samedi 26 novembre 2011

L'art d'aimer - Emmanuel Mouret

FestAut01 Voici le deuxième film de la sélection du festival d'automne animé par Chris. L'art d'aimer est un film à sketchs où l'on nous montre différentes variations sur l'art d'aimer, les relations entre hommes et femmes qui ne sont pas simples. Ce film nous dit qu'il n'est pas facile de s'engager avec un ou une partenaire, de trouver l'âme soeur. Les atermoiements de certains personnages féminins lassent un peu avec leurs scrupules sur le fait de coucher ou non avec quelqu'un sans éprouver des sentiments. Car comme dit Zoé à Isabelle, les rapports physiques sont très bon pour la santé et le moral. Elle serait même prête à accepter que son compagnon aille avec une autre si besoin est. Dans le prologue sans paroles mais où l'on entend le narrateur (dont les commentaires ponctuent tout le film), un pianiste compositeur meurt jeune sans avoir connu l'amour. S'ensuivent quelques situations où deux voisins de paliers, un homme et une femme (surtout elle) ne se décident pas à passer à l'acte, où un couple essaie de vivre une aventure séparément, où une femme d'âge mûr ressent tout à coup une attirance irrésistible envers d'autres hommes que le sien, où une jeune femme incite une amie à prendre sa place pour une rencontre dans une chambre d'hôtel dans l'obscurité complète avec bien évidemment quelques quiproquo. Je trouve dommage qu'Emmanuel Mouret, le réalisateur et le scénariste, ne se soit pas donné un rôle plus important comme dans les deux autres films où je l'avais vu et apprécié: Changement d'adresse et Un baiser s'il vous plaît. L'art d'aimer est un film sympathique mais un peu languissant à mon goût. Pas le meilleur du réalisateur, mais les acteurs sont tous vraiment très bien (même s'ils surjouent pour certains), Julie Depardieu, Frédérique Bel et Judith Godrèche en tête.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : ,

jeudi 17 novembre 2011

Et maintenant on va où? - Nadine Labaki / Mon pire cauchemar - Anne Fontaine

 Avant d'aborder le festival d'automne lancé par Chris, voici deux fims à voir:

Mon ami et moi vous recommandons tout particulièrement Et maintenant on va où? de la réalisatrice franco-libanaise Nadine Labaki qui interprète aussi un des personnages principaux. Ce film nous conte une belle histoire sur la tolérance et la cohabitation entre musulmans et chrétiens dans un petit village au Liban, situé pas loin d'une ligne de conflit. Le film commence comme une tragédie grecque avec un choeur de femmes qui s'avancent vers un cimetière, et elles chantent en même temps. Car chacune a perdu un être cher. C'est une très belle séquence. Les femmes luttent pour que les hommes ne se battent pas entre eux. Il suffit de tellement peu... Il y a plusieurs scènes savoureuses (comment un vieux poste de télé antédiluvien vient égayer les soirées de ce village) et des moments tragiques, comme celui où une mère n'ose pas annoncer aux autres que son fils a été tué d'une balle perdue. Elle a trop peur que les hommes mettent le village à feu et à sang. La séquence finale est magnifique car elle donne l'espérance d'un monde de paix. Après Caramel, je trouve que la réalisatrice a un talent à suivre. Le film est sorti depuis le 14 septembre 2011 et continue son bonhomme de chemin.

Dans un autre registre, Mon pire cauchemar d'Anne Fontaine vaut le déplacement pour l'histoire d'amour improbable entre Agathe (Isabelle Huppert) et Patrick (Benoit Poelvoorde), que tout oppose. Agathe, grande bourgeoise un peu coincée, directrice de la fondation Cartier pour l'art contemporain, est la mère d'un jeune adolescent pas très doué, et la compagne d'un éditeur à succès, François (André Dussolier, excellent comme d'habitude). Patrick vit dans des conditions précaires dans le 6ème arrondissement de Paris car son fils qui est surdoué va au lycée Henri IV. Patrick se retrouve à effectuer des travaux de maçonnerie chez Agathe. Il faut voir Agathe se laisser aller dans les bras de Patrick quand François la quitte. C'est assez pétillant et on rit souvent. J'ai passé un très bon moment.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : , ,
vendredi 11 novembre 2011

Films vus et non commentés depuis le 03/10/11

Voici un billet sur trois films qui m'ont marquée pour différentes raisons.

