Le blog de Dasola

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9 juin 2025

Histoire d'une baleine blanche - Luis Sepulveda

De Luis Sepulveda, j'avais lu (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) il y a quelques années, après avoir vu passer plusieurs chroniques sur des blogs, Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler (mais sans le chroniquer). Cette fois-ci, c'est d'avoir lu deux billets rapprochés (chez Choup et Manou) qui m'a amené à découvrir le titre ci-dessous. Merci: une fois encore, peu de jours se seront écoulés entre l'attirance vers le bouquin, son emprunt en bibliothèque, sa lecture et la finalisation de ce billet (les longs week-ends, ça aide)! 

Luis Sepulveda, Histoire d'une baleine blanche, éd. Métailié, 2020 (copyright 2019, EO 2018), 117 pages
Trad. de l'espagnol (Chili) par Anne Marie Métailié, dessins Joëlle Jolivet

 

Pour ma part, je n'ai pas retrouvé dans cette histoire de baleine l'humour qui m'avait plu dans les (mes)aventures du chat. Ce livre bleu se présente sous forme de 14 chapitres. Le premier met en scène l'auteur (en 2014, au Chili, en bord de mer), à qui un enfant lafkenche ("Gens de la mer") donne un coquillage pour qu'il y entende la voix des baleines... Puis, dans les 12 suivants, le narrateur de ce "récit à la première personne" est une "baleine couleur de lune", un cachalot, pour tout dire. 

 

La bête raconte sa vie dans l'océan, ses interactions avec les hommes, ces êtres violents qu'elle a vus se battre entre eux à bord de navires crachant de tous leurs canons... "Il semble que les hommes sont la seule espèce qui attaque ses semblables, et je n'ai pas aimé ce que j'ai appris d'eux" (p.37). Bon, il y aurait à (re)dire à cette assertion (les chimpanzés de Gombe, pour ne citer qu'eux, ont pu se livrer à une guerre d'extermination), mais elle donne le ton du livre, dépeignant la nature comme bonne "au naturel". Notre cachalot découvre ensuite l'existence des baleiniers et de leurs harpons.

 

Puis intervient un événement, un vénérable cachalot lui transmet des informations sur sa mission (s'il l'accepte): guider les cétacés, une fois disparus les derniers des lafkenches (qui, eux, respectent l'ordre naturel de l'Univers), vers une sorte de paradis, loin, très loin des méchants hommes insatiables chasseurs des baleines pour leur huile. Dans les pages suivantes, on rentre plutôt dans le mythe conté que dans l'histoire. Mais un jour, notre brave cachalot commence à s'énerver et à vraiment affronter les baleinières et les harpons (pour en savoir davantage, lire Melville)...: les marins le surnomment "Mocha Dick".

 

Je pense que ce récit est situé au XIXe siècle, c'est-à-dire certainement bien avant que la chair des cétacés soit empoisonnée par le mercure et d'autres polluants modernes au point de rendre malades les populations qui se livrent encore, de nos jours, à une "chasse aborigène de subsistance". Le 14e et dernier chapitre, au ton impersonnel, cite l'Essex (le véritable baleinier coulé en 1820 par une attaque de cétacé), dont la tragédie (si l'on se place du point de vue des humains) a inspiré à Melville son récit de la campagne du Pequod jusqu'à l'engloutissement final (Moby Dick est paru en 1851). 

 

J'ai découvert, à l'occasion de cette lecture et de quelques recherches subséquentes, l'existence d'un ouvrage qui serait titré Mocha-Dick ou la baleine blanche du Pacifique, de Jeremiah N. Reynolds (1839), et dont Melville se serait également inspiré: en faisant uniquement une recherche documentaire sur internet, je suis amené à m'interroger quelque peu pour savoir s'il s'agit d'un ouvrage réel publié au XIXe s., ou d'un canular littéraire bien postérieur? Il me faudrait avoir entre les mains une édition originale pour le dire (dans une bibliothèque anglo-saxonne?), tellement il peut être facile, aujourd'hui, de truquer (avec l'IA) n'importe quelle source numérique. 

 

Ce livre à la couverture marine bleue est un joli objet, que j'ai trouvé fort lisible de par ses choix typographiques (grands caractères, police qui évoque l'impression au plomb...). Je terminerai en présentant ci-dessous trois images choisies parmi une bonne trentaine d'illustrations qui me font songer au bestiaire illustré par Honoré et à son style de dessin (par la technique en noir et blanc - ici, il n'y a pas de petit détail ironique). L'illustratrice Joëlle Jolivet pratique, elle, la linogravure et non le dessin (sauf erreur de ma part), et il n'y a pas de légende (autre que le texte de Sepulveda qu'elle illustre) à ses images. 

p.88 

p.61 

p.64 [cette image m'a rappelé que le thème de la colonie d'animaux à protéger des humains et à guider vers un lieu éloigné de ceux-ci est présent dans la nouvelle Le phoque blanc (Kotick) de Kipling.
Elle l'est aussi dans l'ouvrage pour la jeunesse Le castor Grogh et sa tribu, d'Alberto Manzi.] 

 

Luis Sepulveda est mort du Covid-19 en avril 2020. Il avait 70 ans. C'est l'éditrice Anne Marie Métailié qui l'avait traduit et fait connaître en France à partir de 1992 (cela a été pour moi l'occasion d'en apprendre davantage sur leurs parcours).

 

Avec cette lecture, je poursuis mes participations au challenge Book trip en mer (saison 2) chez Fanja. Et, tant qu'à faire, au même challenge Printemps latino chez Je lis, je blogue * que les deux billets cités en début d'article (c'est une première [participation], pour moi). Peut-être que nos billets inspireront encore d'autres lecteurs et lectrices dans les semaines qui viennent?

Et voici quelques billets sur le livre de Luis Sepulveda (liste non exhaustive):​ Babiblio1 en 2025, Pativore, Une bulle de Fantasy et Alain Deroubaix (Au vent des mots) en 2021, Belette2911, Ghislaine de Notre jardin des livres et La demoiselle aux cerfs en 2020 (dernier billet en 2021 pour cette dernière)​​​,​​​ Stelphique, le blog Baz'Art et Sylvie du blog Voyages au fil des pages en 2019. 

 

* et non Ingannmic comme je l'avais indiqué par erreur au départ. 

8 juin 2025

Bijou - Une entreprise qui a 180 ans cette année

J'annonce tout de suite que mon article est une publicité gratuite de ma part sans contrepartie.

Cela faisait quelques années que je n'étais pas retournée m'acheter des madeleines et autres biscuits dans le magasin Bijou à Limoges. Il existe trois autres points de vente, à Brive la Gaillarde, Bordeaux, et bien entendu Saint-Yrieix la Perche (en Haute-Vienne) où sont fabriquées les madeleines Bijou depuis 1845. On fête cette année les 180 ans de la marque. À Limoges, dans leur immense nouveau local ouvert depuis un an, on est très bien accueilli. Il y a tellement de choix que l'on ne sait pas quoi choisir entre les cakes, les différents biscuits, les moelleux au chocolat et les madeleines choconoir, chocolat au lait et nature. Tout est délicieux. La particularité de la marque Bijou, ce sont les emballages en carton et les étuis individuels. En mezzanine, on peut assister à un petit film qui retrace les 180 ans de la marque et il y une petite exposition sur l'histoire de l'entreprise familiale dont le produit phare, rappelons-le, est donc la madeleine.

Quelques photos :

Il faut noter que les lustres sont en porcelaine de Limoges

 

7 juin 2025

Pauvres bêtes! - Coco

C'est dasola qui lors d'une visite commune en bibliothèque m'a (ta d loi du cine, "squatter" chez elle) signalé la disponibilité de ce titre (en emprunt à durée limitée). Je me suis dépêché de l'emprunter d'abord et de le dévorer ensuite. J'ai déjà eu l'occasion de parler de Coco dans mes "billets du 7", y compris comme dessinatrice animalière

Coco, Pauvres bêtes!, Voyage au coeur de la condition animale, Les échappés, 2024, 136 pages

 

Dans son "introduction" lettrée à la main (toute une page), Coco explique que, si elle n'avait pas été dessinatrice et journaliste, elle aurait voulu être naturaliste. Cet album lui a permis d'être les trois. Il compile des dessins que je crois avoir déjà vus dans tel ou tel Charlie Hebdo pour certains. 

