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26 septembre 2017

Barry Seal - Doug Liman / Patti Cake$ - Geremy Jasper / Good Time - Benny et Josh Safdie / Hommage

J'ai décidément été beaucoup au cinéma pendant le mois de septembre (2017).

Voici trois films américains très différents vus la même semaine.

Barry Seal de Doug Liman permet à Tom Cruise de montrer ses talents de pilote d'avion. Le scénario est tiré d'une histoire vraie. Barry Seal fut commandant de bord dans des avions de grandes lignes d'une compagnie américaine dans les années 70. Puis, par un concours de circonstances, on le voit devenir pilote de petits avions transportant des armes et de la drogue pour le cartel de Medellin. Marié et père de deux enfants, il s'installe dans une petite ville de l'Arkansas. Il est rapidement repéré par la DEA, le FBI, etc qui lui demandent de collaborer. Il accumule des millions de dollars mais aura une mort violente assez attendue. Le film lorgne vers le docu-fiction. C'est bien fait. Tom a l'air de s'amuser (ce n'est que du cinéma). Ca se laisse voir. Après, quant au message et à la morale du film, je vous laisse juge.

Patti Cake$ raconte l'histoire de Patricia Dombrowski, aussi connue sous le nom de Killa P et Patti Cake$, qui vit dans le New Jersey. Cette jeune femme blonde, pas très mince (elle a comme surnom "Dumbo" comme l'éléphant), exerce des petits boulots tout en composant du rap. Les paroles sont souvent assez crues. Elle rêve de gloire et de gagner un peu mieux sa vie. Elle trouve du soutien de la part de sa grand-mère et d'un jeune Noir qui devient son amant. Une histoire sympathique à la fin attendue. Mais pas de quoi fouetter un chat.

Good Time permet à Robert Pattison d'interpréter un malfrat plutôt attachant. Connie Nikas (Robert Pattison) commet un braquage avec Nick, son frère un peu attardé. Au moment de s'enfuir, Nick se blesse et se faire prendre par la police. Connie passe une nuit à essayer de trouver de l'argent pour le faire libérer. Il faut prévenir que la caméra est au plus près des acteurs. L'image n'est pas belle. Les couleurs sont parfois saturées. C'est assez particulier. J'avais lu des critiques positives. Bon, bof. Sans plus.

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Ceci n'ayant rien à voir avec cela, je voulais rendre un petit hommage à une dame de théâtre (elle fut Sociétaire de la Comédie Française) qui vient de disparaître à 103 ans, Gisèle Casadesus. Elle nous a quittés dimanche 24 septembre 2017. Elle vivait dans le XVIIIème arrondissement de Paris et la mairie de cet arrondissement lui avait rendu hommage pour son centenaire en 2014. En plus du théâtre, elle avait tourné au cinéma jusqu'à récemment. Je l'avais vue dans La tête en friche (en 2010) ainsi que dans Sous le figuier (2012).

20 juillet 2017

1700e billet - 21450 commentaires - plus de 10 ans et demi

Il n'y avait pas eu de célébration du 1600e billet paru sur ce blog fin septembre 2016: pour marquer l'entrée dans la XVIIIe centaine, je vais donc tâcher de renouer avec la tradition de présenter quelques statistiques...

En valeur absolue, les chiffres du blog continuent bien à augmenter (soyons clair: il ne pourrait guère en être autrement!): comme annoncé en titre, nous en sommes à 1700 billets (dont 54 signés par moi, "ta d loi du cine", et tous les autres par dasola...) et 21450 commentaires à l'aube de ce 20 juillet 2017 (plus de 10 ans et demi après le tout premier billet paru). Mais si l'on regarde les évolutions des statistiques, c'est un peu moins bon.

Le nombre de commentaires par billet est en nette diminution (désormais, rares sont ceux qui dépassent ou même atteignent les 20 commentaires, la majorité des billets plafonnant à une dizaine de commentaires). Le nombre de "nouveaux commentateurs" baisse aussi. Il est vrai -pour rappel- que j'ai cessé depuis bien longtemps de fournir à dasola des listes de nouveaux blogueurs à visiter et commenter, ce qu'elle a fait durant des années (en espérant réciprocité). Ainsi, en 2016 (cette année étant complète, c'est une meilleure référence que 2017), le blog a vu passer seulement 35 nouveaux commentateurs, qui ont fait un total de 45 commentaires en 2016 et 15 en 2017. En 2017, en presque 7 mois, il y a eu seulement 14 nouveaux commentateurs, qui ont fait 17 commentaires.

Si la fréquentation du blog de Dasola reste tout à fait honorable, c'est surtout grâce aux "fidèles" blogueurs/lecteurs/commentateurs. Le "top 40" des blogueurs venus en 2017 représente déjà un total cumulé de 9323 commentaires. Le dernier de ces 40 a rédigé tout de même 107 commentaires (il est vrai que ta d loi du cine et dasola figurent aussi dans ce "top 40"). Par comparaison, en 2016, les 133 billets parus (dont 7 de ta d loi du cine) ont eu un total de 1837 commentaires (70 commentateurs parmi ces commentateurs 2016 ne sont pas [encore] revenus en 2017). Pour 2017, à ce jour, nous en sommes à 73 billets (dont 9 ta d loi du cine), et 1014 commentaires par 127 commentateurs différents. A noter aussi que les billets anciens ne sont pratiquement plus jamais commentés.

Consolation 2017: dans le "top 10" des fidèles commentateurs, le premier billet-portrait de blogueur ayant atteint les 500 commentaires rédigés chez dasola a été publié il y a quelques semaines (merci encore, Dominique!), et d'autres devraient suivre, s'ils acceptent de témoigner bien entendu, lorsque viendra leur tour (dans les 18 mois à venir, voir colonne de droite).

Ah, j'allais oublier une "mention spéciale" pour cathulu, qui, si elle n'a rédigé "que" 50 commentaires chez dasola durant les 9 ans écoulés, a de son côté célébré récemment son 11ème bloganniversaire!

