitent d'elle. Bobby devenu grand va faire un peu de prison et puis, après sa libération, il fera des petits boulots qui va le conduire jusqu'à travailler sur un échafaudage en face des fenêtres de la famille Breakstone. Je vous laisse découvrir la suite. La chute finale assez abrupte ne m'a pas trop convaincue.

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En revanche, je conseille Cette nuit de Joachim Schnerf (Editions Zulma, 145 pages). Le roman a obtenu le prix Orange 2018. J'ai appris plein de choses sur la fête de Pessah (la Pâques juive, qui commémore l'exode des Juifs hors d'Egypte), sur le rituel du Séder qui se passe le soir (d'où le titre du roman) et sur les autres rites et coutumes de cette semaine très importante du judaïsme. Salomon, un vieil homme, vient de perdre sa femme Sarah après 50 ans de mariage. Salomon est un rescapé des camps de concentration. Cela lui permet de faire des blagues sur la Shoah, pas toujours bien comprises par sa famille. Salomon et Sarah ont eu deux filles, Denise et Michelle. Toutes les deux mariées, la première n'a pas eu d'enfant mais la deuxième en eu deux, un garçon et une fille. Cette famille est donc réunie pour Pessah et l'absence de Sarah se fait cruellement sentir. Salomon se remémore quand elle était encore de ce monde. Je me suis très vite attachée à cette famille composée de personnages très différents: Michelle au caractère difficile, Denise, une femme effacée, le mari de Michèle, Patrick et ses problèmes intestinaux, le mari de Denise, Pinhas, qui est le seul à rire aux blagues de Salomon. Je n'oublie pas Tania et Samuel, les enfants de Michèle et Patrick. Mais Salomon, le personnage central du roman, est bouleversant. Un roman et un écrivain à découvrir. Lire les billets de Violette, d'Amandine, de Motspourmots et de Jostein.

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samedi 7 juillet 2018

Passe ton bac, après on verra (Le Grand Duduche - L'intégrale) - Cabu

Les résultats du Bac 2018 sont tombés (avant oraux de rattrapage  - "épreuve de contrôle" - le cas échéant). Les bacheliers 2018, nés pour certains avec le XXIe siècle, seront certainement des citoyens capables de suivre la vie politique française et de voter aux prochaines élections. En janvier 2015, lors de l'assassinat de Cabu (né en 1938, il aurait eu 80 ans) et de ses confrères à Charlie Hebdo, ils ne lisaient vraisemblablement pas encore la presse (ni ses dessins), par contre... Il m'a paru intéressant de reparler du titre d'un des volumes axés sur le personnage du Grand Duduche (Cabu y évoque notamment ses débuts de carrière de dessinateur...), même si je [ta d loi du cine, "squatter" chez dasola] l'avais déjà cité dès le 18 janvier 2015.

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... Mais j'ai surtout réussi à jeter un petit coup d'oeil sur Le Grand Duduche - L'intégrale. On voit l'épaisseur de la somme (dont j'avais évoqué l'existence ici alors que je ne l'avais pas encore eue entre les mains).  

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Après (re)lecture de ces 640 pages (dans lesquelles sont disséminées les quelque 62 pages de Passe ton bac, après on verra!), j'y ai picoré quelques citations appropriées: aussi bien de grandes planches, des "duduchoramas" bourrés de détails (dont je me permets parfois d'extraire un élément), que des personnages saisis en un dessin. Les lecteurs de Cabu savent qu'il y représentait un univers disparu (internat d'un lycée de province) avec sa galerie de personnages pitoresques: des profs plus caricaturaux les uns que les autres, les uns imaginés en une seule vignette, d'autres suivis sur plusieurs planches), le pion "Belphégor", écrivain raté mais adulé par sa dominatrice de maman, le cuistot, le concierge (et madame)... sans oublier la fille du proviseur! En postface, en 2008, Cabu précisait: "Soit, Duduche me ressemble, comme la plupart des personnages de BD ressemblent à leurs auteurs, mais je n'ai pas voulu me représenter".

P1090505 p.55  P1090504 pp.24-25  P1090509 Un extrait d'une de ses galeries de profs plus caricaturaux les unes que les autres (p.204)...   P1090507 p.161 (ce qui nous ramène au sujet!) 
P1090508 p.198 (mais j'aurais pu mettre aussi la p.317!)  P1090524 p.446 (lycée occupé ou grève lycéenne)  P1090523 p.467  (ça existe encore, les "boites à bac"?)