En l'absence de "table des matières", j'ai compté 11 "reportages dessinés", aux longueurs variables en terme de pagination. Les "remerciements" en fin d'ouvrage comptent huit items et donnent quelques préférences et sites internet utiles. 

Pour ma part, je dois être un fieffé "spéciste", car je ne mets pas tous les animaux sur le même plan, entre ceux nés par et pour l'homme (animaux "de rente" pour les manger, ou animaux "de compagnie"), les animaux dits "sauvages" nés et élevés en captivité (et incapables de vivre par eux-mêmes s'ils étaient réintroduits dans leur milieu "naturel" - par ailleurs saccagé par l'homme), et les animaux sauvages saturés ou exterminés dans ledit "milieu naturel" dans le but principal d'en tirer un profit financier par l'export (ou, éventuellement, parce qu'ils sont en conflit de territoire avec les populations locales et/ou que celles-ci ont besoin de se/s'en nourrir elles-mêmes pour subsister). Je ne me priverai donc pas de donner mon opinion sous les extraits que j'ai choisi de citer.

 

 

p. 13, cette page récapitule les différents "individus" porcins, recueillis au refuge "Groin-groin", qui nous ont été présentés sur les six pages précédentes (j'ai souri avec l'anecdote du "garde du corps" de Coco qui boudait la bouffe vegan locale). J'avoue qu'un individu "cochon", même aveugle, me touche (je n'ose pas dire m'apitoie) beaucoup moins qu'un animal dit "sauvage". Chez Groin-groin, vivent aussi des représentants de différentes autres espèces d'animaux, souvent avec un "vécu" lourd (animaux en mauvaise condition chez leurs anciens "maîtres"...) [fin du reportage p.17]. 

NB: une offre d'emploi de soigneur est aujourd'hui à pourvoir à Groin-groin (Sarthe - 72], candidature jusqu'au 09/06/2025 - tous les salaires y sont au SMIC.

 

p.128-132, reportage sous forme d'une visite guidée (et plus que critique) à l'intérieur d'une "tonne de chasse" (appelée "gabion" ailleurs) que la LPO (sous un prête-nom) a acheté en Vendée (85). 
Sur la chasse, je suis mitigé. Je pense que, parmi l'examen que doivent passer les futurs chasseurs, devrait figurer aussi l'apprentissage de dépouiller, préparer, cuisiner et manger les animaux tués... Sinon, à qui bon?

 

p.103-118, visite chez les douaniers de Roissy, sous l'angle des produits animaux (voire animaux vivants!) dont ils découvrent le transport, en général dans l'illégalité par rapport aux lois françaises ou internationales. Thématiques: la viande de brousse; l'ivoire (d'éléphant) et autres cornes de rhinocéros; des "trophées de chasse"; des animaux vivants (trafic très rémunérateur). L'essentiel des saisies provient d'Afrique noire (le douanier évoque le risque sanitaire). Affligeant, ce que l'appât du gain peut engendrer comme trafic: "ça ne s'arrête jamais!". Bien évidemment, si part de l'Afrique une telle "offre", c'est qu'il existe une demande solvable, en Occident ou en Asie... 

 

 

p.81, un dessin très réaliste (fait mouche).

 

D'un long reportage au Marineland d'Antibes (p.61-80), j'ai extrait cette double-page (74-75). Manifestement, les spectateurs n'avaient pas lu (ni vu?) Sauvez Willy... 

Marineland est fermé depuis le 5 janvier 2025. Je me rappelle avoir assisté, gamin, à un spectacle autour d'un bassin avec des dauphins. C'était il y a un demi-siècle, dans le Sud de la France (Marseille? Antibes? Ailleurs? Je ne sais pas...). Je me rappelle aussi en avoir aperçu, depuis un bateau, en toute liberté en mer Egée...
Je me pose une question: est-ce que les gamins qui ne pourront voir à l'avenir des cétacés qu'au cinéma ou à la télévision arriveront bien à "conceptualiser" la différence entre les animaux existants réellement et ceux montrés dans Avatar 2: la Voie de l'eau?

 

p.59: pauvre bête (heu, je parle bien de l'animal tenu en laisse, hein...) [extrait d'une double-page titrée "Vie de chien!"].

 

p.55: je ne connaissais pas ce terme de "syndrome de Noé". Extrait d'une visite au refuge de la SPA à Quimper, p.45-56, titrée "adopte un chat ou chien et fais ça bien" (ce n'est définitivement pas pour moi: je suis insensible à l'affection [?] que pourrait hypothétiquement me porter ces quadrupèdes, mais hypersensible aux contraintes qu'ils représentent). 

 

Du long reportage (p.27-42) mettant en scène les dessous des spectacles de corrida pour s'en affliger, j'ai uniquement extrait le dessin ci-dessus. Personnellement, je ne vois pas la nécessité de faire souffrir jusqu'à épuisement définitif un animal (corrida ou chasse à courre, même combat!), si ce n'est même pas pour le manger ensuite. Je dirais qu'un spectacle de vaches landaises présente peut-être davantage de risques d'être encorné qu'une corrida (et les vaches n'y sont en principe pas tuées). 

 

Ci-dessous, extraits d'un reportage titré "reptiles en péril" présentant la visite d'une animalerie (p.19-25), qui semble spécialisée dans les NAC ("nouveaux animaux de compagnie")... du moins cher au plus onéreux! 

 

Au fil des pages, j'ai souri avec le gentil gag récurrent des réactions des officiers de sécurité dont Coco doit, encore et toujours, être accompagnée partout. Un peu de légèreté dans ce monde de brutes!

 

Je n'ai pas réussi à dénicher d'autre billet de blog sur cet album. On peut lire un entretien avec Coco ici.

 

*** Je suis Charlie ***

5 juin 2025

Trust - Hernan Diaz

J'ai trouvé Trust d'Hernan Diaz (Editions de l'Olivier, 398 pages) assez déconcertant. Il est composé de quatre parties différentes et jusqu'à la troisième partie, on se demande ce qui relie les personnages entre Harold Vanner, Andrew Bevel et Ida Partenza. La quatrième partie est un genre d'épilogue à propos d'une femme, Mildred Bevel, l'épouse d'Andrew. Pour résumer, la première partie est un roman (un récit biographique) dans le roman écrit par un certain Harold Vanner qui n'est jamais présent. Dans la deuxième partie, Andrew Bevel né à la fin du XIXème siècle est le narrateur évoquant sa famille, son couple et sa propre vie d'homme riche qui au lieu d'être ruiné est devenu de plus en plus riche lors de la crise de 1929. La troisième partie met en scène Ida Partenza, fille d'un anarchiste italien émigré aux Etat-Unis à qui Andrew Bevel demande de réécrire le récit d'Harold Vanner qui parle de la vie d'Andrew et Mildred Bevel (vous me suivez?). Le livre se lit bien mais j'ai une impression d'inachevé malgré la quatrième partie. Ce ne fut pas un coup de coeur. Je ne connaissais pas cet écrivain qui a été pas mal chroniqué sur les blogs. Lire les billets de Manou, Eva, Ingannmic

2 juin 2025

Jeunes mères - Luc et Jean-Pierre Dardenne

Pour continuer avec le dernier festival de Cannes 2025, je viens de voir Jeunes Mères des réalisateurs belges Luc et Jean-Pierre Dardenne, un film sorti dans de nombreuses salles en France. Jeunes mères a été récompensé du prix du meilleur scénario. Personnellement, j'ai été séduite par les quatre jeunes actrices qui interprètent des mères adolescentes ou jeunes adultes (comme Julie) qui sont prises en charge par une maison maternelle à Liège en Belgique. Quatre jeunes mères, Perla et son petit Noé qui est quittée par Robin, un adolescent comme Perla. Il ne reconnait pas le bébé. Julie qui, elle, est arrivée à s'en sortir avec son copain, est la mère d'une petite Mia. Mais Julie a des problèmes avec la drogue. Il y a aussi Ariane qui voulait avorter mais sa mère qui a beaucoup de problèmes ne voulait pas. Ariane avec sa petite Lili est déterminée à la mettre en famille d'accueil pour lui permettre de connaître une vie meilleure. Enfin, il y a Jessica que l'on voit enceinte et qui par la suite accouche d'une petite Alba. Jessica ne ressent rien pour sa fille et elle n'a de cesse d'interroger sa propre mère (India Hair, très bien) qu'elle retrouve en lui demandant pourquoi elle l'a abandonnée. Je n'ai pas identifié de cinquième jeune mère. Pour un film des frères Dardenne, il est moins sombre que d'habitude. L'espoir pointe à la fin. Un film que j'ai aimé. Je conseille. Lire le billet de Pascale.