14 juillet 2017

Le Caire confidentiel - Tarik Saleh

Tourné à Casablanca (l'équipe de tournage a été interdite d'entrée sur le territoire égyptien), Le Caire confidentiel de Tarik Saleh (un réalisateur suédois d'origine égyptienne) est un excellent thriller avec en arrière-plan la révolution égyptienne qui a débuté le 25 janvier 2011. Le 15 janvier, Noredin, flic corrompu mais plutôt moins que d'autres, est appelé pour enquêter sur le meurtre d'une chanteuse dont le corps est retrouvé dans une chambre dans un grand hôtel du Caire. Elle a été égorgée. Dans le poste de police auquel Noredin est rattaché, la corruption règne en maître, ce n'est que bakchich à tous les étages, et l'oncle de Noredin, Kammal, chef du poste, trouve que Noredin n'en rapporte pas assez. Un témoin, une jeune femme de ménage soudanaise payée à la journée, sait qui a tué la chanteuse. Peu de temps avant le meurtre, un homme proche du fils du président Moubarak est sorti de la chambre, la victime était sa maîtresse. Au fur et à mesure que l'histoire se déroule, Nouredin se met à dos sa hiérarchie et quelques-uns de ses collègues, car bien que l'affaire ait été classée (la victime se serait "suicidée"), il continue d'enquêter. Nouredin devient l'homme à abattre et il n'est pas tout seul. Le film se termine avec les premières manifestations anti-Moubarak et pour la libéralisation du régime. Il y a un très beau travail sur le cadrage et la photo. Les acteurs, Fares Fares en tête, sont remarquables. Je le répète, un très bon film qui semble rencontrer son public. Le bouche-à-oreille est excellent. Lire le billet enthousiaste de Pascale.

8 juin 2017

Le vénérable W. - Barbet Schroeder

L'initiale W du titre correspond à Ashin Wirathu, un moine bouddhiste briman qui prône la haine envers les Musulmans, lesquels représentent 4% de la population en Birmanie. Le vénérable W. de Barbet Schroeder, a été projeté en séance spéciale lors du dernier festival de Cannes en mai dernier. Ce documentaire est remarquable à plus d'un titre. D'abord, il apprend quelque chose aux spectateurs français que nous sommes. J'avoue que j'ignorais l'existence de ce Wirathu, une sorte d'Hitler birman qui ne suit pas précisément les préceptes bouddhistes de s'aimer et d'être tolérant envers les autres. Wirathu dans sa tenue de bonze paraît banal, sauf quand il ouvre la bouche pour énoncer des phrases terribles contre la communauté musulmane en général et la minorité Rohingyas en particulier. Schroeder mêle les documents d'actualités avec d'autres images où l'on voit et entend Wirathu devant la caméra du cinéaste ainsi que des témoignages ou avis de deux journalistes et de moines bouddhiques réfractaires aux idées de W. Dans les documents d'actualités qui alternent avec des films d'amateurs, on découvre avec horreur ce que les Birmans sont capables de faire suite aux messages haineux sur internet et aux discours de W devant un public nombreux: de nombreuses villes sont brûlées et une frange de la population musulmane massacrée, la haine attire la haine. Des lois récentes sur la race et la nationalité ont été votées en Birmanie. Même la Prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, ne réussit pas à contrer cet apôtre de la haine raciale. Les militaires qui sont toujours présents restent atones. Quand le film se termine, on n'en sait pas plus sur le sentiment de haine de W envers les Musulmans. Il ne donne aucune vraie justification devant la caméra. Après ses deux remarquables documentaires sur Idi Amin Dada et Jacques Vergès, Barbet Schroeder clôt, avec Le vénérable W, une trilogie sur le mal. Si ce film passe par chez vous, allez le voir.

2 juin 2017

L'amant double - François Ozon / Conspiracy - Michael Apted

Pendant cette quinzaine du Festival de Cannes, je n'ai pa eu grand-chose à me mettre sous les yeux.

Et on ne peut pas dire que les sorties depuis la semaine dernière soient exaltantes. Preuve en est avec L'amant double, le nouveau film de François Ozon  (que Pascale a moyennement aimé). Un film étrange et où il ne se passe pas grand-chose. C'est beau à regarder même si les décors sont froids. Il y un côté très clinique comme le speculum de la gynéco (la première scène du film est très marquante). Les scènes érotiques n'ont rien de notables. En revanche, j'ai trouvé les deux chats magnifiques. Le scénario écrit par François Ozon est adapté d'un roman de Joyce Carol Oates qui, sous le pseudonyme de Rosemond Smith, a écrit des romans policiers. Certaines séquences m'ont paru éprouvantes et j'ai trouvé l'ensemble répétitif. De nos jours à Paris, Chloé, jeune femme perturbée et qui a des maux de ventre, va consulter Paul Meyer, un psychiatre qui tombe amoureux d'elle. Ils décident de vivre ensemble. Plus tard, par hasard, Chloé voit dans la rue un homme qui ressemble comme deux gouttes d'eau à Paul. Elle apprendra vite qu'il s'agit de Louis Delord, le frère jumeau de Paul. L'un est attentionné, l'autre plus brutal. Elle entame une liaison avec Louis sans laisser tomber Paul. Je ne vous dirai rien de plus si ce n'est que la fin m'a paru tomber comme un cheveu sur la soupe et n'a pas grand-chose à voir avec ce qui a précédé pendant presque 2H (le film est long par rapport à ce que l'on nous raconte). Lire aussi le billet de ffred. A vous de voir.

Maintenant, je veux vous éviter d'aller Conspiracy de Michael Apted, sorti cette semaine. Je l'ai vu en avant-première et j'ai trouvé le scénario sans queue ni tête. C'est nullissime. Il est rare que j'emploie ce qualificatif. Je me réjouissais de voir Noomi Rapace, Orlando Bloom, John Malkovich, Michael Douglas et Toni Collette réunis dans un bon thriller (comparé à Jason Bourne sur l'affiche!!!!). Ne me demandez pas de raconter l'histoire, je n'ai rien compris. Le pauvre Michael Douglas meurt et ressuscite (si, si!). Orlando Bloom, un gentil méchant ou un méchant gentil, va terminer sa vie entre les crocs d'un Rotweiler. Toni Colette n'est pas crédible en "flingueuse": la scène est ridicule. Cela se passe à Londres ou à New-York, je ne sais pas. La CIA et le MI6 se marchent sur les pieds, ils se font la guerre. Et la pauvre Noomi Rapace fait ce qu'elle peut. A fuir de toute urgence.

