dimanche 13 septembre 2020

Chambre 413 - Joseph Knox / Pause vacancière

chambre 413

Je viens de terminer Chambre 413 de Joseph Knox (Editions du Masque, 410 pages) , un polar prenant très agréable à lire. Une nuit, un cadavre qui sourit vient d'être trouvé dans une chambre d'un palace inoccupé depuis plusieurs années à Manchester où se passe l'histoire. L'inspecteur Aidan Waits et son supérieur, Peter Sutcliffe (Sutty), se retrouvent sur les lieux du crime. Sutcliffe déteste cordialement Waits qui est par ailleurs très mal vu de sa hiérarchie suite à des problèmes de drogue. Sans rien dévoiler d'essentiel, le cadavre souriant restera anonyme même à la fin du roman, mais il aura permis de résoudre plusieurs histoires imbriquées les unes dans les autres. Il y a du suspense et des retournements de situations inattendus. Un polar que je recommande. Il sort au Livre de poche, fin octobre 2020. Lire les billets de Yan, Jean-Marc Laherrère, Nyctalopes et Baz'art.

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Et je profite de ce billet pour dire que je fais une petite pause vacancière en Sud Ardèche comme l'année dernière, une région très agréable. Il fait un temps magnifique, il fait soleil et la chaleur est au rendez-vous. Après un mois d'août studieux et un peu éprouvant à Paris, je suis ravie de changer de paysage.

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lundi 7 septembre 2020

Une minute quarante-neuf secondes - Riss

Un peu comme cela s'était produit pour Le Lambeau, ce livre, Une minute quarante-neuf secondes (récit) par Riss, est arrivé en ma possession bien des mois avant que je m'y plonge - pour le lire d'une traite en quelques heures confinées. Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) viens de le parcourir de nouveau, après l'avoir laissé reposer, pour publier le présent billet en lien avec l'actualité.

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Nous sommes bien en plein dans l'actualité: d'une part, Riss a pour ce livre obtenu il y a quelques semaines le Prix du livre politique 2020 (1ère édition de ce Prix en 1995), décerné par le jury de journalistes le 8 juillet à l'Assemblée Nationale, et accompagné du Prix coup de cœur des députés. D'autre part, le procès aux assises des attentats de janvier 2015 à «Charlie Hebdo», Montrouge et l'Hyper Casher a commencé le 2 septembre et doit durer jusqu'au 10 novembre 2020.

Pour ma part, ma première lecture avait été morbide: plus intéressé par ce qui touchait le plus directement le 7 janvier (et ses suites). Cette fois-ci, j'avais pour objectif d'en tirer le présent billet. C'est difficile. Impossible de le lire sans me dire, toutes les pages ou les deux pages, "oui", "ça sonne juste", "c'est joliment exprimé". Et après? Sauf à paraphraser ou à citer au moins 10 pour cent de cet ouvrage de mémoire, de témoignage, de "colère noire" aussi, je ne peux tout en retenir. Contentons-nous donc d'un paragraphe, dont deux des phrases suffisent à aller au fond des choses (c'est moi qui souligne la seconde de ces deux phrases importantes, p.162): "Le 7 janvier n'était pas un attentat aveugle frappant au hasard, comme au Bataclan, à Nice ou le 11 septembre 2001 à New York, des anonymes innocents, afin de créer un climat de terreur et de provoquer un rapport de force entre l'idéologie qui le commet et la démocratie qui en est la cible. Le but des terroristes du 7 janvier était de faire disparaître des idées, ceux qui les portaient et qui étaient parfois les seuls à les exprimer".

