Films vus en salle, en DVD, à la télévision ou marquants
lundi 25 mai 2015

Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence - Roy Andersson

Voici un film singulier sorti le 24 avril 2015 qui peut rebuter beaucoup de spectateurs. Un pigeon perché sur une branche... du réalisateur suédois Roy Andersson clôt une trilogie commencée avec Chansons du deuxième étage (2002) et Nous les vivants (2007). Le film se compose d'une suite de saynètes avec comme fil rouge éventuel la présence de deux VRP spécialisés dans les farces et attrapes (ils souhaitent que les gens s'amusent et soient gais). Dans une petite valise sont rassemblés des dents de vampire dont des canines ultra-longues, un genre de coussin rieur et un masque en caoutchouc représentant un "pépé édenté". Le réalisateur commence très fort avec trois rencontres avec la mort: un homme s'effondre sur le sol de sa salle à manger pendant que sa femme est à la cuisine. Dans une cafétéria, devant un cadavre gisant, la caissière demande si la bière et le sandwich payés par le décédé peuvent intéresser une des personnes présentes. Enfin une vieille femme agonisante à l'hôpital ne veut pas lâcher un sac à main que ses enfants essayent de lui retirer. On peut trouver les scènes inégalesn mais certaines m'ont marquée: la prof de danse de flamenco assez rubiconde qui palpe un des danseurs, la tenancière d'un pub à Göteborg dans les années 40 qui se fait payer avec des baisers, l'évocation de la défaite en 1709 du roi Charles XII de Suède face aux Russes (on le voit arriver dans un bistrot pour aller aux toilettes). Le film se compose de 39 scènes filmées en plan fixe des décors dans des couleurs tirant sur le beige. Les personnage ont l'air aussi lugubres que ces décors. Personnellement, j'ai adhéré au parti pris du réalisateur: pas de vrai scénario mais des plans très travaillés du point de vue visuel et sonore. Ce sont des compositions picturales. Le film dure 1H40; aurait-il été plus long que cela ne m'aurait pas dérangée. Le film, qui n'est déjà presque plus projeté à Paris, a reçu le Lion d'or au dernier festival de Venise en septembre 2014.

Lire les billets d'Alex-6 et Pascale.

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mardi 19 mai 2015

La tête haute - Emmanuelle Bercot / La loi du marché - Stéphane Brizé

Voici deux des films français qui sont en compétition au festival international du film de Cannes de cette année. Je vous les recommande tous les deux, surtout le deuxième dont le thème m'a davantage concernée et m'a fait penser à Discount (en plus sombre).

La tête haute de la réalisatrice Emmanuelle Bercot a été choisi pour faire l'ouverture du festival. Dès les premières images, on est tout de suite dans le vif du sujet: on entend des cris, des pleurs et des paroles violentes. Malony, un garçonnet de 6 ans soit-disant insupportable et ingérable, est abandonné par sa mère Séverine dans le bureau de Florence Blaque, un juge pour enfants. Dix plus tard, on retrouve Malony, petit délinquant, n'arrêtant de dire des gros mots et ne tenant pas en place, dans le bureau de la même juge. Il est passé de foyer en foyer sans perdre le lien très fort qu'il a pour sa mère, qui est tout pour lui. Malony va avoir 16 ans et il sait à peine lire et écrire, étant en rupture scolaire. La juge essaie de faire au mieux pour le bien de Malony, quitte même à l'envoyer en prison pour qu'il prenne conscience qu'on veut l'aider. Le film est très bien interprété par Catherine Deneuve en juge pour enfant (on y croit). Sara Forestier dans le rôle de la maman de Malony n'a pas un rôle facile. Personnellement, j'ai trouvé le rôle de Séverine insupportable. On a envie de lui flanquer une gifle. Mais la révélation du film, c'est le jeune Rod Paradot. Il est impressionnant dans le rôle de Malony. C'est son premier film, j'espère qu'on le reverra. Pour ma part, j'ai trouvé La tête haute réussi sauf la fin qui m'a paru un brin optimiste. Lire le billet de ffred.