3 mai 2017

Après la tempête - Hirokazu Kore-Eda

Après Nobody knows, Still walking, I Wish, Tel père tel fils, et Notre petite soeur, voici le sixième film que je vois du réalisateur japonais. Après la tempête m'a bien réconciliée avec Hirokazu Kore-Eda car j'avais eu un sentiment mitigé à propos de I Wish et Notre petite soeur. Dès les premières images, j'ai su que j'allais aimer le film. Ryôta (Hiroshi Abe), la quarantaine, père divorcé, travaille dans une agence de détectives privés. Il n'arrête pas d'emprunter de l'argent à droite et à gauche, même à ses collègues. Il triche, il ment mais il a un côté irrésistible. Joueur invétéré, il perd de grosses sommes et n'arrive donc pas à payer la pension alimentaire qu'il doit à sa femme Kyôko, qui élève leur fils âgé d'une dizaine d'années. Avant d'être détective privé, Ryôta  a écrit un roman quinze ans auparavant, mais rien depuis, par manque d'inspiration? Par paresse? Toujours est-il que son éditeur lui propose d'écrire un texte de manga sans que cela enthousiasme Ryôta plus que cela. Ryôta est un père plutôt absent, comme le fut son propre père décédé tout récemment. En revanche, sa mère, encore en vie, est une sacrée personnalité. Un typhon, phénomène météorologique fréquent dans certaines régions du Japon, va peut-être contribuer à un rapprochement entre Ryôta et Kyôko. En tout cas, c'est ce que souhaite ardemment la grand-mère Shinoda Yoshiko. Le rythme est lent mais pas trop. Je n'ai pas vu passer les deux heures que dure le film. Mon personnage préféré est celui de la grand-mère (Karin Kiki). C'est l'actrice qui jouait dans Les délices de Tokyo et Still walking. Il faut noter que le réalisateur est fidèle à certains de ses acteurs.

Lire le billet de Pascale.

25 avril 2017

The Young Lady - William Oldroy / Sous le même toit - Dominique Ferrugia

The Young Lady de William Oldroy est une adaptation d'un roman russe de 1865 écrit par Nicolaï Leskov, Lady Macbeth du district de Mtsensk, que je n'ai pas lu. Le musicien Dimitri Chostakovitch s'est servi de ce roman pour écrire un opéra en 1930-32. Comme le roman russe, the Young Lady se passe en 1865. L'action se situe en Angleterre dans un paysage austère. Katherine, à peine 20 ans, vient d'être mariée à un homme de deux fois son âge. Ce mariage arrangé ne s'annonce pas bien: Alexander, le mari, semble impuissant. La grande demeure où ils vivent avec Boris, le beau-père odieux de Katherine, et quelques domestiques, est sinistre. Katherine se distrait en allant se promener dans la lande alentour. Pendant que les deux hommes partent pour affaires durant quelques semaines. Katherine tombe dans les bras de Sebastian, un des palefreniers du domaine. C'est un amour fou et exclusif qui va mal se terminer. On découvre en Katherine un être glaçant et dangereux. Elle est prête à toutes les extrémités. Comme l'a écrit Matchingpoints, certaines scènes sont dures. La mise en scène est très travaillée avec les scènes les plus violentes filmées de loin ou hors champ. Un film prenant mais un peu perturbant car c'est dur voire impossible de s'attacher au personnage de Katherine. La jeune Florence Pugh est une révélation, avec son air presque impassible. Lire aussi les billets de Ffred et Pascale.

Je serai très brève concernant le film français Sous le même toit: pas terrible du tout. Si vous avez vu la bande-annonce, c'est amplement suffisant. Delphine, infirmière dans un hôpital, et Yvan, agent d'un footballeur (enfin il essaie), viennent de divorcer, mais Yvan, qui n'a presque pas un sou, habite néanmoins sous le même toit que sa femme et ses deux enfants. Il possède 20% de la maison et donc 20% du frigo, et peut utiliser quelquefois la salle de bain ou le salon. Louise Bourgoin a beau être charmante et Gilles Lellouche faire ce qu'il peut, la comédie est poussive et rarement drôle. On peut passer. Lire le billet de Ffred.

18 mars 2017

L'autre côté de l'espoir - Aki Kaurismäki

J'aurais pu évoquer Kong - Skull Island (bien fait et distrayant, et j'ai trouvé le gorille très sympa [lire le billet de Pascale]), ou même Les Figures de l'ombre (sur des femmes américaines et noires dans les années 60, (très) douées en maths et qui ont permis à la NASA d'envoyer le premier Américain dans l'espace).

Et bien non, je préfère écrire un billet sur le nouveau film du Finlandais Aki Kaurismäki, L'autre côté de l'espoir. Le réalisateur n'avait pas tourné de long-métrage depuis Le Havre sorti en 2011. L'autre côté de l'espoir commence dans le port de fret d'Helsinki. Un homme surgit d'un container rempli de charbon. Noir de suie, le premier mot qu'il prononce est "douche", quand il demande à un musicien de rue où il peut se doucher. Cet homme s'appelle Khaled, un Syrien d'Alep qui demande l'asile à la Finlande. Cet homme jeune, d'une grande dignité, est confronté à l'administration finlandaise qui veut le renvoyer dans son pays, considérant qu'il n'est pas en danger. Et pourtant, les images d'actualités diffusées tout de suite après la scène montrent le contraire. Khaled est arrivé en Finlande car il ne cesse de chercher sa soeur Miriam. Dans le même temps, Wikström, un VRP dans la cinquantaine qui a quitté sa femme alcoolique, recommence une nouvelle vie en rachetant un restaurant ainsi que les trois employés qui y travaillent. Il a pu le payer en gagnant au poker. Khaled et Wikström vont bien entendu se rencontrer et je vous laisse découvrir la suite, en allant voir ce film s'il passe par chez vous. Le film plein d'humanité dans lequel la solidarité côtoie la violence, comporte des moments humoristique, tristes et mélancoliques. Je vous conseille cette oeuvre d'1H38, pas ennuyeuse du tout et qui bénéficie d'un beau travail sur l'image.

29 janvier 2017

Tempête de sable - Elite Zexer

Parmi les films sortis le 25 janvier 2017, je recommande Tempête de sable de la réalisatrice israélienne Elite Zexer. Ce film m'a beaucoup plu.

