mercredi 9 octobre 2013

Patrice Chéreau est mort

Il y a un moment que je voulais évoquer Patrice Chéreau et je n'aurais pas cru que cela se ferait dans de telles circonstances. J'avoue que plus de 24 heures après (l'annonce de son décès date de lundi 7 octobre 2013), je suis encore bouleversée de cette nouvelle car pour ce qui me concerne cet homme m'a fait apprécier le théâtre et l'opéra. Je l'admirais depuis 30 ans, quand avait commencé l'aventure du théâtre des Amandiers à Nanterre où j'ai vu toutes ses mises en scène: Combat de nègre et de chiens de B. M. Koltès, Les Paravents de Jean Genet (avec Maria Casarès), Quartett d'Heiner Müller, La Fausse suivante de Marivaux (un de ses écrivains classiques de prédilection), Dans la solitude des champs de coton, Quai Ouest, Retour au désert (avec Jacqueline Maillan), l'opéra seria Lucio Silla de Mozart, et bien sûr Hamlet de Shakespeare en 1988. J'avais été désolée d'avoir manqué Peer Gynt d'Ibsen en 1981. C'est lui qui a fait connaître Bernard-Marie Koltès au grand public (Dans la solitude..., Quai... et Retour... citées plus haut sont aussi trois pièces écrites par B.-M. Koltès). Pendant les années "Chéreau", Nanterre a été un lieu incontournable où Luc Bondy par exemple a mis en scène Terre Etrangère de Schnitzler: une merveille absolue. Après Nanterre, j'ai continué à suivre Patrice Chéreau et ses spectacles dont Le temps et la chambre de Botho Strauss à l'Odéon, Phèdre de Racine et La Douleur de Marguerite Duras avec Dominique Blanc en tête d'affiche. Je n'oublie pas ses mises en scène d'opéra: j'en ai vu quelques-unes. Outre Lucio Silla de Mozart, j'ai eu la chance de voir Don Giovanni de Mozart à Salzbourg en 1994, Cosi fan Tutte de Mozart et La maison des morts de Janacek à Aix en Provence. J'avoue avoir eu plus de mal avec son cinéma. Par ailleurs, Patrice Chéreau était un immense directeur d'acteurs et acteur lui-même. C'était chaque fois un grand plaisir d'assister à un de ses spectacles (j'en ai vu certains à des moments difficiles dans ma vie et je me sentais mieux quand je sortais de la représentation). Je ne sais pas trop quoi écrire de plus car ma peine est immense. Ce 7 octobre 2013 restera une journée funeste dans mon souvenir. C'est un grand pan de ma vie de spectatrice de théâtre et d'opéra qui s'estompe. Voici une émission de France Culture du 25 mars dernier où on peut l'entendre dire des textes et parler de choses et d'autres. Sinon, j'avais déjà réservé pour Comme il vous plaira de Shakespeare dont il aurait assuré la mise en scène au printemps prochain aux Ateliers Berthier qui dépendent du théâtre de l'Odéon à Paris. Le spectacle n'aura pas lieu...

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Portrait de Patrice Chéreau sur un des murs du Ministère de la Culture (nov. 2013)

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mardi 8 octobre 2013

Sur le chemin de l'école - Pascal Plisson / La dette - Sophie Mitrani et Nicolas Ubelmann

Voici deux documentaires qui ne sont pas mal mais ne m'ont pas totalement satisfaite.

