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25 février 2024

La ferme des Bertrand - Gilles Perret

Mon ami Ta d loi du cine m'a emmenée voir La ferme des Bertrand de Gilles Perret le 10 février dernier et je l'en remercie. A l'heure où le monde paysan est en émoi et revendique à juste raison, le film montre une certaine réalité sur le monde paysan depuis 50 ans. C’est un film documentaire sur la transmission de génération en génération. La ferme s'est concentrée sur l'élevage d'une centaine de vaches laitières. Elle se situe en Haute-Savoie et le lait sert à la fabrication du reblochon.

Ta d loi du cine: j'ai retenu que la filière de valorisation du lait s'est organisée après la guerre (AOC Roblochon en 1958), sous forme de coopérative qui achète le lait et le transforme (avec des statuts faisant qu'aucun acteur de la filière ne puisse à lui seul peser trop lourd aujourd'hui). 

Il y cinq générations: le grand-père, trois de ses fils (André, Joseph et Jean), leur neveu Patrick (et sa femme Hélène qui en 2022, va partir à la retraite), les trois enfants du couple (seul le fils, Marc, travaille à la ferme avec le gendre, Alex) et les petits-enfants. Pour illustrer ces diverses époques, il y a trois films en un. Les images sont en format carré ou format rectangulaire selon que le tournage date de 2022, 1997 (le premier documentaire du réalisateur qui est voisin des Bertrand) ou 1972 (des extraits d’un film réalisé par Marcel Trillat). Les intervenants principaux sont donc, en 1972 et 1997, les trois oncles, des frères restés célibataires. Deux des oncles connaissaient le prénom de chaque vache (presque une centaine). Le troisième qui a fait la guerre d’Algérie pendant son service militaire réparait les clôtures et faisait d’autres travaux (réparations mécaniques...).

Ta d loi du cine: d'une ferme familiale, les trois frères, par leur travail acharné, ont développé leur exploitation agricole. Dans le reportage de 1972, on les voir construire de leurs mains, cassant des cailloux comme des forçats, une grande étable neuve. Ils ont pu récupérer les terres d'autres fermiers qui, eux, partaient à la retraite sans reprise familiale derrière eux. 

Même s'ils ne se plaignent pas, André, celui qui parle le plus, révèle que leur vie (celle des trois oncles) a été difficile. Les trois frères ont les souvenirs de l'Occupation et de la vie en autarcie, quand leur fratrie (ils étaient sept enfants) vivait de rien. Dans tout le film, il est peu question du côté financier ou des relations avec les industriels comme Lactalis. On ne parle pas de chiffre. Ils ne se payent pas vraiment de salaire mais ils vivent correctement sans faire de folie. L’argent qu’ils gagnent sert à investir (dans la terre ou dans l'outillage indispensable). À l'époque, le travail était harassant: les vieillards ont les épaules et les mains abimées. André, l’oncle survivant est tout courbé, les deux autres sont morts relativement jeunes.

Ta d loi du cine: c'est touchant de voir comme la jeune génération prend soin de mettre des copeaux sur la pente enneigée qui conduit à l'étable pour qu'il puisse, ensuite, grimper tout seul (sans qu'on ait à lui tenir le bras) mais sans risque. Le côté financier est abordé sous l'angle de la valeur du "patrimoine foncier" accumulé et conservé au fil des décennies, malgré les pressions financières liées à la spéculation sur ces terres aujourd'hui agricoles en Haute-Savoie.

Il considère que ce n’est pas un travail pour les femmes même s’ils ont bien accepté que la femme de Patrick les aide pour les veaux. En 2022, il est question de traite avec des robots mais Hélène continue le nourrissage des veaux au biberon avec le lait de leur mère. On garde les génisses mais les veaux partent pour l’abattoir. Dans la partie filmée en 2022, André, l’un de trois oncles, le seul survivant, n’aime pas regarder en arrière. Désormais, il s’occupe de ses poules, et il admire la nouvelle génération. Ils ont repris à leur compte le fait de ne pas abîmer le paysage. 

Ta d loi du cine: j'ai noté la reprise de gestes similaires, d'une génération à l'autre, mais avec des outils différents: le "fauchage-débroussaillage" autour des pieds des arbres au milieu des pâturages, à la faux pour les premières générations, avec une débroussailleuse à fil ensuite. Mais on retrouve le même geste de l'outil porté par-dessus l'épaule pendant la marche. Ou bien, le foin fané au râteau et à la fourche d'abord, de manière mécanisée ensuite. 

L’entretien des pâturages avec le tracteur est aussi important que la traite des vaches. On ne voit pas les femmes de la famille, elles doivent travailler ailleurs. On voit un peu la ferme sous la neige avec les vaches mais surtout au printemps et en été. Pendant l’hiver (plus de 4 mois), les bêtes sont confinées dans un immense hangar. À certaines périodes, il faut se lever à 5h du matin. A l’heure actuelle, les fermiers peuvent s'accorder une semaine de vacances dans l’année maximum. Dommage que l’on ne voit pas assez les filles du neveu (mort à 50 ans) même si elles interviennent deux fois, en 1997 et 25 ans plus tard. En tout cas, la 5ème génération fera ce qu’elle veut: continuer ou arrêter. 

Ta d loi du cine: j'aimerais vraiment qu'il y ait un quatrième volet, en 2047. Je ne suis pas certain d'être encore là pour le voir... Parmi les critères pour le maintien de l'intérêt pour ce métier, il y aura sans doute l'assurance d'un revenu décent, et la possibilité de passer à une vie avec moins de contraintes (et davantage de congés possibles qu'une seule semaine par an?). 

D'autres billets sur le film: Pascale, Henri Golant, Chris, ou Wilyrah (chez qui, depuis bien longtemps, on ne peut plus mettre de commentaires). Et sinon, le lien à propos du film avec en particulier le dossier de presse. 

Et voici le logo de l'activité chez Ingannmic sur le monde ouvrier et les mondes du travail
(lire, mais aussi voir, donc):
 
LOGO_MONDE_OUVRIER_&_MONDES_DU_TRAVAIL

23 février 2024

Ce que je sais de toi - Eric Chacour

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Je remercie à nouveau Luocine pour avoir donné un très bon conseil de lecture avec Ce que je sais de toi d'Eric Chacour, un premier roman (Edition Philippe Rey, 300 pages magnifiques). Le récit se divise en trois : Toi, Moi et un épilogue appelé Nous. En 1974, Tarek, un homme de 25 ans issu d'une famille chrétienne du Caire, vient de perdre son père qui était médecin. Tarek est devenu aussi médecin. Il vit entouré de femmes : sa mère, sa soeur de deux ans plus jeune et une domestique, Fatheya, une sacrée personnalité et la confidente des secrets de famille. Et puis, il va se marier avec Mira, une jeune femme de bonne famille. En 1981, Tarek va développer un dispensaire à l'abandon dans un quartier défavorisé, le Moquattam. Il reçoit beaucoup de patients et en particulier, un, Ali, 16 ans dont la mère souffre d'un mal incurable. Il ne va pas tarder à découvrir la profession du jeune homme mais Tarek n'y attache pas trop d'importance car il est très attiré par ce garçon. Et malgré les quolibets, Tarek va engager Ali pour l'aider avant ce dernier ne disparaisse. On le dit mort. Tarek, désespéré, émigre au Canada en laissant tout derrière lui, mère, soeur et épouse. J'ai été sensible à la très belle écriture et à l'histoire. Je vous laisse découvrir qui est le narrateur, le "Moi". Le récit se termine en 2001. Un très beau roman que je vous conseille. Tout comme GambadouBernie et Mademoisellelit ainsi que Ritournelle.

20 février 2024

Nuit noire en Anatolie - Özcan Alper

La bande-annonce m'avait paru prometteuse et en effet, je n'ai pas été déçue par Nuit noire en Anatolie de Özcan Alper. Le film se déroule de nos jours (avec un retour en arrière) en Anatolie. Ishak, les cheveux hirsutes, est un joueur de luth qui joue de son instrument à l'occasion de mariages ou dans des boîtes de nuit. Un jour, on l'appelle pour qu'il revienne assister sa mère mourante. Il a quitté son village natal sept ans plus tôt et on apprend pourquoi au fur et à mesure du déroulement de l'histoire. La disparition suspecte d'Ali, un jeune garde forestier, est en effet survenue à cette époque. Ali venait d'Istanbul, il avait dans l'idée de croiser un caracal, un félin pratiquement disparu dans la région. Il s'est mis presque tout de suite les hommes du village à dos car il enlève les pièges à ours et arrête sans ménagement les contrevenants. Par ailleurs, plutôt beau garçon, il séduit Sultan, la jolie fille à marier du village, en lui donnant des leçons de maths. Les rumeurs circulent dans le village sur le fait qu'Ali "en est" d'autant plus qu'un jour lui et Ishak se baignent ensemble dans un point d'eau. Je vous laisse découvrir les péripéties de ce film qui aborde le sujet de l'homosexualité avec délicatesse et plein de non-dits. Les images sont magnifiques. Il faut dire que le paysage pentu est extraordinaire. Il est escarpé avec des gouffres abyssaux. Les pierres et les conifères se côtoient. On sent le danger en permanence. Un très beau film qui m'a fait penser à Burning days dans le traitement du sujet. Lire le billet de Mymp qui a aimé autant que moi.

