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27 octobre 2013

Le justicier d'Athènes - Petros Markaris / Le potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison - Arto Paasilinna

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Dans Le justicier d'Athènes de Petros Markaris (Editions du Seuil, 336 pages), deuxième volet de la "trilogie de la crise", on retrouve le commissaire Charitos et toute son équipe face à un tueur qui commet des crimes en tirant des flèches enduites de ciguë entraînant une mort rapide (Socrate s'est suicidé à la ciguë), et ce même tueur n'hésite pas à transporter les corps dans des lieux de fouilles archéologiques. Les victimes n'ont pas été choisies au hasard, mais sur le fait qu'elles ont fraudé le fisc. Le tueur, qui s'est baptisé "Le percepteur national", envoie des lettres de menace à ses futures victimes avant de les tuer. En 2011, en pleine crise économique grecque, ce tueur devient presque un héros pour pas mal de contribuables qui ont du mal à joindre les deux bouts. L'enquête s'avère difficile pour Charitos qui doit rendre des comptes à son supérieur qui lui-même, etc. De plus, Charitos et sa femme Adriani sont consternés d'apprendre que Katérina, leur fille, vient d'accepter un travail en Afrique (en Ouganda). Son mari, Phanis, doit l'accompagner. Une fois encore, Petros Markaris situe son histoire à Athènes où les embouteillages ralentissent les enquêteurs. Je note une fois de plus la précision dans la désignation des noms de rues. Il faut vraiment avoir un plan d'Athènes en lisant les romans de Petros Markaris. En revanche, j'ai été un tout petit peu déçue par l'intrigue et sa résolution par rapport à Liquidations à la grecque. Mais cela n'empêche pas que je vais continuer à lire Petros Markaris. J'attends avec intérêt le troisième tome de sa trilogie.

 

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Après Athènes, je vous emmène, avec Le potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison d'Arto Paasilinna (Folio, 375 pages), en Laponie finlandaise, en compagnie d'un inspecteur de la sécurité nationale finlandaise, Jalmari Jyllänketo. Se faisant passer pour un contrôleur en agriculture biologique, il est chargé de mener une enquête à propos de rumeurs sur des disparitions d'individus. Ceux-ci auraient été emmenés dans un grand domaine maraîcher où les mines de fer sont devenues des champignonnières tandis que les terres marécageuses ont été transformées en potagers bio. Dans cette histoire qui est plutôt une fable optimiste, on fait la connaissance de plusieurs dizaines de personnages, dont un évêque, un ex-député, un aviateur. Tout ce petit monde est mené à la baguette par une femme, Ilona, dont la fille Sanna tombe amoureuse de Jalmari. Et ce dernier apprend que ceux qui travaillent dans les champignonnières ne sont pas là de leur plein gré: il s'agit d'hommes d'affaires finlandais, de motards et même de condamnés à mort américains. Je ne vous en dirai pas plus. C'est le deuxième roman d'Arto Paasilinna que je lis, j'ai vraiment beaucoup aimé.

2 octobre 2013

Le linguiste était presque parfait - David Carkeet / D'acier - Silvia Avallone

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Sous ce titre, Le Linguiste était presque parfait de David Carkeet (romancier américain né en 1946), se cache un roman plein d'humour qui se passe aux Etats-Unis dans un institut où des linguistes (dont un dénommé Jeremy Cook - le personnage principal de l'histoire) étudient le langage de bambins âgés de 9 mois à 4 ans. Deux meurtres sont commis au sein de cet institut: un journaliste, et un des linguistes (Arthur Stiph), qui avait rendez-vous avec un "contre-ami" la nuit où il a été tué. C'est grâce à un "mboui" (une locution énigmatique dite par un petit garçon de 16 mois) que le meurtrier sera démasqué après que tout le monde ait soupçonné tout le monde. Pour ceux qui connaissent la langue anglaise, les patronymes de certains personnages sont signifiants: Stiph (Stiff - raide), Wach (Watch - montre), Jeremy Cook (cuisinier) qui est le principal suspect du lieutenant de police Leaf (feuille), etc. J'ai trouvé très plaisant ce roman qui date de 1980 (Editions Monsieur Toussaint Louverture, 286 pages). On retrouve Jeremy Cook dans deux autres romans pas encore traduits en français.

 

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Avec D'acier de Silvia Avallone (Editions J'ai lu, 400 pages), on fait la connaissance de deux adolescentes de presque 14 ans (quand l'histoire commence), Anna et Francesca, qui vivent avec leurs familles à Piombino, triste ville industrielle de Toscane, face à l'île d'Elbe. L'histoire sur passe entre l'été 2001 et l'été 2002. Francesca et Anna sont amies d'enfance et vivent dans le même immeuble. Inséparables, elles sont jolies comme tout et commencent à attirer les regards concupiscents de la gent masculine alentour. Le père d'Anna est un trafiquant "à la petite semaine", quant au père de Francesca il bat sa femme et sa fille. Pendant ces douze mois, elles vont connaître plusieurs épreuves et entrer de plain-pied dans le monde des adultes. Ce n'est pas de la grande littérature, mais ça se lit agréablement.

26 août 2013

La fabrique de crimes - Paul Féval / Tu peux crever! - Howard Fast

En ce dimanche pluvieux de 25 août 2013 pré-rentrée, je [ta d loi du cine] viens de m'avaler successivement ces deux livres, chinés cette semaine pour 2 euros chacun à Bécherel, village breton comportant une douzaine de libraires d'occasion (première cité du livre en France). Hé bien, c'est une expérience extraordinaire, et que je souhaite partager avec les lectrices et lecteurs de ce blog sur lequel il m'arrive parfois de squatter (au grand dam de ses statistiques de commentaires). En fait, je ne parlerai même que tout à fait accessoirement de l'intrigue de chacun des bouquins.

Quand, par la lecture du premier titre évoqué, vous vous êtes bien surexcité vos neurones jusqu'au paroxysme, et avant la "descente", plongez-vous donc (ou replongez-vous) ensuite dans un ce ces polars à l'ancienne (2ème moitié du XXème siècle), avec un héros ou une héroïne (honni soit qui mal y pense!) improbable mais "identifiant(e)" et pétillant(e) d'intelligence, une intrigue réglée comme du papier à musique (invraisemblable bien que plausible, si vous voyez ce que je veux dire), et beaucoup de dialogues "ping-pong". Je pense par exemple à Compartiment tueur (Sébastien Japrisot), ou même aux Agatha Christie avec Tuppence et Tommy, ou encore à du William Irish (que je découvrais il y a plus de 30 ans via le recueil de nouvelles Du crépuscule à l'aube - mais ceci est une autre histoire), ou tout autre choix de revisite répondant aux critères ci-dessus. Et savourez votre nouvelle "grille de lecture".

Pour commencer, sachez que dans La fabrique de crimes rédigé en 1866, Paul Féval (1816-1879) parodie ouvertement le roman feuilleton dont il a été l'un des maîtres incontestés. Au prétexte des aventures d'Elvire et de Fandango, on trouve, à l'excès, tous les rebondissements rocambolesques (Ponçon du Terrail), quelques développements d'ambiance misérabiliste (Hugo), des scènes épiques auprès desquelles les dumasiennes font pâle figure (encore que, dans Le Capitaine Pamphile...). A chaque page et même parfois plus souvent, un coq-à-l'âne jette aux oubliettes l'action en cours pour des péripéties plus incroyables encore, jusqu'à la chute finale de cette pochade, chute par laquelle je vous interdis de commencer (non mais!). Accroché(e) jusqu'au bout, vous serez alors dans l'état d'esprit adéquat afin de savourer votre livre suivant.

Pour ne rien vous cacher (et même si bien d'autres titres peuvent faire l'affaire), Tu peux crever! (titre en français) fait partie de la série d'une douzaine de romans policiers avec comme titre un prénom féminin rédigés par Howard Fast sous le pseudonyme de E.V. Cunningham, à une époque où il figurait sur la liste noire du maccarthysme. Shirley, l'héroïne éponyme (dans la version anglaise), est une secrétaire de 20 ans qui attend plus ou moins le prince charmant. Mais, intelligente comme elle est, elle le démasque rapidement, à peine a-t-il achevé de se présenter. Là, il sort un flingue... avant qu'ils se sauvent par les toits. La fille n'a pas sa langue dans sa poche et fait tourner ces messieurs de la jaquette en bourrique en les ridiculisant (le roman est daté...). Mais tout est bien qui finit mieux, et, après moult aventures, elle renonce à son cri de guerre (j'aimerais assez connaître l'expression anglaise qui a inspiré le titre français de 1965!) pour finir par dire d'accord à son brave chef de service. Mais ça n'en fait pas une harlequinade pour autant (ce n'est pas de la chick lit non plus - à mon avis), il y a eu des morts.

Voilà, j'aimerais bien connaître, maintenant, d'autres récits de "voyages" causés par la lecture à la queue leu leu de livres ayant une influence sur l'humeur et l'état d'esprit... Pas besoin de recourir à des substances illicites, on peut se droguer avec des bouquins (outre l'addiction), si, si!


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La fabrique de crimes, Paul Féval, Ouest France, Coll. La crème du crime, 125 pages.
Tu peux crever! (Shirley), Howard Fast (E.V. Cunnigham), Folio Policier, 248 pages.

12 mai 2020

Matching Points "pour les femmes mais pas seulement" - Présentation d'un duo (à l'occasion de leur 500e commentaire chez dasola)

Voici la sixième présentation de blogueuses ayant passé le cap des 500 commentaires rédigés sous les billets du blog de dasola. Cette fois-ci, il s'agit d'un portrait en duo, puisque "Matching Points" est le pseudonyme de deux blogueuses rédigeant en commun. En tout cas, à ce jour, elles ont été les plus rapides à franchir ce seuil: leur premier commentaire ici ne remonte qu'au 25/08/2013, soit il y a moins de 7 ans. Comme vous le lirez ci-après, leur blog est moins nettement orienté littérature ou bien cinéma que beaucoup d'autres: il s'agit plutôt d'un blog "culturel" à très large spectre! Il a fallu adapter le questionnaire...

Pour rappel, les cinq présentations précédentes concernaient (dans le désordre): Aifelle (le goût des livres) le 25 octobre 2017 (aujourd'hui à 1005 commentaires), Maggie (Mille et un classiques) le 12 août 2018 (735 désormais), Dominique (de A sauts et gambades) le 28 avril 2017 (647 commentaires à ce jour), Keisha (en lisant en voyageant) le 26 avril 2019 (540), et Ffred (le ciné de Fred) le 23 octobre 2018 (qui en est à 530).

