Le blog de Dasola
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23 avril 2020

Briser la glace - Julien Blanc-Gras

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Voici un récit très sympathique et plein d'informations intéressantes. Julien Blanc-Gras, journaliste globe-trotter, s'est spécialisé dans les récits de voyage. Dans Briser la glace (Livre de poche, 181 pages), il nous entraîne au Groenland, du côté de la baie et de l'ile de Disko à l'ouest du Groenland, la deuxième plus grande île du monde (après l'Australie), d'une superficie de 2 000 000 km2. Depuis une dizaine d'années, le Groenland est le pays témoin du changement climatique: les glaciers, dont l'Eqi, fondent à grande vitesse. L'auteur s'est donc embarqué avec trois Bretons, dont deux marins et un peintre, sur un voilier à la double coque d'aluminium. Ce bateau baptisé Atka (brise-glace ou gardien des esprits [en langue inuite]) va croiser au cours de sa navigation des iceberg aux dimensions phénoménales tant en largeur qu'en hauteur. C'est un de ces "glaçons" qui a été responsable du naufrage du Titanic en 1912. Car le Groenland est une île des extrêmes. Il est recouvert par le deuxième plus grande inlandsis du monde (après l'Antarctique), et constitue donc la deuxième plus grande réserve d'eau douce du monde. Julien Blanc-Gras évoque la vie des Groenlandais (les locaux) qui à l'origine étaient des chasseurs et sont devenus des pêcheurs. Sous la domination danoise, ils ont beaucoup perdus de leur identité et des traditions de leurs ancêtres. Aujourd'hui, la jeune génération est plus intéressée par avoir un smartphone et préfère regarder la télé plutôt qu'aller chasser en kayak. Julien Blanc-Gras ne juge pas, il observe avec bienveillance tout ce qui l'entoure. J'ai aimé son style : courts chapitres qui se lisent vite. Un livre que je recommande.

Ci-dessous, l'itinéraire que le bateau a parcouru.

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3 juin 2020

Nos espérances - Anna Hope

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Dès que ma librairie de quartier a rouvert le 11 mai 2020, je me suis procurée Nos espérances, le nouveau roman d'Anna Hope (Editions Gallimard, 352 pages). Après Le chagrin des vivants et La salle de bal, Anna Hope se renouvelle bien avec ce portrait de trois femmes nées dans les années 70. L'essentiel de l'histoire se passe en 2010. Lissa (diminutif de Melissa), Hannah et Cate ont la trentaine. Lissa (le double de l'écrivain?) est actrice avec tous les aléas que cela comporte. Hannah désespère d'avoir un enfant par des FIV qui se soldent par une suite d'échecs. Quant à Cate, maman d'un petit Tom, elle souffre de dépression post partum. A cause de quelques chicaneries et mesquineries, ces trois amies se perdent parfois de vue, mais ce trio se ressoude lors de la mort d'un proche. En 2010, Lissa décroche un rôle dans une production d'Oncle Vania, Hannah, après avoir subi une énième FIV, voit son couple qui se désagrège, et Cate va se lier d'amitié avec une certaine Déa qui rencontre les mêmes problèmes que Cate. Contrairement aux deux romans précédents, la grande histoire n'interfère pas dans ce roman qui se lit très agréablement. Personnellement, j'ai beaucoup aimé cotoyer Hannah, Cate et Lissa malgré leurs défauts. Lire le billet de Cathulu.

10 décembre 2019

Le canard à l'orange - William Douglas Home

Depuis presque une semaine, à cause des grèves des transports (et du très mauvais temps) à Paris, et pas mal de travail en fin d'année, je n'ai plus été au cinéma alors que plusieurs films pourraient me plaire. Et j'avoue que j'ai du mal à lire car quand je rentre du boulot, j'ai du mal à me plonger dans une lecture.

Quoi qu'il en soit, si vous passez par Paris avant le 1er janvier 2020, courez voir une "vieille" pièce de boulevard épatante: Le canard à l'orange de William Douglas Home (écrite en 1967), mise en scène par Nicolas Briançon, qui interprète le personnage principal. C'est de l'excellent théâtre à la mécanique bien huilée. Il y a très longtemps que je n'avais pas passé un aussi bon moment au théâtre et j'ai ri de bon coeur.

Un soir, après une partie d'échecs, Hugh Preston, animateur à la BBC, fait comprendre à sa femme, Liz, qu'il sait qu'elle a un amant. Prise au dépourvu, elle avoue qu'elle a une liaison avec John Brownlow, un agent de change avec qui elle doit partir en week-end en Italie. Le divorce est évoqué et, bon prince, Hugh accepte de prendre les torts à sa charge et d'être pris en flagrant délit d'adultère avec sa secrétaire, Patricia. Dans la foulée, il demande à Liz d'inviter John le week-end pour régler le divorce. Le mari, la femme, l'amant et la secrétaire sont réunis. Vous pouvez deviner la suite. Il faut saluer tous les acteurs avec une mention spéciale à François Vincentelli qui interprète le rôle de John. Sa manière de faire bouger ses sourcils est irrésistible. En 2019, il a été récompensé d'un Molière du comédien dans un second rôle bien mérité.

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16 janvier 2020

Vie de Gérard Fulmard - Jean Echenoz

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Quand j'ai appris qu'un nouveau Jean Echenoz était paru, je me suis précipitée dans une de mes librairies préférées. Et voilà, je viens d'achever Vie de Gérard Fulmard (Les Editions de Minuit, 235 pages). Tout commence avec la chute d'un fragment d'un satellite soviétique obsolète s'écrasant sur un centre commercial à Auteuil, dans l'ouest parisien. Et l'histoire se termine près du pont Mirabeau. Nous suivons donc les (més)aventures de Gérard Fulmard, 45 ans, ancien steward licencié pour faute, qui devient un détective privé sans client. Cet homme aux "vie sociale et revenus proches de rien, famille réduite à plus personne" vit dans un deux pièces et demie où vivait sa maman, rue Erlanger dans le XVIème arrondissement. Une rue pas bien gaie où deux faits divers tragiques se sont déroulés. Par l'intermédiaire d'un psychologue dont il est le patient, Gérard Fulmard, à son corps défendant, va accepter un "contrat" sur un homme politique leader d'un petit parti mineur, la FPI (Fédération Populaire Indépendante). Racontée comme cela, l'histoire n'a rien d'extraordinaire, mais l'écriture d'Echenoz est un régal. "Le salon, chez Dorothée Lopez, relève du même genre fortuné que le salon d'été de Louise Tourneur près de sa piscine, mais en plus vaste et mieux adapté aux trois autres saisons. Les tapis et les meubles - guéridons stratifiés de livres d'art et de catalogues de salles des ventes, méridiennes, sofas, poufs - ainsi que la décoration - un Staël, un Klein, trois antiquités soclées - dénotent un goût et un matelas bancaire analogues." (p.40). Un roman que je conseille, tout comme Sandrine.

