Le blog de Dasola
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8 octobre 2015

Vers l'autre rive - Kiyoshi Kurosawa

Un matin, chez elle, Mizuki constate que son mari Yusuke disparu trois ans auparavant est devant elle. Elle venait de préparer sans y faire attention un plat que Yuzuke aimait. Sans être étonnée outre mesure, la première chose qu'elle lui demande, c'est de retirer ses chaussures pour marcher sur le parquet, puis pourquoi il a été absent depuis si longtemps. Il lui explique qu'il est mort par noyade et que son corps a été dévoré par des crabes. Ceci étant établi, il propose à Mizuki de partir avec lui à la rencontre de ceux qu'il a croisés pendant ces trois années. Après un court séjour chez un distributeur de prospectus (un décédé lui aussi), ils vont séjourner chez un couple de restaurateurs bien vivants puis rejoignent un village où Yusuke a donné des cours d'astro-physique. Pendant ce périple, Mizuki et Yusuke vont à nouveau se rapprocher, même si c'est temporaire. Le ton du film n'est pas triste du tout. La mise en scène est importante quant à la façon dont apparaissent et disparaissent les personnages. En tant que spectatrice, je n'ai pas été perturbée par ces rencontres entre morts et vivants, on ne fait pas la différence. Vers l'autre rive de Kiyoshi Kurosawa (Shokuzaï et Tokyo Sonata) a reçu un prix de la mise en scène bien mérité dans la section "Un certain regard" lors du dernier festival de Cannes (2015). En revanche, je n'ai pas été très émue par cette histoire, même si les acteurs sont bien. Je suis restée "en dehors".

18 septembre 2015

Le tout nouveau Testament - Jaco Van Dormael

J’ai voulu voir ce film après avoir souri à la bande-annonce. J’ai été surprise par le ton du film, qui n’est pas comique malgré la présence de Benoit Poelvoorde et Yolande Moreau. Dieu (Benoit Poelvoorde) existe, il vit à Bruxelles. Il a une femme (Yolande Moreau) et on apprend qu’il a aussi une fille (âgée d’environ 10 ans) appelée EA. EA en a assez d’être confinée dans un appartement sinistre. Son père est un être odieux qui martyrise par ordinateur interposé les humains créés à son image. Pour ce faire, il s’enferme dans une immense pièce où en plus de l’ordinateur se trouvent des milliards (une par humain) de fiches rangées dans des boîtes. Quant à la femme de Dieu, elle a la passion du baseball. EA, pour se venger de la tyrannie de son père, envoie d’un seul clic les dates de mort de chaque humain. A partir de là, le ton du film change: on entre dans le registre du tragi-comique avec une pointe d’onirisme. EA qui est enfin arrivée à s’échapper de l’appartement, part à la recherche de six personnes (dont deux femmes) qui seront les six prochains apôtres. Il apparaît que les apôtres choisis sortent de l’ordinaire: la première a un bras en silicone, un autre fantasme sur les jolies filles aux formes avenantes, une troisième tombe amoureuse d’un gorille. Je vous laisse découvrir les trois autres. Bien entendu Dieu, fou de rage, part à la recherche d’EA qui est secondée dans sa tâche par un SDF. Ce dernier écrit le tout nouveau testament. Le film se laisse voir mais, je le répète, ce n’est pas une comédie. L’ensemble dégage une certaine mélancolie et de la tristesse malgré une fin optimiste.

9 août 2015

A Touch of Zen - King Hu

L'été est propice à des sorties ou des ressorties de films qui sortent dans peu de salles mais qui peuvent attirer des spectateurs curieux.

A Touch of Zen est sorti en deux parties en 1970 et 1971 à Taïwan. Il a été récompensé, en 1975 au Festival de Cannes, du prix de la Commission supérieure technique. Ce prix révèla le réalisateur en Occident. En effet, King Hu (1931-1997) a révolutionné le film de sabre ("wuxia pian"). A Touch of Zen en est une belle illustration même si on peut trouver le film lent, long (il dure 3 heures) et souffrant d'un certain déséqulibre. Le résumé ci-après n'est pas de moi: "Yang Hui-chen, dont le père a été assassiné par la police politique du Grand Eunuque Wei a réussi à s'échapper avec l'aide de deux généraux rebelles. Ayant trouvé refuge dans une citadelle frontalière abandonnée, la jeune fille est repérée par des espions impériaux. Pour l'aider à affronter les gardes lancés à sa recherche, elle trouvera un soutien inespéré auprès de Ku Sheng-chai, un jeune lettré (écrivain public et peintre) qui se révèle un redoutable stratège, et surtout de Maître Hui-Yuan, un moine bouddhiste dont la force spirituelle n'a d'égale que sa maîtrise des arts martiaux…" (source Wikipedia). Cette histoire pas très compliquée en apparence est déroulée au compte-goutte. On met du temps à savoir qui est qui. Il y a quelques flash-back qui expliquent comment et pourquoi Yang Hui-chen et les deux généraux sont devenus excellents au combat (de sabre ou à mains nues). A un moment donné, on croit que le film va se terminer: et bien non, l'histoire repart de plus belle (3/4 d'heure avant la fin) avec en particulier une très belle séquence de combat dans une forêt de bambous verts. On arrive à se demander quand est-ce que le film va se terminer et surtout comment. Ce n'est pas un film très bavard mais il y a pas mal de musique et j'ai trouvé l'image très belle. Ce film mythique (que je suis contente d'avoir vu) a semble-t-il inspiré Ang Lee (pour Tigre et Dragon), Quentin Tarantino (Kill Bill) ou peut-être même Zhang Yimou (Le secret des poignards volants).

28 juin 2015

Une seconde mère - Anna Muylaert

Ce mercredi 24 juin 2015 est sorti un film brésilien que je vous recommande. Une seconde mère d'Anna Muylaert est pratiquement un huis-clos se déroulant de nos jours à Sao Paulo au Brésil, dans une grande maison cernée par des hauts murs dans laquelle Val, la cinquantaine, officie depuis 15 ans. Elle est logée, nourrie et en échange, elle s'occupe de la maison et de Fabinho, le fils de la famille qu'elle a pratiquement élevé. C'est une seconde maman pour ce garçon qui est presque adulte. L'attitude condescendante de Barbara et Carlos, les maîtres des lieux, envers Val, est criante assez vite. Val n'est qu'une domestique. Elle ne fait pas partie du même monde. Elle doit rester à sa place (surtout la cuisine) en toutes circonstances. L'arrivée de Jessica, la fille de Val (elle n'a pas eu de nouvelles d'elle depuis 10 ans), va créer une révolution dans la vie de Val. Jessica est une jeune femme émancipée douée pour le dessin. Elle vient à Sao Paulo pour tenter le concours d'entrée dans une école d'architecture. En attendant, elle s'installe dans la chambre de Val qui est située presque en sous-sol. Jessica n'est pas aussi timorée que sa mère. Elle se considère l'égale de Carlos et de Barbara, qui considère Jessica comme une rivale. Je vous laisse découvrir comment les choses vont évoluer pour Val. J'ai aimé le souffle d'optimisme qui se dégage de ce film interprété par une actrice formidable que je ne connaissais pas, Regina Casé. Lire le billet de Miriam.