D'abord We need to know about Kevin de Lynn Ramsay qui est adapté d'un roman de Lionel Schriver que je n'ai pas lu. Je suis allée voir ce film sachant que Tilda Swinton tenait le rôle principal. Elle est magistrale dans le rôle de cette mère qui a enfanté un monstre. C'est un film anxiogène car on devine dès le départ (l'histoire est racontée en flash-back) qu'il manque à un moment donné des personnages au tableau: le père et la petite soeur. Eva (Tilda Swinton) semble être la seule à voir que son fils de 16 ans, Kevin, a un comportement à part depuis qu'il est bébé. La scène d'ouverture, rouge sang, m'a beaucoup déroutée. Je me suis demandée ce que j'allais voir. Puis on se rend compte que la réalisatrice raconte l'histoire d'une femme, d'une mère, Eva, qui expie les péchés de son fils, même si Dieu est absent du film. D'ailleurs, Eva est sûre d'aller brûler en enfer (comme elle l'annonce à des évangélistes qui font du porte-à-porte). C'est son fils Kevin qui fait le mal, et pourtant c'est Eva qui est stigmatisée par les voisins, les collègues. Ils la rendent responsable de ce qui s'est passé. Le film ne donne aucune explication sur la raison (?) pour laquelle Kevin, qui a un rapport d'amour-haine avec sa mère, commet l'irréparable. C'est peut-être cela qui est le plus terrible. Mon bémol sur ce film, c'est le personnage de Kevin, un peu monolithique, et je me suis demandé pendant le film pourquoi Eva ne l'emmène pas chez un psy? En tout cas, un film à voir.

Il était une fois en Anatolie du cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan a reçu le Grand Prix au dernier festival de Cannes 2011. Pour ceux qui aiment les films longs dans lesquels il ne se passe pas grand-chose, ce film est fait pour vous. Ce que je retiens le mieux du film, c'est le travail sur l'éclairage, puisque les 3/4 du film sont éclairés grâce à des phares de voitures et à des lampes à gaz. Après une première longue séquence filmée derrière une vitre embuée, au cours de laquelle on voit trois hommes discuter dans un bar, on suit, dans le crépuscule de ce paysage désolé d'Anatolie, trois voitures qui roulent lentement, dans lesquelles un procureur, un médecin, un commissaire, deux prisonniers et quelques gendarmes sont entassés. Ils sont à la recherche d'un cadavre enterré. Le réalisateur est arrivé à m'intéresser à cette histoire même si j'ai eu parfois du mal à rester attentive. Mais j'ai été fascinée par certains plans, par la séquence où la fille du maire ressemble à une Madone face à ces hommes qui la regardent. Un film qu'il faut voir quand on est bien reposé et pas après une dure journée de boulot comme moi. Voir aussi mon billet sur Les trois singes du même réalisateur.

The Artist de Michel Hazanavicius qui a fait gagner le prix d'interprétation masculine à Jean Dujardin au dernier Festival de Cannes est un film muet en noir et blanc. Je dirais que ce n'est pas mal, surtout la séquence finale et les scènes avec le chien, mais je ne comprends pas la démarche du réalisateur: qu'a-t-il voulu nous raconter, nous prouver? En 1927, Georges Valentin, acteur star du muet, est au sommet de sa gloire. Il rencontre une jeune ingénue, Peppy Miller, qui va devenir célèbre à la venue du cinéma parlant. Georges Valentin ne croit pas à ce changement dans le cinéma. Il se ruine à filmer son propre film qui s'avère un "bide". Sa femme le quitte, sa maison brûle, mais la descente aux enfers de Georges n'émeut pas vraiment. Jusqu'à la fin, le film reste muet (sauf deux répliques échangées) mais sonore. C'est un hommage sympathique au cinéma d'antan mais ce n'est pas un film exceptionnel. En revanche, Bérénice Bejo aurait mérité d'avoir un prix: elle est vraiment très bien. 

