Comme pour beaucoup de monde je présume, ces trois premières semaines du dernier mois de l'année ont été plutôt chargées. Du coup, j'ai nettement moins blogué (heureusement que le blog de dasola - dont je [ta d loi du cine] suis seulement le "squatter" - ne dépend pas de moi pour vivre!). Cette phase trop "intense" étant passé, je vais essayer de rattraper mon petit retard. Je n'ai pu contribuer dans les temps au challenge de CléantheEscapades en Europe – Voyages dans les Littératures européennes dont le thème de décembre était "Contes de fée" pour être cité dans son billet récapitulatif, mais on a jusqu'à la fin du mois pour participer! Pour le challenge Littérature jeunesse chez Pativore, les thèmes mensuels suggérés ne sont pas obligatoires.
Dans ce livre, à un moment, il est question de Bach. Et d'une fugue, aussi. Cela fait plusieurs fois qu'un roman m'évoque le terme "choral" pour qualifier un livre, mais ici comme dans Blizzard, chaque (court) chapitre nous est raconté, à la première personne, par l'un des personnages, héros ou comparse. Cela commence avec la visite d'une assistante sociale qui ramène, dans une ferme, un enfant suite à un problème à son collège; quand elle parle de lui, elle en parle au passé. Et puis interviennent, séparément, un par un, les parents, puis les (nombreux) frères du premier gamin. La fratrie est composée de trois paires de jumeaux et du petit dernier...
En lisant depuis le début, en lecture séquentielle (sans tricher en sautant des paquets de pages), il m'a fallu attendre exactement la moitié du livre (p.76) pour avoir la "révélation" sur le pourquoi du comment de ce qu'il s'est passé, et l'évocation des sept "petits poucets". Il m'a semblé qu'ici, plusieurs "fées" bienveillantes apparaissent au fil de l'histoire: une étudiante noire, une boulangère (blanche?)... L'ogre, lui, est un "ami de l'ordre et de la justice" (du genre de celle qu'on rend soi-même), glaçant.
Bon, je ne vous raconterai pas toute l'histoire, le livre est suffisamment court pour être lu très rapidement, et d'autres blogs en ont déjà (bien) parlé, par exemple Manou chez qui je l'ai découvert (merci!), mais aussi Cristie, Monique, MyaRosa, Lisa (dernier billet en 2015), très explicite, Dibou (dernier billet en 2012!), Tralilou (dernier billet en 2022), Majanissa (dernier billet en 2020), Florinette il y a longtemps, l'ancien blog de Victor... et il y en a sûrement de nombreux autres. J'ai fait la grimace en découvrant les commentaires chez Viotetapoux.
Enfin, Blondin m'apprend qu'il existe une adaptation en BD!
Mais si vous ne l'avez pas encore découvert, qu'il vous suffise de savoir que Yann, "l'enfant Océan" qui a guidé ses frères pour aller à la mer, n'a pas subi le sort que l'on imaginait, avant de savourer ce livre estampillé "à partir de 10 ans"!
Pour une fois, je vais vous parler du Voleur, un film que je n'avais jamais vu (personne n'est parfait) réalisé par Louis Malle en 1967 et qui réunit une distribution de premier ordre avec en tête Jean-Paul Belmondo et Geneviève Bujold. Il y a aussi Françoise Fabian, Charles Denner, Paul le Person, Marlène Jobert, Marie Dubois, Julien Guiomar, Bernadette Lafont et quelques autres. Le scénario est adapté d'un roman de Georges Darien (1862-1921), un anarchiste qui a écrit des pamphlets virulents et était aussi un anticlérical. Pour en revenir au film, l'histoire se passe dans les années 1890. Georges Randal (Jean-Paul Belmondo), un orphelin, a été élevé par son oncle, un homme antipathique. Georges est tombé amoureux de sa cousine Charlotte (Geneviève Bujold) dès son plus jeune âge mais ce n'est pas au goût de l'oncle qui souhaite marier Charlotte à un bon parti. Georges, pour se venger, cambriole, pendant une nuit, la demeure des futurs beaux-parents de sa cousine. L'une des phrases célèbres du film est "Je fais un sale métier mais j'ai une excuse, je le fais salement". Il casse tout pour trouver ce qu'il veut. Après s'être vengé, il se rend compte qu'il vole désormais par plaisir. Ce film se caractérise par une voix off tout du long, surtout celle de Georges. Il se lie avec plusieurs voleurs qui font le même métier que lui, interprétés par Paul Le Person, Julien Guiomar ou Charles Denner, toujours excellent. Georges a aussi des relations avec quelques femmes de passage comme Marie Dubois, Martine Sarcey (qui lui indique quelles maisons cambrioler) ou Françoise Fabian. Marlène Jobert joue la soeur de Paul Le Person. Jean-Paul Belmondo est impressionnant dans sa manière de jouer, il n'en fait pas trop. Je ne le connaissais pas sous cette facette, avec son air froid mais pas menaçant. Il a un côté indifférent devant ce qu'il pourrait lui arriver. C'est un des grands rôles de cet acteur. Pour ceux et celles qui n'ont jamais vu ce film, je vous conseille de l'acheter ou de l'emprunter en médiathèque. Je voudrai ajouter qu'il y a un superbe travail sur les costumes, les décors et la manière de filmer. Dans un des bonus, Jean-Claude Carrière, co-scénariste du film avec le réalisateur révèle des anecdotes très intéressantes.
Aujourd'hui, mercredi 17 décembre 2025, est sorti Rebuilding (Reconstruire en VF), un joli film délicat que j'ai beaucoup apprécié. Dusty (Josh O'Connor) a vécu une tragédie, l'incendie de son ranch et du terrain tout autour. Il est obligé de vendre son bétail aux enchères et, avec d'autres sinistrés, il est logé dans un mobil-home mis à sa disposition. Dusty aimerait refaire sa vie dans le Montana. En attendant, il profite de son chômage forcé pour renouer avec son ex-femme (avec qui il est resté en bons termes) et sa fille Callie Rose. Cette petite fille qui a environ 10 ans considère son père comme un héros. Dusty, qui n'est pas très sociable, commence à s'ouvrir un peu aux autres au contact de sa fille. Il se retrouve à la garder de temps en temps. Et il se lie avec les autres locataires des mobil-homes. J'ai beaucoup aimé la fin optimiste. Je vous conseille vraiment ce "petit" film qui risque de passer inaperçu.
Je passe à Love me tender d'Anne Cazenave Carbet, sorti en salles le 10 décembre dernier, qui est une adaptation d'un roman autobiographique de Constance Debré sorti en 2020. J'ai voulu voir le film car j'avais aimé la bande-annonce. Vicky Krieps interprète le rôle de Clémence, qui a abandonné son métier d'avocate et qui est mère d'un petit garçon, Paul (âgé de 8 ans) et séparée de son mari Laurent. Ils pratiquent la garde alternée en bonne intelligence jusqu'à ce que Clémence lui révèle un jour qu'elle a des aventures avec des femmes. Sur le moment Laurent semble heureux pour elle, mais en vérité, il prend très mal cette annonce et il commence à éloigner Paul de sa mère en le montant contre elle. Pendant tout le film qui est long (plus de 2h), on assiste au combat de Clémence qui veut récupérer son fils. Elle ne le voit pas pendant plus de six mois et les semaines passent. Elle a du mal à joindre les deux bouts. Rien ne s'améliore. Laurent en veut aussi beaucoup à Clémence sur le fait qu'elle a écrit un livre autobiographiqe. Le film ne m'a pas emballée plus que cela car c'est en particulier beaucoup trop long pour ce qu'il raconte. Dommage.
Je viens de terminer L'écho des ruines d'Harald Gilbers (Calmann Levy noir, 380 pages passionnantes), septième tome des enquêtes du commissaire Richard Oppenheimer. C'est toujours avec le même plaisir que j'ai retrouvé à Berlin ce commissaire de la Kripo (Police criminelle en VF) d'origine juive. Nous sommes désormais en mars 1949. Oppenheimer a réussi à survivre à la deuxième guerre mondiale sans être trop inquiété parce qu'il est marié avec Lisa, une non-juive, et qu'il est un très bon enquêteur. A Berlin, la ville n'est pas reconstruite, elle reste encore en friche. Des avions cargos ravitaillent plusieurs fois par jour, et même de nuit, Berlin ouest qui subit un blocus, qui se terminera en mai 1949. Dans ce volume, Richard Oppenheimer enquête sur trois hommes froidement exécutés et trouvés empilés dans une décharge. Il s'agissait de malfrats qui ne voulaient pas coopérer avec des jeunes en bande organisée. A Berlin, à cette époque, ces bandes qui se composaient de jeunes hommes de 18 ou 19 ans avaient des comportements violents allant jusqu'au meurtre. Pour les contrer, autour d'Oppenheimer, le groupe d'enquête "L'Echo des ruines" parcourt Berlin pour trouver le repaire du chef d'une bande repérable à ce qu'ils étaient coiffés d'un Borsalino et portaient un costume avait une pochette jaune à la boutonnière. L'enquête les emmène jusque dans des studios de cinéma. On apprend que le chef du gang qui s'appelle Jo a des complices parmi des policiers qu'il fait chanter. Gregor Wenzel, un collègue d'Oppenheimer, veut la "peau" de Jo pour une autre raison. Une fois de plus, Gilbers sait mener son récit de main de maître. Si vous n'avez pas lu les tomes précédents, ce n'est pas trop grave. C'est une histoire indépendante des autres. Mais j'espère que ce roman vous donnera envie de lire les tomes précédents. Je vous conseille le premier, Germania, et le deuxième, Les fils d'Odin. Les suivants sont très bien aussi. Lire le billet de bigmammy. Sinon, il y a encore au moins deux volumes pas encore traduits à paraître.
Voici deux films d'action qui sont passés un peu inaperçus et c'est bien dommage. L'intermédiaire de David MacKenzie est un film américain qui se passe pour l'essentiel à New-York et The Shadow's Edge de Larry Yang est un film sino-hongkongais qui se passe à Macao.