J'espère qu'il ne passera pas trop inaperçu et qu'il restera un petit moment à l'affiche. La réalisatrice s'est inspirée de témoignages de plusieurs femmes de villages bédouins dans le Neguev à la frontière de la Jordanie. Layla, qui est en âge de se marier, est l'ainée de quatre filles (1). Etudiante à l'université, Layla est amoureuse d'Anouar, étudiant comme elle. Slimane, le père, s'apprête à prendre une deuxième épouse, il en a le droit, c'est la loi. Jalila, la mère qui ne pipe mot à propos de cette union, empêche Layla de revoir Anouar, c'est la règle. Néanmoins, Jalila se révolte quand elle estime que le mari choisi par Slimane n'est pas digne de sa fille. A la suite de l'altercation avec son mari où elle lui demande de se conduire comme un homme, Slimane la répudie sur-le-champ. C'est l'humiliation suprême pour une femme. Cette famille qui vit dans une habitation sans beaucoup de confort où les pannes d'eau et d'électricité surviennent régulièrement vit une tragédie, car Layla n'ira pas au bout de son désir d'émancipation. Elle obéit à son père comme les générations de femmes avant elle. J'ai apprécié que la réalisatrice, qui est aussi la scénariste, ait mis beaucoup de nuances dans le caractère de chaque personnage, en particulier Slimane qui n'a pas le beau rôle dans cette histoire (mais il suit la tradition et les usages). Il ne peut pas vraiment faire autrement. Un très beau film avec une fin déchirante.

(1) Correction faite, merci Pascale [cf. commentaire ci-dessous]. Et au temps pour le "secrétaire de rédaction" qui avait mal fait son boulot!

8 janvier 2017

Neruda - Pablo Larrain

Neruda, le film chilien de Pablo Larrain (sorti le 4 janvier 2017), m'a plu dès le début. De manière baroque et poétique, il narre la traque dont a été victime Pablo Neruda, le grand poète chilien (1904-1973), militant communiste fervent et sénateur. En effet, en 1948, en pleine guerre froide et au début du maccarthysme, le président chilien Videla interdit le parti communiste qui pourtant l'avait soutenu dans sa prise de pouvoir. Pendant plusieurs mois, Neruda va être traqué par un policier, le commissaire Peluchonneau (Gael Garcia Bernal), peut-être un fantasme né de l'imagination de Neruda?. Tour à tour touchant et inquiétant, ce personnage policier commente en voix off ce qui arrive, ce qu'il pense. Cette poursuite emmenera Neruda et sa femme de cache en cache à travers le Chili, dont un bordel. Neruda aimait les femmes. Le film se termine dans les décors grandioses de la cordillère des Andes. On entend des vers de Neruda pendant le film. C'est superbe, tout comme la réalisation. En particulier, la manière originale (je trouve) qu'a le réalisateur d'alterner beaucoup de scènes avec du champ / contre champ dans lesquelles on voit un même acteur dans un endroit différent au même moment. Il faut à ce propos saluer le travail du montage. L'acteur (Luis Gnecco) qui interprète Neruda est remarquable. Un film que je recommande. L'année cinéma 2017 commence bien. Lire le billet d'Alex-6.

28 décembre 2016

Baccalauréat - Cristian Mungiu

Voici un film qui aurait pu figurer dans mon palmarès de cinéma 2016 mais je n'avais pas encore écrit de billet à son propos. Je viens de le voir pour la deuxième fois car j'avais une lacune concernant l'épilogue. Baccalauréat qui a reçu le prix de mise en scène (mérité) au dernier festival du film de Cannes en 2016 est très bien pour beaucoup de raisons. Le réalisateur s'attache à son personnage principal qu'il ne lâche pratiquement pas pendant les deux heures que dure le film. Le docteur Romeo Aldea est de presque de tous les plans. Pendant quelques jours, il aura recours à des moyens plus ou moins honnêtes pour que sa fille Eliza réussisse son bac avec une moyenne de 18/20, note nécessaire pour qu'elle parte étudier la psychologie à Cambridge en Angleterre. L'histoire se passe en Roumanie de nos jours. Aldea, séparé de sa femme, est un médecin respecté et honnête. Il est revenu en Roumanie en 1991 plein d'illusions. Assez désenchanté, il ne veut pas que sa fille reste dans ce pays sans avenir et prêt à toutes les compromissions. La veille des examens, sa fille est agressée. Aldea  va frapper aux portes des gens qui peuvent l'aider: un ancien maire, un policier, un responsable d'examen. Mungiu décrit une Roumanie où tout le monde aide tout le monde. Chacun rend service à l'autre quand c'est nécessaire, même au mépris de la loi. Adrian Titieni qui interprète Romeo Aldea est remarquable. Il aurait aussi mérité un prix à Cannes. Je conseille.

1 décembre 2016

La fille de Brest - Emmanuelle Bercot / Seul dans Berlin - Vincent Perez

Voici à nouveau deux films sur des lanceurs d'alertes chacun dans leur genre.

La Fille de Brest d'Emmanuelle Bercot, c'est la pneumologue Irène Frachon qui s'est battue presque toute seule pour faire supprimer à la vente un médicament qui a causé la mort de près de 2000 personnes. Le M*****tor était un coupe-faim et était prescrit pour soigner le diabète mais il a surtout provoqué des valvulopathies. Irène Frachon est interprétée par la formidable actrice danoise Sidse Babett Knuden. Certaines scènes peuvent impressionner des spectateurs, on assiste partiellement à une opération cardiaque et à une autopsie. Les scènes entre Irène Frachon et le labo fabriquant et des membres de l'AFSSAPS (L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) sont édifiantes. Une femme sûre de son fait mène un combat contre des gens qui l'écoutent à peine. J'ai trouvé que le film était un peu long avec quelques scènes pas forcément utiles (lire plus haut) mais il vaut la peine d'être vu. Lire les billets d'eeguab et Pascale.

Je passe maintenant à Seul dans Berlin de Vincent Perez. J'avoue avoir été agréablement surprise par ce film sobre et bien interprété. Il s'agit d'une adaptation du roman d'Hans Fallada paru en 1947. L'écrivain s'était inspiré de l'histoire vraie d'Otto et Elise Hampel (Otto et Anna Quengel dans le roman et le film). En 1940, le fils unique de ce couple meurt au combat en France. A Berlin, Otto (qui est contremaître dans une menuiserie fabriquant des cercueils) se met à écrire des cartes postales sur lesquelles il appelle les Berlinois à dire non au nazisme, à vouloir une presse libre... Il dénonce le régime hitlérien qui bafoue les droits des gens au profit de la force et de la violence. Il dépose les cartes (plus de 280 pendant 3 ans) sur les pas-de-porte, dans des escaliers, au pied des immeubles, dans des établissements publics. La police aux abois récupère un grand nombre de cartes que leur rapportent ceux qui les trouvent (seules 18 cartes postales manqueront à l'appel). Une poche percée provoquera l'arrestation de Quengel et de sa femme. Ils seront guillotinés (?) le 8 avril 1943 après un procès. A leur façon et sans haine ni violence, ils seront des lanceurs d'alerte contre le nazisme. Mon seul bémol est que le film a été tourné en anglais: l'allemand aurait été préférable. En revanche, Brendan Gleeson et Emma Thompson sont formidables. Lire le billet d'Alex-6.

