La Planète des singes : Le Nouveau Royaume de Wes Ball qui est sorti début mai 2024 est le premier épisode, a priori, d'une nouvelle trilogie. Et bien tout d'abord, je dirais que le film m'a bien plu. Les effets spéciaux sont de mieux en mieux. J'ai aimé le rôle des aigles apprivoisés par le clan de Noa. Ils pêchent et ramènent les poissons que les chimpanzés font sécher. L'histoire se passe 300 ans après la disparition du chimpanzé César qui, tel Moïse, avait emmené les siens loin de la civilisation des hommes. [Pour savoir qui est César, il faut voir la trilogie précédente]. Et il ne faut pas oublier que le roman qui a inspiré les nombreux films et la série La planète des Singes est du français Pierre Boulle qui, sauf erreur de ma part, n'est pas mentionné dans le générique de ce nouveau film. L'histoire commence, dans un beau décor sylvestre, avec trois chimpanzés dont Noa qui font preuve d'agilité pour grimper des parois rocheuses abruptes jusqu'à atteindre un nid d'aigle dans lequel ils prélèvent chacun un oeuf. Cela va permettre à Noa d'accomplir un rite de passage à l'âge adulte. Suite à une rencontre inopportune, l'oeuf casse et Noa doit en récupérer un autre très vite. Mais à nouveau, Noa fait une mauvaise rencontre en la personne de Silva, un gorille à dos gris. En effet, dans cet opus, certains singes en dominent d'autres et les réduisent en esclavage. Et les humains, me direz-vous? Ils sont là, cachés dans la forêt en ayant peur d'être capturés. Ils ne parlent pas sauf une jeune femme que Noa prénomme Nova. Elle s'appelle en réalité Mae. Et on découvre au cours du film qu'elle n'est pas celle que l'on croit. Quand le film se termine, on devine bien qu'il y aura une suite. Je le répète, le film m'a plu. Je le conseille même si vous n'avez pas vu la trilogie précédente. Lire le billet d'Henri Golant et celui de Selenie.
J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) pris plaisir à sortir de mes rayonnages, pour relecture dans le cadre de plusieurs challenges en cours, deux livres au format poche que je possède depuis un certain nombre de décennies.
Ils ont un point commun (doris!), que je développerai ci-après. Le plus anciennement en ma possession m'a été offert pour Noël 1973, je n'étais pas encore au collège (1), il doit faire partie des dix premiers livres au format de poche que j'aie possédés (il était neuf à l'époque). L'autre est plus "vénérable" puisqu'imprimé fin 1965, mais je ne l'avais acquis qu'en 1981 (je n'étais pas encore bachelier).
Rudyard Kipling, Capitaines courageux, Folio N°354, impr. mars 1973
(publié en anglais en 1897, trad. par Louis Fabulet et Charles Fountaine-Walker
publiée chez Hachette en 1903)
Capitaines courageux: si je n'ai pas relu ce livre 10 fois, alors je l'ai relu 15 (et pas forcément dans cette édition, d'ailleurs, mais parfois en vieilles éditions "pour la jeunesse" au hasard de mes séjours ici ou là...).
Harvey, le héros "principal", est un gamin américain qui n'a pas seize ans, qui va avec sa mère en Europe (en paquebot) "achever son éducation". On apprend par les jugements d'adultes dans les toutes premières pages que celle-ci (son éducation) n'est pas vraiment commencée: Harvey n'est qu'un "fils à maman" odieux, unique rejeton d'une mère qui lui passe tous ses caprices et d'un papa occupé par ses affaires (il est multimillionnaire). Vouloir frimer avec un cigare amène notre gamin à passer par-dessus bord en pleine mer, évanoui... Il refait surface dans un doris, étendu sur un monceau de poissons. Un "doris" est une embarcation en bois à fond plat, de 5 à 6 m de long, manié à l'aviron, utilisé pour la pêche à la morue sur les bancs de Terre-Neuve. Celui-ci fait partie de la drome du Sommes-Ici, une goélette de soixante-dix tonneaux, port d'attache Gloucester (Massachusetts), qui vient de commencer sa campagne. Notre héros commence par exiger du capitaine Disko Troop qu'on le ramène à New-York, de manière un peu trop insistante. Mais il est hors de question de perdre la saison de pêche de tout l'équipage (ils ont 30 tonnes de sel à utiliser pour saler le poisson frais) pour un gamin tombé à l'eau et bien incapable de prouver ses "200 dollars mensuels d'argent de poche". Contre-proposition (accompagnée d'une petite correction): rester à bord et participer à la campagne, payé 10 dollars et demi par mois. Harvey va rapidement "copiner" avec Dan, fils de Disko et mousse à bord, qui a son âge mais est pêcheur depuis l'enfance (il rame depuis ses 8 ans). Notre fils de milliardaire découvre le bateau, voit sa cale sombre et vide, et s'exclame: "- Mais où est le poisson? - Dans la mer, dit-on; dans les bateaux, souhaite-t-on, répliqua Dan, citant un vieux proverbe de pêcheur." Le Sommes-Ici navigue jour après jour sur les Bancs de Terre-Neuve, à la recherche des bancs de morue. Le gros de la pêche se fait à bord des doris, montés en général par l'un des cinq marins-pêcheurs (dont chacun a droit à une "part" sur le résultat final de la campagne), tandis que les mousses iront à l'occasion pêcher à deux dans le doris de Dan. Outre Disko, le navire compte encore un cuisinier (capable aussi de manier l'aviron). Les morues sont pêchées une par une au "trawl" (ligne de fond garnie d'hameçons eux-mêmes garnis de "boëtte" [appât]) - une journée de labeur peut en ramener 231 pour l'un, 41 pour un autre plus maladroit. Mais tel qui vaut peu à la pêche sera plus efficace pour passer du poisson frais à la morue décapitée, éviscérée, applatie, prête à être entassée et "salée" dans la cale, jour après jour. Bref, par les mains et les yeux d'Harvey, nous avons un magnifique apprentissage du travail et de la vie rude des "Terre-neuvas" durant les trois mois d'une campagne de pêche (se lever, pêcher, préparer le poisson, manger, dormir, être de quart, apprendre à naviguer entretemps...) en compagnie de toute une flottille de goëlettes, de ses joies, de ses drames aussi. Disko étant le meilleur capitaine ("quand Disko pensait morue, il pensait en morue; et grâce à un mélange d'instinct et d'expérience depuis longtemps éprouvés, promenait le Sommes-Ici de mouillage en mouillage, toujours avec le poisson, comme un joueur d'échecs aux yeux bandés joue sur l'échiquier qu'il ne voit pas", p.110), le Sommes-Ici est le premier à regagner Gloucester, cales pleines (p.180): sa cargaison entière (865 quintaux de morue) vaut 3 676,25 dollars (soit 138 000 dollars de 2024, si je me fie à un calculateur d'inflation?).
Sitôt prévenus (par un télégramme), Harvey Cheyne père et son épouse "accourent" de San Diego (Californie) jusqu'à Albany (capitale de l'Etat de New York), en passant par Chicago (Illinois), soit peut-être 4000 km en train (?), en 87 h 35 minutes. Cette traversée jusqu'aux retrouvailles (p.195) est un grand moment du livre. Magnat (entre autres) du chemin de fer, Cheyne est un homme richissime avec 30 millions de dollars (ce qui correspondrait à 1,129 milliard de dollars ou plus d'un milliard d'euros aujourd'hui). Mais il sait que lui avoir permis de renouer avec un (jeune) homme, en lieu et place d'un garnement, est inestimable. Dan et Harvey (junior) se retrouveront quelques années plus tard, en conclusion du livre, toujours pour chérir la mer.
Du grand Kipling - ou de la grande traduction. C'est vrai que, lisant et relisant la même depuis un demi-siècle, j'aurais sans doute du mal avec une autre, et je suis incapable de lire le texte original... Ce qui soulève (ou laisse pendante) la question de la traduction. Mais ceci est une autre histoire.
Voir (entre autres) les billets de Shangols, Nath (blog page à page, dernier billet en 2022). Sélénie parle du film de 1937, que je n'ai encore jamais vu.
*
* *
Pour retrouver la morue dans le deuxième roman que je vous présente dans ce billet, nous sautons par-dessus quelques décennies et une guerre mondiale (même si Kipling était toujours vivant lors de sa publication). Roger Vercel a publié Au large de l'Eden en 1932, c'était son troisième livre.
Roger Vercel, Au large de l'Eden, le livre de poche N°290, impr. 4e trim. 1965, 244 p.
