Le blog de Dasola

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16 août 2025

Stella - Piergiorgio Pulixi


J'ai lu en deux jours et demi Stella de Piergiorgio Pulixi (Edition Gallmeister, 563 pages haletantes) qui pourra faire partie du challenge Pavés de l'été 2025 organisé par La petite liste.

Stella est le prénom d'une jeune fille de 17 ans qui est d'une beauté à couper le souffle. Malheureusement pour elle, on retrouve son cadavre sur une place près de Cagliari en Sardaigne. Et oui, j'ai retrouvé avec plaisir cette île italienne où l'on parle plus sarde qu'italien. C'est l'île natale de l'écrivain pour ceux qui ne le savent pas. J'ai lu les romans précédents de Pulixi (lire mes billets ici, ici et ) et Stella est une réussite. L'enquête sur ce meurtre sauvage est confiée à trois personnages déjà rencontrées dans des romans précédents de l'auteur: Mara Rais, Eva Croce et la Toscane Clara Pontecorvo (1m98 pieds nus) et le vice-questeur milanais Vito Strega (sorcière en italien). Le meurtre de Stella va déclencher une avalanche de violence avec des victimes collatérales. Le récit est bien mené et jusqu'au bout, on se demande qui a tué et pourquoi car les suspects sont nombreux et l'auteur nous indique des fausses pistes, quoique... 

Par ailleurs, il y a une histoire en arrière-plan qui se passe à Milan avec Marina, une femme dangereuse dont on avait fait la connaissance dans un roman précédent, Le chant des innocents, qui fait une fixation sur Strega. A la fin du roman, on peut s'attendre un développement de cette histoire secondaire dans un ouvrage à venir. 

Pour compléter ce billet, je précise que c'est ta d loi du cine qui avait été me l'emprunter en bibliothèque alors que je n'étais pas à Paris. 

En ont parlé: Bigmammy, Livressedunoir, Aude, Blacknovel

15 août 2025

Paroles d'exode - Jean-Pierre Guéno

L'intitulé de la consigne du mois d'août "à pieds, à cheval, en voiture ou en train – Récits de voyages en Europe" pour le challenge de Cléanthe Escapades en Europe - Voyages dans les littératures européennes m'a (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) donné l'idée de chercher à parler d'une oeuvre mettant en avant l'Exode de mai-juin 1940 (il y a plus de 85 ans), sur lequel je me souvenais avoir lu, gamin, des pages plutôt frappantes. Une recherche sur ce sujet m'a amené vers le titre ci-dessous. 

Jean-Pierre Guéno, Paroles d'exode, Lettres et témoignages des Français sur les routes (mai-juin 1940), Editions J'ai lu, Librio 3 euros N°1152 (nouvelle édition), 2023, 115 pages

 

La première édition de cet ouvrage remonte à 2015, même si seule la mention que "cet ouvrage est d'un appel à témoignages initié par Christian Carion et Nord-Ouest Films pour le film En mai, fais ce qu'il te plaît et enrichi par Jean-Pierre Guéno" permet de le deviner (le film est sorti en 2015). La page wikip' concernant le film donne la rédaction suivante de cet appel à témoin: « J'ai besoin de vous, de vos témoignages sur ces semaines où tout a basculé. Ce film sera le vôtre en quelque sorte car j'essaierai de me nourrir le mieux possible de ce que vos anciens ou vous-même avez gardé en mémoire ». Il semble avoir surtout concerné les habitants de la Picardie? Cela me permet d'appuyer mon respect de la consigne "européenne", puisque plusieurs des témoins cités viennent de Belgique.

 

Bon, souvent, quand mon billet ne "jaillit" pas d'un seul jet mais ressort du syndrome de l'écran blanc, j'utilise le "truc" de commencer par m'appuyer sur une "description matérielle". Allons-y. Le livre se présente sous la forme de cinq parties, à l'intérieur desquelles chaque "journée" forme un chapitre qui comporte entre un et neuf témoignages. L'"Index des témoins" (p.119) comporte 33 noms. Quand un même "témoin" revient sur plusieurs journées, chaque écrit est incrémenté (le chiffre le plus élevé étant "[16]", pour un premier témoignage le vendredi 10 mai 1940 et un dernier le dimanche 30 juin. Mais cette dernière date n'est pas la plus tardive: on a un "[12]" le 30 juillet, et un isolat le 30 août.

 

Ce "recueil" donc s'ouvre par un premier chapitre à contribution unique, titré "L'appel prémonitoire". Il est constitué d'un extrait de l'avertissement rédigé par le colonel Charles de Gaulle en date du 26 janvier 1940, dans un mémorandum "secret" (L’Avènement de la force mécanique) adressé à quelque 80 "décideurs", qui, durant cette "drôle de guerre" immobile, prédisait que "le conflit présent sera, tôt ou tard, marqué par des mouvements, des surprises, des irruptions, des poursuites, dont l'ampleur et la rapidité dépasseront celles des plus fulgurants événements du passé". Une signature prestigieuse donne donc le ton (même si la source est imparfaitement titrée dans l'ouvrage). Bizarrement, Charles de Gaulle figure dans la liste des "témoins", mais ni dans la bibliographie (20 auteurs, dont J.-P. Guéno pour trois ouvrages à lui seul), ni dans les "sources et crédits"(?) où l'on découvre incidemment le nom de Julien Blanc-Gras associé à l'un des témoignages (?). 

 

L'action débute véritablement dans le deuxième chapitre (titré "L'attaque allemande" (vendredi 10 mai 1940, sept témoignages). Les "Chleus" attaquent, mais nul (en Belgique ou dans le Département du Nord) ne doute d'une résistance efficace voire victorieuse.

 

Les choses intéressantes (déplacements, voyages!) commencent dans le chapitre III titré "Exode, première vague" (11 au 31 mai, 44 textes divers et variés par 16 auteurs différents [+ un "communiqué officiel" (p.27) en date du 15 juin du gouverneur militaire de Paris, qui à mon avis tombe comme un cheveu sur la soupe dans cet ouvrage: un bon élément de contexte, mais plutôt "hors sujet" par rapport au sous-titre de l'ouvrage]. Chaque jour, les conditions empirent. 

 

Le chapitre IV est titré Exode: combats, débâcle et raz-de-marée Juin 1940 couvre la période du 7 au 22 juin et regroupe 40 extraits. On y voit apparaître neuf nouveaux témoins (jusqu'à Jean Moulin lui-même!). Il m'a amené à la réflexion que le parti pris du découpage quotidien est intéressant mais peut s'avérer peut-être quelque peu artificiel, dans la mesure où, à la même date, certains se mettent tout juste en route alors que d'autres étaient sur les chemins depuis plusieurs jours. Les premiers avaient été bien accueillis, quand les derniers trouvaient des ressources épuisées et des locaux blasés, des campagnes désertifiées et où il est difficile de trouver à se nourrir... 

 

Le cinquième et dernier chapitre, La fin de l'exode, va du 23 juin au 30 août (déjà signalé), ne contient que neuf contributions. Il intègre un extrait de discours de Pétain du 11 juillet qui annonce les thèmes de la "révolution nationale". Il livre un aperçu des réactions (variées) à l'Armistice, des préparatifs de retour, des retrouvailles, avec le constat des dégâts causés dans les maisons abandonnées... 

 

Dans cette compilation de 101 "fragments" (si j'ai bien compté), apparaissent bien de nombreux moyens de déplacement. Côté chemin de fer, sauf erreur de ma part, l'ouvrage fait plutôt état de gares bombardées que de trains en circulation. Pour le reste, je vais me permettre de citer des extraits de la citation de Pierre Mendès France (p.19): "Dans les premiers jours, nous avons vu passer de somptueuses et rapides voitures américaines conduites par des chauffeurs en livrées (...). Puis sont venues des voitures moins brillantes, moins neuves (surmontées de matelas multicolores) dont les conducteurs, des petits-bourgeois, généralement accompagnés de leurs familles, avaient souvent besoin de nous. Un ou deux jours plus tard, et ce furent le plus incroyables guimbardes, des voitures d'un autre âge, sorties d'on ne sait quels hangars et utilisées à défaut d'autre moyen de fuite. (...) Puis vinrent les cyclistes, jeunes pour la plupart (...). Il y avait aussi des piétons, parfois des familles entières, lui, un baluchon sur l'épaule, elle, poussant une charrette ou une voiture d'enfants. (...) En dernier lieu vinrent les lourdes voitures attelées des paysans du Nord; elles avançaient au pas, chargées de malades, d'enfants, de vieillards, de matériel agricole, de meubles". Tout est dit ici, le reste n'est que littérature. Et ce qui m'a frappé, c'est la part belle faite, dans cet ouvrage censé donné la parole aux "anonymes", à des "signatures" de prestige (PMF donc, de Gaulle, Jean Moulin, Pétain). Il y a aussi moult extraits de livres déjà publiés (des récits publiés sur le moment, ou des "souvenirs d'enfance"), et finalement peu d'inédits? J'ai découvert Lucien Rebatet, à la plume dure et souvent outrancière (4 extraits). Oh, le monsieur (un sous-Céline?) écrit fort bien. Mais pourquoi l'avoir choisi, lui, avec son mépris visible pour ces populations en exode?

