J'ai terminé ce week-end Bobby Mars Forever d'Alan Parks (Rivages/Noir, 457 pages, 2020). C'est le troisième de la série qui en compte six (pour le moment) mais c'est le cinquième que je lis. Après Janvier Noir et L'enfant de février, voici donc Bobby Mars Forever qui, à la différence des autres, ne se passe pas pendant le mois du titre mais à partir du 13 juillet 1973 jusqu'en septembre 1973 avec des retours en arrière en 1964. J'ai retrouvé avec plaisir l'inspecteur Harry McCoy qui vit toujours à Glasgow. Il est appelé sur une scène de crime dans une chambre d'hôtel. Bobby Mars, star du rock a été retrouvé mort d'une overdose. Crime? Suicide? Accident? On le saura à la fin du roman. Par ailleurs, on demande à Harry avec son adjoint Wattie d'enquêter sur l'enlèvement d'Alice Kelly, 13 ans. Glasgow est en émoi. Et à titre officieux, son supérieur Murray lui demande de retrouver sa nièce Laura qui a fugué. Comme dans les autres romans, la ville de Glasgow en arrière-plan est très présente. Le roman est haletant et Harry McCoy toujours aussi attachant. Un excellent roman comme les autres. Je viens de commencer Les morts d'avril et je conseille les deux suivants : Joli mois de maiet Mourir en juin.
Je passe au premier roman de la suédoise Camilla Grebe que je lis, L'énigme de la stuga (édition Calmann Levy noir, 474 pages). Le récit alterne le présent et huit ans auparavant où un drame affreux a eu lieu. L'un des deux narrateurs du roman est Lykke Andersen, éditrice accomplie, mariée à Gabriel, un écrivain à succès. Elle est la mère de jumeaux, David et Harry, âgés de 17 ans. Lors de la fête suédoise de l'écrevisse en août (j'avoue que je n'avais jamais entendu parler de cette tradition), Bonnie, âgée aussi de 17 ans, la meilleure amie des garçons est invitée pour la fête. Le lendemain de cet événement, elle est retrouvée morte dans la dépendance pas loin de la maison où vivent les parents. David et Harry étaient aussi dans la dépendance avec Bonnie. Ils sont très vite soupçonnés et mis en prison. Manfred Olsson est chargé de l'enquête. C'est lui, le deuxième narrateur. J'avoue que j'ai trouvé que l'histoire faisait du sur-place. Il ne se passe pas grand-chose sauf les trente dernières pages car seuls les deux garçons sont soupçonnés et chacun des deux rejette le crime sur l'autre. Ce qui provoque le chaos dans la famille. J'ai oublié de dire que c'est un crime en "chambre close" puisque les fenêtres et la porte étaient verrouillées de l'intérieur quand on a trouvé le corps. Le roman avec des courts chapitres et beaucoup de pages blanches aurait pu être plus court: 300 pages, c'était amplement suffisant.
En préambule et suite au commentaire de Violette sur mon billet précédent, c'est vrai que la gastronomie n'est pas ce qui caractérise le mieux l'Allemagne mais dans le nord, il y a du poisson très frais qui est proposé : hareng, saumon et cabillaud. Ils sont vendus souvent dans des petits pains et c'est délicieux.
Après avoir quitté Lübeck (voici une dernière photo, prise lors d'une mini-croisière), nous nous sommes dirigés vers Wismar (dont la fondation remonte au XIIIème siècle), qui était dans l'ex-Allemagne de l'Est jusqu'à la chute du Mur en novembre 1989. Nous avons vu principalement la place du Marché, l'une des plus grande place d'Allemagne, où l'on trouve l'hôtel de ville qui date du XIXème siècle.
Hôtel de Ville (Rat Haus) et la place du Marché
Wismar, c'est aussi quelques belles maisons, des églises et un port
Une rue de Wismar
L'église Saint-Georges en brique de style gothique flamboyant
L'église Sainte-Marie (ou ce qu'il en reste), il ne reste plus que le clocher haut de 80 mètres. Tout le reste a disparu lors d'un bombardement pendant la seconde guerre mondiale.
Et voici une petite partie du port
Avant d'arriver à Rostock, nous avons fait une halte à l'abbatiale de Bad Doberan qui se trouve dans un joli parc plein de verdure. Cette ancienne abbatiale cistercienne érigée au XIVème siècle a nécessité cinq millions de briques.
Cette abbatiale aurait mérité un arrêt plus long car l'endroit est magnifique et reposant.
Arrivés à Rostock, nous avons tout de suite vu l'hôtel de ville couleur rose. La façade baroque date du XVIIIème siècle.
Ce n'est pas facile de prendre de belles photos car il y a des grues et des échafaudages qui gênent la vue.
L'église Notre-Dame en arrière-plan que l'on n'a pas visitée.
Les goûteuses d'Hitler de Silvio Soldini est un film dont le scénario est adapté d'un roman de Rosella Postorino paru en 2018. Cette romancière s'est inspirée de la vie de Margot Wölk qui, deux ans avant son décès en 2012, avait raconté son histoire. L'intrigue se passe entre 1943 et 1944 en Prusse orientale (désormais en Pologne). Le film tourné en allemand se focalise sur Rosa Sauer et six de ses compatriotes qui ont été choisies pour goûter les plats préparés par le cuisinier personnel d'Hitler avant que ce dernier ne les mange. Rosa est une jolie femme blonde qui espère le retour de son mari Gregor envoyé sur le front russe. C'est une épreuve de goûter les plats pour ces sept femmes en très bonne santé. Elles sont obligées de goûter les futurs déjeuners et dîners et d'attendre une heure après les repas pour voir si elles s'empoisonnent ou non. Elles sont étroitement surveillées, parfois giflées par quelques soldats ou officiers dont un certain Albert. Elles sont obligées de manger toute leur assiette. C'est un calvaire payé deux cents marks par mois. J'ai aimé ce huis-clos au cours duquel on évoque l'attentat manqué contre Hitler en juillet 1944 ou la débâcle de l'Allemagne. On apprend la vraie identité d'une des sept femmes. Rosa, elle, est une jeune femme courageuse qui essaye de ne pas se laisser faire. J'ai aimé ce film qui dure deux heures que je n'ai pas vu passer.
Voici un bouquin "gardé au chaud" quelques mois en vue du Book trip en mer (saison 3) de Fanja. Avant Le marin rejeté par la mer, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'avais jamais rien lu de cet auteur dont je me faisais d'ailleurs une image plutôt négative et sulfureuse. Il me permet en outre une participation au challenge 2026 sera classique aussi! de Nathalie.
Yukio Mishima, Le marin rejeté par la mer, Gallimard, Folio N°1147, 2005, 183 pages
(DL 1999, trad. G. Renondeau 1975, EO 1963)
Au port de Yokohama d'un Japon de l'après-guerre, un gamin de 13 ans (orphelin de père), Noboru, passionné par les bateaux, convainc sa mère, Fusako (33 ans), de faire jouer ses relations pour qu'il puisse en visiter un. Elle l'accompagne à bord du cargo Rakuyo, en escale. Leur cicérone se trouve être le capitaine en second, Ryûji Tsukazaki. La nuit suivante, la mère accueille volontiers le marin dans sa chambre. Le gamin se trouve être quelque peu voyeur...
Le livre est à la fois empli de détails et de descriptions, et très clair dans l'exposé des faits. On comprend vite, ou il nous est dit, que ce marin, embarqué à 16 ans à sa sortie d'une école de la marine marchande, et qui a gravi au fil des ans tous les échelons jusqu'à se retrouver officier en second, a navigué mais n'est pas ou plus satisfait de sa vie à bord. "Tandis que la plupart des hommes choisissent le métier de marin par amour de la mer, Ryûji s'était fait marin parce qu'il détestait la terre" (p.22). Malgré tout, il va repartir à bord du Rakuyo après sa brève aventure avec Fusako, à la fin de la première partie du livre qui s'intitulait "L'été".