Dans son livre plus rageur qu'apaisé, Riss se dévoile un peu. Les quelques anecdotes qu'il nous livre donnent surtout de la cohérence à son cheminement et à son engagement dans le journal auquel il avait déjà, le 7 janvier, consacré près de la moitié de sa vie (chose faite en 2019: 27 années à 53 ans...). La continuation de Charlie Hebdo après l'attentat occupe une place essentielle. Le livre est dédicacé "aux innocents, vivants, morts ou fous". Il insiste bien sur l'emploi du mot "innocent" (qui s'oppose à "coupable"), préféré au terme "victime" fourre-tout et pouvant même servir à "dédouaner" abusivement des criminels durant un procès (victimes des circonstances, de leur milieu...). D'un côté, il rend hommage à ses collègues qui n'ont pas survécu, comme à ceux qui ont été blessés avec lui (vers le quart du livre prend place un chapitre tétanisant où l'heure, la minute, la seconde, suivis du constat "je suis vivant" sont égrené 107 fois.). De l'autre, Riss voue aux gémonies pas mal de monde, entre les intellectuels ayant abdiqué (qualifiés de "collaborateurs"), les membres du journal avec qui le fossé s'est creusé... Le tout sans citer de nom à ses lecteurs, avec la pensée que les intéressés, eux, se reconnaîtront bien eux-mêmes. Face à tout ce qui a pu être dit, il assène ses quatre vérités. A son retour à la rédaction quand il est sorti de l'hôpital, il a constaté les changements. Certains auraient souhaité que Charlie Hebdo s'arrête (pour se partager le gâteau?). Tout le monde n'a pas la capacité de produire de la satire. Début 2015, il venait de finir de rembourser la dette dont Charb et Riss avaient hérité en prenant la direction du journal fin 2008. Il justifie la direction que, seul maître à bord, il a impulsé pour maintenir à flot ce navire qui avait été créé collectivement par des individualités chacune très fortes.

Bref, je renonce à dérouler encore deux pages de citations, pour vous inviter directement à lire vous-même ce livre-manifeste, qui semble indiquer que Riss ne renoncera jamais à la vision de la liberté d'expression qui l'a amené à se faire tirer dessus par des fanatiques. A l'étonnement de ses soignants, il dit ne pas faire de cauchemars, mais rêver (des disparus).

Sur la Toile, lorsqu'on cherche qui a parlé de ce livre, on trouve d'abord la presse, puis des librairies, l'offre en e-book, et des médiathèques, pratiquement pas de blogueurs (mais peut-être s'agit-il d'un phénomène plus général: perte de vitesse des blogs, et méconnaissance, du coup, par les algorithmes). J'ai tout de même pu trouver les aviis de Lilou (Ma passion les livres), Joëlle (les livres de Joëlle), Emmanuelle, sur le blog des CarpenterLa blbliothèque de Claire (une lectrice à Paris), ou encore de Pepère News (blog créé en 2018 par des étudiants de l'ESJ Lille)

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Sans rapport direct avec le livre mais en lien avec l'actualité, je souhaite signaler que le n°1467 de Charlie Hebdo en date du 2 septembre 2020 met en avant un sondage IFOP / Charlie Hebdo touchant la perception, en France, des deux événements qu'ont été l'attentat qui a frappé la rédaction de Charlie Hebdo il y a 5 ans et la publication, il y a quinze ans, des fameuses caricatures de M*h*m*t. Tiré à 200 000 exemplaires, ce numéro a dû être réimprimé - mais je doute qu'il atteigne les 5 ou 7 millions d'exemplaires vendus du numéro 1178 du 14/01/2015. Bref, j'ai consulté sur le site de l'IFOP l'ensemble du sondage. Les résultats de cette enquête y sont exposés dans leur intégralité par la Fondation Jean Jaurès

*** Je suis Charlie ***

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vendredi 28 août 2020

Patagonie route 203 - Eduardo Fernando Varela / Le monde perdu - Michael Crichton

Voici deux romans qui n'ont rien à voir l'un avec l'autre, mais je les ai lus avec plaisir.

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Je commence avec Patagonie route 203 d'Eduardo Fernando Varela (Editions Métailié, 357 pages), paru le 20 août 2020, que j'ai eu la chance de lire en avant-première. L'écrivain a 60 ans et c'est son premier roman. Après le cinéma, je continue à me dépayser en étant partie dans le sud de Amérique du sud sur les routes d'Argentine en compagnie de Parker, un routier. Il transporte des fruits exotiques et autres marchandises indéfinies d'un bout à l'autre de la Patagonie balayée par les vents. C'est un homme qui semble fuir un passé que l'on ne connaîtra pas. Il est peu sociable et ne s'arrête qu'en cas de nécessité. La seule personne avec qui il communique est un journaliste qui conduit une voiture sans freins et qui est en quête de vieux sous-marins allemands de la seconde guerre mondiale. Sinon, le seul bien que possède Parker est un saxophone dont il tire parfois quelques notes. Et quand le temps le permet, il sort du camion des meubles et même un lit qu'il dispose sur le bord de la route comme si c'était chez lui. Un jour, son camion a un problème qui l'oblige à s'arrêter dans une petite ville où s'est installée une fête foraine. Il tombe immédiatement sous le charme de Maytén, la caissière du parc d'attractions. Malgré qu'elle soit mariée, elle quitte tout pour suivre Parker dans sa vie d'errrance au moins pendant quelque temps. J'ai beaucoup aimé ce road-movie du bout du monde où l'écrivain a créé des noms de lieux évocateurs, "La pourrie", "Saline du désespoir", "Mule morte" et où l'on rencontre des personnages qui sortent de l'ordinaire. Ce roman a reçu le prix de Las Américas 2019. Lire le billet de Simone.