17 février 2024

Daaaaaali! - Quentin Dupieux

Autant je n'ai pas trop apprécié Yannick, autant j'ai souvent souri en visionnant Daaaaaali! *, le nouveau film du réalisateur Quentin Dupieux qui a aussi écrit, monté et éclairé le film qui dure 1H19. Judith (Anaïs Demoustiers), une jeune journaliste travaillant pour un magazine, est arrivée à obtenir un interview de Salvador Dali qui a accepté. La première séquence est irrésistible car Judith attend le maître dans une chambre d'hôtel. Le couloir est interminable pour parvenir à la chambre. Et l'on voit Salvador Dali marcher et avancer mais il n'approche pas vraiment, d'un plan à l'autre, on le voit toujours au fond du couloir. La séquence dure plus de cinq minutes et c'est très amusant. C'est le premier Dali interprété par Edouard Baer (très bien). Il y en a trois autres (interprétés par Pio Marmaï, Jonathan Cohen et Gilles Lellouche) et un Dali âgé (d'où certainement les 6 "a" du titre). Dali s'attendant à être filmé repart comme il est venu laissant la pauvre Judith désemparée. Dans ce film surréaliste, on assiste au déroulement d'un cauchemar qui débute en enfer, on voit un cow-boy tirer sur un évêque et d'autres péripéties. En parallèle, Judith arrive à obtenir un nouvel entretien cette fois-ci filmé, mais rien ne se déroule comme prévu. Sous son aspect brouillon, le scénario tient la route. Le film est réjouissant. Un bon moment de cinéma où l'on voit Romain Duris manger des pâtes comme un cochon et jouer un producteur de film assez détestable en traitant Judith de boulangère (une insulte dans sa bouche) alors qu'elle a été pharmacienne pendant quatre ans avant de changer de voie.

Lire les billets de Pascale, Selenie et Princecranoir et je n'oublie pas Henri Golant.

* avec six "a" [Edit du 22/02/2024]

14 février 2024

Proust, roman familial - Laure Murat

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Grâce à Luocine que je remercie encore, j'ai lu Proust, Roman familial de Laure Murat (Edition Robert Laffont, 219 pages, plus 18 pages de notes et 10 pages d'index de personnes et personnages) qui a été récompensé à juste titre du prix Médicis essai en 2023. Laure Murat née en 1967 vit à Los Angeles depuis plusieurs années. Elle a rompu ses relations avec sa famille depuis plusieurs années. Homosexuelle, elle vit avec une femme et n'a pas d'enfant, elle est féministe, vote à gauche et elle est professeur à l'université de Los Angeles. "Pour le milieu d'où je viens, c'est excéder de beaucoup le délit de cumul des mandats" (p.14). Ce comportement était une chose inconcevable dans la famille dont elle est issue. En effet, Laure Murat appartient à la famille du duc de Luynes (favori de Louis XIII) par sa mère et est descendante d'un beau-frère de Napoléon, Joachim Murat, par son père. Laure est une princesse Murat. Et Proust dans tout ça? Laure Murat le déclare à la fin de l'ouvrage: Proust l'a sauvée. Elle a découvert Proust quand elle avait une vingtaine d'années avec La recherche du temps perdu où elle a retrouvé le monde révolu dans lequel elle a évolué quand elle était jeune. "L'aristocratie, royaume du signifiant pur et de la performance sans objet, est un monde de forme vides" (p.20). A priori, les arrière-grands-parents de Laure ont connu Proust. Ce dernier s'est inspirée de ses rencontres avec ces aristocrates pour décrire certains personnages de La Recherche. Laure Murat* alterne dans son récit l'histoire de sa famille du côté maternel et du côté paternel en remontant dans le temps tout en analysant en parallèle l'oeuvre majeure de l'écrivain, c'est absolument passionnant et pas du tout rebutant. Elle évoque les relations houleuses qu'elle a eues avec ses parents. Cet essai a la grande qualité, enfin j'espère, de donner envie de se (re)plonger dans La Recherche du temps perdu. Elle nous dit bien que ce n'est pas un roman difficile à lire (je suis d'accord). Il est intéressant de savoir que le nombre d'exemplaires des différents volumes vendus depuis 1913 n'est pas énorme par rapport au fait que l'oeuvre est dans le peloton de tête des chefs-d'oeuvre de tous les temps. On parle pas mal de cette oeuvre mais combien l'ont lue? (p.110-112). Un essai que je vous recommande car je pense que vous allez apprendre plein de choses. Lire le billet de Dominique

*et non Proust comme Anne me l'a fait gentiment remarquer

12 février 2024

Lettre à un Inuit de 2022 - Jean Malaurie

Je (ta d loi du cine, « squatter » chez dasola) présente un livre qui, à deux mois près, aurait pu figurer au "challenge sur les minorités ethniques" proposé par Ingannmic en 2023 (vérification faite, aucun blog ne l’y a proposé). Mais ce qui m’a pour ma part amené à le lire seulement maintenant, c’est le décès de son auteur, Jean Malaurie, à 101 ans révolus (22/12/1922-05/02/2024). J'ai emprunté l'ouvrage au système de prêt de livres de l'AMAP dont je fais partie.

Lettre_a-un-Inuit-de-2022
Jean Malaurie, Lettre à un Inuit de 2022, récit, Fayard, octobre 2015, 160 pages
(un regard angoissé sur le destin d’un peuple)

Je cite les premières lignes du livre : « C’est à toi, Inuit, que je m’adresse. Debout ! Peuple du Groenland, réveille-toi ! Ne renonce pas à ton avenir ! L’Arctique est à la veille d’un désastre. Le pétrole, l’uranium suscitent des projets inconsidérés et l’ombre d’un conflit nucléaire avec des sous-marins au pôle se profile. »

Jean-Malaurie_2001

Dans cette "lettre-testament", c’est surtout au "peuple premier" du Groenland qu’il a étudié durant plus de 70 ans que Malaurie s’adresse, au long de la vingtaine de courts chapitres que comporte l’ouvrage (quelques titres: «L’homme a su plus qu’il ne sait»; Une écriture orale; L’animiste, en survie chrétienne; «Lève-toi et marche!»). Je suppose que le millésime choisi ne l'était pas au hasard, puisqu'il correspondait à son propre centenaire (dont rien ne lui assurait, en 2015, qu'il l'atteindrait et même le dépasserait!). Le livre en gros caractères comporte huit pages de photos en cahier central [photo : Jean Malaurie, 3 mai 2001], ainsi que plusieurs cartes en début et en fin d’ouvrage.

Au fil des pages, l’auteur revient sur son parcours, sa carrière, ses rencontres, en tant qu’ethnologue « de terrain » (et non « de bibliothèque »). 

Entre autres, j’ai été frappé par l’exemple qu’il donne (p.48-49) : alors qu’il enregistrait au magnétophone un groupe, dans un igloo, le doyen, en écoutant la bande au bout de 20 minutes, lui dit avec colère : « cet appareil est mauvais. Je n’ai jamais prononcé ces mots ». L’appareil était réducteur : il ne « captait » rien de la gestuelle, des efforts de langage simplifié pour se mettre « au niveau » d’un blanc inculte, de l’approbation silencieuse de l’auditoire qui « validait » ce qui était dit… « Le seul enregistrement est mensonger parce que fragmentaire ».