1 juin 2025

Voyage au centre de la terre - Patrice Le Sourd & Rodolphe

On pourrait dire que je (ta d loi du ciné, "squatter" chez dasola) continue juste à creuser mon trou en parlant, une nouvelle fois, d'une même oeuvre de Jules Verne. Cette fois, je mets en cause le blog Twogirlsandbooks (mais aussi Je lis, je blogue, bien sûr) pour avoir piqué ma curiosité!

Rodolphe (scénario) & Patrice Le Sourd (dessin), d'après Jules Verne (couleurs: 1ver2anes)
Voyage au centre de la terre, T.1, 2023, 48 p. & T.2, 2024, 48 pages aussi
Delcourt, coll. Ex-Libris

 

La mention "Loi n°49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse" témoigne du positionnement de ce diptyque. J'avoue que je suis loin de porter, habituellement, attention à sa présence ou à son absence dans les BD que je lis! En fin d'ouvrage, "dans la même collection", apparaissent les (minuscules) vignettes d'une quarantaine de titres. Même s'ils sont peu lisibles, je crois y avoir détecté deux autres titres verniens (Les enfants du capitaine Grant et Le tour du monde en 80 jours). 

 

La première page de ce premier volume nous donne des plans larges d'une ville avec des ballons dirigeables dans le ciel... Ambiance rétro (cyberpunk)? Mais dès la deuxième, nous sommes plongés dans l'ambiance: il s'agit d'une BD animalière où les personnages sont... des lapins. La saga ne contiendra ni date, ni la moindre mention des humains. Mis à part cela, l'adaptation (transposition?) s'avère très fidèle à la lettre du roman d'origine, davantage que l'adaptation cinématographique dont j'avais parlé ici. On remarque également plusieurs clins d'yeux aux gravures d'Édouard Riou qui illustraient l'édition Hetzel. Un manuscrit ancien originaire d'Islande, et le cryptogramme qu'il contient, met un scientifique et sa petite famille sur la piste d'une expédition extraordinaire, un "voyage au centre de la terre" qu'aurait accompli un savant du XVIe (?) siècle. Il suffit de descendre dans le volcan (éteint) Sneffels. Et c'est parti, passant par Kiel puis Copenhague (Danemark) avant d'arriver en Islande. Après avoir recruté quelques comparses, la descente dans le cratère commence p.30. Comme je le disais, grande est la fidélité au roman, mis à part un détail léger, avec la fusion de deux personnages en un seul... 

Ce tome s'achève sur un suspense insoutenable. 

 

 

Cette seconde couverture est quelque peu outrancière. À moins que toutes ces armes exhibées symbolisent le courage de nos lapins face à l'inconnu? En tout cas, dès la page 6, notre trio de lapins est reconstitué, pour s'attaquer p.10 à la construction d'un radeau lui permettant d'affronter une mer intérieure... et ses divers dangers.  

p.28, voici des champignons géants qui rappellent beaucoup ceux gravés par Riou:

Par contre, l'être préhistorique qu'ils surprennent réserve une surprise à nos yeux (et je ne vous en mets pas de capture d'écran!). Le reste est conforme au roman: p.35, un obstacle barre la route, décision est prise de passer quand même, les lapins l'exécutent! Mais cela provoque une catastrophe et ils sont éjectés par... le Stromboli! C'est la gloire pour le vieux savant, même s'il y a toujours quelques confrères savants pour se moquer et mettre en doute son exploit. Et la petite vie tranquille peut reprendre pour toute la famille. Toute? Oui, elle va même s'agrandir avec le guide fidèle. Admirez ci-dessous la délicatesse des sentiments matérialisée par la tendre inclinaison des oreilles (c'est bon, je sors!). Et une suite qui pourrait être envisageable... 

p.46 (et dernière) du second volume.

 

Du même scénariste Rodolphe, j'avais chroniqué naguère L'embranchement de Rugby, dessiné par Estelle Meygand, d'après l'oeuvre de Charles Dickens. 

 

Et je n'oublie pas les inscriptions challengesques pour ce même titre: mon propre challenge 120 ans Jules Verne (1828-1905), et le challenge 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie

P.S.: encore un billet sur le tome 1, chez Les carnets de miss Turner

31 mai 2025

L'agent secret - Kleber Mendonça Filho

L'agent secret du Brésilien Kleber Mendonça Filho est le 5ème et dernier film de Cannes que j'ai vu en avant-première. Il sortira en janvier 2026. L'agent secret a été récompensé par deux prix: celui de la mise en scène et le prix de la meilleure interprétation masculine pour Walter Moura (qui est aussi coproducteur du film). Je l'ai vu la même soirée que la Palme d'or. J'avoue que j'étais un peu fatiguée à la fin des deux projections avec seulement un petit battement d'un quart d'heure entre les deux. Il faut noter que L'agent secret dure deux heures quarante. L'histoire, qu'il est un peu difficile de narrer, se passe en 1977 pendant la dictature militaire dans la région de Recife. Le film est ponctué de moments surréalistes comme une jambe coupée sortie de la gueule d'un requin qui s'anime et blesse des gens. Marcelo (ou Armando), un veuf âgé d'une quarantaine d'années est ingénieur. Il revient en pleine période de carnaval à Récife où il compte récupérer son fils qui est gardé par les grands-parents. Assez vite Marcelo apprend que l'on veut sa mort. Cela se rapporte à son passé. Des tueurs dont des flics ripoux sont lancés à ses trousses. Mais il a aussi des soutiens dont des personnages haut en couleur. La mise en scène nerveuse et l'histoire très intrigante font que l'attention ne baisse pas. Rien que la première séquence dans une station service devant laquelle, un cadavre en train de se décomposer depuis au moins un jour sans que personne ou presque n'y prête attention, donne le ton de l'ensemble. Je n'ai pas adoré ce film, mais il a beaucoup de qualités dont l'ensemble de la distribution. À noter dans vos agendas. 

30 mai 2025

Le vaisseau des morts - B. Traven

Je (ta d loi du ciné, "squatter" chez dasola) présente aujourd'hui un autre titre correspondant à trois challenges (le Book trip en mer (saison 2) chez Fanja, le challenge 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie, mais aussi l'Escapade dans les littératures européennes des année 1920 chez Cléanthe). 

B. Traven, Le vaisseau des morts, 1926 (EO), La Découverte, 2010, 286 pages
(première traduction intégrale, de l'allemand, par Michele Valencia, 2004)

 

Partant du titre original en allemand (Das Totenschiff), G**gl* Tr*nl*t* donne bêtement "Le navire de la mort". Il faut d'abord avoir lu le livre pour goûter le sel du titre. Le narrateur, un jeune marin américain, s'y exprime avec une ironie décalée et amère. En fin d'escale à Anvers du Tuscaloosa ("un vapeur de première, made in USA, avec la Nouvelle-Orléans comme port d'attache"), alors qu'il n'est pas encore descendu à terre, il sollicite des subsides pour aller tirer une bordée. "- Ne vous soûlez pas. C'est vraiment un sale coin, me recommanda l'officier en attrapant le reçu. (...) - Non, je ne tâte pas de ce poison, répondis-je. Je sais trop bien ce que je dois à mon pays, même à l'étranger. Parfaitement. Je suis un antialcoolique forcené. Vous pouvez me croire. Je le jure, la main sur le coeur.
Et me voila descendu de ce rafiot
". Bref, quand il se réveille de sa nuit dans le lit d'une demoiselle, son navire a déjà levé l'ancre. Sans lui. Et il n'a plus sur lui ni argent ni papiers (restés à bord). Le voici pestiféré. La Belgique, la Hollande, la France, vont se le renvoyer d'une frontière à l'autre, sans qu'il puisse, faute de papiers en règle, embarquer sur un honnête navire dans un port, sans pouvoir non plus se faire établir de papiers. Le passage devant un consul des Etats-Unis est un moment d'anthologie. Plus tard, par le biais d'un comparse, sera même évoqué le problème des "apatrides" nés de la guerre, et le fameux passeport Nansen. Mais nous n'en sommes pas encore là. Notre marin apprend la "débrouille", les marchandises qui tombent des wagons, passe par Marseille, par le Portugal, et finit par atteindre Barcelone, y trouve même une âme charitable en attente de compagnie temporaire... et, enfin, un navire qui lui tend les bras. Nous y voilà (cette "partie II" commence p.121), il s'est enfin fait embarquer, sous fausse identité (faux nom, fausse nationalité) par un capitaine peu regardant, celui du Yorikke

 

Notre jeune marin va vite déchanter, lorsqu'il se retrouve affecté comme soutier au travail infernal du pelletage du charbon et de l'évacuation des cendres. Nous sommes dans cette époque de l'entre-deux-guerre où la chauffe au mazout n'était pas encore répandue et où de nombreux "vapeurs" marchaient encore au charbon (comme le Titanic en son temps). De longues pages décrivent la misère de ce travail, avec trois "quarts" à prendre au lieu de deux, la nourriture infecte, les conditions de vie indigentes: le capitalisme, dans l'une de ses formes les plus féroces, exploite le travailleur en lui donnant juste assez pour l'empêcher de crever. Et tant pis s'il meurt à la tâche, d'un accident causé par la vétusté du bateau. Sur ce navire aux cargaisons louches, chacun a pourtant embarqué plus ou moins de son plein gré, mais sans forcément prêter attention aux subtilités de langage ("on a du fret pour Liverpool, vous pourrez débarquer là-bas" ne signifiait nullement "notre prochaine destination est Liverpool", mais "on y passera... un jour").