Je commence par L'intermédiaire oùun dénommé Ash se sert d'un relais téléphonique pour communiquer avec ses clients, en l'occurrence des lanceurs d'alertes qui souhaitent rendre des documents compromettants à ceux qu'ils ont volés contre des sommes conséquentes. Une certaine Sarah Grant le contacte. Elle vient d'être licenciée et se sent menacée par des gens qui la suivent. Elle est prête à rendre certains documents. Ash arrive dans un premier temps à ce que les poursuivants de Sarah la laisse tranquille et l'échange de documents semble bien engagé mais tout s'emballe avec un retournement de situation inattendu. Entretemps, on apprend à connaitre Aah qui assiste à des séances des Alcooliques Anonymes. On connaît vraiment ses motivations pour faire le métier qu'il exerce. Un bon film à suspense qui donne l'occasion de voir la ville de New-York.
Je passe à The Shadow's Edge de Larry Yang, un film haletant qui débute sur les chapeaux de roues avec une attaque par un homme et ses six fils adoptifs d'une entreprise pour récupérer des millions en crypto-monnaie. La séquence d'ouverture où l'on voit les fils fuir en se déguisant ou en faisant des prouesses acrobatiques est virevoltante. La police impuissante engage un policier à la retraite interprété par Jackie Chan qui, à 70 ans exécute encore ses propres cascades sans doublure. Face à lui, dans le rôle du père (The Shadow), on retrouve l'Amant de Jean-Jacques Annaud (1992, d'après Marguerite Duras) que j'ai bien reconnu, Tony Leung Kai-Fai. Son personnage est un as du couteau capable de blesser ou tuer d'un seul coup bien placé. Entre les deux, on suit une jeune policière pleine de ressources et de colère. J'ai passé un très bon moment devant ce film sans temps mort.
La condition de Jérôme Bonnell sorti hier, mercredi 10 décembre 2025, est un film prenant. C'est pratiquement un huis-clos qui se passe en 1908 dans une belle demeure à plusieurs étages occupée par André (Swann Arlaud), un notaire, sa femme Victoire (Louise Chevillotte), la mère impotente d'André (Emmanuelle Devos) et deux domestiques-cuisinières dont une s'appelle Céleste (Galatea Bellugi). Depuis son mariage, Victoire n'est pas très enthousiaste pour remplir son "devoir conjugal". Elle repousse régulièrement André qui se tourne vers Céleste pour exercer son droit de cuissage. Cette dernière n'ose bien entendu rien dire. Quand elle tombe enceinte, elle met du temps à s'en apercevoir et c'est trop tard pour un avortement. Victoire qui a deviné qui est le père du futur bébé propose un marché à Céleste, cette dernière gardera sa place mais en échange elle confiera son bébé, garçon ou fille, à Victoire et André qui l'élèveront. J'ai aimé l'atmosphère feutrée où l'hypocrisie règne. En entendant quelques paroles dites par André, on sait qui est le maître. Le divorce serait mal vu mais petit à petit, l'histoire prend une direction inattendue dans laquelle les femmes n'ont pas dit leur dernier mot. C'est amené avec une certaine subtilité. Swann Arlaud qui n'a pas un rôle facile s'en tire bien. Louise Chevillotte et Galatea Bellugi sont magnifiques. Un beau film que je conseille. Le scénario est librement adapté d'un roman "Amours" de Leonor de Récondo.
Je viens de sortir d'une projection d'un film néerlandais de Sven Bresser sorti le 3 décembre 2025. A priori, Reedland (la terre des roseaux) est le premier long-métrage du réalisateur. Cela se passe de nos jours dans un paysage avec des champs de roseaux à perte de vue. Johan, la soixantaine, fait partie de ceux qui survivent de la récolte de ces roseaux. La concurrence est rude à cause de l'importation des roseaux chinois. Chaque botte de roseaux rapporte une misère. Johan est veuf mais il a une fille que l'on ne voit pas et une petite-fille, Dana. C'est elle qui apporte un peu d'insouciance et de légèreté dans ce film sombre, austère, dans lequel les plantes herbacées s'agitent au gré du vent dans la campagne néerlandaise. Dès le début du film, Johan découvre le cadavre d'une jeune fille au milieu de son champ de roseaux. Le suspect présumé est vite relâché. Johan soupçonne quelqu'un d'autre mais n'a pas de preuve. La musique souvent crissante et stridente accentue le côté inquiétant que l'on ressent. La scène la plus terrible pour moi, c'est quand la jument appelée "Grise" appartenant à Johan est abattue d'un coup de feu. Johan subit en effet une pression insidieuse de la part du fils d'un voisin. Comme Dame Skarlette, on peut regretter la fin en queue de poisson. C'est un film prenant et même temps très frustrant. Il faut noter que l'acteur qui interprète Johan est pratiquement de tous les plans. Lire le billet du Bleu du miroir.
En ce 7 décembre 2025, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) poursuis mon exploration de l'oeuvre autobiographique de François Cavanna (1923-2014), fondateur du premier Charlie Hebdo et membre jusqu'à sa mort de la rédaction de l'actuelle série du titre. Cela fait plus de 18 mois que j'avais chiné ce titre de 1983, dans son édition d'origine (grand format) et non en réédition "poche" comme d'autres oeuvres de Cavanna déjà chroniquées.
Cavanna, Les yeux plus grands que le ventre, Belfond, 1983, 315 pages
Dans un autre titre, Maria, acheté ultérieurement et dont je parlerai une autre fois, l'"Avertissement" (p.9) dit: "Ce livre [Maria] est le cinquième d'une série autobiographique qui commença avec Les Ritals et continua avec Les Russkoffs, puis Bête et méchant, enfin Les yeux plus grands que le ventre".
Pour cet ouvrage qui est mon sujet du jour, p.9 aussi, l'exergue signée Cavanna annonce sobrement: "Ce livre aurait dû s'appeler "Mémoires d'un vieux con", mais le titre était déjà pris".
Alors qu'en fait (?!), cet ouvrage narre l'histoire d'une rencontre et d'une "histoire" entre une jeune femme de 28 ans (prénommée Gabrielle), mariée et mère d'un bambin d'un an, et Cavanna, la cinquantaine, en couple depuis 27 ans avec Tita et beau-père ou père de cinq enfants déjà grands (trois et deux). Il s'agit d'une autobiographie parfois "à la troisième personne", forme sans doute appropriée alors qu'il s'agit de "prendre du recul" (comme on pourrait dire). Gabrielle débarque à la rédaction, avec en projet un journal animé par son "collectif" d'assistantes sociales, psy, etc. ciblant les "seniors" (comme on ne disait pas encore) pour leur permettre de s'autonomiser... et c'est "l'indicible essentiel", comme [il] l'avait déjà su, trois fois, pas davantage, au cours de [sa] vie (p.16) - ils "concluront" environ un an plus tard, à l'improviste, une nuit de bouclage de leurs journaux respectifs (chapitre "Avant l'aurore, il y a l'aube", p.43). Petit retour en arrière sur l'aventure de ses hémorroïdes en mai 68 (avec Suzanne, proctologue, une éphémère - mais première blessure pour Tita). Et, encore plus loin, jusqu'à expliquer sa fascination enfantine (il emploie le mot "obsession") pour LA femme, en attendant l'Amour (adolescent timide!).
Le titre du livre, nettement plus polysémique que Les Ritals ou Les Ruskoffs, évoque bien les crises et les contradictions dont Cavanna va exposer les rouages, en long, en large et en travers, au fil des pages. Il mêle, dans cet exposé-analyse, l'avancée du temps, la vie professionnelle et la manière dont pour lui elle fonctionne, la relation aux autres en général et à la femme (... au pluriel!) en particulier. Et c'est là tout le "problème": en relation amoureuse avec ses deux femmes, et ne souhaitant (sincèrement?) faire de mal à aucune, il ne sait pas choisir, ne choisit pas, reste dans un flou inconfortable pour tout le monde, en veut et s'en veut... Il doit assumer une tentative de suicide ici, s'apercevoir là qu'il se conduit bêtement en "mâle jaloux" en refusant instinctivement la liberté réciproque... Cavanna se donne dans ce livre de fort grands airs d'égoïsme et d'égotisme, "très vulnérable aux tentations" même s'il rêverait de ne faire souffrir personne (contradiction dans les termes!). Il se complait peut-être un peu (mais c'est, comme toujours, brillamment écrit!) à faire comprendre que, conscient quelque part qu'il fait souffrir les deux femmes et lui-même, il laisse faire les choses par faiblesse sans trancher.
Et puis nous avons des anecdotes sur ses demeures successives ou simultanées (toujours bricoleur dans l'âme), sur sa basse-cour à la campagne (pintades, canards de Barbarie, chiens, chats...). Il nous parle de "ses" journaux (Hara Kiri, L'Hebdo Hara Kiri devenu Charlie Hebdo qui, lorsque l'ouvrage est rédigé, vient de cesser sa publication...). Notre auteur nous livre une vision de son processus d'écriture très personnel pour ses chroniques dans Charlie Hebdo: texte pondu à la dernière minute, en cherchant longuement l'inspiration, seul dans la nuit, juste pour le bouclage, chaque lundi, en s'étant désespérément efforcé de dire quelque chose d'original sur l'actualité chaude du moment, pour amener le lecteur de Charlie à se dire "oui, c'est ça que je pensais sans savoir l'exprimer"! Il a (pp.280-281) quelques pages définitives (et très pessimistes) sur la politique.
Vers la fin du livre, nous trouvons une (non moins définitive?) ode à la solitude (p.299): "les autres sont parfois - rarement - source de joie (par exemple quand j'aime, sexuellement ou autrement). Ils sont infiniment plus souvent source de contrainte, d'ennui, de danger. Par dessus-tout quand ils t'imposent leur amitié, leur gentillesse. Leur amour, jamais en résonance avec le tien", qu'a précédé (p.274) un lapidaire "La femme pense à l'homme. L'homme pense à soi". Bref, tout ça ne peut finir que par le suicide du rédacteur, bien entendu. En fait, comme chacun sait (puisque dit plus haut), Cavanna est mort en 2014, plus de 30 ans après la parution de ce "roman autobiographique". De son côté, Tita est morte en 2022, sans avoir contrepointé les dires et affres de Cavanna. Ou peut-être dans l'ouvrage posthume (2020) signé François Crève, Ducon!, que je finirai bien par dénicher aussi et par lire une année ou l'autre...?
