Canoë Bay - Patrick Prugne (des.) & Tiburce Oger (scén.)
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'avais jamais eu entre les mains cette "vieille" BD (2009), jusqu'à ce que je l'aperçoive récemment dans une bibliothèque parisienne où j'accompagnais dasola qui avait des livres à rendre (pendant qu'elle attendait, je me suis faufilé vers le rayon BD...). L'image d'un bateau en couverture m'a bien entendu fait penser au Book trip en mer (saison 3) de Fanja. Du coup, j'ai pris un siège et l'ai parcourue... avant de finir par l'emprunter.
Patrick Prugne (des.) & Tiburce Oger (scén.), Canoë Bay, éd. Daniel Maghen, 2009, 76 pages
(premier album des "Sagas indiennes" ensuite créées par Prugne seul)
L'album commence par deux pages et demi de vignettes silencieuses, avant les premières bulles (qui ne sont pas vraiment un dialogue...). Et on est jeté en pleine action, avant un flash-back biographique puis la reprise du récit jusqu'à la fin de l'album. Nous sommes sur le continent américain, au XVIIIe siècle, bien avant la Guerre d'indépendance. Nous avons là un album de BD d'aventures juvéniles (mais pas forcément à mettre entre les mains d'enfants trop jeunes - ayant l'âge du héros principal par exemple).
Jack, orphelin: c'est lui le narrateur de l'histoire, racontée "à hauteur de gamin" - parfois en "décalage" par rapport à ce que nous en voyons ou comprenons en filigrane. L'histoire (mais pas l'album) commence avec sa naissance le 22 septembre 1746 en Acadie (mère qui meurt des suites de ses couches).
L'orphelinat le fait embarquer à 12 ans comme mousse dans la marine marchande britannique. Il y devient copain "à la vie à la mort" avec un autre mousse, Gallois lui, Andrew. Leur chemin croise rapidement, sur le bateau, celui d'un marin style Obélix, avec un anneau à une oreille et une croix à l'autre. Le vieux matelot, Lucky Roberts, n'est pas sans rappeler Long John Silver, même s'il a bon pied bon oeil. En juin 1758, leur navire, le Virginia, accompagne le Saint Georges pour prendre en charge une cargaison de bois d'ébène (du côté des actuels Sierra Leone ou Liberia) à destination des Amériques. L'aimable marin se révèle alors être un pirate qui cherchait à faire se mutiner un bateau, et les aventures commencent vraiment... (ci-dessous, planche 19, un équipage pas emballé, de prime abord, par les perspectives proposées, malgré la vibrante hargne de... John Place).
Malgré tout, la p.22 se conclut par "Nous étions devenus des pirates!".
Pas si simple que cela, d'organiser une vie de piraterie... Notre mutin en chef rêvant d'être pirate semble ne jamais passer vraiment à l'acte offensif contre d'autres navires (toujours fuyant les autorités, toujours courant après ses rêves de trésors...). On a un aperçu de l'île de la Tortue, l'équipe de pirates (augmentée d'une otage, la fille du commandant d'un des bateaux mutinés) joue au chat et à la souris avec les Anglais ou les Français... Et puis, après l'aventure maritime avec les pirates, l'intrigue bifurque vers l'aventure terrestre avec les Indiens, à la recherche d'un trésor au bout du Nouveau Monde. Notre petite troupe (dont un autre pré-ado, Sitouh, un des esclaves qui avaient été embarqués puis délivrés...) se retrouve coincée entre deux feux, avec les Français en lutte contre les anglais, et des alliés indiens de part et d'autre sur le sentier de la guerre. Et la planche 42 finit par reprendre l'action où l'avait laissée la planche 3.
L'antagoniste principal est toujours l'officier de marine britannique dont notre Lucky Rogers (alias John Place) avait eu l'idée saugrenue de garder la fille Angela tout en le laissant partir avec ses marins. L'officier poursuit donc la troupe pirate depuis les Caraïbes jusqu'au fin fond de la région des Grands Lacs canadiens jusqu'à ce que mort s'ensuive. Mais le récit reste à hauteur d'enfant (dessinés avec des visages poupins?), à la différence de la série Les pionniers du nouveau monde (qui met en scène des adultes). Comme déjà dit plus haut, ce n'est pas un album pour de trop jeunes enfants (quelques vignettes très "réalistes" quand il s'agit de voir un de nos jeunes mousses en butte aux assauts d'un violeur, ou les gamins jouant les voyeurs alors que fricote un jeune couple d'Indiens...). Les dessins sont magnifiques et les couleurs à l'aquarelle, il s'agit plutôt de grandes vignettes peintes (sans traits traçant un cadre). À la fin de l'album se trouve tout un cahier de "dessins préparatoires" qui peut faire songer à ceux de Hugo Pratt dans certains de ses albums (Fort Weeling, Ticonderoga, Billy James). Pour ma part, Canoë Bay m'a évoqué aussi bien (influences...?) L'Île au trésor (Stevenson), que la série BD Jérémie (Paul Gillon), ou l'album Le trésor de Barbe-rouge (série Barbe Rouge, de Hubinon & Charlier)...
À noter, une morale finale plutôt pessimiste? p.58, l'aventure du "frère de la côte" idéaliste qui voulait fonder une république libertaire en Amérique du Nord s'est aussi avérée un fiasco, les hommes étant ce qu'ils sont... et ce n'est pas l'or qui fait le bonheur, puisque "l'infortuné" en disposait à foison!
Quand l'album se termine, nos héros se trouvent en Louisiane, en 1760 (les gamins ont désormais 13-14 ans...).
Blogs ayant parlé de cet album (liste pas forcément exhaustive): Tampopo24 (Les blablas de Tachan, Anne-Sophie (blog Mes petits bonheurs).
Et vous, l'avez-vous déjà croisé?
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J'inscris également ce billet au challenge Littérature jeunesse chez Pativore et au challenge American Year chez Belette2911.
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