Le blog de Dasola

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25 octobre 2025

Tag "Si j'avais une librairie"

Cela fait fort longtemps que dasola ou même moi (ta d loi du cine, "squatter" sur son blog) n'avons plus participé à des "Tags" de la blogosphère.

En voici un qui fait rêver (surtout à l'approche de la retraite...): "Si j'avais une librairie". Je l'ai déniché récemment chez La bibliothèque Roz, qui a transposé un tag d'origine américain et qui dit: "Ce TAG consiste à imaginer la librairie de ses rêves et à la présenter, en répondant à 9 questions. Bien sûr, on est dans le rêve et le plaisir, on a aucune contrainte administrative ou financière, tout est possible. Je me suis bien amusée à rêver ma librairie, j’espère qu’elle vous plaira."

Voici mes propres réponses. 

 

1) Quels sont les horaires d’ouverture ?

Je pense que je me concentrerai sur des horaires en fin d'après-midi et en soirée, pour permettre aux lectrices et lecteurs de venir après leur journée de travail... 16 h - 22 h? Pour moi, ça me correspondrait bien, je suis plutôt du soir...

2) Y a-t-il de la musique d’ambiance ? Si oui, de quel genre ?

Je n'en vois pas l'utilité...

3) Y a-t-il un bar à café ?

La bonne question, déjà, est: y a-t-il des sièges, pour "se poser"?
Pourquoi pas... Je me rappelle avoir financé un projet de "Librairie-café" à Paris, dont les deux jeunes "porteurs de projet" avaient pris le concept en Amérique du Nord... 
Je connais aussi une ou deux librairies parisiennes (en neuf ou en occasion) qui proposent de la petite restauration et des boissons chaudes... 
Après, est-ce que cela a un effet positif sur le "chiffre d'affaires" ou pas, je ne sais pas!

4) Les clients sont-ils encouragés à s’attarder ?

Je ne sais pas... (ils ou elles ont peut-être envie de regagner leur domicile après une journée de boulot!).
Je pense que cela est lié à la question 5 et à la question 3...

5) La librairie propose-t-elle des évènements ?

Séances de dédicaces, séances de lecture par l'auteur... Oui bien sûr (avec l'idée que les livres seront "en vente" en nombre le jour même!).

6) Dans quel environnement est située la librairie ?

À Paris, dans une rue pas forcément passante, mais pas au fin fond de la banlieue non plus!
Pas trop loin d'une station de métro.
Dans un environnement qui n'est pas exclusivement "immeubles de bureau" mais où il y a aussi du résidentiel. 
Dans un environnement qui n'est pas exclusivement "populaire" (un peu de "résidences sociales", mais aussi du locatif privé, des propriétaires habitants...). 
Ou alors, dans une petite ville de province un peu endormie (5 à 10 000 habitants?), où il existe une bibliothèque (donc un lectorat), mais pas ou plus de librairie... et peut-être des locaux commerciaux à bas prix...

7) À quoi ressemble cette librairie ?

Beaucoup de livres dans des bibliothèques au mur...
Quelques tables pour mise en valeur de livres sur des thématiques données... 
Forcément de l'éclairage artificiel... En source d'éclairage, des "leds" (qui ne consomment pas trop!), mais dissimulés sous de vieux lampadaires, de vieilles appliques, des vieilles lampes à abat-jour...
J'aimerais bien pouvoir aussi gérer "à côté" une activité "livres d'occasion", avec des bacs où ils sont rangés verticalement et où l'on peut "feuilleter" rapidement les couvertures. Mais c'est vrai que c'est un autre métier... (pratiquement, le produit "livre de seconde main" se décotant excessivement vite, il faut quasiment les acheter "au poids" ou faire à ceux qui veulent se débarrasser des livres qui les encombrent la faveur de les leur reprendre gratuitement...).

8) Quels types de livres peut-on trouver dans votre librairie ?

Voir ci-dessus...
Plutôt de la fiction (y compris science-fiction), de la bande dessinée et des mangas... 
Des sciences humaines (mais pas de philo ni de théologie, si je suis mes propres centres d'intérêt!). 
De l'économie (classique, mais aussi sociale et solidaire), des ouvrages sur la création d'entreprise, sur l'agriculture et l'élevage bio...
Après, dans une librairie, le client peut commander tout livre qu'il veut se procurer!

9) Quel est le nom de votre librairie ?

Vingt ans après!
... Parce que, quand j'étais lycéen puis étudiant, jadis, j'ai longtemps eu plaisir à fréquenter une librairie (disparue il y a trois ou quatre décennies en fait) qui s'appelait... Les Trois Mousquetaires.

... Et je (ta d loi du cine) rajoute tout de même une question:
10) Quel est le modèle économique de cette librairie ?

Je pars du principe que je me "fais plaisir" avec cette activité, sans avoir besoin de compter sur elle pour me dégager le revenu minimal me permettant de vivre (celui-ci étant, idéalement, assuré par autre chose - ma retraite, par exemple). 
Je me rappelle avoir entendu parler d'un propriétaire de librairie qui avait dit au gérant mis en place: "écoute, toi et ton équipe, vous pouvez perdre jusqu'à 50 000 francs [suisses] par mois. Au-delà, je fermerai la librairie." Cette histoire (qui remonte aussi à plusieurs décennies) m'a toujours fait rêver...

24 octobre 2025

L'enfant de février - Alan Parks

Comme je l'avais évoqué à la fin de mon billet sur Janvier noir, je viens de terminer L'enfant de février d'Alan Parks (Edition Rivages Noir, 460 pages) qui comme son titre l'indique se passe au mois de février (1973), à peine un mois après l'histoire de Janvier noir. J'ai retrouvé avec plaisir, à Glasgow, l'inspecteur Harry McCoy, son adjoint Wattie et son supérieur hiérarchique Murray. Et on a aussi l'ami d'enfance d'Harry, Steve Cooper, qui, lui, a mal tourné. Il est devenu un truand notoire mais entre lui et McCoy, il y a des liens indéfectibles remontant à ce qu'ils ont vécu quand ils ont été dans des institutions pour jeunes orphelins (ou non). Sinon, l'histoire débute avec l'assassinat de Charlie Jackson, un jeune footballeur plein d'avenir retrouvé tué et mutilé sur un toit d'immeuble. Il était fiancé avec Elaine Scobie, la fille de Jake Scobie, un baron de la drogue. Sur le ventre de Charlie, le tueur a écrit "Bye Bye". Plus tard, Jake Scobie lui-même est torturé et tué par le même tueur. McCoy est rapidement sur la piste d'un certain Connolly, un psychopathe, un des gardes du corps de Scobie. Ce Connolly fait une fixation sur Elaine et il élimine tout ceux qui se dresse sur sa route. L'intrigue est toujours très bien menée. La ville de Glasgow en arrière-plan est un des éléments essentiels de l'histoire. La météo qui varie entre pluie et neige renforce la tristesse qui se dégage du roman. Je pense que les volumes de la série peuvent se lire dans le désordre. Le prochain sur ma liste se passe en mai 1974. Sinon, la photo de couverture a été prise par Raymond Depardon. Lire les billets d'Encore du noir, Pierre Faverolle, Richard, Nyctalopes

C'est ma troisième participation à Sous les pavés, les pages (chez Athalie et Ingannmic).

 

20 octobre 2025

Lumière pâle sur les collines - Kei Ishikawa

J'annonce tout de suite que je n'ai pas lu le roman de Kazuo Ishiguro (Prix Nobel de Littérature 2017) dont le film Lumière pâle sur les collines est une adaptation. Kei Ishikawa, le réalisateur, en est aussi le scénariste. L'histoire alterne entre 1952 à Nagasaki et trente ans plus tard en Angleterre. En 1982, Etsuko, une femme d'âge mur, accueille sa deuxième fille Niki dans sa maison située en Angleterre. Elle a décidé de la vendre maintenant qu'elle est veuve pour la deuxième fois. Niki, elle, voudrait écrire sur Nagasaki et ce qui s'est passé. En 1952, Etsuko est une jeune femme mariée depuis peu avec Jiro dont on devine assez vite qu'il a la main droite atrophiée. 1952, c'est sept ans après la bombe atomique lancée sur la ville le 9 août 1945 qui a fait plus de 60 000 victimes et des milliers d'irradiés. Etsuko, qui est enceinte, est très dévouée à son mari un peu tyrannique. Elle a un beau-père, Ogata-san, qui ne se remet pas de la défaite du Japon. Elle se lit d'amitié avec Sachiko, une voisine mère célibataire qui a une petite fille assez agitée qui porte des stigmates suite au bombardement. En 1982, on apprend que Keiko, la première fille d'Etsuko, s'est suicidée. Elle n'a semble-t-il pas supporté l'exil. Niki, qui est eurasienne, est née de la deuxième union d'Etsuko avec un Anglais. Toute la partie qui se passe en 1952 bénéficie d'une belle lumière. La partie plus contemporaine qui se passe intégralement dans la maison d'Etsuko est filmée dans les tons plus sombres. Dans le film, il semble qu'il y ait un personnage qui n'est pas dans le roman et qui a beaucoup troublé les quelques spectatrices qui étaient dans la salle avec moi. Elles n'ont pas compris toute la fin du film. Je ne vous en dirais pas plus. C'est un film qui se laisse voir rien que pour les actrices. Lire le billet de Selenie (pas enthousiaste).

19 octobre 2025

Les blondes et papa - Exbrayat

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me suis quelque temps demandé en le lisant, après l'avoir acheté quelques dizaines de centimes d'euros, si ce vieil exemplaire paru au Club des masques en 1971 (réédition d'un titre "copyright 1961" plus vieux que moi...) pouvait, ou non, être lu par... les enfants.

Exbrayat, Les blondes et papa [...], Librairie des Champs Elysées, Club des Masques N°126,
mars 1971 (copyright 1961), 249 pages

 

Curieusement, ni la couverture, ni la tranche, ni la liste des dernières parutions en fin d'ouvrage n'indiquent de points de suspension après les quatre mots du titre, mais page de garde et page de titre indiquent bien "Les blondes et papa...". Et il ne s'agit pas d'une erreur de traduction. D'Exbrayat, je n'avais lu jusqu'à présent que la série de son Imogène (alors que, dans ma jeunesse, tout comme dasola mais bien avant qu'on se connaisse, je collectionnais, dans cette même série "Club des Masques", les titres d'Agatha Christie qui en formaient probablement la première "locomotive"). Comme Imogène, Les blondes et papa... est situé au Royaume-Uni - alors que Charles Exbrayat (1906-1989) est un écrivain français (mais a apparemment rempli le rôle de deuxième locomotive de la collection). 

