samedi 8 mars 2014

Des Fleurs pour Algernon - Daniel Keyes

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Ayant lu et entendu des comptes-rendus élogieux sur cette pièce, j'ai été heureuse de pouvoir aller assister à une représentation de la pièce Des fleurs pour Algernon au Théâtre Hébertot à Paris. Le texte est tiré du roman d'anticipation de Daniel Keyes paru en 1959. Les représentations se donnent jusqu'à fin mars 2014. Charles Gordon (extraordinaire Grégory Gadebois) nous raconte son histoire. Au début de la pièce, c'est un homme qui a du mal à s'exprimer. Arriéré mental, il explique qu'il a accepté de subir une opération du cerveau qui le rendra intelligent. L'opération est un succès tant sur lui que sur une souris de laboratoire appelée Algernon. Au fur et à mesure, la parole devient claire et assurée. Charles s'exprime comme un vrai savant jusqu'à la régression qui commence. Pendant 1H30, on voit un acteur, Grégory Gadebois, face au public dans un décor minimaliste, seul en scène, et qui captive son auditoire avec sa voix. Si vous passez par Paris, allez voir cette pièce, vous ne le regretterez pas.

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jeudi 6 mars 2014

Les nouvelles aventures de Vidocq - Marcel Bluwal

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Il y a déjà un moment que je voulais l'évoquer...
Quand j'ai su qu'un coffret réunissant les 13 épisodes de la série "Vidocq" allait enfin sortir à la fin de 2013, je me suis réjouie. Cette série qui date de 1971 (pour les 6 premiers épisodes) et de 1973 (pour les 7 suivants) fait partie de mes grands plaisirs télévisuels de mon enfance, une de mes petites madeleines. Et je trouve que ça vieillit honorablement. Bien écrit, très bien interprétée, cette série vaut la peine d'être vue et revue. Les affrontements du chef de la Sûreté Vidocq et de la baronne de Saint-Gély, plus exactement François et Roxane, autrement dit encore Claude Brasseur et Danièle Lebrun, sont jubilatoires. Surtout qu'ils tombent régulièrement dans les bras l'un de l'autre à la fin de chaque épisode alors qu'ils sont censés être des ennemis mortels. François Vidocq, évadé du bagne de Toulon, est devenu le Chef de la Sûreté en ces temps troublés du premier Empire et de la Restauration entre 1810 et 1820. Flanqué d'acolytes (tel Desfossés [Jacques Seiler]) ex-bagnards comme lui, François Vidocq va déjouer des complots divers et variés. Il est aussi assisté par Flambard (Marc Dudicourt, inénarrable), un inspecteur de police zélé, le souffre-douleur de toute l'équipe. Au fil des épisodes, on peut noter le soin apportés aux décors (beaucoup d'extérieurs ont été tournés à Senlis), aux costumes, aux dialogues. C'était un temps où la télévision française ne lésinait pas sur les moyens. Les acteurs et les télespectateurs sont à la fête. Faites-vous offrir le coffret des 13 épisodes, vous ne le regretterez pas. En bonus, il y a des entretiens avec Claude Brasseur, Danièle Lebrun, Marc Dudicourt et Marcel Bluwal.

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mardi 4 mars 2014

Trois romans policiers lus et non commentés depuis début février 2014

J'aime beaucoup lire des romans policiers très différents et écrits par des écrivains de toutes origines. Je dois dire qu'en ce moment, j'en lis pas mal.

 

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Je commencerai donc par le lauréat du prix du Quai des orfèvres 2014 (le gagnant reçoit comme prix un chèque de 777 euros, montant inchangé depuis plusieurs années, et les éditions Fayard publient le roman récompensé). Le sang de la trahison (430 pages) d'Hervé Jourdain (de son métier capitaine de police au sein de la brigade criminelle) se passe au sein du "36" (quai des Orfèvres) à Paris, sur l'île de la Cité. Quelques magistrats et journalistes sont assassinés avec un vieux pistolet. Sur eux, l'assassin a laissé des morceaux de sucre, des cartes postales (représentant des vues de Paris) ou des romans policiers (comme ceux écrits par Gaboriau ou Simenon) et encore des recueils de poèmes. Zoé Dechaume, jeune "brigadier" qui vient d'être nommée à la brigade criminelle, enquête avec l'inspecteur Bonnot et le capitaine Desgranges. L'histoire est rondement menée. Ce n'est pas trop mal écrit même si ce n'est pas de la grande littérature. Pour faire plus authentique, Hervé Jourdain utilise des termes d'argot de la police. Je ne trouve pas que cela rajoute grand-chose. Roman idéal à lire dans les transports.