La parole est maintenant "aux" Matching Points pour les questions que je (ta d loi du cine, statisticien chez dasola) leur ai concoctées et auxquelles elles ont répondu dès le lendemain....

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MatchingPoints_WPBonjour « Matching Points ». Tout d’abord, qui êtes-vous ?
Votre page « Qui sommes-nous » indique que « les Matching Points » sont deux. Mais cela ne transparaît guère dans votre blog, où il n’existe pas de signature individuelle. Alors… qui rédige ? Après concertation ou non ? Pourquoi ne pas avoir choisi un « blog partagé » où chacune serait clairement identifiée, plutôt que cette « fusion / anonymisation » ? Et enfin, d’où vient cette appellation « Matching Points » ?

Nous sommes deux et nous rédigeons en concertation. Nous ne souhaitions pas nous exposer nommément. « Matcher » pour nous signifie mettre en commun nos idées et les partager avec nos lectrices. Il y a aussi un clin d’œil à un de nos films préférés : « Match Point » de Woody Allen.

Pouvez-vous aussi nous livrer quelques autres éléments biographiques? Dans quelle tranche d’âge vous situez-vous toutes les deux (car un lecteur ou un spectateur de 20 ans n’ayant pas le même ressenti qu’un de 60, cette information a son importance)? Avez-vous fait des études ou exercé une profession ayant un rapport avec la littérature, le cinéma, l’art ou la culture en général?

Au-dessus de 60 ans.

Nous avons toutes les deux fait des études de Lettres et de Langues. L’une de nous était enseignante.

*  Parlons un peu de votre blog: « Matching Points, pour les femmes mais pas seulement… ». Dans quelles circonstances avez-vous souhaité le créer? Quelle plateforme utilisez-vous ?

Nous avons commencé il y a 10 ans. La belle-fille d’une de nous venait de créer son blog. Cela nous a incitées à nous exprimer pour créer une sorte de forum, d’échange d’idées, ou plus concrètement de critiques de films, voyages etc... Un peu comme un magazine féminin généraliste. Nous ne voulions pas nous cantonner à une spécialité.

Plateforme WordPress.

* Votre blog est très éclectique : on y trouve des billets sur des sujets variés.
Allons-y donc pour des questions très diverses ! Vous pouvez bien sûr répondre, soit chacune, soit ensemble.
En ce qui concerne la lecture: quel est votre but avec ce blog ? Débroussailler le champ immense des lectures possibles, faire partager vos émotions de lectures…?

Nous lisons plus que nous ne publions à ce sujet sur le blog. Nous préférons publier des critiques de cinéma.

* En moyenne et à titre indicatif, combien lisez-vous de bouquins par mois? Combien de temps consacrez-vous à la lecture chaque jour? Avez-vous un endroit favori pour lire ?

Ça dépend des circonstances. On ne peut pas donner de chiffres précis. Canapé ou lit.

*  En tant que spectatrices de cinéma, comment vous définiriez-vous ? Le cinéma tient-il un rôle important dans votre vie? Combien voyez-vous de films par mois ?

On aime le cinéma depuis toujours. Du ciné-club de la fac au cinéma plus grand public, au fil des années nos goûts sont devenus assez éclectiques là aussi. La sortie ciné est une de nos préférées, une vraie sortie accompagnée d’un détour dans un bar où un restaurant pour le débriefing ! La fréquence n’est pas régulière.

*  Comment choisissez-vous vos films? (bouche-à-oreille, article de presse, hasard…)? Avez-vous un genre favori? Un réalisateur et/ou un acteur – vraiment – préféré?

Réalisateur, acteurs, sujet... puis les articles de presse ou des blogs.

*  Et pour revenir à des chiffres, quelle est la moyenne de fréquentation de votre blog par jour? Suivez-vous les statistiques de votre blog? Avez-vous une idée du nombre de vos visiteurs?

Nous sommes restées un petit blog et nous n’avons pas répondu jusqu’à présent aux diverses offres de collaboration que nous recevons. Nous ne souhaitons pas écrire sur commande. Nous avons un petit cercle d’habituées avec qui nous échangeons.

*  Salons du livre, rencontres avec les auteurs et séances de dédicaces, avant-premières de films, rencontres avec les réalisateurs … Les recherchez-vous?

Nous habitons une petite ville mais nous nous déplaçons de temps en temps pour ce genre de manifestations que nous apprécions.

*  Concernant la culture au sens très large, sur votre blog, on trouve aussi des billets d’avis, témoignages, certitudes et incertitudes sur expositions, voyages, ou santé et bien-être, beauté, mode… : sont-ils plus, ou moins, faciles à rédiger ? Quels échanges amènent-ils avec les blogueurs ou les lecteurs de votre blog ?

Parler de choses concrètes est plus facile que rédiger des billets d’humeur ou de réflexion.

*  Une question concernant la rubrique Deutsches Echo et les articles sur la culture allemande (littérature, film, théâtre, voyages…) : qui les rédige (en VO ou en VF) ? Vous n’avez jamais pensé à rédiger parfois des articles bilingues ?

Ils sont rédigés par la partie germanique du duo. Nous avions publié des articles bilingues autrefois mais nous n’avons pas eu beaucoup de retours.

*  Avez-vous un souvenir (bon ou mauvais) marquant de votre découverte respective de la culture allemande et française (même s’il remonte à l’adolescence) ?

Nous ne comprenons pas bien le sens de la question.

*  Outre des vêtements aux ados, offrez-vous des livres ou des DVD? Si oui comment les choisissez-vous?

Des livres. Souvenirs personnels ou de bonnes critiques pour des livres actuels.

*  S’il ne fallait en retenir qu’une œuvre ou deux? Quel livre et/ou quel film vous a le plus profondément marquée, parmi tous ceux que avez pu lire ou voir? Pourquoi celui-ci/ceux-ci?

Il nous est impossible de répondre à ce genre de choix exclusif.

*  Comme d’autres «dévoreuses de bouquins» ou cinéphiles, êtes-vous vous aussi tentées par l’écriture (nouvelles, scénario…)?

Non. Nous ne nous sentons pas créatives à ce point.

*  Vous rappelez-vous comment vous aviez découvert le blog de Dasola? (réponse facultative!)

A travers le blog « Sur la route du cinéma ».

*  La question suggérée par Dominique: "êtes-vous parfois tentées d'arrêter le blog?"

En n’ayant pas de collaboration avec qui que ce soit nous nous sentons libres de publier à notre guise. Il n’y a pas de pression extérieure.

* Un dernier mot pour conclure cet échange? Quelle autre question auriez-vous voulu que l'on vous pose?

Voulez-vous être sponsorisées par un voyagiste ou par une chaîne d’hôtels de luxe ? Yesss !

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Edit du 14/09/2023: "les" Matching Points ont annoncé arrêter leur aventure du blog (suite à un problème technique), mais rester présentes sur Instagram, et rester fidèles à quelques blogs...

30 juin 2013

Livre mystère 1 / Toyer - Gardner McKay

J'ai déjà évoqué le fait que j'avais été sélectionnée pour être membre du jury du roman Fnac 2013. J'ai reçu cinq romans : quatre français et un britannique. Trois d'entre eux ont été écrits par des femmes, et j'en retiens particulièrement un qui sortira fin août. La femme qui l'a écrit est la seule dont je connaissais le nom. L'histoire se passe à Paris. un garçon obèse de 12 ans et sa mère sont logés chez des gens aisés (souvent absents) dans le 1er arrondissement. La maman récure pratiquement tous les jours l'appartement de fond en comble. L'enfant devient le souffre-douleur de sa classe dans un collège qui se situe à proximité, mais l'obésité n'est pas la seule raison des quolibets à l'encontre de ce garçon qui est plein de ressources. Il est capable de voir un fantôme du passé. J'ai vraiment beaucoup aimé ce roman bien écrit dans lequel les relations mère-fils m'ont touchée. Peut-être devinerez-vous qui a écrit ce roman édité par les Editions Albin Michel et qui paraîtra fin août 2013? Je vous communiquerai le titre du roman et son auteur fin juillet.

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En attendant, voici une critique sur Toyer de Gardner McGrath (1932-2001), qui vient de paraître en poche. Après l'avoir emprunté à la bibliothèque, j'ai lu la version grand format (Editions du Cherche-Midi). Ces 700 pages se lisent vite car le texte est découpé en petits chapitres de un à trois pages. A Los Angeles, depuis un an, Toyer sévit en lobotomisant des jeunes femmes après avoir eu des rapports intimes avec elles. Face à lui, Maud Garance, une psychiatre qui s'occupe des victimes de Toyer (surnom trouvé par une journaliste), va tout faire pour que cet homme soit mis hors d'état de nuire. En effet, comme les victimes de Toyer ne sont pas mortes mais plongées dans le coma, la police ne semble pas s'intéresser à cette affaire qui a déjà fait 12 victimes. Dans ce roman datant de 1998 (mais publié en français en 2011), il n'est bien évidemment pas fait mention de l'ADN, ni des téléphones portables qui auraient pu empêcher Toyer de rester impuni si longtemps. Le roman est composé de trois grandes parties: le commencement, le milieu et la fin (si, si). C'est ce dernier chapitre que j'ai retenu, car il se déroule dans un laps de temps de douze heures - haletantes. Pour résumer, je dirais cependant que ce thriller n'est pas indispensable à lire. Le reproche que je lui fais est qu'on n'arrive pas à bien cerner certains personnages comme celui de Maud, par exemple.

Lire le billet d'Isa.

19 mai 2013

Fantôme - Jo Nesbo / Wallflower - William Bayer

Voici deux romans policiers que je vous conseille.

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D'abord Fantôme, le nouveau roman de l'écrivain norvégien Jo Nesbo (série noire Gallimard, 550 pages intenses). On y retrouve Harry Hole, en costume de lin, 1m93 et les cheveux blonds coupés en brosse. Trois ans après Le Léopard, il est bien abîmé avec sa cicatrice qui lui balafre un côté du visage. Après un exil de quelques années à Hong-Kong, il revient à nouveau à Oslo, car Rakel (la seule femme qui lui est cher) et surtout Oleg, le fils de cette dernière que Hole a connu tout petit, ont besoin de lui. Oleg, 18 ans, a mal tourné, il est en prison préventive pour détention et trafic de drogue et est peut-être responsable du meurtre du garçon avec qui il "dealait". Car à Oslo, une nouvelle drogue fait rage: la fioline. Bien que moins mortelle que d'autres, on en devient "accro" pratiquement tout de suite. Harry Hole, qui est un obstiné, se retrouve menacé de tous les côtés. C'est une enquête qui va le mener vers une issue que je vous laisse découvrir. Jo Nesbo a une façon bien à lui de passer à autre chose. Ce roman noir et violent se lit d'une traite.