Pour ma part, je l’avoue, je suis beaucoup plus sensible à ce genre d’exemple purement sociologique (comme l’information que 40% de la population active au Groenland est constituée de fonctionnaires ou de para-fonctionnaires travaillant pour le gouvernement, que la quasi-totalité des échanges s’effectue avec le Danemark, que les Danois représentent 11% de la population mais la majorité des cadres…) qu’à d’autres aspects plus « mystiques » du livre, portant sur le chamanisme, le rapport au monde, les perceptions extra-sensorielle, l’animisme, ou la croyance que proclame Malaurie en l’entité Gaia (la planète terre sur laquelle nous vivons et dont nous faisons partie)…

Jean Malaurie a par ailleurs été le fondateur de la collection Terre humaine en 1954 chez Plon, collection qui compte aujourd’hui une centaine de titres, dont trois ou quatre lui sont dûs (elle en est aujourd’hui à son troisième directeur de collection). J’ai pu, comme tout le monde, lire quelques-uns de ces titres au cours des quatre dernières décennies. Selon ce que j’en comprends, le projet était nettement plus ambitieux que la collection Raconter la vie que j’ai évoquée il y a quelque temps. Il s’agissait ici davantage de faire rédiger « à la première personne » des ouvrages dont chacun ferait sens mais aussi mémoire pour la recherche ethnologique présente ou future.

Jean Malaurie déplore d’ailleurs, en 2015, qu’il n’existe pas une Maison d’édition spécifiquement groenlandaise pour traduire certains titres, ceux concernant le pays. Il signale aussi le manque d’établissements d’enseignement supérieur, qui amène les jeunes souhaitant faire des études à s’exiler à l’étranger, d’où ils hésitent, ensuite, à revenir. J'ai noté l'anecdote qu'il rapporte (pp.114-115): lors de l'inauguration du Musée des Arts premiers, quai Branly, un premier ministre d'un Etat d'Afrique de l'Ouest lui a demandé de dire de sa part à Jacques Chirac qu'il ne se retrouvait pas beaucoup dans ces peuples racines. "(...) Nous avons de grandes universités en Afrique noire. Où sont-elles représentées dans ce musée parisien de l'histoire des peuples?".

Le livre se conclut sur une exhortation à la jeunesse inuite à prendre son destin en main, pour créer une nation groenlandaise. 

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Pagedemandeenexistepas_12-02-2024-10h10Je change totalement de sujet pour signaler que, durant tout le week-end dernier et jusqu'à ce lundi 12 février, dasola et moi n'avons pu accéder à la partie "administrateur" du blog, cependant que nous constations avec chagrin que, même si le blog restait consultable, il était rigoureusement impossible d'y enregistrer le moindre commentaire (un message en rouge s'affichait, signalant cette impossibilité et invitant à réessayer "d'ici quelques minutes"...). 

Selon les informations disponibles, la plateforme canalblog est en pleine migration sur de nouveaux serveurs, d'où les "couacs" ces derniers temps...

9 février 2024

La zone d'intérêt - Jonathan Glazer

Quand la projection de La zone d'intérêt du britannique Jonathan Glazer démarre, l'écran est noir et on nous fait entendre une musique plutôt oppressante. Quelques minutes après, une image bucolique apparaît, un groupe d'hommes, de femmes et d'enfants finissent de pique-niquer au bord d'une rivière. Ils repartent en voiture et on se retrouve dans une maison agrémentée d'un grand jardin (avec piscine et verger) entourés d'un mur. Derrière ce mur, c'est l'enfer sur terre. Nous sommes à Auschwitz en 1942 et Rudof Höss et sa femme Hedwig vivent dans cette maison mitoyenne du camp avec leur cinq enfants dont un bébé, servis par de jeunes polonaises corvéables à merci qui ne disent pas un mot. Rudolf Höss règne sur le camp et Hedwig règne sur la maison d'une main de fer. Le film se passe essentiellement dans la maison et le grand jardin qui ressemble à l'Eden. Mais néanmoins, on entend des sons dont les fours crématoires qui fonctionnent à plein régime jour et nuit. Même quand il fait beau, les fenêtres restent fermées car en en plus de l'odeur nauséabonde, cela permet d'atténuer le bruit des fours, des détonations, des cris, des pleurs, des aboiements de chiens et des vociférations. Il faut saluer le travail de l'ingénieur du son. Il y a relativement peu de dialogues dans ce film, sauf quand Höss se fait expliquer sur un plan comment raccourcir les délais pour exterminer le plus de gens possible. Ou quand Höss quitte le camps quelques semaines pour se rendre à Orianenburg pour une réunion que je vous laisse découvrir. A la fin du film, une séquence marquante nous permet d'entrer dans le camp de nos jours, avec des femmes de ménage qui passent l'aspirateur devant des vitrines remplies de chaussures, valises et autres béquilles ou qui balaient dans une chambre à gaz et autour de deux fours crématoires délabrés. Les acteurs sont filmés plutôt de profil et de loin. Le personnage d'Hedwig m'a paru aussi épouvantable que le mari. Elle n'a aucune empathie pour personne. Elle ne comprend même pas que sa mère venue lui rendre visite quelques jours reparte sans rien dire. Les enfants du couple n'ont pas grand-chose à faire. Le réalisateur arrive à désincarner ces personnages. C'est effrayant. Le film est une expérience sensorielle qui met mal à l'aise car si on ne voit rien de ce qui se passe derrière le mur, on entend tout. Pendant la projection, un jeune couple assis à côté de moi mangeait du popcorn: ils se sont arrêtés de le faire. En ce qui me concerne, j'ai recommencé à respirer normalement en sortant de la séance. Cela n'empêche pas que je conseille ce film.

Lire les billets de Pascale (pas convaincue), Princecranoir et Selenie. Sinon, même si certains critiques (comme Xavier Leherpeur au cours de l'émission du Masque et la Plume qui a traité le film de "dégu... asse") sont durs avec ce film, La zone d'intérêt a déjà été vu par plus de 200 000 spectacteurs depuis sa sortie le 31 janvier 2024. 

7 février 2024

Le procès Papon - Riss (livre & exposition)

Une exposition sur la couverture par Riss du procès Papon en 1997-1998 est en cours au Mémorial de la Shoah (jusqu'au 3 mars 2024). Il est encore temps que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous parle aujourd'hui de ce "reportage dessiné" et du livre que Riss en avait tiré. 

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La plaquette de présentation de l'exposition en cours, et le livre
Riss, Le procès Papon, un fonctionnaire de Vichy au service de la Shoah, éd. Les échappés, 1ère édition 2017, 144 pages (relié), 26 euros

On connaît les faits (et sinon, on trouve facilement sur internet l'histoire de Maurice Papon et de son procès), que je résume en quelques mots : durant la seconde guerre mondiale, sous l'occupation allemande, Maurice Papon (1910-2007) a exercé des responsabilités en Gironde en qualité de secrétaire général de la préfecture de Bordeaux. Après la Libération, il a poursuivi sa carrière de haut fonctionnaire, notamment en Algérie ou au Maroc sous la Quatrième République, jusqu'à devenir Préfet de Police à Paris, puis ministre, sous la Cinquième République, de 1978 à 1981 (troisième gouvernement Barre). En mai 1981, entre les deux tours de l'élection présidentielle, Le canard enchaîné publie un article mettant en lumière son rôle dans la déportation des Juifs bordelais. Maurice Papon est inculpé le 19 janvier 1983 de crimes contre l'humanité. Après des années de guerilla judiciaire, le procès Papon se tient du 8 octobre 1997 au 2 avril 1998. Riss est présenté comme le seul journaliste à avoir suivi l'intégralité des débats (98 séances). Sa demande d'accréditation pour le procès mentionnait son statut de dessinateur de presse (souligné par lui, voir photo du courrier ci-dessous).

Demande_accreditation_dessinateur-de-pressePour ma part, je suis passé visiter l'exposition il y a quelques semaines (une soixantaine de dessins y sont présentés, sur + de 400 réalisés par Riss). N'ayant pas pris de photos, je remercie mon collègue pour la transmission de celles qu'il avait prises lors de sa propre visite en décembre 2023.

Par ailleurs, ne possédant pas les numéros de Charlie Hebdo de 1997-1998 dans lesquels paraissaient chaque semaine les "reportages dessinés" de Riss durant les six mois du procès, je ne suis pas retourné en bibliothèque aux fins de les consulter. Je ne possède pas non plus le Hors-série (N°6, broché) publié en 1998 et qui comportait 144 pages (dont j'ignore si elles reprenaient purement et simplement les chroniques hebdomadaires, ou si elles en différaient). Mais je disposais, lors de la rédaction du présent article, du livre ci-dessus, dont la première édition date de septembre 2017. Laurent Joly, collaborateur régulier de Charlie Hebdo de 2009 à 2015 et commissaire de la présente exposition (2023-2024), en signe aussi la préface (mais ce n'est pas le catalogue de l'exposition). J'en ai compté les pages moi-même, car elles ne sont pas numérotées.