19 juin 2015

Mustang - Deniz Gamze Eurgüven

Si, dans les jours qui viennent, vous voulez aller au cinéma, ne ratez surtout pas Mustang de la réalisatrice turque Deniz Gamze Ergüven, qui est sorti mercredi 17 juin 2015. Ce film réalisé par une femme (c'est son premier long-métrage) ne peut que vous toucher et vous plaire. Cinq soeurs unies comme les doigts de la main sont libres et rebelles comme des chevaux sauvages. Elles s'habillent en jean, ont des portables et les cheveux longs sur les épaules. Orphelines, elles ont été élevées par leur grand-mère et leur oncle dans un petit village au bord de la Mer Noire au nord de la Turquie, à près de 1000 km d'Istanbul. A la fin de l'année scolaire, en revenant du collège ou de l'école, elles provoquent un scandale quand on les voit s'amuser avec de jeunes hommes de leur âge au bord de la mer. A partir de là, et après avoir profité d'une relative liberté, Lale (la plus jeune) et ses quatre soeurs ont interdiction de sortir. On les oblige à porter des robes grises informes. On leur donne des cours de cuisine car elles sont destinées à être de bonnes futures épouses. Mais Lale, la plus déterminée, veut à tout prix s'échapper de cette maison devenue une prison. Des barreaux aux fenêtres ont été installés. Dans cette société partriarcale, les femmes n'ont qu'à obéir et surtout arriver vierges au mariage. D'ailleurs, la grand-mère et l'oncle n'ont plus qu'un but: marier ces jeunes filles. Ce sont des mariages arrangés conclus très vite. Heureusement que, pour l'aînée, l'homme qu'elle épouse est bien l'homme qu'elle aime. Pour les trois suivantes, c'est une autre histoire. Les cinq jeunes actrices sont magnifiques, on arrive à croire qu'elles sont soeurs. Le film oscille entre tragédie et comédie (il y a des moments assez jubilatoires) et au bout du compte on voit poindre l'espoir. Courez voir ce film, je parie que vous ne le regretterez pas. A l'avant-première à laquelle j'ai assisté, les spectateurs ont applaudi à la fin. Lire les billets de Chris et Alex qui partagent mon enthousiame.

11 juin 2015

Dracula est mort

Et oui, Christopher Lee vient de décéder à l'âge vénérable de 93 ans. Pour moi, il restera le Dracula des films réalisés par les studios Hammer à la fin des années 50 début 60. Le cauchemar de Dracula de Terence Fisher (1958) est un film qui m'a beaucoup marquée. Plus récemment, on a pu le voir dans Le seigneur des annneaux dans le rôle de Saroumane. Tel un vampire, je l'ai cru immortel, ce  n'est pas le cas. R.I.P.

25 mai 2015

Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence - Roy Andersson

Voici un film singulier sorti le 24 avril 2015 qui peut rebuter beaucoup de spectateurs. Un pigeon perché sur une branche... du réalisateur suédois Roy Andersson clôt une trilogie commencée avec Chansons du deuxième étage (2002) et Nous les vivants (2007). Le film se compose d'une suite de saynètes avec comme fil rouge éventuel la présence de deux VRP spécialisés dans les farces et attrapes (ils souhaitent que les gens s'amusent et soient gais). Dans une petite valise sont rassemblés des dents de vampire dont des canines ultra-longues, un genre de coussin rieur et un masque en caoutchouc représentant un "pépé édenté". Le réalisateur commence très fort avec trois rencontres avec la mort: un homme s'effondre sur le sol de sa salle à manger pendant que sa femme est à la cuisine. Dans une cafétéria, devant un cadavre gisant, la caissière demande si la bière et le sandwich payés par le décédé peuvent intéresser une des personnes présentes. Enfin une vieille femme agonisante à l'hôpital ne veut pas lâcher un sac à main que ses enfants essayent de lui retirer. On peut trouver les scènes inégalesn mais certaines m'ont marquée: la prof de danse de flamenco assez rubiconde qui palpe un des danseurs, la tenancière d'un pub à Göteborg dans les années 40 qui se fait payer avec des baisers, l'évocation de la défaite en 1709 du roi Charles XII de Suède face aux Russes (on le voit arriver dans un bistrot pour aller aux toilettes). Le film se compose de 39 scènes filmées en plan fixe des décors dans des couleurs tirant sur le beige. Les personnage ont l'air aussi lugubres que ces décors. Personnellement, j'ai adhéré au parti pris du réalisateur: pas de vrai scénario mais des plans très travaillés du point de vue visuel et sonore. Ce sont des compositions picturales. Le film dure 1H40; aurait-il été plus long que cela ne m'aurait pas dérangée. Le film, qui n'est déjà presque plus projeté à Paris, a reçu le Lion d'or au dernier festival de Venise en septembre 2014.

Lire les billets d'Alex-6 et Pascale.

31 mars 2015

Hacker - Michael Mann / Voyage en Chine - Zoltàn Mayer

Toujours en attendant le Guatemala, voici deux films très différents qui m'ont beaucoup plu et que j'ai vus depuis mon retour.

Hacker (Blackhat en VO), le nouveau film de Michael Mann a été un échec au box-office américain (dommage pour eux), et je trouve injuste de lire et d'entendre des critiques assassines sur ce film bien fait qui dure 2H15 sans temps mort (enfin moi, je ne me suis pas ennuyée une minute). Un "Black hat", en argot informatique, est un "hacker" mal intentionné qui n'a de cesse de créer des virus informatiques, des chevaux de troie et des logiciels espions. Le "Black hat" du film que l'on découvre tardivement, au bout de presque 1H45 de film, parvient en écrivant un logiciel malveillant à faire sauter une centrale nucléaire près de Hong-Kong et à faire s'envoler les cours du soja à la bourse. Face à lui, le FBI libère un hacker qui purge une longue peine de prison: lui seul peut contrer le "Black hat". Je vous laisse découvrir comment, pourquoi, etc. Les acteurs peu connus s'en tirent honorablement. C'est filmé en numérique. Un bon thriller. Lire le billet de Princecranoir.