Le premier, Sur le chemin de l'école, est plein de bons sentiments, mais avec un côté factice qui m'a gênée. Le réalisateur se met en position de simple observateur et pas plus. Quatre écoliers (trois garçons et une fille) font des kilomètres tous les jours ou presque pour aller à l'école.
D'abord, Jackson 11 ans et sa petite soeur Salomé, deux Kenyans qui font 15 kilomètres matin et soir (durée du trajet 2 heures dans les deux sens) à traverser la savane où le danger n'est pas constitué par les automobiles, mais par les éléphants qui chargent dès qu'ils se sentent menacés.
Ensuite Zahira, une jeune Marocaine qui est en internat et qui fait, une fois par semaine, l'aller-retour (4 heures de marche x 2) pour rejoindre son école. Entre les cailloux, les montées et les descentes dans les montagnes de l'Atlas, le chemin est éprouvant. A mi-parcours, elle est rejointe par deux copines.
Puis encore Samuel, un Indien du Golfe du Bengale, handicapé physique avec un sourire qui lui mange le visage, qui est trainé sur 4 km par ses deux frères plus jeunes dans un genre de fauteuil (?) roulant fait de bric et de broc et tout rouillé.
Et enfin Carlos, un Argentin qui va à l'école à cheval avec sa petite soeur qui est assise derrière lui. Le tracé dans ces magnifiques paysages de Patagonie est parfois glissant et dangereux. Ils rejoignent l'école en 1h30 tous les matins. Le réalisateur passe d'un enfant à l'autre en captant des moments un peu marquants. Les parents de tous ces enfants sont montrés sous leur meilleur jour: ils montrent qu'ils sont contents que leurs enfants aillent à l'école.
Le film se termine avec l'espoir qu'ils vont tous réussir à terminer l'école diplômés: Jackson gagne une Bourse, Samuel rêve d'être médecin, Carlos rentre à l'internat et Zahira espère devenir institutrice, et que d'autres filles de l'Atlas iront elles aussi à l'école. J'ai trouvé ce film un peu trop bien pensant à mon goût. Et à part la toute fin, j'ai trouvé que l'ensemble manquait de naturel.
Mais allez voir le film en famille avec des élèves récalcitrants. Peut-être que cela les fera réfléchir.

Maintenant je passe à La Dette, documentaire de 71 minutes sorti dans une seule salle à Paris et qui essaye de nous éclairer sur les mécanismes de la dette qui menace les pays européens et les autres. La question principale posée dans ce documentaire, c'est "d'où vient la dette?". Il y a quelques rappels historiques comme le fait que la Banque de France a été fondée en 1800 par des financiers privés. J'ai compris que 95% des opérations bancaires étaient de simples écritures. Souvent les banques ne possèdent pas l'argent qu'elles prêtent. Elles peuvent faire ça car elle en ont le droit parce qu'elles sont des établissements bancaires. Cela leur donne une légitimité. Les banques empruntent à des taux très bas et prêtent à des taux usuraires souvent énormes. Il y a pas mal de témoignages, de graphiques. Le film se termine avec l'Islande et les Islandais qui sont parvenus grâce à un référendum à empêcher que l'argent public rembourse l'énorme dette privée qui a presque mis cette île en faillite. J'ai trouvé ce documentaire pas mal fait mais un peu fouillis, ça part dans tous les sens et il ne propose pas vraiment de solution pour résorber la dette. Intéressant malgré tout. Voir le site du film.

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samedi 5 octobre 2013

La vie domestique - Isabelle Czajka

Hier soir, le 4 octobre 2013, une avant-première de La vie d'Adèle avait lieu dans le complexe de cinéma où je vais très souvent. J'aurais pu y assister mais finalement, je suis allée voir La vie domestique (sorti mercredi 2 octobre 2013) d'isabelle Czajka, une réalisatrice que je ne connaissais pas du tout. J'ai trouvé que  La vie domestique était très réussi, tant du point de vue du scénario que de la direction d'acteurs. Il s'agit d'une adaptation d'Arlington Road de Rachel Cusk, dont j'avais dit beaucoup de bien. La réalisatrice, qui est aussi la scénariste, a resserré l'intrigue autour de quatre mères de famille dans la quarantaine. Elles vivent dans une banlieue plutôt chic, avec mari et enfants, dans de beaux pavillons proprets. Juliette (Emmanuelle Devos) donne des cours d'initiation à la littérature dans un LEP en attendant d'être embauchée (ou non) dans une maison d'édition. Betty (Julie Ferrier), Marianne (Natacha Régnier) et Inès (Héléna Noguerra) sont mères au foyer. Pendant une journée, on assiste à leur rythme de vie plutôt monotone: elles emmènent et vont rechercher les enfants à l'école, font leurs courses dans un immense centre commercial, vont au parc. On sent assez vite qu'elles ne sont pas vraiment épanouies, elles s'ennuient. Elles ne sont pas bien loties avec des maris qui m'ont paru assez mufles, traitant leur femme comme simple élément du décor. Entre le début et la fin du film, seule Juliette va changer, en éprouvant du mépris pour son mari. C'est fait de manière subtile comme tout le film, qui permet de voir Marie-Christine Barrault, qui joue la mère de Juliette dans une scène mémorable. Un film que je vous conseille. J'espère qu'il ne passera pas inaperçu. Lire le billet de Chris.