Le ton optimiste n'est par contre pas de mise dans le film La loi du marché, le quatrième film de Stéphane Brizé, dans lequel Vincent Lindon joue le rôle principal, face à des acteurs non-professionnels tous étonnants. Le film, en compétition officielle à Cannes, est sorti lundi 18 mai 2015,dans beaucoup de salles, le même jour que sa projection sur la Croisette. J'ai trouvé que ce film, par son ton et sa forme, tendait vers le documentaire. Les personnages sont filmés au plus près. Dès la premère séquence, on se retrouve tout de suite dans l'ambiance: Thierry, dans un bureau de Pôle Emploi, explique à son conseiller que le dernier stage qu'il vient d'effectuer comme grutier n'a servi à rien. Depuis vingt mois, il est au chômage. Dans neuf mois, il ne touchera plus que 500 euros par mois. Il argumente qu'il n'a rien contre le fait de faire des stages, mais il faut que ça aboutisse à un emploi. Dans le plan suivant, Thierry dîne dans sa cuisine en compagnie de sa femme et de son fils. Celui-ci est gravement handicapé moteur. On sent que le trio est soudé. Dans une autre séquence, Thierry a rendez-vous avec sa conseillère de clientèle qui essaye de lui vendre une assurance décès en pensant à l'avenir (?) de ses proches (J'ai trouvé qu'il y avait de l'ironie à associer la mort avec l'avenir). D'autres séquences m'ont marquée dont l'entretien d'embauche par skype, qui se se conclut par le fait que la candidature de Thierry ne sera pas retenue. Puis tout de même, on retrouve Thierry travaillant, en costume cravate, dans une grande surface: il doit appréhender les voleurs et les fraudeurs grâce à 80 caméras disséminées dans tout le magasin. Ces caméras servent aussi à espionner les employés (les caissières). Je pourrais vous raconter tout le film mais je m'arrête là. Vincent Lindon est remarquable, il se fond dans le décor, dans son personnage. Il n'écrase pas les autres. Un très grand film où le misérabilisme est absent. En revanche, je n'ai trouvé aucun espoir quand le film se termine, le constat est assez amer. Lire le billet d'Alex-6.

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mercredi 13 mai 2015

Les terrasses - Merzak Allouache

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Je vous recommande le film franco-algérien Les Terrasses du réalisateur Merzak Allouache (sorti dans seulement trois salles à Paris le mercredi 6 mai 2015). Le réalisateur nous conte cinq histoires assez sombres de violence ordinaire. Il a pris comme décor cinq terrasses (souvent des lieux d'habitation) situées dans cinq quartiers historiques d'Alger: La Casbah, Bab el Oued, Belcourt, Notre-Dame d'Afrique et Telemly. De l'aube à la nuit, au rythme des cinq appels à la prière journalière des muezzins (une musique d'ambiance comme une autre), ces histoires indépendantes, qui s'enchevêtrent par moment, constituent des huis-clos à ciel ouvert.

Par petites touches, le réalisateur qui est aussi le scénariste passe de personnage en personnage sans s'apesantir. On croise une mère âgée rejetée par sa famille qui vit seule avec son fils et sa fille, adultes, l'un drogué, l'autre mutique; une petite fille qui apporte de la nourriture à son oncle "fou", enfermé comme un chien dans une niche; de jeunes musiciens en quête d'un lieu pour jouer, un prédicateur abuseur, un homme qui torture un autre homme (on apprendra à la fin quel est le lien qui les unit), un trio de jeunes cinéastes... Ce qui m'a le plus frappée dans ce film, c'est le contraste entre la décrépitude et la saleté de la ville défigurée par les centaines d'antennes paraboliques et le panorama magnifique de la baie et de la mer. S'il passe par chez vous, allez voir Les Terrasses que j'ai vu dans le beau cinéma Le Louxor à Barbès, Paris Xème. La salle était pleine.