 

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Maintenant, je passe à Une canaille et demie (Edition Liana Levi, 220 pages) de Iain Levinson. C'est le quatrième roman que je lis de cet auteur. L'histoire se passe dans l'est des Etats-Unis, Dixon, fraîchement libéré de prison, braque une banque avec quelques comparses. Rien ne se passe comme prévu (surtout pour le lecteur), car Dixon en cavale va retenir plus ou moins en otage un universitaire, Elias White, très porté sur les jeunes filles et et qui ne cache pas ses sympathie pour le Troisième Reich. Un troisième personnage apparaît, une femme, Denise Lupo, agent du FBI qui en a plus qu'assez du machisme au sein du bureau. L'avancement qu'elle peut espérer se fait attendre car elle est une femme. Je ne vous en dirais pas plus sur ce roman qui ne se termine pas du tout de la façon que j'avais imaginé. Je conseille.

 

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Après L'hiver du commissaire Ricciardi, nous retrouvons le commissaire Luigi Alfredo Ricciardi dans Le printemps du commissaire Ricciardi (Rivages noir, 420 pages), enquêtant toujours à Naples en avril 1931 (quelques semaines après l'histoire précédente). Avec son adjoint, le brigadier Raffaele Maione, il enquête sur la mort de Carmela Calie, une usurière qui est aussi cartomancienne, sauvagement assassinée. Le commissaire, lui-même, a un don pour voir les morts, surtout les décédés de morts violentes. Dans ce roman, j'avoue avoir été un peu perdue au début avec la grande quantité de personnages, suspects potentiels. Maurizio de Giovanni passe très vite d'un personnage à l'autre, à chaque paragraphe. Ce sont tous des suspects potentiels avec des mobiles. Il faut vraiment attendre la toute fin pour découvrir le coupable qui est un être perturbé. Comme dans L'hiver..., le monde du théâtre et les acteurs sont des éléments essentiels dans l'histoire. J'espère que Maurizio de Giovanni ne s'arrêtera pas là.

samedi 1 mars 2014

Films vus et non commentés depuis le 1er janvier 2014

Ayant déjà vu 22 films depuis le début de l'année, je ne les ai pas encore tous chroniqués; avec ce billet, je vais essayer de réparer quelques oublis.

Pompéi de Paul W. S. Anderson est un film agréable à voir même si la fin de l'histoire (que tout le monde connaît) est tragique. On prend le temps de s'attacher aux personnages, dont deux gladiateurs et une jeune femme de Pompéi. Pour ceux qui l'ignorerait encore, Pompéi, Herculanum et au moins deux autres petites villes furent détruites en 79 après J.-C. suite à l'éruption du Vésuve situé dans la province de Campanie, proche de Naples. Les effets spéciaux sont assez spectaculaires, un bon film de genre.

The Ryan initiative de Kenneth Branagh n'est pas à mon avis un film indispensable car il a le gros défaut d'avoir comme acteur principal Chris Pine (inconnu au bataillon et aussi charismatique que mon genou). Le scénario n'est pas tiré d'un des romans de Tom Clancy, mais les scénaristes se sont basés sur le personnage de Jack Ryan. L'histoire se passe à Moscou. Le méchant est interprété par Kenneth Branagh lui-même. Je ne sais pas ce qui lui a pris de tourner ce film.

