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11 juillet 2026

Canoë Bay - Patrick Prugne (des.) & Tiburce Oger (scén.)

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'avais jamais eu entre les mains cette "vieille" BD (2009), jusqu'à ce que je l'aperçoive récemment dans une bibliothèque parisienne où j'accompagnais dasola qui avait des livres à rendre (pendant qu'elle attendait, je me suis faufilé vers le rayon BD...). L'image d'un bateau en couverture m'a bien entendu fait penser au Book trip en mer (saison 3) de Fanja. Du coup, j'ai pris un siège et l'ai parcourue... avant de finir par l'emprunter.

Patrick Prugne (des.) & Tiburce Oger (scén.), Canoë Bay, éd. Daniel Maghen, 2009, 76 pages
(premier album des "Sagas indiennes" ensuite créées par Prugne seul)


L'album commence par deux pages et demi de vignettes silencieuses, avant les premières bulles (qui ne sont pas vraiment un dialogue...). Et on est jeté en pleine action, avant un flash-back biographique puis la reprise du récit jusqu'à la fin de l'album. Nous sommes sur le continent américain, au XVIIIe siècle, bien avant la Guerre d'indépendance. Nous avons là un album de BD d'aventures juvéniles (mais pas forcément à mettre entre les mains d'enfants trop jeunes - ayant l'âge du héros principal par exemple). 

 

Jack, orphelin: c'est lui le narrateur de l'histoire, racontée "à hauteur de gamin" - parfois en "décalage" par rapport à ce que nous en voyons ou comprenons en filigrane. L'histoire (mais pas l'album) commence avec sa naissance le 22 septembre 1746 en Acadie (mère qui meurt des suites de ses couches).

L'orphelinat le fait embarquer à 12 ans comme mousse dans la marine marchande britannique. Il y devient copain "à la vie à la mort" avec un autre mousse, Gallois lui, Andrew. Leur chemin croise rapidement, sur le bateau, celui d'un marin style Obélix, avec un anneau à une oreille et une croix à l'autre. Le vieux matelot, Lucky Roberts, n'est pas sans rappeler Long John Silver, même s'il a bon pied bon oeil. En juin 1758, leur navire, le Virginia, accompagne le Saint Georges pour prendre en charge une cargaison de bois d'ébène (du côté des actuels Sierra Leone ou Liberia) à destination des Amériques. L'aimable marin se révèle alors être un pirate qui cherchait à faire se mutiner un bateau, et les aventures commencent vraiment... (ci-dessous, planche 19, un équipage pas emballé, de prime abord, par les perspectives proposées, malgré la vibrante harangue de... John Place). 

Malgré tout, la p.22 se conclut par "Nous étions devenus des pirates!". 

 

Pas si simple que cela, d'organiser une vie de piraterie... Notre mutin en chef rêvant d'être pirate semble ne jamais passer vraiment à l'acte offensif contre d'autres navires (toujours fuyant les autorités, toujours courant après ses rêves de trésors...). On a un aperçu de l'île de la Tortue, l'équipe de pirates (augmentée d'une otage, la fille du commandant d'un des bateaux mutinés) joue au chat et à la souris avec les Anglais ou les Français... Et puis, après l'aventure maritime avec les pirates, l'intrigue bifurque vers l'aventure terrestre avec les Indiens, à la recherche d'un trésor au bout du Nouveau Monde. Notre petite troupe (dont un autre pré-ado, Sitouh, un des esclaves qui avaient été embarqués puis délivrés...) se retrouve coincée entre deux feux, avec les Français en lutte contre les anglais, et des alliés indiens de part et d'autre sur le sentier de la guerre. Et la planche 42 finit par reprendre l'action où l'avait laissée la planche 3.


L'antagoniste principal est toujours l'officier de marine britannique dont notre Lucky Rogers (alias John Place) avait eu l'idée saugrenue de garder la fille Angela tout en le laissant partir avec ses marins. L'officier poursuit donc la troupe pirate depuis les Caraïbes jusqu'au fin fond de la région des Grands Lacs canadiens jusqu'à ce que mort s'ensuive. Mais le récit reste à hauteur d'enfant (dessinés avec des visages poupins?), à la différence de la série Les pionniers du nouveau monde (qui met en scène des adultes). Comme déjà dit plus haut, ce n'est pas un album pour de trop jeunes enfants (quelques vignettes très "réalistes" quand il s'agit de voir un de nos jeunes mousses en butte aux assauts d'un violeur, ou les gamins jouant les voyeurs alors que fricote un jeune couple d'Indiens...). Les dessins sont magnifiques et les couleurs à l'aquarelle, il s'agit plutôt de grandes vignettes peintes (sans traits traçant un cadre). À la fin de l'album se trouve tout un cahier de "dessins préparatoires" qui peut faire songer à ceux de Hugo Pratt dans certains de ses albums (Fort Weeling, Ticonderoga, Billy James). Pour ma part, Canoë Bay m'a évoqué aussi bien (influences...?) L'Île au trésor (Stevenson), que la série BD Jérémie (Paul Gillon), ou l'album Le trésor de Barbe-rouge (série Barbe Rouge, de Hubinon & Charlier)... 

 

À noter, une morale finale plutôt pessimiste? p.58, l'aventure du "frère de la côte" idéaliste qui voulait fonder une république libertaire en Amérique du Nord s'est aussi avérée un fiasco, les hommes étant ce qu'ils sont... et ce n'est pas l'or qui fait le bonheur, puisque "l'infortuné" en disposait à foison!

 

Quand l'album se termine, nos héros se trouvent en Louisiane, en 1760 (les gamins ont désormais 13-14 ans...).

 

Blogs ayant parlé de cet album (liste pas forcément exhaustive): Tampopo24 (Les blablas de Tachan, Anne-Sophie (blog Mes petits bonheurs). 

Et vous, l'avez-vous déjà croisé?

J'inscris également ce billet au challenge Littérature jeunesse chez Pativore et au challenge American Year chez Belette2911. 

 

14 juillet 2026

Encore heureux qu'il ait fait beau - Florence Thinard

Quelque peu en décalage avec ce Quatorze juillet, voici un bouquin pour enfants que j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) déniché par hasard dans un bac pour 0,20 euros. Je l'inscris bien sûr au challenge Littérature jeunesse de Pativore, et ce livre peut aussi participer au Book trip en mer (saison 3) de Fanja.

Florence Thinard, Encore heureux qu'il ait fait beau, éditions Thierry Magnier, 2012,
190 pages

 

Quatrième de couv': "Personne ne comprend ni pourquoi ni comment la bibliothèque Jacques-Prévert se retrouve à voguer sur l'océan. À bord, le directeur, la bibliothécaire, un prof de technologie, la 6e F au complet, et Saïd l'infernal, qui se trouvait là par hasard. Une fois l'incroyable admis, il faut manger, boire, dormir, s'organiser. Chacun fait preuve de courage et d'imagination pour transformer cette traversée en une aventure joyeuse et inoubliable".

 

Bon, tout est dit, voici mon billet fait, bonne lecture à vous... 
...Allez, remotivons-nous!

 

Un douze février, à 16 h 44, un CRAAAC monumental retentit, alors que Sarah Boubacar, bibliothécaire, vient de mettre à la porte Saïd Hussein, qui rôdait depuis des heures dans la bibliothèque sans jamais ouvrir ni livre ni BD ni (autre) ouvrage, et s'était pour finir permis de dire aux 6e F du collège voisin "la littérature, c'est un truc de gonzesse". Le gamin revient à l'intérieur en disant "Y a de l'eau partout!", et Sarah répond sans lever les yeux des piles d'albums: "cette eau qui tombe du ciel s'appelle de la pluie. C'est sans danger, Saïd, tu peux ressortir". 
Mais la situation est effectivement un peu plus compliquée que cela... 

 

Pour déguster la lecture de cette "robinsonnade" dans un immeuble flottant, il faut accepter un postulat "fantastique", un peu le même que dans le début du manga de Kazuo Umezu L'école emportée, ou dans le prologue du film Le sens de la vie des Monty Python (l'excellent court-métrage The Crimson Permanent Assurance)... 

 

Perdus "en pleine mer", quatre adultes (trois attachés à la bibliothèque et un prof) et treize gamins et gamines vont devoir faire "avec les moyens du bord": les courses alimentaires de la femme de service, les ressources limitées prévues pour des "pots" et la cafétéria du personnel, quelques réserves d'eau potable, et... la pluie et la pêche! Faire le point, savoir où l'on est, où l'on va, à quelle vitesse, s'organiser pour dormir, pour assurer la veille (pour voir arriver d'éventuels cargos et se signaler à eux)... et soigner le pigeon de service (comme à bord de l'arche de Noé!). Que d'occasions de mettre en application des compétences scolaires et de vie collective! Les quelques conflits se résolvent sans trop de drame, et l'aventure aura suscité diverses vocations quand elle s'achèvera. 

 

Je ne vous en dirai pas davantage, lisez vous-même le récit de ces journées de "croisière". Cette pochade peut évoquer par moment Le Petit Nicolas, même si l'histoire n'est pas vraiment racontée "du point de vue" de l'un ou l'autre gamin. Disons juste que ça se termine bien et de manière réaliste. 

 

Ce livre jeunesse n'était pas le premier ni le dernier de Florence Thinard, mais c'est le seul que j'ai lu à ce jour. 

 

Anne-Flore en avait parlé sur le blog Livresse en 2012, Enna en 2013, et le blog collectif A l'ombre du grand arbre rend compte d'une lecture commune...

11 juillet 2024

Cargo pour l’enfer – Bernard Clavel

Bernard Clavel (1923-2010)? Je (ta d loi du cine, squatter » chez dasola) pensais connaître son genre de livres, parce que j’ai lu (et relu) L’Hercule sur la place et Le tonnerre de Dieu : du social, des héros bourrus, pour tout dire de l’amour dans un monde de brutes, avec un couple et un bébé en fin de compte… Alors quand j’ai vu chez Gibert, dans le bac à 50 centimes, un volume avec sa signature sur Cargo pour l’enfer, je me suis dit « je prends, ça doit se lire vite, et je verrai si c’est bien un bouquin « tripes de mer » (si ça peut aller chez Fanja) ». Et ben merde. Une vraie claque. Un bad trip. 

