vendredi 17 septembre 2021

Un vaisseau fabuleux (et autres voyages galactiques) - Philip K. Dick

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Philip K. Dick (1928-1982) est l'auteur de plusieurs romans adaptés au cinéma dans des films célèbres (Blade Runner, Minority Report, ou encore... Total Recall), et de nombreuses nouvelles de science-fiction. Il était donc normal que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) puisse chroniquer quelques-unes de ses oeuvres dans le cadre de mon Challenge de la planète Mars. Aujourd'hui, pour mon 10e billet (déjà!), je commence à aborder cet auteur avec un recueil de nouvelles dickiennes, que j'inscris également pour le 9e Challenge de l'Imaginaire et le XIIe Challenge Star Wars.

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Traductions de l'américain revues et harmonisées par Hélène Collon, 375 pages, 2010 (1er DL 2005, copyright Gallimard), copyright éditions Denoël pour la traduction française

Un vaisseau fabuleux (et autres voyages galactiques) rassemble 12 nouvelles, écrites entre 1952 et 1954. L'édition française précise "Cet ouvrage est publié avec l'accord de l'auteur et de son agent [nom de l'agent...]". J'ai acheté mon exemplaire il y a quelques semaines, sur la foi du texte de 4ème de couverture. Les Martiens dont il est souvent question (souvent des colons terriens) y sont à chaque fois différents... Je commence par dire quelques mots de présentation pour les 8 nouvelles évoquant Mars.

Dans Les joueurs de flute, un médecin tâche de se renseigner à propos des autochones qui se seraient trouvés sur un astéroïde, et obtient en réponse: "Oh, on raconte qu'ils sont originaires de Mars. Cela dit, ils ne ressemblent guère à des Martiens. Ils ont la peau sombre, plutôt cuivrée. Il sont minces. Très agiles, à leur manière. Ils chassent, ils pêchent. Pas de langage écrit. Nous ne leur accordons pas beaucoup d'attention" (p.113).

Monsieur le vaisseau remarque, p.88, que "Le monde s'est toujours battu, d'abord contre lui-même, puis contre les Martiens, et maintenant contre ces créatures de Proxima du Centaure dont nous ignorons tout". Quant au vaisseau, véritable héros de cette nouvelle, il a acquis une conscience humaine, volens nolens.

Dans Colonie, un équipage débarqué depuis 3 semaines sur une planète se méfie, rappelant que les sables martiens contiennent "une saloperie en forme d'hélice", comparable à l'eberthella typhi que nous avons sur terre (sauf erreur de ma part, ce nom correspond à salmonella typhi, le germe responsable de la fièvre typhoïde!). Je dirai juste qu'ils avaient raison de se méfier...

J'ai trouvé particulièrement forte la nouvelle Tant qu'il y a de la vie... Préserver les sources d'approvisionnement de matériaux devenus indispensables à une société de consommation exacerbée la conduit au désastre. Sur Mars, ce sont des "gisement de rexéroïde" qui sont l'enjeu. Ce produit (?) est indispensable pour le servomécanisme qui fait fonctionner les voitures terriennes! Mais Vénus, Callipso, Neptune, Saturne... sont également sources uniques de matières premières, d'où conflits après conflits.

La crypte de crystal voit les autorités martiennes se montrer plus subtiles que trois agents terriens alors que se profile un conflit entre les deux planètes.

Pour Un vaisseau fabuleux, Mars est juste une destination devant tester un vaisseau pris aux Gaymédiens. Mais il n'y arrivera jamais... alors que le Grand Emetteur martien est le plus puissant du système solaire, arrosant les neuf planètes et portant même au-delà, dans les profondeurs de l'espace (p.352).

L'ancien combattant qualifie les Vénusiens de "pieds-palmés" et les Martiens de "corbeaux", alors que les deux types de mutants descendent de colons terriens (la colonisation de Vénus est citée comme étant intervenue à la fin du XXe siècle!), et que les croisements restent fertiles... Le racisme ne passera pas.

La Mission d'exploration sur Mars y fera une terrible découverte, décourageante.

Les quatre nouvelles qui ne citent pas Mars ne manquent pas d'intérêt pour autant. L'heure du wub qui ouvre le recueil a été la première nouvelle publiée par Philip K. Dick, et bénéficie de 5 pages d'introduction. Elle a conservé un "peps" indéniable! Dans Le canon, un vaisseau d'exploration arrivant sur une planète anonyme se fait abattre par un engin automatique toujours en état de fonctionner, alors que les habitants de ladite planète semblent avoir disparu depuis longtemps. Les braconniers du cosmos, les "Adharans", vont léguer une méchante surprise au vaisseau terrien qui les ont arraisonnés. Enfin, la nouvelle Tony et les "Bêtes" montre l'impérialisme terrien, sûr de lui et dominateur, qui a fini par faire l'erreur de s'aventurer une planète trop loin... avant de devoir commencer à refluer, ineluctablement.

Une belle découverte pour moi que ce recueil, donc. J'espère avoir donné envie de le lire!

Voici pour terminer quelques autres chroniques trouvées sur la toile: le site Vous, humains (pas de commentaire possible?). Erwelyn a présenté deux des nouvelles ici et . Enfin, Snow de Bulles de livre avait parlé du recueil en 2010.

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lundi 13 septembre 2021

Les femmes ne viennent pas de Mars, mais elles y vont - Anneliese Mackintosh

 

Les femmes ne viennent pas de Mars, mais elles y vont, d'Annelise Mackintosh: voilà bien un livre que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'arriverai à inscrire sur aucun des challenges que je suis, ... si ce n'est mon propre Challenge de la planète Mars. Je suis tombé sur ce bouquin par hasard l'autre jour, dans les bacs à tarif doux devant chez Gibert au Quartier Latin. Je ne l'ai lu, bien entendu, qu'après avoir investi 2 euros pour cet achat. Neuf, ce livre sorti en juin 2020 coûte 18,90 euros. Une fois n'est pas coutume, je présente donc un roman paru très récemment! Hors challenge, je n'aurais jamais songé à l'acheter ni même à le feuilleter. Et voilà que je l'ai lu, pour en tirer un billet de plus.

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Selon ce qui figurait sur le site de l'Agence culturelle de la région Aquitaine (ECLA), la traductrice, Aurélie Montaut-Pernaudet, "a acquis une solide expérience dans le domaine de la littérature populaire et sentimentale": voilà qui pourrait suffire à qualifier l'ouvrage. De quoi s'agit-il donc? Solvig, 37 ans, plongeuse professionnelle en couple avec James, un tatoueur amputé d'un pied, court deux lièvres à la fois: tomber enceinte, et participer à un concours pour partir sur la planète Mars (sans l'avouer à son cher et tendre). Le roman est écrit sous forme de récit à la première personne. On partage donc avec notre héroïne les instants de plongée en saturation (avec les collègues qu'il faut supporter), le passage des différentes étapes pour sa candidature au projet médiatique Objectif Mars... et par-dessus tout, ses questionnements sur sa vie de famille, passée, présente ou future, mais plus ou moins dysfonctionnelle. 

De mon côté, je le répète, la seule chose qui m'a attiré vers ce livre qui ne correspond guère à la littérature que je lis usuellement, c'est Mars. Je peux dire que je l'ai lu sans déplaisir, mais avec une indifférence certaine, et que je ne le relirai pas. Quant à cette histoire de recrutement de futurs colons martiens, ça me disait vaguement quelque chose. Il me semblait avoir vu passer des infos dans la presse à ce sujet, fut un temps. J'ai vérifié, et il est explicite que c'est le véritable projet Mars Horizon porté par la société Mars One, lancé en 2011, qui a inspiré le "pitch" de ce bouquin. Il faut malheureusement (?) noter que l'article qui la concerne sur Wikipedia (consulté le 5 septembre 2021) signale la mise en liquidation en 2019 de la société suisse qui l'avait rachetée. Mais Elon Musk reste en embuscade avec ses propres projets de départ vers Mars. Et, plus sérieusement (plus modestement, aussi), la NASA recrute semble-t-il des volontaires (américains!) pour vivre un an, à Houston, comme s'ils étaient sur Mars...

