Le blog de Dasola
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25 juin 2010

Les petits ruisseaux (le film et la BD) - Pascal Rabaté

Coup sur coup, je viens d'aller voir le film sorti le 23 juin 2010 et de lire la BD (parue aux éditions Futuropolis en 2006) que mon ami m'a trouvée d'occasion avant même de savoir que j'allais voir le film le même jour. Les petits ruisseaux (les deux) dégagent des beaux moments de tendresse et de bonheur. C'est drôle et léger. Dans la région d'Angers, Emile, un septuagénaire, mène une vie monotone depuis son veuvage. Il pêche le gardon et l'ablette avec son ami Edmond. Ils se retrouvent souvent au bar "Le penalty" où ils ont lié connaissance avec des consommateurs du coin. C'est là qu'Emile entend dire qu'on a vu Edmond avec une dame. Il ne peut s'empêcher lors de leur séance de pêche suivante d'en parler à son ami, et apprend que ce dernier fait des rencontres de dames de son âge en lisant des petites annonces. Edmond, qui vit avec son chat, peint aussi des portraits de femmes nues assez osés (d'après des photos de magazines): Emile n'en revient pas et ressent une certaine gêne. Ensuite, un concours de circonstances aboutit à ce que la vie d'Emile prend un nouveau départ. Il ressent du désir. Il revit après sa rencontre avec deux femmes d'âge mûr et une bande de jeunes "hippies". Je n'en dirai pas plus sur l'histoire. Le film reste très (trop?) fidèle à la BD qui est d'une lecture agréable. Certains critiques font ce reproche à Pascal Rabaté. Personnellement, je trouve que le film comme la BD ne tombent jamais dans la vulgarité malgré quelques scènes un peu lestes. Rabaté traite de la vie sexuelle des "seniors" avec délicatesse. Dans le film, les acteurs sont tous formidables, Daniel Prévost en tête. Bulle Ogier et Hélène Vincent font plaisir à voir dans la plénitude de leur âge. Elles sont belles tout simplement. Sinon, je vous laisse découvrir le moyen de locomotion dont se sert Emile pour se déplacer: une adorable voiture rouge toute étroite et en hauteur qui doit friser les 50 km/heure à pleine vitesse. C'est un film et une BD que je vous recommande vivement. Pour la BD, il faut bien lire les sous-sous-titres sur la couverture: sex, drug, and rock'n roll... mais suivis en tout petit de "on fera ce qu'on pourra; surtout contre le cholestérol; je suis meilleur en musette" (à côté d'une musette de pêche, bien sûr).

21 juin 2010

Mourir comme un homme - Joao Pedro Rodriguez

Mardi 15 juin 2010, je suis allée voir Mourir comme un homme, un film portugais de Joao Pedro Rodriguez. C'est son troisième long-métrage. A l'issue de la projection, les 20 spectateurs de la salle (le Nouveau Latina à Paris) ont eu le plaisir de converser avec le réalisateur, qui se débrouille fort bien en français. Mourir comme un homme peut se résumer ainsi: "Il a vécu comme une femme et il est mort comme un homme". L'histoire se passe à Lisbonne à la fin des années 80. Tonia, un transsexuel, est à l'apogée de sa carrière comme vétéran de spectacles de travestis des nuits lisboètes car la concurrence est rude. Tonia transforme son apparence en portant robe, chaussures, perruque et seins siliconés mais elle n'a pas changé de sexe. Ses convictions religieuses sont un frein. Pendant son adolescence, elle a même eu lors d'un rapport hétérosexuel, un garçon (qui la rejette violemment). Maintenant Tonia vit une relation houleuse avec un jeune amant, Rosario, drogué et souvent violent. Le film mêle plusieurs genres: film de guerre dans la première longue séquence (qui selon moi désarçonne des spectateurs dont je fais partie), histoire d'amour, mélodrame et film musical (les acteurs chantent des chansons a capella). En revanche, on ne voit aucune prestation de Tonia lors de ses spectacles de travestis, tout se passe hors champ. Le film semble atemporel. Je n'ai pas eu l'impression qu'il a été tourné en 2009. Je ne pense pas qu'on puisse le comparer à un autre, il sort vraiment de l'ordinaire. C'est sans doute le sujet qui le veut. Le travail sur la photo est magnifique et certaines séquences dont la dernière, qui se passe dans un cimetière, sont marquantes.  C'est une histoire douloureuse et triste mais pas larmoyante. Les acteurs (non professionnels) sont vraiment bien. Le réalisateur nous a précisé qu'il s'était inspiré de témoignages de travestis, de transsexuels, médecins et gens du spectacle. Mourir comme un homme qui dure 2H15 est projeté dans deux ou trois salles à Paris. Est-ce que j'ai apprécié? Je ne peux pas dire que j'ai été totalement conquise par ce film pas facile mais ce n'est pas mal et je ne regrette pas de l'avoir vu, bien au contraire.

23 mai 2010

Dan et Aaron - Igaal Niddam

Pour continuer dans les films de qualité à voir ces temps-ci (et avant qu'il ne soit trop tard), je vous conseille Dan et Aaron, film produit par la Suisse mais réalisé par un Israélien, et dont l'histoire se passe en Israël. Deux frères (Dan et Aaron) refont connaissance après 25 ans de silence. L'un, Aaron, rabbin, docteur en droit et en philosophie, arrive de New York où il s'occupe d'une Yeshiva à Brooklyn. Il arrive à Jérusalem en tant qu'avocat pour défendre une cause. L'autre, Daniel, vit et travaille depuis plus de vingt ans dans un kibboutz au sud d'Israël: il est berger. Il est marié et a deux enfants. Tout les oppose et les anciennes rancoeurs reviennent à la surface. Leur relation restera houleuse jusqu'au bout. L'histoire est la confrontation entre les ultra-orthodoxes qui ne vivent que pour la lecture et l'étude de la Torah (ils ne travaillent pas et sont subventionnés à vie par l'Etat) et les laïcs qui font leur devoir de citoyen en effectuant leur service militaire (obligatoire en Israël). Pendant le procès pour lequel Aaron représente la Défense (un directeur de Yeshivah ne communique pas aux autorités les noms de ses étudiants - afin que ces derniers ne fassent pas leur service), on apprend en effet qu'en Israël la séparation de la religion et de l'Etat n'est pas établie (et n'est pas forcément à l'ordre du jour). On parle d'Etat juif. D'autres questions aussi passionnantes sont abordées. On sent que le réalisateur a voulu montrer et aborder avec conviction ce qui menace Israël de l'intérieur. C'est un débat épineux. L'acteur qui joue Aaron, Baruch Brener (très convaincant), est rabbin dans la vie. A la lecture du dossier de presse, le réalisateur précise qu'il a beaucoup hésité avant d'accepter de jouer le rôle. Sinon tous les autres acteurs sont aussi des inconnus pour le public français. Mention spéciale aux deux femmes qui interprètent, l'une la femme de Daniel (Sharon Malki-Schemech) et l'autre madame le procureur face à Aaron (Orna Fitoussi): elles sont magnifiques toutes les deux. Ce film est vraiment à voir; et il mériterait même une deuxième vision à cause des problèmes soulevés.