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jeudi 26 septembre 2013

Ma vie avec Liberace - Steven Soderbergh / Gibraltar - Julien Leclercq

Voici deux films vus récemment qui méritent éventuellement votre attention.

D'abord Ma vie avec Liberace de Steven Soderbergh, pour lequel Michael Douglas vient de recevoir un "Emmy award" (1) pour son interprétation. En effet, sorti en salles en France, ce téléfilm n'a eu droit aux Etats-Unis qu'à une diffusion télé sur la chaîne HBO qui l'a produit. Présenté à Cannes, Ma vie avec Liberace a reçu des critiques très favorable. Liberace (1919-1987) est peu connu en France. Dès l'âge de 4 ans, il a commencé à apprendre le piano. Il a connu la célébrité dans les années 1950 à 70 quand il passait à la télé américaine, jouant des airs connus de musique classique ou des airs plus populaires avec beaucoup de virtuosité. Il s'est surtout produit à Las Vegas. Le film retrace les 10 dernières années de la vie de Liberace entre 1977 et 1987 (il est mort du Sida), et en particulier, l'époque de sa liaison houleuse avec Scott Thorson qui fut son secrétaire, son garde du corps et son amant. Par ailleurs, il a toujours nié son homosexualité. Liberace (qui n'est pas un personnage très sympathique) est très bien interprété par Michael Douglas, mais j'ai surtout admiré l'interprétation de Matt Damon qui joue Scott Thorson. Son rôle est complexe. En homme amoureux et jaloux qui accepte de faire de la chirurgie esthétique pour ressembler à son amant Liberace, d'affiner sa silhouette. Matt Damon émeut beaucoup. Rien que pour lui, allez voir ce film.

Maintenant, je passe à Gibraltar de Julien Leclercq qui permet à Gilles Lellouche de trouver un rôle assez intense. Il interprète un propriétaire d'un bar criblé de dettes et détenteur d'un bateau à Gibraltar, bout de terre anglaise au sud de l'Espagne où se passent de nombreux trafics (14 km de mer séparent l'Espagne du Maroc). Marc Duval (Gilles Lellouche) devient convoyeur de drogue et d'armes (presque) malgré lui en acceptant de travailler pour les douanes françaises. A force de jouer un jeu dangereux avec les gangs irlandais et un baron de la drogue italien, il ne va pas sortir indemne de cette épreuve. D'autant plus qu'il a une femme, une petite fille et une soeur qui lui donnent du souci. La mise en scène est nerveuse. Cela se laisse voir. Le scénario est tirée d'une histoire vraie.

(1) C'est à peu près l'équivalent des Oscars pour la télévision.

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samedi 14 septembre 2013

Une place sur la Terre - Fabienne Godet / Ilo, Ilo - Anthony Chen

Voici deux films que j'ai vus pendant les trois dernières semaines et qui m'ont plu.

Pour le premier, Une place sur la Terre de Fabienne Godet, j'y suis allée parce que j'apprécie beaucoup Benoît Poelvoorde. Dans le registre dramatique, il excelle. Il joue le rôle d'un photographe professionnel mal dans sa peau qui boit, fume et s'occupe occasionnellement du petit garçon d'une voisine. Un jour, de l'autre côté de la cour où donnent ses fenêtres, il entend jouer le début du 1er concerto de Tchaikovski. C'est une jeune femme, Elena (Ariane Labed), qui peu de temps après essaie de se suicider en se jetant du toit de son immeuble, et se rate. Il a eu le temps de la prendre en photo lors de ces instants tragiques. Il n'aura de cesse de se rapprocher d'elle et de la photographier à son insu. La fin de l'histoire est émouvante. Le film comporte des longueurs mais cela n'empêche pas de vous le conseiller. Ariane Labed est une actrice à suivre.