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,
samedi 5 novembre 2011

Intouchables - Eric Toledano et Olivier Nakache

J'ai eu l'occasion de voir ce film en avant-première il y a plusieurs semaines grâce encore à Florian (que je remercie). A la différence de Neil qui a moyennement aimé le film, je reconnais que j'ai souvent ri. Omar Sy, le grand noir avec un sourire éclatant, est irrésistible. Le rôle qu'il interprète a été écrit pour lui. Il crève l'écran. Je dirais que ce film tirée d'une histoire vraie est une suite de saynètes avec comme fil conducteur la cohabitation explosive entre Driss, un Noir des banlieues, et Philippe, devenu tétraplégique à la suite d'un accident, lui-même issu de la grande bourgeoisie. En effet, après plusieurs candidats peu engageants, Philippe embauche Driss un mois à l'essai pour l'aider dans sa vie de tous les jours, du lever jusqu'au coucher. A partir de cette rencontre, les deux personnages vont bien évidemment évoluer: l'un va se sortir du chômage et de sa banlieue, et l'autre va retrouver goût à la vie. C'est une bonne comédie très sympathique mais qui aborde un sujet que les réalisateurs auraient pu traiter avec parfois plus de gravité. Mais ils nous ont bien dit, à la fin de la projection, qu'ils voulaient faire une comédie. C'est le "vrai" Philippe qui acceptait que l'on parle de lui mais sur le ton de la comédie, pourquoi pas?

---------------------------------------------

Séance de rattrapage inavouable.
Je n'avais jamais vu Rowan Atkinson dans Mr Bean ni dans le premier Johnny English. J'avoue avoir ri tout le long du film Johnny English le retour d'Oliver Parker. Cela ne vole pas très haut, mais comme divertissement, c'est bon pour les zygomatiques. La séquence d'ouverture dans un monastère du Tibet restera dans ma mémoire. La course-poursuite entre Johnny English (agent calamiteux du MI7) - qui ne se presse pas - et un jeune asiatique virevoltant qui court avant d'être rattrapé par Johnny English est assez mémorable. Ce film est une suite de scènes gaguesques de bon aloi où j'ai eu le plaisir de revoir Gillian Anderson (X-Files). Je n'ai pas boudé mon plaisir.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [19] - Permalien [#]
Tags : , ,
jeudi 3 novembre 2011

L'Exercice de l'Etat - Pierre Schoeller (billet complémentaire)

C'est seulement après avoir lu sur ce même film le billet de Dasola (la "maîtresse de blog" d'ici), et avoir insisté pour qu'elle me le raconte (fin comprise - j'ai insisté, je vous dis) que j'ai moi aussi (ta d loi du cine, squatter) eu envie de voir l'Exercice du pouvoir - pardon, l'Exercice de l'Etat, ce que j'ai fait le week-end dernier. Et du coup, j'en ai rédigé un billet (le 16ème que je signe, si je compte bien).

Pour commencer par évacuer rapidement les personnages qu'on voit le moins, je dirais que le Premier ministre, le Président de la République, sont très bien, très crédibles - peut-être d'autant plus qu'on ne reconnaît pas tel ou tel véritable policitien. Dans le générique, au début, j'ai été frappé par la grande présence de la Belgique (notamment de la Wallonie). Peut-on supposer que c'est parce que l'acteur principal de ce film français est belge, ou bien y voir un message subliminal, la Belgique ayant récemment passé plus d'un an sans gouvernement de plein exercice (est-ce que réellement ça a changé quelque chose?)?

J'ai trouvé que l'Exercice de l'Etat portait une certaine vision de la manière dont peuvent se prendre des décisions au plus haut niveau de l'Etat, vision très éclairante et désabusée (et pour moi, c'est bien un compliment). Dans le dossier de presse du film (distribué par Diaphana), que m'a montré Dasola, Olivier Gourmet (le ministre Saint-Jean) dit que Pierre Schoeller lui a conseillé de lire la bande dessinée Quai d'Orsay (1). Effectivement, j'ai retrouvé dans le film des tics, des situations, y figurant... Un vocabulaire flamboyant, un langage outré parfois dans la grandiloquence imagée. Je me demande s'ils peignent cependant la réalité, ou un univers imaginaire. En même temps, le film donne à voir la densité de la parole (similaire à celle des "décideurs" que j'ai pu cotoyer - ou même regarder à la télé). Transparaissent le jugement sûr, après l'analyse définitive en quelques mots, l'instinct (l'expérience?) qui permet, à partir de très peu d'éléments (même non verbaux), de reconstituer une situation, des rapports de force... Ce n'est pas de la divination, mais de la logique. S'ensuivent quelques ordres brefs, pour exécution immédiate, du ministre à l'équipe à son service. Pour ne parler que de ses deux plus proches bras droits (Directeur de cabinet et Chargée de communication), ce sont des cerveaux supplémentaires disponibles. Une séquence le met magnifiquement en relief: lors d'une vive conversation téléphonique avec un autre ministre, l'une, à ses côtés, et l'autre, au téléphone (à son autre oreille) lui donnent, en temps réel, de brefs "éléments de langage", qu'il ressert à son collègue. Ils influencent, ici, la parole du ministre. A noter que si la professionnelle l'aide pour sa communication et l'organisation de sa vie conjugale, elle veille à ne lui fournir, elle-même, aucune information sur sa propre vie privée (une absence de réponse qui passe avec un beau sourire).