 

Dans ce "roman policier humoristique", plusieurs histoires de couples s'entremêlent pour former ce que je me permettrais d'appeler une "romance policière". L'un de ces couples (mais non le moindre) totalise un âge de 25 ans. La piste qu'ils annoncent aux policiers, bien que concernant un innocent, permet finalement de mettre la main sur le véritable coupable, qui... Mais je vais commencer par le début. 

 

Buddug, fillette de 12 ans, vit (et fait ses études) avec son papa (comptable et veuf) Ianto Morgan dans la petite ville de Brecon, en Pays de Galles méridional. Très mûre pour son âge, c'est elle qui accueille en robe de chambre et silence réprobateur celui-ci lorsqu'il rejoint le logis familial passablement ivre après une soirée à l'extérieur. Son condisciple, Caradoc (le fiancé qu'elle s'est choisie deux ans plus tôt) a lui-même une maman brune, Price Meredith, qui s'est trouvée veuve à peu près quand Ianto est devenu veuf, et il ne lui est pas indifférent. Que croyez-vous qu'il va arriver? 

 

Hé bien, alors que Ianto se trouve en galante compagnie (une blonde mal mariée qu'il connaît depuis 8 jours), le cadavre du mari de celle-ci est découvert, avec lui-même tenant en main l'arme du crime. Arrestation immédiate... Il ne reste plus à Buddug (qui convainc Caradoc de son innocence) à mener l'enquête, avec le soutien, entre autres, de la tante dudit Caradoc (la soeur de son père), vieille fille imposante (six pied de haut), d'une aide fort appréciable lors d'un interrogatoire (sans aller cependant jusqu'au troisième degré!).

 

Et c'est comme ça que la machination sera dévoilée, alors que la police pataugeait quelque peu, représentée par un inspecteur sagace et placide et un sergent frivole, que l'enquête oblige à annuler successivement tous les rendez-vous avec sa "blonde" (qui se serait bien vue la bague au doigt, mais faut pas pousser tout de même). Quant à ce qu'il en pensait, lui, "ce n'était pas parce qu'il était entré dans la police de Sa Majesté qu'il devait renoncer à fonder une famille ou, sans aller si loin, à connaître le plaisir des tendresses partagées!" (p.206) Qu'en termes délicats ces choses-là sont dites. 

 

Disons encore que l'enquête s'était égarée en direction d'un docteur capable de donner comme alibi pour la semaine précédente l'accouchement d'une de ses patientes... lorsque celle-ci l'appelle d'urgence pour la même raison! On voit qu'il y a matière à rire. Je citerai encore quelques moments désopilants, ceux où  les plus jeunes de nos tourtereaux finissent par arriver à la conclusion que les enfants ne naissent pas dans les choux, mais surviennent lorsque (et seulement lorsque) deux personnes de sexe opposé (et adultes, bien sûr) s'embrassent passionnément sur la bouche (et si ça dure, risque de jumeaux?). Bon, question naïveté ou candeur, je me demande où en sont aujourd'hui de jeunes lecteurs et lectrices de 12-13 ans, par rapport à ceux de 1961 ou 1971...?

 

... Et c'est pour cela que, tout compte fait, je me permets de faire candidater ce titre pour le "challenge littérature jeunesse 2025-2026" chez PatiVore! Il rentre aussi dans le cadre du challenge "2025 sera classique aussi!" organisé par Nathalie.

On peut trouver un billet concernant ce livre sur le blog d'une famille de lectrices "Lectureenfantparent".

16 octobre 2025

3000e billet sur le blog de dasola... (déjà?!?)

Dans le 2000e billet publié sur le blog de dasola (il y a un peu plus de six ans, le 3 septembre 2019), on prévoyais le 3000e pour l'année 2029: en fait, nous voici donc / le voici donc avec plus de trois ans d'avance... Peut-être une des raisons est-elle qu'à l'époque sur ces 2000 billets, j'en avais rédigé moi-même (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) moins de 100, tandis que ces dernières années, environ un tiers des billets sont * de ma plume (et de mon style): sur ces 3000, plus de 400 me sont désormais dûs. 

 

Au-delà du symbole et de la simple "célébration", on peut à tout moment retrouver la (désormais longue) série des billets "bloganniversaire" ou "chiffre symbolique" précédents via le tag "Vie du blog" (colonne de gauche). Certains de ces billets ont déjà bien analysé, au fil des ans, manière de bloguer, chiffres, changements sur la blogosphère, et autres sujets de ce genre. Mais celle-ci a bien évolué en près de 19 ans (le blog de dasola célèbrera son 19e bloganniv' le 9 janvier 2026). Je pense que le contenu des billets y sera détaillé. Aujourd'hui, je vais plutôt parler des évolutions de la blogosphère et de ses usages.

 

Les blogs, il y a les anciens, et les nouveaux. En ce qui concerne les nouveaux blogs, parfois, des articles magnifiques... amènent à se demander quelle y est la part d'une rédaction assistée (à tout le moins) par une intelligence artificielle (et c'est sûr qu'on ne se posait pas la question il y a 10 ans ou même cinq). À l'inverse, dans des blogs "vétérans", l'on voit des billets intéressants apparaître, on se dit "chouette, une oeuvre que je connais, je vais pouvoir faire un commentaire..." et, vérification faite, il s'agit juste d'un billet déjà paru dont la date a été changée... comme en témoigne le commentaire, datant de plusieurs années, qu'on retrouve dessous! Je me refuse à cette "tricherie". Par contre, je me rappelle que, dans les premiers temps du blog de dasola où certains billets sont longtemps restés sans un seul commentaire, on publiait régulièrement des listes d'articles "orphelins de commentaires" (avec le lien y amenant)... et, à force (lointaine époque déjà!), on a fini par faire en sorte qu'il n'en reste plus un seul.

 

En caricaturant à peine, je dirais qu'il y a plusieurs attitudes possibles par rapport aux commentaires. Celle (un peu idiote?) consistant à se dire "ah, c'est super, ma prose est très intéressante et les lecteurs en reconnaissent le mérite" et ça s'arrête là (ni réponse ni "réciprocité"). Celle (plus polie) consistant à répondre systématiquement aux commentaires faits, sous ceux-ci. Et enfin, la bonne (selon moi), celle qui joue le jeu de la "réciprocité entre blogueurs", en allant voir le blog de l'internaute ayant fait un commentaire chez moi, jusqu'à y trouver quelque chose à dire (et cela ne m'empêche pas, en plus, de répondre sur mon propre blog, pourquoi pas?). Depuis quelques années, c'est vrai, les plateformes mettent de plus en plus de "bâtons dans les roues" aux échanges: difficulté à commenter si l'on n'est pas inscrit soit à la plateforme soit à un "système de profil" plus ou moins global (centralisation de données personnelles...), protection par Capchat, ou par "Askimet" (beaucoup plus draconienne? Je crois même que certains mots entraînent l'interdiction de publier un commentaire ici ou là - il faut alors utiliser une périphrase), passage en "SPAM" de tous commentateurs pas encore connus et "acceptés" sur le blog (SPAM dont la consultation n'est pas systématique faute d'alerte spécifique envoyée au blogueur concerné)... Et la machine de telle ou telle plateforme peut même avoir "la mémoire longue", en vous flanquant en rouge un "Vous avez déjà soumis ce commentaire récemment"!

 

Je pense qu'il est de plus en plus difficile de nouer de nouveaux liens "entre blogueurs (avec l'impression qu'il s'agit d'une volonté délibérée de "la profession" - celle des plateformes de blogs). Il y a 15 ans, on surfait "librement" sans se préoccuper de la plateforme. Désormais, chaque blog doit se contenter de sa poignée de contacts acquis, qui bien évidemment s'érode au fil du temps. Par exemple, la plateforme Wordpress, qui représente désormais peut-être la moitié des blogs actifs (et la plupart des nouveaux) ne donne plus que les liens vers les blogs "wordpress" ou éventuellement ceux qui utilisent les services d'un "avatar" (encore des données personnelles à mettre en ligne...)! Ses "pings" (avis automatique de lien figurant dans un billet de blog) prennent seulement en compte les billets publiés sur la plateforme (sauf erreur de ma part). 

 

Il est aujourd'hui quasiment impossible de trouver via un moteur de recherche les blogs ayant parlé d'une oeuvre (livre ou film). Ça, pour être protégées, elles sont protégées, nos données personnelles (merci, RGPD!), y compris à l'insu de notre plein gré. Résultat? Les algorithmes des moteurs de recherche invisibilisent désormais les blogs extrêmement vite. On ne peut plus guère en "découvrir" de nouveaux qu'au hasard des commentaires figurant sous des billets. Et même si l'on s'obstine à une quête de plus en plus difficile, je crois pouvoir assimiler la "chasse aux nouveaux blogs" à de la "prospection minière". Sachant que dasola et moi prenons plutôt l'option de ne laisser des commentaires que sous des billets parlant d'oeuvres que nous avons lues ou éventuellement pourrions lire, avec le temps, il faut se contenter de "gisements" où la teneur en "matière première utile" est de plus en plus faible... Et la recherche demande de plus en plus d'efforts pour être en fin de compte de moins en moins productive (évolution du "blogging" elle-même liée aux évolutions des plateformes qui ne font rien pour permettre de renforcer les liens entre des blogueurs "libres" - mais je radote, il est temps de conclure!). 

 

Deux mots encore, sur les challenges d'une part, sur la longueur des commentaires reçus chez dasola d'autre part. Participer à un challenge thématique présente plusieurs avantages. En s'y inscrivant à l'avance, cela aide au "passage à l'acte" pour un titre qui traînait en PAL ou en LAL depuis un certain temps, en donnant un objectif de date pour la rédaction d'un billet. La liste des autres participants permet soit de découvrir des titres inconnus, soit de varier les points de vue sur un livre déjà lu. Et puis, cela "mutualise" aussi la notoriété des blogs participants, pour autant que l'on fasse l'effort, donc, de regarder aussi les contributions des autres. Du coup, il est également intéressant de gérer d'éventuelles inscriptions "rétrospectives", en demandant le référencement d'un billet rédigé avant d'avoir eu connaissance du challenge mais durant sa période d'ouverture (il suffit en général de rajouter dans le billet rédigé nom et logo du challenge). Côté organisateur, certaines et certains (et j'en fais partie) arrivent à maintenir une bonne "veille" et à attirer l'attention des auteurs de billets sur la possibilité qu'ils ont de faire référencer le leur chez tel ou tel challenge. C'est bien, les challenges. De même qu'on repart d'un "Café philo" (où l'on était venu avec sa propre question) avec... les questions de tous les autres participants, de même on ressort d'un challenge avec une LAL à rallonge. Cela dit, ça génère du trafic en terme de commentaires, si tout le monde joue le jeu.