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jeudi 7 mai 2015

Les jardins du roi - Alan Rickman / My Old lady - Israël Horovitz

Parmi les sorties du marcredi 6 mai 2015, j'ai choisi au hasard deux films (britanniques tous les deux) car j'apprécie beaucoup les acteurs que l'on voit sur l'écran.

Je commence par Les jardins du roi d'Alan Rickman qui réunit Louis XIV, André Le Nôtre, Mme de Montespan, la Princesse Palatine et son mari Philippe d'Orléans, avec en arrière-plan Versailles et son château en train de se construire. L'histoire se déroule en 1686, l'année de la mort de la reine Marie-Thèrèse, la femme du monarque. Le réalisateur, qui interprète le roi soleil (il est aussi co-scénariste), imagine un beau personnage féminin de pure fiction, une collaboratrice d'André Le Nôtre, Sabine de Barra, qui va concevoir le bosquet aux rocailles installé dans un coin du parc du château. Jeune veuve, Sabine va bien entendu tomber dans les bras du jardinier du roi et affronter la jalousie de l'épouse de ce dernier. Kate Winslet est tout à fait convaincante dans son personnage qui fait fi des obstacles sur sa route face à Mathias Schoenaerts (pas désagréable à regarder), lequel s'en tire aussi très bien.
Si on fait abstraction de pas mal de choses: le fait que les personnages s'expriment en anglais (j'ai vu le film en VO); que le film n'a pas été tourné en France mais en Angleterre; que des scènes comme, par exemple, la conversation entre le roi et Mme de Barra dans le jardin de La Quintinie, sans personne autour, semblent assez loin de la réalité historique, j'avoue que j'ai passé un bon moment et je pense que je n'étais pas toute seule.

Je passe à My Old Lady, adapté d'une pièce d'Israêl Horovitz qui est aussi le réalisateur du film. Mathias Gold (Kevin Kline, un acteur devenu trop rare sur nos écrans) est un Américain qui débarque à Paris avec l'intention de revendre l'hôtel particulier sur deux étages (et avec un grand jardin) situé dans le quartier du Marais à Paris que lui a légué son père décédé récemment. Ce dernier a oublié de lui préciser qu'il avait acheté cet hôtel en viager 43 ans auparavant à une femme, Mathilde Girard, qui y habite toujours. Il s'agit de la "Old Lady" (elle a 92 ans) du titre, interprétée par la géniale Maggie Smith. La rente viagère mensuelle s'élève à 2400 euros, somme relativement modique pour un bien estimé à 12 millions d'euros. Mathilde est en pleine forme et elle aime le bon vin (un verre à chaque repas). Mathias qui, à 57 ans et 11 mois, n'a pas d'enfant, pas d'argent et est divorcé trois fois, voudrait se débarrasser le plus vite possible de cette maison et quitter Paris. Mais Mathilde et Chloé, la fille de Mathilde, (Kristin Scott-Thomas) ne se laissent pas faire. J'ai trouvé que l'histoire démarrait bien. Il y a un ressort comique évident. En revanche, à partir d'un certain moment, ça s'étire en longueur, on s'ennuie un peu. C'est dommage. Le Paris très "carte postale" est plaisant. A vous de voir.