Bernard Clavel, Cargo pour l'enfer, Pocket N°11591, 2002 (1ère éd. 1993), 300 pages

 

Le livre compte 60 chapitres regroupés en 5 parties. Après un premier chapitre qui forme une courte introduction du type (rétrospectivement) de celles dont était capable Michael Crichton, on voit (au chapitre 2) arriver le cargo Gabbiano et son équipage à Puerto Cabello (Venezuela), pour récupérer leur cargaison : 12 880 fûts… théoriquement plombés. Le pilote qui les fait entrer au port leur apprend que certains ont éclaté, que des enfants sont à l’hôpital, et que l’un est même mort. Tout cela ne sent pas très bon. D’ailleurs, lors du travail de chargement, il faut porter des masques chirurgicaux, et les yeux larmoyent. Direction l’Afrique. Mais dans la cale, les fûts fuient… et les informations sur leur cargaison les précèdent. Leurs destinations successives seront les côtes d'Afrique, la Méditerranée, le grand large, et pour finir l'Irlande (Connemara), du nom de chacune des parties de cette sorte de "livre de bord". Au fil des chapitres, nous voyons agir jour après jour le capitaine, son "bosco" (ils naviguent ensemble depuis des décennies), l'équipage spécialement recruté pour ce voyage. Second, Radio, Mécanicien, matelots (de diverses nationalités européennes), mousse... Ils savaient qu’ils s’engageaient dans quelque chose d’un peu illégal (moins d’hommes, double salaire), mais pas aussi dégueulasse que cela s'avère. Pourtant, au fil de leurs conversations ou de leurs rencontres dans les ports, diverses combines sont évoquées (baraterie, pots-de-vins, faux certificats de débarquement suivi de passage de la cargaison par-dessus bord, autorités parfois peu regardantes...). Mais le capitaine reste fidèle à son éthique de marin: on ne salope pas la mer avec une cargaison qui s'avère de plus en plus dangereuse (dioxines? déchets hospitaliers contagieux? produits corrosifs, stockés par des irresponsables mus uniquement par l'appât d'un gain financier facile), et s'accroche aux promesses des armateurs successifs (les déchets seront traités...). Alors, le navire errant devient un mistigri que se renvoient les ports et les pays (autorités, presse et activistes écolo unis dans le "NIMBY"), la cargaison se dégrade dans les cales, la santé de l’équipage (touché par les émanations de ce cocktail infernal) aussi, les morts s'accumulent et le cargo se déglingue... Jusqu'au terme, j'ai espéré un dénouement positif. Mais la fin du voyage n'est pas celle de la pollution pour autant. 

 

Un livre très fort. Il semble avoir été rédigé entre 1987 et 1992. En guise de postface inédite à cette édition, nous avons un texte que Clavel a écrit en 1997 pour L’Humanité Dimanche après le naufrage du Torrey Canyon. 

Il m'a rappelé - ou donné envie de parler de - plusieurs bandes dessinées: une histoire titrée Le Daphnis a sombré parue dans Pif Gadget il y a quelques décennies (un des scénarii originaux de Victor Mora dessinés par Marcello d’après les personnages Lord Brett Sinclair et Danny Wilde d’Amicalement vôtre, ouf!). La série (en trois tomes) Mérite maritime (scénario Riondet, dessin Stéphane Dubois). La série Tramp (créée en 1993 par Jusseaume et Kraehn, 13 albums à ce jour, dont je dois avoir un ou deux dans ma BDthèque). 

J'ai réussi à dénicher quelques traces sur internet concernant Cargo pour l'enfer: chez CJB du site Bernard Clavel en 2014, cependant qu'il n’avait pas fait grande impression sur Isabelle (dernier billet en 2018). 

Je pense que ce livre peut aussi compter pour le challenge Monde ouvrier & mondes du travail chez Ingannmic: l'équipage assume son métier jusqu'au bout. Mesdames les lectrices potentielles, ne venez pas me casser les pieds parce que je dis, en parlant des personnages composant l’équipage de ce cargo maudit qui se battent jusqu'à la limite du possible: «c’étaient des hommes!». 

Et j'ai encore quelques idées pour des billets "Book trip en mer". Il ne me reste plus qu'à lire ou relire les bouquins correspondants... (dont un certain nombre d'un même auteur), puis à rédiger... Patience!

23 juillet 2026

Bernard Minier - Ruptures

Ruptures de Bernard Minier (XO Editions, 542 pages) est la troisième enquête de Lucia Guerrero, qui fait partie de la Guardia Civil madrilène. Le récit qui se passe entre Madrid, la Belgique et surtout à Seattle dans l'État de Washington, est assez haletant. L'histoire est très dans l'air du temps. Tout commence par une panne électrique générale dans une partie de l'Espagne. Lucia enquête avec ses collègues sur deux meurtres dont celui d'Emma Bosch, une femme enceinte de six mois qui vient d'être abattue dans la campagne madrilène. Un jeune homme, témoin involontaire, est une victime collatérale. Emma était la directrice de la filiale espagnole Estelar, faisant partie du groupe StarCo dirigé par Milton Gail (un clone d'Elon Musk?). Emma était partie en Volta (Tesla?) rejoindre son père qui est sous respirateur artificiel 20h/24h. Elle voulait savoir comment il allait. Lucia, sur le plan personnel, a des problèmes de santé mais cela ne l'empêche pas d'affronter Milton Gail, un être sans pitié, qui en plus d'être un géant de la Tech est propriétaire d'un réseau social appelé "Orbit". Il épuise tous les gens qui travaillent pour lui. Lucia mettra du temps à savoir qui était le père du bébé. D'autres femmes, tant en Belgique qu'aux Etats-Unis, sont retrouvées mortes et elles étaient enceintes, elles aussi. Dans ce roman, il est aussi question de l'IA et de robots. On sent que B. Minier n'aime pas trop les personnages comme Elon Musk. On peut le comprendre. Un roman qui se lit bien. Lire les billets de Bernie, Aude bouquine, Gruznamur, Aurélie, Un livre dans ma baignoire, Le monde du polar.

Comme ce roman fait plus de 500 pages, je participe une fois de plus au challenge Les pavés de l'été chez Sibylline (La petite liste).

31 juillet 2026

L'aventurière de l'Etoile - Christel Mouchard

Ma mémoire était encore à peu près imprégnée de l'article de Jenevelle Laclos sur Jeanne Barret, dont je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) connaissais l'histoire par ailleurs) quand je suis tombé sur le livre que je chronique aujourd'hui. Je ne savais plus si elle parlait ou non, par contre, de l'ouvrage ci-dessous... Et je n'aurais peut-être pas pris la peine de lire celui-ci sans la motivation du Book trip en mer (saison 3) de Fanja.

Christel Mouchard, L'aventurière de l'Etoile, Tallandier,
coll. Pocket N°18417, 317 pages,  2022 (EO 2020),
sous-titre "Jeanne Barret, passagère clandestine de l'expédition Bougainville"

 

Tout est dit en couverture, excepté le fait qu'il ne s'agit pas d'une fiction mais d'un épisode historique. Cette biographie d'une femme ayant réussi, au XVIIIe siècle, à faire le tour de la terre (même si ça a pu lui prendre près de 10 ans), ne nous parle pas seulement de sa participation au "Voyage autour du monde" (1766-1769) interrompue fin 1768. Christel Mouchard a tâché de reconstituer ce que pouvait être la vie d'une fillette (née en juillet 1740), d'une jeune fille, d'une jeune femme, et comment elle a pu acquérir les compétences botaniques dont elle fera preuve durant le voyage de Bougainville. Les femmes étant interdites à bord des navires de la marine royale, elle s'est embarquée sur l'Etoile, le second bateau de l'expédition commandée par Bougainville embarqué pour sa part sur la Boudeuse, comme "valet" et assistant de son amant, le savant et naturaliste Philippe Commerson (1727-1773). Quand sa nature féminine a fini par être mise au jour de manière que nul ne pouvait plus feindre de l'ignorer, dans la scène du 28 mai 1728 par laquelle le livre s'ouvre, elle avoue... avoir trompé son "maître" parce que ce voyage avait piqué sa curiosité! Un joli mensonge bien ciselé qui permet à tous ces beaux Messieurs de "sauver la face" et d'éviter les sanctions qu'ils auraient encouru si les autorités avaient pu les accuser de l'avoir embarquée en tout connaissance de cause. Commerson et son assistante quittent le navire à l'île Maurice en fin 1768. Le récit continue avec la vie de Jeanne une fois séparée de Commerson (celui-ci meurt en 1773). Revenue en France, elle obtiendra en 1785 une pension pour sa contribution à la botanique de la part de Louis XVI, qui aimait les beaux voyages comme chacun sait. Jeanne Barret meurt en 1807.

 

Ce récit s'appuie sur des documents (récits de voyage citant Jeanne), des actes officiels (état-civil, testaments...). Il brode beaucoup, tout en raisonnant par similitude avec ce que l'on peut connaître, par d'autres récits de première main, sur les conditions de vie, au XVIIIe siècle, pour des personnes des mêmes classes sociales. Heureusement, il se veut bien davantage un "décryptage" qu'une romance. L'autrice ne se prive pas de mettre en évidence ce qu'une telle aventure pouvait avoir d'exceptionnel sous l'Ancien Régime.

 

J'ai noté en tout cas que, de nos jours, Jeanne Barret est vraiment une "personnalité" à la mode: Wikipedia consulté ce 31 juillet 2026 donne une bonne dizaine de références de biographies plus ou moins romancées éditées entre 1982 et 2024. Un bateau patrouilleur des affaires maritimes a été baptisé en son honneur en 2022, de même qu'une promotion d'élèves de l'Ecole Nationale de la Sécurité et de l’Administration de la Mer, au Havre. 

29 juillet 2026

Les naufragés de l'Arctique - Arthur Catherall

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais un peu faire appel à du "fond de bac" (comme dirait Fanja!) pour meubler le blog en cette fin de mois: un livre "jeunesse" qui a plus d'un demi-siècle, sur lequel je suis vraiment tombé par hasard. En faisant quelques recherches, j'ai trouvé des informations sur la collection ici, et ai constaté en voyant les couvertures qui y sont présentées que j'en avais au moins chroniqué un titre là.

Arthur Catherall, Les naufragés de l'Arctique, Hatier G.T. Rageot,
Coll. Jeunesse-poche N°25 [11-13 ans], 1972 (trad. Edith Vincent, EO 1968 à Londres),
153 pages

 

L'auteur Arthur Catherall (1906-1980) a principalement écrit de la littérature jeunesse (en français, certains de ses ouvrages sont parus en Rouge & Or, Plein vent...). Il ne doit pas être réédité dans notre langue de nos jours vu qu'il n'a pas droit à sa page Wikipédia en français. Sa page en anglais (consultée ce 29 juillet 2026) mentionne près d'une centaine de titres, certains écrits sous pseudonymes. Je ne crois pas en avoir lu d'autres que celui-ci.

 

Les naufragés de l'arctique rentre dans la catégorie du roman d'apprentissage. À Bergen (Norvège), le jeune Leif, 16 ans, fils d'armateur, informe ses parents qu'il souhaite embarquer dans une compagnie de transport maritime. Il a demandé les papiers, qui n'attendent que la signature paternelle. Refus (en substance, "passe ton bac d'abord!"). "Père, tu connais le proverbe: "il est toujours possible de conduire un cheval à l'abreuvoir, jamais de le forcer à boire". Je n'aime pas l'étude. (...) Si tu refuses de signer les autorisations nécessaires afin que je puisse embarquer comme officier de pont, je me sauverai et j'embarquerai comme je pourrai. Il n'y a pas d'autre solution. Toi l'as bien fait, toi!". Va dans ta chambre, mon garçon, et réfléchis. 

 

Concertation parentale... "Pour peu qu'il embarque maintenant, soupira la mère de Leif, il n'entrera jamais à l'Université. Il y a tant d'étudiants, les places sont de plus en plus rares" [1968 pour la parution originale...]. Finalement, le père envoie son fils chez ses oncles Peder et Jan, rudes pêcheurs sur la côte Nord à bord de leur petit chalutier Cap Nord, ...avec la mission pour ceux-ci de le dégouter de sa lubie en quinze jours. Sauf que le gamin, qui n'est pas la moitié d'un âne, comprend vite le petit jeu et met sa fierté à s'accrocher quelles que soient les dures conditions auxquelles on le soumet.  