 

Côté longueur de commentaires, je suis retombé récemment sur une question d'une blogueuse désormais en pause (Erwelyn, sous le 2500e billet) qui se demandait si son propre commentaire allait figurer parmi les plus longs.  Je peux signaler qu'avec plus de 3050 caractères, elle rentrait dans le "top 15" parmi les plus de... 30 000 commentaires de l'époque [février 2023]. Le plus long dépassait les 4300 caractères et datait de 2021, tandis que les 13 autres à dépasser les 3000 caractères remontaient tous à avant 2012... Quatre consistaient en des réponses à des questionnaires cinéphiles. À l'autre bout du corpus, on a quelque 25 commentaires de 6 caractères ou moins (parfois quelques signes de ponctuation reconstituant un"smiley" avant les icônes). Chacun compte pour "1". On a désormais dépassé les 36 000 commentaires (par presque 1300 personnes différentes, dont environ 600 n'en ont fait qu'un chacune, et les autres... tout le reste).

 

Voilà, le "squatter" de l'équipage espère que vous avez passé une agréable lecture, et que nous aurons le plaisir de vous lire et relire prochainement sous nos lignes!

 

* "sont de ma plume" et non "ont de ma plume": merci Pascale, et haro sur la relectrice de mon billet (ici, chacun relit les billets de l'autre... Avantage d'être à deux sur le même blog - en principe).
J'en profite pour dire que je trouve extrêmement agaçante l'intrusion "obligée" des algorithmes d'"aide à l'orthographe" qui restituent d'autorité autre chose que ce que nous tapons nous-même, et derrière lesquels il ne faut jamais oublier de repasser... J'aurai sûrement l'occasion de développer dans le 3500 billet (d'ici trois ans?)!

15 octobre 2025

Emile Zola raconté par sa fille - Denise Le Blond-Zola

Pour ce sixième mois du challenge littératures européennes de Cléante, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais continuer mes "pas de côté" en tirant la consigne "romans réalistes et naturalistes" vers "romancier naturaliste": l'occasion de présenter une biographe d'Emile Zola acquise sur le lieu même où il a vécu. 

Denise Le Blond-Zola, Emile Zola raconté par sa fille,
Grasset, coll. les cahiers rouges, mars 2019, 299 pages
(édition originale publiée en 1931 aux éditions Fasquelles)

 

Cette biographie filiale a pour moi une saveur encore plus précieuse dans la mesure où c'est précisément lors de notre visite à la maison d'écrivain de Zola à Médan que je l'ai acheté en septembre 2024 (je ne connaissais pas ce titre auparavant). Plus près de nous, c'est le titre Zola à bicyclette chroniqué par Ingannmic en août 2025 qui m'y a fait resonger. 

 

On connaît la vie privée de Zola: marié à Alexandrine Méley (1839-1925) le 31 mai 1870 (union restée sans enfants), il fait la connaissance d'une jeune lingère, Jeanne Rozerot, embauchée par celle-ci pour Médan en mai 1888, et elle devient sa maîtresse en décembre de la même année. Ils auront deux enfants: Denise, née en septembre 1889, et Jacques, de deux ans plus jeune. Après la découverte de ce "second foyer" par l'épouse légitime, ils parviendront à un accord et l'écrivain organisera sa vie entre les deux. Après sa mort le 29 septembre 1902, la veuve officielle s'occupera des deux enfants laissés par son mari. Jeanne Rozerot meurt pour sa part en mai 1914.

 

En octobre 1908, Denise * épouse Maurice Le Blond, journaliste qui avait fermement soutenu Zola lors de l'affaire Dreyfus. Elle écrit, entre 1920 et 1926, six romans pour la jeunesse publiés dans la "blibliothèque rose" de l'époque chez Hachette. Mais surtout, elle publie cette biographie sur son père dont elle achève la rédaction le 6 juillet 1930. Elle meurt en 1942 à Paris. 

 

Le livre comporte 18 chapitres, et commence très classiquement par l'histoire de la famille Zola, originaire de Zara, en Dalmatie. François Zola, père d'Emile, est né à Venise en 1795. Après un passage par la Légion étrangère en Algérie, il arrive à Marseille en janvier 1833. Ces précisions permettent de savoir que Denise (née Rozerot, avant d'être autorisée à porter le nom de son père) a eu accès aux archives familiales et aux souvenirs d'Alexandrine, avec qui elle a entretenu de bonnes relations, après le décès de leur père et époux. Même si elle n'était elle-même qu'une fillette de 13 ans au décès de son père, elle l'a côtoyé durant son enfance, et en tout cas nous rapporte des informations de première main. Elle nous raconte l'enfance, la jeunesse d'Emile (orphelin de père dès 1847) et son amitié avec Cézanne, ses débuts laborieux dans la carrière de journaliste (il lui a longtemps manqué 40 francs de revenus mensuels pour atteindre les 100 qu'il visait...), puis d'écrivain, ses amitiés (ou non) avec ses confrères... La rencontre avec Jeanne Rozerot intervient p.129, dans le 9e chapitre commencé p.126 qui nous apprend que la petite maison de Médan a été acheté avec le produit de la publication de L'Assommoir. C'est p.122 qu'on a appris qu'Emile Zola refusait l'étiquette d'écrivain socialiste, mais désirait simplement être qualifié de "romancier naturaliste" (réponse à Albert Millaud [1844-1892], auteur bien oublié aujourd'hui mais qui avait eu une violente polémique avec Zola). 

 

Je pourrais arrêter ici la présentation de ce livre (que je vous incite à lire). Précisons encore que Denise raconte avec beaucoup de pudeur, pp.188-194, le rapprochement de ses parents, et son enfance d'enfant "cachée"... (l'épouse bafouée s'est d'abord montrée fort jalouse avant d'accepter le principe du "double foyer" vers 1894...). Non seulement la publication des différents volumes, mais aussi celles des oeuvres de la maturité (Les Trois villes, puis les Quatre évangiles - qu'il ne terminera pas) sont abordées, mais aussi, bien sûr, l'affaire Dreyfus qui a entraîné un procès à la suite duquel Zola a dû s'exiler en Angleterre pour éviter l'emprisonnement. C'est encore avec pudeur qu'elle raconte la mort du père (p.290). A-t-elle su qu'un fumiste aurait fait confidence, bien des années plus tard, d'avoir bouché la cheminée des Zola un soir pour la déboucher le lendemain afin de ne pas laisser de trace d'un attentat fanatique? 

 

Le livre étant trop ancien par rapport aux contraintes de la loi RGPD pour que les moteurs de recherche affichent de "vieux" billets de blog, je n'ai pu dénicher de liens. Comme toujours, je ne m'interdis pas d'en rajouter ultérieurement si je tombe dessus au hasard de mes surfs!

 

... Il est suffisamment ancien en tout cas pour participer au challenge "2025 sera classique aussi!" organisé par Nathalie.

 

* Merci Aifell(e) ! ;-)

14 octobre 2025

La séparation - Claude Simon mise en scène Alain Françon

Une fois n'est pas coutume, voici un billet sur une pièce de théâtre qui se donne à Paris au théâtre des Bouffes Parisiens jusqu'au 4 janvier 2026. Il s'agit de la seule pièce de théâtre de Claude Simon (1913-2005) qui fut prix Nobel de littérature en 1985. La pièce La séparation dure environ 2 heures et se passe dans les années 50 en province près de Toulouse. Sur la scène, deux grands cabinets de toilette se font face à face. Ils sont séparés par une cloison. D'un côté, on a un couple encore jeune, Georges et Louise (Léa Drucker), de l'autre il y a Sabine (Catherine Hiegel) et Pierre (Alain Libolt), le vieux couple, les parents de Georges. On apprendra que Louise est sur le point de quitter son mari pour rejoindre son amant. Pendant ce temps, hors-champ, la tante de Georges agonise. Quant à Sabine, elle est mariée depuis des années à Pierre, un professeur à la retraite qui l'a trompée depuis le premier jour. Sabine est une femme en colère et aigrie mais qui n'a jamais quitté Pierre. Dès que Catherine Hiégel apparait sur scène (au bout de presque une demi-heure), on assiste à un numéro d'actrice ébouriffant. Elle est géniale (comme souvent) et j'adore sa manière de dire son texte qu'elle rend souvent assez amusant. A côté d'elle, Lea Drucker est nettement plus effacée mais elle s'en sort bien. Concernant le texte de Claude Simon, je l'ai trouvé daté et cet écrivain n'avait pas une conception idyllique des relations de couple. Une pièce à voir pour Catherine Hiégel si vous passez par Paris.

11 octobre 2025

Nouvelle vague - Richard Linklater

Je viens de voir un film qui m'a enthousiasmée. Il y a longtemps que je n'avais pas aimé autant un film. Nouvelle vague de l'Américain Richard Linklater est une évocation du tournage du premier long-métrage de Jean-Luc Godard, A bout de souffle sorti sur les écrans français en 1960. C'est filmé dans un magnifique noir et blanc et les personnages qui ont existé sont incarnés par des acteurs que je ne connaissais pas. Pour la plupart, ces acteurs jouent au théâtre ou à la télévision. Que vous aimiez ou non le cinéma, que vous aimiez ou non le cinéma de Jean-Luc Godard, courez-y. C'est un superbe hommage au cinéma et à la Nouvelle vague et à une époque disparue. L'actrice américaine Zoey Deutch qui incarne Jean Seberg, Aubry Dullin qui incarne Jean-Paul Belmondo sans oublier Guillaume Marbeck qui EST Jean-Luc Godard sont bluffants. Mais tous les autres aussi. Le film est souvent très très drôle. Le montage est nerveux. J'ai aimé les aphorismes et les citations que l'on entend pendant tout le film. J'ai trouvé le film plein de fantaisie. C'est un régal de bout en bout. J'avais envie d'applaudir à la fin mais j'étais toute seule pour le faire. J'ai adoré ce film auquel je mettrais bien 21/20. Voilà, j'espère que je vous ai convaincus. Nouvelle vague donne envie de (re)voir le film original A bout de souffle. Lire le billet de Selenie. Bien entendu, je n'admettrai aucune critique tant soit peu négative sur ce film de la part de mes lecteurs.