Mea culpa de Fred Cavayé. C'est le troisième long-métrage du réalisateur que je vois (après Pour elle et A bout portant). Le réalisateur a le sens du rythme (un peu trop d'ailleurs). Un flic, Franck (Gilles Lellouche), et un ex-flic, Simon (Vincent Lindon), n'arrêtent pas de courir et de tirer tous azimuts contre des méchants qui en veulent au petit garçon de Simon. L'enfant a assisté à une scène violente (un homme a été tué). L'histoire se passe entre Toulon et Marseille. Il faut noter les dernières séquences qui se passe dans un TGV. Le pauvre train subit les derniers outrages, il est durement touché. Film pas non plus indispensable.

Mr Peabody et Sherman de Rob Minkoff avec, comme voix française pour Mr Peabody, Guillaume Gallienne. Mr Peabody est un chien intelligent, diplômé et inventeur de génie. Et il a adopté Sherman, un petit garçon qui n'en fait qu'à sa tête et n'est pas très obéissant (les choses vont s'arranger par la suite). Grâce à une machine à remonter le temps que Mr Peabody a fabriqué, ils vont voyager dans le temps, se retrouver au début en 1789, au début de la Révolution Française, puis sous la Terreur, puis pendant le siège de Troie, puis sous le règne de Toutankhamon et enfin au temps de la Renaissance à Florence chez Léonard de Vinci. Je vous passe toutes les péripéties qui les ont entraînés dans ces aventures. C'est distrayant pour les enfants (un petit garçon dans la salle faisait des remarques amusantes). Mais les Américains ont une vision simpliste de la révolution avec une Marie-Antoinette grassouillette qui aime la brioche, ou Robespierre, un vrai "Rouge". Et je pense qu'Homère doit se retourner dans sa tombe en voyant ce que sont devenus Achille, Menelas et les autres. Nous faisons aussi la connaissance de la vraie Mona Lisa et de son célèbre sourire. Tout cela est bien gentillet. A vous de voir si ce film vous tente.

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mercredi 26 février 2014

Only lovers left alive - Jim Jarmusch

Only lovers left alive de Jim Jarmusch, qui a été en compétition au dernier festival international de Cannes, nous plonge dès le début dans une atmosphère hors du temps accompagnée d'une musique planante, underground. Le film bénéficie d'un très beau travail sur la lumière et la photo. Certains plans sont sublimes. L'histoire se passe entièrement de nuit. Detroit apparaît comme une ville fantômatique vide de ses habitants. Tanger est vue comme un dédale de ruelles. Et puis il y a Eve et Adam, Adam et Eve, mariés trois fois. Vampires depuis plus de 500 ans, ils traînent leur spleen: Adam qui est musicien n'est pas optimiste sur l'avenir des humains qu'il surnomme "les zombies". Le couple boit le sang dans des verres tout en éprouvant un sentiment de plénitude. Je vous laisse découvrir leur manière de se procurer du sang. Ce sont des vampires civilisés qui côtoient, par exemple, Christopher Marlowe, contemporain de Shakespeare. Ce dernier, devenu un vampire vieillissant, révèle qu'il est bien l'auteur d'Hamlet. En revanche, Ava, la petite soeur d'Eve, arrivée inopinément, va semer le désordre. Grâce à ce film, la spectatrice que je suis a fait un voyage "hors du temps". Cela change des productions courantes que l'on voit habituellement. Le film prend son temps mais ce n'est pas désagréable. Tilda Swinton (Eve) et Tom Hiddleston (Adam) sont magnifiques. Un très très beau film qui ne plaira cependant pas à tout le monde.

Lire les billets de Pierre D., Alex-6, Wilyrah, Chris, Mymp et Neil.

