Le blog de Dasola

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2 août 2026

The Ugly - Yeon Sang-ho

Je viens de voir The Ugly (Le laid ou plutôt La laide en ce qui concerne le film). C'est un film coréen que je conseille absolument. Il n'est sorti que dans cinq salles à Paris et c'est vraiment dommage. The Ugly a été réalisé par Yeon Sang-ho (Dernier train pour Busan). Le scénario est une adaptation d'un roman graphique écrit par le réalisateur. The Ugly se passe sur deux périodes, les années 70 et de nos jours. Quand le film commence, Lim Dong-hwan, le fils d'un artisan aveugle de naissance qui fabrique des sceaux, apprend par la police que l'on vient de découvrir le squelette de sa mère disparue 40 ans plus tôt. Même si elle a été assassinée, il y a prescription. Dans le même temps, une jeune journaliste de télé ambitieuse fait une interview de l'artisan sur son talent miraculeux, mais décide aussi d'enquêter sur la mort de sa femme Jeong Young-hee, mère de Lim Dong-hwan. Le film est composé de cinq interviews et d'un mot de la fin. À chaque interview, on en apprend un peu plus sur la mère, son visage ingrat (il n'y a que le bas de son visage qui est filmé et sinon, elle est filmée de dos dans les flash-back). Ses collègues l'avaient surnommée "tête de cul". On fait la connaissance d'une partie de sa famille qui n'est pas tendre avec elle. On apprend ses démêlés avec sa hiérarchie dans l'usine à la fin des années 70. Avec son mari qui ne peut pas voir son visage, les relations se dégradent. On apprend les dures conditions de travail des femmes dans une usine de confection. Le film est surtout la description d'un drame domestique. On verra enfin à la toute fin le visage de Jeong Young-hee sur une photo. Je ne vous dirai rien à ce sujet. Lire le billet du Bleu du miroir. Je ne suis pas d'accord avec les critiques de Télérama et Libération et celle de Selenie. En revanche Henri Golant a apprécié ce film.

31 juillet 2026

L'aventurière de l'Etoile - Christel Mouchard

Ma mémoire était encore à peu près imprégnée de l'article de Jenevelle Laclos sur Jeanne Barret, dont je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) connaissais l'histoire par ailleurs) quand je suis tombé sur le livre que je chronique aujourd'hui. Je ne savais plus si elle parlait ou non, par contre, de l'ouvrage ci-dessous... Et je n'aurais peut-être pas pris la peine de lire celui-ci sans la motivation du Book trip en mer (saison 3) de Fanja.

Christel Mouchard, L'aventurière de l'Etoile, Tallandier,
coll. Pocket N°18417, 317 pages,  2022 (EO 2020),
sous-titre "Jeanne Barret, passagère clandestine de l'expédition Bougainville"

 

Tout est dit en couverture, excepté le fait qu'il ne s'agit pas d'une fiction mais d'un épisode historique. Cette biographie d'une femme ayant réussi, au XVIIIe siècle, à faire le tour de la terre (même si ça a pu lui prendre près de 10 ans), ne nous parle pas seulement de sa participation au "Voyage autour du monde" (1766-1769) interrompue fin 1768. Christel Mouchard a tâché de reconstituer ce que pouvait être la vie d'une fillette (née en juillet 1740), d'une jeune fille, d'une jeune femme, et comment elle a pu acquérir les compétences botaniques dont elle fera preuve durant le voyage de Bougainville. Les femmes étant interdites à bord des navires de la marine royale, elle s'est embarquée sur l'Etoile, le second bateau de l'expédition commandée par Bougainville embarqué pour sa part sur la Boudeuse, comme "valet" et assistant de son amant, le savant et naturaliste Philippe Commerson (1727-1773). Quand sa nature féminine a fini par être mise au jour de manière que nul ne pouvait plus feindre de l'ignorer, dans la scène du 28 mai 1728 par laquelle le livre s'ouvre, elle avoue... avoir trompé son "maître" parce que ce voyage avait piqué sa curiosité! Un joli mensonge bien ciselé qui permet à tous ces beaux Messieurs de "sauver la face" et d'éviter les sanctions qu'ils auraient encouru si les autorités avaient pu les accuser de l'avoir embarquée en tout connaissance de cause. Commerson et son assistante quittent le navire à l'île Maurice en fin 1768. Le récit continue avec la vie de Jeanne une fois séparée de Commerson (celui-ci meurt en 1773). Revenue en France, elle obtiendra en 1785 une pension pour sa contribution à la botanique de la part de Louis XVI, qui aimait les beaux voyages comme chacun sait. Jeanne Barret meurt en 1807.

 

Ce récit s'appuie sur des documents (récits de voyage citant Jeanne), des actes officiels (état-civil, testaments...). Il brode beaucoup, tout en raisonnant par similitude avec ce que l'on peut connaître, par d'autres récits de première main, sur les conditions de vie, au XVIIIe siècle, pour des personnes des mêmes classes sociales. Heureusement, il se veut bien davantage un "décryptage" qu'une romance. L'autrice ne se prive pas de mettre en évidence ce qu'une telle aventure pouvait avoir d'exceptionnel sous l'Ancien Régime.

 

J'ai noté en tout cas que, de nos jours, Jeanne Barret est vraiment une "personnalité" à la mode: Wikipedia consulté ce 31 juillet 2026 donne une bonne dizaine de références de biographies plus ou moins romancées éditées entre 1982 et 2024. Un bateau patrouilleur des affaires maritimes a été baptisé en son honneur en 2022, de même qu'une promotion d'élèves de l'Ecole Nationale de la Sécurité et de l’Administration de la Mer, au Havre. 

29 juillet 2026

Les naufragés de l'Arctique - Arthur Catherall

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais un peu faire appel à du "fond de bac" (comme dirait Fanja!) pour meubler le blog en cette fin de mois: un livre "jeunesse" qui a plus d'un demi-siècle, sur lequel je suis vraiment tombé par hasard. En faisant quelques recherches, j'ai trouvé des informations sur la collection ici, et ai constaté en voyant les couvertures qui y sont présentées que j'en avais au moins chroniqué un titre là.

Arthur Catherall, Les naufragés de l'Arctique, Hatier G.T. Rageot,
Coll. Jeunesse-poche N°25 [11-13 ans], 1972 (trad. Edith Vincent, EO 1968 à Londres),
153 pages

 

L'auteur Arthur Catherall (1906-1980) a principalement écrit de la littérature jeunesse (en français, certains de ses ouvrages sont parus en Rouge & Or, Plein vent...). Il ne doit pas être réédité dans notre langue de nos jours vu qu'il n'a pas droit à sa page Wikipédia en français. Sa page en anglais (consultée ce 29 juillet 2026) mentionne près d'une centaine de titres, certains écrits sous pseudonymes. Je ne crois pas en avoir lu d'autres que celui-ci.

 

Les naufragés de l'arctique rentre dans la catégorie du roman d'apprentissage. À Bergen (Norvège), le jeune Leif, 16 ans, fils d'armateur, informe ses parents qu'il souhaite embarquer dans une compagnie de transport maritime. Il a demandé les papiers, qui n'attendent que la signature paternelle. Refus (en substance, "passe ton bac d'abord!"). "Père, tu connais le proverbe: "il est toujours possible de conduire un cheval à l'abreuvoir, jamais de le forcer à boire". Je n'aime pas l'étude. (...) Si tu refuses de signer les autorisations nécessaires afin que je puisse embarquer comme officier de pont, je me sauverai et j'embarquerai comme je pourrai. Il n'y a pas d'autre solution. Toi l'as bien fait, toi!". Va dans ta chambre, mon garçon, et réfléchis. 

 

Concertation parentale... "Pour peu qu'il embarque maintenant, soupira la mère de Leif, il n'entrera jamais à l'Université. Il y a tant d'étudiants, les places sont de plus en plus rares" [1968 pour la parution originale...]. Finalement, le père envoie son fils chez ses oncles Peder et Jan, rudes pêcheurs sur la côte Nord à bord de leur petit chalutier Cap Nord, ...avec la mission pour ceux-ci de le dégouter de sa lubie en quinze jours. Sauf que le gamin, qui n'est pas la moitié d'un âne, comprend vite le petit jeu et met sa fierté à s'accrocher quelles que soient les dures conditions auxquelles on le soumet.  

 

Dans cette mer de Barents, des avions militaires russes traversent le ciel. Alors qu'il est seul à la barre et qu'il vient de voir un des avions tomber à la mer (durant une aurore boréale), Leif, voulant  porter secours au pilote qu'il a vu sauter en parachute, commet une fausse manoeuvre (il embrouille l'hélice dans les filets!). Dès lors, en plein brouillard, les choses n'iront qu'en s'aggravant... Bon, on est dans de la littérature jeunesse, tout de même: après moult péripéties les choses finiront par s'arranger à la satisfaction générale. 