19 mai 2010

Femmes du Caire - Yousry Nasrallah

Encore un film que je vous conseille d'aller voir - malgré quelques longueurs et quoique pas passionnant au même degré en permanence (mon attention s'est parfois relâchée pendant les 2H15 du film). D'ailleurs, j'ai eu un peu peur dès la première séquence. Femmes du Caire de Yousry Nasrallah a été écrit par le scénariste de l'adaptation de L'immeuble Yacoubian, Wahid Hamed. Hebba, journaliste à succès, anime à la télé un talk-show politique assez anti-gouvernemental qui met en danger la promotion qu'attend son mari, Karim (journaliste lui aussi), avec lequel elle forme un couple idéal: beau, riche et célèbre. Karim met la pression sur Hebba qui se détourne alors de la politique pour interroger des femmes ordinaires aux destins pas toujours ordinaires. La première a été internée dans une clinique psychiatrique suite à un mariage raté qui l'a menée jusque-là; une ancienne détenue qui vit avec celle qui fut sa gardienne raconte la genèse du crime qui l'a conduite en prison; une manifestante solitaire dit l'injustice monstrueuse que lui fit un homme. A la fin, Hebba (avec un oeil au beurre noir) va devenir à son tour une de ces femmes qui témoignent devant une caméra, victime de la violence faite aux femmes, prisonnière des traditions où l'argent et le sexe sont rois comme partout dans le monde. Les hommes que l'on nous montre sont aussi victimes d'une certaine façon, ils sont des objets de désir comme par exemple dans l'épisode avec l'ancienne détenue. Saïd, un jeune homme employé dans une épicerie familiale, séduit tour à tour les trois filles du propriétaire décédé (un drame s'ensuit). Comme ffred, je trouve le troisième épisode (avec la dentiste devenue manifestante) le plus réussi. Elle tombe amoureuse d'un homme bien de sa personne. Il se joue d'elle avec goujaterie. Grâce à du chantage, il la dépouille d'une partie de son argent. Quant à Hebba, elle est semblable à Shéhérazade et à ses contes. D'ailleurs, le titre original du film est Ehky ya Scheherazade (Shéhérazade, raconte-moi une histoire). J'ai été marquée par une scène où Hebba se trouve dans le métro (un wagon réservée aux femmes). Elle est la seule à ne pas porter le foulard traditionnel (voire plus). Au bout d'un moment, sous la pression des regards des autres femmes, elle sort un foulard de sa poche et le met sur sa tête. Tout est dit. Je témoigne qu'au Caire (en 2003), les femmes étaient toutes voilées. Concernant le film, j'ai trouvé les acteurs tous très bien. Le réalisateur a été l'assistant de Youssef Chahine.

7 mai 2010

Les visages - Jesse Kellerman

Ce roman est resté sur ma PAL un grand moment et puis je me suis décidée. Considéré comme un "thriller", Les Visages de Jesse* Kellerman (Editions Sonatine) est aussi une saga familiale. L'histoire se passe de 1847 (avec Salomon Mueller, venu d'Allemagne, qui commence comme simple colporteur aux Etats-Unis) jusqu'à nos jours. Salomon fonde une dynastie dont on suit le cheminement avec intérêt. Le récit alterne le passé (les interludes où l'on voit l'ascension fulgurante de la famille Muller (le "e" a disparu) dans les affaires immobilière, et le présent, où Ethan Muller, propriétaire d'une galerie d'art et un des derniers descendants de Salomon, découvre des dessins extraordinaires (l'oeuvre d'un génie) faits par un homme appelé Victor Cracke. Ce dernier semble s'être évaporé récemment après avoir vécu dans un appartement miteux. Rendus publics, les dessins attirent l'attention d'un flic à la retraite sur le point de mourir. Il apprend à Ethan que certains dessins représentent des visages d'enfants victimes d'un "serial-killer", il y a plus de plus de 30 ans. Ethan Muller mène l'enquête. Il découvrira peut-être où et qui est Victor Crake et renouera avec son propre père, David, avec qui il est en froid depuis des années. De notre côté, on va découvrir peu à peu le lien qui relie la famille Muller (dont un des personnages essentiels est une certaine Bertha), Victor et les dessins d'enfants. Stop. Je m'arrête. Je n'en dirai pas plus. J'ai trouvé le roman très bien construit et l'histoire originale. J'ai lu en un week-end les 470 pages et je vous les recommande. Voir les billets d'Amanda, d'Ys, et de Cécile. Toutes les trois ont beaucoup aimé.

* et non Jonathan (le père de Jesse) comme je l'avais écrit et comme me l'a fait judicieusement remarqué K (voir son commentaire ci-dessous).

25 avril 2010

Green Zone - Paul Greengrass

Si vous aimez les (très bons) films d'action et de divertissement qui s'adressent à un large public, je vous conseille vivement Green Zone du réalisateur Paul Greengrass, un film haletant de bout en bout. Vous en prenez plein les yeux (et les oreilles). L'histoire se passe en Irak en 2003, 4 semaines après le début des hostilités. Un contingent de soldats est chargé de trouver les caches d'ADM (Armes de Destruction Massive) qui ont été une des raisons pour lesquelles l'Amérique a déclaré la guerre à l'Irak. L'adjudant-chef Miller (Matt Damon) se rend compte que les planques supposées sont vides. On les mène en bateau et des soldats sont tués inutilement. Qui a donné de fausses informations? L'adjudant devine vite que cela vient de la CIA. Un certain "Magellan" est l'informateur. Qui est Magellan? Le début du film donne le ton: tout va vite, l'image est tremblée de par la réalisation caméra à l'épaule. Il y a aussi le grain de l'image, un peu gênant pour moi. Mais après cela va mieux, à moins que mon oeil se soit habitué. Paul Greengrass ne prend pas parti entre les bons et les méchants: personne n'est innocent. Mais un pays entier a été plongé dans le chaos pour des raisons politiques, stratégiques ou autre. Il y a un plan très parlant où l'on voit George Bush à la télé, content de lui, d'avoir commencé cette guerre. Edifiant. Après Vol 93 (à propos du 4ème avion, qui s'est "crashé" dans la campagne grâce au courage de certains passagers le 11/09/01*) et la trilogie "Jason Bourne" (les trois avec aussi Matt Damon), sans parler de sa période anglaise avec Bloody Sunday (2002), Paul Greengrass confirme son talent de grand réalisateur. Sinon, le film est adapté d'une enquête menée par Rajiv Chandrasekaran pendant 1 an et demi en Irak : il en a tiré un ouvrage récemment publié en poche aux éditions Point seuil.

* et non sur une des tours jumelles (merci à Ultimatom pour son rectificatif ci-dessous)

13 avril 2010

La révélation - Hans Christian Schmid

Le début de La révélation de Hans Christian Schmid nous montre un homme marié et père de famille attentionné, "monsieur-tout-le-monde", qui se rend compte qu'il est poursuivi en voiture. Et il est en effet enlevé. Nous sommes dans un pays de l'Est. On le retrouve trois ans plus tard, en attente de jugement devant le tribunal pénal international de La Haye pour l'ex-Yougoslavie. On nous apprend qu'il s'agit d'un criminel de guerre serbe. La procureur, Hannah (formidable Kerry Fox), croit qu'elle va arriver, grâce à un témoin, à faire condamner cet homme responsable de déportations et de massacres de masse et de viols collectifs. Malheureusement, le témoin, convaincu de faux-témoignage, se pend. Mira (magnifique Anamaria Marinca), la soeur de ce dernier, réfugiée en Allemagne, mariée et mère d'un jeune garçon, se décide, après beaucoup d'hésitations et devant la détermination d'Hannah, à témoigner à son tour sur les violences qu'elle a subies elle-même avec d'autres femmes. C'est sans compter la raison d'Etat et les tractations pour que le bourreau (en passe d'être élu président de son pays) s'en sorte. Hannah et Mira sont les victimes de ce jeu diplomatique et politique où la compromission fait loi. On nous parle aussi de l'amnésie à l'égard des criminels de guerre. Le film est porté par deux personnages féminins exceptionnels: d'un côté Hannah, la procureur pas très heureuse dans sa vie personnelle mais qui se rattrape dans son métier, et de l'autre Mira, fragile et butée au début et qui va jusqu'au bout de son témoignage. Je recommande ce film (même si ce n'est pas un chef-d'oeuvre). La rédaction de mon billet montre bien que je l'ai un peu ressenti comme un brin impersonnel. C'est à la toute fin que j'ai été touchée. Voir aussi les critiques de Céline et de Rob.