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Juste avant, j'ai terminé la suite de Jurassic Park. Le monde perdu de Michael Crichton, Editions Pocket, 473 pages haletantes et horrifiques. J'ai trouvé l'histoire assez différente du film Le monde perdu, surtout la fin. L'un des deux personnages de Jurassic Park que l'on retrouve dans cette suite est le mathématicien Ian Malcolm ,adepte de la théorie du chaos. Il est entouré de différents personnages, dont une jeune femme, Kelly, qui va montrer de l'intelligence et de la bravoure en face de ce qui les attendent sur le site B. Car en effet, le professeur Hammond, à l'initiative de tout, et la société InGen, créateurs des bestioles, avaient prévu un second site pour élever les bébés dinosaures et effectuer des manipulations génétiques. Le deuxième personnage que l'on retrouve dans Le monde perdu, c'est le "méchant" de l'histoire, Dodgson, qui avec deux acolytes, veulent récupérer des oeufs de dinosaures. Le site B est l'île Nublar où se déroule toute l'histoire. Kelly constate vite qu'il y a plus de prédateurs que de proies sur l'île. Et l'on apprend que certains dinosaures ont réussi à s'échapper de l'île et sont morts sur des plages chiliennes. Et certains sont atteints d'encéphalite. Sur l'île, Malcolm et ses compagnons, dont deux adolescents, doivent affronter les animaux livrés à eux-mêmes. Les méchants vont connaître, quant à eux, une fin épouvantable mais prévisibles. Il y a du suspenses, les vélociraptors sont toujours aussi voraces et intelligents et j'ai aussi appris que les tyrannosaures savaient nager. Un roman haletant que je conseille.

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samedi 22 août 2020

Petit traité d'écologie sauvage / La cosmologie du futur / Mythopoïèse - Alessandro Pignocchi

[Ta d loi du cine: je peux publier un billet? C'est sur des bouquins super.

Dasola: ah ben t'es gonflé! J'ai rédigé le mien, de billet, il est prêt à paraître. Tu ne m'as jamais parlé du tien!

Ta...: nan, mais comme tu avais dit que tu voulais faire une pause...

Da...: oui, ben j'ai le droit de changer d'avis. Tu ne changes jamais d'avis, toi?

Ta...: LAISSE-MOI PUBLIER MON BILLET AUJOURD'HUI!!! (ou sinon je picore)

Da...: ne crie pas. J'aime pas quand tu cries. OK, je reprogramme le mien pour dans 3 jours.]

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Le premier des livres que je (ta d loi du cine, squatter chez dasola - non mais sans blague) vous présente -donc- aujourd'hui m'a été prêté il y a des semaines (en plein confinement - chut, faut pas le dire!) et je l'avais enfoui dans ma PAL (à titre de quarantaine, bien sûr). Une fois lu ce tome trois, j'ai réclamé les deux précédents.

Couv_3tomes

Il s'agit d'une série de bande dessinée (chez Steinkis, 3 tomes parus, pour le moment) titrée Petit traité d'écologie sauvage, d'Alessandro Pignocchi. Le premier tome est sorti en mars 2017, le deuxième (La cosmologie du futur) en mai 2018 et le troisième (Mythopoïèse) en janvier 2020 (avant le confinement, donc). Je l'ai donc abordée par la fin, mais bon... Sous une couverture très esthétique, j'y ai trouvé une jolie oeuvre d'art, onirique et engagée, "création consciente d'un mythe ou d'une mythologie personnelle dans une œuvre littéraire" (rencontre du troisième titre). Dans ses oeuvres, l'auteur met en avant une philosophie de compréhension du monde qui implique de considérer l'autre comme sujet et non comme objet (et ceci, que l'autre soit humain ou bien non-humain). En voici le postulat introductif (d'où découle tout le reste...).