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dimanche 23 février 2014

Le duel - Arnaldur Indridason

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Dès que j'ai vu qu'un nouveau roman d'Arnaldur Indridason était paru, je n'ai pu résister. Je me suis procuré Le Duel (Editions Métailié noir, 300 pages) sans connaître l'histoire. Ce roman est l'occasion pour Indridason de nous faire remonter le temps, en 1972 pour être précis, juste avant les JO de Munich. A Reykjavik, un duel aux échecs se prépare: Bobby Fisher, l'Américain, contre Boris Spassky, le Russe. Au même moment, dans un petit cinéma de cette ville, un meurtre a lieu. Un jeune homme, un peu simplet, passionné de cinéma, enregistre la bande sonore du film pendant la projection (il est coutumier du fait). Poignardé à mort et son magnétophone disparu, Ragnar était là au mauvais endroit, au mauvais moment. La police criminelle est chargée de l'enquête ou plus précisément le commissaire Marion Briem et son adjoint Albert. Pour ceux qui ont lu les autres romans d'Indridason, vous avez déjà croisé Marion Brem. C'est elle qui deviendra le mentor du commissaire Erlendur. Dans Le Duel, Indridason revient sur la vie de Marion Brem petite fille, atteinte de tuberculose (mal endémique en Islande), qui aura connu des traitements lourds dans des sanatoriums comme d'autres enfants. Un roman qui prend son temps, très agréable à lire. Je recommande, tout comme Dominique.

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jeudi 20 février 2014

Les grandes ondes (à l'ouest) - Lionel Baier

Je ne sais pas si le film Les grands ondes (à l'ouest) de Lionel Bailer est sorti dans beaucoup de salles en France. En tout cas, je profite de ce billet pour remercier Chris de l'avoir conseillé. Ce film sans prétention est vraiment sympathique, drôle et sans vulgarité (ce qui devient rare). Cette comédie franco-suisse narre les aventures de deux journalistes de la radio suisse romande qui, en avril 1974, sont envoyés au Portugal pour un reportage sur les aides diverses et variées faites par la Suisse. A son retour, Julie (Valérie Donzelli, très bien), jeune femme ambitieuse, espère animer seule une émission de radio, et Cauvin (Michel Vuillermoz, excellent), un homme parti sur tous les fronts (Afrique, Vietnam, etc.), pense qu'il perd la mémoire. Ils sont accompagnés par Bob (Patrick Lapp, que je ne connaissais pas), technicien du son près de la retraite qui ne quitte pas son van VW d'une semelle. Bien évidemment, rien ne se passe comme prévu, Cauvin s'exprime en italien alors qu'il croit parler la langue portugaise. Les relations entre les deux journalistes sont quelque peu tendues. Un jeune Portugais va leur servir d'interprète. Ils vont faire des rencontres cocasses et constater que le Portugal de ces années-là est en retard au point de vue infrastructures et autres: c'est un pays en friche et les journalistes font des remarques condescendantes sur ce peuple brimé depuis plus de 40 ans par un régime politique dictatorial. Les choses prennent un tournant intéressant quand, le 25 avril 1974, le régime salazariste est renversé lors de la révolution des oeillets (un coup d'Etat militaire). Cauvin, en particulier, va se trouver au coeur des événements de façon inattendue, et Julie et Bob ne sont pas en reste. Tout se termine très "peace and love". Le film dure 1H25, il semble que le bouche-à-oreille fonctionne bien pour lui et c'est tant mieux. S'il passe par chez vous, allez-y!

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lundi 17 février 2014

Ida - Pawel Pawlikowski / Hipotesis (Thèse sur un homicide) - Hernan Goldfrid

En Pologne, au début des années 60, Anna, jeune novice dans un couvent, apprend, avant de prononcer ses voeux, qu'elle est née juive. En effet, la mère supérieure du couvent a convaincu Anna de faire la connaissance de la seule parente qui lui reste: sa tante, Wanda. C'est cette dernière, magistrate dans dans les tribunaux, qui lui annonce que son vrai nom est Ida Lebenstein. Wanda était la soeur de la mère d'Ida. Après quelques échanges aigre-doux, Wanda et Ida partent faire leur enquête afin de découvrir comment sont morts les parents d'Ida pendant la seconde guerre mondiale et où ils ont été enterrés. Le film est marquant à plus d'un titre: il est filmé dans un très beau noir et blanc qui va bien avec l'époque où se passe l'histoire. Les acteurs sont souvent décadrés comme les visages que l'on voit en bas de l'écran. Hors les murs du couvent, Ida découvrira la vie, le sexe, la mort. Pourtant, rien n'entame la fraîcheur du visage lisse et lumineux d'Agatha Trzebuchowska qui interprète Ida. Sur quelques notes de John Coltrane et Adriano Celentano, Ida de Pawel Pawlikowski est un beau film avec une fin qui m'a paru logique, même s'il ne m'a pas totalement enthousiasmée. Je le conseille néanmoins. Lire les billets d'Aifelle et Alex-6.