 

Dans cette mer de Barents, des avions militaires russes traversent le ciel. Alors qu'il est seul à la barre et qu'il vient de voir un des avions tomber à la mer (durant une aurore boréale), Leif, voulant  porter secours au pilote qu'il a vu sauter en parachute, commet une fausse manoeuvre (il embrouille l'hélice dans les filets!). Dès lors, en plein brouillard, les choses n'iront qu'en s'aggravant... Bon, on est dans de la littérature jeunesse, tout de même: après moult péripéties les choses finiront par s'arranger à la satisfaction générale. 

 

Ce petit bouquin (qui a bien dû faire rêver quelques gamins - et peut-être gamines? Une de ses propriétaires a signé "Christelle"... - depuis un demi-siècle) m'a fait songer au film (que je n'ai pas vu mais dont je connais l'argument) Si tous les gars du monde (Christian-Jaque, 1956).

 

Pour la pêche en mer de Barents, l'âge du héros et celui du livre, j'inscris ce petit ouvrage aux challenges Book trip en mer (saison 3) de Fanja, Littérature jeunesse (2025-2026, édition #1) chez Pativore, et 2026 sera classique aussi! organisé par Nathalie. 

 

27 juillet 2026

L'or du Cristobal - Albert t'Serstevens

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) connaissais depuis des décennies l'existence de ce titre, repéré dans les listes de "titres disponibles" de vieilles éditions "livre de poche" (il y aurait le N°616 - quand j'en ai regardé une photo, je me suis dit que je ne l'avais jamais eu entre les mains!). Alors quand j'ai repéré, dans une autre édition, dans un bac d'occasion, je n'ai pas hésité, même si celle-ci est nettement plus récente... 

Albert t'Serstevens, L'or du Cristobal, Albin Michel, coll. Librio N°33, 1994 (EO 1936)

 

J'ai appris avec amusement que Blaise Cendrars (1887-1961), qui avait publié L'Or en 1925, était (de 1913 à sa mort en 1961?) un grand ami de t'Serstevens (1885-1974 - bien oublié de nos jours, lui). Chez Cendrars, l'or est "natif", dans la terre, et il faut l'en extraire. Chez t'Serstevens, il s'agit de mettre la main de haute lutte sur un trésor dissimulé! 

 

Dans le roman L'or du Cristobal, l'histoire est censée se dérouler en mai et juin 1916, en pleine Première guerre mondiale, de l'Equateur jusqu'en Polynésie française. Cela commence par un peu de géographie, la présentation de Guayaquil, le plus grand port de commerce en Equateur. La guerre en Europe est lointaine, mais les journaux locaux publient les communiqués des uns et des autres, "qui sont tous de victoire" (p.13). Ici, la guerre fait marcher à plein le commerce (mines, plantations, exploitations forestières, ...). C'est jour de réception chez le colonel Roméro Tovar, chef de la police du port, qui a gagné cette prébende lors de la Révolution de 1912... Ils sont vingt à table, lui-même, et ses 19 invités dont une femme, Edith Macmillan, surnommée "La Rubia". Elle lui extorque des informations sur un cargo arrivé au port l'après-midi même: le Cristobal. Tous armés, les convives bien imbibés font un concours à qui éteindra le plus de lampes - avec pour prix un vrai baiser d'Edith. Ayant perdu, le colonel tire et atteint à la poitrine... une statue de plâtre la représentant. Mais l'action commencera véritablement le lendemain... à l'heure de la sieste, chez Edith (rendez-vous donné pour le consoler, pense-t-il).

 

Et avant le repos du guerrier, la jeune tentatrice de 23 ans va entortiller autour de son petit doigt ce quadragénaire aventurier - elle a pris la peine de se renseigner sur ce qu'il faisait en 1902 par exemple, elle sait qu'il est ancien marin... Entre en scène un nouveau personnage: le premier lieutenant (troisième officier...) du Cristobal, à bord duquel est chargée une banale cargaison de charbon. William Dupuis (tout ce qu'il y a d'américain: c'est son grand-père qui est venu de la France avec des socialistes de son époque, et lui-même ne parle pas un mot de français), amant de la femme de son capitaine (allemand de souche), a eu connaissance d'une information capitale...

 

Notre trio dresse ses batteries. L'équipage du Cristobal est composé de 31 hommes (dont 18 aux machines). Seuls les officiers possèdent une arme à feu. Contre eux, le colonel et son âme damnée, le Saïnos (ils ont navigué ensemble pendant 10 ans, peut-être déjà mené à bien ensemble une baraterie...), vont recruter un équipage d'une vingtaine d'hommes de sac et de corde (pardon, de "bout"), nécessaire pour conduire le cargo après s'en être emparé, en en disant le moins possible sur le véritable but de la prise à l'abordage qui conditionne le voyage: quelques hommes de confiance qui formeront les cadres, et d'autres (matelots, soutiers) jaugés un par un par Roméro, avec promesse d'être payés à prix d'or s'ils s'engagent dans une aventure d'une semaine payée au tarif de six mois sans poser de questions indiscrètes. "Je vais les interroger sur ce qu'ils savent faire, et surtout leur dire ce que j'attends d'eux. Ces gens-là ont besoin de paroles presque autant que d'argent" (p.56). Et ça ne traîne pas: dix pages plus loin, le bateau est pris, presque sans casse. Le capitaine, retranché dans sa cabine, se tire une balle dans la tête, le prénom de sa femme à la bouche, et seuls quelques coups de crosse ou de couteau ont été distribués...

 

Après l'appareillage, qui s'est déroulé sans encombre, la question se pose de flanquer par-dessus bord en pleine mer, ou non, les 29 hommes de l'ancien équipage. La décision est tranchée non sans mal entre le colonel, son "second" (William) et Edith. Petit intermède comique: fumeur invétéré, le colonel n'a pas emporté assez de ses bons cigares "Colorado" du Nicaragua (50? Il n'en a pas pour trois jours!), et doit se contenter de "cigares de Californie, longs, épais, fournis de bagues prétentieuses détestables" (p.100), trouvés à bord. Ensuite, il s'agit de se débarrasser du nouvel équipage (royalement payé, rubis sur l'ongle... et en or, pas en billets!), en missionnant le Sainô pour qu'il ramène une goélette chercher le trio des chefs sur l'atoll polynésien où a été caché le cargo. Jusque-là, tout va bien.

 

Ce roman d'aventure finit pourtant de manière quelque peu morale, en démontrant une fois de plus que l'or ne fait pas le bonheur... Après un véritable duel entre les deux aventuriers (et pas pour l'or!), c'est la marine de guerre française qui tirera les marrons du feu. 

 

Je ne vous ai évidemment pas tout dévoilé, je vais rajouter deux citations, qui montrent bien que Roméro a beau être une canaille, il ne manque pas de panache.

p.90, Roméro au Second de l'ancien équipage (Herr Muller): "croyez-moi, il y a autant de gloire, aujourd'hui, à être gangster, que, jadis, à être conquistador. Vous savez bien qu'il n'y a plus rien à conquérir nulle part, si ce n'est l'argent des autres...".

p.95, Roméro à William: "vous êtes vraiment plus français que vous ne le pensez, lieutenant Dupuis. Vous êtes plein d'idées généreuses et de cet altruisme qui, finalement, conduira le pays de votre grand-père à sa perte. Nous entrons aujourd'hui dans une période où la force, la vraie, celle qui n'hésite jamais, comptera seule aux yeux des hommes. Les gens comme vous sont condamnés à disparaître".

Je ne sais pas si ces citations reflétaient ou non les idées de t'Serstevens, sachant que le roman a été rédigé de 1932 à 1935 selon les indications de l'auteur en fin d'ouvrage.

 

En tout cas, les actes des protagonistes sont plus francs, plus brutaux, moins tarabiscotés que dans Le triangle d'or de Maurice Leblanc (publié en feuilleton en 1917 et en volume en 1918) où il est question d'or monnayé devant servir à l'effort de guerre allemand... 

 

Oh allez, je lâche le morceau (sucre?). Un soucrès (sucre!) valant un demi-dollar en 1916, 38 millions de sucres étaient en jeu (95 millions de francs-or - une fortune...): de l'or américain envoyé par les banques américaines d'origine allemande pour soutenir le IIe Reich! 

 

Cette quête d'un monceau d'or par la violence, c'est un thème que les films de guerre ou les westerns ont bien souvent traité: Les rois du désert, De l'or pour les braves, Les morfalous, La caravane de feu, El Condor, Il était une fois la Révolution, et j'en oublie... 

 

J'inscris ce roman d'aventures maritimes (dont j'ai apprécié la lecture) au Book trip en mer (saison 3) chez Fanja ainsi que pour le challenge 2026 sera classique aussi! organisé par Nathalie...

... sans oublier le challenge Pages de la Grande guerre 2026 également organisé par Nathalie.

 

11 août 2026

Pile entre deux - Arnaud Le Guilcher

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) lu très vite et avec délectation Pile entre deux, roman d'un auteur que je ne connaissais pas, "cueilli" au hasard d'un bac le mois dernier parce qu'il me semblait pouvoir être éligible au challenge Book trip en mer (saison 3) chez Fanja... 

Arnaud Le Guilcher, Pile entre deux, Stéphane Million éditeur, Pocket n°15723,
2015 (EO 2013), 341 pages

 

Par quel malencontreux hasard un couple de parents se retrouve-t-il en plein milieu du Pacifique (atoll de Midway!), prisonniers loin de leur jeune fils resté en France? Cela pourrait être un thriller, une robinsonnade, un livre de science-fiction, une romance... et ce n'est rien de tout cela (ou un peu tout!). On est plutôt à la fois dans une uchronie et dans une saga familiale à la Pennac. L'auteur qualifie son livre de "fable" (comme Les caves du Vatican étaient qualifiées de "sotie"). 

 

Je pense que ce roman aurait pu porter en exergue "Mon seul ennemi, c'est la finance" (si cela vous rappelle quelque chose...). L'histoire se passe "de nos jours" (mais déjà dans le passé, vu que le bouquin date d'il y a plus de 10 ans désormais). Le roman est (notamment) écrit "à la première personne" du point de vue d'Antoine, homme au foyer qui visite régulièrement son père "alzheimer". Sa moitié se prénomme Judith, elle travaille dans le quartier de La Défense comme mathématicienne pour le "trading". L'action commence quand elle l'appelle pour qu'il vienne l'aider à déménager ses affaires: elle s'est fait licencier! 

 

Mais c'est pire que ça, en fait: à peine arrivés dans le bureau au 19e étage de la Tour (gravie à pied, avec le pote à qui il avait fait appel pour conduire la voiture), ils sont tous "raflés" et embarqués (en avion!) vers ce trou perdu (entouré à perte de vue par les débris de plastique amenés par les courants marins): l'atoll de Midway. Les autorités mondiales (l'ONU...) ont décidé que le monde marcherait mieux si tous les "responsables" des dérives de la bourse et de la financiarisation à outrance étaient mis "hors circuit" (quelques milliers de personnes?). On les déporte, on leur parachute régulièrement de la nourriture, on les surveille par satellite et on les tue s'ils tentent de s'évader. Aussi simple que ça... 