27 novembre 2009

Le touriste - Olen Steinhauer

C'est le deuxième roman que je lis d'Olen Steinhauer (après 36, boulevard Yalta). Le Touriste (Editions Liana Levi) a pour titre le surnom que l'on donne à certains agents secrets de la CIA lors de missions qu'ils font de par le monde. Ils n'ont pas d'attache. Milo Weaver était un de ceux-là jusqu'au 11 septembre 2001 où, après s'être fait tirer dessus à Venise, il est devenu un "touriste" de bureau. En 2007, Milo vit aux Etats-Unis, à Brooklyn, il est marié et père de famille. Pourtant, il reprend du service car sa vie est menacée: un tueur à gages qu'il poursuivait et qui vient de décéder d'un virus mortel a pu lui révéler qu'il y avait des machinations insoupçonnées au sein de l'Agence. Au long de ce thriller composé de courts chapitres, on suit avec intérêt l'enquête de Milo de Paris à Venise, passant par Genève et Francfort et aux Etats-Unis. Je ne suis pas sûre d'avoir compris toutes les motivations des "méchants" que l'on trouve au sein de l'Agence mais je ne regrette pas ma lecture. Ce roman de 520 pages est distrayant (et les scènes d'interrogatoires musclés ne sont pas insoutenables). Il se lit et s'oublie vite. En revanche, je vois bien une adaptation télévisée en trois ou quatre épisodes.

11 janvier 2010

D'Arusha à Arusha - Christophe Gargot

Voici un billet sur un documentaire qui est sorti en catimini, sans pub, presque anonymement (et c'est bien dommage). Il s'appelle D'Arusha à Arusha (référence à De Nuremberg à Nuremberg), et le Français Christophe Gargot essaye de nous y montrer, de nous faire ressentir et de nous donner une approche de ce qu'est le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) qui a été créé dès novembre 1994. La mission du TPIR consiste à juger les responsables du génocide des Tutsis par les Hutus qui s'est déroulé d'avril à juin 1994 faisant plus d'un million de victimes. Arusha se situe en Tanzanie. C'était là qu'un accord de paix pour mettre fin à une guerre civile avait été signé en août 1993, et c'est de là que revenait, le 6 avril 1994, le président Rwandais hutu dont l'avion a été abattu par un missile. Le 7 avril, les massacres commençaient.

Le film nous montre, d'une part, les séances d'interrogatoires et de plaidoiries des accusés et des avocats dans le tribunal proprement dit avec une traduction franco-anglaise (les juges sont pour la plupart anglo-saxons), sans aucune voix "off"qui parasite ce que l'on voit et ce que l'on entend. Parmi les accusés, il y a un Belge, Georges Ruggiu, qui a fait de la propagande sur les ondes de la Radio Télévision Libre des Mille Collines pour appeler aux massacres, et Théoneste Bagosora, colonel des FAR (Forces Armées Rwandaises) et cerveau supposé des massacres. Et d'autre part, la caméra sort de l'enceinte du tribunal pour filmer des paysages du Rwanda, petit pays magnifique aux mille collines et où le réalisateur nous présente, entre autres, un homme, Jean de Dieu Bucyibaruta, qui a avoué sa participation au génocide. Lui-même issu d'un couple mixte, il est marié avec une femme de l'autre ethnie (on ne lui a pas demandé de la tuer. L'aurait-t-il fait?). Quand il est interviewé, il venait de purger une peine de 9 ans et il est en passe d'être à nouveau condamné par un tribunal populaire, un "Gacaca". Il reconnaît avoir été un des bourreaux et c'est d'autant plus terrible que c'est un homme posé, pas un psychopathe. Il a obéi aux ordres de gens qu'il ne connaissait pas. Les "Gacaca" doivent rester en place jusqu'en 2011 ou 2012. La femme de Jean de Dieu préside un des ces tribunaux populaires. Juste avant le générique de fin, on apprend d'ailleurs que Jean de Dieu a été condamné à 30 ans de prison par un "Gacaca".

A la fin de la séance à laquelle j'ai assisté, il y a eu une rencontre avec le producteur et une spécialiste du dossier. C'est là que je me suis rendue compte de mes lacunes que je vais essayer de combler avec la lecture de l'ouvrage Le tribunal des vaincus - Un Nuremberg pour le Rwanda? de Thierry Cruvellier (cité dans le générique), sur lequel je ferai un billet dès que possible. Thierry Cruvellier est le seul journaliste à avoir suivi pendant 6 ans les procès d'Arusha. Le film, quant à lui, n'est pas parfait: il montre plus qu'il n'explique, mais c'est ce qui fait sa force, et il parle d'un événement qu'il ne faut pas oublier.

Le film est d'autant plus d'actualité qu'a priori, il y a des éléments nouveaux concernant les responsables de l'assassinat du président Rwandais en avril 1994: il s'agirait de Hutus et non de Tutsis. A part ça, je m'interroge sur le fait que ce documentaire, passionnant et qui soulève plein de questions, n'ait pas eu plus d'échos (et qu'il n'ait pas eu droit à une diffusion sur une chaîne de télévision publique, par exemple à une heure de grande écoute) mais il y a des vérités qui fâchent et le ministre des Affaires étrangères français vient d'effectuer, ces jours-ci, une visite au Rwanda pour essayer de renouer des relations économiques avec le Rwanda.

PS: Mail reçu du réalisateur, qui, annoncé, n'avait pu être présent à la séance à laquelle j'avais assistée:
"Chers amis,
Sorti le 16 décembre, le film est parvenu à maintenir une présence à Paris sur un écran, de manière ponctuelle.
Prévenez donc la France entière de se rendre Au 3 Luxembourg (67, rue Monsieur Le Prince, 75006 Paris) pour des projections débats en présence du réalisateur:
- le lundi 11 janvier 2010 à 21h avec la participation de Patrick Baudouin, président d'honneur de la Fédération Internationale des Droits de l'Homme,
- le jeudi 14 janvier 2010 à 21h avec la participation de Michel Tubiana, président d'honneur de la Ligue des Droits de l'Homme.
Le film sera aussi projeté à Toulouse, Nantes, Montpellier, Caen, Les Ulis, ...
Bonne année à tous
"

PS2 [20/01/2010]: Mail reçu ce jour:
Pour ceux qui n'ont pas encore pu voir le film "d'Arusha à Arusha", de Christophe Gargot, ou qui seraient intéressés par les débats qui l'accompagnent, voici les prochaines séances à Paris, avec quelques invités particulièrement intéressants.
Amitiés
À L'Entrepot (7 / 9 rue Francis de Pressensé - 75014 Paris)
- 21 janvier 2010 à 20h00 en présence de Maître Raphaël Constant (avocat de Théoneste Bagosora)
- 23 janvier 2010 à 16h00 en présence de Maître Jean-Marie Biju Duval (avocat de Ferdinand Nahimana)
- 26 janvier 2010 à 20h30 en présence de Rony Brauman.