Nous sommes toujours dans une "campagne" en haute mer qui dure plusieurs mois, mais cette fois-ci le "navire-support" est nettement plus gros. L'histoire se passe dans les années 1930 (largement après la guerre de 14-18 en tout cas). Deux armateurs de Boulogne ont transformé deux cargos pour la grande pêche, afin de les envoyer chercher la morue au Groënland, au mois de juin (le retour est prévu à la fin de l'été...). "On croyait, en effet, que la morue, écoeurée par les eaux tièdes de Terre-Neuve, s'était enfuie vers le pôle et qu'on la rencontrerait abondante dans le détroit de Davis" (p.5). Ils ont cassé leur tirelire: l'armement de chaque navire représente un investissement de 3 millions de francs de l'époque (tout compris). Je vous laisse calculer ce que cela représente en euros de 2024... Il va falloir en ramener, du poisson!
Pourquoi "au large de l'Eden"? Parce que le Danemark contrôle le Groenland et en interdit absolument, depuis 50 ans à ce moment-là, non seulement l'accostage, mais aussi la pêche dans les eaux territoriales [3 milles des côtes, à l'époque], officiellement pour le bien des Inuits (des "Esquimaux", comme on disait alors). A y pêcher, on risquait une amende de 20 000 couronnes danoises, la saisie du bâtiment, et la confiscation de la cargaison (p.114). Mais déjà, il faut s'y rendre. Ici, on ne parle plus de voiliers, mais de "vapeurs" marchant au charbon. L'un, le plus grand (le Tenax peut contenir 16 000 quintaux de poisson), est commandé par l'expérimenté capitaine Rochard (héros du livre). L'autre, le Borea (12 000 quintaux), l'est par un ancien second de celui-ci, le désormais (depuis 6 ans) capitaine Ferrier. Une fois arrivé sur son lieu de pêche (après s'être approvisionné en "boëte"[du hareng frais, et non du "bulot" pourri!] et charbon à 7 jours de navigation depuis la France, en Norvège, et en ayant évité les glaces!), chaque vapeur met à l'eau 25 doris, montés chacun par deux hommes (équipage de 80 hommes, avec les machinistes....). Certains des meilleurs pêcheurs, à Terre Neuve, rapportaient 20 000 francs d'une campagne précédemment.
Le "métier", lui, n'a guère changé: les marins sortent pêcher durant des heures (sous le soleil de minuit le cas échéant), en ramenant le doris vers le navire quand il est plein (150 morues...) avant de repartir une fois le poisson amoncelé dans la coursive. Puis le soir, travail des prises. "Le pont avant disparaissait sous des milliers de dos gris, de ventres blancs, une blancheur souple de bras gantés" (p.98): fendre le poisson, l'éviscérer, sortir le foie, faire sauter la tête, enlever l'arrête centrale (la "raquette"), gratter le sang à l'eau tiède, puis le jeter dans la cale, au saleur ("aujourd'hui, [pris] 6000 morues, 45 quintaux au mille", p.99). Si le travail de la pêche est peu ou prou le même qu'à Terre-Neuve, les hommes sont par contre mieux nourris et mieux logés, la vie à bord est moins différente, avec davantage de temps d'inaction. Tous ne supportent pas ces conditions: on verra au fil des pages un boulanger malade du mal de mer, un suicidaire, un parfait salaud qui "pourrit" l'équipage... Au capitaine tous les soucis: ceux du gros temps qui interdit la pêche, des jours qui passent, de la morue absente... au large, de l'équipage envers lequel il faut marquer son autorité (vous ne sortez pas pêcher? Vous vous contentez du biscuit et de l'eau! "tandis que la cambuse s'ouvrait pour l'équipe du bord, chauffaudiers, novices, saleur qui emportaient la nation habituelle", p.224). Le Groënland étant terre interdite, c'est un navire ravitailleur qui, à mi-campagne, amène de France le ravitaillement en charbon et même en eau douce, et du courrier. Bien évidemment, entre problèmes humains et aléas, tout ne se passera pas comme prévu. Le navire devait quitter les lieux début septembre, mais le 12 octobre, il reste encore à bord du Tenax 20 tonnes de sel, de quoi saler 500 quintaux pour finir de remplir la cale (p.228)...
Parmi les sept ou huit ouvrages de Roger Vercel que je possède, j'ai relu moins souvent celui-ci que Capitaine Conan ou la trilogie de La fosse aux vents (Ceux de la Galatée, La peau du diable, Atalante). Concernant cette trilogie, qui parle de la fin de la marine à voile et des "cap-horniers", j'en tirerai peut-être encore un billet avant la fin de l'année. [chroniqué le 19/10/2024].
Ces deux livres peuvent s'inscrire à trois challenges: "Book Trip en mer" chez Fanja, "Monde ouvrier et monde du travail" chez Ingannmic, et "2024 sera classique aussi" organisé par Nathalie.
Je tiens à préciser que c'est contre l'avis de dasola que j'ai décidé de rédiger un seul long billet au lieu de deux plus courts.
(1) Pour répondre à la question précise de Luocine ci-dessous, je n'avais pas encore 10 ans quand j'ai lu Capitaines courageux pour la première fois.
Le même après-midi, j'ai vu deux films dont un (Un p'tit truc en plus) a déjà réuni plus d'un million de spectateurs (j'avoue que je suis un peu perplexe).
Je commencerai donc par Un homme en fuite, un film franco-belge de Baptiste Debraux qui se passe dans les Ardennes à Rochebrune (ville fictive). Paul Ligre (Bastien Bouillon vu dans La nuit du 12 de Dominique Möll) revient après 15 ans d'absence. C'est un écrivain à succès qui s'est beaucoup inspiré de sa vie et de quelques proches. Rochebrune est proche du chaos à cause d'une grève à la scierie de la ville qui emploie 300 personnes. L'usine est menacée de fermeture. Dans le même temps, un certain Johnny, ami d'enfance de Paul, vient de braquer un fourgon qui contenait presque 4 millions d'euros. Un homme est mort et un autre est blessé, et Johnny demeure introuvable. C'est presque un héros dans cette ville car il a souvent aidé les ouvriers dans leur lutte. Dans quelques flash-back qui se déroulent vingt ans plus tôt, on voit Paul et Johnny très copains malgré la différence de leur milieu social et on les suit dans une île connue seulement d'eux où Paul lit des passages de L'île au trésor de Robert Louis Stevenson. Ils se baptisent Jim et Billy comme les héros du roman. C'est une histoire d'amitié et de trahison dans un décor très triste. Paul est rongé par le remords de ne pas avoir fait ce qu'il fallait 15 ans plus tôt. C'est un film qui prend son temps et qui est très bien interprété aussi par Pierre Lottin (vu également dans La nuit du 12) et par Léa Drucker (très bien en gendarmette). Lire le billet de Henri Golant (pas convaincu), Pascale dans son commentaire sur ce film a trouvé que le film était raté.
Je passe au phénomène (dans tous les sens du terme) Un petit truc en plus d'Artus, qui fait un carton depuis deux semaines que le film est sorti. Il a réuni plus d'un million de spectateurs. Je trouve que les personnages en situation de handicap que l'on voit dans le film auraient mérité mieux comme dialogues que ceux auxquels on assiste, qui tournent autour de "pipi, caca, zizi". Personnellement, cela ne me fait pas spécialement rire. Le film est une suite de saynètes dans lesquelles Clovis Cornillac fait ce qu'il peut. Tout commence par un braquage d'une bijouterie, une voiture mal garée (et enlevée par la fourrière) sur une place pour personne handicapée. Pour éviter d'être arrêtés, La Fraise (Clovis Cornillac) et son fils Paulo (Artus) se font passer pour un éducateur et son patient et montent dans un car qui emmène plusieurs personnes en situation de handicap dans un gite pour une semaine de vacances. J'ai trouvé l'ensemble très lourd et pas très drôle. Seule la fin remonte le niveau. Lire le billet de Selenie.