La seconde partie, "L'hiver", est plus dramatique. Ryûji revient avec l'envie de fonder enfin une famille. Mais la perspective que, dépouillé de toute son aura, il se révèle seulement comme le brave homme qu'il est au fond, ne convient pas à Noboru. Ce dernier, en proie à la jalousie et à l'exaltation provoquée par la puberté (ce n'est pas dit explicitement, mais c'est ce que j'ai perçu!) et sous l'emprise du "meneur" de sa petite bande de gamins, va être amené à une terrible décision. La bande de gamins m'a fait songer à celle évoquée par William Golding dans Sa majesté des mouches. Le thé proposé par son juvénile auditoire à Ryûji pendant qu'il s'efforce de leur narrer avec pédagogie sa vie à bord sera trouvé par lui terriblement amer. "Comme chacun sait, la gloire est amère" (p.183).
Je ne sais pas ce que la psychanalyste Elsa Cayat aurait pu dire des homophonies en français (mer / mère / amer) pour cet ouvrage. Mishima était lui-même plutôt perturbé, je crois.
J'ai appris que le livre de Mishima a été adapté et transposé dans un film britannique de 1976, Le marin qui abandonna la mer, de Lewis John Carlino (je n'avais jamais non plus entendu parler ni du film ni du cinéaste!).
(1) Edit du 21/05/2026: je rajoute les liens vers les billets d'Une comète et d'Ingannmic (cette dernière dans le cadre du BTEM 1 - merci Fanja!).
Porte de Holsten côté ville de Lübeck (cette porte abrite un musée que je n'ai pas visité)
Avant de reprendre mon périple, je veux vous donner quelques informations :
Dans toutes les villes où nous sommes allés, c'est la priorité aux vélos (même avant les piétons). Il y a relativement peu de voiture. Et j'ai vu très peu de touristes non allemands.
À part Lübeck, les villes que nous avons visitées sont parcourues de tramways.
Dans les musées, il vaut mieux connaître la langue allemande, car il y a très peu d'explications en anglais et je ne parle pas des brochures ou livres exclusivement édités en allemand. La population ne parle pas français. D'où l'intérêt d'avoir des guides parlant français qui nous ont donné beaucoup d'explications. Parfois, les voyages organisés ont du bon de ce point de vue-là. J'ai appris que pour dire bonjour ou au revoir, les Allemands du nord disent "Moin"
Sinon, beaucoup de maisons que l'on croirait moyenâgeuses datent plutôt du XVIIème ou XIXème siècle et certaines ont été restaurées après la Seconde Guerre Mondiale.
Sur les plaques d'immatriculation des voitures de Hambourg, Lübeck, Wismar, Rostock, il y a la lettre "H" (pour Hansestadt) HH, HL, HW, et HROS. Villes de la Hanse. L'origine du mot Hanse (Hansa en allemand) signifie "association de marchands".
Enfin, à partir de Wismar, on était dans l'ex-Allemagne de l'Est.
Voici maintenant la suite de mon voyage: après Brême, nous avons un peu visité Lunebourg sous la pluie. On a surtout visité l'hôtel de ville, un peu le vieux port et le musée du sel (tout était écrit en allemand). Il faut savoir que Lunebourg fut une ville très riche grâce au commerce du sel dès le Moyen-Age. La ville est en effet construite sur une colonne de sel baignant dans une nappe phréatique.
La façade de l'Hôtel de ville de Lunebourg
Une des rues principales
Le vieux port et à droite une vieille grue de levage
Barque qui sert à transporter le sel
La grue de levage
Le lendemain, nous avons commencé notre visite à Lübeck, la "reine de la Hanse" qui a été fondée au VIIème siècle. On a bénéficié d'un très beau temps. Cela aide pour admirer une ville. Après être passés sous la porte Hosten, nous sommes arrivés dans la vieille ville. À droite de la porte, on trouve encore des bâtiments en brique rouge qui servaient d'entrepôts
Il faut noter que le vieux Lübeck est sur une île. On a parcouru quelques rues, des ruelles et les arrière-cours.
Une maison ouvrière séparée par le milieu où vivaient deux familles. C'était très petit.
On est arrivé au musée Saint-Anne qui abrite des sculptures du XIIIème au XVIème siècle et un très beau retable de Hans Memling (1430-1494) qu'il a peint en 1491 pour une famille, le retable de la passion du Christ.
Puis on s'est dirigé vers la place du marché où se trouve l'Hôtel de ville et l'église Sainte-Marie (très endommagée par les bombardements britanniques de 1942)
La place du marché et l'hôtel de ville
La place du marché
Deux cloches qui ont créé un cratère quand l'église Sainte-Marie a été bombardée. On les a laissées en l'état.
Intérieur de l'église
Les deux tours de l'église Sainte-Marie
Hospice du Saint-Esprit dont une partie sert pour accueillir des personnes âgées
La rue principale
La maison Buddenbrook (qui est en travaux depuis au moins 5 ans, on ne peut pas la visiter)
On a terminé par une balade en bateau autour de Lübeck, une ville dont la spécialité est le massepain (Marzipan en allemand). Un régal.
Porte fortifiée de Holsten (XVème siècle) à Lübeck
Pendant huit jours, je suis partie en Allemagne du nord visiter les villes hanséatiques. En voyage organisé en car, nous avons parcouru 1372 km. Je voulais visiter Lübeck, ville natale de Thomas Mann (Prix Nobel de Littérature 1926), de son frère Henrich Mann ainsi que de Willy Brandt (Prix Nobel de la Paix 1971). Günter Grass (prix Nobel de Littérature 1999), né à Gdansk, a vécu pratiquement toute sa vie à Lübeck.
Après avoir atterri à Hambourg, nous sommes passés par Stade, Brême, Lunebourg, Lübeck, Wismar, l'abbatiale de Bad Doberan, Rostock, l'île de Rugen, retour vers Schwerin et enfin Hambourg.
Pour rappel, la Hanse est une association de villes marchandes d'Europe du Nord autour de la mer du Nord et la mer Baltique qui existe depuis le Moyen-Age (XIIème siècle, quand Lübeck fut fondée, vers 1158) jusqu'à la fin du XVIIème siècle où cette association a décliné après la Guerre de Trente Ans. Plusieurs articles sur wiki expliquent bien ce qu'est la Hanse, les villes hanséatiques, etc. Les villes se trouvaient entre Bergen en Norvège et Novgorod en Russie.
À part deux jours de pluie (à Lunebourg et la matinée à Hambourg), on a eu très beau temps. Le voyage fut intense, et que de belles choses à voir! Beaucoup de maisons ont été construites en briques rouges. On a fait trois balades en bateau et on a visité quelques musées, dont le musée du sel qui a fait la richesse de Lunebourg.
Voici quelques photos :
Stade est située à 60 km à l'ouest de Hambourg.
Stade est une ville qui a été fondée depuis plus de 1000 ans, elle a été sous domination suédoise. Les maisons sont du XVIIème siècle et ont été bâties pour la plupart après 1659 (date d'un grand incendie qui a ravagé plus de 60% de la ville).
Brême est une des villes hanséatiques les plus connues. Elle adhéra à la Hanse en 1358 et devint ville libre d'Empire en 1653. Elle fait le commerce du café depuis 300 ans.
La gare de Brême
Les musiciens de Brême : L'âne, le chien, le chat et le coq. Je ne me rappelais plus que c'était un conte des frères Grimm.
La statue de Roland sur la place du marché où se trouve aussi la Rathaus (l'hôtel de ville) et tout à côté se trouve la cathédrale Saint-Pierre. Je rappelle que toutes les églises et cathédrales catholiques sont devenues des églises luthériennes dans la région.