Voir le site du film

2 février 2010

Les chats persans - Bahman Ghobadi

Les chats persans de Bahman Ghobadi, long-métrage iranien très soutenu par Cinefeed/cinefriends, fait une jolie carrière grâce à un bon bouche-à-oreille. C'est une excellente surprise en ce qui me concerne, et je le conseille pour celles et ceux qui veulent découvrir un Iran différent de ce que l'on voit à la télé, loin des clichés habituels. Dans ce film tourné en 17 jours dans la clandestinité, une certaine jeunesse de Téhéran est à l'honneur, incarnée par Negar et Ashkan, une jeune femme et un jeune homme tout juste sortis de prison. Ils veulent former un groupe musical de rock afin de pouvoir partir vers d'autres horizons. Pendant tout le film, on les suit dans leur recherche, d'une part, de quelques musiciens pour leur groupe et d'autre part, d'un passeport et un visa "au noir" (donc onéreux). La séquence où de vieux messieurs fabriquent des faux-papier et énoncent les prix, selon que l'on veut un passeport afghan (cinq dollars), ou américain (plusieurs milliers de dollars), est assez marquante. Comme tout est clandestin, on passe de cave en cave avec une incursion dans une étable. Les chats persans donne l'occasion d'entendre du rock, du rap et du heavy metal (sur la bande originale, je vous recommande un rap en perse Ekhtelaf par Hichkas), et c'est une très belle expérience. Cette musique est totalement interdite par le régime iranien en place. Autre chose proscrite: promener son chien (ou son chat) dans la rue ou dans une voiture. Ce sont des animaux impurs comme la musique. Il y a une scène révoltante où une voiture est arrêtée avec Negar et Ashkan (Negar a un chien sur ses genoux). L'agent de police s'empare du chien. Je n'ose imaginer ce qu'il advient de cette pauvre bête. Et pourtant on n'entend pas une fois parler de religion. Bahman Ghobadi a filmé en numérique dans des conditions précaires. On le sent dans certains plans pris au vol où l'on peut voir par exemple que certains wagons de métro ne sont réservés qu'aux femmes. Un de mes coups de coeur de ce début d'année.

31 mars 2010

Le bureau vide - Franck de Bondt

Marc Deleuze, le héros de l'histoire, a appris en 5 minutes qu'il n'était plus rien dans la société où il travaillait après avoir exercé les fonctions, pendant quelques années,  de "directeur des ressources humaines et des relations sociales". N'étant pas encore licencié, il occupe un bureau qui se vide peu à peu: les armoires, les tiroirs, le fauteuil à roulettes et même sa porte est dégondée. Mais Marc Deleuze a suffisamment d'humour pour ne pas prendre la situation trop au tragique. Pourtant Le bureau vide de Franck de Bondt (Editions Buchet Chastel) est un condensé romanesque des aléas tragiques des fusions/acquisitions des entreprises dans lesquelles, un jour, vous avez un poste important et le lendemain, vous n'existez plus, on vous ignore, on ne vous salue plus (des instructions sont données en ce sens). J'ai souri à la lecture de ce court roman d'un peu plus de 100 pages qui fait passer un bon moment, et cependant le fond de l'histoire est triste et elle apparaît très actuelle.

27 mars 2010

Sukkwan Island - David Vann

Je viens de lire en un jour Sukkwan Island de David Vann (c'est son premier roman) après avoir constaté qu'il avait été chroniqué dans plusieurs blogs. Je fais partie de ceux qui ont été déçus (voir le billet de Dominique). Ce roman publié aux éditions Gallmeister (190 pages) est divisé en deux parties presque égales. La première met en présence un père et son fils Roy, 13 ans. Le père, dentiste, a décidé de vivre pendant un an avec Roy, qu'il connaît peu, sur un îlot en Alaska, accessible seulement par bateau et avion. Le père est un être perturbé (qui sanglote toutes les nuits). Dès le début, Roy n'est pas à l'aise avec son père et dans cet environnement hostile pour un citadin. Dans cette partie, c'est Roy qui est au centre du récit. On ne connaît qu'à la page 111 le prénom du père. Dans la deuxième partie du roman (commençant page 115), Jim (le père) se retrouve seul suite à un événement et on suit l'errance de cet homme dont le comportement devient de plus en plus inquiétant et délirant. Cette partie est longue et descriptive avec ce personnage pas très intéressant. J'ai été surtout gênée par le style (peut-être est-ce dû à la traduction). Je ne trouve pas que le roman soit très bien écrit et je n'ai pas été passionnée par l'histoire. Les louanges sur Sukkwan Island me laissent un peu perplexe. Je m'attendais à autre chose.

PS: je me suis aussi étonnée de voir, dans la dédicace du livre, que le prénom du père de l'auteur (décédé à 40 ans, selon les dates indiquées) est le même que celui du père dans le roman?

PS2: suite aux  commentaires de Keisha et Lystig, voici le lien vers l'interview de l'auteur sur le site d'In Cold blog ainsi que la critique.

5 mars 2010

The Ghost Writer - Roman Polanski

Brillantissime! C'est le terme qui me vient immédiatement à l'esprit après avoir vu The Ghost Writer, mercredi 3 mars 2010, le jour de sa sortie. Quelle maestria dans la mise en scène, qui se caractérise par sa fluidité, ai-je trouvé. Pour moi, Roman Polanski a amplement mérité sa récompense au dernier festival de Berlin. Quant aux acteurs, je commencerai d'abord par Ewan Mc Gregor qui a trouvé son meilleur rôle à ce jour. Olivia Williams avec ses airs de femme sage joue l'ambiguïté juste comme il faut. Pierce Brosnan interprète un ex-premier ministre très crédible. Tom Wilkinson est impeccable comme souvent. Même Eli Wallach, dans une scène, fait une prestation qui se remarque. Avec The Ghost Writer (adapté d'un roman de Robert Harris), Roman Polanski montre qu'il fait encore partie des très grands du métier. C'est le premier film que j'aime autant de ce réalisateur depuis... Chinatown (en 1974). Un "ghost writer" (un écrivain fantôme) est l'équivalent anglais de "nègre littéraire" en français. Celui qui est le héros de l'histoire (Ewan Mc Gregor) est chargé par un éditeur londonien de corriger ou de réécrire certains passages des mémoires d'un ex-Premier ministre anglais démissionnaire, Adam Lang, retiré aux Etats-Unis sur une île battue par les vents, au large de la Nouvelle-Angleterre. Le cadavre du "nègre" précédent, tombé d'un ferry, a été retrouvé sur le rivage près de la demeure d'Adam Lang. Pour 250000 dollars, le "nouveau nègre" emménage chez Adam Lang, qui est entouré de sa femme, Ruth, et de sa "garde rapprochée". A partir de ce moment-là, parce qu'il est un homme curieux, Le Nègre se retrouve en peu de temps amené à enquêter sur la mort de son prédécesseur, sur les débuts de Lang dans la politique, etc. L'atmosphère se fait de plus en pesante voire menaçante. Le Nègre est seul face aux autres, et doit affronter des situations qui mettent sa vie en danger. Il rencontre des gens et pose des questions. La dernière séquence, fulgurante, où tout se passe "hors champ", est inoubliable.