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vendredi 1 mai 2015

Le labyrinthe du silence - Guido Ricciarelli

Je suis allée voir Le labyrinthe du silence car ce film traite d'un procès dont je n'avais jamais entendu parler. Et j'ai apprécié que ça soit des Allemands qui tournent un film sur un tel sujet. Comme à mon habitude, j'ai vu le film en VO. L'histoire débute en 1958, au moment du rapprochement franco-allemand initié par le chancelier Adenauer et le Général de Gaulle. L'Allemagne, treize ans après sa capitulation sans conditions, ne veut plus entendre parler de la période 1939-1945, comme si tous les nazis s'étaient évaporés après la disparition d'Hitler. Un jeune procureur, Johann Radmann, né en 1930, se donne la tâche de traduire en justice d'anciens SS ayant servi et sévi au camp d'Auschwitz. C'est la première fois qu'un procès concernant l'Holocauste se fait en Allemagne par un tribunal allemand. Dès le début, il est confronté à un mur d'incompréhension. On n'aime pas remuer le passé. Il ne reçoit pas de menaces directes mais l'administration ne fait rien pour lui faciliter le travail. Il a tout de même des soutiens comme ceux d'un journaliste et du procureur général. Le procès se déroulera entre 1963 et 1965. Il y aura 22 personnes "jugées pour des meurtres et d'autres crimes commis de leur propre initiative et non pour ceux qu'ils auraient perpétrés en appliquant des ordres reçus" C'est un film très classique dans sa forme. Certaines scènes sont poignantes (quand les anciens déportés témoignent devant le jeune procureur bouleversé). Les acteurs, que je ne connais pas du tout, jouent tous très juste. Il semble que le réalisateur germano-italien qui est aussi co-scénariste du scénario ait été respectueux des faits historiques. Un bon film que je vous recommande. Sur un sujet voisin, je vous recommande à nouveau L'affaire Collini de Ferdinand Von Schirach. Sinon, lire le billet d'Alex-6 sur le film.

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mardi 28 avril 2015

Jauja - Lisandro Alonso / Shaun le mouton - Mark Burton, Richard Starzak

Voici deux films qui n'ont rien voir l'un avec l'autre, sauf que je les ai vus dans la même soirée.

Jauja de Lisandro Alonso est sorti mercredi 22 avril 2015 dans quelques salles à Paris. C'est un film qui sort de l'ordinaire. Les dialogues sont en deux langues, le danois et l'espagnol. Le format de l'image est carré avec des bords arrondis. La lumière tire plutôt vers les tons jaune ocre et gris. Le décor principal est le paysage venté (on entend peu de musique et beaucoup le vent), caillouteux et assez aride de la Patagonie argentine. De nombreux plans fixes s'attardent sur ce paysage. A la fin du XIXème siècle, en plein coeur de la Patagonie, Gunnar Dinesen, un ingénieur danois, et Ingeborg, sa fille âgée de 15 ans, bivouaquent avec l'armée argentine qui est là pour exterminer la population indigène dont le chef habillé en femme se nomme Zuluaga. L'armée est en quête d'une ville mythique appelée Jauja qui a disparu depuis des siècles. Gunnar est nommé capitaine dans l'armée pour l'occasion. Bien qu'il surveille de près sa fille (blonde aux yeux bleus), cela n'empêche pas Ingeborg de s'enfuir avec un soldat. Le père désespéré part à sa recherche. Si vous voulez vivre une expérience cinématographique qui change du tout venant, allez voir ce film un peu abstrait où le rêve et le fantastique se mêle à la réalité. Viggo Mortensen (coproducteur du film) est très bien. En revanche, je n'ai pas compris une partie de l'épilogue qui se passe de nos jours. Lire le billet très complet d'Alex-6.

Et maintenant, je passe à Shaun le mouton (sorti le 1er avril 2015), produit pour partie par les studios Aardman. Nick Park, le créateur de Wallace et Gromit et des poules de Chicken Run, a imaginé le personnage de Shaun, un mouton intelligent, plein de ressources qui, un jour, en a assez de la routine de la ferme où il habite avec six ou sept de ses congénères. Régulièrement, il passe à la tondeuse comme les autres. Il faut dire que le fermier est un as de la tonte. Ces moutons sont gardés par Bitzer, un chien de berger très attaché à son maître. Pour profiter un peu de liberté, Shaun a l'idée d'enfermer le fermier dans une caravane après que celui-ci se soit endormi en ayant compté les moutons. La caravane se met à rouler toute seule et se dirige vers la grande ville voisine. A partir de là, les gags se multiplient. Shaun et les autres partent à la recherche du fermier qui, entretemps rendu amnésique par accident, devient un coiffeur à la mode (il tond les cheveux comme la laine). Ils doivent faire face à un méchant gardien de fourrière digne de Mme Tweedy dans Chicken Run. J'ai vu des clins d'oeil aux films Le silence des agneaux ou Les évadés (The Shawshank Redemption). Il y aussi des références aux films précédents de Nick Park. Le chien Bitzer a un air de famille avec Gromit (en moins intelligent, tout de même). Ce film qui dure 1H20 est très amusant. Le public de la salle (des adultes en majorité) riait beaucoup. Un film à voir et à conseiller.