Avec Voyage en Chine de Zoltàn Mayer, film recommandé par Aifelle et Miriam, on a le plaisir de retrouver Yolande Moreau confrontée à la mort brutale de son fils survenue en Chine. Liliane, qui semble n'être jamais partie nulle part, décide de rapatrier le corps de son fils dont elle n'était pas forcément très proche Avec sa valise, elle arrive dans un pays inconnu dont elle ignore la langue. Grâce à l'aide de Chinois (certains sont francophones ou anglophones) et en se faisant comprendre par signes, Liliane va découvrir un pays, une manière de vivre, une culture où Jacques Brel a sa place. La caméra est pudique. On ressent beaucoup d'empathie de la part du réalisateur. Un joli film.

3 janvier 2015

Cold in July - Jim Mickle / Une heure de tranquillité - Patrice Leconte

L'année 2015 concernant le cinéma commence doucement. Voici deux films que vous pouvez vous dispenser de voir (selon moi).

Je commencerai par Cold in July (Juillet de sang) de Jim Mickle, d'après le roman de Joe Lansdale (Folio policier, 300 pages). En 1989, Richard Dane, qui exerce la profession d'encadreur, abat un homme qui s'était introduit chez lui pendant la nuit. Assez vite, Richard Dane, qui est considéré comme un héros, apprend que l'homme qu'il a abattu n'est pas celui qu'il croit, c'est-à-dire qu'il ne s'agit pas de Freddy Russel, le fils de Ben Russel, un truand qui vient de purger une peine de prison. Je vous laisse découvrir comment il découvre cette substitution d'identité. Toujours est-il qu'à partir de là le film devient vraiment noir voire crapoteux. Ben (Sam Shepard, un peu monolithique), Richard (Michael C. Hall) et Jim Bob (Don Johnson qui vieillit bien), un copain de Ben, partent à la recherche de Freddy. J'ai trouvé qu'il y avait des moments de violence gratuite assez insupportable dont des "snuff movies" où des femmes sont violentées et tuées devant une caméra. On ne voit pas grand-chose mais ce que l'on devine a suffit à mon malaise. J'en ai assez de ce genre de films qui manquent de subtilité. Lire les billets nettement plus positifs de Ffred et Wilyrah et celui négatif (ouf) de Mymp.

Je continue avec Une heure de tranquillité de Patrice Leconte qui est une adaptation d'une pièce de théâtre de Florian Zeller. Je le dit tout net, ce film m'a crispée. Michel Leproux (Christian Clavier), dentiste de son état, vit un appartement très cossu de 200 m2. Il vient de trouver au marché "aux puces" un disque de jazz qu'il cherchait depuis longtemps et qu'il souhaite écouter dès son retour dans son magnifique salon rempli de disques. Bien entendu, il ne va pas arriver à trouver une heure de tranquillité durant cette journée qui est aussi la fête des voisins. Sa mère n'arrête pas de l'appeler, Nathalie, sa femme lui fait deux révélations inattendues et pas très agréables. De plus, suite à une canalisation percée, il y a une inondation dans une des pièces de l'appartement.  Sans oublier Sébastien, son fils altermondialiste, qui recueille dans sa chambre de bonne toute une famille de Philippins. Il faut aussi ajouter que la maîtresse de Michel Leproux (et meilleure amie de Nathalie) a des remords de conscience sur cette liaison. Enfin, un voisin envahissant et organisateur de la fête des voisins complète le tableau. D'habitude, j'aime bien ce que fait Patrice Leconte, mais là, c'est un film fatigant à voir. Heureusement qu'il ne dure qu'une heure quinze.

3 décembre 2014

Les opportunistes - Paolo Virzi / Calvary - John Michael McDonagh

Les opportunistes de Paolo Virzi, sorti tout récemment, n'a pas eu beaucoup d'échos dans la presse et c'est bien dommage car ce film italien présenté et récompensé dans plusieurs festivals vaut vraiment la peine d'être vu. Le scénario est l'adaptation d'un roman américain (paru en 2005), Le capital humain (qui est le titre original du film); écrit par Stephen Amidon (je ne connais pas du tout). De nos jours, dans le nord de l'Italie, Dino, Carla et Serena sont trois des personnages principaux d'une tragi-comédie où seul règne l'argent-roi. Dino, un agent immobilier, a confié une très grosse somme d'argent à un homme d'affaires de sa connaissance, Giovanni Bernaschi. Ce dernier, un personnage assez abject, s'en sert pour spéculer. Carla (Valeria Bruni Tedeschi, que pour une fois, j'ai bien apprécié), la femme de Bernaschi, ancienne actrice en mal d'amour et de reconnaissance, ne parvient pas à convaincre son mari de sauvegarder un ancien théâtre. Quant à Serena, la fille de Dino, alors qu'elle est plus ou moins fiancée au fils des Bernaschi, elle tombe follement amoureuse de Luca, un jeune homme assez pertubé. Le film se décompose en 5 parties,dont un prologue dans lequel on voit un cycliste se faire renverser. Puis les trois parties suivantes sont un même récit vécu par Dino, Carla et Serena, avec des points de vue différents et des chevauchements dans l'histoire. La conclusion justifie le titre Le capital humain. Je vous laisse découvrir en quoi cela consiste. Les personnages masculins sont presque tous plus odieux les uns que les autres. Les femmes s'en tirent relativement mieux. Roberta (Valeria Golino), la femme de Dino, a une présence rassurante. Heureusement que Serena et Luca qui font partie de la jeune génération dégagent une certaine pureté dans leur comportement. C'est un film bien fait, bien joué, avec un scénario solide. Une très bonne surprise. Matchingpoints ont aimé ce film et le disent mieux que moi.

Je passe maintenant à Calvary et aux paysages grandioses d'Irlande. C'est bien la seule chose qui m'ait vraiment plu dans le film que j'ai vu en avant-première. Peut-être parce que je m'attendais à de l'humour comme dans L'Irlandais, film précédent du réalisateur avec le même acteur principal, Brendan Gleeson. Ici, Brendan Gleeson joue avec conviction un prêtre, père James. Dans une sorte de prologue très réussi, le père James reçoit en confession un homme en confession. Ce dernier lui apprend qu'il a été violé dans son enfance (pendant plusieurs années) par un prêtre. Et c'est pourquoi il "confesse" qu'il tuera le prêtre dans sept jours. J'ai cru à une plaisanterie. Et bien pas du tout, c'est une histoire sérieuse dont je vous tairai la fin. Pendant les sept jours, le père James renoue avec sa fille (il a prononcé ses voeux suite à son veuvage), son église brûle, son chien se fait tuer et il cotoie peut-être son assassin parmi ceux qui croise son chemin. Je ne sais pas comment prendre le film. Si c'est pour une dénonciation des prêtres pé****philes, à mon avis, c'est raté. Et j'ai trouvé qu'il n'y avait pas une once de comédie dans ce film. Dommage mais les paysages sont beaux. Ffred a beaucoup plus aimé que moi.