L'hôtel de ville
La cathédrale Saint-Pierre où nous sommes entrés.
Je termine cette visite de Brême (qui a été bombardée par les Britanniques pendant la seconde guerre mondiale comme Hambourg et d'autres villes) par la Böttcherstrasse (rue des tonneliers) qui existe depuis le Moyen-Age mais dont les bâtiments existants ont été érigés entre 1922 et 1931. Les constructions sont d'une architecture expressionniste de briques.
Entrée de la rue Böttcherstrasse avec les porteurs de lumière.
Entre deux pignons, on voit un carillon de trente cloches en porcelaine de Meissen qu'on a entendu sonner.
En résumé, le premier "Diable" déjà réalisé par David Frankel et rediffusé le 3 mai dernier à la télé était nettement meilleur et c'était souvent amusant avec le fameux "jété de manteau". Pour ce nouvel opus Le diable s'habille en Prada 2, tourné vingt ans après (que le temps passe!), les acteurs ont vieilli avec talent. Meryl Streep qui a presque 77 ans est toujours magnifique. Un peu moins "méchante" que dans le premier. Il faut voir le film pour elle. Une partie du film se passe à Milan et au lac de Côme et non plus à Paris. Les défilés de mode, avec une courte prestation chantée par Lady Gaga en personne, sont plus clinquants qu'autre chose et à mon avis, les tenues présentées ne conviennent que pour les femmes jeunes très grandes et très maigres. L'apparition pendant trois secondes de Donatella Versace est effrayante... J'ai aimé la prestation de Stanley Tucci, le factotum de Miranda (Meryl Streep). Kenneth Branagh en mari d'icelle est bien mais on le voit très peu. À part ça, le film fait un carton. À ce jour, il a rapporté plus de 300 millions de $. Lire le billet de Pascale qui n'est pas tendre ainsi que celui de Selenie qui n'a pas aimé non plus.
Profitant de l'absence de la maîtresse de blog, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) poursuis "au-delà du rythme de croisière" mes participations au challenge Book trip en mer (saison 3) de Fanja. C'est la participation d'Alexandra au challenge qui m'a donné l'idée de mettre "sur le dessus de la pile" la navigation évoquée d'un point de vue féminin. Ici, la thématique maritime est envisagée sous l'angle humoristique...
Françoise Platnic, La PLAISANCE, quelle galère..., éditions du Gerfaut, 2009, 190 pages
Françoise Platnic semble avoir publié en tout et pour tout trois titres, dont deux dans notre thématique: celui-ci et Les croisières, quelle galère, que je n'ai encore jamais croisé (j'ai cru comprendre qu'il s'agissait d'un livre illustré par Eve Marie paru en 2012). La plaisance, quelle galère... semble pour sa part avoir connu trois éditions (chez deux éditeurs différents). Même après l'avoir lu, je ne me sens pas capable de trancher si l'ouvrage vise bien un lectorat féminin, ou... est destiné à faire "songer" les hommes.
Notre Françoise s'adresse à une hypothétique Monique, qui, comme elle, aura pu être séduite par un "loup de mer"... amateur. Première invitation sur le bateau d'icelui, et premières galères (nous ne sommes pas seuls!). Mais cela peut finir par un mariage. Et là... Toutes les mésaventures du monde nous sont détaillées avec humour en 48 chapitres et une conclusion (j'y reviendrai).
Alors que Monsieur n'est heureux (principalement) que sur l'eau, y consacre son temps libre et ses économies, Madame a un point de vue plus féminin sinon "terre-à-terre". Sur le bateau, la place est réduite, l'encombrement maximum, chaque chose a sa place... sauf elle. Et c'est à elle de s'en accommoder.
J'ai beaucoup souri aux clichés enfilés comme des perles. Quelques extraits du chapitre 3, titré "Petit avertissement": "(...). vos petites mains manucurées, mal soutenues par des bras bronzés mais sans muscles, vous lâcheront au moment de hisser la grand voile (...). Le charmant personnage que vous pensiez si bien connaître va se transformer en un odieux individu au gré des événements. (...) Autre possibilité, changer de bonhomme et choisir un rat de bibliothèque. (...)".
Et "Lorsque l'enfant paraît," un bateau n'est pas semble-t-il l'endroit le plus simple pour nourrir, changer, laver, faire dormir un nourrisson. Quand le deuxième enfant arrive, c'est l'occasion... d'acheter un bateau plus grand! Plus tard, les enfants grandissant à bord (tour du monde... ou navigation juste pour les vacances, avec ou sans copains), les angoisses ou les prétextes à exaspérations de l'épouse-mère ne diminuent pas pour autant. La mère de famille doit surveiller comme une louve de mer ses enfants à bord.
L'autrice aborde tous les sujets: l'accueil de port en port, les voisins de mouillage, l'invitation d'amis à bord (qui, eux, rêvaient d'un rythme de croisière, et non d'être bombardés équipiers à l'insu de leur plein gré!). Les provisions, les conditions de navigation, les avaries, où ranger tant les objets du quotidien que le matériel de survie "au cas où"... Les pannes de moteur au moment du départ (et, comme avec une automobile, la pièce est indisponible chez le "diéséliste"). L'"hivernage" du bateau "hors saison". Et tous les frais induits pour maintenir le bateau en état (de naviguer). Et j'en oublie (ou plutôt, je vous en laisse à découvrir!).
"En paraphrasant une chanson célèbre vous pouvez chanter:
- j'ai mes portes qui se rouillent... / mes coussins qui moisissent... / mes rideaux qui s'déchirent / mon annexe qui s'dégonfle... / ma peinture qui s'fissure... / mon vernis qui fout l'camp... / mon plastique qui jaunit... / mon porte-monnaie qui éclate..." (p.174).
En conclusion (optimiste) du livre, malgré tout, durant tous les tracas de la vie quotidienne (au bureau notamment), il est exprimé que c'est bien de pouvoir rêver à un départ sur son voilier -à moteur-, comme évasion (et ça n'a pas de prix!).
Bref, pour ma part (regard masculin), je me suis plutôt amusé à la lecture de cette "vision féminine", même si, de mon côté, je me suis toujours bien gardé de mettre le pied sur les Corsaires que deux de mes frères ont chacun possédé de leur côté (ils n'ont jamais navigué ensemble... Deux skippers à bord, c'est un de trop!). Oui, j'assume plutôt mon profil "rat de bibliothèque".
Aujourd'hui, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais présenter un livre que j'ai "chiné" il y a quelques mois. Il s'agit du premier recueil des premières chroniques écrites par Patrick Pelloux dans Charlie Hebdo. Alors, même s'il a quitté Charlie il y a plus de 10 ans, cet ouvrage rentre dans le thème général de mes "billets du 7" autour du journal et de tous ceux qui y ont participé à un moment ou un autre de sa longue histoire.
Patrick Pelloux, Histoire d'urgences, Le cherche midi, 2007, 340 pages
À l'époque, "le docteur Patrick Pelloux tient une rubrique "Histoire d'urgences" dans Charlie Hebdo. Il est aussi chroniqueur sur I-Télévision", comme le dit la 4ème de couv'. Je sais que ce recueil a été suivi d'Histoire d'urgences 2 (2010), et d'un ultime volume titré Toujours là, toujours prêt (2015), mais je ne les ai pas (encore) lus.
Dans sa préface du livre, Philippe Val explique comment il a contacté Patrick Pelloux deux ans avant que celui-ci "passe à l'action". Dans l'introduction, Patrick Pelloux, raconte comment, en novembre 2004, il s'est retrouvé autour de la célèbre table en "fer à cheval" de la rédaction, avant de rédiger sa première chronique. Il précise en fin d'ouvrage comment Gérard Biard, rédacteur en chef, le "cadrait" à 4000 signes.