Après L'eau rouge, j'ai emprunté La femme du deuxième étage (Editions Aguilo, 224 pages) de l'écrivain croate Jurica Pavičić. Ce n'est pas vraiment un roman policier mais plutôt un drame psychologique que j'ai trouvé passionnant, avec comme personnage principal Bruna, une jeune femme qui va être condamnée à 11 ans de prison pour avoir empoisonné à la mort-aux-rats sa belle-mère Anka. Tout commence à Salit par une rencontre lors d'un anniversaire où Bruna va rencontrer un beau jeune homme appelé Frane. Ce dernier est un marin au long cours qui est sous la coupe de sa mère Anka. Frane et Bruna (qui travaille dans un service comptable) se marient assez rapidement et emménagent au deuxième étage d'une grande maison construite par le père (décédé jeune dans un accident) de Frane. Frane a une soeur Mirela. Cette dernière va être beaucoup à l'origine de ce qui arrive à Bruna. Même si l'acte commis par Bruna est impardonnable, je n'ai pas réussi à la détester quand on lit la succession des événements qui a abouti à cet assassinat. Je suis contente que Bruna ait tout de même une deuxième chance. Il faut noter qu'on parle beaucoup de préparation culinaire, car que ce soit pendant son incarcération, avant et après, Bruna fait la cuisine. Elle sait faire les sauces et les assaisonnements. Lire les billets d'Aifelle (moins enthousiaste que moi), Titine, Eva (déçue), Et si on bouquinait un peu, Claudialucia.
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) remercie Purplevelvet pour m'avoir amené à découvrir un roman épique dont la majeure partie se déroule sur une autre planète, un roman de "science-fiction" écrit par un Russe il y a plus d'un siècle: Aélita, d'Alexéi Tolstoï (cousin de l'autre, le plus connu, Léon Tolstoi).
Alexéi Tolstoï, Aélita, 1ère éd. (en russe) 1923, trad. Véra Gopner pour cette édition,
2009, éd. L'âge d'homme, 224 p., 12 euros [d'autres éditions et traductions en français ont suivi ou précédé celle-ci].
En cherchant à me procurer ce livre, j'ai eu l'occasion de me rendre dans une des bibliothèques municipales parisiennes, où je me suis souvenu que, la seule fois où je m'étais rendu dans celle-là (Paris en compte près d'une cinquantaine...), ce n'avait pas été pour lire ou emprunter un livre, mais pour assister à une "projection-débat" dans leur bel auditorium. Bref, il m'a tout de même fallu davantage de temps pour lire ce livre que le trajet aller et retour généré par mon emprunt (ouf!).
Cette lecture m'a rappelé les romans du début du XXe siècle dont je me délectais lorsque j'étais gamin, en les lisant dans de vieilles éditions en Poche: Les premiers hommes dans la lune (H. G. Wells, 1901), les aventures de John Carter sur Mars (Edgar Rice Burroughs, 5 romans de la série déjà parus entre 1912 et 1922), L'Atlantide de Pierre Benoit, 1919).
Comme le dit une des premières pages, "on était le 17 août 192..." quand le récit commence. Un savant neurasthénique (Mtislav Serguéévitch Loss), inventeur d'un engin intersidéral, et l'acolyte qu'il a recruté par petite annonce (Alexei Ivanovitch Goussov), arrivent sur Mars quelques "jours" (?) plus tard (p.44). L'atmosphère est respirable (comme sur la lune de Wells...), mais le paysage désolé (beaucoup de descriptions)... jusqu'à leur rencontre avec un aviateur indigène, qui leur envoie un "comité d'accueil" (armé).
Au bout de quelque temps (et après encore beaucoup de "descriptions"), il apparaît qu'ils ont "amarsi" sur cette planète "jumelle" de notre terre dans une période agitée, et leur venue s'avère sans doute, même si ce n'est pas explicité, le "levain dans la pâte" nécessaire et suffisant pour déclencher une agitation révolutionnaire. Car sur Mars, les "masses" sont maintenues sous la coupe d'une oligarchie grâce à un "opium du peuple" (mais au sens propre) qui leur permet de rêver pour supporter le présent, avec une "loterie nationale" comme unique espoir pour l'avenir (p.112).
Aélita (l'héroïne éponyme) occupe sur Mars un peu la même position que la grande-prêtresse La dans l'antique Opar que découvre en Afrique Tarzan (Le retour de Tarzan, Edgar Rice Burroughs, 1913). Si elle fascine le savant au coeur brisé (qui n'est guère un homme d'action), Goussov, lui, soudard sans beaucoup d'état d'âme, "révolutionnaire professionnel" et meneur d'hommes efficace qui s'ennuyait sur terre après la fin de la Révolution russe, va se jeter corps et âme dans l'agitation insurrectionnelle. Comme dans John Carter, les Terriens voient leur force multipliée, lors des affrontements physiques face aux Martiens, par la faible gravité martienne... mais cela suffira-t-il? Les nombreuses batailles insurrectionnelles inégales m'ont encore fait songer à Pierre Benoit: Pour don Carlos (1920), La chaussée des géants (1922)... Scènes bien évidemment sublimées par leur localisation sur une autre planète. Le livre se termine abruptement (là où Burroughs prenait toujours bien soin de laisser la possibilité à "un livre de plus" dans les nombreux "cycles" qu'il avait ouverts: Tarzan, Mars, Pellucidar...). Pour ma part, j'ai vraiment bien apprécié la lecture de ce roman, qui m'a rappelé les émerveillements de ma jeunesse (au premier degré et sans prise de tête!).
Concernant Alexéi Tolstoï (tiens, le même prénom que l'un de ses héros?), j'aurais bien aimé en apprendre davantage sur cet auteur (notamment sur son séjour "à l'Ouest", comme on ne disait pas encore, et bien évidemment sur ses lectures avant de rédiger Aélita...) que ce que l'on trouve sur wikipedia en français. Mais je ne vais pas effectuer de recherches sur l'internet en russe: ce n'est plus dans l'air du temps, la parenthèse ouverte par la chute du mur est en train de se refermer... Cela m'a rappelé cette saison du Bureau des légendes, où, sauf erreur de ma part, un contre-espion russe échange avec un collègue: "- Mais la guerre froide est finie? - Mon cul, elle est finie!"...: les Russes ne sont plus nos amis, et cela durera sans doute quelques années voire décennies encore, avant qu'on puisse s'intéresser sans suspicion à leur littérature, leur cinéma...
Plusieurs blogueurs encore ont pu avoir une "lecture" plus affinée que la mienne. Lekarr76 (blog SFetmoi) avait chroniqué une autre édition il y a quelques années. Erwelyn avait parlé ici de l'une des adaptations audiovisuelles (celle de 1980, à la télévision hongroise). Une page sur le site Gotomars donne un long extrait à lire et quelques éléments de comparaison sur les deux traductions en français disponibles (datant toutes deux des années 1950?). Mais je ne sais pas si j'aurai jamais l'occasion de comparer moi-même, beaucoup de nouvelles lectures m'attendent déjà...
Pour une fois, je ne conseille pas forcément ce film très violent sur une guerre civile fictive (?) sur le territoire des Etats-Unis. Cela commence à New-York où une explosion dans une rue fait plusieurs victimes. Les cadavres ensanglantés jonchent le sol. Lee Smith (Kirsten Dunst), une photographe de guerre, sauve in extremis une jeune apprentie reporter photographe nommée Jessie. Les deux femmes vont s'embarquer avec deux autres journalistes (dont le vieux Sammy qui m'a beaucoup touchée) dans un SUV et parcourir plus de 1300 km pour atteindre Washington, pour essayer de rencontrer le président des Etats-Unis qui commence un troisième mandat. Je n'ai pas compris quel est l'itinéraire du véhicule sauf qu'il va atteindre à un moment donné Charlottesville en Virginie, et les passagers vont croiser l'horreur de la violence et de la mort. J'ai trouvé cela insoutenable et parfois complaisant. Je ne sais pas ce que le réalisateur britannique a voulu nous raconter : peut-être décrire la difficulté du métier de journaliste reporter dans un pays en guerre. Toujours est-il que j'ai été contente quand le film s'est terminé. Et j'ai remarqué que dans la salle pleine où j'ai vu le film, les spectateurs étaient des trentenaires donc nettement plus jeunes que moi. Lire les billets de Princecranoir, Henri Golant, et Pascale.
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) ne connaissais le nom de Vialatte que très vaguement, sans savoir ce qu'il avait pu écrire. Et voilà que je découvre qu'Honoré l'a illustré! C'est dasola qui m'avait procuré (le jour même, au prix d'un léger détour vers une bibliothèque sur son chemin de retour du boulot) un exemplaire de ce livre qu'elle avait repéré chez Keisha.
Alexandre Vialatte, Bestiaire, dessins d'Honoré, éd. Arléa, 2002, 120 p.