8 novembre 2014

'71 - Yann Demange / Paradise Lost - Andrea Di Stefano

Voici deux films plutôt réussis. 

Je commence avec '71 (1971) qui est l'année où se déroule l'histoire. Des jeunes recrues de l'armée britannique sont envoyées sur un champ de bataille particulier: Belfast, capitale de l'Irlande du nord, où, depuis plusieurs années, les protestants orangistes et les catholiques s'affrontent, souvent de manière sanglante. Les deux communautés vivent dans des quartiers différents mais cela n'empêche pas les nombreuses échauffourées. L'action principale se déroule pendant une nuit. Les militaires viennent de se battre contre des catholiques prêts à tout. Deux soldats sont battus sauvagement. L'un est tué d'une balle à bout portant, l'autre, Gary Hook (Jack O'Connell), arrive à s'enfuir dans le dédale des rues de Belfast. Ses poursuivants le traquent. C'est là que les choses se compliquent car on ne sait pas vraiment qui sont ceux qui pourchassent Gary, des "infiltrés", des militaires "pourris", des idéalistes, des catholiques repentis... Tout le monde a l'air de connivence pour faire disparaître Gary, c'est-à-dire l'empêcher de parler. La traque est haletante, l'histoire est bien menée. Tous les acteurs sont bien. Mention spéciale à Jack O'Connell que j'avais découvert dans Les poings contre les murs (Starred up). Lire le billet d'Alex-6.

Je passe maintenant à Paradise Lost d'Andrea Di Stefano. En Colombie, au milieu des années 80, deux jeunes Canadiens et l'épouse de l'un deux découvrent un endroit paradisiaque au bord de la mer. Ils sont surfeurs. L'un des deux, Nick, découvre par la même occasion la femme de ses rêves: Maria, une ravissante jeune femme qui est malheureusement la nièce de Pablo Escobar, chef du cartel de Medellin, traficant de cocaïne. Homme éminemment dangereux, Escobar a des idées de grandeur. Il donne une partie de son argent aux pauvres et tente de se lancer dans une carrière politique. En 1991, poursuivi par le gouvernement colombien, Escobar est obligé de renoncer à sa vie fastueuse, et il se met à éliminer des gens autour de lui. Bien que fiancé à Maria, Nick fait partie de ceux qui doivent disparaître. Je vous laisse découvrir ce qui va arriver à Nick, comment il essaye se tirer de ce piège mortel. Il y a pas mal de suspense. Benicio del Toro qui interprète Escobar est impressionnant. Josh Hutcherson, tout droit sorti de Hunger Games, s'en tire bien. Un film très regardable mais assez violent dans le propos.

2 octobre 2014

Leviathan - Andrey Zviaguintzev

Pour ceux qui me lisent, je vous recommande absolument Leviathan, un film russe d'Andreï Zviaguintzev, le troisième que je vois de ce réalisateur (après Le Retour et Elena). Il a reçu le prix du scénario (amplement mérité) au dernier festival international du film de Cannes. De nos jours, au bord de la mer de Barents au Nord-Ouest de la Russie, Kolya, sa femme Lilya et son fils Romka vivent dans une grande maison en bois. Lilya, qui est la seconde épouse de Kolya, a des relations difficiles avec son beau-fils Romka. Quant à Kolia, il tient un garage et fait de petites réparations. Quand l'histoire commence, on apprend que le maire de la petite ville voisine veut, pour son compte personnel, exproprier Kolya et sa famille: il guigne le terrain. Je vous laisse découvrir comment il va arriver à ses fins, par des moyens pour le moins brutaux qui peuvent faire désespérer du genre humain. Pendant les deux heures quinze que dure le film, les personnages parlent beaucoup, s'affrontent, s'aiment et boivent des litres de vodka (les femmes ne sont pas en reste). Les paysages où se côtoient squelette de baleine et bateaux échoués donnent une impression de fin du monde. La musique de Philip Glass est vraiment très belle. La fin laisse un goût amer. Il n'y a aucun espoir. Il semble que le réalisateur se soit inspiré d'un fait divers survenu aux Etats-Unis. Ce film admirable est, pour moi, un des meilleurs de 2014. Lire le billet de Miriam.

29 septembre 2014

Elle l'adore - Jeanne Herry / 3 coeurs - Benoit Jacquot / Avant d'aller dormir - Rowan Joffe

Voici un billet sur trois films, dont deux m'ont mise de très mauvaise humeur.

Je commence par le moins mauvais film selon moi, Elle l'adore de Jeanne Herry, avec Sandrine Kiberlain et Laurent Lafitte. Je l'ai vu en avant-première dans une salle de province, nous étions 2 (deux) dans une grande salle. Muriel Bayen (Sandrine Kiberlain), divorcée, mère de deux enfants et qui exerce la profession d'esthéticienne, est une "groupie" du chanteur Vincent Lacroix (Laurent Lafitte). Celui-ci commet un acte irréparable et lui demande son aide. Muriel s'acquitte plus ou moins bien de sa tâche mais s'en tire en mentant avec aplomb à un couple de policiers. Car Muriel est une affabulatrice-née, c'est ce qui la sauve. J'ai oublié de préciser que le couple de policiers, une femme et un homme, sont amants. Cela génère quelques scènes assez drôles. Kiberlain est très bien comme souvent. Mais je trouve que le ressort dramatique manque de "punch". Sans dévoiler davantage l'histoire, on peut dire qu'à la fin, Vincent a perdu une fan. Regardable. Pour ceux qui l'ignorent, Jeanne Herry est la fille de Miou-Miou et de Julien Clerc.

Maintenant, je passe à deux films que j'ai vus dans la même soirée (que j'ai eu l'impression d'avoir gâchée).

