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11 novembre 2025

Il s'appelait... le soldat inconnu - Arthur Ténor / Le royaume de Kensuké - Michael Morpurgo

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) réunis dans ce billet deux livres "jeunesse" qui me permettent de poursuivre mes participations au challenge Littérature jeunesse 2025-2026 de Pativore (les deux mentionnent "à partir de 10 ans"). Mais chacun peut participer à (au moins) un autre challenge... 

* Michael Morpurgo, Le royaume de Kensuké, Gallimard Jeunesse,
coll. Folio junior N°1437, 2010 (DL 2007, trad. 2000, EO 1999), 157 pages
* Arthur Ténor, Il s'appelait... le soldat inconnu, Gallimard Jeunesse,
coll. Folio junior N°1313, 2005 (DL 2004), 148 pages

 

J'ai été étonné (et amusé en même temps) en ayant l'impression que les deux volumes, de format et épaisseur équivalents, ne semblaient pas peser le même poids. Vérification faite, Le soldat pèse un peu plus de 400 g, contre quelque 750 pour Le royaume. Je pense que cela est dû à la qualité du papier, liée au fait que le plus lourd (papier un peu glacé) contient nombre d'illustrations en couleurs cependant que l'autre ne contient que du texte. Mais je n'ai pas fait d'analyse plus approfondie pour vérifier ce qu'il en est de la politique de la collection en fonction des dates et/ou pour d'autres titres contemporains!

 

Je commence par Il s'appelait... le soldat inconnu. Cette fiction débute en 1896 dans une cour de ferme française, par l'attente de la naissance d'un premier-né. Le futur père au futur grand-père: "- Et si c'est une fille? - Et alors? réplique le tout-nouveau grand-père. Comme ça, elle ira pas à la guerre. Mais elle fera plein de marmots, et le bon Dieu sera content." L'ambiance est donnée (et, oui, on accouchait à domicile, à l'époque). Fin du deuxième chapitre p.15, le gamin (François) a 10 ans et tombe amoureux, le jour de la rentrée des classes. "Guerre des Bouses" avec d'autres garnements (qui rappelle évidemment La guerre des boutons de Pergaud), le chef des antagonistes se prénomme Alphonse. Chapitre 7, l'amoureuse de François, Lucie (qui se trouve être la fille de l'instituteur), revient de pension, cependant que lui, qui n'a pas eu l'occasion de poursuivre ses études au-delà du certificat d'études, est devenu apprenti menuisier (tout en continuant à aider à la ferme). Mai 1914, entre deux taquineries dans la grange à foin, les deux jeunes se demandent ce qu'ils feraient s'il y avait la guerre. "J'irais, évidemment!" répond François. "Alors j'irai aussi!", clame Lucie (p.45), avant de passer à la phase "lutte romaine". 1er août 1914, l'ordre de mobilisation générale est placardé. Les non-mobilisés volontaires pour s'engager doivent avoir 19 ans, semble-t-il. François appartient à la "classe 15" [ou la classe "16" qui devrait être appelée en 1915?]: pas sûr que la guerre dure jusque-là, pense-t-on. Le premier mort du village est un copain de François, Gustave (engagé volontaire). François est appelé en avril 1915, alors que Lucie est déjà aide-soignante dans un hôpital militaire de la région. 

 

J'ai pris la peine de faire la vérification: en 1914, la mobilisation générale (près de 3,8 millions d'hommes) a concerné les hommes ayant déjà effectué leur service militaire de deux ans [les "3 ans" n'ont été votés qu'en 1913] à leurs 21 ans, et appartenant ensuite à la "réserve de l'armée d'active" jusqu'à leurs 34 ans. Quant aux engagements volontaires, la loi du 7 août 1913 (dite "loi des 3 ans") parlait dans son article 25 d'engagement dit de "devancement d'appel" à partir de 18 ans (je n'y ai pas trouvé mention d'"engagement pour la durée de la guerre"), contre un engagement de trois ans "normal" dans l'armée d'active. La loi de 1905 parlait, elle, de "18 ans accomplis" pour un engagement dans l'armée d'active. Le 6° de son article 50 prévoyait que "le mineur de moins de vingt ans doit être pourvu du consentement de ses père, mère ou tuteur". Un décret du 16 septembre 1914 du gouvernement replié à Bordeaux assouplit ces conditions (en cas d'empêchement du père, "notamment par le fait de guerre", de donner autorisation...), il semble avoir été ratifié début 1915, en même temps qu'une trentaine d'autres décrets identifiés alors comme "illégaux", par une loi votée par l'Assemblée nationale (vous avez dit "Union sacrée"?) [cf. débats au Sénat]

 

Bref, revenons à notre jeune héros. Trois mois de "classes" lui apprennent le maniement des armes avant le départ au front (fin juin 1915). Baptême du feu et première mort d'un copain (éclat d'obus) à côté de François: c'est moins glorieux que prévu, la guerre, en vrai. Il préfère faire prisonnier un Allemand de son âge que le laisser tuer. 

Pendant ce temps, à l'arrière, à la ferme, les animaux (cochon, boeuf, vache, cheval...) ont été réquisitionnés, pour la nourriture ou pour le travail. Une lettre de François, très rassurante, arrive (en parallèle, Lucie en reçoit une autre, nettement plus désabusée, au bout de 10 jours en première ligne). Les tourtereaux se retrouvent (on ne sait pas trop la date) alors qu'ils sont de retour au village, l'une en convalescence (elle a pris une église-hôpital sur la tête - blessure légère), l'autre en permission pour 10 jours... Retour dans la grange à foin et conclusion probable. Mais direction Verdun pour François (p.116). Pendant qu'il tente en vain de sauver Alphonse, gazé, tout en se faisant blesser, son père a une attaque dans sa ferme... et je vais arrêter là (fin du chapitre 21, p.126). Il reste quatre chapitres, jusqu'au 11 novembre 1920.  

 

Des écrits sur la première page m'apprennent que la propriétaire précédente de ce volume était en CM2 quand elle l'a eu (l'a-t-elle lu?). D'autres blogueurs ont évoqué ce titre, entre autres L'amie des livresPimprenelle (dernier billet en 2016), Calypso. L'auteur lui-même possède un blog, et j'y ai trouvé intéressant qu'il y évoque un commentaire erroné sur l'un de ses autres titres.
[Edit du 13/11/2025: ... et même un épilogue inédit.]

Ah, et saurez-vous comprendre pourquoi j'ai annoté mon exemplaire comme "publié 105 numéros trop tôt!"?

J'inscris bien entendu ce titre pour une participation au challenge Pages de la grande guerre (2025), dont se charge Nathalie depuis 2024.

 

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Poursuivons par Le royaume de Kensuke. Du même auteur (Michael Morpurgo), je me rappelle avoir lu il y a quelques années Le cheval de guerre (qui aurait aussi eu toute sa place dans le challenge repris par Nathalie). 

Ici, le jeune personnage principal, anglais, se prénomme Michael (!). Il est né en juillet 1966, peu avant les "années Thatcher". Jusqu'à ses 11 ans, sa famille (père, mère, chienne [Stella Artois] et lui) vivait tranquillement, ses parents travaillant dans une briqueterie, avec comme loisir familial la pratique de la voile sur le lac local. Puis arrive la lettre de licenciement: ses deux parents perdent leur emploi. Misère... Le gamin trouve un job de distributeur de journaux... et le père quitte le foyer, voyant que son fils ramène davantage d'argent que lui à la maison, pour le Sud de l'Angleterre. Il les appelle au téléphone depuis Fareham, près de Southampton. Y vendant sa voiture, il y a acheté un voilier de 12 mètres (Peggy Sue), pour partir faire le tour du monde... en famille! C'est la mère qui skippera, après des semaines d'entraînement des deux parents par un vieux loup de mer et après avoir obtenu son diplôme. Levée de l'ancre le 10 septembre 1987 (p.19). De la p.27 à la p.40, nous avons droit à des extraits du "journal de bord" tenu par Michael: Afrique, Brésil, Australie, etc. Mais la veille de son 12e anniversaire (28 juillet 1988)...

 

... Il tombe à l'eau, en plein Pacifique et en pleine nuit, alors qu'il devait être seul à la barre, en essayant de ramener Stella Artois (qui ne portait pas son harnais de sécurité - et lui non plus du coup) tout en empêchant son ballon de foot fétiche de passer par dessus-bord, ballon qui va lui servir de bouée quelque temps, avant qu'il soit tiré de l'eau. Réveil p.46, par le hurlement de singes, sur une plage déserte. Pas d'eau, pas de nourriture. En bon naufragé, il se dirige vers une hauteur: c'est une île (p.50). Il trouve une grotte pour dormir. Le lendemain, Stella Artois découvre deux écuelles pleine d'eau, et une boite en fer-blanc emplie de tranches de poisson cru et de petites bananes. Le gamin a le bon réflexe de remercier à la cantonade. p.62, il arrive à allumer du feu... ce qui dérange le maître des lieux. 