 

Ce petit bouquin (qui a bien dû faire rêver quelques gamins - et peut-être gamines? Une de ses propriétaires a signé "Christelle"... - depuis un demi-siècle) m'a fait songer au film (que je n'ai pas vu mais dont je connais l'argument) Si tous les gars du monde (Christian-Jaque, 1956).

 

Pour la pêche en mer de Barents, l'âge du héros et celui du livre, j'inscris ce petit ouvrage aux challenges Book trip en mer (saison 3) de Fanja, Littérature jeunesse (2025-2026, édition #1) chez Pativore, et 2026 sera classique aussi! organisé par Nathalie. 

 

28 juillet 2026

Sudden Fear - David Miller

L'été, c'est l'occasion de (re)voir des reprises de films récents ou non. Pour ce qui me concerne, je suis allée voir un film réalisé par David Miller que je n'avais jamais vu, Sudden Fear (Le masque arraché en VF) qui date de 1952: un film noir en noir et blanc avec Joan Crawford (1906-1977), Jack Palance (1919-2006), Gloria Grahame (1923-1981) (et Mike Connors [1925-2017, Mannix] dans son premier rôle au cinéma). Myra Hudson (Joan Crawford), une dramaturge de talent ET très riche assiste aux répétitions de sa nouvelle pièce à Broadway avant de repartir pour San Francisco où elle habite. Elle est très contente de ce qu'elle voit, sauf le premier rôle masculin interprété par Lester Blaine (Jack Palance avec son visage taillé à serpe) qui ne fait vraiment pas jeune premier romantique. Il est remplacé par un autre acteur. On apprend que la pièce est un triomphe. Sur le chemin du retour vers la Californie qu'elle effectue en train, Myra croise Lester qui, lui, devait s'arrêter à Chicago. En fin de compte, Myra tombe sous le charme de Lester (si, si) et va jusqu'à se marier avec lui. A partir de là, intervient la jeune beauté fatale, Irène (Gloria Grahame qui avait l'habitude de ce genre de rôle). Lester est amoureux depuis toujours d'Irène. Myra l'apprend par l'intermédiaire d'un magnétophone enregistreur. Toute la dernière partie du film est une course poursuite à pied et en voiture de nuit dans un très beau noir et blanc dans les rues désertes de San Francisco. La fin est inattendue mais je n'ai pas tout dit. Ce film qui dure 1h50 m'a bien plu. Il a été nommé quatre fois aux Oscars mais ce fut un échec commercial. Je ne sais pas du tout s'il passera dans les salles en province. J'ai voulu préciser les dates de naissance et de décès des acteurs principaux car je ne sais pas si la jeune génération en ont entendu parler. En effet, je me suis sentie bien vieille quand Robert Redford est décédé l'année dernière et qu'un trentenaire m'a demandé "Qui c'était?": il ne le connaissait pas.

27 juillet 2026

L'or du Cristobal - Albert t'Serstevens

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) connaissais depuis des décennies l'existence de ce titre, repéré dans les listes de "titres disponibles" de vieilles éditions "livre de poche" (il y aurait le N°616 - quand j'en ai regardé une photo, je me suis dit que je ne l'avais jamais eu entre les mains!). Alors quand j'ai repéré, dans une autre édition, dans un bac d'occasion, je n'ai pas hésité, même si celle-ci est nettement plus récente... 

Albert t'Serstevens, L'or du Cristobal, Albin Michel, coll. Librio N°33, 1994 (EO 1936)

 

J'ai appris avec amusement que Blaise Cendrars (1887-1961), qui avait publié L'Or en 1925, était (de 1913 à sa mort en 1961?) un grand ami de t'Serstevens (1885-1974 - bien oublié de nos jours, lui). Chez Cendrars, l'or est "natif", dans la terre, et il faut l'en extraire. Chez t'Serstevens, il s'agit de mettre la main de haute lutte sur un trésor dissimulé! 

 

Dans le roman L'or du Cristobal, l'histoire est censée se dérouler en mai et juin 1916, en pleine Première guerre mondiale, de l'Equateur jusqu'en Polynésie française. Cela commence par un peu de géographie, la présentation de Guayaquil, le plus grand port de commerce en Equateur. La guerre en Europe est lointaine, mais les journaux locaux publient les communiqués des uns et des autres, "qui sont tous de victoire" (p.13). Ici, la guerre fait marcher à plein le commerce (mines, plantations, exploitations forestières, ...). C'est jour de réception chez le colonel Roméro Tovar, chef de la police du port, qui a gagné cette prébende lors de la Révolution de 1912... Ils sont vingt à table, lui-même, et ses 19 invités dont une femme, Edith Macmillan, surnommée "La Rubia". Elle lui extorque des informations sur un cargo arrivé au port l'après-midi même: le Cristobal. Tous armés, les convives bien imbibés font un concours à qui éteindra le plus de lampes - avec pour prix un vrai baiser d'Edith. Ayant perdu, le colonel tire et atteint à la poitrine... une statue de plâtre la représentant. Mais l'action commencera véritablement le lendemain... à l'heure de la sieste, chez Edith (rendez-vous donné pour le consoler, pense-t-il).

 

Et avant le repos du guerrier, la jeune tentatrice de 23 ans va entortiller autour de son petit doigt ce quadragénaire aventurier - elle a pris la peine de se renseigner sur ce qu'il faisait en 1902 par exemple, elle sait qu'il est ancien marin... Entre en scène un nouveau personnage: le premier lieutenant (troisième officier...) du Cristobal, à bord duquel est chargée une banale cargaison de charbon. William Dupuis (tout ce qu'il y a d'américain: c'est son grand-père qui est venu de la France avec des socialistes de son époque, et lui-même ne parle pas un mot de français), amant de la femme de son capitaine (allemand de souche), a eu connaissance d'une information capitale...

 

Notre trio dresse ses batteries. L'équipage du Cristobal est composé de 31 hommes (dont 18 aux machines). Seuls les officiers possèdent une arme à feu. Contre eux, le colonel et son âme damnée, le Saïnos (ils ont navigué ensemble pendant 10 ans, peut-être déjà mené à bien ensemble une baraterie...), vont recruter un équipage d'une vingtaine d'hommes de sac et de corde (pardon, de "bout"), nécessaire pour conduire le cargo après s'en être emparé, en en disant le moins possible sur le véritable but de la prise à l'abordage qui conditionne le voyage: quelques hommes de confiance qui formeront les cadres, et d'autres (matelots, soutiers) jaugés un par un par Roméro, avec promesse d'être payés à prix d'or s'ils s'engagent dans une aventure d'une semaine payée au tarif de six mois sans poser de questions indiscrètes. "Je vais les interroger sur ce qu'ils savent faire, et surtout leur dire ce que j'attends d'eux. Ces gens-là ont besoin de paroles presque autant que d'argent" (p.56). Et ça ne traîne pas: dix pages plus loin, le bateau est pris, presque sans casse. Le capitaine, retranché dans sa cabine, se tire une balle dans la tête, le prénom de sa femme à la bouche, et seuls quelques coups de crosse ou de couteau ont été distribués...

 

Après l'appareillage, qui s'est déroulé sans encombre, la question se pose de flanquer par-dessus bord en pleine mer, ou non, les 29 hommes de l'ancien équipage. La décision est tranchée non sans mal entre le colonel, son "second" (William) et Edith. Petit intermède comique: fumeur invétéré, le colonel n'a pas emporté assez de ses bons cigares "Colorado" du Nicaragua (50? Il n'en a pas pour trois jours!), et doit se contenter de "cigares de Californie, longs, épais, fournis de bagues prétentieuses détestables" (p.100), trouvés à bord. Ensuite, il s'agit de se débarrasser du nouvel équipage (royalement payé, rubis sur l'ongle... et en or, pas en billets!), en missionnant le Sainô pour qu'il ramène une goélette chercher le trio des chefs sur l'atoll polynésien où a été caché le cargo. Jusque-là, tout va bien.

 

Ce roman d'aventure finit pourtant de manière quelque peu morale, en démontrant une fois de plus que l'or ne fait pas le bonheur... Après un véritable duel entre les deux aventuriers (et pas pour l'or!), c'est la marine de guerre française qui tirera les marrons du feu. 

 

Je ne vous ai évidemment pas tout dévoilé, je vais rajouter deux citations, qui montrent bien que Roméro a beau être une canaille, il ne manque pas de panache.

p.90, Roméro au Second de l'ancien équipage (Herr Muller): "croyez-moi, il y a autant de gloire, aujourd'hui, à être gangster, que, jadis, à être conquistador. Vous savez bien qu'il n'y a plus rien à conquérir nulle part, si ce n'est l'argent des autres...".

p.95, Roméro à William: "vous êtes vraiment plus français que vous ne le pensez, lieutenant Dupuis. Vous êtes plein d'idées généreuses et de cet altruisme qui, finalement, conduira le pays de votre grand-père à sa perte. Nous entrons aujourd'hui dans une période où la force, la vraie, celle qui n'hésite jamais, comptera seule aux yeux des hommes. Les gens comme vous sont condamnés à disparaître".

