lundi 29 décembre 2014

L'embranchement de Mugby - Estelle Meyrand / Rodolphe (d'après Charles Dickens)

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) ne connaissais même pas le nom de L'embranchement de Mugby parmi les oeuvres de Charles Dickens (comme tout le monde, quand j'entends "Conte de Noël" pour cet auteur, je pense à Scrooge, le vieil avare métamorphosé par des apparitions la veille de Noël [lu en bibliothèque verte dans mon jeune temps...]). 

Dans le décor sinistre d'une sorte de gare de banlieue, de nuit, un unique voyageur descend au bout d'un quai désert, chapeau melon, pardessus, cache-nez, sous une lumière blafarde (et des couleurs très froides). Seule petite lueur (timidement chaude): le "lampiste" de la gare, qui le recueille puis lui indique un hôtel. Le lendemain, ce voyageur avec bagages erre dans la (petite) ville, en s'interrogeant sur son passé et son avenir. Lui aussi est comme la ville bien entendu, à une croisée des chemins, entre la vie de patron (de Barbox Frères) sûr de lui qu'il a mis 20 ans à devenir, et ce qu'il va advenir du pauvre cocu ayant perdu femme et raison de vivre qu'il est désormais. Il croise un chien errant, et une jolie maison colorée, en sortie de la ville, où une jeune fille alitée lui fait signe d'entrer. C'est la fille du lampiste. Elle lui suggère d'explorer les 5 destinations possibles à partir de Mugby... Il fera ses choix au terme de ses voyages, plus ou moins remplis d'allégories et de surprises.

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Cette bande dessinée m'a fait penser à l'univers du dessin animé L'illusionniste. J'en ai beaucoup apprécié le dessin et le traitement en couleurs directes (voir quelques planches sur le blog de CapOCapesDoc; Allie en parle aussi très bien). Elle est parue récemment (enfin, je trouve: en 2010, pour l'édition originale chez Delcourt), avec un scénario de Rodolphe (d'après le conte de Noël de Charles Dickens), et des dessins d'Estelle Meyrand. Ces deux auteurs avaient déjà collaboré 2 ans plus tôt sur Un conte de Noël. Je n'ai jamais croisé leur version, mais je pense que je prendrai la peine de la chercher en 2015.

P1050194 Tout à fait incidemment, le train sur la 4ème de couverture m'a fait penser au Transperceneige. Est-ce un clin d'oeil? C'est Lob qui avait conseillé à Rodolphe d'entrer en BD.
Merci à dasola pour les photos.

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dimanche 28 décembre 2014

Donald Westlake et son (anti)-héros John Dortmunder

Je voulais à nouveau rendre hommage à l'écrivain américain Donald Westlake, disparu le 31 décembre 2008 en nous laissant inconsolables car les (més)aventures de John Dortmunder & co sont terminées. En effet, parmi la trentaine de romans dont il est l'auteur, Westlake en a écrit pas moins de 13 (entre 1970 et 2009) mettant en scène John Dortmunder, un cambrioleur qui a beaucoup d'idées mais pas mal de déveine. Ses coups fumants deviennent rapidement des coups fumeux. Il a comme comparses Stan Murch (voleur de voitures), Andy Kelp, Tiny Bulcher et quelques autres qui apparaissent au gré des romans, dont la copine que se trouve Tiny, ou la maman de Stan Murch (cette dernière est chauffeur de taxi). Suite à mon billet précédent où j'en chroniquais deux, je voudrais évoquer quatre romans dans lesquels j'ai retrouvé pour mon plus grand plaisir Dortmunder. J'ai souvent ri de bon coeur tellement les situations bien décrites sont en général inextricables. 

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Il faut noter que les "victimes" de Dortmunder ne sont pas à plaindre. Ce sont la plupart du temps des personnages peu ou pas recommandables.

Dans Mauvaises nouvelles (Rivages/Seuil, 280 pages), Fitzroy Guilderpost, Irwin Gabel (deux personnages peu recommandables) et Petite Plume (dernière représentante d'une tribu indienne éteinte - paraît-il) engagent Dortmunder et Andy Kelp pour déterrer un corps qui pourrait prouver, grâce à l'ADN, que Petite Plume serait bénéficiaire de parts dans un casino situé sur une réserve indienne dans laquelle trois tribus ont le droit de cohabiter. Parmi les nombreuses péripéties, on apprend comment récupérer une mèche de cheveux pendant une tempête de neige ou comment une interversion de pierres tombales peut s'avérer délicate.