 

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Avec Wallflower de William Bayer (Rivages/Noir, 400 pages), écrit il y a 20 ans mais paru en 2010 en France, on retrouve Janek, lieutenant de police. C'est un personnage qui apparaît dans 4 ou 5 romans de l'écrivain. Personnellement, je vous conseille Switch paru en français sous le titre d'Une tête pour une autre aux édtions J'ai lu en 1986 (excellent roman). Des allusions à l'affaire "Switch" émaillent Wallflower. William Bayer s'attache beaucoup à la psychologie humaine. Wallflower a comme personnage central Beverly Archer, une psychologue machiavélique qui manipule une jeune femme, Diana Proctor, en s'en servant comme bras armé de sa vengeance longuement mûrie contre des gens qui l'ont humiliée. Je raconte tout cela car à la moitié du roman, on sait qui, on sait le "qui, pourquoi, comment", et c'est passionnant. Janek enquête, car sa nièce est une victime innocente de cette vengeance. "Wallflower" désigne en anglais (au sens propre) une plante herbacée type pissenlit (on retrouve ce genre de plante sur les lieux des crimes) et au sens figuré "Wallflower" désigne une personne qui "fait tapisserie" au cours d'une soirée. Si vous ne connaissez pas William Bayer (un Américain, né à Cleveland dans l'Ohio en 1939), je vous conseille de le découvrir, pourquoi pas avec ce roman?

21 juin 2013

Oh boy - Jan Ole Gerster

Pour le moment, je reste sur la chronique de films. Depuis presque trois semaines, j'ai pourtant lu cinq romans dans le cadre du prix du roman FNAC, ayant été sélectionnée comme membre du jury, mais je ne dois pas en divulguer les titres. Une blogueuse dont je tairai le nom est dans le même cas que moi...

Bref, toujours est-il que j'ai vu récemment Oh Boy, un film allemand de Jan Ole Gerster tourné en noir et blanc dont l'histoire se passe pendant environ 24 heures à Berlin. Il s'agit d'une journée dans la vie de Niko Fisher (Tom Schilling) qui dès l'aube quitte sa petite amie et, après un crochet par son appartement presque vide, part chez un psy pour essayer de récupérer son permis de conduire (qu'on lui a retiré pour conduite en état d'ivresse). Toute cette journée, entre deux rencontres, il essaiera désespérément de boire un café. Après s'être fait "remonter les bretelles" (sur un terrain de golf) par son père qui a découvert que son fils "sèche" l'université depuis deux ans, Niko croise son voisin d'immeuble (envahissant), une grand-mère qui abrite son petit-fils dealer, et une ancienne copine de lycée, jadis obèse, qui est devenue une actrice de théâtre d'avant-garde. Je n'oublie pas la confrontation de Niko avec des contrôleurs de tickets de métro. Niko termine sa journée dans un bar où il écoute le soliloque d'un vieux Juif rescapé de la Nuit de cristal en 1938. La musique du film que l'on entend en continu est très "jazzy". J'ai vu ce film dans une salle pleine avec des spectateurs qui avaient l'air satisfaits. Je pense que le "bouche-à-oreille" fonctionne bien, et c'est mérité. J'ai passé un très bon moment. S'il passe par chez vous: allez-y!

Lire les billets d'Emma, Mymp et Wilyrah.

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Pour rester en Allemagne, j'ai vu lundi soir 17 juin 2013, au Théâtre de la Ville à Paris, Kontakhof, un des spectacles les plus célèbres de Pina Bausch (disparue le 30 juin 2009). La dernière est ce soir, vendredi 21 juin 2013, ça se joue à guichets fermés. Le spectacle dure 2H50 (avec entracte). SUPERBE! Les artistes (de toutes les nationalités) ont entre 25 et 45 ans à peu près. Mais l'ensemble est très homogène. Cela m'a évidemment rappelé le documentaire que je vous recommande: Les rêves dansants (Sur les pas de Pina Bausch).

 

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28 janvier 2013

Un café maison - Keigo Higashino

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J'ai lu très vite, en une journée, Un café maison de Keigo Higashino (Actes sud) dans lequel on retrouve l'inspecteur Kusanagi et son ami physicien Yukawa, dont j'avais fait la connaissance dans Le dévouement du suspect X. Une fois plus, j'ai trouvé l'intrigue très originale. En préambule, on sait qu'une femme, Ayané, va tuer son mari, Yoshitaka, qui lui annonce qu'il va la quitter parce qu'elle n'a pas réussi à tomber enceinte. Dans les deux jours qui suivent, Yoshitaka meurt empoisonné à l'arsenic. Pendant plus de 300 pages, on tâtonne pour savoir comment Ayané s'y est prise pour assassiner son mari. En effet, Ayane venait de partir à Sapporo voir ses vieux parents quand son mari s'est écroulé mort après avoir bu une tasse de café. L'élément qui complique l'affaire est que Kusanagi ne reste pas insensible au charme de cette belle suspecte dont la spécialité est la création de Patchwork. Je vous donnerai comme indice que Ayané arrose beaucoup ses pots de fleurs, que le poison n'avait pas été mis directement dans la tasse à café dans laquelle Yoshitaka a bu le breuvage fatal, et qu'il existe dans certains logement japonais un robinet d'eau filtrée (à côté du robinet d'eau courante). La meurtrière a montré beaucoup de sang-froid et a très bien pensé son modus operandi. J'ai vraiment beaucoup aimé ce roman, que je vous recommande. En revanche, vous pouvez aussi lire le billet mitigé de Dominique.

PS: suite au commentaire de Michel, je précise que j'avais lu et chroniqué La maison où je suis mort autrefois.

5 mars 2013

Sans tête - Jean-Michel Roche / Sans emploi, tomes 1 et 2 - Jibé

 

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Avec Sans tête de Jean-Michel Roche (Editions Pavillon noir), j'ai fait la connaissance de la commissaire Fabienne Quinot, ravissante petite blonde aux yeux gris (elle n'a pas les mêmes problèmes de poids que la commissaire de Georges Flipo, ni le même caractère). Elle est entourée d'une équipe qui lui est toute dévouée. Envoyée en Provence près de Bandol pour enquêter sur un cadavre d'une femme de 40 ans trouvée SUR un cercueil dans un caveau (le cadavre momifié n'a pas de tête), il faudra tout son flair et l'aide en particulier de son ami/amant journaliste pour découvrir par qui et pourquoi Sylvie Lepautre, pédégère d'une grande société de cosmétiques, a été assassinée. La franc-maçonnerie dont l'auteur semble connaître les dessous joue un rôle dans l'affaire. Sans donner plus d'indices, je dirais que le cadavre n'est pas forcément celui que l'on croit. C'est un roman qui se lit très agréablement même s'il y a quelques facilités dans les descriptions, les expressions (les dialogues font parfois un peu "artificiels", avec des "mots d'auteurs" qu'on n'entendrait guère au quotidien). C'est en tout cas suffisamment distrayant pour que j'aie envie de lire, un de ces jours, le livre précédent de Jean-Michel Roche: Etranges affaires au quai des Orfèvres.

 

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Sans emploi 1 (J'ferai ça demain) et Marche ou rêve (Sans emploi - tome 2) de Jibé (Editions Marabout/Marabulles) sont deux BD très sympas où l'on fait la connaissance de Constantin, 22 ans, qui n'arrive pas à se résoudre à travailler (travailler c'est fatiguant), un peu dragueur, très allergique aux poils de chat, qui en prend à son aise avec la vie, pas compliqué, vivant aux crochets de son copain Jean. Constantin veut quand même prouver aux filles qu'il n'est pas un "loser". Ce personnage d'"adolescent attardé" est mis en situation dans des "strips" qui se suivent avec un embryon d'histoire. C'est souvent drôle. On sent qu'il y a du "vécu" dans ce que Jibé nous raconte. J'aime beaucoup les dessins pas forcément expressifs mais j'ai apprécié que le texte des "bulles" soit très lisible. La fin du deuxième volume annonce un troisième que je lirais volontiers. A noter que, pour la publication "papier", l'auteur avait retravaillé (et redessiné dans certains cas) les strips parus sur son bdblog.

8 novembre 2012

Nous... La cité - Rachid Ben Bella / Sylvain Erambert / Riadh Lakhéchène / Alexandre Philibert / Joseph Ponthus

Nous... La cité: voici un livre qui, pour un lecteur qui comme c'est mon cas, ne fréquente guère les "cités" ni les "quartiers", vous estomaque un peu: impression - exacte - de vivre dans un autre univers que celui qui y est évoqué. Suite à un article du Canard Enchaîné du 3 octobre 2012 qui en faisait une critique plutôt élogieuse (1), je [ta d loi du cine, "squatter" chez dasola] me l'étais fait acheter dans (tant qu'à faire) une librairie cigalée.