Pour en revenir au livre, j'ignore s'il a attiré beaucoup de lectrices (sinon de lecteurs). J'ai trouvé un petit nombre de blogs qui ont l'ont chroniqué: Charlene, une des cinq chroniqueuses du blog Alice in Neverland, en parle. Mais aussi La bibliothèque de Céline ou Les petites lectures de Scarlett.

Ah, tiens, finalement, une idée: il faudrait que je propose mon exemplaire en "livre voyageur". Et ce serait aussi l'occasion de reprendre contact avec les blogueuses à qui je n'ai toujours pas demandé leur adresse ou un RV pour leur faire parvenir les livres pour lesquels elles s'étaient dites intéressées dans les délais lors d'une opération précédente!

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vendredi 10 septembre 2021

L'enfant de Mars - Cyril M. Kornbluth & Judith Merril / Le Marquis de la Dèche - Roland Dorgelès

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Encore de la littérature pour le Challenge de la planète Mars (lancé par moi-même, ta d loi du cine, "squatter" chez dasola). Comme je l'avais fait naguère pour des livres de Paul Féval ou Howard Fast, je vais profiter d'achats en bouquineries pour présenter deux livres.

Je suis tombé sur le premier par hasard, il y a quelques semaines, en fouillant dans les bacs d'une librairie d'occasion boulevard Saint-Michel, rayon SF / Fantaisy. Aux côtés d'ouvrages très contemporains (pas mal de volumes du Trône de Fer, d'autres "Fantaisies", et de la SF "classique" en Pocket, J'ai Lu et autres Présence du Futur [Denoël]), sur un des "format poche" dont ma main rendait visible un titre après l'autre, un mot m'a accroché l'oeil: "... Mars"! Je l'ai bien sûr sorti du bac et amené jusqu'à la caisse.

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L'enfant de Mars, Cyril M. Kornbluth & Judith Merril,
collection Le Masque - Science Fiction (N°84), Librairie des Champs-Elysées, 1979.

La collection tout d'abord. Je ne la connaissais pas (n'y avais jamais porté attention). Quelques recherches suffisent à n'importe qui pour découvrir que "Le Masque - Science Fiction", créée en 1974 et clôturée en 1981, a publié 116 titres". J'ai eu de la chance en tombant sur le seul volume de cette collection à comporter "Mars" dans son titre. Parmi les auteurs publiés: Philip K. Dick (8 titres), Jack Vance (3 titres), Isaac Asimov (2 titres), Frank Herbert (2 titres), Arthur C. Clarke (1 titre), Robert Heinlein (1 titre)... et bien d'autres auteurs connus (dont quelques Français) dont je n'ai jamais rien lu encore. On y trouve encore Le fusilier Cade, des mêmes Kornbluth & Merril (N°100). Quant à la "Librairie des Champs-Élysées", cette Maison d'édition fut fondée en 1925 par Albert Pigasse, et perdura jusqu'à sa radiation en décembre 1995, après avoir rejoint Hachette en 1971. Sa plus célèbre collection fut celle du Masque.
Aujourd'hui, la marque « Éditions du Masque » est déposée par les Éditions Jean-Claude Lattès, appartenant au groupe Hachette, depuis le 22 février 1996. Pour ma part, j'ai collectionné jadis les 247 tomes de la collection "Western" - ils doivent désormais gésir dans des cartons dans une résidence secondaire à usage de garde-meuble...

J'en viens (enfin!) à L'enfant de Mars. Pour une exégèse du titre, je dirai juste que ça aurait tout aussi bien pu s'appeler "Les enfants de Mars" (il existe au moins un autre livre portant ce dernier titre - rien à voir). On est tout de suite plongé dans l'action sur Mars, alors que le médecin, Tony Hellmann, héros principal, vient de veiller à la mise au monde (martien) d'un nouveau-né tout ce qu'il y a de plus humain, puisque né de colons d'origine terrienne. C'est en suivant le docteur dans ses pensées, ses actions, ses rencontres... que nous est brossé par petites touches, rappelées incidemment par l'un ou l'autre des personnages principaux ou secondaires, l'univers dans lequel ils évoluent, dans un futur indéterminé où la terre est surpeuplée. A noter que les tout premiers colons à avoir "atterri" sur Mars y étaient morts de faim, car le vaisseau-cargo qui devait les précéder avec tout le matériel nécessaire avait été détruit à l'atterrissage.

Désormais, les humains ont découvert une substance, l'oxygène enzyme (OxEn), produite à grand frais sur Mars même, qui, prise régulièrement, leur permet de survivre sur cette planète (atmosphère, atmosphère... et autres inconvénients). Mais tous ne s'y acclimatent pas. Parmi les produits exportés vers la Terre depuis Mars figure une une substance, la "marcaïne", qui peut devenir une drogue dont raffolent les Terriens, et qui rapporte de gros bénéfices - légaux - à ses producteurs. Pour sa part, le docteur Tony Hellmann fait partie d'une communauté, "Sun Lake", qui semble en autogestion, contrairement aux autres implantations terriennes sur Mars (un centre administratif, des mines appartenant à de grandes entreprises, des usines privées, quelques fermes familiales des "pionniers"...). L'équipement dans lequel ont investi les colons de Sun Lake, leur outil de travail et leur moyen d'existence, un laboratoire de chimie, est convoité par d'autres, et une crise éclate avec les autorités.

Après diverses péripéties (la pression ne se relâche pas un instant!), le "deux ex machina" sera un journaliste qui "n'est pas un simple rapporteur reporter" [p.109]. Son quatrième pouvoir l'emporte, très symboliquement, sur les autres: il éclaire le judiciaire, et il se permet de "manipuler" l'exécutif lorsque celui-ci exerce un "excès de pouvoir" règlementaire sinon législatif. Quant à l'enfant, disons juste qu'il a muté...

En deux mots, j'ai trouvé ce roman écrit à l'origine en 1952 particulièrement attachant et facile à lire. Je n'ai rien de spécial à dire sur les auteurs (dont j'ignorais jusqu'au nom avant de découvrir ce livre). Je vous renvoie donc à internet (et notamment à Wikipedia) si vous voulez d'autres informations sur Kornbluth et Merril!

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L'autre titre chroniqué dans ce billet contient un mot qui commence par "MAR" et finit par un "S". Le lien peut paraître un peu ténu pour en parler ici, alors je vais user d'une pirouette et arguer du privilège de l'organisateur du Challenge! Plus sérieusement, je rapproche les deux ouvrages parce que j'ai aussi "chiné" celui-ci dans une librairie d'occasion (pas la même).

L'étal de celle-ci (qui s'affiche "Livres anciens et modernes") m'avait attiré depuis l'autre côté de la rue, avenue Denfert-Rochereau. Pour fouiller dans les bacs de "Poche", il fallait écarter les livres à la couverture passée, posés à l'horizontale, qui les protégeaient du soleil. Le libraire m'a rappelé que les livres craignaient l'humidité, la moisissure, ...et aussi le soleil. En ce qui concerne l'humidité, son arrière-boutique et les livres qu'elle contenait ont subi un dégât des eaux l'an dernier, en provenance du voisin du dessus qui était parti se confiner en province sans couper son arrivée d'eau... Depuis, ça sèche péniblement. Bref.