Postulat-introductif Il est question, entre autres, d'anthropologie symétrique (dans ce dessin, p.7 du T.1, à droite de notre ancien Président, on découvre Wajari Tsamarin, chercheur jivaro, qui trouve pas mal de choses étranges, étranges - vous avez dit bizarre? - dans notre douce France). Au fil des pages, on découvre différents fils conducteurs qui s'entrelacent: le journal TV avec ses invités éventuels, les politiciens à la tribune ou en privé (ou en déplacement extérieur), l'ethnologue jivaro, parfois reçu par les politiciens, parfois sur le terrain (d'observation), ou éventuellement de passage de retour "chez lui"... sans oublier, non pas les ratons laveurs, mais les mésanges punks, les pinsons, et autres colibris chatoyants - des oiseaux souvent plus déjantés les uns que les autres (métempsychose et autres réincarnation, voire absorbtion parfois plus violente). Dans cette drôle de bande dessinée, l'ironie provient du décalage entre les dessins tellement jolis (mais répétitifs) et le discours incendiaire des bulles. L'auteur en appelle à l'humour et à l'absurde pour évoquer des questions tout à fait vitales. Et hop, quelques citations pour éclairer mes propos!

4edecouv-T1 La "4ème de couv" du 1er tome, avec ce qu'il faut de provocation, pour commencer...

Proteger-l-Europe_utilite (p.15, T.1) dans une séquence titrée "Respect des valeurs" qui court sur 4 pages, les textes de la page précédente contextualisaient: plainte des Jivaros contre la Commission Européenne qui propose la protection d'une zone située en Amazonie... au motif qu'une rainette locale pourrait inspirer un nouveau traitement contre le cancer.

Peut-on considérer que les références personnalisées commencent à dater un peu? Je vous épargne la séquence avec Valls piquant sa crise parce qu'il n'arrive pas à démissionner pour pouvoir partir en Amérique du Sud se consacrer aux dizaines d'espèces de rainettes locales (et vous laisse découvrir comment elle finit).

De son côté, Angela M, ayant pêché un magnifique esturgeon devant chez elle, cherche à l'insérer dans la mondialisation du troc... Merkel-troque-esturgeon (p.40, T.1)

Et n'oublions pas nos interludes jivaros! Des_vaches Dans la séquence titrée "Bretagne", le même dessin est répété 18 fois à l'identique sauf les bulles (9 pages numérotées 68 à 76 - ici la p.74, toujours dans le T.1).

Pas-les-grebes-que-vous-croyez p.119 (T.1): ça, ce sont des chefs d'Etat qui mettent en oeuvre le sain(t) adage "faites l'amour, pas la guerre" (mais je vous laisse, cette fois encore, découvrir comment ils en sont arrivés là - et je ne sais même pas s'ils sont tous d'accord...).

Maintenant, plantons un peu le décor du tome 2 (p.3) Tome-2 ou encore  Mesanges-punks (p.43, T.2).

Hachon-Melenmon_debat-anthropophagie-rituelle (p.26, T.2) Mélenchon / Hamon, candidats à reculon pour la Présidence de notre Ve, le sujet étant "comment introduire une forme d'anthropophagie rituelle dans la culture occidentale"...  Le débat "tel-avisé" court sur 12 pages. Et je ne sais pas si la coquille "creuser une marre" (on en a?) est volontaire ou non. Mais nous sommes bien dans un "monde à l'envers", avec des politiciens qui ne veulent surtout pas être élus et que la corvée du pouvoir insupporte (d'avance comme ensuite)... Quant à l'anthropophagie, c'est un questionnement récurrent, à la bonne franquette, pour honorer les copains et consolider leur place dans l'univers (si j'ai bien compris...).

Anthropologie-au-comptoir (p.36, T.2) Voici en pleine action notre anthropologue jivaro venu écarquiller son oeil perçant en France (plus particulièrement sur Bois-le-Roi (77590), son Café de la Gare, son marché, son lac et ses pêcheurs...).

Dans cette grande oeuvre, on invite aussi Proust (je connais des blogueuses à qui ça va plaire, tiens).

p.100 (avant)... Proust-avant ... Proust-sauvage ... et après (p.105). L'expression "La métamorphose" n'est pas évoquée. Et encore, je vous ai épargné les scarifications. 

J'en profite pour insister sur le fait que le procédé du "comique de répétition" consiste à metre plusieurs fois le même dessin (avec ou sans changement au niveau d'un détail), avec des textes ("bulles") qui font avancer l'histoire (comme déjà signalé précédemment). Alessandro P. n'est certes pas le premier auteur à le faire, mais avouons que ses aquarelles sont particulièrement agréables à regarder. Pour bien suivre, il ne faut pas rater une virgule.