 

Celui qui a éteint son feu est un vieil homme, qui baragouine quelques mots pour lui interdire de faire du feu et de sortir de sa "moitié d'île": lui, Kensuké, "son île", fait-il comprendre. Le garçon va vite s'apercevoir qu'il est incapable trouver suffisamment de nourriture tout seul, et reste tributaire de celle qui lui est octroyée. "On" finit par lui offrir un tapis et un lit (il remercie à la cantonade). Il lui est déconseillé de nager dans la mer, toujours interdit de faire du feu pour alerter les bateaux passant au large... Quand Michael, par défi, va nager, il est attaqué par une physalie. Kensuké lui sauve (une fois de plus!) la vie. 

 

Nous sommes p.93. À partir de là, les deux naufragés vont vivre ensemble et s'apprivoiser, Kensuké racontant sa vie, ouvrant Michael à sa "zénitude", à sa méticulosité et à son art (le gamin apprend à peindre, à pêcher...). En échange, Michael lui réapprend à parler anglais, lui parle du monde extérieur (cela m'a fait penser qu'en fait, on ne pouvait pas trop décréter qui était le vendredi de l'autre...). Kensuké, de son côté, lui explique pourquoi il souhaite mourir seul sur son île... et lui fait promettre d'attendre 10 ans après son sauvetage pour parler de lui à qui que ce soit. Je passe sur les diverses péripéties qui se déroulent jusqu'à la fin de l'ouvrage (la première page du livre annonçait que l'engagement avait été respecté).

 

Comme dit plus haut, le volume comporte plus d'une quinzaine de petites illustrations en couleur. On trouve encore facilement un certain nombre de blogs qui ont chroniqué ce "folio junior" plus récent que l'autre: Un livre un thé, Tous fans de lecture (dernier billet en 2022), Loudebergh, un très vieux billet (plus vieux que Bastien!) chez Enna, un autre presque aussi vieux chez Laël. En ont aussi parlé Tiphania, Arianne (dernier billet en 2014), lui ou l'autre des auteurs d'Elireblog, Virginie (liste sans doute non exhaustive!).

Enfin, c'est chez Baz'art que j'ai noté l'existence d'un dessin animé

Ce livre de voile et de naufrage a toute sa place dans le challenge Book trip en mer (saison 2) de Fanja

 

10 novembre 2025

L'inconnu de la Grande Arche - Stéphane Demoustier

L'inconnu de la Grande Arche de Stéphane Demoustier est un film intéressant mais j'ai trouvé l'ensemble un petit peu appliqué. Il n'y a pas la démesure que l'on pourrait attendre sur un tel sujet. Vue de près, l'Arche est impressionnante, je suis passée à côté tout récemment. Cela a pris quatre ans pour qu'elle soit achevée. En 1983, l'architectecte Johan Otto Van Spreckelsen (1929-1987), un Danois parfaitement inconnu en France, remporte le concours international d'architecture lancé par le président François Mitterrand. Jusqu'à ce projet, Spreckelsen (Claes Bang) n'avait construit que sa maison et quatre églises au Danemark. Spreckelsen s'installe à Paris avec sa femme, Liv (Sidse Babett Knudsen), qui est aussi son assistante. Sprekelsen a une idée très précise de ce qu'il veut et surtout de ce qu'il ne veut pas. Il doit malgré tout composer avec les normes françaises comme le verre collé qui est interdit. Il veut ce qu'il y a de plus beau comme le marbre de Carrare. Pour bâtir son arche (le Cube comme il appelle), il a le soutien de François Mitterrand (Michel Fau) jusqu'à ce que ce dernier soit battu aux élections législatives en 1986. Pour la maîtrise d'oeuvre, Spreckelsen est aidé par le Français Paul Andreu (Swann Arlaud) qui a construit l'aéroport Charles de Gaulle. On ne voit pas vraiment l'évolution de la construction de l'Arche mais on assiste aux querelles entre l'architecte et ses clients qui aboutissent à ce que Spreckelsen jette l'éponge avant la fin. Et il meurt prématurément. La Grande Arche a été inaugurée en 1989 comme immeuble de bureaux pour le bicentenaire de la révolution française de 1789. J'ai appris plein de choses sur la genèse de la construction de cette Arche. C'est déjà ça. Mais le film n'a pas la force de The Brutalist. Lire le billet de Pascale.

8 novembre 2025

Deux procureurs - Sergei Loznitsa

J'ai vu hier soir la projection d'un film dont je suis sortie sonnée et je n'étais pas la seule à avoir cette impression dans la salle. Deux procureurs de l'Ukrainien Serguei Loznitsa (Une femme douce) est filmé dans un format carré pour l'image, avec des couleurs qui tirent sur le jaune, le gris et l'ocre avec un peu de rouge. Le film est composé de plusieurs séquences marquantes, dont celle qui se passe en prison avec des montées et des descentes d'escaliers qui aboutissent à des sas, des grilles et des portes massives qui se déverrouillent ou se verrouillent. Des gardiens mutiques avec des visages fermés font peser une menace latente. La séquence suivante, toujours en prison, où Kornev, un jeune procureur diplômé depuis trois mois, rencontre le prisonnier Stepniak, un vieux Bolchévique, celui à cause duquel Kornev va sceller son destin. Il faut que je pose le cadre: nous sommes à Briansk, en Russie, en 1937, en pleine terreur stalinienne. Des milliers d'individus croupissent en prison de manière arbitraire et beaucoup sont torturés sans de vrais motifs. Kornev est un homme idéaliste et certainement naïf quand il va plaider la cause de Stepniak auprès du procureur général Vychinsky à Moscou, après un voyage en train où un mutilé de guerre n'arrête pas de parler dans un wagon surpeuplé. Kornev est un jeune homme patient qui attend des heures que le procureur le reçoive. Et le spectateur attend avec lui. On peut noter que le bureau du procureur général ou plutôt son immense salon/salle à manger donne beaucoup de solennité à l'entretien. Il y a de la distance dans la manière de filmer et c'est ce qui donne force au propos. Le scénario est adapté d'un livre de Gueorguy Demidov, qui a connu le goulag pendant plusieurs années. Il faut noter l'interprétation assez extraordinaire de tous les acteurs qui n'ont font jamais trop. Un très très grand film que vous devez voir s'il passe par chez vous. Lire les billets de Miriam et Pascale

7 novembre 2025

HS Charlie Hebdo Cabu - Les femmes à la "Une"

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) mis longtemps avant de me décider entre deux "Hors-série" de Charlie Hebdo pour celui dont je parlerais en ce mois de novembre. 

Hors-série Charlie Hebdo Cabu, Les femmes à la "Une"
Juin-août 2025, Trimestriel #11, 80 pages, plus de 201 dessins. 9,50 euros

 

La majorité des dessins présentés dans ce Hors-série ont été publiés dans Charlie Hebdo. Ils ont été classés en 14 chapitres aux titres évocateurs (à titre d'exemple: la gauche est l'avenir de l'homme; la tranchée libère la femme; Dieu est un gros macho; Saute-au-paf; Maréchal.e, nous voilà! ...). Les dessins choisis ont été réalisés entre 1971 et 2015... Certains des personnages représentés sont bien oubliés depuis (qui se souvient de Madame Pompidou ou de Marie-France Garaud?), cependant que d'autres s'accrochent (Ségolène Royal) derrière le peloton de tête, ou même figurent dans celui-ci (Rachida, Marine...). D'autres femmes sont plus anonymes, génériques, simples témoins... Des brunes, des blondes, plus ou moins innocentes... sans oublier l'immortelle Mère Denis! Des pages entières sont consacrées à telle ou telle personnalité, qu'elle soit féminine, ou caricaturable en raison d'un certain rapport aux femmes (DSK en 2011). Comme toujours, ma sélection d'extraits (ci-dessous) reflète davantage mes choix subjectifs que la totalité de l'album, que je vous invite à vous procurer pour vous en faire votre idée personnelle. 

p.6

p.9 (Bernadette C.)

Ségolène R. et Valérie T. (p.11)

Fille de militaire, Ségolène R. en prend pour son grade (Cabu n'étant pas spécialement militariste), p.14. Elle apparaît au total dans une douzaine de dessins. Mais il est tout autant capable de croquer Cécile D. (p.65).

Dans un autre style, en voici une autre, bien verte aussi, mais à la notoriété plus éphémère (p.16).

 

p.18

Ah, la maternité... Un grand (jeu-) thème (ci-dessus p.19, ci-dessous pp.33 et 32)

 

p.39

Vedette forever (p.51)

p.53

p.39

p.62

p.69 (on distingue vaguement le pantouflard, déjà installé devant le poste, lui...).

 

Sauf erreur de ma part, Marine (ici p.25, au-dessus p.29) apparaît dans à peu près 25 dessins (plus de 10%)... sans mériter pour autant les honneurs de la couv'! 

Ci-dessus, ce dessin de 2015 doit être l'un des derniers dessinés par Cabu (assassiné le 7 janvier, dans une conférence de rédaction où il avait dû être question du dernier livre de monsieur Houellebecq).

