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7 novembre 2018

Marx, ô Marx, pourquoi m'as-tu abandonné? - Bernard Maris

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Cela faisait longtemps que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'avais plus mis Oncle Bernard à l'honneur dans mes hommages aux morts de Charlie Hebdo. Avec la reprise universitaire, il est temps de proposer aux étudiants une autre voie en économie que celle des classiques libéraux.

Ce livre de Bernard Maris au titre torturé (Marx, ô Marx, pourquoi m'as-tu abandonné?) a été édité pour la première fois en 2010 aux éditions Les Echappés, puis réédité en 2012 chez Flammarion (coll. Champs actuel n°1058 - le volume que j'ai entre les mains).

Il n'est pas facile de présenter cet ouvrage. Sa présentation matérielle (sinon matérialiste?) m'a fait penser à celle des Pensées de Pascal: de courts paragraphes numérotés... avec parfois des envolées hugoliennes.

J'en extraierais "arbitrairement" quelques citations (de Bernard Maris, et non de Karl Marx), en vrac.

Je commence par relever l'évocation de la "parabole des égoïsmes" provenant d'Adam Smith (p.59): "Ce n'est pas de l'altruisme du boulanger que je tire mon pain, c'est de son égoïsme et de sa cupidité".

Selon Maris, "très vite, [Marx] jugea qu'il n'existe pas d'être plus abominable sur terre que l'économiste" (p.17), et "la question de savoir si Marx déteste les philosophes plus que les économistes reste ouverte; et les philosophes marxistes sont aussi méprisable que les autres" (p.18). Notre Oncle Bernard, plutôt mordant ici, règlerait-il quelque compte personnel?

p.17: "Karl Marx ne souhaitait que l'abolition de ce qui fait notre vie de tous les jours, avec ses lancinantes chansons sur la croissance, l'emploi et le reste: l'économie." p. 33: "Le capitalisme est aussi ce bref moment de l'histoire où les hommes sont productifs. Le jardinier d'une entreprise est productif, le jardinier qui travaille directement pour un consommateur, improductif. Le tailleur privé est improductif, le tailleur de la grande entreprise qui travaille douze heures et n'est payé que six est productif. L'artisan est improductif, car il ne fait que se reproduire sans passer par l'exploitation du travail. Il est proche de l'autoconsommation, de l'autarcie, sa production équivaut à sa consommation, il ne génère pas de plus-value. Aucun capitaliste ne produit pour consommer son produit". [parenthèse: décidément, à cette aune-là, je (ta d loi du cine) ne suis sûrement pas un capitaliste, si je dis vive les AMAP et les SEL...].

"Qu'est-ce que le minimum vital nécessaire au producteur? En 1836, quand Karl dédie des poèmes brûlants à Jenny von Westphalen, le minimum est un bol de soupe et une litière de paille, ce que gagne le journalier agricole qui construit les murets de pierre. En 2010, le minimum inclut une voiture et un portable, sinon le prolétaire ne peut travailler" (p.69). Comme ne le dit pas exactement Bernard Maris: "tu parles, Karl!".

Pour finir, je partage aussi une analyse critique du marxisme revu à l'aune de notre "société de consommation" contemporaine (p.65): Les ouvriers doivent consommer les objets qu'ils fabriquent. Mais que se passe-t-il s'ils n'en veulent pas? On objectera, à juste titre, que les besoins sont imposés, fabriqués par la pub, dont le miracle perpétuellement renouvelé est de faire acheter à celui qui n'en a pas les moyens ce dont il n'a pas besoin. Et en contrepoint: "A qui les capitalistes vendront-ils les marchandises produites par les robots?" (p.78).

Ce que je retiens donc de ce livre? Que Marx a brillamment analysé le passé et le présent dont il était contemporain, mais que ses prévisions, 135 ans (désormais) après sa mort, se sont révélées erronées à ce jour: il avait sous-estimé la "résilience" du capitalisme et l'adaptabilité des capitalistes.

On pourra consulter plusieurs blogs ou articles qui ont mentionné ce livre: Bibliothèque farenheit 451, un billet de Denis Clerc, Ludovic (en quelques phrases sur son blog-notes sous-titré "une opinion parmi d'autres"), ou Le prolétariat universel, un blog plus "politique" et qui a fait une critique plutôt acerbe (à mon avis), reprochant à Bernard Maris de ne rien proposer pour "dépasser" Marx (si j'ai bien compris)..

Pour ma part, en ce qui concerne Bernard Maris, il me reste encore pas mal de ses livres à lire avant de pouvoir définir le "marisme".

*** Je suis Charlie ***

Une anecdote sans rapport avec la chronique de ce mois en particulier. J'ai aperçu un jour, il y a déjà quelque temps, un "migrant" sous la ligne de métro 2 (à une des stations où se tient la vente à la sauvette de "Malboro-Malboro-Malboro"...). Il portait un T-shirt "Je suis Charlie". Ca m'a fait gamberger. Je doute qu'il l'ait acheté lui-même en janvier 2015. Sait-il seulement la signification de ce qu'il arbore? Est-il croyant ou mécréant? Et du coup, je me suis dit que c'était peut-être un T-shirt qui avait été donné à une association venant en aide aux migrants, ou encore un don dont il aurait bénéficié en direct. Mais quid du donateur? A quoi a-t-il pensé? Etait-il conscient, ou non, du symbole? Y a-t-il vu malice ou non? Pour ma part, je n'aurais pas fait don d'un tel T-shirt, mais l'aurais conservé pour moi.

21 août 2018

Membre du jury du prix du roman Fnac

Après une interruption d'un an, j'ai été sélectionnée en mai 2018 pour faire partie du jury du Prix du roman Fnac. Je suis adhérente de l'enseigne et j'achète des livres chez eux pour la bibliothèque loisir dont je m'occupe. Pour être sélectionnée, j'ai dû répondre à des questions comme mes goûts littéraires, mes écrivains préférés, etc.

Toujours est-il que fin mai début juin, j'ai reçu deux romans, deux semaines plus tard, un roman et une semaine après deux autres romans. J'ai préféré cette méthode d'envois séparés à un envoi groupé. J'ai eu l'impression d'avoir plus de temps pour lire. Chaque juré a reçu entre cinq et six romans parmi un choix d'une centaine de titres. Je les ai lus relativement vite et on a eu un peu plus  d'un mois pour donner avis. On saura qui est le lauréat tout début septembre.
En ce qui me concerne, je ne suis pas trop mal tombée. Sur les cinq romans, j'en ai bien aimé au moins deux, ce qui n'est pas si mal.

Voici en image les cinq romans:

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Je commence par mes deux préférés: Khalil de Yasmina Khadra (Editions Julliard), qui vient de paraître, et Route 62 d'Ivy Pochoda (Liana Levi) à paraiître le 6 septembre 2018. [Billets à venir]

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Je continue avec celui qui ne m'a pas déplu mais qui aurait dû s'intituler "Vodka" plutôt que Voyou, d'un jeune écrivain israélien Itamar Orlev (Editions du Seuil, paru le 16 août). J'ai renoncé à compter combien de fois le mot "vodka" est écrit, au moins deux ou trois fois par page. Cette boisson est bue en grande quantité par le père du narrateur du roman. J'ai par ailleurs trouvé le style du roman un peu lourd. [Billet à venir]

Et je n'oublie pas les deux derniers qui se lisent vite mais dont les histoires ne m'ont pas intéressée.

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L'évangile selon Youri de Tobie Nathan (Editions Stock, parution demain 22 août) et Reviens de Samuel Benchetrit, un roman "gentillet" (Editions Grasset, paru le 16 août) sont donc quant à eux, très dispensables.

5 juin 2018

Une certaine rencontre - Robert Mullligan / Foxtrot - Samuel Maoz

Voici deux films qui n'ont rien à voir l'un avec l'autre sauf que je les ai vus le même soir de la semaine dernière l'un après l'autre. Je suis rentrée chez moi vers 23 heures sous une pluie battante à Paris et je n'avais bien entendu pas de parapluie... Mais quant on aime le cinéma, on met de côté ces détails.

Je commence par Une certaine rencontre de Robert Mulligan (1964), j'y suis allée pour Natalie Wood et Steve McQueen. C'était la première fois que j'entendais parler de ce film invisible depuis 1964. J'ai été un peu mitigée même si la séquence d'ouverture est très réussie: une grande salle pareille à une salle de spectacle sans les fauteuils. Tout à coup, elle commence à se remplir. Des musiciens de toutes sortes qui courent le cachet attendent qu'on les appellent pour une prestation. Parmi eux, Rocky (Steve McQueen) en quête d'un contrat d'un soir. Peu de temps après, on voit arriver une jeune femme Angie (Natalie Wood) Elle profite de sa pause déjeuner (elle est vendeuse dans un grand magasin new-yorkais). Elle se dirige vers Rocky et lui annonce qu'elle est enceinte et qu'elle veut avorter. Rocky est stupéfait et ne sait pas quoi faire. Leur aventure a duré une nuit et lui l'a déjà oubliée. Angie est issue d'une famiile italienne très protectrice envers elle. Ses frères la surveillent de près. Elle fait tout pour s'émanciper mais sa grossesse n'était pas prévue. Rocky va accepter de l'aider. Pour ce faire, il renoue avec sa propre famille qui lui donne de l'argent. La séquence où Angie doit se faire avorter est marquante. Je pense que c'était assez osé pour l'époque et pour l'Amérique. L'ensemble du film est un enchaînement de scènes qui n'ont pas beaucoup de lien entre elles. Il manque un scénario structuré. Le couple McQueen/Wood est sympathique mais ils ne jouent pas sur le même registre. Natalie Wood en fait un peu beaucoup dans certaines scènes (elle manque un peu de retenue, elle est même parfois crispante) et Steve McQueen n'est pas mal dans son rôle d'homme dépassé par les événements mais qui assume quand même. Une partie du film se passe en extérieur avec les acteurs filmés au milieu de figurants. L'épilogue "happy end" avec le baiser final au milieu de la foule n'est pas forcément crédible. Comme Strum le fait remarquer, la musique d'Elmer Bernstein est belle. Ce film est une curiosité et vaut la peine d'y aller pour le couple Wood/McQueen.

Les photos de la brochure à l'entrée de la salle.

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Je passe maintenant à Foxtrot du réalisateur israélien Samuel Maoz. Le film se donnait dans le cinéma juste à côté de l'autre dans une rue du Quartier Latin. J'en profite pour remercier Pascale de m'avoir convaincue d'aller le voir. Je me joins à son avis très positif: Foxtrot qui a reçu le Grand prix du jury au festival de Venise en 2017 vaut la peine d'être vu.

Le film se décompose comme une pièce en trois actes. Acte 1, Michael Feldmann, la presque cinquantaine, habitant dans un grand appartement pas très gai, apprend que son fils Yonatan qui faisait son service militaire est mort à un poste frontière en Israël. Cet homme est dévasté tout comme sa femme Daphna qui est mise sous sédatif. Pendant plus d'une demi-heure, on peut ressentir ce que des parents peuvent éprouver à la perte de leur enfant. Ils n'osent même pas dire à leur fille ce qui s'est passé. Michael ne pleure pas mais il s'auto-mutile. Cette disparition est d'autant plus terrible que l'armée, qui organise les obsèques, refuse que Michael et Daphna voient le corps de leur fils mort.

Acte 2: On découvre Yonatan et quelques soldats comme lui qui gardent un poste frontière au milieu de nulle part où s'arrêtent quelques voitures à contrôler. Ils dorment dans un baraquement qui a tendance à s'enfoncer dans la boue. Quand un dromadaire tout seul surgit sur la route, ils lèvent la barrière sans hésiter. Ils passent le temps comme ils peuvent, en dansant le foxtrot par exemple ou en dessinant. Il leur arrive malheureusement de commettre de tragiques bavures lors de contrôles.

Acte 3 : Retour dans l'appartement où l'on retrouve Michael et Daphna moins abattus alors que...

J'ai trouvé les images et certains plans magnifiques, comme les vues plongeantes sur les personnages. C'est un film qui parle de l'absurdité des guerres en général. J'ai trouvé l'ensemble terrible et poignant. Pendant le générique de fin, j'ai entendu une femme sangloter dans la salle. Un film à voir, pour l'histoire, pour les partis pris de mise en scène et aussi pour les acteurs, s'il passe encore par chez vous.

7 décembre 2018

Nous voulons des coquelicots - Fabrice Nicolino & François Veillerette

P1100458 [sur la 4e de couv': "Ceci n'est pas un livre. C'est un manifeste. (...) l'Appel des coquelicots commence."]

D'abord, quelques mots pour présenter Fabrice Nicolino, jamais encore apparu dans mes billets d'hommages aux victimes de l'attentat contre Charlie Hebdo. Né en 1955, journaliste et essayiste, il écrit des articles sur le thème de l'écologie dans Charlie Hebdo depuis janvier 2010. Présent à la Conférence de rédaction le 7 janvier 2015, il y a été blessé de trois balles dans les jambes. Si j’ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) bien compris, c’était la seconde fois qu’il était blessé lors d’un attentat (« deux fois dans une seule vie et toujours à Paris, c’est beaucoup », disait-il au téléphone à FranceinfoTV le 16 septembre 2015). Près de trente ans plus tôt, il avait reçu les éclats d’une bombe ayant explosé au cinéma Rivoli Beaubourg, lors du Festival international du cinéma juif (le 29 mars 1985, 18 blessés au total).

Ensuite, concernant le "livre du jour": paru il y a déjà presque trois mois, Nous voulons des coquelicots, Fabrice Nicolino & François Veillerette (éd. LLL / Les liens qui libèrent, sept. 2018, 126 pages), se veut le support d'un appel citoyen à l'interdiction totale des pesticides de synthèse en France. Le livre débute sur « combien vaut une luciole ? » et s’achève sur « Non, nous ne voulons plus. A aucun prix. Nous exigeons protection. Nous exigeons de nos gouvernants l’interdiction de tous les pesticides [de synthèse] en France. Assez de parole, des actes ». Entre les deux, après l’introduction, les titres des chapitres sont signifiants, jugez-en : 1. Quand le DDT était un miracle. 2. Comment le crime est apparu. 3. Quand la politique ne sert plus à rien. 4. La ridicule mise en scène du Grenelle. 5. Ecophyto, une chimère de plus. 6. L’éternel retour des poisons. Conclusion : recommencer encore ?

J’avais pris deux pleines pages de notes lors de ma relecture du livre en vue du présent billet. Finalement, je me bornerai à dire qu’il expose au grand jour, tout simplement, les tenants et aboutissants (les enjeux financiers pour les fabricants de produits chimiques) de plusieurs décennies d’agriculture menée en France (comme ailleurs) à coup d’utilisation de ces produits, qu’on les appelle ou qu’ils se nomment phytosanitaires ( !), pesticides, fongicides, SDHI, insecticides organochlorés, néonicotinoïdes ou même chlordécone (sic !). Et décrypte, "en substance", la pantalonnade du "Grenelle de l'environnement" de 2007 (le machin de Sarlozy et Borloo). Lisez donc ce livre vous-même, vous pouvez vous le procurer en librairie pour à peu près le prix d'un paquet de cigarettes (autre poison, mais ce n'est pas le sujet de mon article): 8 euros.

Je n'ai pas vraiment réussi à trouver si ce livre avait été chroniqué sur l'un ou l'autre blog littéraire (sans doute ai-je mal cherché!). Par contre, je sais qu'un certain nombre de blogs ou sites d'AMAP en parlent, dont celui de l'AMAP Réunion / Père Lachaise (75011 / 75020). Rendez-vous est donné tous les premiers vendredi soir du mois (nous sommes vendredi...) devant la mairie. Le compteur du site internet Nous voulons des coquelicots totalise aujourd'hui plus de 400 000 signatures de la pétition (pour un objectif de 5 millions en deux ans). Il faut certainement y ajouter quelques milliers d'autres, arrivées sous forme "papier" et pas encore comptabilisées. Personnellement, je fais davantage confiance à ce comptage-là qu'à ceux, répercutés par la presse, concernant les "gilets jaunes".

Quand j'aurai dit que Fabrice Nicolino tient son blog titré Planète sans visa depuis 2007, je pourrai m'arrêter là pour aujourd'hui.

Mais je vais quand même, in fine, me permettre de citer trois dessins de Gros (dessinateur que j'ai évoqué ici) illustrant la rubrique de Fabrice Nicolino, nommée "Santé publique" ou "Pollution", publiée dans Charlie Hebdo dans les mois qui ont suivi l'attentat: la thématique reste assez similaire...

Gros_080415 8 avril 2015, p.5   Gros_150415 15 avril 2015, p.5   Gros_180315 18 mars 2015, p.7

Quant à François Veillerette, je possède dans ma bibliothèque un ou deux autres livres co-signés par lui. Mais à ma connaissance, il n'a aucun lien avec Charlie Hebdo.

