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28 septembre 2024

Quatre Maigret - Georges Simenon

En attendant de retourner au cinéma (les dernières sorties ne m'ont pas trop tentée), je lis pas mal et j'ai donc lu, coup sur coup, trois romans et une nouvelle de Georges Simenon. J'ai été attirée par les couvertures. Et puis, j'aime la grosseur de police de caractère qui convient très bien pour mes yeux.

Je commence par La pipe de Maigret (Livre de poche, 94 pages) une nouvelle écrite à Paris, rue de Turenne, en 1945. C'est le mois de juillet à 7h30 du soir, il fait chaud et Maigret s'apprête à rentrer chez lui. Il cherche sa belle pipe en bruyère offerte dix ans plus tôt par sa femme. Il ne la trouve pas. Il se remémore toutes les personnes qui sont passées par son bureau ce jour là et il en arrive à penser que c'est un jeune homme qui a pris la pipe de Maigret. Il accompagnait sa mère. Cette dernière, veuve depuis environ cinq ans, est venue pour se plaindre que quelqu'un est venu chez elle en son absence. En dix pages, tout est décrit sans un mot de trop. Les 80 pages qui suivent se lisent avec intérêt. Maigret est toujours bien épaulé par ses adjoints dont Lucas. 

Je continue avec Le pendu de Saint-Pholien (Livre de poche, 186 pages), un roman écrit dans deux lieux différents: à bord d'un bateau (péniche?) en Seine-et-Marne et près de Concarneau dans le Finistère, l'été 1930 et l'hiver 1930-1931. L'histoire se passe entre la Hollande, la Belgique et l'Allemagne. L'histoire débute dans une petite gare au nord de la Hollande. Six voyageurs attendent un train. Un homme encore jeune, très agité, a une valise. Un autre homme (Maigret, grand, lourd et large d'épaule) a une valise presque identique qu'il va intervertir avec celle du jeune homme. Celui-ci, affolé, quand il se rendra compte que ce n'est plus sa valise qu'il tient à main, se suicide. Dans la valise du mort, Maigret trouve seulement des vêtements avec du sang et ce ne sont pas ceux du mort. Il remonte le fil de cette histoire où d'autres personnes sont impliquées dont un homme qui s'est pendu plusieurs années plus tôt à l'église de Saint-Pholien en Belgique. J'ai aimé.

Tout comme Maigret et L'homme tout seul (Livre de poche, 221 pages), un roman écrit en Suisse dans le comté de Vaud en 1971. Nous sommes en août 1965, Maigret est appelé à propos d'un meurtre qui s'est déroulé dans le quartier des Halles à Paris. Et toute l'histoire va se passer dans le XVIIIème arrondissement de Paris. Il faut attendre plus de 40 pages pour connaître l'identité du mort tué de trois balles dans un vieil immeuble voué à la démolition. Il s'agissait d'un certain Marcel Vivien qui était devenu clochard depuis quelques années. Ebéniste, il était marié (avec une femme pas commode) et père d'une fille. Du jour au lendemain, il est parti sans un mot. Il a vécu dans plusieurs hôtels et pendant un temps (6 mois), il a eu une amie. J'ai trouvé l'enquête passionnante. On suit Maigret qui ne perd pas son sang-froid et qui est bien soutenu par sa femme d'une patience d'ange. Pour mieux réfléchir, il va souvent dans une brasserie place Dauphine, pas loin du quai des Orfèvres. Un roman à lire.

Je termine avec Maigret et l'homme du banc (Livre de poche, 191 pages), un roman écrit aux Etats-Unis, dans le Connecticut, en 1952. L'homme du banc s'appelait Louis Thouret et il vient d'être retrouvé poignardé d'un coup de couteau dans le dos. L'histoire débute un 19 octobre, il commence à faire froid et Madame Maigret conseille à son mari de prendre son gros pardessus. J'adore cette phrase "A huit heures et demie (du matin), on gardait encore de la lumière dans les appartements, et le pardessus de Maigret sentait la naphtaline" (p6). Une fois de plus, l'histoire se passe rive droite de la Seine, dans le IIIème arrondissement. Le corps de Louis Thouret, un magasinier, est mort dans une impasse. Il portait des souliers jaunes. Sa femme qui méprisait son mari est étonnée car Louis Thouret portait habituellement des souliers noirs pour aller travailler dans une petite entreprise. La fille de Thouret n'a pas plus de considération pour son père. Maigret découvre que Louis Thouret ne travaillait plus dans l'entreprise depuis qu'elle avait fermé trois ans plus tôt du jour au lendemain. Depuis cette date, Thouret faisait comme si de rien n'était et il rapportait son salaire régulièrement à sa femme qui tenait les cordons de la bourse. Au fur et à mesure de l'enquête, on découvre la double vie que menait Thouret. Une fois de plus, je suis admirative du style de Simenon qui va à l'essentiel. 

21 janvier 2025

L'ombre de Mars - Raymond Clarinard & Mikaël Ollivier

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'ai pas réussi à voir à l'oeil nu, le 16 janvier au soir, la planète Mars, comme, paraît-il, il était possible de le faire. Mais je vais au moins réussir à rédiger une chroniquette dans le cadre de mon challenge marsien ainsi que du 13e challenge de l'imaginaire (mis à jour par Tornade pour 2025). J'avais chiné le livre ci-dessous en décembre 2024.

L'ombre de Mars, R. Clarinard & M. Ollivier, Fleuve Noir, coll. SF Space N°2, 1997, 284 pages

 

Dans un futur indéterminé mais sans doute pas trop éloigné de 1997 (notre XXIe s., donc...), un navire spatial à équipage international s'apprête à envoyer une première équipe d'exploration (trois hommes et une femme) à la surface de Mars.

Seul le militaire qui commande l'expédition "scientifique" sait que "quelque chose" risque de se produire. Les images transmises par les différentes sondes qui se sont posées sur Mars avant, plus ou moins rapidement, de cesser d'émettre, ont été partiellement censurées. Sur l'une d'elles, apparaissait fugitivement une ombre... 

Les communications entre le navire et l'équipe d'exploration sont interrompues par une tempête de sable martienne. Durant celle-ci, sur Mars, un choc terrible ébranle le refuge de l'équipe d'exploration, puis le Russe de l'équipe disparaît... avant de réapparaître, comme envoûté. 

Bon, je ne raconterai pas davantage la suite de l'histoire (on est vers la p.80, et il en reste encore environ 200 à lire). J'évoquerai plutôt les oeuvres que j'ai lues et vues auparavant et auxquelles cela m'a fait songer: La nuit des temps de Barjavel (survivants de civilisation disparue). La reine des damnés d'Anne Rice (affrontement au sein d'un couple de "super-héros"). Mission to Mars de Brian De Palma (une civilisation extraterrestre révélée à l'humanité). Abyss de James Cameron (quand un militaire prend les choses en main).

Ça se laisse lire, on peut se demander si une suite était envisageable à la fin (alors que les survivants retournent vers la terre à bord de leur navire spatial...). Les deux auteurs ont collaboré de nouveau quelques années plus tard, mais plus dans le secteur de la SF. 

Cette collection SF Space était peut-être destinée à prendre chez l'éditeur Fleuve Noir la suite de la collection Anticipation qui s'est terminée après 2002 titres (1951-1998). Mais elle est loin d'avoir eu la même longévité. Cependant, jusqu'en octobre 1999, 72 titres au total y sont parus (dont un autre livre de Raymond Clarinard, La cité sans mémoire, N°35). 

 

Edit du 16/02/2025: inscription rétrospective sur le challenge Objectif SF 2025 mis en place par Sandrine. 

 

23 décembre 2019

Le loup - Jean-Marc Rochette

 

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C'est mon ami ta d loi du cine qui m'a parlé pour la première fois de cette BD parue en juin 2019. Le Loup (Edtions Casterman, 102 pages) se passe dans le Massif des Ecrins à notre époque. Gaspard, un berger, vit retiré avec son chien Max et ses centaines de moutons et brebis. Le seul prédateur du troupeau est une louve. C'est la deuxième année qu'elle fait un carnage en égorgeant plusieurs bêtes. Gaspard, un homme frustre qui n'attend plus rien de la vie (son fils est mort comme soldat au Mali et sa femme ne va pas bien) tue la louve avec son fusil à lunettes dans une zone protégée où la chasse est interdite. La louve avait un louveteau blanc et c'est lui qui plus tard va affronter Gaspard. C'est une très belle histoire avec une fin que j'ai bien appréciée et qui se passe dans un environnement rude. Les températures dans cette région peuvent descendre très bas pendant l'hiver. J'ai aimé les dessins parfois réduits à une épure. Une BD à découvrir. Yv a aimé.

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J'en profite pour vous souhaiter un très bon réveillon de Noël!

29 janvier 2026

La dernière reine - Jean-Marc Rochette

C'est grâce à mon ami Ta d loi du cine que j'ai lu en une soirée une BD que j'ai beaucoup appréciée. Il s'agit de La dernière reine, un album écrit et dessiné par Rochette (Edition Casterman, 238 pages, 2022). J'ai trouvé l'histoire vraiment pas gaie dans l'ensemble. Dans le Vercors, il y a des centaines de milliers d'années, vivaient des ours (et des loups). En 1898, la dernière ourse est tuée, a priori. Emile Roux, un jeune garçon roux orphelin de père, aime bien se bagarrer, et a une passion pour les animaux en général et pour les ours en particulier. Avec sa mère, il vit dans les montagnes du Vercors. Quelques années plus tard, lors de la guerre de 14-18, il va être le seul survivant de son bataillon mais à quel prix. Il est devenu une "gueule cassée" qui va renaître, si je puis dire, grâce à une certaine Jeanne Sauvage qui fabrique des prothèses souples pour masquer les parties manquantes d'un visage. Elle est très douée et pleine de compassion. Entre elle et Emile, une histoire d'amour débute. Il l'emmène dans le Vercors, ils vivent une folle passion et il lui fait découvrir une grotte ornée où l'on peut admirer une très belle sculpture d'ourse (la dernière reine). Jeanne s'est spécialisée dans les dessins et les sculptures d'animaux. Emile l'incite à recréer une sculpture semblable. Elle pourrait enfin être reconnue comme une grande artiste. Mais c'est compter sans les aléas de la vie. Je vous laisse découvrir le reste de cette histoire d'où émane beaucoup de tristesse. Une histoire d'amour qui reste en mémoire. Il me faut noter tout de même que les couleurs sont très sombres sur tout l'album. Cela ne doit pas vous rebuter.  Lire le billet d'Hélène. 

 

 

 

 

 

Il faut noter que Jeanne et Emile croisent Picasso et Cocteau

Il y a des années, j'avais chroniqué un autre album de Rochette, Le loup.

8 février 2026

Proies - Andrée A. Michaud

J'ai à nouveau pris l'idée de cette lecture chez Alexandra (Je lis Je blogue) dans le cadre de son challenge Un hiver polar qu'elle organise jusqu'au 20 mars prochain. Proies d'Andrée A. Michaud (Editions Rivages Noir, 380 pages) m'a permis de découvrir cette romancière québecoise. J'avoue que je n'ai pas eu le coup de foudre. L'intrigue est plutôt mince et on connait le "méchant" de l'histoire assez vite. Je n'ai pas vraiment ressenti d'empathie pour les victimes. J'en suis désolée. J'ai d'ailleurs eu du mal à entrer dans ce roman. Je me suis demandée si je n'allais pas l'abandonner et puis à partir de la page 72, je l'ai lu assez vite. Abigail, Alexandre et Judith, 16 ans tous les trois, ont décidé de passé trois jours seuls à camper dans la forêt près du village Rivière-Brûlée. L'histoire se situe non loin de l'état du Maine aux Etats-Unis. Dès le premier jour, ils sentent qu'on les observe. Pendant ce temps, une fête foraine se prépare dans le village. Un habitant de Rivière-Brûlée, le "prédateur" de l'histoire appelé Gerry Nantel, un marginal qui porte un masque, attaque les trois jeunes gens. Abigail (Aby) après avoir été ligotée à un arbre et blessée au couteau va se vider de son sang sans que personne ne s'en aperçoive. Et elle meurt. Celle que Gerry voulait attraper était Judith. Cette dernière s'enfuit tout comme Alexandre. Judith est bien évidemment traumatisée avant de retrouver sa famille et Alexandre se perd dans la forêt. A partir de là, il ne se passe pas grand-chose. Pour me faire une idée plus favorable de Mme Michaud, il faudrait peut-être que je lise Baignades ou même Bondrée. J'ajouterais que les termes québécois pas toujours compréhensibles qui émaillent le récit ne m'ont pas gênée. 