Si donc vous voulez voir ce qu'est un film bien réalisé (même si je n'y connais rien en cette matière), courez voir The Ghost Writer. Vous passerez un moment de bonheur intense comme le public qui était dans la salle avec moi. Certains spectateurs ont applaudi à la fin. Je n'ai pas vu passer les 2H08 (pour la première fois depuis longtemps). C'est un film prenant, jubilatoire, ambigu, intriguant, ironique, passionnant, virevoltant, angoissant, "hitchcockien" dans le bon sens du terme (et j'en oublie). La musique d'Alexandre Desplat s'harmonise bien à l'ensemble. The Ghost Writer fait d'ores et déjà partie de mes films de l'année. Voir les excellentes critiques de Céline et Pascale.

27 février 2010

12 - Nikita Mikhalkov

Je vous conseille vivement de voir 12, le film de Nikita Mikhalkov, qui dure 2H35 avec 11 acteurs russes inconnus, plus le réalisateur lui-même qui interprète le 12ème juré chargé de donner le verdict à la fin. Il s'agit d'une adaptation de Douze hommes en colère, la pièce de Reginald Rose (je pense que tout le monde connaît le film de Sidney Lumet avec Henry Fonda). Ce film, 12, n'est pas qu'une simple adaptation, c'est plus que cela. Le jeune homme en attente du verdict (qui doit rendu à l'unanimité) est tchétchène (il est accusé d'avoir poignardé son père adoptif qui était russe). Les délibérations se passent dans un gymnase. Dès le départ, onze jurés jugent le Tchétchène coupable, le 12ème juré le déclare non coupable après quelques considérations personnelles. A partir de ce moment-là, le débat s'éternise mais il est passionnant. Pour l'aérer, si je puis dire, ce huis-clos est entrecoupé de scènes de luttes armées entre soldats russes et Tchétchènes (j'ai rarement vu des scènes aussi violentes), sans parler d'une scène répétée un peu floue avec un chien qui a quelque chose dans la gueule (à la fin, on voit ce qu'est cette "chose"). Les jurés (uniquement des hommes) sont représentatifs de la diversité de la population russe, et deux d'entre eux sont de confession juive. Tour à tour, chacun d'eux donne son état d'âme, et l'on croit percevoir leur faiblesse ou leur force. Grâce à ces onze hommes (le personnage joué par Mikhalkov reste en retrait), c'est un portrait de la Russie actuelle qui nous est présenté. J'ai été bercée par cette langue que je ne comprends pas. Les acteurs sont tous sensationnels. Il y a bien deux ou trois longueurs mais j'ai trouvé ce film passionnant. S'il passe dans votre région, allez le voir. La conclusion est celle de la pièce originale mais avec une variante assez inattendue. Voir aussi le billet de Céline.

21 février 2010

La vengeance du Wombat (et autres histoires du bush) - Kenneth Cook

Après Le Koala tueur (et autres histoires) [voir le billet de Keisha, car pour ma part je l'avais lu en 2009, mais pas chroniqué], les éditions Autrement publient à bon escient La Vengeance de wombat (et autres histoires du bush), du regretté Kenneth Cook (1929-1987). Voici 14 nouvelles d'une dizaine de pages chacune à lire si vous êtes morose. Elles sont hilarantes et vous permettent de faire connaissance d'animaux que l'on ne trouve nulle part ailleurs qu'en Australie (ou presque), et des autochtones (certains déjà présents dans le premier recueil) qui vont de bar en bar en buvant de la bière fraîche, car dehors les températures frisent les 45° à 50° à l'ombre (quand il y en a). Kenneth Cook est le narrateur des histoires où il se trouve embarqué parfois au péril de sa vie. Il faut le lire pour le croire (et encore...). J'aurais bien aimé rencontrer cet écrivain australien. Au cours des aventures de ce volume, il affronte un wombat (une créature que ressemble à un ourson), un quokka (c'est un genre de wallaby) "tueur", un kangourou au mauvais caractère, un requin, un lézard, un crocodile, un molosse, des cochons sauvages ou un buffle, sans parler du "king brown" (le serpent le plus venimeux du monde), et entend parler (en même temps qu'un ethnologue - les universitaires en prennent un peu pour leur grade) des koalas explosifs car ils se nourrissent d'essence d'eucalyptus (et qui dit essence, dit explosion). Kenneth Cook qui est en léger surpoids n'a pas beaucoup de tendresse pour tous ces animaux (ils le lui rendent trop bien), même s'il ne leur veut pas de mal. Il y avait longtemps que je n'avais pas autant ri en lisant un livre, car le style est très humoristique et la traduction excellente. D'après la quatrième de couverture de l'ouvrage, il semble qu'il existe un troisième recueil dans la même veine que les deux premiers qui ont été des "best-sellers". J'ai hâte qu'il paraisse en traduction *.

* Il suffisait de le demander: lire mon billet sur L'ivresse du kangourou.

17 février 2010

Vers l'aube - Dominic Cooper

C'est en lisant le billet d'eeguab que j'ai eu envie de découvrir ce roman d'un écrivain écossais, Dominic Cooper, Vers l'aube (Editions Métailié), et je ne le regrette pas. Ce roman n'est pas d'une lecture facile parce que l'auteur fait beaucoup de descriptions de paysages et de faune d'une région peu connue: une des îles au large de l'Ecosse avec ses Lochs. Je reconnais que j'ai eu du mal à me faire une idée de ce qui est décrit mais ce n'est pas trop grave. Nous suivons le périple de Murdo Munro, bientôt 59 ans, qui vient de perdre son travail (il boit) à la voirie de la petite ville d'Acheninver. Il y vit avec sa femme, Margaret, pour qui il ne ressent plus que de la haine. Mariés depuis 26 ans, ils marient leur fille Flora (méprisante envers son père) un 4 août. Pendant que se déroule la cérémonie religieuse, Murdo part brusquement en plein milieu. Après avoir pris quelques provisions et vêtements, il met le feu à sa maison et quitte le village sans se retourner. Il a l'intention d'aller voir sa soeur Bessie qui vit sur une autre île. La nature qu'il traverse est quelque peu hostile avec ses ravins et ses montagnes. Il y a aussi des lacs à traverser. La plus grande partie du roman nous fait partager le cheminement long et difficile de cet homme qui, après avoir retrouvé sa soeur qu'il n'avait pas vue depuis douze ans, décide de retourner chez lui prêt à payer peut-être sa faute (la maison en ruine appartenait à la municipalité). Chez sa soeur, il aura été en butte à l'hostilité d'un habitant de la maisonnée, mais se sera fait un ami en la personne d'un petit garçon. Toute l'histoire se passe sur trois semaines. C'est un livre âpre sur un homme qui a raté sa vie par timidité ou qui n'a pas su s'affirmer. Ce roman dont il faut noter un côté répétitif dans certaines descriptions ou dans les termes employés a ennuyé Kathel (ce que je regrette) et est relativement court (moins de 200 pages). Voir aussi la critique mitigée d'Aifelle et celles élogieuses de Keisha et de Marie.

