dimanche 11 novembre 2018

Silvio et les autres - Paolo Sorrentino

Avant qu'il ne disparaisse des écrans (on était peu nombreux à la séance à laquelle j'assistais), je voudrais évoquer Silvio et les autres de Paolo Sorrentino avec l'immense Toni Servillo, qui n'apparaît qu'au bout de 3/4 d'heure du film. Par rapport aux Italiens, on est lésé. Le film a été diffusé en deux partie de 100 minutes chacune en Italie. En France, la version projetée en une partie ne dure que 150 minutes. Il manque donc environ 50 minutes. C'est peut-être pour cela qu'on a une impression de scénario un peu décousu, mais cela ne m'a pas dérangée. Si vous avez aimé La grande Bellezza (comme moi), vous devriez apprécier Silvio et les autres, qui commence par une scène surréaliste. Un mouton blanc entre dans une belle villa vide au bord de la mer en Sardaigne. La télé marche et l'air conditionné commence à s'affoler. La température descend à 0° et le mouton tombe raide mort: première scène marquante. Elle n'a aucun rapport avec ce qui suit mais ça donne le ton du film parfois théâtral (Toni Servillo a beaucoup de texte et il est génial avec son éternel sourire de façade). Il y a un mélange de cruauté, de mauvais goût, de désenchantement, mais le réalisateur (qui est aussi co-scénariste) n'est jamais méprisant. J'ai trouvé l'image belle. Les nombreuses femmes qui apparaissent à l'écran sont bien faites, pas forcément idiotes ni faciles. Tout comme Sergio Mora (Riccardo Scarmacio) qui espère pouvoir travailler pour Silvo, on attend l'apparition de ce dernier et l'on n'est pas déçu. Il porte des vêtements féminins et est maquillé. Silvio n'exerce plus le pouvoir en Italie mais il reste un personnage qui fascine. Il est entouré de beaucoup de personnes qui vivent à travers lui. De temps en temps, Silvio chante et on l'écoute. J'ai aimé le personnage de l'épouse de Silvio, une femme intelligente et forte. Il n'y a pas vraiment une histoire linéaire mais une succession de scènes comme la dernière où l'on voit des pompiers sortir un Christ intact des décombres d'une église après un tremblement de terre au large de la Méditerranée. J'espère que je verrai un jour les deux parties complètes. Je trouve que Sorrentino lorgne de plus en plus vers l'univers de Fellini en plus moderne, et ça lui réussit.

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vendredi 9 novembre 2018

Habemus piratam - Pierre Raufast

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Grâce à Pierre Raufast j'ai passé un bon moment de lecture. Il y a beaucoup d'humour et une certaine férocité dans Habemus piratam (Alma Editeur, 225 pages jubilatoires et cybernétiques). A Chantebrie, une petite ville du Cantal, Francis, un prêtre, reçoit les confessions de vieilles dames qui trichent au scrabble. Un jour, un inconnu vient se confesser en disant qu'il va bientôt mourir. A la demande du Père Francis, il déroule jour après jour, l'un après l'autre les dix commandements qu'il a enfreints. Cet inconnu, un très bon informaticien spécialisé dans la sécurité informatique, est devenu un excellent hacker (un mercenaire numérique) se vendant au plus offrant pour une poignée de bitcoins. Dans de courts chapitres, on suit les pérégrinations de l'informaticien qui grâce à ses connaissances informatiques a privé Toulouse d'électricité pendant une nuit pour faire plaisir à un ami astronome, a volé un roman pas encore publié, a volé un Corot au Louvre, a influencé des élections présidentielles et siphonné les comptes d'un milliardaire qui en a lésé un autre. Ce chapitre sur le siphonnage des comptes  est juste à la moitié du roman. Il nous apprend comment voler les données numériques d'un ordinateur portable pas directement connecté à Internet. "Les données sortantes se font via satellite privé, des pare-feu de différentes marques en enfilade et des communications chiffrées de bout en bout avec des clés longues comme un jour sans pain" (p120). A la fin du roman, il y a un glossaire simplifié qui définit ce qu'est une DDOS, black hat, botnet, key logger, honeypot, buffer overflow, SSL (Secure sockets layer) etc. Pierre Raufast explique, en post scriptum, qu'après trois romans dans des univers fictifs (La fractale des raviolis, La variante chilienne et La baleine thébaïde), il a eu envie d'écrire une histoire proche de son métier. Il a consacré vingt ans de sa vie à l'informatique. Un roman que je vous recommande absolument.