Il faut parler le yorikkais (un mélange, aussi interlope que l'équipage, de mots prononcés avec différents accents autour d'un "squelette" de vocabulaire anglo-saxon). Le roman comporte beaucoup de descriptions, savamment graduées pour montrer que, aussi dures que soient les choses, elles peuvent encore empirer, d'une part, mais qu'aussi rudes que soient les pressions exercées sur l'homme, celui-ci peut toujours ruser et marquer jusqu'où il n'acceptera pas de céder et transgressera les règles pour survivre. Le jeune marin trouve comme mentor un bon compagnon de misère, un peu plus expérimenté que lui, non moins apatride, mais qui ne rêve que d'une chose, c'est de travailler sur un navire américain... Ce qui permet d'autres échanges instructifs sur la destinée de ces marins dont aucun pays ne veut et qui se retrouvent ainsi prisonniers à leur bord, morts au monde. Alors que tous deux vivent dans la hantise de la baraterie finale où tout l'équipage en général, et les chauffeurs et soutiers en particulier, risqueront leur peau, les mois passent cependant, coupés de chargement et déchargement caisses d'armes de contrebande au large des côtes, ou d'embarquement de cargaisons plus officielles dans des ports. Le navire constitue le seul univers des "marins fantômes": s'ils peuvent descendre à terre lors des escales, les autorités locales veillent soigneusement à leur rembarquement avant que le bateau quitte le port. Mais il peut toujours y avoir pire (partie III, p.261)... Hélas, pauvre Yorikke (c'est bon, je sors), on te regrettera! Voici nos deux infortunés compères à bord de l'Impératrice de Madagascar pour son dernier voyage. 

 

Le ton amer et désabusé du livre peut faire songer aux pages les plus âpres de Jack London ou d'Upton Sinclair. Ici, l'exploitation des marins (marche ou crève!) est destinée à rapporter de l'argent aux armateurs. Et les Etats sont vus comme d'insupportables égoïstes. Je remercie encore Fanja de m'avoir donné l'occasion de me pencher sur ce titre. 

 

J'ai trouvé quelques blogs ayant parlé de ce roman: Redbluemoon, Lili. Dans le billet de Patrick Bléron, j'ai découvert qu'il existait une vieille édition dans Le livre de Poche. Selenie m'a permis d'apprendre qu'il existait un film, adaptation allemande de 1959 (avant la mort de B. Traven, donc!) sous le titre Les mutins du Yorick

 

Des mystères demeurent encore sur les origines de B. Traven, écrivain et aventurier mystérieux pendant de longues décennies (sous quel nom, où et quand exactement, est-il né?). Allemand révolutionnaire, il a dû s'exiler dans les années 1920. Il a vraisemblablement connu des années de galère, qui ont sans doute autant nourri son oeuvre que ses convictions. On dit qu'il assistait incognito en 1947 au tournage du film Le trésor de la Sierra Madre tiré de son livre le plus connu (peut-être même y aurait-il fait de la figuration?).

29 mai 2025

Un simple accident - Jafar Panahi

Eh oui, j'ai pu voir, en avant-première, Un simple accident qui a été récompensé de la Palme d'or au dernier festival du film de Cannes 2025. Il y a eu une projection avant-hier soir, mardi 27 mai 2025, dans une salle archi-pleine à une séance de 22h00 à Paris. Il faisait très chaud dans la salle. Je dirais que j'ai aimé ce long-métrage, même si ce n'est pas mon film préféré du réalisateur iranien Jafar Panahi. C'est le cinquième film que je vois de ce réalisateur, après Le cercle, Taxi Téhéran, Trois visages et Aucun ours. Pour Un simple accident, on sent que Jafar Panahi a eu envie de dire tout le mal que l'on fait aux prisonniers arrêtés arbitrairement sans raison valable et qui, pour beaucoup, ont été torturés. Entre les lignes, il dit beaucoup de mal du régime iranien. Il ne manque pas de montrer que tout se monnaye. Il faut voir deux policiers qui sortent un appareil de carte bleue fixant un prix à payer pour laisser les personnages tranquilles, ou, quand une femme accouche sans que le mari soit présent, un pot-de-vin doit être versé en plus du prix de l'hospitalisation. Quand le film démarre, c'est la nuit et une voiture tombe en panne. À l'intérieur, il y a un mari, sa femme enceinte et leur fille Niloufar (quel joli prénom!). Vahid, un mécanicien automobile, entendant le mari marcher, est tétanisé. Il croit reconnaître Ehgbal à cause de la démarche claudicante de l'homme qui l'a torturé des années auparavant. Plus tard, Vahid réussit à enlever son bourreau et il décide de l'enterrer vivant. Mais il a des doutes sur l'identité de l'homme. Est-il, oui ou non, Ehgbal surnommé "La guibole"? Pour en avoir le coeur net, il retrouve d'anciennes victimes d'Eghbal qui se joignent à lui: une future mariée (et son fiancé), une photographe, et Hamid qui est convaincu que c'est bien leur bourreau. L'essentiel du film se passe dans le van de Vahid et dans un paysage désolé mais magnifique, éloigné de la ville. Il y a une tension qui monte crescendo. Je pense que l'on pourrait faire une adaptation théâtrale de ce film avec une unité de lieu, de temps et d'action. Un film très fort qui sortira en salle le 1er octobre 2025. 

27 mai 2025

Cygneaux ouverts

Il n'y a pas qu'écureuil bleu qui peut exhiber des photos de famille de cygnes (en visitant une réserve naturelle en Gironde [33]): même à Paris, on a ça! Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) souhaite partager quelques vues... Mais je vais aussi raconter une histoire. 

L'an dernier (2024), un 17 juin, j'avais constaté l'abandon d'un nid sur lequel je voyais régulièrement (une ou deux fois par semaine), depuis quelques semaines, un cygne en train de couver. Je m'étais inquiété auprès de la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux) du sort des deux gros oeufs verdâtres abandonnés, mais je ne savais pas depuis quand ils l'étaient... La LPO m'avait prévenu qu'il arrivait que des oeufs soient abandonnés lorsqu'ils ne sont pas viables, ou en cas de gros dérangement. 

Cette année (2025), en avril, j'ai vu un couple de cygnes revenir et restaurer le nid, sur la plateforme flottante amarrée en bord de Seine, entre péniche et quai, qui était restée à l'abandon et envahie de végétation pendant des mois. Puis il y a eu couvaison (j'ai aperçu quatre oeufs le 11 avril)... Le 15 avril, j'ai informé la LPO de mes observations. Il m'a été confirmé que l'incubation des oeufs durait entre 35 et 41 jours. J'ai quelque peu modifié mes trajets hebdomadaires pour surveiller plus fréquemment le bon déroulement des choses: nid toujours occupé, cependant que le second adulte s'absentait parfois, traversait la Seine pour aller fréquenter des mouettes ou dormir de l'autre côté plutôt qu'en flottant comme un bouchon, tête penchée, à proximité du nid...

Les semaines ayant passé, je dois dire que je m'impatientais et m'inquiétais un peu. Finalement, mardi 20 mai, il m'a bien semblé apercevoir, entre les pattes de la femelle dressée sur le nid, un genre de peluche grisâtre qui bougeait...

jeudi 22/05/25 soir mon collègue m'a envoyé la photo ci-dessous: ils étaient trois cygneaux, déjà à l'eau!