Je ne sais pas si ces citations reflétaient ou non les idées de t'Serstevens, sachant que le roman a été rédigé de 1932 à 1935 selon les indications de l'auteur en fin d'ouvrage.

 

En tout cas, les actes des protagonistes sont plus francs, plus brutaux, moins tarabiscotés que dans Le triangle d'or de Maurice Leblanc (publié en feuilleton en 1917 et en volume en 1918) où il est question d'or monnayé devant servir à l'effort de guerre allemand... 

 

Oh allez, je lâche le morceau (sucre?). Un soucrès (sucre!) valant un demi-dollar en 1916, 38 millions de sucres étaient en jeu (95 millions de francs-or - une fortune...): de l'or américain envoyé par les banques américaines d'origine allemande pour soutenir le IIe Reich! 

 

Cette quête d'un monceau d'or par la violence, c'est un thème que les films de guerre ou les westerns ont bien souvent traité: Les rois du désert, De l'or pour les braves, Les morfalous, La caravane de feu, El Condor, Il était une fois la Révolution, et j'en oublie... 

 

J'inscris ce roman d'aventures maritimes (dont j'ai apprécié la lecture) au Book trip en mer (saison 3) chez Fanja ainsi que pour le challenge 2026 sera classique aussi! organisé par Nathalie...

... sans oublier le challenge Pages de la Grande guerre 2026 également organisé par Nathalie.

 

26 juillet 2026

De la Comédie-Française - Martin Darondeau et Bertrand Usclat

J'ai vu le film De la Comédie-Française de Martin Darondeau et Bertrand Usclat en avant-première. J'ai passé un bon moment devant ce film qui dure 1h15 et qui est sans temps mort. Je l'ai vu en avant-première il y a plus de deux semaines. Grâce à ce long-métrage, les deux réalisateurs nous font entrer dans les locaux de cette institution créée en 1680 par Louis XIV. Les acteurs du film sont tous pensionnaires ou sociétaires du Français. Ils interprètent soit des comédiens pour la pièce, ou bien un régisseur, une maquilleuse, une metteuse en scène, une ouvreuse et un ouvreur (qui connaît le texte de la pièce par coeur), une ministre de la culture, un administrateur, une costumière, un cerbère/gardien qui veille à ce que les acteurs du Français aient leur badge à l'entrée, etc. Trois heures avant la première de Macbeth (ou plutôt "La pièce écossaise"), c'est la panique. L'actrice principale est bloquée à Brest à cause de la S**F. Nina (Pauline Clément qui est la co-scénariste du film) joue la metteuse en scène qui a du mal à entrer dans l'établissement à cause d'un badge oublié (mais retrouvé). Le régisseur (inénarrable Christian Hecq) n'en fait à sa tête. Quelques acteurs et actrices ont des états d'âme suite à la défection de l'actrice principale. Rien ne semble prêt. L'administrateur doit assister à la représentation avec la ministre de la culture. Qui va remplacer l'actrice manquante? Un des acteurs ne veut pas porter un costume vert, une actrice n'arrive plus à retenir un de ses textes. L'éclairage provoque des formes bizarres sur scène. La metteuse en scène est au bord de la crise de nerf. Heureusement que Molière veille. Ce film est un bel hommage aux métiers du spectacle vivant. Surtout ne pas louper le générique de fin. La sympathique comédie de l'été. Lire l'excellent billet de Princecranoir.

Edit: Voir aussi ceux de Pascale, de Céciloule. et de Selenie. 

24 juillet 2026

Tourner la page - Zep

Une nouvelle contribution de ma part (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) au challenge Book trip en mer (saison 3) chez Fanja. Merci à Manou et Fanja d'avoir suffisamment titillé ma curiosité pour que j'emprunte Tourner la page en bibliothèque! Pour le moment, mon seul regret est de ne pas encore avoir convaincu dasola de lire cet épais album. Mais bon, comme on est en été, on peut le garder à la maison encore quelques semaines, tant qu'elle ne m'a pas formellement dit qu'elle ne le lirait jamais (1)... 

Zep, Tourner la page, Rue de Sèvres, 2026, 78 pages

 

De Zep, avant la lecture de cet album, je ne connaissais guère que la série "pour enfants" Titeuf, et n'étais jamais rentré dans ses one-shot en style "réaliste".

 

Le héros "en pointillés" de Tourner la page est Delville, Lambert Delville, écrivain (on l'appelle aussi Gregor Samsa - un pseudonyme signifiant?) (2). Depuis que son voilier a été retrouvé vide et à moitié chaviré en mer Egée où il naviguait seul (la tentation d'une île?), jamais ses livres ne se sont aussi bien vendus. 

Je vais vous en citer quelques extraits choisis...

p. 22-23: naviguer en solitaire, une consolation pour oublier les déceptions (un premier roman qui a obtenu le Prix Femina, mais un récent manuscrit refusé par son éditrice, une séance de dédicace en librairie qui fait un "flop", un autre écrivain que lui mis en avant par la Maison, et la compagne qui le quitte dans la foulée...). 

p.27: après la découverte du bateau chaviré, les réactions éplorées... 

En fait, cette disparition arrange vraiment tout le monde: l'ouragan médiatique s'emballe, et le nouveau livre de l'auteur disparu (son manuscrit, évidemment "repêché" par l'éditrice) est même pressenti pour le Goncourt!

Mais soudain, coup de théâtre: un quidam se revendique comme "l'assistant" (et même le "nègre") de Delville! Scandale, remises en question, notoriété du jour au lendemain pour le quidam, qui, ça tombe bien, a un nouveau manuscrit à proposer... d'où quelques pages bien savoureuses sur les "dessous" du métier d'éditeur (ci-dessous, pp.49 & 50).

Mais c'est pas tout, on navigue en eaux de plus en plus troubles, le quidam va jusqu'à exiger, non seulement la republication de l'oeuvre signée Delville sous son propre nom à lui, mais aussi et surtout le reversement des droits d'auteurs correspondants... Là, les choses se compliquent un peu, puisque Delville est officiellement "disparu" et ne pourra être considéré comme légalement mort qu'au bout de cinq ans. On a droit à une réunion où une avocate bien hargneuse menace la Maison d'édition d'un procès... Je vous en ai fait grâce. Voici l'avant-dernière planche de l'album: ce pauvre Delville n'est même plus en couverture.

Et encore, malgré ces belles citations, je n'ai pas tout dit, et de loin! Par exemple, je n'ai pas parlé du troisième homme, Himmel, celui dont l'aura avait chassé Delville du firmament. Deux, ça suffit, non? J'espère vous avoir donné l'envie de découvrir ce qui se dissimule au fil des pages manquantes ici de Tourner la page. 

 

Sinon, je ne sais pas vous, mais moi, ce départ solitaire en voilier m'avait bien fait songer au film Itinéraire d'un enfant gâté avec Belmondo, que j'ai vu et revu (mais la dernière fois, je me suis arrêté à un face-à-face avec un lion... et n'ai pas repris!). 

 

(1) et (2) Edit: Samsa et non Lamsa. Comme suggéré par Dviolante, il s'agit bien du héros kafkaïen... 
Je précise aussi que Dasola a lu la BD sitôt qu'elle a lu l'article.

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Enfin, encore par association d'idées, cette BD sur l'édition m'a remis en mémoire un vieil album de BD (1989), Les Closh au flop 50 de Dodo et Ben Radis, qui se passait dans le milieu de la musique rock et du disque, dans les années 1980. Je l'avais dans ma BDthèque personnelle, j'en extrais quelques citations ci-dessous. La série Les Closh compte six albums publiés entre 1981 et 1993 chez Les Humanoïdes Associés. Pour planter le contexte: les Closh sont un groupe de rock (quatre garçon et une fille - en couple avec l'un d'eux), dans un univers anthropomorphe. Dans cet album (le 5e de la série!), ils viennent de sortir un disque...

 Ci-dessus, p.3: ils viennent de faire tous les disquaires en espérant y trouver leur disque. Pas contents, ils appellent "Henriette, de la promotion"...

p.5, un mois plus tard... Tout le monde dans la boite ne s'occupe que de promouvoir l'artiste-divette du moment, le chanteur Napoli... 

p.22: après un passage TV chez Drucker (une semaine d'angoisse, deux jours de répet', trois minutes sur scène!), il faut faire un clip!

p.29: après avoir intégré le "top 50" p.27, ils y progressent...! Et là, la boîte (de disque) se mobilise...
Ci-dessous (p.30), le grand patron leur explique la vie...

... Mais j'en ai dit bien trop peu sur cet album pour que soit justifié de modifier le titre de mon billet!