 

11 février 2026

Nulle part où revenir - Henry Wise

 

Nulle part où revenir d'Henry Wise (Editions Sonatine, 425 pages) est un premier roman prometteur qui se passe dans la région de la ville de Richmond en Virginie, de nos jours. L'histoire commence avec l'incendie d'une maison avec un homme à l'intérieur. Cet homme noir, Tom Janders, était mort avant que le feu ne se déclare. Un ami d'enfance, Will Seems, un blanc qui vient d'être nommé adjoint du shérif de la ville où s'est passé le drame, décide d'enquêter. Il est revenu après dix ans d'absence qu'il a passés à Richmond. Zeke Hathom, un homme qui était près de la maison, est tout de suite soupçonné car il n'a pas vraiment d'alibi. Il était au mauvais endroit au mauvais moment. Le shérif Mills est convaincu de sa culpabilité. J'ai cru au début que Mills était un flic pourri, ce qui n'est pas entièrement le cas, quoique... La femme de Zeke fait engager Bennico Watts, une femme noire, détective privée. Cette dernière collabore tant bien que mal avec Will pour trouver qui a tué Tom Janders. Tom était l'amant de Farriday Pace, une jeune femme blanche, la mère de sa fille, un bébé de 11 mois. Will Seems s'occupe aussi de Sam Hathom (qui a du mal à décrocher de la drogue), un autre copain d'enfance qui est par ailleurs le fils de Zeke. On se demande comment l'histoire va se terminer même si on sait avant la fin qui a tué Tom et pourquoi. Si vous avez aimé les romans de Chris Offutt ou S.A. Cosby ou même ceux de David Joy, ce roman peut vous plaire. 

15 janvier 2026

Midnight Express - William Hayes

Pour accéder au livre présenté ci-dessous, il a fallu que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) le fasse venir de la "Réserve centrale" des bibliothèques de la ville de Paris. Peut-être que certains ont déjà vu le film que l'ouvrage avait inspiré, ce n'est pas mon cas. Avec lui, je participe en tout cas au challenge "Escapades en Europe - Voyages dans les littératures européennes" de Cléanthe, dont le thème de ce mois de janvier est "Istanbul".

Billy Hayes (avec collab. William Hoffer), Midnight express, France loisirs, 1988
(fin rédaction août 1976, EO 1977, trad. Danielle Michel-Chic, Presses de la cité 1986)
222 pages [âge de lecture: à partir de 16 ans?]

 

Cette "histoire vraie" se lit comme un polar, et c'en est plus ou moins un, d'ailleurs (une fois mon billet rédigé, je verrai si je peux l'inscrire à d'autres challenges!). Voici les premières lignes du chapitre 1 (sur 25): "L'aéroport international Yesilkoy est situé en pleine campagne, à une trentaine de kilomètres d'Istanbul, non loin de la côte". Le 7 octobre 1970, le narrateur à la première personne (William Hayes, né en avril 1947 s'y fait "attraper" avec, cachés sur lui, deux kilos de haschich (malchance!). Américain ou pas, en Turquie, les Turcs ne plaisantent pas avec le trafic de drogue: il se retrouve d'abord au commissariat de Sirkeci (près du port d'Istanbul), puis très vite en prison, à Sagmalcilar (à l'autre bout de la ville).

 

Dès la cellule commune du commissariat, il semble avoir la chance de sympathiser avec un "caÏd" local, attrapé, lui, avec 60 kilos. La première nuit qu'il y passe est l'occasion de méditer sur sa vie. William Hayes, né en avril 1947 selon Wikipedia consulté ce 15/01/2025), était un jeune homme de la classe moyenne américaine: père qui n'a pas fait d'études supérieures mais dont le salaire assure l'existence de la famille, mère vraisemblablement au foyer. Sa voie semble toute tracée par ses parents: lui ira à l'Université (catholique), aura ainsi un bon emploi, puis se mariera... Or nous sommes dans les années 1960, les études ennuient le gamin, peu motivé, qui ne les poursuit que pour conserver le sursis lui garantissant de ne pas partir au Viet-Nam (cependant que papa est choqué qu'il ne souhaite pas servir son pays!). Et puis la fumette..

 

Bref, le lendemain, on lui propose une liste d'avocats turcs, il en choisit un ayant fait ses études et même enseigné en Amérique. La première lettre qu'il envoie à ses parents pose un repère temporel (8 octobre 1970), les lettres envoyées et datées apparaîtront de loin en loin (souvent en début de chapitre) dans ce qui va devenir un séjour au long cours dans l'univers carcéral turc. Au chapitre 4, il arrive véritablement en prison (il n'a pas encore été jugé). On l'amène dans le quartier des étrangers (le kogus). Il commence à s'inquiéter quand il apprend qu'un noir américain a pris douze ans et demi pour avoir eu 100 g de haschich sur lui. Il apprendra vite la musique... Ayant frappé le memisir Emin (le prisonnier chargé du kogus) qui l'importunait, il va faire connaissance avec la bastonnade, appliquée (par une matraque en bois dur d'un mètre de long) notamment sous la plante des pieds... (ce sera, semble-t-il, la seule fois de son séjour).

 

Je manque sans doute d'empathie, mais j'avoue que le "héros" de cette autobiographie ne m'est jamais apparu comme sympathique. Les deux kilos de "came", achetés 200 dollars à Istanbul, auraient eu une valeur de 5000 dollars (1970) à New York. il ne voulait pas les revendre (dit-il), mais les consommer personnellement et avec ses amis. Le livre se garde bien de dire si c'était son premier "voyage" ou non. Lors de son procès (attendu durant des mois), il écope de quatre ans et deux mois pour possession de haschich. À propos de voyage, j'ai été intéressé par la découverte, au détour d'une page, de ce que signifiaient différents trains possible, dont l'express de minuit, l'omnibus légal, ou plus loin le train de transfert.

 

Les années passent, politique intérieure turque, politique intérieure américaine (Nixon) et géopolitique (lutte contre la production... d'opium) influencent les relations entre les deux pays (William étant au mauvais endroit au mauvais moment!). Le procureur turc a fait appel a minima, un nouveau procès porte la peine de notre Américain à perpétuité (pour trafic de drogue cette fois-ci), ramenée à 30 ans par le juge qui ne peut réduire davantage. Ses parents le soutiennent (sans approuver ni ce qu'il a fait, ni ses plans d'évasion), le financent... Nous avons le récit de sa vie quotidienne, de ses interactions avec co-détenus et gardiens., de ses espoirs (être extradé vers son pays par un gouvernement turc plus compréhensif...), des démarches de ses parents et ami(e)s... 

 

Son "retour à la maison" interviendra en octobre 1975 (William cite p.181 une définition du [poète] Robert Frost: "la maison est l'endroit où l'on vous accepte toujours lorsque vous devez y aller"). L'une de ses premières démarches est de contacter plusieurs agents littéraires, directeurs de maisons d'éditions et producteurs de cinéma. Son "avance" pour le livre lui a permis de rembourser la seconde hypothèque prise par son père sur leur maison afin de lui apporter en prison nombre de billets de 100 dollars bien dissimulés... (un ex-co-détenu lui en a arnaqué une bonne partie). 

 

Le livre, et surtout le film, je suppose, ont dû donner une mauvaise image de la Turquie à l'étranger (particulièrement en Amérique). De la même manière, je pense, qu'aujourd'hui l'opinion publique américaine touchant notre capitale est certainement davantage forgée par leur feuilleton Emily in Paris que par ce que peut dire ou faire Emmanuel à l'Elysée ou par les actions des millions de Parisiens ou même de Français!

 

Mr K, du blog cafard at home (Le Capharnaüm éclairé), avait parlé de ce livre en 2013. 

 

Edit du 16/01/2026: j'inscris ce billet comme ma première contribution au challenge American Year (2025-2026, 3e édition) chez Belette2911.

 

4 mars 2026

Le roi des cendres - S.A. Cosby

Le roi des cendres de S.A. Cosby (Edition Sonatine, 406 pages) est le quatrième roman de l'auteur paru en français et que je viens de terminer après La colère, Le sang des innocents et Les routes oubliées. J'avoue avoir été un peu déçue par ce nouveau roman, qui narre un histoire plus banale que les précédentes. Roman Carruthers, un trentenaire qui est gestionnaire de patrimoine, revient dans sa ville natale de Jefferson Run en Virginie, car il a été appelé par sa soeur. Leur père Keith vient d'être hospitalisé dans le coma après avoir été percuté par un véhicule. Cette ville est gangrenée par la violence à cause de la guerre de gangs. Roman est l'ainé de trois enfants. Son frère Dante a des problèmes de drogue et sa soeur Neveah dirige désormais l'entreprise de crématorium créée par leurs parents, Keith et Bonita. Bonita, elle, a disparu mystérieusement vingt ans auparavant. On ne sait pas ce qu'elle est devenue. Neveah est persuadée que Keith l'a tuée et a brûlé son corps. Roman apprend que Dante a de sérieux problèmes avec un des deux gangs qui dirige la ville. À sa tête, il y a Torrent et Tranquil, deux frères psychopathes. Dante leur doit beaucoup d'argent et c'est Roman qui va tout organiser pour sauver sa famille et l'entreprise familiale. Je vous laisse découvrir comment il va parvenir à ses fins. L'ensemble est bien mené mais je ne me suis attachée à aucun des personnages qui ne sont pas spécialement sympathiques ni d'un côté ni de l'autre. Une déception en ce qui me concerne. Ce roman peut faire partie du challenge Un hiver polar d'Alexandra. Lire le billet d'Alex-mot-à-mots, pas plus convaincue que moi.

 

15 mars 2026

Le brave soldat Chvéïk - Jaroslav Hasek

Le sujet de ce mois de mars, pour le challenge Escapades en Europe - Voyages dans les littératures européennes organisé par Cléanthe, porte sur Le beau Danube bleu – Focus sur la Mitteleuropa. Si la seconde partie de l'intitulé ne pose pas question, il m'a fallu (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) faire non seulement un "pas de côté", mais carrément le grand écart pour raccrocher au Danube ma relecture de ce mois... 

Jaroslav Hasek, Le brave soldat Chvéïk, trad. par Henry Horejsi, Gallimard, 1932 (EO 1921)
* Folio N°676, 1992 pour mon exemplaire (DL 1975), 364 pages
* Le livre de poche N°1050, 1969 (DL 1963), 249 pages

 

J'ai acheté l'un des deux livres ci-dessus il y a près de 30 ans, et l'autre édition il y a quelques mois en vue de la verser dans telle ou telle des "bilbliothèques partagées de hall d'immeuble" que je fréquente (avec un succès mitigé - je me demande si la seule "sortie temporaire" que j'ai cru remarquer n'était pas due à un simple glissement derrière le rayonnage...). Saurez-vous deviner laquelle est laquelle? Dans les deux cas, il s'agit bien du même texte (de la même traduction) même si l'une des deux éditions (celle en Folio) a des caractères plus gros que l'autre... 

 

Né à Prague en 1883 (comme Kafka, tiens!), Jaroslav Hašek est décédé un an avant ce dernier, en 1923, à Lipnice nad Sázavou dans la Tchécoslovaquie de l'époque (aujourd'hui en Tchéquie). Il a lui-même effectué une partie de la guerre de 1914-1918 mobilisé dans l'armée autrichienne. Voilà pour les liens avec le Danube (même si l'actuelle Tchéquie n'est pas baignée par ce fleuve, elle a fait jadis partie d'ensembles plus vastes!)... Le brave soldat Chvéïk reste l'oeuvre de Hašek la plus célèbre, et a connu quelques suites que seule la mort de l'auteur a interrompues (il prévoyait six livres). Si je connaissais ce titre-là (premier de la saga) depuis quelques décennies, je n'ai encore jamais lu les Nouvelles aventures du brave soldat Chvéïk ni les Dernières aventures du brave soldat Chvéïk. Au moins l'un des deux livres semble disponible dans les bibliothèques parisiennes, je verrai si je le croise en 2026... Mais qui est ce brave soldat?

 

Au début de l'histoire, fin juin 1914, Chvéïk n'est encore qu'un civil (qui a réussi à se faire réformer du service militaire après avoir été déclaré "complètement idiot" par la commission médicale de l'armée impériale d'Autriche-Hongrie). Son activité? Revendeur de chiens... Apparemment, à cette époque, les innocentes conversations que pouvaient tenir clients et patrons de troquets de Prague pouvaient facilement être prises à mal par des agents provocateurs de la police en quête de "mauvais sujets". Arrêté, Chvéïk va devoir jouer d'un mélange d'innocence et de roublardise pour écoeurer ses interrogateurs, de commissariat en asile d'aliénés, avant d'être renvoyé dans ses foyers. Convoqué de nouveau, après les premières défaites autrichiennes dans la guerre, devant la commission médicale chargée de statuer sur ses capacités à être versé dans la Réserve de l'armée, le voici cette fois-ci pris pour un simulateur... et mis en prison. Là, il a la chance de "taper dans l'oeil" d'un aumônier militaire quelque peu particulier, qui s'arrange pour se le faire affecter comme ordonnance. Tout se passe à peu près bien (que d'aventures!) jusqu'à ce que cet aumônier le perde malencontreusement aux cartes, au profit d'un certain lieutenant Lucas. Ce que je dis en deux phrases occupe des dizaines de pages savoureuses, bien entendu.

 

Le caractère "intemporel" du personnage de Chvéïk, qui s'avère un bon valet de comédie, fait pour nous, lecteurs d'un siècle plus tard auxquels échappent peut-être certaines des fines allusions ou des faits de société, le sel de cette lecture. Ce qui apparaît à ses infortunés interlocuteurs comme du non-sens verbal n'atteste-t-il pas plutôt d'un solide bon sens à toute épreuve? Chvéïk noie le poisson, de pied ferme, en répondant systématiquement à côté de la question posée par des anecdotes n'ayant souvent ni queue ni tête mais qu'il présente comme tirées de son expérience personnelle. 