 

Je me suis aussi étonné de ne pas voir cité Cavanna (que j'ai moi-même découvert récemment), qui a écrit tout un chapitre, signé Pour le Tsar! (pp.53-115) sur son "aller et retour pour rien" à vélo de Paris vers Bordeaux, le parcours étant stoppé du côté de Saint-Amand-Montrond [Cher - 18] (au retour, les copains se foutent de sa gueule: "Aller si loin pour se faire rattraper, merde! Moi, je trouve que ça valait le coup"). Dans un ouvrage titré Les Ruskoffs, c'est sûr qu'il n'allait pas écrire "Pour le roi de Prusse!"... Je vais me permettre de citer les conditions de son départ sur les routes à 17 ans, alors qu'il était employé dans un bureau de poste parisien (p.55). Trois jours avant [= vers le 13 ou le 14 juin, par là], le receveur du bureau de poste de la rue Mercoeur, près du métro Charonne, fait rassembler tout le monde, tri, guichet, facteurs, télégraphistes, tout le monde, et il dit: "Les Boches sont à Meaux; Foncez chacun chez vous chercher vos affaires, le strict minimum. Dans trois heures, un autocar vous emmène tous vers le Sud. Ordre de l'Administration. Ceux qui refuseront de partir encourront des sanctions pouvant aller jusqu'au licenciement. Sans préjuger des poursuites devant les tribunaux militaires. N'oubliez pas que nous sommes réquisitionnés". Mais pas de car (attendu en vain): à 14 h, le receveur ordonne alors de partir par ses propres moyens (train, à pied en espérant trouver une voiture qui acceptera de les prendre...). Pour Cavanna, c'est son beau vélo personnel. Point de ralliement prévu: Bordeaux, la poste centrale...

 

Pour ma part, j'avais découvert des écrits sur l'Exode en lisant, il y a entre 40 et 45 ans, le livre Compagnons de l'honneur du colonel Rémy, dont le premier chapitre est axé sur Le pont de Gien, goulet d'étranglement pour ceux (civils et militaires) qui cherchaient, du 12 au 17 juin, à passer sur la rive gauche de la Loire (sous les bombes et les mitraillages)... Ce titre (mon exemplaire "poche" date de 1970, l'ouvrage original était paru en 1966) fait partie de ceux que j'ai lus et relus lors de nos "voyages familiaux" en Grèce, où je n'avais le droit d'emporter qu'un voire deux livres de poches dans mon sac à dos (j'en revenais en le sachant à peu près par coeur). 

Je crois me souvenir aussi qu'une de mes grand-mères m'avait parlé d'une aïeule de notre famille, traumatisée en 1940 par l'exode, parce que c'était sa troisième fuite devant les envahisseurs "alboches" ou "teutons" (guerre de 1870, 1914, et 1940)... Je ne suis pas sûr par contre que cette vieille dame avait survécu à l'Occupation. Ceci m'avait été raconté, à moi, dans le dernier quart du XXe siècle. 

 

Mais revenons à Paroles d'exode. Bien sûr, il ne fallait pas en attendre trop d'un ouvrage "grand public" de 115 pages vendu (neuf) 3 euros (je l'ai déniché d'occasion...). Directeur de collection chez Librio, Jean-Pierre Guéno semble avoir creusé jusqu'à plus soif son concept, dans une quinzaine d'ouvrages (de compilations, je présume, faute d'avoir lu les autres). Je ne dis pas que mon impression d'"aurait pu mieux faire" ne relève pas d'une part de jalousie en me disant que, moi, j'aurais pu au moins faire aussi bien, avec du temps et du réseau (bravo à lui pour avoir vendu trois millions d'exemplaires de Paroles de poilus!). Il est sûrement un bon compilateur, mais je n'ai pas réussi à trouver de thèses de doctorat en Histoire qu'il aurait dirigées (un critère de qualité d'un "chercheur" en Histoire pour moi - déformation familiale sans doute...). 

pp.116-118 figure une "chronologie" très sommaire, dont on peut ne retenir que trois dates. 10 mai: "Première vague de l'exode: les populations du Nord et de l'Est, deux millions de Belges, de Hollandais, de Luxembourgeois et deux millions de Français fuient vers le sud". 8 juin: "Le front français est complètement disloqué. Exode des civils français du nord vers le sud" [pas de chiffre]. 14 juin: "Les Allemands entre dans Paris, déclaré "ville ouverte"".

Bref, je considère que cet opuscule peut constituer un bon ouvrage introductif et un livre certainement utile pour tous ceux qui ne connaissaient absolument rien du sujet (l'Exode de juin 1940), en donnant, espérons-le, envie d'approfondir cette histoire qui avait jeté plusieurs millions de personnes sur les routes pour des trajets par tous moyens sur parfois des centaines de kilomètres depuis leur point de départ!

Je n'ai pas trouvé de blogs ayant parlé de Paroles d'exode, mais me réserve la possibilité d'en rajouter le cas échéant.

13 août 2025

Last Stop : Yuma County - Francis Gallupi

J'ai bien apprécié ce petit film de l'été qui lorgne vers les frères Coen ou Quentin Tarantino mais qui a son style propre. Last Stop : Yuma County de Francis Gallupi nous transporte dans les années 60 ou 70 dans un café (avec un air conditionné en panne) accolé à une station service qui est en rupture d'essence. La prochaine station se trouve à 150 km. A un moment, on voit que le camion-citerne n'est pas près d'arriver. Un VRP en couteaux arrive le premier dans le café (dinner en anglais) tenu par une serveuse charmante épouse du shérif du comté voisin (un peu balourd). D'autres clients suivent. Ils risquent d'attendre longtemps. En particulier, deux braqueurs de banque; ils ont dérobé 700 000 dollars et leur voiture verte est bien amochée. Un jeune couple va semer le chaos par un malheureux concours de circonstances où l'on se rend compte que les Américains vivent avec une arme à la main (ou presque). Sur la fin, il y a un jeu de massacre assez réjouissant selon moi, même si tout le monde ne mérite pas son sort. Je vous laisse découvrir quel sera le bilan final. Un film que je recommande pendant cette période avec peu de sorties passionnantes. Lire les billets de Selenie et Marcorèle

12 août 2025

Le serpent de mer - Jules Verne

Voici encore un Jules Verne qui pour moi (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) répond aux mêmes caractéristiques que Les frères Kip: une oeuvre qui n'était pas disponible en Livre de Poche dans les années 1970-1980, un livre qui existait pourtant en Bibliothèque verte (pour la jeunesse - avec éventuellement des coupes dans le texte?), et enfin une aventure maritime. Après avoir repéré ce titre (une fois), il ne restait plus qu'à me le procurer (deux petits achats "d'occasion" sur internet... - car il en a existé deux éditions différentes!).

Jules Verne, Le serpent de mer [titre de l'oeuvre originale: Histoires de Jean-Marie Cabidoulin]
Bibliothèque verte, 1937, 251 pages (illustrations de Henri Faivre)
puis
Bibliothèque verte N°228, 1963, 252 pages (illustration de François Batet)

 

Les Histoires de Jean-Marie Cabidoulin, roman qui était à l'état achevé en 1899, a été publié en feuilleton puis en volume en 1901. Le héros éponyme (dont le nom n'était peut-être pas assez "accrocheur"? C'est vrai que Grant, Robur ou Nemo sont plus "frappants") est un tonnelier qu'un capitaine à court de personnel convainc de s'engager pour une ultime campagne de pêche à la baleine au départ du Havre. Le bonhomme était réticent, pensant avoir vu tout ce qu'il y avait à voir pour satisfaire sa curiosité, et ayant le pressentiment qu'il lui arriverait des choses qui ne lui sont pas encore arrivées... qu'il finirait par voir quelque terrible monstre... le grand serpent de mer... Bref, dans le chapitre II, le voici à bord du Saint-Enoch (trois-mâts carré de 550 tonneaux, commandé par le capitaine Bourcart avec un équipage de 34 hommes, lui compris). Ce départ a lieu le 7 novembre 1863 pour une campagne qui devrait durer plusieurs années...

 

Avant d'en raconter davantage, quelques mots sur la "présentation matérielle" de ces bouquins. L'édition de 1937 ne comporte aucune petite illustration, cependant que les huit illustrations "pleine page" sont paginées avec le reste. Je ne me suis pas procuré un exemplaire possédant encore sa fragile jaquette en papier. 

Dans l'édition de 1963, chacun des 15 chapitres commence par une illustration d'un tiers de page, les illustrations en couleurs sont "hors pagination", et on trouve quelques autres petites illustrations en noir et blanc lorsque le "calibrage" du chapitre le permet.

Notons que la typographie est pratiquement la même d'une édition sur l'autre (à l'exception de l'emploi des guillemets à chaque paragraphe d'un récit - ou non: des usages qui ont changé? [pp.70-72 à comparer]), les seuls "décalages" de pagination étant dûs aux illustrations de 1963. Henri Faivre (qui ne bénéficie aujourd'hui pas d'une page wikipedia en français?) a illustré nombre d'ouvrages de la bibliothèque verte, de Jules Verne ou non (1) et semble avoir exercé son activité des années 1930 à 1960 environ. J'ai appris par contre que François Batet était le pseudonyme de l'Espagnol Francisco Batet Pellejero (1921-2015). J'avais découvert son style de dessin il doit y avoir un demi-siècle, en lisant Les cinq sous de Lavarède et autres romans de Paul d'Ivoi... 