(photo DLD)

 

Un peu plus tard dans la soirée, je les ai "mitraillés" à mon tour.

 

 

 

 

Il reste au nid trois oeufs non éclos...

 

Ci-dessous, deux photos prises par mon collègue vendredi 23 en fin de journée: la petite famille en plein milieu de la Seine, m'a-t-il confirmé (la femelle a donc laissé seuls les oeufs non éclos).

(photos DLD)

J'ai encore photographié la famille de retour au bercail, samedi 24 mai, vers 18 h. Que de plastique dans ce nid!

 

Et ci-dessous, vers 20 h

Ce lundi midi, le nid et ses trois oeufs étaient abandonnés... (je n'ai pas fait de photo). Score final, trois sur six, donc!

25 mai 2025

Dossier 137 - Dominik Moll

== Comme je l'avais annoncé, aujourd'hui mercredi 19 novembre 2025, sort un film très réussi: Dossier 137 de Dominik Moll que pour ma part, je viens de revoir. Cliquez pour voir à nouveau mon billet paru le 25 mai 2025 dernier. ==

 

Reparti bredouille du dernier festival de Cannes, Dossier 137 était en compétition officielle. J'ai vraiment énormément aimé ce film de Dominik Moll, qui a aussi écrit le scénario en collaboration avec Gilles Marchand. Léa Drucker aurait mérité un prix. Elle est sensationnelle dans le rôle de Stéphanie, une enquêtrice de l'IGPN (la Police des polices). L'histoire se passe entre décembre 2018 et début 2019. Il s'agit d'une fiction inspirée de faits réels. Pour rappel, on était en plein mouvement des Gilets jaunes. Deux jeunes venus de Saint-Dizier avec leur famille se font courser dans le quartier des Champs-Elysées par cinq membres de la BRI (Brigade de Recherche et d'Intervention) qui se croient menacer. L'un des jeunes, appelé Guillaume, est atteint par un Flash-Ball (LBD). Il est grièvement blessé à la tête. La mère de ce jeune vient porter plainte auprès de l'IGPN, en l'occurence auprès de Stéphanie. L'enquête de cette dernière est semée d'embûches. C'est grâce à la femme de chambre d'un hôtel de luxe voisin que Stéphanie va peut-être conclure cette affaire. Face à elle, les présumés innocents sont d'une parfaite mauvaise foi. J'ai aimé le personnage de Stéphanie, née à Saint-Dizier, divorcée d'un policier et mère d'un adolescent. Elle se retrouve à recueillir un chaton blanc qu'elle nomme Yaourt. Tout du long, elle garde un sans-froid admirable. Dans ce film haletant, il n'y a aucun temps mort. Ne le manquez pas. d'ailleurs, je ferai une piqûre de rappel quand il sortira le 19 novembre 2025.

25 mai 2025

La Venue de l'avenir - Cedric Klapisch

Même si ce n'est pas le meilleur film de Cedric Klapisch, le film La Venue de l'avenir sorti le 22 mai 2025 se laisse voir pour plusieurs raisons dont la réalisation, qui alterne de manière fluide deux époques: de nos jours et en 1895 (avec une incursion en 1873). Quand le film démarre, de nos jours, une généalogiste a réussi à retrouver et à rassembler les descendants d'une certaine Adèle Vermillard, née en 1873 en Normandie. Devant notaire, ils doivent décider de la vente ou non d'une vieille demeure inhabitée depuis 1944 et entourée d'un immense terrain en bord de mer. Quatre personnes parmi les héritiers sont désignées pour rouvrir la maison. Ce sont Seb (Abraham Wapler), Céline (Julia Piaton), Guy (Vincent Macaigne) et Abdel (Zinedine Soualem). Dès qu'ils sont entrés dans la maison, on nous transporte dans le passé à la fin du XIXème siècle quand Adèle (Suzanne Lindon) quitte momentanément son amoureux Gaspard pour retrouver sa mère Odette (Sara Giraudeau) à Paris. Le voyage se fait en bateau sur la Seine. Adèle y rencontre Anatole (Paul Kircher) qui peint et Lucien (Vassili Schneider), qui, lui, est photographe. Il faut saluer la qualité du travail numérique qui permet d'admirer la Tour Eiffel toute neuve (en 1895, elle a 6 ans). Le quartier de Montmartre est un vaste champ avec des fermes. L'histoire nous fait croiser Sarah Bernhardt, Félix Nadar et Claude Monet jeune et vieillissant à Giverny. Il est même question des début du cinéma avec de l'image animée. Je vous laisse découvrir comment les personnages contemporains vont saluer Victor Hugo. Les deux époques s'entremêlent avec bonheur. On passe un bon moment même si Suzanne Lindon manque un peu de personnalité. Ce film était présenté hors compétition cette année au Festival du film de Cannes. 

Justement, à propos des films de Cannes, certains seront ou ont été projetés entre le 23 et 27 mai 2025 à Paris et dans quelques grandes villes de France. Personnellement, je vais normalement en voir cinq en avant-première. Celui des Frères Dardenne est déjà en salle. Hier, samedi 24 mai, j'ai déjà vu deux films : Connemara d'Alex Lutz avec Mélanie Thierry et Bastien Bouillon d'après le roman de Nicolas Mathieu. Ce n'est pas mal mais j'ai eu mal aux yeux au bout de minutes à cause de la manière de filmer: la caméra qui bouge beaucoup et la manière de voir très nettement les acteurs en gros plan alors que le reste de l'image est floue. Cela m'a beaucoup perturbée. À part ça, Mélanie Thierry et Bastien Bouillon sont très bien, ainsi que Jacques Gamblin. Le film sort le 10 septembre 2025. Et j'ai vu Vie privée de Rebecca Zlotowski (3 étoiles sur Télérama), avec Jodie Foster et Daniel Auteuil. J'ai été déçue et la salle archi-bondée semble l'avoir été aussi. J'ai lu que l'on pouvait comparer Vie privée à Meurtre mystérieux à Manhattan de Woody Allen: pour moi, on en est très loin. C'est bourré d'invraisemblances et cela manque de légèreté Je vous en dirai plus quand le film sortira le 26 novembre prochain. Le film était présenté hors compétition. Quant aux trois autres films, je vous en parlerai une fois que je les aurai vus. 

24 mai 2025

Le naufrage du Titanic - Joseph Conrad

Ce mois de mai 2025 entrecoupé de viaducs passe vraiment trop vite. Je (ta d loi du ciné, "squatter" chez dasola) n'arrive pas à tenir le rythme idéal de mes participations aux divers challenges plus motivants les uns que les autres. Ce billet va au moins réussir à cocher trois cases, en présentant un ouvrage qui réunit huit ou neuf (1) textes courts. 

Joseph Conrad, Le naufrage du Titanic (et autres écrits sur la mer), Arléa, 2009, 147 pages
(textes originaux rassemblés en anglais en 1924-1926).

 

Le recueil (dont l'édition que j'ai eue en main ne contenait pas de table des matières) commence (pp.9-62) par les deux articles de presse datés de 1912 où Conrad, lui-même breveté capitaine au long cours de la marine anglaise, donne son opinion sur la catastrophe (alors très contemporaine) du Titanic, et sur les débats en recherche de responsabilité vus par la presse de l'époque. Rappelons que le "marketing" qui vantait le navire l'avait qualifié d'"insubmersible", et que les passagers de la traversée inaugurale comptaient nombre de millionnaires attirés par le luxe des services disponibles à bord (il "fallait être" de cet événement mondain). Ce qui provoque l'ire de Conrad, qui sait de quoi il parle, ce n'est pas tant la "fortune de mer" elle-même que ce qui est dit (par la presse, par les avocats des armateurs ou les "experts" appelés à témoigner lors des différentes enquêtes). Face aux dérobades cherchant à dégager les responsabilités, lui insiste cruellement sur les manquements à la sécurité d'une part, à la mise en cause des morts (notamment du capitaine Smith) de l'autre, et enfin sur l'hypocrisie consistant à chercher à dissimuler que les choix techniques faits correspondaient à une recherche de rentabilité financière bien plus qu'à des contraintes matérielles. 

