Le blog de Dasola

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12 janvier 2023

Nostalgia - Mario Martone

Je suis allée voir Nostalgia de Mario Martone car j'apprécie l'acteur principal Pierfrancesco Favino. Le film débute lentement. Comme je n'avais rien lu au sujet de l'histoire, je me suis demandée où le réalisateur voulait en venir. Felice (Pierfrancesco Favino, lumineux et émouvant) revient à Naples, dans le quartier de son enfance, La Sanita, après 40 ans d'absence. Il vit au Caire et s'est converti à l'Islam. Pendant les vingt premières minutes du film, on voit Felice s'occuper de sa vieille maman et renouer avec un prêtre qui s'occupe des jeunes du quartier. Felice s'imprègne de l'atmosphère du quartier qui lui rappelle ce qui est arrivé il y a 40 ans et pourquoi il est parti. A partir de là, on apprend que Felice cherche à revoir Oreste, son ami d'enfance devenu un mafieux dangereux qui règne sur le quartier. Felice n'est pas vraiment le bienvenu. J'avoue que j'ai trouvé le rythme du film un peu lent et j'avais deviné la fin. Un beau film mais pas très gai. 

9 janvier 2023

Deux-mille-cinq-centième billet et seizième bloganniversaire pour "Le blog de dasola"

16 ans de blog...             
                     ...2500 billets
  (et 30 662 commentaires par 1232 personnes différentes)

Dasola et moi (ta d loi du cine, "squatter" et statisticien sur son blog) avons "cravaché" pour faire coïncider les deux événements en titre ci-dessus. Le 1500e billet remonte à pratiquement 7 années pleines (janvier 2016): et dire que nous nous y plaignions d'avoir eu seulement 1861 commentaires l'année précédente (en 2015)...

En cette année 2023, Dasola me dit "regarde, ce mois de janvier démarre beaucoup mieux que décembre dernier: il avait fallu attendre le 21 décembre 2022 pour avoir les 50 com' que nous avons passés hier, et 27 personnes sont venues" (dont l'une pour la première fois et quelques-unes qui n'étaient pas passées de tout 2022).

Soit; mais le 8 janvier 2022, nous en étions déjà à 63 commentaires par 42 blogueurs-euses...

Pour un bilan 2022, en terme de billets, ce sont 171 qui ont été publiés et rédigés (115 par dasola et 56 par moi). Le nombre de personnes en ayant commenté sur l'année est largement inférieur.

Dans le détail, sur les 123 blogueurs venus faire au minimum un commentaire en 2022 (pour un total de 1475 commentaires), 68 en ont fait au moins un sur un des 56 billets de "ta d loi du cine" (291 commentaires au total concernaient des billets 2022, sur 299), cependant que 112 en ont fait au moins un sur un des 115 billets de dasola (ayant généré 1145 commentaires pour des billets 2022, sur 1176), ce qui nous apprend que 39 commentaires ont été faits, en 2022, sur tel ou tel billet d'une des 15 années antérieures. 

Comparons cela avec l'année la plus faste en terme de commentaires (2014). Janvier 2014 nous avait amené 355 commentaires par 135 blogueurs (davantage de monde que pour toute l'année 2022), et 2615 commentaires sur toute l'année 2014 (par 253 blogueurs...), dont 125 commentaires sur des billets des années antérieures. Les 131 billets en 2014 ont reçu les années suivantes 53 commentaires, entre le 1er janvier 2015 et encore novembre 2022.

Du 1er au 8 janvier 2014, nous avions eu 127 commentaires par 91 blogueurs (je n'ai pas pris la peine de vérifier leur ventilation précise), approximativement le double de cette année 2022 pour les mêmes huit premiers jours de l'année, donc. 

Et ce mois de décembre 2022 a été le pire mois, en terme de nombre de commentaires, depuis 2007, avec 87 commentaires seulement. Il a compté trois jours sans un seul commentaire. J'ai l'intuition que certains "basculements" techniques de la plateforme canalblog n'ont pas été étrangers à ce piètre score. Déjà, en octobre et novembre 2022, il y avait eu des périodes infernales où la plateforme canalblog rendait pratiquement impossible la consultation des blogs en général et de celui-ci en particulier, et a fortiori le dépôt de commentaire... Je suppose que beaucoup de nos blogueurs "habitués" ont dû perdre l'habitude de venir faire un tour chez dasola... Avec des journées complètes d'inaccessibilité du blog: forcement, les "habitués" se lassent, et ceux qui ne connaissent pas encore le blog n'insistent pas et ne reviennent jamais si un lien ne fonctionne pas à leur (premier) passage.

Il est clair que, en 2022, le nombre moyen de commentaires par billets a bien diminué (ceux de dasola en générant toujours davantage que les miens: le nombre de commentaires serait-il inversement proportionnel à la longueur du billet?). L'objectif d'intéresser suffisamment de lecteurs (ou "les lecteurs") pour que cela se marque par un minimum de 100 commentaires (pertinents...) par mois est de plus en plus difficile à remplir. Le 100e commentaire arrive de plus en plus tard dans le mois (les suivants constituent "du bonus").

Bon, je vais tout de même arrêter de trop me lamenter sur le passé. Pour l'anecdote, je remarquerai qu'il arrive que des billets datant de 2007 soient de nouveau commentés il n'y a encore pas si longtemps (Pas de printemps pour Marnie, lors du décès de Sean Connery, en 2020). Et parmi nos 1232 commentateurs, il m'est arrivé de constater qu'une même personne a pu faire un total de deux commentaires, à quelque 10 ans d'intervalle. A ce rythme-là, il lui faudra quelque 50 siècles pour se voir proposer un entretien de présentation "500e commentaire chez dasola" (déjà sept ont été publiés)...

Soyons un peu plus positif, et regardons les choses côté billets, avec un petit focus sur les billets cinéma. En regardant de près l'Index des films par titre et ses plus de 1720 entrées, j'ai fait quelques constats.

Parmi ces plus de 1720 titres répertoriés, quatre films ont bénéficié de deux billets: Bullit et Le trou, deux fois par Dasola, à de nombreuses années d'intervalle; mais aussi L'Exercice de l'Etat et 20 ans d'écart, par dasola et par ta d loi du cine. Neuf titres représentent 18 films différents, qu'ils soient adaptés du même livre (Millenium; Mort sur le Nil; Le crime de l'Orient Express), ou sans rien avoir à voir: L'illusionniste, L'italien, Le grand jeu, Les proies, Souvenir, The square.

Côté Index des réalisateurs, seuls trois films ont été co-réalisés par trois des quelque 1210 auteurs répertoriés: Le petit fugitif, Ernest et Célestine, Une vie secrète. Quelque 900 réalisateurs n'ont bénéficié que d'une seule chronique pour l'un de leurs film. Les plus de 300 autres ont donc eu les honneurs d'un billet (parfois partagé) pour au moins deux films. Parmi les réalisateurs particulièrement représentés dans les billets de ce blog, Woody Allen est à ce jour le recordman avec 11 films, mais on en trouve une quinzaine dont entre six et neuf films ont été chroniqués au fil des ans, et encore dix concernés par cinq films.

Bon, je sens que j'en ai encore perdu certains et certaines avec mes volées de chiffres. Allons-y donc pour quelques considérations plus "générales", un peu en vrac.

Je me dis désormais que ce ne sont pas seulement les réseaux sociaux généralistes (fb, touiter et autre amstramgram) qui ont asséché la vitalité de la blogsphère. Mais peut-être aussi l'émergence de plateformes spécialisées dont la "communauté" est bien évidemment sans commune mesure avec celle de tel ou tel blog particulier, quelle que soit sa notoriété: livraddict, babelio ou booknode...

Les sphères de la blogo sont étanches. Je pense notamment au phénomène générationnel des nouveaux blogs qui naissent autour des littératures "de l'imaginaire": sorciers, vampires, elfes, fantaisy... Les jeunes lectrices ont leurs propres réseaux de blogueuses. Et puis, elles prennent un peu d'âge et découvrent éventuellement la littérature classique (parfois même dans le cadre de leurs études!). Nonobstant, elles resteront plutôt "entre elles" pour en parler... "Génération spontanée"?