Les éléments de langage servent à la communication. On assiste à plusieurs remue-méninges pour trouver un lieu, une image-choc, inédite, une formule que retiendront les média et qui rendront l'action politique, par essence peu visible et complexe, audible pour les citoyens. Parole, justement: alors que notre ministre a engagé publiquement la sienne, à la radio, sur un domaine de son champ de compétence, on voit comment l'intérêt supérieur de l'Etat, froidement analysé, peut amener un homme politique (quel que soit son poste) à manger son chapeau - quoi qu'il en ait (et, accessoirement, on lui a clairement fait comprendre que c'était aussi le sien - d'intérêt). Il n'a plus qu'à se soumettre - ou se démettre, c'est le seul choix qui reste lui appartenir. Ainsi, on voit, en filigrane, la puissance des "grands groupes" (Vinci, clairement cité) du CAC40, qui attirent désormais vers eux ceux qu'on pouvait appeler "les meilleurs de nos énarques" (qui devenaient il y a quelques décennies les "grands commis de l'Etat", avec le sens de l'intérêt général, du service public et de l'Etat - classés dans un autre ordre si vous préférez!). Une scène (morceau de bravoure) le met clairement en évidence: le dîner entre deux anciens camarades de promo, dont l'un qui part pantoufler, amer, dans le privé, avec comme argument (je cite approximativement!): "on a du pouvoir, mais on n'a plus de moyens d'action...". A côté des éléments humains (les péripéties quotidiennes qu'affrontent le ministre et son entourage), les contraintes budgétaires dans lesquelles se débat la France aujourd'hui sont bien évoquées, je trouve. Des investissements nécessitent quelques milliards: où les trouver, pour financer les réformes nécessaires? En vendant, encore, des "bijoux de famille" (avec un impact social à la clé bien évidemment). Et notre ministre va même devoir mettre lui-même en musique une réforme à laquelle il était initialement opposé.

Pourtant, j'ai quand même ressenti une certaine sympathie pour ce personnage qui n'est malgré tout pas cynique. Face à la mort (ministre des transports, il incarne la compassion de l'Etat), il fait preuve d'un recueillement qu'on sent sincère. Et à côté de cela, s'il est capable de se comporter par ailleurs comme un tueur en politique, avec les sourires de façade et l'exécution froide en coulisse, une autre facette montre sa solitude en tant que personne (des centaines de contacts dans son téléphone portable - et pas (ou plus?) un seul ami à appeler pour prendre un pot à l'improviste). C'est l'occasion de faire ressortir le côté humain du personnage: lorsque, bourré comme un coing, il entreprend d'aider son chauffeur à construire son pavillon de banlieue. Effort dérisoire: c'est celui-ci qui devra ramener son ministre (sur son dos) dans son appartement familial des beaux quartiers. Autre côté où l'humble l'emporte sur le puissant: après un accident de la route, la famille de la victime qui accepte (tolère?) la présence des hautes autorités de l'Etat à des funérailles - mais en interdisant toute prise de parole (leur souhait est respecté). Ce qui n'empêche pas notre ministre de se psalmodier, pour lui seul, le discours préparé. Scène que je mettrais en parallèle avec une autre qui nous montre l'image frappante (muette) de l'orateur qui prononce un discours (on ne l'entend pas), alors qu'il doit être en train de penser à tout autre chose que ce qu'entend son public suspendu à ses lèvres.