Je n'avais, je crois bien, jamais croisé (ou, en tout cas, jamais prêté attention à) un "Poche" de Roland Dorgelès autre que son célébrissime Les croix de bois. Alors, quand je suis tombé par hasard sur celui-ci, Le Marquis de la Dèche, bradé à 1,50 euro, je me le suis offert. 

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Il s'agit d'un livre dont le copyright Editions Albin Michel est millésimé de 1971 (du vivant, donc, de Roland Dorgelès), cependant que l'édition "poche" semble avoir été imprimée en octobre 1974 (après son décès - même si celui-ci n'est pas mentionné dans la présentation de l'auteur en page de garde). A l'époque (pas encore un demi-siècle, alors que j'étais collégien), quatre titres étaient mentionnés "Dans Le Livre de Poche" en début de livre, et une vingtaine étaient listés en fin d'ouvrage comme "Oeuvres de Roland Dorgelès". Je reviendrai sur l'auteur plus bas, intéressons-nous donc au livre pour commencer. Ce fameux Marquis de la Dèche, notre héros (ou presque!), campe un personnage pittoresque parmi d'autres qui ne le sont pas moins, sur une Butte Montmartre imprécisément datée de "peu avant la Grande Guerre". Le livre se présente en 13 (oui, 13! Superstition?...) chapitres dont on imagine tout à fait la publication en feuilleton. Les bons mots fleurissent, les "types" sont parfois quelque peu caricaturaux: la bohème et ses artistes fauchés, géniaux, méconnus, enragés de réussite; les anarchistes; les indics; les (petites) crapules, et autres filous ou escroc (personnage attachant!); les "bourgeois" qui viennent s'encanailler; et tout un monde de bars et autres bouges plus ou moins interlopes (souvent tenus par des femmes). Mais tout tourne autour d'un jeune... non pas futur écrivain, mais chansonnier qui rêve d'écrire une opérette sinon un opéra (et d'y trouver la fortune!). Ses amis ou compagnons sont sculpteur, peintre, danseuse, chanteuse, accordéoniste... On sent parfois que Dorgelès a la plume facile du journaliste, avec de grands "morceaux de bravoure" sous forme de discours ou de descriptions, tandis qu'ailleurs quelques phrases suffisent à marquer les jours qui passent et/ou à faire avancer l'action... En ce qui concerne le "genre", il n'y a guère de mise en avant d'homosexuel(le)s - je n'ai pas dit qu'il n'en était nulle part fait mention! Les hommes apparaissent plutôt soucieux de leurs intérêts ou de leur orgueil d'artiste, mais aussi intéressé par la bagatelle, cependant que les femmes semblent plutôt volages... On est davantage dans le registre comique que tragique. Bref, c'est une pochade qui se laisse lire, même si le monde décrit paraît aujourd'hui bien suranné.

Par associations d'idées, je lierais ce livre à deux autres que j'ai lus dans le temps. L'un, pour la jeunesse, Fanchette (le jardin de l'espérance), de Saint-Marcoux, est aussi situé sur la Butte Montmartre, mais dans les années 1950. L'autre, Nuits de princes de Joseph Kessel, se déroule à Pigalle, après la 1ère guerre mondiale.

Je reviens à Roland Dorgelès, dont je ne savais pas grand-chose, comme -je suppose- la plupart des lycéens puis lecteurs de ma génération. Un coup d'oeil sur Wikipedia consulté le 16 août 2021 (je vous laisse vous y reporter - je ne veux pas allonger la sauce davantage!) m'en a appris bien plus que la biographie succincte du livre de poche. J'avoue ne pas m'être reporté à une biographie de Dorgelès, qui m'en aurait sans doute encore appris davantage sur mon livre du jour et son auteur. En tout cas, ce sont une cinquantaine d'ouvrages qui semblent avoir été publiés par notre prolifique auteur, membre de l'académie Goncourt de 1929 à sa mort, et qui l'a même présidée de 1954 à sa mort en 1973. J'ai l'impression que tout cela est bien oublié aujourd'hui. Pour son passage dans le domaine public et une éventuelle exhumation, attendons 2044: peut-être assistera-t-on à un retour à la surface éditorial(e) de toute son oeuvre?

Et pour finir ce long billet, une question subsidiaire: d'ici 2044, l'homme aura-t-il, ou non, posé le pied sur la planète Mars? 

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dimanche 29 août 2021

La guerre des mondes - Herbert-George Wells

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J'ai poursuivi mon Challenge de la planète Mars (lancé par moi-même, ta d loi du cine, "squatter" chez dasola), en relisant un grand classique. Cette fois-ci, il ne s'agit pas d'un "space opera", même si je viens de découvrir que l'oeuvre chroniquée aujourd'hui a connu une ou plusieurs suites (que je vais tâcher de me procurer pour une prochaine lecture...). Mon billet du jour comptera, en tout cas, aussi pour le 9e Challenge de l'Imaginaire.

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H.-G. Wells (1866-1946) est l'un des pionniers de la littérature de science-fiction. La guerre des mondes, comme tout le monde le sait, dépeint le débarquement des Martiens en Angleterre, aux alentours de Londres (et non dans le New-Jersey aux Etats-Unis!). Mon Folio (ci-dessus) possède un premier cahier "collector", imprimé en biais, et une couverture illustrée par Folon (ça ne s'invente pas!). C'est mon grand frère qui m'avait offert (et fait découvrir) ce bouquin, pour un de mes anniversaires, il y a plus de 40 ans... Dans cette édition en français (je ne me suis évidemment pas reporté au texte en anglais), l'action se déroule en 1894, et est "racontée" six ans plus tard (alors que le livre, lui, a été publié en 1898).

Un lecteur français aura sans doute autant besoin d'une carte, pour y repérer les innombrables lieux cités au cours des pages, qu'un étranger pour se repérer en banlieue parisienne. J'ai trouvé un site en anglais (je suis bien certain qu'internet offre une multitude d'autres outils!).

Pour envahir la terre, la science martienne utilise, selon ce que reconstituent les savants terriens, une sorte de canon tirant des projectiles de 20 à 30 mètres de diamètre, qui "mettent minables" ceux envoyés sur la lune par la "Columbia" de Jules Verne. Au départ destination d'excursion, le premier cratère formé par la chute d'un de ces "météores" se révèle rapidement source d'un danger mortel, et très vite en surgit un engin inconnu, cependant que les cyclindres (contenants) continuent d'arriver depuis Mars au rythme d'un par jour. Les tripodes (célèbres dans notre "imaginaire collectif") sont aussi décrits (par un artilleur - qu'on reverra par la suite dans le livre) comme mesurant eux-mêmes 30 mètres de haut. Nos envahisseurs semblent ignorer la roue. Leurs "machines de guerre" principales se déplacent à vive allure, si j'ai bien compris, en basculant de l'une à l'autre de leurs trois longues pattes dans une sorte de tournoiement (?).

L'auteur-narrateur (roman à la 1ère personne) se positionne en témoin de première main, mais raconte également ce qui arrivait à son frère, de son côté. Très vite, c'est le chaos dans la banlieue londonienne, alors que les Martiens sèment la panique et la mort, malgré la résistance, qu'on pourrait croire de mieux en mieux organisée, de l'armée britannique, puis de sa marine. Ce livre écrit à la fin du XIXe siècle annonçait déjà les gaz de combat (la "fumée noire" inconnue répandue par les Martiens sur soldats comme civils) et le rayon laser de la saga Guerre des étoiles (puisque le laser n'a toujours, à ma connaissance, été utilisé jusqu'à maintenant que pour guider une bombe vers un objctif, et non comme "rayon de la mort" tel que décrit dans nos oeuvres d'anticipation). L'exode des Londoniens fait penser à celui de juin 1940 sur les routes de France (selon ce que j'ai pu en lire). Le narrateur s'attarde jusqu'à se retrouver isolé beaucoup trop près d'un campement martien avant de pouvoir s'échapper.