Dans le livre, un petit chapeau de quelques lignes en italiques contextualise chaque chronique. Près des deux tiers (64, sauf erreur de ma part) sont illustrés d'un dessin de Charb. Je ne peux pas, bien sûr, rentrer dans le détail des 106 chroniques (entre le 24/11/2004 et le 21/02/2007, dans un laps de temps couvrant donc 118 semaines). Certains sujets reviennent régulièrement, même si le contenu est varié d'une semaine sur l'autre: anecdote, "semainier" du service des urgences de l'hôpital Saint-Antoine, activité d'un week-end ou affluence lors des soirées d'événements "festifs" ou de manifestation, textes liés à l'actualité... Une constante est le constat de la baisse des moyens de l'hôpital public, et la dénonciation de cette baisse comme liée à l'idéologie du libéralisme économique souhaitant "casser" le service public pour "privatiser" ses activités les plus rémunératrices.
En le lisant en 2026, je vois bien qu'il y a plus de 20 ans donc, il évoquait déjà la baisse du nombre de lits dans les hôpitaux (qu'il chiffre à plusieurs reprise à plus de 100 000 en une douzaine d'années, entre 1993 et 2005). Je suppose qu'on peut ergoter sur ces chiffres... Une recherche, aujourd'hui, me donne 564 880 lits en 1990, 473 843 en 2005, 367 000 en 2024 (les chiffres entre 2013 et 2024 ne semblent pas aisément accessibles en ligne?). À leur maximum, en 1982, le nombre de lits frôlait semble-t-il les 613 000. Mais ce n'était pas le même hôpital, pas les mêmes soins... Pas la même logique économique non plus? En tout cas, il y a bien eu baisse du nombre de lits. il y a eu aussi le développement de la "chirurgie ambulatoire", des soins à domicile, la baisse de la durée moyenne de séjour (DMS), considérée comme un indicateur de l'efficience des soins (?). Bref, je reviens à ces chroniques.
Pelloux y épingle à plusieurs reprises Jean-François Mattéi (ministre de la santé de 2002 à 2004 [interview en vacances sur la canicule en 2003], UMP, président de la Croix-Rouge française de 2005 à 2013 [fermeture de centres de santé dans le "93"]) et sa gestion imprégnée de "libéralisme économique". Il rend fréquemment hommage à l'ensemble des soignants (et même au-delà: personnel administratif, ouvriers techniques) des services d'urgences. Il explique, ici, les raisons d'une grève. Là, les avantages ou les inconvénients d'avoir des "vigiles" (de sociétés privées!) pour "assurer la sécurité" (?) à l'entrée.
Nombre de chroniques évoquent des "patients", pas toujours simples à gérer, mais parfois éclatants de vitalité (l'âge ne faisant rien à l'affaire). J'ai souri à l'évocation de cette octogénaire qui, malgré son poignet fracturé sur le chemin de l'aéroport, insistait pour ne pas renoncer à son voyage en Egypte, rêve de toute sa vie... (p.225, "Mémé Champollion"). Mais certaines chroniques sont plus pessimistes, évoquant tous les patients qui ne peuvent être dirigés vers d'autres services faute de place, et qui passent leurs derniers jours sur un brancard aux urgences. Pelloux défend un service public humain (ce que son service des urgences semble être) et correctement financé (ce qui ne semble pas être le cas).
Aujourd'hui, je constate aussi, si je regarde notre système de santé, quelques avancées, notamment la loi du 14 juin 2013 (sous Hollande) qui a rendu obligatoire la complémentaire santé pour tous les salariés du privé (avec une contribution de l'employeur). Depuis 2014, tout établissement de santé doit avoir son "plan blanc", pour s'exercer, au-delà de la gestion des "stocks" normaux, à prendre en garde un soudain afflux d'un grand nombre de patients (sans doute ce qui a permis de ne pas "craquer" lors du Covid-19?). Ces dernières années (2024-2025-2026), ont été menés des exercices "secteur de santé" (en France, en Allemagne et ailleurs) dans les hôpitaux, bien moins médiatisés que les coups de menton martiaux de notre actuel Président... Exercice MASCAL (Massive Casulties) pour les armées, AMAVI (Afflux Massif de Victimes) pour les civils [j'espère que chacun des participants a aimé...]. Quadrature du cercle à résoudre: comment mettre la Nation en ordre de bataille sans affoler le peuple... ni augmenter les impôts?
Chaque chronique est courte, "bien torchée". Une édition en format poche du livre (j'ai lu N°8991) est parue en 2009.
Par ailleurs, Patrick Pelloux a été accusé en 2024 de harcèlement (MeToo à l'hôpital).
Edit du 14/05/2026: j'ai eu bien du mal à sélectionner une demi-douzaine des dessins de Charb...
p.20
p.27
p.161
p.206
p.245
p.257
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Je glisse à la fin de ce billet quelques mots que j'avais rédigés et "enregistrés" dans un coin il y aura bientôt deux ans sans les "utiliser" à l'époque.
Dans Charlie Hebdo N°1670 du 24/07/2024, quelques dessinateurs, ainsi que Gérard Biard (p.13) et Philippe Lançon (p.11) ont fait allusion à "l'affaire Abbé Pierre" (c'est moi qui emploie cette formulation). Je vais citer quelques extraits de la chronique de Philippe Lançon. "Je n'ai pas sous les yeux les dessins que Charlie a pu consacrer à l'abbé Pierre, mais je me rappelle que Cabu, en 1995, l'avait mis au centre d'un album d'une férocité assez tendre, À votre bon coeur! Sa cible, dans mon souvenir, était moins le curé des pauvres que les hommes politiques qui lui tournaient autour, ça rime avec vautour (...). Instrumentaliser l'abbé n'était pas facile: à l'hiver 1954 comme à l'hiver 1986, dates où il surgit et ressurgit spectaculairement comme un diable monté sur ressort, le fondateur d'Emmaüs ne se laissait pas faire. Si l'on apprend aujourd'hui qu'il a touché les seins des femmes ou mis sa langue dans la bouche de l'une d'elles, horreur et damnation, il ne faudrait pas oublier que, lorsqu'un grand fauve électoral l'approchait, il ne lui aurait vidé les bourses que pour mieux les vider au profit des pauvres ou les lui tordre. il y avait pas mal de colère sociale et de générosité en lui, mais notre société en est arrivé à un point tel de léninisme sexuel que, face au vice qu'on découvre, tout ce qu'il y a de vertu en l'homme semble avoir disparu (...)". La chronique, titrée "L'abbé et la bête", parle aussi de Polanski et de Roland Barthes...
Pour ma part, cette "affaire" m'a donné l'occasion de mettre au net mes idées sur la "cancel culture". Je n'aime pas la sommation qui nous est faite de brûler aujourd'hui et à jamais tout ce qu'ont pu réaliser des personnes, des créateurs, dont on adorait hier les "oeuvres". Sans même rentrer dans des débats sur l'échelle des crimes et délits, la prescription et l'imprescriptibilité, le paiement de l'affront fait aux règles de vie en société "du temps" et la réparation due aux victimes, je pense surtout que "personne n'est parfait" et que si désormais l'on doit admirer uniquement les oeuvres d'artistes, de savants ou de tous êtres humains "irréprochables à tous égards", il ne va pas rester grand-chose à l'humanité dans le futur (des réalisations par des IA... en attendant qu'à leur tour celles-ci se lancent dans le "crime contre l'humanité"?).