Maintenant, je passe à un film argentin d'Hernan Goldfrid qui est seulement sorti dans quatre salles à Paris (je ne sais pas ce qu'il en est pour la province). Sorti sous le titre Hipotesis (Tesis sobre un homicidio), j'ai eu le plaisir d'y retrouver un de mes acteurs "chouchous", Ricardo Darin, qui interprète le rôle d'un professeur de droit à l'université, spécialisé en droit pénal. Il dirige un séminaire. Parmi ses étudiants, il en soupçonne un, Gonzalo, d'avoir commis un homicide devant l'université. Un crime gratuit, un crime parfait, peut-être pas le premier. J'ai suvi ce film avec intérêt surtout après avoir "râlé" contre un mangeur de "popcorn" qui m'a gâché les 10 premières minutes du film (c'était insupportable). Il s'est arrêté net, je l'en remercie (il a laissé par terre son carton de popcorn à moitié plein quand il a quitté la salle). Quant au film, même si ce n'est pas un chef d'oeuvre, j'ai aimé la fin qui laisse planer le doute.

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vendredi 14 février 2014

Quattrocento - Stephen Greenblatt

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C'est grâce à Dominique (que je remercie) que j'ai eu envie de lire Quattrocento de Stephen Greenblatt (Edition Flammarion, 288 pages + 40 pages de notes et 10 pages d'index en fin de volume). Stephen Greenblatt, un universitaire américain, est un spécialiste de Shakespeare. Il ne s'agit pas d'un roman, mais d'un genre d'essai universitaire très accessible pour le grand public qui nous raconte comment un texte, De la nature de Lucrèce (écrivain de l'Antiquité qui vécut peut-être entre -98 et -55 av J.-C.), a été un des facteurs du début de la période de la Renaissance. Il nous brosse surtout le portrait d'un homme, Le Pogge (Poggio Bracciolini), un italien (1380-1459) qui fut secrétaire apostolique auprès d'un Pape. Scribe hautement qualifié célèbre pour sa belle écriture, il savait déchiffrer les parchemins (particulièrement en vélin) qui lui passaient entre les mains, et il les recopiait et les diffusait (c'était sa manière de gagner sa vie). Très bon latiniste, il était aussi un chasseur de manuscrits. C'est en Allemagne, en janvier 1417, dans l'abbaye de Fulda, que Le Pogge découvrira le texte De la nature que l'on croyait disparu (il avait été composé 1400 ans plus tôt). Ce poème de 7400 hexamètres évoque des méditations philosophiques sur la mort, la religion, le plaisir et surtout l'athéisme (l'indifférence à l'égard des dieux). Dans une période, le XVème siècle, où les tribunaux de l'Inquisition étaient encore en activité, le livre de Lucrèce était dérangeant. Le texte développe des idées plus subversives encore (pour l'époque jusqu'à nos jours), comme le fait que "...l'Univers est composé de particules (atomes) élémentaires de matière (humains et animaux compris), que l'Univers n'a pas de concepteur ni de créateur. Les particules n'ont pas été fabriquées et ne peuvent être détruites. L'ordre et le désordre du monde ne sont pas le produit d'un plan divin. La providence est le fruit de l'imagination, etc ..."(pages 204 à 222). Dans ce chaptitre, Greenblatt a établi une liste exhaustive des grandes idées de De la nature (De rerum natura). Puis l'auteur revient sur le personnage du Pogge, mort à 79 ans, père de 18 enfants, qui vécut un temps en Angleterre sans faire de découvertes de manuscrits aussi marquantes. Enfin, Stephen Greenblatt parle de la postérité du texte de Lucrèce, qui influença des hommes comme Montaigne, Molière, Giordano Bruno, Botticelli, Machiavel, peut-être Spinoza, Galilée et Thomas Jefferson, l'un des auteurs de la Déclaration d'indépendance américaine où il est fait mention "La poursuite du bonheur" comme dans le texte de Lucrèce. J'ai trouvé ce livre bien documenté, argumenté, en un mot idéal pour un lectorat américain (si j'ose dire). Je dirais que c'est un peu scolaire mais pas désagréable.