Dans Surveille tes arrières! (Rivages/Seuil, 280 pages), nous faisons la connaissance de Preston Fareweather et de son factotum, Alan Pinkleton. Preston est un milliardaire odieux qui s'est réfugié dans un club Med aux Caraïbes pour fuir quatre ex-femmes très en colère. C'est là qu'il fait la connaissance d'Arnie Allbright, un receleur et surtout un ami de Dortmunder. Bien entendu, Arnie informe John que l'appartement luxueux de Preston pourrait être visité et dévalisé. Justement, Dortmunder et les autres sont inquiets, leur lieu de rendez-vous favori, le OJ Bar & Grill sur Amsterdam Avenue à Manhattan, est menacé de fermeture après être tombé dans les mains de "vrais" méchants. Je vous laisse découvrir comment nos héros vont arriver à sortir de cette situation et comment le cambriolage devient un moment d'anthologie, d'autant plus que Fareweather revenu entretemps n'entend rien (il dort profondément) de ce qui se passe dans les pièces d'à côté.

Dans Pourquoi moi? (Rivages poche/Seuil, 310 pages), Dortmunder vient de vider le coffre d'un bijoutier. Parmi le butin se trouve un rubis tellement gros que Dortmunder pense qu'il s'agit d'une breloque sans valeur. Mais le "Brasier de Byzance" (c'est son nom), qui était dans un musée de Chicago, doit revenir dans son pays d'origine: la Turquie. En attendant, il avait été entreposé dans le coffre du petit bijoutier. Le pauvre Dortmunder qui ne regarde pas les infos et est allergique aux répondeurs téléphoniques comprend un peu tard qu'il a beaucoup d'ennnuis. Comment se débarrasser de ce rubis qu'il a malencontreusement passé à un doigt (il ne peut plus l'enlever)? Le FBI, la police New-Yorkaise, divers services secrets, et même des truands dérangés par l'hyper-activité policière sont lancés à la poursuite du rubis, et donc de Dortmunder. J'ai beaucoup ri.

Je termine avec Bonne conduite (Rivages poche/Seuil, 350 pages), où Dortmunder, qui vient de commettre un cambriolage dans un entrepôt à Manhattan, se retrouve sur le toit d'un couvent pour fuir la police. Le pauvre ne sait pas dans quoi il vient de mettre les pieds car les bonnes soeurs (qui ont fait voeu de silence sauf le jeudi) lui promettent de ne pas le dénoncer aux forces de l'ordre... moyennant quoi, elles lui demandent de libérer une des leurs, une jeune novice de 23 ans qui souhaite prononcer ses voeux définitifs. Le problème est qu'elle a été enlevée par son propre père (milliardaire), qui ne l'entend pas de cette oreille. La jeune femme est séquestrée au dernier étage d'un building appartenant au papa. Bien entendu, rien ne va se passer comme prévu, mais c'est dans ce roman que l'on fait la connaissance de J.-C. (Josephine Carol) Taylor, une femme de caractère, plutôt jolie, qui gère des affaires pas très légales et ne laisse pas Tiny (Bulcher) indifférent. Pour l'anecdote, Tiny (minuscule en anglais) est du genre armoire à glace qui vous étend un homme d'une simple chiquenaude. Une scène hilarante décrit la façon dont Dortmunder (tel un contorsionniste) s'introduit dans un lave-vaisselle pour se cacher.

Quatre romans à lire absolument, pour moi (comme pour mon ami).

Dans quelques semaines, je ne manquerai pas de chroniquer quatre autres romans avec Dortmunder - déjà acquis, pas encore lus.

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vendredi 19 décembre 2014

Dora Bruder - Patrick Modiano / Orphelins de Dieu - Marc Biancarelli / Histoire de mes assassins - Tarun J Tejpal

Comme je prends du retard dans la rédaction de mes billets "livres", voici trois romans qui n'ont rien en commun mais que je tenais à chroniquer. Il y en a pour tous les goûts.