L'aumônier puis le lieutenant apparaissent aussi comme des "types" truculents. La visite du mari venu reprendre l'épouse qui s'était invitée chez l'amant (p.305-326) constitue une scène d'anthologie. Nous sommes entre personnes du beau monde. Je ne vous dirai pas comment le mari a su où était l'épouse. Mais ce qui conduira lieutenant et ordonnance à leur perte (ou en tout cas sur le front et non plus tranquillement "à l'arrière"), c'est un chien volé - soit le secteur d'activité de Chvéïk dans le civil. Le fait d'appâter les toutous avec du "saucisson de cheval" m'a rappelé qu'à l'époque, la traction de véhicules était encore souvent hippomobile.

 

Cette relecture m'a en tout cas donné l'impression que Jaroslav Hasek a parfois dû être plagié, presque mot pour mot, par d'autres auteurs: j'ai de vagues souvenirs - eux aussi fort lointains - de personnages de soldats allemands qui jouent les niais face à des médecins voire à des officiers ou sous-officiers et font "tourner en bourrique" des spécialistes en santé mentale (Sven Hassel? H. H. Kirst?). Mais lui-même avait-il lu la scène des Trois mousquetaires où Athos joue aux dés son valet Grimaud?

 

Je n'ai pu trouver, en faisant des recherches, que quelques blogs ayant parlé du Brave soldat Chvéïk: je l'ai trouvé cité sur Littérature des 5 continents et chez Crémieu-Alcan (blog Les 100 livres). Si j'en trouve d'autres, je ne m'interdis pas de les rajouter! 

 

Edit du 17/03/2026: c'est seulement aujourd'hui que j'ai pris conscience que Le brave soldat Chvéïk pouvait aussi s'inscrire aux deux challenges organisés par Nathalie, Pages de la grande guerre 2026 et 2026 sera classique aussi!

 

29 mars 2026

L'espion aux yeux verts - Bernard Clavel

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) acheté hier samedi 28 mars ce recueil de nouvelles (marqué "roman" en couverture!) que je termine alors que nous sommes maintenant dimanche. Il me permet (de justesse!) une participation au challenge "2026 sera classique aussi!" organisé par Nathalie. 

Bernard Clavel, L'espion aux yeux verts, J'ai Lu N°499, 1985, 243 pages
(1er DL dans la collection 1974, copyright Robert Laffont 1969)

 

Je me suis acheté hier une bonne douzaine de bouquins d'occasion divers et variés (13 pour un coût total de 5,50 euros...), autant dire qu'il y avait peu de nouveautés de l'année dans le lot! J'ai tiré ce volume-ci du bac à cause de son auteur Bernard Clavel (1923-2010): j'ai déjà lu près d'une demi-douzaine de titres de cet "écrivain populaire", que j'aime bien... Cette fois-ci, pourtant, la première nouvelle, celle qui donne son nom au recueil, ne m'a pas enthousiasmé. Mais bien m'en a pris de ne pas abandonner ma lecture: sur les neuf du recueil, je la mets en dernière - ou en avant-dernière - position, là où d'autres m'ont vraiment plu. Je vais dire quelques mots de chaque nouvelle.

* L'espion aux yeux verts (p.5-33): un veuf reste cloitré chez lui en proie à la paranoïa... Il croit que tout son entourage l'espionne!

* Le père Vincendon (p.34-52) et Le père Minangois (p.236-242), deux nouvelles qui m'ont paru se répondre, se présentant chacune comme souvenirs d'un enfant concernant un vieil artisan qui venait chez ses parents... Un ébéniste dans un cas, un cordonnier dans l'autre.

* Légion (p.53-129): l'une de mes nouvelles préférées. Un ancien légionnaire démobilisé, qui "trace la route", arrive dans un village de montagne où la route fait un cul-de-sac: pas moyen d'aller plus loin malgré l'envie qu'il en a, continuer serait trop dangereux... et pour aller où? Travailleur, homme à tout faire, il va se faire apprécier de tous au village où il décide de séjourner. Mais l'envie est trop forte... et ce sera le drame, conclu en quelques phrases précipitées et abruptes. La nouvelle est dédicacée à Pierre Mac Orlan.

* Le soldat Ramillot (p.201-235): encore une histoire de soldat, donc, mais aussi l'occasion, comme Légion, d'évoquer la ruralité de la première moitié du XXe siècle et ses travaux... Cette nouvelle-là est celle qui m'a le plus fait songer à du Maupassant. 

* Le jardin de Parsifal (p.130-156): Parsifal, c'est un chien, le fidèle gardien de la maison d'une espèce de Landru musicien. Mais ce n'est pas ce chien-là qui le perdra. La nouvelle est datée d'avril 1962.

* Le fouet (p.157-166): une courte nouvelle qui se déroule quasiment le temps d'un numéro de cirque, après la Seconde Guerre Mondiale, avec une fin ambiguë et ouverte (le pardon ou non?).

* La barque (p.167-188): lors d'une inondation due à de fortes pluies, une barque toute neuve, utilisée pour le sauvetage, doit traverser un tunnel dans lequel l'eau monte... 

* L'homme au manteau de cuir (p.189-199): une autre histoire de soldats et de pluie, le sergent d'un poste de garde se laisse attendrir, malgré les consignes, en laissant un motard en panne se réchauffer dans le poste de garde (on doit être en période de conflit!). J'ai apprécié l'humanité des protagonistes de cette courte nouvelle, qui l'emporte sur la discipline militaire. 

 

Je ne l'ai pas indiqué systématiquement, mais la plupart des nouvelles sont dédiées à telle ou telle personne. 

Bien entendu, en 2026, impossible de savoir via un moteur de recherche si tel ou tel blog en a parlé... Il faudrait que je tombe dessus directement, ou bien chercher à l'intérieur des blogs eux-mêmes...

1 avril 2026

Le crépuscule des hommes - Alfred de Montesquiou

Je viens de terminer Le crépuscule des hommes d'Alfred de Montesquiou (Edition Pavillons - Robert Laffont, 383 pages dont 20 pages de notes biographiques et une bibliographie générale). 

Ce récit très vivant retrace l'année qu'a duré le procès de Nuremberg entre novembre 1945 et fin septembre 1946. Dans Nuremberg pratiquement détruite, quelques bâtiments sont cependant restés intacts, dont le palais de justice et le château Faber appartenant à la famille von Faber-Castells qui s'est enrichie grâce leurs crayons. Dans le château, les journalistes et les photographes qui ont suivi le procès se partageaient des chambres. Les hommes d'un côté et les femmes de l'autre (il y eut très peu de femmes à suivre le procès). Ce récit rappelle que des personnes célèbres sont venues plus ou moins longtemps pour suivre de près ou de loin les débats, écouter les témoignages la plupart du temps poignants. Pour les Français, Joseph Kessel, Elsa Triolet et Madeleine Jacob ainsi que Didier Lazard. Il y eut aussi le romancier américain John Dos Passos, Erika Mann, la fille de Thomas Mann, Walter Cronkite, un journaliste vedette de la chaîne CBS aux Etats-Unis. Il y a eu bien entendu quelques Russes qui appartenaient parfois au NKVD. C'était les plus virulents contre les accusés. Ils voulaient que tous soient condamnés à mort. Parmi les photographes, on retient surtout le nom de Ray d'Addario qui a photographié tout le procès de Nuremberg et tous les procès annexes. De Montesquiou rend toutes ces personnes proches de nous avec leurs qualités et leurs défauts. Le récit s'arrête avec l'exécution par pendaison de onze condamnés à mort. Le douzième, Goering, s'est empoisonné avec une capsule de cyanure avant son exécution. Ce livre est une bonne révision pour celles et ceux qui connaissent le sujet, et, pour les autres, un livre facile à lire et très intéressant.

12 avril 2026

Les morts ne chantent pas - Jussi Adler Olsen / Line Holm & Stine Bolther

Je viens de terminer hier, samedi 11 avril 2026, la onzième enquête du Département V qui se passe toujours au Danemark. Les morts ne chantent pas (Edition Albin Michel, 598 pages) est un roman écrit à six mains puisque Jussi Adler Olsen s'est adjoint deux femmes journalistes et romancières toutes les deux, Line Holm & Stine Bolther, pour ce roman que j'ai apprécié avec une intrigue bien ficelée. Depuis le départ à la retraite de Carl Mork, c'est Assad qui dirige le département V avec Rose toujours pas commode. Cette dernière à des problèmes hormonaux qui la perturbent et elle ne sait pas qu'elle a. Une policière française, Héléna Henry qui a exercé à Lyon et dont la mère était Danoise, est mise à la disposition temporairement du département V. L'histoire commence quand un vieil enregistrement audio, sur lequel une femme agressée appelle à l'aide, mais qui a été classé sans suite, est exhumé. En 1989, dans une colonie de vacances étaient réunis des jeunes garçons qui chantaient dans un choeur renommé, Jakob âgé de 10 ans était l'un deux. Après avoir été jeté dans l'eau d'un lac, il est enfermé sur un balcon. A priori, il avait une voix exceptionnelle qui a attiré la jalousie d'autres jeunes chanteurs. Je vous laisse découvrir ce qui est arrivé à Jakob qui est celui qui va se venger de différentes manières contre ses tortionnaires, trente-quatre ans plus tard. Il veut les détruire moralement et physiquement. Le roman est haletant. Quand le roman se termine, on peut penser qu'il y aura une douzième enquête. Lire le billet d'Eva. 

26 avril 2026

Les bûchers de Calcutta - Abir Mukherjee

Je viens de lire, en deux jours, le nouveau roman d'Abir Mukherjee, Les bûchers de Calcutta (Edition Liana Levi, 409 pages haletantes). J'ai eu le plaisir de retrouver, en 1926, le policier Sam Wyndham qui a été plus ou moins mis sur la touche depuis qu'il avait permis trois ans plus tôt la fuite d'Inde de son adjoint Satyen Banerjee. Je vous conseille de lire les cinq romans précédents (dans l'ordre de préférence) de la série, même si les histoires sont indépendantes. Quand Les bûchers de Calcutta commence, Wyndham ayant perdu la confiance de sa hiérarchie et à qui on ne confie plus d'affaires criminelles intéressantes est appelé sur les bords du fleuve Hooghly, là où l'on peut trouver des bùchers sur lesquels brûlent les morts. C'est un Intouchable, porteur de cadavres, qui a donné l'alerte. J. P. Mullick, un Indien très riche et respecté, est retrouvé égorgé. On confie donc l'affaire à Wyndham qui mène une enquête complexe dans le milieu du cinéma. En effet, J. P. Mullick était un mécène et il était en pleine production d'un film interprété par une future grande vedette hollywoodienne, Estelle Morgan. Dans le même temps, on a le plaisir de revoir, après trois d'absence (il s'était installé en Europe et surtout à Paris), Satyen Banerjee qui n'est plus policier mais qui va néanmoins prêter main forte à Wyndham car de son côté, il essaye de retrouver une cousine appelée Dolly qui est photographe. Elle a disparu et son labo photo a été dévasté. Je vous révélerai que les deux affaires sont liées et qu'il va y avoir trois autres morts dont une jeune femme. Comme je ne veux pas en dire plus, je m'arrête là pour l'histoire. Les chapitres sont courts et le récit est alternativement narré par Wyndham ou Banerjee. Je pense avoir deviné assez vite qui est à l'origine des morts et pourquoi. Vous pouvez lire la note de l'auteur à la fin de l'ouvrage qui donne un indice important sur l'intrigue. Et sinon, j'ai trouvé sympathique que Mukherjee dédie son roman "aux libraires et aux bibliothécaires pour tout ce que vous faites pour nous" (écrivains). 

4 avril 2026

La ville couronnée d'épines - Gilbert Cesbron

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais encore publier un article sur un recueil de nouvelles, mais cette fois-ci un peu plus récent (même si je ne l'avais jamais lu jusqu'à aujourd'hui). Malgré son demi-siècle "bon poids", cet ouvrage est trop "récent" pour pouvoir figurer parmi les "classiques" de Nathalie... même si, m'a-t-il semblé, les saynètes qui le composent évoquent plutôt la fin des années 1950 ou les années 1960 que les années 1970.

Gilbert Cesbron, La ville couronnée d'épines, Robert Laffont, J'ai lu N°979, 219 pages,
1979 (EO 1974), illustration de couverture de Gyula Konkoly

 

Gilbert Cesbron (1913-1979) a toujours revendiqué haut et fort son catholicisme (déjà, un titre pareil est forcément christique, non?). Disons que, tout comptes faits, j'aime bien le lire "malgré cela" (même s'il m'agace parfois avec son insistance...). Dans mon enfance, je m'étais approprié le volume Chiens perdus sans collier qui était dans la bibliothèque familiale, puis ai mis quelques années avant d'en découvrir d'autres. Aujourd'hui, c'est en écumant les bacs d'occasion (à quelques dizaines de centimes d'euros le volume) que j'ai l'occasion d'en lire que je ne connaissais pas, avant de les verser dans telle ou telle bibliothèque partagée. Mais je n'en tire pas toujours un billet...

 

Chacune des 15 nouvelles est précédée d'un petit texte en italiques. Préface ou introduction? Souvent petite méditation philosophique, plutôt. Parfois, souvenir personnel (ou donné comme tel)...

Ces courts "récits" (terme qui figure en sous-titre dans l'une des pages intérieures) se donnent en point commun d'évoquer la banlieue et les deux classes sociales susceptibles de l'occuper: la nouvelle, celle des prolétaires et/ou ouvriers pauvres, d'une part. Et l'ancienne (en voie de disparition) constituée de ceux qui étaient sur place (à la campagne, alors) avant la construction des "cités". Quelques mots pour vous les présenter (en toute subjectivité!) ci-dessous.