*** Je suis Charlie ***

7 septembre 2018

Petit traité d'intolérance / Nouveau petit traité d'intolérance - Charb

Charb n'était pas seulement dessinateur, il rédigeait aussi des chroniques régulières, titrées "Charb n'aime pas les gens", dans Charlie Hebdo. En son temps, il a aussi tenu une chronique mensuelle dans Fluide Glacial, "La fatwa de l'Ayatollah Charb". Mais si les deux livres que je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) présente ce mois-ci sont sous-titré "Les fatwas de Charb", il n'y figure aucune indication de date ou de lieu de publication de chacun des textes y figurant.

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Quatrième de couv' pour l'un ou couverture pour l'autre annoncent respectivement 50 et 40 chroniques, or j'en ai compté en fait 59 et 47: ne sous-estimons donc pas Charb! Avant Librio (collection Idées), les deux titres avaient été publiées aux éditions Les Echappés (créées en 2008 par Riss pour éditer les auteurs de Charlie), en 2009 et 2014 (textes choisis par l'auteur, donc, sans doute parmi un "corpus" publié plus vaste?). Puis Librio a édité le premier Petit traité... en octobre 2012 (coll. Idées, N°1050, réédité en mai 2015), et le second en septembre 2016 (N°1216).

Toutes les chroniques du 1er volume sont précédées d'un dessin (j'en ai choisi deux pour illuster le présent billet), mais aucune de celles du second. Il s'agit de textes courts, le plus souvent sur 2 pages, sauf exception ("Mort aux bonnets de père Noël", qui en fait 3), et se terminant par la ritournelle "Je crois que vous en serez d'accord, il faut [ultime châtiment absolument horrifique]... Amen".

Dans ses chroniques percutantes, Charb témoigne d'une vision plutôt amère que rigolotte. Au premier abord, l'humoriste pourrait passer pour un abominable guide suprême intimant d'exterminer les cibles de sa vindicte, qu'il s'agisse d'objets, de personnes, de tendances ou d'idéologies. Mais je suppose qu'il avait foi en l'intelligence de ses lecteurs. Il les provoque, p.31, dans "Mort au vote utile", qui vise (à quel degré? Au premier, second, ...n ?) les "cons" qui le prônent ou le pratiquent sans réfléchir plus loin. C'est par contre comme un militant qu'on peut le pressentir dans la chronique révolutionnaire titrée Mort à "On lâche rien" (p.49 dans le Nouveau...): "On lâche rien!" me fout le moral à zéro. C'est "On conquiert tout" qu'il faut gueuler! (...) "On lâche rien" est un slogan qui fait totalement l'impasse sur ce qu'on a déjà lâché. C'est un slogan qui entérine le fait que, ce qu'on a perdu, on ne le retrouvera jamais. 

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Voici quelques citation choisies. Je commence par un extrait de "Mort aux lecteurs de journaux gratuits" (p.21 du 1er opus): "Faut pas laisser perdre! On serait bien con de ne pas profiter de ce qui est gratuit, même si on n'en a pas besoin. On distribuerait des coups de pied au cul à l'entrée du métro qu'ils en réclameraient tous plusieurs s'ils ont la certitude que c'est gratuit." Ou, p.63, dans "Mort aux binoclards « Tendance »": "Evidemment, le marché ne s'est pas adapté à la demande, comme trop de gens le croient encore, les gens ne demandent rien. Le seul talent du marché consiste à faire croire aux consommateurs que ce sont eux qui ont désiré les produits qu'on leur impose. Vous imaginez l'humanité se lever un jour en hurlant d'une seule voix "On veut des lunettes rectangulaires"?

Bon, il faut que j'en laisse à découvrir. P.87 du Petit..., la totalité de la chronique "Mort à la business class" vaudrait à mon avis son pesant de caviar phantasmé.

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C'est vrai que c'est difficile de choisir, mais dans "Mort aux concepteurs de portables" p.89, à propos de la multitude de fonctionnalités proposées par les [téléphones] portables sans permettre cependant les cédilles ou les accents circonflexes, je relèverais la phrase profonde: "On nous offre le futile pour nous confisquer l'essentiel".

Pour ma part, je regrette un peu l'absence de toutes autres informations que les textes eux-mêmes. Du coup, il manque les dates des chroniques, le contexte... ("les années Hollande", pour l'une d'elles [p.68 du Nouveau petit traité...], indique juste qu'on est entre mai 2012 et la date de 1ère publication, en 2014). Je me demande ce que les historiens de 2075 trouveront comme informations sur la vie quotidienne en France au début du XXe siècle dans ces opuscules. J'espère en tout cas qu'ils auront conservé la capacité d'en rire. Sur les blogs, Keisha avait parlé du Traité... en 2014, Virginie dès 2013, Petite noisette après l'attentat en 2015.

Et si je devais vraiment retenir une seule chronique sur plus de 100? Je pense que ce serait celle p.71 (Nouveau...): "Mort aux dévots incroyants". Au final, je placerais bien ce texte, en termes opératoires, à peu près au niveau du "Pari" de Pascal. Mais l'ensemble est à lire, et chacun pourra y piocher ce qui lui parlera personnellement.

Je crois que vous en serez d'accord, à partir de cette rentrée 2018, il faut introduire des morceaux choisis (par roulement) de ces Traités d'intolérance au programme du collège et du lycée. Amen.

*** Je suis Charlie ***

7 octobre 2018

Pétillon et Charlie Hebdo

Ce mois-ci, dans mon hommage mensuel aux disparus de Charlie Hebdo, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais effectuer un petit pas de côté pour inclure un dessinateur de presse (et bédéiste) qui vient de mourir le 30/09/2018 (des suites d'une longue maladie, comme on dit). J'avais noté il y a déjà des mois qu'il ne dessinait plus dans Le Canard Enchaîné, mais j'ignorais qu'il fût malade, et j'attendais avec impatience le prochain "Jack Palmer" (dasola avait chroniqué le dernier paru ici). Sur son lit d'hôpital, semble-t-il, il a pu feuilleter la biographie de Cabu que vient de rédiger Jean-Luc Porquet (journaliste au Canard), un ouvrage dont j'aurai probablement l'occasion de reparler.

A l'époque de l'attentat du 7 janvier 2015, Pétillon ne dessinait pas pour Charlie. Il envoyait, si j'ai bien compris, entre autres, 8 dessins chaque lundi soir au Canard Enchaîné (pour publication en noir et blanc), et illustrait aussi les Dossiers du Canard. Mais, comme d'autres confrères dessinateurs, il a dessiné dans quelques numéros juste postérieurs à l'attentat de janvier 2015. Je me suis plongé dans ma "série complète" de Charlie Hebdo post-attentat. Sauf erreur de ma part, un total de 7 dessins de Pétillon a été publié (en couleur, dans trois numéros), dont j'extrais ceux qui suivent (il avait, semble-t-il, liberté des thèmes sur lesquels dessiner). 

Petillon_P1100451  Petillon_P1100450 n°1179 du 25/02/2015 p. 8 & 12.

Petillon_P1100449  Petillon_P1100448 n°1180 du 04/03/2015 p. 4 & 10.

Petillon_P1100447 n°1181 du 11/03/2015.

Un an plus tard, quinze de ses dessins (en couleurs aussi) illustrent le Hors-série Dossiers du Canard Enchaîné sur la liberté d'expression paru en avril 2016, dont il faisait même la couverture. 

Petillon_P1100452

Le Canard Enchaîné lui a rendu hommage dans son numéro paru mercredi 3 octobre 2018 (en couv' et en p.5)

Petillon_P1100455   Petillon_P1100454

Charlie aussi (p.4). Petillon_P1100453

Pétillon laisse une vingtaine de recueils de ses dessins de presse (j'en possède plusieurs) et quinze albums des aventures de Jack Palmer, son détective maladroit. Après L'Enquête corse paru en 2000, dont tout le monde parle aujourd'hui, René Pétillon avait aussi dessiné L'Affaire du voile, dévoilé en 2006 mais moins connu (?). Il ne me reste plus qu'à apporter l'un et l'autre à dasola (qui ne les a encore jamais lus!) pour qu'elle fasse une de ses prochaines chroniques sur l'un ou l'autre selon ses préférences...

Son trait va me manquer.

*** Je suis Charlie ***

11 novembre 2024

Le torpillage du Lusitania

Le thème que j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) choisi cette année pour mon billet daté du "11-Novembre" me permet de faire coup double entre le challenge Pages de la Grande Guerre pris en charge en 2024 par Nathalie (c'était Blandine qui organisait tout au long de l'année "De 14-18 à nous" lors de mes participations 2023 et 2022) et le challenge Book trip en mer chez Fanja. 

La photo ci-dessous illustre suffisamment, je suppose, le titre de mon billet...

Erik Larson, Lusitania, 1915, la dernière traversée, Le Cherche-Midi,
2016 pour la traduction française par Paul Simon Bouffartigue (titre original: Dead Wake, 2015), 635 pages
Claude Mossé, Lusitania, Fayard, 2015, 354 pages
Ordas & Cothias, R.M.S. Lusitania, Bamboo éditions, coll. Grand angle (romans), 2012,
351 pages
S.O.S Lusitania, Bambou éditions, coll. Grand angle. T.1: La croisière des orgueilleux (48 pages + dossier de 8 pages, 2013). T.2: 18 minutes pour survivre (48 pages, 2014). T.3: La mémoire des noyés (48 pages, 2015). Scénario des T.1 & 2: Patrice Ordas & Patrick Cothias. Dessins (+ scénario du T.3): Jack Manini
Thanatos, tome 3: Le mystère du Lusitania, scénario Didier Convard, dessin Jean-Yves Delitte, Glénat, 2008, 56 pages
 

Tout le monde sait de nos jours que le Lusitania, parti de New-York le 1er mai 1915 et commandé par le capitaine William Thomas Turner, a été torpillé le 7 mai 1915 au large de l'Irlande. Cela a amené une protestation officielle des Etats-Unis, et a fait basculer leur opinion publique, même s'ils ne sont pourtant entrés en guerre qu'en 1917. On sait peut-être moins (je ne me rappelle pas si c'était précisé lorsque je l'ai appris en cours d'Histoire en Terminale) que l'U-20 commandé par le Kapitänleutnant Walther Schwieger a envoyé une seule torpille contre le paquebot. L'histoire de ces navires a refait surface à l'approche du centenaire du naufrage. Je ne prétends pas pour autant que les quelques ouvrages présentés dans ce billet font un tour exhaustif. C'est tout de même la majeure partie de ce qui sort quand on cherche "Lusitania" sur le catalogue des médiathèques parisiennes. Voici quelques mots sur chacun. 

 

Tout d'abord, le Lusitania de Claude Mossé, sous-titré "le grand roman d'un mystérieux naufrage", annonce clairement la couleur. Il s'agit d'un roman qui met en avant une thèse, celle que les morts du Lusitania résultent d'un malheureux "concours de circonstances". Différents acteurs pouvaient avoir intérêt à ce qu'une torpille soit envoyée sur le Lusitania, qui transportait des armes et munitions vendues par des sociétés américaines vers la Grande-Bretagne (ce que les Britanniques ont officiellement reconnu dans les années 1970 seulement), sans que personne ait anticipé ou souhaité un tel bilan humain. Les Allemands, comme "coup de semonce" pour prouver qu'ils n'étaient pas dupes du trafic de matériel de guerre couvert par la présence de civils. Certains responsables britanniques auraient joué sur deux tableaux: soit le navire arrivait et les armes aussi (protégées par la présence à bord de civils, notamment américains), soit l'Allemagne l'attaquait et ce serait à son détriment moral devant l'opinion publique américaine. Le roman propose donc un récit des événements en ce sens. 

Le style de ce livre m'a fait songer à la saga Louisiane de Maurice Denuzière que j'ai lue et relue jadis: les deux auteurs brodent les dialogues, paroles, pensées, faits et gestes de leurs personnages sur une documentation "d'époque" et entrelacent de même fiction et réalité. Mais, chez Claude Mossé, c'est Winston Churchill en personne d'une part, le capitaine William Turner d'autre part, dont les faits, gestes et pensées nous sont exposés. Mais aussi différentes personnalités politiques de l'époque: les présidents Wilson et Raymond Poincaré, le Premier Ministre britannique Asquith (Churchill et lui ne s'appréciaient guère), sans oublier Lord Inverclyde (James Burns, troisième baron), alors dirigeant de la Cunard Line, laquelle compagnie était redevable à l'Amirauté pour son soutien au financement des Lusitania et Mauretania une décennie auparavant...

  

En ce qui me concerne, la lecture préférée a été Lusitania, 1915, la dernière traversée, de l'Américain Erik Larson, traduit en France en 2016 (titre original: Dead Wake, 2015). Ce grand récit détaillé m'a, lui, fait songer à La nuit du Titanic (de Walter Lord), que je possède dans ma bibliothèque mais n'ai pas relu depuis de nombreuses années... Il parle du navire, de ses passagers, de son équipage, avant, pendant et après. Il brosse également le contexte (la guerre en Europe, les Américains attentistes). Les décisions prises ou non prises par l'Amirauté britannique et son Ministère (Winston Churchill était First Lord of the Admiralty [Premier Lord de l'Amirauté], quelque chose comme ministre de la Marine -toutes choses égales par ailleurs- y sont minutieusement disséquées. Et le point de vue allemand, la "campagne" de l'U-20 qui a coulé le paquebot, le caractère de son capitaine, nous sont également montrés, d'après des documents d'époque. Avec un point de vue bien américain, il nous présente aussi le président Wilson, à la fois veuf et émoustillé par une rencontre récente, au moins aussi préoccupé par ses affaires de coeur que par l'affaire du Lusitania (ça, je ne l'avais pas appris en Terminale!). Le livre comprend de nombreuses notes vers les sources utilisées, et une abondante bibliographie (majoritairement en anglais). 

 

Le romancier Patrice Ordas a co-écrit avec le scénariste de bande dessinée (et pilier de la collection "Vécu" chez Glénat) Patrick Cothias plusieurs romans, notamment sur la période de la Première Guerre Mondiale (L'ambulance 13; Anastasia; R.M.S. Lusitania), qui ont par la suite été adaptés en albums de bande dessinée. Mais ici, l'aventure fictive de personnages dont la plupart ne le sont pas moins fait que nous sommes avant tout dans le cadre d'une oeuvre de pure distraction, même si nos auteurs prennent soin de lister (p.350) tous les faits "connus" qu'ils ont respecté dans leur roman:

- La Cunard et ses passagers étaient informés des risques encourus.

- Le Lusitania transportait une charge explosive considérable.

- L'équipage du paquebot était insuffisamment formé.

- Les canons du bord n'ont jamais été mis en batterie.

- La Cunard Line a délibérément ralenti la vitesse du navire en réduisant le nombre de ses chaudières en activité.

- Le commandant Turner n'a pas donné l'ordre de zigzaguer.

- Le Lusitania semble avoir délibérément présenté le flanc à l'U-20.

- Une unique torpille fut tirée par le sous-marin U-20.

- Il y eut deux explosions successives, la seconde plus puissante que la première. 

- Les cloisons étanches n'ont pas fonctionné. 

- Six chaloupes seulement sur vingt-deux purent être mises à l'eau.

- Le paquebot coula en dix-huit minutes.

Nous lisons donc comment les actions de leurs personnages fictifs expliquent les faits réels. Mais ils ne prétendent pas que leur oeuvre est pour autant un livre d'histoire.

 

Je me suis demandé s'il existait des films de fiction sur le Lusitania. Il semble que les 18 minutes durant lesquelles s'est joué le drame (le navire a coulé très vite, d'où le nombre élevé de victimes mortes par noyade ou d'hypothermie) ait semblé un délai trop court pour maintenir l'intensité dramatique que présente par exemple un film sur le naufrage du Titanic... Le nombre de victimes (presque 1200, sur un peu moins de 2000 passagers et membres d'équipage, puisqu'il y a eu environ 760 survivants), le fait que la majorité ne savaient pas utiliser correctement leurs gilets de sauvetage, que l'équipage n'a pu mettre correctement à l'eau les chaloupes, ne forment sans doute pas des péripéties suffisamment "glamour". Un court-métrage d'animation, The sinking of Lusitania (Le naufrage du Lusitania) a été réalisé en 1918 à des fins de propagande. Il semble exister plusieurs documentaires pour la télévision, de différentes nationalités et plus ou moins récents, plus ou moins "sensationnalistes" aussi. Je n'en ai vu aucun. 

La bande dessinée, par contre, a eu davantage de facilités que le cinéma pour s'emparer du thème Lusitania. 