 

... Mais il faut bien entendu lire toutes les pages, écrites dans un style rapide qui m'a vraiment fait songer à celui employé par Pennac pour la saga Malaussène. Au fil des pages, on a la description de la société masculine sur l'île (Antoine, son copain et un troisième homme trouvent une planque tranquille, pendant que, bien entendu, un tyran prend le pouvoir sur "les masses"...). De son côté l'ONU s'aperçoit que finalement, la finance était peut-être aussi indispensable à la bonne marche du monde que l'estomac l'est pour les membres du corps humain (selon l'apologue du consul Agrippa Menenius Lanatus): tout tombe en quenouille, plus de sous, plus moyen de surveiller les détenus (s'ils sont brimés, "qu'ils se démerdent!", répond le papa "ponte" de l'ONU à son fiston, stagiaire "pistonné" et chargé de faire le lin onusien avec les déportés), le transport aérien bat de l'aile, et on va peut-être finir par les passer au napalm, ça évitera des frais et empêchera que certains de ces ex-grands financiers aient la langue trop longue. 

 

Heureusement (et c'est peut-être là qu'on rentre dans le côté fabuleux...), le copain initie Antoine à la méditation et au yoga, ce qui le connecte à la nature - et en premier lieu à un albatros lui-même "leader" de la colonie locale. Le tyran en fera les frais. Quant aux femmes (qui n'étaient pas captives, elles, sur l'atoll lui-même, mais à bord de cargos-pontons amarrés en mer), elles seront délivrés après quelques malheurs. La liberté retrouvée, il ne reste plus qu'à aller rejoindre fiston en France à bord d'un des cargos. Et s'il n'y a plus de pétrole, en avant les baleines! Le bouquin s'arrête là. Mais, bien entendu, je suis loin d'avoir tout dit... 

 

Citation p.148:
"Les civilisations étaient des entités avec un début et une fin et on constatait avec terreur que la nôtre mourait en versant dans l'idiocratie la plus manifeste. On sentait que le soleil se couchait sur une terre où la culture et les choses de l'intellect avaient une valeur, et qu'à son lever, rien ne serait plus pareil...
Des abrutis dirigeaient des barbares qui aliénaient des cons. On en était là...
".

[Réflexion faite, je vous fais grâce de la citation des réflexions d'Antoine sur les kilos en trop passé 30 ans (p.216), c'est trop cruel!]

 

Il s'agit vraiment d'un "page-turner", j'ai été captivé de bout en bout, sauf lors de quelques interventions (autre type de police de caractère)  d'un personnage inattendu (non, ce n'est ni l'albatros ni une baleine). J'ai particulièrement apprécié quelques "morceaux de bravoure" liés à la vie de couple (que celui-ci se rappelle alors qu'ils sont séparés et qu'ils commencent à peine à pouvoir communiquer via "albatros express"): "nouilles sautées"; "échographie"...

 

Le seul billet que j'ai pu trouver sur Pile entre deux, c'est sur La gazette de Marie-Claire (dernier billet en 2020). Si d'autres l'ont lu et chroniqué, je rajouterai les liens par la suite! 

14 août 2026

De Gaulle à la plage - Jean-Yves Ferri

Alors qu'une certaine vision d'un immense personnage national connaît un triomphe au cinéma ces temps-ci, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me suis dit qu'il pourrait être amusant de remettre au goût du jour une vision plus humoristique, datant de moins de deux décennies avant aujourd'hui. Voici donc une bande dessinée qui jouait à l'époque avec les codes "vintage": De Gaulle à la plage. Avec cette pochade, j'ai devancé (d'un jour!) l'appel pour le challenge chez Cléanthe Escapades en Europe (saison 2) dont le thème "15 août" est "Stations balnéaires en Europe". Ici, on ne sait pas quelle est la ville la plus proche, mais nous sommes manifestement en Bretagne (peut-être en pays Bigouden [au sud du Finistère]... à l'extrémité de l'Europe?). 

Jean-Yves Ferri, De Gaulle à la plage, Dargaud, 2007, 48 pages

 

Il s'agissait, pour moi, d'une n-ième lecture, mais j'ai encore rigolé en le relisant. Malgré l'air du temps, je persiste à penser qu'un peu de dérision permet de mieux supporter le monde tel qu'il est aujourd'hui. Pour apprécier le "second degré" au-delà des simples gags proposés par cet album, sans doute faut-il être adulte et avoir une certaine culture historique, même si des bambins peuvent aussi savourer (au premier degré et en toute candeur) au moins certaines planches. 

Par exemple, cette quatrième de couv' (1) est une pure fumisterie, citant des titres fictifs (et qui ne seront bien entendu jamais réalisés) à la manière d'une série pour la jeunesse à personnage récurrent dont chaque album décline une activité ou un lieu d'action: Martine, Caroline et autres Babar.

 

Le personnage "De Gaulle [à la plage]" serait apparu dans les pages de Vive la politique (ouvrage collectif de 15 auteurs publié par Dargaud en 2006 et qui semble introuvable sur le site de l'éditeur)? Cet album-là n'est pas disponible dans les bibliothèques parisiennes sauf erreur de ma part. Ci-dessous, voici la première page de l'album totalement dédié à notre personnalité hors cadre, qui pose le décor. 

(ces tongs, on aura l'occasion de le revoir au long de l'album...).

Par la suite, chaque page comprend deux gags (avec titre!), chacun sur une demi-page donc, mais avec des sujets qui reviennent parfois en courant (running?) sur plusieurs pages... 

... de quoi rêvait le Général? (plusieurs réponses au long de l'album - ci-dessous p.13).   

Au fait, je n'ai pas présenté Lebornec, fidèle et dévouée ordonnance du général (personnage parfaitement fictif, bien entendu! De Gaulle a eu nombre d'ordonnances, mais aucune de ce nom...). La planche complète ci-dessous permet de savourer les différences de taille. 

Un gag à chute inattendue... La température de l'eau - elle est bonne? Un peu froide pour la saison (même en Bretagne!) est un gag récurrent... Pour sa part, le Général hésite rarement à se jeter à l'eau... ("mais si, Lebornec, nous avons pied!").

De Gaulle est à la plage avec toute sa petite famille (épouse, fils, chien...). Ci-dessous p.15.

De Gaulle, l'Angleterre, Churchill himself... Quelques demi-planches savoureuses!

Sauver la France... Ci-dessous pp.16 & 17.

Mauvaise foi et mauvais joueur? Ci-dessous p.25.

On s'achemine doucement vers le terme... (IVe République pour le moment!).
Ci-dessous, planche complète, avec une vignette qui s'étend sur une demi-page: c'est rare (il n'y en a que 7 dans l'album).

Malgré tout, encore une fois, c'est le devoir qui l'appelle...

Je pense que l'aspect matériel des planches (aplats de couleur pastel avec trames apparentes) participe à l'ironie et au côté "dérisoire" des enjeux et des angles représentés. 

J'espère que mes citations (qui ne donnent qu'un avant-goût de l'album complet!) vous auront mis l'eau (de mer) à la (ba)bouche. Je vous épargne la dernière page, croquignolette (si vous voulez la lire, procurez-vous l'album!). 

 

La mer est suffisamment présente dans cet album pour que je l'inscrive aussi au Book trip en mer (saison 3) de Fanja.

(1) ...avec la 4e de couv' agrandie à sa demande!

 

Et je termine en précisant que, demain 15 août 2026, je publierai un autre billet pour une seconde participation au challenge de Cléanthe.

16 juillet 2026

Pour Don Carlos - Pierre Benoit

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) fais cette fois davantage qu'un pas de côté: je saute carrément à côté de la piste tracée avant de repartir vers une direction tout autre... Pour le thème Espagne du challenge Escapades en Europe - Voyage dans les littératures européennes (2e édition) de Cléanthe, je me suis replongé dans un livre dont une partie seulement se déroule bien en Espagne, et dont l'auteur n'est ni espagnol ni hispanophone.  

Pierre Benoit, Pour Don Carlos, Albin Michel, Le Livre de Poche N°375, 1963 *, 242 pages
(EO 1920)

 

L'histoire se déroule à partir de début décembre 1875 (oui, 45 ans avant la première parution du livre qui date maintenant d'il y a plus d'un siècle: un certain nombre de générations nous en séparent). La IIIe République française est encore jeune et en butte aux manigances antirépublicaines, qu'elles soient royalistes (légitimistes ou orléanistes) ou bien bonapartistes. Un quidam (Olivier de Préneste, 32 ans, vieille noblesse - duc!) obtient par recommandation une audience du Ministre de l'Intérieur dans le but d'obtenir une sinécure - il est ruiné et doit prochainement se marier. Il n'a pas de licence en droit (impossible de l'envoyer au Conseil d'État!). Simple bachelier, il ne parle aucune langue (aucune possibilité de le nommer Secrétaire d'ambassade!). Mais il ressort quand même du bureau nommé sous-préfet à Villeléon (ville - imaginaire! - du département des Basses-Pyrénées, aujourd'hui Pyrénées-Atlantique [depuis 1969], ville dont le nom évoque celui de Mauléon alors sous-préfecture [de même qu'Orthez, jusqu'en 1926], mais donnée comme située à trois lieues de la frontière espagnole [le département semble avoir connu des rectifications de frontières avec l'Espagne, mais je n'ai pas trouvé quand!]). Bref, dans le roman, en 1875, il se passe là-bas des événements susceptibles d'inquiéter le gouvernement français: autant prouver que la France réagit avec rapidité! 

 

Avant de rejoindre son poste, Olivier se voit proposer une partie de chasse par le comte de Magnons, qu'il a croisé dans un "Club" royaliste. Celui-ci lui fera faux bond. Et quand, au terme d'un long voyage (vain jeu de piste à rallonge), il arrive enfin à sa sous-préfecture, c'est pour constater qu'un imposteur occupe déjà la fonction, le "Capitaine Philippe", bel androgyne. Et puis, ça tourne au vaudeville: la fiancée d'Olivier, Lucile, débarque à Villeléon malgré ses instructions formelles... 

 

Le 17 décembre, Olivier se réveille seul à la sous-préfecture, "le monsieur, la dame et le curé" étant partis, lui apprend-on. Il part lui-même se promener vers un village à 12 kilomètres (deux lieues) de la frontière avec l'Espagne... et prend définitivement la poudre d'escampette sur un coup de tête. Le titre du roman se retrouve page 102 ("pour Don Alphonse ou pour Don Carlos?"), lorsqu'Olivier donne la bonne réponse et évite un coup de fusil. 

 

Nous y voilà: l'Espagne est alors plongée dans les derniers soubresauts de la troisième guerre carliste (les deux premières ayant eu lieu en 1833-1840 puis 1846-1849), qui, débutée en 1872, s'achèvera en 1876. Pour en savoir davantage sur les prétendants "carlistes", les querelles dynastiques espagnoles et les péripéties historiques de l'Espagne au XIXe siècle, je vous renvoie à des ouvrages d'Histoire! Ici, nous avons du roman et une oeuvre de fiction. Dans ce livre, l'héroïne principale se prénomme Allegria (on sait que Pierre Benoit casait un prénom féminin en "A" dans chacun de ses romans). Elle se présente dans le chapitre VII (p.75 de mon édition).