L'exposition est située au troisième étage du mémorial, dans les mêmes salles où j'avais visité l'exposition des dessins de Cabu sur la rafle du Vél d'Hiv en 2022. Au-delà des dessins de Riss ou des documents bruts (tapuscrits d'époque, documents administratifs, ...), de grands panneaux explicatifs contextualisent, expliquent et commentent ce qui est exposé. 

Le livre, lui, est organisé par "chapitres" retraçant chronologiquement le déroulé du procès:

  • Le curriculum vitae de Papon; les témoins de moralité; les historiens;
  • Les organisateurs des persécutions anti-juives à Bordeaux;
  • Papon au service des questions juives de la préfecture de Bordeaux;
  • Les crimes contre l'humanité reprochés à Papon (déportation de Léon Librach; huit convois, depuis celui du 18 juillet 1942 jusqu'à celui du 13 mai 1944);
  • Papon et la résistance; Papon et l'épuration; les associations parties civiles;
  • Les plaidoiries des avocats des parties civiles; le réquisitoire du parquet; les plaidoiries de la défense; le verdict.

Il est essentiellement en noir et blanc, même si quelques touches de couleur (rouge, vert, mauve...) rappellent ça et là dans quelle "partie" on se trouve, s'il est question de l'accusation, de la défense, des parties civiles (24 avocats défendaient 27 parties civiles)...

En ce qui concerne le travail de Riss, j'ai été intéressé par cette "mise en lumière" du processus créatif, puisqu'on a, accrochés sur les murs, des pages "brutes", des crayonnés, des esquisses d'attitudes, les mots griffonnés à la volée. On a aussi quelques pages "montées": mise en place des dessins, découpés et collés sur une grande feuille, avec des textes lettrés lisiblement. Et enfin, le livre permet d'en apprécier le résultat une fois imprimé. 

Barre_a_la_barre  P1160906 Intervention de Raymond Barre (ancien Premier ministre et dont Papon a été ministre): à gauche la page du croquis avec les notes prises lors son intervention, à droite la page imprimée (avec phylactères). 

HS_6_avril_98_pp2-3 La page "montée" en noir et blanc... P1160911 ... et la version imprimée (avec quelques touches de couleur). 

Au risque de me répéter, je ne puis dire si ces "pages" ont été imprimées à chaque fois sans retouche (sur le papier "grand format" [environ 31,5 x 40 cm] de l'hebdo, puis sur le format plus petit du Hors-série de 1998, enfin sur du beau papier épais pour la version reliée que j'ai entre les mains), ou s'il y a eu plusieurs versions plus ou moins complètes. 

Certains dessins exposés sont de très grande dimension (plus d'un mètre de côté), notamment des "panoramiques" de la salle d'audience. Je n'ai pas distingué si le papier d'origine était d'un seul tenant, ou constitué de plusieurs feuilles collées bout à bout (que ce soit sur place ou a posteriori).

Salle_d_audience_5_fevrier_98  Salle_d_audience_9_octobre_97

Riss dessine avec respect les parties civiles, tandis que l'accusé ou les témoins de la défense ne sont pas dessinés sous leur meilleur angle. Dans le livre, ses multiples dessins de Papon (j'en ai compté plus de 120 au total) campent en tout cas un personnage agité, avec des expressions de visage et de corps extrèmement variées (esquisse, dessin en pied, de face, de profil, de dos, écoutant (ou pas) ou s'exprimant, immobile ou en mouvement...). 

P1160910  Avocat_gesticulant  Papon  Papon_gesticulant

Encore quelques photos de l'exposition... Papon-face-procureur_5fevrier98  HS_6_avril_98_pp22-23

Condamné à 10 ans de prison et 10 ans de privation de ses droits civiques, civils et de famille, libéré pour raison de santé le 18 septembre 2002, Maurice Papon est mort le 17 février 2007, à l'âge de 96 ans. 

Avocat

Je n'ai pas assisté à la conférence inaugurale de l'exposition le 19 octobre 2023 (on peut la retrouver sur la chaîne youtube du Mémorial). J'ai écouté un extrait de Riss parlant de son travail de captation sur Apple Podcasts: présentation de l'exposition. Il y évoque notamment son souhait de donner au lecteur la matière la plus brute possible. Les dessinateurs étaient dans le prétoire, au plus proche de l'accusé et des témoins (ce qui permet de mieux observer le comportement des gens, les attitudes), alors que les journalistes étaient dans une mezzanine, parfois dans une autre salle à suivre l'audience en vidéo... Dans un procès, ce qui est important c'est la parole (oralité des débats), il mettait donc autant de temps pour noter ce qui se disait que pour dessiner (avec un "compte-rendu" à produire chaque semaine pour publication dans Charlie Hebdo...). Il fallait toujours rester vigilant (on ne sait pas à l'avance l'importance de ce qui va être dit, l'analyse se fait a posteriori sur tout ce qu'on a noté). "Il faut capter très vite les traits d'un témoin, pour garder trace de son passage. Ce qu'ils disent aide à comprendre à qui on a affaire. Parfois, c'est un peu caricatural... Certains ne sont restés que 2 minutes parce qu'il n'arrivaient même plus à parler". Riss constate aujourd'hui (fin 2023) que les acteurs de l'époque qui sont venus témoigner en 1997 ont aujourd'hui disparu: ce procès était le dernier moment où l'on pouvait les faire parler en public. On trouve une présentation par Riss du Hors-série de Charlie aux étudiants de l'IEP de Bordeaux en 1998 sur la plateforme de l'INA

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Le "Hors-série" de Charlie Hebdo paru en 1998 avait connu un second tirage, une fois le premier écoulé à 250 000 exemplaires (vendu 35 F à l'époque). 

L'entrée de l'exposition (qui dure encore quelques semaines) est gratuite. Le livre de 2017 (relié) est disponible sur la boutique des éditions Les échappés

Je ne sais pas si beaucoup de blogs ont publié des billets sur le livre ou l'exposition, une recherche sur G**gle avec "blog le procès papon riss" ramène à plusieurs reprises "Certains résultats peuvent avoir été supprimés conformément à la loi européenne sur la protection des données." J'ai cependant constaté que le blog Notre jardin des livres a évoqué livre et exposition. Je rajouterai d'autres liens si j'en ai connaissance. 

*** Je suis Charlie ***

6 février 2024

INA Madelen

Vous allez me dire, qu'est-ce que c'est? Et bien bien pour une fois, je voulais faire une publicité pour une plateforme passionnante, celle de l'INA (Institut National de l'Audiovisuel), accessible pour une somme très modique (2,99 euros/mois). Sur cette plateforme, vous pouvez visionner de "vieilles" séries, des émissions de télévision à une époque où l'on ne prenait pas les télespectateurs pour des imbéciles, des films et du théâtre (dont Au théâtre ce soir et les représentations de la Comédie Française des années 60 et 70). Je vous donne quelques titres: tous les Apostrophes de Bernard Pivot, les six saisons de Chapeau Melon et Bottes de cuir en VO sous-titrée, Les cinq dernières minutes, Maigret avec Jean Richard, les aventures de Vidocq, des mini-séries dont Madame le juge (avec Simone Signoret), Docteur Teyran (avec Michel Piccoli), Les brigades du Tigre,  la pièce Peer Gynt d'Ibsen mis en scène par Patrice Chéreau, Le soulier de satin de Paul Claudel mis en scène par Antoine Vitez. Le catalogue proposé s'enrichit régulièrement et inclut des films et des séries. Le moteur de recherche est très simple. Pour moi, c'est du bonheur. Pas encore convaincu? Vous pouvez tester la plateforme pendant 1 mois sans engagement. https://madelen.ina.fr/discover 

3 février 2024

Les lueurs d'Aden - Amr Gamal

Cela m'intéresse toujours d'aller voir des films venus de pays où l'industrie du cinéma est pratiquement inexistante. Les lueurs d'Aden d'Amr Gamal est un film yéménite qui se passe à Aden, la deuxième ville plus importante du Yemen, pays qui est en guerre depuis des années. On fait la connaissance d'Isra'a et Ahmed, un couple marié avec trois enfants. Ahmed travaille à la télévision Aden TV, mais il n'est pas payé depuis quelques mois. Pour subvenir aux besoins de sa famille, il est devenu chauffeur de taxi collectif. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, Isra'a est à nouveau enceinte pour la quatrième fois et ce n'est plus une bénédiction dans ce pays profondément religieux, mais un avenir de misère encore plus grand. Déjà le troisième enfant, un garçon, n'était pas le bienvenu au départ. Ahmed veut qu'Isra'a avorte. Mais ce n'est pas simple de trouver un médecin qui l'accepte quand le foetus est viable. Le couple va dépenser pas mal d'argent et connaître des déconvenues avant peut-être d'y arriver. Le réalisateur vit à Aden et on sent qu'il aime sa ville toute délabrée avec des immeubles abîmés par la guerre. On remarque des bâtiments encore très beaux malgré tout. Aden, c'est aussi un port que l'on peut admirer vu du ciel avec des montagnes en arrière-plan. Les habitants, qui sont solidaires entre eux, se débrouillent comme ils peuvent pour survivre entre les pannes d'électricité fréquentes, l'eau qu'il faut aller chercher à la citerne et les prix exhorbitants de toutes choses, alimentation et autre. Le film dure moins d'1H30 et il en dit beaucoup sur l'état d'un pays en guerre et un peu oublié. S'il passe par chez vous, ne le manquez pas. Je trouve l'affiche très belle.