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mercredi 22 avril 2015

En équilibre - Denis Dercourt / Enfant 44 - Daniel Espinosa / Taxi (Téheran) - Jafar Panahi

Autant j'avais aimé La tourneuse de pages (2006) qui réunissait Catherine Frot et Déborah François, autant le réalisateur Denis Dercourt m'a assez déçue avec En équilibre qui est sorti il y a une semaine. Pour résumer, Denis Dercourt est plus à l'aise quand il parle de musique que quand il aborde d'autres sujets tels que les chevaux ou les assurances. Le scénario est adapté d'une histoire vraie. Marc Guermont (Albert Dupontel), un cascadeur à cheval, est devenu paraplégique suite à un accident lors d'un tournage. Il fait la connaissance de Florence Kernel (Cécile de France, rayonnante) qui, en tant que chargée de clientèle d'une compagnie d'assurances, doit convaincre Guermont de signer un accord à l'amiable d'un montant que pour sa part, il juge insuffisant. Il ne veut pas céder. Il rêve de remonter sur son cheval Othello (bel étalon rétif). A partir de là, je m'attendais à voir un affrontement entre Guermont et la compagnie d'assurances. Dercourt évacue le sujet pour se concentrer sur les rêves de Florence dont la vie prend un tournant radical. En effet, licenciée de son travail (je vous laisse découvrir pourquoi), elle se remet à jouer du piano (du Franz Liszt): une passion commune entre Guermont et elle. J'ai trouvé que le film manquait d'articulation, il y a des invraisemblances, des ellipses. Vous pouvez attendre une diffusion télévisuelle. Lire l'avis plus positif de Géraldine.

Je passe à Enfant 44 de Daniel Espinosa qui est, selon moi, un ratage presque complet. C'est dommage car le roman de Tom Rob Smith dont est tiré le film avait des qualités. Dans le film, on n'a aucune présentation des personnages, on ne sait pas qui est qui. En 1953, en Russie, pas longtemps avant la mort de Staline, Leo, un membre de la police militaire est poursuivi par la haine tenace de deux hommes. Le premier s'appelle Vassili (Leo l'avait plus ou moins humilié), et l'autre, un certain major Kusmin, est interprété par Vincent Cassel. Dans un pays où le crime n'existe pas, Leo est amené, par un concours de circonstances, à enquêter sur la mort suspecte de plusieurs petits garçons. A cela se greffe le fait que Leo et sa femme (qui est institutrice) sont exilés loin de Moscou suite à une dénonciation. Tout le monde dénonce tout le monde. Pour moi, le gros défaut du film, c'est le fait que les acteurs assez cosmopolites parlent tous l'anglais avec un accent russe (enfin, à ce que j'ai ressenti). Même des acteurs anglais comme Gary Oldman ou Tom Hardy (Leo) prennent un accent improbable. De plus, le scénario est assez fouillis. On passe d'un plan à l'autre sans raison précise. On n'arrive à s'attacher aux personnages. Il y a même des scènes un peu risibles. Ridley Scott a produit le film, peut-être aurait-il fallu qu'il le réalise.