Pas de rapport direct avec Cavanna, mais je souhaite signaler que je lis chaque semaine, dans les numéros actuels de Charlie Hebdo, des réactions (en général positives) de lecteurs à la proposition (boutade?) de faire entrer Charb au Panthéon (proposition lancée il y a deux mois). Pour ma part, je ne trouve pas cette idée plus bête (et méchante) qu'une autre! Donc allons-y, je suis "pour" aussi.
Avant de lire Eden qui est dans ma Pal depuis quelque temps, je viens de terminer le nouveau roman d'Audur Ava Olafsdottir, Dj Bambi (Edition Zulma, 197 pages). C'est une histoire narrée à la première personne par Logn, une personne transgenre qui, à 61 ans, attend d'être opérée du bas. Logn est le prénom que V. a choisi avant de pouvoir porter un jour le prénom de sa grand-mère Gudridur. Cela fait six ans que Logn attend. Elle est divorcée de Sonja, a un fils Kari et surtout un frère jumeau Trausti auquel il est très attaché. Trausti est né quatre heures avant lui. Le drame de Logn est qu'elle est née dans un corps masculin qui ne lui convient pas. Très jeune, elle aimait s'habiller en fille. Sa grand-mère ne lui a jamais fait de reproche. En revanche Logn a des rapports difficiles avec ses deux soeurs ainées qui lui en veulent de son état et d'avoir été le dernier à recueillir les paroles de leur mère. Trausti prend des nouvelles de Logn tous les jours. C'est un homme marié avec quatre filles et qui a quatre petits-enfants. Désormais Logn (ce qui veut dire en islandais: "absence total de vent" ou "calme plat") vit seul dans une copropriété pour senior. Il était biochimiste de formation. On s'attache au personnage de Logn qui ne pleure pas sur son sort. Il fait une description clinique de la vie qu'il mène. Il parle beaucoup de son enfance et de son attachement à sa grand-mère. Dans les toutes dernières pages, on a une révélation qui peut expliquer l'état d'esprit de Logn. Le roman évoque aussi les oiseaux comme les goélands qui provoquent des dégâts ou sont agressifs envers les humains. Un roman qui se lit bien. Le titre fait référence au fait que Logn a été disc-jockey et Bambi est un surnom que sa famille lui avait donné. Je conseille. Lire les billets de Pamolico, Sylire, Philisine Cave, Lettres exprès, Cathulu.
J'ai lu tout récemment La Menace atlante d'Yves Sente et Peter Van Dongen (Edition Blake et Mortimer, 64 pages) qui vient de paraitre. J'ai beaucoup aimé ce 31ème volume de la série d'après les personnages d'Edgar P. Jacobs. A priori, c'est la suite de L'énigme de l'Atlantide d'Edgar P. Jacobs lui-même (publié en 1957). Le Professeur Philip Mortimer qui n'est pas très en forme est chargé par le gouvernement britannique de faire une étude sur l'approvisionnement en énergie pour rendre le Royaume-Uni plus indépendant. Pendant ce temps, Magon avec la complicité d'Olrik (tout deux rescapés de l'épisode de l'Atlantide) se prépare à provoquer une catastrophe qui pourrait rayer l'Europe de la carte, pour récupérer de l'orichalque, le métal légendaire qui pallierait le manque d'énergie frappant désormais la planète où se sont installés les Atlantes. En effet, l'un des trois soleils qui éclaire la planète est en train de s'éteindre. L'orichalque sur terre se trouve au fond de la Mer du Nord dans la zone du Doggerland. Avant la catastrophe finale, l'action se déplace sur la planète des Atlantes où Blake et Mortimer affrontent différents dangers tout en essayant de contrecarrer les plans de Magon, Olrik et leurs complices, qui veulent renverser le Basileus qui gouverne les Atlantes. Le texte est dense comme l'intrigue. Un très bon tome selon moi. Lire le billet de Sheherazade2000.
Ce film produit par les studios Disney et sorti le 26 novembre 2025, vient déjà de rapporter 556 millions de $ en cinq jours dont plus de 200 millions de $ en Chine!
Comme son titre l'indique, Zootopie 2 est la suite de Zootopie(2016)que je vous recommande. C'est même bien de le (re)visionner avant de voir Zootopie 2. Il aura donc fallu attendre presque dix ans pour cette suite (en attendant Zootopie 3?).
Au début de Zootopie 2, on retrouve les deux personnages principaux, Nick Wilde (le renard) et Judy Hopps (la jeune lapine) qui sont policiers et forment une équipe pas toujours en harmonie. En effet, ils n'ont pas forcément la même conception de comment exercer leur travail. Ils font capoter une affaire de contrebande avec un tamanoir. Leur duo est menacé par leur chef Bogo (un buffle) mais Judy ne se laisse pas faire. Elle est sur la piste d'un serpent, animal banni de Zootopie depuis 100 ans. Elle a trouvé une peau de mue. À partir de là, l'enquête est trépidante avec Nick qui la suit comme il peut. Un serpent fait son apparition car il veut réhabiliter son espèce et les autres reptiles qui furent très présents à Zootopie. Il s'appelle Gary et il a une voix douce. C'est une vipère crotale dotée de deux crochets. Mais il en perd un lors d'une bagarre. Face à Judy, Nick et Gary, on fait la connaissance d'une famille peu recommandable qui a la mainmise sur la ville. Il s'agit de la famille Lynxley (des lynx). Dans cet opus, on retrouve quelques personnages du premier opus, un "gentil" comme Flash, un paresseux, ou bien une "méchante" nommé Dawn Bellwether (une brebis). Pendant la projection, j'ai repéré deux scènes qui sont des clins d'oeil à des films comme Le silence des agneaux de Jonathan Demme et Shining de Stanley Kubrick. Je dirais que j'ai préféré le premier Zootopie mais celui-ci est quand même très sympa. Et la fin fait penser qu'il pourrait y avoir une suite. Lire le billet de Selenie.
Il y a déjà plusieurs jours que j'avais commencé deux billets, souhaitant les publier l'un après l'autre dans le cadre du challenge Book trip en mer (saison 2) de Fanja. Mais j'ai été incapable de finir l'un ou l'autre avant de passer au second... En ce dernier jour de challenge, je me résous donc à les fusionner!
"J'avais pourtant pris de bonnes résolutions. Achevant [son livre précédent], je m'étais juré de laisser croître et décroître nombre de lunes, avant d'y retourner - du moins publiquement. Je ne voulais pas (et n'ai nullement changé d'avis) que mon emportement maritime devînt une spécialité, d'autant que le folklore, en la matière, est vite envahissant. À forcer le genre, il vous pousse sur la plume une algue verte, sur le menton une barbe hirsute, et sur le plateau de télévision certaine patte, au coin de l'oeil, qui trahit le cap-hornier d'opérette."
Ainsi débute le [premier] livre que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente aujourd'hui.
C'est pour le bonheur de ceux qui aiment des livres retraçant la vie quotidienne mais exceptionnelle de marins spécialisés (livre de non-fiction, donc, même si la "mise en forme" de ce qui peut être glané lors d'un "reportage vécu" est parfois nécessaire) que l'auteur a fini par mettre son sac à bord de l'Abeille Flandre, basée à Brest, pour plusieurs mois, par intermittence (il y était "le treizième homme" [p.132]). "Il fut convenu que, de septembre 1997 à l'été 1998, je séjournerai périodiquement sur le bateau, et que, le reste du temps, il [l'un de ses deux commandants, Charles Claden dit "Carlos"] m'avertirait dès qu'une tempête était en vue" (p.25)». L'image de couverture est particulièrement bien choisie: au loin, la silhouette dans une mer agitée, entre chien et loup, du remorqueur de haute mer, et en gros plan, deux hommes composant son équipage, harnachés de pied et cap et manifestement "en mission" hors de leur navire (à bord d'une autre embarcation... Zodiac ou bateau attendant la remorque?). Sur demande de Carlos, Hervé Hamon a même pu être embauché pour filmer (capter le déroulement d'un sauvetage compliqué) à bord de l'Abeille Languedoc (le sister ship, basé à Cherbourg).
Mais au contraire de la BD S.O.S. Bagarreur qui était axée sur un unique sauvetage, ce "reportage au long cours" nous donne un panorama très complet sur la vie à bord d'un des remorqueurs dont l'Etat a souhaité la mise en place après la catastrophe de l'Amoco Cadiz (1978), alors que le trafic maritime à la jonction Atlantique / Manche, le "rail d'Ouessant", a été réorganisée (lisez le livre pour en savoir davantage!). Notre remorqueur est, 7 jours sur 7 et 365 jours par an (et par n'importe quel temps), prêt à appareiller pour aider tout navire en difficulté dans son secteur de surveillance. Ses puissants moteurs (quatre), ses deux arbres d'hélice, ses systèmes redondants, mais aussi l'habileté de son équipage, font qu'il est capable de tirer un pétrolier de 500 000 tonnes par tous les temps (même force 12 sur l'échelle de Beaufort). Ses missions? Conseiller un capitaine dont les cartes ne sont pas à jour et qui dévie dangereusement vers les rochers. Lancer une remorque. Evacuer un équipage. Sauver un navire et sa cargaison... Que de récits à lire!
À l'époque, la plupart des marins des Abeilles sont issus de la marine marchande (Marmar), et le livre fourmille d'histoires recueillies auprès de ces rudes marins (ou de leurs "anciens"), instillées au fil du récit. Il y est question du déclin de l'"armement" français, concurrencé par les armateurs étrangers à bas coût (main-d'oeuvre essentiellement). p.94, on lui explique: "Tu comprends, le Philippin ou le Coréen, il n'est pas moins bon marin que nous quand il est marin. Mais les gars qui acceptent ces embarquements pour 25 dollars, ils ne sont pas plus marins que mon boucher. C'est des gars qui se tapent cinq ans de mer, qui économisent un max, et qui ouvrent un bistrot dès qu'ils sont rentrés au pays." Pas un mot du "shangaïage", par contre. Dans une des opérations (p.146) dont Hamon a été témoin, on verra l'aide-cuisinier d'un porte-container, un Malgache, être hélitreuillé par hélicoptère, "tenant à la main un pochon de plastique dans lequel il serrait les dollars économisés un à un depuis cinq ans. Et l'on a vu le pochon se déchirer, les billets s'égrener au vent des pales"...