Hayat (Vie) de Zeki Demirkubuz que j'ai vu la semaine de sa sortie, le 15 avril 2026, est un film de 2h40 assez dur sur la condition des femmes jeunes ou moins jeunes en Turquie et sur le patriarcat étouffant tant pour les femmes que pour les hommes. L'histoire se passe dans un village rural en Turquie puis à Istanbul. Mehmet, le père d'Hicran, n'accepte pas que sa fille se soit enfuie le lendemain de ses fiançailles avant un mariage arrangé. On lui avait trouvé comme fiancé Riza (plutôt pas mal physiquement), un jeune boulanger. La première partie du film met l'accent sur Riza qui ne comprend pas pourquoi Hicran est partie. Il va jusqu'à tout abandonner pour essayer de la retrouver à Istanbul tandis que le père d'Hicran, fou de rage, promet qu'il tuera sa fille si cette dernière revient. Jusqu'à sa fuite, Hicran vivait avec son père, sa mère (très soumise) et sa jeune soeur. Dans la deuxième grande partie du film, la narration se focalise sur Hicran (Miray Daner) qui retourne chez ses parents avant ou après qu'elle ait vécu brièvement avec un veuf qu'elle n'aime pas vraiment. La chronologie des événements devient floue. Il y a des moments où le réalisateur nous perd (enfin moi) avec un mélange de rêve et de réalité. Personnellement, j'ai trouvé que tous les acteurs étaient bons. Il y a très peu de salles qui le projettent mais le film n'est pas facile et il est long. C'est peut-être pour cela que, datant de 2023, Hayat n'est sorti en salle que cette année en France. J'ajouterai que je ne me suis pas ennuyée.
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Ceci est mon dernier billet avant une dizaine de jours. Je ne m'en vais pas très loin de France mais loin d'Internet. Je ne manquerai pas de publier à mon retour un ou plusieurs billets sur mon voyage.
Après quelques semaines où j'ai quelque peu délaissé mes activités bloguesques, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) les reprends grâce au démarrage de la troisième saison du challenge Book trip en mer proposé par Fanja (de mai à novembre de cette année 2026). Il y a seulement deux jours que l'ouvrage ci-dessous est tombé sous mes yeux puis entre mes mains. Je n'avais même pas encore lu le billet annonçant le début officiel de ce BTEM 3.
Isabelle Autissier et Erik Orsenna, Salut au Grand Sud, Editions Stock, 2006, 264 pages
L'écriture de ce récit à deux voix commence par éveiller la curiosité par l'association des deux noms de ses auteurs. La quatrième de couv' confirme qu'il s'inscrit en plein dans le thème:
"(...)
Antarctique.
Qui ne voudrait partir un jour là-bas sur la trace des plus vaillants explorateurs? Qui ne rêverait de saluer le Grand Sud pour tenter de comprendre un peu mieux la mécanique géante de la planète?
Le 8 janvier 2006, sur le fier voilier Ada, nous avons d'Ushuaia levé l'ancre. Cap au 180. Deux mois plus tard, nous sommes revenus. Nous allons tout vous raconter".
I.A. et E.O.
Isabelle Autissier et Erik Orsenna font aujourd'hui tous deux partie des Ecrivains de marine (association dont j'ai déjà parlé ici), mais l'ouvrage publié en septembre 2006 n'en fait aucune mention. Je n'ai pas réussi à dénicher la date exacte où Erik Orsenna a rejoint ce cénacle: dès sa fondation en 2003 par Jean-François Deniau [1928-2007], ou après? En tout cas, il en faisait déjà partie sauf erreur de ma part lors de la publication de son Portrait du Gulf Streamen 2005. Quant à Isabelle Autissier, elle semble être devenue "écrivain de marine" (cooptée par les membres avant d'être officiellement adoubée par la Marine nationale?) en 2006, si j'ai bien compris. Mais passons au livre lui-même.
Divisé en quatre parties principales et en une quarantaine de chapitres, il mêle 11 de ceux-ci titrés "Journal d'Erik" ou "Journal d'Isabelle" (soulignés d'une typographie particulière) à un texte plus linéaire et dont on ne sait comment il a été rédigé, "à quatre mains" en tout ou partie, ou non. En ce qui concerne l'aventure elle-même, c'est Isabelle Autissier qui en a été à l'initiative, en achetant le voilier Ada (adapté aux conditions de navigation dans l'Antarctique), qu'elle avait croisé en 2002. Pour vivre son envie de naviguer dans ces lieux tout en "fréquentant la science", il lui fallait des compagnons pour partager cette utopie. "Erik fut le premier". Erik Orsenna, pour sa part, n'avait jamais dépassé, en bateau, la Terre de feu. "Lorsque Isabelle m'a proposé: "veux-tu aller en Antarctique?", ma réponse était prête depuis l'enfance".
p.39 et suivantes, Isabelle explique pourquoi elle attribue le sexe féminin à ce bateau qu'elle s'est offert, l'Ada, capable de naviguer dans ces conditions extrêmes tout en (sup)portant un équipage de six personnes et leur matériel. Un ornithologue (Fabrice), Joël, documentariste, et quatre vrais marins capables de prendre seuls le quart quand nécessaire: Agnès (1,50 m et 45 kg toute mouillée, multicompétente); Olivier (ancien officier de la marine marchande, qui gère un chantier de construction de yachts), Isabelle et Erik (peut-être plus écrivain que marin?). En tout cas, trois marins avaient déjà fait leurs preuves dans ces eaux particulières en connaissant ses "facéties climatiques". Et "souder un équipage autour d'un but est le b-a-ba du management, comme on dit de nos jours".
Isabelle rend p.59-64 hommage à Pierre Lasnier, météorologue, routeur fort connu dans le milieu de la course au large. J'ai vu que, aujourd'hui âgé de 77 ans, il avait mis fin aux activités de sa société Meteomer en 2017 après un tiers de siècle d'activité. Le livre évoque aussi le "milieu" de ces marins de l'extrême qui fréquentent ces eaux, leurs bars et autres lieux de rencontre, le genre de conversation qu'ils tiennent lorsque deux voiliers se rencontrent ("ton [franchissement du Détroit de] Drake, il s'est passé / il se présente comment?"). Le livre raconte aussi les visites aux différentes bases scientifiques (argentine, chilienne, ukrainienne - ah, la vodka locale, p.211). Lors de ce récit de semaines de navigation entrecoupées d'escales, ou de simples "mouillages" où il faut être vigilant en permanence (icebergs, sautes de vents...), on en apprend sur ceux qui sont venus explorer puis exploiter (jusqu'à quasi-extermination de la faune locale parfois: baleines, éléphants de mer, manchots...) ces parages, au XIXe s. ou au début du XXe (il en subsiste quelques ruines et autres sites et monuments historiques de l'Antarctique, visités, en 2006, par quelque 15 000 croisiéristes par an). J'ai appris l'existence de l'énorme courant circumpolaire (qui brasse les eaux de trois océans - et que le réchauffement climatique menace probablement (p.75). J'ai apprécié les mots d'Erik définissant ce qu'est un marin (p.188-190). J'ai appris (p.219) que, s'il existe 386 plantes à fleurs en Terre de feu (partie la plus au Sud du continent sud-américain), il n'y en a que... deux sur le continent Antarctique. Plus au Sud, toujours plus au Sud. L'ambition de départ était de franchir, en voilier, le cercle polaire (66°33). Mais la sagesse est d'être capable de renoncer, de ne pas aller trop loin dans ce monde sans secours, lorsque les icebergs et autres glaces flottantes se font trop pressants autour de la coque en aluminium. Une autre fois! (p.238). Une dernière citation (p.252): "Quoi de plus libre qu'un bateau? Mais quel apprentissage plus rigoureux? En mer, tout se paye cash, et immédiatement. Une jolie manoeuvre et c'est le bonheur. Une erreur et c'est la galère. Grosse erreur, grosse galère. Petite erreur, petite galère, mais galère quand même. Sur terre, un verre qu'on ne range pas, c'est du désordre. En mer, c'est un verre cassé".
Nos deux auteurs ont par la suite co-écrit un autre ouvrage, Passer par le Nord, la nouvelle route maritime (éditions Paulsen, 2014). Je le lirai si je le trouve... une année ou l'autre.