   

J'ai apprécié la lecture de la "mini-série" S.O.S Lusitania, dont seuls les deux premiers volets ont été scénarisés par Ordas et Cothias d'après leur roman. Le troisième volet en bande dessinée présente en effet des différences notables avec la fin du roman et le sort d'un certain nombre des personnages. 

Le scénario de SOS Lusitania a fait intelligemment voler en miettes l'argument des "18 minutes" (drame trop court) que j'évoquais plus haut en inventant une série en trois albums. On sait que Cothias est un scénariste qui ne manque pas d'imagination (arrivera-t-il, un jour, à relier la famille Vanderbilt à son cycle de l'épervier?). Nous voyons converger vers la dernière traversée transatlantique du Lusitania une vingtaine de personnages, dont un certain nombre de survivants n'auront de cesse de traquer la personne dont elles ont tout lieu de penser que, agent double des services secrets britanniques et allemands, elle est à l'origine des décès, dont certains ont concerné des personnes qui leur étaient chères à un titre ou à l'autre, à force d'avoir intoxiqué les différents partenaires à coup de demi-vérité et demi-mensonge, pour préparer des sabotages partiels qui aboutissent à la perte totale du navire... sans provoquer pour autant l'entrée immédiate des Etats-Unis dans la guerre. C'est plutôt captivant et bien fait.

Une scène, celle de la mort d'un marin de l'U-20, m'a paru inutile à première vue puisqu'elle ne fait pas vraiment avancer l'histoire, tant dans la BD que dans le livre. Après mûre réflexion, je ne lui trouve que deux justifications possibles. Soit il s'agit de la reprise d'une "anecdote" avérée durant l'une ou l'autre guerre mondiale... soit il s'agit d'insinuer sans le dire que les services secrets français, informés ou non par les Britanniques, suivaient aussi de fort près "l'affaire Lusitania". 

 

Je cite enfin, pour mémoire, un album au scénario délirant, troisième d'une série de quatre titrée Tanatos. Lequel Tanatos est un "génie du mal" qui semble tenir à la fois d'Arsène Lupin, de Fantomas et de quelques autres du même genre de "super-héros" avant la lettre. Il lutte contre (notamment) un certain "Victor" et sa dulcinée, membres de l'agence "Fiat Lux" (comme celle fondée ultérieurement par Nestor Burma?). Dans le troisième tome (le seul que j'ai eu en main), à bord du Lusitania est embarquée une arme apocalyptique concoctée par un savant ami d'Einstein, dans le but de mettre fin à la guerre en menaçant l'Allemagne de l'utiliser... Le bateau coule, qui est sauvé? Je le répète, je n'ai pas davantage lu le tome suivant que les deux qui précédaient. J'avais surtout été attiré par le (re)nom de Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine belge (comme en témoigne la petite ancre à côté de sa signature) et bédéiste francophone spécialiste de l'histoire navale (il est l'auteur de plus d'une vingtaine de volumes dans la collection Les grandes batailles navales chez Glénat).

 

Voilà qui va terminer mon article, que j'avais un moment songé à titrer "Une torpille pour le Lusitania". J'espère que la publication de ce type d'évocation de centaines de victimes lors d'un conflit ne tend pas à "armer nos esprits" pour nous préparer au retour de la "guerre de haute intensité", notamment sur mer: le jour où notre Marine perdrait un navire (comme les Argentins avaient perdu le croiseur General Belgrano, torpillé par un SNA britannique, au début de la Guerre des Malouines), les morts ne se compteraient plus par dizaines comme cela a exceptionnellement pu arriver pour l'armée de terre lors d'Opex (opérations extérieures), mais éventuellement en centaines... 

Comme dit plus haut, j'avais repéré tel ou tel autre livre consacré au Lusitania, mais n'ai pas pris le temps de me les procurer (je n'aurais pas eu celui de les lire!). Et c'est vrai qu'il y a eu au fil des ans davantage de livres dédiés au Lusitania qu'à Tromelin!

7 octobre 2025

L'entretien d'embauche au KGB - Iegor Gran

À l'heure où c'est la paix qui se refroidit de plus en plus avec la Russie contemporaine, alors qu'on ne sait pas si notre prochain gouvernement (et son futur Ministre des armées) continueront à vouloir "réarmer le moral de la nation", je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) présente un livre, signé par un ex-collaborateur de Charlie Hebdo, dont j'avais vu signaler la parution en janvier 2024.

Iegor Gran, L'entretien d'embauche au KGB, éditions Bayard, coll. Bayard récits, 2024, 222 pages
(titre original en russe: Le recrutement des agents, 1969 [mention "Absolument secret"])

 

Fils d'un écrivain dissident expulsé d'URSS en 1974, Iegor Gran est arrivé en France à 10 ans. Il rappelle ici ou là dans ses commentaires du manuel que son père a été arrêté par le KGB et condamné à 7 ans de prison pour publication (à l'Ouest, sous un pseudonyme) d'ouvrages "à caractère anti-soviétique". Si vous aimez lire ou relire les romans de John Le Carré ou même ceux de Pierre Nord, si vous avez été captivé par les cinq saisons de la série TV Le bureau des légendes et attendez avec impatience son "spin-off", alors le livre ici chroniqué pourra peut-être vous intéresser... 

 

Le texte principal de ce volume nous est donné comme la traduction par Iegor Gran d'une brochure de 116 pages dactylographiée en russe, présentée comme datant de 1969 et n'ayant été tirée qu'à 100 exemplaires numérotés, pour usage dans la quinzaine de centres de formation des futurs "officiers de renseignement" du KGB. Le "Scan" sur lequel notre auteur s'est basé pour la traduction avait été soigneusement "anonymisé" avec des post-ils recouvrant le numéro, le cachet de bibliothèque... Iegor Gran écrit qu'à son avis l'ouvrage a été transmis en occident via les pays baltes ou l'Ukraine. 200 à 300 diplômés sortaient chaque année, paraît-il, du centre de formation supérieur (qui, après la formation "de base", instruisait les officiers supérieurs). Cela donne une idée du volume des "promotions" annuelles d'officiers de renseignement formés dans la quinzaine d'écoles du KGB.

 

Si vous cherchez un roman, ... vous ne l'aurez pas! Cet ouvrage se compose de quatre parties précédées d'une introduction, pour un total de 16 chapitres comportant 19 sous-chapitres suivis d'une conclusion en deux petites pages. Le contenu forme vraiment un manuel où il n'y a pas d'histoire, si ce n'est quelques anecdotes explicatives, indécryptables faute de noms, de lieux et/ou de dates précises. Les "bonnes pratiques" des futurs "officiers traitants" pour recruter des "agents de renseignement" dans les "pays capitalistes" y sont répétées et martelées. S'il semble nécessaire de faire preuve d'intelligence et de discernement, il paraît hors de question de ne pas obéir au lourd protocole de vérification (rendre compte à l'échelon supérieur, se renseigner systématiquement sur tout nouveau contact auprès des fichiers de l'appareil central du renseignement, attendre les autorisations nécessaires pour lancer une opération...). Ce texte d'origine est parsemé, ici ou là, de grosses demi-pages de "compléments d'informations", commentaires, éclairages, gloses par Iegor Gran (avec une trentaine de notes et références bibliographiques). 

 

Le manuel est bien évidemment manichéen: "le socialisme", les pays socialistes (selon l'acception marxiste-léniniste) sont partisans de la paix et en butte à la subversion des pays capitalistes contre laquelle ils doivent se défendre, et la collecte d'informations, grâce au recrutement d'agents, est essentielle pour cela. Le futur officier traitant doit savoir anticiper les meilleures conditions pour ce faire, s'adapter à chaque situation particulière, pour éviter de gaspiller énergie, temps et argent dans un contact qui ne déboucherait finalement sur rien et mettrait en danger le fonctionnement du renseignement déjà existant. Le plan de recrutement qui doit être rédigé, validé puis exécuté minutieusement constitue du sur-mesure adapté à chaque "prospect" (selon ma propre terminologie - on pourrait aussi parler de "cible", mais le manuel, dans la traduction d'IG, emploie le mot de "piste"). Sans oublier l'importance de la première mission qu'il sera demandé à l'agent nouvellement recruté de remplir (qu'il faut aussi avoir prévue avant l'entretien décisif).

 

Pour illustrer le risque qu'un contact soit détecté par le contre-espionnage adverse (avec risque d'infiltration), un proverbe français (?) est cité p.131: "un chêne peut pousser à partir d'un gland, à moins qu'un cochon l'ait avalé avant". Cela m'a surtout fait songer à la chanson de Brassens Le grand chêne (disque sorti en 1966). Le pauvre roi de la forêt, dupé par des malfaisants, les suit, mais subit nombre de malheurs, parmi lesquels "on a pris tous ses glands pour nourrir les cochons"... et meurt sans descendance. 

 

Il est intéressant de comparer les trois types de "motivations" sur lesquelles s'appuyer pour recruter un "agent de renseignement" (idéologique et politique; matérielle; morale et psychologique), avec ou sans "relation de confiance", selon ce manuel, avec ce que l'on peut savoir du "MICE" anglo-saxon (qui doit pouvoir se traduire, sauf erreur de ma part, par "monnaie; idéologie; compromission; ego"). D'un point de vue historique, Iegor Gran nous dit que ce manuel semble s'inscrire dans une longue tradition des "services spéciaux" de Russie, en remontant jusqu'à l'Okhrana tsariste, (pour)suivie par la Tchéka de 1921, Guépéou, NKVD, avant le KGB (1954-1991) et enfin le FSB de nos jours. On peut aussi se dire que les actuels MI5 ou MI6 anglais doivent trouver certaines de leurs racines dans les services impliqués pour "le Grand jeu" aux Indes. Ou que notre DGSE descend directement du SDECE mis en place dans l'après-guerre à partir des services de renseignement de la France libre (créés avec le soutien anglais) et de ceux qui l'ont ralliée successivement, SDECE qui comprenait peut-être aussi quelques vétérans des services de renseignement de l'Armée d'avant-guerre, dont une manoeuvre d'intoxication contre l'Allemagne pour protéger les secrets de notre canon de 75 à tir rapide a éventuellement été à l'origine de l'Affaire Dreyfus quelques décennies auparavant. 

 

Je vais me permettre de citer les deux phrases finales de Iegor Gran, après qu'il a rappelé qu'un nombre considérable des cadres qui dirigent aujourd'hui la Russie sont passés par cette école de pensée: "Ce manuel est d'autant plus précieux pour saisir et comprendre un mode de pensée engoncé dans l'immoralité - ce qui fait souvent sa force - mais tatillon dans l'exécution des ordres reçus et obséquieux devant l'autorité - une faiblesse que l'on peut utiliser contre lui pour le combattre.

Je le referme maintenant et le glisse dans un tiroir, un peu comme ces gens qui conservent chez eux un morceau du mur de Berlin, et je frissonne à l'idée que son pouvoir maléfique est loin de s'être dissipé."

 

Eva (du blog Tu vas t'abimer les yeux), en a parlé le mois dernier (ce qui me l'a remis en mémoire), Remy récemment aussi. Menon en réservait lapidairement la lecture aux fans de jeux de rôle d'espionnage. Valmyvoyou [lit] en avait aussi parlé peu après la sortie du livre. 

 

Je pense que, pour de prochains billets, je tâcherai de lire en priorité, parmi l'abondante bibliographie de Iegor Gran, dans le désordre: L'écologie en bas de chez soi (2011), Z comme zombie (2022), Rêve plus vite, camarade! L'industrie du slogan en URSS de 1918 à 1935 (2017), Les services compétents (2020). 

 

Les graffitis subversifs et autres vols de drones dont la presse nous rebat régulièrement les oreilles ces mois-ci pourraient-ils camoufler un recrutement qui serait toujours actif en France? Il semble qu'un journaliste du Canard Enchaîné, Jean Clémentin (1924-2023) a été agent de l'Est entre 1957 et 1969 (il a travaillé au Canard jusqu'en 1989). On dit que Charles Hernu (1923-1990), dans sa jeunesse désargentée (années 1950?), a su vendre fort cher aux soviétiques, alors qu'il faisait dans le journalisme, de simples synthèses d'informations disponibles en lisant la presse française. Du coup, après la lecture de ce livre, je me suis demandé si les rédacteurs et dessinateurs de Charlie Hebdo, à ses différentes époques (depuis près de 55 ans désormais), avaient jamais été ainsi "approchés"? Si ça a été le cas, j'espère bien que ça a été sans succès. 

 

*** Je suis Charlie ***

7 août 2025

GéBé s'expose à la BnF

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) suis passé il y a déjà quelque temps à la BnF (Bibliothèque nationale de France), avec un collègue (hors temps de travail), parce que j'y avais repéré une exposition intéressante (dans le cadre de mes "hommages du 7"). Mais peut-être que tout le monde, aujourd'hui, ne sait plus qui était GéBé? 

C'était le pseudonyme que s'était choisi Georges Blondeaux (1929-2004), qui a commencé à publier ses dessins dans le journal de la SNCF (où il travaillait) La vie du rail, avant de quitter la société nationale des chemins de fer français pour vivre de sa plume comme dessinateur de presse en 1960. Avec Cavanna, le Professeur Choron, et d'autres, il a fait notamment partie de l'aventure de Charlie Hebdo "première époque" (celle qui prend fin en 1982). Il a été jusqu'à son décès Directeur de la publication (étant l'un des principaux actionnaires) de Charlie Hebdo quand celui-ci renaît en 1992. Entretemps et parallèlement, il a mené une carrière d'illustrateur et de dessinateur pour bien d'autres employeurs et titres de presse.

Les 16 panneaux de l'exposition, titrée "Un génie du dessin de presse", en donnent un aperçu très diversifié. L'exposition, visible  sur le site François Mitterrand [75013] (en entrée libre [gratuit]) a débuté le 6 mai et dure jusqu'au 19 octobre 2025. Pour plus d'informations, voir le site de la BnF. 

 

Un bon dessin valant mieux qu'un long discours, place à quelques photos des panneaux que mon collègue a eu l'amabilité de capter sur ma demande (j'avais oublié mon appareil!). 

Esprit... léger des années 1950 ou 1960?

 

Zazie s'avère plutôt contestataire...

La société sens dessus-dessous... Bien vu, non?

 

 

 

 

Et voici (ci-dessous) Charlie Hebdo, en fin des années 1970...

 

 

 

 

 

 

Sur le dessin-projet ci-dessous comme sur la photo ci-dessus, on reconnaissait déjà le Professeur Choron. Je ne suis pas capable d'identifier les deux comparses. 

 

Jolie affiche!

 

Couverture d'un livre...  

...J'ai acheté un autre de ses ouvrages à la librairie de la BnF, je suppose que j'en parlerai un mois ou l'autre (Gébé, Les hommes portaient des chapeaux).

****************** 

Je vais dire deux mots de deux autres expositions, que dasola et moi avons visitées lors de notre voyage estival. Elle sont visibles au Centre international de la Caricature, du Dessin de presse et d'humour, à l'espace Loup, à Saint-Just-Le-Martel, près de Limoges (87), et mettent à l'honneur Tignous ["Tignous Forever"] et Siné ["Attention, j'arrive!"], lui aussi ancien collaborateur de Charlie Hebdo jusqu'à son licenciement en 2008 par Patrice Val, alors directeur de la publication). Les deux expositions se terminent le 14 août 2025. C'est dasola qui a pris les deux photos ci-dessous de dessins signés Tignous. 

 

Pour ma part, j'ai acheté sur place Si tu meurs, je te tue, de Chloé Verlhac (la veuve de Tignous et la "commissaire" de son exposition): encore un titre que je chroniquerai un mois ou l'autre...

 

*** Je suis Charlie ***

7 octobre 2024

La vie secrète des jeunes, T.I & T.II - Riad Sattouf

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) finalise aujourd'hui, pour la parution du mois dans ma série "Hommages du 7", un billet longtemps resté "en jachère". J'avais, au premier semestre, fini par me procurer les deux premiers tomes de La vie secrète des jeunes, dont j'avais chroniqué naguère le tome III. Et ceci, après avoir enfin lu le sixième et dernier volume de L'Arabe du futur, où Riad Sattouf raconte son bac, ses études de dessinateur professionnel à l'Ecole des Gobelins, la publication de ses premiers albums, et accessoirement sa rencontre avec Charlie Hebdo (j'y reviendrai plus bas). J'ai pris en photo les couvertures et une sélection de pages. 

Riad Sattouf, La vie secrète des jeunes, L'Association (T.I en 2007 & T.II en 2010). 
Le tome I comprend des dessins publiés dans Charlie Hebdo de 2004 à 2007, l'exemplaire que j'ai eu entre les mains correspondait à une réimpression en août 2009, 4ème édition (DL 4ème trim. 2007).