Dans ce livre, Herbert-George Wells nous donne entre autres la vision d'un futur où la majorité des humains ne seraient guère plus que du bétail (les Martiens sont quelque peu vampires...), cependant qu'une minorité résisterait (le narrateur passe quelques jours aux côtés de l'artilleur croisé précédemment, avant de comprendre qu'il ne s'agit guère que d'un rêveur velléitaire). Un premier indice d'insuccès de l'invasion est donné par la dégénérescence rapide de l'herbe rouge extraterrestre... qui, après avoir crû très vite, meurt subitement. Et il s'avère au bout de quelques semaines à peine que la cinquantaine de Martiens, dont les militaires britanniques n'ont réussi à détruire que deux ou trois tripodes (tuant leurs conducteurs), a été exterminée par les micro-organismes terrestres, alors que les envahisseurs s'apprêtaient à étendre leur rayon d'action (vers le continent?) grâce à une machine volante qu'ils finissaient de construire...

Désormais, on peut espérer que la Terre veillera au grain! Ce ne sont pas les hommes, n'est-ce pas, qui auraient l'idée d'envoyer aux confins de notre galaxie un message disant en substance: "Ohé, amis, nous avons plein de protides à vous offrir, dans la 3e planète autour du soleil! Venez, soyez les bienvenus, miam-miam!".

La moindre recherche sur internet ramène des dizaines de chroniques sur ce classique de la SF qu'est La Guerre des Mondes (le roman). J'ai tâché de "mixter" entre des blogs que je connais déjà ... et d'autres (sans prétendre, bien sûr, à l'exhaustivité!), mon principal critère étant que le blog soit toujours actif en 2021 (ce n'est pas le cas de tous ceux sur lesquels je suis tombé, on peut même dire que ça réduit sérieusement le champ...). Ainsi, en ont parlé: SF Emoi, La bibliothèque éclectique, L'ourse bibliophile, Ju lit les mots, Ewylyn, Bruce Kraft (qui a aussi consacré un autre billet au film de 2005), Le cafarnaüm éclairé de Nelfe et Mr K. (liste incomplète, j'insiste). Plusieurs autres blogs dont Le chien critique, Les lectures de Cyrlight, Culturellement vôtre, Welcome to Nebalia ...m'ont mis sur la piste d'une édition présentant aussi une suite!

** Pour prolonger le livre **

En plus d'être illustré, traduit, réédité, le livre a aussi donné lieu à bien des adaptations sous diverses formes toutes plus notables les unes que les autres. Il semble que la fameuse histoire de la panique causée par l'adaptation radio d'Orson Welles soit surtout une invention de journaliste. Pour ma part, j'ai dû voir au moins deux ou trois fois le film de 2005 avec Tom Cruise au fil des ans. Mais j'aimerai bien laisser dasola participer au Challenge avec l'un ou l'autre film concernant Mars! Une adaptation manga (3 volumes au Japon) est en cours de parution en France, j'y reviendrai vraisemblablement si le T.3 sort avant mars 2022. Et voici les titre de deux suites: La cage de Londres (il faudrait que je passe - notamment - à la librairie québécoise de Paris, afin de pouvoir en parler ultérieurement...), et Le massacre de l'humanité (évoqué par certains autres blogs listés ci-dessus).

Je savais aussi qu'Edgar P. Jacob avait illustré La guerre des mondes alors publié en feuilleton dans les tout débuts du Journal de Tintin, en 1946-1947, et pensais mettre ici un extrait du livre que je possède sur le dessinateur. Mais je viens de trouver mieux: Vivianne Quittelier, la petite-fille de sa dernière compagne, possède un blog (elle a d'ailleurs publié un livre de souvenirs où elle évoque le Maître). Et on y trouve donc en ligne plusieurs versions d'une image iconique représentant trois tripodes.

Pour finir, j'espère ne pas avoir trop déboussolé les lecteurs de ce billet par les mélanges entre fiction et réalité, fin du XIXe siècle et notre XXIe siècle. Si c'est le cas, je m'en excuse, et ne peux que suggérer... une deuxième lecture de l'article! ;-)

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mardi 27 juillet 2021

Période d'essai - Isaac Asimov

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Pour mon cinquième billet en ce cinquième mois depuis le début du Challenge de la planète Mars (lancé par moi-même, ta d loi du cine, "squatter" chez dasola), j'en reviens pour la deuxième fois à Isaac Asimov. Et je fais d'une pierre trois coups en terme de challenges, en comptant avec le 9e Challenge de l'Imaginaire et le XIIe Challenge Star Wars.

Disons deux mots de mon cheminement vers l'ouvrage du jour: alors que j'étais prêt à traquer d'occasion Noël sur Ganymède d'Asimov (dans lequel j'avais cru comprendre que figuraient des nouvelles concernant la planète Mars), j'ai découvert l'existence de...

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Ce Période d'essai représente un gros bouquin en "poche" (enfin, SF Folio) de 1067 pages, vendu 11 euros et quelque. Les 27 nouvelles qui y sont recueillies (le titre en VO est The early Asimov or, Eleven Years of Trying) avaient à l'origine été publiées en français sous la forme de quatre recueils parus précédemment chez Denoël et titrés Dangereuse Callisto, Noël sur Ganymède, Chrono-minets et La mère des mondes. Je ne suis pas sûr que j'aurais pu parler des quatre dans le cadre du présent Challenge.

Pour ne pas bloquer son épaisseur de 4,5 centimètres dans mes rayonnages, je l'ai tout bonnement emprunté en bibliothèque. J'avoue ne plus trop comprendre le modèle économique actuel de l'édition. Je suis un peu écoeuré: qu'est-ce que cela "vaut", donc, un livre? "le prix du papyrus", comme l'a écrit Asimov? Entre Librio qui va vendre des "poche" de quelques dizaines de pages à 1, 2 ou 3 euros (sans oublier les "Folio 2 euros"!), et ce "Folio SF" d'une épaisseur confondante... Quel serait donc le "juste prix" pour un livre de 250 pages? Ou un de 500 pages? Jadis, à ses tout débuts (fin des années 1950 / début des années 1960), le Livre de Poche attribuait un, deux ou trois numéros à ses volumes, en fonction de leur épaisseur, avec un prix en proportion. C'était à peu près clair. Et à coté de cela, un livre grand format et broché pour le dernier titre paru d'un auteur à la mode (ou pas) va coûter plus de 20 euros, et nécessiter force papier. A peu près aussi transparent que les tarifs de la SNCF. Bref. Revenons sur Mars.

Les "fameuses" 27 nouvelles s'étalent depuis 1939 (les toutes premières publiées par Asimov dans des revues) jusqu'en à la fin des années 1940, et comportent chacune une courte présentation de l'auteur (de 1 à 12 pages tout de même). Au fil de ces petites introductions et de la conclusion du recueil (125 pages, au total, non dénuées d'humour comme de détails financiers précis), Asimov nous fait découvrir la longue route qui l'a acheminé vers sa carrière d'écrivain professionnel, et mentionne l'existence de 11 nouvelles refusées par toutes les revues de SF des années 30 ou 40 et aujourd'hui définitivement perdues puisque datant d'avant qu'il comprenne qu'il devait toujours conserver un double de tout ce qu'il écrivait (dans un siècle, ça vaudrait le double du tarif d'un quart de cent par mot - au moins!). Quatre ou cinq des nouvelles ont un lien avec ma planète en question (même si leurs martiens ne sont jamais... les mêmes). Je vais donc finir par en dire quelques mots (et renvoyer mes lecteurs au livre pour le reste).