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Dora Bruder (150 pages, Gallimard) est le premier livre que j'aie lu de Patrick Modiano (tout arrive). Le fait qu'il ait eu le prix Nobel de littérature cette année y est certainement pour quelque chose. Dora Bruder n'est pas vraiment un roman, mais une enquête que Modiano a menée. Il s'est penché sur des annonces d'anciens journaux parus pendant l'Occupation à Paris. Une de ces annonces, datée de 1941, a attiré son attention: Monsieur et Madame Bruder recherchent leur fille Dora, 15 ans, née en 1926 à Paris. A partir de cette annonce, Patrick Modiano a construit son récit et fait des suppositions sur cette jeune fille juive et ses parents. Cela lui permet d'évoquer l'oppression, les lois anti-juives, les rafles pendant l'Occupation. Il en profite pour faire des allusions à sa propre enfance. L'écriture est fluide. Malgré les digressions, on ne perd pas le fil du récit. Un livre à lire. [Merci à K pour le lien vers le discours in extenso que Modiano a prononcé lors de la remise de son prix à Oslo.]

Je passe maintenant à Orphelins de Dieu de Marc Biancarelli (Actes sud, 240 pages): l'action se passe en Corse pendant la première moitié du 19ème siècle. Vénérande, jeune fille courageuse au caractère bien trempé, demande à Ange Colomba, dit "L'Infernu", de venger son frère Charles-Marie, dit "Petit Charles". Ce dernier, un jeune berger, a été défiguré et a eu la langue coupée par des bandits, les Santa Lucia. L'Infernu lui-même, un homme usé et malade, a commis des horreurs dans sa jeunesse, c'était un homme sans foi ni loi. N'ayant plus rien à perdre (il va bientôt mourir), et peut-être pour se racheter, même si la grosse somme d'argent que lui propose Vénérande le décide tout à fait, L'Infernu part en compagnie de Vénérande à la poursuite des bourreaux de Petit Charles. Pendant leur voyage, L'Infernu raconte à Vénérande sa jeunesse tumultueuse et pas très recommandable. Ce "western" corse semble avoir beaucoup plu sur les blogs, ici et par exemple. Personnellement, je reconnais que c'est bien écrit, c'est une belle langue imagée, mais je ne peux pas dire que j'ai été passionnée par l'histoire. A vous de juger.

Je termine avec Histoire de mes assassins de Tarun J Tejpal (Buchet Chastel, 580 pages), un écrivain indien qui a écrit en anglais ce livre que j'ai emprunté en bibliothèque une première fois, fin juillet 2014. Il est resté six semaines sur une chaise sans que j'y touche. Je l'ai rendu en ayant une impression de frustrution, mais j'avais d'autres lectures en train. Début octobre, je reprends le roman en bibliothèque en me disant: "Je veux le lire". J'en avais entendu parler en bien depuis sa parution en 2009. Et enfin, je l'ai ouvert et je l'ai lu relativement vite. J'ai vraiment beaucoup aimé l'histoire de ces "presque" assassins d'un journaliste indien de New Delhi. Les histoires sont dures et on imagine des scènes insoutenables, mais le romancier a suffisamment de talent pour que je ne soit pas choquée par certaines descriptions. Il nous raconte surtout que ces hommes devenus délinquants, tueurs à gages, "dealers" de drogue ont d'abord été des enfants. L'un est musulman, un autre se défend au couteau, un autre encore a vécu parmi les serpents, un quatrième a été abandonné dans un train et a vécu plus de dix ans aux abords de la gare de New Delhi, sans oublier le cinquième qui pour venger ses soeurs violentées est devenu un tueur redoutable avec un marteau. On sait à la toute fin pourquoi et comment ils ont été réunis pour assassiner le journaliste (un double de l'écrivain?). Je suis contente d'avoir fini par lire ce roman qui m'a plu.

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lundi 8 décembre 2014

La jungle - Upton Sinclair / La jungle - Jérôme Equer

Les deux livres que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) chronique aujourd'hui ne sont pas des contes pour enfants. Dans les deux cas, la jungle peut plutôt s'entendre dans le sens d'un univers impitoyable qui soumet les malheureux à ses lois.