On a des histoires d'hommes qui se doivent mutuellement une confiance absolue (ils risquent leur vie et celle des autres). "Il n'y a pas de bon équipage. Un bon commandant se démerde avec ce qu'il a", dit Carlos (p.236). Les femmes ne sont pas absentes (naufragées, visiteuses, épouses, et même une commandante de remorqueur de port), ou le sujet de plaisanteries de tradition goguenarde (p.196): "toujours, mon ami, toujours téléphoner à la maison, ne jamais sonner à l'improviste...", ou la vieille histoire de ce marin, rongé durant toute une traversée océanique par des doutes sur la fidélité de sa femme et quasiment en grève de la faim. Une fois rassuré sur ce point, sa grosse bordée pour arroser ça se termine... au bordel. Face à cela, les épouses se racontent de l'une à l'autre des plaisanteries de femmes de marin (p.114): "- Et ça n'est pas trop dur d'avoir votre homme pour un mois, après tant d'absence? - Mais non, voyons, un mois, c'est vite passé...".
Hamon nous parle de Jean-Paul, le cuisinier-directeur général, syndicaliste qui, en 30 ans de carrière a vu défiler bien des interlocuteurs, ou Eric, trentenaire polyvalent, qu'il retrouve soit sur la passerelle (second capitaine), soit aux machines (second mécanicien). Il est aussi question, dans l'ouvrage, de la SNSM (Société nationale de sauvetage en mer), dont un "patron" donne ce qui pourrait être le mot de la fin pour expliquer le sens de la "mission": "je pose un postulat. Je postule que, ce que je fais, n'importe qui le ferait pour moi" (p.268). J'ai encore relevé (p.174,) la question posée à Carlos (le capitaine), d'une part, et au Prémar (Préfet maritime), d'autre part, pour savoir si l'autre était d'abord un affréteur / un affrété, un supérieur hiérarchique / un subordonné, ou bien un marin avec qui étaient entretenues des relations de marin à marin. Réponses (séparées): "D'abord un marin, [ont-ils] répondu, sans hésitation aucune".
Quelques années après la sortie du livre, en 2005, l'Abeille Flandre a été remplacée, à Brest, par l'Abeille Bourbon, désormais nommée (depuis avril 2025) l'Abeille Bretagne. L'Abeille Flandre a fini son service à Toulon comme navire de remorquage d’urgence de haute mer en Méditerranée, jusqu'en 2022, où il est ramené à Brest pour y être démantelé en 2023. L'une de ses hélices y est exposée.
Hervé Hamon a écrit plusieurs autres livres sur le monde maritime. Coopté comme "écrivain de marine" en 2005, il a choisi en 2022 de quitter ce cénacle.
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Mon autre (et dernier) livre est une autobiographie. Ayant débuté mes participations à la 2e saison du Book trip en mer de Fanja avec Kersauson, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) trouvais intéressant de les conclure par Tabarly!
Éric Tabarly, Mémoires du large, Editions de Fallois,
Le livre de Poche N°14448, 2018 (1er DL 1998, EO 1997), 283 pages
Je crois qu'il s'agit du dernier livre publié par le navigateur avant sa disparition en mer, le 12 juin 1998. Un cahier central de 27 photos en noir et blanc nous présente Eric (barrant à trois ans [il est né en juillet 1931] le voilier paternel Annie...), ses proches, ses bateaux successifs, ses équipages (du moins quelques-uns des nombreux équipiers qu'il a formés), et 27 chapitres nous racontent toute sa vie à la première personne. Les premières pages sont pour "le" Pen Duick, celui qui porte aujourd'hui le numéro I d'une série poursuivie officiellement jusqu'à VI (si j'ai bien compris, celui qui aurait dû être le septième quand Taraly en réalisait la maquette est devenu, à l'ère du sponsoring-"naming", le Paul-Ricard).
Cette autobiographie suit ensuite classiquement l'ordre chronologique, expose comment le Pen Duick "familial" a fini par lui être donné par son père, comment Eric s'est engagé dans la marine (dans l'aéronavale, d'abord) pour gagner une solde lui permettant de réparer le bateau, puis comment il a pu (à sa seconde tentative) entrer à l'Ecole navale pour devenir officier de la marine et ingénieur (il y faisait du sport, en privilégiant la régate sur les voiliers de l'école plutôt que la course à pied), comment il a fini (en juillet 1965) par être détaché auprès du ministère de la jeunesse et des sports (dont le ministre était alors Maurice Herzog). Avant cela, la Transat anglaise en solitaire qu'il a gagnée à bord de Pen Duick II en 1964 occupe à elle seule une cinquantaine de pages (il raconte aussi avoir dû décliner une première invitation par de Gaulle à l'Elysée (pour cause de priorité de marin... [la mise à l'eau de Pen Duick III ne pouvait se faire qu'à la même date, pour raison de marée]).
J'ai entendu de mes oreilles un officier marinier retraité parler de l'époque où, depuis son propre navire, il voyait Éric Tabarly ramener au port, à Lorient, l'EDIC 9092 (engin de débarquement d'infanterie et de chars) sur lequel il a effectué son temps de commandement règlementaire (évoqué p.63). Il a pris sa retraite de la Marine nationale en juillet 1985 avec le grade de capitaine de vaisseau (équivalent à colonel dans les autres armes). p.268, il dit que c'est la Transat 76 qui a déclenché la course aux sponsors et l'intrusion de l'argent dans le monde de la voile.
Toute sa vie, il l'a passée à naviguer en course au large (en solitaire ou en équipage), à faire les plans du voilier suivant, à chercher (et trouver) de l'argent pour sa construction, en tâchant qu'il soit prêt à temps pour l'engager en course... Il a créé la société Pen Duick en 1973 (son ami Gérard Petipas a accepté dès 1972 d'en être le dirigeant, ce qu'Eric Tabarly ne pouvait pas être, en tant qu'officier de la Marine nationale en activité). L'argent manquant toujours (malgré les droits d'auteurs sur les livres d'Eric), ils songent à mettre en place une maison d'(auto-)édition. Consulté à ce sujet, le baron Bich n'a pas donné d'argent, mais le meilleur des conseils, en substance (p.243): "vous êtes jeunes et prêts à travailler, Eric a un nom et vous une marque, Pen Duick, qui vaut des milliards en notoriété. Ne vous fourrez jamais entre les mains des banquiers car si vous faites appel à eux, vous êtes morts. Débrouillez-vous seuls".
Je me rappelle encore un disque que j'écoutais, ado, "Éric Tabarly présente Les chansons de la mer" (1973), où il racontait l'un ou l'autre épisode de course entre deux chansons (je ne sais pas combien il avait dû toucher pour cela).
Enfin, il ne le dit pas dans le livre, mais sa fiche sur Wikipedia (consultée le 30/11/2025) signale qu'il a été admis à l'Académie de marine dans la section Marine marchande et plaisance le 5 juin 1990. Je dirais que ce livre est à son image: peu bavard, direct, sans mâcher ses mots, délivrant des informations plutôt que livrant des états d'âme.
J'avais lu il y a quelques années le livre écrit par son frère Patrick (né en 1944), Frères de mer (2018). Je n'ai pas (encore) lu celui écrit par sa fille Marie (née en 1984), Éric Tabarly, mon père (2008). L'un comme l'autre ont pratiqué ou pratiquent la course au large.
Moi, Dasola, je viens de me rendre compte que je n'avais pas écrit de billet depuis une semaine. Je ne vois pas passer le temps. Et je n'ai pas été au cinéma récemment. Il faut que je me rattrape.
En attendant, j'ai lu des romans dont les trois que je vais chroniquer dans l'ordre où je les ai lus.
Je commence avec La gouvernante de Joy Fielding (Edition Michel Lafon poche, 417 pages) que j'ai lu lors d'un aller-retour en train. De nos jours, à Toronto au Canada, Jodi Bishop est agent immobilier dans un cabinet créé par son père. Elle est mariée à Harrison, un écrivain et animateur d'un atelier d'écriture qui dépend d'elle financièrement. Ils ont deux jeunes enfants. Jodi a une grande soeur, Tracy, une femme assez fantasque. Jodi qui est la narratrice raconte comment une certaine Elyse Woodley, une gouvernante digne d'éloges recrutée par ses soins avec de très bonnes recommandations, va s'immiscer peu à peu dans la vie des parents de Jodi et Tracy. En effet, la mère des deux soeurs est atteinte de la maladie de Parkinson et le père qui n'a pas bon caractère ne peut plus s'occuper d'elle. Les deux vivent dans une belle demeure. Les jours et mois passant, Elyse s'incruste, devient indispensable et ne se départit jamais de son sourire. Jodi se rend compte trop tard que le loup est entré dans la bergerie jusqu'à ce que... Un roman qui se lit agréablement.
Maintenant, je passe à Hurlements d'Alma Katsu, un thriller horrifique (Editions 10/18, 453 pages) qui s'inspire de faits réels. Aux Etats-Unis, en 1846-1847, en pleine ruée vers l'or, une centaine de personnes (hommes, femmes et enfants) partent de Springfield, Illinois sur des chariots avec du bétail en direction de la Californie. La romancière se focalise sur la famille Donner qui a donné le nom à l'expédition. Le périple commence à partir de juin 1846. Parmi les pionniers, beaucoup ne parlent qu'allemand. Assez vite, un petit garçon disparait dont on ne retrouvera que le squelette. La peur s'installe peu à peu. Le convoi avance mais pas assez vite, il y a des tensions entre les individus. Les provisions s'amenuisent peu à peu, les Indiens ne sont pas loin et il y a surtout des aléas climatiques qui vont compromettre l'avancée de l'expédition et amener le trouble. D'autres personnes vont disparaître, un jeune Indien est sacrifié. L'histoire est bien menée mais l'ensemble est un peu long malgré des flash-back qui donnent des éclaircissements sur le passé et nature de certaines personnes. Vous pouvez vous contenter de lire l'article sur Wiki même si la romancière a extrapolé certains faits.