Aura-t-on dans les deux années qui viennent d'autres choix que de rejouer le match prévu par Cabu en 2012 (p.30)?

On peut en tout cas se procurer ce Hors-série, comme les autres, sur la boutique du site du journal. Comme cette publication "papier", le site Cabu officiel qui lui est consacré rappelle que Véronique Cabut est la seule et unique détentrice des droits de reproduction et d'exploitation des dessins de Cabu.

**********

Plus de 10 ans après le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo, et alors qu'on s'apprête à commémorer les 10 ans des attentats du 13 novembre 2015, il semble que deux engagements de la République vont peut-être finir par aboutir: une Maison du dessin de presse (annoncée, il y a déjà presque un an, pour 2027 en vue d'une ouverture à Paris et non plus à Limoges), et un Musée-mémorial des victimes du terrorisme. Le retard "à l'allumage" est sans doute dû non tant aux débats philosophico-politiques concernant la forme et la constitution de tels lieux (enjeux de pouvoirs?) qu'au coût financier qu'ils induisent (mise en place et fonctionnement).

Du coup, cela m'amènerait presque à me demander s'il vaut mieux vendre les "bijoux de famille" de la France pour les financer, ces lieux, ou bien attendre benoîtement qu'on nous les braque, ces bijoux de famille?

 

*** Je suis Charlie ***

5 novembre 2025

L'agent - Pascale Dietrich

Dans L'agent de Pascale Dietrich (Edition Liana Levi, 190 pages), on fait la connaissance d'Anthony Barreau, un jeune homme dans la trentaine, bien habillé et vivant avec Papa et Maman, comme il appelle ses deux gros chiens, du côté de l'avenue Foch à Paris. Anthony Barreau est un agent un peu spécial, il travaille avec plusieurs tueurs à gages en les mettant sur des contrats qui lui rapportent dix pour cent. C'est un perfectionniste. Un jour, à un stand de tir, il rencontre Alba, une ancienne championne de biathlon (tir et ski de fond) qui a dû abandonner la compétition. Elle s'entraîne toujours au tir car c'est une de ses passions. Anthony est décidé à l'ajouter dans son groupe de tueurs. À l'autre bout de Paris, dans le XIIème arrondissement, il y a Thérèse, une dame de 75 ans, directrice d'une agence matrimoniale qui bat de l'aile. Elle est surendettée et surtout, elle est victime d'un AVC. Menacée d'être mise en Ehpad par son neveu, Thérèse s'enfuit. Elle va cohabiter avec Anthony dans un camping près de Vierzon. En effet, Anthony, à la suite d'un contrat qui a mal tourné, est obligé de se mettre au vert en se déconnectant. Ce couple improbable est poursuivi par Alba et par des tueurs venus de l'est. Je vous laisse découvrir toutes les péripéties dans ce récit très bien mené avec de l'humour. La fin est amorale mais sympathique. Un très bon roman que je recommande d'une romancière que je ne connaissais pas. Lire les billets d'Aifelle, Alex-mot-à-mots, Vagabondageautourdesoi et Cathulu

3 novembre 2025

Joli mois de mai - Alan Parks

Après Mourir en juin, Janvier noir et L'enfant de février, je continue avec un autre roman d'Alain Park, Joli mois de mai (Rivages Noir, 428 pages prenantes). Ce n'est pas trop grave de lire les romans dans le désordre. On se raccroche au wagon. J'ai encore eu le plaisir de retrouver l'inspecteur Harry McCoy, son adjoint Wattie et son supérieur hiérarchique Murray. Murray avec son épouse est famille d'accueil depuis des années et McCoy fut un des enfants dont s'est occupé Murray. Dans ce tome, l'histoire se passe encore en 1974, entre le 20 et le 31 mai, à Glasgow. Un incendie criminel dans un salon de coiffure a fait cinq victimes. Les trois jeunes incendiaires devaient être conduits en prison mais ils sont enlevés par des inconnus qui leur font vivre un enfer avant de les assassiner l'un après l'autre, au moins deux d'entre eux. McCoy mène plusieurs enquêtes en même temps, où sont impliqués des truands notoires, une femme en mal d'enfant, un prêtre pas "si catholique" que cela, un certain Ally Drummond qui a été harcelé avant qu'il ne tombe d'un toit et Paul Cooper, un ado de 15 ans, qui tourne aussi mal que son père Steve Cooper (le copain depuis 20 ans de McCoy). Une fois encore, McCoy s'arrange avec la loi, mais c'est pour la bonne cause. C'est un enquêteur exceptionnel qui reçoit souvent des coups. Je me suis vraiment attachée à ce personnage. J'ai encore Bobby Mars forever et Les morts d'avril à lire. J'espère que Parks continuera avec les six autres mois de l'année. Lire les billets de Encore du noir, Jean-Marc Laherrère, Nyctalopes et Bigmammy qui sont aussi enthousiastes que moi. 

C'est ma quatrième participation à Sous les pavés, les pages (chez Athalie et Ingannmic).

 

1 novembre 2025

Films vus et non commentés depuis début octobre 2025

Depuis début octobre 2025, j'ai vu quelques films que je n'ai pas chroniqués, peut-être parce qu'ils ne m'ont pas déplu mais que je n'ai pas trouvé grand-chose à en dire. Voici un premier billet.

 

Classe moyenne d'Antony Cordier est une comédie caustique dans laquelle on assiste à une lutte des classes où tous les coups sont permis. Tous sont des profiteurs et ils n'ont pas beaucoup de scrupules. Un pauvre jeune avocat en fera les frais. La confrontation entre, d'une part, Philippe Trousselard (Laurent Lafitte, encore lui), avocat d'affaires et sa femme Laurence (Elodie Bouchez) qui fut actrice, et le couple Azizi, Ramzy Bedia et Laure Calamy, d'autre part, est assez jubilatoire. Les Azizi s'occupent à l'année de la villa des Trousselard. Une canalisation bouchée et une chemise d'homme irrécupérable vont provoquer un enchaînement de situations jusqu'au drame final que j'ai malheureusement trouvé plausible. C'est un film très bien joué. Lire le billet de Selenie

 

Une bataille après l'autre de Paul Thomas Anderson est une libre adaptation du roman Vineland de Thomas Pynchon (pas lu). L'histoire se passe dans une Amérique en proie au fascisme dans le passé et dans un futur proche en Californie. Un groupe de révolutionnaires d'extrême-gauche fait évader des migrants. "Ghetto Pat" (Leonardo di Caprio) est à la tête de ce groupe. Il vit une passion avec une Afro-américaine, Perfidia Beverley Hills, qui va le quitter après avoir accouché d'une petite fille, Charlene. Face à eux, il y un commandant, un certain Lockjaw (Sean Penn), un homme qui fait une fixation sur Perfidia. J'avoue que les personnages et l'histoire ne m'ont pas vraiment intéressée. Il y a quelques moments dans la réalisation assez virtuoses, comme la poursuite entre deux voitures à la fin. Sean Penn en fait des tonnes. On ne voit pas vieillir les personnages interprétés par Leonardo di Caprio et Sean Penn. Ils n'ont pas une ride de plus alors qu'il se passe une période de 16 ans entre le début et la fin du film. Même si je ne me suis pas ennuyée, le film qui dure 2h40 est un peu long pour ce qu'il raconte. Du réalisateur, j'avais nettement préféré There Will Be Blood (un chef-d'oeuvre) et Phantom Thread. Lire les billets de Pascale, Princecranoir, Selenie qui sont nettement plus enthousiastes que moi.

 

A suivre...

30 octobre 2025

Mes seize ans dans la Marine - Eric Bréchon

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais une fois de plus vous présenter un récit "bateau". Cette fois-ci, il ne s'agit pas d'un roman, mais d'un témoignage, un véritable "récit de vie". 

Eric Bréchon, Mes seize ans dans la Marine, Une Odyssée au XXe siècle,
Vérone éditions, collection Authentique, 2025, 573 pages

 

La Marine dont il est question, ici, c'est notre Marine nationale, la marine militaire, la marine de guerre. Mais contrairement à ce qu'il se passait dans le roman que j'avais présenté ici, le "héros" n'en a pas été un officier, mais un "officier marinier" (équivalent dans la Marine des "sous-officiers" des autres armes). 