Bref, reprenons notre voyage. Le Saint-Enoch va doubler le cap de Bonne-Espérance (pointe de l'Afrique) pour se rendre dans le Pacifique, sans avoir eu l'occasion d'entamer sa campagne de pêche (ou de chasse), pour atteindre le sud de la Nouvelle-Zélande le 15 février [1864] (fin du chap.II). Le récit est lent, au rythme de la vie quotidienne d'un équipage de navire du XIXe siècle, avec souvent des traversées de plusieurs semaines pour aller (à la voile!) d'un point A à un point B... en espérant y rencontrer les baleines (les proies!). Chasse que Jules Verne avait déjà évoquée dans Un capitaine de quinze ans et dans 20 000 lieues sous les mers. La narration est de temps en temps interrompue par les prédictions (élucubrations?) de notre tonnelier, occasion de faire un point sur les "apparitions" recensées de serpents de mer: pp.70-72, une énumération de navires ayant cru rencontrer le grand serpent de mer se conclut en... 1875! Inattention de Jules Verne? S'il avait dû faire commencer sa fiction en 1863, je pense que c'est que le port du Havre a renoncé à armer des navires pour la chasse à la baleine en 1868.  

 

Relevons quelques épisodes marquants: pp.60-64, un homme à la mer en pleine tempête est sauvé alors qu'un requin allait l'engloutir. S'ensuit la capture de ce dernier (impression de déjà-lu... dans Les enfants du capitaine Grant, lors de la découverte de la fameuse bouteille qui contient un message). p.74, un navire étranger qui ne rend pas le salut (drapeau) ne peut être qu'un Anglais! On le retrouvera plus tard. p.86, un navire américain donne au contraire l'excellent conseil d'aller vendre la cargaison (des baleines ont été capturées, leur huile a été extraite...) à Vancouver (en évitant l'aller-retour vers Le Havre): cela (m'a) fait prendre conscience que cette "chasse" ne visait pas à procurer des "matières premières" indispensables à la France et à son industrie, mais bien à générer des profits financiers...). p.103: on découvre que l'or de la région de Vancouver coûte cher: les mineurs prétendent que, pour en récolter un dollar, il faut en dépenser deux! Je noterai encore que quand le matelot Rollat est précipité à la mer depuis la mâture, faute d'avoir été prévenu d'une manoeuvre (p.130), cela apparaît comme un "incident de mer" et c'est tout (aucune "recherche en responsabilité" n'est évoquée). 

 

Et le serpent de mer, me direz-vous? p.124, le tonnelier est bien mortifié quand une baleinière prouve que le "monstre" n'est... qu'une algue gigantesque. Cependant, pourquoi trouve-t-on de moins en moins de baleines, si ce n'est sous forme de cadavres aux blessures béantes? Comment un navire peut-il disparaître tout à coup en entraînant une partie de son équipage avec lui? Comment un autre peut-il s'échouer là où aucun écueil n'était connu, avant d'être désemparé et entrainé par une force irrésistible jusqu'à la banquise? Quand (p.251 ou 252) l'équipage du Saint-Enoch finit par regagner son port d'attache (vraisemblablement début 1865, si j'ai bien compté), qu'on ne vienne pas laisser entendre à Jean-Marie Cabidoulin qu'il s'est frotté à une éruption sous-marine suivie d'un tsunami: il reste persuadé d'avoir "vu la bête" (et jure bien qu'on ne l'y prendra plus à naviguer).

 

On peut trouver facilement le texte en .pdf, le livre original semble aussi exister en audiolivre (avis aux amateurs). Pour l'anecdote, j'ai vu qu'en décembre 2023, le département de Seine-Maritime (76) offrait une réédition du roman Le serpent de mer à chaque collégien. Le budget de cette opération, commencée en 2022 avec L'aiguille creuse de Maurice Leblanc, semble être de 100 000 euros. En 2024, a suivi le conte La belle et la bête de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont (je n'ai rien trouvé pour 2025). 

 

En tout cas, voici pour moi encore une triple participation, avec ce livre, aux challenge 120 ans Jules Verne (1828-1905)Book trip en mer (saison 2) de Fanja, et challenge 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie

 

(1) Comme disent des "Verniens" plus érudits que moi, "aucune notice biographique n'a pu être localisée" (note 17).

11 août 2025

Le luth d'ébène - Enquêtes à Byzance - Panagiotis Agapitos

Avec Le luth d'ébène de Panagiotis Agapitos (Editions Anacharsis, collection Griffe fiction, 414 pages), je me suis retrouvée en mai 832 à Césarée en Cappadoce où j'ai fait la connaissance de Léon le protospathaire (premier porte-glaive). Le roman a été publié en 2013 et l'édition de poche est de 2025. L'ouvrage débute avec une carte des régions orientales de l'empire byzantin au IXème siècle puis on a une longue liste des personnages du roman. Le roman lui-même est suivi d'une postface de l'écrivain (un historien spécialiste du monde et de la littérature byzantine) et enfin un glossaire très utile auquel je me suis souvent reportée. 

Je dis tout de suite que le roman m'a plu malgré les nombreux personnages et surtout leur titre et fonction dont je n'étais pas familière. A la demande de l'Empereur de Byzance Théophile, Léon a été envoyé en mission comme ambassadeur près du calife de Bagdad pour négocier la paix. Il fait une halte de quelques jours à Césarée de Cappadoce (aujourd'hui Kaysari en Turquie) où le désordre règne et surtout où un drame affreux vient de se produire, le corps d'Euphrossini, la fille du juge, est retrouvé. Elle a été violentée et étranglée. Le stratège Nikiphoros Anthrakas (un officier supérieur, membre du sénat et gouverneur de Césarée) demande à Léon de mener l'enquête. Léon est un homme surprenant qui n'hésite pas à se déguiser. C'est lui qui joue du luth. J'ai trouvé ce roman dépaysant et l'enquête bien menée. Un roman que je recommande. C'est le premier volume d'une trilogie. 

P.S.: voir les billets de Miriam et de Dominique.

8 août 2025

Vacances - Pont du Gard et Uzès

En quittant Vaison-la-Romaine, on s'est dirigé vers le Pont du Gard. Je suis allée directement vers la rive droite du pont où se trouve le musée et l'entrée principale. En 2019, lors de ma première visite, je n'avais pu aller que sur la rive gauche du pont. La rive droite était neutralisée à cause de la visite d'un ministre. J'avoue qu'il y a 6 ans, j'avais été éblouie par ma première vision de ce pont, tandis que cette fois-ci, j'ai été presque déçue avec toute la végétation qui le dissimule en partie quand on s'approche. Sur la rive gauche, on le voit mieux. Et par rapport à ma première visite, il y avait beaucoup de monde. Toujours est-il que j'ai enfin fait la visite du canal tout en haut du pont où passait l'eau qui provenait d'une source près Uzès et qui parcourait 50 km jusqu'à un Château d'Eau à Nîmes. L'eau alimentait la ville de Nîmes, en particulier les thermes. Je rappelle que le pont du Gard est une partie d'un aqueduc romain construit sous Neron ou Claude et que la construction de ce monument a duré cinq ans. 

Cette carte est une citation extraite (p.3) d'une brochure Le pont du Gard, Editions Ajax (2004), que nous nous sommes procurés dans une librairie d'Uzès. 

 

 

 

Dans le canal que l'on a parcouru sur une longueur de plusieurs centaines de mètres à la queue-leu-leu sans s'arrêter, on a pu voir les dépôts de calcaire vieux de presque 2000 ans.

L'aqueduc est resté opérationnel pendant presque 500 ans.

A Uzès qui se situe à 12 km du pont, nous avons séjourné plus d'une journée et on a pu parcourir cette petite ville sympathique qualifiée de "premier duché de France" depuis Charles IX qui l'avait attribué à Antoine de Crussol (un protestant), 1er Duc D'Uzès en 1565. Quelques photos de cette ville. 

 

Cathédrale Saint-Theodorit

Place aux herbes 

Le château des ducs d'Uzès qui est en partie privé 

Mon ami Ta d loi du cine a monté (sans échauffement) les 135 marches de la tour rectangulaire. Il a mis trois jours pour s'en remettre. Il avait mal au niveau des muscles des cuisses. Moi, je n'ai même pas essayé.

Suite et fin du voyage dans un prochain billet.

7 août 2025

GéBé s'expose à la BnF

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) suis passé il y a déjà quelque temps à la BnF (Bibliothèque nationale de France), avec un collègue (hors temps de travail), parce que j'y avais repéré une exposition intéressante (dans le cadre de mes "hommages du 7"). Mais peut-être que tout le monde, aujourd'hui, ne sait plus qui était GéBé? 

C'était le pseudonyme que s'était choisi Georges Blondeaux (1929-2004), qui a commencé à publier ses dessins dans le journal de la SNCF (où il travaillait) La vie du rail, avant de quitter la société nationale des chemins de fer français pour vivre de sa plume comme dessinateur de presse en 1960. Avec Cavanna, le Professeur Choron, et d'autres, il a fait notamment partie de l'aventure de Charlie Hebdo "première époque" (celle qui prend fin en 1982). Il a été jusqu'à son décès Directeur de la publication (étant l'un des principaux actionnaires) de Charlie Hebdo quand celui-ci renaît en 1992. Entretemps et parallèlement, il a mené une carrière d'illustrateur et de dessinateur pour bien d'autres employeurs et titres de presse.