J'ai hérité du roman La jungle d'Upton Sinclair (Le livre de Poche, trad. Anne Jayez et Gérard Dallez, 2011, 527 pages) qui est tombé des mains de dasola à sa 1ère tentative de lecture. Et je ne le regrette pas. C'est en 1906 qu'Upton Sinclair (1878-1968) a écrit The jungle, qui l'a rendu célèbre et/mais qui a fait scandale. L'ouvrier Jurgis Rudkus, fraîchement immigré de Lituanie (attiré par le mirage américain) avec toute sa parentèle, est embauché dans une usine des abattoirs de Chicago, où règne la main invisible du "trust de la viande". La famille sera broyée par le système du capitalisme sauvage étatsunien.

Extrait du livre (p.57): "Chacun d'entre eux était un être à part entière. Il y en avait des blancs, des noirs, des bruns, des (...), des vieux et des jeunes. Certains étaient efflanqués, d'autres monstrueusement gros. Mais ils jouissaient tous d'une individualité, d'une volonté propre; tous portaient un espoir, un désir dans le coeur. Ils étaient sûrs d'eux-mêmes et de leur importance. Ils étaient pleins de dignité. Ils avaient foi en eux-mêmes, ils s'étaient acquittés de leur devoir toute leur vie, sans se douter qu'une ombre noire planait au-dessus de leur tête et que, sur leur route, les attendait un terrible Destin. Et voilà qu'il s'abattait sur eux et les saisissait par les pattes".
Il s'agit des cochons à l'abattoir bien sûr, comme le seul mot que j'ai enlevé, "tâchetés", vous l'aurait déjà fait comprendre...

Pour ma part, cette oeuvre m'a fait penser à différents titres "sociaux" (pour ne pas dire socialisants) que j'ai pu déjà lire de Jack London, tout à fait contemporain (mort en 1916, son personnage est décrit vers la fin du livre). On pourrait, aussi, penser que "c'est du Zola" (expression devenue locution courante). Mais, là où Zola mettait en cause, sinon l'individu, du moins son "hérédité", La jungle décrit la pression du "système" capitaliste dans toute sa cruauté, conçu pour pressurer n'importe quelle famille innocente (trop!), en exploitant l'ouvrier strictement aussi longtemps qu'il peut être rentable, et pas une seconde de plus, puis en le jetant, une fois écrasé, à la rue (au sens propre!) sans aucun état d'âme. Ah, ces grands capitalistes américains, qui vivent comme des seigneurs, si seulement ils se contentaient d'être exigeants en terme d'horaires et grippe-sous en terme de salaires... Mais non! Ils mentent (pour attirer la malheureuse main-d'oeuvre, en nombre bien supérieur à leurs besoins, et ainsi formatable, taillable et corvéable à merci). Ils ne respectent même pas le semblant de loi dont s'énorgueillissent les Etats-Unis d'Amérique. Ils trichent dans la qualité de leurs produits finis, de manière immonde (au moins, dans Tintin en Amérique, la vache sur son tapis roulant paraît en bonne santé, et on ne voit pas ce que deviennent les déchets)... Dans ce genre d'usine, il y a des bas-fonds (et l'odeur qui va avec). "On utilise tout dans le cochon, sauf son cri" est une citation ironique dont on a oublié l'auteur. Ils corrompent. Ils achètent les élections...

Après s'être fait renvoyer pour la n-ième fois d'une usine (fermetures pour surproduction...), Jurgis abandonne égoïstement ce qui reste de sa famille pour partir vivre une vie de vagabond à la campagne. A son retour en ville pour l'hiver, il retrouve ses compagnons de prison. Il a écarté tout sentiment moral, aussi bien en faisant le "jaune" qu'en fricotant avec des agents électoraux véreux. On peut relever une rencontre digne des Lumières de la ville (film de Charlie Chaplin, où un millionnaire ivre se lie avec Charlot) entre Jurgis et un "fils à papa" saoûl, qui l'invite au Palais familial (au grand dam du majordome chargé de surveiller l'héritier en l'absence de ses parents): cela contribuera à lui ouvrir les yeux. Le relèvement de sa déchéance passera par le socialisme (à ne pas confondre avec le "Syndicat ouvrier" contrôlé en sous-main par le patronat! Mais le socialisme portant une utopie, celui des romans de London, celui encore de En un combat douteux de Steinbeck, qui se déroule durant la grande Dépression, quelques décennies plus tard).

Encore une fois, esprits délicats, s'abstenir de cette lecture: pas grand-chose ne nous est épargné des aspects les plus sordides de la vie des misérables (même si on a bien entendu écrit plus cru depuis 1906). Alors oui, on peut se dire que ça se passait il y a plus d'un siècle, que ça se passait sur un autre continent. Mais...?