Maintenant, avec Ilo, Ilo d'Anthony Chen qui a reçu la caméra d'or (pour un premier film) au dernier festival du film de Cannes, nous sommes transportés à Singapour dans les années 90. Jiale, âgé d'une dizaine d'années, est un garçon infernal qui n'arrête pas de faire des bêtises. Il vit avec ses parents, la mère enceinte travaille dans un "pool" de secrétaire et le père un peu fâlot est représentant de commerce. Pour seconder la maman, le couple décide d'engager une Philippine, Teresa, qui devient le souffre-douleur de Jiale. Ne se plaignant jamais, Teresa arrive à trouver sa place dans cette famille car les chose changent à Singapour qui est une cité-Etat. En 1997, cette république jusque-là prospère est durement frappée par la crise économique de l'Asie du sud-est. La famille de Jiale va en pâtir comme d'autres. La grande qualité du film est qu'il ne tombe pas dans le misérabilisme; et pourtant, Teresa dort presque par terre à côté de Jiale. Elle n'a pas de vie privée. C'est presque une esclave. D'ailleurs, la mère confisque le passeport de Teresa dès son arrivée, craignant qu'elle ne s'enfuie. Les personnages évoluent à mesure que se déroule l'histoire. On s'attache à eux. Un film plutôt subtil. Je recommande. Lire le billet d'Alex-6.

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dimanche 25 août 2013

Fedora - Billy Wilder

Parmi les ressorties à ne pas louper avant la rentrée, on trouve Fedora, l'avant-dernier film de Billy Wilder, qui date de 1978.

Produit par la France et l'Allemagne (Wilder n'avait pas trouvé le financement à Hollywood), Fedora parle de cinéma, d'une actrice mythique appelée Fedora (une star - allusion à Greta Garbo - qui vit recluse car elle ne supporte pas de vieillir), des ravages de la chirurgie esthétique, d'usurpation d'identité, de folie, du temps qui passe, de l'Hollywood d'antan qui se meurt (nous sommes à la fin des années 70), d'une époque révolue où l'argent ne primait pas sur le reste (en particulier la qualité), où l'on produisait un film sur le seul nom d'un acteur. Dans Fedora, on sent que Billy Wilder, qui est aussi l'un des scénaristes, dévoile son amertume et sa rancoeur envers le "Nouvel Hollywood" des "barbus" (comme il les appelle). Le film, tourné en Grèce et en France (au musée Jacquemart-André), bénéficie d'une musique sublime de Miklos Rozsa. Les quatre acteurs principaux, Marthe Keller, William Holden, Hildegarde Knef et Jose Ferrer, sont remarquables. Il y a aussi une apparition d'Henry Fonda en président de l'académie des Oscars. J'avais vu ce film à sa sortie, en 1978. 35 ans après, je le trouve toujours aussi bien si ce n'est que c'est un film qui file "le bourdon". Il m'a presque donné envie de pleurer, surtout quand on voit l'état du cinéma hollywoodien actuel. Sans être nostalgique, je dirais que c'était quand même autre chose, le cinéma américain "d'avant". Qu'en pensez-vous?

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mardi 20 août 2013

Les salauds - Claire Denis / Michael Kohlhass - Arnaud des Pallières

Les salauds de Claire Denis est un film noir, très noir (Le Bison en parle, en bien, ainsi que Neil et Princécranoir; en revanche, Wilyrah en dit beaucoup de mal). Vincent Lindon qui interprète Marco Silvestri, un marin officier au long cours, revient à Paris suite à un appel de sa soeur. Il va essayer de comprendre pourquoi son beau-frère qui était directeur d'une usine de chaussures vient de mourir (Suicide? Mort accidentelle?) et pourquoi sa nièce se retrouve dans une clinique suite à de graves abus sexuels. Par bribes, on découvre qui est le "méchant" de l'histoire, Edouard Laporte (Michel Subor). Pour ce faire, Marco séduit la maîtresse (Chiara Mastroianni) de Laporte. Mais les apparences sont trompeuses. J'ai aimé l'ambiance générale du film. C'est assez clinique, il n'y a pas de sentimentalisme. Certaines scènes suggèrent beaucoup de choses terribles, au spectateur de se faire son opinion. Vincent Lindon est très sobre, je trouve que c'est au moins une raison d'aller voir ce film qui divise. Mon film préféré de la réalisatrice reste le premier que j'ai vu: Beau Travail (2000).