 

* Un roman de poche (p.7): histoire douce-amère de jeunes déboussolés... la banlieue ouvrière et la ruralité semblent, tous comptes faits, peu miscibles.

* Carrosse d'un vieux roi (p.25): une jolie histoire de gain à une émission de radio (et de temps qui passe!), qui m'a rappelé Si j'avais un château. 

* La petite Agnès (p.34): ce "fait divers" terrible et l'analyse psy du personnage principal ne m'ont pas vraiment plu...

* La fiche (p.50): un retraité qui s'ennuie tellement qu'il se cherche, chaque matin, une liste de "quelques choses à faire" pour s'occuper est absolument ravi que le destin lui en envoie une palanquée!

* L'enfant de l'autoroute (p.57): un joli conte qui m'a bien plu. L'autoroute en construction qui traverse sa cité forme une voie d'accès (goudronnée pour la partie finie, de sable jaune pour celle que les engins tracent) qui permet à un gamin de découvrir, à quelques kilomètres de chez lui, campagne, ferme et vache, à l'insu de ses parents, les mercredis où il est censé rester seul à la maison...

* Le poids du monde (p.74): Brr... Crédible, trop crédible (même avec la pincée de bondieuserie que je trouve personnellement en trop).

* Le plus fidèle ami du chien (p.86): une nouvelle presque fantastique (sinon science-fictionnelle), à front renversé... pauvre bête!

* "Mame Denis" (p.86): cette nouvelle mettant en scène des militaires (anciens d'Afrique) a sonné, pour moi, comme certaines nouvelles de Joseph Kessel (Le coup de grâce?)

* Pavillon perdu (p.116): encore un conte, avec un côté pathétique, quelque chose  du roman d'Alain-Fournier Le grand Meaulne, ai-je trouvé: une rencontre "par hasard". Pour le malheureux héros, "cela a commencé pendant une triste nuit, le long d'une route solitaire de [banlieue], alors qu'il cherchait un raccourci que [malheureusement] il trouva [le lendemain]"... Bon, on peut espérer que, des lendemains de recherche, il y en aura encore d'autres!

* Le 8 juin (p.138): cette histoire amère qui se déroule dans un "mouroir" (qu'on n'appelait pas encore EHPAD) m'a évoqué" une atmosphère à la Alphonse Daudet... Une fête organisée théoriquement en l'honneur d'une centenaire démontre tragiquement qu'elle n'était pas au coeur des préoccupations, en fait!

* L'enfant prodigue revient toujours trop tôt (p.148): extrait de la spirituelle introduction (p.147). "Neuilly a toujours joué sur les deux tableaux: "je suis la ville, voyez mes pierres; je suis banlieue, voyez mes arbres..."." 
Un "fils de famille" a encore besoin de bouffer un peu de vache enragée avant de "rentrer dans le moule"!

* Ci-gît (p.163): je n'ai pas réussi à comprendre la morale qui peut être sous-jacente dans cette histoire, celle d'une tombe abandonnée dans un cimetière depuis plus d'un siècle... auquel un inconnu redonne vie? Je n'ai pas vu venir la chute, non plus.

* L'autre chemin (p.167): un conte... avec un autobus à plateforme auquel chauffeur et receveur font prendre, un beau soir, le chemin des écoliers. Je doute (hélas!) qu'il soit basé sur une histoire vraie!

* Les amoureux de Garches (p.179): analyse amère de la différence entre infirmité (permanente) et blessure accidentelle (dont on se remet), croisée avec, là encore, une différence de classe sociale... tragique. 

* La châtelaine de Gentilly (p.206): j'ai perçu dans cette nouvelle "aristocratique" comme un pâle reflet de certaines de Jean de La Varende... Description d'un monde figé dans le passé, suranné, d'une "vieille dame" qui traverse les années sans accepter le changement... J'ai apprécié la rencontre avec le jeune curé nommé pour remplacer celui avec qui, depuis des décennies, elle s'occupait de "ses pauvres" (en se privant pour eux), qui essaie en vain de lui ouvrir les yeux et l'esprit concernant toute "la pauvreté" de la nouvelle cité - qu'elle repousse... Cela m'a un peu rappelé Les clés du royaume de A.J. Cronin.

 

J'ai appris (ce dont je ne me serais pas douté!) que Gyula Konkoly, né en 1941, est un (et non une) peintre hongrois, qu a demandé l'asile politique en France en 1970. Il a illustré couvertures de livres et affiches de livres entre 1874 et 1987, et a enfin a retrouvé la citoyenneté hongroise en 1991.

 

C'est vrai que je dois posséder quelques "Cesbron" achetés ces dernières années et qui figurent encore, non lus, dans l'une ou l'autre PAL. Mais, pour répondre à des blogueuses qui s'étonnent parfois que je chronique des livres en signalant que je les ai achetés il y a plusieurs décennies, je précise que, dans ces cas-là, en général, ce sont des rayonnages de ma bibliothèque de livres lus il y a fort longtemps mais conservés depuis, que je les tire (et non de piles de "jamais lus encore et restant à lire", bref, de PAL!). 

10 mai 2026

La PLAISANCE, quelle galère... - Françoise Platnic

Profitant de l'absence de la maîtresse de blog, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) poursuis "au-delà du rythme de croisière" mes participations au challenge Book trip en mer (saison 3) de Fanja. C'est la participation d'Alexandra au challenge qui m'a donné l'idée de mettre "sur le dessus de la pile" la navigation évoquée d'un point de vue féminin. Ici, la thématique maritime est envisagée sous l'angle humoristique... 

Françoise Platnic, La PLAISANCE, quelle galère..., éditions du Gerfaut, 2009, 190 pages

 

Françoise Platnic semble avoir publié en tout et pour tout trois titres, dont deux dans notre thématique: celui-ci et Les croisières, quelle galère, que je n'ai encore jamais croisé (j'ai cru comprendre qu'il s'agissait d'un livre illustré par Eve Marie paru en 2012). La plaisance, quelle galère... semble pour sa part avoir connu trois éditions (chez deux éditeurs différents). Même après l'avoir lu, je ne me sens pas capable de trancher si l'ouvrage vise bien un lectorat féminin, ou... est destiné à faire "songer" les hommes.

 

Notre Françoise s'adresse à une hypothétique Monique, qui, comme elle, aura pu être séduite par un "loup de mer"... amateur. Première invitation sur le bateau d'icelui, et premières galères (nous ne sommes pas seuls!). Mais cela peut finir par un mariage. Et là... Toutes les mésaventures du monde nous sont détaillées avec humour en 48 chapitres et une conclusion (j'y reviendrai). 

 

Alors que Monsieur n'est heureux (principalement) que sur l'eau, y consacre son temps libre et ses économies, Madame a un point de vue plus féminin sinon "terre-à-terre". Sur le bateau, la place est réduite, l'encombrement maximum, chaque chose a sa place... sauf elle. Et c'est à elle de s'en accommoder. 

 

J'ai beaucoup souri aux clichés enfilés comme des perles. Quelques extraits du chapitre 3, titré "Petit avertissement": "(...). vos petites mains manucurées, mal soutenues par des bras bronzés mais sans muscles, vous lâcheront au moment de hisser la grand voile (...). Le charmant personnage que vous pensiez si bien connaître va se transformer en un odieux individu au gré des événements. (...) Autre possibilité, changer de bonhomme et choisir un rat de bibliothèque. (...)". 

 

Et "Lorsque l'enfant paraît," un bateau n'est pas semble-t-il l'endroit le plus simple pour nourrir, changer, laver, faire dormir un nourrisson. Quand le deuxième enfant arrive, c'est l'occasion... d'acheter un bateau plus grand! Plus tard, les enfants grandissant à bord (tour du monde... ou navigation juste pour les vacances, avec ou sans copains), les angoisses ou les prétextes à exaspérations de l'épouse-mère ne diminuent pas pour autant. La mère de famille doit surveiller comme une louve de mer ses enfants à bord.

 

L'autrice aborde tous les sujets: l'accueil de port en port, les voisins de mouillage, l'invitation d'amis à bord (qui, eux, rêvaient d'un rythme de croisière, et non d'être bombardés équipiers à l'insu de leur plein gré!). Les provisions, les conditions de navigation, les avaries, où ranger tant les objets du quotidien que le matériel de survie "au cas où"... Les pannes de moteur au moment du départ (et, comme avec une automobile, la pièce est indisponible chez le "diéséliste"). L'"hivernage" du bateau "hors saison". Et tous les frais induits pour maintenir le bateau en état (de naviguer). Et j'en oublie (ou plutôt, je vous en laisse à découvrir!). 

 

"En paraphrasant une chanson célèbre vous pouvez chanter:
- j'ai mes portes qui se rouillent... / mes coussins qui moisissent... / mes rideaux qui s'déchirent / mon annexe qui s'dégonfle... / ma peinture qui s'fissure... / mon vernis qui fout l'camp... / mon plastique qui jaunit... / mon porte-monnaie qui éclate..." (p.174).

 

En conclusion (optimiste) du livre, malgré tout, durant tous les tracas de la vie quotidienne (au bureau notamment), il est exprimé que c'est bien de pouvoir rêver à un départ sur son voilier -à moteur-, comme évasion (et ça n'a pas de prix!). 

 

Bref, pour ma part (regard masculin), je me suis plutôt amusé à la lecture de cette "vision féminine", même si, de mon côté, je me suis toujours bien gardé de mettre le pied sur les Corsaires que deux de mes frères ont chacun possédé de leur côté (ils n'ont jamais navigué ensemble... Deux skippers à bord, c'est un de trop!). Oui, j'assume plutôt mon profil "rat de bibliothèque".

1 mai 2026

Salut au Grand Sud - Isabelle Autissier et Erik Orsenna

Après quelques semaines où j'ai quelque peu délaissé mes activités bloguesques, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) les reprends grâce au démarrage de la troisième saison du challenge Book trip en mer proposé par Fanja (de mai à novembre de cette année 2026). Il y a seulement deux jours que l'ouvrage ci-dessous est tombé sous mes yeux puis entre mes mains. Je n'avais même pas encore lu le billet annonçant le début officiel de ce BTEM 3.

Isabelle Autissier et Erik Orsenna, Salut au Grand Sud, Editions Stock, 2006, 264 pages

 

L'écriture de ce récit à deux voix commence par éveiller la curiosité par l'association des deux noms de ses auteurs. La quatrième de couv' confirme qu'il s'inscrit en plein dans le thème: 

"(...)
Antarctique.
Qui ne voudrait partir un jour là-bas sur la trace des plus vaillants explorateurs? Qui ne rêverait de saluer le Grand Sud pour tenter de comprendre un peu mieux la mécanique géante de la planète?
Le 8 janvier 2006, sur le fier voilier Ada, nous avons d'Ushuaia levé l'ancre. Cap au 180. Deux mois plus tard, nous sommes revenus. Nous allons tout vous raconter".
I.A. et E.O.

 

Isabelle Autissier et Erik Orsenna font aujourd'hui tous deux partie des Ecrivains de marine (association dont j'ai déjà parlé ici), mais l'ouvrage publié en septembre 2006 n'en fait aucune mention. Je n'ai pas réussi à dénicher la date exacte où Erik Orsenna a rejoint ce cénacle: dès sa fondation en 2003 par Jean-François Deniau [1928-2007], ou après? En tout cas, il en faisait déjà partie sauf erreur de ma part lors de la publication de son Portrait du Gulf Stream en 2005. Quant à Isabelle Autissier, elle semble être devenue "écrivain de marine" (cooptée par les membres avant d'être officiellement adoubée par la Marine nationale?) en 2006, si j'ai bien compris. Mais passons au livre lui-même.

 

Divisé en quatre parties principales et en une quarantaine de chapitres, il mêle 11 de ceux-ci titrés "Journal d'Erik" ou "Journal d'Isabelle" (soulignés d'une typographie particulière) à un texte plus linéaire et dont on ne sait comment il a été rédigé, "à quatre mains" en tout ou partie, ou non. En ce qui concerne l'aventure elle-même, c'est Isabelle Autissier qui en a été à l'initiative, en achetant le voilier Ada (adapté aux conditions de navigation dans l'Antarctique), qu'elle avait croisé en 2002. Pour vivre son envie de naviguer dans ces lieux tout en "fréquentant la science", il lui fallait des compagnons pour partager cette utopie. "Erik fut le premier". Erik Orsenna, pour sa part, n'avait jamais dépassé, en bateau, la Terre de feu. "Lorsque Isabelle m'a proposé: "veux-tu aller en Antarctique?", ma réponse était prête depuis l'enfance".

 

p.39 et suivantes, Isabelle explique pourquoi elle attribue le sexe féminin à ce bateau qu'elle s'est offert, l'Ada, capable de naviguer dans ces conditions extrêmes tout en (sup)portant un équipage de six personnes et leur matériel. Un ornithologue (Fabrice), Joël, documentariste, et quatre vrais marins capables de prendre seuls le quart quand nécessaire: Agnès (1,50 m et 45 kg toute mouillée, multicompétente); Olivier (ancien officier de la marine marchande, qui gère un chantier de construction de yachts), Isabelle et Erik (peut-être plus écrivain que marin?). En tout cas, trois marins avaient déjà fait leurs preuves dans ces eaux particulières en connaissant ses "facéties climatiques". Et "souder un équipage autour d'un but est le b-a-ba du management, comme on dit de nos jours".