Je termine avec La maison des mensonges de John Marrs (Edition City poche, 430 pages), une histoire éprouvante, un huis-clos dans une maison anglaise où vivent une mère (Maggie), 68 ans et sa fille Nina (36 ans). La mère dort dans un grenier aménagé avec une chaîne attachée à la cheville depuis deux ans. Nina travaille dans une bibliothèque. Au fur et à mesure que le récit avance, on va apprendre pourquoi la fille a enchaîné sa mère. C'est un huis-clos étouffant. Maggie et Nina racontent tour à tour ce qui se passe. Au bout du compte, la vie de ces deux femmes est terrifiante car l'une a toujours essayé de protéger l'autre. On découvre ou on devine les événements terribles qui se sont passés une vingtaine d'années auparavant. C'est un roman qui m'a mise mal à l'aise à un moment donné. Je l'ai trouvé un peu "too much" Et on ne peut pas dire que la fin soit heureuse car la boucle est bouclée. Je n'en dirai pas plus.
Tout le monde connaît certainement le nom de l'auteur du bouquin dont je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais parler aujourd'hui (ne l'ayant pas fait pour le 11-Novembre), dans le cadre des challenges "Pages de la Grande guerre 2025" et "2025 sera classique aussi!" tous deux organisés par Nathalie. Je l'ai découvert il y a quelques mois dans les rayons d'une des "bibliothèques partagées" que je fréquente cette année, et j'avais sauté dessus avec ces challenges bien en tête.
André Maginot, Carnets de patrouille, Grasset, 1940, 181 pages [présentés par Mme R. Joseph-Maginot]
(achevé d'imprimer le 4 juin - 10e édition)
Vérification faite, on peut facilement trouver d'occasion sur internet ce livre âgé de plus de trois quart de siècle pour le prix d'un livre neuf d'aujourd'hui. Son "avant-propos" nous dévoile que "Mme R. Joseph-Maginot" est la soeur du Maginot surtout connu pour la "ligne" éponyme. Elle y expose que l'auteur de ces "carnets" est mort avant d'avoir pu en revoir le texte. Elle dit "livre[r ces notes telles qu'elle les a] trouvées sans y changer un mot. Il me semble que ce sera mieux ainsi." Nous sommes le 1er août 1914, et l'auteur (récit à la 1ère personne) prend le train gare de l'Est à Paris, en direction d'un régiment de la défense de Verdun auquel il s'est fait affecter avec son collègue Chevillon. Seule note discordante dans l'enthousiasme des hommes ("À Berlin!"): une mère qui n'est pas arrivée à temps pour embrasser ses deux fils, soldats, avant qu'ils partent vers la frontière... "Elle a beau être fille et femme de soldats, s'être résignée depuis longtemps, en bonne Française qu'elle est, à donner ses enfants, son coeur maternel saigne à l'heure du sacrifice". Là, j'ai vraiment senti le gouffre qui différencie la population française du début du XXe siècle de celle de 2025.
L'ouvrage est organisé en 10 chapitres. Evidemment, ce n'est pas le "trouffion" moyen qui pouvait commencer par aller serrer la main à l'ami Grillon, sous-préfet de l'arrondissement, lui aussi mobilisé... et au coiffeur local, bombardé la veille chef de la "garde civique" (chargée entre autres de faire fermer les boutiques et les cafés indûment ouverts). Nos députés débattent, en déjeunant sur les bords de la Meuse, de la durée de la guerre. Maginot pense qu'elle durera plus de trois mois. Ils sont affectés au 44e régiment territorial, et, sur leur demande, sont affectés à la 6e compagnie, sous les ordres d'un capitaine de Bar-le-Duc (dont Maginot est élu député depuis 1910). p.37, une page en italique résume ce qui se passe jusque vers la mi-août. Dans le chapitre 3, titré "Notre recul en Woëvre", le 22 août évoque certaines pages de La Débâcle (Zola). Une nouvelle interpolation en italiques (ce ne sera pas la dernière!) explique que Maginot a lui-même l'idée de mettre en place des corps de "patrouilleurs réguliers", et pour commencer, le sergent Maginot va commander une section d'élite, d'hommes "plus soldats que militaires"... Le livre se termine sur la citation à l'ordre du régiment, à Verdun, en date du 22 novembre 1914, des hommes qui ont ramené sous une grêle de balles leur sergent [Maginot], blessé, ainsi que ceux qui avaient été tués en le défendant. Ces "patrouilleurs" et leurs faits d'armes m'ont fortement fait songer aux combats des hommes du Capitaine Conan (de Roger Vercel), les crimes en moins.
Je pourrais encore citer des lignes et des lignes du livre, je préfère laisser aux lecteurs la découverte des faits d'armes comme des états d'âme de notre combattant (cité à l'ordre de la division le 7 octobre, s'enorgueillissant d'avoir "gagné" un duel au fusil, à 400 m., contre un soldat allemand).
Revenons donc sur l'auteur au nom célèbre: André Maginot (1877-1932), ministre des pensions, primes et allocations de guerre presque deux ans, de janvier 1920 à janvier 1922, puis ministre de la guerre et des pensions jusqu'à juin 1924 (sous trois Présidents de la République et sept présidents du Conseil), a laissé son nom à un "concept", celui d'une ligne fortifiée à l'abri de laquelle la France serait inattaquable par l'Allemagne, qui l'avait envahie et vaincue en 1870 et s'était efforcée de le faire en 1914. On peut supposer que c'est précisément parce que, comme des millions d'hommes, il avait combattu dans les tranchées de 1914-1918 qu'il souhaitait, comme d'autres, empêcher le retour de tels massacres.
Comme ministre, il avait succédé dans la fonction à son collègue Léon Abrami (1879-1939), autre député engagé comme simple soldat et aux côtés duquel il avait combattu en première ligne en août 1914, qui avait, lui, été sous-secrétaire d'Etat aux effectifs et pensions de novembre 1917 (un an avant la fin de la guerre) jusqu'en janvier 1920. Mort à 59 ans en janvier 1939, avant le déclenchement de la Seconde guerre mondiale, Léon Abrami n'a donc pas connu la publication de ces Carnets de patrouille qui évoquent son rôle dans ce qui est pour nous la Première, et reste la Grande.
Frédéric Chevillon (1879-1915), le troisième député et compagnon d'armes de ces débuts de la guerre, n'a, lui, pas survécu à la grande boucherie. Selon wikipedia (consulté le 10/11/2025), "sorti de la tranchée en criant «Vous allez voir comment on meurt dans le 15e corps», il meurt au champ d'honneur à l'âge de 36 ans le 21 février 1915, au cours de la bataille des Eparges". Cette mort m'a fait songer à celle d'Alphonse Baudin, mort sur une barricade pour s'opposer au coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte le 2 décembre 1851, en rétorquant à des ouvriers qui ne voulaient pas se faire tuer pour lui conserver son indemnité parlementaire: « Vous allez voir comment on meurt pour vingt-cinq francs [par jour] ! ». Ayez les bons mots au moment de vous faire tuer, et l'Histoire retiendra votre nom...
André Maginot a obtenu la Médaille militaire le 7 novembre 1914. Pour en confirmer la légalité "dans les formes", il aura sans doute fallu attendre la loi du 30 mars 1915 validant certains décrets pris en 1914, notamment celui du 13 août 1914 prévoyant un contingent spécial de légions d'honneur et médailles militaires pour les mobilisés, pour édicter que l'interdiction par l'article 3 de la loi du 18 juillet 1906, pour les parlementaires, de faire l'objet d'une nomination ou promotion dans la légion d'honneur ou la médaille militaire, ne s'applique pas aux nominations ou promotions dont ces membres peuvent être l'objet à raison de faits de guerre (et non une première rédaction, qui mentionnait juste "peuvent être l'objet à titre militaire").
Voici encore quelques explication contextuelles. Le gouvernement français a décrété la mobilisation générale le 1er août 1914 (en réponse à la déclaration de guerre de l'Allemagne à la Russie). Le 3 août, l'Allemagne déclare la guerre à la France (Jaurès avait été assassiné le 31 juillet), et c'est parti pour l'aventure. Le 4 août, le parlement (qui avait été convoqué le 2 août en session extraordinaire) vote 18 projets de loi permettant au gouvernement Viviani de mettre le pays en état de guerre avant de s'ajourner sine die. 235 parlementaires (des députés pour la plupart, car les sénateurs sont en général plus âgés) sont appelés sous les drapeaux. Le Parlement reprendra ses travaux en session extraordinaire à partir du 22 décembre 1914.
Mon exemplaire de ce livre a eu ses pages coupées, et a donc bien été lu. Je me demande par combien de personnes, depuis 1940? Le titre a été réédité en 1964 (je ne sais pas si c'est le même texte, ou une édition plus complète), avec une préface du Général Weygand (1867-1965), sous l'égide de la "Fédération André Maginot". Créée en 1888 par des anciens combattants sous la forme d'une "Union fraternelle", nommée en 1933 Fédération nationale des mutilés, victimes de guerre et anciens combattants, elle ajoute en 1953 à son appellation la mention "André Maginot" (qui en a été Président d'octobre 1918 jusqu'à son décès en janvier 1932) et devient en 1961 la Fédération nationale André Maginot dite « FNAM ».
En fait, si je n'ai pas publié ce billet pour le 11 novembre, c'est qu'il me restait trop de travail dessus par rapport à ce que j'avais en tête, raison pourquoi Il s'appelait... le soldat inconnu(tout de même plus facile comme sujet de chronique!) s'était imposé...