10 octobre 2025

Janvier noir - Alan Parks

Après Mourir en juin qui m'avait plu, j'ai décidé de lire la série dans l'ordre avec l'inspecteur principal McCoy et son adjoint Wattie. Comme son titre l'indique, l'intrigue de Janvier noir (Edition Rivages, 366 pages) se passe au mois de janvier (1973) dès le 1er jour de l'année et elle se termine le 20 du même mois. Devant la gare routière de Glasgow, Tommy, un jeune homme d'à peine 20 ans tire sur une jeune femme, Lorna. McCoy n'était pas loin mais il n'a pas pu sauver Lorna. Il avait été prévenu par un détenu d'une prison voisine que Lorna serait assassinée mais sans qu'il dise pourquoi. Tout de suite après son acte, Tommy retourne l'arme contre lui et meurt. Et le détenu délateur est assassiné dans sa cellule. McCoy et Wattie vont mener une enquête difficile dans les bas quartiers de la ville écossaise. Murray, le supérieur de McCoy et Wattie les met en garde car certains notables sont impliqués. Mais McCoy est un homme obstiné qui arrivera à ses fins avec l'aide occulte de Steve Cooper, un truand notoire dealer de drogue. J'apprécie les petits chapitres et le personnage de McCoy qui a eu une enfance pas facile avec une mère disparue et un père alcoolique. Il n'y a aucun temps mort et l'intrigue est bien menée. J'ai L'enfant de février à lire. 

C'est ma première participation à Sous les pavés, les pages (chez Ingannmic et Athalie).

 

9 octobre 2025

Left-Handed Girl - Shih-Ching Tsou

Avec un peu de retard et avant qu'il ne soit trop tard, je tient à chroniquer un film venu de Taïwan, Left-Handed Girl (la fille gauchère en VF) qui m'a beaucoup plu avec une histoire filmée à hauteur de I-Jing, une petite fille haute comme trois pommes qui n'a peur de rien. Elle arrive avec sa soeur et sa mère pour s'installer à Taipei. La maman a du mal à joindre les deux bouts, elle doit régler deux loyers: celui de l'appartement étroit où elle va habiter avec ses filles. Et elle doit payer le propriétaire du stand d'un marché de nuit où elle fait la cuisine. Jusqu'à présent, sa mère la dépannait mais cette dernière ne veut plus le faire. Et I-Jing se fait rabrouer par son grand-père qui ne supporte pas qu'elle se serve de sa main gauche (la main du diable). Cette main gauche sert à chaparder aux étalages différents objets qu'elle rassemble dans son sac à dos. Elle est très douée. Sa main gauche sert aussi à envoyer une petite balle à un suricate surnommé Goo Goo que la famille a recueilli. Le rythme du film est trépidant avec un montage nerveux effectué par Sean Baker (le réalisateur palmé d'or à Cannes en 2024). Personnellement, j'ai passé un très bon moment et j'ai trouvé la petite fille épatante (Nina Ye). Rien que pour elle, il faut voir le film. Lire les billets de Chris, Pascale et Selenie.

7 octobre 2025

L'entretien d'embauche au KGB - Iegor Gran

À l'heure où c'est la paix qui se refroidit de plus en plus avec la Russie contemporaine, alors qu'on ne sait pas si notre prochain gouvernement (et son futur Ministre des armées) continueront à vouloir "réarmer le moral de la nation", je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) présente un livre, signé par un ex-collaborateur de Charlie Hebdo, dont j'avais vu signaler la parution en janvier 2024.

Iegor Gran, L'entretien d'embauche au KGB, éditions Bayard, coll. Bayard récits, 2024, 222 pages
(titre original en russe: Le recrutement des agents, 1969 [mention "Absolument secret"])

 

Fils d'un écrivain dissident expulsé d'URSS en 1974, Iegor Gran est arrivé en France à 10 ans. Il rappelle ici ou là dans ses commentaires du manuel que son père a été arrêté par le KGB et condamné à 7 ans de prison pour publication (à l'Ouest, sous un pseudonyme) d'ouvrages "à caractère anti-soviétique". Si vous aimez lire ou relire les romans de John Le Carré ou même ceux de Pierre Nord, si vous avez été captivé par les cinq saisons de la série TV Le bureau des légendes et attendez avec impatience son "spin-off", alors le livre ici chroniqué pourra peut-être vous intéresser... 

 

Le texte principal de ce volume nous est donné comme la traduction par Iegor Gran d'une brochure de 116 pages dactylographiée en russe, présentée comme datant de 1969 et n'ayant été tirée qu'à 100 exemplaires numérotés, pour usage dans la quinzaine de centres de formation des futurs "officiers de renseignement" du KGB. Le "Scan" sur lequel notre auteur s'est basé pour la traduction avait été soigneusement "anonymisé" avec des post-ils recouvrant le numéro, le cachet de bibliothèque... Iegor Gran écrit qu'à son avis l'ouvrage a été transmis en occident via les pays baltes ou l'Ukraine. 200 à 300 diplômés sortaient chaque année, paraît-il, du centre de formation supérieur (qui, après la formation "de base", instruisait les officiers supérieurs). Cela donne une idée du volume des "promotions" annuelles d'officiers de renseignement formés dans la quinzaine d'écoles du KGB.

 

Si vous cherchez un roman, ... vous ne l'aurez pas! Cet ouvrage se compose de quatre parties précédées d'une introduction, pour un total de 16 chapitres comportant 19 sous-chapitres suivis d'une conclusion en deux petites pages. Le contenu forme vraiment un manuel où il n'y a pas d'histoire, si ce n'est quelques anecdotes explicatives, indécryptables faute de noms, de lieux et/ou de dates précises. Les "bonnes pratiques" des futurs "officiers traitants" pour recruter des "agents de renseignement" dans les "pays capitalistes" y sont répétées et martelées. S'il semble nécessaire de faire preuve d'intelligence et de discernement, il paraît hors de question de ne pas obéir au lourd protocole de vérification (rendre compte à l'échelon supérieur, se renseigner systématiquement sur tout nouveau contact auprès des fichiers de l'appareil central du renseignement, attendre les autorisations nécessaires pour lancer une opération...). Ce texte d'origine est parsemé, ici ou là, de grosses demi-pages de "compléments d'informations", commentaires, éclairages, gloses par Iegor Gran (avec une trentaine de notes et références bibliographiques). 

 

Le manuel est bien évidemment manichéen: "le socialisme", les pays socialistes (selon l'acception marxiste-léniniste) sont partisans de la paix et en butte à la subversion des pays capitalistes contre laquelle ils doivent se défendre, et la collecte d'informations, grâce au recrutement d'agents, est essentielle pour cela. Le futur officier traitant doit savoir anticiper les meilleures conditions pour ce faire, s'adapter à chaque situation particulière, pour éviter de gaspiller énergie, temps et argent dans un contact qui ne déboucherait finalement sur rien et mettrait en danger le fonctionnement du renseignement déjà existant. Le plan de recrutement qui doit être rédigé, validé puis exécuté minutieusement constitue du sur-mesure adapté à chaque "prospect" (selon ma propre terminologie - on pourrait aussi parler de "cible", mais le manuel, dans la traduction d'IG, emploie le mot de "piste"). Sans oublier l'importance de la première mission qu'il sera demandé à l'agent nouvellement recruté de remplir (qu'il faut aussi avoir prévue avant l'entretien décisif).

 

Pour illustrer le risque qu'un contact soit détecté par le contre-espionnage adverse (avec risque d'infiltration), un proverbe français (?) est cité p.131: "un chêne peut pousser à partir d'un gland, à moins qu'un cochon l'ait avalé avant". Cela m'a surtout fait songer à la chanson de Brassens Le grand chêne (disque sorti en 1966). Le pauvre roi de la forêt, dupé par des malfaisants, les suit, mais subit nombre de malheurs, parmi lesquels "on a pris tous ses glands pour nourrir les cochons"... et meurt sans descendance. 

 

Il est intéressant de comparer les trois types de "motivations" sur lesquelles s'appuyer pour recruter un "agent de renseignement" (idéologique et politique; matérielle; morale et psychologique), avec ou sans "relation de confiance", selon ce manuel, avec ce que l'on peut savoir du "MICE" anglo-saxon (qui doit pouvoir se traduire, sauf erreur de ma part, par "monnaie; idéologie; compromission; ego"). D'un point de vue historique, Iegor Gran nous dit que ce manuel semble s'inscrire dans une longue tradition des "services spéciaux" de Russie, en remontant jusqu'à l'Okhrana tsariste, (pour)suivie par la Tchéka de 1921, Guépéou, NKVD, avant le KGB (1954-1991) et enfin le FSB de nos jours. On peut aussi se dire que les actuels MI5 ou MI6 anglais doivent trouver certaines de leurs racines dans les services impliqués pour "le Grand jeu" aux Indes. Ou que notre DGSE descend directement du SDECE mis en place dans l'après-guerre à partir des services de renseignement de la France libre (créés avec le soutien anglais) et de ceux qui l'ont ralliée successivement, SDECE qui comprenait peut-être aussi quelques vétérans des services de renseignement de l'Armée d'avant-guerre, dont une manoeuvre d'intoxication contre l'Allemagne pour protéger les secrets de notre canon de 75 à tir rapide a éventuellement été à l'origine de l'Affaire Dreyfus quelques décennies auparavant. 

 

Je vais me permettre de citer les deux phrases finales de Iegor Gran, après qu'il a rappelé qu'un nombre considérable des cadres qui dirigent aujourd'hui la Russie sont passés par cette école de pensée: "Ce manuel est d'autant plus précieux pour saisir et comprendre un mode de pensée engoncé dans l'immoralité - ce qui fait souvent sa force - mais tatillon dans l'exécution des ordres reçus et obséquieux devant l'autorité - une faiblesse que l'on peut utiliser contre lui pour le combattre.

Je le referme maintenant et le glisse dans un tiroir, un peu comme ces gens qui conservent chez eux un morceau du mur de Berlin, et je frissonne à l'idée que son pouvoir maléfique est loin de s'être dissipé."

 

Eva (du blog Tu vas t'abimer les yeux), en a parlé le mois dernier (ce qui me l'a remis en mémoire), Remy récemment aussi. Menon en réservait lapidairement la lecture aux fans de jeux de rôle d'espionnage. Valmyvoyou [lit] en avait aussi parlé peu après la sortie du livre. 

 

Je pense que, pour de prochains billets, je tâcherai de lire en priorité, parmi l'abondante bibliographie de Iegor Gran, dans le désordre: L'écologie en bas de chez soi (2011), Z comme zombie (2022), Rêve plus vite, camarade! L'industrie du slogan en URSS de 1918 à 1935 (2017), Les services compétents (2020). 

 

Les graffitis subversifs et autres vols de drones dont la presse nous rebat régulièrement les oreilles ces mois-ci pourraient-ils camoufler un recrutement qui serait toujours actif en France? Il semble qu'un journaliste du Canard Enchaîné, Jean Clémentin (1924-2023) a été agent de l'Est entre 1957 et 1969 (il a travaillé au Canard jusqu'en 1989). On dit que Charles Hernu (1923-1990), dans sa jeunesse désargentée (années 1950?), a su vendre fort cher aux soviétiques, alors qu'il faisait dans le journalisme, de simples synthèses d'informations disponibles en lisant la presse française. Du coup, après la lecture de ce livre, je me suis demandé si les rédacteurs et dessinateurs de Charlie Hebdo, à ses différentes époques (depuis près de 55 ans désormais), avaient jamais été ainsi "approchés"? Si ça a été le cas, j'espère bien que ça a été sans succès. 