Ce qu'il met en évidence dans Sur le naufrage du Titanic puis dans Aspects admirables de l'enquête sur le naufrage du Titanic nous est aujourd'hui (plus de 110 ans et d'innombrables livres après) bien connu, mais à l'époque, sa voix autorisée a dû porter des propos très originaux. Face à ceux qui disaient qu'il aurait dû y avoir moins (et non pas davantage) de canots de sauvetage, lui défend l'idée que la drome doit offrir une place à chacune des personnes à bord des navires. Il rappelle le cas d'un navire victime d'une collision qui a coulé en 20 minutes (le RMS Douro, en 1882), cargo dont, dit-il, l'équipage presque entier a péri, mais non sans avoir préservé dans les canots de sauvetage l'intégralité des passagers et les marins nécessaires à leur armement (l'équipage était composé de marins professionnels et entraînés, et non de personnel destiné avant tout au service et au confort des passagers comme sur le Titanic...) (2). Il fustige le fait qu'ait été qualifié d'insubmersible un navire dont les cloisons dites "étanches" ne montaient pas jusqu'au pont le plus haut de la coque (en-dessous des superstructures), mais s'arrêtaient trop bas. Dans ces conditions, il est dubitatif sur la théorie avançant qu'une collision frontale et non par le côté avec l'iceberg aurait sauvé le navire. L'argument selon lequel les cloisons étanches n'auraient pu être fermées à cause des tas de charbon jonchant le sol lui paraît tout aussi fallacieux (une fermeture ne se fait pas obligatoirement par une porte coulissant de haut en bas: les ingénieurs auraient pu prévoir qu'elle se fasse de bas en haut, latéralement ou obliquement...). Il n'apprécie guère les bureaucrates... 

 

Je dirai seulement quelques mots des autres textes, qui sont aussi liés à la mer et au voyage.

* D'abord, Noël en mer (p.103-109), un court texte qui m'a vraiment touché. Il contient le souvenir d'une belle leçon d'humanité et d'attention à l'autre donnée à Noël 1879 par un capitaine au jeune marin qu'était Conrad à l'époque (né en 1857, il avait commencé à naviguer comme mousse en 1874). 

* Dans En dehors de la littérature (p.65-71), il explique pour les Terriens béotiens la sécheresse des Instructions nautiques, dont l'exactitude est primordiale et exempte de tout style littéraire ("la plus fiable des proses imprimées"), et en profite pour raconter une anecdote où il a frôlé l'échec lors d'un examen.

* Un clipper sur lequel Conrad a navigué en 1891-92 est évoqué dans Le Torrens, hommage personnel (p.75-84), dans un texte qui doit dater du tout début des années 1920 ("presque trente ans après le jour où je le vis pour la première fois").

* Le petit texte Livres de voyage (p.87-99) constitue à l'origine une préface pour ...un livre de voyages. Notre auteur fustige ici la "vulgarisation" des récits de voyages à son époque, et regrette le temps où les "aventures" vécues par les premiers explorateurs du vaste monde pouvaient faire rêver les lecteurs (ce qui a presque disparu au cours du XIXe s.). Désormais, les "voyageurs", écrit-il, ne sont plus qu'"une immense société d'individus souffrant de surmenage (dans tous les sens possibles) ou de neurasthénie qui parcourent le monde pour se reposer ou se changer les idées. (...) Les compagnies maritimes les adorent". 

* De la géographie et de quelques explorateurs (p.113-139) contient quelques considérations sur les conquistadors et explorateurs souvent mus d'abord par l'appât du gain, sur la longue recherche du continent austral censé "équilibrer" notre globe, sur le bien mal nommé océan Pacifique, sur l'exploration de l'Afrique. Mais je crois qu'il s'y identifie aussi, racontant avec un brin de nostalgie, me semble-t-il comment il avait obtenu de ses armateurs l'autorisation de faire prendre à un navire qu'il commandait une route originale, ou comment il s'est retrouvé, en Afrique, navigant sur le fleuve Congo, à l'endroit qu'il avait pointé du doigt, enfant, sur une carte...

* Le voyage océanique (p.143-147) termine le recueil. On y sent la nostalgie des traversées à la voile où les passagers avaient le temps de "s'amariner" alors que le jour d'arrivée n'était pas connu avec certitude, contrairement aux navires à vapeur et à leurs quelques jours en mer cadencés et aseptisés. "La seule chose qu'on puisse dire avec certitude s'agissant du voyage en mer, c'est qu'il n'est plus ce qu'il était, que ses éléments même ont changé"...

 

Joseph Conrad, Polonais de naissance, et orphelin à 11 ans, s'est d'abord formé au métier de marin en France, avant de rejoindre la marine britannique. C'est en 1896 (l'année de son brevet de capitaine) qu'il adopte la nationalité britannique et commence à écrire: toute son oeuvre a été rédigée en langue anglaise.

 

J'inscris ce billet pour le Book trip en mer (saison 2) chez Fanja, pour 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie, mais aussi pour l'Escapade dans les littératures européennes des année 1920 chez Cléanthe (il ne s'agit pas d'un roman, mais c'est bien de la littérature...). 

 

(1) J'ai compté et recompté: je ne trouve que huit textes, même si la 4e de couv' parle de neuf...

(2) Le Douro est par ailleurs connu comme ayant transporté un trésor en pièces d'or lors de son naufrage, trésor retrouvé en 1995. À l'occasion de sa vente aux enchères en 1996, il n'est mentionné que la mort de six membres d'équipage. 

22 mai 2025

Mission impossible - The Final Reckoning - Christopher McQuarrie

Ce huitième épisode (Mission impossible - The Final Reckoning, qui devait sortir en juin 2025 et qui ne sort que maintenant en mai 2025) clôt a priori la série Mission impossible. On y retrouve Ethan Hunt (Tom Cruise, qui est aussi coproducteur du film). Cet épisode est la suite et la fin du septième opus. Le méchant de l'histoire qui menace l'humanité est l'Entité, une intelligence artificielle aidée par un certain Gabriel. Face à elle, Ethan Hunt et son équipe vont tout faire pour la neutraliser. Je vous passe les péripéties qui ponctuent le film et que je vous laisse découvrir. Mais il faut noter qu'il y a deux séquences notables. Celle où Ethan, qui doit récupérer le code source de l'entité, va plonger dans les eaux glaciales de l'Arctique pour entrer dans un sous-marin russe coulé 10 ans plus tôt. Cette séquence est très (trop?) longue mais on sait qu'Ethan parviendra à ses fins. Et la seconde séquence est une poursuite entre deux avions au-dessus de paysages d'Afrique du Sud. Avec mon ami Ta d loi du ciné, elle nous a fait penser aux deux Dupont et Dupond dans L'île noire (l'album d'Hergé), quand un avion de couleur jaune (comme dans le film) est piloté tant bien que mal. J'ignore si c'est un clin d'oeil volontaire. Sur les deux heures cinquante que dure le film, il y a bien quelques longueurs mais on en prend plein les yeux. C'est un film distrayant et Tom Cruise est très bien. 

19 mai 2025

Le présage - Peter Farris / Le chant du prophète - Paul Lynch

Le Présage et Le chant du prophète sont deux romans pas rigolos du tout, surtout le second que j'avais hâte de terminer.
 

Je commence donc par Le présage de Peter Farris (Editions Gallmeister, 479 pages), qui se passe alternativement de nos jours et dans le passé en Georgie. Toxey Bivins, un vieux monsieur afro-américain atteint de démence, est pensionnaire dans une maison de retraite. Sa fille Cynthia qui est médecin vient lui rendre visite régulièrement. Pendant ce temps-là, des élections nationales sont en préparation. Le candidat favori est un certain Elder Reese, un homme d'extrême-droite qui va jouer un rôle important dans l'histoire. Toxey, dans ses moments de lucidité, décide de raconter une histoire du passé à Cynthia. Dans sa jeunesse, Toxey s'est pris de passion pour la photo. Grâce à un appareil prêté par l'épicier du coin, il se révèle un photographe de talent. Sans s'en douter, il va prendre un cliché d'une jeune femme dans une fête foraine. Cette jeune fille sera retrouvée morte dans une réserve naturelle qui appartient à la famille d'Elder Reese. Elle était enceinte et le bébé a disparu. Le roman est très bien construit et il nous permet de faire la connaissance de personnages intéressants comme Frida, une vétérinaire spécialiste de la faune sauvage avec des notions de pathologie. Et justement, elle remarque que les cerfs aux alentours semblent malades. Elle va prendre Toxey sous son aile. Quand je dis que le roman n'est pas gai, c'est que j'ai trouvé la fin abrupte. Je ne m'y attendais pas forcément. Car après la pluie, vient souvent la pluie. Lire les billets de Baz-art et Clete
 