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mercredi 7 novembre 2018

Marx, ô Marx, pourquoi m'as-tu abandonné? - Bernard Maris

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Cela faisait longtemps que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'avais plus mis Oncle Bernard à l'honneur dans mes hommages aux morts de Charlie Hebdo. Avec la reprise universitaire, il est temps de proposer aux étudiants une autre voie en économie que celle des classiques libéraux.

Ce livre de Bernard Maris au titre torturé (Marx, ô Marx, pourquoi m'as-tu abandonné?) a été édité pour la première fois en 2010 aux éditions Les Echappés, puis réédité en 2012 chez Flammarion (coll. Champs actuel n°1058 - le volume que j'ai entre les mains).

Il n'est pas facile de présenter cet ouvrage. Sa présentation matérielle (sinon matérialiste?) m'a fait penser à celle des Pensées de Pascal: de courts paragraphes numérotés... avec parfois des envolées hugoliennes.

J'en extraierais "arbitrairement" quelques citations (de Bernard Maris, et non de Karl Marx), en vrac.

Je commence par relever l'évocation de la "parabole des égoïsmes" provenant d'Adam Smith (p.59): "Ce n'est pas de l'altruisme du boulanger que je tire mon pain, c'est de son égoïsme et de sa cupidité".

Selon Maris, "très vite, [Marx] jugea qu'il n'existe pas d'être plus abominable sur terre que l'économiste" (p.17), et "la question de savoir si Marx déteste les philosophes plus que les économistes reste ouverte; et les philosophes marxistes sont aussi méprisable que les autres" (p.18). Notre Oncle Bernard, plutôt mordant ici, règlerait-il quelque compte personnel?

p.17: "Karl Marx ne souhaitait que l'abolition de ce qui fait notre vie de tous les jours, avec ses lancinantes chansons sur la croissance, l'emploi et le reste: l'économie." p. 33: "Le capitalisme est aussi ce bref moment de l'histoire où les hommes sont productifs. Le jardinier d'une entreprise est productif, le jardinier qui travaille directement pour un consommateur, improductif. Le tailleur privé est improductif, le tailleur de la grande entreprise qui travaille douze heures et n'est payé que six est productif. L'artisan est improductif, car il ne fait que se reproduire sans passer par l'exploitation du travail. Il est proche de l'autoconsommation, de l'autarcie, sa production équivaut à sa consommation, il ne génère pas de plus-value. Aucun capitaliste ne produit pour consommer son produit". [parenthèse: décidément, à cette aune-là, je (ta d loi du cine) ne suis sûrement pas un capitaliste, si je dis vive les AMAP et les SEL...].

"Qu'est-ce que le minimum vital nécessaire au producteur? En 1836, quand Karl dédie des poèmes brûlants à Jenny von Westphalen, le minimum est un bol de soupe et une litière de paille, ce que gagne le journalier agricole qui construit les murets de pierre. En 2010, le minimum inclut une voiture et un portable, sinon le prolétaire ne peut travailler" (p.69). Comme ne le dit pas exactement Bernard Maris: "tu parles, Karl!".

Pour finir, je partage aussi une analyse critique du marxisme revu à l'aune de notre "société de consommation" contemporaine (p.65): Les ouvriers doivent consommer les objets qu'ils fabriquent. Mais que se passe t-il s'ils n'en veulent pas? On objectera, à juste titre, que les besoins sont imposés, fabriqués par la pub, dont le miracle perpétuellement renouvelé est de faire acheter à celui qui n'en a pas les moyens ce dont il n'a pas besoin. Et en contrepoint: "A qui les capitalistes vendront-ils les marchandises produites par les robots?" (p.78).

Ce que je retiens donc de ce livre? Que Marx a brillamment analysé le passé et le présent dont il était contemporain, mais que ses prévisions, 135 ans (désormais) après sa mort, se sont révélées erronées à ce jour: il avait sous-estimé la "résilience" du capitalisme et l'adaptabilité des capitalistes.