 

Pierre Benoit est né le 16 juillet 1886 à Albi (Tarn) et mort le 3 mars 1962 à Ciboure (Pyrénées-Atlantiques, tiens tiens...), sans avoir vu publiée cette réédition en Livre de Poche, donc *. Il écrivait en tout cas ici sur une période antérieure à sa propre naissance. Connaissant la fin de l'aventure, il se permet de montrer Don Carlos plus occupé à dilapider les maigres fonds dont dispose son "Ministre des Finances" en fêtes et amourettes "à l'arrière" qu'à soutenir ses partisans et soldats qui se font tuer au front tout proche. Je serais curieux de savoir ce qu'avait pu penser du livre, à sa parution en 1920, non pas Don Carlos (décédé en 1909), mais le nouveau Prétendant, son fils Jacques [de Bourbon]... Pour cela, je suppose qu'il aurait fallu que j'aille en bibliothèque faire des recherches dans les chroniques littéraires des journaux parus en 1920: tâche énorme! 

 

Ce roman situé au début de son oeuvre (avant Mademoiselle ou Monsieur de La Ferté) nous donne à voir travestissement, déguisement, identité de genre plutôt fluide... Une grille de lecture trop contemporaine (donc forcément mal tournée) pourrait amener à se demander si un oncle voire un père ne se sont pas intéressés de trop près au "façonnage" d'une enfant à une totale soumission pour leur idole... Ou, autre hypothèse pas forcément contradictoire, si la priorisation de "l'intérêt" porté par le Prétendant à tout ce que se montrait prête à mettre à sa disposition Allegria (argent, armes... et le reste) n'a pas contribué à la précipiter dans la voie qu'elle a ensuite suivie (pour le dire crûment: Don Carlos l'a-t-il violée ou non?). 

 

Pour sa part, notre Olivier, qui avait fait partie de l'armée de la Loire lors de la guerre de 1870 contre la Prusse, trouvera moyen de faire le coup de feu et de se couvrir de gloire (ou d'opprobre, c'est selon) en Espagne... Mais il sera passé à côté de pas mal de choses. "Si tu ne veux pas navrer l'une, n'essaie jamais de retrouver l'autre" (p.242). Pour ma part, davantage que le côté romantique, j'avoue que c'est le côté guerrier qui m'avait fait rêver alors que je m'étais acheté ce livre avant d'être majeur (mon exemplaire est plus vieux que moi!) - et j'avais continué avec l'auteur jusqu'à posséder à peu près tout ce qui était paru de lui en "Livre de Poche". 

 

J'espère avoir éveillé la curiosité de lecteurs et lectrices n'ayant jamais abordé ce livre... (je suis volontairement resté très elliptique voire obscur!) et j'inscris Pour Don Carlos au challenge 2026 sera classique aussi! organisé par Nathalie. 

 

* Edit du 22/07/2026: Pierre Benoit a bien dû avoir cette "édition" (Le livre de poche N°375) entre les mains, car en y regardant de plus près (à la fin d'un autre Livre de poche plus vieux encore), j'ai vu que le titre était annoncé comme "volume paru et à paraître au 2e semestre 1958". Or le livre de poche ne donnait pas (comme l'ont fait d'autres collections de poche par la suite), l'information "premier dépôt légal dans la collection", d'où mon erreur...

26 octobre 2025

Asterix en Lusitanie - Didier Conrad et Fabcaro

Je n'ai pas résisté à me procurer le nouvel album d'Astérix, Astérix en Lusitanie (Editions Hachette Livres - Goscinny - Uderzo, 48 pages distrayantes) paru le 23 octobre dernier. Comme son titre l'indique, les aventures d'Astérix, Obelix et Idefix les emmènent au Portugal, du côté de Lisbonne (Olisipo en latin). Boulquiès, qui avait travaillé sur le  chantier du Domaine des dieux, vient demander de l'aide au village gaulois car Mavubès, un ami compatriote, est accusé d'avoir voulu empoisonner César avec du garum et il est menacé d'être jeté aux lions. C'est un complot fomenté par Pirespès, un traître "de père en fils" qui ne rêve que de gloire. Le voyage entre la Bretagne et le sud du Portugal se passe bien grâce au concours d'Epidemaïs (Astérix Gladiateur) qui exploite toujours autant ses clients comme ses associés en les faisant ramer. Arrivés à destination, Asterix et Obelix font des rencontres de personnages qui vont les aider à délivrer Mavubès et l'innocenter par la même occasion. C'est l'occasion d'entendre du fado avec des paroles si tristes qu'elles dépriment tout le monde. Obelix n'est pas ravi de n'avoir que du Bacalhau (morue) au menu. Mais il se montre doué pour chanter le fado. C'est un album plaisant à lire et je vous le recommande rien que pour Astérix et Obélix déguisés en Lusitaniens.

 

 

19 septembre 2026

Une colonne de feu - Ken Follett

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) enfin réussi à terminer la lecture du roman de Ken Follet Une colonne de feu, quatrième volet de la saga Kingsbridge si l'on prend l'ordre chronologique des époques, mais troisième épisode rédigé par Follett après Les piliers de la terre puis Un monde sans fin. Voici encore un Epais de l'été 2026 que j'inscris également comme "Pavé de l'été 2026" chez Sibylline.

Ken Follett, Une colonne de feu, Robert Laffont, 2017, 923 pages

 

Dans cet épisode romanesque qui commence et qui s'achève dans la ville fictive de Kingsbridge, l'action s'étend de 1558 à 1620. Mais, loin de rester située uniquement en Angleterre, elle est européenne (et même mondiale puisque certains personnages vont jusqu'au Nouveau Monde). Comme à son habitude, dans Une colonne de feu, Follett plonge ses personnages imaginaires dans la grande Histoire en leur attribuant des rôles plus ou moins subalternes dans le déroulement de celle-ci. Il faut dire que le contexte se prête à bien des péripéties: nous sommes en plein dans les Guerres de religions provoquées par l'émergence du protestantisme (Luther puis Calvin) et la lutte à mort que lui déclarent les catholiques. 

 

Nous avons plusieurs familles: les Willard, protestants, dont l'un des fils, Ned (18 ans quand débute le livre) épouserait volontiers Margery, 15 ans, fille de sir Reginald Fitzgerald, maire de la ville et catholique. Mais les parents de celle-ci (ainsi que son antipathique frère ainé Rollo) veulent lui voir épouser le vicomte de Shiring (descendant d'un des personnages pas très sympathiques des volumes précédents), également catholique. Et Margery n'aura pas son mot à dire. De son côté, la famille de Ned va être ruinée à la suite d'une transaction douteuse mais que validera un tribunal hostile aux protestants. 

 

Pendant ce temps-là, en France, un jeune étudiant ambitieux gagne sa vie en escroquant des naïfs et naïves. Pierre Aumale, fils d'un bâtard de la famille de Guise devenu curé et donc bâtard lui-même, rêve d'ascension sociale.et de reconnaissance par ses "parents". Il va se mettre à leur service et se vouer au combat contre les protestants français et à la Ligue catholique, allant, pour infiltrer et repérer les protestants qui seront visés lors de la Saint-Barthelemy (24 août 1572), jusqu'à feindre de vouloir épouser la fille d'un libraire vendant des livres interdits sous le manteau, Sylvie. Mais ses "protecteurs", loin de lui ouvrir leurs bras, le contraindront à épouser une de leurs servantes (laide et qu'il n'aimera jamais) pour avoir le droit de s'appeler Guise en assumant un bâtard dont il n'est pas le père et qu'il haïra. Cet aigri sera l'un des pires antagonistes... Les Français d'une part, les Catholiques de l'autre, n'ont vraiment pas le beau rôle dans le roman. 

 

J'ai trouvé que Follett poussait le bouchon un peu loin, en attribuant par exemple toute la responsabilité de notre Saint-Barthélémy parisienne à l'un de ses personnages fictifs, alors qu'un Alexandre Dumas, un Michel Zevaco ou un Robert Merle (pour ne citer que des romanciers français) avaient au moins la "décence" de nous présenter notre famille royale française (Charles IX, Catherine de Médicis...) capable de penser et d'agir "par elle-même" sans être juste les "pantins" d'un obscur personnage... Côté "raccourcis", j'ai relevé avec amusement, p.375, "l'expédition" d'un voyage en bateau, pour une femme seule, entre Marseille et Rouen en passant par le détroit de Gibraltar, en... six lignes!

 

Plus généralement, en terme d'idées, Une colonne de feu (allusion aux bûchers où brûlent les "hérétiques"?) montre fort bien comment ceux qui, opprimés, réclamaient pour eux-mêmes tolérance et liberté de culte, deviennent les premiers à la refuser aux autres lorsque, localement ou nationalement, le "rapport de force" a basculé. Cela a été vrai durant les "guerres de religion" du XVIe siècle comme cela l'avait été au Bas-Empire romain. 

 

Autour du "couple impossible" que forment Ned et Margery gravitent bien d'autres personnages. Entre autres, Barney, le frère de Ned, commerçant devenu marin, ira à Séville, deviendra soldat, se rendra dans le Nouveau monde, y fera souche avant de revenir finir ses jours à Kingsbridge. De son côté, Ned fera carrière au service de la reine Elisabeth Ière (1533-1603), reine protestante ayant succédé à sa demi-soeur Marie Tudor (1516-1558, catholique). Après la mort de l'époux de Margery (aucun des deux fils de celle-ci n'ayant été ceux de son époux!), les choses s'arrangeront à peu près... et Ned mourra paisiblement, octogénaire et entouré de ses descendants et neveux...

 

Quelques chroniques sur Une colonne de feu: DocBird, Anne-yes, Canaille27 du blog Pléiade, tirades et marmelade (dernier billet en 2022), Anouk (dernier billet en 2024), Kahlan (blog Etemporel), ALittleBit (blog Le salon des Précieuses), Allychachoo (blog Culture Déconfiture), Jean-Paul Degache (blog Notre jardin des livres), Emilie (blog À livre ouvert).

 

Dans cette saga Kingsbridge, il ne me reste plus à lire que la préquelle, Le crépuscule et l'aube, qui se déroule à l'époque des invasions vikings. Mais ce sera pour l'an prochain!

10 octobre 2026

Le corsaire de la reine - Barbara Cartland

Encore un livre glané hier dans un bac, lu d'une traite à l'aube, et qui ce soir aura sans doute rejoint une "bibliothèque partagée" en hall d'immeuble. Mais avant cela, il m'aura inspiré un billet (et ce n'est pas le cas de tous ceux que je [ta d loi du cine, "squatter" chez dasola] lis!). Le corsaire de la reine (en VO Elizabethan Lover) s'inscrit pleinement dans le Book trip en mer (saison 3) de Fanja. Mais aussi dans 2026 sera classique aussi! organisé par Nathalie, car l'édition anglaise semble remonter à 1953. 

Barbara Cartland, Le corsaire de la reine, Librairie Jules Taillandier, coll. J'ai lu N°1077, 
1980, 252 pages, illustration d'Etienne Lage (trad. Françoise Colas 1977, EO 1953)

 

Un hardi cavalier de 29 ans, Rodney Hawkhurst, se dirige vers le manoir des Gillingham, quand une flèche lui arrache son chapeau empanaché. Juste le temps de voler un baiser à l'archère impertinente, et notre capitaine Rodney arrive chez sir Harry, dont il espère bien obtenir un prêt de 2000 livres sterling, le tiers de la somme lui permettant d'armer un vaisseau pour "faire la course" contre l'Espagnol. Nous sommes en 1588, l'Armada approche de l'Angleterre... mais ce marin qui a navigué 10 ans sous les ordres de Francis Drake veut désormais courir sa chance pour son propre compte.