29 juin 2019

Eleanor Oliphant va très bien - Gail Honeyman

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Après de nombreuses autres blogueuses, voici mon billet positif sur un roman qui m'a plu même si je m'y suis reprise à deux fois pour le commencer. Je n'ai pas "accroché" au tout début de Eleanor Oliphant va très bien de Gail Honeyman (Editions 10/18, 452 pages), et puis le déclic s'est fait. Au fur et à mesure que l'histoire se déroule, on comprend qu'Eleanor, la trentaine, est une accidentée de la vie. Elle mène une vie sage, bien réglée, et aime faire des mots croisés. Elle tombe néanmoins amoureuse d'un chanteur de rock qu'elle n'a jamais rencontré en "vrai". Comptable, Eleanor fait la connaissance de Raymond Gibbons, le nouvel informaticien de l'entreprise où elle travaille. Raymond est un homme gentil qui va peu à peu devenir l'ami d'Eleanor. Il n'est pas rebuté par le visage très abîmé d'Eleanor, qui va peu à peu se métamorphoser. J'ai aimé la fin de l'histoire qui ne nous est pas racontée mais que l'on peut deviner. Un joli roman émouvant. En revanche, évitez de lire la 4ème de couverture qui ne donne pas envie de se plonger dans l'histoire d'Eleanor et cela serait dommage. Lire le billet d'Aifelle qui renvoie à d'autres blogs, ainsi que ceux d'Eva  et de Yueyin. Merci à elles pour m'avoir donné envie de lire ce roman.

1 janvier 2020

Voeux 2020

En compagnie des personnages de Tintin par Hergé, je vous souhaite une très bonne année 2020 avec tout plein de bonnes et belles choses. Et des livres...

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Et sinon, derrière la rue où j'habite à Paris, dans des massifs d'arbustes, des personnes ont installé des petits filets verts avec de la nourriture pour oiseaux. Les moineaux qui ont presque disparu de la capitale viennent y picorer. Je trouve l'initiative sympathique.

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10 octobre 2019

Propriété privée - Julia Deck / La clé USB - Jean-Philippe Toussaint

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Voici deux romans achetés compulsivement. Ils étaient côte à côte sur un présentoir. Ils font partie des nouveaux romans parus cet automne. J'ai déjà lu un ou deux romans dont La vérité sur Marie de Jean-Philippe Toussaint et j'avais bien apprécié Viviane Elisabeth Fauville de Julia Deck. 

Toujours est-il que j'ai apprécié ces deux romans même si j'ai été frustrée sur la manière dont les récits évoluent.

Pour La clé USB de Jean-Philippe Toussaint (Editions de Minuit, 190 pages), je m'attendais à lire un roman d'espionnage. Le narrateur travaille à la Commission européenne à Bruxelles. Il s'intéresse à la "Blockchain" et aux "Bitcoins". Il publie un rapport sur ces sujets et cela l'amène à être approché par des lobbyistes. Sur le chemin qui l'emmène vers Tokyo pour intervenir dans une conférence, il fera une halte en Chine qui provoquera un blanc de quarante-huit heures (1) dans son emploi du temps. Dans la dernière partie du récit, l'histoire bifurque sur la vie personnelle du narrateur avec la maladie de son père qui est en train de mourir. Quant à la clé USB du titre, c'est un des lobbyiste qui la fait tomber (volontairement ou non) de sa poche. On reste avec plein de questions quand on referme ce roman agréable à lire mais je n'ai pas forcément compris ce que voulait nous dire l'écrivain.

Je passe à Propriété privée de Julia Deck (Editions de Minuit, 173 pages). Cette fois ci, c'est une narratrice qui nous raconte à sa manière comment elle et son mari ont décidé de devenir propriétaires d'un pavillon dans un éco-quartier de la banlieue parisienne. Leur pavillon fait partie d'un ensemble dans une allée résidentielle pour ménages aisés. Une semaine après qu'ils se soient installés, un couple, Arnaud et Annabelle Lecoq, s'installent avec leur petit garçon dans le pavillon voisin de l'autre côté du mur. Et puis, d'autres personnes s'installent au fur et à mesure. La narratrice se rend compte très vite que la vie avec des voisins n'est pas facile d'autant plus qu'Annabelle Lecoq n'est pas sympathique. Cette dernière peut être déplaisante et vulgaire. Malgré tout le temps s'écoule et au moment d'une rentrée des classes, Annabelle et son petit garçon ont disparu. Une enquête de voisinage entraîne l'arrestation du mari de la narratrice. Je pourrais résumer l'histoire à "L'enfer, ce n'est pas les Autres, ce sont les voisins". Comme pour La clé USB, le roman se lit vite. A vous de juger! A emprunter en bibliothèque, à mon avis.

(1) Merci Alex-mot-à-mot!

1 février 2019

La guerre des pauvres - Eric Vuillard

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Après 14 Juillet et L'ordre du jour, je viens de lire en une petite heure La guerre des pauvres d'Eric Vuillard (68 pages, Actes Sud). L'écrivain nous fait à nouveau remonter dans le temps, à l'époque de la Réforme protestante, au début du XVIème siècle. Dans ce "Récit", il évoque Thomas Müntzer (1489-1525), un réformateur radical, et prédicateur qui puisa dans la Bible les arguments théologiques d’une rébellion sociale contre les princes, une authentique ­révolution dans laquelle il entraîna les paysans, du Saint-Empire. Il s'est rallié à Luther dont il s'est éloigné par la suite. Il trouvait ce dernier trop proche des princes. Muntzer a écrit quelques textes dont Le manifeste de Prague et Protestation. Pour lui, aucune réforme religieuse n’est possible sans une réforme sociale. Dieu parle à tous, même aux pauvres. Il s'attaque au latin, la langue dans laquelle était publiée la Bible. Luther a traduit à la Bible en allemand, Muntzer, lui, en tant que prédicateur, s'est adressé en allemand à ceux qui ne savaient pas lire, les pauvres laïcs et paysans. Sa messe en allemand a provoqué un tollé. Même si "Muntzer est fou, mettons. Sectaire. Oui. Messianique. Oui. Intolérant. Oui. Amer. Peut-être. Seul. En quelque sorte" (p44), on sent que Vuillard prend fait et cause pour lui. Un texte qui m'a fait connaître un homme mort décapité à 35 ans dont la tête sera empalée et le reste du corps jeté aux chiens.

1 avril 2019

Rosie Davis - Paddy Breathnach

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Je ne suis pas allée voir tout de suite Rosie Davis, un film irlandais sorti le 13 mars. Aujourd'hui le 1er avril 2019, soit 3 semaines après sa sortie, il n'est plus programmé que dans 3 ou 4 salles à Paris et même pas à toutes les séances. Retrospectivement, j'aurais été déçue de ne pas l'avoir vu. C'est un film qui vous secoue dès les premières images. La caméra ne quitte pratiquement pas le visage de Rosie Davis (Sarah Greene, une actrice que je ne connaissais pas et qui est sensationnelle), une jeune femme courageuse d'une trentaine d'années.

En guise de préambule, en "voix off", un journaliste dans une émission de radio fait mention que l'Irlande est le pays d'Europe où les SDF sont les plus nombreux par rapport à la population irlandaise.