Pour moi, ça se regarde comme un polar: je veux dire que c'est un film qu'il faut revoir une deuxième fois, avec attention, quand on en connaît les péripéties, afin d'être à même de prendre en compte les moindres "éléments annonciateurs". Pour cela, il m'évoquerait un peu le film Le Candidat. Mais cette oeuvre contemporaine m'a également fait penser à un film que j'apprécie depuis longtemps - et que j'ai parfois vu moqué comme kitch, ou cabotin: Le Président, avec Jean Gabin en tête d'affiche. Pour dire quelques mots à ce sujet, il s'agit là d'un film de 1961 (début de la Vème République - il y a plus d'un demi-siècle, je n'étais pas né), mais le "président" qui en est le centre était, à l'époque où il se déroule (la IIIème République), celui "du Conseil" (responsable devant la Chambre des députés), et non celui de la République. Puisse, en 2012, l'Exercice de l'Etat susciter réflexion. Personnellement, quand j'entends dire "dans la situation actuelle, personne ne pourrait faire mieux que lui", j'entends "beaucoup d'autres pourraient faire aussi bien, essayons, donc!". Je rêverais que passe une émission de télé-réalité où des décisions "politiques" (fût-ce pour une "cité" de fiction) seraient à prendre par différents "acteurs" ou "candidats" (ces termes sont signifiants!), avec leurs conséquences enchevêtrées mises en évidence le plus clairement possible, et "votes" du public (j'allais écrire "des citoyens"!)... Cela me redonnerait peut-être envie de racheter une télé! 

(1) Quai d'Orsay, de Christophe Blain et Abel Lanzac, t.1. paru en 2010 chez Dargaud, t.2 à paraître (prépublié cet été en N&B dans Le Monde).

PS du 09/03/2012: pour une liste de plus de 180 blogs ou sites ayant consacré un article à ce film, c'est par là.
PS du 23/05/2012: désormais, le billet concerné recense plus de 300 liens.

Posté par ta d loi du cine à 01:00 - - Commentaires [21] - Permalien [#]
Tags : , ,

jeudi 27 octobre 2011

L'Exercice de l'Etat - Pierre Schoeller

Parmi toutes les sorties d'hier mercredi 26 octobre 2011, je vous recommande tout particulièrement L'exercice de l'Etat de Pierre Schoeller. J'ai eu l'occasion de voir ce film en avant-première il y a quelques semaines grâce au distributeur Diaphana et à Florian. Après Versailles que j'avais bien apprécié, voici donc L'Exercice de l'Etat, qui ne peut laisser indifférent. Déjà, la séquence d'ouverture est assez remarquable: une femme nue agenouillée se trouve face à un crocodile dans une belle pièce (peut-être dans un château ou une grande demeure); et quand cette femme entre dans la gueule du croco, Bertrand Saint-Jean (Olivier Gourmet) se réveille en sursaut en pleine nuit chez lui: il vient de faire un cauchemar. Bertrand Saint-Jean est appelé d'urgence, en tant que ministre des transports, sur un lieu d'accident de la circulation dans lequel les victimes sont des enfants. On suit donc la vie d'un ministre à la personnalité floue, qui a beaucoup de contacts mais pas un ami. Et pourtant, cet homme, tout le temps sur la brèche, est bien épaulé par sa chargée de com, Pauline (Zabou Breitman), et son chef de cabinet, Gilles (Michel Blanc). Ce que nous fait ressentir le réalisateur est très fort. La vie d'un ministre n'est pas une sinécure. J'ai été frappée par la façon dont Pierre Schoeller décrit l'activité de cet homme qui exerce son métier comme un sacerdoce. C'est un film qui va aussi vite que la vie que mène ce ministre qui de temps en temps retrouve sa femme (mais tellement rarement). Ce n'est pas un film militant. Il n'y aucun marquage idéologique. Le réalisateur ne juge pas ses personnages. Il les prend comme ils sont. On assiste à quelques scènes marquantes comme celle de l'accident sur l'autoroute en construction. Et on se souvient de celle où Michel Blanc écoute le discours de Malraux lors du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon tout en se préparant à manger. Olivier Gourmet et Michel Blanc sont tout simplement remarquables. Un très grand film, à voir.

Je reviendrai ultérieurement sur deux autres films sortis le même jour.