19 novembre 2016

Le Client - Asghar Farhadi

Le Client du réalisateur iranien Asghar Farhadi a reçu deux prix au dernier festival international du film de Cannes, celui du scénario et celui de l'interprétation masculine. L'histoire a des similitudes avec celle d'Une séparation mais on n'y retrouve pas la même force. On a l'impression que le réalisateur tourne en rond et c'est dommage. A Téhéran, de nos jours, Emad et Rana, un couple d'acteurs, sont contraints de quitter leur immeuble qui menace de s'écrouler suite à des travaux de terrassement. Grâce à un collègue acteur, le couple emménage dans un nouveau logement récemment quitté par une femme à la vie dissolue. En même temps que cet emménagement, Emad et Rana sont sur le point de terminer les répétitions de Mort d'un commis voyageur d'Arthur Miller. Peu de temps après leur installation, Rana est violemment attaquée dans sa salle de bain par un individu (tout se se passe hors-champ de la caméra). Traumatisée, elle n'ose pas porter plainte. Emad, lui n'a de cesse de trouver l'agresseur et de se faire justice lui-même, de provoquer une humiliation publique. J'avoue avoir été nettement moins touchée que par les films précédents du réalisateur. Je n'ai pas vraiment éprouvée de l'empathie pour les personnages dans un film un peu long. Lire le billet intéressant de Newstrum.

4 novembre 2016

Mademoiselle - Park Chan-Wook

Mademoiselle, du réalisateur sud-coréen Park Chan-Wook (Old Boy ou Stoker), m'a emballée.

J'avoue avoir été charmée par les deux actrices principales qui ont plusieurs scènes érotiques assez explicites (le film est interdit aux moins de 12 ans). Et à la différence du film d'Abdellatif Kechiche La vie d'Adèle, je ne me suis pas sentie voyeuse en tant que spectatrice. Park Chan-Wook a trouvé la bonne façon de filmer ce genre de scène. L'histoire est une adaptation du roman de Sarah Waters "Du bout des doigts" (que je n'ai pas lu). C'est peut-être mieux ainsi car il y a plusieurs retournements de situations qui m'ont surprise. Dans le roman, l'intrigue se passe sous l'ère victorienne. Dans le film, le réalisateur a choisi de la transposer en Corée dans les années 30 pendant l'occupation japonaise. Le film est divisé en trois parties à peu près égales. La même histoire nous est racontée selon différents points de vue avec des ajouts ou des omissions dans la narration. Sook-Hee, une jeune Coréeenne illettrée mais ayant des talents de pickpocket, devient la servante d'une jeune et riche héritière japonaise, Hideko (la Mademoiselle du titre), qui n'est pas la jeune femme innocente que l'on croit au début. Sook-hee n'est pas arrivée par hasard. Elle fait partie d'une machination ourdie par un pseudo-comte japonais (en réalité, il est Coréen), qui compte épouser Hideko pour la dépouiller de son argent avant de la placer dans un asile psychiatrique. Il veut damer le pion à l'oncle d'Hideko. Cet oncle tyrannique et érotomane est le possesseur d'une immense bibliothèque qu'il voudrait encore agrandir grâce à l'argent de sa nièce. On apprend qu'il fait lire à Hideko, vêtue en geisha, des textes à connotation sadienne devant des messieurs bien comme il faut. La pièce où se tiennent ces séances est magnifique (je vous laisse la découvrir). Les tendres sentiments que ressent assez vite Sook-Hee envers Hideko (et inversement) vont changer la donne. C'est une belle histoire d'amour. Le film qui dure 2h24 (je n'ai pas vu le temps passer) est somptueux tant du point de vue des décors que des costumes. Je le reverrai avec plaisir et je vous le conseille tout comme Alex-6.

23 septembre 2016

Mr Ove - Hannes Holm

Mr Ove de Hannes Holm n'est pas un film totalement réussi, mais l'histoire m'a touchée. Ove, âgé de 59 ans (il fait beaucoup plus vieux), est veuf depuis 6 mois, et il vient de se faire licencier de l'entreprise où il travaillait depuis 43 ans. Depuis que sa femme Sonja est décédée, il va régulièrement lui parler sur sa tombe et il se met à houspiller ses voisins de la copropriété: il s'agit d'un ensemble de pavillons cerné par une clôture. En ayant vraiment assez de la vie et pressé de rejoindre sa chère Sonja, Ove décide de mettre fin à ses jours de diverses manières (pendaison, asphyxie, etc) qui échouent toutes. Par ailleurs, il n'arrête pas d'être dérangé par un jeune couple, un Suédois et sa femme, réfugiée iranienne, et leurs deux petites filles, nouvellement installés dans un pavillon voisin. Les nombreux flash-back narrent la vie de Ove petit garçon, dont le père travaillait dans les chemins de fer. Plus tard, devenu un grand blond dégingandé, on voit Ove tombé amoureux de Sonja dans un train. Le film pourrait s'appeler "Une vie" où la joie côtoie les chagrins. L'actrice qui interprète Sonja a un faux air de Romy Schneider toute jeunette, elle est charmante. L'ensemble aurait gagné à être plus concis mais je conseille malgré tout ce film qui risque de passer inaperçu.