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Entre quatre "djeun's" et un animateur de rue (Joseph - qui l'était à l'époque, qui ne l'est plus aujourd'hui), lui-même blogueur occasionnel (2) et possédant une plume bien affutée, ça a commencé par un article pour Le Canard et fini par ce livre. Son intérêt vient de ce qu'il ne s'agit pas d'une oeuvre linéaire mais composite, d'un tissage de témoignages thématiques rédigés chacun à l'opposé d'une dissertation, dont le "fil de chaîne" comme le contexte sont apportés par le récit de l'animateur. Déjà, rien que trouver des jeunes acceptant de participer à "l'expérience" n'était pas évident (trouver UNE rédactrice n'a pas été possible), pour qu'ils osent débiter devant nous leurs tranches de vie. Sur la forme, il est intéressant de relever l'appropriation progressive de l'écrit, depuis les débuts où l'on était davantage dans un cadre d'interviews collectives, jusqu'aux textes remis peu avant le "bouclage" que chaque jeune rédigeait désormais seul. Chacun a suivi son propre cheminement personnel pour devenir écrivain - mais aussi s'approprier l'écrit dans la vie de tous les jours: accessoirement, comme le souligne Joseph, écrire un courrier de type "lettre de motivation" ou un courrier au juge d'application des peines est parallèlement devenu une formalité facile. Le début de la route a aussi été parsemé de quelques expériences plus ou moins gratifiantes: se rendre à une conférence par les époux Pinçon (sociologues, auteurs notamment du Président des riches et de L'argent sans foi ni loi) au milieu d'un public "militant"; ou découvrir qu'être absorbé par un livre dans le RER peut permettre de se tirer d'un contrôle sans mal... Et le lecteur découvre, lui, des parcours de vie: depuis le gamin qui "provoque" le prof (pour ma part, je trouve personnellement cela affligeant! Pourquoi? Effet d'une "bêtise de groupe"? Qu'y gagner?), ou suit ensuite plutôt les cours de "l'école de la rue", puis (pour les sous ou pour l'adrénaline) tombe (monte, étape par étape) tout naturellement dans ce que les observateurs extérieurs nomment (à juste titre, je dirais) dans la délinquance, et qui semble à ces jeunes des cités un quotidien ordinaire (ou inversement): l'embrouille pour un regard, le vol, le "business" de la drogue ("shit" - il faut lire ce qui est presque un cours de marketing, exposant comment l'emporter face à la concurrence - en bichonnant la clientèle et par la qualité du service [et non par la kalachnikov, rajouterais-je!]). Et puis, la vingtaine bien tassée et après des séjours en prison pour "des conneries", arrive la volonté de "s'en sortir", en trouvant un boulot, une copine, et en mettant le gamin en route... avec les sursis qui courent pour tout un tas d'autres bêtises faites avant, parfois oubliées et qui vous rattrapent au mauvais moment (la justice peut être trop lente parfois). Car ces jeunes "de banlieue" surfent en permanence sur une ligne de crête: pas de filet de sécurité (si ce n'est les animateurs de quartier qui se (dé)vouent à la tâche sur le terrain - terrain qui les use, certainement, en une dizaine d'années, passés à faire en permanence du marquage "à la culotte" pour éviter les bêtises, lors d'une permission de sortie de prison par exemple). Pour les jeunes, le moindre accroc et c'est la dégringolade: retard à un RV judiciaire parce qu'un membre de la famille était malade et qu'il n'y avait personne d'autre pour le garder; ou un souci de santé qui empêche de travailler... souvent, le couperet tombe et c'est la révocation de sursis (affaire récente, mais aussi affaires plus anciennes... - "additionner les peines et les sursis rendrait fou un comptable"), donc la tôle, alors même qu'il y avait (eu) beaucoup d'efforts pour une "réinsertion" en cours dans la société. Même si leurs "codes" ne sont pas forcément les miens, ni leurs rapports à l'enseignement, Rachid, Sylvain, Alex ou Riadh nous ouvrent des fenêtres sur leur humour, leurs déconnades en bande, leurs savoir-vivre et règles à respecter, et leurs savoir-faire aussi. Je vais me permettre de distinguer (artificiellement?) ces compétences en "positives" et "négatives". Positif, le développement du sens de l'observation, le soin apporté à la qualité de l'information et, presque, les techniques d'enquête (journalistiques, je veux dire): savoir qui interroger pour reconstituer des faits; la solidarité (en prison...). Scène savoureuse où l'un des lascars expose dans le cadre d'un emploi potentiel ses expériences en commerce international (gestion de stock, marketing, relations clientèle...): le lecteur fait immanquablement (même si ce n'est pas écrit) le lien avec les [pages précédentes / quelques pages plus tôt] où sont dépeints le "terrain" et la "clientèle". Négatif: voler, maîtriser (pour la pratiquer) la violence et ses techniques, bafouer l'autorité et admirer ceux qui pratiquent le mieux ces défis... Je ne dis pas que ces témoignages se lisent comme un polar (on voit des personnes vivre leur quotidien, davantage que des mystères se résoudre); mais qu'il y aurait dans ce "vécu sociologique" de quoi donner des accents de vérité à bien des polars. J'ai également découvert dans ce livre un vocabulaire que je ne connaissais guère - mais est-ce celui de l'animateur ou de la cité? -: "moisi" employé dans un sens figuré, "avoir le chat noir", "vanner" (ce n'est pas séparer le bon grain de l'ivraie)...

Pour cette approche "sociologique", il ne m'a pas suffi de lire ce livre - tout est bien écrit dans son avant-propos. Mais j'ai eu le réflexe de consulter mon "autorité", en l'occurrence Wikipedia, avant de lire une deuxième fois le bouquin pour en "assimiler" la signification concrète. Et notamment, en filigrane dans le texte, les enjeux du secteur social (et plus particulièrement de la "prévention spécialisée"): restructuration des associations qui gèrent les éducateurs de rues, restrictions budgétaires, voire changement de la philosophie de leurs "missions"... Pendant ma lecture, je repensais à Chiens perdus sans colliers de Gilbert Cesbron (écrit il y a près de 60 ans - donc bien après l'ordonnance du 2 février 1945 sur l'enfance délinquante -, et que j'ai moi-même lu il y a plus de 30 ans): à l'époque, était concernée une autre population (je veux dire, pas forcément de la même "religion" ou avec la même "couleur de peau" - on les qualifierait aujourd'hui de "français de souche"), avec les mêmes problèmes (les mêmes causes produisant les mêmes effets?) - [des gosses de l'Assistance Publique]. La "couleur de peau" a changé (?). Mais pas le mal-être.

En conséquence, pour conclure, je me permets de citer le passage de l'article de Wikipedia sur la prévention spécialisée qui me paraît le plus pertinent pour montrer le travail accompli:
"Le public concerné par la prévention spécialisée:
Il est plus difficile à identifier aujourd'hui qu'il ne l'était dans les années de sa fondation. À l'époque, il s'agissait surtout d'un public d'adolescents perturbateurs, souvent organisés en bandes. Aujourd'hui, les équipes sont en présence d'une dégradation des relations sociales à la fois plus diffuses et de plus grande ampleur qui concernent les enfants, les jeunes et les adultes. Le public de la prévention spécialisée se caractérise par de faibles perspectives d'avenir, ou parfois même par une absence totale, par des difficultés à s'approprier son histoire et ses expériences. Les rapports au temps, à l'espace, à la réalité sont souvent perturbés. Le jeune vit dans l'immédiat, ne peut concevoir un projet à plus ou moins long terme."

(1) J'ai préféré vérifier pour ne pas donner une fausse référence comme cela m'était déjà arrivé. Il s'agit bien d'un article du Canard, signé Jean-Luc Porquet. Et j'ai en prime pu y relever l'explication en note sur la locution "Wesh" qui revient assez souvent dans le livre: "expression passe-partout fréquemment utilisée dans les quartiers populaires".

(2) On trouve des articles de lui, entre autres, sur le site de Article11.

6 octobre 2012

Lectures de vacances (septembre 2012)

Concernant les lectures que j'avais prévues pendant mes vacances, j'ai presque rempli mon contrat si ce n'est que je n'ai pas encore lu L'embellie de d'Audur Ava Olafsdottir [chroniqué le 02/12/2012]. En revanche, j'en lu un assez savoureux:

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Les vacances d'un serial killer (Pocket, 250 pages) de Nadine Monfils (une Belge qui vit à Montmartre) se passe au soleil (!) de la mer du Nord. Alfonse (surnommé Fonske) et Josette Destrooper s'embarquent avec leurs deux ados glandeurs et la grand-mère complétement azimutée. L'histoire loufoque n'a que peu d'importance mais Nadine Monfils a un style bien à elle. C'est parfois très cru et souvent drôle. A découvrir.

 

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Ouatann d'Azza Filali (elizad, 390 pages) est un roman qui se lit agréablement, mais j'avoue n'avoir pas compris le destin tragique d'un des personnages à la fin du roman. L'histoire se passe Tunisie en 2008. Ce pays en crise se trouve en proie aux magouilles en tout genre (collusion entre politique et pègre). L'écrivain nous fait rencontrer quelques personnages désenchantés dont Michkat, l'avocate à la recherche d'un nouveau travail (elle vient de démissionner du précédent); Rached, fonctionnaire sans idéal qui vit loin volontairement de sa femme et de ses jumelles; Naceur, ingénieur en bâtiment en partance pour un ailleurs hypothétique (il a un lourd passé). Sans oublier Mansour que je vous laisse découvrir. C'est aussi l'histoire de la maison d'un Français située au bord de la mer près de Bizerte. Cette maison recèle quelques pièces secrètes. Ce roman m'a fait découvrir un éditeur tunisien, elizad, et une femme écrivain, Azza Filali, qui est romancière et médecin.

 

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Au bon roman de Laurence Cossé (Folio, 450 pages) m'a été prêté par une de mes connaissances. Je la remercie. Au bon roman, c'est (mise en abyme) l'enseigne d'une librairie située à Paris dans le 6ème arrondissement. Les fondateurs de cette librairie, Ivan et Francesca, se sont donné comme credo de ne proposer à la vente que de bons romans et rien d'autre. Pour ce faire, je vous laisse découvrir comment la sélection est faite. Je ne vous parle pas de toutes les embûches dont ils sont victimes, eux et d'autres qui font partie du comité de sélection. Voilà un roman qui se lit comme un polar. Je vous le recommande rien que pour l'écriture. Mme Cossé a du talent (c'est le premier roman que je lisais d'elle).

 

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Je termine par Motel Blues, "mon" troisième Bill Bryson (Petite bibliothèque Payot, 390 pages), où notre chroniqueur voyageur nous décrit son périple aux Etats-Unis. Il a parcouru 22364 kilomètres en traversant tous les Etats continentaux sauf 10 (ce qui fait à peu près 30 états) en deux voyages. Son point de départ était bien entendu Des Moines (Iowa) où Bill Bryson est né. Je vous laisse découvrir les endroits découverts et les autochtones qu'il a croisés. Il est encore assez critique sur certains travers de son pays (en particulier le racisme entre blancs et noirs). Il n'aime pas par exemple le style de William Faulkner. Il s'est aussi arrêté dans la ville natale de John Wayne. Il apprécie enfin peu New-York (bouh). Mais je l'aime quand même (sacré Bill!).