Les 16 panneaux de l'exposition, titrée "Un génie du dessin de presse", en donnent un aperçu très diversifié. L'exposition, visible  sur le site François Mitterrand [75013] (en entrée libre [gratuit]) a débuté le 6 mai et dure jusqu'au 19 octobre 2025. Pour plus d'informations, voir le site de la BnF

 

Un bon dessin valant mieux qu'un long discours, place à quelques photos des panneaux que mon collègue a eu l'amabilité de capter sur ma demande (j'avais oublié mon appareil!). 

Esprit... léger des années 1950 ou 1960?

 

Zazie s'avère plutôt contestataire...

La société sens dessus-dessous... Bien vu, non?

 

 

 

 

Et voici (ci-dessous) Charlie Hebdo, en fin des années 1970...

 

 

 

 

 

 

Sur le dessin-projet ci-dessous comme sur la photo ci-dessus, on reconnaissait déjà le Professeur Choron. Je ne suis pas capable d'identifier les deux comparses. 

 

Jolie affiche!

 

Couverture d'un livre...  

...J'ai acheté un autre de ses ouvrages à la librairie de la BnF, je suppose que j'en parlerai un mois ou l'autre (Gébé, Les hommes portaient des chapeaux).

****************** 

Je vais dire deux mots de deux autres expositions, que dasola et moi avons visitées lors de notre voyage estival. Elle sont visibles au Centre international de la Caricature, du Dessin de presse et d'humour, à l'espace Loup, à Saint-Just-Le-Martel, près de Limoges (87), et mettent à l'honneur Tignous ["Tignous Forever"] et Siné ["Attention, j'arrive!"], lui aussi ancien collaborateur de Charlie Hebdo jusqu'à son licenciement en 2008 par Patrice Val, alors directeur de la publication). Les deux expositions se terminent le 14 août 2025. C'est dasola qui a pris les deux photos ci-dessous de dessins signés Tignous. 

 

Pour ma part, j'ai acheté sur place Si tu meurs, je te tue, de Chloé Verlhac (la veuve de Tignous et la "commissaire" de son exposition): encore un titre que je chroniquerai un mois ou l'autre...

 

*** Je suis Charlie ***

6 août 2025

Gangs of Taïwan - Keff

Gangs of Taïwan de Keff est un premier film qui ne m'a pas déplu, même si je l'ai trouvé un peu long. L'action aurait pu être plus resserrée. Le film dure plus de 2h. Néanmoins, l'histoire est prenante. Elle se passe en juillet 2019 à Taipei, capitale de Taïwan. Des gangs de jeunes taïwanais rackettent certains commerçants. Parmi ces jeunes, il y a Zhong-Han, un grand jeune homme muet mais pas sourd. Le jour, il aide un couple qui l'a pratiquement adopté. Le couple tient un petit restaurant qui vivote mais ne perd pas d'argent. Ce restaurant existe depuis 70 ans. Mais un jour, le propriétaire des murs vend le restaurant à un homme d'affaires véreux. Ce dernier quadruple le montant du loyer et en même temps, il fait une offre pour que le couple quitte les lieux le plus rapidement possible. Ha-Rong, le restaurateur, accompagné par Zhong-Han, refuse avec courage la proposition. Et c'est à partir de ce moment que les choses vont aller de mal en pis pour Ha-Rong et sa femme. Zhong-Han assiste impuissant à tout ce qui arrive jusqu'à ce qu'il prenne une décision radicale. J'avais deviné l'issue de cette histoire avec quelques flottements mais c'est bien joué et j'ai aimé le personnage de Ha-Rong qui est très humain. Un premier film réussi. Keff est un réalisateur américano-taÏwanais à suivre. Lire le billet de Selenie

2 août 2025

Vacances - Nyons - Seguret

Pendant nos quatre jours à Vaison-la-Romaine (située dans le Vaucluse), on a un peu rayonné. On a été à Nyons (qui elle, est située dans la Drôme), ville qui est renommée pour ses olives AOP (appellation d'origine protégée) et son huile d'olive (aussi marquée AOP sur la bouteille en photo).

On a visité un musée intéressant qui regroupe des machines anciennes qui permettaient de faire de l'huile d'olive.
 

 


On nous a expliqué que des olives vertes sont des olives cueillies pas mûres. Mais aussi que certaines peuvent être teintes pour devenir des olives noires grâce à des bains de potasse ou de soude. Mais le goût n'est évidemment pas le même que celui des olives cueillies à maturité comme s'enorgueillit de le faire Nyons.  

A Nyons, juste à côté de ce musée, il y a un très beau pont roman à arche unique sur la rivière Eygues achevé en 1409.


Nyons est la ville natale de René Barjavel (1911-1985). La ville a gardé comme lieu de mémoire la boulangerie de ses parents.

 

Et quand on n'a pas peur de monter des rues pentues avec des escaliers, on peut admirer la Tour Randonne datant du XIIIème siècle qui fut une prison. Depuis le XIXème siècle, elle a été transformée en chapelle.

 


Avant de quitter la région de Vaison pour nous diriger vers le Pont du Gard, nous nous sommes arrêtés à Seguret, joli petit village ayant le label "plus beau village de France".

 

 

Un château en ruines domine le village mais on n'a pas réussi à le trouver car il fallait grimper un chemin de "chèvres" et on n'était pas équipé avec les bonnes chaussures. 

Suite du voyage dans un prochain billet.

29 juillet 2025

Vacances - Vaison-la-Romaine

Nous voici arrivés à Vaison la Romaine où on est accueilli par le chant des cigales. Cela en est presque assourdissant. On les a surtout entendues près du logement où nous sommes restés quatre jours et on avait une très belle vue sur le mont Ventoux. 


Vaison-la-Romaine est connue pour son pont romain construit au 1er siècle de notre ère, le seul pont qui a résisté à la crue de l'Ouvèze en 1992. Seul son parapet construit ultérieurement n'a pas tenu.


Vaison-la-Romaine est aussi connue pour ses vestiges romains. Il y deux sites principaux : le site de la Villasse (qui se visite librement) et celui de Puymin où des visites guidées sont organisées. Au sein de ce site, il y a un théâtre antique qui pouvait accueillir 7000 personnes (on n'a pas pu le voir car il y avait la répétition d'un concert) et un musée archéologique très intéressant où sont rassemblés des vestiges trouvés sur place. Il y a en particulier une mosaïque au paon magnifique. 

Le site de Puymin était un quartier de la ville antique où se trouvaient des maisons privées.
 


Sur le site de la Villasse, il y avait la place principale de la ville antique, des boutiques et des thermes.

En début de soirée, Ta d loi du cine est monté vers la Haute-ville qui domine la vallée mais il n'a pas pris l'appareil photo.

Nous avons eu un temps exceptionnel pendant ces quatre jours. La suite dans un prochain billet. 

28 juillet 2025

La planète oubliée - Murray Leinster / Le monde vert - Brian W. Aldiss

Les livres que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais présenter aujourd'hui représentent deux "histoires de planètes" dans lesquels sont assez peu présents vaisseaux spatiaux ou combats à coup de laser ou même d'épée... même si je vais quand même considérer qu'ils peuvent rentrer dans la catégorie "planet opéra". Ils ont aussi pour caractéristique de dater des débuts de la seconde moitié du XXe siècle. 

Brian W. Aldiss, Le monde vert, J'ai lu SFF N°520, 303 p., 1974 (EO 1962)
Murray Leinster, La planète oubliée, J'ai lu SF N°1184, 191 p., 1981 (EO 1954, "fix-up composé à partir de trois nouvelles datant respectivement de 1920, 1921 et 1953" *)

 

Citation introductive: "Obéissant à une loi inéluctable, toutes choses croissaient, se développaient dans le désordre et l'étrangeté. La chaleur, la lumière, l'humidité étaient constantes. Elles l'étaient depuis... personne ne savait depuis combien de temps. "Depuis quand...?" "Pourquoi...?" C'étaient là des questions que nul n'avait plus l'idée de poser. réfléchir n'avait plus de sens. Dans ce monde, un seul problème se posait: croître. C'était le règne du végétal. C'était un monde qui ressemblait à une serre." Ainsi débute Le monde vert.

Sur cette terre en décadence, une pauvre humanité survit avec ses règles et ses superstitions. Parmi les enfants de la tribu, peu atteindront l'âge adulte, et les enfants-hommes ne sont pas bien nombreux non plus, sous la tutelle de la femme-chef... Les végétaux ont quasiment acquis une vie autonome, et sont une menace permanente. Carnivores, parasites psychiques... Bien des pièges seront à déjouer avant que Gren, l'enfant-homme, le héros, une fois fait le voyage vers la lune, en revienne, constate que même les descendants de nos chiens ou chats peuvent paraître bénéficier d'un sort privilégié, et fonde famille... pour un avenir modérément optimiste? 

 

Au second, maintenant. Je me souviens que lorsque j'avais acheté cet autre livre J'ai lu, il y a une vingtaine d'années, je cherchais en fait à retrouver un vieux "bibliothèque verte" lu dans ma jeunesse (et, en vrai, titré La planète ignorée). Mais ceci est une autre histoire.