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1 février 2024

Captives - Arnaud des Pallières

Je suis allée voir Captives d'Arnaud des Pallières après avoir vu la bande-annonce et pour les actrices présentes au générique. 

Ce film fut une vraie déception car je me demande ce que le réalisateur a voulu nous raconter. Il paraît que c'est inspiré d'une histoire vraie. Cela se passe en 1893-1894 à Paris dans un asile où il y a 5000 femmes (on n'en voit que peu), des folles, des idiotes, des hystériques, des prostituées, etc. Fanni, âgée d'une trentaine d'années, se fait interner volontairement. Elle espère retrouver sa mère internée depuis 29 ans. A l'arrivée, les femmes sont déshabillées, comme dans une prison. Elles ont droit à la baignoire d'eau glacée. Elles dorment dans une soupente à plusieurs. La nourriture est peu ragoûtante. Les femmes enceintes accouchent toutes seules et leurs bébés "disparaissent" pour être baptisés. Quand Fanni arrive, il est question d'organiser le bal annuel à l'occasion duquel les femmes de l'asile et les notables de la ville se rencontrent. L'ensemble est décousu, Fanni retrouvera peut-être sa mère. Marina Foïs joue un personnage très antipathique, Yolande Moreau fait du Yolande Moreau, un peu rêveuse. Josiane Balasko est bien en surveillante-chef qui se trouve être plus humaine que prévu. Un film que vous pouvez éviter de voir (selon moi). Lire les billets de Pascale et Selenie

29 janvier 2024

Le chant des innocents - Piergiorgio Pulixi

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Après L'ile des âmes et L'illusion du mal, je viens de terminer en moins de deux jours Le chant des innocents du romancier italien Piergiorgio Pulixi (Edition Gallmeister, 327 pages), publié en 2023 en France, mais qui date de 2015. Il s'agit du premier volet d'une série, "Les chansons du mal", dont fait aussi partie L'illusion du mal. Dans Le chant des Innocents, le personnage principal est Vito Strega, un commissaire de police suspendu parce qu'il a tué (volontairement ou non) un de ses collègues. Il doit être suivi par une psychologue qui jugera s'il pourra être réintégré ou non dans la police. Les innocents du titre sont les victimes de jeunes meurtriers (entre 14 et 15 ans). Ces derniers semblent être manipulés par quelqu'un qui les incite à tuer par vengeance. En effet, les assassins connaissent leurs victimes. Le mobile est la vengeance. Une ancienne collègue, Teresa Brusca, secrètement amoureuse de Vito, lui demande de mener l'enquête malgré sa suspension, car Vito est un policier exceptionnel même s'il aime trop l'absinthe. Ce dernier a aussi du mal à se remettre de sa séparation d'avec sa femme quelques mois auparavant. Une autre femme, Marina, une femme lieutenant-colonel du corps des carabiniers, s'invite dans l'histoire. On découvre que c'est une femme dangereuse. Le roman s'achève sur des points d'interrogation. J'ai trouvé que le roman se lisait bien mais l'intrigue criminelle reste superficielle. Rien n'est fouillé. C'est nettement en dessous des deux romans précédents. J'espère que le prochain à paraître en avril, La septième lune, sera plus consistant. Lire les billets d'Aude, Pierre Faverolle, Simone

26 janvier 2024

13 à table! 1 livre = 4 ou 5 repas (2022, 2023 & 2024) - Collectif

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Motivé par le challenge "Bonne année, bonnes nouvelles" lancé par Doudoumatous (Je lis, je blogue), j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) choisi, comme d'autres, de parler de 13 à table, le recueil annuel de nouvelles publié au profit des Restos du coeur depuis 2014 chez Pocket. Je ne me suis pas cantonné à une seule édition, mais je vous présente les trois que j'ai eues sous la main, 2022, 2023 et 2024. Les couvertures sont dues à Riad Sattouf (qui y met parfois en scène son héroïne Esther, sauf erreur de ma part?). Cela m'a donné l'occasion, aussi, de jeter un oeil sur la biographie des auteurs (wikip... est mon ami!). 

 

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13 à table! (de gauche à droite, les éditions 2022, 2023, 2024).
Le chat est celui du collègue que je remercie de m'avoir prêté les trois volumes (dasola m'avait questionné sur son chat...).

Je précise bien que ce n'est en aucun cas la notoriété des  auteurs qui, moi, m'a amené vers ces recueils: je connaissais certes certains noms, mais rien de plus (je n'avais jamais rien lu d'eux).

P11608992022: cette édition, vendue 5 euros, comporte 280 pages (imprimée en novembre 2021). La page de préface est signée seulement Les restos du coeur. Le thème, cette année là? Souvenirs de vacances. Le recueil comporte 15 nouvelles. Ci-dessus quelques mots sur chacune des nouvelles (dans l'ordre des pages, non dans celui de mon intérêt).

Le fugitif (p.9): une histoire à tiroirs, de "job de vacances" immortalisé sur pellicule... et de sa redécouverte "en famille" (sans dévoiler la "péripétie secrète"). Je ne sais pas si Tonino Benacquista a juste brodé ou bien tout inventé... Mais si ce n'est pas vrai, c'est bien trouvé!

Un faire-valoir (p.21): Françoise Bourdin nous réécrit Bonjour tristesse? Une gentille nouvelle.

Souvenirs d'enfance (p.37): Marina Carrère d'Encausse aurait pu écrire pour les recueils Alfred Hitchcock présente, cette nouvelle "policière" m'en paraît largement digne (tout en respectant le thème imposé)! 

Dag Hammarskjöld (p.55): tonalité très sombre pour des vacances chez Jean-Paul Dubois... avec un zeste de mémoire politique. 

On ne joue plus (p.67): On retient la belle mort de l'oncle blagueur, capable de donner d'inoubliables souvenirs de vacances à ses jeunes neveux. Mais le récit peint par François d'Epenoux s'achève sur une touche plus sombre. 

L'ascension (p.85): un texte triste de Karine Giebel, initié avec un retour en arrière. Entre les deux frères, Théo et Vincent, il y a de l'oreille coupée un peu téléphonée. 

Les étés (p.121): fils unique versus fratrie, on s'observe de loin sans se parler. Marie-Hélène Lafon met en scène des étés campagnards, avec deux familles tellement différentes.

L'abat-jour cramoisi du vieux Sémaphore (p.139): Alexandra Lapierre  (dont je n'ai jamais rien lu) narre comment il peut arriver qu'on se fasse déposséder d'une "maison de famille" par une avocate spécialiste de l'immobilier... Grrr!

Poulet rôti à l'origan frais et au citron (p.165): une "ancienne" recette de Cyril Lignac et deux pages de blabla (ce n'est pas une nouvelle).

Le coup de folie des vacances (p.171): Agnès Martin-Lugand (encore une "signature" dont j'ignorais la plume!) pose ici une famille recomposée au milieu de nulle part (on ne capte même pas la G4, gémissent les ados). La location dans le Sud-Ouest finira par un achat.

La nuit de juillet (p.191): durant l'été 1982, France et Allemagne ne sont pas uniquement rivaux sur le terrain du football, mais aussi dans le coeur d'Hélène, qui a plaisir à fréquenter tant Baptiste que Manfred. Mais à la fin, il ne doit en rester qu'un... nous rappelle Etienne de Montéty.

Petite vacance (p.217): ceux qui ont lu Tsunami de Marc Dugain (paru en 2023) apprécieront sans doute la pochade estivale concoctée par François Morel en 2022.