 

Pour faire éditer ses souvenirs de jeunesse (il est né en novembre 1956), l'auteur s'est donc tourné vers les éditions Vérone. En regardant sur leur site, j'ai eu un peu de mal à voir si cette Maison pratique (ou non) ce qui s'apparenterait à ce que l'on désignait jadis sous le vocable quelque peu péjoratif des "éditions à compte d'auteur" (où vous payez pour obtenir un mètre cube de "votre" livre qu'il ne vous reste plus qu'à stocker, diffuser, distribuer et/ou vendre). Ils demandent en fait une "participation aux frais de maquettage", mais le site n'en précise pas le montant, ni le tirage des ouvrages. J'ai en tout cas cru comprendre (information trouvée en quelques clics sur la Toile) que l'activité était fort profitable à la Maison et à ses actionnaires (chiffre d'affaires oscillant entre 1,5 et 2 millions d'euros, bénéfice annuel de plusieurs centaines d'euros pour une entreprise comportant plusieurs salarié(e)s, dividende de plusieurs dizaines de milliers d'euros distribué chaque année au prorata des 500 actions représentant le capital social de l'entreprise). J'aimerais bien en connaître le "modèle économique" exact! Ce sujet mériterait certainement un article à soi tout seul. Mais bref, revenons à notre à Odyssée

 

Les origines familiales et l'enfance de l'auteur occupent le début de l'ouvrage jusqu'à la page 50, lorsqu'il découvre l'existence de "l'école des Mousses" à laquelle il postule dès qu'il peut (c'est possible à partir de l'âge de 15 ans) en vue de la rentrée 1972. Après une première année de cours à Brest (Finistère [29]), il choisit la spécialité de "transfiliste" (enseignée à "l'école des transmissions") pour laquelle il va donc rejoindre Saint-Mandrier (Var [83]), p.73. Après ses quatre mois de cours, il obtient sa première affectation en tant que Quartier-maître à la base aéronavale d'Aspretto (Corse). Il n'a pas 18 ans. À partir de là, c'est toute une carrière "marine" et la vie à côté (escales, permissions, vie en-dehors du service) qui se déroule devant nos yeux (avec de loin en loin quelques informations sur sa famille). Il entame sa reconversion professionnelle en 1988, à près de 32 ans, alors qu'il est encore affecté à bord du porte-avions Foch (à l'époque en travaux à Toulon). Il quitte le navire fin mai 1988, en congé jusqu'au 1er octobre (date à laquelle sont ouverts ses droits à pension militaire). Nous sommes p.571, il évoque à peine sa seconde carrière (dans le secteur social, comme "moniteur éducateur") en quelques lignes. En attendant un prochain volume de ses mémoires?

 

Tout au long donc de ces centaines de pages, Eric Bréchon nous livre un récit très détaillé pour lequel on peut supposer qu'il s'est bien appuyé sur son EGS (état général des services). D'affectation en affectation dans des postes successifs, on le voit avancer dans sa carrière, être affecté outremer, naviguer plus ou moins longtemps sur un navire puis sur un autre (Charente, Isère, Tartu, Henry, Foch), occuper un poste à terre dans telle ou telle base navale, sous les ordres de tel ou tel officier et commandant, faire escale dans tel ou tel port ou pays (et y faire du tourisme sans se contenter des "bars à matelots" locaux)... Parfois jour par jour ou mois par mois, il ne nous fait grâce de rien, même pas des motos ou autos dont il a été propriétaire ou copropriétaire, et en tout cas pas des jeunes filles ou femmes qu'il a pu connaître durant ces fameux 16 ans. Nous avons ainsi droit ici ou là dans l'ouvrage à la présentation de ses copines successives lors de ses affectations, de la première à (?) la dernière, des très provisoires aux engagements plus durables. On suit les évolutions des techniques de transmissions. On peut se demander s'il s'est fait aider ou non pour la rédaction de son texte. Il nous y parle même de ses anniversaires, dont celui de ses "16 ans", qu'a suivi la signature de son engagement dans la Marine pour 5 ans (signature émancipatrice, à une époque où la Majorité était encore à 21 ans) [est-ce volontairement, ou non, que le titre de l'ouvrage possède ce double sens de durée et d'événement?]. En tout cas, si celui-ci ne brille pas par le style, il fourmille d'anecdotes, que celles-ci lui soient arrivées personnellement, qu'il en ait été témoin ou qu'il en ait entendu parler. On trouve quelques photos (en N&B) pp.374-293, celles-ci ont pu également servir de support pour retracer certains événements.

 

C'est un livre certainement susceptible d'intéresser d'anciens marins qui ont pu suivre le même cursus, exercer la même spécialité, naviguer sur les mêmes navires, servir sous les mêmes officiers... et à qui, peut-être, cela évoquera leurs propres souvenirs. Entre les cours, les affectations, les marins de carrière avaient diverses occasions de se croiser ou d'entendre parler les uns des autres. Il est sûr que, dans les années 1970-1980, avant que le "tourisme de masse "devienne la norme, choisir ce métier, pour un jeune homme d'origine modeste, pouvait permettre de "voir du pays" et d'épater d'anciens copains d'enfance plus casaniers. Si certains ont pu jadis être plus ou moins obligés d'entrer à l'école des mousses suite à quelques grosses bêtises, dans le but que la vie collective et la discipline militaire les (re)mettent sur le droit chemin, je crois qu'il a existé aussi à l'autre bout du spectre des cas où un jeune "volontaire" allait jusqu'à imiter la signature paternelle sur la paperasse nécessaire... et papa n'avait plus qu'à assumer quand arrivait la lettre d'admission à l'école (tout de même fier du choix de fiston). Et aujourd'hui?

 

Engagez-vous, qu'ils disent... La Marine a aujourd'hui des objectifs annuels de recrutement, dans une logique de "réarmement" et de remise à niveau après des décennies de désinvestissement où l'on pensait récolter les "dividendes de la paix" (après la chute de l'URSS), époque où le nombre de postes d'officiers mariniers, notamment, a bien diminué. Et elle continue bien évidemment à cibler des jeunes qu'elle formera dès le départ. 

Ceux-ci (et aussi celles-ci) peuvent découvrir la Marine nationale par le canal des "PMM (Préparation militaire marine)", proposées chaque année dans plus de 90 centres, qui offrent un total d'environ 3500 places. Les chiffres montrent paraît-il que sur ceux qui sont ainsi formés, environ 800 s'engageront ensuite dans la "réserve" ou feront carrière dans la Marine. 

L'Ecole des Mousses, qui avait fermé en juillet 1988, renaît en septembre 2009 à Brest, pour former aujourd'hui environ 250 jeunes matelots par an. L'Ecole de maistrance, à Brest, qui n'a jamais cessé ses activités, a connu l'ouverture d'une antenne à Saint-Mandrier (Var) en 2018. Elle forme environ 1200 jeunes officiers mariniers par an. 

Même s'il est probable que beaucoup de jeunes candidats ont, par tradition familiale, déjà un lien, sinon avec la marine, du moins avec les métiers militaires, il est tout à fait possible à tout jeune homme ou toute jeune femme de viser une carrière dans la Marine.

 

Cet ouvrage participe, naturellement, au challenge Book trip en mer (saison 2) chez Fanja.

 

29 octobre 2025

L'étranger - François Ozon

Aujourd'hui, mercredi 29 octobre 2025, sort en salle une adaptation de L'étranger d'après le roman d'Albert Camus paru en 1942. François Ozon a filmé dans un noir et blanc magnifique cette histoire qui commence par une phrase tiré du roman quand on demande à Meursault pourquoi il est a atterri en prison et qu'il répond : "J'ai tué un Arabe". Benjamin Voisin (remarquable) qui interprète Meursault ne parle presque pas pendant la première heure du film. On est dans l'Algérie française de 1935, époque coloniale où les "Indigènes" ne sont pas autorisés par exemple à aller dans les salles de cinéma. Ozon est resté proche de l'intrigue du roman L'étranger. Il en a fait un long flash-back qui commence quand Meursault (qui travaille dans un bureau) reçoit un télégramme lui annonçant que sa mère vient de mourir. Il se rend à ses obsèques dans l'asile où elle était pensionnaire depuis quelque temps. On lui demande de veiller sa mère toute une nuit, cercueil fermé. C'est lui qui n'a pas voulu la voir. Il semble indifférent à tout ce qui se passe. On lui reprochera beaucoup son attitude lors de son procès. Très vite, il reprend sa vie et a une liaison avec Marie Cardona (Rebecca Marder), une jeune dactylo dont il avait fait connaissance quelques années auparavant. Elle tombe amoureuse de lui et voudrait se marier. Il répond "Pourquoi pas?". Et puis, il y a le meurtre d'un jeune Arabe que Meursault abat d'abord d'un coup de pistolet suivi par quatre autres tirs sur le corps sans vie. Je vous laisse découvrir les prémices. Quand on lui demande à un moment donné pourquoi il a tiré, il répond très simplement : "à cause du soleil". Plusieurs témoins défilent à son procès dont quelques-uns qui le défendent. Meursault, jusqu'au bout, reste un personnage énigmatique mais passionnant car devant un prêtre, il est capable de sortir de ses gonds. C'est la seule fois où on le voit réagir violemment. J'ai vu ce film en avant-première dans une salle attentive avec des spectateurs de tous âges. Personnellement, j'ai aimé ce film pour l'interprétation, le noir et blanc éclatant et pour le fait qu'il m'a donné envie de relire le roman, un vieux souvenir de lecture d'il y a plus de 45 ans.