26 février 2010

Sumo - Sharon Maymon et Erez Tadmor

Sumo, malgré son titre, n'est pas une comédie japonaise mais israélienne (de Sharon Maymon et Erez Tadmor). En plus du sport cher à notre ancien président, l'histoire traite de l'acceptation de soi face au surpoids, des relations entre mère et fils, et tout simplement d'amitié. C'est un film qui dégage beaucoup de chaleur humaine. Hirzl, qui pèse plus d'un quintal et demi, suit avec quatre amis (de corpulence équivalente) des séances de "weight losers". On ne peut pas dire que cela soit une réussite. Bien au contraire, l'animatrice des séances (filiforme comme de bien entendu) lui fait la morale en lui disant qu'elle le voit grossir à vue d'oeil depuis six mois. Dans le même temps, Hirzl ayant perdu son emploi de serveur de restaurant (son physique est malheureusement le responsable), il se fait engager dans un restaurant japonais. De fil en aiguille, il décide de devenir sumo après avoir vu un combat à la télévision, et il convainc les quatre copains de faire de même... C'est un film sans prétention et qui fait un bien fou. Je suis sortie de la projection toute contente, et tant pis pour eux, vraiment, si certains critiques trouvent Sumo ni très profond, ni intéressant, comme je l'ai lu.

24 septembre 2010

Avatar - James Cameron

C'est la sortie d'une "spécial[e] édition" qui m'amène à remettre au jour cet Avatar. Je [ta d loi du cine, squatter] l'avais vu, seul et en 2D, fin janvier 2010. J'ai encore présents les arguments que Dasola m'a donnés pour ne PAS le voir. Ouvrez les guillemets: La bande-annonce avec les bonhommes bleus ne m'a pas fait envie. Et puis tout le monde allait s'y précipiter, on en entendait parler partout et on lisait plein d'articles dessus: j'ai donné la priorité à des films qui se font forcément plus "rares", dont on parle moins. La 3D, avec ces lunettes qu'il faut supporter tout au long, j'ai peur d'avoir mal aux yeux. Avatar, il passera encore bien dans quelques salles pour quelque temps à Paris, si jamais je change d'avis. C'est quand même un comble: avec tous les films que j'ai vus depuis le début de l'année, on n'en a aucun en commun! Fermez les guillemets.

Avatar est un film dans lequel, si je me souviens bien, j'avais détecté, à l'époque une douzaine, sinon d'influences, du moins de "déjà-vu" (ou déjà lu). Et c'est bien après que j'ai découvert (sur Wikipedia ou sur la blogoboule) qu'elles s'avéraient aussi évidentes pour d'autres spectateurs. Attention, dans ce qui suit, il y a sujet à spoiler quelque peu.

Ca commence avec 2001, Odyssée de l'espace et Alien: un vaisseau dans l'immensité sidérale avec des passagers endormis. Mais les technologies symboliques ont spectaculairement évolué en quelques décennies (apparence du vaisseau, cocons cryogéniques). Le transcendental transparaît, le personnage principal n'était pas destiné à connaître le destin qui va être le sien (c'était donc son frère), il est juste génétiquement compatible avec un "corps" (son avatar) développé comme d'autres à grand coût de millions de dollars (ou équivalents), alors même que le sien propre est désormais paraplégique (l'opération pour lui rendre ses jambes, possible, est a priori trop onéreuse pour ses moyens). Il va se glisser avec un enthousiasme débordant dans cette autre existence. Comme Fernandel dans François 1er, la meilleure part de son existence se passe donc durant son sommeil. On est sur une autre planète (exo-planète, comme on dit aujourd'hui). Ici, finalement, les "aliens", ce sont les "gentils". J'ai retrouvé l'histoire (les premiers tomes seulement - notamment Nao) de la bande dessinée Aquablue (de Cailleteau et Vatine). Tout y est, à part que ça se passe davantage dans les airs ou la jungle que dans l'eau; mais c'est toujours une histoire de "matière première" et de consortium minier; on y retrouve (je ne pense pas dévoiler de secrets concernant l'intrigue!) des indigènes bleus, qui ont "adopté" et éduqué un humain, dont la fille du chef est amoureuse.

Pour en revenir à nos avatars, ceux-ci sont chargés de "civiliser" les indigènes de la planète, pour les convaincre des bienfaits de l'exploitation de leurs ressources naturelles par les terriens, quitte à violer quelques tabous. Accepté dans un clan après une petite danse avec les loups locaux, le vaillant petit soldat bleu pourra-t-il redresser la barre? Entre plénipotentière et espion (à l'insu de son plein gré), la marge est étroite. Je fais l'impasse sur les bisbilles internes à la petite colonie humaine. La vie en communion avec leur nature des indigènes permet d'admirer des paysages bien supérieurs à notre malheureuse Baie d'Along terrienne (inscrite au patrimoine mondial, tout de même). Je suppose que, en 3D, les falaises vertigineuses et enfeuillées, couronnées par la balade à dos de dragon volant (digne de ceux dessinés par Segrelles dans la BD Le mercenaire), sont plus qu'impressionnantes. Quand la situation entre les deux communautés finit de s'envenimer, un grand exploit permet à notre héros de faire reconnaître sa valeur et de se voir bombarder chef de guerre. Tout culmine bien entendu lors de la grande bagarre finale (aboutissement du film) - à voir, si vous aimez ce qu'on appelle, avec Dasola, des "films de garçons". Le dernier samourai de cette planète va pouvoir vaincre, mais seulement quand la cavalerie arrive sous forme quadrupède (voire davantage?): comme dans Nao là encore, ici aussi, la "divinité"locale intervient dans le combat! Quand on vous dit, enfin, que c'est un film ésotérique... Le retournement final voit l'affrontement de Alien le retour se rééditer, entre une machine semblable à celle utilisée par Sigourney dans ce film, et une créature extraterrestre.

Maintenant, bien sûr, on attend la suite: les humains reviennent (et ils sont plus nombreux et plus méchants?); à moins que Predator™...?

13 février 2010

Sylvia - Leonard Michaels

Les confessions/journal/mémoires de cet écrivain universitaire disparu en 2003 sont un de mes coups de coeur de ce début d'année. Dans Sylvia, qui vient d'être traduit en français (édition Christian Bourgois), Leonard Michaels raconte pendant 150 pages l'histoire du couple qu'il a formé avec sa première épouse. Ils se sont aimés tout en n'arrêtant pas de se déchirer et de se disputer continuellement. Leur relation fut passionnelle mais douloureuse. Leonard a aimé Sylvia au premier regard après l'avoir rencontrée chez une amie commune à New York. Sylvia Bloch lui rappelait "les statues égyptiennes avec sa silhouette, la surface lisse de son visage avec sa large bouche ainsi que de longs cheveux noirs d'Asiatique". Quand il rencontra Sylvia en 1960, Leonard Michaels venait juste de rentrer à New York après deux ans de thèse (inachevée) à l'université de Berkeley en Californie. Il voulait à présent écrire des histoires. Sylvia et Leonard ont emménagé dans un appartement situé au sud de Manhattan. Leur relation a duré quatre ans entre 1960 et 1964, jusqu'à la fin brutale et tragique de Sylvia à l'âge de 24 ans. Ils s'étaient mariés en 1962. Leonard Michaels, qui avait 29 ans à l'époque, a attendu presque 30 ans (jusqu'en 1992) pour écrire sur cette période sentimentale de son existence pendant laquelle il a croisé ou entendu Miles Davis, Lenny Bruce ou même Jack Kerouac. Quand j'ai refermé ce livre, je me suis dit que j'avais lu un hymne à l'amour magnifique mais tragique raconté de manière pudique. La vie de couple que Leonard Michaels décrit n'est pas une sinécure, car au travers des pages, on comprend vite que Sylvia, qui était une enfant précoce, avait un tempérament instable, cyclothymique, auto-destructrice et masochiste. En résumé, elle était très malheureuse sans qu'il puisse faire quelque chose pour soulager sa peine. Bien au contraire, jour après jour, leur relation était une épreuve autant pour lui que pour elle. Pour éviter le conflit, il essayait toujours d'arrondir les angles, de faire comme elle voulait que les choses se passent. Leonard n'a pas su deviner ce qui allait arriver. Je conseille vivement de découvrir ce livre où sont disséminés quelques extraits du journal de l'auteur. Voir aussi les billets d'Amanda et d'Esmeraldae.