Les modes de lecture sur internet ont sans doute changé. C'est vrai que pour ma part, je consulte les blogs essentiellement depuis le grand écran d'un ordinateur de boulot, éventuellement depuis celui (un peu plus petit) d'un ordinateur portable, mais jamais depuis celui d'une tablette ou d'un "smartphone". Du coup, j'écris aussi long que je veux, et ne souhaite pas avoir à anticiper le mode de lecture majoritaire aujourd'hui - j'ai certainement tort! 

Il a toujours existé, naturellement, des manières différentes de bloguer (commenter): laisser systématiquement un mot/une petite phrase sous le dernier billet paru (plus ou moins régulièrement) / chercher un billet commentable en remontant la liste à partir du dernier paru / chercher un billet précis dans le blog / regarder systématiquement tout le contenu du blog à partir du billet le plus ancien puis en remontant le temps / ne commenter un billet que si l'on a quelque chose de pertinent à dire dessus...

Mes billets à moi génèrent nettement moins de commentaires que ceux de dasola. Même pour mes billets "livres", je dirais que beaucoup de blogueuses chroniquent "dans le flux" (des nouveaux livres qui paraissent) alors que, pour ma part (ta d loi du cine), je nage plutôt "dans le stock" (des livres qui penvent avoir été publiés il y a des dizaines d'années).

Je me rappelle avoir vu que tel ou tel blog a déjà fêté ses 16 ans il y a quelques mois, d'autres en sont à leur quatorzième ou quinzième année... Parfois, c'est plutôt la blogueuse ou le blogueur qui est actif depuis tout ce temps, via plusieurs blogs successifs, dont les tout premiers billets ne sont plus forcément en ligne... 

Parmi les quelque 200 blogs qui ont figuré dans la colonne de droite (les blogueurs ayant fait au moins cinq commentaires sous cinq billets du présent blog...) et se sont arrêtés du jour au lendemain, parfois il y a plus de 10 an, mais sont toujours consultables en ligne: combien de blogueurs décédés (covid ou toute autre raison) sans qu'on le sache * ? Ou (plus optimiste) combien ont repris ensuite un autre blog, sans prendre la peine de venir en signaler le lien dans un dernier billet sur leur blog précédent?

Enfin, le statisticien va terminer. Je n'ai toujours pas compris comment il se fait que, sur les MILLIERS de blogs parcourus depuis 16 ans, je n'en ai jamais trouvé un seul qui, au-delà d'une blogroll tenue plus ou moins à jour (avec parfois indication de la date du dernier billet paru [via flux RSS], mais généralement sans indication ou "reclassement" des liens morts ou des blogs en pause...), prendrait en compte pour chaque blog indiqué ses "relations" avec celui qui le répertorie, en indiquant nombre de commentaire et dates des premiers et derniers commentaires! C'est pourtant pas compliqué... (enfin, via la plateforme canalblog, du moins. Mais je sais que c'est aussi faisable via wordpress par exemple, même si je ne connais pas les "back-offices" des autres). J'ai bien réussi à "convaincre" dasola de le faire. Ça demande juste des "mises à jour" rigoureuses, avec vérification éventuelle une fois par an. 

Signalons encore que je me garde plein de possibilités d'extractions de chiffres en tout genres. Ce sera pour une prochaine fois: 17e, 18e, 19e, 20e... bloganniversaires, ou bien le 3000e billet, dans... entre 3 et 5 ans d'ici!

30_000e_commentaire_23-07-2022Et que, pour me faire un peu plaisir en me réservant le droit de rédiger le 30 000e commentaire, il avait fallu que je surveille de près le compteur!

* PS du 11/01/2022: petite pensée pour la blogueuse Gazou (4 commentaires depuis septembre 2020), dont je viens juste d'apprendre, par des hommages rendus sur d'autres blogs, le décès fin novembre 2022.

7 janvier 2023

Indélébiles - Luz

Alors que le massacre de l'équipe de Charlie Hebdo remonte aujourd'hui à huit ans, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) choisis ce mois-ci de vous présenter comme "hommage du 7" un billet sur le livre de souvenirs que Luz a consacré à ses copains assassinés (parution en novembre 2018 chez Futuropolis). Je me le suis procuré courant 2022.

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Ça commence comme un rêve sinon comme un cauchemar: Luz, perdu dans le noir, arrive à la salle de rédaction pour un bouclage, mais personne ne voit qu'il est là, et Cabu, dernier à quitter la rédaction, l'y enferme en éteignant la lumière... Après cet épisode introductif, notre auteur réveillé se lève, va prendre une bière au frigo, la décapsule: occasion de commencer à se remémorer (sur plus de 300 pages) différentes séquences, des tranches de vie en noir & blanc. En tout premier lieu (p.15 à 26), comment il a rejoint les dessinateurs de La grosse Bertha, arrivant de sa province, à l'été 1991... un an avant le début de la re-fondation de Charlie Hebdo: l'histoire de sa rencontre avec Cabu qui sortait de l'imprimerie du Canard enchaîné lorsque lui s'y rendait, qu'il a osé abordé en bafouillant de nervosité et qui, ayant ri à son dessin d'actualité, l'emmène à La Grosse Bertha, l'introduit dans l'équipe, suggère de publier son dessin... Timidité du jeune provincial de pas même 20 ans! Il en conclut que, pour collaborer depuis chez lui, un fax lui est indispensable (pas d'internet à l'époque - j'ai connu). Des planches bleutées nous ramènent à la nuit d'insomnie, introduisant tels ou tels souvenirs et évocations... 

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L'un des premiers épisodes montre Charb en action, préparant des blagues pas forcément fines (mais parfois en flux circulaire). Le 21e anniversaire de Luz est fêté grâce à Charb (avec une semaine de retard) à la Rédaction de Charlie Hebdo en janvier 1993. Charb devenu un vrai copain "complice" via leur passion commune pour Les Simpson, à l'occasion d'un des Festivals "Scoop en Stock" de la presse lycéenne et étudiante à Poitiers en 1992 [je ne sais plus si c'était l'année où le petit canard dont je faisais partie à l'époque y a été primé dans la catégorie "journal étudiant", ou une autre...].

La séquence qui débute p. 44 montre la sortie des presses du premier numéro de Charlie, à l'imprimerie (après la scission d'avec La grosse Bertha). [Ces pages m'ont encore rappelé un épisode où toute notre rédaction, crevée par une nuit blanche de bouclage, attendait le retour de repas de notre imprimeur pour voir enfin nos exemplaires sortir à la chaîne (et chacun de se précipiter ensuite à la porte de la quinzaine de "centres périphériques" pour nos quatre facs afin d'y vendre à la criée le nouveau numéro...). Fin de cette seconde parenthèse personnelle].

Luz ne se prive pas de réflexions sur le travail du dessinateur. Sur huit pages, nous avons droit ensuite à une évocation de séance de gommage de crayonnés, sur table puis autour de la table... avec toute l'énergie rageuse de Riss (je crois?). Je ne sais pas si Luz possède effectivement des "chiures de gomme" pouvant être attribuées à chaque dessinateur selon sa méthode (comme évoqué p.60)...

L'ambiance dans la salle de rédaction, les "jours de bouclage", est mise en scène à de nombreuses reprises (avec l'indispensable Luce pour rappeler les délais à tenir), et montre bien l'engagement militant des dessinateurs-journalistes (à l'époque de la seconde cohabitation, notamment) en-dehors de leur salle de travail. On est plongé dans le bain d'une manif dans le contexte de l'époque, et un gnon qui vaut à Luz un point de suture sur le crâne (et une troisième mi-temps post-manif) refait surface. Dessinateur, c'est un métier!

Séquence pédagogique concernant l'académie de la grande Chaumière: Cabu y a emmené les "p'tits jeunes" (Charb, Riss, Luz) faire du dessin d'après modèle vivant... Je retrouve dans mon exemplaire une coupure d'un article paru dans Le Canard Enchaîné du 31/08/2022 (p.5): à ce moment-là, la Grande chaumière semblait sous la menace d'être expulsée de l'atelier où avaient lieu les séances depuis des décennies... Vérification faite ce jour, les activités continuent (même avec des horaires restreints pour raisons financières, depuis septembre 2022): https://www.academiegrandechaumiere.com/

Voici un exemple de séquence d'ambiance de rédac', ensuite (il faut lire chaque bulle, apprécier chaque détail et chacun des personnages croqués), qui commence par le dessin ci-dessous.

P1150624 p.95, une image magnifiquement construite, autour de la "figure tutélaire" (rayonnante?) de Cabu ("le mentor")... 