Un-blanc-dans-le-texte p.56-57 du T.3. Le "blanc" (en haut, à droite) est fort bien amené. Manu en direct à la télé, c'est carrément digne du Rogntudjuuu de Franquin! (ou comme réfugié campant dans une "réserve" en banlieue parisienne avec Donald et Angela, un peu plus loin...). Heureusement que le délit d'offense au chef de l'Etat a été aboli en 2013 (merci François - mais il n'y a pas de quoi, c'est normal)!

Le troisième tome (j'y arrive donc) est peut-être (?) encore plus "politisé" que les deux premiers, et contient moult allusions à la ZAD de Notre-Dame des Landes (peut-être quelque peu fantasmée). Il semble se dérouler après 2022... (sage précaution... ou pas?).

Toujours nos charmants oiseaux... de plus en plus contestataires? En pleine page (14-15, T.3 - toutes n'étaient pas mésanges?). Mesanges-contestataires  Quantitativement, les zadistes souvent évoqués ne pèsent pas bien lourd chez nous, mais ces epsilon pourraient-il se mettre en tête de modifier l'alpha et l'oméga du meilleur des mondes possibles?

On trouve aussi en fin des premiers volumes quelques pages de rédactionnel à l'apparence fort sérieuse sur la philosophie jivaro. Je n'ai pas été vérifier en quelle année l'anthropologue Philippe Descola, né en 1949, a pu les écrire.

En trois volumes cohérents, le dessinateur-scénariste a donc élaboré un univers où chaque détail compte, il faut tout bien lire afin de ne pas perdre le fil (les textes sont souvent bien plus subsersifs que les beaux dessins inexorablement répétés). On se retrouve dans un enchevêtrement de saynettes dans une France (et un univers) alternatifs. Ma position personnelle serait de tout savourer sans me casser la tête à tenter de comprendre ce monde. Après, si d'autres veulent aller plus loin, je ne les empêche pas, hein... Pour ce qui me concerne, je ne saurais trop dire à quel 36 000e degré il faut en prendre l'humour! Un joyeux canular? J'ai cru y détecter diverses touches de dérision pince-sans-rire, comme la phrase sur l'ordinateur portable (p.115 du T.3), lorsque s'instaure une relation de sujet à sujet, "alors que celui-ci semble chercher à nous nuire et que nous nous demandons comment nous venger de lui"...

Je vous recommande encore la découverte de cette série dessinée, et vous laisse décider ensuite s'il s'agit d'un canular artistico-scientifique, d'une proposition de nouvelle philosophie, ou bien si tout est dans tout (et inversement). Comme je l'ai dit plus haut, j'avais donc pour ma part abordé cette trilogie (?) par le troisième tome. Et après les avoir parcourus tous les trois, je me demande même si en fait ils ne sont pas (re)liés à deux autres titres publiés du même auteur... Si vous avez eu le courage de lire ce billet jusqu'au bout, je vais maintenant vous informer que vous pouvez trouver plein d'autres beaux dessins sur le blog Puntish du même auteur. Comme disaient les ados, "c'est trop délire!" (je sais plus comment ils disent désormais, hein: j'ai perdu le fil...).

Enfin, pour mettre en parallèle un autre mythe animalier, ça m'a un peu fait penser à trois planches d'un album de la série Donjon (Joann Sfarr & Lewis Trondheim) titré Le roi de la bagarre, qui évoque deux peuples habitant respectivement Odilon (des bergers) et Koubine (des chasseurs dans une ile). Ca se termine abruptement - et plutôt mal.

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mercredi 19 août 2020

De pierre et d'os - Bérangère Cournut

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J'ai acheté De pierre et d'os de Bérengère Cournut (219 pages + annexes, Le Tripode 2019), ce roman, pour la bibilothèque loisirs dont je m'occupe, pour varier avec Guillaume Musso et Agnès Ledig. Bien m'en a pris, j'ai été touchée par ce récit qui se passe dans une époque non précisée. Uqsuralik, "la femme de pierre", est une jeune Inuit qui se retrouve, une nuit, séparée de ses parents, de son frère et de sa soeur, lorsque un morceau de banquise se fend et forme une faille. Elle est d'un côté et sa famille de l'autre, et ils ne peuvent se rejoindre. Le père d'Uqsuralik a juste le temps de lui envoyer une peau d'ours et une amulette. Uqsuralik va commencer à marcher en compagnie d'une chienne de traîneau et de quatre jeunes chiens mâles. Uqsuralik est entourée par le brouillard. Elle arrive à rejoindre trois familles Inuit qui vivent en communauté. Douée pour la chasse, Uqsuralik tue un phoque annelé pour nourrir tout le monde. Elle se fait donc accepter par le groupe, si ce n'est qu'un des fils d'une famille lui est hostile et la surnomme "Arnauutuq", "Garçon manqué". Il a du mal à supporter qu'une jeune fille soit meilleure que lui pour chasser. Il va lui faire payer cet affront. Le temps passe, Uqsuralik est devenue une jeune femme en âge d'enfanter. Elle donnera naissance à Hula puis elle rencontrera un chasseur qui est aussi chamane. Les Inuits bougent souvent au gré des saisons et de la chasse. Ils font très attention à ce que leur disent les esprits qui les entourent. Ce roman est un dépaysement complet. J'ai beaucoup apprécié les différents chants qui ponctuent l'histoire. Ce roman qui a reçu le prix du Roman Fnac l'année dernière en 2019 est hautement recommandable.