 

*** Je suis Charlie ***

4 octobre 2025

Marche ou crève - Francis Lawrence

Voici un film qui semble parti pour rencontrer du succès et pourtant il est interdit aux moins de 16 ans (ce que je n'avais pas tout d'abord noté). Marche ou crève (A long walk en VO) de Francis Lawrence (qui a réalisé les Hunger Games 2 et 3 ainsi que le "prequel") se passe dans un futur plus ou moins proche aux Etats-Unis qui semblent être devenue une dictature. L'histoire est une adaptation d'un des premiers romans de Stephen King, qui l'a publié sous le pseudonyme de Richard Bachman en 1979. Les Etats-Unis sont en guerre depuis 19 ans. Tous les ans, des candidats de sexe masculin sont sélectionnés pour participer à une longue marche qui débute un 1er mai à 8h00. Elle doit être filmée et diffusée pour des millions de téléspectateurs. Le dernier qui restera en vie gagnera beaucoup d'argent et il pourra faire un voeu. Dans le roman, ils sont 100, dans le film, ils ne sont que 32. Ils doivent marcher à la vitesse d'environ 5km/heure. Ils ne faut pas qu'ils s'arrêtent sous peine d'être exécutés après trois avertissements. La marche durera cinq jours et les derniers auront parcouru presque 600 km. Parmi les marcheurs, certains sortent du lot : Ray Garraty (Cooper Hoffman) qui a vu son père exécuté devant lui, Peter McVries (David Jonsson), un Afro-Américain très humain que j'ai trouvé sympathique tout comme Ray. Il y aussi Billy Stebbins, Gary Barkovitch et Collie Parker. L'histoire m'a fait penser à On achève bien les chevaux (en plus sanglant) ou même à Hunger Games. Et malheureusement aussi aux différentes marches de la mort : les déportés quittant Auschwitz pour aller vers l'ouest ou les prisonniers de guerre Américains et Philippins lors de la marche de la mort de Bataan. J'ai trouvé le film prenant, un peu sanglant (mais j'ai vu pire). Un film de genre réussi. Et je ne vous dirai évidemment pas qui est le vainqueur de cette marche. Lire le billet de Selenie.

3 octobre 2025

Le galion d'or - Frank Crisp

Très heureux de découvrir que j'avais atteint le niveau "Directeur de croisière" dans le challenge Book trip en mer (saison 2) de Fanja, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) poursuis dans la même veine! Mon billet du jour, qui porte sur un livre "copyright 1954", est éligible également au challenge "2025 sera classique aussi" organisé par Nathalie, et inaugure mes participations au tout nouveau challenge "Littérature jeunesse" proposé par Pativore (même si je ne respecterai pas forcément les thèmes mensuels proposés).

Frank Crisp, Le galion d'or, Hachette, coll. Idéal-bibliothèque (texte français d'Alain Valière, illustrations de Jean Reschofsky), 1954, 190 pages

 

Une fois de plus, j'ai choisi dans un bac d'occasion ce livre publié il y a plus de 70 ans, en bon état avec sa jaquette papier, ce qui a justifié mon investissement de 2,50 euros! Il était à l'époque classifié "G. au-dessus de 10 ans * ". Sa lecture m'a fait songer au livre jeunesse datant de 2014, La mer aux esprits, que j'avais chroniqué en août. Car dans Le galion d'or aussi, il est question de pirates et de "sorcellerie": des thèmes récurrents depuis un ou deux siècles maintenant?

 

Le galion d'or m'a aussi fait songer à un autre "classique anglais que je lisais quand j'étais gamin en vieille édition jeunesse, Lorna Doune chez les Outlaw. Mais il faut sans doute que je narre un peu l'histoire du roman Le galion d'or. En 1688, le jeune Jack est âgé de cinq ans environ, et réside avec sa petite soeur et "grand-mère Besom", à Houndsby, village (fictif?) du comté de Somerset, dans la partie sud-ouest de l'Angleterre. Arrivés avec une caravane de bohémiens qui sont vite repartis, les trois se sont installés dans une masure abandonnée. La grand-mère gitane a acheté (avec une pièce d'or!) une vache quand Jack a été assez grand pour devenir bouvier (à 8 ans). Lorsqu'il a 12 ans, se pensant proche de la mort, celle qui passe auprès de tout le village pour une "sorcière" fait partager trois visions à Jack, en lui disant qu'il s'agit de son avenir (magie! Elle peut faire apparaître dans le feu son propre don de "double vue"). Quelque temps après, elle périt lynchée... Les deux jeunes orphelins sont recueillis, l'une comme servante au château, l'autre dans une ferme locale. Ayant affronté le jeune châtelain (Richard), il doit s'enfuir vers Londres (non sans avoir déterré un médaillon et quelques pièces d'or en suivant les indications données par grand-mère avant sa mort). À Londres, son chemin va croiser celui du capitaine pirate Leach, condamné à être pendu mais qui est sauvé au pied du gibet par ses hommes (nous sommes à la fin du chapitre VIII, p.75). 

 

La malchance envoie ensuite Jack lui-même en prison, où il est confronté à l'un des hommes montrés par sa vision. Menacé de mort, il s'évade (facile!) avec l'équivalent de "l'Abbé Faria" local. Celui-ci conseille de trouver refuge au seul endroit où on ne les recherchera pas: en mer, en se laissant prendre via "la presse" (l'enrôlement forcé de matelots pratiqué en Angleterre pour subvenir aux besoins de la Royal Navy). Et les voici à bord du Lion (navire de seconde classe). Il y verra embarquer, "pressé" à son tour, le jeune Richard, qui deviendra au fil des pages son meilleur camarade (et même davantage à la toute fin du livre). 

 

Et les pirates, alors? À la tête d'une flottille, le Lion reçoit pour mission de pourchasser les boucaniers et autres pirates. Passé dans le Pacifique par le Cap Horn, il atteint l'ile Juan Fernandez (oui, celle qui a inspiré Robinson Crusoé!). Alors que quelques marins avec Jack et Richard sont partis à la pêche en yole, celle-ci chavire. Les survivants des attaques de requins et d'orques mangeurs d'hommes sont recueillis par l'Albatros, le navire du capitaine Leach (fin du chap. XVI, p.136). Que d'aventures, et ce n'est pas fini! 

 

Même si Jack et Richard refusent initialement de combattre, le capitaine Leach (gitan) les épargne. "Nous travaillions à bord pour gagner notre nourriture, mais nous ne touchâmes jamais à une voile ou à une arme". Mais il s'avère que la Santa Maria, galion espagnol chargé d'or à Acapulco et qui finit par être attaqué par l'Albatros, est un morceau trop coriace pour l'équipage pirate monté à l'abordage. Alors tout compte fait, puisque les Espagnols vainqueurs pendraient tout le monde, pirates et Anglais sans distinction, quelques habiles coups de canons servis par Jack et Richard entraînent la reddition du navire espagnol! La tempête sépare alors les deux navires, cependant que seule une faible part du trésor du galion a été amenée à bord de l'Albatros. Mort de la plupart des pirates blessés, chute du vent, famine, confession de Leach (qui figurait dans l'une des visions qu'avait eu Jack)... Quand l'épave de la Santa Maria croise de nouveau le chemin de l'Albatros, Jack et Richard doivent la rejoindre en barque. Le trésor est toujours à bord. Le galion fait naufrage sur une île. Et là... je ne vous en dirai pas davantage!

 

Péripéties nombreuses et trépidantes, coïncidences, réminiscences de récits de Louis Garneray (notamment l'abordage du Kent), ou de L'île au trésor de Stevenson... Il me semble sentir que l'imagination de Frank Crips a été nourrie des classiques du XIXe s. Mais j'ai aussi l'impression qu'il a peut-être lui-même pu inspirer tel ou tel des scénarios de Jean-Michel Charlier pour la série BD Barbe-Rouge! Wikipedia, consulté le 2 octobre, ne m'a rien dit par contre, même en anglais, ni sur Frank Crisp, ni sur The Golden Quest (titre d'origine du roman). Je sais juste qu'une demi-douzaine d'autres romans de cet auteur anglais ont été traduits en français jusqu'en 1961.

Côté illustrations, je suis certain d'avoir déjà lus quelques livres jeunesse illustrés par Jean Reschofsky. L'édition contient deux illustrations couleurs "double page" et 12 en pleine page, cependant que chacun des 21 chapitres est précédé d'une illustration "tiers de page" en N&B. En voici quelques-unes exaltant l'imaginaire "pirates" (drapeau noir, abordage, trésor) pour les jeunes lecteurs!

p.132

p.160

p.172

 

* Et non "F.", bien sûr. Mon doigt a dû se tromper de touche... Bien vu, Keisha!

 

Edit du 04/10/2025: grâce à Pativore, je rajoute quelques précisions sur la collection Idéal-bibliothèque. D'abord la galerie des couvertures qu'elle a dénichée. Puis le lien vers la page Wikipedia (consultée ce jour) qui donne notamment la liste alphabétique des parutions. On remarque que la collection (active de 1950 à 1987) a commencé par rééditer des "classiques", parfois en en modifiant le titre pour se démarquer de collections concurrentes, avant de se tourner vers l'actualité (en lien notamment avec des adaptations cinématographiques venant d'être réalisées). 

 

Edit du 05/10/2025: avec l'accord de Pativore, ci-dessous un logo orienté "classiques" que j'ai créé pour son challenge "Littérature jeunesse", comme c'est plutôt le genre de livres que je pense chroniquer. Utilisable par tous participants le souhaitant, bien entendu!