C’est en lisant de vieux « Amis-Coop » lorsque j’étais gamin que je (ta d loi du cine, « squatter » chez dasola) me suis « gravé dans la mémoire » les aventures de Magellan, l’un de ces « grands navigateurs » de l’époque des « grandes découvertes ». Je me rappelle cette BD aux tons sépia où on le voyait être confronté aux mutineries, aux doutes de ses équipages, à la découverte du « détroit » qui porte son nom, à la famine lors de la traversée du Pacifique puis à la mort, mais pas avant que son « esclave » Henrique, après avoir pratiquement « bouclé » son propre tour du monde, se retrouve à proximité de son île natale, en tout cas dans une aire géographique où sa langue (le malais) était comprise. C’est par ce canal que j’avais entendu parler de Pigafetta (et non par mes études scolaires). Dans d’autres numéros, je crois qu'il y avait des BD du même tonneau sur Jules César, Alexandre le Grand, Gutenberg, Napoléon…
Le voyage de Magellan, 1519-1522
La relation d’Antonio Pigafetta du premier tour du monde traduite, présentée & annotée par Xavier de Castro
Editions Chandeigne, 2017, 351 pages
Cette fois-ci, il ne s’agit pas d’une version « pour la jeunesse », mais d’une édition critique « de référence » du récit écrit au XVIe siècle. Le texte traduit proprement dit occupe les pages 57 à 225. La très intéressante introduction » (pp.5-37) apporte un éclairage sur le travail des biographes de Magellan (et les erreurs éventuelles recopiées de l’un à l’autre et aujourd’hui contredites par l’avancée des études), sur le déroulement même du voyage et ses enjeux, sur les autres relations du voyage que celle de Pigafetta… Elle est suivie d’une chronologie (pp.39-55) qui égrène aussi un par un les décès intervenus lors de l’expédition (237 hommes au départ du port de Séville en 1519 [départ d'Europe le 20/09/1519], 18 hommes reviennent sur la Victoria qui a bouclé en 1522, sans Magellan, le tour du monde). D’autres membres de l’expédition, avant ou après, sont revenus sur leurs pas depuis le continent américain ou depuis les Moluques (91 survivants au total sont revenus en Europe). Les abondantes notes complémentaires (pp.227-298) apportent tous les éclairages possibles sur le déroulement du voyage et ses péripéties, même celles tues par Pigafetta. Un Index de six pages (personnes, lieux, thèmes ou mots-clés) termine l’ouvrage. Auparavant, l’Index biographique détaillé des membres de l’équipage (242 entrées) occupe les pages 299 à 233, avant leur répartition initiale sur les cinq vaisseaux (pp.334-339). pp.341-344, on trouve une « brève bibliographie » (autres sources directes, quelques études, etc.). Précisons enfin que le livre Magellan de Stefan Zweig est sobrement qualifié de « fort bien documenté pour l’époque » avant que soit employé le mot « périmée » pour sa présentation des origines de l’empire portugais.
Si Pigafetta a diffusé (sans doute en plusieurs exemplaires ? On connaît trois copies manuscrites en français et une en italien d'un document original perdu, peut-être rédigé en dialecte vénitien?) sa version du voyage, c’est afin d’en tirer profit en l’offrant à différents souverains ou hauts personnages (Charles Quint, Louise de Savoie, Philippe de Villiers de l'Isle-Adam, ...).
Le récit, généralement à la première personne du pluriel, est découpé en 48 parties (chapitres, dont certains font deux pages voire moins?), qui mêlent récit, observations directes, informations de seconde main, notations géographiques ou linguistiques... Dans le prologue, Pigafetta raconte comment il s'est lui-même joint à l'expédition. Il précise les dispositions ("ordonnances") de navigation prises par Magellan, Portugais d'origine commandant une expédition dont ses officiers étaient pour la plupart "Castillans". Au chapitre 6, le Brésil est déjà atteint (après la traversée de l'Atlantique). Puis l'expédition va descendre, en longeant la côte, de plus en plus bas vers le sud, explorant en vain baies et estuaires à la recherche d'un passage vers l'Océan Pacifique (aperçu par Balboa en 1513 après sa traversée de l'isthme de Panama). Les rencontres avec des "autochtones" sont évoquées. Le "détroit de Magellan" est traversé dans le chapitre 11. Chap.12, mercredi 28 novembre 1520 commence la navigation dans la "mer Pacifique". Le chapitre 27 est sobrement intitulé "Mort de Magellan" [27/04/1521]. Les survivants ne sont pas encore au bout de leurs aventures... Il semble que l'historiographie contemporaine se demande dans quelle mesure le Capitaine n'a pas adopté une conduite suicidaire, sachant que ses "îles des épices" étaient bien en zone portugaise et non espagnole comme il le croyait en préparant l'expédition et l'avait affirmé à ses commanditaires...
En marge du texte est mentionnée dans le livre la date de l'événement évoqué. Il transparaît dans ce récit que les "hardis explorateurs", dans ces contrées peu connues, se conduisaient parfois en pirates, preneurs d'otages, enleveurs de personnes malgré elles, mais aussi adeptes du don et du contre-don ou du commerce (pacotille et tissus contre épices). Ils n'hésitaient pas à "saluer" les souverains locaux de canonnades et arquebuses à blanc (ça impressionnait toujours!).
Je suis très content d'avoir enfin lu ce texte lui-même, dont, comme tout un chacun, je connaissais seulement les événement saillants, depuis sans doute plus très loin d'un demi-siècle...
Pour qui veut lire ce même texte mais avec bien d'autres compléments encore, les mêmes éditions Chandeigne viennent de publier la mise à jour d'une édition "de référence", grand format, d'un total de 1120 pages. Un beau livre pour les fêtes (59 euros).
J'ajoute que le Musée de la Marine, à Paris, propose jusqu'au 1er mars 2026 une exposition: "Magellan, un voyage qui changea le monde".
Je chronique Chien 51 et Running Man dans le même billet car il s'agit de deux histoires dystopiques qui se passent dans un avenir peut-être pas si lointain. Les deux scenarii sont adaptés de deux romans, Chien 51 de Laurent Gaudé paru en 2022, et Running Man de Richard Bachman (autre nom de plume de Stephen King), qui a été publié en 1982 et qui avait fait l'objet d'une précédente adaptation avec Arnold Schwarzenegger en 1987.
Chien 51 de Cédric Jimenez se passe en 2045 dans le Grand Paris divisé en trois zones: la zone 1 (le centre de la capitale) est réservée à l'élite de la nation, la zone 2 abrite les classes aisées et dans la zone 3, on trouve le reste: pauvres et laissés-pour-compte. Tout ce petit monde est gouverné et surveillé par une intelligence artificielle nommée Alma. Un jour, l'inventeur d'Alma est assassiné mais par qui? Deux policiers, Salia (venue de la zone 2) et Zem (issu de la zone 3) sont chargés de l'enquête qui va se révéler tortueuse dans un monde où les forces de l'ordre n'hésitent pas à tuer. Le film va à toute allure. Jimenez a vraiment le sens du rythme. C'est peut-être le défaut de ce long-métrage dans lequel les personnages ne sont pas assez fouillés. On n'arrive pas vraiment à s'attacher à l'un ou l'autre d'entre eux. Je n'ai pas lu le roman de Laurent Gaudé qui m'attend depuis un moment dans une de mes PAL.
Je passe à Running Man d'Edgar Wright qui se passe aussi dans un avenir très proche aux Etats-Unis où la pauvreté règne. Les gens habitent dans des appartements presque sans fenêtre. Ben Edwards qui vient d'être renvoyé de son dernier travail est désespéré car sa petite fille de deux ans est gravement malade et ni lui, ni sa femme ne gagnent assez d'argent pour consulter un médecin et acheter des médicaments. La société que montre le film est celui de jeux télévisés violents voire mortels pour les candidats à qui on promet des sommes faramineuses. Edwards décide de concourir au jeu "Running man" qui lui permettra, s'il gagne, de vivre de sa fortune jusqu'à la fin des ses jours. Pour ce faire, il doit échapper pendant trente jours à des "Hunters" (chasseurs en VO) qui, s'ils le trouvent, le tueront. La population aussi a droit d'essayer de le tuer ou de le dénoncer. Bien sûr, cette chasse à l'homme est filmée de manière continue par des petites caméras rondes volantes et diffusée à la télé. Ce jeu et beaucoup d'autres ont été créés par un certain Dan Killian, un homme sans scrupules. Je ne vous dirai pas ce qui arrive à Edwards. Le film est survitaminé. Il y a beaucoup de péripéties, on tremble pour Edwards qui arrive à trouver parfois de l'aide. Certains scènes sont spectaculaires. J'ai tout de même trouvé le film un peu long, il dure plus de deux heures. Je n'ai pas lu non plus le roman de Stephen King.
Les deux films décrivent d'une manière différente une évolution de nos sociétés que j'espère ne jamais connaître. Cela ne fait pas rêver du tout.
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) remercie bien sincèrement Fanja et ses challenges "Book trip en mer", de m'avoir fourni, cette fois-ci, l'occasion de découvrir un bouquin magnifiquement écrit, d'un auteur que je n'avais jamais lu. Plus largement, une fois sorti de ma "zone de confort" (des bouquins que j'avais déjà lus et relus au fil des décennies et que j'ai eu envie de présenter dans le cadre de ces lectures maritimes), ce challenge thématique m'a donné un "filtre" supplémentaire lors de mes visites (de plus en plus fréquentes cette année 2025 où je contribue à deux "bibliothèques partagées" de hall d'immeuble) aux bacs d'une demi-douzaine de librairies d'occasion. "Tiens, un bateau sur la couverture? Que dit le dos du livre? Ah, mais je connais cet auteur? Tiens, il y a un nom d'océan ou de mer dans le titre, qu'en est-il?"... Et hop, dans mon cabas pour quelques sous en plus (après, c'est vrai, il faut les lire et surtout les chroniquer). En regardant mes participations, je constate en tout cas que les "non-fictions" (et plutôt pas spécialement récentes) se seront bien avérées mon "créneau" favori. Bref, place au livre du jour.