 

Isabelle rend p.59-64 hommage à Pierre Lasnier, météorologue, routeur fort connu dans le milieu de la course au large. J'ai vu que, aujourd'hui âgé de 77 ans, il avait mis fin aux activités de sa société Meteomer en 2017 après un tiers de siècle d'activité. Le livre évoque aussi le "milieu" de ces marins de l'extrême qui fréquentent ces eaux, leurs bars et autres lieux de rencontre, le genre de conversation qu'ils tiennent lorsque deux voiliers se rencontrent ("ton [franchissement du Détroit de] Drake, il s'est passé / il se présente comment?"). Le livre raconte aussi les visites aux différentes bases scientifiques (argentine, chilienne, ukrainienne - ah, la vodka locale, p.211). Lors de ce récit de semaines de navigation entrecoupées d'escales, ou de simples "mouillages" où il faut être vigilant en permanence (icebergs, sautes de vents...), on en apprend sur ceux qui sont venus explorer puis exploiter (jusqu'à quasi-extermination de la faune locale parfois: baleines, éléphants de mer, manchots...) ces parages, au XIXe s. ou au début du XXe (il en subsiste quelques ruines et autres sites et monuments historiques de l'Antarctique, visités, en 2006, par quelque 15 000 croisiéristes par an). J'ai appris l'existence de l'énorme courant circumpolaire (qui brasse les eaux de trois océans - et que le réchauffement climatique menace probablement (p.75). J'ai apprécié les mots d'Erik définissant ce qu'est un marin (p.188-190). J'ai appris (p.219) que, s'il existe 386 plantes à fleurs en Terre de feu (partie la plus au Sud du continent sud-américain), il n'y en a que... deux sur le continent Antarctique. Plus au Sud, toujours plus au Sud. L'ambition de départ était de franchir, en voilier, le cercle polaire (66°33). Mais la sagesse est d'être capable de renoncer, de ne pas aller trop loin dans ce monde sans secours, lorsque les icebergs et autres glaces flottantes se font trop pressants autour de la coque en aluminium. Une autre fois! (p.238). Une dernière citation (p.252): "Quoi de plus libre qu'un bateau? Mais quel apprentissage plus rigoureux? En mer, tout se paye cash, et immédiatement. Une jolie manoeuvre et c'est le bonheur. Une erreur et c'est la galère. Grosse erreur, grosse galère. Petite erreur, petite galère, mais galère quand même. Sur terre, un verre qu'on ne range pas, c'est du désordre. En mer, c'est un verre cassé".

 

Nos deux auteurs ont par la suite co-écrit un autre ouvrage, Passer par le Nord, la nouvelle route maritime (éditions Paulsen, 2014). Je le lirai si je le trouve... une année ou l'autre. 

 

P.S. sans rapport avec ce qui précède: en cherchant si je trouverais une adresse mail de M. Orsenna me permettant de lui demander en quelle année il était devenu écrivain de marine, j'ai déniché la liste de ses discours figurant sur le site de l'Académie française (où il a été élu en 1998 au fauteuil N°17, celui où l'avait précédé Jacques-Yves Cousteau). Dans le texte intitulé L'éloge de l'ombre, j'ai bien apprécié ce qu'il disait, en 2009, sur les menaces pesant sur nos libertés, sur notre vie privée, tant de la part de l'obscurantisme que de la technologie. Mais j'ai relevé avec... [amusement? Ce n'est pas forcément le mot!] que son propre "nom de domaine", eric-orsenna.com, qui figure sur sa fiche d'académicien, renvoie désormais (depuis quand? Une dernière archive remonterait à janvier 2025, alors qu'il dépendait des éditions Stock et que sa dernière mise à jour remontait à 2017 - sauf erreur de ma part?) vers sa fiche sur le site d'Hachette...

19 avril 2026

Une unique lueur - Fred Vargas

Je viens de terminer Une unique lueur, le nouveau roman de Fred Vargas (Edition Flammarion, 523 pages) que j'ai trouvé très agréable à lire. L'histoire se passe à Paris de nos jours. Le commissaire Adamsberg vient d'être appelé dans le VIème arrondissement. Le corps d'une très belle jeune femme gît sur le trottoir. Elle a reçu un coup de couteau dans le coeur dissimulé par ses vêtements. C'est surtout sa tenue qui attire l'attention. Une veste en lainage pied-de-poule (carreaux noirs et blancs), une jupe noire, des collants et des chaussures à petits talons. Comme accessoires, elle porte une montre, un bracelet auquel est attaché un sifflet doré, un sac à main et près d'elle, un bouquet de fleurs bleues, des ancolies. Peu de temps après, il y a un autre meurtre avec le même modus operandi. Six ans auparavant, un crime similaire a eu lieu mais le meurtrier n'a pas été appréhendé. Adamsberg et son équipe au grand complet enquêtent. Gérard de Nerval et son poème El Desdichado (dont voici les premiers vers célèbres: "Je suis le Ténébreux, — le Veuf, — l’Inconsolé, Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie : Ma seule Étoile est morte, — et mon luth constellé Porte le Soleil noir de la Mélancolie." ainsi que Lauren Bacall (et Humphrey Bogart) ont une grande importance dans la découverte de l'assassin ainsi qu'un labrador noir appelé Anselme et son maître Sébastien de Charlus. L'enquête mènera Adamsberg et deux de ses collègues jusqu'à Los Angeles (La cité des anges) avant de revenir à Paris. On apprend le nom de l'assassin dans les toutes dernières pages. La langue de Fred Vargas est toujours précise et imagée. Un vrai bonheur de lecture que je vous recommande. 

20 mai 2026

Le marin rejeté par la mer - Yukio Mishima

Voici un bouquin "gardé au chaud" quelques mois en vue du Book trip en mer (saison 3) de Fanja. Avant Le marin rejeté par la mer, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'avais jamais rien lu de cet auteur dont je me faisais d'ailleurs une image plutôt négative et sulfureuse. Il me permet en outre une participation au challenge 2026 sera classique aussi! de Nathalie.

Yukio Mishima, Le marin rejeté par la mer, Gallimard, Folio N°1147, 2005, 183 pages 
(DL 1999, trad. G. Renondeau 1975, EO 1963)

 

Au port de Yokohama d'un Japon de l'après-guerre, un gamin de 13 ans (orphelin de père), Noboru, passionné par les bateaux, convainc sa mère, Fusako (33 ans), de faire jouer ses relations pour qu'il puisse en visiter un. Elle l'accompagne à bord du cargo Rakuyo, en escale. Leur cicérone se trouve être le capitaine en second, Ryûji Tsukazaki. La nuit suivante, la mère accueille volontiers le marin dans sa chambre. Le gamin se trouve être quelque peu voyeur... 

 

Le livre est à la fois empli de détails et de descriptions, et très clair dans l'exposé des faits. On comprend vite, ou il nous est dit, que ce marin, embarqué à 16 ans à sa sortie d'une école de la marine marchande, et qui a gravi au fil des ans tous les échelons jusqu'à se retrouver officier en second, a navigué mais n'est pas ou plus satisfait de sa vie à bord. "Tandis que la plupart des hommes choisissent le métier de marin par amour de la mer, Ryûji s'était fait marin parce qu'il détestait la terre" (p.22). Malgré tout, il va repartir à bord du Rakuyo après sa brève aventure avec Fusako, à la fin de la première partie du livre qui s'intitulait "L'été".

 

La seconde partie, "L'hiver", est plus dramatique. Ryûji revient avec l'envie de fonder enfin une famille. Mais la perspective que, dépouillé de toute son aura, il se révèle seulement comme le brave homme qu'il est au fond, ne convient pas à Noboru. Ce dernier, en proie à la jalousie et à l'exaltation provoquée par la puberté (ce n'est pas dit explicitement, mais c'est ce que j'ai perçu!) et sous l'emprise du "meneur" de sa petite bande de gamins, va être amené à une terrible décision. La bande de gamins m'a fait songer à celle évoquée par William Golding dans Sa majesté des mouches. Le thé proposé par son juvénile auditoire à Ryûji pendant qu'il s'efforce de leur narrer avec pédagogie sa vie à bord sera trouvé par lui terriblement amer. "Comme chacun sait, la gloire est amère" (p.183).

 

Je ne sais pas ce que la psychanalyste Elsa Cayat aurait pu dire des homophonies en français (mer / mère / amer) pour cet ouvrage. Mishima était lui-même plutôt perturbé, je crois.

 

Alice du blog Ça sent le book avait chroniqué Le marin rejeté par la mer en 2015, Moka en 2022, Argoul en 2013 (1).  

J'ai appris que le livre de Mishima a été adapté et transposé dans un film britannique de 1976, Le marin qui abandonna la mer, de Lewis John Carlino (je n'avais jamais non plus entendu parler ni du film ni du cinéaste!).

 

(1) Edit du 21/05/2026: je rajoute les liens vers les billets d'Une comète et d'Ingannmic (cette dernière dans le cadre du BTEM 1 - merci Fanja!).

30 mai 2026

D'écume et de sang - Mireille Calmel

Le titre présenté ci-après avait été reçu (en édition grand format) il y a quelques années (2023) comme service de presse par le journal à thématique "marine" pour lequel je travaille à temps partiel. Mais ce n'est pas moi (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) qui l'avais lu et chroniqué à l'époque. Il y a bientôt un an, j'avais croisé l'édition format poche dans un bac d'occasion...

Mireille Calmel, D'écume et de sang, XO éditions, Pocket N°19043, 2023, 394 p. (EO 2022)
Mon propre exemplaire à côté de l'exemplaire reçu en service de presse par mon collègue 
(photo DLD)

 

Un peu comme Le nom de la rose d'Umberto Eco, ce roman historique se présente comme un récit écrit au soir de la vie, à la première personne. D'écume et de sang est basé sur des personnages et des faits historiques (éventuellement déjà revus au XIXe s. par la littérature romantique). Il se déroule en Bretagne (et un temps en Angleterre) dans le cadre de la Guerre de Cent Ans et plus particulièrement de la "Guerre de Succession de Bretagne". L'oeuvre est construite autour de la figure de Jeanne de Belleville (dite aussi un temps Jeanne de Clisson), une ravissante rouquine (rebaptisée au XIXe s. "la tigresse bretonne" ou "la lionne sanglante"). Nous suivons notre héroïne depuis son enfance heureuse: dans sa noble famille, sa mère lui apprend toutes les vertus - partage de la vie, des travaux et des savoirs des humbles, pratique des armes et des arts de la chasse comme un garçon, tout en conservant la partie éducative typiquement féminine. Coup de foudre pour le bel Olivier (hélas ennemi de la famille paternelle). Et puis, maman meurt, et tout change...

 

Mariée contre son gré, à un cousin rustre, par son père, elle subit deux accouchements (et ce qui précède bien entendu), ses enfants sont éloignés d'elle. Ce n'est qu'à l'occasion d'une absence de son époux qu'elle retrouve les vertus de son enfance en prenant la tête d'une chasse au loup et en poignardant en personne le chef de meute. À partir de là, le mari, n'ayant guère envie de se faire égorger, va filer un peu plus doux... 

 

Je vous passe quelques péripéties, Jeanne réussira quand même à épouser son bel Olivier de Clisson, et s'ensuivront 13 années de bonheur familial (1330-1343). En parallèle, la grande Histoire mêlée à la petite, la noblesse bretonne doit se partager (à partir de 1341) entre deux prétendants au duché de Bretagne, Jean de Montfort et Charles de Blois. Ce dernier est fortement soutenu par le roi de France, Philippe VI de Valois, devenu roi (élu par les pairs, donc surnommé ironiquement roi "trouvé) alors qu'il n'était que le neveu de Philippe IV le Bel, dont aucun des trois fils, qui ont successivement régné, n'a laissé un héritier mâle survivant à la petite enfance. L'exhumation opportune de la "loi salique" consolidera plus tard juridiquement les réticences de la grande noblesse française à passer sous la souveraineté d'un roi étranger. Pour le moment, depuis 1316, Edouard II d'Angleterre puis son fils Edouard III d'Angleterre se sont montrés de plus en plus réticents à prêter hommage aux souverains français successifs pour les fiefs que les Plantagenêt possèdent sur le continent. Et Édouard III (petit-fils de Philippe IV Le Bel par sa mère Marguerite de France) se montre ulcéré que ses prétentions au trône de France soient écartées (jusqu'au point, en 1337, de s'autoproclamer Roi de France). Heu... vous suivez toujours?

 

Bon, revenons à nos Bretons (accrochez-vous!). Le royaume de France ne peut "tomber en quenouille" (être attribué à un roi via les femmes). Or Philippe VI va soutenir comme prétendant au duché de Bretagne son neveu Charles de Blois (fils de sa soeur Marguerite)... alors que les droits de celui-ci ne lui viendraient que de sa femme (Jeanne de Penthièvre). Inversement, l'autre prétendant, Jean de Montfort, est, lui, le demi-frère (né d'un second mariage d'Arthur II) du Duc précédent Jean III, mais a pour principal défaut d'être vassal du roi d'Angleterre (et non du roi de France)! Jeanne de Penthièvre, elle, était la fille du frère cadet (mêmes père et mère) de Jean III (Guy de Penthièvre). Deux poids, deux mesures... Après cette parenthèse historique (merci Wikip' [consulté largement le 29 mai 2026]!) et contextuelle, je reviens au bouquin.