16 juillet 2012

Les enfants de Belle Ville - Asghar Farhadi / Hommage à Patrick Dewaere

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Suite aux bons conseils d'Oriane (que je remercie) et du Canard Enchaîné, je suis allée voir, ce week-end, Les enfants de Belle Ville, le deuxième film (qu'il a tourné en 2004 et inédit en France) d'Asghar Farhadi (Une séparation, A propos d'Elly). Courez voir cet excellent film que je recommande aussi. De nos jours, à Téhéran, Belle Ville est un établissement pour mineurs délinquants où Akbar, qui vient de fêter ses 18 ans, est détenu depuis deux ans. Quand le film commence, il est transféré dans une prison d'adultes dans l'attente de son exécution. En effet on apprend qu'Akbar a tué une jeune fille quand il avait 16 ans. Son meilleur ami, A'la, qui lui vient d'être libéré après avoir purgé sa peine, décide d'obtenir le pardon auprès du père de la jeune morte. Il est aidé en cela par Firouzeh, la soeur d'Akbar, mère d'un petit garçon. Ce pardon permettrait qu'Akbar soit libéré. Malheureusement le père, Rahmati Abolghassem, homme très croyant, semble rester inflexible dans sa décision. Il est pour la loi du Talion. C'est vraiment un film magnifique qui émeut beaucoup et j'ai appris que dans le système juridique iranien, il existe le prix du sang (une sorte de dédommagement que l'auteur d'un crime peut payer à la famille de sa victime afin de se libérer de sa peine). Il faut noter que ce prix du sang est deux fois moindre si la victime est une femme que si la victime est un homme... (sans commentaire). Les acteurs sont tous magnifiques, mention à Taraneh Alidoosti (Firouzeh) qui joue aussi dans A propos d'Elly. Comme dans Une séparation, le film se termine par une interrogation.

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Ce 16 juillet 2012, je voulais rappeler qu'il y a exactement 30 ans, le 16 juillet 1982, disparaissait Patrick Dewaere, qui s'est suicidé d'un coup de carabine. Il avait 35 ans. Il avait mené une vie pleine d'excès dont ceux de la drogue. C'était un acteur de talent, fort et fragile à la fois, que j'avais beaucoup apprécié dans Série Noire, Beau-Père, Un mauvais fils, F. comme Fairbanks, Le juge Fayard dit "Le shériff", Coup de tête, Préparez vos mouchoirs (pour Les Valseuses, bizarrement, je n'en ai jamais vu l'intégralité). Il n'a jamais été récompensé par un César ou un prix d'interprétation alors qu'aujourd'hui un prix porte son nom. Il est une référence pour beaucoup de jeunes comédiens. Il est mort trop tôt mais on ne l'oublie pas. Je viens de lire, en une demi-journée, un livre qui lui est consacré, écrit par un journaliste, Christophe Carrière (Editions Balland, juin 2012). Je ne pense pas avoir appris grand-chose car il ne fait que survoler son sujet (à mon avis), mais il donne envie de revoir les films de l'acteur.

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17 mai 2012

La muraille de lave - Arnaldur Indridason

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En l'absence du commissaire Erlendur, parti depuis plus de deux semaines quelque part dans les fjords, et tandis que sa collègue Elinborg enquête sur des viols (voir La Rivière noire), voici l'inspecteur Sigurdur Oli qui se retrouve être le personnage principal de La Muraille de lave (300 pages, Métailié noir). Cette fois-ci, Indridason aborde deux sujets: la pédophilie, et l'une des prémices (parmi d'autres) de la crise financière qui a mis l'Islande en faillite (le roman a été écrit en 2009). En effet, certains employés d'une banque islandaise n'ont aucun scrupule à spéculer avec de l'argent qui ne leur appartient pas sur des produits "toxiques". Sigurdur Oli, qui vient de se séparer de sa femme Bergthora, mène deux enquêtes différentes en parallèle. Pour la première, il va se trouver face à un pauvre hère, Andrès, dont on apprend au fur et à mesure les violences qu'il a subies dans son enfance et dont il ne se remettra jamais. Pour la seconde affaire, Sigurdur Oli s'y trouve impliqué après qu'un de ses amis, Patrikur, le charge d'aller récupérer chez un couple des photos compromettantes qu'ils ont prises pendant une soirée échangiste (surnommée "soirée entrecôtes"). Ils veulent s'en servir pour un chantage. Il arrive trop tard, Lina, la femme, vient d'être tabassée à mort. De fil en aiguille, on apprend la relation entre cette mort (involontaire ou non) et les malversations commises par des employés de banque indélicats. Mais je ne vous dis pas tout car les raisons de ce crime sont plus complexes que prévues. C'est le 9ème roman d'Indridason que je lis sur un total de 9 publiés en français, et, une fois de plus, son intrigue est passionnante. Je le conseille. Voir le billet d'Alain.

17 avril 2012

Le nazi et le barbier - Edgar Hilsenrath

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Voici un roman corrosif très bien écrit (en 1968-1969) et tout aussi bien traduit de l'allemand, qui se présente comme un récit à la première personne. Le nazi et le barbier (Edition Points Seuil, 490 pages) nous raconte  l'histoire de Max Schulz, né en 1907, brun et aux yeux de grenouille, fils illégitime mais aryen pure souche de Minna Schulz et d'un des cinq hommes que celle-ci fréquentait régulièrement. Max Schulz est né 2 minutes et 22 secondes avant Itzig Finkelstein (blond aux yeux bleus), lui-même fils d'un barbier, Chaïm Finkelstein. Iztig vivait dans la maison mitoyenne de celle de Max dans une petite ville allemande. Très bons amis, Max et Itzig sont devenus coiffeurs tous les deux. Entre une mère putain et un beau-père violeur d'enfant, l'enfance de Max fut difficile. Devenu génocidaire pendant la seconde guerre mondiale, Max, sous l'uniforme SS, est responsable avec d'autres de la mort de plus de 200 000 Juifs dans un camp. Plus tard, pour échapper à la prison et/ou à la mort, Max se fait passer pour Juif et prend l'identité d'Itzi (exterminé comme ses parents). Emigré en Israël, Max s'installe comme barbier et devient un sioniste fanatique combattant pour Israël. L'air de rien, Edgar Hilsenrath (qui a connu les camps en Ukraine) écrit une fable cruelle mais burlesque qui parle de la Shoah. Il arrive à nous rendre le personnage de Max assez attachant malgré les monstruosités qu'il a commises. Il faut dire qu'il n'éprouve pas beaucoup de remord. Il a fait son travail, point. L'écrivain né en 1926 est en train de connaître une certaine notoriété en France et c'est mérité. Ce sont les Anglo-saxons qui l'ont découvert car ses romans ont d'abord été publié en anglais (traduits de l'allemand). Parmi mes prochaines lectures, je vais lire son Fuck America (Edition Points Seuil). Sinon, le tout premier roman d'Hilsenrath, Nuit (Edition Attila), sur son expérience dans un ghetto en Ukraine, vient de paraître. Edgar Hilsenrath est un romancier dans lequel se plonger d'urgence.

8 février 2012

The Event

Avec ces grands froids et n'étant pas très attirée par les dernières sorties au cinéma (The descendants, Another Happy Day), et ayant très moyennement apprécié Detachment (vu en avant-première), je me suis accordée une récréation en regardant une série TV en DVD (j'en fait une grande consommation). The Event est le genre de série où l'"on-reste-scotché-à-son-fauteuil-jusqu'à-la-fin" tellement c'est bien. J'ai regardé les 22 épisodes (de 40 minutes chacun) à la queue-leu-leu en trois jours. Cette série est un mélange de thriller fantastique et d'anticipation. L'avenir du monde est en jeu car 97 extraterrestres très semblables aux humains sont retenus prisonniers depuis 66 ans, après qu'ils se soient "crashés" en 1944 dans un coin reculé de l'Alaska (le vieillissement ne les atteint pas). De nos jours, le nouveau président des Etats-Unis (il est noir) qui vient de découvrir ce dossier classé "Top secret" veut le révéler au grand jour et libérer ces prisonniers. Plusieurs conseillers ne sont pas de cet avis car ils pressentent un danger. Et en effet, on apprend assez vite que d'autres représentants de ces êtres sont infiltrés parmi les humains. Les 97 ont comme chef une femme appelée Sophia (personnage glaçant dont l'unique but est de sauver son peuple). Le tempo est haletant. On ne s'ennuie pas une seconde. Il faut être attentif car les premiers épisodes sont composés de flash-backs. On découvre que certains personnages qui apparaissent au cours des épisodes ne sont pas ce qu'ils semblent être, il y a des nuances dans les caractères. Un jeune homme, Sean Walker, sert de fil rouge à la série. Il n'aura de cesse de retrouver sa fiancée disparue dès le premier épisode. Un étrange médecin fait des expériences sur des petites filles. Beaucoup d'explications ne nous sont pas données. J'ai adoré cette série avec quelques effets spéciaux du plus bel effet, qui tient en haleine jusqu'au bout. On peut supposer que l'issue de l'histoire est fatale à certains êtres vivant sur cette terre (je ne vous dirai pas lesquels).

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27 janvier 2012

Op Oloop - Juan Filloy

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J'ai été attirée par la couverture et par le titre étrange (c'est le nom du personnage principal du roman).

L'écrivain argentin Juan Filloy est né en 1894 et décédé dans son sommeil en 2000 à l'âge de 106 ans! Peu connu en dans son pays d'origine et encore moins ailleurs, il a influencé des écrivains comme Julio Cortazar. Les titres de ses romans et de ses nouvelles ne comportaient que 7 lettres. Il a par ailleurs composé plus de 8000 palindromes en langue espagnole, lui dont les parents étaient analphabètes. Sa mère était une lavandière toulousaine, et son père, un paysan espagnol.

Op Oloop écrit en 1934 est son premier roman traduit en français, à ce jour.

A Buenos Aires, en avril 1934, on suit 19 heures et 10 minutes exactement de la vie d'Optimus Oloop (âgé d'une quarantaine d'année), d'origine finlandaise et statisticien de profession. A 10H00, il part aux bains turcs puis il fait une visite à sa fiancée Franzisca chez les parents de cette dernière avant de partir dîner avec des amis. C'est lui qui invite. Il terminera sa nuit dans une maison close où il va faire une rencontre qui le bouleverse. Ainsi résumé, je ne peux rendre compte du style. L'histoire mêle rêve et réalité car Op Oloop aspire à un idéal de vie qu'il a du mal à atteindre. Je ne m'attendais pas du tout à la fin assez abrupte (si je puis dire). J'avoue avoir été un peu déçue par ce roman qui m'a paru daté, j'ai trouvé le récit plutôt brouillon avec pas mal de digressions. Du coup, je me suis un peu perdue dans le récit avec tous ces personnages. Mais je suis contente d'avoir découvert un écrivain. J'ai découvert par la même occasion une maison d'édition: Monsieur Toussaint Louverture.