Comme je le disais en introduction, je n'avais jamais rien lu d'Alexandre Vialatte (1901-1971). J'ai choisi de parler de ce livre à cause d'Honoré. Mon dernier billet sur ce dessinateur assassiné en même temps que ses quatre confrères dessinateurs de Charlie Hebdo et injustement méconnu remonte à 2017. Il est vrai que ses ouvrages publiés à son seul nom sont beaucoup moins nombreux que ceux de ses collègues de la rédaction assassinés le même jour. Je peux seulement le citer, de temps en temps, dans des recueils collectifs...
Cette fois-ci, c'est un "vieux livre" qui me permet de le mettre à l'honneur. Les 63 chroniques qui mêlent humour, sens de l'absurde et ironie ont été choisies par Michaël Lainé. Certains animaux sont évoqués plusieurs fois, comme l'Homme avec trois articles là où la Femme n'en a qu'un - je pressens que ça va encore râler dans les chaumières... ("d'autant plus" qu'y est évoquée l'existence... d'un homme de sexe féminin), ou le Cheval avec deux articles, classés dans la Table (p.119) de A comme Albatros à V comme Vialatte, Alexandre (les chroniques, elles, apparaissent "dans le désordre"). Je ne sais pas comment a travaillé Honoré (délais, textes fournis...). En tout cas, avec ses trois douzaines d'illustrations, Honoré nous offre davantage de subtilités qu'un simple illustrateur: dans ses compositions composites, on s'amuse à chercher le détail inattendu et son sous-entendu.
Il partait d'une bonne "matière première", tant les textes de Vialatte foisonnent de précisions incongrues. On peut regretter que tous n'aient malheureusement pas été illustrés, tel celui sur le Russe qui élève des colombes de la Paix pour les manger (dommage!). En tout cas, P**t*n* ne viendra pas buter les auteurs..., ils sont déjà morts.
Dans mes quelques autres citations ci-dessous, j'ai surtout choisi des animaux "de labeur" ou du moins domestiques (y compris un "animal à longues oreilles" qui n'est pas dans son milieu naturel!).
Le boeuf qui se dirige vers la gauche a l'air plus civilisé que le taureau (?) qui se rend à droite (sans vouloir faire de la peine à Luce Lapin...).
Dans l'une des chroniques, j'ai même déniché le mot "Martien" (p.49), mais cela ne justifie malheureusement pas que je l'inscrive dans mon challenge marsien en cours: il n'y a même pas d'entrées entre "Marabout" et "Mouton" dans la table! Mais on trouve p.101 un perroquet qui peut faire songer à Martiens, go home! de par sa sincérité débridée...
En conclusion, il s'agit d'un livre "intemporel", toujours plaisant à découvrir. La "note de l'éditeur" explique que les éditions Arléa ont rêvé de ce livre durant 15 ans avant qu'il voie le jour, et remercient Pierre Vialatte (fils de...) pour ses encouragements et sa constance.
Mon côté "gestionnaire de bases de données" me conduit une fois de plus à émettre un petit reproche: à mon avis, les "références bibliographiques" des textes cités (p.111-114) sont incomplètes. Elles citent uniquement les recueils (sous copyright) où ils sont "actuellement" accessibles, sans donner la date de la publication initiale dans un périodique...
Avec Petites mains de Nessim Chikhaoui, j’ai passé un bon moment en compagnie de quelques femmes de chambre très sympathiques travaillant dans un palace à Paris. On ne voit aucun client mais les femmes de chambre sont bien là, travaillant à des cadences infernales pour des clopinettes. Elles doivent nettoyer et préparer une chambre en moins de trois quarts d’heure. Quand je dis chambre, il s'agit plutôt de suites immenses qui coûtent pour une nuit l’équivalent de presque un an de salaire d’une de ces femmes courageuses. Certaines sont en CDI et d’autres des externes employées par des sous-traitants. Ces « externalisées » souhaiteraient être « internalisées » pour vivre moins dans la précarité ou pour obtenir des papiers en règle. Il faut noter que ces femmes sont pour la plupart africaines ou antillaises. On remarque que ces «invisibles», ces «petites mains» ont leurs quartiers au sous-sol du palace. Quand Eva, une jeune femme blonde, trouve un emploi dans l’établissement (elle doit passer par la porte de service), c’est pour remplacer une femme de chambre en grève. En effet, la colère gronde. Plusieurs femmes de chambre manifestent devant l’hôtel mais cela n’a pas beaucoup d’effet. Elles réclament de meilleures conditions de travail et de meilleurs salaires. Quant à Simone (Corinne Masiero, vraiment très bien), elle va être reconnue inapte au travail à cause de son dos en compote. C’est elle qui forme Eva quand cette dernière est embauchée. J’ai trouvé le film sympathique avec un moment savoureux quand les femmes de chambre défilent devant l’hôtel dans de belles tenues au moment de la « fashion week ». Si vous avez un moment, allez voir ce film.
Ceci n’ayant rien à voir avec cela, je viens d’apprendre la disparition de Bernard Pivot (1935-2024) le lendemain de ses 89 ans. C’était un homme qui en animant l’émission « Apostrophe » entre 1975 et 1990 a fait connaître la littérature au plus grand nombre. C’était au temps où la télévision ne prenait pas les téléspectateurs pour des idiots.
Je ne sais pas pourquoi, mais je pensais que l'écrivain croate était une femme, car, de mon point de vue, Jurica me parait être un prénom féminin: et bien pas du tout. Je viens donc de terminer L'eau rouge (Editions Points Seuil, 403 pages), le premier roman traduit en français de Jurica Pavičić, romancier, scénariste et journaliste croate né à Split en 1956. C'est après avoir lu de nombreux billets élogieux que je me suis décidée à le lire. Et je ne le regrette pas. L'histoire se déroule sur une période de 28 ans entre 1989 (avant la fin du communisme) et 2017 à Misto (village fictif (?) sur la côte dalmate) et à Split dans l'actuelle Croatie. Le 23 septembre 1989, à Misto Silva, une jeune femme de 17 ans ne rentre pas d'une soirée et disparaît sans laisser de traces. Vesna et Jakov, ses parents ainsi que Mate, son frère jumeau, n'auront de cesse de la trouver. Ce sont surtout Mate et Vesna qui n'abandonneront jamais les recherches et ne perdront pas espoir. Et pendant ce temps là, les années passent, le régime de Tito s'effondre, c'est le chaos dans le pays avant que la démocratie ne reprenne ses droits. Dès le début, un policier appelé Gorki Sain va aussi tout faire essayer de trouver Silva en fouillant partout sans succès. Cette disparition va provoquer la séparation des parents de Silva. Et Mate, tout à sa tâche pour retrouver sa soeur, entre dans l'âge adulte, il se marie et a une fille. 100 pages avant la fin, on retrouve Silva en 2015. J'ai trouvé ce roman passionnant à lire avec l'arrière-plan historique. J'ai aussi trouvé intéressant la description de la personnalité de Silva qui n'est pas tout à fait celle que l'on croit quand ce roman très bien construit débute. Il faudrait désormais que je lise le roman suivant de l'écrivain : La femme du deuxième étage.
Voici un film qui nous a secoués, Ta d loi du cine et moi. Je n'étais pas forcément encline à voir ce film avec un sujet dans l'air du temps mais c'est lui qui m'y a emmenée. Le sujet du harcèlement y est traité de manière abrupte. Julien Keller (François Civil, très convaincant), un jeune professeur de français fraîchement nommé dans un collège de banlieue, semble s'être bien intégré dans l'établissement jusqu'à ce qu'il fasse une remarque à Leslie, la meilleure élève de sa classe. Il s'agit d'un compliment mais la jeune fille le prend mal. Elle se plaint par un courrier avant de porter plainte à la police et là tout se dérègle dans la vie de Julien qui, après avoir été soutenu par ses collègues, est mis sur le banc de touche, d'autant plus que le proviseur du collège ne veut "pas de vagues". Par ailleurs, le grand frère de Leslie, un garçon terrifiant, s'en mêle. Même si la fin reste ouverte, on se demande ce que va devenir Julien. Personnellement, je trouve que ce film ne donne pas du tout envie d'être professeur même si je peux me tromper. Lire les billets de Pascale, Miriam, Djayesse, Géraldine, Carole Nipette.
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) chronique aujourd'hui trois livres dont j'ai pris connaissance dans un cadre plus ou moins professionnel (j'ai eu à en rédiger des présentations pour un journal!).