 

Le roman montre les Clisson (madame et monsieur) écartelés entre la fidélité au Roi de France et l'amitié avec les Montfort (Bretagne d'abord!). Tous ces nobles, "ennemis" ou pas, copinent entre eux... Olivier, chargé de défendre la ville de Vannes pour le Roi de France, est fait prisonnier en 1342 et emmené en Angleterre, rapidement libéré, puis attiré dans un guet-apens, emprisonné et exécuté par le Roi de France (au motif de trahison au profit de l'Angleterre). Et là, notre Jeanne voit rouge... 

 

J'avoue que le personnage ne m'a pas paru spécialement sympathique. Le roman fait la part belle aux légendes forgées au XIXe siècle. Jeanne, impitoyable guerrière, exécute par centaines, par vengeance "privée", les soldats ou les marins "ennemis", et ne manifeste guère de remords ni d'empathie quand périssent tant ses ennemis que ses propres soldats ou marins - la piétaille! Car - et c'est là la raison initiale de ma lecture! - elle aurait fait armer trois navires pour mener une "guerre de course" sous l'égide d'Edouard III contre les navires de France. Elle tue ou fait tuer même ceux qui se rendent, exécute parfois elle-même (dans le roman!) femme et enfant d'un chef vaincu... Cette partie maritime occupe (dans mon édition) les pages 261 à 312. Bon, on peut y ajouter quelques pages où le bel Olivier avait ordonné de brûler des navires français à l'ancre sur la Loire à Port-Maillard, l'un des ports de Nantes (le 19 janvier 1343? Je n'ai pas trouvé d'infos là-dessus [p.168-173]). 

 

Les 80 dernières pages du livre montrent notre lionne (ou tigresse) retrouver l'amour, et si vous voulez en savoir davantage, hé bien lisez le livre! Je n'avais jamais rien lu de Mireille Calmel, ce n'est qu'après coup que j'ai vu qu'elle a publié une oeuvre très fournie et s'inscrit dans la promotion de la "littérature de l'imaginaire". Pour ma part, durant ma lecture, j'avoue qu'il m'a semblé à certains moment lire un Harlequin, qui aurait eu pour caractéristique de se dérouler au Moyen-Âge. 

 

Quelques blogs ayant chroniqué ce titre: Isabelle-Marie Angèle (elle-même auteure), Kaika, Ninis47.

 

Bon, je sais bien que c'est en général l'éditeur, et non l'auteur, qui choisit l'illustration de couverture. Mais je me demande ce qu'aurait pensé un POM [peintre officiel de la Marine] des deux navires s'affrontant choisis pour illustrer un roman se déroulant au XIVe siècle (type de navire, canonnade, sens des voiles etc.)! 

Allez, je l'inscris tout de même pour le Book trip en mer (saison 3) chez Fanja... 

 

29 novembre 2025

La gouvernante - Joy Fielding / Hurlements - Alma Katsu / La maison des mensonges - John Marrs

Moi, Dasola, je viens de me rendre compte que je n'avais pas écrit de billet depuis une semaine. Je ne vois pas passer le temps. Et je n'ai pas été au cinéma récemment. Il faut que je me rattrape. 

En attendant, j'ai lu des romans dont les trois que je vais chroniquer dans l'ordre où je les ai lus.

Je commence avec La gouvernante de Joy Fielding (Edition Michel Lafon poche, 417 pages) que j'ai lu lors d'un aller-retour en train. De nos jours, à Toronto au Canada, Jodi Bishop est agent immobilier dans un cabinet créé par son père. Elle est mariée à Harrison, un écrivain et animateur d'un atelier d'écriture qui dépend d'elle financièrement. Ils ont deux jeunes enfants. Jodi a une grande soeur, Tracy, une femme assez fantasque. Jodi qui est la narratrice raconte comment une certaine Elyse Woodley, une gouvernante digne d'éloges recrutée par ses soins avec de très bonnes recommandations, va s'immiscer peu à peu dans la vie des parents de Jodi et Tracy. En effet, la mère des deux soeurs est atteinte de la maladie de Parkinson et le père qui n'a pas bon caractère ne peut plus s'occuper d'elle. Les deux vivent dans une belle demeure. Les jours et mois passant, Elyse s'incruste, devient indispensable et ne se départit jamais de son sourire. Jodi se rend compte trop tard que le loup est entré dans la bergerie jusqu'à ce que... Un roman qui se lit agréablement.

Maintenant, je passe à Hurlements d'Alma Katsu, un thriller horrifique (Editions 10/18, 453 pages) qui s'inspire de faits réels. Aux Etats-Unis, en 1846-1847, en pleine ruée vers l'or, une centaine de personnes (hommes, femmes et enfants)  partent de Springfield, Illinois sur des chariots avec du bétail en direction de la Californie. La romancière se focalise sur la famille Donner qui a donné le nom à l'expédition. Le périple commence à partir de juin 1846. Parmi les pionniers, beaucoup ne parlent qu'allemand. Assez vite, un petit garçon disparait dont on ne retrouvera que le squelette. La peur s'installe peu à peu. Le convoi avance mais pas assez vite, il y a des tensions entre les individus. Les provisions s'amenuisent peu à peu, les Indiens ne sont pas loin et il y a surtout des aléas climatiques qui vont compromettre l'avancée de l'expédition et amener le trouble. D'autres personnes vont disparaître, un jeune Indien est sacrifié. L'histoire est bien menée mais l'ensemble est un peu long malgré des flash-back qui donnent des éclaircissements sur le passé et nature de certaines personnes. Vous pouvez vous contenter de lire l'article sur Wiki même si la romancière a extrapolé certains faits. 

Je termine avec La maison des mensonges de John Marrs (Edition City poche, 430 pages), une histoire éprouvante, un huis-clos dans une maison anglaise où vivent une mère (Maggie), 68 ans et sa fille Nina (36 ans). La mère dort dans un grenier aménagé avec une chaîne attachée à la cheville depuis deux ans. Nina travaille dans une bibliothèque. Au fur et à mesure que le récit avance, on va apprendre pourquoi la fille a enchaîné sa mère. C'est un huis-clos étouffant. Maggie et Nina racontent tour à tour ce qui se passe. Au bout du compte, la vie de ces deux femmes est terrifiante car l'une a toujours essayé de protéger l'autre. On découvre ou on devine les événements terribles qui se sont passés une vingtaine d'années auparavant. C'est un roman qui m'a mise mal à l'aise à un moment donné. Je l'ai trouvé un peu "too much" Et on ne peut pas dire que la fin soit heureuse car la boucle est bouclée. Je n'en dirai pas plus. 

17 juin 2026

Les morts d'avril - Alan Parks

Avec Les morts d'avril, je viens de terminer un des tomes de la série "Harry McCoy" d'Alan Parks paru en français. C'est le quatrième volet de la série: je les ai pour ma part lus dans le désordre. J'avais donc commencé par Mourir en juin, puis Janvier noir, puis L'enfant de février, puis Joli mois de mai, et tout récemment Bobby Mars Forever et donc j'ai terminé avec Les morts d'avril (Edition Rivages/Noir, 489 pages). L'histoire se passe en 1974, du 12 au 22 avril à Glasgow. Une bombe vient d'exploser dans un appartement. Le bilan est un mort, celui qui avait fabriqué la bombe. L'explosion de la bombe est la première d'une longue série. Harry McCoy n'est pas ravi d'être mis sur l'enquête. Il semblerait que ce soit l'IRA qui est responsable mais c'est trop simple. Comme dans les autres romans de Parks, Harry est impliqué dans plusieurs enquêtes en même temps. Il est secondé par Wattie, un policier qui est devenu jeune papa. 

Stewart, un marin Américain à la retraite, croise le chemin de McCoy. Stewart n'a plus de nouvelles de son fils qui est marin sur une base navale américain de Holy Loch près de Glasgow. Le jeune homme a disparu et Stewart demande à McCoy de le retrouver. Les deux enquêtes vont se rejoindre.

Par ailleurs McCoy qui en fait toujours à sa tête continue d'être proche de Cooper, son ami d'enfance, bien que ce dernier soit depuis longtemps impliqué dans le trafic de drogue, la prostitution et bien d'autres choses. Ils sont amis depuis l'enfance. Le roman est aussi passionnant que les cinq autres et j'espère sincèrement que Parks va continuer sur sa lancée. J'attends "juillet, août, septembre, octobre, novembre et décembre".

PS : Pour répondre à l'interrogation d'Alexandra ci-dessous, c'est bien de les lire dans l'ordre pour l'évolution des personnages principaux mais les intrigues policières n'ont pas de connexion entre elles d'un tome à l'autre.

PS2 : Pour corriger le commentaire de DocBird ci-dessous, il y a SIX tomes de parus pour l'instant et non quatre. 

15 juin 2026

La guerre des salamandres - Karel Capek

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me suis dépêché de finaliser un billet sur cet ouvrage avant de le rendre à la bibliothèque (sans plus de possibilité d'en prolonger l'emprunt...). C'est un titre pionnier dans le domaine de la science-fiction, non dénué de vision politique.

Karel Čapek, La guerre des salamandres, éditions Cambourakis, 2012, 381 pages
trad. Claudia Ancelot en 1960 (EO  en tchèque 1936)

 

Il y a déjà plusieurs mois que j'avais emprunté ce livre dont je me doutais bien, ayant lu quelques billets dessus, qu'il rentrerait dans le thème de la mer. Malheureusement, j'ai remis de semaine en semaine la finalisation du billet en résultant, alors que la lecture de l'ouvrage m'avait plu, de par la variation des thèmes, des personnages, des approches, des modes de narration... C'est vraiment un livre "multiple".

 

Cela commence comme du Jack London (îles des mers du Sud), avec des "indigènes" exploités, moyennant quelques pacotilles de faible valeur, comme main-d'oeuvre au service des "colonisateurs" dans les îles du Pacifique. En fait, c'est un peu plus compliqué que cela: le vieux loup de mer (capitaine Van Toch) qui "crée le lien" n'est pas, rétrospectivement, un personnage si antipathique... comparé à ses successeurs. Et on passe vite du "roman d'aventures" à la satire.

 

Satire sociale, avec la présentation de quelques éléments choisis de la jeunesse américaine, des "fils de famille" qui jettent leur gourme lors d'une croisière en yacht en compagnie de starlettes aux prétentions cinématographiques inversement proportionnelles à leur intelligence (désolé mesdames!). Quand elles font leur "rencontre du troisième type", elles s'avèrent (ces starlettes) moins résilientes que Vivien Leigh dans Autant en emporte le vent...

 

Satire capitaliste (assemblée générale...) lorsque, après la mort du Capitaine qui avait initié le projet de l'exploitation de la salamandre (nous y voilà!) par l'homme, il ne s'agit plus de définir le meilleur accord gagnant-gagnant entre les deux espèces (partenariat artisanal), mais bien d'optimiser la rentabilité financière de la société mise en place à l'échelle industrielle: comment entraîner l'assentiment des actionnaires (chapitre Salamandre syndicats, p.155 et suiv.) pour les investissements nécessaires?

 

Il s'agit de vendre des populations de salamandres comme main-d'oeuvre pour de gros travaux hydrauliques, ce qui est fait, nonobstant les preuves ponctuelles de leur intelligence. Les débats "intellectuels" en découlant m'ont fait songer à la problématique abordée, plus tard, dans le roman Les animaux dénaturés de Vercors (1952). En tout cas, dans La guerre des salamandres, à un moment, il se produit un "point de basculement", pour cause de croissance démographique, où l'homme sur la terre n'est plus le dominateur de la planète. 

 

Car les salamandres, dont la population s'est démesurément accrue, vont revendiquer leurs droits à un "espace vital" côtier... quitte à entamer de gigantesques travaux "contre" ce qui est notre terre ferme. Les explosifs dont les humains leur ont imprudemment appris à se servir leur servent à combattre les flottes de guerre des nations humaines. Sur notre planète, l'Homme en est réduit à devenir le plus petit dominateur commun sur terre (le pouvoir est passé sous la mer), au point que les habitants de fragments d'anciens continents temporairement épargnés se réjouissent d'être devenus îliens... En politique, cela peut symboliser le soulagement lâche de ceux que le crocodile totalitaire mangera en dernier!
Le livre se finit un peu en queue de poisson, ai-je trouvé.

 

J'ignore bien entendu ce qu'il en est dans l'édition originale ou dans d'autres éditions françaises. Mais en tout cas, l'édition Cambourakis a trouvé le moyen de rendre compte typographiquement des éléments "non-littéraires": présentation de la carte de visite du capitaine par-ci (p.45 - je crois que les maquettistes ne se sont pas foulés pour le visuel de "l'ancre de marine", reprise d'éléments "libres de droits" plutôt que création ex nihilo), extraits de journaux et/ou de rapports d'enquête avec des typos différentes et des "trous de classeurs"...  (pp.132-133)

 

 

Pour ma part, je crois que c'est dans la préface d'une oeuvre de Robert Merle lue il y a des décennies que j'avais dû voir citer pour la première fois La guerre des salamandres (sans doute Un animal doué de raison, lu et relu bien des fois mais que je n'ai pas sous la main?).

 

Le côté science-fiction justifie l'inscription de cette oeuvre au 14e challenge de l'imaginaire, organisé par Tornade. Et le côté maritime à la 3e saison du Book trip en mer de Fanja. 