Depuis deux semaines, Rosie, une mère de quatre enfants dont trois en bas âge, appelle des hôtels les uns derrière les autres en demandant s'il y aurait une possiblité de trouver une chambre pendant une nuitée ou plus. Elle suit une liste que lui a communiqué la mairie qui se porte garante et paye pour les personnes comme cette famille qui vit dans leur voiture. En effet, ils ont été expulsés de leur maison dans laquelle ils vivaient depuis sept ans, le propriétaire ayant repris son bien pour le vendre, Rosie et son compagnon John Paul ont bien entendu été dans l'incapacité de l'acheter. Pendant que son compagnon travaille dans un restaurant à Dublin, Rosie accompagne ses enfants à l'école et n'arrête pas d'appeler encore et toujours. Les enfant un peu turbulents souffrent de cette situation mais Rosie est là, patiente envers eux, faisant son possible pour ne pas "craquer". A la fin, on sent qu'un immense amour est le ciment cette famille qui se lave dans les toilettes de bar et qui a faim. Les corn flakes et les frites, au bout d'un moment, ce n'est pas nourrissant. Le film dure 1h20 et se passe beaucoup dans l'habitacle de la voiture. Rosie ne veut pas que l'on dise qu'elle est SDF mais qu'elle est enfermée dehors avec sa famille. Personnellement, je ne sais pas comment je réagirai si j'étais dans cette situation. Un film que je vous recommande absolument, tout comme Aurore.

Dans la brochure que j'ai trouvée dans le cinéma où je l'ai vu, il est fait mention qu'en France, il y a 4 millions de personnes mal-logées ou privées de domicile (d'après la Fondation Abbé Pierre).

9 novembre 2018

Habemus piratam - Pierre Raufast

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Grâce à Pierre Raufast j'ai passé un bon moment de lecture. Il y a beaucoup d'humour et une certaine férocité dans Habemus piratam (Alma Editeur, 225 pages jubilatoires et cybernétiques). A Chantebrie, une petite ville du Cantal, Francis, un prêtre, reçoit les confessions de vieilles dames qui trichent au scrabble. Un jour, un inconnu vient se confesser en disant qu'il va bientôt mourir. A la demande du Père Francis, il déroule jour après jour, l'un après l'autre les dix commandements qu'il a enfreints. Cet inconnu, un très bon informaticien spécialisé dans la sécurité informatique, est devenu un excellent hacker (un mercenaire numérique) se vendant au plus offrant pour une poignée de bitcoins. Dans de courts chapitres, on suit les pérégrinations de l'informaticien qui grâce à ses connaissances informatiques a privé Toulouse d'électricité pendant une nuit pour faire plaisir à un ami astronome, a volé un roman pas encore publié, a volé un Corot au Louvre, a influencé des élections présidentielles et siphonné les comptes d'un milliardaire qui en a lésé un autre. Ce chapitre sur le siphonnage des comptes  est juste à la moitié du roman. Il nous apprend comment voler les données numériques d'un ordinateur portable pas directement connecté à Internet. "Les données sortantes se font via satellite privé, des pare-feu de différentes marques en enfilade et des communications chiffrées de bout en bout avec des clés longues comme un jour sans pain" (p120). A la fin du roman, il y a un glossaire simplifié qui définit ce qu'est une DDOS, black hat, botnet, key logger, honeypot, buffer overflow, SSL (Secure sockets layer) etc. Pierre Raufast explique, en post scriptum, qu'après trois romans dans des univers fictifs (La fractale des raviolis, La variante chilienne et La baleine thébaïde), il a eu envie d'écrire une histoire proche de son métier. Il a consacré vingt ans de sa vie à l'informatique. Un roman que je vous recommande absolument.

16 novembre 2018

La vigne écarlate - Vincent Borel

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Le roman La vigne écarlate de Vincent Borel (Edition Sabine Wespieser, 210 pages prenantes) m'a été conseillé par un libraire enthousiaste et je ne le regrette pas. Il s'agit d'une biographie romancée de l'Autrichien Anton Brückner (1824-1896). Je ne connaissais pas bien l'oeuvre ni la vie de cet homme qui eut comme élèves et disciples Gustav Mähler et Hugo Wolf. Anton Brückner, né en Haute-Autriche d'un père maître d'école mort à 46 ans, développe très jeune des talents musicaux. Il deviendra un virtuose de l'orgue et il apprendra la théorie musicale. Après la mort de son père, il est envoyé par sa mère dans une abbaye où il restera trois ans. Une expérience qui lui laissera de bons souvenirs. Devenu très pieux, il a composé de la musique liturgique et 9 symphonies. La 9ème, dédiée à Dieu, restera inachevée. La 3ème symphonie est dédiée à Richard Wagner qu'il a rencontré à Bayreuth et à qui il voue une grande admiration. Il semble que Brückner ait par ailleurs eu une vie sentimentale inexistante même si les jeunes femmes ne le laissaient pas indifférent. Il a proposé le mariage à quelques-unes d'entre elles mais sans succès. C'est un homme qui a souffert un temps d'une grave dépression. Pendant plus de trois mois, il a été interné. Par ailleurs, il souffrait de "toc" (troubles obsessionnels compulsifs). Il n'arrêtait pas de compter les fenêtres, les façades. Il a aussi essayé de vider le Danube avec une petite cuillère, sans succès semble-t-il. Un roman composé de courts chapitres qui se lit très bien.

5 septembre 2018

Route 62 - Ivy Pochoda

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Parmi les romans reçus dans le cadre du prix du roman Fnac 2018, Route 62 d'Ivy Pochoda (Edition Liana Levi, 350 pages) m'a plu. Ce roman sort demain 6 septembre 2018, et Ivy Pochoda est invitée au Festival America à Vincennes fin septembre. Elle situe son histoire en 2006 et 2010, dans le désert Mojave, et à Las Vegas, Palm Spring, là où passe la route 62 pour aboutir à Los Angeles. Dans un prologue qui se déroule en 2010 à Los Angeles, un homme court nu le long des voies "rapides" très embouteillées. Tony, un automobiliste, décide de le suivre en sortant de sa voiture et il se met à courir derrière lui. On saura bien plus tard qui est le coureur. Le récit fait se croiser le destin de plusieurs personnages dont Tony, un avocat ; Britt, une joueuse de tennis qui trouve refuge dans une ferme d'élevage de poulets dirigé par Patrick, un "gourou" qui est aussi le père de jumeaux (Owen et James); Blake et Sam, un duo de gangsters en cavale pour un meurtre involontaire; Ren, un jeune noir tout juste libéré de prison, à la recherche de sa mère Laïla, droguée et gravement malade, laquellei vit dehors dans le "downtown" de Los Angeles. Sam va mourir et Blake va chercher à se venger en continuant sa route. Ren retrouve sa mère. Aucun de ces personnages n'est "remarquable", mais on s'intéresse très vite à ce qui leur arrive pendant les quatre ans du récit. A la fin, les chemins de chacun d'eux se croisent de manière évidente dans les rues du "downtown" de Los Angeles. Je suis assez admirative devant la construction du roman, à découvrir. C'est le deuxième roman de l'auteur.