 

La famille Gillingham, ce n'est pas simple, elle est recomposée. Sir Harry approche de la soixantaine, a eu d'un premier lit une fille de 21 ans, Anne, puis d'une deuxième épouse deux enfants plus jeunes (Francis, l'aîné, et Lisbeth, presque 18 ans), et, après la mort de leur mère, s'est remarié avec une marâtre pas tellement plus âgée que ses propres enfants. Francis, qui aime trop la poésie au goût de leur père, a interdiction de fréquenter les voisins (père et fille). Anne va se retrouver fiancée (nul ne lui a demandé son avis!) à Rodney. Après le départ de celui-ci, Francis se fait pincer par papa à regagner nuitamment le domicile (la marâtre ayant malignement verrouillé la porte). Le voilà condamné à naviguer sur le bateau cofinancé. Lisbeth est chargée de l'accompagner à bon port (et d'éviter qu'il s'enfuie avant de monter à bord)... Pour la suite (dont vous vous doutez bien), voir plus haut!

 

En route vers les Caraïbes et les attraits des richesses espagnoles pour le navire L'Epervier et son équipage de 80 hommes, dont près de deux douzaines avaient déjà navigué avec Rodney (ces "deux douzaines" sont de moi: je les préfère aux "près de 24 d'entre eux" de la traductrice [p.58]!). Lors d'une petite canonnade avec deux bateaux espagnols, le médecin du navire est tué ainsi que deux autres hommes et 12 blessés. C'est Lisbeth, qui fréquentait une rebouteuse locale depuis qu'elle était enfant malgré les avis de sa nourrice, qui va donner les soins aux blessés. Au moins, contrairement à une Jeanne Barret, personne parmi l'équipage ne mettra en doute son statut de jeune homme ni ne l'inquiètera (elle jouit de sa cabine personnelle il est vrai). 

 

Nous avons donc de la violence dans ce livre (mais guère plus que dans les livres "jeunesse" de cape et de sabre que je lisais naguère). Le beau Rodney égorgera par derrière, sans état d'âme, l'une des six sentinelles laissées à bord du galion dont il va s'emparer par surprise, pendant que l'équipage espagnol festoie à terre dans un village indigène complice des Anglais ("les marins ont tué, pillé, rançonné les indigènes, mis leurs femmes à mal et fait main basse sur toutes les denrées de la région", leur avait dit un esclave marron) [p.103]. 
Je saute beaucoup plus loin pour une autre citation (p.218), alors que Rodney repense à son opération victorieuse (d'autres combats et d'autres victoires ont suivi depuis): "Il se remémorait maintenant avec quelle surexcitation intense ses hommes et lui s'étaient hissés à son bord, avec quelle force il avait poignardé la sentinelle espagnole. Il crut sentir la respiration haletante de l'homme contre sa main collée énergiquement sur sa bouche pour l'empêcher de crier". On s'y croirait, n'est-ce pas?

 

Reprenons: une fois la Santa-Perpetua capturée et hors d'atteinte, l'équipage de prise y découvre un jeune noble espagnol, fils de l'armateur. Espérant séduire Lisbeth, il lui révèle la cachette des plus beaux trésors (émeraudes, saphirs, perles...), sans parvenir à acheter son silence ni autre chose d'ailleurs. Par contre, elle l'aidera  à s'évader lorsqu'ils seront proches des Canaries où ils vont se ravitailler en eau potable. Plouf, un Espagnol à la mer (il sait nager, lui a-t-il répondu). Puis retour (séparément) au manoir des Gillingham, où il est encore et toujours prévu que Rodney (devenu richissime) épouse Anne, cependant que Lisbeth est appelée à devenir dame d'honneur de la reine Elisabeth...
Et je suis loin de vous avoir tout raconté.

 

Désormais, je peux affirmer avoir découvert l'oeuvre de Barbara Cartland (contrairement à Dasola qui, m'a-t-elle dit, n'en a jamais lu un seul). Cette lecture d'une écrivaine très "catégorisée" m'a rappelé ma participation, naguère, au challenge Chick lits for men. Mais certains des livres alors lus s'avéraient bien plus épicés. Le corsaire de la reine, c'est d'un chaste! Juste un bisou (volé) au début et un autre (accepté) à la fin, et, entre les deux, encore un qui suivait celui "à l'insu de son plein gré" dérobé à Lisbeth par le prisonnier espagnol (ce qui rendra Rodney fou de jalousie - en ayant aussi pour effet de lui faire comprendre et admettre qu'il est pincé!). En comparant la couverture de mon édition avec celle de l'édition originale en anglais, je n'ai pu m'empêcher de sourire en voyant l'éloignement des personnages en 1953 et leur rapprochement en 1980 (en plus, je trouve beaucoup plus mignonne la rouquine mutine de mon édition). 

 

Pour qui l'ignore (merci, Wikipedia consulté ce 10 octobre 2026!), Barbara Cartland (1901-2000) est créditée de 723 ouvrages, dont tous n'ont pas été traduits en français (la page sur ses livres avec des titres en français en comprend seulement 639 - dont 194 comportent le mot "amour"). Rien que dans mon édition "1980", en début de volume, 61 titres sont cités, dont 33 [déjà?] publiés en "J'ai lu". Notre autrice semble avoir commencé à écrire en 1923. Jusqu'à sa mort, il s'est écoulé seulement 923 mois (si je compte qu'elle a commencé son oeuvre en janvier 1923 [?]). Une jolie industrie... spécialisée dans les romans d'amour. Je me suis enfin demandé si l'arrivée au trône d'Elisabeth II avait pu jouer un rôle pour la rédaction de ce roman élisabéthain au lieu de "victorien"... 

 

Après recherches, voici un blog ayant parlé de ce vieux livre: Lectures de l'Oncle Paul (!), sachant que "Certains résultats peuvent avoir été supprimés conformément à la loi européenne sur la protection des données."...

30 septembre 2026

Les naufragés des Auckland - François Edouard Raynal

En cette fin septembre 2026, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente une réédition du récit (non-fiction) rédigé par un Français et publié à l'origine en 1870 (sous le titre Les naufragés ou Vingt mois sur un récif des îles Auckland). Après quelque 18 années d'aventures hors de France, François Edouard Raynal a, à la suite du naufrage de leur bateau, passé vingt mois sur une île inhabitée au large de la Nouvelle-Zélande avec quatre autres hommes, tous de nationalités différentes, en 1864. Cette (més)aventure a sans doute inspiré Jules Verne pour la rédaction de son roman L'île mystérieuse. 

F. E. Raynal, Les naufragés des Auckland,
La table Ronde, coll. la petite vermillon N°350, 2011, 318 pages

 

Le texte de Raynal est précédé de 10 pages de préface par Simon Leys. 

L'édition "d'époque" disponible sur Gallica affiche en page de garde (je cite dans le désordre!) "Librairie Hachette et Cie", "Bibliothèque des écoles et des familles", "récit authentique illustré de 40 gravures par A. de Neuville et accompagné d'une carte", "septième édition", "Ouvrage couronné par l'Académie française". Dans la réédition de 2011, les gravures ont été reprises (à noter qu'Alphonse de Neuville a illustré 20 000 lieues sous les mers par exemple, mais non L'Île mystérieuse). Le récit à la première personne m'a vraiment, dans le style "daté", rappelé tant les traductions de Robinson Crusoé ou du Robinson suisse dont je me délectais gamin, que mes Jules Verne et leur langue du XIXe siècle... 

 

Le récit proprement dit de cette aventure en particulier prend un peu de temps à démarrer. Raynal commence par s'adresser à sa mère (deux pages), au lecteur (deux pages aussi), avant une introduction de 16 pages, où il décrit sa vie "d'aventurier": né dans le Tarn-et-Garonne (en 1830), rêvant de voyages, il embarque à Bordeaux à 14 ans comme mousse puis comme marin (direction ce qui est aujourd'hui La Réunion). Puis il sera régisseur dans une plantation (sucre de canne) à 20 ans, après s'être formé "sur le tas", avant de partir pour l'Australie comme chercheur d'or (mineur).

 

En 1863, un de ses amis et l'associé de celui-ci lui confient la mission d'aller vérifier dans l'île Campbell l'existence d'une mine d'étain argentifère. Pour cela, ils embauchent un capitaine, Thomas Musgrave, Américain. Le bateau choisi pour l'expédition est le Grafton, petite goélette pouvant porter de 75 à 80 tonneaux de marchandise. Pourvu pour une expédition devant durer quatre mois, le bateau part avec un équipage complémentaire de deux matelots et un cuisinier. Il est prévu qu'au bout de quatre mois, les associés restés en Australie devraient "envoyer à leur recherche", et si besoin faire une demande à cet effet au gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud... Bref, le bateau appareille avec ses cinq hommes à bord le 12 novembre 1863. p.76, dans la nuit du 2 au 3 janvier 1864, le navire, ayant rompu sa chaîne d'ancre alors qu'il était au mouillage, est drossé sur un récif et fait naufrage à proximité de la côte de l'île d'Auckland. L'aventure commence... 

 

Se loger (une cabane à construire). S'organiser (désigner un chef et lui promettre obéissance), se répartir les tâches tout en les faisant tourner (pp.144-145, une remarque amusante: "... quatre hommes ont pu laver la vaisselle tour à tour, trois fois par jour, pendant 19 mois et demi, sans rien casser"). Chercher la nourriture quotidienne et la préparer. Ah, ils vont en bouffer, du "lion de mer", des huîtres, des moules et du poisson! La nourriture est peu végétale. Raynal entreprend de fabriquer de la bière, mais préfère y renoncer, redoutant les querelles d'ivrognes. De même, après avoir fabriqué des cartes à jouer, voyant que certains sont "mauvais joueurs", il les met au feu sans mot dire à la fin d'une ultime partie. p.178, 10 lignes sur les vertus du travail ("Quel bienfait de Dieu!") ont résonné, pour moi, avec ma récente chronique sur l'oeuvre de Zola... Finalement, après avoir attendu des mois qu'on vienne les chercher, nos cinq naufragés décident de se lancer dans la fabrication d'une embarcation, en "upgradant" la petite embarcation de service du Grafton après avoir fabriqué (forgé) les outils nécessaires. Mais l'embarcation ne pourra emmener que trois d'entre eux... qui n'auront de cesse, une fois parvenus en Nouvelle-Zélande le 24 juillet 1865 (p.261), d'envoyer du secours au deux derniers.

Puis ce sera le retour en France, la rédaction et la publication du livre. Entretemps, ils auront appris que, sur la même île qu'eux, d'autres naufragés séjournaient en même temps... Un appendice final évoque quelques autres naufrages aux Auckland (dont celui du General Grant), la vie des lions de mer...

Le capitaine Musgrave a publié son propre récit en 1866 (en anglais). Je ne sais pas s'il en existe une réédition contemporaine, en tout cas pas de traduction en français à ma connaissance.