Jean-François Deniau (de l'Académie française!), L'Atlantique est mon désert, Gallimard, 1996, 159 pages
J'ai été enthousiasmé dès le début du livre par un texte étincelant (ce n'est pas pour rien que ce Monsieur était académicien), et je le suis resté jusqu'au bout, même si la traversée de l'Atlantique à la voile qu'il raconte est l'occasion de balayer bien d'autres aventures, histoire ou philosophie de vie. Il m'a sauté au yeux que la différence de style est flagrante avec un autre récit autobiographique chroniqué récemment...!
Ce récit commence par un voyage en Italie en voiture, sur les traces de Fabrice Del Dongo et de Stendhal, sur une idée littéraire d'un hebdomadaire qui lui a passé commande. Diverses considérations sur son sujet (p.13, attente au restaurant, réponse du Maître d'hôtel: "si Monsieur avait commandé des pâtes, il les aurait eues dans les dix minutes. Mais un risotto! À moins de vingt minutes, monsieur, on bousille un risotto") et puis, p.23, BAM! Crise cardiaque. Retour accéléré en France, pour diverses opérations médicales graves (nous sommes à l'été 1995, Jean-François Deniau [1928-2007] n'a pas encore 67 ans). p.37, il sort de l'hôpital à la fin de l'été 1995 dans une chaise roulante, avec des cannes anglaises pour marcher, une minerve, le soufie court, un coeur hésitant à régler... Son projet personnel pour se "rééduquer"? Traverser l'Atlantique à la voile (en solitaire si possible?), comme il l'avait déjà fait 20 ans avant avec quatre néophytes, et comme il songeait à le faire, quand, sur son lit de douleur, il ne savait pas encore s'il "s'en sortirait".
Au cours de ma lecture, je me demandais quel pouvait être le sens à donner à "Désert": méharée à la Théodore Monod? "Refuge" du protestantisme? Retraite propice à la méditation comme à la maturation d'une oeuvre? Le titre du livre est aussi celui du chapitre 6 (p.87). Mais avant cela, il fallait tout organiser. Il remercie Gérard d'Aboville, la Marine nationale, les connaissances qui ont cru en lui et en en sa capacité à mener un bateau à bon port. En plus, le même Gérard lui a conseillé (en privé) de se faire de la bouffe durant la traversée: ça occupe et fixe un objectif. En fait, ce sera surtout des rations de combat militaires... ainsi que la présence à bord d'une pharmacie renforcée! Il partira depuis les îles Canaries. Premier "faux départ": après une avarie mineure, il préfère revenir au port moins de 24 h après, en méditant l'adage "en mer les emmerdements d'abord s'additionnent, ensuite se multiplient". Il fait alors appel à Nicolas Hénard (double champion olympique de voile qu'il avait lui-même décoré de la Légion d'honneur, mais qui n'a jamais traversé l'Atlantique à la voile) pour l'accompagner au moins jusqu'aux îles du Cap Vert. Nous sommes au chap.4, p.53, pour ce second départ, à deux, le 11 novembre 1995.
Désormais, nous aurons droit régulièrement, au fil des pages, à des "relevés de position". Deniau navigue "à l'ancienne", en faisant lui-même son point au sextant sans être tributaire de l'électronique fragile (par contre, délectables récits de télétransmission d'électrocardiogrammes...). Le fax semble être l'un des moyens de communication le plus fiable à l'époque. Anecdotes savoureuses de course en mer (Deniau avait fait la "course du Figaro"). Les affres de l'auteur ne sont pas uniquement médicales, car il s'est vu imposer à l'improviste un "pensum" à rédiger: sept pages sur la vertu (pour l'académie), extraits p.81-84 (il commence par débattre du sexe de celle-ci!): "C'est d'ailleurs le premier sens de la vertu, je le rappelle: la force d'âme. Il s'applique aussi bien aux femmes qu'aux hommes. La nature du courage est double et double le sexe de la vertu. (...) Quel diable, chargé de la communication, a inventé "l'effet d'annonce"? Expression qui signifie que ce qu'on fait n'a aucune importance par rapport à ce qu'on dit et qu'il n'est pas nécessaire que l'acte suive et conforte la parole. (...) Et d'ailleurs, qui peut mieux juger de la vertu que celui qui en manque, s'il sait seulement qu'il en manque."
Mais avant, nous avons encore quelques pages bien torchées sur l'escale aux îles du Cap Vert, où il pensait initialement débarquer Nicolas pour poursuivre seul. Une simple cuite qui le laisse le lendemain sans souvenirs aucun (je me suis demandé à part moi s'il n'avait pas mélangé avec le traitement médicamenteux - no comment) l'amène à comprendre qu'il vaut mieux poursuivre accompagné que seul. Après avoir enfin déniché le paquet de médicaments indispensables qui l'attendait depuis 5 jours dans la case "urgent" du bureau de poste local, ils reprennent la mer, cap 280, vers l'Ouest.
Durant cette grande traversée (il ne sait pas encore si la destination finale sera Martinique, Guadeloupe ou Guyane), Deniau parlera politique à Nicolas (aux rares moments où ils ont l'occasion de se croiser, lors de repas). Nous avons droit à des récits savoureux [diable, je me répète!] du temps où il était le plus jeune ambassadeur de France en Mauritanie (pays désertique comportant une plage de plus de 300 km de long, et une communauté ["tribu", dit-il], les Imraghens, qui vit sur les 25 mètres qui séparent mer et désert), et à une définition p.96, "Désert: région où il n'y a que des hommes". Il a aussi, sur le traitement médiatique de l'équipe de voile française championne olympique, ou sur les coulisses du match OM-VA bien connu, quelques bons mots que j'ai peur de juger vraisemblables. p.123 j'ai attrapé un fou-rire en lisant une aventure australienne digne des nouvelles de Kenneth Cook (L'ivresse du kangourou, etc.). Cette traversée est aussi l'occasion de méditer comme de délivrer quelques leçons de philosophie de vie. À l'arrivée à Fort de France (Guadeloupe, destination imposée) le 1er décembre, après 19 jours de mer au total et beaucoup de nourriture en boîte, les deux équipiers ne rêvent que d'un plat (au grand dam du maître d'hôtel qui leur proposait noisette d'agneau, foie de veau ou perdrix...): le poisson frais qu'ils n'ont pas réussi à pêcher.
Elu à l'Académie française en 1992 alors qu'il avait neuf livres à son actif, L'Atlantique est mon désert était son douzième, et il en a écrit une quinzaine ensuite. Pour ma part, comme déjà dit, je n'avais jamais lu auparavant cet homme de lettres qui écrivait dans le Figaro et L'Express, titres de presse que j'ai eus entre les mains très rarement dans ma vie. Jean-François Deniau a été partie prenante (membre pour l'une, fondateur pour l'autre) de deux institutions que j'avais évoquées dans un autre billet, l'Académie de marine et Les écrivains de marine. Je pense que, si je tombe sur d'autres de ses livres, je me laisserai tenter! Mais bizarrement, alors qu'on pourrait naïvement penser que les oeuvres de tous les Immortels seraient éternellement rééditées et disponibles en permanence en "neuf", cela ne semble pas être le cas?
Encore une fois, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'ai pas réussi à finaliser à temps afin de le faire paraître pour la date que j'aurais souhaité (15 novembre...) le billet de ce jour. J'y présente deux vieux livres "jeunesse", dont les premiers propriétaires des volumes photographiés ci-dessous que j'ai trouvés d'occasion pour une bouchée de pain (oui, moins du prix d'une baguette "de tradition" pour les deux!) ont probablement des petits-enfants voire des arrière-petits-enfants aujourd'hui. Je devrais pouvoir les inscrire pour trois ou quatre challenges...
Heidi jeune fille, 152 pages Heidi et ses enfants, 147 pages Ces deux volumes sont parus chez Flammarion,
avec en date d'impression / dépôt légal "1er trim. 1958".
J'avais eu l'occasion, il y a un an, de lire (sans le chroniquer) le premier tome de la "saga" Heidi, disponible dans le "système de prêt de livres" de l'AMAP dont je fais partie. Ce livre (simplement titré Heidi en français, mais dont le titre original signifiait "L'apprentissage et les années de voyage de Heidi") a été publié en 1880 par l'autrice suisse alémanique Johanna Spyri (1827-1901). Elle a publié un second volume en 1881, titré Heidi grandit en français (signification du titre original: "Heidi peut utiliser ce qu'elle a appris"), que je n'ai pas lu.
Une cinquantaine d'années plus tard, le Suisse Charles Tritten (1908-1948, né et mort à Lausanne), qui fut l'un des traducteurs en français de Heidi, a écrit des suites à l'histoire. Bizarrement, les deux titres que je vous présente aujourd'hui, dans leurs éditions de 1958 présentées en page de garde comme "suite inédite de Heidi et Heidi grandit de J. Spyri, adaptation nouvelle", ne font aucune mention du nom de Charles Tritten. Question de droits? D'absence d'ayants-droits? Je ne sais pas. Ces deux volumes semblent avoir été publiés pour la première fois respectivement en 1936 et 1939.