24 août 2016

Toni Erdmann - Maren Ade

Comme promis, voici un billet sur Toni Erdmann de Maren Ade. Ce film de 2H42 ne m'a pas emballée plus que cela. Déjà, après avoir vu la bande-annonce, j'ai eu des doutes qui se sont confirmés. Inès Conradi est une jeune femme allemande, consultante dans un cabinet d'audit sur l'externalisation de certaines tâches dans les entreprises. Sa mission se passe à Bucarest (qui m'a paru plus prospère que dans le film Sieranevada). Agée d'une trentaine d'années, Inès n'a pas d'enfant et n'est pas mariée même si elle un petit ami roumain. Mais elle a un père, Winfried, un homme facétieux qui se fait appeler Toni Erdmann, Il n'arrête pas de mettre et retirer un dentier qui ne l'avantage pas du tout. Pendant presque tout le film, on le verra, en plus de ses fausses dents, porter une perruque couleur marron foncé. Cela lui donne un air hirsute. Il s'immisce dans la vie de sa fille à l'occasion de l'anniversaire de cette dernière. Inès, une femme de caractère et très sérieuse (on ne la voit pas rire une fois) m'a semblé désarmée devant ce père envahissant. Elle reste souvent silencieuse en observant le comportement de son père. Au bout d'un moment, je me suis demandée s'il n'allait pas enfin laisser sa fille tranquille. J'ai noté deux ou trois scènes marquantes: une graveleuse, une où Inès chante pratiquement a capella et la séquence d'anthologie où Inès, n'étant pas à l'aise avec une robe très moulante, l'enlève et reçoit toute nue ses invités à qui elle demande de faire la même chose. J'ai vu ce film une fois mais je ne le reverrai pas, malgré les critiques dithyrambiques que je ne comprends pas. Dans la salle où j'étais, très peu de spectateurs ont ri.

Lire les billets d'Alain, Alex-6 et de Matchingpoints qui ont aimé et celui de Ffred qui a trouvé le film raté et trop long. Quant à Pascale, elle n'a pas aimé du tout ce film visuellement assez laid.

21 août 2016

Sieranevada - Cristi Puiu

Dans ce billet et le prochain, je vais évoquer deux films sortis ce mois d'août 2016. Ils ont plusieurs points communs dont celui d'être long, d'avoir été en compétition dans la sélection officielle au dernier Festival de Cannes en 2016 (ils n'ont été récompensés ni l'un ni l'autre) et qu'ils se passent dans la ville de Bucarest. Le film roumain Sieranevada de Cristi Puiu dure 2H53 et le film allemand Toni Erdmann de Maren Ade, 2H42. Les comparaisons s'arrêtent là.

Sieranevada se passe donc à Bucarest en Roumanie. C'est l'hiver, il y a des congères de neige sur les trottoirs. Plusieurs membres d'une même famille se sont donné rendez-vous dans l'appartement de Nusa, la grand-mère. Le repas familial est prévu mais il n'aura lieu qu'après le départ du Pope que l'on attend (il est en retard). En effet, selon le rite orthodoxe, le Pope rend hommage et donne sa bénédiction au mari de Nusa, décédé 40 jours plus tôt. Sur les 2H53, au moins 2H30 du film se passent dans un lieu unique: l'appartement de Nusa. Situé dans un genre d'HLM lugubre (bâti au temps de la dictature de Ceaucescu), l'appartement se compose d'environ trois pièces plus la cuisine. Dans ce périmètre relativement exigu, on entend et voit une quinzaine de personnages parler et fumer beaucoup. La caméra à l'épaule suit les personnages dans ces pièces dont les portes s'ouvrent ou se ferment. Au bout d'un moment, en tant que spectatrice, j'ai ressenti un sentiment de manque d'air par écran interposé. J'en avais assez de me trouver dans l'intimité de cette famille un peu geignarde, débattant de tout sur la politique, la religion, l'état du monde, mais aussi sur des secrets de famille enfouis. Quand le film se termine, la nuit sera presque tombée et le repas n'aura pas vraiment eu lieu. Moi, je ne me suis pas vraiment ennuyée, mais je m'attendais à autre chose.

22 mai 2016

Julieta - Pedro Almodovar

Julieta, le nouveau film de Pedro Almodovar en compétition dans la sélection officielle de cette année 2016 au festival de Cannes, est une merveille tant sur le fond que sur la forme. Le scénario est inspiré de trois nouvelles du recueil Fugitives d'Alice Munro (Prix Nobel de littérature 2013). Une fois de plus, Almodovar rend hommage aux femmes dans ce film empreint de douceur, de sensualité, mais aussi de cruauté. L'histoire alterne le présent (en 2015) et le passé à partir de 1985. Tout commence avec Julieta voyageant en train de nuit. Il y a un côté hitchcockien dans cette séquence dans laquelle la jeune femme rencontre Xoan. Julieta est assise dans un compartiment, un homme s'installe en face d'elle et se met à lui parler. Julieta ne se sent pas à l'aise et va dans le wagon restaurant où elle fait la connaissance de Xoan, un pêcheur. Dans l'intervalle, le voyageur du compartiment se suicide en tombant sur la voie. De la rencontre entre Julieta et Xoan naîtra Antia. C'est à Antia que Julieta écrit ce début d'histoire et tout ce qui se passera par la suite. Elle ne sait pas si sa fille partie à 18 ans sans donner signe de vie depuis douze ans lira un jour ce récit. Je ne veux pas en dévoiler plus sur cette histoire poignante. L'image, les décors, les couleurs sont un plaisir des yeux. La musique d'Alberto Iglesias, relativement discrète, est bienvenue, et surtout les quatre actrices principales (dont les deux "Julieta" -c'est la bonne idée d'Almodovar-, la jeune âgée d'une vingtaine d'année et Julieta avec trente ans de plus) sont magnifiques sans oublier Rossy de Palma* et son visage asymétrique qui joue Marian, une domestique revêche, avec beaucoup d'humour. Je me rends compte qu'il n'est pas facile d'évoquer ce film qui m'a vraiment beaucoup plu (il m'a réconciliée avec le cinéma d'Almodovar). Je ne peux que le conseiller haut et fort. Je ne suis pas la seule. Lire les billets d'Alain et de Chris.

*et non Paz de la Vega comme me l'a fait justement remarquer Eva (lire son commentaire ci-dessous).

19 mai 2016

La passion d'Augustine - Léa Pool

Grâce à Sylire que je remercie encore, j'ai vu La passion d'Augustine de Léa Pool, un très bon film québécois sorti dans très peu de salles et qui ne rencontre pas le succès qu'il mérite. Il faut dire que, sur le papier, le sujet peut rebuter plus d'un spectateur et c'est bien dommage. Nous sommes dans les années 60, Vatican II va bientôt se terminer. Dans la province de Québec, Soeur Augustine (née Simone Beaulieu), la quarantaine, ancienne concertiste de talent, est la mère supérieure d'un internat religieux de filles, qui met en avant l'étude de la musique chantée et jouée. La musique sous toutes ses formes constitue la passion de Soeur Augustine, qui dirige l'école avec fermeté et douceur. L'école remporte depuis longtemps des prix de piano dans les concours de la province. Un jour, Soeur Augustine accepte comme élève sa nièce Alice Champagne, car la maman d'Alice a des problèmes de santé et ne peut plus s'en occuper. Alice se révèle une pianiste prodige mais manquant de discipline. Pendant ce temps, les choses changent au Québec: les écoles religieuses (en premier lieu celles des filles) sont menacées de fermeture car on nationalise l'enseignement. Une très belle scène montre la transformation vestimentaire des soeurs qui quittent leurs habits de nonne et se mettent à porter jupe, corsage et bas avec une simple croix en guise de broche. Et ce film donne l'occasion d'écouter du Chopin divinement interprété par Lysandre Menard (Alice) qui est pianiste dans la vie. Si le film passe par chez vous, allez le voir.