Pour 3 coeurs de Benoît Jacquot, je reprends à mon compte la critique assassine de Mymp et je pense être encore plus déçue que lui. Dans une ville de province, Valence (dans la Drôme), en fin de soirée, Marc Beaulieu (Benoît Poelvoorde), inspecteur des impôts, vient de rater son train et il erre comme une âme en peine dans la ville déserte. Il croise le chemin de Sylvie Berger (Charlotte Gainsbourg). C'est le coup de foudre. Ils se perdent de vue (je vous passe les détails à part le fait que Marc est fragile du coeur), et voici que Marc, revenu à Valence, tombe sous le charme de Sophie (Chiara Mastroianni), venue en pleurs dans son bureau des impôts pour régler un problème. Sophie est la soeur de Sylvie, ce que Marc ignore jusqu'au jour où ils se marient, et Sophie ignore que Sylvie a connu Marc avant elle. Les deux soeurs, qui tiennent un magasin d'antiquités, ont une relation fusionnelle. Que ce film est triste à voir et mortellement ennuyeux! Malgré le titre, je n'ai ressenti aucune passion amoureuse. Charlotte Gainsbourg passe son temps à allumer des cigarettes d'une scène à l'autre. Chiara Mastroianni n'est pas en reste. Quand elles ne fument pas, elles déjeunent chez leur mère (Catherine Deneuve, très bien), et face à elles, Benoit Poelvoorde qui fait ce qu'il peut. Je l'ai trouvé touchant, mais pas crédible en amoureux des deux soeurs. Il faut dire que l'on peut se demander pourquoi il tombe amoureux de Charlotte Gainsbourg qui "fait la gueule" tout le temps. J'ai eu de la peine pour lui. La musique n'est pas terrible et la voix off qui fait avancer l'action n'ajoute rien. Vous l'aurez compris, je n'ai pas aimé le film, sauf la fin, qui m'a paru logique.

Je termine par mon deuxième "coup de gueule". Avant d'aller dormir, de Rowan Joffe (le fils de Roland), est d'abord un roman que je n'ai pas lu mais qui a été chroniqué sur des blogs (par exemple ici et là [ce dernier article comporte d'autres liens]). On peut dire que l'histoire est Un jour sans fin sans humour. Depuis 14 ans, suite à un grave accident, Christine (Nicole Kidman) se réveille tous les matins sans se souvenir de ce qu'elle a fait la veille. Ben (Colin Firth) est toujours à ses côtés. Un certain docteur Nash (Mark Strong) essaye de lui faire retrouver la mémoire. Ce film est sinistre à tout point de vue, et j'ai été choquée par quelques scènes entre Colin Firth et Nicole Kidman. Pauvre Colin! Ceux qui ont vu ou verront le film me comprendront. Vivement le prochain Woody Allen, dans lequel il joue un des rôles principaux. Quant à Avant d'aller dormir, vous pouvez vous abstenir de le voir.

...Heureusement que mes deux prochains billets évoqueront deux films très réussis: Leviathan (chroniqué le 02/10/2014) et Saint Laurent (chroniqué le 05/10/2014).

10 juillet 2014

On a failli être amies - Anne Le Ny / Duo d'escrocs - Joël Hopkins

Après Cornouailles de la même réalisatrice (le film ne m'avait pas convaincue), je vous recommande d'aller voir On a failli être amies car Karine Viard est formidable tout comme Emmanuelle Devos. L'histoire bien écrite se termine plutôt bien (selon moi). Les spectatrices dans la salle (nous étions une dizaine) avaient l'air très contentes de leur choix. Quelque part dans le centre de la France, Marithé (Karine Viard), une femme divorcée, travaille dans un organisme qui s'occupe de personnes en quête d'une nouvelle orientation professionnelle. Carole (Emmanuelle Devos) assiste à l'une de ces sessions sans révéler qui elle est vraiment. C'est par hasard, en entrant dans un restaurant "étoilé", que Marithé découvre que Carole est l'épouse du Chef, Sam, très bien joué par Roschdy Zem. On découvre assez vite que Carole voudrait changer de vie (avoir un haras) et prendre un nouveau départ, tandis que dans le même Marithé a des vues sur Sam. Le film est bien écrit. Et il faut avouer qu'une invitation dans le restaurant de Sam ne serait pas pour me déplaire.

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Et maintenant, je vais dire deux mots de Duo d'escrocs, un film que j'ai vu dans un moment de faiblesse, mais je ne le regrette pas, car le duo formé par Pierce Brosnan et Emma Thompson est irrésistible. L'histoire est abracadabrantesque: deux Anglais, Richard et Kate (Brosnan et Thompson), la cinquantaine tous les deux, sont divorcés depuis quelques années. Eprouvant encore des sentiments l'un envers l'autre, ils s'unissent pour se venger d'un méchant homme d'affaires français (!) qui par un rachat d'un fond de pension vient de les dépouiller de l'argent de leur retraite prochaine. Cela nous permet de faire une virée en leur compagnie à Paris et sur la Côte d'Azur (dans une très belle demeure surplombant la mer). Les différentes péripéties qui jalonnent le film sont complétement invraisemblables mais je me suis bien amusée. Un film que l'on peut toutefois attendre en DVD.

4 juin 2014

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire (le film) - Felix Herngren

Après le roman très remarqué (un excellent bouche-à-oreille), chroniqué sur les blogs (dont le mien), l'adaptation cinématographique n'a pas tardé. Sorti mercredi 28 mai 2014, le film, Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Felix Herngren se laisse voir même si je l'ai trouvé nettement moins amusant que le roman qu'il est préférable d'avoir lu avant, à mon avis. Allan Karlsson se fait la belle de la maison de retraite où il est pensionnaire, le jour de son centenaire. Il saute par la fenêtre sans se faire mal (du rez-de-chaussée quand même). Allan est un drôle de bonhomme, spécialiste en explosifs. C'est d'ailleurs à cause d'une explosion qu'il s'est retrouvé dans la maison de retraite: il venait de faire sauter une bombe entourée de saucisses qui ont servi à appâter un renard responsable de la mort de son chat Molotov, et son voisinage n'a pas apprécié. Le film alterne les séquences entre le présent et le passé. Après sa fuite, on suit Allan (et sa valise), qui fait la connaissance de Julius, Gunilla et surtout Sonja (une éléphante). Un flic désabusé est sur sa piste ainsi que toute une bande de "méchants" qui veulent remettre la main sur la valise (pleine de billets de banque, et qu'un jeune malfrat lui avait confiée). Et on retrouve Allan depuis sa naissance à des périodes différentes de sa vie tumultueuse: son séjour en hôpital psychiatrique, sa rencontre dans les années 50 avec Staline et Truman, puis en Mai 68 à Paris, et son séjour au goulag avec le frère idiot d'Albert Einstein. Avec toujours ce fil conducteur: les explosifs sous toutes ses formes. C'est un film sans prétention qui, j'espère, donnera envie de lire le roman.