Il s'agit d'ouvrages réalisées dans le cadre d'un "programme" financé par le Ministère des Armées. Le titre commun, c'est Ces guerres qui nous attendent. L'auteur (collectif) qui signent ces pages, c'est la "Red Team". Du temps déjà lointain où madame Florence Parly était ministre, deux millions d'euros avaient été investis sur une idée (certainement inspirée des Etats-Unis?): faire appel à l'imagination d'auteurs de fiction ("science-fiction", bande dessinée...) pour "challenger" des professionnels (les militaires!) sur ce que pourraient être les guerres à livrer par nos armées à l'avenir (d'ici quelques décennies...). Du coup, selon les informations que l'on peut aujourd'hui trouver en ligne, un marché de deux millions d'euros avait été remporté par l'Université de Paris Lettres et Sciences pour accompagner cette "équipe rouge" dans sa mission.
Ces livres s'inscrivent dans le champ de ce que l'on appelle la "Hard SF", c'est-à-dire que les sociétés qu'ils nous présentent sont des évolutions "vraisemblables" de ce que nous connaissons aujourd'hui. S'agirait-il d'anticipation? Cela, c'est l'avenir qui nous le dira. Quant aux auteurs... Pourquoi sont-ils nommés la "Red Team", qu'est-ce que c'est? Hé bien, dans les exercices auxquels se livrent régulièrement nos armées (seules ou en coopération avec nos "alliés"), le terme désigne les "adversaires", ceux dont nos vaillants soldats doivent déjouer les attaques et les pièges (par convention, "nos" soldats, marins et capitaines [etc.] sont la "Blue Team").
Vous allez comprendre pourquoi je commence par le troisième volet de cette série: Red Team, Ces guerres qui nous attendent, 2030-2060, saison 3, PSL / Editions des Equateurs, 2024, 21 euros, 152 pages. Ce volume contient deux "scénarios" indépendants. Dans ces deux parties, il ne s'agit pas réellement de "roman" à proprement parler. Nous découvrons successivement des "contextes" mêlant causes (plausibles) et conséquences (envisageables) pour aboutir au terme d'un "paroxysme" à un affrontement (imaginaire). Titré Face à l'hydre, le premier scénario imagine la possibilité d'une "extension de mémoire vive" qui permet d'acquérir et d'utiliser des connaissances via un simple "branchement" d'implant pour tout humain équipé du récepteur" nécessaire. Comme toute technologie, celle-ci s'avère à la fois la meilleure et la pire des choses. Ici, pour "prévoir le pire", il est considéré que des "guérilleros", en fait de vulgaires civils de tous âges équipés d'un récepteur, sont capables instantanément d'utiliser tout armement, tout véhicule à leur portée. Guérilleros qui ne peuvent être discernés des milliers d'êtres humains parmi lesquels ils se fondent: or les "corps expéditionnaires" de soldats professionnels censés les combattre ne sont, en ce XXIe siècle, pas (plus) autorisés à commettre des massacres aveugles, et partent donc perdants.
Le second scénario est titré La ruée vers l'espace. A mon avis, il aurait pu s'intituler "De la terre à la lune (et même jusqu’à Mars !)". Il me permet d'inscrire ce billet dans mon "challenge marsien"...
Au-delà désormais de notre seule planète, différentes entités (des nations "imaginaires" [appelés Le cercle, le Trigone, le Cube, Le polyèdre, les Sphères...], qui ont suscité des "sociétés industrielles capitalistiques" avec lesquelles leurs intérêts sont liés) s'affrontent pour les gains économiques comme politiques que peuvent leur apporter le contrôle des ressources minières spatiales. Tous les coups sont permis tant qu'ils restent discrets et non-revendiqués (dans l'espace, personne ne vous entend crier): intrusions par logiciels malveillants, détournement de satellites, sabotages de robots anonymes... Cependant que vers 2070, la construction et l'approvisionnement de cargos minéraliers et des véhicules de fret vers Mars devient possible (p.135)...
Six auteurs ont participé à ce volume, sur les 11 d’origine que l’on peut découvrir sur le site internet dédié. Laurent Genefort figure parmi eux.
Même s'ils sont (forcément) un peu plus anciens, je voulais aussi dire quelques mots des deux premiers volumes.
Ces guerres qui nous attendent, 2030-2060, PSL / Editions des Equateurs, 2022, 18 euros, 222 pages Ces guerres qui nous attendent, 2030-2060, saison 2, PSL / Editions des Equateurs, 2023, 22 euros, 204 pages
Le premier tome, qui "essuyait" donc les plâtres, contenait quatre scénario d'inégales densités, formes... et longueurs (avec plus ou moins de subdivisions). C'est aussi celui dont la liste des signataires est la plus longue (Xavier Dorison, par exemple, n'apparaît plus dans les volumes suivants). Malgré l'avertissement et la préface, on met un certain temps à adhérer à la forme de l'ouvrage.
La première partie, Les pirates de la P-nation attaquent Kourou, surfait sur le plausible, à propos de l'actuel "aéroport spatial européen" destiné à devenir, dans quelques décennies (2060), le siège de l'ascenseur spatial européen permettant d'exploiter les ressources minières de la lune et de la ceinture d'astéroïdes... voire même de Mars. Le contexte ici prévu s'inscrit dans la continuité de la société industriel-capitalistique que nous connaissons. Désormais, le "puçage" des individus est devenu obligatoire (en... 2034) afin de contrôler les déplacements et l'immigration. En 2040, la puce contient toutes les données de son porteur. "Il continue à y avoir des gens sans puce, comme il y avait au début du siècle des sans-papiers. Une minorité la refuse pour des raisons idéologiques: les "papelards". Mais les "sans-puce" sont surtout les nouveaux apatrides, les migrants climatiques ou leurs descendants" (p.36). Et devinez qui sont les pirates?
La deuxième partie, Barbaresques 3.0, se déroule en Méditerranée. Deux pages évoquent l'évolution du contexte géopolitique de cette région entre 2020 et 2060, incluant le développement de la piraterie à l'encontre des navires de commerce En parallèle, le recours à l'intelligence artificielle, par exemple pour "piloter" des essaims de drones, s'est développé dans l'Armée... jusqu'à la mise en place d'un "interfaçage neural". Et devinez qui va "pirater" les marins d'un navire de guerre français?
Troisième partie: Chronique d'une guerre culturelle annoncée. Cette fois-ci, dans cette "réalité alternative"-là, les différentes nations se sont décomposées puis recomposées. Quant à leurs populations, elles ont la possibilité de se réfugier dans des "univers virtuels" correspondant à leurs goûts, et de passer leur temps au sein de ces "communautés". Et devinez qui a intérêt à les y manipuler, et qui va tenter de les en extraire malgré eux?
Dernière partie, La sublime porte s'ouvre à nouveau m'a surtout évoqué le retour au "flottes de ligne" du début du XX siècle, avec leurs monstres cuirassés destinés à affronter et vaincre d'autres monstres semblables à eux. Mais c'est dans une Méditerranée aux noms antiques (Troie, Carthage, Etrusques, Ligue Hellénique...) que des porte-aéronefs hyperprotégés mais lents sont en butte à des missiles hypervéloces. Et devinez quels espaces il faut contrôler pour éviter la défaite?
Le deuxième tome (Ces guerres qui nous attendent, 2030-2060, saison 2) renouvelait le genre par rapport au premier, avec seulement deux parties, mais qui s'avéraient... touffues. Il bénéficiait de cinq pages titrées "Du rôle des imaginaires dans la pensée stratégique", cosignées par deux "animateurs du programme Red Team Défense" afin d'expliquer la démarche (le recours à des auteurs de science-fiction pour "explorer des futurs", en produisant des "récits" pour que les services des armées puissent les exploiter comme de véritables sources de menaces et infléchir directement leur doctrine).
Les deux scénarios de ce volume prennent en compte la biologie d'une part, l'énergie carbonée de l'autre, pour imaginer les vulnérabilités et les menaces lies à ces thématiques: utilisation d'armes à base de biotechnologies, recours aux micro-organismes... nécessitant la mise en place de moyens de protection et de défense. Le premier scénario dépeint une guerre bactériologique posant de nombreuses questions (comme à la télé, trois experts y répondent...). Dans le second scénario, les énergies fossiles étant quasiment épuisées, les armées ont dû se recentrer sur l'économie d'énergie pour continuer la guerre par d'autres moyens... que le pétrole: technologies plus sobres, basse énergie. Mais même ainsi, place est faite à la "subversion", à l'infiltration de "rebelles" dans un pays "allié", à l'hypothèse de l'envoi d'un corps de "forces spéciales" pour exfiltrer des scientifiques...