3 septembre 2018

En eaux troubles - Jon Turteltaub

En eaux troubles de John Turteltaub est une production sino-américaine distrayante qui fait peur mais pas trop. J'ai surtout noté une séquence hilarante aux trois quarts du film où l'on voit des centaines de Chinois flottant (et pas nageant) près du bord grâce à une bouée autour de leur taille. Ils sont tous serrés les uns contre les autres. A droite, sous l'eau, vous pouvez deviner ce qu'il y a... (voir la photo ci-dessous). Juste après, il y a une vue sous-marine où l'on voit des centaines de paires de jambes s'agiter dans l'eau... Mais avant ça, et pour résumer, Jonas Taylor (Jason Statham) est chargé de sauver son ex-femme coincée avec deux collègues (un Américain et un Asiatique) dans un petit sous-marin pas loin de la fosse des Mariannes dans l'océan Pacifique. Quelque chose a provoqué cet accident. Dans ces profondeurs (presque 10000 mètres) où l'homme ne va pas, vit une faune que l'on croyait disparue, dont le Megalodon, un genre de requin "mega maousse" d'une longueur de plus de 20 mètres qui croque une baleine d'un coup de dent. A la moitié du film, les hommes ont réussi à tuer le mégalodon. C'est là... qu'un deuxième spécimen apparaît. Je ne dirai rien de plus. Le film comporte quelques scènes sanglantes mais pas trop. On voit même un petit chien tombé d'un bateau, qui, à force de nager, arrive à échapper au "meg". Vous pouvez préférer Les dents de la mer - Jaws de Steven Spielberg.

9 octobre 2018

Amin - Philippe Faucon

La semaine qui vient de s'écouler a été riche en sortie cinéma. Avant d'évoquer Frères ennemis et Nos batailles, je préfère commencer par Amin de Phlippe Faucon. Amin est un grand et beau Sénégalais (Moustapha MBengue, une révélation), la quarantaine, qui travaille sur divers chantiers. Il fait du terrassement en compagnie d'autres ouvriers de diverses nationalités. Vivant dans un foyer en Seine Saint-Denis en compagnie de dizaines d'autres hommes, il a laissé sa femme Aïcha et ses trois enfants au Sénégal. Amin rentre de temps en temps dans son pays avec des euros cachés dans ses chaussettes. Cet argent permet de financer une école dans la petite ville où il vit. Sur place, Aïcha (une belle jeune femme dans la trentaine) a parfois du mal à joindre les deux bouts, elle se languit d'Amin. Chaque fois qu'il revient chez lui, Amin a du mal à reconnaître ses enfants tant ils grandissent. Avec l'argent qu'il gagne en Europe, il a décidé de faire construire une maison pour Aïcha et ses enfants. On est frappé du contraste de la lumière, celle d'Afrique presque éblouissante et celle plus grise de la banlieue parisienne. C'est d'ailleurs dans une de ces banlieues, pendant des travaux dans une maison particulière, qu'Amin fait la connaissance de Gabrielle (Emmanuelle Devos). Cette dernière vient tout juste de divorcer. Les relations avec son ex sont tendues et elle vit avec sa fille. Une romance pleine de pudeur et de douceur commence entre Amin et Gabrielle. C'est un très beau film qui raconte un peu la vie de ces ouvriers déracinés venus en France pour faire des travaux souvent dangereux, payés parfois au "noir". Deux solitudes vont faire un petit bout de chemin et leur histoire m'a touchée. J'espère que le film va avoir un peu de succès car il le mérite.

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26 août 2018

Khalil - Yasmina Khadra

Suite à mon billet dans lequel je disais que j'avais été sélectionnée pour le jury du prix du roman Fnac de cette année, voiici mon premier billet sur un des romans que j'ai reçus.

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Khalil de Yasmina Khadra (Editions Julliard, 260 pages) est le prénom du narrateur et personnage principal du roman. Khalil, âgé d'une vingtaine d'années, est un membre de l'Association caritative Solidarité Fraternelle située dans un des quartiers de Bruxelles. Autrement dit, comme trois autres frères, Khalil a décidé de terminer sa vie en kamikaze à la demande de Lyès, un émir de Molenbeek. Dans la soirée du 13 novembre 2015, Khalil, Driss (son copain d'enfance) et deux autres arrivent en voiture près de Paris, aux abords du Stade de France (cela rappelle malheureusement de tristes événements). Les massacres et les explosions ont lieu, mais pour Khalil, rien ne se passe comme prévu: sa ceinture d'explosifs ne s'est pas déclenchée. Le téléphone qui devait servir de détonateur n'a pas fonctionné. Khalil est aux abois car il devra justifier son échec, et pourquoi il est encore vivant. Il réussit à retourner en Belgique pour se cacher en particulier chez sa soeur aînée, toujours pas mariée à 40 ans, et il est aidée par sa soeur jumelle, Zahra, à laquelle il est très attachée. Se déplaçant de planque en l'autre, Khalil attend sa prochaine mission qui doit avoir lieu de l'autre côté de la Méditerranée, au Maroc. Grâce au présent de narration, le roman se lit vite. J'ai été happée par l'histoire (je l'ai lu en moins de deux jours), et, sous la plume de Yasmina Khadra, on n'arrive pas à condamner Khalil malgré ses actes. C'est à vous de juger. Voici la première phrase du roman : "Nous étions quatre kamikazes; notre mission consistait à transformer la fête au Stade de France en un deuil planétaire".

20 juin 2018

Scherbius (et moi) - Antoine Bello

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Après Noukette, Cuné et Papillon je vous conseille de lire le nouveau roman d'Antoine Bello, Scherbius (et moi), qui m'a procuré un grand plaisir de lecture (Editions Gallimard, 437 pages épatantes). L'histoire se passe entre 1977 et 2004. Maxime Le Verrier, psychiatre de renom, accepte, à la demande d'un confrère, le professeur Monnet, venu en personne, de prendre comme patient un certain Alexandre Scherbius. Dès que Le Verrier accepte, Monnet, en un clin d'oeil, enlève ses lunettes, arrache sa fausse barbe, fait s'envoler la farine sur ses cheveux et c'est donc Scherbius qui se présente devant Le Verrier. Scherbius est un être insaisissable qui n'arrête pas d'affabuler. C'est un imposteur à personnalités multiples. Page après page, on découvre les nombreuses vies de Scherbius. Il est tour à tour jeune moine dans un monastère, militaire, enseignant, diplomate, joueur au casino (où il gagne suffisamment pour vivre). Il se dit aussi capable de concourir au JO de Moscou en 1980 au tir à l'arc. Scherbius n'arrête pas de broder sur sa vie qui le mènera quelques années en prison car c'est aussi un escroc. L'ensemble est assez vertigineux car ce que l'on croit être vrai est faux. Le Verrier, quant à lui, pendant toutes ces années où il s'est occupé de Scherbius, a écrit un ouvrage sur la personnalité extraordinaire de son patient et tout ce que ce dernier a pu lui raconter. Cinq éditions augmentées chaque fois de quelques chapitres, paraissent avec un intervalle de cinq ans entre 1978 et 1998, et une ultime édition, la sixième, sera édité en 2004. Et chaque fois, l'ouvrage sera un succès. Comme Scherbius, Bello qui est un conteur hors pair, et nous mène en bateau pour notre plus grand bonheur. A vous de me dire si Scherbius et Le Verrier sont la même personne.