26 mai 2014

Deux jours, une nuit - Jean-Pierre et Luc Dardenne

Sélectionné en compétition au dernier Festival du film de Cannes qui vient de s'achever le samedi 24 mai 2014, Deux jours, une nuit des frères Dardenne ne m'a pas déçue, même si je n'ai pas retrouvé l'âpreté de L'enfant, du Gamin au vélo, du Silence de Lorna ou même de Rosetta. Il m'a semblé que Deux jours, une nuit était un film serein, apaisé même dans ses rares moments de violence; et le fonds de l'histoire est cynique. Marion Cotillard est présente de la première à la dernière image et filmée au plus près. Elle interprète Sandra, une jeune femme qui sort d'une grave dépression. Mariée et mère de deux enfants, elle est employée dans une usine. Quand commence le film, elle vient d'apprendre suite à un premier vote des salariés qu'elle va être licenciée alors que les 16 collègues de son atelier doivent toucher 1000 euros de prime (sauf un qui touchera 150 euros parce qu'il n'a pas d'ancienneté, et il est en CDD). On apprend que le vote de la majorité des collègues pour la prime et par conséquent pour le licenciement de Sandra a été fait sous la pression de la hiérarchie. Grâce au soutien d'une collègue et de Manu, son mari, Sandra, pendant un week-end (deux jours et une nuit), va faire du porte-à-porte pour essayer de faire changer d'avis ses collègues qui doivent voter une deuxième fois. Sandra est une femme fragile qui désespère d'arriver à faire changer les choses. Elle est devenue fataliste et peut-être suicidaire. On pourra trouver la narration monotone puisque les réalisateurs ne font pratiquement que suivre Sandra d'un endroit à l'autre, d'une porte à l'autre. Marion Cotillard est plutôt convaincante. Son suicide raté l'est moins (son acte paraît factice). Mais j'ai beaucoup aimé la conclusion qui m'a paru pleine de sérénité et porteuse d'espoir. Le film est reparti bredouille de Cannes. Il est vrai qu'il ne méritait pas forcément un prix. Lire les billets de Ffred et Alex-6.

20 mai 2014

The Homesman - Tommy Lee Jones

The Homesman est en compétition dans la sélection officielle du Festival International du film de Cannes (14-24 mai 2014). Il est sorti dimanche 18 mai dans toutes les bonnes salles de Paris et province. Voici un film (de l'acteur réalisateur Tommy Lee Jones) qui est vraiment réussi car l'histoire sort des sentiers battus dans le genre "western". Mon ami (qui l'a vu avec moi) trouve qu'il est dans la lignée de La dernière piste de Kelly Reichardt et de Impitoyable de Clint Eastwood. Dans ce film, quatre femmes sont les personnages principaux. En 1854, quelque part dans le Nebraska, en plein coeur des Etats-Unis, Mary Bee Cuddy (Hilary Swank), 31 ans, célibataire, apparaît dure à la tâche. C'est elle qui mène la charrue tirée par deux mules. Elle laboure dans un paysage plat qui s'étire à perte de vue et que j'ai trouvé hostile. Elle rêve d'épouser un homme qui l'épaulerait. Mais les hommes du cru la trouvent revêche et autoritaire. Ces mêmes hommes préfèrent aller chercher eux-mêmes une jeune fille pleine d'illusions "dans l'Est". Mary Bee, courageuse et de bonne volonté, se retrouve à emmener trois femmes à l'esprit dérangé (et grâce à des flash-back, on comprend malheureusement pourquoi) dans l'Iowa, l'Etat voisin situé à l'est du Nebraska. Elles doivent être recueillies par le pasteur d'une paroisse. Dans ce périple long de plusieurs centaines de kilomètres, Mary Bee est aidée par un dénommé George Briggs (Tommy Lee Jones), qu'elle a sauvé de la pendaison. Le chemin est semé d'embûches entre les Indiens, les aléas climatiques et quelques individus peu recommandables. Le réalisateur, qui a co-écrit le scénario, montre la conquête de l'Ouest côté envers du décor, si je puis dire. Car, au XIXème siècle, ces migrations de femmes et d'hommes vers des terres inconnues étaient éprouvantes et tournaient parfois à la tragédie. Tout le monde n'arrivait pas à s'acclimater. Les maisons étaient de simples masures en briques de terre crue battues par les vents. Les gens mourraient de dysenterie ou d'autres épidémies. Seuls les plus costauds, tant du point vue physique que psychologique, arrivaient à survivre. Le rythme du film est plutôt lent mais il convient bien au récit. Un film que je conseille - et mon ami aussi. Lire le billet de Choupynette.

PS du 22/05/2014: précisons que ce film est tiré du livre (western) The Homesman de Glendon Swarthout (1918-1992), chroniqué notamment par Hélène, Le Bouquineur, ... Je n'ai pas encore mis la main dessus.

8 mai 2014

My Sweet Pepper Land - Hiner Saleem

C'est grâce à Miriam que j'ai eu envie de voir ce film (je l'en remercie). My Sweet Pepper Land de Hiner Saleem (une coproduction franco-germano-irakienne) se passe au Kurdistan, dans une petite ville coincée à la frontière de l'Irak, de l'Iran et de la Turquie. Baran, héros de la guerre d'indépendance du Kurdistan, accepte un poste de commissaire de police dans une petite ville, afin de fuir les projets de mariage de sa mère, qui lui présente des fiancées potentielles. Le parcours est difficile pour atteindre le village, d'abord en voiture et puis à cheval. Dans le même temps, Govend, une jeune femme de 28 ans, se dirige vers le même endroit, suite à une réunion de famille houleuse avec son père et ses six frères qui ont du mal à lui faire confiance. Elle a accepté de devenir l'institutrice du village. Justement, à propos de ce village, ses habitants sont sous la coupe d'un chef "mafieux", Aziz Aga (entouré de gardes armés à la mine patibulaire), qui se commet dans le trafic d'alcool et de médicaments. Face à ça, Baran est bien décidé à faire respecter la loi, tel un shérif de western. Dès que Baran et Govend sont arrivés, les commérages vont bon train quant à leurs rapports intimes hypothétiques: ils sont voisins, jeunes et célibataires. Sans tout dévoiler, je peux dire que l'histoire se termine plutôt bien pour les héros. J'ai trouvé ce film très sympathique avec un côté féministe pas désagréable. 

8 février 2014

La voleuse de livres - Brian Percival / Viva la libertà - Roberto Andò

Les deux points communs entre La voleuse de livres et Viva la libertà sont que ces films sont sortis le même jour, le 5 février 2014, et que je les ai vus tous les deux en avant-première, le premier mi-décembre 2013 et le second courant janvier 2014.