Ecrite en juin 1939, la nouvelle "L'hybride" postule un métissage entre terriens et martiens... et le racisme exacerbé qui l'accompagne. Le long déroulement de l'histoire se montre à la fois optimiste et déchirant. Une seconde nouvelle sur nos hybrides terro-martiens, publiée en octobre 1940, se déroule cette fois-ci sur Vénus - je ne vous spoile rien, son titre étant "Des hybrides sur Vénus". A noter que, pour la première nouvelle ("L'hybride"), à l'époque où ce recueil a été imprimé (en 2016), l'éditeur (Gallimard) n'avait pu retrouver les ayants-droit du traducteur (Bruno Martin). Alors, si l'un de mes innombrables lecteurs les connaît... Je signalerai encore que la couverture ci-dessus est manifestement inspirée par la seconde de ces nouvelles.

La nouvelle "Hérédité" expose une expérience sociologique: faire coopérer deux dirigeants d'entreprises élevés dans deux cultures différentes, l'une ne jurant que par la technologie, l'autre plus proche de l'agriculture paysanne (c'est moi qui y plaque, de manière un peu forcée, ce terme). C'est sur la planète Mars que peuvent se confronter ces cultures terrienne et ganymédienne (1). Je me demande si les auteurs de la bande dessinée "Doc Justice" (Ollivier & Marcello) avaient connaissance de la nouvelle d'Asimov (écrite en août 1940) lorsqu'ils ont publié leur petit récit complet de 11 planches "Neuf hommes sur la banquise" dans Pif gadget il y a... oh, près de trente-cinq ans (novembre 1976)! Bon, voilà que je joue à l'érudit cuistre... Mais je l'ai lu à l'époque, et le possède aussi en recueil d'"Intégrale".

"Une page d'histoire" évoque un brave - et sage - savant martien dont les travaux érudits (il est historien de la vieille civilisation martienne) sont dévoyés par ces brutes de terriens, en conflit ouvert avec Vénus, et bien plus intéressés par les applications concrètes de vieilles sciences dites exactes appliquées à la fabrication d'une arme fantastique citée dans de vénérables ouvrages. Alors que l'historien sait bien, lui, que, sur le temps long, toute victoire apportée par les armes est provisoire, en attendant que d'autres armes plus puissantes apparaissent... cependant que, chez les vaincus, la défaite appelle la soif de revanche. Et cette nouvelle, où est mentionnée en passant la mort d'Hitler, a été écrite, nous dit son auteur, en septembre 1940!

Publié fin 1940, "Le sens caché" peut amener la réflexion dans plusieurs directions: l'esthétisme poussé à sa dernière limite, l'art éphémère, les différences de cultures... Pour en dire deux mots: les martiens nous reconnaissent, à nous, terriens, la capacité de distinguer d'innombrables nuances de couleurs. Eux possèdent la capacité d'apprécier... une autre forme d'art. Mais... qui s'y frotte y perd! Cette nouvelle m'a moins parlé que les autres.

Je ne vais pas dire grand-chose de la vingtaine d'autres nouvelles (ni de leur ventilation passée dans les quatre recueils en français précédemment édités). Enumérer leurs seuls titres serait déjà fastidieux, et je suis trop paresseux pour m'astreindre à une ou deux phrases sur chacune. Par exception, j'avouerai que, n'étant pas chimiste moi-même, tout le sel de la nouvelle "Les propriétés endochroniques de la Thiotimoline resublimée" signée par Asimov juste avant sa soutenance de thèse m'a échappé.

Sur la Toile, j'ai eu du mal à trouver écho de l'ouvrage Période d'essai en passant par un moteur de recherche. Signalons tout de même qu'Hellrick l'a chroniqué. Et je suppose qu'une recherche sur l'un ou l'autre des quatre recueils précédents ramènerait davantage de réponses.

PS: précisons encore que j'ai hésité à inscrire le présent billet au Challenge Star Wars. A la réflexion, j'ai considéré que, comme la dernière nouvelle parle de robots positroniques cependant que les Mondes extérieurs de la Terre y sont évoqués, on peut acter que ce recueil disparate se rattache aussi aux univers "Space Opera" d'Asimov!

(1) Merci à Erwelyn dont le commentaire m'a fait me relire et constater que j'avais oublié d'insérer une phrase marquant le lien avec Mars pour cette nouvelle, "Hérédité"!

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vendredi 16 juillet 2021

Billy Wilder et moi - Jonathan Coe

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Avec Billy Wilder et moi (Editions Gallimard, 292 pages), Jonathan Coe rend hommage aux films hollywoodiens d'avant les années 70, et en particulier à Billy Wilder (1906-2002). Calista, une jeune Anglo-grecque (personnage imaginaire), est la narratrice de cette histoire, qui suit le tournage en 1977 de l'avant-dernier film du réalisateur, Fedora, avec William Holden, Marthe Keller (qui à l'époque vivait avec Al Pacino) et José Ferrer. Le tournage s'est passé à Paris et en Normandie, à Munich et à Corfou (en Grèce). Par un concours de circonstances, Calista est devenue l'assistante du co-scénariste du film, I.A.L. (dit Iz) Diamond qui a été le scénariste d'au moins dix films de Billy Wilder, à partir de Certains l'aiment chaud (1959). Par là même, Calista devient un peu la confidente de Billy Wilder qui s'est rendu compte que le cinéma d'Hollywood d'antan a été supplanté par un nouveau cinéma dirigé par les "barbus" comme Steven Spielberg. D'ailleurs, Fedora n'a pas trouvé de financement américain. Les producteurs éventuels n'ont pas été intéressés par le scénario et c'est pourquoi Fedora est une production franco-allemande. Billy Wilder, comme d'autres réalisateurs de sa génération, a été obligé de fuir l'Allemagne nazie et quand il tourne Fedora, il n'était pas revenu en Europe depuis la guerre. Même s'il est content (il a le plaisir de remanger du brie de Meaux), les souvenirs les plus sombres de sa vie ressurgissent. Calista, qui ne connaissait rien au cinéma, se met à lire des encyclopédies sur le sujet. Elle ne connaissait pas non plus l'oeuvre de Billy Wilder qui a été très influencé par Ernst Lubitsch. Plusieurs années plus tard, à Londres, Calista mariée et mère de jumelles aura choisi sa profession: orchestrer des musiques de films. Pendant le tournage à Munich, elle croise Miklós Rózsa, le compositeur de musiques de films comme Assurance sur la mort, Ben Hur, Madame Bovary et des centaines d'autres. Ce roman qui se lit très agréablement m'a donné envie de revoir Fedora (en DVD). Un roman à lire et un film à voir. En postface, Jonathan Coe liste tous les témoignages et articles qui lui ont servis pour l'écriture de ce livre. Je vais me répéter, Jonathan Coe est un écrivain de talent dont j'ai lu presque toute l'oeuvre.

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lundi 14 juin 2021

Podkayne fille de Mars - Robert Heinlein

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Je n'ai pas encore réussi à rattraper mon retard à l'allumage puisque voici seulement mon troisième billet (en tant que ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) alors que nous sommes dans le quatrième mois du Challenge de la planète Mars. Il s'agit encore d'un livre de Robert Heinlein, que j'ai dans ma pochothèque depuis 21 ans (achat le 27/05/2000). 