Voici la 4ème de couv' du tome II (imprimé en mars 2010).

 

Je n'ai plus aujourd'hui ces albums, rendus en bibliothèque il y a des mois. C'est grâce à dasola que j'ai retrouvé les photos de pages prises lorsque je les avais lus, pour les quelques citations ci-dessous. Impossible par contre de les attribuer avec certitude à l'un ou à l'autre album, et ce d'autant moins qu'ils ne sont pas paginés... J'avais en tout cas noté que le tome I comportait 154 planches (dont une histoire en deux planches), et le tome II 140 planches, avec plusieurs histoires se déroulant en 3 planches. 

Parfois, la planche est très bavarde, parfois presque muette, avec des textes auxquels il arrive d'être "hard". J'ai de préférence relevé celles qui m'ont fait sourire plutôt que les innombrables qui mettent en évidence la bêtise, la vulgarité, la violence (physique ou symbolique), ou la méchanceté gratuite (ou du moins ce qui, à toute première vue et avant toute analyse plus profonde, nous est montré, "brut", comme tel), souvent désespérante. 

Au fil des pages, nous avons ici les jeunes bourgeois et bourgeoises d'un côté (futilité), ou les jeunes bobos des milieux de la culture (déconnexion du monde réel?), les cailleras de l'autre (langage grossier et répétitif, ponctué de fisdeput à toutes les sauces, de menaces verbales lorsque ce n'est pas de baffes...). Et ces tronches, bon sang... 

Des situations professionnelles (on ne voit pas le client qui vient se plaindre au bureau de poste)...

On ne voit pas le client intimidé par son "réparateur"...

La plus triste des deux n'est pas forcément l'enfant pour son premier jour d'école...

Maltraitance mentale, ça existe?

Un caquet bien rabattu ;-)

Et autant pour le lourdaud qui ne comprend pas...

L'histoire ne dit pas si cette jeune femme aux yeux azimutés avait réussi, ou non, à faire son trou à Charlie...

La bave de la vieille grenouille n'a apparemment pas atteint la jeune colombe ;-)

Sans commentaire.

La honte de l'accompagnatrice...

La culture... c'est ce qui restera? 

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Ci-dessus les pages de L'Arabe du futur où Riad rencontre Charlie... (désolé pour la qualité des photos, prises avant la "migration" de canalblog!)

 

En fait, j'avais commencé à rédiger cet article avant la dissolution [non, dasola, pas du gouvernement! De l'Assemblée nationale...], puis bizarrement, je n'ai pas eu envie de le publier à ce moment-là... De son côté, l'auteur n'a-t-il pas arrêté cette série parce que son contenu le déprimait? Je remarque, en tout cas, que j'ai choisi ci-dessus surtout des pages de gauche (?)...

 

Comme je l'avais déjà noté en parlant du tome III, on peut trouver quelques articles sur l'un ou l'autre des albums de cette série. J'y rajoute Mo' du bar à BD (dernier billet en 2022), Belzaran du Blog Brothers, Argoul, Li-An (elle-même dessinatrice), Une comète (son ancien blog), Playne sur le vieux blog Culture's Pub (dernier billet en 2013). 

 

PS: selon les dernières informations que j'ai vues sur Riad Sattouf, après avoir terminé sa série en 9 albums (un par année) titrée Les cahiers d'Esther, histoire de mes [10 à 18] ans, il donne une sorte de suite à son Arabe du futur (6 tomes autobiographiques sur son enfance) avec Moi, Fadi le frère volé (où a la parole son jeune frère, enlevé tout jeune enfant par son père et élevé en Syrie).

 

*** Je suis Charlie ***

7 septembre 2024

Scènes de la vie hormonale - Catherine Meurisse

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me rappelle avoir lu dans Charlie Hebdo certaines des planches regroupées dans ce recueil (et certainement les chroniques habdomadaires post-7 janvier 2015, puisque je n'ai plus jamais raté un numéro depuis). Mais il me semble qu'elles paraissaient plutôt sur toute une colonne qu'en format "planche"en gaufrier de 6 à 8 vignettes comme ici: les pages ont dû être remontées pour la parution chez Dargaud. Pour mémoire, j'ai déjà présenté dans mes "hommages du 7" plusieurs albums de Catherine [Meurisse].    

Catherine Meurisse, Scènes de la vie hormonale,
(chronique publiée dans Charlie Hebdo d'octobre 2014 à juillet 2016), 
Dargaud, 2016, 78 pages (74 planches) 

Il s'agit de petites chroniques où l'auteure se moque, soit d'elle-même (ou de son héroïne), soit de ses interlocuteurs ou -trices. Ou de la vie de couple en général (attentes désynchronisées...).

Certaines planches peuvent faire penser aux thèmes (féminins, forcément féminins) de dessinatrices antérieures: Brétecher, Catherine Beaunez, Florence Cestac. Il ne fait pas toujours bon prendre le "sexe faible" à rebrousse-poil! On y découvre aussi que l'introspection, ça peut avoir du bon, à condition d'éviter de creuser trop profond... 

Je vous mets quelques planches à titre de citation (j'ai eu du mal à me limiter à sept, pas plus, pour vous donner envie d'aller découvrir l'intégralité des autres!). 

P1160886 p.25 (pourquoi tant de violence? L'art et la manière?)

P1160885 p.19 (plusieurs niveaux...)

P1160893 p.29 (sans commentaire)

P1160889 p.48 (histoire sans paroles)

P1160888 p.40 (la 3e vignette figure aussi en page de garde...)

P1160894 p.69 (comment le prendre?)

P1160890 p.63 (excellent! Et s'il n'en reste qu'une...)

P1160891 p.73 (va savoir...)

Oh, allez, je suis monté jusqu'à huit... 

L'amour comme l'humour sont parfois un peu vache. A la relecture, j'ai quand même trouvé pas mal de ces chroniquettes douces-amères, souvent plus amères que douces. Enfin, je vous rappelle que mon point de vue est celui d'UN lecteur, hein... 

Dommage qu'il n'y en ait pas eu davantage. Mais après tout, rien n'interdit de rêver que Catherine [Meurisse] y revienne un jour! 

Bado l'avait présenté en 2016 (avec une planche en plus...). Lisou du blog Les Pipelettes en parlent en a choisi d'autres en 2017. Voir aussi Baz'Art, ou Pages à pages (impossible d'y laisser des commentaires!). 

*** Je suis Charlie *** 

1 avril 2022

Bilan du challenge martien / Le virus acquitté - N°24

Pour ce premier avril-ci, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais mixer (ou mixter?) deux thèmes: d'abord, le billet de bilan de mon Challenge de la planète Mars (1er mars 2021 au 31 mars 2022), puis, dans un second temps, quelques mots (mensuels...) sur le fameux virus qui nous avait amené à finir mars 2020 confinés. Deux ans déjà, une éternité... et bientôt, nous votons (mais cela est hors sujet).

Le Challenge de la planète Mars s'est achevé hier sur un bilan honorable. Merci à tous les participants et commentateurs. Finalement, ce sont treize participants qui ont pris la peine d'inscrire au moins un de leurs billets dans le cadre du Challenge que je proposais, pour un total de 21 billets, ce qui a (re)présenté au moins 16 oeuvres différentes. Mention spéciale à Pativore qui en a écrit 5 en plus du fait d'avoir créé le logo "Planète Mars", suivie par Erwelyn (4 billets), puis par Zoé Lucaccini (2 articles). Le billet organisant le Challenge a, lui, reçu 28 commentaires de 12 blogueurs différents (dont 6 de Pativore et d'Erwelyn, et 2 pour A girl from Earth, Dominique, Girlymammie, Keisha, Titi70, Vincent, plus quatre autres blogueurs). Et s'il n'y en a pas eu davantage, ce n'est pas faute d'avoir signalé, dans de nombreux blogs, sous tel ou tel de leurs billets, qu'il aurait tout à fait sa place dans le Challenge (mais je n'ai inscrit que ceux qui ont fait une démarche en ce sens).

Si l'on regarde du côté des oeuvres chroniquées, le film Total Recall (1990) et le livre Curiosity de Sophie Divry ont eu le plus de présentations (3), suivis par Martiens, go home! (2, dont moi). Pour le reste, la palette s'est donc avérée très étendue! Merci spécial à Erwelyn (du blog Chroniques terriennes), qui a pris la peine d'actualiser son billet qui présentait le Challenge et d'en faire un article de bilan.

Pour ma part, j'ai rédigé, sur le blog de dasola, 20 billets totalisant 98 commentaires. Parti tard, j'ai accéléré sur la fin avec 6 billets en mars 2022, ce qui fait qu'avec mes 8 billets dans les derniers 40 jours, j'ai donc fini par moyenner à 1,5 billets par mois sur toute la durée du Challenge, cependant que certains de mes billets présentaient plus qu'une oeuvre (j'en compte 25... en comptant les recueils de nouvelles pour un?). J'ai pu aussi inscrire certains de mes billets sur d'autres Challenges (cf. colonne de droite - ou les billets eux-mêmes): 9e puis 10e Challenge de l'Imaginaire; Challenges Classiques en 2022; Challenge Winter short series in SFF, ... Par contre, j'ai eu un peu de mal à sortir de ma "zone de confort" (à découvrir des titres récents dont je n'aurais jamais entendu parler sans la blogosphère). 

Il m'a été suggéré de prolonger le Challenge. Si l'on entend par là que je devrais continuer à rédiger moi-même des billets sur le thème "planète Mars" ainsi qu'à m'efforcer de proposer à toute la blogosphère de venir participer (inscrire tel ou tel billet dont je découvre l'existence...), je crois que ça ne va pas le faire. Disons que, le cas échéant, je pourrais continuer à mettre à jour les liens (avec date du billet) et à tenir à jour la liste dans le billet du Challenge pour tous ceux qui me le demanderaient expressément! Mais je suppose que je vais laisser passer un certain temps avant de relancer activement quelque chose, puisque, comme dit plus haut, il me reste pour ma part suffisamment d'oeuvres à découvrir pour envisager d'ores et déjà de relancer une nouvelle édition (dans 11 mois d'ici, le 1er mars 2023?). Peut-être que je devrais réfléchir, d'ici là, à un nom qui ne fasse pas apparaître monsieur Elon Musk parmi les premiers résultats sur moteur de recherche!

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Venons-en maintenant à ma 24e "chroniquette", que j'ai titrée plus haut Le virus acquitté, pour parler du coronavirus qui a bouleversé la planète (certains pays dont le nôtre, tout au moins) il y a deux ans.

Il semble que tout focaliser sur ce sujet ou même en débattre soit désormais has been: "un clou chasse l'autre", selon le vieil adage (élection ou guerre? Faites votre choix). Celui que l'on jugeait si dangereux il n'y a pas si longtemps serait-il aujourd'hui bien négligeable?

03/03/2022: fin du passe vaccinal annoncée par M. Castex pour le 14 mars 2022. Bientôt le retour des soirées cinoche-resto ;-) ... Ah non, zut, on en revien(drai)t au pass "sanitaire"! Oui, ben finalement, non, on a largement arrêté de nous... bassiner avec ça.

03/03/2022: ça y est, on a enfin passé le cap des 23 millions de contaminations. Ouf, je m'inquiétais, le compteur devenait poussif... et quelques jours après, enfin, le cap des 140 000 morts est aussi dépassé. Même observation, j'avais peur que le comptage des morts en Ukraine mobilise toutes les ressources de nos statisticiens au détriment de ce comptage-ci... Fin mars, on en est à combien? Une centaine de morts par jour? Misère.

21/03/2022: on sent que c'est le printemps. Dans la rue, les jupes raccourcissent. Et dans le métro, les nez émergent des masques (si, si!)... cependant que retentissent les avis rappelant que le port du masque y est obligatoire "sous peine d'une amende de 135 euros".

==  Précision: [même ailleurs que dans le métro et quelques autres lieux,] depuis la mi-mars, il est permis, il est autorisé, de continuer à porter le masque, il n'est surtout pas interdit de (continuer à) le porter. Cela devient un choix personnel et non plus une obligation. == 

24/03/2022 - une seule solution pour s'en sortir: mangez des brocolis! D'où vient donc ce légume? De Sicile, semble-t-il (?)

C'est tout? C'est tout ce que j'ai noté. Le clou, vous disais-je...

Et pour boucler avec ce que je disais plus haut concernant les élections: quoi qu'en dise l'adage "au premier tour on choisit, on second tour on élimine", j'ai un peu l'impression que beaucoup de ceux qui voteront au premier tour (seront-ils nombreux?) élimineront, parmi les candidats disponibles, ceux qui leur conviendront le moins, pour se rabattre par défaut sur l'un de ceux susceptibles de leur déplaire le moins... Rien de bien enthousiasmant dans tout ça!

On verra bien où en seront le virus, le monde et la France après la date prévue pour le second tour de nos élections législatives (juin 2022).

7 novembre 2023

Bête et méchant / Les Ritals - Cavanna

Deux livres, ce mois-ci, dans le cadre de mes "Hommages du 7". Après Les Russkoff (le deuxième volet de l'autobiographie de François Cavanna, sur la Seconde guerre mondiale), j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) lu le troisième, Bête et méchant (les débuts dans la carrière), avant de me replonger dans le premier, Les Ritals (l'enfance). 

P1160790
Bête et méchant, 1ère parution en 1981, Le livre de Poche N°5755, 1983, 346 pages
Les Ritals, 1ère parution en 1978, Le livre de Poche N°5383, 1986, 377 pages

De votre côté, rien ne vous empêche de les lire dans l'ordre... Pour ma part, il ne s'agissait pas d'une première lecture. 

P1160792Ce volume reprend donc la suite de la vie du jeune François Cavanna revenu d'Allemagne. Il dépeint les années d'auto-formation à l'entrée dans la carrière, avant d'arriver à gagner sa vie par le pinceau et par la plume, jusqu'à Hara-Kiri inclus (journal Bête et méchant). Cavanna a commencé par publier une bande dessinée dans le journal Le déporté du travail. Mais difficile de renverser de l'encre sur la table familiale, en s'échinant le soir et le dimanche, alors qu'il travaille comme ouvrier puis employé en semaine. Alors, il trouve une piaule, toujours en banlieue, pour dessiner d'autres travaux. Et, pour en partager le loyer, une colocataire... Et le voici en ménage (platonique d'abord) avec une jeune femme revenue traumatisée (physiquement comme mentalement) des camps nazis. Puis mariage... qui ne dure que quelques dizaines de pages. Mais l'élan est donné. Citation (p.74): "Liliane me disait: on ne fait bien les choses que si l'on est un professiuonnel. Un professionnel, c'est un type qui ne fait que ça, son métier, même s'il ne gagne pas un sou, même s'il n'a pas un client, il est un professionnel. Il consacre son temps et ses meilleures forces à son métier. Si tu travailles dans la journée pour un patron et que tu fais ce que tu aimes le soir ou le dimanche, tu es un amateur. Ca peut ne pas être trop mal, ça ne sera jamais un travail de professionnel. Un professionnel a le dos au mur et la trouille au cul". Cavanna nous raconte la tournée des rédactions de journaux (la presse d'après-guerre) où l'on laisse les dessins de la semaine, qui seront acceptés - ou non,  les rencontres avec d'autres dessinateurs (Dubout l'avait prévenu: "tu vas en baver, il faut de la te-na-ci-té"), notamment Fred. Pour vivre encore des petits boulots, à droite ou à gauche (intéressant décryptage du milieu des dessinateurs de presse d'après-guerre.). J'en retiens une autre citation attrapée au vol (p.117): "dans cette anarchie qu'est notre société mercantile, si un mode de production anachronique et même nuisible assure de gros revenus à une catégorie suffisamment puissante, le jeu du progrès est faussé". En 1954, c'est l'achat du premier numéro d'un journal vendu par colportage, Zéro, qui lui permet de croiser le couple Novi, qui l'a créé (avec des dessins déjà publiés ailleurs). Puis de rédiger des "jeux" bouche-trou. Puis ses premiers textes (écrire plutôt que dessiner?) ... avant de découvrir l'imprimerie et le maquettage du journal. Et puis l'on assiste à la rencontre chez Zéro avec le futur professeur Choron, retour d'Indochine, grande gueule et vendeur émérite. Zéro devient Cordées, Cavanna continue à se former sur le tas. Novi meut subitement, et en 1960 Cavanna, Choron et Fred lancent le journal mensuel dont ils rêvaient, avec l'afflux de talents (Cabu, Wolinski, Gébé, le jeune Reiser)... Hara Kiri commence, avec ses aventures et mésaventures: équipe de colporteurs emmenée au commissariat, journal interdit d'affichage (en toute subtilité: voir chapitre "Il n'y a pas de censure en France", pp.262-296). La phrase-culte "L'humour est un coup de poing dans la gueule" est écrite p.232. Bête et méchant se termine en 1967, juste avant la reprise après une nouvelle interdiction de Hara Kiri, qui ne sera pas la dernière... 