Au final, si l'on regarde la totalité des trois volumes, y sont brossées, de manière souvent impersonnelle, des sortes de chroniques d'affrontements qui, dans le futur, se déroulent ou se sont déroulés. Chaque scénario dépeint un univers différent des autres. Les actions sont souvent succinctement présentées en quelques lignes. Ce qui est frustrant, c'est qu'on n'a pas de héros pour sauver le monde. En général, il n'y a même pas de vraie fin (à défaut de happy end) dans ces histoires, qui sont davantage des "outils de réflexion". Peut-être l'étape suivante attendue consisterait-elle à faire rédiger des romans, nouvelles, séries télévisées, téléfilms, bandes dessinées... pour faire exister avec davantage de "substance" les univers futuristes seulement esquissés dans ces trois volumes?
Leur logique m'a un peu fait songer aux "Rapports de la CIA" que publiait jadis en français Alexandre Adler (en 2005 pour 2020, en 2009 pour 2025), et qui étaient censées donner une analyse prospective de ce que pourrait être le monde avec 15 ans d'avance. Ici, les "travaux" à partir desquels ces scénarios ont été rendus publics ont, semble-t-il, servi de « poil à gratter » disruptif au Ministère des armées: cela valait bien le prix de quelque 500 obus de 155 (estimés à environ 4000 euros l’unité), non ? On peut tout de même se demander dans quelle mesure l'agression de l'Ukraine par Monsieur P. a "perturbé" ou influencé (ou non) le déroulement en cours de ce travail de prospective voire sa non-prolongation au-delà du marché conclu?
Bref, grâce à tout ce "jus de crâne", peut-être arriverons-nous (nous, la France et son Ministre des Armées) entre 2030-2060, cette fois-ci, à être prêts à remporter la victoire dans ces guerres de demain, et non dans celles d'hier? Tous les éléments produits par notre cénacle d’auteurs n’ont pas été rendu publics, certains sont classifiés. Il se dit dans les milieux informés que la conception du "PANG" (porte-avions de nouvelle génération, qui devrait être prêt dans une quinzaine d'années...) aurait été influencée par les réflexions issues des travaux de la Red Team, dont tous les produits n'ont certes pas été publiés.
Je citerai pour finir un extrait de la préface du premier volume par le Vice-président de l'Université Paris Sciences et Lettres (PSL): "Jamais le futur ne sera certain. Cet ouvrage en présente une version possible. Je vous invite à le relire dans dix ans: vraies ou fausses, ces prédictions amènent à la réflexion".
Ces livres avaient été diversement commentés sur la blogosphère. Le nocher des livres avait chroniqué la saisons 2 et la saison 3, Julien Amic (blog Les Cahiers dystopiques) la saison 1, de même Thomas du blog Constellations. Je rajouterai peut-être d'autres liens si j'en trouve par la suite.
Désolé pour la longueur de ce billet. Peut-être aurais-je dû en faire un pour chacun de ces trois volumes, ou bien faire un choix entre ces trois que l'on peut estimer inégaux par essence... Je n'en ai pas eu le courage.
J'ai lu avec grand intérêt V13 d'Emmanuel Carrère, désormais paru en folio poche (343 pages). A la fin de l'ouvrage, il y a des remerciements de la part d'Emmanuel Carrère et une postface. V13 est le nom de code du procès des attentats du vendredi 13 novembre 2015 à Paris au Bataclan et à des terrasses de cafés et aussi aux abords du Stade de France et qui ont fait en tout 131 victimes. L'ouvrage est une synthèse des articles qu'Emmanuel Carrère a publiés dans Le Nouvel Obs. Le procès a duré 9 mois à partir de septembre 2021. L'ouvrage est divisée en trois grandes parties : les victimes (c'est bien entendu, le récit le plus émouvant où les parties civiles se succèdent à la barre, en particulier les parents de victimes). Puis, c'est au tour des accusés, tous assez minables, certains en libre comparution. Je n'en nommerai aucun. La troisième partie fait le portrait de la cour et particulier des avocats de la défense, car tout accusé a le droit d'être défendu. Le dossier de l'instruction fait 53 mètres de haut (impressionnant!). Ce que j'ai trouvé intéressant, c'est que j'ai appris des choses sur les attentats, sur les accusés et on ressent une grande empathie envers les 1800 personnes de la partie civile. Un livre que je conseille. Nanou l'avait lu avant moi.
Borgo réalisé par Stéphane Demoustiers est un film plutôt réussi avec un suspense qui tient en haleine jusqu’au bout. L’histoire se passe de nos jours en Corse du côté d’Ajaccio. Melissa, son compagnon et ses deux enfants sont venus sur l’île de Beauté pour prendre un nouveau départ. Melissa est « matonne » dans une prison où ce sont les prisonniers qui surveillent les gardiens. Elle est la seule femme parmi les gardiens. Elle prend ses marques rapidement. Un jeune détenu, Severiu, qu’elle a connu dans un autre centre de détention, se rappelle à son bon souvenir. Quand il est libéré, il la contacte pour lui demander « un service ». En parallèle, on assiste à l’assassinat de deux hommes qui sont tués à bout portant au moment où ils sortent de l’aéroport d’Ajaccio. Pendant un moment, on croit qu’il y a deux histoires séparées et pourtant elles se rejoignent et n’en font qu’une que je vous laisse découvrir. Hafsia Herzi domine le film de bout en bout avec son air buté et déterminé en même temps. Un film que je vous conseille vraiment tout comme Pascale et Selenie.
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais pouvoir incrémenter une participation de plus au challenge "2024 sera classique aussi!" de Nathalie, grâce à Guy de Maupassant.
Guy de Maupassant, Monsieur Parent (et autres nouvelles)
Le livre de Poche (N°4210), 4e trim. 1975, 186 p.
Ce recueil de nouvelles de Maupassant ne figure certes pas parmi les plus connus, la preuve: je ne le connaissais pas... Il est passé entre les mailles du filet que j'avais chargé une de mes tantes de me "remplir", lorsque j'étais ado: je possède depuis plus de 40 ans pour certains une grosse quinzaine de Maupassant en "Poche" (Le livre de Poche pour la plupart, et quelques autres). Je me le suis offert dans une "bouquinerie-salon de thé" (1) récemment ouverte dans le XVIIIe arrondissement de Paris.
A la mode des livres de poche de cette époque, il ne contient, à part le "texte intégral" des nouvelles annoncé en couverture, qu'une page mi-biographie (12 lignes!) mi-"résumé" (deux lignes par nouvelle!) de son contenu. Pour ma part, j'ai trouvé que la majorité des neuf nouvelles regroupées dans ce volume avaient en commun le thème de la famille (parentalité - forcément!, filiation - ou son absence, fraternité - ou sororité...). Après, évidemment, il ne s'agit certes pas des plus célèbres parmi les centaines de nouvelles écrites par Maupassant. Je vais dire quelques mots de chacune, en espérant, comme toujours, donner envie...
* Monsieur Parent nous montre en une soixantaine de pages un "brave homme" bafoué et trompé dès l'origine (le mariage) par sa femme et son meilleur ami. Son univers s'écroule lorsque sa vieille servante lui ouvre les yeux, et la moitié de sa rente de 20 000 francs va finir en pension alimentaire (même si le divorce n'était guère pratiqué à l'époque). Il s'agit d'une étude sociologique dans laquelle je lis peut-être davantage que ce que Maupassant avait voulu y mettre: ce "petit-bourgeois" oisif est un "inutile", qui n'a jamais travaillé, n'est pas un intellectuel, n'a pas grand-chose pour lui à part sa candeur. Une fois seul, il va passer le reste de sa vie dans un troquet, où il arrive le matin pour un bock de bière, déjeune (puis café, puis cognac en pousse-café), puis sieste, et re-bocks, jusqu'à la fermeture. De nos jours, il resterait vautré devant une télé... Sa "vengeance" finale pourrira à coup sûr la vie du bambin qu'il adorait des années plus tôt.
* Par un soir de printemps évoque un cousin et une cousine issus de germains (leurs mères sont soeurs) qui se laissent nonchalamment marier (solution de facilité!). Une tante (la troisième soeur), elle, est restée vieille fille... Cela tient en 10 pages.
* Un lâche: dans d'autres nouvelles (d'autres recueils), on a connu tels ou tels gros bourgeois qui se tiennent mieux devant l'éventualité d'un duel au pistolet que le vicomte Gontran-Joseph de Signoles. Il serait intéressant de savoir s'il arrivait à Maupassant d'écrire des nouvelles "à clé"... mais je suppose que l'Université se penche sur la question depuis bien longtemps déjà!