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Sans transition, je vous présente l'autre titre de ce billet, La Jungle de Jérôme Equer. Ce second livre se parcourt d'autant plus vite qu'il s'agit, cette fois, d'un ouvrage de photos essentiellement (Jean-Paul Rocher éditeur, 105 pages). Ce que montrent les images en noir et blanc, c'est la vie quotidienne, là encore, de migrants... Mais elles ont été prises de nos jours, en Europe, à nos portes, à Calais pour être précis (le sous-titre du livre est "Calais, un déshonneur européen"). Le mirage qui en attire les sujets, c'est la Grande-Bretagne. Ils risquent leur vie pour l'atteindre (se faire écraser par un camion sur l'autoroute). Ce qui constitue la jungle du titre, ce sont leurs campements sauvages (de transit!) régulièrement démolis, et que ces hommes qui, eux, ne disparaîtront pas d'un simple coup de bulldozer, reconstruisent non moins régulièrement - eux ou leurs successeurs immédiats, s'ils ont enfin réussi à "passer". Les photos montrent leurs conditions d'existence, en attendant. Le livre date de 2011. Il porte en exergue une citation de la chanson African tour de Francis Cabrel (que je ne connaissais pas et que je viens d'écouter ): "Vous vous imaginez peut-être / Que j'ai fait tous ces kilomètres / Tout cet espoir, tout ce courage / Pour m'arrêter contre un grillage."

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dimanche 7 décembre 2014

Les contes géorgiens - Maia Giorkhelidze

En ce dernier mois de l'année 2014, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) m'insinue pour quelques chroniques dans le flux ininterrompu des billets de dasola.

Voici un livre que vous avez peu de chance de pouvoir trouver en librairie. Je ne sais pas à combien d'exemplaires il a été tiré. La seule mention qu'il comporte, à la fin, c'est: Les contes géorgiens, traduit du géorgien: Maia Giorkhelidze, illustration: Jana Zaalishvii, Tbilissi, Géorgie, 2009, 12 euros. Il s'agit donc plutôt d'une traduction compilée de douze contes populaires que d'une oeuvre originale. Je l'ai trouvé en dépôt dans un restaurant géorgien à Paris, et la couverture m'a attiré (outre le fait de trouver un livre en vente dans un restaurant). Cela peut faire un petit cadeau pour un jeune enfant (les 64 pages sont écrit gros).

L'un des contes, "Tikara", m'a donné une impression de déjà-lu (un enfant et son mentor animal, du fantastique, une poursuite par un être transformiste, des objets magiques...). Mais mes dizaines de "Contes et légendes..." (éd. Nathan) à moi sont actuellement dans des cartons, à la suite de la vente de la maison de famille où ils s'étaient entassés un par un au cours des 50 dernières années... Parmi les autres du recueil, celui intitulé "Le plus sage des partages" vaut bien à la fois un épisode du Roman de Renard et du La Fontaine (quand on est invité à partager entre des puissants et des faibles, on a intérêt à bien tailler les parts...). J'ai beaucoup apprécié le conte "Le père et le fils" (gagner son pain à la sueur de son front...). Les quatre pages intitulées "Une poignée et demi" sont plutôt amères. Bref, il y a de la diversité dans ces contes.

A part un billet sur un blog (datant de 2009), je n'ai pu trouver sur internet que quelques informations sur la traductrice (elle vit sans doute de cette activité?), une journaliste vivant en France depuis 2001, sortie de l'ESJ Paris, qui semble avoir vainement essayé, il y a quelques années, de lever des fonds de "financement participatif" pour éditer un livre de photos sur la Georgie. En tant que photographe, elle semble apprécier les baisers décalés... Je n'ai pas non plus cherché à la joindre, puisque j'ai déjà le livre. Mais, si je la croise un jour, je lui demanderai une dédicace!