29 avril 2016

La saison des femmes - Leena Yadav

L'histoire racontée par La saison des femmes (sorti le 20 avril 2016) se passe de nos jours. Ce film indien réalisé par une femme montre la violence conjugale, la solidarité entre femmes et les corps dénudés. Dans l'ouest de l'Inde, l'Etat fédéré de Gujarat aux paysages arides, on fait la connaissance de trois femmes, Lajjo, Rani et Bijli. Elles vivent dans un village où règnent en maîtres les hommes, jeunes et vieux. Les maisons (des cahutes) sont faites de terre et de tôle, seule la présence récente des téléphones portables témoigne que nous sommes quand même au XXIème siècle. Les femmes n'ont pas beaucoup droit au chapitre. Lajjo n'arrête pas d'être battue et humiliée par son mari alcoolique, Rani, une veuve de 32 ans, n'arrive plus à joindre les deux bouts, et Gulab (son fils de 17 ans) est odieux avec elle. Quant à Bijli, une danseuse prostituée, elle ne s'en laisse pas compter mais elle est aussi victime de la brutalité de certains de ses clients. Et je n'oublie pas Champa, 14 ou 15 ans, mariée de force à Gulab et déjà presque répudiée. Certaines scènes sont violentes, d'autres empreintes d'une grande douceur. J'ai aimé ce film pour l'énergie qui s'en dégage, et les femmes sont magnifiques. Lire le billet d'Alain.

15 mars 2016

The Assassin - Hou Hsiao-hsien

Pour tous ceux qui voudraient aller voir The Assassin de Hou Hsiao-hsien (prix de la mise en scène au Festival International de Cannes en 2015), il faut les prévenir tout de suite qu'il ne s'agit pas d'un film d'arts martiaux traditionnel. Cela leur évitera de sortir pendant la projection pour ne plus revenir. Dans la salle où j'étais, il y a eu au moins 30 personnes qui sont parties avant la fin, sur une salle de 200 sièges. C'est d'ailleurs la première fois dans ma vie de spectatrice que je vois ça. Pour ma part, ce défilé m'a perturbée et m'a empêchée d'apprécier pleinement ce film épuré. Dans un prologue somptueux (l'histoire se passe en Chine sous la dynastie Tang au IXème siècle), une femme demande à une autre, nommée Nie Yinniang, de tuer un haut dignitaire. Nie Yingniang, qui été élevée par une nonne, est devenue un assassin redoutable. D'un coup de dague, elle porte un coup mortel à la victime désignée. Cette séquence est filmée dans un très beau noir et blanc. Puis on passe à la couleur et on a le loisir d'admirer les costumes et les décors chatoyants. Quelques duels durant chacun entre une et deux minutes émaillent le récit. Nie Yinniang revient après des années d'exil, hostile vis-à-vis du pouvoir impérial, au point de vouloir assassiner le nouveau gouverneur. Mais sa mission est périlleuse car elle connaît sa cible, un cousin à elle, qu'elle a naguère aimé et dont elle fut séparée, pour des raisons d'Etat. Le film comporte peu de dialogues et la fin m'a paru un peu hors sujet, mais ce n'est pas bien grave au regard du reste. Je pense que ce film de presque deux heures mérite un deuxième visionnage.

23 janvier 2016

Mon maître d'école - Emilie Thérond

Ce documentaire sorti le 13 janvier 2016 qui a reçu "le label des spectateurs UGC" permet à la réalisatrice Emilie Thérond de filmer son ancien maître d'école, Jean-Michel Burel (né au début des années 50) lors de sa dernière année d'enseignement dans le petit village du Gard, Saint-Just-et-Vacquières. Après quarante ans de bons et loyaux services, l'heure de la retraite a sonné. J.-M. Burel a commencé sa carrière en 1972 dans ce village et il n'en a jamais bougé. Il est aussi le maire de la commune. Pour cette dernière année, il enseigne dans la même classe à des élèves de CE2, CM1 et CM2 soit environ une vingtaine d'élèves. L'école se trouve dans le même bâtiment que la mairie. Mon maître d'école se divise en quatre parties selon les quatre saisons: automne, hiver, printemps et été. Cet instituteur, au-delà de l'algèbre, de l'histoire et des dictées, a enseigné la vie, la tolérance, l'attention aux autres. On le voit interfèrer dans les conflits entre élèves. On sent qu'il aime ses élèves tout en sachant garder la juste distance entre lui et eux. La cinéaste filme principalement dans la classe pendant les cours, ou alors quand l'instituteur emmène ses élèves en promenade, et même lors du voyage découverte à Paris. Il faut noter la présence dans la classe d'un jeune homme de 26 ans atteint d'un handicap mental que l'instituteur connait depuis longtemps et qu'il a mis un point d'honneur à le laisser assister aux cours. Quand l'année scolaire se termine, on voit que J.-M. Burel a la gorge serrée, il en a les larmes aux yeux. Une page se tourne. Une jeune femme prendra sa place à la prochaine rentrée. Un film que je conseille pour le sujet malgré les maladresses dans la réalisation (les plans où l'instituteur fixe la caméra quand il parle).