Je passe au roman Le chant du prophète de Paul Lynch (Editions Albin Michel, 293 pages). C'est une dystopie qui se passe en Irlande dans un futur très proche (enfin, j'espère, pas trop). Ce roman, c'est d'abord, une écriture, un style ramassé, sans respiration. Il faut applaudir la traductrice Marina Boraso. Voici les premières lignes : "La nuit est tombée et elle n'a pas entendu les coups à la porte, elle regardait le jardin par la fenêtre. L'obscurité qui enveloppe les cerisiers sans un bruit. Elle achève de recouvrir leur feuillage et le feuillage ne lui résiste pas, il accueille l'obscurité dans un murmure. La fatigue, la journée tirant à sa fin et tout ce qui lui reste à faire avant d'aller dormir, les enfants réunis au salon, ce sentiment de paix qu'elle éprouve fugacement devant la vitre... (...) S'il n'y avait pas ces coups à la porte. Elle les entend se loger dans sa conscience, la brusquerie, l'insistance qu'il y a dans ces coups, chacun semble si rempli de la présence de celui qui frappe qu'elle fronce les sourcils. Maintenant c'est Bailey qui cogne sur la porte vitrée de la cuisine, maman appelle-t-il, pointe un doigt vers l'entrée sans détacher les yeux de l'écran. La voilà qui déplace son corps dans cette direction, le bébé dans les bras, Eilish s'avance pour ouvrir et il y a deux hommes derrière la vitre de la véranda, dans le noir et ils n'ont pas vraiment de visage." (p.11). Les 293 pages sont toutes de la même écriture et l'histoire n'est vraiment pas gaie. Eilish Stack vient d'avoir un quatrième enfant. Nous sommes en Irlande et une nouvelle police secrète a été créée. Larry Stack, le mari d'Eilish, est un syndicaliste. Il est convoqué par cette nouvelle police et disparaît sans laisser de trace. Eilish est désemparée avec ses quatre enfants: Mark, Bailey, Molly et Ben, le nourrisson. Au fur et mesure que l'histoire se déroule, Eilish perd son travail, les denrées de première nécessité viennent à manquer. L'état de siège est partout entre les rebelles et les forces de l'ordre. La violence est permanente. C'est le chaos général. Je ne vous dirais rien de plus de l'histoire si ce n'est la dernière phrase : "Elle cherche le regard de Molly, incapable de trouver les mots justes, aucun mot ne peut rendre compte de ce qu'elle voudrait dire, elle ne voit dans le ciel qu'obscurité, elle la connaît bien, cette obscurité, elle ne fait qu'un avec elle, si elle ne part pas elle ne lui échappera jamais alors même que c'est à la vie qu'elle aspire, elle touche la tête de son fils et serre les mains de Molly comme pour leur promettre qu'elle ne renoncera jamais, la mer dit-elle, il faut prendre la mer, la mer, c'est la vie." (p.292-293). L'histoire est suffocante. Je n'a pas vu d'espoir. Lire les billets d'Alex-mot-à-mots, Eva, Nicole Grundlinger

18 mai 2025

Ocean's Songs - Olivier de Kersauson

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) débute mes participations à la saison 2 du Book trip en mer de Fanja avec un petit ouvrage trouvé hier par hasard dans un Circul'livres parisien et dévoré très vite (la langue en est magnifique). 

Olivier de Kersauson, Ocean's Songs, Arthaud Poche / J'ai Lu 9205,
2010 (Copyright Le cherche midi 2008), 188 pages

 

Ocean's Songs: chansons (ou chants) de (sur, au sujet de?) l'Océan... Le navigateur bien connu, Olivier de Kersauson, livre ici souvenirs et réflexions sur sa "carrière" (qu'il a fait le choix de creuser) de "marin du large". En fin du livre, après la douzaine de chapitres plus ou moins longs, six pages suffisent à lister son "relevé de navigation", depuis les années 1967-68 sous le commandement d'Eric Tabarly pour qui il a demandé à faire son Service national dans la Marine, jusqu'aux années 2007-2008 sur lesquels se termine l'ouvrage (il a depuis écrit encore près d'une dizaine de livres, dont en 2012 un Ocean's Song 2 que j'ignorais lorsque j'ai commencé ce billet, mais sur lequel je tâcherai de mettre la main prochainement!).

 

Il commence par parler, de manière quelque peu elliptique, d'"Eric", et il faut être capable de restituer "parce que c'était lui, parce que c'était moi". Je me suis même un temps demandé si c'était parce que les avocats de Tabarly pouvaient se montrer chatouilleux sur l'utilisation indue du patronyme... mais il apparaît p.70. Plus loin, il explique que c'était en traversée sur un ferry qu'il a appris de la bouche du capitaine la disparition en mer de son mentor et ami.

 

Kersauson explique dans son avant-propos que l'idée de ce livre est né "quatre ans plus tôt", quand il a accueilli à bord de son Géronimo les deux fondateurs de Google: eux ont "apporté le monde" à chacun chez soi, quand lui avait décidé, dans sa jeunesse, de le "courir" lui-même, avec l'idée qu'une guerre prochaine risquait de l'empêcher de profiter de sa vie, comme cela avait été le cas pour les générations qui l'avaient précédé, de 1914 à la guerre d'Algérie (né en 1944, il avait 18 ans en 1962, en pleine guerre froide). Recherche ou fuite, lui a fait le choix de courir les mers sur des voiliers taillés pour la course et les records, comme équipier puis second d'abord, comme capitaine ensuite. 

 

Il égrène ici des souvenirs et une philosophie de vie. Les contraintes concrètes de son "métier" (trouver les financements et les sponsors pour créer les bateaux "compétitifs", les armer avec matériel performant et équipage capable...), tout ce que l'on peut lire entre les lignes à condition d'avoir déjà lu sur Eric Tabarly ou sur des "skippers" plus contemporains, il n'en parle guère ici. Nous avons davantage des pages de partage d'images, d'impressions, d'avis sur des personnalités ou des personnages plus anonymes croisés ici ou là durant ces quarante ans, sur l'évolution des choses au fil des ans (un brin de nostalgie parfois? Plutôt la sagesse de savoir qu'on n'arrête pas le cours du temps, qu'il faut l'accompagner).

 

Kersauson a la dent dure contre le tourisme de masse et les croisiéristes qui choisissent leur destination en fonction des menus et de la cave disponibles à bord. Sa manière de nous décrire les quatre océans, les cinq continents, les sept mers (c'est moi qui chiffre!) est aux antipodes d'une projection de cartes postales. Il semble avoir une tendresse particulières pour ce qu'on appelait alors les DOM-TOM, qu'il a connues avant leur invasion touristique. Il n'a pu "accéder" aux Japonais (et le regrette). 

 

N'étant pas radiophile, je ne crois pas avoir entendu Olivier de Kersauson aux Grosses têtes (où l'on me souffle que ses échanges avec Jean Yanne valaient le détour) - je ne doute pas qu'on puisse aujourd'hui encore en écouter des enregistrements. En m'informant sur sa bibliographie, j'ai découvert que deux de ses livres avaient été illustrés par Wolinski. Si j'arrive à mettre la main dessus, cela fera certainement l'objet d'un de mes "billets du 7" un mois ou l'autre! 

 

En attendant, je commence petitement ce Book trip en mer avec 1 (un) point... Sauf si j'ai donné envie à d'autres de lire et chroniquer Ocean's Songs dans le mois qui vient!

P.S.: en cherchant des liens sur ce livre, j'ai eu la déception de voir qu'il y avait eu une embrouille juridique avec un "nègre" dont le contrat avait été rompu... Cf. ce que disait en 2010 Anne-Sophie

Ceci dit, La chèvre grise a aussi parlé de l'ouvrage, comme Cédric Charbonnel (dernier billet en 2022).  