La planète oubliée: une planète stérile, sans aucune trace de vie... Des vaisseaux humains, au fil des millénaires, la répertorient, l'ensemencent avec des micro-organismes unicellulaires, puis un peu plus complexes (champignons, levures...), puis des insectes. Un dernier vaisseau apporte poissons et plantes. Mais l'ultime apport prévu (oiseaux, mammifères) n'aura pas lieu, car la fiche de la planète est purement et simplement perdue! Un jour, les survivants du naufrage d'un paquebot spatial (l'Icare) s'y posent.

Citation (p.14): "Après quarante générations, les êtres humains sur l'astre oublié survivent, sans feu ni métaux, au milieu du grouillement des insectes et des champignons géants, devenus des sauvages. Jusqu'au jour où, face à la mort, un adolescent ne recule pas, invente une arme et revient, paré des ailes du phalène vaincu." Ici, le héros (celui qui exhorte son peuple à affronter leurs peurs et leurs insectes) se nomme Burl. Et à peine a-t-il fini par conquérir le coeur de Saya que débarque (enfin? Moins de 10 pages avant la fin du livre) un astronef, le Wapiti, à bord duquel se trouve un "Educateur", une machine électronique plutôt destinée à instruire les enfants que les adultes, mais bon... La planète ne sera plus oubliée, elle ravira les amateurs de safaris, et Burl en sera le président! Tout est bien qui finit bien, non?

 

J'inscris ce billet pour de nouvelles participations au XVIe Challenge Summer Star Wars "Andor saison 2" chez Lhisbéi, mais aussi au challenge Objectif SF 2025 chez Sandrine, ainsi que pour le challenge 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie (ce sont de vieux ouvrages)... sans oublier le 13e challenge de l'imaginaire proposé par Tornade (l'anticipation c'est aussi de la SF, non?).

P.S. du 2 août 2025: en revoyant les biographies (et bibliographies, suite à la remarque de Nathalie) des auteurs, je prends conscience que j'ai "oublié" d'inscrire aussi le livre de Murray Leinster (auteur américain) pour l'American Year 2 chez Belette2911. Dont acte!

 

* Merci à Lhisbéi pour avoir répercuté une précision donnée par Jean-Daniel Brèque.

26 juillet 2025

Les champs de la lune - Catherine Dufour

Un fois n'est pas coutume, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais chroniquer un livre plutôt récent (2024), que je me suis offert après l'avoir aperçu sur divers blogs: le "journal de bord" d'une "fermière" sur la lune... C'était à la fois afin de participer à des challenges sur lesquels j'ai du retard, et pour le verser après lecture au système de prêt de livres de l'AMAP dont je fais partie!

Catherine Dufour, Les champs de la lune, Robert Laffont, Coll. Ailleurs et demain,
2024, 284 pages

 

Nous sommes manifestement dans plusieurs siècles (au XXIVe s.). Sur notre satellite, les colons, d'abord installés sous des dômes, n'ont pu s'empêcher de s'affronter en des guerres qui ont éclairci leurs rangs, avant de décider, sous la conduite de quelques "sages", d'opter pour une vie souterraine, en aménageant d'immenses tunnels de lave... devenant ainsi pleinement des "soulunaires". Des "animaux augmentés" (chiens, chats, qui parlent...) vivent avec eux. 

 

Celle qui nous raconte au fil des pages ces événements, El-Jarline, veille en surface au maintien en bon état de l'écosystème de sa "ferme" sous dôme. Le temps passe doucement au fil de ses rapports (sur une durée d'une dizaine de mois). Lorsque commence le livre, on vient de lui demander d'abandonner son style trop "sec" pour rédiger avec de vraies phrases. Pour cela, elle s'aide du contenu d'une bibliothèque qu'elle a téléchargée. Notre fermière reçoit de rares stagiaires (les enfants sont trop sensibles aux radiations) venus voir plantes et animaux, accueille (recueille?) cependant sous "son" dôme, pour un temps plus ou moins long, des enfants plus ou moins orphelins, des vieillards plus ou moins désorientés... 

 

Sa principale inquiétude, l'objet de ses alertes quotidiennes, porte sur les fragilités de son dôme (une fissure qui s'étend malgré toutes les consolidations effectuées en "duracier"), cependant que ces alertes ne provoquent strictement aucune action chez les "décideurs" (le dôme comme parabole?). Elle se préoccupe également de découvrir ce qui cause la "fièvre aspic", une espèce de "maladie du sommeil" qui décime les colons sélénites... Son enquête dérange-t-elle certains puissants personnages? Lors d'un long trajet pour visiter une autre cité, son "rover" est saboté (contrairement aux assurances qui lui ont été données, il ne sera pas réparé). Elle finit par trouver ce qui pourrait être un charnier (ou un grand cimetière sous la terre?). En son absence, le dôme subit une décompression fatale. 

 

Quand elle décide de quitter définitivement les lieux, ses collègues lui offrent un choix de quelques plantules, ainsi que quelques larves (chrysalides) d'insectes: de quoi re-créer un embryon d'écosystème... cependant que, dans le ciel, la Terre passe d'une image d'"orange bleue" à un globe gris. J'ai perçu les 23 chapitres de ce livre, au départ, comme un conte empreint de poésie, de lenteur, d'humanité. Mais le pessimisme se fait de plus en plus sentir au fil des pages, tirant l'oeuvre vers un roman d'anticipation amère, de la lecture duquel je ne suis pas, moi, ressorti exagérément optimiste sur le sort de l'espèce humaine... alors même qu'on finit par s'interroger sur la "part d'humanité" que porte en elle El-Jarline elle-même.

 

J'inscris ce billet comme ma première participation au XVIe Challenge Summer Star Wars "Andor saison 2" chez Lhisbéi, mais aussi comme nouvelle contribution au challenge Objectif SF 2025 chez Sandrine, ainsi que pour le 13e challenge de l'imaginaire proposé par Tornade

 

Keisha en avait parlé il y a quelques mois, Manou plus récemment. Les chroniques du chroniqueur l'avait longuement analysé l'an dernier. Citons encore Lhisbei... dont le billet contient plein d'autres liens! 

25 juillet 2025

Vacances - Beaune

Et oui, je suis en vacances. Je n'étais pas vraiment partie depuis 2023. Avec Ta d loi du cine, nous sommes dans le sud de la France après une halte à Beaune et un mini-séjour à Vaison La Romaine. Puis nous ferons une halte au Pont du Gard (que Ta d loi du cine ne connait pas) avant de repartir vers le Nord. 

 

Tout d'abord, je voulais dire que le début de notre périple fut laborieux. L'autoroute A6 est barrée quand on sort de Paris depuis le 15 juillet jusqu'au 2 août. Je l'ignorais (c'est moi qui conduis). On nous a fait prendre une déviation pendant une trentaine de km jusqu'à Evry-Lisses pour ceux qui connaissent. On a mis plus de deux heures en semaine pour parcourir 50 km. J'étais dans un état de nerfs, je ne vous dis pas. Après les choses se sont améliorées jusqu'à Lyon. De là, pour éviter le tunnel de Fourvière, on peut contourner la ville via plusieurs tunnels. C'est rapide mais il faut payer 2,60 euros avant de repartir vers le sud. Cela en vaut la peine car la direction Lyon Centre était archi-bouchonnée. Mais n'anticipons pas. 



J'avais décidé de faire une halte pour visiter les Hospices de Beaune. Je ne fus pas déçue. C'est une belle institution fondée en 1443 par le chancelier du duc de Bourgogne Nicolas Rolin et son épouse Guigone de Salins, qui, d'abord, s'est appelé Hôtel-Dieu et est devenu Hospices Civils de Beaune en 1796. L'établissement a reçu des malades jusqu'en 1971 et des personnes âgées jusqu'en 1984. La production de son domaine viticole permet, lors de ventes aux enchères, de financer ses frais de fonctionnement. 

Voici quelques photos :

La salle principales où étaient soignés les "pôvres", comme on appelait les pauvres à cette époque.

 La pharmacie - quelques centaines de pots

Un coffre à vêtement

Et un vitrail "macédoine", un assemblage de fragments de vitraux anciens que Ta d loi du cine a trouvé très beau.

La suite dans un prochain billet.

23 juillet 2025

Les piliers de la terre - Ken Follett

C'est avec en tête déjà l'idée de mon challenge Les épais de l'été (3e édition) que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) m'étais offert ce gros livre, premier tome paru d'une vaste saga, il y a quelques mois. J'inscris donc le présent billet non seulement aux épais de l'été 2025, mais aussi aux pavés de l'été 2025 de Sibylline et à la saison Eté des pavés "quatre saisons" chez Moka

Ken Follet, Les piliers de la terre, Le livre de poche N°4305, 1050 pages
2016 (1ère éd. 1992, trad. Jean Rosenthal 1990, EO 1989)

 

De cet épais ouvrage, on peut dire qu'il dépeint une fresque monumentale, de laquelle il est possible de parler sous de nombreux angles. Pour moi, c'est d'abord une histoire de famille(s) et de fratries plus ou moins recomposées, qui se soutiennent ou qui s'affrontent, avec des liens d'amour ou de haine, de violences ponctuelles dont les conséquences se font encore sentir des décennies plus tard... Et pourquoi? Le mystère qui relie un certain nombre des personnages n'est dévoilé qu'à la fin du livre par l'un des derniers protagonistes survivants. Le prologue se déroule en 1123 et le livre s'achève en l'an 1174, sous le règne d'Henri II, roi d'Angleterre.