 

2 octobre 2025

L'inventaire des rêves - Chimamanda Ngozi Adichie

Après avoir pas mal entendu parler de la romancière d'origine nigériane et de son nouveau roman L'inventaire des rêves (Edition Gallimard, 654 pages), j'ai pu emprunter ce dernier en bibliothèque. Le roman se divise en 5 parties qui portent chacune le prénom des femmes qui sont les personnages principaux: Chiamaka, Zikora, Kadiatou, Omelogor et à nouveau Chiamaka. Chimamanda Ngozi Adichie est issue du peuple Igbo au Nigéria comme ses quatre personnages féminins dans le livre. Elle partage sa vie entre les Etats-Unis et le Nigéria. Je dirais tout de suite que j'ai mis un peu de temps à lire les plus de 600 pages. Je n'ai pas été passionnée tout le temps. Le seul segment que j'ai vraiment apprécié est celui consacré à celle qui a des problèmes de fin de mois difficiles: Kadiatou. Les trois autres n'ont, si je puis dire, que des problèmes de coeur. Pour Kadiatou, Madame Adichie s'est inspirée de Nafissatour Diallo et de l'affaire DSK à New-York en 2011. Le récit est vraiment prenant et émouvant. Les histoires commencent juste avant la pandémie de la Covid. Chiamaka (le double de la romancière?) est la narratrice de son segment. A un moment donné, elle engage Kadiatou comme cuisinière. Chiamaka déçoit sa famille aisée car, à plus de 40 ans, elle n'est toujours pas mariée mais elle écrit. Elle vit la plupart du temps aux Etats-Unis. Sa grande amie, Zikora, une avocate, a tellement peur de ne pas enfanter que quand elle tombe enfin enceinte à plus de 40 ans, elle décide de garder le bébé alors que le père plus jeune est parti. Kadiatou, elle, a une vie mouvementée avec un mari en prison. Pour compléter ses revenus, elle devient femme de chambre dans un palace à Washington. Omelogor, la cousine de Chiamaka, est une femme d'affaires qui a renoncé à toute vie privée même si elle a quelques liaisons plus ou moins éphémères avec des universitaires car elle a émigré aux Etats-Unis. A la fin du livre, il y a un glossaire avec les expressions ou des mots en igbo traduits en français. Madame Adichie est devenue célèbre avec son roman paru il y a plus de 10 ans: Americanah (que je n'ai pas lu). Lire le billet de Pamolico

29 septembre 2025

Kontinental '25 - Radu Jude

J'ai constaté que Kontinental '25 du Roumain Radu Jude (qui a été récompensé de l'ours d'argent du meilleur scénario à la Berlinale 2025) ne se donnait que dans deux salles dans Paris intra-muros la semaine de sa sortie et c'est un peu dommage. Je ne connais aucun autre film de ce réalisateur. Kontinental '25 se déroule à Cluj en Transylvanie dans un parc d'attractions désert avec des T-Rex et autres dinosaures en plastique. Seul un homme misérable, Ionescu, qui parle tout seul, arpente cet endroit avant de quémander un peu de monnaie, de se nourrir comme il peut et de retourner dans un sous-sol obscur pour y dormir. Il a une semaine pour quitter les lieux. Orsolya, l'huissière, est désolée mais elle ne peut rien pour lui à part l'aider à trouver un autre logement. Ionescu se pend à un radiateur. Orsolya s'en veut, elle se sent coupable de ce suicide. Pendant tout le reste du film, plutôt que de partir en voyage avec son mari et ses enfants, elle se lamente auprès de différentes personnes dont une collègue, ainsi qu'auprès de sa mère et d'un prêtre orthodoxe. Elle rencontre un de ses anciens élèves devenu livreur (genre Uber) après qu'il ait suivi des études de droit. Ce film m'a permis d'apprendre qu'avant d'être roumaine, la Transylvanie était hongroise. D'ailleurs Orsolya qui parle roumain, magyar et allemand est issue de la minorité hongroise. Mais elle ne veut pas partir en Hongrie à cause de Victor Orban. Il est dit aussi que le PIB de Roumanie est supérieur à celui de la Hongrie. Le bâtiment qu'occupait Ionescu doit être démoli pour être remplacé par un hôtel de luxe. Les derniers plans du film nous montrent que Cluj est en partie aux mains de promoteurs immobiliers qui construisent à tout-va. Le film est intéressant mais j'ai trouvé le personnage principal un peu geignard.

28 septembre 2025

Deux livres condensés: Le Robinson des glaces - Marie Herbert / Alice van Meulen - Jacques Duquesne

Cette fois, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) crois que j'ai réussi un petit miracle: parler d'un livre dont, sauf erreur de ma part, il n'existe pas d'édition "à compte d'éditeur" en traduction française intégrale... Il s'agit d'un titre qui me paraît pouvoir tenir sa place dans le challenge Book trip en mer (saison 2) de Fanja, et je pense qu'on peut encore se le procurer d'occasion sur internet, dans l'édition que j'ai lue. Pour ma part, je l'ai déniché dans l'une des "bibliothèques partagées de hall d'immeuble" que je fréquente. 

Marie Herbert, Le Robinson des glaces (traduction par Denise Hélié de Winter of the white Seal, 1982), in Sélection du Livre, éd. Sélection du Reader's Digest, janvier 1986, 480 pages (2e oeuvre sur 4 contenues dans le volume, pp.128-223) 

Le livre à la première personne commence un peu comme Robinson Crusoé: un jeune homme (Jonathan Horn) "a pris la funeste décision de quitter le toit familial pour courir de par le monde". Mais là, nous sommes en 1818 et le jeune homme (fils unique d'un riche armateur qui lui refusait l'autorisation de naviguer) est né en 1798 à Liverpool. Parti à Londres, il comprend trop tard que le navire sur lequel il s'est engagé les yeux fermés, le Moonraker [décidément! Cf. mon billet du 30/08/2025] est équipé pour la chasse aux phoques. Il se retrouve en vue de la Georgie du Sud (sud de l'Atlantique). Apparemment, il n'a pas bien profité de ses études de comptabilité, quand il note que, ayant droit au cent-vingtième du bénéfice, il a droit au produit d'une peau de phoque sur 120 (confusion entre "chiffre d'affaires" et "bénéfice", disons!). Comme une flottille de navire occupe déjà la plupart des "territoires de chasse", leur bateau poursuit sa route vers le nord à la recherche d'une plage sans concurrence (ils cherchent des éléphants de mer pour leur graisse et des otaries principalement pour leur fourrure). Quelques pages décrivent les opérations - avant une attaque de matelots hollandais, au cours de laquelle notre héros renverse le chaudron d'huile bouillante, ce qui met fin au combat! Au bout de 18 jours, après avoir "épuisé" une seconde plage, ils se dirigent vers le cap Horn. Après des jours et des jours de navigation, le 22 novembre 1818, ils jettent l'ancre dans une baie, et le lendemain trouvent une presqu'ile "où des milliers de pinnipèdes se prélassaient sur les plages".

 

Notre matelot (affecté au débitage du lard) est charmé par "(...) une magnifique femelle à la fourrure blanche allaitant son petit dont le pelage était également blanc". Alors qu'un coup de feu enjoint aux marins à terre de rejoindre le bateau, Jonathan essaye d'empêcher un de ses compagnons de tuer "la bête superbe", et se fait assommer. Il revient à lui au milieu des phoques et la tempête fait rage. Il lui reste le chaudron, les tonneaux à graisse, les vivres prévus pour l'équipe d'abattage à terre, aucune allumette... mais le feu sous le chaudron, par chance, n'est pas totalement éteint: de quoi survivre, car le Moonraker ne reviendra jamais le chercher. Le bateau a manifestement coulé durant la tempête, et Jonathan n'en retrouvera sur la plage qu'une chaloupe échouée, deux cadavres et quelques épaves. Pour rallumer son feu, il utilisera le même moyen qu'un héros de Jules Verne: une lentille taillée dans la glace translucide et les rayons du soleil! Et nous en sommes à la fin du chapitre 3 (p.157).

 

À la fin du chapitre 10 (p.222), Jonathan semble sur le point d'être ramené à la civilisation par un navire qui aborde par hasard son île. Nous sommes en janvier 1820, plus d'un an a passé (description de la vie quotidienne: explorer et exploiter les maigres ressources locales, se nourrir...). Bien serrés afin de se tenir chaud, il s'est retrouvé à partager sa couche durant tout l'hiver (ant)arctique avec le jeune phoque albinos qu'il avait une nouvelle fois sauvé et appelé Gribouille. Mais la morale est sauve, c'était une femelle! Bref, je suis ressorti de cette lecture tenaillé, bien entendu, par l'envie de savoir ce que pouvait être l'oeuvre "non condensée". 

 

Je n'ai malheureusement pas trouvé d'autre édition en français de ce livre (Winter of the white Seal) que l'édition "condensée" pour laquelle Sélection du Reader's Digest avait dû payer des droits, je suppose. En regardant la fiche de l'Irlandaise Marie Herbert sur wikipedia en anglais (consulté le 28 septembre 2025), je me suis demandé s'il n'y aurait pas eu abandon d'un projet éditorial puisque c'est à peu près le moment où l'auteure a vécu une tragédie familiale? Mais, faute d'informations, ce n'est qu'une supposition de ma part bien entendu. 

 

Cerise sur le gâteau: je n'avais même pas fait attention quand j'avais pris le volume en main qu'un autre des quatre titres qu'il contenait parlait aussi de bateaux: un autre livre condensé (mais cette fois-ci, la "version complète" en existe puisqu'il s'agit d'un roman français [qui venait d'être édité chez Grasset en 1985]). Un exemplaire du roman est disponible en "réserve centrale" des bibliothèques parisiennes!

 

Jacques Duquesne, Alice van Meulen (même volume, 1ère oeuvre sur 4, pp.11-126)
[Edition originale: Bernard Grasset, 1985, 274 pages]

 

Après avoir lu ces pages, j'ai pensé à (du) Pierre Benoit, d'autant plus avec ce prénom qui commence par un "A". Alice van Meulen, qui donne son nom au roman, est l'un des personnages du livre, mais je ne sais pas si elle en est vraiment, ou non, l'héroïne principale. Dans son roman publié en 1985, le journaliste-romancier Jacques Duquesne (1930-2023) situe son intrigue un peu plus d'un siècle plus tôt, en 1880, dans les débuts de la Troisième République donc. À l'époque, la Commune de Paris remonte à moins de 10 ans, les grandes lois (Enseignement primaire [Jules Ferry, 1881-1882], Presse [1881], liberté syndicale [Waldeck-Rousseau, 1884]) n'ont, comme chacun sait, pas encore été promulguées, et l'Etat ne s'est pas encore séparé de l'Eglise. Le romancier aborde dans son ouvrage, à sa manière (il y a 40 ans tout d'même!) les thèmes de la romance, de la place de la femme dans la société, voire de l'intégration des enfants "différents". Mais commençons par le début. 