Heidi jeune fille, le premier de ces deux volumes, pourrait s'appeler "Heidi au pensionnat" ou "en pensionnat". Le grand-père est toujours vivant dans son chalet d'alpage, et un vieux docteur semble être devenu le "parrain" de notre fillette des montagnes. Heidi débarque à Lausanne, "son violon serré sous le bras", alors que Claire, la jeune fille qu'avait connue la jeune montagnarde Heidi dans le premier tome, poursuit de son côté son voyage en train. Heidi doit passer une année à l'ancien pensionnat de Claire. Un pensionnat suisse? Il ne faut surtout pas s'imaginer un immense bâtiment sous la tutelle des autorités. C'est une "entreprise privée" tenue par une "vieille fille" qui organise son petit business (embauche d'enseignants...) pour "éduquer" (au moins autant qu'instruire?) des fillettes (sept, avec Heidi?) dont les parents ne s'occupent pas directement, pour diverses raisons (ils payent!). Cet univers m'a fait songer au roman Petite princesse (de Frances H. Burnett, édition originale en 1905) lu il y a bien longtemps en "Rouge & Or". Aujourd'hui, quand on pense "internat", on pense d'abord "réussite aux examens scolaires", "bonnes études" et "bonne préparation à l'enseignement supérieur" pour les "élèves". À l'époque, il s'agissait surtout de préparer les "pensionnaires" à être de futures bonnes épouses et mères! Bref, Heidi s'intègre, se fait des amies, et emmène la plus proche (Jamy) en vacances à la montagne! Retour chez les chèvres, avec un nouveau gamin chevrier à apprivoiser aussi, entre autres péripéties enfantines d'un monde suranné (monde de bisounours!). S'ensuit, p.88-89, une ellipse de quelques années, au bout desquelles Heidi est nommé institutrice, métier qu'elle a choisi, dans le village de son choix également. Héritière tant de son grand-père que de son parrain, elle n'a pas besoin, en fait, de travailler pour vivre, mais souhaite "s'occuper" semble-t-il... Heidi va devoir "apprivoiser" gamines et gamins pauvres, les peigner (et offrir de sa poche des peignes), apprendre aux filles à coudre pour réparer leurs guenilles (achat de mercerie...), loger un orphelin doué pour le dessin...
Dans le dernier chapitre (deux pages, "cinq ans plus tard"), il est temps de se marier (avec son amoureux d'enfance, Pierre)!
Avant Heidi et ses enfants, que je présente ci-dessous, semble prendre place un volume publié en 1938 et titré Au pays de Heidi, dont j'ignore le contenu.
Dans Heidi et ses enfant, la vie suisse semble présenter un côté rassurant, intemporel et immuable (l'auteur se plaçant dans la continuité de la saga, donc au commencement du XXe siècle, alors que ces volumes ont été écrits à l'approche de la Seconde guerre mondiale). Heidi est mariée et mère d'un garçon de 13 ans (Henry), d'une fille de 11 ans (Annette) et d'un garçon de 7 ans (Paul). Au début du livre, une lettre annonce la visite, depuis l'Amérique, de Jamy elle-même mariée et mère de famille (Georges, 12 ans, et Margareth-Rose, 10 ans).
Pour ma part, j'ai trouvé Heidi et ses enfants quelque peu dégoulinant de bons sentiments. Par exemple, j'avoue avoir rigolé en lisant, p.100, alors que les deux petites familles partent "en voyage" pour visiter la Suisse durant un mois: "- Ce sera un voyage d'agrément, commença Heidi, mais nous joindrons l'utile à l'agréable; je vous expliquerai et vous raconterai, en cours de route de nombreux points d'histoire et de géographie, dont vous vous souviendrez, j'espère. (...) - Pourrons-nous aussi herboriser? demandèrent Georges et Henry. - Cela va sans dire, confirmèrent ensemble les deux mères, heureuses de constater que les enfants s'intéressaient à des choses sérieuses."
J'ai relevé que si la guerre de 1914-1918 s'étend sur une grande partie du volume, il n'y est guère fait allusion autrement que par le fait que la famille américaine, venue passer quelque temps en Suisse en rendant visite à Heidi, ne peut quitter le pays que quatre ans plus tard. Jamy a dû faire un beau mariage: au début du livre, Margareth-Rose, de santé fragile (asthme) était accompagnée de sa nurse, elle-même suisse). Un chapitre de 14 pages commence par décrire la vie d'une famille pauvre et se conclut quand Jamy récompense le père de famille d'avoir repêché Georges tombé dans un torrent!
A plusieurs reprises encore, on a droit à des récits" plutôt qu'à des péripéties, quand Heidi raconte des légendes, ou des "hauts faits d'armes" suisses, ou encore une histoire dans l'histoire qui s'étend sur plusieurs dizaines de pages (64-98), pleine de bons sentiments: une jeune fille placée auprès d'un couple riche (baron et baronne...), Lucie, les quitte pour se marier, malgré leurs conseils, avec leur domestique. Elle est abandonnée avec sa fillette (Yvonne) lorsque celui-ci part chercher en Amérique la vie meilleure qu'il ne trouve pas en Europe puis cesse bientôt de donner des nouvelles. Le jour même où Yvonne cherche à trouver de l'argent en vendant des fleurs aux touristes, pour faire venir le docteur qui soignerait sa mère gravement malade, devinez sur qui elle tombe? Le vieux baron, désormais veuf. Le lien avec Heidi? C'est celle-ci qui, lors de deux veillées, conte cette belle histoire.
Enfin (p.146), "par une belle soirée de novembre, les cloches de Dörfi, celles de Mayenfeld, comme celles de toutes les villes et villages de Suisse et du monde ont sonné pour annoncer la fin de cette longue guerre"... et les Américains peuvent rentrer chez eux. "Nous ne vous disons pas Adieu, murmura Jamy, mais Au revoir... peut-être qu'un jour...".
Charles Tritten a encore écrit Heidi grand-mère (1941), que je n'ai jamais croisé non plus. Ci-dessous les "doubles pages" où la page de titre du premier ne mentionne pas le nom de Charles Tritten (la liste des titres Heidi est annoncée "Dans la même collection", sous Johanna Spiry). Le second est ambigu (en parlant toujours de "Suite inédite" tout en créditant Charles Tritten pour Heidi Jeune Fille). En tout cas, les textes disponibles en édition numérique via la "bibliothèque suisse romande" sous le nom de Charles Tritten (d'après les éditions originales) semblent bien être les mêmes que ceux de ces éditions Flammarion!
Même si je n'ai pas réussi à tenir le délai, j'inscris ce billet avec ces deux oeuvres pour le challenge Escapades en Europe – Voyages dans les littératures européennes de Cléanthe, dont le thème pour novembre était "Suisse alémanique". Une fois de plus, j'effectuais un petit "pas de côté" puisqu'il s'agit de "suites" qui ne sont pas dues à l'autrice initiale (suisse alémanique), mais à un "continuateur" originaire, lui, du canton de Vaud (Suisse romande). Par contre, c'est sans conteste que ces deux volumes peuvent participer aux challenges Littérature jeunesse chez Pativore et 2025 sera classique aussi! organisé par Nathalie. À toutes fins utiles, je signalerai à celle-ci que le volume Heidi et ses enfants contient des allusions au déclenchement de la guerre de 1914 vécu en Suisse (famille américaine qui ne peut en repartir, mari de Heidi mobilisé...) et à la fin de celle-ci quatre ans plus tard (retour à la maison...). Mais je ne sais pas si cela peut suffire pour inscrire ce titre à ses "Pages de la Grande Guerre"!
Les éléments a reçu tout récemment le prix du roman Fnac en 2025. Le roman Les éléments de l'Irlandais John Boyne (Edition Jean-Claude Lattès, 505 pages) est composé de quatre parties comme les quatre éléments : Eau, Terre, Feu et Air. Les histoires sont différentes mais on retrouve d'une partie à l'autre certains personnages. Chaque récit est narré à la première personne. Dans "Eau", Vanessa Carvin change de prénom et de nom. En débarquant sur une île irlandaise, elle fuit son passé douloureux avec un mari en prison et une fille appelée Emma qui s'est suicidée. Et sa deuxième fille Rebecca lui en veut terriblement et a coupé pratiquement les ponts. Dans "Terre", le personnage central est Evan Keogh. Quelques années après avoir quitté son île (celle où Vanessa Carvin a vécu un an) avec l'aide de sa mère, après avoir rêvé de devenir peintre, il est devenu un footballeur de talent mais le sort s'acharne contre lui. Sa beauté lui a joué des tours. Je vous laisse découvrir pourquoi. Dans "Feu", on fait la connaissance de Freya Petrus, une chirurgienne des grands brûlés. Traumatisée depuis l'enfance : elle a été enterrée vivante pendant quelques heures par une paire de jumeaux qui l'avaient violée auparavant. C'est, pour moi, l'histoire la plus sombre des quatre car Freya est devenue une prédatrice sexuelle. Ses victimes, des garçons de 14 ans. Je ne vous en dis pas plus. Le rapport ténu avec l'histoire précédente, c'est que Freya a fait partie d'un jury lors d'un procès où Evan était l'un des deux accusés. C'est aussi dans "Feu" que l'on fait connaissance d'Aaron Umber, l'assistant de Freya. C'est lui qui va causer la perte de Freya. Enfin dans "Air", on retrouve Aaron divorcé de Rebecca et père d'un garçon de 14 ans appelé Emmet (en souvenir de sa tante Emma). L'essentiel de l'histoire se passe dans un avion entre l'Australie et l'ïle de la première partie. Le roman est très bien construit avec dans chaque partie une allusion à Tadzio, le jeune garçon de Mort à Venise du film de Luchino Visconti. Mes parties préférées sont donc la première "Eau" et la quatrième "Air où l'on sent l'apaisement et la réconciliation. Un roman à découvrir. Lire le billet d'Alex-mot-à-mots qui en dit beaucoup.
Je viens de voir un film qui ne semble pas avoir été beaucoup chroniqué sur les blogs que je fréquente. Alger de Chakib Taleb Bendiab a représenté l'Algérie aux Oscars 2025. C'est le premier long-métrage du réalisateur. Il est sorti début octobre 2025 et il rencontre un certain succès puisque qu'on peut encore le voir dans quelques salles. Je l'ai vu dans une salle presque pleine. J'ai trouvé ce film policier bien interprété. Le scénario est inspiré de faits réels. Dans les années 2020, à Alger, une petite fille est enlevée par un homme dans une voiture. Les policiers commencent à mener l'enquête ainsi que Dounia, une psychologue. Cette dernière est mal vue par Sami, l'inspecteur de police qui dirige l'équipe (uniquement des hommes). Mais c'est elle qui au bout du compte arrivera peut-être à retrouver la petite fille après avoir découvert qu'il y a eu des enlèvements similaires à partir de 1999. A priori, le film a été tourné à Alger même. J'ai aimé l'ambiance générale de ce film assez classique qui ne dure qu'1h33, la ville d'Alger très lumineuse de nuit, Alger vue des toits. L'intrigue est bien menée, il y a du suspense et pas de temps mort. Une bonne surprise en ce qui me concerne.
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