 

J'ai réussi à dénicher quelques blogs qui en avaient parlé à l'époque (liste certainement pas exhaustive): Corboland78 (dernier billet en 2017) [alias désormais Le bouquineur !], Sophie (dernier billet en 2013). ClaudiaLucia et Keisha en avaient parlé (pour d'autres rééditions sous le titre d'origine) lors du BTEM1 *.

 

Mon billet sur cet ouvrage s'inscrit bien évidemment sur le challenge Book trip en mer (saison 3) chez Fanja, et aussi pour le challenge 2026 sera classique aussi! organisé par Nathalie. 

 

* Merci Fanja pour le rappel!

9 avril 2019

Vilhelm Hammershøi - Musée Jacquemart-André

Etant en congés trois jours, je suis allée voir la très belle exposition d'une quarantaine de toiles de Vilhelm Hammershøi, un peintre danois (1864-1916), au Musée Jacquemart-André, boulevard Haussmann (qui a servi de décor pour des scènes de Fedora, le dernier film de Billy Wilder, en 1978). J'avoue que je ne connaissais pas du tout l'oeuvre de ce peintre danois* dont je n'avais jamais entendu parler. Il y a 30 ans, ses tableaux avaient été exposés pour la première fois en France au Petit Palais, et puis une autre exposition avait eu lieu au musée d'Orsay en 1997. Pour mettre en perspective l'oeuvre de Vilhelm Hammershøi, il y a des tableaux de son frère Svend, de son beau-frère Peter Ilsted (le frère de sa femme), et d'un ami, Carl Holsøe. Vilhelm Hammershøi a pris comme modèle ses proches, dont sa femme souvent peinte de dos, ou sa mère. Les tableaux sont dans des gammes de gris et blanc avec parfois des couleurs chaudes. Il représente des intérieurs vides ou parfois occupés par une silhouette féminine. Cette exposition qui dure jusqu'au 22 juillet 2019 m'a beaucoup plu. Le musée, dans un très bel hôtel particulier qui se visite, est ouvert tous les jours de 10h à 18h, et fait nocturne le lundi soir jusqu'à 20 heures 30. Et j'ajouterai que l'on peut prendre les tableaux en photo. J'en ai profité.

20190408_135802 Peter Ilsted : Mère et enfant

20190408_135620 La mère de Villhelm Hammershøi

20190408_135526 Ilda Ilsted La future épouse d'Hammershøi. Il a pas mal travaillé d'après une photo car à l'époque c'était mal vu qu'une jeune femme pose pendant des heures pour un peintre, fut-il son futur mari.

20190408_135508 Autoportrait

20190408_134807 Intérieur (Musée d'Orsay)

20190408_134546 Intérieur avec un pot de fleur

20190408_134442 Intérieur

20190408_134308 Intérieur avec rayon de soleil sur le sol

20190408_134124 Intérieur

20190408_134100 Intérieur avec une femme de dos

20190408_133944 Intérieur avec une femme arrangeant des fleurs dans un vase

20190408_133744 Superbe tableau qui se trouve au Musée d'Orsay. On sent le relâchement de la femme assise. Titre : Hvile ou Repos

20190408_133643 Intérieur avec coin de salle à manger

20190408_133609 Intérieur avec une femme debout

20190408_133515 Cour intérieure de la maison où habitait le peintre

20190408_132901 Cathédrale de Copenhague

20190408_132800 Paysage : très sobre

20190408_132731 Paysage

20190408_132648 La mère du peintre Vilhelm Hammershøi

20190408_132531 Etude d'une femme vue de dos

20190408_132323 Carl Holsøe : Femme de l'artiste dressant la table

20190408_132221 Intérieur avec un jeune homme lisant (Svend Hammershøi)

 * et non hollandais comme je l'avais écrit par erreur (merci Keisha).

16 mai 2019

A la ligne (Feuillets d'usine) - Joseph Ponthus

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Ce premier roman m'a un peu décontenancée quand je l'ai commencé et puis, au fur et à mesure que j'ai avancé dans ma lecture, j'ai été conquise. En effet, A la ligne de Josph Ponthus (Edtion La Table Ronde, 263 pages) est une sorte de long poème en prose et parfois en vers qui évoque la vie à l'usine, les tâches harassantes et répétitives à la ligne. A Pôle Emploi, on propose au narrateur, qui a besoin de travailler, un emploi en intérim dans une usine bretonne de production, transformation et cuisson de poissons et de crevettes. Dans la pièce où il est travaille, il fait froid et l'odeur est forte. Quelque temps après, il travaillera dans un abattoir où il manie des carcasses de boeufs et de cochons. Toute la journée debout, il faut faire du rendement: jusqu'à traiter 670 (!) carcasses par jour à la ligne. Il ne parle pas de travail à la chaîne, mais cela revient au même. La langue est vraiment magnifique :
"Ca a débuté comme ça.
Moi j'avais rien demandé mais
Quand un chef à ma prise de poste me demande si j'ai déjà égoutté du tofu
Quand je vois le nombre de palettes et de palettes et de palettes que je vais avoir à égoutter seul et que je sais par avance que ce chantier m'occupera toute la nuit
Egoutter du tofu
Je me répète les mots sans trop y croire
Je vais égoutter du tofu cette nuit
Je me dis que je vais vivre une expérience parallèle
Dans ce monde déjà parallèle qu'est l'usine" (p. 45)  

"Il faut voir nos visages marqués
A la pause
Les traits tirés
Le regard perdu rivé au loin de la fumée des cigarettes
Nos gueules cassées
Si j'osais le parallèle avec la Grande Guerre
Nous
Petits troufions de l'usine
Attendant de remonter au front
Ou plutôt
Mercenaires...

La pause
Cette foutue pause
Espérée rêvée attendue dès la prise de poste
Et même si elle sera de toute façon trop courte
Si elle vient trop tôt
Que d'heures encore à tirer
Si elle vient trop tard
N'en plus pouvoir n'en plus pouvoir
Elle sera" (p.55-56)

"Parfois je hurle
Toutes les nuits je sais que je vais emporter
l'abattoir dans mes mauvais rêves
Et pourtant
A pousser mes quartiers de viande de cent kilos chacun
Je ne pense pas être le plus à plaindre
De quoi rêvent-ils
Toutes les siestes
Toutes les nuits
Ceux qui sont aux abats
Et qui
Tous les jours que l'abattoir fait
Voient tomber des têtes de vaches de l'étage supérieur
Prennent une tête par une
La calent entre des crocs d'acier sur machine idoine
Découpent les joues et les babines puis jettent les machoires et le reste du crâne
Huit heures par jour en tête à tête
" (pages 137-138)

Tout le roman est dans ce style que je trouve magnifique. Lire le billet d'Alex-mot-à-mots. Ce roman est un coup de coeur pour beaucoup de libraires et de biblothécaires et aussi pour moi.

26 mars 2019

La transparence du temps - Leonardo Padura

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Avant que j'évoque des polars plus ou moins réussis, je veux vous convaincre de lire le nouveau Leonardo Padura, La transparence du temps (428 pages, Editions Métailié) dans lequel on retrouve Mario Conde, l'ancien policier devenu un commerçant de livres anciens. Le roman se déroule entre le 4 septembre et le 9 octobre 2014 (le jour des 60 ans de Conde), et un épilogue se passe le 17 décembre 2014 (le jour où Obama et Raùl Castro ont entamé des négociations pour la normalisation des relations entre les USA et Cuba et la restauration des relations diplomatiques). Comme Keisha, j'ai eu beaucoup de plaisir à retrouver Conde qui rêve toujours de boire du bon café, qui fume des cigarettes et ne boit pas toujours du bon rhum. Entouré de ses amis fidèles et de son amoureuse Tamara, ainsi que son chien Basura II, Conde va reprendre son métier d'enquêteur pour rendre service à Bobby, un ancien camarade de lycée. Bobby, amateur d'art, s'est fait plaquer par son petit ami Raydel qui en a profité pour vider l'appartement qu'ils partageaient. lI a en particulier dérobé une très ancienne vierge noire en bois de grande valeur, importée d'Europe au moment de la guerre civile espagnole dans les années 30. Cette vierge va malheureusement provoquer quelques morts violentes. Pour Padura, ce roman est surtout l'occasion de faire une description de Cuba et de ses habitants en pleine décrépitude où la richesse côtoie la misère. Même pour Conde et ses proches, les produits de première nécessité manquent. Pour se déplacer, Conde prend les taxis collectifs ou marche longtemps. Il y a des descriptions de quartiers où les maisons sont des simples assemblages de tôles. Le récit est ponctué par l'histoire de la vierge noire et ses origines datant au moins de la chute de Saint-Jean d'Acre en 1291. Un magnifique roman avec un Conde un peu bougon qui n'est pas pressé de fêter ses 60 ans. Lire aussi le billet de Clara.

20 mars 2019

Salon du livre 2019 à Paris

Ayant eu une invitation par une collègue, je me suis décidée à aller au salon du livre de cette année. J'y suis restée relativement peu de temps: la foule et la chaleur m'incommodent assez vite. J'ai déambulé dans les allées. J'ai vu des files d'attente pour des dédicaces. J'ai aperçu Daniel Pennac conversant avec Guillaume Gallienne tandis que l'écrivain turc Orhan Pamuk quittait le stand Gallimard entouré de gardes du corps. J'ai aussi vu Bernard Minier, Jean-Louis Debré et Katherine Pancol. Point d'Amélie Nothomb, mais j'ai eu le plaisir d'avoir une gentille dédicace de Javier Cercas, un homme très sympathique. Lire le billet de Marilyne sur cet écrivain.

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Comme l'a mentionné Marilyne, cette année, c'était l'Europe qui était à l'honneur. J'ai trouvé l'initiative excellente.

J'ai acheté seulement trois livres: un de J.-H. Rosny Aîné, l'énigme de Givreuse et autres contes, collection Les orpailleurs science-fiction, édité par la BNF (j'ai été attirée par la couverture), Les Limousins à vol d'oiseau d'Onésime Reclus (le frère d'Elisée et Elie) et Les soldats de Salamine de Javier Cercas.

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Je ne regrette pas ma visite même si elle fut courte.

1 janvier 2019

Meilleurs voeux 2019

Nicoline (une vache jersiaise que mon ami a vu naître en février 2018 dans une ferme où il faisait un stage) et moi-même, nous vous souhaitons une très belle année 2019.

Qu'elle vous apporte tout ce que vous pouvez désirer, bonheur et santé.

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Nicoline en mai 2018
et

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Nicoline en octobre 2018.

PS: Pour répondre à la question de Maggie (son commentaire ci-dessous), elle ne vit pas avec nous. Elle rumine dans la ferme où elle est née en Seine-et-Marne. Elle va devenir une vache laitière dès qu'elle aura eu son premier veau dans plus d'un an encore.