_______________________________

PS: je souhaite présenter mes excuses à tous mes fidèles blogueurs de ne pas leur faire plus de commentaires depuis quelques jours mais je suis débordée de travail comme toutes les fins d'année. Je fais ce que je peux.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : ,
lundi 24 octobre 2011

La Brindille - Emmanuelle Millet

Je voudrais évoquer un film français (vu hier après-midi 23 octobre). Sorti le 21 septembre 2011, il n'est plus projeté que dans une salle à Paris avec deux séances dans la semaine. Il s'agit de La brindille d'Emmanuelle Millet, "petit" film de très grande qualité à tout point de vue. Il nous parle d'un sujet délicat, le déni de grossesse suivi d'un accouchement sous X. A Marseille, Sarah, 19 ans, une jeune femme filiforme, apprend qu'elle est enceinte de 6 mois. Tout de suite, elle fait un rejet et un déni sur cet enfant à naître. Si elle avait appris la nouvelle plus tôt, elle aurait avorté. Cet enfant n'est pas du tout dans ses projets, elle veut d'abord et avant tout trouver un travail dans les arts. La solution qui lui reste est de faire adopter le bébé à la naissance. On suit Sarah dans les 3 derniers mois de sa grossesse, où elle fait comme si de rien n'était. Elle suit une formation, a une relation éphémère avec un étudiant en chimie. Logée dans une "maison maternelle", elle ne se mêle pas aux autres jeunes femmes enceintes. Sarah est très seule avec une mère distante au sens propre et figuré. Elle manque régulièrement ses rendez-vous pour son suivi de grossesse, elle ne fait aucune préparation. Cet enfant n'existe pas pour elle. Le film passe d'une séquence à l'autre avec des fondus au noir. C'est sobre et sans atermoiement inutile. C'est certainement pourquoi je suis sortie assez secouée de ce film, et je n'étais pas la seule. Il faut noter la prestation remarquable de tous les comédiens, Christia Theret en tête qui interprète Sarah. C'est dommage que La brindille n'ait pas eu plus de succès en salle. Essayez de le voir en DVD quand il sortira, je vous le conseille vraiment.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : ,
mardi 18 octobre 2011

De bon matin - Jean-Marc Moutout

De Bon matin de Jean-Marc Moutout (qui a aussi réalisé Violence des échanges en milieu tempéré) est un film glacial et glaçant assez remarquable, à mon avis. Jean-Pierre Darroussin trouve l'un de ses meilleurs rôles en interprétant Paul, un cadre supérieur (il vend des produits bancaires) dans une banque d'affaires. Le film est une suite de flash-back où l'on se rend compte comment Paul, au bout du rouleau, commet l'irréparable avant de se suicider. C'est un film qui peut faire réfléchir sur les nouvelles méthodes managériales qui éliminent ceux qui ne plaisent pas pour différentes raisons, ou que l'on considère comme des "has been". C'est l'histoire d'un homme, père de famille, qui fait une dépression (on lui retire certains clients importants, on le fait changer de bureau pour le mettre dans un bureau "open space"). Le film traite de la souffrance au travail, de sa déshumanisation lorsque l'on n'est plus qu'un produit. On vous presse et l'on vous jette. Cela se passe dans un décor gris bleu où tout est feutré. Je sais que ce film a ses détracteurs. Personnellement, j'ai aimé sa sobriété.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : ,
lundi 3 octobre 2011

Films vus et non commentés depuis le 23/07/2011 (suite)

Avant qu'il ne soit trop tard, voici trois films à voir absolument.

Le cinéaste allemand Werner Herzog a eu l'autorisation de filmer les peintures rupestres polychromes vieilles de 35 000 ans de la grotte Chauvet (du nom du découvreur). Cette grotte située en Ardèche, découverte en décembre 1994 par une équipe d'archéologues, a tout de suite été interdite au public (pour éviter les mêmes dégradations qu'à Lascaux). Ce que la caméra nous montre à hauteur d'homme est grandiose et émouvant, surtout filmé en 3D (à bon escient). On ne se lasse pas de voir et revoir pendant de longues minutes ces peintures (quatre magnifiques chevaux, par exemple) ou certaines roches en calcite (on dirait de la dentelle). Mais, selon moi, ce documentaire, La grotte des rêves perdus, aurait pu encore être plus passionnant si certaines questions avaient été posées comme: quelle est la signification de ces dessins? Comment ont-ils été faits? Avec quels ingrédients? Et quels instruments? Comment nos ancêtres fabriquaient-ils leur couleur? Nulle explication. Des interviews comme celle du parfumeur (qui a un "nez") n'ajoutent rien. Seule l'intervention de la conservatrice du site m'a semblé intéressante mais trop courte. Mais rien que pour les peintures, courez voir ce film.