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L'illustration de cette édition est due à Wojciech Siudmak, peintre et illustrateur de couvertures de science-fiction souvent visionnaire: je trouve celle-ci un peu "nunuche". Je suppose qu'il s'est inspiré du dernier paragraphe (sur 4) de la 4ème de couv: "Podkayne, qui a recueilli un bébé-fée, une étrange bête vénusienne, est désormais en danger de mort. Son innocence écervelée et le génie diabolique de [son frère] Clark parviendront-ils à les sauver du piège qui leur a été tendu?". Ce paragraphe s'applique, peut-être, aux 10 dernières pages du roman. Mon avis est qu'il ne rend sûrement pas justice au livre, qui vaut mieux que sa couverture! A moins que ledit dernier paragraphe n'ait lui-même été rajouté après la livraison par l'artiste de la couverture, pour "coller" à celle-ci? L'édition, c'est un métier... Je ne le saurai jamais.

Toujours est-il que, même si l'action de Podkayne fille de Mars ne se déroule pas intégralement sur la planète en question, cette oeuvre de Robert Heinlein nous intéressera de par la vision qu'elle donne de Mars et surtout de ses colons terriens. L'essentiel du livre est écrit à la première personne par notre héroïne éponyme, gamine âgée entre 15 et 16 années terriennes et nantie d'un jeune frère qui en compte 11 (une fois effectué le calcul à partir du "taux" de conversion" qui consiste à multiplier par 1,88 le nombre d'années martiennes). La vie familiale, et les projets de vacances, de ces deux jeunes gens (visite de la Terre "en famille" avec papa et maman) sont perturbés par la "décantation" intempestive de leurs 3 jeunes frères et soeurs, dont la décongélation était censée intervenir seulement après le retour du voyage interplanétaire. Leur oncle leur sauve la mise en proposant que ses neveux l'accompagnent alors qu'il doit participer à une prochaine conférence triplanétaire (avec Vénus toute en tiers...) sur la Terre.

Comme souvent chez Heinlein, les jeunes héros bénéficient par ailleurs de QI exceptionnels hérités de leurs géniteurs (ingénieure généraliste pour la mère, archéologue spécialisé dans l'étude de la vieille civilisation des Martiens - il y a 50 ou 100 millions d'années! - pour le père), ce qui a donné respectivement 160 pour Clark et 145 pour Podkayne. A partir des "bavardages" de Podkayne, on peut reconstituer que l'on doit être à quelques décennies seulement (terriennes...) de l'autonomisation politique (et économique) des "hommes de Mars" par rapport à la Compagnie (terrienne) qui administrait initialement la planète rouge. Père et oncle sont des vétérans de cette "révolution".

Le thème sous-jacent dans le roman s'avère très "étatsunien": comment une colonie s'affranchit de la tutelle de ses fondateurs, pour prendre son indépendance politique et nouer des relations commerciales devant bénéficier de manière équilibrée aux deux parties. L'héroïne et son garnement de frère vont ainsi se trouver mêlés à des intrigues politiques qui les dépassent, alors qu'il s'agit de faire pression sur leur oncle, héros de l'indépendance et ambassadeur aussi extraordinaire que secret - en principe -, qui a pour mission de négocier un traité commercial avec la terre.

On trouve, ici ou là, des informations glissées par petites touches sur la vie des colons terriens sur la planète Mars. On relèvera, ainsi, dès les premières pages, la phobie de Podkayne par rapport à l'eau (l'idée d'une plage au bord de la mer l'angoisse), à l'exposition directe au soleil, et le rapport à la pesanteur. Cherchant sa voie, son rêve serait de devenir pilote d'astronef - mais elle prend durant le voyage conscience que personne ne l'attend sur ce genre de poste. C'est lors de l'escale sur Vénus - une sorte de gigantesque Las Vegas - que l'histoire dérape. Car tout le monde n'a pas les mêmes intérêts concernant la trop fameuse conférence tripartite. Afin de vous laisser quelques raisons de lire le livre, je dirai juste que j'ai cru comprendre qu'Heinlein a dû modifier, à la demande de son éditeur, la fin qu'il avait d'abord rédigée.

Grâce à quelques recherches sur la blogosphère, j'ai déniché à propos de cet ouvrage de vieux billets sur le blog Narcissique and co (dont la dernière publication remonte à décembre 2020), ainsi que sur celui de Lynnae (dans le cadre d'un "défi Robert Heinlein" en 2011?).

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lundi 24 mai 2021

La croisière du Snark - Jack London

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Bon, ça commence à devenir de moins en moins drôle que je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) me retrouve désormais tout seul à participer au Challenge Jack London proposé de mars 2020 à ... "plus soif, je veux dire plus lire!" par ClaudiaLucia. Du coup, cette parution sera la dernière de mes huit billets, pour lesquels j'aurai quand même soutenu un bon rythme de croisière, depuis le 08/02/2021.

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De son côté, le récit de voyage La croisière du Snark est paru en 1911. Il se présente sous l'apparence de 17 chapitres, peut-être (?) rédigés par Jack London sous forme de reportages concernant le voyage effectué avec sa femme Charmian, d'avril 1907 à novembre ou décembre 1908, depuis la Californie jusqu'en Australie (initialement, ils devaient être 7 ans absents et rêvaient de faire le tour du monde). Le texte est précédé d'Un mot sur le Snark, quatre pages rédigées par Louis Postif, le traducteur du texte publié chez Hachette en 1936. Pour ce qui me concerne, il s'agit de l'un des deux bouquins que j'ai retrouvé dans mes étagères, déclassés par rapport au gros de mes London parce qu'achetés à des années d'intervalle. Mon édition est parue cette fois chez Le Livre de poche (en date du 3e trimestre 1976), et j'ai acheté le bouquin (d'occasion) en 2006. J'ai regretté l'absence d'un "apparat critique" qui m'aurait informé des dates exactes de publication dans tel ou tel support. J'ai dû glaner ailleurs les informations m'apprenant que, en parallèle à ce "reportage au fil de l'eau", London a trouvé moyen de rédiger aussi Martin Eden (commencé à Honolulu et terminé à Papeete), L'AventureuseContes des mers du SudRadieuse aurore, et de nombreuses nouvelles, ce qui lui permettait de financer les frais du voyage. Il faudrait quand même que j'arrive à feuilleter une édition en 10-18... une année ou l'autre. Ça se finit un peu en queue de poisson... Jack London fait justice, dans le dernier chapitre, de la rumeur comme quoi tous les frais de la croisière étaient intégralement payés par un magazine. 

Le premier chapitre, titré La réalisation d'un rêve, expose comment est née l'idée du voyage sur une embarcation de moins de 15 mètres de long à la flottaison. J'en extirpe ce qui paraît une bonne "profession de foi" ou "philosophie de vie" de London, pour répondre à ceux (ses amis...) qui prenaient le projet pour une folie (p.15): "Et si cela me plaît, à moi! Voilà les mots qui résument tout. Plus profonds que la philosophie, ils poussent l'ivrogne à boire et le moine à endosser un cilice; ils incitent celui-ci à poursuivre la gloire, celui-là à conquérir l'or, cet autre à vivre pour l'amour, ce quatrième à ce consacrer à Dieu. La philosophie est très souvent pour l'homme, un moyen individuel d'exprimer ses goûts et ses désirs". 