27 février 2019

Qui a tué l'Homme-homard? - J.M. Erre

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Après Clara, je conseille la lecture de Qui a tué l'Homme-homard? (Edition Buchet-Chastel, 354 pages savoureuses) le nouveau J.M. Erre qui a une fois de plus écrit un roman désopilant même si quelques meurtres émaillent le récit. Je n'ai pas hésité une minute à l'acheter sachant que je ne regretterai pas. De nos jours, dans un village perdu de Lozère, à Margoujols, l'un des bourgs les plus reculés du Gévaudan, un meurtre puis d'autres sont commis. Quatre gendarmes sont envoyés sur place pour mener l'enquête dont l'adjudant Pascalini. La première victime est donc un homme détesté par tout le monde que personne ne pleure, Joseph Zimm, l'homme-homard (né avec une ectrodactylie, une absence de plusieurs doigts), un ancien artiste d'un cirque de "freaks" dont les membres se sont installés depuis des années dans le village. Dans la troupe de ce cirque venu de Roumanie à la fin de la 2ème guerre mondiale, on trouve des octogénaires, dont une femme à barbe, un colosse, un lilluputien, un homme-éléphant et un homme-caoutchouc, ainsi que des soeurs siamoises. Mais une personne est plus monstrueuse que tous les autres, c'est Julie de Creyssels, la narratrice du récit. Fille du maire, Julie de Creyssels, âgée de 23 ans, est clouée dans un fauteuil roulant depuis la naissance. Elle est tétraplégique et ne peut bouger que le majeur gauche. Elle peut dialoguer grâce à lui et à un équipement informatique ultra-performant. Elle aussi mène l'enquête. D'une grande intelligence, elle fait montre d'un humour pince-sans-rire ravageur. Je vous laisse découvrir ce roman qui m'a fait souvent sourire. Si vous ne connaissez pas J.M. Erre, lisez aussi Le mystère Sherlock, Série Z, La fin du monde a du retard, Le grand n'importe quoi.

8 février 2018

Trois jours chez ma tante - Yves Ravey

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Trois jours avec ma tante d'Yves Ravey (Editions de Minuit, 187 pages) est le récit à la première personne fait par Marcello Martini, qui, en 2015, se trouve contraint de quitter le Liberia (comté de Grand Bassa) pour retourner en France, auprès de sa tante Vicky. En effet, cette tante fortunée, qui finance de bonnes oeuvres et vit dans une maison de retraite assez chic, vient d'arrêter le virement mensuel assez conséquent qu'elle versait à Marcello depuis presque 20 ans (époque où Marcello a quitté précipitamment la France avec un passeport fabriqué à la hâte). Vicky en profite pour déshériter son neveu au profit de Rébecca, la fille de ce dernier (que lui ne reconnait pas comme étant sa fille). Marcello se donne trois jours pour renverser la situation, et en particulier avec pour objectif que sa tante lui établisse un dernier chèque avec beaucoup de zéros... Au fur et à mesure que le récit avance, on en apprend de belles sur Marcello, délateur, négrier d'enfants au Liberia (il est sur le point de perdre son agrément auprès du Haut-Commissariat aux réfugiés): il a, 20 ans auparavant, en tant que secrétaire particulier de sa tante Vicky, détourné des fonds avec un complice qui a fait de la prison. Par ailleurs, l'ex-femme de Marcello et mère de Rébecca veille sur les intérêts de Vicky et surveille donc Marcello... Ce qui fait le sel de ce roman, c'est la manière neutre qu'a Ravey de décrire simplement les choses, les faits, et de faire des révélations au détour d'une phrase. Il ménage un suspense jusqu'au bout. Marcello est une fripouille mais comme c'est le narrateur, on arrive presque à avoir de la sympathie pour lui et pourtant... Un roman distrayant que j'ai aimé et qui se lit vite.

Lire les billets de Keisha, Athalie pas convaincue et Pierre D.

14 septembre 2017

L'homme qui s'envola - Antoine Bello

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Ce nouveau roman d'Antoine Bello est une lecture agréable. L'homme qui s'envola (Editions Gallimard, 318 pages) s'appelle Walker (il va s'envoler au sens propre et figuré). Il a tout pour être heureux: de l'argent, une épouse adorable, Sarah, et trois beaux enfants. Il dirige avec succès au Nouveau-Mexique la société familiale (celle de ses beaux-parents) concurrente de la Fedex. Mais Walker étouffe, il est en pleine crise existentielle, il n'a pas une minute à lui pour profiter de sa vie. Il décide de s'enfuir en mettant en scène sa mort. Pour ce faire, il fait "crasher" l'avion qu'il pilote après avoir sauté en parachute. Malheureusement pour lui, un détective, Nick Sheperd, l'un des meilleurs dans le domaine de la recherche des personnes disparues, est convaincu que Walker est encore vivant. D'ailleurs une caméra de vidéosurveillance dans un magasin trahit Walker. Le roman est divisé en trois parties. La première partie décrit la vie, la décision de Walker et sa disparition. Les deux autres parties alternent les récits de Walker, de Sarah et de Nick. Cela rend le roman vivant et on le lit vite. Les personnages sont tous attachants C'est peut-être le reproche que je ferais à Antoine Bello, cela manque de dureté. C'est une histoire trop "gentille". Lire les billets de Krol et d'Eva.

23 juin 2017

Article 353 du code pénal - Tanguy Viel

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C'est en fréquentant les blogs que j'ai repéré ce roman que j'ai eu envie de lire, Article 353 du code pénal de Tanguy Viel (Editions de minuit, 173 pages). A la dernière page du livre, le lecteur prend connaissance de cet article du code de procédure pénale où il est question de l'intime conviction tout comme dans les articles 427 et 304 qui sont évoqués dans les procès de droit pénal. Toute l'histoire ou presque est racontée en 4ème de couverture: Martial Kermeur a jeté Antoine Lazenec à la mer en le passant par dessus bord d'un bateau. Kermeur est arrêté peu après. Il ne nie rien devant le juge, bien au contraire. Il explique les événements qui l'ont amené à commettre l'irréparable. Le roman est écrit à la première personne par Kermeur qui distille son histoire sans s'énerver. Il prend son temps. Le lecteur est acquis à sa cause assez vite. Kermeur, licencié depuis peu avec quelques autres, a récupéré une indemnité conséquente. Lazenec, avec son air banal et ses chaussures à bouts pointus (comme les chaussures italiennes), était un escroc. Promoteur immobilier, il a réussi à convaincre Kermeur et quelques autres de lui confier leurs économies qui seraient investies dans un complexe immobilier en lieu et place d'un parc et d'une vieille maison en bord de mer. Le temps passe, les travaux commencent mais s'arrêtent aux fondations. Kermeur se rend compte qu'il s'est fait avoir comme le maire de la petite ville voisine. J'ai eu du mal à me procurer ce roman dans une des biblothèques de la ville de Paris: il est toujours sorti (quel succès!). Ma patience a été récompensée et ma lecture agréable. Je conseille, tout comme Krol, Baz'art, Laure et Eva. Valérie est plus mitigée.

5 juillet 2017

Jules / Le retour de Jules - Didier van Cauwelaert

Voici deux romans charmants à lire cet été. Ils se suivent mais on peut lire le deuxième avant le premier: c'est ce que mon ami Ta d loi du cine et moi-même avons fait.

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Jules est un labrador, un chien dressé pour aider et accompagner les personnes non-voyantes. Dans Jules (Editions Albin Michel, 275 pages), la maîtresse de Jules, Alice Gallien (27 ans), va subir une opération de la cornée qui lui rendra la vue. L'opération est une réussite. Juste avant l'opération, Alice et Jules vont croiser la route de Zibal de Frèges (ça ne s'invente pas!), un vendeur de macarons à l'aéroport d'Orly, bardé de diplômes universitaires et chercheur scientifique chez lui. Par exemple, il place des électrodes sur les yaourts afin d'observer le comportement des ferments lactiques et leur interaction d'un pot à l'autre. Zibal n'a ensuite de cesse de retrouver Alice, mais c'est Jules qui permettra qu'Alice et Zibal soient réunis. Bien entendu, le fait qu'Alice retrouve la vue perturbe Jules qui se retrouve au chômage, et c'était la pire chose qui pouvait arriver à un chien guide. Heureusement, Jules se reconvertit en chien d'assistance auprès d'un jeune épileptique. Je ne vous raconte pas tout, bien entendu. A la fin du roman, Didier van Cauwelaert avoue sa passion pour les chiens d'aveugle (et il est aussi membre de la Fondation française pour la recherche sur l'épilepsie).

On retrouve avec grand plaisir Jules, Zibal, Alice et quelques-uns de leurs proches dans Le retour de Jules (Edtions Albin Michel, 166 pages). "Jules ... a été recruté par l'ESCAPE, l'Ecole supérieure des chiens d'alerte et de protection pour épileptiques créé tout récemment à Nancy. Il a obtenu haut la patte son diplôme d'assistant niveau A, tout engrossant la plupart de ses consoeurs en dehors des heures de service" (p.14). Néanmoins, Zibal apprend avec horreur que Jules est condamné à être euthanasié. On découvre pourquoi assez vite. Jules tombe amoureux pour de vrai avec une braque de Weimar (voir les photos des couvertures). Ils vont s'enfuir tous les deux. Un vrai suspense. J'ai appris grâce à ce roman, et selon l'écrivain, que 10% des chiens sont capables de prévoir une crise d'épilepsie. Ils se mettent à aboyer. Les proches du malade sont capables alors de prévoir le nécessaire pour enrayer la crise. Van Cauwelaert a une plume alerte et vous allez craquer pour Jules. A lire.

25 décembre 2014

Whiplash - Damien Chazelle

Joyeux Noël à tous les blogueurs qui passent par chez moi. J'espère que personne n'est resté isolé ou malade et que les cadeaux du Père Noël furent à la hauteur des attentes.

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Sinon, si vous ne savez pas quoi faire en ce jour du 25 décembre et que vous aimez le cinéma, le jazz et en particulier la batterie, essayez d'aller voir Whiplash de Damien Chazelle qui est sorti hier (24 décembre 2014). Andrew, qui étudie dans une école de musique prestigieuse à New-Yorkk, pratique la batterie depuis son plus jeune âge. Fletcher, un professeur renommé dans l'école, le choisit pour faire partie de son orchestre. Andrew ne se doute pas de ce dans quoi il s'engage. Fletcher, le crâne rasé et maigre de cou (il m'a fait penser à un oiseau déplumé) est un être tyrannique qui humilie verbalement ses élèves. En voulant atteindre la perfection, il fait des dégâts sur des esprits parfois fragiles. Andrew, tel un athlète olympique, s'entraîne encore et toujours pour obtenir le tempo parfait que désire Fletcher. Andrew transpire, pleure, reçoit des gifles. Les baguettes lui entaillent jusqu'au sang l'espace entre le pouce et l'index. Sans parler du fait que Fletcher provoque des rivalités entre batteurs (Andrew n'est pas tout seul). Le film qui dure 1H47 a bien entendu du rythme, mais j'avoue qu'il m'a paru manquer un peu d'émotion et de grâce. Je m'attendais à vibrer davantage. Un batteur comme Buddy Rich (1917-1987) qui est évoqué dans le film avait de la grâce dans sa façon de jouer. Dans le film, Andrew est un bon technicien, il en veut, il sait jouer mais je n'ai pas trouvé qu'il était gracieux. Ce n'est qu'une performance (ce qui n'est déjà pas si mal). La fin très abrupte m'a frustrée. Le réalisateur n'attend pas que les applaudissements résonnent dans la salle de concert. Pendant le film, on a surtout l'occasion d'entendre Whiplash de Hank Levy (1927-2001 - je ne connaissais pas du tout) et Caravan écrit par Duke Ellington et Juan Tizol. Film à voir en cette fin d'année. Lire le billet d'Alex-6.

Le blog de Dasola
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