 

Si j'essaye d'en dire quelques mots: rien à voir avec Blake et Mortimer, mais deux jeunes frères, élevés par des moines, deviendront, l'un (Francis) un prélat conseiller des prétendants à la couronne d'Angleterre, l'autre (Philip) le puissant prieur du prieuré (fictif) de Kingsbridge, dont la cathédrale est ruinée au début du récit, cathédrale dont la (re)construction va occuper la majeure partie du livre. Le premier "maître bâtisseur" [= maître d'oeuvre] (Tom) a plusieurs enfants, légitimes, caché ou adoptif. L'antagoniste principal (William) violera la future épouse [bah non, je vous dis pas son prénom - pas si bête!] du fils adoptif (Jack - vous suivez?) qui continuera l'oeuvre dans le style gothique, mais son frère à elle tuera son mari légitime (Alfred) qui allait la violer derechef (vous suivez itou?) [bon, il aura fallu lire plus de 900 pages avant ça... Vous voyez bien que je ne vous raconte pas tout!].

 

Ce livre prend le parti de présenter l'Eglise comme l'un des tenants des pouvoirs médiévaux, en insistant bien davantage sur ce "pouvoir" que sur le besoin "spirituel" de la religion. Le comte local, le prieur, l'évêque, le roi même, sont des gestionnaires, des "meneurs d'hommes", managers d'entreprises, comme on dirait aujourd'hui, et comme ces "profils" particuliers de "leaders" (à compétences au-dessus de la moyenne, que la naissance, ou le hasard, permettent d'amener à éclosion) le seraient certainement devenus aux XIXe, XXe ou XXIe siècles.

 

Pour construire des destins de futurs "cadres", on peut donc s'interroger sur la part d'inné ou d'acquis (au-delà de la seule couleur de cheveux ou des traits du visage), sur la part de l'éducation, au sein d'une famille aimante ou pas... (même si le "projet" de Follett n'était sans doute pas le même que celui des Rougon-Macquart de Zola). Je crois que c'est Françoise Dolto qui disait quelque chose comme: "faites comme vous voulez pour élever vos enfants, quoi que vous fassiez, vous ferez mal". 

 

Petit "bémol" adoucissant (affadissant?) peut-être un peu trop ce monde (réaliste) de brutes, j'ai trouvé que la "quête" d'Aliéna sur les chemins de Compostelle, son nourrisson sur les bras (pp.724-757), faisait quelque peu "Bibliothèque verte" ("livre pour la jeunesse" - bon, pas bibliothèque rose quand même): dans ce monde médiéval décrit comme fortement violent, il ne lui arrive rien de fâcheux, aucune mauvaise rencontre... Est-ce que seuls les Anglais étaient "barbares"? 

 

Et pour finir, cet épais livre culmine (c'est ce que je me suis dit, du moins) en une magnifique parabole du combat jamais achevé entre dictatures et démocraties, avec un meurtre universellement connu, "[un] crime qui ne sera jamais, jamais oublié!" (p.1037)

 

Enna l'avait chroniqué pour les Epais 2024, Wakanda [Andrea, dernier billet en 2024] pour le Pavé 2014 (chez Brize). Plus loin de nous, le blog Hugin & Mugin l'avait chroniqué en 2008, Galleane en 2010, Oth67Paco et Akialam en 2011, Lady of the blog en 2012. Ma toute petite culture en 2022 (dernier billet en 2023), Nanne (goût de lire) en 2021 (dernier billet en 2022), Yuko en 2018 (dernier billet en 2021)... [liste non exhaustive] 

 

Je blaguais avec Blake et Mortimer en début de billet: plus sérieusement, signalons tout de même qu'est en cours de parution une adaptation en bande dessinée dont j'ai lu les deux premiers tomes parus (ça a d'ailleurs été mon premier contact avec l'oeuvre). Au final, Les piliers de la terre constituait donc le premier gros volume de Ken Follett que je lisais, je pense que ce ne sera pas le dernier.

21 juillet 2025

Balanegra - Marto Pariente

J'ai été ravie de découvrir une nouvelle voix du polar venue de la péninsule ibérique: Marto Pariente, né en 1980, ancien membre de la Guardia Civil. Ses deux romans parus en français et lus l'un après l'autre sont de grandes réussites. Il y avait longtemps que je n'avais pas apprécié autant une lecture de ce genre.

J'ai commencé par le deuxième paru, Balanegra (Série noire, Gallimard, 216 pages) paru en 2025 et emprunté en bibliothèque. Je l'ai lu en une après-midi. Coveiro, un ancien tueur à gages âgé d'environ soixante ans, est devenu fossoyeur à Balanegra en remplaçant son frère Richi qui s'est suicidé quelques années auparavant. Richi était veuf mais il était père d'un garçon autiste prénommé Marco. Dans cette petite ville de Balanegra, il se passe des choses pas banales, dont l'enterrement d'un politicien accusé de pédophilie et mort subitement d'une crise cardiaque lors d'une instruction judiciaire. Pourquoi "pas banales"? Parce qu'il se trouve que Leonardo de Miguel (le mort) est le fils de Rubi de Miguel, la patronne de Carbac, le plus gros acteur de l'industrie de la viande en Espagne. Un enchainement de morts s'ensuit car l'info sur le mort pédophile fuite et c'est inconcevable pour la mère qui a le bras très long. Elle fait engager un certain "Duc" qui va faire le "ménage". Un avocat, un policier et quelques autres plus ou moins proches de l'affaire vont connaître une mort violente. Ce "Duc" a des tueurs a sa solde, le couple Bobby, un homme et une femme. Et Coveiro, me demandez-vous? Et bien Coveiro (ce surnom vient du fait qu'il tient à enterrer lui-même ses victimes) est témoin, une nuit, de l'enlèvement de son neveu Marco qui, comme à son habitude après un enterrement, restait planté devant la tombe fraîche. Coveiro voit l'enlèvement de loin mais il trouve vite les auteurs de ce méfait. Ça fait mal pour ceux qui se trouvent sur son chemin. Comme ce sont les "méchants" (à quelques exceptions près) qui disparaissent, on pardonne à Coveiro, très attaché à son neveu. Il y a beaucoup d'empathie pour certains personnages de la part de Marto Pariente et il y a de l'humour noir. Je ne vous raconte pas tout de cette histoire qui va vite grâce à des chapitres courts de trois ou quatre pages avec des flash-backs. Lire les billets de Pierre Faverolle, La petite souris, Clete et Jean-Marc Laherrère.

Dans un prochain billet, je parlerai de La sagesse de l'idiot

20 juillet 2025

Cargo Vie - Pascal de Duve

Une fois de plus, j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) pêché ce petit livre dans un bac de livres d'occasion dans l'une des librairies que je fréquente. Je ne connaissais pas du tout le nom de l'auteur (belge). 

Pascal de Duve, Cargo Vie, J.-C. Lattès, Le livre de poche N°13521, 1994 (EO 1993), 117 pages

 

L'ouvrage prend la forme d'un journal intime. "Ceci sera un journal de bord; ce sera aussi un journal de corps et un journal de coeur. On pourra le sous-titrer: "Vingt six jours du crépuscule flamboyant d'un jeune homme passionné"" (p.11). Il a été rédigé lors de deux traversées de l'Atlantique (l'aller puis le retour), à bord d'un cargo mixte (bananier avec passagers à bord), entre Le Havre et Les Antilles, par un jeune homme de 28 ans "bien sonnés" (p.10), du 28 mai au 22 juin 1992. Il regarde la mer, partage la vie des passagers lorsqu'il le peut, entre deux malaises (encéphalopathie) mais reste discret, passe du temps allongé dans sa cabine, écoute de la musique classique... Une fois arrivé aux Antilles, il passe des appels téléphoniques depuis des cabines publiques (ceux nés après 2016 ne pourront plus comprendre!).

 

Ses stances (présentes à chaque chapitre, sinon à chaque page), ses plaintes, ses regrets sont adressés à "E." Ils se sont connus 15 mois avant, ont vécu un an ensemble, jusqu'à ce que Pascal se fasse plaquer sans un mot. Une nuit, il balancera à la mer toutes les lettres ou photos d'E., "scellées" dans une boite à chaussures, comme prévu lors de son départ.

 

Ce texte est plein de poésie, et de philosophie également. Il ne manque pas de style, avec inventivité et prouesses langagières (jeux de maux et de mots). Pour ma part, je dirais que je l'ai lu d'un oeil plutôt distant. J'avoue avoir rigolé en lisant qu'à 18 ans l'auteur était brancardier à Lourdes et rêvait d'entrer au séminaire, puis que, faisant de l'alphabétisation au Caire aux côtés de soeur Emmanuelle, il s'était converti à l'*sl*m, avant que ses études de philosophie, et en particulier la lecture de la Critique de la raison pure de Kant, fissent de lui un agnostique très résolu. La recherche de l'Absolu... Il a fini sa carrière comme prof de philosophie (à enseigner à des gamins d'au mieux 10 ans (ou moins!) plus jeunes que lui). 