P.S. sans rapport avec ce qui précède: en cherchant si je trouverais une adresse mail de M. Orsenna me permettant de lui demander en quelle année il était devenu écrivain de marine, j'ai déniché la liste de ses discours figurant sur le site de l'Académie française (où il a été élu en 1998 au fauteuil N°17, celui où l'avait précédé Jacques-Yves Cousteau). Dans le texte intitulé L'éloge de l'ombre, j'ai bien apprécié ce qu'il disait, en 2009, sur les menaces pesant sur nos libertés, sur notre vie privée, tant de la part de l'obscurantisme que de la technologie. Mais j'ai relevé avec... [amusement? Ce n'est pas forcément le mot!] que son propre "nom de domaine", eric-orsenna.com, qui figure sur sa fiche d'académicien, renvoie désormais (depuis quand? Une dernière archive remonterait à janvier 2025, alors qu'il dépendait des éditions Stock et que sa dernière mise à jour remontait à 2017 - sauf erreur de ma part?) vers sa fiche sur le site d'Hachette...
Je viens de lire, en deux jours, le nouveau roman d'Abir Mukherjee, Les bûchers de Calcutta (Edition Liana Levi, 409 pages haletantes). J'ai eu le plaisir de retrouver, en 1926, le policier Sam Wyndham qui a été plus ou moins mis sur la touche depuis qu'il avait permis trois ans plus tôt la fuite d'Inde de son adjoint Satyen Banerjee. Je vous conseille de lire les cinq romans précédents (dans l'ordre de préférence) de la série, même si les histoires sont indépendantes. Quand Les bûchers de Calcutta commence, Wyndham ayant perdu la confiance de sa hiérarchie et à qui on ne confie plus d'affaires criminelles intéressantes est appelé sur les bords du fleuve Hooghly, là où l'on peut trouver des bùchers sur lesquels brûlent les morts. C'est un Intouchable, porteur de cadavres, qui a donné l'alerte. J. P. Mullick, un Indien très riche et respecté, est retrouvé égorgé. On confie donc l'affaire à Wyndham qui mène une enquête complexe dans le milieu du cinéma. En effet, J. P. Mullick était un mécène et il était en pleine production d'un film interprété par une future grande vedette hollywoodienne, Estelle Morgan. Dans le même temps, on a le plaisir de revoir, après trois d'absence (il s'était installé en Europe et surtout à Paris), Satyen Banerjee qui n'est plus policier mais qui va néanmoins prêter main forte à Wyndham car de son côté, il essaye de retrouver une cousine appelée Dolly qui est photographe. Elle a disparu et son labo photo a été dévasté. Je vous révélerai que les deux affaires sont liées et qu'il va y avoir trois autres morts dont une jeune femme. Comme je ne veux pas en dire plus, je m'arrête là pour l'histoire. Les chapitres sont courts et le récit est alternativement narré par Wyndham ou Banerjee. Je pense avoir deviné assez vite qui est à l'origine des morts et pourquoi. Vous pouvez lire la note de l'auteur à la fin de l'ouvrage qui donne un indice important sur l'intrigue. Et sinon, j'ai trouvé sympathique que Mukherjee dédie son roman "aux libraires et aux bibliothécaires pour tout ce que vous faites pour nous" (écrivains).
J'ai beaucoup apprécié Compostelle, un "road movie" à la française d'après des faits réels où deux personnes, Frédérique et Adam, partent pour trois mois sur le chemin de Compostelle. Frédérique (Alexandra Lamy, très bien) vient de se séparer de son conjoint et sa relation avec sa fille est houleuse. Frédérique a été mise à pied comme professeur car elle a giflé une de ses élèves. Sa meilleure amie Nadège, membre d'une association caritative, la convainc de faire de l'encadrement d'un jeune en difficulté, en l'occurence Adam (Julien Le Berre). Il s'agit de partir trois mois avec lui pour une marche restauratrice vers Compostelle. Adam risque la prison s'il ne fait pas cette marche. Le périple est semé d'embûches car Adam est un garçon très difficile voire violent. Le film permet d'admirer de très beaux paysages et sites de Haute-Loire chers à Manou. Un film à voir. Lire le billet de Géraldine.
Je profite de ce billet pour rendre hommage à Nathalie Baye disparue à 77 ans, le 17 avril dernier. Cette disparition me fait penser que cette actrice a toujours été très bien dans les rôles très différents qu'elle interprétait. Je me souviens d'elle dans un film méconnu de François Truffaut, La chambre verte (1978), ou dans Une semaine de vacances de Bertrand Tavernier (1980), Une étrange affaire de Pierre Granier-Deferre (1981), Le petit lieutenant de Xavier Beauvois (2005), Vénus Beauté Institut de Tonie Marshall (1999). Elle a aussi tourné à l'international comme Arrête-moi si tu peux de Steven Spielberg (2002). Lire les billets de Princecranoir et Selenie.
Je viens de terminer Une unique lueur, le nouveau roman de Fred Vargas (Edition Flammarion, 523 pages) que j'ai trouvé très agréable à lire. L'histoire se passe à Paris de nos jours. Le commissaire Adamsberg vient d'être appelé dans le VIème arrondissement. Le corps d'une très belle jeune femme gît sur le trottoir. Elle a reçu un coup de couteau dans le coeur dissimulé par ses vêtements. C'est surtout sa tenue qui attire l'attention. Une veste en lainage pied-de-poule (carreaux noirs et blancs), une jupe noire, des collants et des chaussures à petits talons. Comme accessoires, elle porte une montre, un bracelet auquel est attaché un sifflet doré, un sac à main et près d'elle, un bouquet de fleurs bleues, des ancolies. Peu de temps après, il y a un autre meurtre avec le même modus operandi. Six ans auparavant, un crime similaire a eu lieu mais le meurtrier n'a pas été appréhendé.Adamsberg et son équipe au grand complet enquêtent. Gérard de Nerval et son poème El Desdichado (dont voici les premiers vers célèbres: "Je suis le Ténébreux, — le Veuf, — l’Inconsolé, Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie : Ma seuleÉtoileest morte, — et mon luth constellé Porte leSoleil noirde laMélancolie." ainsi que Lauren Bacall (et Humphrey Bogart) ont une grande importance dans la découverte de l'assassin ainsi qu'un labrador noir appelé Anselme et son maître Sébastien de Charlus. L'enquête mènera Adamsberg et deux de ses collègues jusqu'à Los Angeles (La cité des anges) avant de revenir à Paris. On apprend le nom de l'assassin dans les toutes dernières pages. La langue de Fred Vargas est toujours précise et imagée. Un vrai bonheur de lecture que je vous recommande.
Yellow Letters est un film germano-franco-turc du réalisateur allemand Ilker Çatak, d'origine turque. Ce long-métrage qui a reçu l'Ours d'or au dernier festival de Berlin m'a beaucoup plu. Il est sorti en salle le 1er avril 2026. L'histoire est très prenante pendant plus de deux heures. Elle se passe de nos jours en Turquie entre Ankara et Istanbul, même s'il est bien précisé que Berlin joue le rôle d'Ankara et Hambourg celui d'Istanbul. Les acteurs, très talentueux, sont tous turcophones. Le film débute à Ankara sur la scène du théâtre national. Derya Tufan, une actrice dans la quarantaine, joue le rôle principal dans une pièce écrite par son mari Aziz, qui est aussi professeur d'université. Ils sont les parents d'une adolescente, Ezgi, qui voudrait s'émanciper. À la fin d'une représentation, Derya, qui est fatiguée, refuse de faire une photo avec un homme important du gouvernement et à partir de là, les ennuis commencent. Aziz reçoit une "lettre jaune" qui signifie sa mise à pied. Il ne peut plus enseigner et Derya est aussi mise au chômage. Ils sont surtout accusés d'avoir critiqué le dirigeant turc en place. L'action se déplace vers Istanbul où ils sont logés par la mère d'Aziz, qui est ravie d'avoir de la compagnie. Aziz devient taxi de nuit et Derya ronge son frein avant, peut-être, de redevenir actrice, mais à quel prix? Rien que pour les acteurs turcs qui jouent plutôt au théâtre en Turquie, il faut aller voir ce film recommandé aussi par Pascale et Selenie.