23 juillet 2026

Bernard Minier - Ruptures

Ruptures de Bernard Minier (XO Editions, 542 pages) est la troisième enquête de Lucia Guerrero, qui fait partie de la Guardia Civil madrilène. Le récit qui se passe entre Madrid, la Belgique et surtout à Seattle dans l'État de Washington, est assez haletant. L'histoire est très dans l'air du temps. Tout commence par une panne électrique générale dans une partie de l'Espagne. Lucia enquête avec ses collègues sur deux meurtres dont celui d'Emma Bosch, une femme enceinte de six mois qui vient d'être abattue dans la campagne madrilène. Un jeune homme, témoin involontaire, est une victime collatérale. Emma était la directrice de la filiale espagnole Estelar, faisant partie du groupe StarCo dirigé par Milton Gail (un clone d'Elon Musk?). Emma était partie en Volta (Tesla?) rejoindre son père qui est sous respirateur artificiel 20h/24h. Elle voulait savoir comment il allait. Lucia, sur le plan personnel, a des problèmes de santé mais cela ne l'empêche pas d'affronter Milton Gail, un être sans pitié, qui en plus d'être un géant de la Tech est propriétaire d'un réseau social appelé "Orbit". Il épuise tous les gens qui travaillent pour lui. Lucia mettra du temps à savoir qui était le père du bébé. D'autres femmes, tant en Belgique qu'aux Etats-Unis, sont retrouvées mortes et elles étaient enceintes, elles aussi. Dans ce roman, il est aussi question de l'IA et de robots. On sent que B. Minier n'aime pas trop les personnages comme Elon Musk. On peut le comprendre. Un roman qui se lit bien. Lire les billets de Bernie, Aude bouquine, Gruznamur, Aurélie, Un livre dans ma baignoire, Le monde du polar.

Comme ce roman fait plus de 500 pages, je participe une fois de plus au challenge Les pavés de l'été chez Sibylline (La petite liste).

22 juillet 2026

Par-dessus bord - Carol Higgins Clark

Dans le cadre de différents challenges, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) présente encore un titre que j'ai acheté davantage sur la foi de sa couverture et d'une phrase de la 4e de couv' que de son autrice (dont je ne savais rien - même si le patronyme "Higgins Clark" me disait vaguement quelque chose). 

Carol Higgins Clark, Par-dessus bord, Albin Michel, Le livre de poche N°7666,
2004, 224 pages
(trad. de l'américain par Anne Villelaur en 1993, EO 1992)

 

La phrase-clé qui a attiré mon attention en 4e de couv': "C'est à bord d'un paquebot de luxe, le Queen Guinevere, que se trouve l'assassin, et tout indique que c'est à lady Exner et à Regan qu'il en veut maintenant".

 

Carol Higgins Clark (1956-2023) était la fille de Marie Higgins Clark (1927-2020), ai-je découvert (dasola le savait déjà, évidemment...). Les deux semblent avoir écrit quelques livres en collaboration entre 2000 et 2008, mais Carol est surtout l'auteure, seule, d'une série dont l'héroïne est Regan Reilly (16 volumes publiés entre 1992 et 2017) et dont les titres sont composés d'un unique participe passé. Par-dessus bord (Decked, "dépontée" [?] ou "parée" [à partir]?) est le premier de la série.

 

Ici, Regan a une bonne petite trentaine d'années et revient au collège Saint-Polycarp d'Oxford pour célébrer les 10 ans de leur promotion avec ses anciennes condisciples. L'une d'elles (la grecque Athena) avait disparu à l'époque. Entretemps, Regan, fille d'une écrivaine de polars (Nora) et d'un entrepreneur de pompes funèbres (Luke), est devenue détective privée... Un de leurs professeurs, le vieux garçon Philip Whitcomb, doit se marier avec une enseignante, Val Tyler, qui selon la rumeur lui courait après depuis deux ans, alors que lui ne se plaît qu'à s'occuper du jardin de sa tante, la fameuse (et richissime propriétaire foncière) Lady Exner, Veronica. En pleine réception chez elle, la découverte du corps (du squelette) d'Athena est annoncée...

 

Un concours de circonstances (camériste indisposée...) va amener Regan à être embauchée pour s'occuper de Veronica (en fait, l'empêcher de boire...) durant une traversée en paquebot de Southampton à New-York (5 jours). Coïncidence, ses parents voyagent dans le même bateau - mais Veronica ne doit pas le savoir... Diverses intrigues s'enchevêtrent agréablement à terre (où un commissaire sagace mêne l'enquête, avec depuis le paquebot le soutien et les suggestions [pistes à explorer...] de Regan) et en mer. Différents personnages plus ou moins hauts en couleur nous sont présentés: gigolo et gigolette cherchant parmi les premières classes telle ou telle personne esseulée dont ils pourraient faire le bonheur durant la traversée,- et plus si affinités, couples plus ou moins appariés... et, donc, un assassin en mission. Nos passagers sont bien traités (réception par le capitaine, casino, discothèque, séance de voyance...). Je ne vous dirai pas ce qu'il en est du passage par-dessus bord!

 

En tout cas, dans ce livre qui date d'il y a plus d'un tiers de siècle, une réflexion attribué à Gavin (le vieil "animateur" invité par la compagnie, gigolo à ses heures et qui cherche à mettre la main sur un collier de prix), contemplant l'immense étendue d'eau léchant les flancs du bateau en sirotant son jus d'orange, m'a frappé (p.83): "Difficile de croire que partout, en ce moment même, des barges étaient probablement en train de déverser des tonnes de déchets dans les profondeurs de l'océan". 

 

J'inscris ce polar maritime américain pour le Book trip en mer (saison 3) chez Fanja, pour le challenge American Year chez Belette2911 ainsi que pour le challenge Polar et thriller chez Sharon. 

 

21 juillet 2026

The Last Viking - Anders Thomas Jensen

The Last Viking du réalisateur danois Thomas Anders Jensen (à qui l'on doit Adam's Apple, Les Bouchers verts ou Men and Chicken) est une tragi-comédie déjantée mais très sympathique et plutôt émouvante qui se passe de nos jours et aussi dans le passé. Au Danemark, Anker vient de commettre un hold-up et il a gardé tout l'argent dans un sac. Il demande à son frère Manfred de cacher ce sac près de la maison de leur enfance en pleine forêt. Peu de temps après, Anker est arrêté et purge une peine de quinze ans de détention. Dès sa sortie de prison, il retrouve son frère à qui il demande où est caché l'argent. A partir de là, on se rend vraiment compte que Manfred a un trouble dissociatif d'identité, il se prend pour John Lennon et Anker est désarçonné devant l'attitude de Manfred (Mads Mikkelsen avec une coiffure improbable). Il n'arrive pas à appeler son frère "John". Par réflexe ou en guise de représailles, Manfred/John se jette par la fenêtre la plus proche dès que son frère l'appelle Manfred. La première fois, ça prend le spectateur par surprise et les fois d'après aussi. Quand l'histoire se déplace dans la campagne danoise pleine de conifères, j'ai admiré le paysage sublime et la maison familiale en bord de route mais perdue au milieu de nulle part. C'est là que l'on en apprend beaucoup sur l'enfance des deux garçons avec Manfred qui aimait porter un casque viking à cause duquel leur père le méprisait et le battait. Ce que je vous raconte n'est qu'une partie de ce film sur l'amour entre deux frères qui partagent un lourd secret. Mads Mikkelsen et Nikolaj Lie Haas qui interprète Anker sont formidables comme tous les autres acteurs. C'est une comédie noire empreinte de beaucoup d'humanité. Je conseille tout comme Henri Golant et DameSkarlette. 

19 juillet 2026

L'Odyssée - Christopher Nolan

Voici le film de l'été et l'un des films de l'année 2026. L'Odyssée de Christopher Nolan dure 2h52 et il est prenant dès les premières images. On voit le Cheval de Troie à demi enseveli sur une plage et dans la séquence suivante, on se déplace à Ithaque où plusieurs prétendants espèrent que Pénélope choisisse l'un d'entre eux. En effet, Ulysse, le mari de Pénélope, est parti depuis dix-huit ans à ce moment-là pour la guerre de Troie. Pénélope est persuadée qu'Ulysse reviendra un jour, la guerre de Troie étant terminée depuis huit ans et Argos, le chien d'Ulysse attend le retour d'Ulysse pour mourir. Pendant ce temps, Ulysse a perdu la mémoire, il vit depuis plusieurs années auprès de Calypso. Le film comporte beaucoup de flash-backs dans lesquels Ulysse et ses hommes doivent affronter plusieurs périls car ils naviguent à vue et la mer est souvent démontée. Il y a d'abord le cyclope qui croque quelques guerriers avant qu'Ulysse ne lui crève son oeil unique. Puis un certain nombre de guerriers d'Ulysse sont tués par les Lestrygons. Puis d'autres sont tués après l'escale sur l'île du Soleil. Et il y a aussi leur confrontation avec la magicienne Circé transformant des hommes d'Ulysse en porcs. Les effets spéciaux sont très bien faits. Plus tard, il arrive sur une côte où il invoque les morts qui viennent du royaume d'Hadès. Ces derniers lui indiquent le chemin du retour. Et puis il y a l'épisode des sirènes, ainsi que ceux de Charybde et Scylla. D'autres épisodes décrits dans l'Odyssée d'Homère ont été occultés. En revanche, on assiste à l'entrée du cheval dans Troie suivi du pillage de la ville qui est incendiée. Christopher Nolan qui est co-scénariste a fait des choix cohérents. L'ensemble tient la route et est très compréhensible. L'image est assez sombre mais convient bien à l'histoire. Lire le billet de Selenie.