Martine (p.231): c'est un peu l'horreur... qui monte au fil des minutes. Je n'ai pas trop vu le rapport avec les vacances dans ce "speed-dating" dû à Romain Puértolas?

Génie et Magnificent (p.247): Tatiana de Rosnay brouille les pistes, dans cette nouvelle qui commence comme un Agatha Christie et finit comme un téléfilm de Noël.

La chambre verte (p.269): dans cette nouvelle amère de Leïla Slimani, le vert est la couleur du déni. 

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P1160895Le "dépôt légal" de l'édition 2023 correspond à novembre 2022, cette édition a pour thème La planète et moi, avec une préface "exceptionnelle" de Thomas Pesquet (scoop: il y a eu jusqu'à 13 personnes dans l'ISS, en de rares occasions. Mangeaient-elles en un seul service, ou en plusieurs?). 

* La binette (p.17): je ne savais pas que Françoise Bourdin (décédée le jour de Noël 2022) disait être le quatrième auteur français contemporain en terme de nombre de livres vendus, mais "passer" beaucoup moins dans les médias que les trois premiers... Sa nouvelle est en tout cas pleine de bons sentiments (quelque peu bobos sur les bords?).

* Les vertiges du vide (p.33): de Marina Carrère d'Encausse, joli conte sur la transmission de père à fille...

* La mèche est dite (p.47): quelle peut être, à votre avis, la seule raison pour laquelle Trump réélu pourrait décider de réintégrer les Accords de Paris (c'est bien trouvé par François d'Epenoux!)?

* Lobo (p.71): Karine Giebel m'a permis d'apprendre que "camote" est l'une des appelations de la patate douce... Cette nouvelle a résonné, pour moi, avec un opuscule que j'avais lu il y a quelques années et versé dans le système de prêt de livres de l'AMAP dont je fais partie, Chico Mendès, NON à la déforestation

* La planète et moi et moi et moi (p.87): cette nouvelle m'a au début fait songer au manga Le Maître des livres (bibliothèque...), et puis, avec son titre, j'ai craint un moment le pire avec ce titre quelque peu égocentrique... Une jeune mère de famille de classe moyenne qui (re)découvre le débat, ou du moins l'écoute et l'ouverture aux autres? Je n'ai pas du tout vu venir la chute (et c'est un compliment!). Raphaëlle Giordano: encore une "signature" que j'avais dû voir sur les blogs, sans du tout y prêter attention jusqu'à aujourd'hui...

* Ma planète et moi (p.109): idem [j'ai commencé en craignant le pire]. Au moins, ces affres signées Alexandra Lapierre sont rigolotes... Je n'en retiens guère qu'une chose: internet, c'est abominable. Et les applis, c'est traitre!

* Ne jetez rien, cuisinez tout! (p.135): dans la recette de Cyril Lignac (chef), je n'ai pas bien compris si on doit les manger ou non, les épluchures de légumes...

* Le Choix du monde (p.145): j'ai trouvé cette nouvelle d'Agnès Martin-Lugand, plus profonde qu'on pourrait le croire à première lecture. Au-delà de la présentation neutre d'une famille recomposée et des tendres relations entre "quasis", elle m'a fait songer avec crainte à Voyage au bout de la solitude de Jon Krakauer...

* Les Encapuchonnés (p.163): vraiment bien apprécié la chute de cette nouvelle de Romain Puertolas... Mon frère!

* C'est ainsi que l'orange continue de bleuir (p.177): une nouvelle de Mohamed Mbougar Sarr, que j'ai trouvée désespérante, dans la lignée d'Interstellar, d'un monde à l'agonie, de La mort de la terre... Magnifique à lire, donc. En espérant ne jamais la vivre. 

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P11608982024: pour cette édition (imprimée en octobre 2023, 253 pages), le prix d'achat du livre neuf (6 euros) finance désormais 5 repas (et non plus 4). Le thème en est: j'ai dix ans (avec l'aimable autorisation d'Alain Souchon et Laurent Voulzy!). Préface de Romain Colucci (le fils aîné de...). 15 auteurs ont planché. 

*La fin de l'enfance : une nouvelle emplie d'éléments autobiographiques de Philippe Besson (mais, pour les lecteurs et les restos, fallait-il tuer le père?).

*J'ai  dix ans... demain : un coup vrai de poing dans la gueule, signé Michel Bussi. Y en a qui ont pas de chance. Aucune chance, même!

* 22 : cette nouvelle de Maxime Chattam n'est pas non plus excessivement optimiste. 

* 69, année fatidique : François d'Epenoux signe sans conteste la meilleure nouvelle de ce recueil, à mon avis (qui n'engage que moi!). Un zeste de Plan 75 (le film), transposé en France avec juste quelques années d'anticipation (10 ans, vous croyez?). En tout cas, c'est merveilleux, la télépathie. Jusque-là, je grommelais... et puis je me suis mis à afficher bêtement un sourire de plus en plus grand, vers la fin!

Ceci est mon journal intime : de l'utopie à l'uchronie, avec des décennies multipliées... Lorraine Fouchet nous invente une jolie saga familiale sur la transmission. 

Chloé : de Karine Giebel, une nouvelle d'enfant (comme on dit "un livre d'enfant"), avec des héroïnes très identificatoires (diront des mamans lectrices)?

"On n'est pas des machines..." : on n'imagine pas la vie trépidante... d'un lave-linge, menacé d'obsolescence programmée. Un gentil conte de Raphaëlle Giordano!

Garçon crépon : un mauvais souvenir du catéchisme... Mais non, ce n'est pas ce que vous pensez, Philippe Jaenada ne nous parle pas d'attouchements indus!

Les Escarpins, un conte de Noël : Alexandra Lapierre nous émeut avec une version enfantine de La parure... même si le drame est moindre.

Cake marbré au chocolat : la recette de Cyril Lignac met l'eau à la bouche... mais ce n'est toujours pas une nouvelle, pour moi.

Où en serions-nous aujourd'hui? : c'est marrant, on retrouve la même famille recomposée que dans l'édition précédente (2023), dans cette nouvelle "rétrospective" d'Agnès Martin-Lugand. L'autrice en tirera-t-elle un recueil indépendant voire un roman entier au final? Cela me fait songer à ces profs de fac qui "testaient" sur les étudiants, durant leurs cours de l'année, le livre qu'ils publieraient l'année suivante... 

L'appartement : une gentille bluette de Romain Puértolas. Ça peut faire rêver...

Aranéide : une haine enfantine, ça peut laisser une marque sur le carreau. Tatiana de Rosnay dévoile d'abord comment, puis peu à peu pourquoi.

Le portail : intéressante mise en perspective des deux faces d'une séparation. Je n'avais pas senti venir la chute (amère), bravo Leïla Slimani!

Le miroir : Franck Thilliez renouvelle un jour / une histoire sans fin. 

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... et en voilà donc pour 40 nouvelles par 23 auteurs (cinq ont publié dans les trois recueils, six dans deux - pas toujours consécutifs -, et 13 écrivains n'ont eu qu'une seule publication sur les trois ans). Je reconnais ne pas avoir acheté les livres neufs pour ce qui me concerne, mais ils sont toujours disponibles si je vous ai ouvert l'appétit! Pour ma part, je fais chaque année (entre Noël et le jour de l'an) un don aux Restos du coeur depuis plusieurs décennies (la toute première fois, alors que j'étais étudiant, grâce à une "opération" que j'avais montée...). 

Si vous voulez le relevé complet des auteurs pour toutes les éditions parus, ça figure bien entendu sur Wikipedia (consulté le 25 janvier 2024). Par contre, il est amusant de voir que toutes les biographies d'auteurs n'y intègrent pas (pas encore?) leurs nouvelles dans les derniers recueils 13 à table. 

Avant chaque nouvelle, les présentations n'oublient pas de faire la promotion de la dernière oeuvre parue de chaque auteur. Si j'ai bien compris le principe de l'opération, il s'agit de contributions bénévoles. Apparemment, l'opération, en 10 ans, a généré des millions d'euros de chiffre d'affaires, et permis le financement d'à peu près autant de millions de repas... Des lectures parfaitement recommandables, donc.

Ma seule petite déception, c'est la recette "annuelle" de Cyril Lignac. Certes intéressante "en elle-même", je pense qu'elle n'a rien à faire dans un recueil de "nouvelles". Je ne sais pas qui le "sollicite" chaque année, mais... Que les Restos montent plutôt une autre opération, avec quelques chefs à la mode, "Chefs du coeur" (par exemple - j'ai pas vérifié si la marque n'était pas déjà déposée!), pour un recueil annuel de recettes qui fera... effet (produit)! Mais ce n'est que mon avis, qui n'engage que moi.