10 février 2010

Aux blogueuses(eurs) qui ont reçu le roman (?) Level 26

Je croyais être la seule ou presque à avoir reçu ce livre, Level 26 d'Anthony Zuiker, que je ne qualifierai pas de roman mais de pur produit de marketing. Je n'en parlerai pas, je ne l'ai pas lu ni n'ai regardé le lien internet (qui prend le relais du roman toutes les 20 pages). Mais vous pouvez voir des billets plus ou moins long sur cette littérature (?) d'un nouveau genre (Stephie, Celsmoon, Karine et Leiloona - vous y trouverez d'autres liens!). Depuis quelques jours, on voit l'affiche de la couverture sur les murs du métro à Paris. Personnellement, j'ai reçu le roman directement de l'éditeur Michel Lafon sans que je sache comment alors que je n'étais pas demandeuse. Je n'aime pas les lectures imposées. Je ne savais pas qu'il y avait eu d'autres victimes (consentantes ou non). Je l'ai feuilleté et me suis empressée de le mettre sur ma PAL en attente de mon bon plaisir. Il risque d'être vite recouvert par pas mal d'autres.

5 février 2010

Père des mensonges - Brian Evenson

Après avoir lu de nombreux billets avec des avis positifs (cuné, keisha, stephie, cathulu, amanda, leiloona, et pimprenelle) sur Père des mensonges de Brian Evenson (Editions du Cherche-midi), je l'ai acheté et lu très vite. Mais depuis que j'ai fait cette lecture, je ne sais pas quoi en penser. J'ai plutôt apprécié ce roman perturbant, mais avec des réserves. Je trouve que l'auteur a écrit son roman de façon trop neutre (j'espère que c'est voulu). Son héros, Fochs, doyen laïc d'une secte religieuse (la Corporation du sang de l'agneau, les Sanguistes), vient de commettre des actes aussi épouvantables que le viol sur des jeunes garçons et le viol suivi du meurtre d'une jeune fille. Evenson ne juge pas Eldon Fochs, puisque la plus grande partie du récit est écrite à la première personne du point de vue de Fochs. On pourrait croire qu'Evenson est presque de son côté et compatit à ses troubles de la personnalité. Il y a là une ironie qui m'échappe un peu. On ne sait pas trop à quelle époque (ni en quel lieu) cela se passe même si on devine qu'il s'agit d'une période contemporaine, aux Etats-Unis. Le plus terrible dans l'histoire, c'est l'impunité dont Fochs bénéficie malgré ses crimes, parce qu'il est un membre éminent d'une secte religieuse et que ce sont les victimes qui sont coupables de ne pas assez croire en Dieu. Quand le roman commence, Fochs vient de suivre une psychothérapie suite à des cauchemars perturbants et des crises de somnambulisme. Les conclusions du psychothérapeute sont accablantes pour Fochs mais il ne faut pas que cela se sache. Par la suite, il va perpétrer un crime envers un être proche, sans parler des rapports incestueux avec sa fille aînée. En y repensant, je pense que Fochs est, sous la plume d'Evenson, une espèce d'ectoplasme dans un contexte artificiel pour parler d'un sujet douloureux et qui reste malgré tout tabou. Je n'ai pas été très convaincue par les passages où "Tête sanglante" (vous verrez vous-même de qui il s'agit) fait des siennes. C'est quand même dur de se mettre dans la peau d'un schizophrène pédophile. Je ne suis pas sûre qu'Evenson ait réussi ces passages. Quoi qu'il en soit, je ne regrette pas ma lecture, mais je la conseillerai avec modération.

1 février 2010

Le dernier crâne de M. de Sade - Jacques Chessex

Comme je l'avais annoncé dans mon billet du 29/01/2010, voici le dernier roman (posthume) de Jacques Chessex, Le dernier crâne de M. de Sade. Là, il s'attaque à forte partie avec le divin Marquis mort le 2 décembre 1814 à l'asile de Charenton à l'âge de 74 ans. La description que Chessex en fait n'est pas ragoûtante. Le roman commence le 2 juin 1814. Sade est interné à l'asile de Charenton depuis 11 ans. Son état physique s'est beaucoup dégradé mais il garde son oeil bleu de prédateur et son air hautain. Il bénéficie d'une cellule confortable avec une petite bibliothèque attenante. Il a surtout le privilège d'avoir sa maîtresse, Marie-Constance Quesnet, dans une chambre voisine, depuis 10 ans, d'une part; et la chance qu'une jeune donzelle de 15 ans et demi, Madeleine Leclerc (apprentie repasseuse - je vous passe ses autres qualités), lui rende fréquemment visite, d'autre part (et ce n'est pas que pour parler...). Du corps du marquis (qui est considéré comme un être fou) semble émaner une aura venue plutôt des enfers que du paradis. Mais il fascine certaines personnes qui le côtoient, dont un médecin et un abbé. A ce dernier, Sade demande instamment que, après de son décès, son corps ne soit pas autopsié (comme c'est l'usage) et qu'aucune croix ni signe religieux ne soit érigé au-dessus de sa dépouille. Il n'aura gain de cause pour aucun de ses deux souhaits. Son corps sera autopsié deux jours après son décès et une croix sera érigée à l'endroit où il est enterré. En 1818, le cimetière de Charenton où est enterré le marquis est désaffecté. La tombe est ouverte afin que les ossements soient enterrés ailleurs. C'est là que le crâne de M. de Sade est emporté par le médecin, le Dr Ramon, qui a assisté à la mort de Sade. Il veut l'étudier car il a devant lui un beau crâne lisse qui pourrait faire passer le marquis pour un Père de l'Eglise! A partir de ce moment-là (100 pages après le début du roman), le crâne va voyager et passer de main en main: prêté à un autre médecin adepte forcené de l'étude des crânes, on le suit de Paris à Toulon en passant par Aix-en-Provence avec un détour par Zürich et Lausanne. Ses détenteurs vont connaître des (més)aventures que je vous laisse découvrir pour arriver jusqu'en novembre 2009: le marquis, au travers de ce fameux crâne, émet des ondes brûlantes qui influent sur le comportement des gens. Bon, je sais bien que j'ai l'air d'en avoir raconté beaucoup sur le contenu du livre, mais je suis loin d'avoir tout dit! Je ne sais pas si ce roman donne envie de lire ou de relire l'oeuvre de Sade mais pourquoi pas? A mon avis, Chessex a une certaine tendresse pour ce personnage malgré ses vices. A moins qu'il ne l'envie d'avoir eu un esprit si libre. Sinon, à propos de ce crâne voyageur, je ne sais pas si tout est inventé ou non. Pour ceux qui me lisent, avez-vous des renseignements à ce sujet?