17 juillet 2026

La bataille de Gaulle : L'âge de fer et J'écris ton nom - Antonin Baudry

Mon ami Ta d loi du cine et moi sommes allés voir à un jour d'intervalle les deux épisodes du film d'Antonin Baudry La bataille de Gaulle, le premier sous-titré L'âge de fer qui porte sur la période 1940-1942 et le deuxième sous-titré J'écris ton nom qui se passe entre 1943 et le 11 novembre 1944. Les deux films durent chacun 2h40 soit 5h20 en tout. Le réalisateur qui est aussi co-scénariste a choisi quelques événements marquants de la seconde guerre mondiale où le colonel De Gaulle promu général a joué un rôle important pour que la France garde son indépendance et puisse faire entendre sa voix et celle de la France face aux alliés, c'est-à-dire les Britanniques ensuite rejoints par les Américains. Il en a laissé de côté d'autres, par exemple l'importance de l'action de Rol Tanguy (membre du Parti communiste), lors de la libération de Paris. Le personnage de Gaulle est décrit comme un être obstiné surtout face à Winston Churchill. De Gaulle a eu quelques militaires de premier plan qui se sont ralliés à lui comme les futurs généraux Leclerc ou Koenig. On voit la reconstitution des batailles de Bir-Hakeim, de Ksar Ghilane, ou l'assassinat de l'amiral de la flotte François Darlan par Fernand Bonnier de La Chapelle. La rivalité entre De Gaulle et le général Giraud est bien décrite. Il y a aussi la rencontre entre Jean Moulin et De Gaulle à Londres et l'arrestation de Moulin par la Gestapo et, avant ça, la création du Conseil National de la Résistance. Il faut savoir que De Gaulle a été déchu de sa nationalité et avait été condamné à mort par Vichy. Pour les rôles féminins, on aperçoit la femme de De Gaulle et surtout, on suit le parcours de Livia, un personnage fictif qui va survivre à tout le conflit en étant dans la Résistance. Et j'ai aimé les échanges entre Churchill et De Gaulle, à fleurets mouchetés. Il faut saluer le jeu des acteurs, tous très bien, Serge Abkarian en tête mais aussi Niels Schneider dans le rôle du général Leclerc. Je vous conseille bien évidemment de voir les deux films, et dans l'ordre de préférence. Les images d'archives de la Libération de Paris m'ont fait verser une larme. Et c'est émouvant d'entendre le poème de Paul Eluard, J'écris ton nom. Lire les billets de Pascale, Sélénie ici et là et Jenevelle Laclos.

16 juillet 2026

Pour Don Carlos - Pierre Benoit

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) fais cette fois davantage qu'un pas de côté: je saute carrément à côté de la piste tracée avant de repartir vers une direction tout autre... Pour le thème Espagne du challenge Escapades en Europe - Voyage dans les littératures européennes (2e édition) de Cléanthe, je me suis replongé dans un livre dont une partie seulement se déroule bien en Espagne, et dont l'auteur n'est ni espagnol ni hispanophone.  

Pierre Benoit, Pour Don Carlos, Albin Michel, Le Livre de Poche N°375, 1963 *, 242 pages
(EO 1920)

 

L'histoire se déroule à partir de début décembre 1875 (oui, 45 ans avant la première parution du livre qui date maintenant d'il y a plus d'un siècle: un certain nombre de générations nous en séparent). La IIIe République française est encore jeune et en butte aux manigances antirépublicaines, qu'elles soient royalistes (légitimistes ou orléanistes) ou bien bonapartistes. Un quidam (Olivier de Préneste, 32 ans, vieille noblesse - duc!) obtient par recommandation une audience du Ministre de l'Intérieur dans le but d'obtenir une sinécure - il est ruiné et doit prochainement se marier. Il n'a pas de licence en droit (impossible de l'envoyer au Conseil d'État!). Simple bachelier, il ne parle aucune langue (aucune possibilité de le nommer Secrétaire d'ambassade!). Mais il ressort quand même du bureau nommé sous-préfet à Villeléon (ville - imaginaire! - du département des Basses-Pyrénées, aujourd'hui Pyrénées-Atlantique [depuis 1969], ville dont le nom évoque celui de Mauléon alors sous-préfecture [de même qu'Orthez, jusqu'en 1926], mais donnée comme située à trois lieues de la frontière espagnole [le département semble avoir connu des rectifications de frontières avec l'Espagne, mais je n'ai pas trouvé quand!]). Bref, dans le roman, en 1875, il se passe là-bas des événements susceptibles d'inquiéter le gouvernement français: autant prouver que la France réagit avec rapidité! 

 

Avant de rejoindre son poste, Olivier se voit proposer une partie de chasse par le comte de Magnons, qu'il a croisé dans un "Club" royaliste. Celui-ci lui fera faux bond. Et quand, au terme d'un long voyage (vain jeu de piste à rallonge), il arrive enfin à sa sous-préfecture, c'est pour constater qu'un imposteur occupe déjà la fonction, le "Capitaine Philippe", bel androgyne. Et puis, ça tourne au vaudeville: la fiancée d'Olivier, Lucile, débarque à Villeléon malgré ses instructions formelles... 

 

Le 17 décembre, Olivier se réveille seul à la sous-préfecture, "le monsieur, la dame et le curé" étant partis, lui apprend-on. Il part lui-même se promener vers un village à 12 kilomètres (deux lieues) de la frontière avec l'Espagne... et prend définitivement la poudre d'escampette sur un coup de tête. Le titre du roman se retrouve page 102 ("pour Don Alphonse ou pour Don Carlos?"), lorsqu'Olivier donne la bonne réponse et évite un coup de fusil. 

 

Nous y voilà: l'Espagne est alors plongée dans les derniers soubresauts de la troisième guerre carliste (les deux premières ayant eu lieu en 1833-1840 puis 1846-1849), qui, débutée en 1872, s'achèvera en 1876. Pour en savoir davantage sur les prétendants "carlistes", les querelles dynastiques espagnoles et les péripéties historiques de l'Espagne au XIXe siècle, je vous renvoie à des ouvrages d'Histoire! Ici, nous avons du roman et une oeuvre de fiction. Dans ce livre, l'héroïne principale se prénomme Allegria (on sait que Pierre Benoit casait un prénom féminin en "A" dans chacun de ses romans). Elle se présente dans le chapitre VII (p.75 de mon édition).

 

Pierre Benoit est né le 16 juillet 1886 à Albi (Tarn) et mort le 3 mars 1962 à Ciboure (Pyrénées-Atlantiques, tiens tiens...), sans avoir vu publiée cette réédition en Livre de Poche, donc *. Il écrivait en tout cas ici sur une période antérieure à sa propre naissance. Connaissant la fin de l'aventure, il se permet de montrer Don Carlos plus occupé à dilapider les maigres fonds dont dispose son "Ministre des Finances" en fêtes et amourettes "à l'arrière" qu'à soutenir ses partisans et soldats qui se font tuer au front tout proche. Je serais curieux de savoir ce qu'avait pu penser du livre, à sa parution en 1920, non pas Don Carlos (décédé en 1909), mais le nouveau Prétendant, son fils Jacques [de Bourbon]... Pour cela, je suppose qu'il aurait fallu que j'aille en bibliothèque faire des recherches dans les chroniques littéraires des journaux parus en 1920: tâche énorme! 

 

Ce roman situé au début de son oeuvre (avant Mademoiselle ou Monsieur de La Ferté) nous donne à voir travestissement, déguisement, identité de genre plutôt fluide... Une grille de lecture trop contemporaine (donc forcément mal tournée) pourrait amener à se demander si un oncle voire un père ne se sont pas intéressés de trop près au "façonnage" d'une enfant à une totale soumission pour leur idole... Ou, autre hypothèse pas forcément contradictoire, si la priorisation de "l'intérêt" porté par le Prétendant à tout ce que se montrait prête à mettre à sa disposition Allegria (argent, armes... et le reste) n'a pas contribué à la précipiter dans la voie qu'elle a ensuite suivie (pour le dire crûment: Don Carlos l'a-t-il violée ou non?). 

 

Pour sa part, notre Olivier, qui avait fait partie de l'armée de la Loire lors de la guerre de 1870 contre la Prusse, trouvera moyen de faire le coup de feu et de se couvrir de gloire (ou d'opprobre, c'est selon) en Espagne... Mais il sera passé à côté de pas mal de choses. "Si tu ne veux pas navrer l'une, n'essaie jamais de retrouver l'autre" (p.242). Pour ma part, davantage que le côté romantique, j'avoue que c'est le côté guerrier qui m'avait fait rêver alors que je m'étais acheté ce livre avant d'être majeur (mon exemplaire est plus vieux que moi!) - et j'avais continué avec l'auteur jusqu'à posséder à peu près tout ce qui était paru de lui en "Livre de Poche". 