Voir les billet des blogs Au détour d'un livre, Les plumes baroques, "Me, myself and I". 

Je m'étais acheté mon exemplaire de Bête et méchant le 14 octobre 2023. Mais à la relecture du chapitre titré "Néo" sur "la mort du père" (1953-1954), je me suis persuadé que je l'avais déjà lu, il y a plusieurs décennies... Je suppose que j'avais déjà dû croiser ce livre ici ou là, mais sans l'acquérir pour ma pochothèque. Je signale pour finir qu'il comporte 11 chapitres, avec chronologie indiquée mais avec des retours en arrière. 

P1160791Mon exemplaire du titre Les Ritals, lui, porte comme date d'acquisition le 13 mars 2014. Pour être plus exact, il s'agit de la date où je l'ai sauvé d'un don que ma mère s'apprêtait à en faire à une boutique Emmaüs, quand elle se débarrassait de livres qu'elle avait parfois achetés en double ou triple (pour l'une ou l'autre de ses résidences), avant de migrer d'un grand appartement à un studio plus modeste à l'étage "chambre de bonnes"... C'était quelques années avant qu'elle parte en EHPAD. Bref. 

Dans Les Ritals, son premier livre de "souvenirs", Cavanna nous présente son enfance à Nogent, d'un père maçon italien illettré et d'une mère morvandelle (née dans la Nièvre, à quelques kilomètres d'Imphy). Il a été élévé aux pâtes et à la viande de cheval. Les chapitres nous présentent ses copains tout aussi fils de Ritals avec qui il fait les 400 coups dans la rue ou le voisinage, la découverte des filles (gamines du coin ou professionnelles de Paris), le cinéma, la bibliothèque, la première muffée, ou une grande fugue à vélo... avec bien de la verve. Il y a aussi les histoires du père, beaucoup: en fait, il transparaît dans chaque chapitre, le Vidgeon (diminutif gentil de Luigi, en "dialetto"). p.122, il habille pour l'hiver ceux qui se sont amusés, un jour, à soûler son père. Mais le chapitre suivant expose avec tendresse la "main verte" du père, et son habitude de planter un noyau de pêche sur chacun des chantiers où il travaillait. Et puis la crise économique et le chômage, la peur du renvoi au pays, qui amènent Vidgeon à demander la naturalisation française... obtenue au tout début de la Seconde Guerre mondiale. Les 29 courts chapitres qui composent le livre (avec des titres très courts aussi) m'ont amené à me poser la question de savoir si le livre Les Ritals n'aurait pas d'abord été publié en "feuilleton", sous forme de "chroniques" séparées... ?

Je retiens en tout cas de ce livre qu'à l'époque, le rejet par les "Français de souche" (comme on ne disait pas encore? Si?) de certains métiers, ce qui amenait de la main-d'oeuvre étrangère à les occuper (en espérant pour leurs enfants un destin de petit fonctionnaire), existait déjà. Un siècle plus tard, remplacez "Ritals" par "personnes racisées" et "maçons" par "services à la personne", et la messe est dite. 

Voir aussi le billet du blog Au détour d'un livre.

Le récit de la création et des premiers temps, de Charlie Hebdo (l'histoire en est déjà bien connue!), lui, ce sera sans doute pour le tome suivant immédiatement (Les yeux plus grands que le ventre)... Je signale pour finir que j'ai découvert d'occasion cette semaine Lune de miel (Folio). Ayant lu sur la 4ème de couv' que c'était aussi un "tableau réjouissant de souvenirs, réflexions et anecdotes", je me le suis offert. J'en parlerai certainement un mois ou l'autre.  

*** Je suis Charlie ***

7 février 2025

Charlie quand ça leur chante - Aurel

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) fais aujourd'hui un petit "pas de côté" en parlant d'un ouvrage qui ne provient pas d'un dessinateur de Charlie Hebdo, mais d'un de leurs collègues dessinateur de presse (dont je vois chaque semaine des dessins parce qu'il oeuvre, notamment, dans Le Canard Enchaîné depuis des années). 

Aurel, Charlie quand ça leur chante, Futuropolis, coll. Paroles, 2024, 32 pages

 

La 4ème de couv' de cet opuscule à propos de "l'esprit Charlie" en dit pas mal. Mais elle ne dit pas tout à mon avis. En tout cas, le titre et l'auteur, comme je l'ai dit, ont déclenché mon "acte d'achat". En bas de la 2e de couv', après 14 lignes d'avant-propos "cadrant" ce qu'est un dessin de presse, Aurel précise: "je ne suis le porte-parole de rien et m'exprime en mon nom". Dans les pages de cet ouvrage dessiné, le dessinateur se met lui-même en scène et s'adresse au lecteur (brisant un mur?), et nous amène à prendre conscience de l'état précaire du métier de dessinateur de presse (en France, quelques dizaines d'individus).

Il commence par poser que le dessin de presse (et plus largement l'humour d'actualité) se meurent, parce que la presse elle-même va mal: les ventes s'effondrent. Et lors de la "transition numérique" des journaux, le dessin est bien souvent oublié. 

 

Puis, après deux pages où il raconte comment il a appris le massacre de ses collègues, Aurel explique ce qu'a signifié pour lui "Je suis Charlie" (p.7), alors qu'un copain (qui connaît [ses] différents politiques avec le journal) s'étonne de [le] voir arborer un badge quelques semaines après le massacre du 7 janvier 2015. 

Il parle, ensuite, de "l'après": récupérations de tous bords (beaucoup de demande de dessins de soutien gratuits). Malgré tout, lui et ses collègues ont continué à faire ce qu'ils savaient faire de mieux: dessiner... 

Dans la douzaine de pages suivantes, il continue à dénoncer l'hypocrisie de la profession, les bas tarifs du dessin de presse et la précarité du métier (cf. ci-dessous p.10). Mais le public (le lectorat) en prend aussi pour son grade! 

J'ai été surpris par la manière dont il fait remarquer (ci-dessus) que les tarifs négociés par les syndicats de journalistes (CFDT ou SNJ-CGT) sont trois à cinq fois inférieurs aux tarifs réellement pratiqués, et nécessiteraient d'être sûrs de vendre 20 dessins par mois pour arriver péniblement au SMIC. Si je caricature: contester ces tarifs minimum n'équivaut-il pas à dire que le SMIC est lui-même inutile parce qu'il est trop bas? Je vois plutôt, pour ma part, le tarif négocié comme ce qu'on appelle un "minimum syndical": se met dans l'illégalité tout patron (de presse...) qui prétendrait payer au-dessous de ce tarif... mais rien, bien entendu, n'interdit aux dessinateurs de "se vendre" nettement plus cher! 

"Le quotidien d'un-e dessinateur-ice est de se faire refuser des dessins pour plein de bonnes raisons. Et aussi des mauvaises." (p.23). Aurel rappelle aussi le pouvoir amplificateur des réseaux sociaux pour juger un dessin sans l'avoir vu. 

Son propre discours sur la prise en étau des dessinateurs entre les néo-réacs d'une part (?) et la société qui évolue (bouillie au woke et arrosée de coca-cola, oserais-je dire?) est cohérent, même si on peut ne pas partager ses analyses. Il donne trois raisons expliquant pourquoi les dessinateurs de presse sont régulièrement pris à partie par des gens qui ne trouvent pas drôle ce qu'ils font, ou plus exactement qui leur reprochent de rire de tel ou tel sujet. Les dessins ont toujours déplu à une partie de la population, mais le "village global" de McLuhan en a multiplié la visibilité (c'est moi qui parle de McLuhan, Aurel parle des réseaux sociaux). Il y a un changement global de mentalité (les gens sont plus stressés et deviennent susceptibles...). Les nouvelles générations n'ont plus les mêmes codes ni les mêmes limites. 

p.21-24, Aurel (né en 1980) nous rappelle que, dans les années 1960 (p.21-24), Cavanna, Cabu, Wolinski, Choron et consort (je ne les ai pas mis dans le même ordre que lui) inventaient un humour grinçant que les anciennes générations considéraient comme absolument inopportun.

Nombre des gages de "nos idoles" ne seraient plus possibles aujourd'hui, et pour Aurel c'est "Tant mieux".  "Nous vivons sans doute la fin de cette ère qui avait pour objectif de pousser les murs d'une société étriquée en voulant pratiquer un humour sans tabou", constate-t-il. Pour en tirer la conclusion qu'il faut désormais vivre avec son temps (?).

Je pense que, pour ma part, je suis trop vieux pour avoir envie de renoncer à rire de tout. Mais il est vrai que je m'expose infiniment moins qu'un dessinateur de presse. 

 

J'ai relevé que, si Aurel attaque nominalement, comme étant l'un de de ceux qu'il qualifie de "nouveaux réacs", Philippe Val (directeur de la publication du nouveau Charlie Hebdo de 2004 [après la mort de Gébé] à mai 2009), il n'évoque pas l'éviction de Siné en 2008 pour autant. Pas plus qu'il ne cite le nom de son collègue suisse Chappatte (qui depuis 2020 dessine, comme lui, au Canard enchaîné) comme exemple de dessinateur dont un dessin a amené un journal (le New York Times) à renoncer mi-2019 à la publication de tout dessin de presse. 

Cela m'a aussi amené à me demander si, lorsque Cabu dessinait pour la télévision ou Wolinski pour Paris Match, les sujets de leurs dessins étaient les mêmes dans ces "gagne-pains" (je suppose) que dans les hebdomadaires qu'ils avaient fondés et dont ils maîtrisaient la ligne éditoriale... Une question que je creuserai ultérieurement?

 

Aurel conclut son pamphlet (?) avec une page où, l'oeil mauvais, il demande aux "néo-réacs" qu'il a égratignés dans nombre de ses pages de laisser les dessinateurs de presse dessiner tranquilles. 

Ce petit ouvrage intéressant, et dont je vous conseille la lecture, contient une pensée logique même si contestable. Pour ma part, je crois que je n'ai pas envie de le suivre dans la partie où il expose son analyse des "néo-réacs". J'adhère à ce qui est dit seulement quand ça me chante, non mais!

Je suppose que d'autres blogs en ont déjà parlé en janvier 2025... mais seules des chroniques parues dans des titres de presse apparaissent dans les moteurs de recherche. Mots-clés trop clivants + loi RGPD = le néant... Je rajouterai des liens si je tombe dessus! 

*** Je suis Charlie ***

7 mars 2026

Tchatche de banlieue suivi de L'argot de la police - Philippe Pierre-Adolphe, Max Mamoud, Georges-Olivier Tzanos / dessins de Luz

Cet ouvrage-là, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) l'ai d'abord déniché dans un bac de bouquins d'occasion et ai "tilté" sur la couverture de Luz. J'ai immédiatement pensé que ça pourrait me servir pour une chronique. Mais après, il a fallu le lire d'abord, et rédiger le présent billet ensuite. 

Philippe Pierre-Adolphe, Max Mamoud & Georges-Olivier Tzanos, Tchatche de banlieue (suivi de L'Argot de la police), éd. Mille et une nuits, coll. Le rire jaune N°2, 1998, 128 pages

 

Le 1er volume de cette collection Le rire jaune, titré Rien à foot [?!?] était illustré par Cabu, je ne l'ai jamais vu encore. Pour sa part, Philippe Pierre-Adolphe (1961-2023) était apparemment un journaliste qui s'est intéressé tant à l'art (cinéma, musique - il a créé un label musical en 1998!) qu'aux faits de société. Le lien avec mes propres "Hommages du 7" est constitué par les 20 dessins de Luz disséminés au fil des pages (de même que j'avais jadis chroniqué deux ouvrages illustrés par Charb, l'un de Michel Husson et l'autre de Daniel Bensaïd).

 

Pour citer la 4e de couv', "plus qu'un simple recueil de mots et d'expressions, Tchatche de banlieue est un petit précis de linguistique banlieusarde à l'usage des joibourg et des centre-villois. Il est illustré par Luz, dessinateur à Charlie Hebdo." Avant mes propres illustrations et citations de dessins, si je dis que "la cité" y est omniprésente, me fais-je bien comprendre? 

p.60: surtout, ne parlons pas... de rime de rap.
...Ils en ont parlé! 

 

Le livre se présente sous la forme d'un double abécédaire, dont le plus important (jusqu'à la page 89) s'intéresse au "bouillon culturel" des mots inventés "de l'autre côté du périph'" (vu depuis Paris, évidemment). Le lexique des "tchatcheurs" puisait (1998) dans celui des cultures cohabitant dans les cités: africaines, arabes, gitanes et même anglo-saxonnes... Aujourd'hui (2026), certains de ces "mots" sont entrés dans le dictionnaire. L'ouvrage fonctionne beaucoup sur la connivence. Un mot défini précédemment sera utilisé pour une phrase d'illustration, le vocabulaire sera malaxé, trituré, pour montrer surtout que sa "signification" dépend fortement tant du contexte que des relations entre les locuteurs, qui cultivent aussi bien l'hermétisme que la "vanne". 

Un exemple avec une glose précisant la définition du "Respect" (p.68): "toute la subtilité réside dans la définition du comportement irrespectueux. Dire à un copain "va te faire enculer, pauvre dalpé", c'est respectueux. On est entre amis, on se dit bonjour. Dire à quelqu'un qu'on ne connaît pas "hé, ta soeur, elle est bonne", c'est lui manquer de respect et s'exposer à de graves et immédiates représailles".  

 p.47: salut, comment va? 

 

On sent que les auteurs, dans leur petit ouvrage, s'adressent moins aux locuteurs d'origine qu'à des lecteurs ayant un certain "bagage" culturel, avec de la connivence, des jeux de mots et de l'humour. Ma lecture "au fil de l'eau" m'avait rappelé un article "savant" lu naguère, où un linguiste avertissait des risques de refus par les "jeunes des cités" de l'apprentissage tant du français "académique" que des langues étrangères telles qu'enseignées au collège et lycée, pour se replier sur "leur" propre langage. N'importe quel linguiste rompu aux "mécanismes" linguistiques décryptera cette "langue" (si absconse parût-elle vis-à-vis de l'extérieur à ses "inventeurs") en deux coups de cuillère à pot, tandis que nos gamins & jeunes se seront privés d'une "ouverture au monde" dont l'absence les handicapera pour le reste de leur vie... 

p.87: maîtriser les codes en vue de se faire accepter? Prof, sociologue ou "civil" infiltré?  

 

C'est vrai que je me sens personnellement éloigné de l'univers en toile de fond du langage concerné, dont le vocabulaire et les préoccupations principales semblent tourner pour la plus grande part vers le milieu du corps (des deux sexes), l'apparence extérieure (habillement...) et l'art de "parler pour ne rien dire" (rien qui ME paraisse "utile" et constructif, en tout cas). De la sociologie concrète , sinon de l'ethnologie, via le langage (j'espère ne pas apparaître trop "méprisant" en constatant cela).  

Je me rappelle un récit de reportage "sur le terrain" (en banlieue!) dans Indélébiles de Luz. Mais je ne me souviens pas si l'année ou les circonstances étaient mentionnées... Il a dessiné dans Charlie "seconde série" durant 23 ans, jusqu'à son départ pour raison personnelle (annoncé plus de trois mois à l'avance) en septembre 2015.

p.53: tous ces massifs sont aussi de grands enfants...

  

Ce dessin-là (p.121) est l'un des quatre figurant dans les 30 pages consacrées à "l'argot de la police". Celui-ci est, je pense, plus classique, plus stable aussi (avec un moindre souci d'hermétisme), et sans doute bien davantage "parlant" au grand public du fait de sa reprise au cinéma ou à la télévision (séries policières). 

 

Au final, ce qui m'a presque le plus intéressé, c'est les cinq pages de l'entretien socio-linguistique à la fin de l'ouvrage (entretien réalisé le 23/11/1997), qui éclaire les "raisons sociales" du besoin d'un langage qui se veut hermétique, avec des mots abandonnés par leurs locuteurs initiaux (banlieue) dès qu'ils sont passés dans un public élargi... (via les média, d'abord avec des guillemets, puis sans). 

 

La Maison d'édition Les Mille et une nuits avait été créée en 1993. Je possède depuis longtemps un certain nombre de leurs anciens petits ouvrages, surtout de la collection "Les petits libres", et j'avais l'impression qu'il s'agissait de livres d'inspiration résolument altermondialiste (%Attac etc.). J'ai vu en rédigeant le présent article que les Mille et une nuits sont devenues en 1999 un département de Fayard. Un changement de politique éditoriale semble être intervenu en 2020 pour se recentrer sur des "classiques" du domaine public choisis par un collectif de libraires.