28 octobre 2025

La femme la plus riche du monde - Thierry Klifa

Voici un film qui m’a mise mal à l’aise. J'ai trouvé La femme la plus riche du monde vulgaire, en particulier le texte dit par Laurent Laffite qui enchaîne les propos graveleux. Personnellement, j’ai été consternée. Surtout que le texte des autres acteurs n’est pas aussi cru. C’est certainement voulu et des spectateurs riaient dans la salle. Personnellement, ce genre d'humour en dessous de la ceinture ne me fait pas rire du tout. Je dois être bégueule.
Je suis allée voir ce film en avant-première pour Isabelle Huppert, pour Marina Foïs et aussi pour l’évocation de l’affaire Liliane Bettencourt et du photographe François-Marie Banier qui a été condamné pour abus de faiblesse. Certains personnages sont intéressants mais pas assez développés comme celui de Jérôme, le factotum de la famille pendant 12 ans, très bien joué par Raphaël Personnaz. André Marcon en mari d’Isabelle Huppert est toujours très sobre, ainsi que Mathieu Demy en mari de Frédérique (Marina Foïs). Marina Foïs est émouvante dans le rôle de la fille mal-aimée de Marianne (Isabelle Huppert). Quant à Laurent Lafitte avec sa coiffure improbable, il est insupportable dans le rôle de Pierre-Alain Fantin qui pousse Marianne à lui verser des sommes folles. On peut se demander pourquoi l’amant de Pierre-Alain, Raphaël d’Alloz (Joseph Olivennes), reste avec lui. Vous l’aurez compris, je n’ai pas aimé ce film qui sort en salle le 29 octobre prochain. Le réalisateur Thierry Klifa a dédié le film à sa mère....

26 octobre 2025

Asterix en Lusitanie - Didier Conrad et Fabcaro

Je n'a pas résisté à me procurer le nouvel album d'Astérix, Astérix en Lusitanie (Editions Hachette Livres - Goscinny - Uderzo, 48 pages distrayantes) paru le 23 octobre dernier. Comme son titre l'indique, les aventures d'Astérix, Obelix et Idefix les emmènent au Portugal, du côté de Lisbonne (Olisipo en latin). Boulquiès, qui avait travaillé sur le  chantier du Domaine des dieux, vient demander de l'aide au village gaulois car Mavubès, un ami compatriote, est accusé d'avoir voulu empoisonner César avec du garum et il est menacé d'être jeté aux lions. C'est un complot fomenté par Pirespès, un traitre "de père en fils" qui ne rêve que de gloire. Le voyage entre la Bretagne et le sud du Portugal se passe bien grâce au concours d'Epidemaïs (Astérix Gladiateur) qui exploite toujours autant ses clients comme ses associés en les faisant ramer. Arrivés à destination, Asterix et Obelix font des rencontres de personnages qui vont les aider à délivrer Mavubès et l'innocenter par la même occasion. C'est l'occasion d'entendre du fado avec des paroles si tristes qu'elles dépriment tout le monde. Obelix n'est pas ravi de n'avoir que du Bacalhau (morue) au menu. Mais il se montre doué pour chanter le fado. C'est un album plaisant à lire et je vous le recommande rien que pour Astérix et Obélix déguisés en Lusitaniens.

 

 

25 octobre 2025

Tag "Si j'avais une librairie"

Cela fait fort longtemps que dasola ou même moi (ta d loi du cine, "squatter" sur son blog) n'avons plus participé à des "Tags" de la blogosphère.

En voici un qui fait rêver (surtout à l'approche de la retraite...): "Si j'avais une librairie". Je l'ai déniché récemment chez La bibliothèque Roz, qui a transposé un tag d'origine américain et qui dit: "Ce TAG consiste à imaginer la librairie de ses rêves et à la présenter, en répondant à 9 questions. Bien sûr, on est dans le rêve et le plaisir, on a aucune contrainte administrative ou financière, tout est possible. Je me suis bien amusée à rêver ma librairie, j’espère qu’elle vous plaira."

Voici mes propres réponses. 

 

1) Quels sont les horaires d’ouverture ?

Je pense que je me concentrerai sur des horaires en fin d'après-midi et en soirée, pour permettre aux lectrices et lecteurs de venir après leur journée de travail... 16 h - 22 h? Pour moi, ça me correspondrait bien, je suis plutôt du soir...

2) Y a-t-il de la musique d’ambiance ? Si oui, de quel genre ?

Je n'en vois pas l'utilité...

3) Y a-t-il un bar à café ?

La bonne question, déjà, est: y a-t-il des sièges, pour "se poser"?
Pourquoi pas... Je me rappelle avoir financé un projet de "Librairie-café" à Paris, dont les deux jeunes "porteurs de projet" avaient pris le concept en Amérique du Nord... 
Je connais aussi une ou deux librairies parisiennes (en neuf ou en occasion) qui proposent de la petite restauration et des boissons chaudes... 
Après, est-ce que cela a un effet positif sur le "chiffre d'affaires" ou pas, je ne sais pas!

4) Les clients sont-ils encouragés à s’attarder ?

Je ne sais pas... (ils ou elles ont peut-être envie de regagner leur domicile après une journée de boulot!).
Je pense que cela est lié à la question 5 et à la question 3...

5) La librairie propose-t-elle des évènements ?

Séances de dédicaces, séances de lecture par l'auteur... Oui bien sûr (avec l'idée que les livres seront "en vente" en nombre le jour même!).

6) Dans quel environnement est située la librairie ?

À Paris, dans une rue pas forcément passante, mais pas au fin fond de la banlieue non plus!
Pas trop loin d'une station de métro.
Dans un environnement qui n'est pas exclusivement "immeubles de bureau" mais où il y a aussi du résidentiel. 
Dans un environnement qui n'est pas exclusivement "populaire" (un peu de "résidences sociales", mais aussi du locatif privé, des propriétaires habitants...). 
Ou alors, dans une petite ville de province un peu endormie (5 à 10 000 habitants?), où il existe une bibliothèque (donc un lectorat), mais pas ou plus de librairie... et peut-être des locaux commerciaux à bas prix...

7) À quoi ressemble cette librairie ?

Beaucoup de livres dans des bibliothèques au mur...
Quelques tables pour mise en valeur de livres sur des thématiques données... 
Forcément de l'éclairage artificiel... En source d'éclairage, des "leds" (qui ne consomment pas trop!), mais dissimulés sous de vieux lampadaires, de vieilles appliques, des vieilles lampes à abat-jour...
J'aimerais bien pouvoir aussi gérer "à côté" une activité "livres d'occasion", avec des bacs où ils sont rangés verticalement et où l'on peut "feuilleter" rapidement les couvertures. Mais c'est vrai que c'est un autre métier... (pratiquement, le produit "livre de seconde main" se décotant excessivement vite, il faut quasiment les acheter "au poids" ou faire à ceux qui veulent se débarrasser des livres qui les encombrent la faveur de les leur reprendre gratuitement...).

8) Quels types de livres peut-on trouver dans votre librairie ?

Voir ci-dessus...
Plutôt de la fiction (y compris science-fiction), de la bande dessinée et des mangas... 
Des sciences humaines (mais pas de philo ni de théologie, si je suis mes propres centres d'intérêt!). 
De l'économie (classique, mais aussi sociale et solidaire), des ouvrages sur la création d'entreprise, sur l'agriculture et l'élevage bio...
Après, dans une librairie, le client peut commander tout livre qu'il veut se procurer!

9) Quel est le nom de votre librairie ?

Vingt ans après!
... Parce que, quand j'étais lycéen puis étudiant, jadis, j'ai longtemps eu plaisir à fréquenter une librairie (disparue il y a trois ou quatre décennies en fait) qui s'appelait... Les Trois Mousquetaires.

... Et je (ta d loi du cine) rajoute tout de même une question:
10) Quel est le modèle économique de cette librairie ?

Je pars du principe que je me "fais plaisir" avec cette activité, sans avoir besoin de compter sur elle pour me dégager le revenu minimal me permettant de vivre (celui-ci étant, idéalement, assuré par autre chose - ma retraite, par exemple). 
Je me rappelle avoir entendu parler d'un propriétaire de librairie qui avait dit au gérant mis en place: "écoute, toi et ton équipe, vous pouvez perdre jusqu'à 50 000 francs [suisses] par mois. Au-delà, je fermerai la librairie." Cette histoire (qui remonte aussi à plusieurs décennies) m'a toujours fait rêver...