Ce week-end, comme je l'ai écrit chez Alex-6, je suis allée voir Michael Kohlhass d'Arnaud des Pallières (qui a été en compétition à Cannes cette année). Le scénario est tiré d'une nouvelle de Henrich Von Kleist. Le réalisateur qui est aussi le scénariste a transposé l'histoire dans les Cévennes, au 16ème siècle. Michael Kohlhass est un marchand de chevaux prospère, heureux dans sa vie famililale. Un jour, il se retrouve la victime de l'injustice d'un seigneur. Deux magnifiques chevaux que Michael Kohlhass avait donnés comme caution lui reviennent dans un état épouvantable. Michael Kohlhass demande en vain réparation et il décide de lever une petite armée pour rétablir son droit. C'est un film très rugueux, il n'y a pas de morceau de bravoure, pas d'émotion. Le réalisateur va droit à l'essentiel en faisant des raccourcis. C'est le reproche que je ferai au film, c'est un peu elliptique, sauf la fin. Mads Mikkelsen qui interprète Michael Kohlahass est excellent (comme souvent) et j'ai été très contente de revoir David Bennent, 34 ans après Le Tambour de Volker Schlöndorff. Petite remarque, Volker Schlöndorff avait aussi réalisé, en 1969, un film adapté de la nouvelle intitulée Michael Kohlhass

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lundi 29 juillet 2013

L'inconnu du lac - Alain Guiraudie

Et voici le deuxième film vu juste avant de partir en voyage. Dans un registre particulier, L'inconnu du lac d'Alain Guiraudie (interdit aux moins de 16 ans) est avant tout un film d'atmosphère (assez crépusculaire). Tout se passe au bord d'un lac pendant l'été. Il n'y pas de musique mais on entend le bruit de l'eau et du vent dans les feuillages. Quelques hommes se prélassent nus (du bas) sur le sable. D'autres vont dans les fourrés pas loin pour faire l'amour. Tous ces hommes semblent se connaitre. C'est un lieu de drague. On ne sait pas qui ils sont, quel est leur milieu social (c'est le côté intéressant du film). Ce sont des hommes qui aiment les hommes. Franck, le héros de l'histoire, est un de ceux-là. Il tombe amoureux d'un nouveau venu, Michel, dont on se rend compte rapidement que c'est un dangereux meurtrier qui n'hésite pas à supprimer ceux qui risquent d'être un danger pour lui. Il y a aussi Henri, qui s'est mis à l'écart des autres (mais il observe), plus très jeune, un gros ventre et qui se prend d'amitié pour Franck. Henri est le personnage que j'ai préféré. Et puis il y a le policier maigrichon qui mène l'enquête sur une noyade suspecte. L'histoire, tout en respectant l'unité de lieu et d'action, se déroule sur plusieurs jours. Si on fait abstraction de certaines scènes et de plans plus ou moins scabreux, on peut voir ce film, noir et violent dans tous les sens du terme. Je suis contente de l'avoir vu même si ce n'est pas un sujet qui me touche. Ffred, Neil, Mymp et d'autres en parlent.

PS : pour répondre au commentaire de Pyrausta (antidaté par rapport à la date de parution de mon billet: celui-ci avait été publié par erreur le 25/07/13 pendant quelques minutes...), je ne suis pas du tout allée voir ce film par voyeurisme (j'ai longtemps hésité). Certains dialogues et plans ne mettent pas très à l'aise. J'ai parfois regardé ailleurs. Mais j'ai une (et non un) collègue qui l'a vu et qui me l'a conseillé. Ce n'est pas un film grand public mais j'ai été surprise de voir presque autant de femmes que d'hommes dans la salle où j'étais. En revanche, quand ma collègue l'a vu, c'était dans une grande salle pleine avec seulement trois spectatrices dont elle.

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dimanche 9 juin 2013

Joséphine - Agnès Obadia / Tip Top - Serge Bozon

Je voudrais évoquer deux films pas encore sortis que j'ai vus en avant-première.