Je termine avec Taxi (Téhéran) pour remonter le niveau. Ce film de l'Iranien Jafar Panahi à reçu l'Ours d'Or au dernier festival du film de Berlin*. Ce cinéaste dont j'avais apprécié le film Le cercle (en 2000) ne peut pas sortir d'Iran, il a fait de la prison pour des prises de position qui ont indisposé le gouvernement iranien et il lui est interdit de filmer. C'est pourquoi, pour contourner cette interdiction, il a choisi de se transformer en chauffeur de taxi et de placer une caméra sur le tableau de bord du véhicule. Pendant presque une heure vingt, d'un air affable, Jafar roule dans les rues de Téhéran en prenant des passagers surprenants: un voleur à la tire, deux vieilles dames avec des poissons rouges, un revendeur de DVD (qui a reconnu le cinéaste), une femme et son mari à la tête ensanglantée, sa propre nièce de 13 ans, future cinéaste, volubile et au caractère bien trempée, et enfin une avocate qui connait Jafar Panahi et qui a elle-même de gros problèmes avec le régime en place (elle doit être radiée du barreau). Le film a paraît-il coûté environ 32 000 euros. Comme il n'a pas plu au régime en place, il n'a pas eu droit au financement d'un générique de fin (le cinéaste s'en excuse auprès des spectateurs). Comme Alex-6, je vous conseille ce film.

* et non le Lion d'Or au dernier festival de Venise (merci à Tinalakiller pour la correction)

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jeudi 16 avril 2015

Une belle fin - Uberto Pasolini

Parmi les sorties du mercredi 15 avril 2015, je vous recommande un joli film mélancolique vu le soir même. Il s'agit d'Une belle fin, un film anglais dirigé par un réalisateur (et producteur) d'origine italienne, Uberto Pasolini (né à Rome en 1957, il est un neveu de Luchino Visconti). John May, la quarantaine terne, gère les obsèques des défunts sans famille. Il met beaucoup de coeur dans ce travail peu gratifiant. Il écrit même l'éloge funèbre en s'aidant de photos ou d'objets personnels trouvés chez les personnes décédées. Pour chaque personne défunte, il essaye toujours de trouver des héritiers éventuels qui pourraient assister à l'enterrement. Dans sa vie de tous les jours, John mène une vie rangée et sans surprise jusque dans ses repas: tous les soirs, il boit un thé noir et se nourrit d'une boîte de thon, d'un toast et d'une pomme qu'il pèle consciencieusement telle une orange. Sa vie va basculer quand il apprend son licenciement après 22 ans de bons et loyaux services. Avant de partir, il espère retrouver les héritiers de Billy Stoke, un ancien combattant des Malouines mort seul (c'est l'odeur de décomposition qui a alerté les voisins) dans l'appartement en face de chez lui. Pour une fois, son enquête va aboutir: il rencontre plusieurs proches de Billy. Par là même, John commence à changer: il troque son costume de croque-mort contre une tenue plus décontractée et il ose manger des viennoiseries, des glaces et boire du chocolat chaud. Il semble même avoir des projets d'avenir. Le film doit beaucoup à l'acteur principal Eddie Marsan qui un visage singulier dont on se souvient. Une belle fin est sorti dans plusieurs salles à Paris, j'espère que c'est aussi le cas en province, il vaut la peine d'être vu. La fin du film est émouvante et vraiment belle. C'est vraiment le genre de film que j'apprécie. Lire le billet de ffred.

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vendredi 10 avril 2015

Profanation - Mikkel Nørgaard / Jamais de la vie - Pierre Jolivet

Le réalisateur danois Mikkel Nørgaard a réalisé des épisodes de la série Borgen. Mercredi 8 avril 2015 est sorti son film Profanation (le deuxième volet des enquêtes du département V). Je n'ai toujours pas compris pourquoi Miséricorde (le premier volet des enquêtes du département V écrit par Jussi Adler-Olsen), réalisé en 2013 par le même réalisateur, n'a pas pu être diffusé sur grand écran, ce film précédent est pour le moment disponible en vidéo à la demande depuis fin mars 2015. Je n'ai pas encore lu le roman Profanation (le film m'a donné envie de le faire assez vite), mais il faut noter la violence de l'histoire (comme dans Miséricorde). L'inspecteur Carl Mørck et son assistant Assad se chargent de rouvrir de vieilles enquêtes non résolues. Suite au suicide d'un policier qui est hanté depuis 20 ans par un double homicide commis sur un frère et une soeur suivi peu après par le viol d'une jeune étudiante, Mørck, Assad et une secrétaire nouvellement arrivée nommée Rose vont affronter deux notables danois puissants dangereux et sans scrupules. La police va être aidée par une femme portée disparue depuis 20 ans. J'ai trouvé le film bien fait, le suspense tient en haleine avec une fin violente: très regardable, mais les personnes sensibles peuvent être heurtées.