2 juin 2018

Dans les angles morts - Elizabeth Brundage

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Je viens de terminer Dans les angles morts de l'Américaine Elizabeth Brundage (Editions Quai Voltaire / La Table ronde, 512 pages). Ce roman est tout à fait le genre d'histoire que j'aime avec des personnages que je serais contente de rencontrer (enfin pas tous). Ce roman est avant tout un thriller psychologique qui commence par un crime affreux dans une ferme isolée aux abords d'une petite ville située dans l'état de New-York. Le 23 février 1979, George Clare, professeur d'université, se présente tout bouleversé devant le seuil de la maison de ses voisins. Il porte dans ses bras sa fille Franny âgée de 4 ans. Il leur annonce qu'il est arrivé quelque chose à sa femme Catherine. Six mois plus tôt, pendant l'été 1978, George, son épouse, Catherine et leur fille Frances (Franny) emménagent dans une maison où un suicide a eu lieu peu de temps auparavant. Mme et Mme Hale, un couple de fermiers ayant fait faillite, avaient été retrouvés morts dans leur lit, laissant trois garçons derrière eux, dont Cole, âgé de presque 14 ans. Elizabeth Brundage alterne les récits et les points de vue et raconte par bribes la vie du couple Clare pendant ces cinq ou six mois qui ont précédé le drame survenu en février 1979. On côtoie pas mal de personnages et on apprend des choses sur la personnalité du couple Clare, un couple très mal assorti et ne venant pas du même milieu social. Catherine était une jeune femme catholique qui n'a pas osé quitter son mari alors qu'elle ne l'aimait plus. C'était une maman aimante. George se révèle être un imposteur qui a menti sur son cursus universitaire et sur d'autres choses. Il n'hésite à pas à recourir aux dernières extrémités pour ne pas être démasqué. C'est un pauvre type qui trompe sa femme et éprouve du mépris envers elle. Parmi la galerie de personnages qui gravitent autour d'eux, les trois garçons du couple suicidé jouent un rôle dans l'histoire. Cole, par exemple, devient le "baby-sitter" de Franny et il en profite pour repeindre la ferme. Justine et son mari Bram, des voisins un peu bohêmes, deviennent amis avec Catherine tout comme Mary Pratt, agente immobilière. Je ne vous dis rien de plus sur l'histoire que je vous laisse découvrir. J'ai trouvé ce roman prenant, un vrai "page turner". Je conseille tout comme Valérie, Krol, cathulu et Kathel. Un billet plus réservé de Miscellanées. Ce roman paru en anglais en 2016 est le 4ème de l'écrivain, mais le premier traduit en français.

27 mai 2018

Ils savent tout de vous / Pour services rendus - Iain Levison

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Voici deux romans de Iain Levison que j'ai eu beaucoup de plaisir à lire.

L'exemplaire d'Ils savent tout de vous (Liana Levi, 231 pages), paru en 2015, m'avait été dédicacé par l'auteur au salon du livre de Paris en 2016. Iain Levison est un monsieur très sympathique. L'intrigue d'Ils savent tout de vous repose sur le pouvoir de télépathie de deux personnages: un flic du Michigan, Snowe, et Brooks Denny, un condamné à mort dans une prison. Du jour au lendemain, Snowe se met à lire les pensées de personnes qu'il croise, de la serveuse de bar au délinquant. Sa faculté extra-sensorielle le met rapidement mal à l'aise. Il essaie de vérifier sur Internet si d'autres personnes ont les mêmes facultés de télépathie. Justement, en voici un autre: Brooks Denny, en prison dans le couloir de la mort, a la même faculté de télépathe. Peu de temps avant son exécution, il est libéré par des agents du gouvernement. On voudrait qu'il rende service à l'Amérique en captant les pensées d'un dirigeant africain lors de négociations dans une pièce de l'ONU à New-York. Brooks, sa tâche terminée, arrive à échapper à ses geôliers (il a de très bonnes raisons pour cela) et en particulier à une femme redoutable, Terry Dyer. Bien évidemment, Snowe va être chargé de retrouver Brooks. C'est une sorte de thriller bien mené et qui se lit vite. Lire les billets de Violette et Simone.

Je passe au nouveau roman de Levison paru en mars 2018, Pour services rendus (Editions Liana Levi 219 pages). En 1969, en pleine guerre du Vietnam, au nord de Saïgon, une jeune recrue, le Première classe Billy Drake, arrive dans une section de combat. Dès la première nuit, il fait plusieurs gestes malencontreux qui aurait pu lui coûter la vie. Heureusement qu'un sergent se trouvait là... 47 ans plus tard, Billy Drake devenu le sénateur William Drake se représente au congrès. Il est en pleine campagne de réélection. Pendant un meeting filmé par Youtube, Drake raconte son aventure de 1969 mais en se donnant le beau rôle. Il ne pensait pas que mentir sur ce fait d'armes lui porterait préjudice, et pourtant... Il est obligé de demander à son chef de campagne d'aller trouver Freemantle, le sergent qui lui avait sauvé la vie. Celui-ci est devenu commandant d'un commissariat dans une petite ville du Michigan. Freemantle donne son accord pour être interviewé à la télévision en acceptant de ne pas dire toute l'effroyable vérité (que nous découvrons encore mieux au cours du récit). Mais est-ce que cela sera suffisant? C'est un roman caustique avec une pointe de vitriol où vérité et mensonge font bon ménage mais dans lequel Levison montre une fois de plus son empathie pour ses personnages. J'ai aimé ce roman tout comme Krol, Claude le Nocher et Baz'art.

Une fois de plus, Iain Levison ne m'a pas déçue après les réussites d'Un petit boulot, Tribulations d'un précaire, Arrêtez-moi là! et Une canaille et demie. C'est un écrivain qui sait se renouveler.

18 mai 2018

Le chagrin des vivants / La salle de bal - Anna Hope

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Je vous conseille les deux romans d'Anna Hope.
J'ai commencé par le deuxième paru en français, La salle de bal, (Gallimard, 383 pages, 2017). Il m'a tellement plu que j'ai lu le premier (le premier roman d'Anna Hope), Le chagrin des vivants, (Gallimard, 383 pages, 2016). L'auteur sait rendre tous les personnages attachants même les moins sympathiques comme Charles dans La salle de bal. J'aurais aimé rencontré ces personnages dans la vie.