16 mai 2025

Tu ne mentiras point - Tim Mielants

J'avais été bouleversée en 2003 par le film de Peter Mullan, The Magdalene Sisters. Plus de vingt plus tard, Tu ne mentiras point du Belge Tim Mielants reprend un peu le même sujet, en le traitant de manière très différente. Entre 1922 et 1996, a priori, plus de 56 000 jeunes femmes irlandaises ont été enfermées dans des couvents. Elles avaient eu le malheur de se retrouver enceintes hors mariage, ce qui était inacceptable dans l'Irlande catholique. Parfois, c'était un comportement inapproprié qui les conduisaient dans ces lieux austères où elles passaient leur temps à faire des lessives, à être maltraitées et humiliées. Quand elles avaient accouché, leurs bébés leur étaient retirés et ils étaient mis à l'adoption. Dans Tu ne mentiras point, on fait la connaissance de Bill Furlong (Cillian Murphy), un charbonnier marié et père de cinq filles. Lors d'une livraison de charbon au couvent voisin, il assiste de loin à une scène qui le traumatise. Une mère de famille emmène de force sa fille au couvent malgré les pleurs de cette dernière. Cet épisode le fait repenser à sa propre enfance, car lui-même est né hors mariage et sa mère a eu de la chance de trouver une femme riche qui l'a prise à son service. On sent que l'église est présente partout. Personne n'ose rien dire sur ce qui se passe dans le couvent. À un moment donné, la confrontation entre la mère supérieure (Emily Watson, effrayante) et Bill Furlong est glaçante. Comme elle sait ce qu'il a vu, elle fait des menaces à peine voilées envers lui et ses filles qui profitent de l'éducation de ce couvent. L'histoire se passe dans une petite ville irlandaise grisâtre avec un ciel plombé pendant la période de fin d'année. C'est lugubre. Je me suis demandée si la fin n'était pas un rêve. Cillian Murphy avec son regard bleu et son air mutique est impressionnant. Un film à voir éventuellement même si j'ai nettement préféré The Magdalene Sisters qui abordait le sujet d'une manière plus frontale. À noter qu'Eileen Walsh qui interprète le rôle de la femme de Bill a joué dans le film de Peter Mullan. Elle était Crispina, la fille un peu simplette à qui on faisait subir les pires outrages. Lire les billets de Pascale et Selenie

13 mai 2025

Ghostlight - Kelly O'Sullivan et Alex Thompson / Les enfants rouges - Lofti Achour

J'ai vu ces deux films l'un après l'autre le 8 mai 2025. 

 

Ghostlight de Kelly O'Sullivan et Alex Thompson est un beau film sur le deuil et sur la manière dont une pièce de théâtre (Roméo et Juliette de William Shakespeare) et le triste destin des jeunes amoureux de Vérone servent de thérapie à une famille. Dan travaille sur un chantier près d'une salle de théâtre amateur. Sa fille Daisy est en pleine révolte et Sharon, la mère, fait ce qu'elle peut. Un jour, Dan entre par hasard dans la salle et de fil en aiguille intègre la troupe qui répète Roméo et Juliette. Face à Dan, on est conquis par Rita (Dolly de Leon) qui doit jouer Juliette. Elle a plus de 50 ans. Je vous laisse deviner qui va jouer Roméo. Et Daisy est acceptée dans la troupe dans le rôle de Mercutio. La thérapie par le théâtre est une belle chose. Toutes ces répétitions débouchent sur une seule représentation. C'est émouvant et magnifique de voir ces acteurs dans cette pièce dont on ne voit que des bribes. Il faut noter que la famille formée par Dan (Keith Kupferer), Sharon (Tara Mallen) et Daisy (Katherine Mallen Kupferer) est une vraie famille à la ville et ça se sent. Lire le billet de Pascale.

 

Je passe au film Les enfants rouges d'un réalisateur franco-tunisien. C'est un drame épouvantable qui s'est passé peu de temps après les attentats du Bataclan. Le scénario est donc tiré d'une histoire vraie qui a traumatisé les Tunisiens. Nous sommes donc en Tunisie, en 2015. Deux jeunes bergers de 14 et 16 ans, Ashraf et Nizar (ils sont cousins), emmènent leur troupeau de chèvre dans un paysage magnifique de montagnes au sol crayeux. Il semble que cela se soit passé pas loin de la frontière algérienne. Les deux garçons sont attaqués par derrière, on voit peu de choses si ce n'est que Nizar est décapité et Ashraf est contraint de prendre la tête de Nizar dans un sac et l'emporte dans sa famille. Ashraf est complètement traumatisé. On ne saura pas vraiment qui étaient les assaillants. Le réalisateur s'est concentré sur les victimes. Ashraf et sa famille vivent pauvrement au milieu de nulle part. La grande partie du film présente l'expédition des hommes de la famille pour récupérer le reste du corps. La mère de Nizar a accouché d'un homme en entier et son garçon doit être enterré en entier. En attendant que le reste du corps soit retrouvé, la tête est conservée au frigo. J'ai appris que le terme "rouge" du titre veut dire courageux. Un beau film interprété avec beaucoup de talent par des non-professionnels et, je le répète, les paysages sont magnifiques. Lire le billet de Selenie.

9 mai 2025

Le petit caporal - Yann Zolets / La petite fasciste - Jérôme Leroy

Les éditions La manufacture de livres vient de lancer une nouvelle collection, "La manuf, toutes les couleurs du noir" avec trois titres en attendant les autres. J'en ai lu deux, La petite fasciste de Jérôme Leroy (Editions La Manuf, 190 pages) et Le petit caporal de Yann Zolets (Editions la Manuf, 395 pages). 

Je commence par La petite fasciste de Jérôme Leroy où une fois de plus l'écrivain a choisi comme toile de fond le nord de la France, de nos jours, au moment d'élections où la droite extrême est près de gagner. C'est l'histoire d'une jeune fille, Francesca, la vingtaine, qui a des idées de droite, et d'un homme d'âge mûr, Bonneval, un député socialiste. Ils vont tomber amoureux l'un de l'autre. Pour en arriver là, il va se passer plusieurs événements dont le plus tragique est l'assassinat du petit ami de Francesca, Jugurtha Aït-Ahmed, par le propre frère de Francesca. Cette dernière découvrira la vérité au bout d'un certain temps. Pendant ce temps, Bonneval est recherché par un tueur qui va commettre un carnage sur des étudiants qui étaient là au mauvais endroit au mauvais moment. Le livre est très plaisant à lire car comme toujours il est très bien écrit. Je conseille.

Je passe maintenant au roman Le Petit Caporal (en référence à Bonaparte) de Yann Zolets. L'écrivain qui écrit sous pseudonyme appartient au renseignement français après avoir parcouru l'espace post-soviétique. On sent qu'il connaît son sujet. En revanche, j'aimerais attirer l'attention sur l'écriture et surtout la relecture. C'est bourré de maladresses et de redites. Par exemple, "Il n'a guère douté de doute (sic) sur l'issue" (page 188). A part ça, l'histoire est suffisamment prenante pour que je sois allée jusqu'au bout. Il s'agit d'une histoire d'espionnage, de traîtres, de sous-marin russe qui échappe à la traque d'un sous-marin français. La DGSE, la DGSI côté français et le GRU, le FSB et le SVR (les acronymes ne sont pas traduits) ne se font pas de cadeau. Il y a aussi quelques personnages peu recommandables. Je me demande tout de même si le roman n'a pas été écrit par une intelligence artificielle car l'essentiel de l'histoire se passe en 2020 en plein Covid (nulle part il n'est fait mention de cette épidémie). Les avions décollent, l'opéra Garnier donne des représentations, les gens partent en villégiature, etc. Je le répète, c'est un roman qui se lit bien... si on fait abstraction de tout ce que je viens d'écrire.

8 mai 2025

Little Jaffna - Lawrence Valins

Je suis allée voir très confiante Little Jaffna et ma déception a été à la hauteur de mes attentes. Lawrence Valin, d'origine sri lankaise, qui interprète le rôle principal (Michael, un gardien de la paix infiltré dans la communauté tamoule du nord de Paris), est aussi le réalisateur. L'histoire se passe à la fin des années 2000 à Paris, pendant qu'il y a la guerre civile au Sri Lanka. Un groupe de Tamouls extorque de l'argent auprès des commerçants de la communauté. L'argent récolté et blanchi est envoyé aux rebelles séparatistes au Sri Lanka. J'ai trouvé que le film se composait de plusieurs séquences qui ne se terminent pas vraiment, dont une course-poursuite. Si j'ai bien compris, Michael est chargé de trouver et faire saisir les marchandises et pour ce faire, il se rapproche d'Aya, le patriarche qui fait la pluie et le beau temps dans la communauté. Avec son regard perçant, il est impressionnant. A part ça, j'ai aimé le personnage de la grand-mère de Michaël. Un film qui bénéficie de bonnes critiques et je ne sais pas pourquoi. Pascale n'est pas enthousiaste non plus. 

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