29 janvier 2010

Le vampire de Ropraz - Jacques Chessex

Jacques Chessex, grand écrivain suisse, nous a quitté en octobre dernier pendant qu'il faisait une conférence sur son dernier ouvrage que je chroniquerai prochainement. Voici, en attendant, un billet sur un autre de ses romans, dont j'avais entendu parler et que j'ai trouvé à ma bibliothèque.

Le vampire de Ropraz est paru en 2007. Comme pour Un Juif pour l'exemple (mon billet du 09/02/2009), il s'inspire d'un fait divers. L'histoire commence en 1903 dans le Haut-Jorat vaudois (région où vingt ans auparavant on a tué le dernier loup). La fille d'un juge de paix meurt à 20 ans d'une méningite au mois de février. Un ou deux jours après son inhumation, le caveau est profané et on retrouve le cadavre de Rosa (tel est son prénom) mutilé, découpé, mâché et/ou mangé. Deux autres cadavres de femmes subissent le même sort en mars et mai 1903. Les journaux baptisent assez vite le monstre qui a fait ça "le vampire de Ropraz" (ce fait sera même relaté jusqu'en Amérique). Des hommes sont soupçonnés mais sans suite. Chessex a un sens remarquable de la phrase pour décrire un canton, une région, la mentalité, les moeurs, la carence dans l'éducation d'êtres frustes et malnutris. Il fait des descriptions parfois crues mais qui ne m'ont pas choquée. Un suspect (Chessex ne dit pas qu'il a reconnu ces actes de cannibalisme) est arrêté. C'est un être attardé dont l'enfance fut bercée (si je puis dire) par l'inceste et l'alcoolisme, avec la consanguinité en arrière-plan. Coup de théâtre, Favez (c'est son nom), un homme de 21 ans (qui en paraît le double) est relâché au bout de 57 jours grâce à l'intervention et au rapport d'un psychiatre et d'une mystérieuse jeune femme. Après avoir été repris à nouveau peu de temps après et incarcéré, il purgera plusieurs années en prison avant que l'on ne perde sa trace en 1915. Favez s'est a priori engagé pendant la 1ère guerre mondiale et est mort au combat. Je vous laisse découvrir ce qu'il est peut-être advenu de son corps.  Ce roman est court mais intense. Je vous le recommande.

31 janvier 2010

La terre de la folie - Luc Moullet

La terre de la folie est un documentaire qui, malgré son sujet grave, est assez réjouissant (et bourré d'humour). On y voit et entend des personnes pas banales qui ont "un grain" (comme on dit) pour certains. Luc Moullet a pris le parti de nous raconter que dans le département des Alpes de Haute-Provence dont le chef-lieu est la ville de Digne-les-Bains, il y a un pourcentage de gens "fous" plus élevés que la moyenne nationale. C'est d'ailleurs une région où il y a beaucoup d'asiles psychiatriques. Je ne sais s'il faut prendre l'info au sérieux, mais au cours des conversations, on apprend que le nuage de Tchernobyl, qui est passé au dessus de cette région, ne serait pas étranger aux cas de folies récentes, sans parler du mistral qui souffle et excite les gens fragiles psychologiquement. Ce film donne l'occasion d'admirer des paysages magnifiques assez arides et déserts. Luc Moullet prend des exemples des faits divers qui ont défrayé la chronique, dont le plus célèbre est l'affaire Dominici dans les années 50, mais d'autres drames plus récents ont endeuillé une partie de la région où se trouve Manosque et Folcalquier (chère à Pierre Magnan). Si vous voyez le film (ce que je souhaite), vous verrez une séquence savoureuse où, sur une carte géographique, des épingles et un élastique qui les relie montrent que la région incriminée forme un pentagone. Comme dans d'autres endroits enclavés en France, les mariages consanguins étaient courants jusqu'au début du 20ème siècle: les accès de folie viennent peut-être de cette hérédité. Le seul reproche que je ferais au film, c'est que c'est trop court. Luc Moullet était bien parti pour faire un documentaire plus long. Certaines personnes interrogées valent à elles seules de voir le film. J'espère qu'il passe ou qu'il passera par chez vous. Sorti dans deux salles à Paris le 13 janvier 2010, il ne se donne déjà plus que dans une salle.

25 janvier 2010

Le déjeuner du Coroner / La dent du Bouddha - Colin Cotterill

Si vous avez envie de lire des romans policiers dont le contexte sort de l'ordinaire, je vous recommande ces deux romans de Colin Cotterill que j'avais repérés chez Claude Le Nocher (voir son billet). Les titres ainsi que les couvertures des deux ouvrages parus au Livre de Poche m'avaient donné envie de découvrir de quoi il retournait. Les deux histoires se passent à 6 mois d'intervalle, l'une en octobre 1976 et l'autre en mars 1977. Nous sommes dans la République démocratique populaire du Laos. Siri Paiboun, 72 ans (qui a fait ses études de médecine à Paris dans les années 30) se trouve nommé (à son corps défendant) médecin légiste de la capitale du Laos, Vientiane, sur les rives du Mekong. Il est le seul coroner de tout le pays. Siri est un nabot habité par les esprits qui le visitent en songe depuis peu. Il a deux adjoints très efficaces, une infirmière un peu forte, Dtui, et Geung, atteint de trisomie 21. Siri essaie de rester assez neutre face aux autorités en place dont il ne partage pas toutes les idées. Quelques autres personnages apparaissent dans les deux romans: Civilai, un ami proche de Siri, et un lieutenant de police, Phosy. Dans ces deux romans, Colin Cotterill (né à Londres en 1952) nous fait partager les us et coutumes d'un petit pays qui été un protectorat français à la fin du 19ème siècle, il y évoque aussi la pénibilité d'être un Laotien en 1976 sous un régime communiste et les conséquences sur la vie des gens qui sont pauvres, n'ont pas grand-chose à manger et peu de moyens. C'est la pénurie partout. Par exemple, les cadavre sont gardés dans un seul grand congélateur, les analyses post-mortem sont réduites au minimum faute de produits suffisants. Ils se heurtent également à une carence de pellicules photos pour photographier les cadavres. Tous les Laotiens sont très surveillés mais cela n'empêche pas quelques téméraires de faire la traversée du Mékong à la nage pour rejoindre la Thaïlande située de l'autre côté du fleuve. Dans les deux romans, tout ce qui a trait à la religion ou à la spiritualité, à Bouddha, aux shamans hmongs, aux esprits de la forêt et même à ceux des morts ont une grande importance. Pour en revenir aux intrigues, dans Le déjeuner du Coroner, Siri se retrouve à autopsier le corps d'une épouse d'un ponte du parti: meurtre ou suicide? Il enquête aussi sur trois cadavres flottant sur un lac. Dans La Dent du Bouddha, où le temps est à la canicule (répété comme un mantra tout au long du roman), nous avons des meurtres des femmes affreusement mutilées et vidées de leur sang par un animal qui semble être un ours mais qui n'en est pas un. C'est là que l'on apprend que Siri a 33 dents comme Bouddha. Je n'en dirai pas plus sur les deux romans que je vous conseille de lire dans l'ordre, d'autant plus que j'ai une grosse préférence pour le deuxième roman, La Dent du Bouddha (si vous avez bien suivi).

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