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jeudi 27 novembre 2014

Pas pleurer - Lydie Salvayre

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J'ai lu, en deux jours, Pas pleurer de Lydie Salvayre (Seuil, 276 pages), qui vient de recevoir le prix Goncourt 2014. Sous la forme d'un roman, l'écrivain évoque, par la voix de sa mère, l'Espagne de l'été 36 (avec la guerre civile sur le point d'éclater). Le 18 juillet 1936 (premier jour de la guerre civile), Montse, une jeune fille de 15 ans, née en 1921 et issue d'une famille pauvre, a enfin "ouvert sa gueule" après une remarque désobligeante d'un grand propriétaire terrien. Car à cette époque, des familles comme celle de Montse étaient maintenues dans la plus grande pauvreté par ces gros propriétaires terriens. C'est un récit à l'écriture vivante, chantante, martelante, répétitive, avec de temps en temps quelques phrases écrites en espagnol. Dans ce récit, on fait la connaissance de José (le frère de Montse) aux opinions d'extrême gauche, de Diego (militant communiste) qui deviendra le mari de Montse après qu'elle soit tombé enceinte (à 15 ans) d'un Français qu'elle n'a jamais revue. Lydie Salvayre règle son compte à l'église catholique espagnole qui a cautionné les tueries perpétrées par les sympathisants de Franco contre ceux, les républicains, qui aspiraient à un vent de liberté. Par la même occasion, Lydie Salvayre en profite aussi pour faire pas mal d'allusions à Georges Bernanos qui a été témoin des atrocités perpétrées par les franquistes dans l'île de Majorque où il séjournait (il en a fait un livre, Les grands cimetières sous la lune, un pamphlet anti-franquiste qui a eu pas mal d'échos en France). Georges Bernanos a été atterré par ce qu'il a vu et a constaté avec effroi que l'évêque de Majorque avait laissé faire. Il ne m'a pas paru évident de livrer des extraits de ce "roman". Je vous conseille seulement de le lire.

Lire le billet de Chez sentinelle et celui très intéressant de Christw.

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samedi 22 novembre 2014

Le lecteur de cadavres - Antonio Garrido

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Voici un roman policier au rythme haletant qui vous transporte au XIIIème siècle en Chine dans la ville de Lin'an (aujourd'hui Hangzhou, dans le sud du pays). Le titre Le lecteur de cadavres d'Antonio Garrido (Editions Grasset, 600 pages) est déjà tout un programme. L'écrivain espagnol s'est beaucoup documenté pour écrire ce roman en se servant de la vie du premier médecin légiste de tous les temps. On ne connait rien de la vie de Ci Song né en 1186 mais il a laissé une oeuvre abondante. En 1206, Ci Song a donc 20 ans. Il vient de perdre ses parents dans l'incendie de leur maison, son frère Lu est exécuté pour un crime qu'il n'a peut-être pas commis et sa petite soeur appelée Troisième est atteinte du même mal que les deux soeurs aînées (décédées depuis quelques temps déjà). Song Ci est un homme qui a une particularité physiologique: il ne ressent aucune douleur physique même quand il est blessé. Sinon, grâce un juge, il a pu suivre dès l'âge de 17 ans, des cours à l'université en droit puis en médecine. A 20 ans, Ci est capable de découvrir quelles sont les causes de décès de personnes mortes plus ou moins naturellement. Je vous passe le début de ses aventures dans la ville de Lin'an pour arriver directement dans le palais de l'empereur qui ayant eu ouïe-dire de ses talents, lui demande d'enquêter sur le meurtre d'un eunuque affreusement mutilé appartenant à la cour. D'autres meurtres vont suivre. Iris Bleu, une belle femme aveugle dont le charme fait tourner la tête de Ci va jouer un rôle crucial dans l'histoire. On peut deviner assez vite qui est le coupable mais pas forcément son mobile. C'est vraiment passionnant. On a du mal à lâcher ce roman que je vous recommande. Chez sentinelle parle très bien de ce livre sur d'autres aspects.

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dimanche 16 novembre 2014

Silex and the City - 5. Vigiprimate - Jul / Le perroquet des Batignolles (T.2): La ronde des canards - Boujut, Tardi et Stanilas

Voici deux BD que j'attendais avec une certaine impatience, le 5ème tome de Silex and the City et la suite (et pas encore fin) du Perroquet des Batignolles.