 

J'espère avoir éveillé la curiosité de lecteurs et lectrices n'ayant jamais abordé ce livre... (je suis volontairement resté très elliptique voire obscur!) et j'inscris Pour Don Carlos au challenge 2026 sera classique aussi! organisé par Nathalie. 

 

* Edit du 22/07/2026: Pierre Benoit a bien dû avoir cette "édition" (Le livre de poche N°375) entre les mains, car en y regardant de plus près (à la fin d'un autre Livre de poche plus vieux encore), j'ai vu que le titre était annoncé comme "volume paru et à paraître au 2e semestre 1958". Or le livre de poche ne donnait pas (comme l'ont fait d'autres collections de poche par la suite), l'information "premier dépôt légal dans la collection", d'où mon erreur...

14 juillet 2026

Encore heureux qu'il ait fait beau - Florence Thinard

Quelque peu en décalage avec ce Quatorze juillet, voici un bouquin pour enfants que j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) déniché par hasard dans un bac pour 0,20 euros. Je l'inscris bien sûr au challenge Littérature jeunesse de Pativore, et ce livre peut aussi participer au Book trip en mer (saison 3) de Fanja.

Florence Thinard, Encore heureux qu'il ait fait beau, éditions Thierry Magnier, 2012,
190 pages

 

Quatrième de couv': "Personne ne comprend ni pourquoi ni comment la bibliothèque Jacques-Prévert se retrouve à voguer sur l'océan. À bord, le directeur, la bibliothécaire, un prof de technologie, la 6e F au complet, et Saïd l'infernal, qui se trouvait là par hasard. Une fois l'incroyable admis, il faut manger, boire, dormir, s'organiser. Chacun fait preuve de courage et d'imagination pour transformer cette traversée en une aventure joyeuse et inoubliable".

 

Bon, tout est dit, voici mon billet fait, bonne lecture à vous... 
...Allez, remotivons-nous!

 

Un douze février, à 16 h 44, un CRAAAC monumental retentit, alors que Sarah Boubacar, bibliothécaire, vient de mettre à la porte Saïd Hussein, qui rôdait depuis des heures dans la bibliothèque sans jamais ouvrir ni livre ni BD ni (autre) ouvrage, et s'était pour finir permis de dire aux 6e F du collège voisin "la littérature, c'est un truc de gonzesse". Le gamin revient à l'intérieur en disant "Y a de l'eau partout!", et Sarah répond sans lever les yeux des piles d'albums: "cette eau qui tombe du ciel s'appelle de la pluie. C'est sans danger, Saïd, tu peux ressortir". 
Mais la situation est effectivement un peu plus compliquée que cela... 

 

Pour déguster la lecture de cette "robinsonnade" dans un immeuble flottant, il faut accepter un postulat "fantastique", un peu le même que dans le début du manga de Kazuo Umezu L'école emportée, ou dans le prologue du film Le sens de la vie des Monty Python (l'excellent court-métrage The Crimson Permanent Assurance)... 

 

Perdus "en pleine mer", quatre adultes (trois attachés à la bibliothèque et un prof) et treize gamins et gamines vont devoir faire "avec les moyens du bord": les courses alimentaires de la femme de service, les ressources limitées prévues pour des "pots" et la cafétéria du personnel, quelques réserves d'eau potable, et... la pluie et la pêche! Faire le point, savoir où l'on est, où l'on va, à quelle vitesse, s'organiser pour dormir, pour assurer la veille (pour voir arriver d'éventuels cargos et se signaler à eux)... et soigner le pigeon de service (comme à bord de l'arche de Noé!). Que d'occasions de mettre en application des compétences scolaires et de vie collective! Les quelques conflits se résolvent sans trop de drame, et l'aventure aura suscité diverses vocations quand elle s'achèvera. 

 

Je ne vous en dirai pas davantage, lisez vous-même le récit de ces journées de "croisière". Cette pochade peut évoquer par moment Le Petit Nicolas, même si l'histoire n'est pas vraiment racontée "du point de vue" de l'un ou l'autre gamin. Disons juste que ça se termine bien et de manière réaliste. 

 

Ce livre jeunesse n'était pas le premier ni le dernier de Florence Thinard, mais c'est le seul que j'ai lu à ce jour. 

 

Anne-Flore en avait parlé sur le blog Livresse en 2012, Enna en 2013, et le blog collectif A l'ombre du grand arbre rend compte d'une lecture commune...

13 juillet 2026

Sombres plantations - Nilima Rao

Pendant mon séjour dans le Limousin entre le 21 et le 30 juin 2026 où les températures ont atteint 42° et ne descendaient pas en dessous de 26° la nuit, j'ai réussi à lire quelques romans dont Sombres plantations - Enquête aux Fidji de Nilima Rao (Editions Au vent des îles, 247 pages). La romancière est australienne indo-fidjienne. Elle est née aux îles Fidji, sa famille est indienne et elle a grandi en Australie. C'est un hommage à ses grand-mères. Le sujet en arrière-plan est l'engagisme (indentured servitude en VO) institué par le gouvernement Indien sous l'administration coloniale britannique. L'esclavage fut aboli mais des milliers d'Indiens furent envoyés dans le monde entier dont les îles Fidji où se passe l'histoire. C'était pour une durée déterminée, pour un salaire déterminé et une charge quotidienne déterminée. Bien entendu les abus de toutes sortes furent nombreux. Ce préambule est tiré du texte à la fin de l'ouvrage écrit par la romancière qui explique le contexte de son roman.

L'histoire se passe en 1914 aux Fidji. On fait la connaissance d'Akal Singh, un jeune policier sikh qui est chargé de retrouver Kunti, une jeune femme coolie qui a disparu. Elle vivait avec son mari et sa fille sur une plantation de canne à sucre dirigée par un contremaître et un couple d'Australiens. Cette disparition aurait pu passer inaperçue si le médecin et le pasteur n'avaient pas donné l'alerte. Akal, s'est retrouvé muté aux îles Fidji suite à un événement qui s'est passé en Inde. ll doit affronter le couple qui traite mal ses ouvriers. Lors de l'enquête, le corps de Kunti est retrouvé ainsi que le corps d'un homme (le contremaître que l'on croyait parti en Europe). Le récit est très bien mené. Je conseille ce roman tout comme Hilde et Baz'art.

 

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Je viens d'apprendre le décès de Sam Neill (1947-2026) que j'avais découvert dans Un cri dans la nuit de Fred Schepisi (1988), Calme blanc de Philip Noyce (1989), La leçon de piano de Jane Campion (1993) et qui a joué dans plusieurs films de la série des Jurassic Park. Il interprétait le paléontologue Alan Grant. Un film de John Carpenter où il interprétait le rôle principal m'avait marquée (je n'avais pas aimé), c'était L'antre de la folie (1994). C'est un acteur que j'ai beaucoup apprécié.

11 juillet 2026

Canoë Bay - Patrick Prugne (des.) & Tiburce Oger (scén.)

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'avais jamais eu entre les mains cette "vieille" BD (2009), jusqu'à ce que je l'aperçoive récemment dans une bibliothèque parisienne où j'accompagnais dasola qui avait des livres à rendre (pendant qu'elle attendait, je me suis faufilé vers le rayon BD...). L'image d'un bateau en couverture m'a bien entendu fait penser au Book trip en mer (saison 3) de Fanja. Du coup, j'ai pris un siège et l'ai parcourue... avant de finir par l'emprunter.

Patrick Prugne (des.) & Tiburce Oger (scén.), Canoë Bay, éd. Daniel Maghen, 2009, 76 pages
(premier album des "Sagas indiennes" ensuite créées par Prugne seul)


L'album commence par deux pages et demi de vignettes silencieuses, avant les premières bulles (qui ne sont pas vraiment un dialogue...). Et on est jeté en pleine action, avant un flash-back biographique puis la reprise du récit jusqu'à la fin de l'album. Nous sommes sur le continent américain, au XVIIIe siècle, bien avant la Guerre d'indépendance. Nous avons là un album de BD d'aventures juvéniles (mais pas forcément à mettre entre les mains d'enfants trop jeunes - ayant l'âge du héros principal par exemple). 

 

Jack, orphelin: c'est lui le narrateur de l'histoire, racontée "à hauteur de gamin" - parfois en "décalage" par rapport à ce que nous en voyons ou comprenons en filigrane. L'histoire (mais pas l'album) commence avec sa naissance le 22 septembre 1746 en Acadie (mère qui meurt des suites de ses couches).

L'orphelinat le fait embarquer à 12 ans comme mousse dans la marine marchande britannique. Il y devient copain "à la vie à la mort" avec un autre mousse, Gallois lui, Andrew. Leur chemin croise rapidement, sur le bateau, celui d'un marin style Obélix, avec un anneau à une oreille et une croix à l'autre. Le vieux matelot, Lucky Roberts, n'est pas sans rappeler Long John Silver, même s'il a bon pied bon oeil. En juin 1758, leur navire, le Virginia, accompagne le Saint Georges pour prendre en charge une cargaison de bois d'ébène (du côté des actuels Sierra Leone ou Liberia) à destination des Amériques. L'aimable marin se révèle alors être un pirate qui cherchait à faire se mutiner un bateau, et les aventures commencent vraiment... (ci-dessous, planche 19, un équipage pas emballé, de prime abord, par les perspectives proposées, malgré la vibrante harangue de... John Place). 