Vient ensuite un bel hommage à Gébé, accompagné en manif: est-ce une anecdote vécue, un souvenir de discussions qui ont réellement eu lieu, ou un regret de ne pas avoir assez parlé avec ce dessinateur et auteur complet de son vivant (il a été Directeur de la publication de Charlie jusqu'à sa mort en 2004)?

P1150623 L'auteur en lévitation après une couv' publiée et reprise par des manifestants... (p.118-119 - hommage à Gébé - "juste Gébé"). Les pages qui précèdent expliquent bien le processus contributif (itérations successives pour un dessin, sa légende, sa construction) qui pouvait régner au sein de la rédac'. Cette élaboration collective sera montrée à une autre occasion dans l'une des dernières séquences, lorsque Luz s'acharne à (re)travailler sa toute première couv'...

Mais il n'y avait pas seulement Charlie Hebdo dans la vie de dessinateur de Luz à l'époque. Il raconte ainsi une séance de dédicace à Angoulême pour un canard sans beaucoup de lecteurs (Chien méchant), où les dessinateurs boivent des coups en attendant le chaland, font passer de fausses annonces à la sono, et dessinent sans filtre... (à la plus ou moins grande satisfaction des dédicataires et de leurs "accompagnateurs"). On a droit plus loin à un autre grand moment de dédicace, sur un support original, à la fête de l'Huma... 

Et puis retour au journal, pour de courtes évocations de séances de travail à la fois collectives et individuelles: chacun dans son dessin, mais en demandant parfois de l'aide pour croquer un personnage, pour trouver une photo sur laquelle s'appuyer (sans internet, encore)... séquences reliées les unes aux autres par ses réflexions nocturnes et colorées (les séquences, elles, sont en noir et blanc). "C'est vrai que, parfois, on était plus drôles à faire le journal que dans le journal" (cf. dessin plus haut, de la p.142).

L'une des explications possibles du titre arrive peu avant la page 200: ayant pris de mauvaises habitudes en tenant feutre ou pinceau, Luz avait les doigts en permanence incrustés d'encre, ce qui n'était pas sans poser quelques soucis intimes... (séquence auto-dérisoire!).

Ma (courte) séquence préférée reste la série de réactions de Cabu devant la nouvelle photocopieuse (une jolie historiette, que j'avais découverte comme "bonnes feuilles" au moment de la sortie du bouquin, dans une publication de presse...).

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Côté avancées technologiques, on a aussi droit à l'arrivée de la "tablette graphique" utilisée par Tignous. Bah oui, mais si quelqu'un arrache le fil alors que le dessin n'était pas sauvegardé, il n'en reste rien... 

Luz nous partage encore ses souvenirs sur diverses aventures. Par exemple, en reportage dessiné lors d'une tournée musicale de Renaud et Val durant la guerre de Bosnie... On n'a pas envie d'être à sa place! La Bosnie, c'est compliqué. Chez les sado-masos (avec sa compagne), l'atmosphère est autre. En banlieue, c'est autre chose, un autre univers. Et son infiltration chez les Chiraquiens en 1995 a été l'occasion de tenter le "dessin dans la poche" dont Cabu maîtrisait la technique! Encore une séquence retraçant une visite à la prison d'Angola en Louisiane (lors d'un reportage avec Val, alors Directeur de la publication), qui enchaine sur l'art de dessiner pendant les concerts: cette fois-ci, c'est Luz qui (dé)montre une nouvelle technique à Cabu: la "perception rétinienne".

Finalement notre insomniaque se rendort (il est 4 h du matin), ...et une dernière séance en bichromie commence. C'est le jour de la mort de Johnny Hallyday. J'ai trouvé cette ultime séquence très belle. Elle est colorée avec discrétion. On y voit un bouclage à la rédaction, à l'occasion du décès de ce chanteur populaire en France (intervenu en décembre 2017...): tous les "anciens" croisés par Luz sont présents / se présentent pour l'occasion, notamment Cavanna, Gébé, Renaud bien sûr ("alors comme ça, on a éliminé la concurrence?")..., et cette fois-ci, contrairement au début du "roman autobiographique", ils lui parlent et entendent ses réponses (et ceux qui ne se sont jamais croisés en réalité interagissent aussi).    

P1150625 Une belle double-page colorée: le dialogue apaisé (p.302-303)

Et la couv' du numéro bouclé ce jour-là, bien sûr, c'est Cabu qui réussit à la dessiner (et tous de s'extasier). Je ne peux vous la montrer: il faut juste l'imaginer. Bel hommage.

Le 7 janvier 2015, Luz avait 43 ans. Du coup, il est arrivé en retard à la conférence de rédaction, ce qui lui a vraisemblablement sauvé la vie contrairement à tant de ses copains. Si vous songez toujours aux journalistes assassinés (au moins une fois par an, lorsque leurs proches pensent à eux tous les jours), si vous êtes toujours Charlie, alors lisez cet album.

Je suis certain d'avoir croisé ici ou là sur la blogosphère une chronique sur Indélébiles. Mais aujourd'hui, dans l'urgence, je n'ai pu en trouver que deux via moteur de recherche: The killer inside me et Collectif polar. Si je tombe directement sur d'autres par la suite, je les rajouterai en "post-scriptum".

 *** Je suis Charlie ***

6 janvier 2023

Hinterland - Stefan Ruzowitzky / Choeur de rockers - Ida Techer et Luc Bricault

J'ai suivi une fois de plus les conseils de Pascale et je suis allée voir Hinterland, film gothique et expressionniste absolument somptueux. L'histoire se passe à Vienne en 1921. Quelques soldats autrichiens reviennent de deux ans de captivité en Union Soviétique. Ils sont dans un triste état et sont oubliés de tous. Ils se retrouvent à mendier à l'Armée du Salut. Un seul s'en tire mieux, Peter Perg, qui fut inspecteur de police avant guerre. Il espère retrouver sa femme et sa petite fille Marlène qu'il ne connait pas. Très vite, quelques crimes aux modus operandi assez horribles ont lieu, les victimes sont des vétérans revenus avec Perg. On demande à ce dernier de mener l'enquête. Il est en quelque sorte aidé par la jeune médecin légiste qui ne reste pas insensible au charme de l'inspecteur. Ce film noir se passe dans une ville où tout est de guingois. Les immeubles ne se tiennent pas droit. Il y a de belles profondeurs de champ. La lumière et les couleurs des images sont très travaillées. J'adore ce genre de film et je savais que je ne serai pas déçue. Il faut noter que l'acteur principal d'origine turc et la jeune actrice qui interprète la médecin légiste ne sont pas étrangers au plaisir d'avoir vu ce film. Ils sont beaux à regarder.

Je passe à Choeur de rockers d'Ida Techer et Luc Bricault, qui est un film qui donne la pêche. Le scénario est inspiré d'une histoire vraie. A Dunkerque, Alex (Mathilde Seigner, très bien) est une femme divorcée avec deux enfants qui gagne sa vie en chantant du rock dans des arrière-salles de bars. Elle est plus souvent fauchée qu'autre chose. Un jour, une copine qui travaille à la mairie lui propose d'organiser un concert avec des seniors. Bien entendu, il est question de donner un concert "rassembleur" avec des chansons comme "Sur le pont de Nantes". Mais les seniors ne l'entendent pas de cette oreille. Ils veulent chanter du rock (français ou anglais). Et c'est ce qui va se passer. Après quelques obstacles, leur groupe, les "Salt and Pepper", va se produire devant un public. Les acteurs sont tous épatants: Andréa Ferreol, Anne Benoit (avec une voix très grave), Brigitte Rouan, Myriam Boyer ou Bernard Lecoq. Il y a des moments émouvants comme lorsque le groupe chante "Space Oddity" dans une église. Un film très sympathique que je conseille. Lire le billet d'Henri Golant. 