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mardi 11 février 2014

Beaucoup de bruit pour rien - Josh Whedon / Les fausses confidences (mise en scène de Luc Bondy)

Quoi de neuf comme actualité théâtrale?

D'un côté, Shakespeare est adapté et joué en robe longue et complet veston; et de l'autre, Marivaux est transposé dans les années 60 dans une mise en scène réussie de Luc Bondy au théâtre de l'Odéon.

Je commencerai donc par William Shakespeare (1564-1616) et sa pièce Beaucoup de bruit pour rien (Much ado about nothing en VO, pièce datant de l'an 1600). Le réalisateur Josh Whedon qui a aussi écrit l'adaptation de la pièce pour le cinéma a choisi de filmer dans un très beau noir et blanc et surtout de déplacer l'histoire dans le temps et l'espace. La pièce d'origine se passait à Messine en Sicile, le film se déroule de nos jours, dans une très belle villa avec piscine certainement aux Etats-Unis. Les personnages sont de haute lignée. Beatrice et Benedict se chamaillent et échangent des propos à fleuret moucheté pendant toute la pièce. A la fin, ils termineront dans les bras l'un de l'autre en même temps qu'un autre couple formé par Hero et Claudio. J'arrête là mon résumé, en ayant omis quelques péripéties dont l'intervention de Dogberry, un officier municipal stupide interprété par Richard Castle (pardon, l'acteur qui joue Richard Castle: Nathan Fillion). Je ne parlerai pas des autres comédiens que je ne connais pas du tout. J'avoue que je n'ai pas été totalement convaincue par le parti pris du réalisateur. J'ai trouvé certains dialogues assez incongrus dans ce contexte moderne. En un mot: surprenant mais je ne regrette rien. La bande-annonce est vraiment bien. En revanche, j'ai préféré la version plus classique réalisé par Kenneth Branagh en 1993 avec Emma Thompson. Mais lire le billet nettement plus positif de Chris.

Je passe maintenant à mon mini compte-rendu sur ma soirée théâtrale du mardi 4 février 2014. J'ai assisté à la pièce Les Fausses confidences de Marivaux (1688-1763), l'une de ses pièces les plus célèbres (elle a été écrite en 1737). La pièce fait salle comble tous les soirs. Il faut dire qu'Isabelle Huppert joue le rôle d'Araminte face à Louis Garrel dans le rôle de Dorante. Tous les autres acteurs sont excellents, en particulier Bulle Ogier dans le rôle de Madame Argante, et mention spéciale (pour ma part) à Jean-Damien Barbin qui interprète Arlequin. Avant que la représentation ne commence, on voit Isabelle Huppert s'exercer au Taï-chi au fond la scène. Puis Dorante et son valet Dubois entrent en scène et la pièce commence. Les sentiments gouvernés par l'argent sont un des thèmes centraux de cette pièce. Araminte est une jeune bourgeoise veuve et riche aimée par Dorante, un jeune homme désargenté qui est prêt à tout pour la conquérir (elle ne le connait même pas). Mme Argante, la mère d'Araminte voudrait que sa fille se remarie avec un Comte. Deux heures dix plus tard, Dorante a conquis Araminte mais leur avenir n'est pas tracé. La mise en scène de Luc Bondy est très aérée comme le décor mobile où le blanc domine. Isabelle Huppert, dans sa robe longue et ses talons hauts, n'écrase pas ses partenaires. Marivaux écrivait dans une très belle langue française où l'imparfait du subjonctif était toujours employé à bon escient. On entend très bien le texte. Le spectacle se donne au théâtre de l'Odéon (que j'aime beaucoup) jusqu'au 23 mars 2014, et après il part en tournée en France (à Lyon et Rennes) et en Europe. Essayez d'y aller si vous trouvez des places.

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