Je viens de terminer hier, samedi 11 avril 2026, la onzième enquête du Département V qui se passe toujours au Danemark. Les morts ne chantent pas (Edition Albin Michel, 598 pages) est un roman écrit à six mains puisque Jussi Adler Olsen s'est adjoint deux femmes journalistes et romancières toutes les deux, Line Holm & Stine Bolther, pour ce roman que j'ai apprécié avec une intrigue bien ficelée. Depuis le départ à la retraite de Carl Mork, c'est Assad qui dirige le département V avec Rose toujours pas commode. Cette dernière à des problèmes hormonaux qui la perturbent et elle ne sait pas qu'elle a. Une policière française, Héléna Henry qui a exercé à Lyon et dont la mère était Danoise, est mise à la disposition temporairement du département V. L'histoire commence quand un vieil enregistrement audio, sur lequel une femme agressée appelle à l'aide, mais qui a été classé sans suite, est exhumé. En 1989, dans une colonie de vacances étaient réunis des jeunes garçons qui chantaient dans un choeur renommé, Jakob âgé de 10 ans était l'un deux. Après avoir été jeté dans l'eau d'un lac, il est enfermé sur un balcon. A priori, il avait une voix exceptionnelle qui a attiré la jalousie d'autres jeunes chanteurs. Je vous laisse découvrir ce qui est arrivé à Jakob qui est celui qui va se venger de différentes manières contre ses tortionnaires, trente-quatre ans plus tard. Il veut les détruire moralement et physiquement. Le roman est haletant. Quand le roman se termine, on peut penser qu'il y aura une douzième enquête. Lire le billet d'Eva.
Le cri des gardes qui vient de sortir en salles et qui a été réalisé par Claire Denis est une adaptation en anglais de la pièce de Bernard-Marie Koltès, Combat de nègre et de chiens, que j'ai eu la chance de voir en 1983 dans la mise en scène de Patrice Chéreau au théâtre des Amandiers à Nanterre (une grande époque). Pour le film, Claire Denis a choisi des acteurs comme Matt Dillon et Isaac de Bankolé entre autres. C'est un huis-clos qui se passe quelque part en Afrique de l'Ouest pendant 24 heures. Cependant l'action principale se passe surtout de nuit dans un chantier de travaux publics clos avec miradors et gardes armés qui communiquent entre eux presque en criant (d'où le titre du film). Le chef de chantier Horn (Matt Dillon, étonnant) demande à son adjoint Cal (Tom Blyth) un ingénieur, d'aller chercher sa femme Leone (Mia McKenna-Bruce) qui arrive d'Europe. Horn a acheté du champagne et préparé un feu d'artifice. Le couple s'est marié tout récemment. Pendant ce temps, Alboury, un Africain très digne (Isaach de Bankolé), debout derrière les barbelés, réclame le corps de son frère qui est mort sur le chantier dans "un accident" écrasé par une pelleteuse. A moins qu'il n'ait été tué délibérément. La confrontation qui se passe pendant la nuit entre le chef de chantier et l'Africain est prenante. Pendant ce temps, Cal dont on comprend vite qu'il est responsable de la mort du frère d'Albouy se promène avec un pistolet. Quarante-trois ans ans après avoir vu la pièce, j'avoue que je ne me rappelais plus du tout de l'intrigue. Je me rappelais plutôt ce décor impressionnant imaginé par Richard Peduzzi. Dont voici quelques photos. Un embranchement d'autoroute. Et je me souviens des interprétations de tout premier ordre de Michel Piccoli, de Philippe Léotard ainsi que de Miriam Boyer et Sidiki Bakaba.
Michel Piccoli de dos
Philippe Léotard et Michel Piccoli
Le film de Claire Denis m'a plu mais il manque un petit quelque chose. Cela reste assez froid même si on sent une menace latente qui plane pendant tout le film. L'ensemble est traité de manière un peu abstraite, cela manque de vraie émotion. Mais les comédiens sont vraiment excellents. Cela m'a donné envie de relire la pièce en français.
J'avais (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) commandé auprès d'un de mes proches, pour Noël, ce livre qui m'est parvenu il y a seulement quelques semaines. J'avoue que je ne suis peut-être pas allé vers Le butor étoilé de Sigolène Vinson pour de simples raisons d'envie d'apprécier un ouvrage...
Sigolène Vinson, Le butor étoilé, Le tripode, 2025, 190 pages
La conception plutôt elliptique de ce roman m'a un peu dérouté. L'écriture en est très poétique. Le butor étoilé? Un sujet d'observation ornithologique. Dès la première page (récit à la première personne, au bord d'un marais - qui, de lieu, devient quasiment un personnage à part entière), nous savons que l'héroïne (?) s'inquiète à propos d'une certaine Dedou: cela fait cinq jours que la gamine a disparu du village.
Et puis apparaît un autre personnage "en interaction": Damien, lui-même en plein dialogue de sourd avec son père Kader, qui juge plutôt durement la manière dont Damien gère sa vie de couple "actuellement"... (en fantasmant sur une inconnue qui laisse chez lui des lettres adressées à un autre). Beaucoup de dialogues, avec soi-même ou avec d'autres, de l'introspection... Trop d'introspection et pas assez d'histoire clairement énoncée pour moi (qui suis très paresseux et qui aime les choses simples et évidentes). Beaucoup d'observations et d'attentes, des allégories et du symbole. Le butor étoilé, que l'héroïne cherche tellement à "observer", n'est-il pas lui-même une personnification de l'homme qu'elle attend (p.67)? Je l'ai lu jusqu'au bout. Mais l'abondance d'image a sans doute saturé ma mémoire: je n'en ai rien retenu. À la fin, on apprend une mort.
En fait, si j'ai lu ce livre, c'est que je souhaitais évoquer une oeuvre de Sigolène Vinson, dont je connaissais seulement le nom au titre de sa participation passée à Charlie Hebdo (jusqu'à l'attentat de 2015). Je l'avais déjà citée à l'occasion du récit de "l'opération commando" montée pour rajouter le portrait en "pochoir" du dessinateur Honoré à une oeuvre de rue qui avait uniquement cité les quatre autres dessinateurs de Charlie assassinés. Je pense que j'attendrai une éventuelle reprise en recueil de ses chroniques judiciaires pour le journal avant de revenir vers elle... à moins que je tente tout de même Courir après les ombres, dont Manou parle de manière alléchante ici?
Plus fort que moi de Kirk Jones permet de découvrir ce qu'est le syndrome de Gilles de la Tourette, une maladie neurologique caractérisée par des tics moteurs et vocaux. Le film qui est basé sur des faits réels débute en Ecosse dans les années 80 et il est centré sur le personnage de John Davidson qui a commencé à avoir les premiers symptômes de ce mal pas très connu vers l'âge de 13 ans. Ce sont surtout les écarts de langage qui frappent son entourage. Il se met à dire des grossièretés à son corps défendant et c'est accompagné de tics nerveux. Sa famille est dévastée. Elle croit qu'il simule, qu'il le fait exprès. Ses camarades de classe se moquent de lui et le directeur de l'école où il est inscrit lui inflige des punitions corporelles. Dans ces années 80, on connaît mal cette maladie qui touche surtout les garçons. Le jeune acteur qui interprète John jeune est remarquable et Robert Aramayo qui incarne John Davidson adulte est exceptionnel. Deux personnes vont le soutenir, dont Dottie, une infirmière qui le prend sous son aile. Elle a beaucoup d'empathie en ce qui le concerne. Tommy Trotter (Peter Mullan, vraiment bien) va l'engager pour un emploi. Mais bien évidemment, John ne fait pas d'études supérieures mais il va faire connaître sa maladie à un grand nombre de personnes lors de réunions. Ce film britannique vaut la peine d'être vu. Pascale et Henri Golant l'ont aussi bien apprécié.