 

Lorsque "E." et lui se sont connus, tous deux, homosexuels, étaient séropositifs au VIH. "E." a abandonné Pascal dès que celui-ci est devenu sidéen. "Sida mon amour. Toi au moins tu me resteras fidèle jusqu'à la Mort" (p.84). Né en février 1964, Pascal de Duve est mort en avril 1993, il y a maintenant plus de 32 ans (il en avait 29). Les traitements antirétroviraux (trithérapie) sont arrivés en 1996. Pour la petite histoire, son frère est l'auteur de Tintin en Thaïlande

 

J'inscris ce livre (que je viens de terminer et qui quittera bientôt ma bibliothèque) à un seul challenge, le Book trip en mer (saison 2) de Fanja

Mais je vais en profiter pour caser quelques considérations sur la définition d'un "classique". J'apprécie que Nathalie ait choisi une "borne" constante (est classique ce qui a été publié avant 1970). Je pense que nous verrons bientôt l'époque où, pour de jeunes blogueurs et blogueuses, sera "classique" tout ce qui est paru avant leur propre naissance (bon allez, disons... jusqu'à la fin du XXe siècle, l'an 2000). "De mon temps" (quand j'ai commencé à lire, il y a plus d'un demi-siècle!), je crois que je considérais comme des "classiques" ce qui avait été publié avant la Seconde guerre mondiale (alors même que mes grands-parents en avaient vécu la publication, avec dans leurs bibliothèques des séries en éditions d'époque que je dévorais durant mes vacances). Mais tout le monde ne descend pas de dynasties d'enseignants... Pour tout ce qui a pu être écrit durant la SGM, je ne me posais pas trop la question (Romain Gary, Vercors, et d'autres, avaient commencé à écrire à cette époque, cependant que d'autres n'avaient plus publié après). Enfin, récemment, j'ai entendu une boutade dont je vais vous faire part: "un auteur classique? C'est un auteur qui est mort!". 

Asphodèle avait parlé de Cargo Vie en 2011, Madimado en 2013.  

17 juillet 2025

Once upon in Gaza - Arab et Tarzan Nasser / Des feux dans la plaine - Ji Zhang

Après avoir lu le billet de Miriam, je me suis décidée à aller voir Once Upon in Gaza des réalisateurs palestiniens jumeaux Arab et et Tarzan Nasser (nés à Gaza), et je la remercie. Once Upon in Gaza a été réalisé en Jordanie. C'est une histoire tragi-comique avec trois morts: Abou (un policier véreux) tue Osama (un dealer de médicaments), mais Yahya, un étudiant idéaliste devenu complice d'Osama et engagé dans un film comme acteur par hasard, tue Abou avant d'être tué lui-même (je vous laisse découvrir comment). Yahya a été témoin du meurtre d'Osama. À Gaza, c'est la guerre et on a des images terribles qui ponctuent le film. Ce western urbain en territoire palestinien bénéficie d'un scénario solide, très bien interprété. J'ai noté qu'en voix off au tout début du film, il y a l'intervention de D. Trump, sur le fait que ce serait une bonne idée de transformer la bande de Gaza en Riviera de luxe... (sans commentaire). Un très bon film qui, j'espère, passera par chez vous.


Je passe à Des feux dans la plaine, un film chinois de Ji Zhang, qui date de 2021 mais qui est sorti seulement le 9 juillet 2025. L'histoire se déroule à Fentun en 1999 et 2007, dans un décor sinistre qui m'a fait penser à celui de Black Dog. Fentun, c'est une ville ouvrière dans le nord-est de la Chine avec des usines qui ferment et des ouvriers qui restent sur le carreau. Li Fei, une jeune femme dont le père vient d'être licencié, rêve de partir à Canton, loin de cette ville où les chauffeurs de taxi sont étranglés et les véhicules brûlés. Li Fei essaye en vain de convaincre son amoureux Zhuang Shu de venir avec elle. J'avoue que je n'ai pas forcément compris qui était qui, en particulier le méchant de l'histoire et le mobile pour ces meurtres. Li a un destin tragique, comme les autres principaux protagonistes de ce film très sombre avec des éclairs de couleurs (les taxis en feu). Avec ce film, on a à nouveau une vision pas très gaie de la Chine. Lire le billet d'Henri Golant.

15 juillet 2025

Voyage dans les Alpes - Alexandre Dumas

Cette fois-ci, mon billet porte sur un livre que j'avais (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) versé en début d'année dans une des bibliothèques partagées de hall d'immeuble que je fréquente, où je l'ai récupéré récemment, quelques mois après. J'avais en ce moment "besoin" d'un livre parlant des Alpes, et celui-ci m'a paru adéquat! 

Alexandre Dumas, Voyage dans les Alpes, Editions d'antan, collection jeunesse N°13, 1982, 185 pages

 

D'un point de vue matériel, ce "vieux livre" (1982), imprimé en Roumanie, ne contient pas beaucoup d'éléments permettant d'identifier l'éditeur (peu connu): une "collection jeunesse" qui parait contenir de nombreux livres du domaine public (20 titres en 4e de couverture, dont je crois avoir lu la plupart, même si les auteurs ne sont pas indiqués...). À se demander s'il ne s'agissait pas de mettre des "livres de prix" à bas coût à disposition des mairies pour leurs écoles... J'affabule (à partir de signaux faibles), bien sûr, faute d'informations crédibles - c'est l'époque qui veut ça! 

 

Plus sérieusement, voyons ce que nous raconte ici Alexandre Dumas. Les six chapitres et l'épilogue (constituent-ils des extraits ou du texte intégral? Je l'ignore) semblent provenir des Impressions de voyage [en Suisse] qu'il a publiés en 1833-34 et 1837. La page de titre est bien différente de la couverture. Le texte commence abruptement: "J'arrivai à l'Hôtel de la poste, à Martigny, vers les quatre heures du soir". Il y est déjà question de Chamouny [Chamonix]. Le lecteur sait (à l'époque) que la Savoie dépend alors du royaume de Sardaigne, cependant que Martigny est une ville du canton suisse du Valais. Notons qu'un repas dans une auberge suisse coûte quatre francs (ce que Dumas considère comme cher). L'aubergiste lui propose de l'ours: occasion d'un premier récit, sur la mort dudit ours (en tirant les dialogues à la ligne, ô feuilletoniste!). À la fin du repas arrive le guide qui doit le conduire à "Chamouny": accord est donné (p.25) pour partir le lendemain matin, à 5 heures.

 

Dumas décrit somptueusement le paysage (il passe par l'endroit même où un Anglais avait fait une chute vertigineuse et mortelle en 1831), mais n'est pas tendre pour le vin du Valais (fendant ou dôle, sauf anachronisme de ma part?) pris à l'étape: "On nous donna, au prix du bordeaux, une bouteille de vin du cru, avec lequel un Parisien n'aurait pas voulu assaisonner une salade, et que mon Valaisan vida voluptueusement jusqu'à la dernière goutte". Ils arriveront à destination à la nuit noire (la nuit tombant à 18 h 30?), après avoir fait "neuf lieues de pays, qui, sans exagération, en valent bien douze ou quatorze en France: c'était une bonne journée" (marche en montagne contre marche en plaine, je suppose). Avant cela, il avait noté "nous montions toujours, et déjà nous étions arrivés à sept mille à peu près [sic!], au-dessus du niveau de la mer". Je pense pouvoir restituer "sept mille pieds". Rappelons que la lieue vaut 4 kilomètres (et qu'un mètre vaut à peu près trois pieds). Le chapitre se termine après l'envoi d'une invitation à dîner envoyée à un certain Jacques Balmat, dit Mont-Blanc. 

 

Le troisième chapitre débute par une journée d'excursion à la Croix de Flegère (occasion de dire que les "guides", à Chamouny, sont organisés en "syndicat qui règle leurs tours de service" [premier de ce genre au monde, depuis 1821, ai-je vérifié]). Puis après quelques considérations géologiques fort datées (Dumas ignorait la tectonique des plaques...), le récit (pp.55-85) donne la parole au "Christophe Colomb de Chamouny", premier homme à avoir gravi le Mont-blanc aux temps historiques, de sorte que le roi de Sardaigne l'a autorisé à s'appeler Balmat du Mont Blanc. Attiré comme bien d'autres par la prime offerte par le Genevois Horace Bénédict de Saussure au premier qui trouverait le chemin du sommet du Mont-Blanc, c'est le 8 août 1786, après plusieurs tentatives tant individuelles que collectives, que Jacques Balmat entame avec son "témoin", le docteur Paccard, l'ascension décisive (et ce, sans les équipements de l'alpinisme du XXe siècle).

 

Au chapitre suivant (titré "La mer de glace"), nous retrouvons le guide du départ, dont nous avons appris le nom (Pierre Payot) au chapitre précédent. À lui la parole pour raconter, cette fois-ci, l'histoire de la première femme à être montée au sommet. Dumas la nomme Marie Paradis et l'histoire (expédiée en 7 pages) est placée en 1811. Il est ensuite question d'un malaise (que Dumas, qui en est victime, qualifie de "mal de mer") et d'accidents de montagne (suit un petit chapitre évoquant trois morts tombés dans une crevasse à la suite d'une avalanche en 1820). Il est à noter que d'autres sources attribuent la première escalade féminine à Marie Paradis et la datent du 14 juillet 1808. Un autre court chapitre titré "retour à Martigny"  clôt ce séjour de Dumas dans les Alpes (non sans avoir prouvé à son guide qu'il est doué en saut en longueur pour franchir un cours d'eau sans pont!). 