 

Au large de Dunkerque, dans la nuit et la tempête, le canot insubmersible de l'Association Dunkerquoise du sauvetage en mer sauve deux passagers d'un schooner en détresse (qui les avait amenés à sortir) et croise durant cette sortie en mer un navire bizarre. Dans le même (premier) chapitre, nous sont présentés Pierre Vandromme, propriétaire d'un chantier de construction navale, et Alice van Meulen, veuve d'un brasseur de l'entreprise duquel elle a repris fermement les rênes et mère d'un jeune garçon (Félicien, l'héritier, 6 ou 7 ans) qu'elle couve (et étouffe), qui se croisent pour la première fois dans un bal masqué à Lille. Lui va se trouver en butte au soupçon d'avoir fait construire par son chantier un navire servant à la contrebande du tabac (un coup monté qui se résoudra dans les dernières pages), elle va trouver toutes les raisons du monde pour lui courir après (jusqu'à le demander en mariage  - incroyable pour l'époque!), même s'il a une maîtresse (Mathilde, rescapée du naufrage du schooner où elle était passagère, de retour des "Iles" après un séjour de 3 ans). Ajoutons l'histoire d'une maquette de bateau offerte au jeune Félicien, qui la fracassera dans un accès de rage, l'histoire de Jean Bart (Dunkerquois) contée à l'enfant, de même que les aventures de la mère de Pierre, du temps où elle naviguait à bord du navire de son capitaine de mari (père de Pierre), avant la création du chantier naval... et l'on voit que navire et mer sont largement présents dans l'histoire. Je ne savais pas que dessiner des moustaches à la figure de proue féminine d'un bateau (de pêche) était la pire insulte possible contre un capitaine (p.73). Côté "romance", j'ai apprécié à sa juste valeur la scène de rupture avec la maîtresse (pp.60-61). 
"- Je ne viendrai plus, Mathilde. (...) Elle s'était laissée tomber à ses pieds, les mains sur les oreilles, pour ne rien entendre. Il allait donner des raisons, bien sûr - les hommes donnent toujours des raisons: comme si les raisons avaient un sens, comme si les raisons étaient des excuses, comme si elles cicatrisaient les plaies, empêchaient le mal, et permettaient d'oublier. Au diable, les raisons! (...)
- Dehors! Elle s'était relevée, le repoussait.
- Ne renverse pas les rôles. Ce n'est pas toi qui me chasse. C'est moi qui m'en vais. Tu comprends: c'est moi".

On a aussi quelques scènes cocasses avec une "feuille à chantage" (comme dans Topaze de Marcel Pagnol) qui cherchait à faire chanter Pierre. Mais tout finira bien...

 

Les deux autres "condensats" du volume sont Quatre enfants et un rêve (Christian & Marie-France des Pallières) et Fête fatale (William Katz). Je ne les ai pas lu, j'ai juste vérifié qu'il n'y était pas du tout question de bateaux.

Sélection du livre était le "club de livre" du magazine Sélection du Reader's Digest. Moyennant un abonnement, un certain nombre de volumes était proposé chaque année. La spécificité de ce club-là était que chaque volume contenait quatre titres "condensés" (et non en "texte intégral"), ce qui fait que, malgré la belle reliure (dorure sur faux cuir...), ils sont peu recherchés par bibliothèques ou libraires d'occasion (on trouve sur le net le conseil de les donner à des EHPAD ou des prisons, ou d'en mettre le papier au recyclage). Quarante ans après, le papier en a beaucoup jauni en tout cas. Ceci dit, j'ai vérifié qu'on peut s'en procurer des volumes (dont celui-ci) sur internet. 

26 septembre 2025

Dalloway - Yann Gozlan

Dalloway du réalisateur Yann Gozlan traite d'une histoire dans un futur malheureusement proche où la température à Paris atteint les 50°, où les drones sont omniprésents et où l'Intelligence Artificielle régit la vie des gens en général et celle d'artistes dans une résidence végétalisée en particulier. Le scénario est adapté d'un roman de Tatiana de Rosnay. L'histoire se passe essentiellement dans un immeuble très impersonnel où des artistes : peintres, musiciens, écrivains demeurent "en résidence" (tous frais payés et défrayés) pendant un temps plus ou moins long. On s'attache surtout à Clarissa (Cécile de France) qui n'a pas écrit depuis six ans et qui essaye d'écrire un livre sur les derniers jours de Virginia Woolf. Pour celles et ceux qui l'ignorent, Clarissa est le prénom de l'héroïne de Mrs Dalloway (1925) de Virginia Woolf qui elle-même s'est suicidée en se noyant en 1941. On est tout de suite dans l'ambiance de ce qui sera peut-être notre futur avec une voix d'IA (Mylène Farmer) qui s'occupe intégralement du quotidien de Clarissa du lever au coucher. Clarissa occupe un appartement high tech mais impersonnel. Dans ce futur, en plus de la canicule, une pandémie sévit à nouveau et Clarissa doit faire des tests journaliers. Au début, tout semble être bien réglé sans problème et puis petit à petit, la vie de Clarisse se dérègle. Elle est perturbée. Elle prend un médicament. Un climat anxiogène s'installe. Je vous laisse découvrir pourquoi et comment. C'est un film un peu perturbant, j'espère ne pas connaître tout de suite ce genre de vie. Mon ami Ta d loi du cine qui l'a vu avec moi m'a dit qu'il ne le reverrait pas de sitôt. Lire le billet de Selenie.

24 septembre 2025

Les tourmentés - Lucas Belvaux

Les tourmentés de Lucas Belvaux m'a plu. J'ai aimé l'atmosphère et la montée du suspense. Le scénario est adapté du roman que le réalisateur a publié en 2022. Skander (Niels Schneider), un ancien soldat mercenaire devenu SDF, est approché par Max (Ramzy Bedia, très très bien), son ancien chef dans l'armée. Celui-ci est devenu le soutien et l'homme à tout faire d'une Vietnamienne qu'il appelle Madame. Cette dernière est devenue très riche depuis qu'elle est veuve. Elle a une lubie: faire une chasse à l'homme. Max a tout de suite pensé à Skender, sachant qu'il pourra peut-être survivre 30 jours (le temps imparti) dans une forêt des Carpathes. Mais Max sait aussi que Madame est très douée et déterminée. Elle pense qu'elle pourra tuer Skander. Le deal est qu'elle versera 3 millions d'euros dont 1 million tout de suite. N'ayant rien à perdre, Skander, qui veut reconquérir l'affection de sa femme Manon et de ses deux fils, n'hésite pas une seconde. Car s'il meurt, l'argent ira quand même à sa famille. C'est un film très psychologique car jusqu'au bout on se demande si cette chasse à l'homme aura lieu. Il y a quelques flash-back qui racontent l'histoire de Madame d'un côté et de Skender de l'autre. Le personnage le plus intéressant est Max et Ramzy Bedia lui donne toute son humanité, il est étonnant. Je lirai peut-être le roman un jour.

23 septembre 2025

Bilan challenge Epais de l'été 2025

Les participant(e)s au challenge Les Epais de l'été 2025 (3e édition) avaient jusqu'à hier lundi 22 septembre 2025 (à minuit...) pour déclarer leurs participations. Il est donc temps que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) fasse le bilan de ces trois mois de challenge estival sur de gros bouquins que j'avais organisé sur ce blog. 

== Je commence par les questions qui tuent (oui, je suis méchant!): participant(e) ou non au challenge, vous qui lisez ce billet de bilan, combien de ceux des participant(e)s avez-vous lu?
Sous combien avez-vous signalé votre lecture? Vous en trouverez la liste ici.
... Bon, c'est dit, passons à autre chose. ==

 

Par exemple, pour rappel ou comparaison, je signale que vous pouvez toujours aller voir les bilans 2024 et 2023

Je sais que, si certain(e)s vont adorer lire mes chiffres, d'autres vont en détourner les yeux...

Toutes les inscriptions pour le challenge 2025 ont par la suite généré au moins une participation. Pour certains, je n'ai appris leur intention de participation qu'en même temps que j'en recevais l'annonce. Peut-être découvrirai-je encore par la suite des "participations clandestines", je veux dire des blogs qui auront répondu positivement sous leur propre billet à ma proposition de recenser un billet sur un livre comportant suffisamment de pages pour s'inscrire aux Epais et/ou Pavés de l'été 2025... mais sans prendre la peine de nous le signaler sous nos billets récapitulatifs respectifs ni même, parfois, de rajouter logos et liens dans leur propre billet... 

Bref, en ce lendemain de clôture, je comptabilise 30 participations (contre 32 en 2024 [mais pour 37 inscriptions] et 34 en 2023 [pour 43 inscriptions]). J'ai bien l'impression que, si le nombre de blogs littéraires est plutôt sur une pente descendante, ceux qui restent (et qui existent parfois de longue date) sont les plus vaillants (Sibylline dit la même chose avec ses propres mots)!

 

Mais pour 2025, voici le Podium que vous attendez tous!

Sur la plus haute marche, on trouve de nouveau Belette2911 (qui était déjà première l'an dernier [deuxième en 2023]): elle a lu cette année 13 livres "épais" (16 en 2024, 15 en 2023). Nous trouvons ensuite Alexandra (Je lis, je blogue) qui a chroniqué 7 livres dans six billets, puis... Ta d loi du cine (six). Sunnalee, Enna et Ingannmic en ont quatre chacune. Outre le cas particulier de Keisha (qui a compilé en un seul billet trois de ses quatre Epais), Mapero et Aliénor ont chroniqué trois livres. Athalie, Anne-yes et Miriam, deux livres. Enfin, 17 participants ont contribué avec un unique ouvrage.

Vingt et une contributions dépassaient les 1000 pages (plus gros ouvrage comptabilisé: l'intégrale Le Seigneur des anneaux, 1600 pages attribuées à un billet de Jenevelle Laclos). À l'inverse, seules 11 contributions concernaient des gros bouquins de moins de 750 pages (qui... - mais j'en parle plus bas!). Et le total que j'ai calculé comme correspondant aux pages lues est supérieur à celui de l'an dernier (67 094 en 2025 contre 62 012 en 2024 - mais 79 164 en 2023 [avec 106 "épais, d'au moins 600 pages "seulement", à l'époque]). 

À titre d'anecdote pour cette édition, j'ai donc relevé quelques cas où un seul billet parle de plusieurs livres dont chacun constitue un épais (dont chacun existe dans une édition comportant au moins 700 pages même si ce n'est pas celle lue), que ce soit plusieurs tomes (1, 2, ...) d'un même titre ou des titres faisant partie d'une même saga mais pouvant le cas échéant se lire séparément... D'autres blogs font le choix, tout aussi acceptables, d'une logique "un billet parle d'un [seul] livre". Mais c'est vrai que, en ce qui nous concerne sur Le blog de Dasola, il arrive régulièrement qu'un seul billet parle de plusieurs livres (ou films - même si ce dernier cas concerne davantage les billets de Dasola que les miens).

 

Pour mon challenge des Epais 2025, j'ai aussi connu le cas inverse: une contribution en plusieurs billets pour un volume de 816 pages. J'avais eu un cas plus ou moins comparable l'an dernier, où il avait fallu à une blogueuse plusieurs billets pour "décortiquer" un même titre (l'un des composants d'À la recherche du temps perdu de Proust). J'ai donc aussi accepté la contribution de 2025, même si, ici, l'édition en un "épais volume" regroupait trois oeuvres policières, dont chacune a fait l'objet d'un billet séparé... Ma décision (forcément souveraine, en tant qu'organisateur de mon challenge, mais ne préjugeant pas des décisions des organisateurs d'autres challenges) a été d'accepter cette contribution parce que ce cas n'est pas expressément interdit et reste quantitativement marginal. 