Pour l'édition 2024, on peut trouver d'autres avis et informations sur le blog Une bonne nouvelle par jour (!), chez Du calme Lucette, chez Les lectures d'Aziliz, ou chez Mara (liste non exhaustive)... Sans oublier Violette (qui m'avait "alléché" dès décembre 2023!). Nombre de blogs se contentent d'annoncer la sortie du recueil (ce qui est déjà quelque chose). Mais bien d'autres blogs ont parlé du contenu au fil des ans, voire chaque année: n'hésitez pas à signaler si vous avez pour votre part chroniqué ces trois éditions-là. 

24 janvier 2024

Godzilla minus one - Takachi Yamazaki

Je suis allée voir Godzilla minus one de Takachi Yamazaki sans connaître l'histoire. J'ai surtout lu que le film ne serait projeté que pendant deux semaines dans différentes salles à Paris et en Province. Avant le 31 janvier 2024, essayez d'aller voir, si vous pouvez, ce film très bien fait avec une vraie histoire. En 1945, le Japon est exsangue. Sur l'île d'Odo, un avion kamikaze se pose après avoir simulé une panne. Le pilote, Kōichi Shikishima n'a pas pu se résoudre à se sacrifier. Sur l'île, il y a une base aérienne qui va être détruite par un étrange monstre sorti de l'eau: une bête énorme avec une gueule toute dentue, qui écrase tout sur son passage avec ses grosses pattes. Kōichi et un mécanicien qui le traîte de lâche restent les seuls survivants. On retrouve Kōichi en 1946 à Tokyo. Il habite dans une maison délabrée au milieu des ruines de Tokyo qui a été bombardée. Un jour, une jeune femme, Noriko, s'invite chez lui. Elle tient un bébé dans ses bras, c'est une petite fillle appelée Akiko qui a perdu ses parents lors d'un bombardement. Pour subvenir aux besoins de Noriko et d'Akiko, Kōichi accepte de faire partie d'une équipe de dragage de mines dans l'océan. C'est lors d'une sortie en mer que Godzilla, qui est devenu de plus en plus grand et de plus fort, refait son apparition en émergeant de l'eau. A partir de là, le monstre va montrer de quoi il est capable. Je vous laisse le découvrir. Face à lui, quelques Japonais courageux dont Kōichi (pour se racheter) vont l'affronter et ils ont fort à faire face à une bête capable de cracher du feu atomique. J'ai été bluffée par les effets spéciaux (nommés aux prochains Oscar). L'histoire est bien menée. C'est nettement plus subtil que ce qu'aurait pu faire les Américains. Un film que je recommande avant qu'il ne soit trop tard. Lire les billets de Princecranoir, Henri Golant et Selenie (pas très enthousiaste). 

23 janvier 2024

Eclipse totale - Jo Nesbø

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J'ai été contente d'apprendre que Jo Nesbø avait écrit un nouveau roman policier avec Harry Hole, le grand Norvégien blond désormais exclu de la police qui noie son spleen dans l'alcool à Los Angeles. Eclipse totale (590 pages, Série Noire Gallimard) est la treizième enquête d'Harry Hole, qui retourne à Oslo après avoir accepté d'honorer une dette d'une actrice américaine vieillissante qui doit 960 000 dollars à des "méchants" Mexicains. En tant qu'enquêteur privé, Harry Hole demande ce montant exorbitant à Markus Røed, un magnat de l'immobilier accusé d'avoir tué deux femmes, alors que ce dernier clame son innocence. Hole a dix jours pour résoudre l'affaire. Les deux victimes sont retrouvées, l'une sans cerveau, et l'autre décapitée. Quatre autres personnes dont la femme de Røed seront victimes du tueur qui s'est surnommé Prem. Je ne veux pas dévoiler beaucoup plus à propos de l'intrigue où il est question de parasites, de toxoplasmose et de pédophilie. Quant à Harry Hole, il fait des efforts pour boire et fumer moins. On le sent plus apaisé. La fin du roman nous laisse penser qu'une quatorzième enquête n'est pas exclue. Et le titre Eclipse totale se réfère à une éclipse de lune qui a lieu la nuit où l'assassin sera arrêté. 

21 janvier 2024

Le maître des livres - Umiharu Shinohara

Encore une série manga relativement longue (autant que Silver Spoon, mais moins que Les gouttes de Dieu) que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente après en avoir lu tous les tomes. Mais cette fois-ci, je ne les ai pas découverts au fur et à mesure de leur parution, mais sur une période rapprochée, et en bonne part grâce aux bibliothèques parisiennes. Juste retour des choses, puisque cette série très didactique nous fait découvrir... l'univers des bibliothèques au Japon.

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Le maître des livres, SHINOHARA Umiharu, Komikku, 15 tomes
(2011-2017 au Japon, 2014-2018 en France)

Le "maître des lieux" est selon toute vraisemblance Mikoshiba, un grand escogriffe coiffé "au saladier" ce qui le fait surnommer "champignon" par ses jeunes lecteurs irrespectueux. Le reste de l'équipe est constitué de deux jeunes femmes aux parcours plus ou moins improbables avant que la propriétaire les recrute, et de quelques bénévoles d'âges divers. La "mission" du bibliothécaire telle qu'elle est présentée dans cette "saga" est de pousser chaque lecteur à la découverte d'un livre qui lui conviendra... ce qui réclame un savoir encyclopédique, l'amour de son métier et des talents de psychologue!

Le "public'" qui gravite autour de la "Rose trémière" (bibliothèque privée, ainsi appelée du prénom de sa fondatrice, si j'ai bien compris) est constitué de différentes générations: des jeunes qui fréquentent l'établissement (écoliers, collégiens ou lycéens voire étudiants); leurs parents; les salariés de la bibliothèque (et leurs ami(e)s), cependant que nous sont narrés leurs parcours familiaux et professionnels avant d'atterrir dans ces lieux; quelques grands-parents ou vieillards sans enfants... Chaque petite intrigue impliquant quelques-uns des personnages et leurs interactions est l'occasion de mettre en valeur un pan des métiers du livre (essentiellement en bibliothèque): l'accès au livre en langue originale ou en traduction, en texte intégral ou en version pour enfant... 

Les suggestions de notre "maître des livres" offrent de leur côté l'opportunité de montrer des ouvrages soit "universels" (liés à la culture européenne, anglo-saxonne [souvent des livres initiatiques qui sont aujourd'hui des classiques, comme L'île au trésor, Le prince heureux, Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède]...) soit d'origine japonaise (La montre musicale). La découverte d'un livre donne souvent lieu à une morale applicable au lecteur auquel le livre a été conseillé. J'ai relevé qu'y figurent peu de livres d'origine africaine ou asiatique (autre que le Japon). 

Au fil des 15 volumes étendus sur plusieurs années, et des différentes tranches de vie avec quelques "fils conducteurs" ou arcs narratifs, on voit les enfants évoluer, changer de classe voire d'établissement. A noter que le dessin accentue me semble-t-il le côté "visages juvéniles", avec des adultes dessinés comme des ado- ou des adulescents. Si les adultes évoluent aussi, leur passé est évidemment plus riche pour donner matière à des "flash-back" (même pour les "seniors"... que l'on découvre donc "rajeunis"). N'oublions pas que, avant d'être rassemblés en volumes, les "chapitres" sont publiés dans des magazines spécialisés chacun dans un genre de manga. Les éditeurs faisant correctement leur travail, chaque dernier chapitre de chaque tome doit se terminer sur un suspense donnant envie d'aller plus loin... Les différents récits de vie qui s'entrelacent au fil des chapitres approfondissent les connaissances concernant tant les bibliothèques municipales, les bibliothèques au sein des établissements scolaires, que, comme c'est le cas de celle au coeur de l'ouvrage, les bibliothèques privées (financées par une entreprise voire un particulier). 

Je relève pour finir une citation dans le dernier tome, vraie sans doute dans tous les pays: "une bibliothèque non approvisionnée en livres perd sa raison d'être, elle devient inutile" (t.15). Enfin, c'est vrai surtout pour les bibliothèques "de lecture", moins pour les bibliothèques "de conservation"?

DocBird a chroniqué plusieurs volumes de la série, par exemple le tome 8. Juju Gribouille met quelques extraits dans ses chroniques (tome 1 ou tome 2). Le blog Chroniques d'un vagabond a parlé de la série. Galleane avait présenté le tome 1. Blog-O-Noisettes en a aussi chroniqué plusieurs tomes au fil des ans, tout comme Cap! Ô Capès doc. Liste non exhaustive que je complèterai éventuellement au fil de l'eau...