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Je commence donc par Silex and the City - 5. Vigiprimate de Jul (Editions Dargaud) où l'on retrouve, comme dans les quatre précédents (il paraît un tome par an), la famille Dot Com en -40 000 avant J.-C. Dans cet album, URL (le garçon) et Web (la fille) décident de quitter le "nid familial" et la vallée. URL part travailler dans une ONG dans le Maghreb paléolithique tandis que Web a gagné à la loterie sa "Darwin card" qui lui permet de partir aux USA (dans le néolithique) pour travailler. Elle rêve de faire du cinéma. Quant aux parents, Spam et Blog, ils décident de faire un voyage en amoureux au Maroc. Pendant sa mission, URL est enlevé par des terroristes. Je vous laisse découvrir comment il sera libéré avec d'autres otages grâce à Web. Une fois de plus, Jul fait une transposition de notre monde actuel dans la préhistoire avec beaucoup d'humour. C'est vraiment un album dans l'air du temps. J'attends bien entendu la suite.

Lire les billets sur les tomes précédents ici, ici et .

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Je continue avec Le perroquet des Batignolles - La ronde des canards de (Michel) Boujut, Tardi et Stanislas (Editions Dargaud). Je ferais remarquer qu'il y a eu un intervalle de trois ans entre la parution du premier album et celui-ci: c'est long. D'autant plus que cinq albums en tout sont prévus (d'après mes renseignements). J'espère que l'intervalle sera moins long avant le prochain. Je rappelle que cette BD est une adaptation d'un feuilleton radiophonique diffusé sur France Inter en 1997.

Nous retrouvons Oscar Moulinet, preneur de son à Radio France, dans sa quête de canards en or où sont dissimulés des bouts de bandes magnétiques. Ces bandes mises bout à bout délivrent un message énigmatique énoncé par Emil Schmutz, vendeur de faux tableaux. Le mystère s'épaissit. Le perroquet fait quelques apparitions indirectes. Il est pas mal question du quartier des Batignolles, de cinéma, de Lyon et de l'institut Lumière, du Louvre et du Radeau de la Méduse. C'est un album très coloré. A la fin de l'épisode, on n'est pas très avancé sur l'énigme et beaucoup de nouvelles questions se posent. Vivement la suite (dans pas trop longtemps, donc, j'espère).

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lundi 10 novembre 2014

Hérétiques - Leonardo Padura

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Je viens d'achever ma lecture des 600 pages du nouveau roman de l'écrivain cubain Leonardo Padura, Hérétiques (Editions Métailié). Keisha en parle très bien et renvoie à des liens très intéressants. Je la rejoins dans les louanges. Le roman se décompose en trois grandes parties: Livre de Daniel, Livre d'Elias, Livre de Judith, et une sorte d'épilogue appelée "Genèse".

J'ai découvert Leonardo Padura (né en 1955) avec Les brumes du passé (où j'ai fait la connaissance de son héros, Mario Conde), j'ai continué avec L'homme qui aimait les chiens et maintenant Hérétiques où on l'on retrouve Mario Conde (ancien flic devenu chasseur de beaux livres), ses amis, son chien mal élevé, son éternelle fiancée et surtout La Havane qui en 2007-2008 suinte toujours la quasi-misère, le manque de tout, le délabrement des maisons et des équipements publics. Dans ce roman, Padura mêle la fiction et la grande Histoire. Il y est pas mal question de la persécution des Juifs entre 1939 et 45, mais l'écrivain revient aussi à la fin de son roman (dans "Genèse") sur les massacres perpétrés en Pologne au XVIIème siècle contre le peuple élu. Un petit tableau de Rembrandt représentant un jeune homme juif ayant servi de modèle du Christ sert de fil rouge au roman.

Dans la première partie, en 1939, Daniel Kaminski, jeune garçon d'origine juive polonaise d'à peine 10 ans réfugié chez son oncle Joseph à Cuba, s'apprête à revoir enfin son père, sa mère et sa soeur Judith qui arrivent en bateau d'Europe avec un tableau de Rembrandt dans leurs maigres bagages. Comme tous les autres passagers, la famille ne pourra pas débarquer mais le tableau, oui... En 2007, le fils de Daniel Kaminski contacte Mario Conde pour savoir ce qui est arrivé au tableau réapparu à Londres pour être vendu aux enchères.