24 octobre 2025

L'enfant de février - Alan Parks

Comme je l'avais évoqué à la fin de mon billet sur Janvier noir, je viens de terminer L'enfant de février d'Alan Parks (Edition Rivages Noir, 460 pages) qui comme son titre l'indique se passe au mois de février (1973), à peine un mois après l'histoire de Janvier noir. J'ai retrouvé avec plaisir, à Glasgow, l'inspecteur Harry McCoy, son adjoint Wattie et son supérieur hiérarchique Murray. Et on a aussi l'ami d'enfance d'Harry, Steve Cooper, qui, lui, a mal tourné. Il est devenu un truand notoire mais entre lui et McCoy, il y a des liens indéfectibles remontant à ce qu'ils ont vécu quand ils ont été dans des institutions pour jeunes orphelins (ou non). Sinon, l'histoire débute avec l'assassinat de Charlie Jackson, un jeune footballeur plein d'avenir retrouvé tué et mutilé sur un toit d'immeuble. Il était fiancé avec Elaine Scobie, la fille de Jake Scobie, un baron de la drogue. Sur le ventre de Charlie, le tueur a écrit "Bye Bye". Plus tard, Jake Scobie lui-même est torturé et tué par le même tueur. McCoy est rapidement sur la piste d'un certain Connolly, un psychopathe, un des gardes du corps de Scobie. Ce Connolly fait une fixation sur Elaine et il élimine tout ceux qui se dresse sur sa route. L'intrigue est toujours très bien menée. La ville de Glasgow en arrière-plan est un des éléments essentiels de l'histoire. La météo qui varie entre pluie et neige renforce la tristesse qui se dégage du roman. Je pense que les volumes de la série peuvent se lire dans le désordre. Le prochain sur ma liste se passe en mai 1974. Sinon, la photo de couverture a été prise par Raymond Depardon. Lire les billets d'Encore du noir, Pierre Faverolle, Richard, Nyctalopes

C'est ma troisième participation à Sous les pavés, les pages (chez Athalie et Ingannmic).

 

20 octobre 2025

Lumière pâle sur les collines - Kei Ishikawa

J'annonce tout de suite que je n'ai pas lu le roman de Kazuo Ishiguro (Prix Nobel de Littérature 2017) dont le film Lumière pâle sur les collines est une adaptation. Kei Ishikawa, le réalisateur, en est aussi le scénariste. L'histoire alterne entre 1952 à Nagasaki et trente ans plus tard en Angleterre. En 1982, Etsuko, une femme d'âge mur, accueille sa deuxième fille Niki dans sa maison située en Angleterre. Elle a décidé de la vendre maintenant qu'elle est veuve pour la deuxième fois. Niki, elle, voudrait écrire sur Nagasaki et ce qui s'est passé. En 1952, Etsuko est une jeune femme mariée depuis peu avec Jiro dont on devine assez vite qu'il a la main droite atrophiée. 1952, c'est sept ans après la bombe atomique lancée sur la ville le 9 août 1945 qui a fait plus de 60 000 victimes et des milliers d'irradiés. Etsuko, qui est enceinte, est très dévouée à son mari un peu tyrannique. Elle a un beau-père, Ogata-san, qui ne se remet pas de la défaite du Japon. Elle se lit d'amitié avec Sachiko, une voisine mère célibataire qui a une petite fille assez agitée qui porte des stigmates suite au bombardement. En 1982, on apprend que Keiko, la première fille d'Etsuko, s'est suicidée. Elle n'a semble-t-il pas supporté l'exil. Niki, qui est eurasienne, est née de la deuxième union d'Etsuko avec un Anglais. Toute la partie qui se passe en 1952 bénéficie d'une belle lumière. La partie plus contemporaine qui se passe intégralement dans la maison d'Etsuko est filmée dans les tons plus sombres. Dans le film, il semble qu'il y ait un personnage qui n'est pas dans le roman et qui a beaucoup troublé les quelques spectatrices qui étaient dans la salle avec moi. Elles n'ont pas compris toute la fin du film. Je ne vous en dirais pas plus. C'est un film qui se laisse voir rien que pour les actrices. Lire le billet de Selenie (pas enthousiaste).

19 octobre 2025

Les blondes et papa - Exbrayat

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me suis quelque temps demandé en le lisant, après l'avoir acheté quelques dizaines de centimes d'euros, si ce vieil exemplaire paru au Club des masques en 1971 (réédition d'un titre "copyright 1961" plus vieux que moi...) pouvait, ou non, être lu par... les enfants.

Exbrayat, Les blondes et papa [...], Librairie des Champs Elysées, Club des Masques N°126,
mars 1971 (copyright 1961), 249 pages

 

Curieusement, ni la couverture, ni la tranche, ni la liste des dernières parutions en fin d'ouvrage n'indiquent de points de suspension après les quatre mots du titre, mais page de garde et page de titre indiquent bien "Les blondes et papa...". Et il ne s'agit pas d'une erreur de traduction. D'Exbrayat, je n'avais lu jusqu'à présent que la série de son Imogène (alors que, dans ma jeunesse, tout comme dasola mais bien avant qu'on se connaisse, je collectionnais, dans cette même série "Club des Masques", les titres d'Agatha Christie qui en formaient probablement la première "locomotive"). Comme Imogène, Les blondes et papa... est situé au Royaume-Uni - alors que Charles Exbrayat (1906-1989) est un écrivain français (mais a apparemment rempli le rôle de deuxième locomotive de la collection). 

 

Dans ce "roman policier humoristique", plusieurs histoires de couples s'entremêlent pour former ce que je me permettrais d'appeler une "romance policière". L'un de ces couples (mais non le moindre) totalise un âge de 25 ans. La piste qu'ils annoncent aux policiers, bien que concernant un innocent, permet finalement de mettre la main sur le véritable coupable, qui... Mais je vais commencer par le début. 

 

Buddug, fillette de 12 ans, vit (et fait ses études) avec son papa (comptable et veuf) Ianto Morgan dans la petite ville de Brecon, en Pays de Galles méridional. Très mûre pour son âge, c'est elle qui accueille en robe de chambre et silence réprobateur celui-ci lorsqu'il rejoint le logis familial passablement ivre après une soirée à l'extérieur. Son condisciple, Caradoc (le fiancé qu'elle s'est choisie deux ans plus tôt) a lui-même une maman brune, Price Meredith, qui s'est trouvée veuve à peu près quand Ianto est devenu veuf, et il ne lui est pas indifférent. Que croyez-vous qu'il va arriver? 

 

Hé bien, alors que Ianto se trouve en galante compagnie (une blonde mal mariée qu'il connaît depuis 8 jours), le cadavre du mari de celle-ci est découvert, avec lui-même tenant en main l'arme du crime. Arrestation immédiate... Il ne reste plus à Buddug (qui convainc Caradoc de son innocence) à mener l'enquête, avec le soutien, entre autres, de la tante dudit Caradoc (la soeur de son père), vieille fille imposante (six pied de haut), d'une aide fort appréciable lors d'un interrogatoire (sans aller cependant jusqu'au troisième degré!).

 

Et c'est comme ça que la machination sera dévoilée, alors que la police pataugeait quelque peu, représentée par un inspecteur sagace et placide et un sergent frivole, que l'enquête oblige à annuler successivement tous les rendez-vous avec sa "blonde" (qui se serait bien vue la bague au doigt, mais faut pas pousser tout de même). Quant à ce qu'il en pensait, lui, "ce n'était pas parce qu'il était entré dans la police de Sa Majesté qu'il devait renoncer à fonder une famille ou, sans aller si loin, à connaître le plaisir des tendresses partagées!" (p.206) Qu'en termes délicats ces choses-là sont dites. 

 

Disons encore que l'enquête s'était égarée en direction d'un docteur capable de donner comme alibi pour la semaine précédente l'accouchement d'une de ses patientes... lorsque celle-ci l'appelle d'urgence pour la même raison! On voit qu'il y a matière à rire. Je citerai encore quelques moments désopilants, ceux où  les plus jeunes de nos tourtereaux finissent par arriver à la conclusion que les enfants ne naissent pas dans les choux, mais surviennent lorsque (et seulement lorsque) deux personnes de sexe opposé (et adultes, bien sûr) s'embrassent passionnément sur la bouche (et si ça dure, risque de jumeaux?). Bon, question naïveté ou candeur, je me demande où en sont aujourd'hui de jeunes lecteurs et lectrices de 12-13 ans, par rapport à ceux de 1961 ou 1971...?

 

... Et c'est pour cela que, tout compte fait, je me permets de faire candidater ce titre pour le "challenge littérature jeunesse 2025-2026" chez PatiVore! Il rentre aussi dans le cadre du challenge "2025 sera classique aussi!" organisé par Nathalie.

On peut trouver un billet concernant ce livre sur le blog d'une famille de lectrices "Lectureenfantparent".

16 octobre 2025

3000e billet sur le blog de dasola... (déjà?!?)

Dans le 2000e billet publié sur le blog de dasola (il y a un peu plus de six ans, le 3 septembre 2019), on prévoyais le 3000e pour l'année 2029: en fait, nous voici donc / le voici donc avec plus de trois ans d'avance... Peut-être une des raisons est-elle qu'à l'époque sur ces 2000 billets, j'en avais rédigé moi-même (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) moins de 100, tandis que ces dernières années, environ un tiers des billets sont * de ma plume (et de mon style): sur ces 3000, plus de 400 me sont désormais dûs. 

 

Au-delà du symbole et de la simple "célébration", on peut à tout moment retrouver la (désormais longue) série des billets "bloganniversaire" ou "chiffre symbolique" précédents via le tag "Vie du blog" (colonne de gauche). Certains de ces billets ont déjà bien analysé, au fil des ans, manière de bloguer, chiffres, changements sur la blogosphère, et autres sujets de ce genre. Mais celle-ci a bien évolué en près de 19 ans (le blog de dasola célèbrera son 19e bloganniv' le 9 janvier 2026). Je pense que le contenu des billets y sera détaillé. Aujourd'hui, je vais plutôt parler des évolutions de la blogosphère et de ses usages.