Peut-être cette série connaîtra-t-elle d'autres éditions dans quelques années (édition double - mais nombre impair de tomes! Ou édition "Perfect")?

20 janvier 2024

La tête froide - Stéphane Marchetti

Après Le prix du passage de Thierry Binisti vu en avril 2023 sur un sujet ressemblant, je suis allée voir La tête froide, le premier long-métrage de fiction de Stéphane Marchetti. L'histoire se situe dans les Hautes-Alpes du côté de Briançon, pas loin de la frontière italienne. Marie (Florence Loiret-Caille, très bien), la quarantaine, vit seule dans un mobil home à l'année, dans un camping au milieu des bois. Elle a du mal à régler son loyer malgré son travail dans un bar la nuit et le fait qu'elle fasse du trafic de cigarettes entre la France et l'Italie. Pour éviter les contrôles, elle est aidée par son amant Alex qui est policier des douanes. Une nuit, au retour d'un voyage d'Italie, elle manque de renverser Souleymane, un immigrant clandestin qui souhaite rejoindre Calais pour retrouver sa petite soeur Awa. Souleymane n'est pas un garçon facile, il a du caractère et il arrive à convaincre Marie de faire passer des clandestins d'Italie vers la France avec sa petite voiture. Marie accepte pour une seule fois, uniquement parce qu'elle a besoin d'argent. Mais bien entendu, il y aura d'autres passages et les choses vont se dégrader pour Marie, car elle se met à dos Alex, et sa fille, qui ne vit pas avec elle, lui en veut beaucoup. Le paysage enneigé donne un côté sombre et angoissant à l'ensemble. J'ai aimé le film très bien interprété, mais la fin que je ne dévoilerai pas m'a laissée perplexe car on ne s'y attend pas du tout, après une séquence qui se passe dans une tempête de neige en montagne. Il y a une vraie ellipse avant l'épilogue. 

17 janvier 2024

Bonnard, Pierre et Marthe - Martin Provost

En ayant vu la bande-annonce, j'ai eu envie de voir Bonnard, Pierre et Marthe, le nouveau film de Martin Provost. J'avoue ne pas connaître les peintures de Pierre Bonnard (1867-1947). Ce n'est pas bien grave, car plus qu'un film sur un peintre ou la peinture, c'est l'histoire d'un couple, Pierre et Marthe (1869-1942), qui ont vécu 49 ans ensemble avec des hauts et des bas à partir de 1893. Ils se sont mariés en 1925 jusqu'à la mort de Marthe. Ils se sont rencontrés dans la rue, il lui a demandé de poser pour lui, elle a accepté et leur histoire d'amour a commencé. Pierre Bonnard, à la différence de Claude Monet qu'il connaissait, peignait en intérieur, et Marthe a servi de modèle dans beaucoup de ses oeuvres, avant qu'elle ne se mette elle-même à la peinture. Tout n'a pas toujours été rose dans leur union, quand par exemple Pierre a rencontré Renée qui est tombée amoureuse de lui. Marthe était une personne fragile et asthmatique. Pierre Bonnard a cotoyé Vuillard, Signac et Monet ainsi que Misia, mécène de nombreux peintres et accessoirement pianiste à ses heures. Pierre et Marthe ont vécu longtemps dans une jolie maison en bord de Seine, un fleuve dans lequel Pierre et Marthe se baignaient tout nus. Pierre ne désirait pas d'enfant, alors Marthe a adopté des teckels. Cette histoire d'amour m'a beaucoup touchée, j'ai eu presque la larme à l'oeil à la fin. Je voudrais saluer tout particulier les deux acteurs principaux, Vincent Macaigne et Cécile de France, qui sont absolumemt formidables. Rien que pour eux, il faut aller voir le film. Lire les billets de Pascale et Selenie.

14 janvier 2024

Oppenheimer - Christopher Nolan

Je l'ai enfin vu. Quoi? Oppenheimer de Christopher Nolan. Dans une salle bien pleine, 26 semaines après sa sortie, j'ai passé 3H passionnantes. On n'a pas le temps d'aller aux toilettes car sinon, on peut perdre le fil de l'histoire. Le montage est brillantissime, il n'y a pas une image de trop mais c'est vrai que tout va très vite d'une image à l'autre. Je veux saluer tous les acteurs qui interprètent leur rôle de manière très convaincante. Dès le tout début du film, on est déconcerté car l'histoire n'est pas racontée de manière linéaire mais grâce à des séquences temporelles: le parcours du physicien J. Robert Oppenheimer ("le père de la bombe atomique") de Cambridge à Berkeley en passant par l'Allemagne de la fin des années 1920 à 1940, où sont évoquées sa vie privée et ses amours ainsi que ses idées politiques de gauche; son audition en petit comité dans les années 50 pour le maintien ou non de son habilitation "secret défense", au vu de ses sympathies pour le parti communiste. Nous sommes en effet en pleine Guerre Froide et c'est le temps du McCarthysme. Et enfin, il y a une très belle séquence en noir et blanc où, en 1959, Lewis Strauss passe une audience de confirmation pour le poste de secrétaire d'Etat au Commerce, pendant laquelle il est interrogé au sujet de la révocation de l'habilitation d'Oppenheimer. Les deux audiences et leurs coulisses s'entremêleront au long du film. Je me suis dit que ce début était un peu brouillon et puis non. J'ai été captivée de bout en bout. Pour en revenir à l'histoire, le moment le plus important est le recrutement d'Oppenheimer par le Général Richard Groves (ce dernier a supervisé la contruction du Pentagone en 1943) pour le projet Manhattan. Ainsi, pour fabriquer la bombe atomique, Oppenheimer demande à des scientifiques de le rejoindre et de s'installer à Los Alamos au Nouveau-Mexique dans un camp créé tout spécialement avec un laboratoire. Les cibles pour les bombes seront des villes du Japon qui tarde à capituler. Ces bombes de destruction massive feront 220 000 morts en tout (sur le moment et par la suite). Quand j'avais vu la bande-annonce au début de l'année dernière, j'étais restée dubitative car je ne garde pas un bon souvenir de certains films de Christopher Nolan comme Tenet ou Inception. Je ne m'attendais vraiment pas à si bien. Bravo Monsieur Nolan.

Lire les billets de Pascale, Selenie, Henri Golant, Princecranoir, Martin K, Carole Nipette, Wolvy128, Strum pas très convaincu tout comme Mymp

11 janvier 2024

Winter break - Alexander Payne

Je suis enfin allée voir Winter Break d'Alexander Payne, sorti en France le 13 décembre 2023. Il semble que le scénariste se soit inspiré de l'histoire de Merlusse écrite par Marcel Pagnol dans les années 30. Là, nous sommes à la fin de l'année 1970 dans le collège/lycée Barton en Nouvelle-Angleterre. Le professeur Hunham (Paul Giamatti), un professeur d'histoire antique très porté sur la boisson, est autant détesté de ses élèves que de ses collègues. Il est dur dans ses notations, considérant que ses élèves sont des incultes. A la veille des vacances de fin d'année, il apprend qu'il sera de corvée pour garder cinq élèves qui ne peuvent pas rejoindre leurs familles respectives. Il doit rester sur place en leur compagnie et celle de la cuisinière-chef, Mary. Cette dernière vient de perdre son fils tué au combat au Vietnam. Au bout du compte, il n'a plus qu'un élève à surveiller, Angus Tully, presque adulte. C'est un garçon rebelle malheureux, qui n'hésite pas à être insolent envers son professeur. L'histoire se passe entre le 17 décembre et le tout début de 1971. Pendant ce laps de temps, les trois personnages vont apprendre à se connaître et même à s'estimer. C'est vrai que ce changement d'attitude les uns envers les autres est rapide, mais cela ne m'a pas gênée. Le film dans son ensemble fleure bon une certaine nostalgie, un côté passéiste. Dominic Sessa, dont c'est pratiquement la première apparition à l'écran, est très bien. Paul Giamatti et Da'Vine Joy Randolph (qui interprète Mary) ont tous les deux été récompensés à juste titre à la dernière cérémonie des Golden Globes (en attendant les Oscars?). Un film qui m'a plu même si je l'ai trouvé un chouïa long sur la fin. Je l'ai vu dans une salle archi-pleine. Lire le billet de Pascale, pas trop enthousiaste. En revanche, Selenie le recommande chaudement.

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