Oh, allez, tiens, je vais aussi essayer de le faire passer pour la saison 2 du challenge Littératures européennes chez Cléanthe, dont le thème de juin 2026 est "îles". Après tout, cela commence dans une île du Pacifique, et finit alors que le continent européen est en train d'être morcelé par des "invasions de la mer"... 

Comme toujours, l'avantage de lire tardivement une oeuvre "culte" (hop, inscription au challenge 2026 sera classique aussi! organisé par Nathalie...), c'est que l'on peut citer de nombreux blogs (déjà connus ou non!) en ayant déjà parlé.

Voici une liste (non exhaustive! Certains billets mènent à d'autres...) de chroniques dénichées sur la blogoboule: Jenevelle Laclos récemment, Brumes, Patrice (et si on bouquinait), Anne-yes, Keisha, La bouche à oreille, Sacha, Le chien critique, Hugues (du blog collectif Charybde 27). Pativore a vu une adaptation théâtrale. 

Edit du 16/06/2026: je rajoute le lien vers Fanja qui avait chroniqué le livre il y a 12 ans sans que son billet contienne les mots "mer", "île" ou "côte"!

Edit du 21/06/2026: voici le lien vers le billet de ClaudiaLucia en 2018.

15 août 2025

Paroles d'exode - Jean-Pierre Guéno

L'intitulé de la consigne du mois d'août "à pieds, à cheval, en voiture ou en train – Récits de voyages en Europe" pour le challenge de Cléanthe Escapades en Europe - Voyages dans les littératures européennes m'a (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) donné l'idée de chercher à parler d'une oeuvre mettant en avant l'Exode de mai-juin 1940 (il y a plus de 85 ans), sur lequel je me souvenais avoir lu, gamin, des pages plutôt frappantes. Une recherche sur ce sujet m'a amené vers le titre ci-dessous. 

Jean-Pierre Guéno, Paroles d'exode, Lettres et témoignages des Français sur les routes (mai-juin 1940), Editions J'ai lu, Librio 3 euros N°1152 (nouvelle édition), 2023, 115 pages

 

La première édition de cet ouvrage remonte à 2015, même si seule la mention que "cet ouvrage est d'un appel à témoignages initié par Christian Carion et Nord-Ouest Films pour le film En mai, fais ce qu'il te plaît et enrichi par Jean-Pierre Guéno" permet de le deviner (le film est sorti en 2015). La page wikip' concernant le film donne la rédaction suivante de cet appel à témoin: « J'ai besoin de vous, de vos témoignages sur ces semaines où tout a basculé. Ce film sera le vôtre en quelque sorte car j'essaierai de me nourrir le mieux possible de ce que vos anciens ou vous-même avez gardé en mémoire ». Il semble avoir surtout concerné les habitants de la Picardie? Cela me permet d'appuyer mon respect de la consigne "européenne", puisque plusieurs des témoins cités viennent de Belgique.

 

Bon, souvent, quand mon billet ne "jaillit" pas d'un seul jet mais ressort du syndrome de l'écran blanc, j'utilise le "truc" de commencer par m'appuyer sur une "description matérielle". Allons-y. Le livre se présente sous la forme de cinq parties, à l'intérieur desquelles chaque "journée" forme un chapitre qui comporte entre un et neuf témoignages. L'"Index des témoins" (p.119) comporte 33 noms. Quand un même "témoin" revient sur plusieurs journées, chaque écrit est incrémenté (le chiffre le plus élevé étant "[16]", pour un premier témoignage le vendredi 10 mai 1940 et un dernier le dimanche 30 juin. Mais cette dernière date n'est pas la plus tardive: on a un "[12]" le 30 juillet, et un isolat le 30 août.

 

Ce "recueil" donc s'ouvre par un premier chapitre à contribution unique, titré "L'appel prémonitoire". Il est constitué d'un extrait de l'avertissement rédigé par le colonel Charles de Gaulle en date du 26 janvier 1940, dans un mémorandum "secret" (L’Avènement de la force mécanique) adressé à quelque 80 "décideurs", qui, durant cette "drôle de guerre" immobile, prédisait que "le conflit présent sera, tôt ou tard, marqué par des mouvements, des surprises, des irruptions, des poursuites, dont l'ampleur et la rapidité dépasseront celles des plus fulgurants événements du passé". Une signature prestigieuse donne donc le ton (même si la source est imparfaitement titrée dans l'ouvrage). Bizarrement, Charles de Gaulle figure dans la liste des "témoins", mais ni dans la bibliographie (20 auteurs, dont J.-P. Guéno pour trois ouvrages à lui seul), ni dans les "sources et crédits"(?) où l'on découvre incidemment le nom de Julien Blanc-Gras associé à l'un des témoignages (?). 

 

L'action débute véritablement dans le deuxième chapitre (titré "L'attaque allemande" (vendredi 10 mai 1940, sept témoignages). Les "Chleus" attaquent, mais nul (en Belgique ou dans le Département du Nord) ne doute d'une résistance efficace voire victorieuse.

 

Les choses intéressantes (déplacements, voyages!) commencent dans le chapitre III titré "Exode, première vague" (11 au 31 mai, 44 textes divers et variés par 16 auteurs différents [+ un "communiqué officiel" (p.27) en date du 15 juin du gouverneur militaire de Paris, qui à mon avis tombe comme un cheveu sur la soupe dans cet ouvrage: un bon élément de contexte, mais plutôt "hors sujet" par rapport au sous-titre de l'ouvrage]. Chaque jour, les conditions empirent. 

 

Le chapitre IV est titré Exode: combats, débâcle et raz-de-marée Juin 1940 couvre la période du 7 au 22 juin et regroupe 40 extraits. On y voit apparaître neuf nouveaux témoins (jusqu'à Jean Moulin lui-même!). Il m'a amené à la réflexion que le parti pris du découpage quotidien est intéressant mais peut s'avérer peut-être quelque peu artificiel, dans la mesure où, à la même date, certains se mettent tout juste en route alors que d'autres étaient sur les chemins depuis plusieurs jours. Les premiers avaient été bien accueillis, quand les derniers trouvaient des ressources épuisées et des locaux blasés, des campagnes désertifiées et où il est difficile de trouver à se nourrir... 

 

Le cinquième et dernier chapitre, La fin de l'exode, va du 23 juin au 30 août (déjà signalé), ne contient que neuf contributions. Il intègre un extrait de discours de Pétain du 11 juillet qui annonce les thèmes de la "révolution nationale". Il livre un aperçu des réactions (variées) à l'Armistice, des préparatifs de retour, des retrouvailles, avec le constat des dégâts causés dans les maisons abandonnées... 

 

Dans cette compilation de 101 "fragments" (si j'ai bien compté), apparaissent bien de nombreux moyens de déplacement. Côté chemin de fer, sauf erreur de ma part, l'ouvrage fait plutôt état de gares bombardées que de trains en circulation. Pour le reste, je vais me permettre de citer des extraits de la citation de Pierre Mendès France (p.19): "Dans les premiers jours, nous avons vu passer de somptueuses et rapides voitures américaines conduites par des chauffeurs en livrées (...). Puis sont venues des voitures moins brillantes, moins neuves (surmontées de matelas multicolores) dont les conducteurs, des petits-bourgeois, généralement accompagnés de leurs familles, avaient souvent besoin de nous. Un ou deux jours plus tard, et ce furent le plus incroyables guimbardes, des voitures d'un autre âge, sorties d'on ne sait quels hangars et utilisées à défaut d'autre moyen de fuite. (...) Puis vinrent les cyclistes, jeunes pour la plupart (...). Il y avait aussi des piétons, parfois des familles entières, lui, un baluchon sur l'épaule, elle, poussant une charrette ou une voiture d'enfants. (...) En dernier lieu vinrent les lourdes voitures attelées des paysans du Nord; elles avançaient au pas, chargées de malades, d'enfants, de vieillards, de matériel agricole, de meubles". Tout est dit ici, le reste n'est que littérature. Et ce qui m'a frappé, c'est la part belle faite, dans cet ouvrage censé donné la parole aux "anonymes", à des "signatures" de prestige (PMF donc, de Gaulle, Jean Moulin, Pétain). Il y a aussi moult extraits de livres déjà publiés (des récits publiés sur le moment, ou des "souvenirs d'enfance"), et finalement peu d'inédits? J'ai découvert Lucien Rebatet, à la plume dure et souvent outrancière (4 extraits). Oh, le monsieur (un sous-Céline?) écrit fort bien. Mais pourquoi l'avoir choisi, lui, avec son mépris visible pour ces populations en exode?

 

Je me suis aussi étonné de ne pas voir cité Cavanna (que j'ai moi-même découvert récemment), qui a écrit tout un chapitre, signé Pour le Tsar! (pp.53-115) sur son "aller et retour pour rien" à vélo de Paris vers Bordeaux, le parcours étant stoppé du côté de Saint-Amand-Montrond [Cher - 18] (au retour, les copains se foutent de sa gueule: "Aller si loin pour se faire rattraper, merde! Moi, je trouve que ça valait le coup"). Dans un ouvrage titré Les Ruskoffs, c'est sûr qu'il n'allait pas écrire "Pour le roi de Prusse!"... Je vais me permettre de citer les conditions de son départ sur les routes à 17 ans, alors qu'il était employé dans un bureau de poste parisien (p.55). Trois jours avant [= vers le 13 ou le 14 juin, par là], le receveur du bureau de poste de la rue Mercoeur, près du métro Charonne, fait rassembler tout le monde, tri, guichet, facteurs, télégraphistes, tout le monde, et il dit: "Les Boches sont à Meaux; Foncez chacun chez vous chercher vos affaires, le strict minimum. Dans trois heures, un autocar vous emmène tous vers le Sud. Ordre de l'Administration. Ceux qui refuseront de partir encourront des sanctions pouvant aller jusqu'au licenciement. Sans préjuger des poursuites devant les tribunaux militaires. N'oubliez pas que nous sommes réquisitionnés". Mais pas de car (attendu en vain): à 14 h, le receveur ordonne alors de partir par ses propres moyens (train, à pied en espérant trouver une voiture qui acceptera de les prendre...). Pour Cavanna, c'est son beau vélo personnel. Point de ralliement prévu: Bordeaux, la poste centrale...

 

Pour ma part, j'avais découvert des écrits sur l'Exode en lisant, il y a entre 40 et 45 ans, le livre Compagnons de l'honneur du colonel Rémy, dont le premier chapitre est axé sur Le pont de Gien, goulet d'étranglement pour ceux (civils et militaires) qui cherchaient, du 12 au 17 juin, à passer sur la rive gauche de la Loire (sous les bombes et les mitraillages)... Ce titre (mon exemplaire "poche" date de 1970, l'ouvrage original était paru en 1966) fait partie de ceux que j'ai lus et relus lors de nos "voyages familiaux" en Grèce, où je n'avais le droit d'emporter qu'un voire deux livres de poches dans mon sac à dos (j'en revenais en le sachant à peu près par coeur). 

Je crois me souvenir aussi qu'une de mes grand-mères m'avait parlé d'une aïeule de notre famille, traumatisée en 1940 par l'exode, parce que c'était sa troisième fuite devant les envahisseurs "alboches" ou "teutons" (guerre de 1870, 1914, et 1940)... Je ne suis pas sûr par contre que cette vieille dame avait survécu à l'Occupation. Ceci m'avait été raconté, à moi, dans le dernier quart du XXe siècle. 

 

Mais revenons à Paroles d'exode. Bien sûr, il ne fallait pas en attendre trop d'un ouvrage "grand public" de 115 pages vendu (neuf) 3 euros (je l'ai déniché d'occasion...). Directeur de collection chez Librio, Jean-Pierre Guéno semble avoir creusé jusqu'à plus soif son concept, dans une quinzaine d'ouvrages (de compilations, je présume, faute d'avoir lu les autres). Je ne dis pas que mon impression d'"aurait pu mieux faire" ne relève pas d'une part de jalousie en me disant que, moi, j'aurais pu au moins faire aussi bien, avec du temps et du réseau (bravo à lui pour avoir vendu trois millions d'exemplaires de Paroles de poilus!). Il est sûrement un bon compilateur, mais je n'ai pas réussi à trouver de thèses de doctorat en Histoire qu'il aurait dirigées (un critère de qualité d'un "chercheur" en Histoire pour moi - déformation familiale sans doute...). 

pp.116-118 figure une "chronologie" très sommaire, dont on peut ne retenir que trois dates. 10 mai: "Première vague de l'exode: les populations du Nord et de l'Est, deux millions de Belges, de Hollandais, de Luxembourgeois et deux millions de Français fuient vers le sud". 8 juin: "Le front français est complètement disloqué. Exode des civils français du nord vers le sud" [pas de chiffre]. 14 juin: "Les Allemands entre dans Paris, déclaré "ville ouverte"".

Bref, je considère que cet opuscule peut constituer un bon ouvrage introductif et un livre certainement utile pour tous ceux qui ne connaissaient absolument rien du sujet (l'Exode de juin 1940), en donnant, espérons-le, envie d'approfondir cette histoire qui avait jeté plusieurs millions de personnes sur les routes pour des trajets par tous moyens sur parfois des centaines de kilomètres depuis leur point de départ!

Je n'ai pas trouvé de blogs ayant parlé de Paroles d'exode, mais me réserve la possibilité d'en rajouter le cas échéant.