 

Les blogs, il y a les anciens, et les nouveaux. En ce qui concerne les nouveaux blogs, parfois, des articles magnifiques... amènent à se demander quelle y est la part d'une rédaction assistée (à tout le moins) par une intelligence artificielle (et c'est sûr qu'on ne se posait pas la question il y a 10 ans ou même cinq). À l'inverse, dans des blogs "vétérans", l'on voit des billets intéressants apparaître, on se dit "chouette, une oeuvre que je connais, je vais pouvoir faire un commentaire..." et, vérification faite, il s'agit juste d'un billet déjà paru dont la date a été changée... comme en témoigne le commentaire, datant de plusieurs années, qu'on retrouve dessous! Je me refuse à cette "tricherie". Par contre, je me rappelle que, dans les premiers temps du blog de dasola où certains billets sont longtemps restés sans un seul commentaire, on publiait régulièrement des listes d'articles "orphelins de commentaires" (avec le lien y amenant)... et, à force (lointaine époque déjà!), on a fini par faire en sorte qu'il n'en reste plus un seul.

 

En caricaturant à peine, je dirais qu'il y a plusieurs attitudes possibles par rapport aux commentaires. Celle (un peu idiote?) consistant à se dire "ah, c'est super, ma prose est très intéressante et les lecteurs en reconnaissent le mérite" et ça s'arrête là (ni réponse ni "réciprocité"). Celle (plus polie) consistant à répondre systématiquement aux commentaires faits, sous ceux-ci. Et enfin, la bonne (selon moi), celle qui joue le jeu de la "réciprocité entre blogueurs", en allant voir le blog de l'internaute ayant fait un commentaire chez moi, jusqu'à y trouver quelque chose à dire (et cela ne m'empêche pas, en plus, de répondre sur mon propre blog, pourquoi pas?). Depuis quelques années, c'est vrai, les plateformes mettent de plus en plus de "bâtons dans les roues" aux échanges: difficulté à commenter si l'on n'est pas inscrit soit à la plateforme soit à un "système de profil" plus ou moins global (centralisation de données personnelles...), protection par Capchat, ou par "Askimet" (beaucoup plus draconienne? Je crois même que certains mots entraînent l'interdiction de publier un commentaire ici ou là - il faut alors utiliser une périphrase), passage en "SPAM" de tous commentateurs pas encore connus et "acceptés" sur le blog (SPAM dont la consultation n'est pas systématique faute d'alerte spécifique envoyée au blogueur concerné)... Et la machine de telle ou telle plateforme peut même avoir "la mémoire longue", en vous flanquant en rouge un "Vous avez déjà soumis ce commentaire récemment"!

 

Je pense qu'il est de plus en plus difficile de nouer de nouveaux liens "entre blogueurs (avec l'impression qu'il s'agit d'une volonté délibérée de "la profession" - celle des plateformes de blogs). Il y a 15 ans, on surfait "librement" sans se préoccuper de la plateforme. Désormais, chaque blog doit se contenter de sa poignée de contacts acquis, qui bien évidemment s'érode au fil du temps. Par exemple, la plateforme Wordpress, qui représente désormais peut-être la moitié des blogs actifs (et la plupart des nouveaux) ne donne plus que les liens vers les blogs "wordpress" ou éventuellement ceux qui utilisent les services d'un "avatar" (encore des données personnelles à mettre en ligne...)! Ses "pings" (avis automatique de lien figurant dans un billet de blog) prennent seulement en compte les billets publiés sur la plateforme (sauf erreur de ma part). 

 

Il est aujourd'hui quasiment impossible de trouver via un moteur de recherche les blogs ayant parlé d'une oeuvre (livre ou film). Ça, pour être protégées, elles sont protégées, nos données personnelles (merci, RGPD!), y compris à l'insu de notre plein gré. Résultat? Les algorithmes des moteurs de recherche invisibilisent désormais les blogs extrêmement vite. On ne peut plus guère en "découvrir" de nouveaux qu'au hasard des commentaires figurant sous des billets. Et même si l'on s'obstine à une quête de plus en plus difficile, je crois pouvoir assimiler la "chasse aux nouveaux blogs" à de la "prospection minière". Sachant que dasola et moi prenons plutôt l'option de ne laisser des commentaires que sous des billets parlant d'oeuvres que nous avons lues ou éventuellement pourrions lire, avec le temps, il faut se contenter de "gisements" où la teneur en "matière première utile" est de plus en plus faible... Et la recherche demande de plus en plus d'efforts pour être en fin de compte de moins en moins productive (évolution du "blogging" elle-même liée aux évolutions des plateformes qui ne font rien pour permettre de renforcer les liens entre des blogueurs "libres" - mais je radote, il est temps de conclure!). 

 

Deux mots encore, sur les challenges d'une part, sur la longueur des commentaires reçus chez dasola d'autre part. Participer à un challenge thématique présente plusieurs avantages. En s'y inscrivant à l'avance, cela aide au "passage à l'acte" pour un titre qui traînait en PAL ou en LAL depuis un certain temps, en donnant un objectif de date pour la rédaction d'un billet. La liste des autres participants permet soit de découvrir des titres inconnus, soit de varier les points de vue sur un livre déjà lu. Et puis, cela "mutualise" aussi la notoriété des blogs participants, pour autant que l'on fasse l'effort, donc, de regarder aussi les contributions des autres. Du coup, il est également intéressant de gérer d'éventuelles inscriptions "rétrospectives", en demandant le référencement d'un billet rédigé avant d'avoir eu connaissance du challenge mais durant sa période d'ouverture (il suffit en général de rajouter dans le billet rédigé nom et logo du challenge). Côté organisateur, certaines et certains (et j'en fais partie) arrivent à maintenir une bonne "veille" et à attirer l'attention des auteurs de billets sur la possibilité qu'ils ont de faire référencer le leur chez tel ou tel challenge. C'est bien, les challenges. De même qu'on repart d'un "Café philo" (où l'on était venu avec sa propre question) avec... les questions de tous les autres participants, de même on ressort d'un challenge avec une LAL à rallonge. Cela dit, ça génère du trafic en terme de commentaires, si tout le monde joue le jeu.

 

Côté longueur de commentaires, je suis retombé récemment sur une question d'une blogueuse désormais en pause (Erwelyn, sous le 2500e billet) qui se demandait si son propre commentaire allait figurer parmi les plus longs.  Je peux signaler qu'avec plus de 3050 caractères, elle rentrait dans le "top 15" parmi les plus de... 30 000 commentaires de l'époque [février 2023]. Le plus long dépassait les 4300 caractères et datait de 2021, tandis que les 13 autres à dépasser les 3000 caractères remontaient tous à avant 2012... Quatre consistaient en des réponses à des questionnaires cinéphiles. À l'autre bout du corpus, on a quelque 25 commentaires de 6 caractères ou moins (parfois quelques signes de ponctuation reconstituant un"smiley" avant les icônes). Chacun compte pour "1". On a désormais dépassé les 36 000 commentaires (par presque 1300 personnes différentes, dont environ 600 n'en ont fait qu'un chacune, et les autres... tout le reste).

 

Voilà, le "squatter" de l'équipage espère que vous avez passé une agréable lecture, et que nous aurons le plaisir de vous lire et relire prochainement sous nos lignes!

 

* "sont de ma plume" et non "ont de ma plume": merci Pascale, et haro sur la relectrice de mon billet (ici, chacun relit les billets de l'autre... Avantage d'être à deux sur le même blog - en principe).
J'en profite pour dire que je trouve extrêmement agaçante l'intrusion "obligée" des algorithmes d'"aide à l'orthographe" qui restituent d'autorité autre chose que ce que nous tapons nous-même, et derrière lesquels il ne faut jamais oublier de repasser... J'aurai sûrement l'occasion de développer dans le 3500 billet (d'ici trois ans?)!

15 octobre 2025

Emile Zola raconté par sa fille - Denise Le Blond-Zola

Pour ce sixième mois du challenge littératures européennes de Cléante, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais continuer mes "pas de côté" en tirant la consigne "romans réalistes et naturalistes" vers "romancier naturaliste": l'occasion de présenter une biographe d'Emile Zola acquise sur le lieu même où il a vécu. 

Denise Le Blond-Zola, Emile Zola raconté par sa fille,
Grasset, coll. les cahiers rouges, mars 2019, 299 pages
(édition originale publiée en 1931 aux éditions Fasquelles)

 

Cette biographie filiale a pour moi une saveur encore plus précieuse dans la mesure où c'est précisément lors de notre visite à la maison d'écrivain de Zola à Médan que je l'ai acheté en septembre 2024 (je ne connaissais pas ce titre auparavant). Plus près de nous, c'est le titre Zola à bicyclette chroniqué par Ingannmic en août 2025 qui m'y a fait resonger. 