Malgré tout, la p.22 se conclut par "Nous étions devenus des pirates!". 

 

Pas si simple que cela, d'organiser une vie de piraterie... Notre mutin en chef rêvant d'être pirate semble ne jamais passer vraiment à l'acte offensif contre d'autres navires (toujours fuyant les autorités, toujours courant après ses rêves de trésors...). On a un aperçu de l'île de la Tortue, l'équipe de pirates (augmentée d'une otage, la fille du commandant d'un des bateaux mutinés) joue au chat et à la souris avec les Anglais ou les Français... Et puis, après l'aventure maritime avec les pirates, l'intrigue bifurque vers l'aventure terrestre avec les Indiens, à la recherche d'un trésor au bout du Nouveau Monde. Notre petite troupe (dont un autre pré-ado, Sitouh, un des esclaves qui avaient été embarqués puis délivrés...) se retrouve coincée entre deux feux, avec les Français en lutte contre les anglais, et des alliés indiens de part et d'autre sur le sentier de la guerre. Et la planche 42 finit par reprendre l'action où l'avait laissée la planche 3.


L'antagoniste principal est toujours l'officier de marine britannique dont notre Lucky Rogers (alias John Place) avait eu l'idée saugrenue de garder la fille Angela tout en le laissant partir avec ses marins. L'officier poursuit donc la troupe pirate depuis les Caraïbes jusqu'au fin fond de la région des Grands Lacs canadiens jusqu'à ce que mort s'ensuive. Mais le récit reste à hauteur d'enfant (dessinés avec des visages poupins?), à la différence de la série Les pionniers du nouveau monde (qui met en scène des adultes). Comme déjà dit plus haut, ce n'est pas un album pour de trop jeunes enfants (quelques vignettes très "réalistes" quand il s'agit de voir un de nos jeunes mousses en butte aux assauts d'un violeur, ou les gamins jouant les voyeurs alors que fricote un jeune couple d'Indiens...). Les dessins sont magnifiques et les couleurs à l'aquarelle, il s'agit plutôt de grandes vignettes peintes (sans traits traçant un cadre). À la fin de l'album se trouve tout un cahier de "dessins préparatoires" qui peut faire songer à ceux de Hugo Pratt dans certains de ses albums (Fort Weeling, Ticonderoga, Billy James). Pour ma part, Canoë Bay m'a évoqué aussi bien (influences...?) L'Île au trésor (Stevenson), que la série BD Jérémie (Paul Gillon), ou l'album Le trésor de Barbe-rouge (série Barbe Rouge, de Hubinon & Charlier)... 

 

À noter, une morale finale plutôt pessimiste? p.58, l'aventure du "frère de la côte" idéaliste qui voulait fonder une république libertaire en Amérique du Nord s'est aussi avérée un fiasco, les hommes étant ce qu'ils sont... et ce n'est pas l'or qui fait le bonheur, puisque "l'infortuné" en disposait à foison!

 

Quand l'album se termine, nos héros se trouvent en Louisiane, en 1760 (les gamins ont désormais 13-14 ans...).

 

Blogs ayant parlé de cet album (liste pas forcément exhaustive): Tampopo24 (Les blablas de Tachan, Anne-Sophie (blog Mes petits bonheurs). 

Et vous, l'avez-vous déjà croisé?

J'inscris également ce billet au challenge Littérature jeunesse chez Pativore et au challenge American Year chez Belette2911. 

 

9 juillet 2026

Notre histoire : Chroniques du Caire - Abu Bakr Shawky

En ces temps de disette cinématographique, je ne sais vraiment pas quoi aller voir comme film: il y a beaucoup de films d'horreur qui ne m'intéressent pas. Mais je suis tout de même allée voir Notre histoire : Chroniques du Caire qui est semble-t-il assez autobiographique pour le réalisateur austro-égyptien Abu Bakr Shawky. Le film commence en Egypte en 1967, au moment de la guerre des six jours et du retour au pouvoir du président Gamal Abdel Nasser. On fait la connaissance, au Caire, d'une famille de la petite classe moyenne égyptienne qui ne loupe aucun des matchs de football du club Zamalek  Ce sont surtout les hommes de la famille et les voisins qui sont assis devant le poste de télévision selon un certain ordre. Ahmed, l'un des fils de la famille, est le seul à faire exception. Il s'exerce au piano en jouant des morceaux classiques au grand mécontentement du voisin de dessus. Et Ahmed vient de commencer une correspondance avec Liz, une jeune Autrichienne férue aussi de musique. Dans cette famille, il y a aussi la mère Fayrouz qui peste devant sa gazinière qui ne marche pas bien. On ne sort pas beaucoup de l'appartement familial, sauf quand Ahmed part en Autriche pour rencontrer Liz. Ce film est l'occasion de retracer à une vitesse accélérée plus de 20 ans de l'histoire de l'Egypte, avec 1973 et la guerre du Kippour et en 1981, l'assassinat d'Anouar El Sadate, et ces événements influent beaucoup sur la famille. C'est un film qui dure deux heures et qui se regarde avec intérêt même si j'ai trouvé le film un peu trop sonore. Peut-être que le son était mal réglé lors de la projection. J'ajouterai que les acteurs sont tous très bien. Lire le billet de Miriam.

7 juillet 2026

Tant qu'il y a l'océan - Coline Renault

C'est à partir d'un reportage de Coline Renault pour Charlie Hebdo que j'avais (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) initié mes participations au premier Book trip en mer chez Fanja en 2024 (je viens d'ailleurs tout juste de découvrir que son reportage avait obtenu le Prix "Jeune journaliste" de la Fondation Varenne à l'époque). Je présente aujourd'hui (27 mois plus tard), toujours dans le cadre de mes "hommages du 7", un livre où elle a développé quelques chroniques parues dans l'hebdomadaire entretemps, et je l'inscris cette fois-ci pour la 3e saison (2026) du Book trip en mer chez Fanja. 

Coline Renault, Tant qu'il y a l'océan, Les échappés, 2026, 284 pages

 

La journaliste expose comment, lors d'une conférence de rédaction "du journal qui [l']emploie" (p.13), ils s'étaient demandé si des Français des classes populaires françaises pouvaient vivre le même genre de vie que des Américains fortunés ayant carrément "acheté" une cabine de luxe à bord d'un navire de croisière pour n'en plus descendre. En effet, des conditions plus abordables peuvent permettre de naviguer à partir de 500 euros la semaine (à comparer au tarif des EHPAD en France?). Cela a été le point de départ d'une enquête... et d'un embarquement dans un des bateaux de Costa Croisières en septembre 2025 (on peut trouver plusieurs articles en ligne sur le site de Charlie). Tant qu'il y a l'océan raconte cette croisière d'une semaine dans la cabine 523 et ses deux lits jumeaux. 

 

C'est une "croisiériste", Nicole, 74 ans, interrogée dans le cadre de son enquête préalable, qui l'a convaincue d'embarquer. Elle fera bien entendu partie des témoins, avec quelques autres "back-to-back" (ceux qui enchainent les croisières sans "rentrer chez eux" à la fin). Mais intervient aussi dans le livre la grand-mère paternelle de Coline, Mamie Dédée, 75 ans pour 1,50 m, veuve depuis 18 ans, et qu'elle a convaincue (en juin) de l'accompagner dans l'aventure maritime (elles avaient déjà visité Santorin ensemble, pour ses 70 ans). Du coup, parti d'une interrogation sociologique, le livre s'enrichit de méditations métaphysiques sur la mort, le vieillissement, le sens de la vie, les relations familiales et intergénérationnelles, la modification de celles-ci selon qu'on est enfant ou adulte... L'enquêtrice constate encore les inégalités face au vieillissement, avec les plus précaires qui profitent peu de leur retraite... (p.127: "plus on trime à la sueur de son front pour arriver à la retraite, moins on a de chances d'en jouir"). 

 

En ce qui concerne les conditions économiques de cette "vie à bord", la Compagnie accorde des remise aux croisiéristes fidèles ce qui rend les tarifs dégressifs (environ 61 euros par jour pour ceux qui restent en mer "à l'année"). Alors, bien sûr, les paquebots de croisière polluent (je ne sais pas dans quelle mesure la comparaison avec des "vols Paris-New York" est pertinente, au-delà de l'image? J'aurais préféré des informations "en valeur absolue"). Et le fait que ce genre de séjour soit considéré comme revenant nettement moins cher qu'un séjour en EHPAD m'interpelle aussi, car j'ai trouvé que comparaison n'était pas raison: précisément, ces "croisiéristes seniors" ne sont pas - pas encore - des "personnes âgées dépendantes" (malgré problèmes de mémoire ou d'addiction par exemple)... Elles ont fait un choix de vie, elles profitent - ou non - des escales (excursions payantes en supplément!). Et si certains parmi les jeunes personnels sous-payés (d'origine étrangère) sont prêts à payer de leur corps au service des dames d'un certain âge, celles-ci ne se montrent pas vraiment dupes quand ceux-là les poursuivent avec un peu trop d'assiduité... 