On pourra consulter plusieurs blogs ou articles qui ont mentionné ce livre: Bibliothèque farenheit 451, un billet de Denis Clerc, Ludovic (en quelques phrases sur son blog-notes sous-titré "une opinion parmi d'autres"), ou Le prolétariat universel, un blog plus "politique" et qui a fait une critique plutôt acerbe (à mon avis), reprochant à Bernard Maris de ne rien proposer pour "dépasser" Marx (si j'ai bien compris)..

Pour ma part, en ce qui concerne Bernard Maris, il me reste encore pas mal de ses livres à lire avant de pouvoir définir le "marisme".

*** Je suis Charlie ***

Une anecdote sans rapport avec la chronique de ce mois en particulier. J'ai aperçu un jour, il y a déjà quelque temps, un "migrant" sous la ligne de métro 2 (à une des stations où se tient la vente à la sauvette de "Malboro-Malboro-Malboro"...). Il portait un T-shirt "Je suis Charlie". Ca m'a fait gamberger. Je doute qu'il l'ait acheté lui-même en janvier 2015. Sait-il seulement la signification de ce qu'il arbore? Est-il croyant ou mécréant? Et du coup, je me suis dit que c'était peut-être un T-shirt qui avait été donné à une association venant en aide aux migrants, ou encore un don dont il aurait bénéficié en direct. Mais quid du donateur? A quoi a-t-il pensé? Etait-il conscient, ou non, du symbole? Y a-t-il vu malice ou non? Pour ma part, je n'aurais pas fait don d'un tel T-shirt, mais l'aurais conservé pour moi.

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lundi 5 novembre 2018

Films et non commentés depuis début octobre 2018

J'ai voulu voir The Predator de Shane Blake car je suis fan de l'alien aux dreadlocks, que j'avais découvert dans Predator de John McTiernan, et que je recommande vivement. Ce film de 1987 est une référence. Shane Blake, qui réalise la version de 2018, interprétait un des personnages du film de McTiernan. On est loin de la qualité du premier. Dans un crash de vaisseau spatial, un predator perd son masque et un de ses brassards avec lesquels il communique avec d'autres predators dans l'espace. C'est Rory, un petit garçon atteint du syndrome d'Asperger et fils de Quinn McKenna, membre d'un commando des forces spéciales, qui récupère le masque et le brassard. Il arrive très vite à faire fonctionner ces deux objets et à entrer en communication avec d'autres predators dans l'espace, qui se lancent à sa poursuite avec des molosses extra-terrestres. Le film est une suite de poursuites, d'explosions, de plans totalement invraisemblables. Il y des humains un peu félés, d'autres pas gentils de tout. Les predators sont des machines à tuer. Il y avait un vrai suspense dans le film de McTiernan, une tension. C'était haletant. Là, on se désintéresse de l'histoire assez vite: tout est très bruyant, trop rapide et très violent. On peut s'en dispenser.

Je passe au film Voyez comme on danse de Michel Blanc, qui est la suite d'Embrassez qui vous voudrez (2002), que je n'ai pas vu. Le film est plaisant à voir pour les acteurs. L'histoire se passe dans un milieu aisé, Julien (Jean-Paul Rouve) est marié à Lucie (Carole Bouquet), propriétaire d'un restaurant; Elisabeth (Charlotte Rampling) apprend que Bertrand (Jacques Dutronc) est emprisonné pour fraude fiscale ; Véro (Karine Viard) fait partie d'une classe plus modeste. Véro est au bord de l'hystérie quand elle apprend que sa fille de 17 ans est enceinte. Julien trompe sa femme et sent une présence hostile qui le suit en permanence. Lucie en a assez des frasques de Julien et le vire de chez elle. Véro trouve un petit boulot grâce à Elisabeth. On ne sait pas grand-chose du passé des personnages. Le spectateur prend l'histoire en route. La scène finale se passe dans un mobile home où Bertrand partage l'espace avec des poules. Dutronc reste imperturbable et très pince-sans-rire. J'aurais préféré le voir dans un rôle plus consistant. Vous pouvez attendre de voir le film à la télé.