* La chevelure est une nouvelle d'une douzaine de pages dans le genre morbide.
* Le champs d'oliviers est, je crois, la nouvelle que j'ai préférée (40 pages). Un curé, ancien homme du monde et bienfaiteur de la cure obscure dans laquelle il s'est retiré, voit arriver un rappel de son passé...
* Mademoiselle cocotte est un conte animalier de huit pages, tout aussi amer que Coco ou Pierrot (deux autres nouvelles d'autres recueils). Ici, il s'agit d'une chienne... à caractère spécial.
* Le loup est une aventure de chasse... narrée par l'arrière-petit-fils de l'un des protagonistes, qui explique en une douzaine de pages pourquoi, dans sa famille, on ne chasse plus, depuis plusieurs générations.
* Malades et médecins est marqué "inédit" et daté du 11 mai 1884. Mais c'est ambigu: la nouvelle a-t-elle juste été éditée directement en volume sans être publiée dans la presse, ou bien était-elle inédite jusqu'à sa publication chez Albin Michel en 1957, avant l'édition en livre de poche? Bref, la nouvelle "démonte" de manière fort ironique la mode des "villes d'eau" et les espérances que peut nourrir un curiste, encore en une douzaine de pages.
* En wagon permet aussi de "voir le loup"... tout en en privant des collégiens (12 p.!). En terme d'aventures en "chemin de fer", j'inscrirais un peu cette nouvelle dans la même veine que la nouvelle Idylle, bien connue.
Décidément, Maupassant avait bien de l'imagination... Encore une fois, je me demande d'où lui venait son inspiration, je suppose qu'il faudra que je cherche une biographie pour l'apprendre...
Je n'ai pas trouvé de blog parlant de Monsieur Parent et autres nouvelles, que ce soit dans mon édition ou dans une autre. Je suis passé en vain par "moteur de recherche", ce qui m'a au moins permis de découvrir que la première édition sous ce titre, du vivant de Maupassant (fin 1885), comportait non pas 9, mais 17 nouvelles, parues pour la plupart dans l'année dans des journaux. J'ai regardé dans les près de 70 blogs littéraires en activité et figurant dans la "blogroll" (colonne de droite) à ce jour: on y trouve des billets essentiellement sur les romans (Une vie doit être le plus représenté), ou sur quelques nouvelles isolées (La parure)... J'ai même trouvé trace d'une activité "lecture de Maupassant" fédérée par l'ancien blog d'Une comète en 2019-2020.
(1) Lien rajouté après le commentaire de Parisianne (merci!).
Après Les routes oubliées et La colère, je voulais lire le troisième roman écrit par S. A. Cosby, Le sang des innocents (Sonatine Editions, 397 pages) publié cette année 2024. L'histoire se passe à Charon en Virginie, un ancien état confédéré où les Noirs sont toujours moins bien considérés que les Blancs. Comme dans les deux autres romans de Cosby, le racisme est un thème récurrent. Titus Crown, un Afro-Américain ancien agent du FBI, a été élu shérif de comté de Charon. Quand le roman commence, une fusillade vient d'avoir lieu. Latrell, un jeune Noir, vient de tirer sur Monsieur Spearman, le professeur préféré du lycée où il enseigne. Spearman meurt, mais Latrell aussi. Un policier lui a tiré dessus. Une enquête difficile commence car les populations blanche et noire ne comprennent pas ce qui s'est passé. On apprend assez vite que Spearman n'était pas le professeur modèle que tout le monde croyait. Il avait du sang sur les mains avec la complicité de Latrell et d'un troisième homme qui portait un masque de loup. C'est ce troisième homme que Titus et ses collègues recherchent. Ils doivent arrêter un humain qui est devenu un monstre. On s'attache à tous les personnages dont Titus, son frère dont le prénom est Marquis ainsi que leur père Albert. Titus a une vie sentimentale pas simple avec Darlene. C'est un roman qui se lit bien mais La colère reste, pour le moment, mon roman préféré. Lire les billets de Blacknovel, Motspourmots, Meséchappéeslivresques, Belette2911, Aude bouquine, MAM et BMR.
C'est Ta d loi du cine qui, après avoir lu le billet de Pascale, m'a emmenée voir Vampire humaniste cherche suicidaire consentant (quel titre!). J'avoue que je suis moins enthousiaste que Pascale (et Ta d loi du cine) car j'ai trouvé que le film, un peu longuet (bien qu'il soit court), manquait de rythme même si Sasha, la vampirette (qui joue très bien du piano) et ses parents sont plutôt sympathiques. C'est eux qui fournissent des poches de sang à Sasha, âgée de 68 ans bien qu'elle paraisse cinquante ans de moins, car le problème de Sasha est qu'elle n'arrive pas à tuer des humains en buvant leur sang. Pourtant ses canines poussent enfin et le papa et la maman décident de confier Sasha à la cousine Denise qui, elle, adore tuer pour se nourrir. Sasha, de plus en plus dégoutée devant l'attitude sanguinaire de sa parentèle, ne sait plus quoi faire jusqu'à ce qu'elle rencontre Paul, un lycéen dépressif qui veut se suicider. Sasha a donc l'idée de se nourrir du sang de Paul, mais auparavant elle propose à ce dernier d'accomplir quelques dernières volontés (comme se venger d'élèves qui le harcèlent). Le film lorgne du côté d'un film comme Morse. La jeune actrice Sara Montpetit (Sasha) avec ses cheveux très longs, couleur aile de corbeau, et son teint blafard, m'a fait penser à Morticia de la famille Adams. J'ai un sentiment en demi-teinte pour ce film. Lire le billet de Trillian. Le blog Baz'art, Wilyrah et Jipéhel en parlent aussi.
J'ai été convaincue de lire Les doigts coupés d'Hannelore Cayre (Edition Métailié noir, 191 pages) après avoir lu quelques billets dont celui de Simone. Le récit alterne entre de nos jours et 35000 ans avant le présent au temps de l'Aurignacien, en Dordogne, à l'époque où quelques groupes de Sapiens ont rencontré des Néandertaliens. J'avoue que j'ai appris que les Sapiens avaient la peau foncée. Pour en revenir à l'histoire, en Dordogne, près de la Vézère, une de nos contemporaines veut creuser une piscine dans son jardin et elle est aidée par des ouvriers polonais. Pendant qu'ils creusent, ces ouvriers découvrent deux squelettes qui semblent être très vieux. Et en effet, à partir de là, Hannelore Cayre nous raconte l'histoire des ces personnes qui ont vécu il y a très longtemps. L'un des deux squelettes, un homme, a connu une mort violente. Le deuxième squelette, une femme qui semble avoir vécu plus de 60 ans, est entouré d'objets hétéroclites. Et à partir de là, on fait la connaissance d'Oli, une jeune Sapiens qui est l'héroïne de l'histoire. N'ayant pas 20 ans, c'est la seule femme du groupe qui n'a pas encore enfanté. Elle ne rêve que de chasse et de vivre sa vie sans que les hommes de son clan (quelle plaie!) se mêlent de la manière dont elle le fait. Sa soeur Wilma qui meurt en couches a le temps de lui apprendre à chasser avec une sorte de javelot alors que la chasse jusqu'alors se pratiquait au plus près des animaux. C'est une histoire où les femmes s'émancipent, où elles essayent de se libérer de la domination masculine. Car déjà, à cette époque, il existe la division sexuée du travail: les hommes chassent et les femmes font tout le reste et se nourrissent de ce que les hommes veulent bien leur laisser. "La ligne, c'est l'homme. La femme, c'est le cercle". C'est pourquoi, pour maintenir l'ordre, les hommes mutilent les femmes en leur coupant des doigts dès qu'elles ne se soumettent pas. Grâce à Oli, les femmes de son clan apprennent que de faire l'amour avec un homme aboutit immanquablement à tomber enceinte sans forcément en avoir envie. C'est un roman sur le féminisme au paléolithique. L'histoire n'est pas amusante mais c'est passionnant à lire et vous apprendrez qui est l'homme mort et comment il est décédé. Hannelore Cayre s'est beaucoup inspirée du travail d'une paléontologue italienne, Paola Tabet et en particulier l'un de ses ouvrages "Les doigts coupés, une anthropologie féministe". Lire les billets de Zazy, Actu Du Noir, Cathulu, Je lis, Je blogue et La chèvre grise.