Lire les billets de Yuko, Zazymut, Karine et Manou.

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dimanche 16 août 2020

La sentence - John Grisham

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Ca y est, je viens de terminer mon premier John Grisham. Je n'avais jamais lu de roman de cet écrivain jusqu'à présent.

La sentence (Editions JC Lattès, 499 pages) a paru juste avant le confinement et c'est en entendant de bonnes critiques lors d'un "Masque et la Plume" diffusé sur France Inter que je me suis décidée à découvrir cet écrivain qui est aussi avocat. Il a exercé dix ans dans un cabinet. Il s'est spécialisé dans les romans judiciaires se passant dans des Etats du Sud rural aux Etats-Unis. Il faut reconnaitre à M. Grisham son grand sens de la narration. La sentence est divisée en trois parties.
1ère partie - En octobre 1946, Pete Banning, la quarantaine, propriétaire respecté de plusieurs hectares de plantations de coton et fidèle de l'Eglise méthodiste dans une petite ville du Mississippi, tire sur Dexter Bell, le révérend de la paroisse. Condamné à mort, Pete Banning ne donnera jamais la raison de son geste. C'était un homme peu communicatif qui traitait bien les personnes (Noires) qui travaillaient pour lui. Il était marié et père de deux enfants.
2ème partie - Enrôlé dans un régiment de cavalerie pendant la Seconde guerre mondiale, Pete Banning va se retrouver aux Philippines et vivre un enfer comme la "marche de la mort" de Bataan en 1942, puis il sera prisonnier dans le camp d'internement O'Donnell, avant de rejoindre une unité de guerilla dans la jungle philippine et de combattre les Japonais. Il faut noter que sous la plume de Grisham, il y a une grande force d'évocation dans la description de ces événements. Revenu vivant après qu'il ait été déclaré mort, il retournera chez lui couvert de médailles.
3ème partie - Après la mort de Pete Banning, la vie devient difficile pour ses enfants, Joel et Stella, qui font des études universitaires. Liza, leur mère, a été internée de force par son mari peu de temps après qu'il soit revenu de la guerre, sans qu'on sache pourquoi. La femme du révérend assassiné et son nouvel ami attaquent la famille Banning pour obtenir des dommages et intérêts de leur part.

La sentence est un roman puissant très bien construit que je recommande. Lire le billet chez Polar, noir et blanc. Bigmammy en revanche n'a pas trop aimé.

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dimanche 2 août 2020

Jurassic Park - Michael Crichton

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Après La variété Andromède qui vient de reparaître, j'ai continué avec un autre roman de Michael Crichton, Jurassic Park , publié en 1992 en France (sous le titre Le parc jurassique) et que Steven Spielberg a adapté au cinéma en 1993. Le film a connu un grand succès au box-offic. Personnellement, je l'avais vu avec un collègue et j'avais été terrifiée quand le Tyrannosaure apparaît pour la première fois. Dans le roman, les personnages sont les mêmes. Hammond, le créateur du parc, est un vieillard exécrable et mégalomane. Concernant les petits-enfants d'Hammond, le garçon, Tim, est l'aîné, à l'inverse du film. La petite Lex est une gamine geignarde et insupportable. Comme dans le film, on retrouve Alan Grant, le paléontologue, et Ellie, une collègue, ainsi que Ian Malcolm, un mathématicien assez sentencieux qui fait des exposés sur la théorie du chaos. Et c'est en effet à quoi on assiste dès qu'un informaticien avide et inconscient sème la pagaille dans le système de sécurité du parc, avant de partir soi-disant pour peu de temps. Et les dino, me direz vous? Les plus dentus et griffus sont présents: 2 tyrannosaures (1 adulte et un ado), les raptors en grande forme et en grand nombre, super intelligents, qui vivent en groupe et bougent la tête comme les oiseaux. Ils arrivent à se reproduire alors qu'a priori, il n'y a que des femelles. Vers la fin du livre, on a quelques descriptions assez sanglantes d'humains dévorés vivants. Le message du livre, c'est que recréer des espèces disparues il y a 65 millions d'années n'est pas forcément une bonne idée (!), tout comme séparer les espèces les unes des autres dans les enclos électrifiés. Les conséquences peuvent être graves voire mortelles. Ma lecture fut agréable et intéressante. C'est un très bon complément au film. La suite, Le Monde perdu, publié 5 ans plus tard, m'attend [chroniqué le 28/08/2020].