 

La vie à bord est décrite, avec tous les petits "trucs" que connaissent les habitués: l'accès ou non au restaurant "VIP", le choix dans les distractions proposées, les "animations" (casino, discothèque...). Mémé Dédée, ne parlant pas anglais, hésite à s'aventurer toute seule hors de leur cabine, et attend stoïquement le réveil de Coline, à l'agacement de celle-ci. La journaliste spécialisée dans les sujets sociaux en profite pour aborder d'autres thèmes concernant nos seniors: leur rapport à l'IA (ce que celle-ci peut leur apporter, en contrepoint d'un manque de rapports véritablement "humains"), l'attitude de l'hôpital par rapport aux "vieux patients" (pas rentables, traitements de longue durée, "bloqueurs de lits"...), le fait même qu'ils bénéficient moins souvent que de plus jeunes qu'eux de molécules innovantes ou d'opérations onéreuses...

 

Quand la croisière s'achève, on ressent le cafard de la grand-mère à la fin de cette trop courte semaine de "sortie de routine", ce qui l'amène à la décision... non, pas de devenir croisiériste à vie, mais de vendre sa maison individuelle pour rejoindre plutôt une résidence "adaptée" (pour seniors) pour y (re)vivre en collectivité. En ce qui concerne sa petite-fille (qui s'interroge aussi sur la qualité de ses relations avec ses grands-parents maternels), j'avoue avoir rigolé en lisant pages après pages ses affres d'hypocondriaque, son constat qu'à 28 ans on ne fait pas la fête comme à 18 ans, ou la phrase de la pas encore trentenaire (p.264) "Je sais que mes questions [aux seniors sur la mort] en diront plus sur ma propre frousse de passer l'arme à gauche". 

 

J'ai vu que le Costa Favolosa (baptisé il y a 15 ans, selon wikipedia consulté le 6 juillet 2026) sur lequel elles avaient embarqué possède une bibliothèque, mais je me demande combien de volumes elle comporte et quelle y est la part de ceux en français... 

 

Comme souvent, Charlie promeut ce livre de différentes manières, soit par un encart annonçant sa disponibilité en librairie,

soit en en faisant le "cadeau" pour un abonnement à l'hebdomadaire (ici, CH N°1770 du 24 juin 2026, pp.3 & 14).

 

J'ai trouvé un billet sur ce livre: Nicole (Mots pour mots). 

 

*** Je suis Charlie ***

6 juillet 2026

Exposition Marilyn Monroe à la cinémathèque française

Trois essais de tenues pour Niagara. C'est la première qui a été retenue pour le film. Personnellement, j'aime beaucoup la troisième.

Jusqu'au 26 juillet 2026, vous pouvez aller visiter l'exposition à la cinémathèque de Paris sur Marilyn Monroe qui aurait eu 100 ans cette année (1er juin 1926-4 août 1962). L'exposition est riche de photos de tournage ou autre. Je ne les connaissais pas toutes. Plusieurs films sont présentés, en particulier Niagara d'Henry Hathaway (1952) - ce film fit d'elle une star. C'est le seul film où elle meurt à la fin. Elle interprète une femme fatale. Il y une évocation de Sept ans de réflexion de Billy Wilder (1955), Les hommes préfèrent les blondes d'Howard Hawks (1953), Certains l'aiment chaud de Billy Wilder (1959). Les films cités sont illustrés par un extrait de chacun de ces longs métrages. Il est aussi fait mention de Bus Stop de Joshua Logan (1956) - on peut voir un bustier qu'elle porte dans le film -, Troublez-moi ce soir (Don't Bother to Knock) de Roy Ward Baker (1952), Le Milliardaire de George Cukor (1960), The Misfits (Les désaxés, 1960) de John Huston. Mais à mon grand regret, mis à part l'affiche, il n'y rien sur Rivière sans retour d'Otto Preminger (1954). Marilyn a été sous contrat avec la Fox au début de sa carrière jusqu'à presque à la fin de sa carrière. Il y a des panneaux de texte en français et en anglais. C'est une expo intéressante pour la jeune génération qui ne connaît pas Marilyn. Pour les autres, c'est une bonne révision. Comme objets et accessoires présentés, il y a évidemment un flacon de N°5 de Chanel, et quelques vêtements qui ont appartenu à Marilyn.

Marilyn en baby-sitter

Marilyn lisant les lettres de ses admirateurs

Avec Jane Russell pour les Hommes préfèrent les blondes

 

Les deux photos ci-dessus ont été prises dans le métro New-Yorkais dans les années 50.

4 juillet 2026

Descendre vers la mer - Isabelle Blochet

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) lu très vite ce "premier roman" paru en février 2023 dont j'avais glané les "épreuves non corrigées" dans un "Circul'Livres" parisien tout récemment. Il y est question de mer et de bateau - même si ces thèmes maritimes ne forment pas le principal de l'oeuvre. 

Isabelle Blochet, Descendre vers la mer, Christian Bourgeois éditeur, 2023, 187 pages

 

La navigation sur le Monplaisir, dans les années 1970, est essentiellement évoquée dans les pages 19 à 32: on découvre le bateau (un "Rocca" à moteur de 5,80 mètres, acheté au Salon nautique de Paris), tiré sur sa remorque par la DS familiale. Il amènera la famille dont il est question au large de la Côte d'Azur, de la Corse, de l'Espagne... Vie à bord, baignades, découverte du naturisme qui heurte la pudeur des adolescentes... Premières fêlures: papa a oublié de remplir les réservoirs de gasoil (y compris le réservoir de secours!). Ou récit de la colère du père qui part au quart de tour lorsque la mère hésite à prendre la barre pour qu'il puisse faire du ski nautique...

 

Ce roman est surtout une histoire d'un demi-siècle de vie, celle de deux prolétaires plus ou moins orphelins, deux âmes esseulées, chacune avec ses rêves, qui s'allient pour le meilleur et pour le pire entre les années 1950 et 1980... Elle (Suzanne), que son papa prématurément disparu rêvait institutrice (élévation sociale) prendra des cours à Pigier et finira meilleure vendeuse (payée à la commission!) dans un magasin de meubles. Lui (surnommé "Jany"), qui rêvait de construire de ses mains sa maison à défaut d'un bateau pour partir faire le tour du monde en famille, finira intellectuel raté mais ouvrier déclassé, chômeur et dépressif... Ils se sont mariés en 1952, quand elle avait 19 ans et lui 22. L'histoire plutôt triste est racontée du point de vue de la troisième et dernière fille, Hélène (la maman, à 36 ans, aurait voulu enfin un garçon - ses grandes soeurs ont 7 [Fanny] et 11 ans [Véra] de plus qu'elle). Le récit raconte, quelque part, la lente déchéance du père, qui veut d'autant plus tout régenter dans sa famille que le contrôle du reste de sa vie lui échappe. Je me suis demandé si, de nos jours, IRM ou autre technique n'auraient pas permis de lui diagnostiquer un problème médical qui aurait pu expliquer certains des symptômes décrits...

 

Suzanne, au final, se révoltera contre ce mari devenu maniaque avec l'âge (il est âgé de 52 ans à la fin de l'histoire), regrettant de lui avoir tout payé quand il l'a souhaité, les vacances à la montagne, le bateau (dont elle payait les traites, avec son salaire "supérieur à celui d'un ingénieur") et d'avoir en quelque sorte sacrifié sa vie pour lui... au lieu de vivre en s'occupant davantage d'elle-même. Elle va jusqu'à regretter de ne pas avoir laissé partir puis oublié ce jeune homme (futur boulet), en 1951, le jour où il lui avait dit, en substance: "séparons-nous, tu es une fille trop bien pour moi, je vais descendre vers le sud, prendre un bateau et partir comme marin...". Pauvre Marius manqué... Encore une fois, je songe à l'homophonie "la mer / la mère / l'amer". 

 

J'ai vu que la marque de bateaux à moteur "Rocca", qui avait été vendue en 1995 par son fondateur, avait été rachetée en 2020 avec dans l'idée de la faire revivre (je ne sais pas ce qu'il en est en 2026). Le chantier nautique initial avait construit 350 000 bateaux, de l'après-guerre jusqu'aux années 1990 [information que je dois au site internet d'un passionné du motonautisme]. 

 

L'autrice, bibliothécaire, disait en 2023 à L'Echo Républicain qu'il ne s'agissait pas d'une autobiographie. «Il y a des éléments de ma vie personnelle. Mais c’est avant tout un roman, écrit et construit comme tel». 

Pour le chapitre de souvenirs d'enfance sur le bateau (auquel il est quelquefois fait allusion dans le reste du roman), j'inscris ce petit livre au Book trip en mer (saison 3) chez Fanja.

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