 

Mes règles sont relativement souples: il doit exister une édition "papier" comportant le nombre de pages voulu, mais ce n'est pas nécessairement celle qui a été lue. Les livres en langue étrangère comptent aussi (même si ce n'est pas la langue dans laquelle a été rédigée l'oeuvre originale). Autrement dit, tout livre dont il existe une édition "papier" en langue étrangère avec le nombre de page voulu est éligible (même si ce n'est pas l'édition qui a été lue). Ces règles sont tellement souples, disais-je, que leur souplesse a dû donner l'impression de tricher à certains qui du coup ne se sont pas inscrit(e)s à ce challenge "Les épais de l'été 2025". 

 

Regardons maintenant le palmarès par auteur et par titre.

Le livre le plus chroniqué est Toutes les nuances de la nuit de Chris Whitaker (lu par La petite souris, Mjo, Belette2911 et Dasola). En ce qui concerne les auteurs, Ken Follett (six contributions!) place trois des titres composant sa saga Kingsbridge dans ce palmarès, dont l'un a été lu par trois blogueurs. Trois Epais différents de Luncinda Riley (série Les Sept soeurs) ont été chroniqués dans un même billet par Keisha. On m'appelle Devon Copperhead de Barbara Kingsolver (habitué des Epais) et La fabrique des salauds de Chris Kraus ont été lus deux fois chacun cet été. Tolkien a été chroniqué par deux blogs, l'un pour le troisième tome de la saga Le Seigneur des anneaux et l'autre pour l'intégrale de cette oeuvre. Comme dit plus haut, des romans en deux volumes (chacun "épais") ont pu être chroniqués soit en deux billets, soit en un seul billet (selon le choix de chaque blogueur). 

 

La tenue des "statistiques par auteur" s'est complexifiée cette année. L'an dernier (2024), seuls deux des billets répertoriés concernaient une oeuvre avec deux auteurs (dont l'un déjà présent comme seul auteur d'un autre ouvrage faisant partie du corpus). En 2025, quatre billets sont concernés, dont l'un pour un livre avec trois auteurs. Il y a un seul cas d'auteur déjà présent à titre unique pour un autre titre. Par contre, je n'ai toujours pas vraiment tranché si J.K. Rowling et "Robert Galbraith" sont à compter pour un ou pour deux (je pense qu'il faudra attendre le décès de l'auteure de Harry Potter pour adopter une position incontestable - ce ne sera sans doute pas de mon temps!). 

 

Pour terminer par la synthèse de cette édition, la voici donc: 

30 inscriptions & participations ont donné 72 "épais" de 700 pages minimum (dans 71 billets) pour 67 094 pages (davantage qu'en 2024!) avec 64 livres différents, par 60 auteurs ou co-auteurs. Seules trois prévisions de chroniques de gros bouquins ont été, disons, "reportées".

 

* Tout livre s'inscrivant aux Epais était invité à s'inscrire aussi au challenge Les Pavés de l'été chez Sibylline (La petite liste), qui acceptait cette année encore les participations à partir de 500 pages (et sans limite supérieure bien sûr). De son côté, elle a obtenu 128 participations de la part de 28 participants. Bravo à Belette2911, Médaille supersonique sidérale météoritique pour ses 29 contributions! De mon côté, j'ai obtenu une médaille de bronze (ex-aequo avec Enna) pour mes six contributions.

 

J'avais aussi systématiquement inscrit mes participations au challenge "Quatre saisons de pavés - Eté" chez Moka.

 

En 2026, s'il y a comme je l'espère une nouvelle édition des challenges pour de gros bouquins estivaux, j'annonce d'ores et déjà que je monterai la barre à 750 pages minimum. Seuls une dizaine (9, exactement) des 75 billets pris en compte en 2025 n'auraient donc pas été éligibles en 2025 (aucun de mes 30 participants 2025 n'aurait été empêché de participer). 

 

Merci encore pour toutes ces participations, que ce soit celles d'"habitué(e)s" ou celles de blogueurs-euses dont 2025 a marqué la première participation aux Epais de l'été!

22 septembre 2025

Les armes de la lumière - Ken Follett

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) réussi d'extrême justesse à finaliser une sixième et dernière participation aux challenges estivaux portant sur de gros bouquins. Cette année, c'est la "saga Kingsbridge" qui m'aura bien inspiré. Je pense que, pour l'an prochain, je lirai la "préquelle" (publiée en quatrième position) ainsi que le tome quatre (publié, lui, en troisième). Mais ici, c'est le cinquième titre dans la chronologie de la saga Kingsbridge dont il va être question (il couvre les années 1792-1824). 

Ken Follett, Les armes de la lumière, Robert Laffont, 2023, 785 pages 

 

Comme dans les autres volumes que j'ai lus (qui, eux, se situaient au Moyen Âge), nous suivons différents personnages, de différentes classes sociales. Mais cette fois-ci, plus de secret d'Etat comme "fil conducteur", celui-ci est plutôt remplacé par l'omniprésence de la guerre contre les armées de Napoléon: débouchés textiles pour fournir des uniformes d'une part, mais interruption du commerce avec les pays alliés de Napoléon, d'autre part. Par ailleurs, cette "histoire contemporaine" est plus proche de nous (nous sommes je suppose quelques-uns à pouvoir reconstituer tout ou partie de notre arbre généalogique sur deux siècles...). Impression sans doute accentuée par le qualificatif de "guerre mondiale" donnée dans le livre à la lutte des coalisés européens contre Napoléon.

 

En tout cas, cette Angleterre de la fin du XVIIIe et du début du XIXe laisse voir une "lutte des classes" extrêmement féroce entre ceux qui possèdent le pouvoir (que donnent les capitaux gagnés par l'exploitation des hommes) et les "prolétaires" qui n'ont que leur force de travail à vendre, sans avoir voix au chapitre sur les décisions les concernant, puisque la justice comme le pouvoir législatif sont aux mains des "puissants". Traversant cette société, on trouve aussi des divergences religieuses, entre l'église traditionnelle installée (l'église anglicane) et le mouvement de l'église "méthodiste" dont les tenants sont dépeints comme davantage soucieux de justice sociale dans ce monde-ci plutôt que dans l'autre. Du coup, je me suis demandé si "la lumière" faisait référence au "siècle des lumières" (de conception française et n'ayant pas été étrangère aux soubresauts provoqués par la Révolution française), ou bien à la lumière divine (montée des "méthodistes" en Angleterre). La partie I se déroule en 1792-1793. 

 

Sal et Kit perdent leur époux et père, paysan, par la faute du fils du châtelain local, et se voient refuser par celui-ci toute aide, si ce n'est que le garçonnet (sept ans!) rentre à son service comme apprenti domestique. Pendant ce temps, à 21 ans, Amos se retrouve à devoir prendre la succession de son père, chef d'une entreprise tisserande, et découvre que celle-ci travaillait à perte et était lourdement hypothéquée au profit du plus gros manufacturier de Kingsbridge, Hornbeam. Elsie, la fille de l'évêque anglican, souhaite créer une "école du dimanche" à l'intention des enfants d'ouvriers. Elle s'entend pour ce faire avec quelques méthodistes, dont Spade, un entrepreneur qui ne déplait pas à sa mère. Avec encore nombre de personnages, il y a là matière à tisser force liens... et pas seulement force tissus. 

 

Dans les parties et chapitres suivants, nous voyons arriver le machinisme à Kingsbridge, ce qui amène le regroupement des ouvriers dans des "fabriques" sous la férule des "patrons" alors que ceux-ci devaient anciennement "faire la tournée" de ceux (et surtout celles) qui travaillaient à domicile pour eux, par exemple comme fileuses ou comme tisserands. Je suppose que Ken Follett a lu Marx... au moins à titre de documentation? Sur ces décennies, nous assistons à la répression patronale contre les prolétaires travaillant dans les manufactures, qui n'ont pour subsister que le salaire de leur travail (à la pièce et non à l'heure). Il y a des gens de bon sens et de bonne volonté dans toutes les classes sociales. Mais l'antihéros qu'on aime haïr, celui qui apparaît comme le pire des salauds, est lui-même issu tragiquement de la misère (sa psychologie est décrite comme une peur panique de jamais y retomber: même s'il devenait l'homme le plus riche du monde, cela ne suffirait pas à le rassurer). D'où son intransigeance et sa lutte obstinée face aux ouvriers.

 

Cette "lutte des classes" s'enchevêtre dans le roman avec les guerres contre la France, qui amènent des besoins en terme d'uniformes (avec ou sans favoritisme voire prévarication pour les marchés avec la milice ou l'armée...). On peut lire des pages terribles sur le sort d'un gamin coupable d'avoir volé une bobine de rubans valant six shillings (et de sa mère). En Angleterre, on n'envoie pas un voleur au bagne comme Jean Valjean (pour un pain!) dans Les misérables... Certains des habitants de Kingsbridge, ouvrier, ouvrière, contremaître, propriétaire, évêque, fils de châtelain et j'en oublie, se retrouveront sur le champ de bataille de Waterloo. Avec cette multitude de personnages à suivre, nous nous trouvons infiniment mieux informés sur cette dernière bataille napoléonienne que ne le sont les lecteurs de La chartreuse de Parme par Fabrice Del Dongo (par contre, Ken Follett n'était pas sur le champ de bataille, cependant que Stendhal, s'il n'était pas à Waterloo, a participé à la campagne de Russie...). 

 

Je voudrais encore dire que j'ai eu l'impression que ce roman était encore plus "dans l'air du temps" que les précédents, avec le développement de faits "de société" déjà présents, mais bien plus discrètement, dans des volumes précédents: un couple lesbien, un autre bien installé dans l'homosexualité masculine... Dans les dernières pages (à la fin de la partie VII qui couvre les pp.737-785 et les années 1815-1824), le méchant va à sa fin (la cathédrale y intervient), les maris encombrants disparaissent et les bons sont enfin récompensés (héritage, remariages, député, modification législative). Pour l'anecdote, je signalerais que, p.655, trois fautes de français m'ont griffé l'oeil dans le texte traduit. Mais comme quatre traducteurs sont crédités, impossible de savoir à qui cette page incombait! 

 

Ce roman avait été lu par Anne-yes pendant les Epais de l'été 2024

Et je vais conclure, avec ce billet, mes participations 2025 pour les challenges estivaux sur de gros bouquins: mon propre challenge des Epais de l'été 2025, mais aussi les Pavés de l'été 2025 chez Sibylline et les Pavés "saison été" chez Moka

 

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