27 décembre 2011

A dangerous method - David Cronenberg / Le Havre - Aki Kaurismaki

FestAut01 Que dire de ce film (A dangerous method), le dernier de la sélection du Festival d'automne créé par Chris? Pas mal mais sans plus. Ne connaissant pas grand-chose à la psychanalyse, j'avoue n'avoir pas tout compris sur la cause de la rupture intellectuelle entre Freud et Carl Jung son disciple, si ce n'est que Jung a été trop loin dans sa relation avec une patiente. L'histoire qui se déroule sur 9 ans reste anecdotique. En 1904, en Suisse, Carl Jung exerce dans une institution psychiatrique. Une jeune femme hystérique, Sabina Spielrein, juive russe, devient donc la patiente et la maîtresse de Carl Gustave Jung, lui-même marié (à une femme très riche) et père de famille. Sabina Spielrein, elle-même, deviendra plus tard une grande psychanalyste et se rapprochera des idées de Freud. Episodiquement, Jung rencontre Sigmund Freud ou correspond avec lui jusqu'à la rupture complète. Le film est beau à regarder, rien ne manque dans les décors ni les costumes. C'est un film relativement sage. Je note surtout la prestation de Keira Kneightley qui se sort très bien du rôle pas facile de Sabina.

En revanche, ne passez pas à côté du Havre du cinéaste finlandais Aki Kaurismaki, un joli conte décalé où André Wilms, Jean-Pierre Darroussin et Kati Outinen font merveille. Je ne vous parle même pas du plaisir de revoir Pierre Etaix jouant le rôle d'un médecin et Jean-Pierre Léaud en délateur odieux digne du pire collabo. Idrissa, un jeune Congolais arrivé avec d'autres dans un container par bateau, est pris sous l'aile protectrice de Marcel Marx, cireur de chaussure à la gare du Havre. Toute l'histoire repose sur un élan de solidarité (d'amis ou connaissance de Marcel) qui permet à Idrissa de rejoindre sa mère à Londres. Il faut noter quelques hommages au cinéma français. Kati Outinen qui interprète le rôle de la femme de Marcel Marx (André Wilms) s'appelle Arletty dans le film. Les décors et les costumes sont datés années 80. On voit une Renault 16, une vieille cabine téléphonique. C'est un joli film qui fait chaud au coeur.

22 août 2011

L'armée furieuse - Fred Vargas

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Je viens de terminer L'armée furieuse de Fred Vargas (Editons Viviane Hamy, 400 pages). C'était mon premier roman de cette écrivain. Je l'ai trouvé pas mal du tout et pourtant je prends le train en route, si je puis dire, puisque le commissaire béarnais Jean-Baptiste Adamsberg et ses collègues, Danglaird, Veyrenc et le lieutenant Violette Retancourt, n'en sont pas à leur première enquête. Je lirai certainement les autres romans où ils interviennent un de ces jours. Dans L'armée furieuse, on apprend qu'Adamsberg s'est retrouvé père depuis peu de temps d'Armel/Zerk, un garçon de 28 ans dont il ignorait l'existence. Sinon, l'essentiel de l'histoire se passe à Ordebec, dans le Cavaldos, où une armée de morts, commandée par le Seigneur Hellequin depuis 1091, apparaît à certaines personnes sur des sentiers. Elle annonce des morts violentes dans les jours qui suivent. Et en effet c'est ce qu'il va se passer. Adamsberg est un commissaire atypique qui m'a plu. Il travaille vraiment en équipe et de façon peu orthodoxe et parfois à la limite de la légalité. Un bon roman bien écrit pour cette fin de l'été avant la rentrée littéraire.

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Je change tout à fait de sujet pour la fin de mon billet du jour. Il vous reste une semaine jusqu'au 28 août (il y a eu une prolongation d'un mois en raison du succès de l'exposition) pour aller admirer les robes de Mme Grès au musée Bourdelle à Paris dans le 15ème arrondissement (merci à Aifelle pour ce conseil). Je ne connaissais pas ce lieu où Antoine Bourdelle a vécu et travaillé pendant plus de 40 ans. Les drapés de Mme Grès (1903-1993) sont très bien mis en valeur dans différents endroits du musée au mileu des sculptures.

24 avril 2011

Le tailleur gris - Andrea Camilleri

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Sous ce titre anodin, Le tailleur gris, se cache un roman (Points Seuil noir) d'une grande noirceur et dont la fin m'a paru insoutenable. C'est un roman anxiogène au possible (il s'agit du premier roman d'Andrea Camilleri que je lis). En Sicile, à Palerme, un banquier vit sa première journée de retraité. Père et bientôt grand-père, il est marié depuis 10 ans avec Adèle, de 25 ans sa cadette. C'est elle qui porte un tailleur gris pour certaines occasions ou pour un changement dans sa vie. Adèle trompe son mari, car c'est une femme qui a un grand appétit sexuel tout en bannissant son mari du lit conjugal depuis 3 ans (sauf quand elle est d'humeur câline). Une semaine après sa mise à la retraite, cet homme (auquel l'auteur n'a pas donné de nom ou de prénom) apprend qu'il est très gravement malade. Adèle devient son infirmière (elle apprend à faire des piqûres) et peut-être son bourreau. Ce que j'ai trouvé particulièrement éprouvant, c'est que l'on devine ce qui va arriver. Pendant les 170 pages, le style de l'auteur reste neutre: c'est terrifiant. Je pense que je lirai un autre roman d'Andrea Camillero avec une enquête du commissaire Montalbano. Toujours est-il que je vous conseille Le tailleur gris - que l'on pourrait peut-être sous-titrer La veuve noire.

10 mars 2011

L'homme qui aimait les chiens - Leonardo Padura

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Je viens d'arriver au bout des 667 pages de L'homme qui aimait les chiens (Editions Métailié), magnifique roman fleuve, passionnant grâce à son style ample et fluide, qui tient en haleine jusqu'au bout.
La photo sur la couverture représente Lev Davidovitch Bronstein, dit Leon Trotski (il aimait les chiens, en particulier les lévriers barzoïs). Mais au cours de l'histoire, on apprend qu'au moins deux autres personnages réels ou fictionnels aimaient aussi les chiens, dont "L'homme" du titre. Leonardo Padura redit en postface qu'il s'agit d'un roman. Mais il s'est emparé de l'Histoire (avec un grand H) pour nous raconter une histoire et nous faire revivre toute une époque de janvier 1929 jusqu'à nos jours, avec la guerre d'Espagne, la mainmise de Staline sur l'ex-URSS et les purges qui s'ensuivirent, et le destin plus ou moins dramatique de quelques hommes et femmes. Le roman enchevètre trois récits: d'abord, l'exil de Trotski et de sa famille de la Sibérie jusqu'au Mexique en passant par la France et la Norvège; puis l'itinéraire de Ramon Mercader (alias Jacques Mornard, alias Franck Jacson), d'origine catalane, endoctriné dès son plus jeune âge sous l'influence de sa mère Caridad, qui devint militant communiste - recruté par les services secrets soviétiques, on en fit un agent zélé persuadé que le "renégat" Trotski était l'homme à abattre: il l'assassina d'un coup de piolet dans le crâne le 22 août 1940 à Mexico; et enfin, nous suivons Ivan, écrivain cubain frustré, vétérinaire à ses heures, qui rencontra, un jour (en 1977) sur une plage cubaine, un homme accompagné de ses deux lévriers barzoïs. Il est dit plusieurs fois que les personnages du roman éprouvent de la peur: de mourir, de dire, d'agir, d'écrire. Le monde vivait dans la peur. C'est avant tout l'histoire d'un homme qui restera hanté jusqu'à sa mort par le cri que poussa sa victime quand il la tua, et d'une cicatrice à la main en forme de croissant. Après Les brumes du passé, je considère Leonardo Padura comme un très très grand romancier.

Voir les billets élogieux de Keisha, d'Ys, de Moustafette et d'Yv.

17 février 2011

La rivière noire - Arnaldur Indridason

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Hésitant beaucoup à aller voir Black Swan de Darren Aronofsky (voir les critiques bonnes et moins bonnes de Leunamme, Ffred, Wilyrah, Neil, Edisdead, Tinalakiller, Chris, Alain, Quaty, Vincent, Ornelune, et beaucoup d'autres) et espérant être plus motivée par les prochaines sorties cinéma, je continue mes billets sur les livres avec La rivière noire, le nouveau roman d'Arnaldur Indridason (Métailié noir) qui représente mon deuxième achat compulsif en ce début d'année. J'ai lu avec intérêt les 300 pages du roman qui devient passionnant dans les 100 dernières.
Grande nouveauté, ce n'est pas Erlendur qui mène l'enquête, mais son adjointe Elinborg. Erlendur, parti en vacances dans les fjords de l'Est, ne donne aucun signe de vie. On entre dans l'intimité d'Elinborg (qui aime beaucoup cuisiner) et de sa famille, son compagnon Teddi (qui travaille dans un garage, élément important pour l'histoire) et ses trois enfants dont une fille surdouée, Theodora.
Elinborg mène de front sa vie familiale et professionnelle même si ce n'est pas toujours facile. Elle enquête donc sur la mort d'un violeur, Runolfur (la trentaine), retrouvé chez lui, égorgé avec du Rohypnol (la drogue du viol) dans la bouche. Il semble que sa dernière victime, Nina, se soit défendue, mais elle ne se rappelle rien de ce qui s'est passé (puisque Runolfur lui avait fait ingérer de cette drogue avant de l'emmener chez lui). Indridason prend son temps pour nous dévoiler la solution. Il a peut-être choisi Elinborg comme personnage principal car le crime est en rapport avec la violence faite aux femmes (c'est une supposition). Elinborg est une bonne inspectrice, elle réfléchit beaucoup et fait des recoupements, déterrant une affaire plus ancienne d'une jeune disparue (peut-être aussi victime d'un viol). Elle se sort très bien de l'enquête, n'émettant pas de jugement hâtif. Comme je l'ai écrit plus haut, le roman s'accélère dans les 100 dernières pages. L'intrigue se tient avec plusieurs suspect(e)s possibles. J'ai lu ce roman avec plaisir  (le 7ème paru en français) d'Arnaldur Indridason, même si je souhaite néanmoins le retour d'Erlendur (on espère qu'il ne lui est rien arrivé).