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samedi 18 juillet 2020

La variété Andromède - Michael Crichton

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Ces dernières semaines, j'ai pu revoir, à la télé et en DVD, Jurassic Park 1, 2 et 3, Jurassic World 1, 2. Le 6ème opus, Jurassic World Dominion, doit sortir en juin 2021. Toujours est-il que je rappelle que Jurassic Park et la suite Le Monde perdu sont deux romans qui ont été écrits par Michael Crichton (1942-2008). Cet écrivain a écrit pas mal de romans de science-fiction dont La variété Andromède qui date de 1969 et qui a vient d'être réédité en format poche (Archi poche, 331 pages). J'ai bien apprécié cette histoire qui pourrait arriver. Scoop est un programme de mise en orbite de vaissaux spatiaux américains autour de la terre, à environ 450 km d'altitude. Ils sont chargés de recueillir des organismes et de les ramener sur terre. Scoop VII lancé en février 1967 atterrit sur Piedmont, une petite ville de l'Arizona de 48 habitants, après un voyage de 2 jours et demie autour de la terre. Les habitants meurent d'un mal inconnu sauf deux individus, un vieillard et un bébé qui n'arrête pas de pleurer. Les oiseaux comme les vautours arrivés par la suite ne sont pas atteints non plus. Quatre éminents scientifiques dont un célibataire se retrouvent confinés dans le cadre du projet Wildfire dans un lieu clos comportant 5 niveaux. Au niveau 5, ils vont étudier les échantillons qu'ils ont pu récupérer dans la capsule. On apprend en particulier que l'échantillon extra-terrestre n'a pas d'acides aminés. Ils arrivent à trouver ce qui a provoqué la mort de toute une population. J'ai trouvé le roman agréable à lire dans le train, et on apprend plein de choses sur la biologie. Je conseille. Je ne savais pas qu'il existait une adaptation filmique de ce roman, Le Mystère Andromède réalisé par Robert Wise et qui est sorti en 1971. Je serais curieuse de le voir un jour.

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mardi 7 juillet 2020

Son éclat seul me reste - Natacha Wolinski

J'ai découvert le sujet de mon billet-hommage du mois sur un blog durant le confinement, et j'avais décidé de me le procurer dès qu'on en serait sorti (ce que j'ai fait). Dans le cadre de mes hommages aux tués lors du massacre de la rédaction de Charlie Hebdo, voici donc:

SonEclatSeulMeReste
Natacha Wolinski, son éclat seul me reste, Arléa (janvier 2020, 65 pages).

Après le témoignage de la veuve de Wolinski, je vous présente aujourd'hui le petit livre touchant que la fille de Georges lui a consacré (en le dédiant à sa propre fille, Lola - qui porte le même prénom que son arrière-grand-mère paternelle?). Voici ce qui figure en 4ème de couverture: "Cherchant à définir le lien qui l'unit à son père, Georges Wolinski, tué lors de l'attentat contre Charlie Hebdo, Natacha Wolinski interroge les confins brouillés de sa mémoire. Entre refus et acceptation, l'adieu au père devient un chant d'amour et de consolation". Pour ma part, je vais avoir du mal à en dire davantage que quelques phrases.

C'est dans un langage bien particulier que parle Natacha Wolinski. Le récit - si c'en est un - est fragmenté, elliptique, non-linéaire. On apprend que, lors de l'attentat, Natacha se trouvait à Singapour, afin de rédiger un article sur les galeries d'art locales. Elle avoue la sidération, le déni, les tentatives vouées à l'échec de poursuivre "comme si de rien n'était". En cette occasion, ce sont des questions sur des manques, exprimées en un langage presque poétique, qui remontent à la surface. De courts paragraphes d'interpellation qui s'adressent... A qui? A son père mort? A elle-même? A nous, ses lecteurs? Même si je ne les ai pas comptés, il y a bien davantage de "je" que de "tu". Evocation d'une succession de deuils "à faire", comme on dit - alors que c'est tellement difficile lorsque la communication ne "passe pas".