Je passe à Jamais de la vie, le nouveau film de Pierre Jolivet, avec Olivier Gourmet, impeccable comme d'habitude. Franck (Olivier Gourmet), ancien syndicaliste au chômage pendant 10 ans, occupe depuis peu un poste de gardien nuit en CDD (qui peut se transformer en CDI) dans un centre commercial de banlieue. Il vit seul dans une cité HLM. N'ayant aucune vie sociale, il se rend régulièrement dans une antenne de Pôle Emploi où il se lie d'amitié avec Mylène qui essaye de lui trouver un emploi selon son âge et ses compétences. Elle-même a du mal à joindre les deux bouts en élevant seule ses deux enfants. Depuis quelque temps, Franck repère un 4x4 qui rôde souvent aux alentours du centre commercial. Il pressent qu'un "casse" se prépare. J'ai été frappée par la pesanteur et la tristesse qui émanent du film (les décors y sont pour beaucoup). Il y a pourtant de beaux moments comme le plan du vol de centaines de martinets noirs dans le ciel. J'ai noté qu'il y avait beaucoup d'échanges entre deux personnages: Franck et sa soeur, Franck et son beau-frère, Franck et son patron, Franck et son collègue Ketu, Franck et Mylène, Franck et un jeune dealer, etc. A part une séquence dans laquelle Franck se rend dans un grand restaurant et où il ne se passe rien, le film vaut la peine d'être vu rien que pour Olivier Gourmet. Lire le billet d'Alex-6.

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mardi 31 mars 2015

Hacker - Michael Mann / Voyage en Chine - Zoltàn Mayer

Toujours en attendant le Guatemala, voici deux films très différents qui m'ont beaucoup plu et que j'ai vus depuis mon retour.

Hacker (Blackhat en VO), le nouveau film de Michael Mann a été un échec au box-office américain (dommage pour eux), et je trouve injuste de lire et d'entendre des critiques assassines sur ce film bien fait qui dure 2H15 sans temps mort (enfin moi, je ne me suis pas ennuyée une minute). Un "Black hat", en argot informatique, est un "hacker" mal intentionné qui n'a de cesse de créer des virus informatiques, des chevaux de troie et des logiciels espions. Le "Black hat" du film que l'on découvre tardivement, au bout de presque 1H45 de film, parvient en écrivant un logiciel malveillant à faire sauter une centrale nucléaire près de Hong-Kong et à faire s'envoler les cours du soja à la bourse. Face à lui, le FBI libère un hacker qui purge une longue peine de prison: lui seul peut contrer le "Black hat". Je vous laisse découvrir comment, pourquoi, etc. Les acteurs peu connus s'en tirent honorablement. C'est filmé en numérique. Un bon thriller. Lire le billet de Princecranoir.

Avec Voyage en Chine de Zoltàn Mayer, film recommandé par Aifelle et Miriam, on a le plaisir de retrouver Yolande Moreau confrontée à la mort brutale de son fils survenue en Chine. Liliane, qui semble n'être jamais partie nulle part, décide de rapatrier le corps de son fils dont elle n'était pas forcément très proche Avec sa valise, elle arrive dans un pays inconnu dont elle ignore la langue. Grâce à l'aide de Chinois (certains sont francophones ou anglophones) et en se faisant comprendre par signes, Liliane va découvrir un pays, une manière de vivre, une culture où Jacques Brel a sa place. La caméra est pudique. On ressent beaucoup d'empathie de la part du réalisateur. Un joli film.

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