P1090522 p.542 (extrait)  P1090521 p.480 (détail)  P1090520 p.58 (dans Passe ton bac!...) et 84 (dans L'intégrale).

Après les dessins, voici quelques images moins drôles. De mon côté, étant de passage (pour passer moi-même le bac) à Chalons-en-Champagne où est enterré Cabu (il était né à Châlons - à l'époque! -, qui s'est ensuite appelée Châlons-sur-Marne), je suis allé faire un tour à l'un des cimetières de la ville, le plus proche de la gare, et ai réussi à y trouver sa tombe. In memoriam, quelques photos...

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Et quand même, je n'ai pas résisté, j'ai souri au spectacle que j'ai capté dans cette dernière photo.

P1080212 Est-ce qu'il aurait pu en tirer un dessin?

Enfin, cela fait trois mois d'affilée que mes billets-hommages mettent Cabu à l'honneur. Il sera temps, les mois prochains, de revenir sur d'autres des victimes du 7 janvier 2015.

*** Je suis Charlie ***

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mercredi 4 juillet 2018

La fleur de l'illusion / Les doigts rouges - Keigo HIgashino

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Comme j'apprécie beaucoup les romans policiers très psychologiques de Keigo Higashino,  je viens de terminer Les doigts rouges, et quelques semaines auparavant j'avais lu La Fleur de l'illusion. Les histoires sont très différentes même s'il y a des similitudes dans certains détails comme le modus operandi des crimes.

Je commence par La fleur de l'illusion (Actes noirs, Actes Sud, 347 pages envoûtantes). Je ne dévoilerai pas trop l'intrigue, assez touffue et aux nombreuses ramifications, dans lequel il est question du vol d'une ipomée jaune, "la fleur de l'illusion". A priori, l'ipomée de couleur jaune n'existe pas, sauf dans ce roman. Cettte ipomée, comme d'autres de couleur différente, fabrique des graines qui, si on les ingère, vous donnent des hallucinations. Akiyama Shugi, un vieil homme qui était arrivé à cultiver cette ipomée jaune, meurt étranglé, et le pot avec la fleur a disparu. Lino, la petite-fille d'Akiyama, découvre le corps sans vie de son grand-père. Elle venait le voir souvent car elle admirait les fleurs que faisait pousser Akiyama. Elle les prenait en photo afin de les publier sur un blog. Elle décide de mener une enquête sur la mort de son grand-père, et, par la même occasion, elle veut découvrir pourquoi son cousin Naoto, un jeune musicien de talent, s'est suicidé. Elle est aidée dans sa tâche par Sota, le jeune frère du policier qui fait partie de ceux qui enquêtent - et sur la mort d'Akiyama, et sur ce qu'est devenue l'ipomée jaune. Au début, on peut se penser perdu avec les différents niveaux du récit et la multitude des personnages, mais après, j'ai été intéressée par l'histoire que j'ai trouvé originale.

Les doigts rouges (Actes noirs, Actes Sud, 236 pages très sombres) est une sorte de huis-clos, car l'intrigue est resserrée autour d'une famille dans une petite maison avec pelouse dans un quartier de Tokyo. Akio et Yaeko sont mariés depuis 18 ans. Ils ont un fils, Naomi (un garçon insupportable qui insulte sa mère). Naomi, à 14 ans, n'a pas d'ami (il est le souffre-douleur de sa classe). Chez lui, il reste dans sa chambre à jouer à des jeux vidéo. Un jour, en fin d'après-midi, Yaeko qui est une femme certainement malheureuse mais parfaitement détestable, appelle son mari pour lui dire de revenir au plus vite chez eux. Akio, un homme ordinaire qui exerce une activité d'employé de bureau, retarde souvent son retour vers la maison car il n'est pas maître chez lui. C'est un homme faible qui se désintéresse de son fils et qui néglige sa femme. La mère d'Akio, qui semble souffrir de démence sénile (elle est comme retombée en enfance) vit avec eux. Quand Akio arrive chez lui, il découvre, dans le jardin, le corps d'une petite fille de sept ans recouvert d'un sac poubelle. Yaeko annonce que c'est Naomi qui a étranglé la petite victime. L'enquête des policiers va rapidement les amener à soupçonner cette famille, qui avait pourtant transporté le corps dans les toilettes d'un parc voisin. Je vous laisse découvrir la suite que j'ai trouvé très noire. Akio comme Yaeko sont des personnages antipathiques au possible. Une fois de plus, les policiers sont des personnages passionnants comme Kaga Kyoichiro. Un très bon cru.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
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