 

On connaît la vie privée de Zola: marié à Alexandrine Méley (1839-1925) le 31 mai 1870 (union restée sans enfants), il fait la connaissance d'une jeune lingère, Jeanne Rozerot, embauchée par celle-ci pour Médan en mai 1888, et elle devient sa maîtresse en décembre de la même année. Ils auront deux enfants: Denise, née en septembre 1889, et Jacques, de deux ans plus jeune. Après la découverte de ce "second foyer" par l'épouse légitime, ils parviendront à un accord et l'écrivain organisera sa vie entre les deux. Après sa mort le 29 septembre 1902, la veuve officielle s'occupera des deux enfants laissés par son mari. Jeanne Rozerot meurt pour sa part en mai 1914.

 

En octobre 1908, Denise * épouse Maurice Le Blond, journaliste qui avait fermement soutenu Zola lors de l'affaire Dreyfus. Elle écrit, entre 1920 et 1926, six romans pour la jeunesse publiés dans la "blibliothèque rose" de l'époque chez Hachette. Mais surtout, elle publie cette biographie sur son père dont elle achève la rédaction le 6 juillet 1930. Elle meurt en 1942 à Paris. 

 

Le livre comporte 18 chapitres, et commence très classiquement par l'histoire de la famille Zola, originaire de Zara, en Dalmatie. François Zola, père d'Emile, est né à Venise en 1795. Après un passage par la Légion étrangère en Algérie, il arrive à Marseille en janvier 1833. Ces précisions permettent de savoir que Denise (née Rozerot, avant d'être autorisée à porter le nom de son père) a eu accès aux archives familiales et aux souvenirs d'Alexandrine, avec qui elle a entretenu de bonnes relations, après le décès de leur père et époux. Même si elle n'était elle-même qu'une fillette de 13 ans au décès de son père, elle l'a côtoyé durant son enfance, et en tout cas nous rapporte des informations de première main. Elle nous raconte l'enfance, la jeunesse d'Emile (orphelin de père dès 1847) et son amitié avec Cézanne, ses débuts laborieux dans la carrière de journaliste (il lui a longtemps manqué 40 francs de revenus mensuels pour atteindre les 100 qu'il visait...), puis d'écrivain, ses amitiés (ou non) avec ses confrères... La rencontre avec Jeanne Rozerot intervient p.129, dans le 9e chapitre commencé p.126 qui nous apprend que la petite maison de Médan a été acheté avec le produit de la publication de L'Assommoir. C'est p.122 qu'on a appris qu'Emile Zola refusait l'étiquette d'écrivain socialiste, mais désirait simplement être qualifié de "romancier naturaliste" (réponse à Albert Millaud [1844-1892], auteur bien oublié aujourd'hui mais qui avait eu une violente polémique avec Zola). 

 

Je pourrais arrêter ici la présentation de ce livre (que je vous incite à lire). Précisons encore que Denise raconte avec beaucoup de pudeur, pp.188-194, le rapprochement de ses parents, et son enfance d'enfant "cachée"... (l'épouse bafouée s'est d'abord montrée fort jalouse avant d'accepter le principe du "double foyer" vers 1894...). Non seulement la publication des différents volumes, mais aussi celles des oeuvres de la maturité (Les Trois villes, puis les Quatre évangiles - qu'il ne terminera pas) sont abordées, mais aussi, bien sûr, l'affaire Dreyfus qui a entraîné un procès à la suite duquel Zola a dû s'exiler en Angleterre pour éviter l'emprisonnement. C'est encore avec pudeur qu'elle raconte la mort du père (p.290). A-t-elle su qu'un fumiste aurait fait confidence, bien des années plus tard, d'avoir bouché la cheminée des Zola un soir pour la déboucher le lendemain afin de ne pas laisser de trace d'un attentat fanatique? 

 

Le livre étant trop ancien par rapport aux contraintes de la loi RGPD pour que les moteurs de recherche affichent de "vieux" billets de blog, je n'ai pu dénicher de liens. Comme toujours, je ne m'interdis pas d'en rajouter ultérieurement si je tombe dessus au hasard de mes surfs!

 

... Il est suffisamment ancien en tout cas pour participer au challenge "2025 sera classique aussi!" organisé par Nathalie.

 

* Merci Aifell(e) ! ;-)

14 octobre 2025

La séparation - Claude Simon mise en scène Alain Françon

Une fois n'est pas coutume, voici un billet sur une pièce de théâtre qui se donne à Paris au théâtre des Bouffes Parisiens jusqu'au 4 janvier 2026. Il s'agit de la seule pièce de théâtre de Claude Simon (1913-2005) qui fut prix Nobel de littérature en 1985. La pièce La séparation dure environ 2 heures et se passe dans les années 50 en province près de Toulouse. Sur la scène, deux grands cabinets de toilette se font face à face. Ils sont séparés par une cloison. D'un côté, on a un couple encore jeune, Georges et Louise (Léa Drucker), de l'autre il y a Sabine (Catherine Hiegel) et Pierre (Alain Libolt), le vieux couple, les parents de Georges. On apprendra que Louise est sur le point de quitter son mari pour rejoindre son amant. Pendant ce temps, hors-champ, la tante de Georges agonise. Quant à Sabine, elle est mariée depuis des années à Pierre, un professeur à la retraite qui l'a trompée depuis le premier jour. Sabine est une femme en colère et aigrie mais qui n'a jamais quitté Pierre. Dès que Catherine Hiégel apparait sur scène (au bout de presque une demi-heure), on assiste à un numéro d'actrice ébouriffant. Elle est géniale (comme souvent) et j'adore sa manière de dire son texte qu'elle rend souvent assez amusant. A côté d'elle, Lea Drucker est nettement plus effacée mais elle s'en sort bien. Concernant le texte de Claude Simon, je l'ai trouvé daté et cet écrivain n'avait pas une conception idyllique des relations de couple. Une pièce à voir pour Catherine Hiégel si vous passez par Paris.

11 octobre 2025

Nouvelle vague - Richard Linklater

Je viens de voir un film qui m'a enthousiasmée. Il y a longtemps que je n'avais pas aimé autant un film. Nouvelle vague de l'Américain Richard Linklater est une évocation du tournage du premier long-métrage de Jean-Luc Godard, A bout de souffle sorti sur les écrans français en 1960. C'est filmé dans un magnifique noir et blanc et les personnages qui ont existé sont incarnés par des acteurs que je ne connaissais pas. Pour la plupart, ces acteurs jouent au théâtre ou à la télévision. Que vous aimiez ou non le cinéma, que vous aimiez ou non le cinéma de Jean-Luc Godard, courez-y. C'est un superbe hommage au cinéma et à la Nouvelle vague et à une époque disparue. L'actrice américaine Zoey Deutch qui incarne Jean Seberg, Aubry Dullin qui incarne Jean-Paul Belmondo sans oublier Guillaume Marbeck qui EST Jean-Luc Godard sont bluffants. Mais tous les autres aussi. Le film est souvent très très drôle. Le montage est nerveux. J'ai aimé les aphorismes et les citations que l'on entend pendant tout le film. J'ai trouvé le film plein de fantaisie. C'est un régal de bout en bout. J'avais envie d'applaudir à la fin mais j'étais toute seule pour le faire. J'ai adoré ce film auquel je mettrais bien 21/20. Voilà, j'espère que je vous ai convaincus. Nouvelle vague donne envie de (re)voir le film original A bout de souffle. Lire le billet de Selenie. Bien entendu, je n'admettrai aucune critique tant soit peu négative sur ce film de la part de mes lecteurs.

10 octobre 2025

Janvier noir - Alan Parks

Après Mourir en juin qui m'avait plu, j'ai décidé de lire la série dans l'ordre avec l'inspecteur principal McCoy et son adjoint Wattie. Comme son titre l'indique, l'intrigue de Janvier noir (Edition Rivages, 366 pages) se passe au mois de janvier (1973) dès le 1er jour de l'année et elle se termine le 20 du même mois. Devant la gare routière de Glasgow, Tommy, un jeune homme d'à peine 20 ans tire sur une jeune femme, Lorna. McCoy n'était pas loin mais il n'a pas pu sauver Lorna. Il avait été prévenu par un détenu d'une prison voisine que Lorna serait assassinée mais sans qu'il dise pourquoi. Tout de suite après son acte, Tommy retourne l'arme contre lui et meurt. Et le détenu délateur est assassiné dans sa cellule. McCoy et Wattie vont mener une enquête difficile dans les bas quartiers de la ville écossaise. Murray, le supérieur de McCoy et Wattie les met en garde car certains notables sont impliqués. Mais McCoy est un homme obstiné qui arrivera à ses fins avec l'aide occulte de Steve Cooper, un truand notoire dealer de drogue. J'apprécie les petits chapitres et le personnage de McCoy qui a eu une enfance pas facile avec une mère disparue et un père alcoolique. Il n'y a aucun temps mort et l'intrigue est bien menée. J'ai L'enfant de février à lire. 

C'est ma première participation à Sous les pavés, les pages (chez Ingannmic et Athalie).

 

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