3 janvier 2023

Le royaume désuni - Jonathan Coe

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J'ai terminé mon année de lecture 2022 avec le nouveau roman de Jonathan Coe, Le royaume désuni (Edition Gallimard, 484 pages). Je pense qu'il est assez autobiographique par certains aspects, même si, dans la postface, notre auteur dit bien que seule Mary Lamb, le personnage de la mère, s'inspire de la propre mère de Jonathan Coe et que les autres personnages sont de la pure fiction. Soit. En tout cas, l'histoire se passe à Birmingham (ville natale de l'écrivain) et dans sa région. Il s'agit d'une fresque familiale qui se déroule sur 75 an,s entre le 8 mai 1945 et mai 2020. Mary Lamb, qui a 10 ans en 1945, mourra 75 ans plus tard, toute seule et sans les soins auxquels elle aurait pu avoir droit s'il n'y avait pas eu le Covid 19. Le roman est découpé en sept grandes parties: 8 mai 45, le couronnement de la reine Elisabeth en 1953, la finale de coupe du monde de football en 1966 où l'Angleterre a gagné contre l'Allemagne de l'Ouest, l'investiture de Charles comme prince de Galles en 1969, le mariage de Charles et Diana en 1981, les funérailles de la princesse Diana en 1997 et enfin les 75 ans du Jour de la victoire, le 8 mai 2020. Pendant ces 75 ans, la famille Lamb aura vécu les aléas de la politique anglaise jusqu'au Brexit. Mary aura trois fils, dont Martin qui travaillera dans l'usine des chocolats Cadbury (fondé en 1826). Il est en effet pas mal question de chocolat dans le roman. Le chocolat anglais qui contient plus de graisse que de cacao aura beaucoup de mal à s'imposer dans l'Union européenne. Le troisième fils de Mary est un musicien doué passionné de la musique de Messiaen. Le premier fils, Jack, s'est spécialisé dans la vente de voitures de luxe. Jonathan Coe s'est surtout focalisé sur Mary Lamb, une femme qui aimait la vitesse et qui s'est beaucoup occupée de ses trois fils pendant que son mari Geoffrey est devenu directeur de banque. Lors du couronnement de la reine Elisabeth, la télévision est entrée dans les foyers. C'était une révolution. Selon les événements, les membres de la famille Lamb se disputent, car chaque événément ne passionne pas tout le monde, par exemple le football. En revanche, la mort de la "princesse du peuple" a beaucoup ému. La sortie des films de James Bond permet une sortie familiale. Jonathan Coe n'a évidemment pas évoqué le décès la reine Elizabeth. Il a écrit son roman avant. Cela aurait permis une vraie fin à ce roman qui se lit très agréablement. 

PS: en lisant les commentaires des blogueuses, je vois que je n'ai pas dû montrer assez mon enthousiame sur ce roman. Je l'écris haut et fort, c'est un très bon roman que je conseille. Jonathan Coe est un formidable narrateur qui met en lumière plein de personnages attachants. 

31 décembre 2022

Vivre - Oliver Hermanus

Quelle histoire émouvante que celle de Vivre, qui est une adaption du film Ikiru du cinéaste japonais Akira Kurosawa (1952). L'adaptation a été faite par l'écrivain Kazuo Ishiguro (Les Vestiges du jour). Mr Williams (Bill Nighy, exceptionnel) est un chef de service de la mairie de Londres. Nous sommes en juillet 1953. Comme ses collègues et subalternes, il arrive en train tous les jours à la gare de Waterloo. Ils portent tous des chapeaux melon et sont en costume cravate. Le bureau de Mr Williams est en bout de table. Il est entouré de six collègues dont une nouvelle recrue, Mr Wakeling. Ils s'appellent tous par leur nom de famille. Devant chacun d'eux, les dossiers en attente s'accumulent et Mr Williams qui est un homme raide comme un piquet en met beaucoup de côté avant de mieux les oublier. Mais la vie de Mr Williams va être chamboulée quand il apprend qu'il n'a plus que 6 mois à vivre. Il a un cancer. Cet homme qui est veuf apprend à rire un peu, à s'humaniser devant une employée qui lui demande une lettre de recommandation et il va tout mettre en oeuvre pour qu'une aire de jeu dans un quartier de Londres soit créée. En revanche, Mr Williams n'arrive pas à avouer l'état de sa santé à son fils et à sa belle-fille. Cette dernière n'est pas très sympathique. Rien que pour Bill Nighy qui est vraiment extraordinaire dans son rôle, il faut voir le film qui émeut beaucoup.

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Je profite de ce dernier billet de l'année pour vous souhaiter une très bonne fête de fin d'année.

A l'année prochaine!

30 décembre 2022

Collection "Raconter la vie" / Le parlement des invisibles - Pierre Rosanvallon

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) remis la main sur mon second exemplaire du livre Le parlement des invisibles de Pierre Rosanvallon, (ancien) directeur de la collection "Raconter la vie" aux éditions du Seuil. Je l'avais acheté en 2020, année de parution de cette seconde édition.

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Le parlement des invisibles, 142 pages, 3,50 euros, format 10 x 15 cm (contre 20,4 x 13,9 pour les livres de la collection "Raconter la vie" elle-même).  

J'ai aussi sous la main une bonne partie de tous ceux de la collection que j'ai achetés (d'autres sont actuellement prêtés via tel ou tel canal). Dasola m'en avait offert plusieurs. 

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En les feuilletant aujourd'hui, je m'aperçois que je les ai pour la plupart aussi vite oubliés que lus, et l'esprit du présent billet n'est pas de les relire. Encore heureux que j'aie pour habitude de noter quelques mots à la fin des "essais" que je lis... et vivent les 4e de couv' de chaque livre (reprises dans le bouquin de Pierre Rosenvallon!). Entre 2014 et 2015, format et prix ont changé (pour tenter de résoudre l'équation économique?): 5,90 euros pour moins de 80 pages, contre 7,90 et une centaine de pages par la suite. 

Voici quelques mots sur chacun des titres photographiés ci-dessus.

Un homme à la crèche, Thomas Grillot. Par un écrivain professionnel, une sorte d'immersion sociologique imaginant (?) un homme faisant un métier "normalement" (?) dévolu aux femmes... et les réactions des collègues, des parents. Pas simple.

La Barbe, Omar Benaala: 1995-1999, le temps pour l'auteur de faire le tour d'un "retour à la religion" pour un voyage au terme duquel il a fini par raser sa barbe et se ranger. C'est écrit avec style, à la première personne. Je l'avais acheté en 2015, quelques mois après publication.

Dans l'oeil du gardien, Jean-François Laé. L'auteur est sociologue. Le sujet d'étude? Le rôle du gardien dans un HLM. De la médiation, de la pédagogie... Beaucoup de plaintes, peu de merci. Quel métier! On y croise même des étudiants en socio. 

Sous mon voile, Fatimata Diallo. Je me rappelle avoir été "dérangé" par cette lecture. Dans mes notes, je comparais cette jeune Malienne à Bernadette Soubirous, tout autant convaincue que l'expression de sa foi était sans conteste le seul mode de vie possible et imaginable... (j'avais noté "se voiler la face"). 

Grand patron, films d'ouvrier, Jules Naudet. Cet ouvrage, l'un des premiers parus dans la collection, est encore un livre de sociologue. Le "patron" en question a souhaité rester anonyme. Il semble assumer sans état d'âme son changement de classe sociale, tout en restant imperméable à toute notion de "lutte des classes"? Citation (p.45) d'une citation: "Franck ne se retrouve donc pas dans l'affirmation d'Annie Ernaux selon laquelle "il était normal d'avoir honte, comme d'une conséquence inscrite dans le métier de mes parents, leurs difficultés d'argent, leur passé d'ouvriers, notre façon d'être"."

Au prêt sur gage, Pauline Peretz. Un des livres qui m'avait le plus intéressé (et je ne dis pas cela parce que l'auteur était la co-directrice de la collection!). Je connais le mécanisme des prêts du Mont-de-Piété. L'analyse sur les motivations des "clientes" (en majorité), leurs histoires de vie, leurs rapports aux objets mis en gage, sur la constitution d'une épargne en "objets de valeur" plutôt qu'à la bourse ou à la banque, le désintérêt, d'une certaine manière, du véritable "coût du crédit"... Tous cela représente un monde "à part", mais fascinant.

Business dans la cité, Rachid Santaki. L'auteur a publié une quinzaine de livre (essentiellement des polars?) entre 2008 et 2020. Cet ouvrage, publié en 2014, semble une oeuvre d'imagination, mais avec une connaissance de l'environnement du "9-3" qui, certainement, rend le récit à la première personne crédible (comme les "série noire" de la grande époque?). 

Les reins cassés, Lou Kapikian. A ce jour le dernier que j'ai acheté, d'occasion, en 2021 (y compris la dédicace de l'auteur). Ce témoignage sur la dialyse et la greffe du rein et les contraintes vécues par une malade (accompagnée dans l'écriture du livre par des "professionnels") m'a permis de mieux cerner ce que vit un de mes propres cousins. Brrr... 