Au décès de sa mère, la première épouse de Georges Wolinski, Natacha avait 4 ans, et une soeur Kika (Frédérica), sans doute pas de beaucoup son ainée puisque leurs parents s'étaient mariés en 1961. En 1968, Georges a rencontré Maryse (née en 1943 et plus jeune que lui de 9 ans), l'a épousée en 1971, puis est née Elsa, fin 1973. Manifestement, la petite fille Natacha a souffert de l'absence de sa mère, puis de ce qu'un père trop occupé ne se soit pas assez consacré à elle. Absence de communication, donc. Les mots "je ne t'ai pas demandé..." sont présents dès le début du livre. Y pointe aussi le regret des non dits-qui se sont succédés. Georges ne parlait guère spontanément, semble-t-il, de son propre père, assassiné lorsque lui-même avait 9 ans. Serait-ce donc l'explication de son incapacité à "raconter sa maman" à une petite fille qui l'avait perdue à l'âge de 4 ans?

Parmi toutes celles où Natacha Wolinski s'adresse à son père, je citerai juste quelques phrases. Celles qui constatent (déplorent) l'éloignement (p.50): "De ton incapacité à nommer ce qui devait être nommé est né, les dernières années, un grand silence entre nous. C'était un silence par défaite". Et celle dont on peut espérer l'apaisement (p.57): "Je t'enlève de ton lit de mort et je te couche sur mon lit de mots".

Pour ma part, c'est donc chez Manou que j'avais découvert ce livre début mai. Quand j'ai rédigé mon billet il y a déjà quelques semaines, mes recherches ne m'ont pas permis d'en trouver d'autre mention parmi les blogs. Voici en tout cas un entretien (paru dans L'Humanité - qui le réserve à ses abonnés), où elle dit notamment: "Aujourd’hui, je reçois des messages tous les 7 janvier. Mais ce livre, c’est aussi pour raconter tous les autres jours de l’année". Voir aussi ce qu'elle en disait en février 2020.

PS1: je viens de voir (mercredi 1er juillet) que Charlie Hebdo N°1458 inaugure "Un été avec Wolinski": en dernières pages de ce numéro, ça commençait avec des dessins de ses débuts dans Hara Kiri (dans le N°7, une adaptation parodique d'Après la bataille, de Victor Hugo), des dessins très chargés à la Will Elder (je suppose que l'influence de Dubout sera évoqué dans des numéros suivants).

PS2: je viens aussi, le même jour, d'acheter le nouveau Hors Série (N°22H) de Charlie Hebdo. Je pense que je vais attendre quelques années avant d'éventuellement le chroniquer, le temps d'oublier un peu tout ça... En effet, il porte sur ... la crise du Covid-19 vue par Charlie (l'équipe actuelle). Ils n'y ont pas glissé un seul dessin des "grands anciens" décédés, alors que je suis bien certain qu'il y aurait eu moyen d'en dénicher un ou deux par raccroc, au prix de quelque anachronisme, dans leurs oeuvres déjà publiées...

*** Je suis Charlie ***

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samedi 20 juin 2020

La neige sous la neige - Arno Saar

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Après Le train pour Tallinn, j'ai été contente de retrouver le commissaire Marko Kurismaa dans La neige sous la neige, de l'écrivain estonien Arno Saar (Editions La fosse aux ours, 293 pages). Le corps d'une jeune prostituée bielorusse est retrouvé près de baraquements ouvriers dans la presqu'île de Kopli, un quartier nord de Tallinn. Comme l'histoire se passe en février, il neige et la température est glaciale. Mais c'est grâce à cette neige que Marko, qui souffre encore et toujours de narcolepsie, va trouver des indices permettant de faire avancer l'enquête. En effet, Marko connaît bien la neige, étant lui-même un pratiquant de ski nordique. Il sait que la neige sous la neige peut garder des traces de toutes sortes, de pneus ou d'empreintes de pas. Il donne toutes ces explications à ses collègues et en particulier à Kristana avec qui il file le parfait amour. Je ne vous dis rien de plus, car sinon je pourrais en dévoiler trop. Un roman qui se lit très agréablement. J'espère qu'il y en aura d'autres.

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