 

Bref, Tchatche de banlieue m'est apparu comme un livre certainement daté, dont les dessins peuvent encore faire sourire, alors que les enjeux des années 1990 (trafics, petite délinquance, repli, "segmentation" de populations dans tous les sens) nous paraissent aujourd'hui "dépassés" par l'aggravation de fractures notamment liées à des faits religieux montés en épingle ou des conflits interminables ailleurs et aujourd'hui importés en France métropolitaine.

 

*** Je suis Charlie ***

7 février 2026

Charlie Débat : Festival d'Angoulême

Il est assez rare que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) choisisse, pour mes "hommages du 7", de mettre en avant l'un des articles parus récemment dans Charlie Hebdo (je l'avais déjà fait ici et là). Celui que je vous présente pour ce mois de février a retenu mon attention il y a quelques jours. Il est paru dans le N°1749 du 28 janvier 2026 (pp.14-15).

 

En cette année 2026, le Festival international de BD d'Angoulême, une institution depuis plusieurs décennies (1ère édition en 1974!), a été annulé tardivement, en décembre 2025, alors qu'il devait avoir lieu en janvier 2026, comme chaque année (plus précisément, sa 53e édition aurait dû se dérouler du 28 janvier [journée professionnelle] au 1er février 2026). 

Pour parler à cette occasion du Festival d'Angoulême en particulier mais aussi, beaucoup plus largement, de l'état de la bande dessinée aujourd'hui, Charlie a réuni quelques anciens lauréats du "Grand Prix" (Boucq, Schuitten, Cestac, Vuillemin) ainsi que des membres (dessinateurs ou non) de l'équipe du journal, pour un débat "en chambre" de quelques dizaines de minutes. Ces échanges ont été transcrits sous forme d'article de journal. 

Je ne vais pas le résumer ni le paraphraser intégralement, en voici l'adresse en ligne sur le site du journal. Mêlant les moments d'ironie et les constats sérieux (ils savent de quoi ils parlent!), il est précisé au fil des échanges que, ces dernières années, au lieu de contribuer à "mettre en avant" des démarches artistiques originales et la diversité possible de la bande dessinée tant "franco-belge" qu'étrangère, "Angoulême" avait fini par n'être plus qu'une foire où, pour une trentaine d'euros, le visiteur avait le droit d'acheter des livres, de se les faire dédicacer, et de visiter des expositions pas très originales... Une perte d'âme (c'était mieux avant?), cependant que les auteurs, eux, n'étaient pas rémunérés pour ces séances de dédicaces. 

Plus largement, l'univers de la BD s'uniformise (les jeunes dessinateurs s'inspirent pour la plupart du "style manga", avec de gros yeux, ou des "styles d'autant plus impersonnels qu'ils ne dessinent, colorient ou lettrent plus forcément sur papier, mais sur tablette...), il n'y a plus de "création" ou de "BD d'auteur". Le "roman graphique" n'est pas forcément apprécié par tel ou tel présent autour de la table (le dessin n'ouvre pas la porte d'un univers original). 

Il est aussi question du "fonctionnement" des manga au Japon, des pages produites "à la chaîne" en atelier, avec une sorte de"coach" qui donne son avis sur le scénario, les dessins... Les présents échangent un peu sur le fait que Franquin ou Hergé avaient des collaborateurs, que les "héros" aujourd'hui "locomotives" pour des Maisons d'édition ont survécu à leurs créateurs (Astérix, Lucky Luke, Blake et Mortimer...). 

Constat est fait que l'uniformisation du "produit" bande dessinée a certainement un lien avec la disparition des journaux qui pré-publiaient les planches (et faisaient vivre les auteurs) avant qu'elles sortent éventuellement en album. Aujourd'hui, la BD est calibrée pour la publication directe en album (même à quelques centaines d'exemplaires). Et il faut que le "sujet" soit "à la mode", sinon la presse ne va pas en parler faute de distinguer cet album parmi les milliers qui paraissent...

 

Les échanges sont vivants et les interventions pertinentes. J'attendais en vain, à la lecture de l'article, quelques mots sur le dessin de presse (et ses spécificités). En visionnant la captation de l'échange lui-même (23 minutes, accessibles aussi sur le site de Charlie), j'ai vu que Riss en parle tout à la fin, pour signaler que leur choix est fait par des journalistes, et que du coup la question qui est posée pour chaque dessin est "qu'est-ce que veut dire ce dessin?", avant même de tenir compte du "style personnel" de chaque dessinateur, de son approche artistique ou provocatrice. En tout cas, j'ai constaté que, même "réécrit", l'article est très fidèle à la teneur des échanges verbaux. Je vous invite à faire vous-même la comparaison! 

*******************

PS: je voulais rajouter un mot concernant un autre titre de presse (qui n'est pas étranger à Charlie Hebdo puisqu'il a accueilli à deux reprises sa rédaction après des catastrophes). Libération a consacré son numéro du vendredi 30 janvier 2026 (N°13851) à la bande dessinée, avec en première page "Le Libé tout en BD" et en p.4-5 un grand article titré "Et demain? 15 auteurs et autrices imaginent leur fête rêvée de la BD". Luz (ancien dessinateur de Charlie) y figure. Mais, vérification faite, parmi ces 15 "auteurs et autrices", le seul autre homme à part lui est "Serge Ewenczyk, éditeur". J'avoue que cela m'a fait rigoler (je ne vais pas dire "ricaner", quand même), indépendamment du contenu des interventions. "Auteurs et autrices"? Tout le monde connaît le célèbre pâté d'alouette et de cheval (moitié-moitié): une alouette, un cheval...

 

*** Je suis Charlie ***

7 septembre 2025

Je ne veux plus y aller maman - Antonio Fischetti

C'est en février 2025 que j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) commandé le DVD du film que j'évoque aujourd'hui. Celui-ci n'est passé en salle en IdF que très brièvement. Je l'avais vu annoncé dans Charlie Hebdo (qui évoquait également des séances commentées dans certains cinémas de province notamment). Il m'a fallu du temps pour arriver à en tirer une chronique. 

Antonio Fischetti, Je ne veux plus y aller maman, 2024, 110 minutes

 

J'avais donc contacté par mail Les films de la Boussole (producteur), qui avaient répercuté mon mail à Aktis cinéma (distributeur), qui m'a indiqué que le DVD était disponible à la commande via Helloasso, par lequel je suis passé pour le recevoir chez moi. Je ne sais pas si on peut désormais se le procurer autrement ou non. 

 

C'était près de 10 ans après le massacre d'une grande partie de la rédaction de Charlie Hebdo (dessinateurs et chroniqueurs), dont Elsa Cayat, qu'Antonio Fischetti a été amené à reprendre des "rushes" filmés longtemps auparavant, pour en tirer ce film, à la fois documentaire, hommage et introspection. Lui-même travaille à Charlie depuis 1997. Il y a une vingtaine d'années, il avait eu un projet de film pour interroger son propre rapport à la prostitution, ce qui l'avait amené à rencontrer Elsa Cayat (j'avais évoqué en mai 2020 le livre-entretien qui en était résulté).

 

Le film commence par un trajet à moto en "caméra subjective", accompagné de voix "off". Il y aura bien d'autres déplacements et trajets à moto d'Antonio Fischetti dans son film, fragmenté et kaléidoscopique. Certains de ces "fragments" dévoilent le contenu d'une dizaine de cassettes VHS d'échanges avec la psychanalyste Elsa Cayat, qui avait donc accepté, 20 ans avant, sa proposition pour un projet un peu fou de film (bien avant qu'elle devienne collaboratrice de Charlie et la seule femme assassinée le 7 janvier 2015). On y aperçoit aussi son "héroïne, la prostituée "Momo" (aujourd'hui décédée). Le lien avec la psychanalyse demeure essentiel: les différents entretiens (séances?) avec Yann Diener, qui tient aujourd'hui la rubrique psy dans Charlie, reviennent à plusieurs reprises. Du coup, une des interrogations semble être la raison de la participation à Charlie: peut-elle être vue comme une démarche "psychanalytique"? Elle est faite en tout cas d'exigence et de remise en cause, pour être sûr d'avoir quelque chose de pertinent à dire (comme le dit une des interventions): "il faut accepter que, quand on dessine ou quand on rédige dans Charlie, on montre un peu son cul à tous les passants".

 

Ce que j'ai perçu entre les images, les voix off et les entretiens, c'est qu'Antonio Fischetti a longtemps été obsédé par le hasard d'avoir échappé au massacre parce qu'il était à l'enterrement de la soeur de sa mère d'une part, et par le fait que c'était lui qui avait amené Elsa Cayat à travailler à Charlie, d'autre part. Quand il a commencé à travailler sur ce documentaire, il a recouru à un financement participatif avec près d'un millier de donateurs ("je ne sais pas où je vais aller avec ce film, mais est-ce que vous voulez m'accompagner?").

 

Je dirais que le fond du film représente, à côté de cette introspection personnelle, un beau travail de mémoire incluant des opérations-hommages: demander au dessinateur Foolz de rajouter Elsa qui manquait sur une fresque de rue, filmer les autocollants que la fille d'Honoré colle pour que continuent à vivre les dessins de son père... Des sortes de "pèlerinages" vers les différents locaux qu'a connus le journal. Ainsi, il retourne avec l'ancienne attachée de presse de Charlie vers ceux de la rue Turbigo (ils croisent le patron du troquet où l'équipe déjeunait). On voit ses soeurs, qui ramenaient l'hebdomadaire d'humour contestataire à la maison au début des années 70, quand elles étaient en fac et que lui-même avait une dizaine d'années (il le lisait en mangeant ses tartines de goûter). Il évoque Cavanna et leurs origines "ritales" communes. Il va voir chez lui Willem, dernier survivant de l'équipe mythique, "dernier pont vers [son] enfance" (AF a pris conscience qu'il a aujourd'hui passé l'âge qu'avaient les dessinateurs qu'il découvrait dans son enfance...). Il se rappelle que, dans sa jeunesse, il était fasciné par les images "transgressives" de Charlie liées au sexe. Plus tard, la criminalisation est venue par Mahomet... 

 

La forme de Je ne veux plus y aller maman pourra en désorienter certains (c'est sans doute fait exprès). Ce "film-concept", j'ai voulu le voir, mais je trouve difficile d'en parler à qui ne l'a pas vu. Je n'ai pas pu visionner les bonus qui ne semblent pas fonctionner avec mon lecteur de DVD (à moins qu'il faille être connecté d'une manière ou d'une autre?). Je me sens en tout cas tout à fait en accord avec ce qu'AF dit dans le petit livret qui accompagne le film: "être Charlie, c'est brandir le droit républicain d'être athée et de blasphémer". 

 

*** Je suis Charlie ***

15 février 2026

La Princesse des glaces - Camilla Läckberg (roman) / Léonie Bischoff & Olivier Bocquet (adapt. BD)

En vue de ma participation au thème "Polars scandinaves" du challenge Escapades en Europe – Voyages dans les littératures européennes de Cléanthe, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me suis procuré en bibliothèque les deux ouvrages que je présente aujourd'hui. J'en profite pour inscrire également mon billet chez Alexandra (challenge Un hiver polar) et chez Sharon (challenges Mois du polar 2026 ainsi que Polars & Thrillers 2025-2026).

* Camilla Läckberg, La Princesse des glaces, Babel noir N°61, 2012,  509 pages 
(trad. du suédois par Lena Grumbach & Marc de Gouvenain,
1ère éd. française chez Actes Sud en 2008, EO 2004)
* Adaptation BD d'après le roman: Léonie Bischoff (des.) & Olivier Bocquet (scén.),
Casterman, 2014, 126 pages

 

Pour ce dixième mois chez Cléanthe, j'ai eu l'idée de revenir vers un titre que j'avais découvert alors que la série dont il est désormais la "tête de liste" comptait seulement trois ou quatre volumes. Elle en comprend désormais 11, et le dernier titre (à ce jour), Le nid du coucou, est paru en 2022 en suédois, en 2024 en français, et son édition en Babel noir est annoncée pour avril 2026. 

 

En ce qui concerne La princesse des glaces, ce roman de 500 pages met en place tout l'univers d'une petite ville suédoise, sous la plume d'une autrice omnisciente qui nous fournit une multitude de détails (lieux, pensées, actions de telle ou telle personne narrés presque minute par minute). Camilla Läckberg est elle-même originaire de la ville (véritable) de Fjällbacka (selon wikipedia [consulté le 15/02/2026], elle compte moins de 1000 habitants sur une étendue d'un kilomètre carré).

Le personnage principal de ce polar suédois est Erica Falck, une jeune femme écrivain qui est revenue dans la maison familiale à Fjällbacka après la mort de ses parents, pour faire du rangement et trouver l'inspiration afin de rédiger son prochain livre, une biographie d'une écrivaine, sa cinquième. Lors d'une promenade, elle est l'une des premières à  découvrir le cadavre d'une amie d'enfance, Alexandra, qu'elle n'avait plus vue depuis 25 ans, avant d'appeler la police. Nous ne découvrirons le commissariat qu'après la page 70. Il s'avère assez rapidement que, si la mise en scène évoquait un suicide (le cadavre, dans l'eau d'une baignoire gelée en surface, avait les poignets ouverts), celui-ci doit être écarté: il s'agit d'un assassinat. 

Entretemps, les parents d'"Alex" avaient demandé à Erika de rédiger un article sur leur fille destiné à être publié dans le journal local. Elle va donc chercher à en savoir davantage... en rêvant d'en tirer l'inspiration pour une écriture romanesque! Du coup, elle est amenée à mettre le nez hors de chez elle et rencontre plusieurs personnes qu'elle avait connues dans son enfance et/ou sa jeunesse... J'ai remarqué que, p.72, il est question d'une ville de "12 000 habitants": erreur de traduction ou bien licence romanesque pour "avoir matière"?

Différents suspects seront successivement soupçonnés voire arrêtés, diverses pistes suivies. En parallèle à l'histoire purement policière, il faut attendre plus de la moitié du roman pour qu'une grande scène (digne d'un Harlequin "Audace") plante le décor pour la suite de la série... L'enquête en cours sera résolue à la fin de ce tome, comme ce sera ensuite le cas dans les autres volumes. Je ne dirai pas comment, mais seulement que, à chaque fois, se mêlent le présent des personnages et des "affaires" datant de plusieurs décennies, parfois de plusieurs siècles dans d'autres tomes, avec souvent des révélations de "secrets de famille". 

Ceux qui découvrent aujourd'hui la série ont désormais la chance de pouvoir lire ses différents volumes à la suite. Le "centre" de la série, avec comme fil conducteur Erica elle-même, est constitué par le commissariat, son équipe et les proches des policiers ou autres personnels. Alors que la rédaction de la douzaine de volumes s'est étendue sur une vingtaine d'années, la vie des personnages se déroule plus lentement (quelques années seulement). Le fait d'avoir fait commencer l'action quelques années avant la date de publication a permis de développer une chronologie "alternative", sans obligation de tenir compte de l'actualité. Au début de la série, dasola me ramenait les volumes au fur et à mesure de leur acquisition par la bibliothèque du personnel de son employeur, mais j'avoue avoir "lâché l'affaire" au bout de quelques tomes, il y a déjà un certain temps. 

 

Je noterai enfin que, parmi les titres de l'"Extrait du catalogue" de Babel noir figurant en fin d'ouvrage, il y a Millenium II (N°52). Cela ne nous rajeunit pas.

 

Au fil des ans, bien des blogs ont chroniqué La princesse des glaces. Quelques exemples non exhaustifs: Anne-yes, Athalie, Enna, Violette, Canaille27, Manou, Docbird, Bernie, Belette2911, Cléanthe (on avait choisi la même oeuvre sans nous concerter!), ... [liste à compléter!]

Shéharazade2000 l'avait audiolu en 2011.

 

P.S.: pour répondre à la question de Nathalie ci-dessous, je précise que, si j'ai apprécié cette relecture, je pense que seule une occasion spéciale comme un nouveau confinement pourrait me décider à prendre le temps de me plonger dans l'intégralité de la série! J'ai tellement d'autres lectures "prioritaires" dans mes PAL & LAL... ;-/

P.S.2: pour la question d'Anne-yes: je pense qu'à un moment, j'ai dû lire le tout dernier tome alors sorti, et puis j'ai eu bien d'autres lectures et d'autres envies ou priorités en LAL... et n'ai jamais "raccroché les wagons" à la sortie du tome puis des tomes suivants, tout simplement ("situation de fait" bien davantage que "décision")!