En Liberté! de Pierre Salvadori est loué par les critiques et je me demande bien pourquoi, car, personnellement, j'ai eu l'impression de perdre mon temps en le voyant. Dès la première séquence très violente (une fusillade dans un appartement), j'ai su que je n'aimerai pas ce film qui ne m'a pas fait rire une seule fois. Les acteurs ne sont pas en cause, Adèle Haenel et Audrey Tautou ont les plus belles scènes et les meilleures répliques. Mais je suis restée perplexe devant l'histoire rocambolesque d'une femme flic, Yvonne Santi, apprenant par hasard que son mari policier n'était pas un héros mais un ripou. En tant que bouc-émissaire, Antoine (Pio Marmaï) a purgé huit ans de prison à la place de Santi. Yvonne  se met en tête de tout faire pour aider Antoine qui semble perturbé. J'ai trouvé que le film manquait de rythme et certaines situations loufoques m'ont laissée de marbre. Après Dans la cour et Hors de prix, je me dis que décidément, le cinéma de Salvadori ne me touche pas. Lire le billet de Pascale.

Johnny English de David Kerr est un film sans autre prétention que de faire rire, et c'est réussi. J'ai eu le plaisir de retrouver Rowan Atkinson dans le rôle de Johnny English, un agent secret britannique qui enseigne dans un collège (dans le genre de celui d'Harry Potter). Il apprend à ses élèves l'art de se fondre dans le décor, comment faire une bombe avec une allumette, comment se comporte un agent secret, etc. Pendant ce temps, la patrie est en danger. Un méchant "hacker" fait du chantage à la "Prime Minister" (Emma Thompson, impeccable même quand elle dit des gros mots) après avoir dévoilé la liste des agents secrets britanniques en activité. C'est pourquoi, on fait appel à Johnny English et à trois autres retirés du service pour démasquer le "hacker". Grâce à une bévue de Johnny English, les trois retraités sont mis "hors service" (séquence hilarante). Johnny English aidé par un ami appelé "Bough", va faire des merveilles (avec quelques dommages collatéraux) pour lutter contre l'as de l'informatique. L'histoire n'a aucune importance, car le film est une suite de gags souvent très amusants (un bon pastiche de J... B...). Moi et mon ami, on a passé un très bon moment.

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vendredi 2 novembre 2018

Les enquêtes de Murdoch

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Pour une fois, je vais évoquer une série canadienne, Les enquêtes de Murdoch, dont je suis fan avec mon ami depuis le premier épisode de la première saison, qui date de 2008. La diffusion de la saison 11 s'est terminée il y a 2 semaines sur une chaîne publique française, tandis que la saison 12 a commencé à être diffusée fin septembre au Canada. William Murdoch est inspecteur du poste de police n°4 de la ville de Toronto au tout début du XXème siècle. Murdoch est un personnage intelligent et passionné par les sciences et les découvertes de son temps dont il se sert pour ses enquêtes. L'inspecteur n'est pas seul, il est épaulé par son chef, l'inspecteur principal Thomas Brackenreid qui aime bien le whisky (il est d'origine écossaise), la charmante médécin légiste Julia Ogden (qui deviendra sa femme), l'agent George Crabtree, écrivain à ses heures (qui va subir des déboires amoureux), et l'agent Higgins, un peu ahuri mais sympa. Chaque épisode peut se voir indépendamment mais certaines enquêtes sont en deux parties. Parallèlement aux enquêtes, on suit dans des "arcs narratifs" plus longs l'évolution personnelle de chaque personnage: Julia Ogden, par exemple, va abandonner un temps la médecine légale et être remplacée par le docteur Emilie Grace, qui elle-même sera remplacée pour Rebecca James, une jeune femme noire. Je trouve que la série est bien jouée, et les voix françaises conviennent bien. En raison de son succès, on est passé de 13 épisodes dans les six premières saisons à 18 épisodes dans les saisons suivantes. Ce qui me convient tout à fait. Le dernier épisode de chaque saison laisse le spectateur dans l'expectative car  les scénaristes mettent certains protagonistes dans de fâcheuses situations. La fin de la saison 10 en est un bon exemple. Que dire de plus ? Murdoch aura croisé Mark Twain, le président des Etats-Unis Théodore Roosevelt à qui il va sauver la vie par deux fois, Sir Conan Doyle (que l'on voit au moins dans deux épisodes), Houdini, Nicolas Tesla, Jack London... Je suis totalement accro et j'attends déjà la saison 12 avec impatience (à partir d'août 2019 ?). Pour ceux qui regardent la série, qu'en pensez-vous?

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