2 février 2011

Pandore au Congo - Albert Sanchez Pinol

Pandore

J'ai acheté ce roman, attirée par le titre et la jolie couverture de l'édition de poche Babel. [C'est la première fois que je mets une couverture de livre dans un billet, j'ai décidé de le faire de temps en temps pour égayer mon blog]. Le résumé en 4ème de couverture a fini de me convaincre. Il s'agit du premier roman que je lis de cet écrivain. Pendant 450 pages, je me suis retrouvée en 1912-1914 entre le Congo et Londres. Tommy Thomson, jeune plumitif, nègre d'un nègre d'un nègre, se trouve engagé par un avocat londonien pour écrire l'histoire d'un de ses clients, Marcus Garvey, un gitan à la peau mate, détenu en prison en attente de jugement (il risque la pendaison). Il est accusé d'avoir assassiné les deux fils d'un duc anglais lors d'un voyage au Congo. Une partie du récit nous fait revivre ce périple où ces colons blancs (à la recherche d'or et de diamants) sont décrits sous leurs plus mauvais jours dans leur attitude envers les populations noires traitées comme des esclaves. Heureusement qu'un peuple souterrain, les Tectons (êtres à la peau très blanche, mesurant presque deux mètres et avec six doigts à chaque main), surgit de la terre. Nous sommes projetés dans de la pure science-fiction mais on y croit. Une Tectonne, Amgam, devient un personnage important de l'histoire. L'autre partie du récit narre le début de la guerre de 14-18, où Tommy Thomson est enrôlé à son corps défendant pendant un temps avant d'être démobilisé. Une galerie de personnages étonnants (dont une tortue sans carapace au doux nom de Marie-Antoinette) gravitent autour de lui dans la pension de famille où il a élu domicile. Sans dévoiler toute l'histoire qui tient en haleine jusqu'à la dernière page, je dirais qu'un scénario évoqué au début du roman (p.14), intitulé "Pandore au Congo", représente un résumé de tout ce qui s'ensuit. J'ai beaucoup apprécié l'écriture/la traduction de ce roman que je qualifierais d'exotique, et à l'histoire très originale.

16 octobre 2023

Les portes de l'aventure - Jean Hougron / Excalibur, l'épée dans la pierre - T. H. White

Je (ta d loi du cine, squatter" chez dasola) vous présente deux vieux livres chinés à prix cassé (le livre, ça ne vaut plus rien...). En tout cas, quand dasola commence à regimber avec ses livres neufs à 20 euros ("c'est plus possible!"), je lui mets sous le nez mes vieux "poche" achetés à 20... centimes d'euros. En voici deux!

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Jean Hougron, Les Portes de l'Aventure, Le livre de Poche N°1257, 1966, 253 pages
T. H. White, Excalibur, l'épée dans la pierre, Le livre de Poche N°14655, 2012 (1ère éd. 1999; 1997 pour cette trad. française, EO anglaise 1938) 

20232-300x300_2023seraClassiqueCes deux titres peuvent donc participer au challenge "2023 sera classique" co-organisé par Nathalie et Blandine. Je fréquente depuis plusieurs décennies les deux auteurs dont j'ai donc acquis récemment ces deux ouvrages. De Jean Hougron, je relisais régulièrement Soleil au ventre, qui se trouvait dans la chambrette que j'ai occupé à partir de l'âge de douze ans dans la "maison de campagne" de mes grands parents, pendant la plupart des vacances scolaires. Il cotoyait, sur un petit rayonnage au-dessus de mon lit, Les nus et les morts de Norman Mailer, Le commandant Watrin d'Armand Lanoux, deux ou trois recueils de nouvelles et saynettes de Courteline, ou même La P... respectueuse de Jean-Paul Sartre auquel je n'ai jamais réussi à m'intéresser (et quelques autres que j'ai oubliés): livres achetés, je suppose, par la génération parentale, à l'occasion de voyages en train (en gare, à leur sortie en "poche"). J'avais à cette époque tendance à vouloir continuer à lire après mon "couvre-feu" officiel, et comme la porte de ma chambrette était vitrée, j'ai dû user un certain nombre de piles électriques pour lampe de poche en lisant sous les couvertures (parfois même tête-bêche!). Mais je n'avais, depuis cette lointaine époque, jamais eu la curiosité de lire d'autres titres de Jean Hougron, né il y a 100 ans cette année (1923-2001), alors qu'il a publié encore quelques romans bien après l'époque où j'y rêvais sur le moyen d'escroquer un casino... 

P1160750Bref, Les portes de l'aventure fait partie de cette même série La nuit indochinoise (comportant au total 7 volumes) dont Soleil au ventre est le troisième volume et Les portes... le cinquième. Ce bref ouvrage (253 pages) est constitué de trois nouvelles indépendantes. L'aventure y est plus ou moins intense. Je vais dire quelques mots sur chacune, en tâchant de ne pas trop en dévoiler.

* Poulo-Condor est le nom d'une île (mais il n'est pas question dans la nouvelle du bagne qui y a fonctionné dans la réalité). Si je dis "Monte-Cristo", je suppose que ce sera cependant un indice de ce qui s'y déroule? Disons que, dans cette nouvelle de 88 pages comme dans les deux autres,  il est question de pelle et de pioche. Le narrateur (celui qui dit "je" au départ) n'est pas le protagoniste le plus important, mais bien celui qui écoute l'histoire que lui racontent d'autres personnages. Il en tire ses conclusions...  

* L"homme du kilomètre 53 m'a fait songer au Kipling des bâtisseurs de ponts et d'autres nouvelles décrivant des "administrateurs" anglais aux prises avec les éléments et les "subalternes locaux" dans leur colonie indienne. Ici, il est question des ponts-et-chaussées, de la construction d'une route dans la jungle avec divers aléas: la boue, le gravier adéquat qui manque... et les animaux sauvages. Une belle tranche de vie quotidienne exotique sur une quarantaine de pages. 

* Le retour est le récit amer (de nouveau à la première personne) d'une courte tentative de reprendre la vie ancienne après le retour, sept ans plus tard, d'un homme parti à 19 ans faire forture "aux colonies". Il y a perdu la candeur et les illusions qu'il pouvait avoir à son départ: on ne se baigne jamais deux fois dans la même eau. Et que d'autres aient attendu son retour ne le touche pas: lui sent avoir trop profondément changé, quand d'autres ont seulement été marqués par le temps passé... Le fantasme de reprise d'une petite vie provinciale finira tragiquement. 

Nonobstant cette diversité, il s'agit bien de ce qu'on appelle des "récits d'aventures". N'ayant pas lu les autres titres de la série, je présume que, à défaut de personnages reparaissants comme dans La comédie humaine, la principale unité est celle de lieu: l'Indochine française (avant 1954). Jusqu'à preuve du contraire, mon intuition est que Hougron a dû nourrir son oeuvre comme London, en mêlant ce qu'il a personnellement vécu sur place durant ses cinq ans en Indochine, à ce qu'il a dû y glaner comme récits d'aventures vécues ou rêvées par d'autres! La dernière réédition, en deux tomes de la collection Bouquins, remonte à 2004-2006. 

P1160752Le second bouquin n'a rien à voir avec le précédent, mais je vais aussi comnencer par vous raconter mon propre rapport avec lui. Ce livre de T. H. White (à l'origine, je l'avais découvert en "bibliothèque verte", et sous un autre titre: L'épée dans le roc), je crois qu'il appartenait à mon grand frère. Je l'ai lu plusieurs fois étant gamin. Je l'ai ré-aperçu il y a quelques semaines, lors d'un bref passage dans une maison de campagne de mes parents (dont je n'hériterai pas), il tombe en morceaux (nous sommes quatre frères à l'avoir lu, peut-être mes neveux, cousins ou autres enfants de passage aussi...). Je ne l'ai pas sous la main, mais je préfère sa couverture à celle du "Poche"... [ci-dessous l'image correspondante, trouvée sur internet].

Dans Excalibur, l'épée dans la pierre, le récit commence abruptement avec le descriptif d'une semaine d'écoliers. Vu le nom des matières étudiées (écriture courtoise, astrologie...), un jeune lecteur contemporain et cultivé pourra se demander s'il s'agit d'un univers à la Harry Potter ou quoi. Mais un peu plus loin, il est question d'escrime, de tir à l'arc et de fauconnerie. Ces vraies matières viriles indiquent davantage la voie médiévale. Nous sommes dans un Moyen Âge de fantaisie, entre chevalier errant (oui, un seul!) et foins du domaine à rentrer. Merlin l'enchanteur apparaît p.60, pour devenir précepteur des deux garçonnets du château. Mais sa pédagogie s'avèrera "active": pour s'acquérir des mérites ou des qualités, rien de tel qu'une série d'incarnations provisoires dans des corps animaux. Ou, sans transformation, la rencontre de quelques héros légendaires pour vivre ensemble des aventures palpitantes et aussi merveilleuses que celles d'Alice. Et le héros principal finira par prendre dans sa main l'épée dans la pierre du titre.

L-epee-dans-le-rocQuoique je n'aie pas été en mesure de confronter mot à mot les deux versions, il me semble que la traduction du Livre de Poche doit être différente de celle lue quand j'étais gamin. En tout cas, je n'y ai pas retrouvé Kay et Moustique (popularisés par le dessin animé de Disney Merlin l'enchanteur sorti en 1963, du vivant de White [1906-1964 - grande année!]), mais Keu et ...La Verrue. La verrue s'appelait ainsi parce que cela finissait en "u" comme Arthur, enfin presque (p.29): pas très convaincant... Le cycle de romans écrit par T. H. White à partir de 1938 comprend cinq titres, dont le dernier est paru posthume. Je n'ai jamais lu les quatre autres. 

Finalement, ne devrais-je pas m'inquiéter de "retomber en enfance" et de prendre presque davantage de plaisir à radoter sur mes souvenirs qu'à rédiger de simples billets chroniquant des ouvrages de lectures récentes...? En tout cas, je n'ai pas l'impression d'avoir souvent croisé ces deux auteurs sur les blogs... Mais enfin - bon sang mais c'est bien sûr! - Excalibur... peut tout à fait participer au 11e Challenge de l'imaginaire! cli11-02

28 décembre 2023

Miracle sur la 34e rue - George Seaton

Voici un vieux film "de saison" trouvé en DVD d'occasion. Oui, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) ne pratique pas seulement la chine pour les vieux bouquins, j'écume aussi les bacs afin d'avoir deux ou trois films d'occasion pour le prix d'un DVD ou blue-ray neuf...