La salle de bal, maintenant. En 1911, Ella, une jeune femme, est internée dans un asile d'aliénés après qu'elle a brisé une fenêtre de l'usine de filature où elle travaillait depuis l'enfance. On ne saura pas vraiment pourquoi. Dans cet asile de Sharston situé dans le Yorkshire, les femmes et les hommes sont séparés. Les premières font des travaux d'intérieur, les seconds travaillent aux champs à moins qu'ils ne creusent des tombes. Tous les vendredis, un bal est organisé dans une grande salle située dans l'enceinte de l'asile. Des pensionnaires des deux sexes sont sélectionnés. C'est là qu'Ella et John, un Irlandais, vont se croiser et danser. John Mulligan est un homme qui semble avoir été interné à la suite des décès de sa femme et de sa petite fille. Un troisième personnage essentiel à l'intrigue est le chef d'orchestre et violoniste, Charles Fuller. Cet être médiocre et homosexuel refoulé est premier médecin adjoint dans l'asile où il exerce depuis cinq ans. Il n'a fait que quatre ans de médecine mais il a été embauché parce qu'il savait jouer du violon. Séduit par l'eugénisme et par la théorie sur le contrôle des faibles d'esprit, Charles espère que ses projets funestes se réaliseront au détriment des malades. Le récit est composé de courts chapitres dans lesquels, Ella, John ou Charles apparaissent. Parmi les personnages secondaires, on remarque Clem (Clemency) Church, une jeune femme qui a été internée par sa famille plutôt aisée. Grande lectrice, c'est elle qui lit les quelques lettres que John envoie à Ella, qui, elle, ne sait pas lire. L'intrigue de ce roman est prenante. L'histoire d'amour d'Ella et John, bien que brève, est belle. Un roman que je conseille...

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...tout comme Le chagrin des vivants que je viens de terminer. L'histoire se passe entre le 7 et le 11 novembre 1920 à Londres. Le soldat inconnu (en anglais, on dit le guerrier [warrior] inconnnu) vient d'être choisi parmi quatre morts au combat. Il s'agit d'un soldat décédé fin 1915 ou début 1916. Le corps déterré en France va traverser la Manche dans un cercueil en chêne avant d'être inhumé à Westminster le 11 novembre, deux ans après l'armistice. A Londres, pendant ces cinq jours, on suit la vie de trois femmes, Evelyn, Ada et Hettie. Evelyn, qui a perdu la phalange d'un doigt dans une usine de munitions pendant la guerre, travaille au bureau des pensions de l'armée. C'est là qu'elle va croiser Rowan Hind, paralysé d'un bras. Rowan Hind cherche un certain Edward Montfort (c'est le frère d'Evelyn). Ce même Ed passe une soirée au palais de la danse à Hammersmith où Hettie est danseuse de compagnie pour 6 pences la danse. Ada, elle, croit encore apercevoir son fils Michael qui est pourtant mort au front en 1917. Evelyn, elle, a perdu son fiancé pulvérisé par un obus. Hettie donne la moitié de son salaire à sa mère et à son frère Fred, qui, revenu très perturbé de la guerre, ne travaille pas. Et on apprend le lien qui relie Ada aux autres personnages. Ce premier roman bien structuré se lit vit et bien. Anna Hope a un grand sens de la narration qui s'est confirmé, en attendant le troisième...

Pour La salle de bal, lire les billets de Krol, saxaoul, anis, Edyta et celui de miscellanées plus réservé.

Pour Le chagrin des vivants, les billets d'Edyta, Clarabel, Ariane, Noukette.

29 avril 2018

Cartons / Flux - Pascal Garnier

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Je suis tombée par hasard, dans une des bibliothèques que je fréquente, sur deux romans de Pascal Garnier (1949-2010). Je ne regrette pas mon choix car j'ai beaucoup aimé ces deux romans qui dégagent autant d'humanité que de misanthropie. Cela traite aussi de notre condition de mortels.

Flux (125 pages, Edition Zulma) paru en 2005 est l'histoire de Marc, qui vient d'être interné dans un asile psychiatrique. Marc ne parle pas et il a un problème de vue. Après avoir reçu une balle dans la tête, il a quand même survécu, d'où son internement. Marc est fasciné par l'eau sous toutes ses formes, l'eau d'une rivière ou celle d'un lave-linge. Avec des flash-backs en italique, on apprend que Marc avait une femme, Corinne (une garce, âpre au gain) et il a une soeur et un beau-frère qui aimeraient récupérer la fortune de Marc après que celui-ci a fait un héritage inespéré. A l'asile, Marc fait la connaissance d'une infirmière, Mireille, qui le prend sous son aile. Tout se termine dans un déluge d'eau provoqué par un orage phénoménal. Le style est dépouillé, pas un mot de trop. J'aime beaucoup, comme Simone et Violette.

Je passe à Cartons (182 pages, Edition Zulma) qui est un roman posthume de l'écrivain. Il est paru en 2012. Brice, la cinquantaine, un illustrateur de livres pour enfants, emménage dans une grande maison dans une petite ville près de Valence. Il a quitté Lyon. Il est entouré de cartons à déballer mais il attend sa femme, Emma, une journaliste partie dans un pays en guerre. Elle doit revenir très vite. En attendant, Brice fait la connaissance d'un chat et surtout de Blanche, une jeune femme sans âge qui vit seule, depuis la mort de son père, dans une maison pas très loin de chez lui. Au fur et à mesure du récit, on apprend que Emma ne reviendra pas, que Blanche est une femme perturbée, et que Brice lui-même souffre de dépression. Je n'en dirai pas plus à part que le titre Cartons résume l'histoire jusqu'à l'épilogue. C'est un roman noir et désespéré mais l'écrivain a beaucoup d'empathie pour ces personnages. Et une fois de plus, j'aime cette écriture : "Les jours passaient ou bien était-ce le même toujours recommencé? A part un minimum de maintenance, manger, boire, dormir, qui nécessitait de brèves opérations commando au supermarché, Brice ne faisait rien.... Il avait adopté l'attitude du varan, immobilité totale, paupière mi-closes, prêt à attendre des siècles le passage d'une proie, à savoir un signe d'Emma. Il s'accoutumait à l'ennui, comme d'autres à l'opium." Lire le billet du bouquineur.

Les deux romans qui se dévorent vite valent la peine d'être lus.

9 janvier 2018

Mon blog a 11 ans aujourd'hui

Le 9 janvier 2007, je créais un blog sous l'impulsion de mon ami ta d loi du cine. 11 années plus tard, il est encore là, bien actif même si ce n'est toujours facile d'écrire des billets sur tel film ou tel livre ou encore sur un voyage. Tenir un blog est très chronophage. Faire des commentaires aussi. Mais 1772 billets (celui-ci inclus) et 22442 commentaires reçus (au 08/01/2018 à 16h00) me font dire que je prends encore du plaisir à le tenir car c'est agréable de faire partager ses coups de coeur ou non. Canalblog, comme plateforme, n'est pas toujours au top (c'est un euphémisme), avec un problème récurrent d'affichage des photos, mais je suis flemmarde pour aller voir ailleurs.

Merci encore à tous mes fidèles commentateurs dont Aifelle, Maggie, Dominique, Keisha, Pascale, Eeguab, Dominique, K, A_girl_from_eart, Alex-mot-a-mots, Matching points, Luocine, Claudialucia, Miriam, Tinalakiller, Rock07, Alice in Oliver ou Ffred (voir la liste à droite de la page, ils sont trop nombreux pour que je les cite tous). Sur les plus de 350 qui m'ont fait au moins 5 commentaires, beaucoup ont arrêté, certains ont disparu. En 2017, il y a eu un décès qui m'a peinée. En effet, on tisse des liens par l'intermédiaire les blogs. Il y aussi des échanges de correspondance.