Je commencerai donc par La voleuse de livres du réalisateur Brian Percival (ce dernier a réalisé plusieurs épisodes de Downtown Abbey). Le film est adapté du roman du même nom écrit par Markus Zusak (que je n'ai pas lu). Au début de la seconde guerre mondiale, en Allemagne, Liesel, une jeune fille (dont les parents communistes ont été persécutés) qui ne sait ni lire ni écrire, est adoptée par un couple, les Hubermann (Geoffrey Rush et Emily Watson). Avec l'aide de M. Hubermann, Liesel va apprendre à lire et à écrire, et les livres et la lecture vont devenir sa passion. Elle se met à voler quelques ouvrages chez le bourgmestre de la petite ville où elle habite. Entre Rudy, son meilleur ami et Max, un jeune Juif caché dans la cave des Hubermann à qui elle fait la lecture, Liesel va grandir et vivre des épreuves que je vous laisse découvrir. Le film est long: 2H10. Il se laisse voir car l'histoire est prenante et les comédiens bien choisis. Mais j'ai trouvé l'ensemble un peu trop propret. C'est un film sage. Il faut noter que la mort est le narrateur de cette histoire. Il paraît que le roman est très bien.

Maintenant, je passe à Viva la libertà de Roberto Andò où j'ai eu le plaisir de retrouver un de mes acteurs préférés, Toni Servillo, qui interprète deux personnages, celui d'Enrico, un homme politique italien, leader d'un parti d'opposition, et Giovanni son frère jumeau. Un jour, Enrico fait une dépression et "disparaît" du jour au lendemain. Peut-être est-ce à cause des mauvais sondages concernant son parti. Enrico s'est réfugié en France auprès d'une de ses anciennes conquêtes (Valeria Bruni-Tedeschi). Qu'à cela ne tienne, Bottini, le collaborateur de l'homme politique, a l'idée de remplacer Enrico par Giovanni, son frère jumeau, professeur de philosophie qui effectue un séjour dans un hôpital psychiatrique. Et là, on assiste à un retournement de situation car Giovanni se sort très bien de cette situation périlleuse et il remplace avantageusement son frère. Toni Servillo joue à merveille les deux frères. Rien que pour eux, pardon, pour lui, allez voir le film.

5 février 2014

Minuscule: La Vallée des fourmis perdues - Thomas Szabo et Hélène Giraud

Voilà un film d'animation français qui plaira autant aux grands qu'aux petits. Minuscule: La Vallée des fourmis perdues a d'abord pour origine une série télé que je n'ai jamais vue. Dans une belle région vallonnée de France, une petite coccinelle va être séparée de ses congénères. Qu'à cela ne tienne, grâce à une boîte pleine de morceaux de sucre, elle va se lier d'amitié avec une fourmi noire après l'avoir sauvée de la fringale d'un lézard. Poursuivies par des fourmis rouges belliqueuses, la coccinelle, la fourmi noire et toute une colonie de la même espèce vont parvenir à la fourmilière avec les quelques morceaux de sucre qu'elles auront pu sauver. Car pendant presque 1H30, on assiste à beaucoup de péripéties dont une poursuite dans une rivière. La coccinelle ne se laisse jamais abattre et affronte les dangers avec détermination. Elle fait preuve de beaucoup d'astuce face aux mouches moqueuses, au crapaud, au lézard, sans parler du brochet. Le film est muet (sans dialogues) mais très sonore grâce à de la musique et des bruitages parfois tonitruants et souvent explicites. La fusion entre décors réels et animation est une vraie réussite. Je pense que ce film va avoir du succès et il le mérite.

Je vous donne le lien vers le blog du film qui est assez complet.

18 janvier 2014

Mère et fils - Călin Peter Netzer

Le film roumain Mère et fils est le troisième long-métrage du réalisateur Călin Peter Netzer. Sorti cette semaine (mercredi 15 janvier 2014) dans plusieurs salles à Paris, le film brosse le portrait d'une mère qui essaye coûte que coûte d'épargner la prison à son fils. Cornelia, une architecte qui crée aussi des scénographies, apprend que son fils unique Barbu, la trentaine, vient de renverser et de tuer avec sa voiture un jeune garçon de 14 ans. Les relations de cette mère à la forte personnalité avec son fils sont houleuses. Cornelia étouffe son fils de son affection. Elle le veut tout à elle et le défend coûte que coûte. Je vous laisse découvrir les manoeuvres qu'elle entreprend pour arriver à ses fins. Le réalisateur prend le parti de suivre Cornelia. L'actrice Luminita Gheorghiu (vraiment très bien) est de tous les plans. En revanche, Barbu est un homme qui ne m'a pas paru sympathique. C'est un "pauvre" type qui n'est pas à la hauteur de la situation, preuve en est sa relation avec sa compagne. La façon qu'a le réalisateur de filmer allant d'un personnage à l'autre peut sembler un peu fastidieuse mais cela donne une certaine force à l'ensemble. C'est un film que je conseille. Mère et fils a reçu l'Ours d'or au dernier festival du film de Berlin en 2013.

4 janvier 2014

Tel père, tel fils - Hirokazu Kore-Eda

Après Nobody knows, Still walking et I wish, voici Tel père, tel fils du réalisateur japonais Hirokazu Kore-Eda. Ce film qui a reçu le prix du Jury au dernier festival de Cannes en 2013 est sorti le 25 décembre 2013. L'histoire reprend largement l'argument de La vie est un long fleuve tranquille réalisé par Etienne Chatiliez (1988). Ryoata, la quarantaine, est un architecte qui se consacre entièrement à son travail. Il forme, avec sa femme et son fils unique Keita, une famille presque idéale qui vit dans l'opulence. Ryoata n'est pas très présent pour son fils, un enfant calme. Heureusement que ce dernier sait s'occuper tout seul. La sérénité de cette famille est mise à mal quand ils apprennent par la direction de l'hôpital où est né leur fils que Keita n'est pas leur fils biologique et qu'il y a eu un échange de bébés à la naissance. Ils font la connaissance de Ryusei, leur enfant biologique, qui est élevé dans une famille plus modeste. Cette famille est composée de trois enfants (Ryusei étant l'aîné), très épanouis grâce à un père qui s'occupe beaucoup d'eux. Je dois dire que ce film de 2H00 est superbe et émouvant. Une fois de plus, le réalisateur montre qu'il sait très bien diriger les enfants et on ne sent aucune mièvrerie. Ce qui est terrible dans l'histoire, c'est que du jour au lendemain, des parents sont censés rendre un enfant dont ils se sont occupés pendant des années, et par là même deux garçonnets de 6 ans se retrouvent désemparés devant cette situation. En effet, pour quelle raison changer de père et mère? Ruysei, par exemple, n'arrête pas de demander "pourquoi?" à son "vrai" père. La fin de l'histoire m'a paru logique et la mieux pour tout le monde. Très beau film qui me fait bien démarrer l'année. Lire le billet de Leunamme.