Pour dire quelques mots des autres chapitres qui composent cette oeuvre quelque peu décousue, j'ai retrouvé dans la description des mésaventures du fameux bateau, avant et après l'appareillage, la verve qui était déjà à l'oeuvre pour raconter les déconvenues du "correspondant de guerre" en Corée. Dès le second chapitre, London "règle ses comptes" avec tous ceux qui sont intervenus sur la fabrication du bateau: budgeté pour 7000 dollars, celui-ci lui en a finalement coûté plus de 30 000, et a pris la mer sans avoir mené à bien tous les essais qui se seraient probablement imposés avant un départ pour le tour du monde. Je n'ai rien compris aux explications données dans le chapitre Le navigateur amateur. Tout le sel des plaisanteries m'est passé au-dessus de la tête... Plus généralement, les  différents chapitres peuvent porter sur un thème (ah, la découverte du "surf-riding" à Hawai par London: le chap. VI y est consacré!), ou décrire un lieu, une excursion à terre... Ou les rencontres avec des personnages hauts en couleurs, indigènes ou bien Européens expatriés "dans les Îles". J'ai tiré de cette lecture le constat qu'encore une fois, London a nourri de ses observations personnelles sur le terrain, qu'on peut qualifier de "sociologiques", nombre de ses oeuvres ultérieures. J'ai relevé (p.256) la première notation (chronologiquement) des oreilles percées des "naturels" des Îles Salomon (qui lui resserviront dans Jerry dans les Îles et dans Fils du soleil). Et (p.268-269) l'histoire de l'aveugle qui a résisté toute la nuit à coup de flèches aux trois hommes qui venaient le tuer (mais ici, il subit le sort de la chèvre de Monsieur Seguin...).

Pour sa part, son épouse Charmian London a rédigé et publié le "journal de bord", cependant que leur cuisinier réalisait une captation photographique de la croisière. Ce dernier s'est ensuite lancé dans un documentaire cinématographique sur les Îles, dont, semble-t-il, il a pu tirer un bon prix, en capitalisant sur la notoriété des London.

Bien conscient que ma description est trop sommaire (je trouve particulièrement difficile de résumer ce  livre!), je signale que Chinouk en a parlé en 2018, avec des photos d'une exposition "Jack London dans les Mers du Sud" de 2017-2018, qu'a aussi présentée dans un long article publié en 2018 le blog Casoar (créé par des étudiants de l'Ecole du Louvre). Sur le livre seul, voir aussi le blog tour du monde (de Grenadine)

Et c'est avec cette croisière du Snark que je vais arrêter mes propres survols 2021 de l'oeuvre de Jack London - un peu frustré d'être resté le seul participant au Challenge depuis que j'ai entamé ma participation, en février 2021. Peut-être reprendrai-je dans quelques années - qui sait, en proposant moi-même un Challenge London-ien? Pour le moment, dans les prochains mois (jusqu'au 31 mars 2022), je vais me concentrer sur mon Challenge de la planète Mars

PS: il y a quelques semaines, en librairie, j'ai eu une lueur d'espoir, en y apercevant Martin Eden en 10-18 "neuf". Mais en regardant les copyrights, j'ai découvert que "10-18 est une marque d'Univers Poche" (groupe Editis?), et c'est tout... Enfin non, j'ai découvert sur leur site internet une autre marque, "12-21", qui propose quelques titres de JL en édition numérique et bilingue! Je suppose que la marque "15-25" a déjà été réservée pour publier du "young adult"... 

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vendredi 14 mai 2021

La voie martienne - Isaac Asimov

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Cette fois-ci, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) mets en orbite une seconde contribution au Challenge de la planète Mars, en espérant que ce lancement me permettra bien de rester sur une trajectoire d'un minimum de 13 contributions. Ce billet devrait aussi pouvoir compter pour le 9e Challenge de l'imaginaire proposé par Ma Lecturothèque!

Quatre nouvelles figurent dans ce livre "hors cycles" d'Isaac Asimov, La voie martienne. La nouvelle qui donne son nom au recueil n'est pas la plus longue, avec une cinquantaine de pages seulement contre plus de 90 pour la dernière. Je peux également noter que mon édition (imprimée en novembre 2019) ne présente pas de préface d'Asimov comme d'autres de ses recueils où il évoquait les circonstances de rédaction, et notamment la réception des textes par les rédacteurs en chef des magazines de SF de l'époque. 

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La voie martienne dont il s'agit ici, c'est la voie étroite et propre (différente de celle de la planète Terre) que sont contraints d'emprunter la planète Mars et les colons qui la peuplent pour conquérir leur indépendance énergétique, en tout premier point par rapport au carburant indispensable aux voyages dans l'espace: H2O, autrement dit... l'eau, lorsque le gouvernement terrien envisage d'en restreindre l'exportation hors de notre "planète bleue". Après le gaspillage, quelques générations auparavant, du pétrole et du charbon, certains démagogues terriens s'appuient sur la peur de manquer d'eau pour demander que la terre cesse d'en exporter vers les colonies installées dans l'espace (Mars, Vénus, la Lune), au motif que les lourds investissement consentis pour ces colonies ne sont rentables ni financièrement ni en terme de retour de "ressources naturelles" (minerai de fer, magnésium, titane, récupération des métaux en quoi sont confectionnés les grands réservoirs jetables indispensables au départ des vaisseaux spatiaux, lesquels semblent propulsé par l'éjection de... vapeur d'eau?). Je n'ai absolument pas vérifié le calcul, mais il est dit qu'un kilomètre cube d'eau pèse 4,5 milliards de tonnes, tandis que 50 000 vols consommeraient moins de deux kilomètres cubes... arguments de politiciens! Les "récupérateurs" martiens sillonnent l'espace entre Mars et la terre ("récupérer fait partie de la condition martienne", p.9). L'installation des ex-terriens sur Mars semble récente, puisque la troisième génération de "martiens" ne consiste encore qu'en quelques centaines de bébés sur 50 000 âmes. En tout cas, lorsque commence la nouvelle, l'économie circulaire n'est pas "bouclée" puisque chaque vol spatial "consomme" 100 000 tonnes d'eau terrienne (alors que sur Mars, elle est sévèrement rationnée: en cas d'invitation à dîner, la politesse veut que l'on amène sa ration d'eau...). Je me suis d'autant plus posé la question de savoir si l'installation sur Mars n'était pas une parabole de la création d'Israël (1948 - et il a aussi été question là-bas de mobiliser de l'eau pour un sol aride!) que le leader démagogue se nomme Hilder. Bref, une fois le blocus sur l'eau instauré, les récupérateurs vont devoir mettre au service de Mars leurs aptitudes professionnelles (passer des mois dans des vaisseaux spéciaux bien plus "spartiates" que ceux utilisés par les Terriens "de souche"). La parution en anglais a eu lieu plus d'une vingtaine d'années avant le premier choc pétrolier (en 1973, les pays producteurs de pétrole ont tâché de restreindre l'accès de l'Occident à cette ressource jusqu'alors bon marché), celle en français après.

Je n'ai pas réussi à percevoir d'unité dans le recueil, mais l'agencement des nouvelles remonte à la première publication du recueil en anglais, en 1955 (publication de la nouvelle dans la revue Galaxy Science Fiction en 1952, première traduction en français chez J'ai Lu en 1978). Pour dire quelques mots des autres nouvelles comprises dans le recueil:

Ah! Jeunesse: deux garnements, en villégiature à la campagne, s'amusent avec de drôles d'animaux qu'ils ont mis en cage. De leur côté, leurs pères s'inquiètent du sort des ambassadeurs attendus d'une autre planète. Hé oui, on a souvent besoin de plus petit que soi!

Les profondeurs: La civilisation américaine des années 1950 peut-elle se montrer suffisamment accueillante pour des "réfugiés planétaires"?

L'attrape-nigaud: si ma propre mémoire est bonne, le thème de l'humain présentant des capacités supérieures à celles d'un ordinateur a aussi été utilisé par Asimov dans une tout autre nouvelle, La sensation du pouvoir (1957) du recueil Le robot qui rêvait (où il est envisagé d'utiliser des "calculateurs humains" sacrifiables pour piloter des missiles habités: "on peut plus facilement sacrifier un homme qu'un ordinateur", comme pérore un général). Ici, dans L'attrape-nigaud, les humains surdoués chez lesquels on a cultivé l'hypermnésie par une éducation intégralement dédiée après sélection jouent essentiellement un rôle d'"association d'idées" en recourant à l'index que constitue leur cerveau saturé d'informations hétéroclites accumulées par plaisir sans savoir si elles serviront un jour. Cependant qu'une société utilitariste ne retient, elle, que ce qui peut lui servir dans l'immédiat - et s'empresse d'oublier ce qui lui semble inutile. Belle démonstration de la différence entre recherche fondamentale et recherche appliquée... Je ne dirai rien de plus du contenu de cette longue nouvelle, si ce n'est qu'elle ne concerne pas Mars.