 

L'épilogue (pp.139-185) débute selon Dumas fin 1833 (alors qu'il s'occupait de "faire" [la pièce] Angèle), à Paris. Il s'amuse à inventer une étymologie fantaisiste pour la rue Bleu[e] où il s'apprête à emménager (à la suite d'un pari?). En tout cas, il reçoit dans son ancien logement un certain "Gabriel Payot de Chamouny", cousin de Pierre (p.144). Ce dernier lui conte son voyage à Londres, où il s'était mis en tête de livrer un couple de jeunes chamois, parce qu'un lord anglais de passage dans les Alpes avait exprimé le désir d'en payer "mille franc la pièce, rendus à [s]on parc", et avait "topé" pour ça (contrat oral scellé par une poignée de main). Au départ, notre Savoyard n'avait pas compris que l'Angleterre est une île... mais il en revenait royalement traité (avec un habit neuf et  cent guinées en poche - 2700 francs au lieu de 2000 - "frais de voyage!"), et tout content d'avoir eu la permission d'appeler la femme de son hôte "Mylady" tout court, au lieu de Madame Milady comme il le faisait d'abord...). Il apporte aussi à Dumas une lettre de Jacques Balmat, qui accuse bonne réception du premier volume des Impressions de voyage. L'après-midi, Dumas s'amuse à éberluer notre Savoyard grâce au "Diorama" et à ses images de Chamonix (dispositif qu'exploitait à Paris depuis 1822 Louis Daguerre, avec des images animées à base de toiles translucides peintes).

 

Sans transition, "il y a quelques jours" et séjournant alors à Syracuse, Dumas en triant sa (volumineuse) correspondance tombe sur deux lettres, l'une (de Balmat) lui apprenant la mort de Gabriel Payot, puis l'autre, du fils de Jacques Balmat, l'informant que ce dernier avait disparu en cherchant le filon d'or qui l'avait obnubilé toute sa vie (septembre 1834 - il semble que son corps n'ait pas été retrouvé). 

 

Avec ce petit bouquin "de jeunesse" d'Alexandre Dumas qui ne paye pas de mine mais aux pages fort bien troussées, je participe au challenge de CléantheEscapades en Europe - voyages dans les littératures européennes (thème de juillet: "La grande traversée des Alpes"), aussi qu'au challenge 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie.

13 juillet 2025

Le fil de l'espoir - Keigo Higashino

 

L'intrigue du Le fil de l'espoir, le nouveau roman de Keigo Higashino (Actes Noirs, Actes Sud, 363 pages) est plus qu'un roman policier. Il est question d'une femme poignardée dans le dos qui était appréciée de tout le monde, d'erreur d'implantation d'embryon lors de FIV sur la mauvaise personne, de maternité, de mère célibataire, d'avortements et aussi de jalousie. Yayoi, une femme dans la cinquantaine, est propriétaire d'un salon de thé. C'est elle qui va être tuée sans raison apparente. Les deux policiers, Kaga et son cousin Matsumiya, enquêtent sur cette mort inexpliquée. Rien n'a été volé. Ils interrogent des habitués du salon de thé, dont un certain Shimi Yokinobu, qui a vécu une tragédie quinze ans auparavant quand il a perdu ses deux enfants dans un tremblement de terre. Un lien relie certains suspects. Plus de cent pages avant la fin, on sait qui a tué mais ce n'est pas cela l'important. C'est surtout "pourquoi". Il y a des retours en arrière qui expliquent pourquoi Yayoi a été tuée à la suite de plusieurs malheureux concours de circonstances. Matsumiya lui-même va apprendre des choses sur sa naissance. C'est un roman très psychologique qui m'a plu. C'est passionnant. Lire le billet d'Alex-mot-à-mots.

12 juillet 2025

Les frères Kip - Jules Verne

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'avais jamais lu le roman ci-dessous, qui n'était pas disponible en "poche" dans mes "grandes années" de découverte de Jules Verne, il y a entre 40 et 50 ans. Alors quand j'ai aperçu ce titre dans une bouquinerie, aucune hésitation: il relèvera le challenge! 

Jules Verne, Les Frères Kip, Hachette (bibliothèque verte), 1938, 256 pages
(illustrations de J[acques] Touchet)

 

Les Frères Kip est un "roman tardif" de Jules Verne. Il a d'abord été publié en feuilleton (durant toute l'année 1902), cependant qu'il est paru en volume en fin d'année 1902 chez Hetzel. La première partie est toute d'aventures maritimes, la seconde tient du roman de procès avec erreur judiciaire. Dans ce roman très manichéen, le lecteur sait dès le début qui sont les bons ou les méchants. Les événements débutent en 1885 et se poursuivent en 1887, avec un dénouement expédié en quelques pages dans le dernier chapitre.  

 

En Nouvelle-Zélande, un navire anglais, le James Cook, est cloué au port faute de marins, après désertion d'une partie de l'équipage attirée par une ruée vers l'or. Son quartier-maître et l'âme damnée de ce dernier méditent de s'en emparer et se font charger par le capitaine Gibson du recrutement de quatre nouveaux marins... Page 31, j'ai appris l'existence du terme "calmir" (devenir calme, en parlant de la mer ou du vent - contrariant, pour un voilier). Divers retards ou événements contraires, donc, contrarient les projets des misérables. P.52, le quatrième chapitre fait apparaître les fameux frères Kip (hollandais), seuls survivants du naufrage de la Wilhelmina, de Rotterdam, l'ainé (Karl, 35 ans) officier de marine, l'autre (Pieter, 30 ans) chef d'entreprise, que le James Cook recueille sur l'atoll désolé où ils attendaient des secours depuis deux semaines. Les chapitres du feuilleton déroulent les péripéties: attaque de "sauvages", complot, assassinat du capitaine, nomination pour le remplacer, tempête, et pour finir, mutinerie qui échoue (chapitre 10) avant l'arrivée au port d'Hobart Town (capitale de l'Etat australien de Tasmanie). 

 

La seconde partie commence p.119 et compte 15 chapitres. Les mutins sont jugés alors que les Frères Kip et les armateurs témoignent contre eux, quand - coup de théâtre - le quartier-maître Flig Balt (éphémère capitaine accusé de mutinerie après son remplacement par Karl en pleine tempête) accuse les deux frères du meurtre de l'ancien capitaine, resté inexpliqué, preuves à l'appui - preuves construites de toutes pièces  par le sournois Vin Mad, son complice dans l'assassinat, comme sait bien le lecteur. Les Frères Kip échapperont de justesse à la peine capitale grâce au soutien de l'armateur, seul à douter de leur culpabilité, mais seront condamnés au bagne à perpétuité. Le récit alterne ensuite leur vie au bagne (diverses péripéties), la poursuite de l'enquête à la demande de leur soutien qui espère la révision de leur procès, jusqu'à leur évasion à l'insu de leur plein gré par un concours de circonstance (à bord de l'Illinois, navire américain venu arracher deux "fenians" au bagne), avant leur retour d'Amérique vers Hobart Town pour se livrer en témoignage de leur bonne foi. Le dénouement est expédié en deux pages. C'est une improbable chambre obscure qui révèlera la vérité. Les misérables matelots sont rattrapés par la patrouille (sous forme d'un aviso britannique) alors qu'il se livraient à la piraterie dans les Îles Salomon. Certains sont tués, et il n'est pas exclu que le plus canaille ait fini kai kai

 

Comme dit plus haut, ce roman a été publié en 1902. mais on sait que depuis la guerre de 1870, Jules Verne avait l'habitude d'avoir des "textes d'avance". Impossible donc pour moi de savoir à quand exactement remonte la rédaction de celui-ci (aujourd'hui, cette information ne remonte en tout cas pas facilement quand on fait une recherche en ligne). L'exégèse des spécialistes verniens dispose certainement de documents auxquels je n'ai pas accès (liste de titres avec dates, évocation dans correspondance...), peut-être même publiés dans des articles ou des livres dont les textes ne sont pas disponibles facilement sur internet. On y trouve cependant que Jules Verne s'est sans doute inspiré de l'affaire des "frères Rorique", aventuriers condamnés à mort par un tribunal de Brest sous accusation d'empoisonnements de marins à bord d'une goélette en Polynésie au début des années 1890, avant qu'il soit révélé que leur fausse identité dissimulait celle des frères Degrave, d'une honorable famille belge. Pour ma part, l'emploi à plusieurs reprises en fin d'ouvrage du terme de "révision" d'un procès, que la France de l'affaire Dreyfus connaissait depuis 1896 (et la demande de l'épouse du capitaine Dreyfus), ainsi que le décès du frère de Jules Verne, Paul, en août 1897, m'amènent à me demander si ce n'est pas de cette année 1897 que daterait le début de la rédaction? 

 

Dès 2013, dans son blog Les trucs du grenier, Bishopkiller donnait un excellent résumé du roman. 

 

Je fais en tout cas triple participation avec ce livre, pour mon challenge 120 ans Jules Verne (1828-1905), pour le Book trip en mer (saison 2) de Fanja, et bien sûr pour le challenge 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie

 

PS: aujourd'hui, je viens juste de découvrir que certains des romans de Jules Verne sont dans la Pléiade (15 titres, dans 5 -épais- volumes parus entre 2012 et 2024)! Pour ma part, pour une prochaine participation, je me contenterai d'un ou deux petits serpents de mer...

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