Je pense que la mutation du canalblog avec la migration forcée vers overblog fait que je souffre de "flemmingite " aiguë pour rédiger des billets. Toujours est-il que voici, tout de même, un billet sur un film que j'ai bien apprécié... en attendant que j'aie le courage d'en rédiger sur une demi-douzaine d'autres.
Je commence donc avec Boléro d'Anne Fontaine, vu il y a 3 semaines, qui est une évocation de la vie de Maurice Ravel en général et de la création du Boléro, "tube" mondialement célèbre du compositeur, en particulier. J'avais lu Ravel, le livre de Jean Echenoz (que je vous conseille), mais Anne Fontaine s'est inspirée d'une biographie écrite par un musicologue et journaliste, Marcel Marnat. Le film grâce à des flash-back évoque l'enfance de Maurice Ravel (1875-1937) qui a été couvé par sa maman (Anne Alvaro, très bien). Devenu adulte, Ravel a échoué au Prix de Rome, mais il ne se décourage pas. On le voit entouré de femmes comme Ida Rubinstein (Jeanne Balibar, égale à elle-même) grâce à qui Boléro fut créé. Il tombe amoureux de Misia Sert (Dora Tillier), déjà mariée, tandis que Marguerite Long (Emmanuelle Devos), la célèbre pianiste, est souvent là pour l'encourager. C'est en 1928 que Ravel compose enfin le Boléro qui est un triomphe, puis c'est le Concerto en sol majeur et le Concerto pour la main gauche, et après c'est fini. Maurice Ravel souffre d'une maladie qui le prive de l'usage de ses mains, de sa motricité et du langage, alors qu'il avait gardé ses facultés intellectuelles. J'ai beaucoup aimé l'interprétation de Raphaël Personnaz dans le rôle de Ravel, et on a le plaisir d'écouter des extraits du Boléro et d'autres oeuvres comme La Valse. Un film que je conseille.
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) continue mes explorations via le challenge marsien. Dasola m'a déniché dans son fonds de bibliothèque (avant déménagement) un recueil de nouvelles publié chez Denoël (coll. Présence du futur, N°2, 1954 pour la 1ère édition), Une étoile m'a dit, de Fredric Brown. La fois précédente, c'est une autre oeuvre de cet auteur de SF qui avait été lue et chroniquée (son célèbre Martiens, go home!).
Fredric Brown, Une étoile m'a dit, 1981 [imprimé en], 252 p.
Mars est citée dans ce recueil (sinon, bien sûr, je ne pourrais pas en parler ici), mais n'en forme pas le sujet principal. Seules deux nouvelles y font référence.
* Dans Quelque chose de vert..., la planète rouge dont il est principalement question, et où erre un pilote perdu, n'est pas Mars. Mais quand son sauveteur y arrive enfin, celui-ci lui propose, à défaut de la Terre, de lui faire gagner Mars, "les belles collines jaune et brun de Mars"...
* La nouvelle Cauchemar cite incidemment le dégoût d'être "souillé par du sang martien". Nous sommes sur la colonie de Callisto, un des satellites de Jupiter. En principe, est déjà lointaine l'"époque où les peuples se prenaient à la gorge les trois quarts du temps, à l'époque des guerres, des haines, de la lutte pour la suprématie. Ceci s'était passé avant que le Conseil Solaire, réunit d'abord sur une planète inhabitée, puis sur une autre, eût ramené l'ordre et l'union grâce à son arbitrage. Maintenant, la guerre appartenait au passé. Les différentes parties habitables du système solaire (la Terre, Vénus, Mars, et deux des lunes de Jupiter) se trouvaient toutes régies par un seul gouvernement. Jadis, au cours de cette période sanglante, les peuples avaient dû éprouver les mêmes sentiments auxquels il avait été en proie pendant son rêve: au cours de cette période où les nations de la Terre, unies par la découverte des voyages intersidéraux, avaient conquis la planète Mars, la seule qui fût déjà habitée par une race intelligente, pour fonder ensuite des colonies partout où l'Homme avait pu prendre pied."... Mais cette looongue citation n'est, bien sûr, qu'une des éléments de contexte de cette nouvelle. La bête immonde (du racisme, du fascisme) risque toujours de resurgir si nul ne réagit...
Je vais dire deux mots des six autres nouvelles du recueil (sans rapport, elles, avec Mars).
* Anarchie dans le ciel m'a fait songer au roman La chasse au météore de Jules Verne. D'autres lecteurs (plus ou moins jeunes?) y verront peut-être les prémices de Z comme Zorglub (album de la série Spirou dû à Franquin).
* Tu n'as point tué est une jolie nouvelle psycho-policière. Le détecteur de mensonges favorise la rédemption...
* Mitkey est en partance pour la lune (et non pour Mars), lorsque la fusée est déviée...
* Les Myeups utilise le même argument que Martiens, go home! : un auteur en proie au syndrome de la page blanche est amené à divaguer...
* Tu seras fou se déroule, en grande partie, à l'asile...
* Enfin, figurez-vous que la découverte d'Un coup à la porte a représenté, pour moi, une jolie petite madeleine: j'y ai enfin lu une "nouvelle" que mon père nous racontait, lorsque j'étais gamin, alors qu'il avait sans doute dû la lire lui-même à parution, une vingtaine d'années auparavant... Quel plaisir de lire cette "nouvelle d'épouvante": Le dernier homme sur la terre était assis tout seul dans une pièce. Il y eut un coup à la porte...
Comme à mon habitude (et même si c'est c'est plus en plus pénible à réaliser), j'ai cherché d'autres chroniques de ce livre. Nebal avait consacré à une autre édition de ce recueil un billet en 2009. Baroona aussi, plus récemment (en 2020). Si d'autres font leur apparition plus tard, je ne m'interdis pas de les rajouter!
J'ai été tentée de voir La promesse verte d'Edouard Bergeon, ayant été attirée par la bande-annonce, et je n'ai pas regretté d'y être allée. L'histoire se passe de nos jours entre l'Indonésie, Paris et la Vendée. Carole (Alexandra Lamy) a un grand fils, Martin (Félix Moati), qui est parti en Indonésie sur l'île de Bornéo, pour travailler dans une ONG qui gère un dispensaire. Martin est bien reçu par Paul Lepage (d'origine québecoise) qui y travaille. Martin fait la connaissance de Nila Jawad, une activiste qui lutte contre la déforestation des forêts primaires de la région. Un soir, le village où habitent Nila et son cousin est attaqué. Les maisons sont brûlées et il y a au moins un mort. Martin filme tout avec son appareil. Peu de temps auparavant, une milice privée au service d'une entreprise fabriquant de l'huile de palme avait proféré des menaces envers les villageois pour les obliger à partir. Quand Martin décide de quitter l'Indonésie, son cauchemar commence, car il se trouve que l'on trouve 600 grammes de cocaïne dans son sac à dos. Il est arrêté, jugé et condamné à mort. Comme par hasard, la carte mémoire de son appareil photo a été détruite. Il ne peut pas prouver son innocence et montrer ce qu'il a vu. Sa mère fait tout pour le faire libérer mais Felix devient un pion dans un bras de fer économique à l'échelle internationale, car on trouve de l'huile de palme dans presque tous les aliments, cela sert aussi d'énergie verte. L'impact financier est énorme. J'ai trouvé le film bien fait avec un scénario solide avec plein de rebondissements en 2H04 minutes. Un film que je conseille, servi par des acteurs bien dans leur rôle.
CINEMA, LIVRES, DVD, SPECTACLES, TV - BILLETS DE BONNE ET (parfois) MAUVAISE HUMEUR.
Critiques et opinions sur films, livres et spectacles.
[Secrétaire de rédaction et statistiques: "ta d loi du cine" (269 commentaires, du 17/01/07 au 15/07/26)].
STATISTIQUES, INFORMATIONS, RECORDS (DEPUIS LA CRÉATION DU BLOG)
* Blog créé le 09/01/2007, transféré sur Canalblog en juin 2007, migré à l'insu de son plein gré sur l'outil Overblog en février 2024 *
3138 billets (au 28/07/26) dont tous ont eu au moins un commentaire
37 661 commentaires (au 27/07/26 [+ 2 [anciennement 203] "égarés" lors de la migration"]) [dont 272 dasola] par au moins 1303 personnes, dont 93 (re)venues en 2026
425 blogueurs [dont 137 actifs en 2026] m'ont fait au moins 5 et jusqu'à 1336 (au 13/07/2026) commentaires (voir ci-dessus)
Abonnés (être prévenu à chaque nouveau billet publié sur le blog): 80 au 21/07/26 (via "Newsletter" ci-dessus)