Dans la deuxième partie, nous faisons un saut dans le temps, à Amsterdam (la nouvelle Jérusalem) au XVIIème siècle. Elias Ambrosius Montalbano de Avila, jeune Juif séfarade, devient à force de patience un des élèves de Rembrandt, qu'Elias surnomme "Maître". Il posera aussi pour lui. Et pourtant, dans la tradition juive, les représentations humaines sont interdites. Elias passe outre, il le paiera par un exil forcé. Je vous laisse découvrir ce chapitre passionnant où l'on entre dans l'intimité du plus grand peintre hollandais du XVIIème siècle.

Dans la troisième partie, nous voilà revenus à Cuba en 2008, une jeune fille appelée Judy a disparu depuis 10 jours quand Yadine, une amie de la jeune fille, fait appel à Mario Conde pour la retrouver. Je vous laisse découvrir comme lui le monde des "émo", le lien qui relie Judy et Yadine au tableau. Les ramifications sont nombreuses.

Le roman est vraiment passionnant, facile à lire. Je vous le recommande.

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dimanche 2 novembre 2014

Les Vieux fourneaux: Ceux qui restent / Les Vieux fourneaux: Bonny and Pierrot - Lupano et Cauuet

Je vais enfin chroniquer Les Vieux fourneaux: Ceux qui restent après que de nombreux blogueurs/-euses l'aient fait avant moi. C'est parce que le deuxième tome Les Vieux fourneaux: Bonny and Pierrot vient juste de paraître. Et je pense qu'un tome 3 ne tardera pas (1).

Dans Les Vieux fourneaux: Ceux qui restent, on fait la connaissance de Pierrot, Antoine et Mimile qui forment un trio de septuagénaires assez irrésistibles. Anciens ouvriers syndicalistes, Pierre et Antoine ont gardé leur franc-parler. Antoine vient de perdre sa "chère et tendre" Lucette avec qui il était marié depuis 54 ans. Antoine et Mimile sont venus pour le consoler à l'occasion de ces funérailles (ils arrivent en retard). On fait aussi la connaissance de la petite-fille d'Antoine, Sophie, enceinte jusqu'aux yeux, tout le portrait de sa grand-mère (et elle en a le caractère). Comme cette histoire, qui se passe entre la France et la Toscane et entre le passé (les années 60) et le présent, a été pas mal dévoilée sur différents blogs (Noukette, Aifelle, Violette, Moka ou Stephie, sans oublier A_girl_from_earth, pas plus séduite que cela), je n'y reviendrai pas. Je trouve que c'est un album qui mérite plusieurs lectures. Personnellement, j'avoue avoir été un peu déçue à ma première lecture de ce tome que je n'avais pas trouvé si drôle que cela. Et je n'avais pas forcément compris toute l'histoire. Mais en le relisant, j'ai saisi tout le sel de cette histoire bien menée avec des personnages attachants. Certaines répliques font vraiment mouche. Et j'ai donc été très contente (mon ami aussi) de retrouver les trois v... - pardon, seniors - ainsi que Sophie dans un deuxième tome plein de rebondissements (je conseille de lire les deux tomes dans l'ordre).

Dans Les Vieux fourneaux: Bonny and Pierrot, Sophie a accouchée d'une petite Juliette, elle s'occupe toujours de son théâtre de marionnettes (qu'elle a repris à la suite de sa grand-mère Lucette). En voulant soutenir une cause qui tient à coeur à Pierrot (à la fin du premier tome, elle est devenue millionnaire en euros), Sophie crée un drame en envoyant une grosse somme d'argent en liquide à Pierrot avec un mot signé "Ann Bonny" (coïncidence, Ann Bonny était le surnom d'une femme appelée Anita que Pierrot avait tendrement aimé cinquante ans auparavant et qu'il croyait morte). Bien entendu Pierrot est bouleversé. Pendant ce temps, on suit les tribulations d'une bandes de papis et mamies qui commettent des "attentats gériatriques". Ils habitent dans des îlots de l'Archipel Anarchiste Autonome (réseau dont fait partie Pierrot). Je vous laisse découvrir le stratagème astucieux de Sophie qui va convaincre Pierrot qu'Ann Bonny n'est pas Anita, 50 ans après. Dans les nombreuses péripéties de cet album, vous constaterez qu'il est difficile de trouver une baguette de pain toute simple, et aussi comment des airbags peuvent se transformer en bombes redoutables. Si je vous disais que j'ai préféré ce deuxième tome au premier? Je recommande absolument.

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(1) Tome 3, Celui qui part, chroniqué le 16/11/2015.

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