La maison des vulnérables, Sylvia Zappi. Quelques portraits de résidents dans un genre de "foyer social". Des parcours de vie cassée et qui se reconstruisent dans ces murs où les personnes peuvent bénéficier d'un accompagnement à la vie quotidienne.

Les grandes villes n'existent pas, Cécile Coulon. Un témoignage sur une enfance dans un village à la campagne. Et sur la vie au village, au passage à l'âge adulte (symbolisé par le permis de conduire et la liberté qu'il apporte - y compris celle de mourir sur la route). Emma en avait parlé.

L'homme océan, Sylvie Caster. Un style bien journalistique (des phrases courtes: sujet, verbe, complément...) pour parler d'un homme, marin, pêcheur, ancien militaire, tatoué, père de famille... 

Moi, Anthony, ouvrier d'aujourd'hui (sans nom d'auteur). La vie entre petits boulots, enchaînements de CDD entrecoupés de chômage, l'absence d'envie de se retrouver "prisonnier" d'un emploi en CDI (alors que le quitter en démissionnant fermerait la porte des indemnités chômage), formation en alternance arrêtée parce qu'il ne supportait plus, la vingtaine passée, d'être mis sur le même pied que ses condisciples adolescents... En janvier 2014, Anthony avait 27 ans. Il doit donc en avoir 36 aujourd'hui? A la fin du livre, il envisageait de reprendre ses études, en passant le DAEU...

La députée du coin, Nathalie Nieson. Un témoignage intéressant. J'avais noté que cela recoupait un ou deux autres livres du même genre que j'avais lus (mais sans qu'ils s'inscrivent dans un tel cadre de "collection"). A l'époque, l'auteur était député PS. elle avait commencé par être maire, et l'est redevenue à l'issue de son mandat (en tenant sa parole de ne pas en briguer un second). En 2022, elle est devenue secrétaire générale déléguée de Renaissance (le parti de Macron). Comme quoi, avec des études de compta, on peut faire beaucoup de choses.

Je ne me sens pas capable, aujourd'hui, de faire une analyse très poussée de cette aventure éditoriale qui s'est achevée en soumission aux contraintes économiques. Je citerais seulement la préface de la seconde édition du Parlement des invisibles (p.10): "Sur les 26 titres publiés, trois seulement ont eu un fort impact sur les milieux concernés, ayant eu un effet miroir producteur de répercussions collectives (...). Les autres ouvrages, d'après les informations que nous avons pu recueillir, ont, malgré leur prix de vente très bas (6 euros) [sic!], été lus davantage par ceux qui s'intéressaient à la société que par la grande masse des Français d'en bas [re-sic!]. L'indéniable impact éditorial de l'entreprise (il y a eu 185 000 exemplaires vendus pour 26 titres) doit ainsi être modulé par cette considération sociologique".

Je concluerai juste en relevant que j'étais tombé, lorsque j'avais écrit précédemment quelques lignes à propos de la collection "Raconter la vie", sur un article de Frédéric Lordon, en février 2014, qui ne laissait même pas le bénéfice du doute à l'initiative lancée par Pierre Rosanvallon. 

29 décembre 2022

Les banshees d'Inisherin - Martin McDonagh

Je suis allée voir Les banshees d'Inisherin de Martin Mc Donagh sorti le mercredi 28 décembre 2022 car j'apprécie beaucoup l'acteur Colin Farrell. L'histoire m'a fait penser au théâtre de Samuel Beckett. En 1923, dans l'île d'Inisherin au large de l'Irlande, deux hommes, Colm et Padraic, ont l'habitude d'aller au pub pour discuter de choses et d'autres. Et du jour au lendemain, Colm (Brendan Gleeson, impressionnant) ne veut plus voir Padraic (Colin Farrell). Il ne veut plus écouter les discours creux de Padraic. Il prèfère se remettre à composer de la musique. Pour Padraic, le monde s'écroule car cet homme célibataire qui vit dans une masure avec sa soeur Siobhan et ses animaux de la ferme (dont une ânesse appelée Jenny) vit au rythme de ses conversations avec Colm. C'est l'incompréhension totale. Il commence à harceler Colm pour essayer de renouer le dialogue, mais sans succès. Colm en arrive à se mutiler (il se coupe les doigts d'une main) pour que Padraic le laisse tranquille. Autour d'eux, personne ne prend partie. Le film se résume à une suite de va-et-vient entre les deux habitations de Colm et de Padraic et le pub. Il ne se passe pas grand-chose mais on sent qu'un drame couve. En guise de choeur antique, il y a une femme, une banshee (une créature féminine surnaturelle de la mythologie celtique irlandaise, considérée comme une magicienne ou une messagère de l'Autre monde) qui annonce ce qui va se passer. Pour son rôle de Padraic, Colin Farrell a été récompensé de la coupe Volpi du meilleur acteur à la dernière Mostra de Venise. C'est mérité, il est très bien.

26 décembre 2022

Godland - Hlynur Palmason

Godland d'Hlynur Palmason, qui est sorti le 21 décembre 2022, est un film islandais envoûtant qu'il ne faut pas louper. A la fin du XIXème siècle, Lucas, un jeune prêtre luthérien danois, est envoyé en Islande non pas pour évangéliser les autochtones mais pour faire construire une église. Il doit aussi prendre des photos de la population dans les paysages d'Islande à couper à le souffle. Après un voyage en bateau, il débarque sur la côte sud-est de l'Islande qui, je le rappelle, était sous la domination du royaume du Danemark. Le voyage à travers les paysages hostiles est éprouvant pour Lucas qui ne s'attendait certainement pas à cela. Il est accompagné par un traducteur car Lucas ne parle pas un mot d'islandais et il ne fait aucun effort pour comprendre et se faire comprendre par les cinq Islandais qui cheminent avec lui. Il y a aussi des chevaux islandais que j'ai trouvé très beaux. Lucas va de plus en plus mal mais il n'est pas au bout de ses épreuves. Et j'avoue que j'ai trouvé ce prêtre assez antipathique au fur et à mesure que se déroule l'histoire. Quand, très affaibli, il sera enfin parvenu à destination, rien ne se passera comme prévu à cause de l'hostilité de certaines personnes. Le cadrage du film est carré avec les bords arrondis. Cela donne un cachet particulier à l'ensemble et il faut noter que pendant le voyage, on entend une explosion phénoménale et le spectateur assiste à un moment magique et magnifique en pleine nuit : le réveil d'un volcan qui crache de la lave orange. Rien que pour cette scène, je conseille ce film qui dure plus de 2hH0. Un très beau moment de cinéma comme je les apprécie. Il faut noter que le titre original du film est double: Vanskabte Land en danois, Volada Land en islandais. Lire le très beau billet de Mymp.

23 décembre 2022

Palmarès cinéma 2022

Bien que je n'aie pas encore vu Godland, un film islandais sorti cette semaine, je veux, comme tous les ans, établir mon palmarès cinéma de cette année 2022. Comme en 2021, j'ai été frappée par la baisse du nombre de spectateurs dans certaines salles. Je trouve cela très triste. Mais, comme me l'a fait remarquer un de mes collègues, fan de cinéma comme moi, les films proposés dans les salles cette année n'étaient pas tous emballants. J'ai vu 89 films et j'en retiens 10.

La nuit du 12 de Dominique Moll, le meilleur film français de l'année.

Le serment de Pamfir de Dmytro Sukholytkyy-Sobchuk pour l'histoire, l'ambiance et l'acteur qui interprète Pamfir.

RMN de Cristian Mungiu, un des oubliés du palmarès cannois.

La conspiration du Caire de Tarik Saleh, un grand succès critique et public très mérité.

Leila et ses frères de Saeed Roustaee. J'ai vraiment aimé ce film avec des acteurs de talents et je ne l'ai pas trouvé trop long.

Aucun ours de Jafar Panahi, pour ce réalisateur qui croupit en prison depuis juillet 2022. Le film est formidable.

The Card Counter de Paul Schrader, film vu au tout début de l'année 2022, il sort des sentiers battus. Des films américains comme on n'en voit plus beaucoup.

As Bestas de Rodrigo Sorogoyen pour le côté anxiogène, pour Marina Fois et pour les deux comédiens espagnols.