30 juin 2026

Pêcheur d'Islande - Pierre Loti

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me rends compte un peu tard que Fanja met une forte pression sur les rédacteurs de billets en général et sur moi en particulier avec sa règle de points supplémentaires pour la lecture d'un même titre que d'autres blogueurs... sous condition que le billet soit publié dans le même mois. Après Keisha et elle-même, je m'étais mis en tête de (pensais-je) relire Pêcheur d'Islande... sauf que ce titre s'est avéré introuvable dans ma pochothèque (contrairement à ce dont j'étais persuadé). Dare-dare, il a fallu que je trouve le temps de passer en librairie d'occasion... Et, là, je n'ai pas su choisir entre les trois éditions disponibles dans les rayons en occasion. Alors j'ai pris les trois, pour en faire le tri à tête reposée... ce qui m'a pris davantage de temps que je ne l'anticipais. 

Pierre Loti, Pêcheur d'Islande (EO 1886)
* Presses Pocket N°2528, préface de Pierre Jakez Hélias, 1991 (DL 1986), 211 pages
* Le livre de poche "classiques" N° 2271, édition d'Alain Buisine (préface, commentaires et notes),
2020 (DL 1967, + copyrights 1988 & 1997), 221 pages
* Folio classique N°1982, édition présentée et annotée par Jacques Dupont, 
2001 (DL 1988), 338 pages
Si j'ai bien compris, l'édition originale chez Calmann-Levy de 1886 comptait 260 pages

 

J'ai abordé le texte dans l'édition Presse Pocket dont la typographie comme le nombre de pages du texte stricto sensu (notion subjective puisque le texte est bien identique et sa longueur aussi, même si le nombre de pages qu'il couvre varie!) me convenaient le mieux a priori. Si jamais je l'avais effectivement lu (peut-être dans une édition ancienne "bibliothèque verte"? - je commence même à en douter), ma lecture de 2026 n'a en tout cas éveillé aucun souvenir en moi.

 

Pris dans la lecture, j'avoue qu'il m'a fallu avoir lu plusieurs pages avant de comprendre ce qu'était ce "gîte à murs de bois" dans lequel cinq marins parlent de mariage (alors que, en y revenant, c'est devinable dès le deuxième paragraphe...). Nous comprenons alors que nous sommes dans un bateau, à un endroit où le soleil ne se couche pas. Le "capitaine" est surtout défini comme étant le plus âgé. Tous ces marins font un métier excessivement dur, ce qui est expliqué dès ce premier chapitre: "ils avaient tous veillé la nuit d'avant et attrapé, en trente heures, plus de mille morues très grosses; aussi leurs corps forts étaient las, et ils s'endormaient". Plus loin dans le livre on saura que, pour toute une saison de pêche, un marin peut gagner de 800 à 1200 francs selon les années. 

 

Les personnages principaux nous sont montrés par petites touches. Le plus jeune des matelots (Sylvestre, 17 ans) attend un sixième homme, Yann, pas encore descendu. Il s'agit du frère de sa fiancée, et il le considère un peu comme son grand frère, ce Yann qui vient tout juste de finir ses cinq ans de service dûs à l'Etat. Ils font tous deux partie de l'équipe qui va "reprendre le grand travail interrompu de la pêche": trois vont dormir, les trois autres montent sur le pont rejoindre leurs emplacements de pêche (fixés pour la durée de la campagne). Le navire s'appelle La Marie, capitaine Guermeur. On appelle ces pêcheurs (venus notamment de Paimpol  et de Tréguier) des "Islandais". Ils pêchent au large de cette île sept ou huit mois par an (et ne voient presque jamais l'été en France).

 

Et puis on passe à Paimpol, où la grand-mère de Sylvestre dicte une lettre pour ce dernier à une "adorable jeune" femme de vingt ans, fille d'un ancien "islandais" enrichi. Quand la grand-mère demande avec malice l'ajout d'une dernière phrase, "le bonjour de ma part au fils Gaos", la jeune femme (elle se prénomme Gaud) rougit... Le fils Gaos, c'est Yann, avec qui elle avait dansé et dansé encore à des noces. Il lui avait dit avoir manqué pour cela un embarquement de pêche pour la Manche, lui avait fait confidence d'être l'aîné de 14 enfants, vraiment tirés de la peine quand le père a rencontré une épave en Manche, dont la vente a rapporté 10 000 francs[-or!], part faite à l'Etat... mais ce grand dadais n'est jamais revenu vers elle par la suite (et a même paru l'éviter). Pourquoi et comment cela va-t-il finir? C'est là l'intrigue du roman. 

 

Pour ma part, j'ai apprécié dans ce roman qui a désormais 140 ans la description d'un métier disparu, où la ressource en morue pouvait paraître inépuisable à des "forçats de la mer" qui les pêchaient une par une pendant des mois. Le roman se déroule sur plusieurs années (plusieurs "saisons de pêche"). La sociologie du quotidien des familles restées à terre en Bretagne, ou le côté "romance" entre Gaud et Yann, m'ont moins intéressé. J'ai tout de même été touché par la grand-mère de Sylvestre, qui, apprenant que celui-ci (en train d'accomplir son propre "service militaire" de marin à Brest) va partir dans 5 jours pour l'escadre de Formose, se précipite à Brest (en ayant rassemblé le plus qu'elle a pu de pauvres ressources financières - elle n'a pour vivre que sa pension de veuve de marin) et attendrit tellement l'officier de permanence que celui-ci accorde à Sylvestre des permissions de sortie exceptionnelles pour passer du temps avec elle avant de partir au loin... vers le Tonkin et la guerre contre les Chinois.

 

Ceci dit, je ne vais pas vous raconter tout le roman. Je vais plutôt dire quelques mots (dont j'assume la subjectivité) sur les différences entre les trois éditions en ma possession. 

Comme dit plus haut, le volume sur lequel j'avais jeté mon dévolu pour ma première lecture était le plus sobre (Presse Pocket, acheté 2,20 euros) Je n'ai rien de spécial à dire sur les 11 pages de préface de Pierre Jakez Hélias (1914-1995), honnêtes et sans prétentions me semble-t-il.

 

À un gamin contemporain en âge scolaire et obligé d'étudier Pêcheur d'Islande en classe, je devrais sans doute conseiller l'édition en "classiques" Le livre de Poche (qui m'a coûté 2,90 euros). Pour ma part, sa présentation m'a d'emblée agacé avec les appels de notes incessants et les notes en bas de page (certes pertinentes, mais qui "cassent" la lecture, ai-je trouvé). Je ne connaissais même pas le nom d'Alain Buisine (1948-2009), universitaire spécialiste de Proust, Loti, Verlaine (etc.) et critique littéraire, qui a établi cette édition. Sa préface d'à peine plus de quatre pages m'a paru plus "sensitive" que riche d'informations (ce qui ne correspond guère aux attentes que je peux avoir pour ma part). Ses "commentaires" m'ont paru tenir davantage du "commentaire composé" (une analyse personnelle) que du souhait de communiquer des informations intéressantes et éclairantes pour le lecteur. Peut-être que, spécialiste, entre autres, de Proust ou de Verlaine, il connaît trop Loti et pas assez la mer? Sa courte bibliographie renvoie essentiellement vers des "analystes" de l'oeuvre de l'écrivain (sauf erreur de ma part)

 

Sans conteste, des trois préfaces, celle que j'ai préférée (qui m'a le plus intéressé au début) est la plus longue (42 pages). Disons que ça commençait mieux, avec les informations techniques sur la pêche et la Bretagne, et puis j'ai vu arriver des informations sur Loti écrivain (qui, forcément, m'intéressent moins...). Jacques Dupont (né en 1950, Docteur ès Lettres en 1983, spécialiste de Colette, ai-je trouvé en quelques clics) en donne avec érudition à son lecteur pour son argent (volume Folio classique acheté 3,30 euros...). Dans le texte, les appels de notes sont rares et discrets (les notes étant rassemblées en fin de volume, avec rappel de la page concernée). Il donne des références vers des sources d'informations. Il prend la peine de signaler que Loti remaniait peu ses textes, et que les éditions suivantes ne présentent que des différences mineurs avec l'original... pour finir par signaler qu'il a pris pour base l'édition de 1923, dernière publiée du vivant de l'auteur. J'ai apprécié qu'il soit capable de dire quelques mots sur l'Inscription maritime, et ai été intéressé par la documentation sur une goélette "d'Islandais". Enfin, ses "indications bibliographiques, plus variées et complètes que celle de Buisine (dont le nom y figure), recoupent peu celle-ci. 

Il semble que Pierre Loti, qui n'aimait pas le "naturalisme" de Zola (?), ait beaucoup "idéalisé" la vie des marins pêcheurs de morues à bord de leurs navires, où ils s'entassaient plutôt à 20 qu'à 6 ou 7, baignant dans leur crasse et leurs effluves durant tous ces mois.

 

Ayant de justesse respecté le délai que je m'étais imposé (ne t'inquiète pas, Fanja, tu m'y prendras encore! ;-)), j'inscris donc ce billet pour les deux challenges auquel il correspond, le Book trip en mer (saison 3) chez Fanja, et 2026 sera classique aussi! organisé par Nathalie. 

Edit du 2 juillet 2026: je rajoute quelques liens (non exhaustifs) vers des billets sur Pêcheur d'Islande. 

Géraldine, Violette, Maeve, Charlotte, AlittleBit du blog Le Salon des Précieuses, Philippe (blog Les livres que je lis).

4 juillet 2026

Descendre vers la mer - Isabelle Blochet

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) lu très vite ce "premier roman" paru en février 2023 dont j'avais glané les "épreuves non corrigées" dans un "Circul'Livres" parisien tout récemment. Il y est question de mer et de bateau - même si ces thèmes maritimes ne forment pas le principal de l'oeuvre. 

Isabelle Blochet, Descendre vers la mer, Christian Bourgeois éditeur, 2023, 187 pages

 

La navigation sur le Monplaisir, dans les années 1970, est essentiellement évoquée dans les pages 19 à 32: on découvre le bateau (un "Rocca" à moteur de 5,80 mètres, acheté au Salon nautique de Paris), tiré sur sa remorque par la DS familiale. Il amènera la famille dont il est question au large de la Côte d'Azur, de la Corse, de l'Espagne... Vie à bord, baignades, découverte du naturisme qui heurte la pudeur des adolescentes... Premières fêlures: papa a oublié de remplir les réservoirs de gasoil (y compris le réservoir de secours!). Ou récit de la colère du père qui part au quart de tour lorsque la mère hésite à prendre la barre pour qu'il puisse faire du ski nautique...

 

Ce roman est surtout une histoire d'un demi-siècle de vie, celle de deux prolétaires plus ou moins orphelins, deux âmes esseulées, chacune avec ses rêves, qui s'allient pour le meilleur et pour le pire entre les années 1950 et 1980... Elle (Suzanne), que son papa prématurément disparu rêvait institutrice (élévation sociale) prendra des cours à Pigier et finira meilleure vendeuse (payée à la commission!) dans un magasin de meubles. Lui (surnommé "Jany"), qui rêvait de construire de ses mains sa maison à défaut d'un bateau pour partir faire le tour du monde en famille, finira intellectuel raté mais ouvrier déclassé, chômeur et dépressif... Ils se sont mariés en 1952, quand elle avait 19 ans et lui 22. L'histoire plutôt triste est racontée du point de vue de la troisième et dernière fille, Hélène (la maman, à 36 ans, aurait voulu enfin un garçon - ses grandes soeurs ont 7 [Fanny] et 11 ans [Véra] de plus qu'elle). Le récit raconte, quelque part, la lente déchéance du père, qui veut d'autant plus tout régenter dans sa famille que le contrôle du reste de sa vie lui échappe. Je me suis demandé si, de nos jours, IRM ou autre technique n'auraient pas permis de lui diagnostiquer un problème médical qui aurait pu expliquer certains des symptômes décrits...

 

Suzanne, au final, se révoltera contre ce mari devenu maniaque avec l'âge (il est âgé de 52 ans à la fin de l'histoire), regrettant de lui avoir tout payé quand il l'a souhaité, les vacances à la montagne, le bateau (dont elle payait les traites, avec son salaire "supérieur à celui d'un ingénieur") et d'avoir en quelque sorte sacrifié sa vie pour lui... au lieu de vivre en s'occupant davantage d'elle-même. Elle va jusqu'à regretter de ne pas avoir laissé partir puis oublié ce jeune homme (futur boulet), en 1951, le jour où il lui avait dit, en substance: "séparons-nous, tu es une fille trop bien pour moi, je vais descendre vers le sud, prendre un bateau et partir comme marin...". Pauvre Marius manqué... Encore une fois, je songe à l'homophonie "la mer / la mère / l'amer". 

 

J'ai vu que la marque de bateaux à moteur "Rocca", qui avait été vendue en 1995 par son fondateur, avait été rachetée en 2020 avec dans l'idée de la faire revivre (je ne sais pas ce qu'il en est en 2026). Le chantier nautique initial avait construit 350 000 bateaux, de l'après-guerre jusqu'aux années 1990 [information que je dois au site internet d'un passionné du motonautisme]. 

 

L'autrice, bibliothécaire, disait en 2023 à L'Echo Républicain qu'il ne s'agissait pas d'une autobiographie. «Il y a des éléments de ma vie personnelle. Mais c’est avant tout un roman, écrit et construit comme tel». 

Pour le chapitre de souvenirs d'enfance sur le bateau (auquel il est quelquefois fait allusion dans le reste du roman), j'inscris ce petit livre au Book trip en mer (saison 3) chez Fanja.

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