Choup, dans un de ses commentaires sur mon blog, le conseille aussi. Je la cite: "J'ai pour ma part été voir hier Plus fort que moi, un super film, histoire vrai de John Davidson, atteint du syndrome Gilles de la Tourette et qui dédie sa vie à éduquer les gens sur ce syndrome et tout ce qu'il implique pour les personnes qui en sont atteintes et leurs familles. Un film formidable et l'acteur principal est phénoménal".
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais encore publier un article sur un recueil de nouvelles, mais cette fois-ci un peu plus récent (même si je ne l'avais jamais lu jusqu'à aujourd'hui). Malgré son demi-siècle "bon poids", cet ouvrage est trop "récent" pour pouvoir figurer parmi les "classiques" de Nathalie... même si, m'a-t-il semblé, les saynètes qui le composent évoquent plutôt la fin des années 1950 ou les années 1960 que les années 1970.
Gilbert Cesbron, La ville couronnée d'épines, Robert Laffont, J'ai lu N°979, 219 pages,
1979 (EO 1974), illustration de couverture de Gyula Konkoly
Gilbert Cesbron (1913-1979) a toujours revendiqué haut et fort son catholicisme (déjà, un titre pareil est forcément christique, non?). Disons que, tout comptes faits, j'aime bien le lire "malgré cela" (même s'il m'agace parfois avec son insistance...). Dans mon enfance, je m'étais approprié le volume Chiens perdus sans collier qui était dans la bibliothèque familiale, puis ai mis quelques années avant d'en découvrir d'autres. Aujourd'hui, c'est en écumant les bacs d'occasion (à quelques dizaines de centimes d'euros le volume) que j'ai l'occasion d'en lire que je ne connaissais pas, avant de les verser dans telle ou telle bibliothèque partagée. Mais je n'en tire pas toujours un billet...
Chacune des 15 nouvelles est précédée d'un petit texte en italiques. Préface ou introduction? Souvent petite méditation philosophique, plutôt. Parfois, souvenir personnel (ou donné comme tel)...
Ces courts "récits" (terme qui figure en sous-titre dans l'une des pages intérieures) se donnent en point commun d'évoquer la banlieue et les deux classes sociales susceptibles de l'occuper: la nouvelle, celle des prolétaires et/ou ouvriers pauvres, d'une part. Et l'ancienne (en voie de disparition) constituée de ceux qui étaient sur place (à la campagne, alors) avant la construction des "cités". Quelques mots pour vous les présenter (en toute subjectivité!) ci-dessous.
* Un roman de poche (p.7): histoire douce-amère de jeunes déboussolés... la banlieue ouvrière et la ruralité semblent, tous comptes faits, peu miscibles.
* Carrosse d'un vieux roi (p.25): une jolie histoire de gain à une émission de radio (et de temps qui passe!), qui m'a rappelé Si j'avais un château.
* La petite Agnès (p.34): ce "fait divers" terrible et l'analyse psy du personnage principal ne m'ont pas vraiment plu...
* La fiche (p.50): un retraité qui s'ennuie tellement qu'il se cherche, chaque matin, une liste de "quelques choses à faire" pour s'occuper est absolument ravi que le destin lui en envoie une palanquée!
* L'enfant de l'autoroute (p.57): un joli conte qui m'a bien plu. L'autoroute en construction qui traverse sa cité forme une voie d'accès (goudronnée pour la partie finie, de sable jaune pour celle que les engins tracent) qui permet à un gamin de découvrir, à quelques kilomètres de chez lui, campagne, ferme et vache, à l'insu de ses parents, les mercredis où il est censé rester seul à la maison...
* Le poids du monde (p.74): Brr... Crédible, trop crédible (même avec la pincée de bondieuserie que je trouve personnellement en trop).
* Le plus fidèle ami du chien (p.86): une nouvelle presque fantastique (sinon science-fictionnelle), à front renversé... pauvre bête!
* "Mame Denis" (p.86): cette nouvelle mettant en scène des militaires (anciens d'Afrique) a sonné, pour moi, comme certaines nouvelles de Joseph Kessel (Le coup de grâce?)
* Pavillon perdu (p.116): encore un conte, avec un côté pathétique, quelque chose du roman d'Alain-Fournier Le grand Meaulne, ai-je trouvé: une rencontre "par hasard". Pour le malheureux héros, "cela a commencé pendant une triste nuit, le long d'une route solitaire de [banlieue], alors qu'il cherchait un raccourci que [malheureusement] il trouva [le lendemain]"... Bon, on peut espérer que, des lendemains de recherche, il y en aura encore d'autres!
* Le 8 juin (p.138): cette histoire amère qui se déroule dans un "mouroir" (qu'on n'appelait pas encore EHPAD) m'a évoqué" une atmosphère à la Alphonse Daudet... Une fête organisée théoriquement en l'honneur d'une centenaire démontre tragiquement qu'elle n'était pas au coeur des préoccupations, en fait!
* L'enfant prodigue revient toujours trop tôt (p.148): extrait de la spirituelle introduction (p.147). "Neuilly a toujours joué sur les deux tableaux: "je suis la ville, voyez mes pierres; je suis banlieue, voyez mes arbres..."."
Un "fils de famille" a encore besoin de bouffer un peu de vache enragée avant de "rentrer dans le moule"!
* Ci-gît(p.163): je n'ai pas réussi à comprendre la morale qui peut être sous-jacente dans cette histoire, celle d'une tombe abandonnée dans un cimetière depuis plus d'un siècle... auquel un inconnu redonne vie? Je n'ai pas vu venir la chute, non plus.
* L'autre chemin (p.167): un conte... avec un autobus à plateforme auquel chauffeur et receveur font prendre, un beau soir, le chemin des écoliers. Je doute (hélas!) qu'il soit basé sur une histoire vraie!
* Les amoureux de Garches (p.179): analyse amère de la différence entre infirmité (permanente) et blessure accidentelle (dont on se remet), croisée avec, là encore, une différence de classe sociale... tragique.
* La châtelaine de Gentilly (p.206): j'ai perçu dans cette nouvelle "aristocratique" comme un pâle reflet de certaines de Jean de La Varende... Description d'un monde figé dans le passé, suranné, d'une "vieille dame" qui traverse les années sans accepter le changement... J'ai apprécié la rencontre avec le jeune curé nommé pour remplacer celui avec qui, depuis des décennies, elle s'occupait de "ses pauvres" (en se privant pour eux), qui essaie en vain de lui ouvrir les yeux et l'esprit concernant toute "la pauvreté" de la nouvelle cité - qu'elle repousse... Cela m'a un peu rappelé Les clés du royaume de A.J. Cronin.
J'ai appris (ce dont je ne me serais pas douté!) que Gyula Konkoly, né en 1941, est un (et non une) peintre hongrois, qu a demandé l'asile politique en France en 1970. Il a illustré couvertures de livres et affiches de livres entre 1874 et 1987, et a enfin a retrouvé la citoyenneté hongroise en 1991.
C'est vrai que je dois posséder quelques "Cesbron" achetés ces dernières années et qui figurent encore, non lus, dans l'une ou l'autre PAL. Mais, pour répondre à des blogueuses qui s'étonnent parfois que je chronique des livres en signalant que je les ai achetés il y a plusieurs décennies, je précise que, dans ces cas-là, en général, ce sont des rayonnages de ma bibliothèque de livres lus il y a fort longtemps mais conservés depuis, que je les tire (et non de piles de "jamais lus encore et restant à lire", bref, de PAL!).
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