Je passe la souris à mon squatteur ta d loi du cine qui va vous faire un petit bilan statistique (pas trop long, j'espère).

Eh bien non après vérification, le squatteur ne pourra malheureusement pas faire ce petit bilan statistique pour une raison indépendante de sa volonté. Ce n'est que partie remise.

******

Taratata...

A moi, donc, deux mots [parle! connais-tu bien les stats?] (ta d loi du cine, "squatter" - et statisticien - chez dasola) sur les comptes de l'année 2017:

Peu de nouveaux commentateurs, même si la qualité reste au rendez-vous: sur les 29 nouveaux venus chez dasola en 2017, 4 sont devenus "fidèles" en faisant au moins 5 commentaires sur 5 billets différents en plus d'un jour - la dernière en 2018). Par contre, plus de la moitié des nouveaux commentateurs n'ont pas mentionné de blog pour leur part. Il est sûr en tout cas que l'on reste loin des 200 nouveaux annuels de 2008 et 2009 [167 personnes différentes "seulement" ont fait au moins un commentaire en 2017]. Pourtant, l'un de mes billets m'avait permis d'identifier une centaine de blogs littéraires (à l'occasion du recensement des blogueuses ayant répondu à un "tag du Bac"). Mais la littérature intéressant des bachelières du XXIe siècle n'est peut-être pas la même que celle chroniquée par dasola?

Tenez, puisque je parle de mes propres billets: cette année, le nombre de ceux que j'ai signés sur le blog de dasola a littéralement explosé: 21 sur le total des 141 billets 2017 (soit 14,89 % du total). Par contre, le nombre de commentaires générés par ces billets-là n'est pas en rapport: 173 (tout de même), sur un total de 1918 (soit 9,01 %) en 2017, contre 67 sur 1171 billets et 541 sur 22442 commentaires pour la totalité de cette période de 11 ans (je vous laisse faire les pourcentages...). Parmi tous ces billets, deux ont initié une nouvelle thématique, une présentation de blogueuses ayant rédigé au moins 500 commentaires sur le blog de dasola. Aifelle et l'une des Dominique (puisque c'est d'elles qu'il s'agissait) suivent le présent blog depuis, respectivement, 2008 et 2009. Une troisième invitation à se présenter a été déclinée (pour l'instant?) par la personne concernée. Je surveille les avancées vers le 500e commentaire pour une demi-douzaine de blogueurs ou blogueuses, en espérant des présentations en 2018, 2019, 2020... selon les rythmes propres à chaque commentateur ici! Des fois, je me prends à rêver: lors de sa découverte du blog de dasola, Tinalakiller avait regardé les articles (cinéma, essentiellement), et en avait commenté... près d'une soixantaine en deux jours, sur les quelque 570 alors en ligne, dont 280 cinéma (elle a ralenti le rythme depuis). Un blogueur qui débarquerait chez dasola, entreprendrait de lire tous les articles, au rythme d'un mois (comportant de 31 à 10 billets selon les années) tous les jours, en trouverait bien 2 à 4 à commenter chaque jour. Onze ans de blog, cela représente 132 mois (autant que de commentaires signés ta d loi du ciné sur le présent blog, au fait...). Autrement dit, avec un rythme "théorique" pareil, en même pas 5 mois, les 500 commentaires pourraient être atteints. Détail des 1771 billets qui sont aujourd'hui commentables: 919 cinéma, 517 livres, 124 divers-culture, 26 théâtre et 18 télévision (parents pauvres!), 30 acteurs-actrices et 16 réalisateurs (hommages après décès dans la plupart des cas)... + 121 "humeurs". Aux antipodes (en terme de fréquence de commentaires), je ne résiste pas à citer un cas: celui d'une blogueuse ayant fait en tout et pour tout deux commentaires, mais à 8 ans et demi d'intervalle! A ce rythme, pour son 500e commentaire, on en reparlera donc en l'an 4143 (faites le calcul!)...

Et je rends le clavier à dasola pour la photo de la fin!

*****

P1040864 Japon, 6 février 2017

20 mai 2022

Time after time (C'était demain) - Nicholas Meyer

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Dans le cadre du challenge H. G. Wells organisé par Sibylline (La petite liste) et Ta d loi du cine, j'ai revu avec le même plaisir C'était demain, sorti en 1979. Il faisait s'affronter dans l'espace temps Herbert George Wells (lui-même) et Jack the Ripper (Jack l'éventreur). C'est un film charmant qui a plu à mon ami Ta d loi du cine qui ne l'avait jamais vu. L'histoire commence en 1893, à Londres. Il fait nuit. Une prostituée attire un client dans la rue. Grave erreur pour elle. Elle se fait tuer avec sauvagerie. Pendant ce temps, Herbert George Wells, âgé de 27 ans, qui n'a pas encore écrit tous ses romans et essais, reçoit quelques invités pour dîner. Un dernier invité arrive, il s'agit du Docteur Stevenson. Il s'est réfugié chez Wells car il est poursuivi par la police. En effet, Stevenson n'est autre que Jack l'Eventreur. Herbert George vient de mettre au point une machine à explorer le temps (futur ou passé) mais il n'a pas encore osé s'en servir. Stevenson, lui, n'hésite pas une seconde. Wells se lance à sa poursuite et il se retrouve le 7 novembre 1979 à San Francisco, dans un musée où une exposition lui est consacrée avec la fameuse machine. Il faut voir Wells avec son costume très "holmesien" dans la ville américaine. Il a l'idée d'aller à la banque d'Angleterre où il pense que Stevenson a changé de l'argent. La chance lui sourit en la personne d'Amy, une des jeunes employés de la banque. Elle tombe tout de suite sous le charme de Wells qui ne reste pas insensible, bien au contraire (sourires mutuels). Je ne vous décrirai pas les péripéties de l'histoire. Il y a du suspense. On se demande comment Wells va s'en sortir et arrêter Stevenson qui a repris ses activités criminelles. Wells qui est un homme intelligent arrive même à conduire une voiture, et à répondre au téléphone. Mais il a hâte de retourner dans son époque après avoir appris que le futur ne fut pas ce à quoi il s'attendait. Malcolm Mc Dowell, que l'on a connu en Alex d'Orange Mécanique, ou Caligula, est touchant dans le rôle de H. G. Wells, et Mary Steenburgen est craquante. Un film vraiment sympa qui doit pouvoir se trouver dans des médiathèque. Moi, j'ai le film en DVD depuis 20 ans.