17 janvier 2016

Carol - Todd Haynes / Janis: Little Girl Blue - Amy Berg

Concernant Carol de Todd Haynes, sorti ce mercredi 13 janvier 2016, je l'ai découvert en avant-première après avoir vu la bande-annonce. Dans les années 50, Carol, une femme séparée de son mari (elle est en instance de divorce) et mère d'une petite fille, croise le regard de Therese dans un grand magasin. Cette dernière, une jeune femme un peu sauvage ayant comme passion la photographie, est vendeuse au rayon jouets. Carol achète un train électrique à sa fille. Entre les deux femmes, un lien très fort nait. Carol est déchirée par le fait de laisser sa petite fille à son mari qui en obtient la garde. Elles s'enfuient de Cincinnatti (Ohio) et se retrouvent à Chicago. Pendant deux heures, j'ai suivi avec un peu d'ennui l'histoire de cette passion entre ces deux femmes prenant la fuite. Je me réjouissais d'avance et j'avoue avoir été déçue par ce film un peu languissant. Je n'ai pas du tout ressenti la passion qui unit Carol (Cate Blanchett) et Therese Belivet (Rooney Mara). Je suis restée en dehors. Je dirais presque que le film est un peu "gnangnan". Dommage pour Cate Blanchett qui a coproduit le film. J'ai eu l'impression que Todd Haynes avait fait un genre de remake d'un de ses films tourné en 2001, Loin du paradis avec Julianne Moore, sur à peu près le même sujet. Celui-là, je l'avais beaucoup aimé.

Il faut noter que Carol est l'adaptation d'un roman de Patricia Highsmith dont je souhaite rappeler qu'elle fut un très grand écrivain un petit peu oubliée aujourd'hui. Je vous recommande tous ses romans dont plusieurs ont été adaptés à l'écran (Plein Soleil, Le talentueux Mr Ripley, Eaux profondes, L'inconnu du Nord-Express, Le cri du hibou, L'ami américain, etc.). Lire le billet de Pierre D. qui, lui, a aimé Carol, et celui de Chris qui, lui, n'a pas aimé le film.

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En revanche, je vous recommande un documentaire sur Janis Joplin sorti le 6 janvier dernier. Ce film, Janis: Little Girl Blue, retrace la vie de cette chanteuse morte à 27 ans le 4 octobre 1970. Le film est constitué de témoignages, d'images et de films d'archives où l'on entend et voit Janis Japlin chanter, rire, prendre la pose. C'était une personnalité très attachante qui aimait s'entourer d'hommes. Née en 1943 à Port Arthur au Texas, ce fut une jeune fille mal dans sa peau qui ne supportait pas le racisme anti-noir de l'époque. Elle a été le "vilain petit canard" de son école et est devenue par la suite une des très grandes chanteuses de blues avec sa voix à la tessiture étendue. Le documentaire n'occulte en rien le fait que Janis buvait et était héroïnomane. C'est ce qui l'a tuée. A voir.

4 janvier 2016

Au-delà des montagnes - Jia Zhangke

Comme je l'avais annoncé, je suis allée voir Au-delà des montagnes du réalisateur chinois Jia Zhangke. L'histoire débute en 1999, année où Macao est revenue à la Chine. A Fen­yang (ville natale du cinéaste), la gracieuse Tao, issue de la classe moyenne, est aimée par deux jeunes hommes très différents: un mineur humble et un affairiste nouveau genre, en plein fantasme américain. Elle se marie avec le second avec qui elle a un fils, Deole (devenu plus tard Dollar). De 1999, 0n passe à 2014. Tao a divorcé très vite et elle ne voit plus son fils qui est sous la garde du père. C'est au moment où le père de Tao décède brusquement que Tao revoit son fils âgé de 7 ou 8 ans. Lors de ce tête-à-tête, elle lui donne une clé de la maison où elle habite. Dollar doit partir vivre en Australie avec son père. Quant au mineur, marié et père d'un petit garçon, il tombe gravement malade. Tao n'hésite pas à lui donner une grosse somme d'argent pour qu'il se fasse opérer car Tao gagne très bien sa vie vie mais depuis son divorce elle vit seule avec un chien. 11 ans plus tard, en 2025, on retrouve Dollar en Australie. Il prend des cours de mandarin car il a en partie oublié sa langue natale. Il habite avec son père qui a des armes à portée de main dans une maison ouverte sur l'océan. J'ai trouvé que le film dégageait de la tristesse dans sa description des rapports humains qui s'étiolent au fil du temps. La dernière séquence sous la neige où Tao dansent sur un air de disco au pied d'une pagode est très belle. Je suis moins enthousiaste à propos de ce film que ffred ou Chris mais je le conseille néanmoins.

19 novembre 2015

Avril et le monde truqué - Christian Desmares, Franck Ekinci / L'hermine - Christian Vincent

Si vous appréciez l'univers visuel de Jacques Tardi, allez voir Avril et le monde truqué, dans la lignée d'Adèle Blanc-Sec. L'histoire se passe en France en 1941 sous Napoléon V. Des savants disparaissent depuis un certains temps. Parmi eux, il y les parents d'Avril, qui les croit morts. Les "méchants" de 'l'histoire sont de gros lézards, des varans. J'ai aimé ce film à l'animation réussie, où l'on voit Paris avec deux tours Eiffels. Il y a des dirigeables, des sous-marins et des fusées. Paris baigne dans la grisaille et la fumée. Il y a plein de rebondissements. C'est un film idéal et réussi pour petits et grands avec une vraie histoire pas niaise du tout.

Je suis aussi allée voir L'Hermine de Christian Vincent en avant-première, dimanche 15 novembre 2015: la salle était pleine. Pour son interprétation dans ce film, Fabrice Luchini a reçu le prix d'interprétation masculine à la dernière Mostra de Venise en septembre. Il faut dire qu'il fait merveille en président de tribunal d'assises à Saint-Omer, une ville du nord de la France. La vie personnelle de ce magistrat, Michel Racine, est pour le moment chamboulée: il vit à l'hôtel après avoir été chassé du domicile conjugal. On ne nous en dira pas plus. Michel Racine est surnommé le "Président à deux chiffres": les condamnés en prennent pour 10 ans minimum. La plus grande partie du film se passe dans une salle d'audience du tribunal. Michel Racine, très grippé, préside un procès en infanticide. Au moment du tirage au sort des jurés, il tire le nom d'une femme dont il était tombé amoureux quelques années auparavant. On peut le comprendre car l'actrice qui joue le personnage de cette jurée, Ditte Lorensen Coteret, est Sidse Babett Knudsen, connue en France pour son rôle de Premier ministre dans Borgen. Le film alterne les scènes du procès, assez réalistes semble-t-il, avec celles des considérations des jurés issus de milieux sociaux différents, et avec les tête-à-tête hors audience de Michel Racine et Diete. Le film se laisse voir agréablement et Luchini, tout en retenue comme dans ses derniers films (il n'écrase pas ses partenaires), est très bien.

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