D'abord Joséphine d'Agnès Obadia (sortie prévue le 19 juin 2013) qui s'inspire du personnage de la bande dessinée éponyme créée par Pénélope Bagieu (je n'ai pas lu la BD). Joséphine (interprétée par Marilou Berri), presque 30 ans, célibataire, les fes**es rebondies (elle en souffre pas mal), travaille dans la pub. Entourée de trois copines/copain très sympas, d'un chef de service distrait et maladroit, d'une soeur parfaite, Joséphine cherche le mari idéal qui sache cuisiner et aime les chats. Elle en possède un appelé "Brad Pitt" (un chat, je veux dire). Quand sa soeur (parfaite) lui annonce qu'elle va se marier, Joséphine prend une décision qui aura des conséquences incalculables sur sa vie. Je ne veux pas être trop négative, mais n'est pas Billy Wilder ou Ernst Lubistch qui veut. La comédie est poussive et traîne en longueur (et pourtant elle ne dure qu'1H28), et on ne rit pas souvent même si c'est une comédie. C'est truffé d'invraisemblances (et on les voit). Pour résumer, le film manque d'une réalisation plus inspirée. Agnès Obadia a réalisé quelques films dont Romaine par moins 30 (qui déja ne m'avait pas convaincue).

Maintenant, voici Tip Top de Serge Bozon (sortie prévue le 11 septembre prochain) qui a été présenté à la Quinzaine des réalisateurs au dernier festival de Cannes. Juste avant que la projection ne débute, on nous a annoncé que le film détonnait par rapport au reste de la sélection, j'ai compris pourquoi... Le réalisateur et l'un des acteurs étaient dans la salle, un mini-débat devait avoir lieu à l'issue de la projection. Je résumerais le film en un adjectif: loufoque. Après, c'est vous qui décidez. Deux inspectrices de la police des polices, Esther Lafarge et Sally Marinelli (Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain), viennent enquêter dans la région de Lille sur la mort d'un "indicateur" qui travaillait avec un inspecteur (François Damiens). L'enquête n'a aucune importance car ce sont les comportements des protagonistes qui font tout le sel de l'histoire. Esther (Isabelle Huppert) aime l'amour vache qui fait mal. Elle dort même avec un marteau sous son oreiller. C'est Sami Nacéri qui joue son mari et que l'on voit dans une scène mémorable. Quant à Sally (Sandrine Kiberlain), elle a des problèmes avec sa hiérarchie car elle aime "mater", c'est une voyeuse "grave". Je ne vous dirai rien de plus si ce n'est que je n'ai pas assisté au débat. Les autres spectateurs ont applaudi à la fin de la projection, moi pas. Cela ne m'empêche pas de dire qu'Huppert se "lâche" complètement et que Sandrine Kiberlain n'est pas en reste. A vous de juger, encore une fois.

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vendredi 31 mai 2013

Le passé - Asghar Farhadi

Après La Grande bellezza (reparti malheureusement bredouille de Cannes), voici Le passé, qui était aussi en compétition au Festival International du cinéma de Cannes de cette année (2013). Le film a été récompensé grâce au prix d'interprétation féminine à Bérénice Bejo (plutôt mérité). Je dis tout de suite que c'est un film estimable mais pas aussi fort qu'Une séparation, A propos d'Elly ou Les enfants de Belle Ville. Déjà le titre "Le passé" me paraît incongru car on parle très peu du passé des personnages, mais plutôt du présent et d'un futur incertain. Ahmad, un Iranien, revient en France quatre ans après être parti. Il doit signer les papiers de son divorce avec Marie. Cette dernière vit dans un pavillon de banlieue triste. L'appartement est aussi en friche que sa vie. Enceinte de deux mois et mère de deux filles, elle loge aussi Fouad, un petit garçon, le fils de son nouveau compagnon, Samir. On ne saura rien d'Ahmad, même pas sa profession. Il s'implique dans la vie de cette famille, même si c'est pour peu de temps, et de façon parfois maladroite, en voulant bien faire. Face à lui, Marie est une jeune femme nerveuse qui frôle parfois l'hystérie. Je dois dire que ce personnage m'a beaucoup horripilée. Pendant 2H10, on va de révélation en révélation sur la vie de cette famille recomposée, où je n'ai pas trouvé beaucoup de tendresse, sauf des mains qui se touchent ou qui se frôlent. Marie et Samir sont censés s'aimer et bien cela ne se voit pas à l'écran. J'ai trouvé que le film s'étirait en longueur sur la fin, dommage. Malgré mes réserves, c'est quand même un film à voir encore que j'ai préféré L'attentat.

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