Les mystères de Barcelone de Lluis Danès, une splendeur visuelle. Cela m'a fait penser à deux films, Biancaneves de Pablo Berger et Balada trister d'Alex de la Iglesia (pour le côté baroque visuel).

Les femmes du square de Julien Rambaldi, un film qui fait un bien fou.

Et vous, quels sont les films qui vous auront plu cette année?

20 décembre 2022

L'arche de Rantanplan - Achdé & Jul d'après Morris

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Après avoir cotoyé les cow-boys afro-américains dans Un cow-boy dans le coton, L'arche de Rantanplan (Lucky comics, 46 pages) nous permet de faire connaissance avec des personnes qui protégeaient les animaux dans l'ouest américain. En l'occurrence, en 1866, Henry Bergh (1813-1888) a fondé le mouvement de protection animale aux Etats-Unis. Dans l'album, Lucky Luke et Jolly Jumper croisent le chemin d'Ovide Byrde qui est près de se faire lyncher par les habitants d'une ville appelée Cattle Gulch qui deviendra plus tard Veggie Town. En effet, Ovide a eu le malheur de vouloir prendre la défense d'un pauvre cheval maltraité. Ovide est le président et le seul membre de la société protectrice des animaux du comté. Sa ferme est une véritable arche de Noé où vivent des animaux de la ferme qui sont remplis d'amour pour Ovide. Il y a même Rantanplan égaré par là qui dévore tout ce qui passe devant sa gueule par exemple des clés et qui va permettre à Ovide de s'enrichir très vite. Bien entendu un "méchant" fraîchement libéré de prison va mettre son grain de sel en obligeant les habitants de Cattle Gulch à adopter les animaux vivant chez Ovide. La vente de viande est abolie et les habitants de la ville deviennent végans (souvent contraints et forcés). Même les Indiens comanches, amis de Lucky Luke, voient leur vie chamboulée à cause d'un petit "papoose", le fils du chef qui change de nom de "Coyote affamé" en "Poireau agile" se convertit au véganisme. J'ai trouvé l'album très sympathique à lire.

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18 décembre 2022

Deux livres à offrir en cadeau à des jeunes d'âge scolaire

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais vous offrir deux idées de petits cadeaux pédagogiques.

Lorsque nous étions retournés à Guédelon avec dasola il y a quelques mois, j'avais été très intéressé par une démonstration de géométrie appliquée à la construction, au travers de laquelle percolait la passion du "formateur". Ses instruments? Le compas et la règle. Mais nous n'avions pas été accueillis sur le site, comme en 2008, avec une "introduction à l'usage de la corde à 13 noeuds". Du coup, j'avais acheté à la librairie du site l'opuscule que je vous présente aujourd'hui.

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Mesurer et tracer au Moyen-Âge, Guédelon, 2022, 64 pages

Le livre donne des informations sur les différentes unités de mesure, en lien avec le corps humain (donc, bien entendu, variables d'un lieu à l'autre, même si leurs rapports respectifs étaient stables).

P1150602 p.7.

Guédelon a "standardisé" ces différentes unités... 

P1150599 p.10-11.

Page 13, est évoquée la "fameuse" corde à 13 noeuds, dont il est dit qu'elle a été inventée par les Egyptiens il y a plus de 4000 ans. Le titre général de la page est "Les instruments de mesure et de tracés sur un chantier au Moyen Âge".

P1150600 p.21.

Par contre, Wikipedia (consulté le 16 décembre 2022) fait état d'une controverse et insiste sur l'absence de preuve d'usage de la "corde à 13 noeuds" au Moyen-Âge (que ce soit dans l'iconographie ou dans les textes). Conclusion: selon les chercheurs cités, ce serait un "mythe néo-pédagogique" qui remonterait à 1966. Si ce n'est pas vrai, c'est bien trouvé! Le livre peut en tout cas constituer un bon "aide-mémoire" pour des notions de géométrie appliquée: la démonstration du théorème de Pythagore, la définition d'un carré, d'un triangle, d'un trapèze...

Bien entendu, cela n'empêche pas d'aller faire, en saison, une visite familiale au Château-fort.

Et, pour finir sur une anecdote concernant les mathématiques: je connais un professeur de maths qui me chante parfois les louanges du système duodécimal (12), pour multiplier les compétences en calcul mental aux gamins, notamment. Mais, à ma connaissance, il n'a pas encore écrit de livre sur le sujet... 

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Le second ouvrage, que je viens de "cueillir" dans une librairie de quartier dans laquelle mon actuel club CIGALES vient d'investir, est encore plus polémique. 

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Le nucléaire n'est pas bon pour le climat, Hervé Kempf, Seuil coll. Seuil libelle, septembre 2022 

Hervé Kempf est journaliste et fondateur du site Reporterre. Il est aussi l'auteur de plusieurs livres sur les thématiques environnementales et la critique du capitalisme (et des capitalistes). Dans ce récent ouvrage, il critique le "pari" fait sur la relance du nucléaire en France, non sans des arguments qui me paraissent solides, d'une part sur le problème des déchets nucléaires, et surtout, d'autre part, sur le risque d'accident d'une centrale nucléaire en France (en contradiction avec le discours officiel comme quoi un accident nucléaire, tel que Tchernobyl ou Fukushima, ne pourra jamais avoir lieu en France). Je pense que la lecture de cet opuscule (54 pages en gros caractères) peut aider à se construire un avis sur le sujet. 

Pour conclure sur ce sujet en donnant ma propre opinion: je suis intimement persuadé que, lorsque se sera produit, en France, l'inéluctable accident aux conséquences catastrophiques clairement annoncées dans ce livre (territoire plus ou moins étendu contaminé et inhabitable, morts par centaines sinon par milliers [y compris pour des causes collatérales: accidents de la circulation, stress...], coût se comptant en centaines de milliards d'euros)... Une fois l'accident advenu, disais-je, tous les experts du monde seront sans conteste capables de nous expliquer par le menu, minute par minute, comment il s'est produit, à la suite de quelle intervention humaine intempestive et/ou de quel événement imprévu parce que totalement imprévisible... alors qu'on nous a seriné depuis des décennies qu'un tel accident était impossible. La question n'est pas là. La question est que nous devrions, le plus rapidement possible, décider de nous passer totalement d'une technologie aussi dangereuse. J'ai dit (et écrit).

A part ça, bonnes fêtes à tous, nous y sommes presque, ce n'est plus qu'une affaire de jours (pour les Fêtes, je veux dire).

17 décembre 2022

Les bonnes étoiles - Hirokazu Kore-Eda

Comme Pascale, j'ai beaucoup aimé Les bonnes étoiles du réalisateur japonais Hirokazu Kore-Eda qui, cette fois-ci, a tourné son film en Corée du Sud avec des acteurs coréens. Les bonnes étoiles du titre sont peut-être les adultes qui entourent et dorlotent un adorable bébé âgé de quelques mois. So-Young, une jeune femme pas très sympathique de prime abord, abandonne son bébé au pied d'une "boîte à bébé" pas loin d'un orphelinat. Elle ne s'est pas rendue compte qu'elle est suivie par deux femmes dans une voiture. Ce sont deux femmes policiers. Peu de temps après, deux hommes qui travaillent dans un pressing, Sang-hyeon et Dong soo, volent le petit garçon avant que l'orphelinat ne le découvre. Ce n'est pas la première fois. Ils vendent chers les bébés au marché noir mais en choisissant de bons parents. Cette fois-ci, ils vont être aidés dans leur entreprise par So-Young qui compte bien récupérer sa part. On découvre pourquoi les deux femmes policières suivent ce trio improbable qui va être rejoint par un petit garçon échappé de l'orphelinat. Il y a beaucoup de tendresse et d'émotion dans ce film qui à un moment lorgne vers le polar quand un homme est découvert assassiné. J'ai aimé la fin même si on ne sait pas ce que deviennent certains personnages. Un film que je recommande tout comme Selenie.