30 novembre 2013

Les garçons et Guillaume, à table! - Guillaume Gallienne

J'avais plutôt un a-priori négatif sur ce film, mais faute de mieux à me mettre devant les yeux et après la lecture du billet d'Aifelle, je me suis décidée à aller le voir. J'avoue être restée perplexe devant Les Garçons et Guillaume, à table! de Guillaume Gallienne. Plutôt qu'une histoire, il s'agit d'une suite de saynètes où Guillaume et sa maman sont les protagonistes principaux: Guillaume au Maroc, en internat en Angleterre, en Espagne (il apprend à danser), singeant Sissi (l'impératrice), en cure en Allemagne, chez les psys (il en voit plusieurs), au conseil de révision pour partir au service militaire, dans un bar gay, etc. Je reconnais avoir eu deux fous rires irrépressibles qui m'ont prise par surprise, mais sinon, je me suis demandé pourquoi le film fait autant parler de lui, car pour moi il s'agit d'assister à la psychanalyse d'un homme qui a obéi à sa maman en acceptant de se comporter comme une fille. Guillaume nous fait profiter de cet état de fait (nous, spectateurs). J'ai trouvé dommage que l'on ne voit pas plus la mère ("Maman") qui est un personnage haut en couleur. Les scènes où elle apparaît m'ont paru les plus drôles, et c'est Guillaume Gallienne qui l'interprète. C'est donc un film en hommage aux mères en général et à la maman de Guillaume en particulier, mais cela ne va pas plus loin. Par ailleurs, je n'avais pas vu le spectacle éponyme, mais j'apprécie l'émission de Guillaume Gallienne le samedi en fin d'après-midi à la radio sur France Inter (quand je pense à l'écouter).

15 novembre 2013

Violette - Martin Provost

Après Séraphine (de Senlis), le réalisateur Martin Provost s'est attelé à l'évocation d'une partie de la vie de l'écrivain Violette Leduc (1907-1972) qui est relativement peu connue. Beaucoup de personnes ignorent son oeuvre (j'en fais partie). Le film commence sous l'Occupation. Violette, réfugiée à la campagne, vivote en faisant du marché noir, et elle commence à écrire sur des cahiers d'écolier, sous l'impulsion de Maurice Sachs qu'elle aime d'un amour impossible (il est homosexuel). Violette souffre d'avoir été une bâtarde, elle se plaint sans cesse de ne compter pour personne, d'être seule. Le film est composé en 7 chapitres se référant à des personnes qui ont cotoyé Violette. Les deux personnes essentielles dans la vie de Violette furent sa mère, Berthe Leduc, et Simone de Beauvoir dont elle fut réellement amoureuse. Simone de Beauvoir l'a soutenue et financièrement et en lui prodiguant des conseils d'écriture pendant presque 20 ans. Pour être honnête, j'ai trouvé le personnage de Simone de Beauvoir plus intéressant que celui de Violette Leduc. Je comprends que l'une soit devenue célèbre et l'autre non. Concernant le film proprement dit, le réalisateur qui est aussi co-scénariste a fait un travail honnête en montrant une Violette pleine de contradictions, et somme toute malheureuse. D'ailleurs, elle a fait un long séjour en hôpital psychiatrique dans les années 50. Pour ma part, je pense qu'il est difficile de filmer une vie d'écrivain. On voit Violette écrire (un peu). Les titres de ses livres (ainsi que ceux de Simone de Beauvoir) sont mentionnés, mais à part ça, il n'y a pas beaucoup plus: c'est dommage mais c'est ainsi. Concernant les acteurs, Emmanuelle Devos m'a semblé un peu trop jolie pour jouer le rôle de Violette Leduc qui avait un visage ingrat. Sandrine Kiberlain, grande et osseuse, compose une Simone de Beauvoir convaincante. Catherine Hiégel qui joue la mère de Violette est très bien dans un rôle pas facile. Je conseille ce film pour ses nombreuses qualités, mais je ne suis pas encline à me plonger dans l'oeuvre de Violette Leduc, dont le roman (autobiographique) le plus célèbre reste La Bâtarde, paru en 1964 (il a frôlé le prix Goncourt).

17 septembre 2013

Le Majordome - Lee Daniels

Je suis allée voir Le majordome de Lee Daniels un peu en désespoir de cause (il n'y a pas grand-chose qui me tente vraiment dans les nouveautés). Ce film est l'occasion de voir Forest Whitaker dans le rôle de Cecil Gaines, un afro-américain devenu majordome (butler en VO) à la Maison Blanche de 1957 à 1987. Je m'attendais à découvrir la vie quotidienne à la Maison Blanche sous des présidents successifs. En réalité, la plus grande partie du film nous raconte l'histoire de la vie de Cecil Gaines entre 1926 et 2008. Jeune garçon noir élevé dans une plantation de coton en Georgie, il devient un "nègre domestique" après que son père ait été tué sous ses yeux et sa mère violée par le fils du domaine. Plus de 30 ans s'écoulent, et voilà Cecil Gaines engagé comme majordome à la Maison Blanche sous le mandat d'Eisenhower. Marié et père de deux garçons, Cecil ne fait pas de politique, on ne sait pas ce qu'il pense, il reste neutre. Dans son métier, on lui demande d'être "invisible". Son fils ainé, en revanche, se fait régulièrement arrêter car il milite pour les droits civiques des Noirs. En effet, plus de 100 ans après l'abolition de l'esclavage, la ségrégation fait des ravages. Le ton du film m'a beaucoup fait penser à La couleur des sentiments. Le traitement du sujet n'est pas très subtil même si la démarche est louable: les Américains blancs sont presque tous vus comme des êtres antipathiques. Il n'y a pas beaucoup de nuances. Quant à la vie quotidienne à la Maison Blanche, elle se résume à quelques bouts de scènes avec Cecil qui sert le thé aux présidents - je schématise. La ségrégation entre noirs et blancs se niche jusqu'à la Maison Blanche puisque pendant 30 ans, Cecil et ses collègues noirs n'auront jamais les mêmes promotions ni les mêmes augmentations de salaire que le personnel blanc. Pour le dire vite, j'ai été plutôt déçue. A vous de voir.

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