Je suis contente d'avoir participé au challenge H. G. Wells (catégorie films).

wells_NOIR

16 novembre 2016

Numéro 11 - Jonathan Coe / Rencontre avec l'écrivain

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Malgré le billet en demi-teinte de Clara, je voulais lire cette sorte de suite de Testament à l'anglaise. Je ne regrette pas ma lecture bien au contraire, j'ai  beaucoup aimé Numéro 11 (sous-titré "Quelques contes sur la folie des temps") de Jonathan Coe (Editions Gallimard, 444 pages), que j'ai lu en 24 heures. Le roman se compose de cinq parties distinctes: "La tour noire", "Le come-back", "Le jardin de cristal", "Le prix Winshaw" et "What a whopper! (C'est énorme!)". Rebecca Wells et Alison Doubleday sont les personnages principaux qui servent de fil rouge à ces histoires où le nombre "11" apparaît subrepticement. Tout se déroule pendant une période de 12 ans, entre 2003 et 2015. Il n'est pas nécessaire d'avoir lu Testament à l'anglaise pour apprécier ce roman. Rebecca Wells, qui a 10 ans en 2003, passe beaucoup de temps chez ses grands-parents avec son amie Alison, une métisse (son père qu'elle n'a pas connu était noir). Dans "La tour noire", les deux filles vont rencontrer, dans une vieille maison délabrée située au 11 Needless Alley, deux personnages singuliers: une femme, "la folle à l'oiseau", et un Chinois cadavérique soucieux de retrouver une carte à jouer représentant une araignée (la phobie de Rachel). Dans "Le come-back", quelques années ont passé, la mère d'Alison, Val, travaille (de moins en moins) dans une bibliothèque (suite à des restrictions budgétaires). Ne pouvant plus se chauffer chez elle, elle prend l'habitude de prendre le bus n°11 et de faire le tour de Birmingham. C'est alors qu'Alison est sélectionnée pour participer à une émission de téléréalité en Australie. Elle est censée être une personne connue pour avoir composé jadis une chanson qui eut beaucoup de succès. Ce qui se passe pendant l'émission est un cauchemar que Jonathan Coe sait admirablement décrire. Dans "Le jardin de cristal", un homme, le mari d'un professeur de Rachel n'a de cesse de retrouver la pellicule d'un film disparu appelé "Le jardin de cristal". C'est dans un container portant le numéro 11 que se passe le dénouement. Dans "Le prix Winshaw", on refait connaissance de deux parentes proches de l'horrible famille Winshaw. L'originalité du prix Winshaw est qu'il récompense un autre prix (littéraire ou autre). Pendant la remise du prix, il se passe des choses pas banales à la table n°11. Et je vous laisse découvrir ce qui se passe dans la dernière partie: c'est en effet "énorme". Un roman ludique, énigmatique, horrifique, très anglais. Je conseille.

PS: le 17 novembre en début de soirée, j'ai eu l'occasion d'assister à une rencontre avec Jonathan Coe à la Maison de la poésie à Paris. Un journaliste posait des questions et Jonathan Coe, qui comprend bien le français, répondait par l'intermédiaire d'une interprète. J'ai appris entre autre que le titre Numéro 11 se référait au fait que c'est le onzième roman de l'écrivain, et cela fait aussi référence au 11 Downing Street (adjacente au 10 de la même rue) à Londres (les Britanniques disent tout simplement "Number 11") qui est la résidence du Chancelier de l'échiquier, le ministre des finances et du trésor. Cette rencontre qui a duré 1H15 sera diffusée sur France Culture l'été prochain. A l'issue de cette présentation, Coe a fait des dédicaces, dont mon exemplaire de  Testament à l'anglaise. J'ai passé un très bon moment.

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10 mai 2015

Miniaturiste - Jessie Burton

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Une fois de plus, je remercie Dominique pour ses bons conseils de lecture. J'ai "dévoré", le week-end dernier, Miniaturiste (Editions Gallimard, 490 pages), le premier roman (déjà un grand succès en Grande-Bretagne) d'une jeune Anglaise qui est aussi actrice. Jessie Burton a imaginé une histoire prenante autour d'une maison miniature ayant vraiment appartenu à Petronella (Nella) Oortman. Cette maison est aujourd'hui exposée au Rijksmuseum à Amsterdam. L'histoire nous fait remonter dans le temps, à la fin de 1686 (entre mi-octobre et fin décembre) à Amsterdam. Nella Oortman, 18 ans, mariée depuis un mois, arrive chez son mari, Johannes Brandt. C'est un mariage arrangé et pas encore consommé. Johannes, assez bel homme et âgé de 39 ans, est un riche marchand très en vue dans cette ville dans laquelle règne une grande intransigeance religieuse et morale et où les guildes sont puissantes. Johannes est en affaire avec la VOC (la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales, qui faisait naviguer des centaines de bateaux de part le monde). Dès son arrivée, Nella doit affronter la froideur de Marin, soeur cadette de Johannes. Le frère et la soeur n'ont à leur service que deux domestiques (Cornelia et Otto) alors que la demeure, située au bord d'un canal, est très grande. Johannes, s'absentant souvent pour ses affaires, offre à Nella un cadeau pas banal (pour éviter qu'elle ne s'ennuie): une magnifique maison miniature exacte réplique de leur demeure. Nella est un peu vexée car elle considère ce présent comme un jouet. Puis elle décide de jouer le jeu et commande à un miniaturiste de quoi meubler cette maison. Les créations de l'artisan, que Nella n'arrive pas à rencontrer (toutes les commandes sont passées par écrit), sont très réussies et certaines sèment le trouble chez Nella (je vous laisse découvrir pourquoi). A partir de là, l'histoire prend un tour différent: les personnages se dévoilent, des secrets sont mis au jour. Nella montre beaucoup de maturité, malgré ses 18 ans. Un roman que vous ne lâcherez pas dès que vous l'aurez commencé.

13 mai 2015

Les terrasses - Merzak Allouache

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Je vous recommande le film franco-algérien Les Terrasses du réalisateur Merzak Allouache (sorti dans seulement trois salles à Paris le mercredi 6 mai 2015). Le réalisateur nous conte cinq histoires assez sombres de violence ordinaire. Il a pris comme décor cinq terrasses (souvent des lieux d'habitation) situées dans cinq quartiers historiques d'Alger: La Casbah, Bab el Oued, Belcourt, Notre-Dame d'Afrique et Telemly. De l'aube à la nuit, au rythme des cinq appels à la prière journalière des muezzins (une musique d'ambiance comme une autre), ces histoires indépendantes, qui s'enchevêtrent par moment, constituent des huis-clos à ciel ouvert.

Par petites touches, le réalisateur qui est aussi le scénariste passe de personnage en personnage sans s'apesantir. On croise une mère âgée rejetée par sa famille qui vit seule avec son fils et sa fille, adultes, l'un drogué, l'autre mutique; une petite fille qui apporte de la nourriture à son oncle "fou", enfermé comme un chien dans une niche; de jeunes musiciens en quête d'un lieu pour jouer, un prédicateur abuseur, un homme qui torture un autre homme (on apprendra à la fin quel est le lien qui les unit), un trio de jeunes cinéastes... Ce qui m'a le plus frappée dans ce film, c'est le contraste entre la décrépitude et la saleté de la ville défigurée par les centaines d'antennes paraboliques et le panorama magnifique de la baie et de la mer. S'il passe par chez vous, allez voir Les Terrasses que j'ai vu dans le beau cinéma Le Louxor à Barbès, Paris Xème. La salle était pleine.
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