14 décembre 2022

Sous les figues - Erige Sehiri / Maestro(s) - Bruno Chiche

Sur les conseils de Miriam, je suis allée voir Sous les figues d'Erige Sehiri. L'histoire se passe dans la campagne tunisienne pendant une journée. Après un parcours cahotique dans des camionnettes, des jeunes filles et d'autres femmes plus âgées, ainsi que quelques hommes jeunes et moins jeunes, sont chargés de cueillir de grosses figues bien mûres. C'est un travail délicat car les branches des figuiers se cassent facilement. Pendant la cueillette, les conversations vont bon train. Les filles qui portent un foulard sur les cheveux bavardent beaucoup. Elles parlent librement sans langue de bois. Elles ne se laissent pas faire par certains ouvriers un peu entreprenants. Elles rêvent au prince charmant. Et pendant une pause, elles se maquillent. Les garçons semblent désabusés par la vie qu'ils mènent. Ils travaillent pour gagner quelques dinars. Les femmes âgeées se plaignent de leurs douleurs ou bien font du thé pendant leur pause. Sur le chemin du retour, tout semble un peu apaisé. J'ai aimé la manière dont la réalisatrice filme les visages au plus près. Ce film permet de côtoyer un échantillon de la population tunisienne aujourd'hui. Un film avec beaucoup de charme. Je conseille moi aussi.

Dans Maestro(s), Yvan Attal joue le rôle d'un chef d'orchestre Denis Dumar qui vient de recevoir un prix lors d'une cérémonie à la télé. Son père, François, est aussi chef d'orchestre. Lors d'une répétition, ce dernier (Pierre Arditi qui "fait la gueule") apprend par un coup de fil qu'il a été choisi pour diriger la Scala de Milan. Malheureusement, suite à un quiproquo, il y a eu une erreur. C'est Denis qui doit diriger l'orchestre et non François. La rivalité entre père et fils restera très feutrée grâce à la présence d'Hélène (Miou Miou), la compagne de François. De son côté, Denis bénéficie de la présence de son ex-femme qui est devenue son agent et il est tombé amoureux d'une femme violoniste qui souffre de surdité. Ce film permet de faire entendre quelques morceaux de musique dont l'ouverture des Noces de Figaro de Mozart en entier. Attendez la sortie du film à la télévision. 

11 décembre 2022

Sa préférée - Sarah Jollien-Fardel

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Sa préférée (Sabine Wespieser Editeur, 200 pages), le premier roman de Sarah Jollien-Fardel née en Suisse en 1971, est une réussite. Il vient d'être récompensé par le prix du roman Fnac 2022 et il a été en lice pour le prix Goncourt. L'histoire se passe en Suisse, dans un village haut perché dans le Valais. Dès le début, Jeanne, la narratrice (le récit n'est fait que par une personne), nous fait entrer tout de suite dans le vif du sujet : la violence faite aux femmes. En l'occurence, Claire, la mère, et Emma, la soeur de Jeanne, sont maltraitées, battues, humiliées et (même violée pour Emma) par Louis, le père, un être fruste et frustré qui ne savait dire que des insanités. Jeanne, la plus jeune, est la seule à lui avoir tenu tête jusqu'au jour où il l'a tabassée à tel point qu'elle s'est retrouvée alitée. Dès qu'elle l'a pu, Jeanne est partie de la maison. Elle s'est rendue compte que les voisins et la famille savaient ce qui se passait, mais personne n'a levé le petit doigt pour aider ces trois femmes. Jeanne ne pardonnera jamais à son père pour ce qu'il a fait subir à sa soeur et à sa mère. Elle trouve refuge à Lausanne et éprouve de l'apaisement à nager dans le lac Léman. La nature tient une part importante dans l'histoire. Et Jeanne, malgré ses mauvais souvenirs d'enfance, revient souvent dans les montagnes valaisiennes. Par ailleurs, Jeanne a du mal à s'attacher profondément à quelques personnes comme Marine ou Paul, une femme et un homme dont elle tombera amoureuse. Un roman avec une écriture qui est tenue de bout en bout. Je conseille.

8 décembre 2022

Le torrent - Anne Le Ny / Mes rendez-vous avec Leo - Sophie Hyde

Je suis allée voir ces deux films après avoir vu les bandes-annonces. 

Le torrent d'Anne Le Ny se passe dans le département des Vosges en hiver. Dans une maison d'architecte, vivent Alexandre (José Garcia, à contre-emploi), Juliette et leur fils Darius. Lison, la fille d'Alexandre, s'invite chez eux. Lison est profondément attachée à son père. Le soir de son arrivée, elle va découvrir sur une clé USB quelque chose qu'elle n'aurait jamais dû voir. A partir de là, le drame éclate. Une dispute éclate entre Alexandre et sa femme qui tombe dans un ravin. Plus tard, son corps est emporté par une rivière en crue. Alexandre, complètement désemparé, se sert de sa fille pour se fabriquer un alibi. Ils doivent se serrer les coudes. Mais un grain de sable s'incruste en la personne de Patrick (André Dussollier), le père de Juliette. J'ai noté qu'un petit garçon arrive à se consoler de la mort de sa mère assez vite en adoptant un chien. C'est un film qui se laisse voir mais qu'on oublie relativement vite. 

Mes rendez-vous avec Leo est un film britannique qui se passe presque entièrement dans une chambre d'hôtel "standard supérieur", vraisemblablement à Londres. J'ai voulu voir le film car je suis une inconditionnelle d'Emma Thompson. Dans le film, elle joue sans fard Nancy Stokes, une veuve à la retraite qui a été professeure de religion. Elle vient de louer les services de Leo Grande, un escort boy avec lequel elle espère apprendre des choses sur le sexe, vu comme quelque chose d'épanouissant et non pas de routinier comme ce qu'elle a connu pendant 31 ans avec son mari. Nancy parle beaucoup, elle n'est pas à l'aise. Elle se demande comment elle a pu décider de faire quelque chose de pareil. Pourtant, face à elle, Leo qui est un charmant jeune homme fait tout pour la mettre à l'aise. Il y aura quatre rendez-vous qui permettront de faire évoluer les deux personnages. Vu le sujet, on pouvait s'attendre à du graveleux, et bien pas du tout. Il y a beaucoup de pudeur et les deux acteurs sont vraiment bien. Emma Thompson a été courageuse de se montrer dénudée avec ses défauts. Un film sympathique.

7 décembre 2022

Charlie Hebdo, 1992-2015 - Charb

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) ne vois aucune raison de m'énorgueillir pour le n-ième "hommage à Charlie Hebdo" que j'ai péniblement réussi à rédiger vaille que vaille. S'il y a a sujet à appréciation, c'est bien sur l'objet lui-même, une "somme" sobrement intitulée Charb, Charlie Hebdo 1992-2015. 

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Cette "compilation" en 333 pages est parue en novembre 2016. Je me suis acheté mon exemplaire en août 2019. Je me rappelle avoir remarqué en début d'année 2022, au moment où ce recueil constituait le cadeau offert aux nouveaux abonnés à Charlie Hebdo, que l'"offre [était] valable jusqu'au 31/01/2022"... y compris dans le N°1541 paru mercredi 2 février! Comme quoi il peut arriver qu'une publication prenne un certain retard. 

Le livre commence par trois pages de préface où Luz s'adresse au lecteur (il y précise bien que le livre ne couvre pas toute la production de Charb, mais seulement celle publiée dans Charlie). Les dessins sont classés par année (de 28 [en 1992!] à jusqu'à 60 dessins par année): je suppose qu'il s'agit plutôt d'un recueil exhaustif que d'une sélection? A l'époque où je l'avais acquis, j'avais moi-même consulté les deux premières années de Charlie Hebdo nouvelle série, et il me semble que la plupart des dessins aperçus au fil des pages du journal se retrouvent dans les années concernées du livre (à l'époque, j'avais fait en bibliothèque un relevé des dessins "intemporels" dont je pensais suggérer à Charlie la "repasse" à raison d'un par semaine pour les numéros de ce XXIe siècle, dans une rubrique dédiée). Charlie Hebdo "seconde série" a désormais plus de 30 ans, depuis cette "refondation" en juillet 1992 où Charb - entre autres jeunes dessinateurs - a rejoint les "historiques" de la 1ère série!

Pour en revenir au recueil, on y trouve jusqu'à 6 dessins par page (mais c'est rare), et au total plus de 1000 dessins (en faisant le total des 24 années, j'en ai compté exactement 1055 - avec les habituelles approximations de comptage, entre une double-page foisonnante et un minuscule crobard, qui comptent tous deux pour "1"...). Chaque année s'ouvre souvent sur une couverture de Charb emblématique de cette année-là. Bien entendu, les couv' figurent dans le recueil "Les 1000 Unes 1992-2011" qu'il faudra bien que je finisse par présenter un jour.