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Miracle sur la 34e rue (Miracle on 34th Street), George Seaton (20th Century Fox)

Une grande parade américaine est en train de se mettre en place. Nous sommes à New-York. Soudain, un barbu surgit dans le paysage. Le bel ordonnancement prévu est bouleversé. Une jeune femme se trouve aux manettes, avec autorité et efficacité, puisqu'il s'avère qu'elle sait garder la tête froide et faire les bons choix... 

Sortie en 1947 aux Etats-Unis et en 1948 en France, cette comédie en noir et blanc oscille entre le côté conte et le versant réalisme. L'héroïne adulte est une executive woman qui assume d'être chef de famille et de gagner (sans doute confortablement) sa vie. Elle est maman (solo? Veuve de guerre? Cela n'est jamais explicité, mais je dirais que c'est plausible dans le contexte de l'époque) d'une charmante gamine (Susan). Nathalie Wood, à 9 ans, est mignonne comme un coeur et joue sans affectation (elle est proche de leur charmant voisin - qui avouera l'utiliser comme cheval de Troie pour "envahir" sa mère). 

Alors, ce "miracle", me direz-vous? Hé bien, la maman travaille pour une chaîne de grands magasins (Macy's), et plus particulièrement pour le Macy's de Brodway (situé sur la 34e rue). C'est dans ce cadre qu'elle organisait la parade, à la suite de laquelle elle a recruté, pour jouer le personnage du Père Noël avec lequel les enfants sont photographiés à la chaîne, le sympathique barbu découvert à la parade. Et celui-ci fait plus que charmer sa clientèle, il révolutionne les us et coutumes commerciaux de la chaîne de magasin qui l'a embauché. Intolérable, n'est-ce pas? Nous sommes en Amérique: tout cela finit par un bon procès! Et tout est bien qui finit bien: l'avocat n'est autre que l'amoureux de la reine du marketing...

Maintenant, je vous avoue avoir vu ce film d'un oeil suspicieux et en croyant même y percevoir quelques idées délicieusement subversives:

* le capitalisme réalise de meilleures affaires par la collaboration et l'émulation que par la concurrence et l'affrontement, nous démontre-t-on. 
* le psy [-chologue/-chiatre/-chanalyste] au service de l'entreprise (chargé d'évaluer les conditions de travail et la santé mentale des salariés) s'avère être un charlatan, un menteur et un malfaisant (dans le désordre, bien sûr).
* il revient au tribunal de trancher souverainement une contestation sur l'existence ou la non-existence d'une... figure "incontestable".

Je n'ai pu m'empêcher d'y voir remis en cause le libéralisme économique et la loi du marché, la mode de la psychanalyse et ses abus dans l'"american way of life", le "in god we trust", et même les procès pour un oui ou pour un non où l'emporte l'avocat le plus malin (et pas forcément la loi, l'intérêt général, le droit ni le plaignant ou le défendeur ayant raison ou tort [dans le désordre, toujours, hein!]). 

Mais que peuvent en penser d'autres spectateurs que moi? Faut-il croire que, dans cette Amérique de l'après-guerre, le public américain était trop naïf pour ne pas voir ce même côté "contestataire" (pour être gentil) que j'ai cru y détecter? 

Si vous voulez vous en faire votre propre idée, je vous invite à le visionner lorsque vous en trouverez l'occasion!

Ideyvonne avait publié une belle galerie de photos concernant ce film, neuf ans avant mon propre billet!

11 novembre 2023

Compagnie K - William March

 image_0776537_20220103_ob_f3d147_logo-chall-1gm-vivrelivre-2022-ok   20232-300x300_2023seraClassique

Comme prévu de longue date cette année, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me suis procuré (1), pour ce 105e anniversaire de l'Armistice, un livre dont j'ignorais l'existence l'an dernier, Compagnie K, de Willam March, un auteur dont (etc.). Bref, voici donc ma participation tant pour le Challenge Première Guerre mondiale 2023 - De 14-18 à nous organisé par Blandine seule pour la 7ème année (il lui tient à coeur!), que pour le challenge "2023 sera classiques" (qu'elle co-organise avec Nathalie), 

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William March, Compagnie K, Gallmeister, 2013 (trad. Stéphanie Levet), 230 pages (édition en VO en 1933)

Il n'y a presque rien sur la page wikipedia (en français) concernant William March (créée en 2013 et consultée vendredi 10 novembre 2023), mais dasola m'a signalé que la page en anglais donne beaucoup plus d'informations, par exemple le fait qu'au moins quatre des "chapitres" ont été publiés isolément comme nouvelles dans les années précédant 1933 et la sortie du roman complet (si j'ai bien compris). En lisant la quatrième de couv' du livre, on apprend juste que "WM" (1893-1954) a lui-même combattu en France (US Marine Corps), a obtenu diverses décoration, et que, "hanté par ce conflit, il mettra dix ans à écrire Compagnie K, son premier roman (...)".

Je ne savais pas à quoi m'attendre avant de l'ouvrir. C'est... bizarre. Mais sans doute, universel, et je suppose que les combattants de la guerre en Ukraine au XXIe siècle pourraient être les "héros" du même genre de saynettes que celles qui sont évoquées ou présentées ici. L'ouvrage se présente sous forme de 113 récits à la première personne, monologues plus ou moins longs, parfois sur une seule page (30), parfois sur deux, exceptionnellement trois, quatre ou davantage (le record doit être de neuf pages). Chacun est sobrement titré du nom et prénom d'un militaire américain du même régiment, précédé de son grade. On y trouve donc une majorité de soldats, mais aussi des caporaux, sergents, adjudant-chef, lieutenants, capitaines... Chaque personnage dit "Je" dans son chapitre (rarement plus de deux pages), mais les noms se répondent d'une saynette à l'autre. Soldat et officier ont rarement le même point de vue. Si chaque nom ne revient qu'une seule fois dans le sommaire, on en retrouve les "héros", vivants, blessés ou morts, souvent en interaction dans plusieurs récits entretissés ou racontés selon des points de vue différents (typiquement, le simple soldat et le sous-officier ou l'officier...): les officiers sont souvent des crétins, les soldats obéissent aux ordres, parfois à leur corps défendant. L'ordre suivi est chronologique (avec un "effet flash-back" puisque le premier témoignage plante le décor - un "soldat" a rédigé un livre de témoignage sur la guerre): ce qui précède l'embarquement vers l'Europe, la traversée, l'arrivée en France, au front... 

J'ai trouvé que, avec cette forme originale, le fond du texte est plutôt désespérant. Tout est raconté de manière plate avec des mots simples, sans guère d'effets de style, alors que ce qui nous est dévoilé de la guerre au fil des "témoignages" individuels est terrible (désertion, accusation de viol, "pas de prisonnier", infirmerie, coups de folie divers et variés...).

Quelques citations: p.85 (un soldat): "si les hommes du rang de chaque armée pouvaient simplement se retrouver au bord d'un fleuve pour discuter calmement, aucune guerre ne pourrait jamais durer plus d'une semaine". p.115 (un sergent): "Je me suis rappelé ce que mon sergent instructeur m'avait dit du temps où j'étais en camp d'entraînement , il y avait vingt ans de ça. "Les soldats sont pas censés réfléchir, il avait dit. Le principe, c'est que, s'ils pouvaient réfléchir, ils seraient pas soldats. Les soldats sont censés obéir, et laisser leurs supérieurs se charger de réfléchir"."

p.166, "la guerre est finie". Mais il reste encore une soixantaine de pages avant la fin du livre: de quoi montrer l'amertume et les traumatismes des survivants, rarement revenus indemnes et souvent mutilés, que ce soit physiquement ou mentalement, ou bien conscients d'avoir "gâché" leur vie... inutilement (et ça pe ut se terminer par un suicide). Le patriotisme de départ est rudement "déconstruit". Et les inégalités sociales n'ont nullement été abolies par la guerre. 

Si, comme moi, vous ne connaissiez de la guerre de 1914-1918 que des textes d'auteurs français ou allemands, je vous suggère de livre ce texte qui présente un point de vue américain.

Je ne sais plus sur quel blog je l'avais trouvé, mais j'en mettrai le lien si je le retrouve bien entendu.

Edit (par dasola!): lire les billets de Sandrine, Keisha, Eeguab et Luocine *.

* Vérification faite, c'est sans doute chez Luocine que je (ta d loi du cine) l'ai découvert - même si j'ai pu croiser d'autres billets - , et elle-même en avait pris connaissance chez Eeguab...

*****

(1) Anecdote(s): il y a quelques jours, lorsqu'après procrastination je me suis dit qu'il fallait vraiment que je rédige cette chronique, j'ai cherché sur internet dans quelle bibliothèque parisienne le livre se trouvait (une bonne douzaine, et il était disponible partout!). Je me suis rendu à celle à proximité de laquelle je me trouvais ce jour-là. J'ai regardé à "MAR" (il y avait bien 3 rayonnages, répartis sur deux bibliothèques d'affilée). Mon oeil a très vite repéré un "amas de March", soit près d'une demi-douzaine de titres différents de William March chez Gallmeister... mais pas Compagnie K! Là, j'ai appelé à mon secours la bibliothécaire de l'étage "romans". Une fois qu'elle a eu fini d'aider une grand-mère à effectuer une réservation en ligne sur un des postes en libre-accès, elle est venue voir. Diagnostic quasi-immédiat (après avoir vérifié que je disais vrai): "ça doit être les p'tits jeunes! Quand ils remettent les ouvrages dans les rayons, ils ne prennent pas la peine de regrouper les ouvrages d'un même auteur ou de bien classer par ordre alphabétique! Il faut regarder tous les MAR, je les prends par la fin, commencez par le début!" Et effectivement, je l'ai trouvé au milieu d'autres auteurs, à peine quelques dizaines de centimètres après le début de la cote... J'en apprends tous les jours, sur les bibliothèques... 
... Vous ai-je parlé de la fois où j'ai mobilisé toute une équipe de bibliothécaires, dans une petite bibliothèque étendue sur plusieurs étages, pour vérifier sur toutes les tables ou étagères d'exposition où se trouvait un roman récent, ne figurant que dans trois bibliothèques parisiennes, et que j'avais repéré comme disponible à l'emprunt pour plusieurs semaines dans celle-là, quelques heures avant? Absent en rayonnage, toujours indiqué "disponible" dans le catalogue en ligne, il se trouvait en fait... entre les mains d'une lectrice, qui s'apprêtait à l'emprunter elle-même! 

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