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Si j'avais déjà lu le roman (en édition "grand format" et non en Babel noir), je ne connaissais pas son adaptation en bande dessinée, et j'ai souhaité la découvrir pour la présenter à l'occasion de ce challenge. J'ai eu un peu de mal à me la procurer. Le bibliothécaire qui me l'a ramené de leur "réserve" m'avait amené en plus un autre tome qu'ils possèdent aussi (et que je n'avais pas demandé), je l'en ai remercié mais ne l'ai pas pris. J'ai en tout cas appris à cette occasion que les trois premiers tomes de la série BD ont été adaptés, de 2014 à 2018, mais pas les suivants, j'ignore pourquoi (peut-être en rapport avec les ventes, ou bien avec les droits à payer, vu le succès grandissant des romans? Pures hypothèses de ma part). 

 

Pour faire tenir un roman de 500 pages en 120 pages dessinées, la bande dessinée a, bien évidemment, dû tailler jusqu'à l'os nu. Très intelligemment, cet album a pour prologue une galerie des portraits de quelque 18 personnages qui se présentent en quelques mots, brisant le quatrième mur.

En symétrie avec cette "ouverture", un "épilogue" en trois pages presque muettes (que je ne vous ai pas photographié) livre la clé du mystère, alors que celle-ci est confirmée, dans le roman, lors d'un entretien entre deux personnes qui dure une dizaine de pages. 

 

Le nom de la dessinatrice me disait quelque chose (pas forcément les dessins, plutôt torturés). Vérification faite, c'est elle (Léonie Bischoff) qui a dessiné le joli conte qu'est La longue marche des dindes. Quant à Olivier Bocquet, romancier, il a collaboré comme scénariste avec de nombreux dessinateurs. 

 

Julitlesmots avait écrit quelques mots sur l'album naguère. Violette aussi. Anne-Sophie également.

19 août 2026

Deux reprises éphémères - Il était une fois en Amérique - Sergio Leone / Wake in Fright - Ted Kotcheff

La semaine du 15 août, j'ai eu l'occasion d'assister à la projection de deux films à l'UGC Les Halles et dans une autre salle UGC que je fréquente assez fréquemment.

Il était une fois en Amérique de Sergio Leone (1984) a bénéficié d'une seule séance dans une salle pleine. Il s'agissait d'une version de 4h (sans entracte) avec 22 minutes inédites. Il y a eu une présentation du film, mais surtout celle du cinéma de Sergio Leone en général, par le directeur du cinéma. Cela a duré plus de 20 minutes, c'était un peu long et pas très passionnant. De nombreuses personnes ont levé le doigt pour dire qu'ils n'avaient encore jamais vu le film. Moi, j'avais gardé un très bon souvenir de ce film qui a été diffusé plusieurs fois à la télé. Toujours est-il que j'ai retrouvé le même plaisir à voir ce film sur grand écran. Il s'agissait du dernier long métrage de Sergio Leone décédé en 1989. De Niro y est exceptionnel mais les jeunes acteurs qui interprètent les personnages principaux dans leur jeunesse sont vraiment bien. Parmi eux, il y a Jennifer Connelly dont c'était le premier rôle au cinéma. Pour résumer, un film à (re)voir quand il passera sur grand écran. Pour l'anecdote, comme il n'y avait pas d'entracte (le temps manquait), je n'avais jamais vu autant de messieurs à la fin d'une projection aller aux toilettes pour se soulager. Pour les femmes, c'est plus commun.

Je passe à un film que je n'avais jamais vu, Wake in Fright (Réveil dans la terreur en VF) de Ted Kotcheff (1971), d'après un roman de Kenneth Cook, Cinq matins de trop, que j'avais bien aimé. Ce roman date de 1961 et a rendu célèbre l'écrivain dont je vous recommande toute l'oeuvre. Pour en venir au film, il y a eu plusieurs projections à la même heure dans des salles différentes à Paris. L'histoire se passe en Australie, dans un paysage désertique. John Grant qui est instituteur attend, comme ses élèves, la cloche qui sonnera le début des vacances de fin d'année (c'est le plein été en Australie). Il prend le train qui l'emmène à la ville voisine dotée d'un aéroport. Il doit passer ses vacances à Sydney et rejoindre sa petite amie. Mais voilà, la ville où il débarque s'appelle Bundanyabba (c'est une ville fictive) et on y boit beaucoup, beaucoup, beaucoup, surtout de la bière. John Grant est entraîné dans la spirale de la boisson et il se met à parier sur un jeu de pile ou face qui lui fait perdre tout son argent pour le voyage. Il fait connaissance de plusieurs personnes qui ne lui veulent pas de mal mais il est incité à boire encore et encore. A un moment, il se retrouve dans un pick-up avec d'autres pour chasser les kangourous. C'est un vrai massacre auquel on assiste. Des kangourous ont vraiment été tués. Il y a un insert à la fin du film qui explique ce qu'il en est. J'ai trouvé cette longue séquence épouvantable. Je n'ai pas trouvé que c'était un film tout public. J'ajouterai que Gary Bond, l'acteur britannique qui interprète John Grant, n'a tourné que trois films dont celui-ci. Il était né en 1940 et il est décédé des suites du V.I.H. à 55 ans en 1995. 

11 octobre 2026

Les 11ème rencontres cinématographiques de Limoges du 3 au 13 octobre 2026 1/3

Je suis venue spécialement à Limoges (Haute-Vienne) où je séjourne régulièrement pour assister aux 11èmes rencontres cinématographiques du 3 au 13 octobre 2026. Les films de la sélection étaient au nombre de 20 et j'en aurai vu a priori 11. Les films ont été diffusés alternativement dans les trois lieux où se situent les salles de cinéma: Centre ville, Lido et Ester (en périphérie de la ville pour celui-ci). La programmation était très éclectique avec trois films d'animation, le nouveau film japonais de Hirokazu Kore-eda, Le fils idéal, Fatherland de Pawel Pawlikovski qui a reçu le prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes, des documentaires, Moulin de Lazlo Nemes, etc. Après certaines projections, on a pu poser des questions avec les réalisateurs qui s'étaient déplacés. En revanche, à quelques exceptions près, les salles étaient rarement pleines et la moyenne d'âge des spectateurs était dans la fourchette sénior.

En ce qui me concerne, sur les onze films que j'ai vus, il y a en plusieurs qui sortent du lot dont un premier long-métrage de Bérenger Thouin, L'âge d'or, qui m'a emballée. Il sort le 11 novembre 2026. Le réalisateur a choisi de raconter très habilement une histoire inventée en insérant des images d'archives pour évoquer la vie de Jeanne Lavaur (personnage fictif) née à la fin du XIXème dont on suit la vie jusque dans les années 60. De fille de boucher, elle est devenue comtesse et "collabo" et non "résistante" (comme on aurait pu s'y attendre) pendant la Seconde Guerre Mondiale. C'est un film bluffant qui vous emporte très vite. Il a un côté très émouvant. À part Vassili Schneider (le frère de Niels), les autres acteurs et actrices sont tous des inconnus pour moi. Les images d'archives ont été parfois colorisées pour mieux s'insérer dans le récit. L'histoire se passe en France, au Brésil et un peu en Italie. Un film que je vous recommande quand il sortira. Cerise sur le gâteau, il y avait un débat très intéressant avec le réalisateur à la fin.

Un autre film m'a aussi bien plu: A jamais les premières, un film espagnol réalisé par Marta Diaz. Il se passe en 1970. Franco est encore au pouvoir. Des jeunes filles madrilènes sont tellement passionnées de foot (elles jouent sur des terrains vagues) qu'un jeune entraîneur les remarque. Il décide de former une équipe nationale, la première équipe de football féminin espagnole. Mais rien n'est simple car en 1970, les Espagnoles sont aux fourneaux et s'occupent des enfants et elles n'ont pas le droit de jouer au foot. Cette décision vient de très haut. Cela peut même compromettre leur fertilité! Et par ailleurs, chacune des joueuses est en butte à l'hostilité de leur entourage, de leur patron, même de membres d'un syndicat. Les terrains en Espagne où elles pourraient jouer leur sont interdits. Qu'à cela ne tienne, le jeune entraîneur avec l'aide d'une journaliste va réussir à organiser un match Espagne-Portugal. Sans dévoiler la fin, je l'ai trouvée très sympathique. Le film sort aussi le 11 novembre prochain. Il n'y pas besoin d'être passionnée de foot pour voir le film.

La suite dans un prochain billet.

7 juillet 2019

Expositions en Normandie (Wolinski ou Vuillemin à l'honneur... et toujours Dubout!)

Il y a déjà quelque temps, à l'occasion d'une excursion à Trouville (Deauville), dasola et moi (ta d loi du cine, squatter sur son blog), nous avions découvert (grâce à une grande banderole sur un rond-point!) un événement provincial qui, cette année, mettait à l'honneur Wolinski.

Il s'agissait de la 6ème édition d'un "Salon du dessin satirique" principalement consacré au dessinateur Dubout (1905-1976), organisée par son petit-fils. En 2019, en plus de 55 dessins d'Albert Dubout, le Salon présentait 80 dessins et un dessin animé (qui passait en boucle sur un téléviseur), aimablement prêtés par Maryse Wolinski. Comme il nous l'a gentiment raconté, pour la première édition, en 2012, l'organisateur avait contacté Cabu et Wolinski. Ce dernier ayant eu un empêchement de santé cette année-là, seul Cabu avait été mis à l'honneur lors de l'événement. Et puis il y a eu le 7 janvier 2015... C'est seulement en 2019 que Didier Dubout a proposé à Maryse Wolinski de relancer le projet d'hommage conjoint.

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Le Salon a lieu dans l'église Saint-Pierre, située dans la bourgade de Touques. Construite au XIème siècle, elle a pu voir passer Guillaume le conquérant, ou du moins une partie de sa flotte, en route pour aller conquérir l'Angleterre. Cette localité était jadis un port florissant de par sa position dans l'estuaire (aujourd'hui ensablé) du fleuve côtier, la Touques, qui lui avait donné son nom. L'édifice ayant subi un incendie lors de la Guerre de Cent ans, il est de nos jour de dimensions plus restreintes qu'à l'origine. Désaffecté à la Révolution française, l'ancien lieu de culte a ensuite servi d'entrepôt. En 1840, il fait partie du millier d'édifices protégés à la demande de Prosper Mérimée au titre de la première liste des Monuments historiques. Depuis maintenant deux décennies, l'église Saint-Pierre accueille des expositions (et le public qui va avec), à la satisfaction, semble-t-il, des municipalités de Deauville ou Trouville, dépourvues de lieu correspondant.

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Il est de notoriété publique qu'Albert Dubout a influencé Wolinski. Ainsi, il me semble qu'on sent nettement l'influence de Dubout sur le dessin titré La jungle visible sur Gallica.

Les personnages de Wolinski sont souvent bavard, là où les "trognes" de Dubout ne s'accommodaient guère de paroles. Mais je suppose que je peux m'essayer à faire rimer les dessins ci-dessous (personnages ou situation aquatique, noir et blanc ou couleur...). 

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Je précise que nous avons bien entendu demandé l'autorisation avant de prendre des photos de quelques-uns des dessins exposés.

P1110087 ...rejoueront-ils le match en 2022 (dessin muet, sans commentaire)?

Beaucoup de texte, par contre, ensuite.

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P1110094  Société : ils ont bien changé, Monsieur et Madame Anatole...

P1110096 (vous avez dit Brexit?)

P1110098 (les Présidents passent...)

P1110097 (le Salon de l'Agriculture, moi, ça me parle...).

P1110092 Je ne suis pas persuadé que le changement de tête suffise à induire un changement de politique(s). 

Parmi les livres disponibles à la vente dans la petite "boutique" liée à l'exposition, j'ai acquis "Chérie, je vais à Charlie", de Maryse Wolinski, et Les Falaises, compilation thématique de dessins de Georges s'étendant sur plus d'un demi-siècle de création (je pense que j'aurai l'occasion d'y revenir dans de prochains billets) [chroniqués respectivement les 07/12/2019 et 07/12/2020]. Y figuraient aussi deux "anthologies" parues du vivant de Wolinski (et peut-être difficiles à se procurer aujourd'hui), avec deux approches complémentaires, aux dires de l'organisateur de l'exposition : l'un des ouvrages rassemblant des dessins choisis par Wolinski lui-même, qui maîtrisait la réalisation de l'ouvrage. Et le second avec un regard extérieur, apporté par des bibliothécaires et des conservateurs de musée. Georges Wolinski, Le pire a de l'avenir, Le Cherche Midi éditeur, 2012, 928 p., et Martine Mauvieux (dir.), Wolinski, 50 ans de dessins [exposition, Bibliothèque nationale de France, site François Mitterrand, Paris, 29 juin-2 septembre 2012], Hoëbeke / BNF, Paris, 2012, 158 p.

Pour en terminer avec des éléments bibliographiques, voici un livre sur Dubout que nous avions acheté à l'occasion d'une exposition rue Saint-Honoré à Paris, il y a déjà quelques années (il y est question de Wolinsky [sic!] p.52).  

P1110214 Michel Melot (préf. Frédéric Dard), Dubout, éditions Michèle Trinckvel, 1996.
Il n'était pas en vente au Salon de Toucques (qui mettait en avant d'autres ouvrages sur l'oeuvre de Dubout).

Lors de notre visite, au mois de mai, Didier Dubout nous avait annoncé une exposition "Dessinateurs de presse" aux Greniers à Sel de Honfleur, du 15 juillet au 18 août 2019, en nous précisant que tout restait à finaliser en termes de mise à disposition du local, d'assurances, de conventions avec les auteurs ou leurs ayant-droits... Etait prévu, entre autres, Vuillemin, qui a rejoint en 2015 l'équipe de Charlie Hebdo. Le projet s'est concrétisé, j'en ai reçu il y a quelques jours l'affiche ci-dessous, dans laquelle tout est dit sur les 13 dessinateurs, vivants comme par exemple Trez ou Vuillemin, ou décédés comme Dubout, Wolinski, Jacques Faizant... et les lieux et conditions d'accès pour voir les 280 dessins exposés!

Honfleur_Ete2019_Dessinateurs_de_Presse_affiche

Encore une occasion de s'intéresser au dessin de presse, alors que le New York Times vient récemment de renoncer à en publier dans les colonnes de son édition internationale (à compter du 1er juillet 2019).

*** Je suis Charlie ***

5 mai 2019

Je voyage seule - Samuel Bjørk / Les chiens de chasse - Jørn Lier Horst

Comme j'avais bien aimé Le hibou, j'ai terminé de lire, tout récemment, Je voyage seule, le roman précédent du norvégien Samuel Bjørk (Pocket, 559 pages prenantes). J'ai retrouvé avec plaisir le commissaire Holger Munch et sa collègue Mia Krüger. Une petite fille est retrouvée pendue à un arbre avec une corde à sauter. Autour de son cou, il y a aussi une pochette où est inscrit "Je voyage seule". D'autres fillettes vont subir le même sort. L'enquête va toucher de près Holger et Mia. Holger est d'autant plus impliqué que la suspecte présumée travaille dans la maison de retraite où sa mère est pensionnaire. Mia a deviné très vite que l'assassin était une femme mais chut... Je n'en dit pas plus. J'ai trouvé le récit aussi bien mené que dans Le hibou. Un écrivain à suivre...

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... Tout comme Jørn Lier Horst, un autre écrivain norvégien. C'est grâce à Dominique (que je remercie) que je me suis décidée à lire Les chiens de chasse (Folio Policier, 459 pages), le deuxième paru en français. J'ai donc fait la connaissance de l'inspecteur William Wisting et de sa fille Line, une très bonne journaliste d'investigation. Rudolph Haglund, un homme condamné 17 ans auparavant pour l'enlèvement et le meurtre d'une jeune femme, vient d'être libéré. Wisting, responsable de l'enquête à l'époque, était sûr et certain qu'Haglund était le coupable. Ce dernier, par l'intermédiaire de son avocat, remet en cause une preuve qui l'a fait condamner. Wisting et sa fille, chacun de son côté, mènent l'enquête. Il faut noter qu'une autre jeune femme est enlevée après la sortie de prison de Haglund. C'est un roman qui tient en haleine jusqu'au bout. Je dois maintenant lire le tome précédent paru aussi en Folio policier, Fermé pour l'hiver, en attendant de lire le troisième.

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Pour résumer, je conseille ces deux très bons romans bien menés avec des personnages auxquels on s'attache.

7 mai 2019

Les pensées - Pierre Dac (illustrées par Cabu)

En ce mois de mai qui commence par célébrer le travail, j'ai eu (ta d loi du cine, squatter chez dasola) un peu la flemme de réfléchir par moi-même, alors j'ai adopté une solution de facilité pour mon hommage mensuel tournant autour de Charlie Hebdo: évoquer Cabu au travers de ses dessins sur Pierre Dac (1893-1975), dont un florilège a été assemblé pour illustrer une nouvelle édition des Pensées de celui-ci, parues à l'origine en 1972, et rééditée au Cherche-Midi en 2015. L'exemplaire que j'en possède a été réédité par les Editions retrouvées, spécialisée dans les livres en gros caractères.