On peut aussi lire des chroniques sur le recueil chez AnudarCapitaine café (dernier billet en mai 2020) ou Je lis la nuit (en pause depuis septembre 2018). Anna du blog Scifilisons l'évoque aussi.

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mardi 11 mai 2021

Le cabaret de la dernière chance - Jack London

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C'est grave, docteur? Je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) n'arrive plus à me détacher du Challenge Jack London proposé de mars 2020 à ... "plus soif, je veux dire plus lire!" par ClaudiaLucia. Pour soigner le mal par le mal, j'ai donc décidé de traiter d'un titre un peu à part dans l'oeuvre de London, dans la mesure où c'est l'histoire de sa vie (envisagée sous un certain angle) que l'écrivain revisite. Jack London y confesse s'adonner à la boisson, mais nie être en proie à une addiction physiologique, et prétend boire uniquement par choix. Il met dans la bouche de son épouse: "tu n'es ni alcoolique ni dipsomane; tu as simplement pris l'habitude de boire" (fin du 1er chapitre, p.29).

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Le Cabaret de la dernière chance est le titre trouvé par Louis Postif lorsqu'il a traduit en 1928 John Barleycorn, rédigé fin 1912 et publié en 1913 (trois ans avant la mort de Jack London). "A La dernière chance", chez Johnny Heinhold, c'est un bar, naturellement (p.80). Cet ouvrage est qualifié de "roman autobiographique" sur Wikipedia [consulté le 08/05/2021] - qui m'apprend aussi que Philippe Jaworski l'a retraduit en 2016 pour une édition dans La Pléiade (Gallimard). On pouvait traduire le titre original par "Jean Grain d'Orge" - cet orge qui permet de fabriquer aussi bien la bière que le whisky. Dans son enfance, Jack London a été emmené au bistrot par le mari de sa mère (même si le bambin n'y dégustait qu'un biscuit apéritif, ou exceptionnellement un soda au sirop [menthe ou grenadine?]), raconte-t-il. A cinq ans, il vide "pour ne pas gâcher" le trop-plein d'un lourd seau de bière qu'il devait porter pour l'amener aux champs. A sept, il a peur de refuser d'avaler les verres de vin qu'un imbécile pose devant lui. Mais c'est à partir de 14 ou 15 ans qu'il a pris conscience que la boisson était un rite social de convivialité, indispensable pour s'intégrer aux groupes humains à la reconnaissance desquels il aspirait. Impossible de refuser un verre offert. Pourtant, notre jeune homme nous affirme ne pas aimer, à cette époque, ni le goût de l'alcool, ni la sensation d'ivresse. "Boire était un des modes de l'existence que je menais, une habitude des hommes avec qui j'étais mêlé". Et le jeune London préférait pour sa part lire en suçant des sucreries! "Des dollars et des dollars gaspillés au comptoir ne pouvaient me procurer la même joie que ces vingt-cinq cents dépensés chez un confiseur". Pour son malheur, il "tenait" bien l'alcool: encore un moyen d'épater les autres! Alors, une fois qu'il a enfin compris que tout verre offert doit être rendu (toute tournée payée par un autre en appelant une suivante), la pompe s'est amorcée... même si London, tout au long du livre, prétend se distinguer des "ivrognes".

Tout est dit dans une longue citation (p.108) - qu'il s'évertue à ne pas prendre à son compte. "Ainsi procèdent les fidèles de John Barleycorn. Quand la fortune leur sourit, ils boivent. Si elle les boude, ils boivent dans l'espoir d'un de ses retours. Est-elle adverse? Ils boivent pour l'oublier. Ils boivent dès qu'ils rencontrent un ami, de même s'ils se querellent avec lui ou perdent son affection. Sont-ils heureux en amour, ils désirent boire pour augmenter leur bonheur. Trahis par leur belle, ils boiront encore pour noyer leur chagrin. Désoeuvrés, ils prennent un verre, persuadés qu'en augmentant suffisamment la dose, les idées se mettront à grouiller dans leur cervelle, et ils ne sauront plus ou donner de la tête. Dégrisés, ils veulent boire; ivres, ils n'en ont jamais assez". 

Marin, chercheur d'or, reporter, auteur à succès, maître à bord sur son yach en croisière: d'après ce témoignage, chaque étape de la vie de Jack London s'est déroulée au contact de l'alcool, d'une manière ou d'une autre. Y compris, sur la fin (p.262), quand boire a fini par devenir un besoin, parce que l'écrivain professionnel n'arrivait plus à rédiger ses mille mots quotidiens s'il n'avait pas sa dose d'alcool. Cette lecture est un peu désespérante de par les choix néfastes qui sont faits (et assumés). La fin du livre dépeint parfaitement la "tolérance", c'est-à-dire le besoin d'augmenter la dose pour obtenir l'effet souhaité... jusqu'à ce que le livre se termine comme il a commencé: par l'annonce d'un vote de London en faveur du suffrage féminin, dans l'espoir que les femmes s'engagent pour la prohibition de l'alcool. Vision pessimiste, p.307: "moi je crie que nos jeunes gens ne doivent plus avoir à se battre contre le poison. Pour qu'il n'y ait plus de guerre, il faut empêcher les batailles. Pour supprimer l'ivrognerie, il faut empêcher de boire. La Chine a mis fin à l'usage général de l'opium en interdisant la culture et l'importation de l'opium. Les philosophes, les prêtres et les docteurs de la Chine auraient pu prêcher jusqu'à extinction de voix, prêcher pendant mille ans, et l'usage de la Drogue aurait continué sans ralentir tant qu'il aurait été possible de s'en procurer. Les hommes sont ainsi faits, voilà tout."

Ma propre édition a été imprimée en août 1981, je l'ai achetée en 1995 (il existe aussi une édition orange que je ne possède pas). Ele est précédée, comme mes autres "10-18", d'une préface de Francis Lacassin. Celui-ci insiste sur la fin de vie de London, qui selon lui s'est conclue par un suicide, thèse que l'historiographie semble depuis avoir remis en doute (?). Bien évidemment, on ne peut s'empêcher de relever les récits où notre héros frôle la noyade, ainsi que la phrase (à propos de la possibilité de passer en 3 ans de l'état d'ouvrier à celui d'écrivain reconnu): "Martin Eden, c'est moi" (p.229).

Voir les billets de Shangols  et de Ruedeprovence. Pour l'anecdote, j'ai découvert lors de mes recherches l'existence d'une chanson d'Yves Montand portant le même titre que le livre (?), mais sans la trouver chantée par lui en ligne. 

Jack London est mort sans avoir connu le XVIIIe amendement de la Constitution des Etats-Unis (instaurant la Prohibition). Les Alcooliques Anonymes, popularisés par Joseph Kessel dont la troisième épouse avait une addiction à l'alcool (il a écrit Avec les alcooliques anonymes en 1960), sont apparus en 1935. Faire une liste des oeuvres littéraires ayant évoqué l'alcoolisme serait fastidieux (je me rappelle Polyphème enivré par Ulysse aux mille ruses dans l'Odyssée). L'alcoolisme est reconnu comme une maladie par l'OMS depuis 1978. 

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