J'ai décidé de vous présenter en "citations" uniquement ma propre sélection parmi les dix premières années (1992-2001). Du coup, voilà une bonne raison pour (vous) offrir ce recueil, un beau cadeau pour garder la mémoire!

P1150570 p.10, l'un des tout premiers dessins, en 1992 (n'apparaît-il pas daté aujourd'hui?).

P1150572 p.55, dessin de 1995.

P1150571 p.22, reprise de la couv' du N°40 (31 mars 1993).

P1150573 p.48, dessin de 1995 (en 2022, il ne s'agit plus des mêmes personnes, mais...?).

P1150574 p.63, dessin de 1996 (encore un dessin intemporel?).

P1150575 p.67, dessin de 1996 (avant qu'on parle d'économie circulaire?).

P1150576 p.80, dessin de 1997.

P1150577 p.94, est-ce que la situation s'est améliorée depuis 1998? On pourra bientôt passer un coup de fil à la machine pour qu'elle se mette en marche - et, après-demain, pour qu'un drone nous fasse boire la tasse?

P1150578 p.102 (dessin de 1998, bien sûr...).

P1150579 p.114 (1999): COP, COP, COP... Cocorico?

P1150580 p.136 (dessin de 2000).

P1150581 p.136 encore (2000 toujours). Points de vue et images du grand monde. 

P1150582 p.145: nous y voilà bientôt (2001).

*****

P.S.: dans Charlie Hebdo N°1585 de ce mercredi 7 décembre 2022, je me trouve particulièrement en accord avec l'édito signé par Riss p. 3, titré "Conseil d'ami pour le XXIe siècle", qui commence par "Vivre sans électricité, c'est le défi de la semaine". Je vous cite encore une phrase (vers la fin de la colonne): "En réalité, notre niveau de consommation d'énergie n'a pas été conçu pour satisfaire nos besoins vitaux, mais ceux du marché, qui a besoin de millions de consommateurs pour exister." Vous pouvez lire le texte complet sur le site du journal.

*** Je suis Charlie ***

5 décembre 2022

Nos vies en flammes - David Joy

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Ayant beaucoup entendu parler de ce roman en bien, je me le suis procuré. Nos vies en flammes (Edition Sonatine, 324 pages poignantes) est un roman assez noir qui se passe de nos jours dans les Appalaches où vit une importante communauté amérindienne. Malgré que l'on soit à la fin de l'automne, des incendies ravagent le paysage. Ray Mathis qui travaillait au département des forêts est désormais retraité. Il est veuf, il a une chienne et un fils, Ricky, un jeune drogué qui ne fait rien pour s'en sortir. Un jour, Ricky appelle son père à l'aide car il doit 10 000 dollars à un homme dont on ne connaît pas tout de suite le nom. Ricky est salement amoché quand Ray le récupère après avoir donné ses dernières économies pour éponger la dette. Mais peu de temps après, Ricky meurt d'une overdose provoquée par un opioïde de synthèse. Et Ray Mathis va partir en croisade contre Walter Freeman, le dealer responsable de la mort de Ricky au yeux de Ray. Il va être plus ou moins aidé dans son entreprise par un certain Denny qui a assisté à la mort de Ricky. Vous me direz que tout cela n'est pas bien gai. Et bien non. Et je ne vois pas beaucoup d'espoir quand le roman se termine. Mais cela n'empèche pas que j'ai aimé ce roman qui se lit bien. Le personnage de Ray Mathis y est pour beaucoup. David Joy, avant d'écrire Nos vies en flammes, a fait publier un article en 2020 dans la revue trimestrielle America. L'article est repris en postface du roman. Il dénonce les milliers de morts à cause des opioïdes de synthèse, comme l'OxyContin fabriqué par le laboratoire Purdue Pharma, qui inondent les Etats-Unis. La diffusion de ces médicaments est nettement plus encadrée en France. 

Lire les billets de Yan, Ceciloule Pamolico, Clete, Richard, Jean-Marc Laherrère, Shangols.

2 décembre 2022

Aucun ours - Jafar Panahi

Je suis assez sensible aux films du réalisateur iranien Jafar Panahi qui été l'assistant d'Abbas Kiarostami. Depuis le 11 juillet 2022, Jafar Panahi purge une peine de six ans de prison pour "Propagande contre le régime de Téhéran". Toujours est-il qu'il a pu terminer Aucun ours qui vient de sortir sur les écrans français. Ce film a reçu le prix spécial du Jury à la dernière Mostra de Venise. Dans Aucun ours, il est devant et derrière la caméra. Il a loué pour quelque temps une chambre chez l'habitant dans un village reculé en Iran situé pas loin de la frontière turque. Il tourne un film dont les prises de vues ont lieu en Turquie. Il donne des directives grâce à Internet par écran d'ordinateur interposé. Tous ses techniciens suivent ses instructions. Les personnages de l'histoire désirent partir vers la France grâce à des passeports subtilisés à des touristes de passage. En parallèle, Jafar Panahi est très sollicité par les notables du village Ils sont persuadés que Jafar aurait pris une photo. Sur ladite photo, on devrait voir une jeune femme et un jeune homme qui n'auraient jamais dû être ensemble. En effet, la jeune femme est promise à un autre depuis sa naissance. On se rend compte que Jafar est épié de jour comme de nuit par les villageois qui deviennent de plus en plus hostiles. C'est très inconfortable. Pendant ce temps-là, un drame se noue en Turquie avec le couple d'acteurs. J'ai énormément aimé ce film dans lequel Jafar Panahi montre que le sort des femmes n'est pas enviable dans son pays. Ce sont elles qui sont cantonnées à faire la cuisine et à s'occuper des enfants tandis que les hommes décident de tout. De guerre lasse, Jafar partira. Le film se termine avec le signal sonore de la voiture du cinéaste. Quelques séquences sont frappantes comme celles de deux futurs mariés à qui on lave les pieds dans une rivière. C'est bien entendu une affaire d'hommes. Il y a une belle séquence qui se passe la nuit : Jafar Panahi s'approche très près d'une frontière invisible qui sépare l'Iran de la Turquie. C'est un chemin connu pour la contrebande. On le met en garde. On sent la menace toujours présente même si on l'assure qu'aucun ours n'est dans les parages. J'ai énormément aimé ce film que je conseille. 

29 novembre 2022

Saint Omer - Alice Diop

Ce n'est pas toujours le cas, mais pour une fois, je suis d'accord avec le billet de Pascale. J'aurais tant voulu aimer plus Saint Omer. Il dure un peu plus de deux heures, 1H20 ou 1H30 aurait suffi. Dommage que la réalisatrice, qui est aussi la scénariste, ne se soit pas concentrée plus sur le procès de Laurence Coli, une femme infanticide. Alice Diop a dilué l'histoire avec d'une part le procès qui est passionnant, et le reste. Le reste, c'est un préambule incompréhensible sur les femmes tondues à la Libération, c'est Rama qui donne un cours sur Marguerite Duras et c'est surtout le mal-être de la même Rama, qui est aussi écrivain et qui pour son nouveau roman suit le procès. Enceinte de 4 mois, elle semble avoir  des problèmes relationnels avec sa mère. Moi, j'ai trouvé le personnage de Laurence Coli, la mère infanticide d'origine africaine qui s'exprime dans un français châtié, très intéressant. Il y a plein de choses qu'elle ne dit pas, dont la raison de son acte. Pendant tout le procès, elle s'exprime avec clarté. Au fur et à mesure que se déroule le film, il semble que cette femme intéresse de moins en moins la réalisatrice. L'un des deux seuls témoins que l'on entend est le père de la petite victime, une petite fille de 15 mois que Laurence a abandonnée une nuit sur une plage de Berck-sur-Mer dans le Pas-de Calais. C'est tiré d'une histoire vraie qui s'est passée en 2013. Guslagie Malanga dans le rôle de Laurence Coli et Aurélia Petit qui interprète l'avocate de la défense sont toutes les deux remarquables. Rien que pour elles, vous pouvez allez voir le film, mais vous allez peut-être vous ennuyer comme certaines personnnes dans la salle où j'ai vu le film. J'ai entendu des soupirs et quelqu'un qui disait qu'elle serait bien partie avant la fin. En tout cas, le film a reçu deux prix à la dernière Mostra de Venise et il représente la France aux prochains Oscars. 

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