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Les différents "Avant-propos", "Préface" (etc.) précisent que Cabu et Pierre Dac ne se sont rencontrés qu'une seule fois "dans la vraie vie", mais s'efforcent de trouver tels ou tels points de rattachement (Châlons...). Voici les trois phrases de la Quatrième de couv':

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Pour ma part, j'évoquerai une autre occasion de rapprocher les deux auteurs, trouvée dans le monumental Cabu, une vie de dessinateur de Jean-Luc Porquet (p.147). Lorsque Hara-Kiri avait fait l'objet, le 23 mai 1966, d'un nouvel arrêté ministériel (après celui de juillet 1961) l'interdisant à l'affichage (les NMPP refusant alors de le distribuer), Pierre Dac (parmi bien d'autres) avait signé une Lettre ouverte au Ministre de l'Intérieur, rédigée par Cavana et Choron, demandant la levée de cette interdiction et dénonçant "cette censure qui n'ose pas dire son nom".

On pourra juger cet ouvrage un peu périphérique dans ma rubrique, mais cela permet aussi de mettre en valeur Pierre Dac, dont certaines pensées valaient bien leur pesant de cacahouètes voire auraient mérité l'anathème ou d'être mises à l'index (si, si...). Rappelons aussi qu'il parlait à la radio de la France libre, à Londres, en 1943-44.

J'avoue tout de même ne pas être totalement "fan" du talent essentiellement nonsensesque de Pierre Dac. Je vais cependant extraire quelques-unes de ces "Pensées" qui m'ont fait réfléchir, quoi que j'en aie. Et puis, il y a les dessins de Cabu, qui ouvrent chacun des "chapitres" (regroupements de "pensées"). Je suppose que leurs choix en diront, encore, trop sur moi...

La bonne moyenne de la croyance s'établit par le total de ceux qui croyaient et qui ne croient plus et de ceux qui ne croyaient pas mais qui croient (p.28).

En quoi? En qui? Pour quoi? Voire contre qui? (tout contre?) P1110048 (mécréant!)

Quand on dit d'un artiste comique de grand talent qu'il n'a pas de prix, ce n'est pas une raison pour ne pas le payer sous prétexte qu'il est impayable (p.35, pensées en vrac).

P1110047 Yes, Sar! (il peut le faire!) P1110050 Du vécu?

Il faut une infinie patience pour attendre toujours ce qui n'arrive jamais (p.44).

Un rhume de cerveau, c'est un nez qui coule de source (p.45).

Le crétin prétentieux est celui qui se croit plus intelligent que ceux qui sont aussi bêtes que lui (p.55, Pensées choisies) 

P1110051 Pierre Dac croqué en bon observateur du genre humain?

C'est ce qui divise les hommes qui multiplie leurs différends (p.56).

Je n'ai, pour ma part, jamais été nourri par L'Os à Moëlle. 

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En entend-on un lointain écho dans les colonnes de droite de la Quatrième de couv' de Charlie chaque semaine? 

Et encore quelques dessins,

P1110052  anachronique... et contestataire  P1110057

P1110053 [ici, on est ici sur un blog en grande partie "cinéma", tout d'même!]

P1110055 Les élections européennes approchant, on peut finir par savourer quelques "Pensées sur la politique, l'Etat, le parlement et la Constitution" (p.171). Mieux vaut en rire?

Comme je l'ai dit plus haut, la première édition des Pensées remonte à 1972 (il y en a eu bien d'autres ensuite - 1978, 1979, 1989, ...). Pierre Dac est décédé à 82 ans en février 1975. Il y a eu des rééditions, mais il ne me semble pas qu'elles étaient illustrées par Cabu? Voici en tout cas la couverture de celle parue au Cherche-Midi (qui commémorait les 40 ans) le 22 janvier 2015, je suppose que Cabu en avait donc bien lui-même choisi ses dessins mettant en scène le Maître - et les 6 sur lesquels il ne figure pas.

Pensees_Pierre_Dac_Cabu

Je n'ai présenté dans mon billet que quelques clichés des textes et dessins, puisqu'il ne faut pas oublier que désormais, Cabu est une marque et une signature déposées: "double de titre, et pour chaque dessin à l'intérieur du livre, © V. Cabut". Sur les 21 dessins (dont celui repris aussi en couverture), six ne figurent pas le Maître (qui est éventuellement représenté deux fois dans d'autres). En tout cas, il vous en reste encore plus de la moitié à découvrir en lisant l'oeuvre à votre tour!

Voici maintenant quelques adresses extérieures concernant Pierre Dac (blogs ou sites en lien avec les Pensées): Tautavel en a sélectionné quelques-unes, il y en a d'autres ici. L’anthologie posthume Avec mes meilleures pensés est présentée par Fils à papa. Le blog Frogprod a consacré en février 2015 un article à Pierre Dac. J’ai enfin trouvé confirmation que Cabu avait bien travaillé en dernier sur ce livre là.

PS: je viens de m'acheter Les années 70, de GéBé (avec Cabu et Willem), j'en parlerai une autre fois [chroniqué le 7 novembre 2019]. De même que je recaserai sans doute "On dit d'un accusé qu'il est cuit lorsque son avocat n'est pas cru" (p.149) quand je chroniquerai prochainement Le procès Merah de Riss. [chroniqué le 7 juin 2019]

*** Je suis Charlie ***

18 janvier 2018

Les muselés - Aro Sainz de la Maza

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J'ai lu Les muselés de Aro Sainz de la Maza (Collection Actes noirs, éditions Actes Sud, 363 pages paru en septembre 2016) il y a déjà quatre ou cinq mois. On retrouve Milo Malart et Rebecca Mercader, les policiers rencontrés dans Le Bourreau de Gaudí. Cela se passe encore à Barcelone de nos jours. Une jeune femme est retrouvée étranglée dans un sous-bois près de Barcelone. Les enquêteurs remarquent que ses ongles sont manucurées alors que le reste de sa mise est plutôt banal. Carolina Estrada, la victime âgée de vingt ans, travaillait au recouvrement de créances dans un cabinet d'avocats. Les policiers apprennent aussi qu'elle était escort-girl. Peu de temps après, on retrouve assassiné chez lui un avocat, l'un des employeurs de la jeune femme. Et Barcelone est en émoi, car des chiens empalés sont retrouvés, dispersés dans des squares de la capitale catalane. Ces affaires sont plus ou moins liées et Malart qui vit seul a fort à faire pour résoudre ces meurtres. Son enquête le mène dans une Barcelone des laissés-pour-compte qui essaient de réaliser leurs rêves. Juste avant ces meurtres, Malart a trouvé une compagnie inattendue. Un locataire à quatre pattes s'invite chez lui. Il s'agit d'un chien noir qu'il prénomme "Mon vieux". Côté famille, Malart prend en charge Hugo, son frère schizophrène qui a un comportement menaçant. Le roman se lit agréablement grâce à une intrigue bien menée et crédible. J'ai trouvé l'histoire moins touffue que dans le Bourreau de Gaudí et c'est plus court. J'ai apprécié ce roman et j'espère que l'écrivain ne s'arrêtera pas là. Je conseille.

25 octobre 2017

Le goût des livres - présentation d'Aifelle (à l'occasion de ses 750 commentaires chez Dasola)

Voici une deuxième présentation de blogueuse fidèle commentatrice du présent blog, après Dominique de A sauts et gambades le 28 avril 2017. Sollicitée par moi (ta d loi du cine, squatter chez dasola) quand elle avait passé le cap des 500 commentaires sur le Blog de dasola (fin août 2014), Aifelle n'avait pas alors souhaité inaugurer la présente rubrique. Elle a eu la gentillesse de prendre un peu de hauteur pour répondre à son tour au questionnaire, après avoir passé son... 750e commentaire ici. Nous le publions aujourd'hui, exactement 9 ans après sa première manifestation chez dasola!

Banniere_blog_AIFELLE

Bonjour Aifelle, pour que les lecteurs comprennent qui vous êtes, pouvez-vous vous présenter ? Derrière ce pseudonyme, pouvez-vous nous livrer quelques éléments biographiques? Dans quelle tranche d’âge vous situez-vous (car un lecteur de 20 ans n’ayant pas le même ressenti qu’un de 60, cette information a son importance)? Avez-vous fait des études ou exercé une profession ayant un rapport avec la littérature ?

J’aurais dû répondre au questionnaire plus tôt. J’aurais encore pu être dans la tranche soixante. C’est fini depuis cette année (et ça ne me fait pas plaisir).

Non aux deux questions. Je n’ai pas fait d’études et je n’ai pas exercé de métier proche de la littérature. Mes goûts se sont forgés au petit bonheur la chance d’abord, puis se sont affinés au fil des années.

* Parlons un peu de vous et de votre site: Le goût des livres. Quand et pourquoi avez-vous souhaité le créer?

J’ai commencé à fréquenter la blogosphère il y a une dizaine d’années ; je suis tombée par hasard sur le site de Cathulu (toujours parmi nous) et j’ai ouvert la boite de Pandore en suivant ses liens. Toutes ces passionnées de lecture, c’était inespéré. J’ai d’abord laissé des commentaires à droite à gauche pendant un an avant de me lancer moi-même (sous la pression amicale de quelques-unes qui se reconnaîtront).

* Malgré son titre, vous y parlez d'autre chose que de livres (avec des billets cinéma, photos, des vidéo musicales): pourquoi?

Je n’ai pas un rythme de lecture effréné, je prends mon temps et je pensais au début que mon blog n’était pas assez alimenté. Comme je fréquentais aussi des blogs ciné et photos, tout naturellement j’ai inclus quelques billets plus diversifiés. J’ai d’ailleurs remarqué que j’avais davantage de commentaires sur les billets photos que sur les autres. Au fil du temps j’ai ralenti et maintenant les billets viennent comme ils veulent et comme je peux.

* En ce qui concerne la lecture: quel est votre but avec ce blog ? Débroussailler le champ immense des lectures possibles, faire partager vos émotions de lectures…?

Mon souhait était surtout d’échanger sur mes lectures et d’élargir mon horizon. Objectif pleinement rempli, surtout au début, les échanges étaient vifs et porteurs. Je déplore depuis quelque temps le peu de retour sur les blogs, peu de commentaires et peu de réponses aux commentaires. Les échanges se tarissent. La faute à Facebook, Twitter, Instagram et autre??

Un point positif que je ne voyais pas au départ est que je me sers aussi du blog comme aide-mémoire !

* En moyenne et à titre indicatif, combien lisez-vous de bouquins par mois? Et pour rester dans les chiffres, quelle est la moyenne de fréquentation de votre blog par jour? Suivez-vous les statistiques de votre blog? Avez-vous une idée du nombre de vos visiteurs?

Je suis fâchée avec les chiffres et avec les statistiques! Je ne vais jamais les regarder. Je lis à peu près 5-6 livres par mois, évidemment ça dépend de leur nombre de pages. Je ne cherche pas à faire plus ou moins. J’ai en général deux lectures en cours. Un broché chez moi, un poche pour mes sorties (ne jamais sortir sans un livre, on ne sait jamais...).

* En tant que lectrice, comment vous définiriez-vous? La lecture tient-elle un rôle important dans votre vie?

La lecture a toujours tenu un rôle important dans ma vie. Je crois que l’apprentissage de la lecture a été un moment merveilleux pour moi. Je n’avais pas de livres à ma disposition à la maison. En primaire, j’ai lu 5 ou 6 fois la bibliothèque de l’école, assez restreinte à l’époque. Dès que j’ai gagné quelques sous, j’ai acheté des livres. Je me souviens encore de mes deux premiers achats en livre de poche: L’adieu aux armes d’Hemingway et Vipère au poing d’Hervé Bazin, en poche. L’un m’a marquée plus que l’autre, je vous laisse deviner lequel.

* Combien de temps consacrez-vous à la lecture chaque jour?

Je lis à peu près deux heures par jour, réparties sur la journée. Evidemment, c’est variable selon mon emploi du temps. Contrairement aux idées reçues, je ne lis pas davantage depuis que je suis à la retraite, je lis autrement.

* Salons du livre, rencontres avec les auteurs et séances de dédicaces … Les recherchez-vous?

Les blogs m’ont donné l’idée d’aller dans les salons du livre, ce que je ne faisais pas avant. Je fuis la foule, mais je ne déteste pas l’effervescence autour de la chose littéraire de temps en temps. Et c’est surtout l’occasion de rencontrer en vrai des blogueuses (pardon aux Messieurs qui sont très rares) et de faire plus ample connaissance. J’avais par contre déjà l’habitude d’aller aux rencontres organisées par ma librairie. Je les trouve en générale intéressantes, même les auteurs que je n’ai pas l’intention de lire. Et j’ai quelquefois de belles surprises.

* Votre endroit favori pour lire?

Je suis capable de lire partout (sauf dans ma chambre). Dedans, dehors, dans les transports en commun, dans les cafés, dans les jardins, dans les salles d’attente.

* Etes-vous plutôt livre papier ou liseuse électronique?

Je suis résolument papier. J’ai fait un essai de liseuse lorsque j’ai été opérée des yeux. J’ai apprécié les gros caractères et de pouvoir continuer à lire, mais je me suis empressée de la rendre à la bibliothèque lorsque j’ai pu reprendre la lecture normale. Il est possible que je revienne vers la liseuse quand mes articulations ne pourront plus supporter le poids des pavés, mais ce ne sera pas de gaîté de cœur.

* Comment choisissez-vous vos lectures? (bouche-à-oreille, cadeau, article de presse, hasard…)? Avez-vous un genre favori? Un auteur – vraiment – préféré?

Je ne sais pas si je choisis mes lectures ou si ce sont elles qui me choisissent maintenant. Je suis une grande fan de radio et j’y entends constamment des auteurs et des thèmes qui me font fébrilement noter. Ces temps-ci je reviens davantage vers des récits de vie ou de voyage, j’aime les alterner avec des romans. Je ne peux pas dire que j’ai un auteur préféré, j’ai des goûts éclectiques; j’essaie de suivre les auteurs que j’aime, le problème c’est qu’ils se multiplient au fil des années et je n’y arrive plus.

* A quoi êtes-vous sensible lorsque vous avez un livre en main?

J’aime les livres qui se tiennent bien en main, au format pratique, je suis sensible aussi à la qualité du papier (qui se fait rare). Lorsque le texte est aussi de qualité, c’est un plaisir total.

* Offrez-vous des livres? Si oui comment les choisissez-vous?

Il m’arrive d’offrir des livres; je les choisis soigneusement en fonction de ce que je sais de mon interlocuteur. Mais j’ai hélas peu de vrais lecteurs dans mon entourage immédiat.

* S’il ne fallait en retenir qu’un? Quel livre vous a le plus profondément marquée, parmi tous ceux que vous avez pu lire? Pourquoi celui-ci?

Retenir un seul livre ? Ça me paraît impossible. Un livre cependant que je voudrais relire tellement il m’avait secouée: Une vie bouleversée d’Etty Hillesum. Il ne peut pas s’explorer en une seule fois. C’est  un témoignage sur la vie des juifs à Amsterdam dans les années 40, une recherche spirituelle, une réflexion sur les camps où elle est morte à 27 ans, sur l’humain en général.

* Avez-vous un souvenir (bon ou mauvais) marquant d’une lecture enfantine ou adolescente?

Dans mes lectures enfantines, j’ai été déchirée par l’épopée de Rémy, le petit orphelin d’Hector Malot. Ah là là, qu’est-ce que j’ai pu l’aimer celui-là et le relire indéfiniment. Je n’ose pas l’aborder maintenant, j’ai peur de ne rien y retrouver de mes émotions d’enfant.

SansFamille

* Comme d’autres «dévoreuses de bouquins», êtes-vous vous aussi tentée par l’écriture?

Je ne suis pas tentée du tout par l’écriture, je sais que je ne suis pas douée pour cela. J’ai écrit quelquefois pour moi, plus pour clarifier certaines situations que pour le plaisir pur d’écrire.

* Un dernier mot pour conclure cet échange? Quelle question auriez-vous voulu que l'on vous pose?

La question qui se pose régulièrement: vais-je continuer le blog? Je suis dans l’expectative, si les échanges continuent à se raréfier, aura-t-il encore un intérêt? Je réfléchis. Pour le moment il est urgent d’attendre...

Merci Aifelle!

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Prochaine présentation: ... 1 de celles et ceux qui ont d'ores et déjà franchi le cap des 400 commentaires, sans doute!

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