Blackthorn de Matteo Gil, un film que je vous conseille (et je ne suis pas la seule), bénéficie d'une interprétation épatante de Sam Shepard en grande forme, qui trouve un de ses plus beaux rôles en incarnant Butch Cassidy vieillissant. Le film m'a d'autant plus plu qu'il se passe en Bolivie, pays où j'aimerais bien retourner pour visiter des endroits comme le désert de sel d'Ayuni (le peu que j'avais vu en 2001 m'avait enthousiasmée). En 1927, Butch Cassidy que tout le monde croit mort depuis longtemps (voir les flash-back ponctuant l'histoire dans lesquels on retrouve aussi Sundance Kid et Etta Place), décide de revenir au pays. Sur son chemin, il fait la connaissance d'un Espagnol poursuivi par des ouvriers d'une mine. Les rôles féminins ne sont pas que figuratifs. Dommage que ce film sorti en catimini n'ait pas eu plus d'échos car il aurait mérité un succès public. Blackthorn, d'un réalisateur espagnol que je ne connaissais pas, est un excellent film.

Le cochon de Gaza de Sylvain Estibal est une fable tragi-comique à laquelle il manque peut-être un peu de profondeur et une vraie réalisation pour se substituer à un scénario truffé d'invraisemblances. Mais qu'est-ce que j'ai ri (et je n'étais pas toute seule) aux (més)aventures de Jafaar et de son cochon du Vietnam. Le film se passe bien évidemment à Gaza, où le porc est considéré comme une "souillure". C'est donc sur le mode humoristique que le réalisateur a pris le parti de raconter la cohabitation difficile entre deux peuples qui s'affrontent. Jafaar, pêcheur endetté et pas très en veine (du point de vue pêche), voit apparaître dans ses filets un cochon noir vietnamien. C'est le ciel qui lui tombe sur la tête, il veut s'en débarrasser à tout prix (il n'arrive même pas à en prononcer le nom: "borc" [pig - big]). Sans dévoiler davantage l'histoire, je peux évoquer (dans le désordre) le cochon dopé au Viagra, comment Jafaar n'est pas capable de tirer sur ce cochon avec une kalachnikov à 1m50, comment Jafaar vit misérablement avec sa femme dans une masure (avec un trou d'obus en guise de fenêtre et qui sert de poste de garde à des Israéliens), comment un bel olivier devient une victime expiatoire du conflit, comment le cochon se retrouve déguisé en mouton, etc. C'est un film revigorant avec une fin optimiste.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,
dimanche 18 septembre 2011

Tu seras mon fils - Gilles Legrand

Tu seras mon fils de Gilles Legrand (qui est aussi co-scénariste du film, avec Delphine Le Vigan dont le dernier roman vient de recevoir le prix du roman Fnac 2011) est un très bon film classique, bien interprété par Niels Arestrup, Lorant Deutsch, Patrick Chesnais et Valérie Mairesse, sans oublier Anne Marivin. L'histoire se passe de nos jours dans les vignobles du bordelais. Un père et un fils ne s'entendent pas. Paul de Marseul (Niels Arestrup) est déçu par son fils Martin qui n'a pas l'étoffe d'un grand vigneron. Il  n'arrête pas de l'humilier. En parallèle, le régisseur du domaine (Patrick Chesnais) se meurt d'un cancer. Le fils de ce dernier revient des Etat-Unis après plusieurs années d'absence. Là-bas, il avait des responsabilités sur un vignoble californien. C'est lui que Paul de Marseul voit comme son héritier. Bien entendu, un drame éclate et la fin, même si on la prévoit, est inattendue. On peut trouver quelques facilités dans le scénario, les dialogues. Le rôle est taillé sur mesure pour Arestrup. L'intermède à Paris m'a semblé inutile. Cette oeuvre se hisse au niveau d'un excellent téléfilm. Ceci étant, du fait que les acteurs sont tous excellents, et en attendant sa sortie en DVD, je vous conseille ce film.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : ,