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30 septembre 2022

Tortilla Flat / Rue de la Sardine / Tendre jeudi - John Steinbeck

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Je (ta d loi du cine, "sqatter" chez dasola) remercie PatiVore et Belette de m'avoir suggéré l'idée de participer à leur Mois Américain 2022 en solitaire, qui perpétue l'initiative lancée à l'origine par Titine. Il semble que je sois le seul blogueur mâle à avoir participé à leur challenge? Cela m'a donné l'occasion de relire trois romans de Steinbeck, qui m'avaient été offerts pour Noël en 1980, 1981 et 1982. A l'époque, chaque membre de ma famille susceptible d'offir un cadeau pour Noël au grand garçon que j'étais se voyait affligé / infliger (?) par mes soins (d') une liste de l'oeuvre complète d'un de mes auteurs favoris (en général prolixe - et décédé), à utiliser jusqu'à extinction pour Noël et mon anniversaire (seules "fêtes à cadeaux" chez moi). Ces trois romans peuvent aussi participer au challenge 2022 en classiques co-organisé par Nathalie et Blandine. 

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Je m'y prends pratiquement à la dernière minute pour publier mon billet. Un mois, ça doit être un délai trop court pour moi, le temps d'avoir l'idée, de lire et surtout de chroniquer. Et je voulais faire un seul billet pour les trois livres de la photo ci-dessus (les illustrations des Folio sont de Jean-Paul Théodule, j'ignore l'auteur de celle du Livre de Poche).

P1150491Dans Tortilla Flat (écrit en 1935), John Steinbeck, avec beaucoup de tendresse, peint des personnages haut en couleur, des "paisanos" de Monterey, sur les hauteurs de la ville. Ce sont des "déclassés" sans domicile fixe, dormant dans les bois lorsqu'ils ne sont pas retenus en prison ou chez une belle... Mais quand l'un d'eux se suicide, c'est sans le faire exprès. Le principal héros, Danny, hérite de deux maisons. Il commence par occuper l'une et louer l'autre à l'un de ses copains - qui ne lui paiera jamais de loyer, bien entendu. Ce dernier en invite un autre... avant d'incendier la maison, et nos deux paisanos échaudés rejoignent donc Danny dans la sienne. Puis un autre copain arrive, et encore, et encore... Au final, la Maison de Danny peut faire songer à celle du film Affreux, sales et méchants. Mais les rencontres avec leurs amours de passage se déroulent toujours hors de cette maison-là, le plus souvent chez les femmes, mariées ou non. 

Le gallon de vin que se procurent régulièrement nos compères leur est vendu un dollar (un gallon représente approximativement quatre litres). Ils consomment aussi du brandy, du whisky... mais c'est plus cher! On est vraisemblablement en pleine période de prohibition, ce qui n'a pas l'air de les empêcher outre mesure de se saoûler au whisky de... 4 mois d'âge! En désespoir de cause, s'ils n'ont vraiment aucune autre solution, nos paisanos sont prêts à tout pour se procurer leur boisson, et acceptent même de travailler pour deux dollars par jour. Ce sont de vrais copains, mais qui peut résister à l'attrait d'un verre supplémentaire? Cependant, celui qui vole un membre de la troupe peut en être cruellement puni. 

La bande de Danny, qui s'étoffe au fil du roman, termine à sept personnages : Pilou, Pablo, Jesus-Maria, le Pirate, Big Joe Portugee, Johnny Pom Pom et Tito Ralf. Mais nos paisanos sont parfois sujets à la mélancolie sinon à la dépression, jusqu'à ce qu'une fête leur remonte le moral et cimente leur communauté. Je retiens la citation finale, après la destruction de leur havre de paix."Les amis de Danny gardaient toujours les yeux fixés sur les ruines fumantes. Puis ils s'observèrent l'un l'autre avec des regards étranges et reportèrent une fois encore leurs yeux sur la maison brûlée. Un peu plus tard, ils se retournèrent et s'en allèrent d'un pas tranquille. Il n'y en avait pas deux qui marchassent ensemble". [on notera l'imparfait du subjonctif].

J'ai trouvé quelques autres billets sur cet ouvrage: Joëlle de la Bibliothèque du dolmen, Leiloona, Nad du blog L'amarrée des mots, Sandra du blog Lettres et caractères. 

P1150493Rue de la Sardine (paru en 1945) est un peu de la même veine. Nous sommes toujours à Monterey, mais cette fois dans la partie basse de la ville, du côté des conserveries. Dans les 30 premières pages du roman, Steinbeck nous conte deux suicides différents (pour différentes raisons). Et pourtant le roman fait aussi dans le genre comique. Il est composé de chapitres dont les liens sont ténus, on peut plutôt les considérer comme des "tranches de vie" sans vraiment de début ni de fin... Il nous narre la vie des habitants du quartier. Les 32 chapitres n'ont même pas de titres. Ce coup-ci, l'équipe de loosers sympathiques est menée par Mack. La bande se compose de Gay, d'Eddy, d'Hazel. Il y a aussi le propriétaire de leur "palais [des coups]" (Lee Chong, le marchand chinois d'en face), la Maison de Dora (Le drapeau de l'Ours) et ses filles, Henry le peintre qui vit dans un bateau éternellement en construction... Entre autres personnages, on y croise aussi la ford T. Je ne résiste pas au plaisir d'une citation: "quelqu'un devrait se décider à écrire un essai sur les effets moraux, physiques et esthétiques du modèle T sur la nation américaine. Deux générations d'Américains en savent davantage sur les engrenages du modèle T, que sur le clitoris, sur le système planétaire de son changement de vitesse que sur le système solaire des étoiles. Chez nous, le modèle T a modifié pour une grande part la notion de la propriété. Les clefs anglaises ont cessé d'être un objet personnel, et une pompe pour gonfler les pneus appartient désormais à celui qui l'a ramassée le dernier." A part cela, comme figure notable, le roman comporte aussi, voire surtout, Doc (personnage inspiré d'un ami de Steinbeck), qui tente péniblement de vivre de son activité de biologiste dans le laboratoire dont il est propriétaire. Doc, c'est la providence du quartier, celui qui vous dépanne de quelque sous contre des animaux dont il n'a pas forcément besoin, celui qui, tout en s'en défendant, peut soigner les bobos: tout tourne un peu autour de lui... Et quand, pour le remercier de ses services, les habitants du quartier décident de lui offrir une fête, c'est souvent lui qui en fait les frais!

Concernant Rue de la Sardine, j'ai seulement déniché un vieux billet (commentaires fermés...) sur le blog Le bouquineur. 

P1150492Tendre jeudi (publié en 1954) enfin, c'est une extraordinaire histoire d'amour, l'envers lumineux du si sombre A l'Est d'Eden. Il s'agit de la suite de Rue de la Sardine. Suzy n'est pas un homme (comme celui que chante Joe Dassin), certes non. Cette fois-ci, il y a une histoire avec un début, un milieu et une fin, et 40 chapitres avec des titres variés et signifiants (certains ne font que 2 pages). Le premier chapitre dépeint ce qui s'est passé "rue de la Sardine": notamment, la seconde guerre mondiale... Doc a été appelé sous les drapeaux, et, de retour dans ses foyers, doit relancer son laboratoire... (il a l'idée d'un article scientifique qu'il ne lui reste plus qu'à rédiger). Le nouvel épicier est mexicain. On peut relever que, à cette époque-là, le gallon de vin vaut 62 cents [0,62 dollar] (p.172). Mack et sa bande constatent que Doc a le blues. Au 5ème chapitre, Suzy entre en scène. Doc et elle vont se tourner autour, s'attirer et se repousser... avec leurs caractères respectifs bien trempés. Il faudra que toute la bande du quartier s'en mêle, spécialement Hazel, esprit simple, qui, à défaut de devenir Président des Etats-Unis, s'avèrera très efficace dans le rôle de Deux ex machina. Et l'on verra à la fin (le chapitre 40 est magnifique!) Doc et Suzy partir en expédition de recherche scientifique vers le bord de la mer... 

Je n'ai pas pour le moment de billets ayant chroniqué Tendre jeudi à indiquer. 

Je noterai que mes éditions de ces trois oeuvres ont chacune été traduites par une personne différente (je suis bien incapable de lire de la littérature étrangère en VO). C'est peut-être ce qui explique quelques menues différences (par exemple L'ours au lieu du Drapeau de l'ours, le Palais au lieu du Palais des coups...).

Je prends en tout cas conscience que, à l'époque où j'ai lu pour la première fois ces trois romans, internet n'existait pas: chercher les oeuvres disponibles (ou même existantes) pour un auteur donné était nettement moins simple qu'aujourd'hui... Je peux signaler que j'ai découvert en septembre 2022 l'existence de nouvelles oeuvres de Steinbeck publiés en français dans l'une ou l'autre collection format poche, en plus de celles dont je connaissais les titres parce qu'ils figuraient comme "autres titres" dans mes bouquins des années 1980 (Folio et/ou Poche), voire dans les catalogues de ces collections, que distribuaient les libraires lorsqu'on les leur demandait: Voyage avec Charley, Dépêches du Vietnam, Lune noire, Dans la mer de Cortès, Une saison amère, ... sont donc des livres que j'ignorais. Leur découverte pourrait être à mon programme pour un prochain "Mois américain"!

17 novembre 2022

L'illusion du mal - Piergiorgio Pulixi

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Après L'île des âmes qui m'avait beaucoup plu et qui se passait exclusivement en Sardaigne, j'ai eu le plaisir de retrouver les deux enquêtrices Eva Croce et Mara Rais dans L'illusion du mal (Edition Gallmeister, 600 pages haletantes). Les deux femmes aux personnalités très différentes vont devoir affronter un personnage déterminé qui va être surnommé le Dentiste. Un individu grimé enlève un homme accusé de pédophilie mais qui n'a jamais été condamné. Dans une vidéo qui devient rapidement virale intitulée "La loi, c'est toi", le kidnappeur demande à ceux qui sont connectés de voter pour ou contre la mort de l'homme qu'il a enlevé et à qui il a arraché toutes les dents. Vito Strega (sorcière en italien), un criminologue milanais de renom, va prêter main-forte aux deux femmes. L'enquête se déroule entre Cagliari en Sardaigne et Milan en Italie. Un deuxième enlèvement a lieu, il s'agit cette fois-ci d'une présentatrice d'une émission de télévision racoleuse. Pour elle, le jugement du public sera un peu plus clément que le précédent. Au fur et à mesure que l'enquête avance, on apprend qu'il y a plusieurs Dentistes. Quand un premier est abattu, un deuxième prend le relais. Je ne vous dirais rien de plus sur l'histoire qui est divisée en très courts chapitres. J'aurais grand plaisir à retrouver Eva et Mara, des inspectrices douées et attachantes ainsi que Vito Strega dans le roman suivant de Piergorgio Pulixi. Enfin, j'espère qu'il y en aura un traduit en français (il semble qu'il y en ait encore beaucoup en italien). Le titre original du roman en italien est "Un colpo al cuore" qui est le titre d'une chanson de Mina (je ne connaissais pas cette chanteuse italienne). Le Dentiste écoute cette chanson quand il torture ses victimes. Lire les billets de Pierre Faverolle et Jostein. 

27 juillet 2022

Voyage découverte en Sicile - 5 (et fin)

Comme toutes bonnes choses ont une fin, voici mon dernier billet sur la Sicile, plus exactement sur Palerme qui est une ville attachante. Je n'ai pas pu visiter les Catacombes des Capucins (celles que l'on voit dans Cadavres Exquis de Francesco Rosi), un lieu où sont rassemblées plus de 3000 momies dont beaucoup de moines. La plupart des corps embaumés l'ont été au XIXème siècle. Le lieu n'est pas actuellement ouvert à la visite à cause du Covid.

Mais j'ai visité quelques bâtiments religieux dont l'entrée de certains est payante: L'église de San Cataldo, siège des chevaliers du Saint-Sépulcre de Jérusalem, une église arabo-normande du XIIème siècle reconnaissable avec ses trois coupoles rouges.

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FEA0E0A5-A777-4636-A486-21169031B284 Les trois coupoles vues de l'intérieur

BCC1F31F-ACB6-4B79-8E48-891D51D42B35 L'intérieur très sobre. L'église est relativement petite

97C9A360-CB67-4D0C-82E1-391DBB588A41 Intérieur de l'église

Puis, on a visité l'église de la Martorana qui est tout à côté. Elle date aussi du XIIème siècle. 

6802F1D7-B58F-46C8-9DE9-E96F8DDDB120 Le campanile roman

48E4C902-7157-4FA9-800B-EA4650B14E33 Le portail est baroque

3D66525E-8E75-4178-9E4D-769821076BA3 L'intérieur est recouvert de mosaïques, de fresques et de stucs baroques.

69050854-8C2E-4FAA-898A-7274EC252588 Une mosaïque représentant le Christ couronnant le roi normand de Sicile Roger II.

La troisième église est celle de Santa Caterina. Elle date du XVIème siècle. Elle jouxte un ancien couvent dominicain.

E5F4012F-B8C2-4069-B419-09E55294D959 Marbre et bas-relief représentant l'histoire de Jonas...

BFCB777D-D9EC-4397-A030-14388A2070F4  ... et le sacrifice d'Isaac

 

356EE8D5-30C5-4E25-B9F8-438C81A54430 La nef

J'ai terminé avec l'église San Domenico qui n'a rien de remarquable si ce n'est que c'est là qu'a été inhumé le juge Giovanni Falcone, un Sicilien né à Palerme, assassiné il y a 30 ans, en 1992. Un attentat commandité par la Mafia. L'épouse du juge et quatre ou cinq autres personnes furent aussi tuées. A l'occasion de ce triste anniversaire, une cinquantaine de chiens, oeuvres de Velasco Vitali étaient disséminés dans l'église. 

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A propos de la Mafia qui semble se faire plus discrète même si elle est toujours présente, on peut voir une sculpture, un monument en métal rouillé rendant hommage aux victimes de la Mafia.

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Pour terminer, voici le théâtre Massimo Vincenzo Bellini, le plus grand d'Italie qui fut contruit à la fin du XIXème siècle.

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Et voilà, j'espère que le voyage vous aura plu. Je vous souhaite d'aller un jour en Sicile, et arrêtez-vous à Palerme au moins 2 ou 3 jours. Il y a tant de choses à voir et c'est agréable d'y flâner. 

29 août 2022

Comme un hibou au soleil - Maurice Denuzière

Encore un livre que j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) chiné vendredi 26 août 2022 chez l'un des nombreux libraires d'occasion que je fréquente à Paris.

P1150480Comme un hibou au soleil (1974, 188 pages dans cette édition LDP datant de 1984) se lit très vite et et agréablement. Un quidam (Félix, écrivain...) se laisse convaincre par un ancien copain de classe de devenir honorable correspondant d'un service secret français pour une mission faisant appel à son talent personnel (que laisse plus ou  moins deviner le titre). Et voilà notre "anti-héros" propulsé aux Bahamas, comme un poisson chinois, pour y rencontrer un "contact". Ce n'est qu'après quelques premières mésaventures qui l'ont laissé impavide qu'intervient cette rencontre. Le compagnon d'aventures de Félix s'avère être François, un vétéran du "service action". Et c'est parti pour quelques journées de "planque" dans un archipel isolé et désolé, mais avec au moins le soleil et la mer. Pour passer le temps, en plus de le forcer à s'entraîner à la natation, François ne manquera pas de [nous] servir un couplet patriotique sur le fait que, ancien résistant, il ne lui a pas été possible de reprendre ses études ni une vie "normale" après la libération, et qu'il a préféré consacrer sa vie, dans l'ombre, à lutter contre la subversion et pour protéger les citoyens insouciants dans ce monde resté si dangereux... Bref, au cours des pages, notre écrivain si candide au départ s'avèrera un tireur passable à la carabine, et même capable, à l'occasion, de tirs mortels. On se croirait dans un James Bond de la belle époque (mais avec davantage d'humour!), impliquant base secrète, organisation qui ne l'est pas moins et qui cherche à dresser les Etas-Unis contre l'URSS, sans oublier les "girls"... Heureusement que la France est là pour sauver le monde! Tout est bien qui finit bien quand arrive au rendez-vous (convenu par radio) la frégate Suffren... Ce navire de la Marine nationale, je sais qu'il a vraiment existé (actif entre 1969 et 2001). Pour le reste?!?

Je n'ai pas réussi à trouver de blog ayant parlé de ce "vieux" livre. Pour ma part, jusqu'à présent, je ne connaissais guère Maurice Denuzière (96 ans aujourd'hui même [29/08/2022]!) que par la saga Louisiane (1977-1987, j'en possède cinq tomes...). Pas mal de temps s'étant écoulé depuis, un nouvel épisode Louisiane ne serait-il pas envisageable, en y intégrant jusqu'aux décennies les plus récentes (chute du mur, interventions américaines ici ou là, changement climatique et ouragans, gaz de schiste... et coton bio)? Quitte à se faire assister par une plume plus jeune, comme l'a fait par exemple Arthur C. Clarke (sauf erreur de ma part) dans ses dernières oeuvres? Le dernier livre publié par M. Denuzière remonte à 2016 (sauf erreur de ma part - bis).

Quant à une série "Hibou"... J'ai juste vérifié (non sans mal pour dénicher l'info!) que L'Anglaise et le hibou, rédigé précédemment (en 1961), n'avait rien à voir avec notre nyc... (oups pardon, spoiler!) notre héros, mais tout avec une statue de Guy Lartigue. Pour Comme un hibou au soleil, ça n'a donc pas été le début d'une série à la "Langelot". Bon, il faut dire que Langelot est plus "jeune" [Bibliothèque Verte], il tue rarement et ne couche jamais - sauf erreur de ma part (ter). Quant à la Bibliothèque Verte telle que je l'ai connue, elle a disparu...

2 novembre 2022

Dans les brumes de Capelans - Olivier Norek

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J'ai été très contente de retrouver le capitaine Victor Coste, l'inspecteur de police que Norek avait abandonné après Surtensions. Cette fois-ci, l'essentiel de l'histoire de Dans les brumes de Capelans (Edition Michel Lafon, 421 pages lues en deux jours) ne se passe pas dans le département du 93 mais à Paris et surtout à Saint-Pierre(-et-Miquelon), cet archipel français, collectivité d'Outre-Mer, qui se situe au sud de Terre-Neuve, à l'Ouest du Groenland et à l'Est de Québec. Victor Coste travaille désormais au SPT (Service de Protection des Témoins). Il est "peseur d'âmes", il est chargé d'évaluer les personnes qu'on lui confie. Le repenti donne des noms, des planques, des contacts. Par la suite, on donne une nouvelle identité au repenti (et à sa famille s'il en a une) et un nouveau pays d'accueil. La résidence protégée par des vitres pare-balles où demeure Victor Coste est bien entendu classée secret défense. Une nouvelle mission est confiée à Coste et cette fois ci, il s'agit d'une victime, Anna Bailly, qui a été prisonnière pendant dix ans depuis l'âge de 14 ans d'un homme responsable de la mort de neuf jeunes filles. Anna est la seule survivante. Son geôlier est à sa poursuite. Andréas, c'est son prénom, est un tueur froid et sans état d'âme qui n'a de cesse de retrouver Anna en laissant d'autres victimes derrière lui. Quand cet homme va arriver à Saint-Pierre, l'île sera bientôt enveloppée d'une brume épaisse, les brumes de Capelans ou de Terre-Neuve. Cette brume va jouer un rôle important lors de la résolution de l'histoire. Je ne veux pas en dire trop sur l'histoire haletante même si Norek donne des indices sur les personnalités de certains protagonistes. Un roman que je conseille comme les autres d'Olivier Norek. Lire les billets de Richard, Cannibales Lecteurs, Alex-mot-à-mots, Matatoune. 

19 novembre 2022

L'appartement de la rue Henri-Robert - Jean-François Berthier

Le livre que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) chronique aujourd'hui met en avant une unité de lieu à défaut d'une unité de temps. L'appartement de la rue Henri-Robert qui donne son titre à l'ouvrage est ce qui relie entre elles six nouvelles. J'ai commandé cet ouvrage à ma librairie de quartier, et l'ai reçu en moins d'une semaine.

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L'appartement de la rue Henri-Robert, éd. Le temps qu'il fait, 2022, 91 pages

La première nouvelle, La fin d'une légende, se présente comme un témoignage de première main sur une héroïne historique. J'ai apprécié la mise en avant d'un phénomène de rapprochement de personnes de classes sociales différentes "dans la vraie vie", à partir du moment où elles fréquentent, hors de chez elles, un endroit où les rassemble un intérêt commun. 

La fin d'un combat (oui, en fait, chaque nouvelle commence par La fin...) m'a bien évidemment évoqué telle ou telle des nouvelles du recueil Le silence de la mer de Vercors, de par la période traitée (l'Occupation).

J'avoue: la conclusion de la troisième nouvelle, La fin d'une illusion, je ne l'avais pas vue venir. Elle se déroule en 1968.

La fin d'un aveu (la quatrième) est l'une des deux plus longues. Comme chacune, c'est un "récit à la première personne", et cette fois-ci l'héroïne occupe l'appartement du titre dans un cadre de type B&B (une semaine de vacances).

Même si on ne peut pas dire qu'il s'agit d'histoires gaies, j'ai trouvé la cinquième nouvelle (La fin de l'espoir) particulièrement triste: comment "la société" se permet de se mettre en travers d'un élan de rapprochement entre deux personnes (au motif de ce qu'on appelle un "délit de solidarité"?).

Je me suis quelque peu identifié au narrateur de la sixième et dernière nouvelle (La fin du désir?). C'est vrai qu'adolescent, je rêvais d'habiter un jour un appartement pas loin de là (dans l'Ile de la Cité - place Dauphine, comme Yves Montand!). Mais surtout, je me reconnais dans le fait de recopier dans un cahier les phrases des livres qui m'ont le plus touché... depuis des décennies. Et le livre finit comme dans le souvenir évoqué en introduction, par une visite de l'appartement lié à Madame Roland.

Tout n'est-il qu'imagination (au-delà de toute remarque sur la mémoire qui trahit), ou bien a-t-il dans telle ou telle nouvelle quelque élément autobiographique? Il faudra que je le demande à l'auteur, en même temos qu'une dédicace, la prochaine fois que je le croiserai. Car, oui, je ne vous l'ai pas encore dit, je connais l'auteur (qui m'avait annoncé la parution imminente de l'ouvrage), et cette chronique pourrait donc figurer sous un intitulé "copinage" si nous étions dans un titre de presse...

1 novembre 2022

Regarde les lumières mon amour - Annie Ernaux

Depuis qu'Annie Ernaux a décroché le prix Nobel de littérature le 6 octobre 2022, j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vu fleurir sur la blogosphère quelques billets consacrés à l'une ou l'autre de ses oeuvres. Pour ma part, j'exhume aujourd'hui un livre que j'avais lu peu après sa parution, lorsqu'il avait été publié dans une collection aujourd'hui disparue, intitulée "Raconter la vie" (éditions du Seuil). Je pensais détenir là le "collector" absolu, mais j'ai déchanté en voyant que le livre avait été réédité par Flammarion avec un dossier visant spécifiquement les "scolaires", et qu'il est également disponible en "Folio" (N°6133), avec une postface inédite de l'auteur. Nonobstant, je vais vous le présenter - peut-être que tous les lecteurs et lectrices du blog ne le connaissent pas?

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Regarde les lumières mon amour, Annie Ernaux, 2014, Seuil, 72 pages

Ce titre a fait partie des six premiers publiés dans la collection. Je ne sais pas s'il a été rédigé spécifiquement pour elle, je suppose que oui: une "signature", ça peut aider un démarrage. En tout cas, il a demandé une certaine préparation - sauf s'il s'agit d'une pure fiction bien sûr. Le titre se présente pourtant comme un essai de sociologie appliquée, sous forme d'un journal d'observations qu'elle a tenue du 8 novembre 2012 au 22 octobre 2013 (le livre est paru en mars 2014). Le récit à la première personne retrace donc ses visites au supermarché Auchan du centre commercial des Trois Fontaines, à Cergy. Cela fait aussi remonter quelques bouffées de souvenirs (supermarché à Londres où Annie Ernaux était fille au pair en 1960, ou Annecy dans les années 1970...). Si vous vous interrogez sur le titre de l'oeuvre, c'est p.40 qu'il est justifié. 

Vu que c'est le seul livre de notre nouvelle Prix Nobel que j'ai lu jusqu'à présent, je ne sais pas si le style "discret" employé dans ce livre est particulièrement caractéristique. Il lui permet de glisser à petites touches quelques critiques plus ou moins voilées de notre société de consommation "de masse", en visant ici spécifiquement Auchan. Au fil des pages ou des rayons sont égrenées quelques considérations sur le jour privilégié pour l'achat du poisson, le fait que la clientèle du samedi n'est pas la même que celle des autres jours, et pourquoi (p.25), sans oublier les interrogations de l'auteur sur les termes à choisir (p.21) pour "qualifier" la clientèle observée. Elle évoque aussi bien le rayon super-discount (produits en vrac, à bas coût, sans "mise en valeur") que l'espace "livres" (pas vraiment une librairie) où sont mises en avant systématiquement les "meilleures ventes". Et puis il y a la saisonnalité des ventes, que la durée de son "journal" permet de mettre en évidence: la "rentrée scolaire" qui se met en place (p.64) dès début juillet ("rends ton vieux cartable, tu auras un "avoir" sur celui que tu achèteras neuf" [en fait, le message semble voussoyer les gamins...]), Noël et ses jouets "genrés" (pp. 18 et 33), le passage de la banque alimentaire (p.29: "pas de pâtes, s'il vous plaît, l'année dernière on en a eu trois tonnes!").

En quelques phrases neutres et l'air de ne pas y toucher, elle parvient à instiller le doute sur le bien-fondé des temples de la politique de consommation. Je vais me permettre une citation (p.28): "Dans le monde de l'hypermarché et de l'économie libérale, aimer les enfants, c'est leur acheter le plus de choses possibles". Par une simple remarque, elle réussit à "déconstruire" le passage à marche forcée aux caisses automatiques au détriment des caissières: en cas d'erreur involontaire quand on "scanne" ses propres achats sur une caisse automatique, on n'a pas l'impression de voler une machine.

Certains thèmes entrent davantage en résonance avec ma propre "grille de lecture": par exemple, la fine observation sur le "super-discount", relégué au fond du magasin, à côté des produits pour animaux... alors que quelques années avant il occupait un espace plus "stratégique", qu'il partageait alors avec le - petit - rayon bio... mais il a fallu étendre celui-ci, destiné à un autre segment de clientèle. p.32, elle relève l'humiliation imposée par les marchandises: elles sont trop chères, donc je ne vaux rien.

Annie Ernaux trouve le moyen d'évoquer deux catastrophes qui ont eu lieu durant sa période d'observation dans des entreprises textiles au Bangladesh dont les ouvrières (en majorité) fournissent nos produits vendus à bas coût en grande distribution. p.31 (à propos de l'incendie d'une usine textile au Bangladesh [28/11/12?]: "Même les chômeurs français victimes des délocalisations sont bien contents de pouvoir s'acheter un tee-shirt à 7 euros". Et p. 62, elle évoque le bilan de l'effondrement de l'immeuble Rana Plazza (toujours au Bangladesh) le 24/04/2013: bilan de 1127 mort annoncé le 13/05/2013. [Auchan a versé 1,5 millions de dollars au fonds d'indemnisation des victimes en août 2014, selon Wikipedia consulté le 29 octobre 2022.]

J'ai trouvé quelques autres billets sur la toile ayant parlé de l'une ou l'autre édition de ce livre: Florian (blog Le dévorateur), My discovery (dernier billet en 2018), Sabell dans son Petit carré jaune (interrompu en 2019), Vio de Culture en jachère (dernier billet en 2021). Et, plus inattendu, le blog Cuisine d'amour s'est même fendu d'un court billet (1)(2).

Jusqu'à ce que je consulte l'article de Wikipedia sur cet ouvrage (le 29 octobre 2022), j'ignorais que Raconter la vie avait fait l'objet d'une adaptation théâtrale en 2016.

(1) Merci à Aifelle qui m'a signalé (en "commentaire" ci-dessous) la chronique qui était sur sur son ancien blog. et m'a ainsi orienté vers celles de Clara, Cathulu et Mirontaine (et tous les rebonds afférents "d'époque", que les moteurs de recherche ne référencent évidemment plus: Yv, Jostein, Emma...).

(2) Sans oublier Maggie... ni Lillylivres, Sharon. ou Sandrion.

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J'aurais souhaité aussi dire quelques mots de la collection "Raconter la vie". J'avais acheté le livre-manifeste de la collection, rédigé par son directeur, Pierre Rosenvallon, publié parmi l'un des tout premiers. Puis j'ai acheté, au fil de l'eau et au fur et à mesure de leur parution, à peu près la moitié des parutions entre 2014 et 2016; et j'en ai déniché par la suite quelques autres en "seconde main" jusqu'à monter aux deux tiers, alors même qu'il n'y avait plus de nouvelles sorties (j'en possède aujourd'hui 17 sur 25)... Ce n'est d'ailleurs qu'à la parution de la réédition du manifeste de Pierre Rosenvalon (début 2020) que j'ai eu connaissance du "bilan global" de l'expérience. Le projet initial comprenait aussi la publication en ligne de "récits" proposés par tout un chacun. J'avais même songé moi-même, un moment, à proposer un texte personnel pour la parution en format numérique. Mais mon "temps de réaction / rédaction" s'est avéré trop long par rapport à la brièveté de l'existence de la collection... Et aujourd'hui, je suis bien en peine de savoir ce que sont devenus les centaines de "récits" publiés, à l'époque, sur la plateforme en ligne qui supportait la collection, au format numérique... Un nouvel article à rédiger, si je creuse davantage le sujet? [voir billet du 30 décembre 2022]

24 juillet 2022

Lëd - Caryl Ferey

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Je viens de terminer Lëd (Edition Pocket, 541 pages), un bon thriller de Caryl Férey, un écrivain français dont je n'avais encore rien lu. Lëd (qui signifie Glace en russe) est un roman haletant qui se passe de nos jours à Norilsk en Sibérie. Norilsk est située au nord du cercle polaire arctique. Elle est considérée comme la ville de plus de 100 000 habitants la plus septentrionale du monde (source wikipedia). C'est aussi une ville très polluée à cause de l'extraction du nickel, du cuivre, du cobalt et du charbon. Le complexe sidérurgique et minier de Norilsk est le premier au monde. Quand le roman commence, il fait -64° dehors, on est en plein hiver polaire. Dans ces conditions extrêmes, on fait la connaissance de Gleb Berenski qui est mineur dans un mine de nickel et photographe à ses heures. Il vit une relation amoureuse avec un autre mineur appelé Nikita, qui est son voisin de palier Ils se cachent car l'homosexualité n'est pas vue d'un bon oeil en Russie. Gleb et Nikita ainsi que d'autres personnages du roman comme Dasha, Lena et son mari Sacha vivent dans des barres d'immeubles. Le blizzard souffle et le toit entier d'une de ces barres est sur le point de s'effondrer. Gleb est témoin de cette catastrophe et il découvre parmi les décombres le corps décapité et démembré d'un Nenets (un autochtone) éleveur de rennes. La police se rend compte que le Nenets était mort avant l'effondrement du toit. Il a été assassiné. Boris Ivanov, un policier originaire d'Irkoutsk, est chargé de l'enquête qui va se révéler difficile. Il va se trouver impliquer de manière très personnelle dans l'enquête pendant laquelle d'autres meurtres sont commis. Je ne dirai rien de plus sur cette histoire bien menée qui parle de corruption à haut niveau. On sent que Caryl Férey a bien étudié son sujet, il évoque Poutine et sa politique. Un livre qui se lit bien et que je recommande tout comme Eva.

23 août 2022

Leila et ses frères - Saeed Roustaee

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En préambule, Leila et ses frères est selon moi le film étranger de l'année. Le réalisateur iranien Saeed Roustaee (La loi de Téhéran) est aussi le scénariste du film qui sort demain, mercredi 24 août 2022. Pendant 2H49 (non, non, le film n'est pas trop long), on suit quelques semaines dans la vie assez rude de la famille de Leila, une jeune femme d'une trentaine d'années toujours pas mariée. Elle est la seule fille au milieu de quatre garçons. Elle gagne à peu près sa vie et c'est la seule à vraiment tenir tête à Esmaïl, le père de la famille, un vieux monsieur à la santé fragile mais au mauvais caractère. C'est un tyran domestique. Parmi les quatre frères de Leila, un seul est marié et il est le père de cinq filles. Mais quand son épouse accouche enfin d'un petit garçon, c'est la joie dans la famille malgré la crise économique qui la touche durement. Ils sont criblés de dettes. De ce fait, Leila a l'idée d'acheter une boutique à crédit dans une galerie commerciale pour toute la famille. Elle s'attend à ce que son père les aide dans leur entreprise. Mais les choses ne vont pas se passer comme prévues car le père a promis une importante somme d'argent qui le ferait devenir le nouveau parrain de sa communauté, la plus haute distinction de la tradition persane. Cette distinction aboutirait peut-être a ce que Esmaïl soit moins méprisé par de nombreuses personnes de sa connaissance. L'affiche représente le moment de gloire d'Ismaîl, même si elle sera éphémère. La famille va arriver au bord de l'implosion à l'issue de cette cérémonie. Certains dialogues entre les personnages sont très violents et démontrent bien le ressentiment entre les deux parents et les enfants. Leila est particulièrement virulente. Il faut saluer l'interprétation des acteurs qui ont presque tous joué dans La loi de Téhéran. Certains sont méconnaissables comme Navid Mohammadzadeh qui interprétait le "dealer" et Payman Maadi (qui interprétait le rôle du policier). Et je n'oublie pas l'actrice Taraneh Alidoosti qui interprète Leila: elle est magnifique. Le réalisateur né en 1989 confirme son grand talent.

Après La loi de Téhéran qui fut le grand film de l'été 2019, Leila et ses frères est le grand film de l'été 2022. Il est regrettable qu'ayant fait partie de la compétition officielle du dernier festival de Cannes, il n'ait reçu aucune récompense. Pour l'anecdote, j'ai vu le film en avant-première dans une salle climatisée très agréable le mardi 19 juillet dernier. Quand je suis sortie de la projection, j'ai eu l'impression d'entrer dans un four, mon téléphone affichait 40°. Il paraît que ce fut la journée la plus chaude à Paris. C'est bien d'aller au cinéma quand il fait chaud dehors.

20 août 2022

Le silence de la ville blanche - Eva Garcia Saenz de Urturi

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Grâce à un excellent roman policier qui se passe à Vitoria, capitale de la province d'Alava au Pays basque en Espagne, je participe, pour la deuxième fois cette année, au challenge "Pavé de l'été" organisé par Brize que je remercie à nouveau.
Le silence de la ville blanche d'Eva Garcia Saenz de Urturi (Edition Pocket, 621 pages haletantes) se passe alternativement en 2016 et au début des années 1970. En 2016, dans la cathédrale Santa Maria, deux corps sont retrouvés. Il s'agit d'un garçon et d'une fille âgés de 20 ans. Entièrement nus, les mains posés sur les joues l'un de l'autre avec trois chardons (eguzkilore en basque), l'un entre leur tête et les deux autres à leurs pieds. La ville est en émoi et la police aussi, car cela rappelle des crimes qui se sont déroulés vingt plus tôt, où les victimes, retrouvées dans différents lieux de la ville, furent deux nourrissons, puis deux enfants âgés de 5 ans,  puis deux âgés de 10 ans et enfin 2 âgés de 15 ans. Ils avaient été empoisonnés par de l'If. A priori, le coupable, Tasio Ortiz de Zarate, avait été arrêté par son frère jumeau, Ignacio. Unai Lopez de Ayala, surnommé Kraken (depuis l'adolescence), un inspecteur de police qui est aussi profileur, mène l'enquête avec sa collègue Estibaliz Ruiz de Gauna. Unai est le narrateur des événements de 2016. Quelques jours après, d'autres crimes vont être perpétrés, les victimes sont cette fois-ci âgées de 25 ans, puis 30 ans, puis 35 ans. Cette fois-ci, le modus operandi a changé, avec l'injection d'une piqûre de rohypnol dans le cou et puis l'introduction de quelques abeilles dans la bouche fermée avec du sparadrap. Les abeilles piquent le fond de la gorge et les victimes meurent dans d'atroces souffrances. Les corps sont toujours disposés de la même manière dans d'autres lieux historiques de la ville. Ces crimes se déroulent en été pendant des fêtes comme le jour de la Blouse et puis de la Virgen Blanca (la patronne de Vitoria-Gasteiz). Ce roman qui se dévore en peu de temps m'a permis d'apprendre plein de choses sur une ville dont j'ignorais jusqu'à l'existence. Il donne envie d'aller visiter cette partie de l'Espagne pas loins de la frontière française. Sinon, Le silence de la ville blanche, dont je n'ai bien sûr pas raconté toute l'histoire, est le premier tome d'une trilogie. Je ne manquerai pas de lire les tomes suivants. Lire les billets de Richard, Eve-Yeshé et L'atelier de litote.

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3 octobre 2022

La Coupe d'Or - John Steinbeck

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Belette m'a signalé que les participations au "Mois américain en solitaire 2022" pouvaient être enregistrées au moins jusqu'au 3 octobre (le "bilan" devant être publié mardi 4). Du coup, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais me fendre d'un court billet sur un (autre) livre de Steinbeck, La Coupe d'Or, que je n'avais jamais lu jusqu'au mois dernier, alors que j'en connaissais l'existence depuis les années 1980. Pour rappel, Belette et PatiVore ont perpétué ce "Mois américain" que sa fondatrice, Titine, n'organisait pas en 2022. J'inscris aussi ce livre pour le challenge 2022 en classiques co-organisé par Nathalie et Blandine. 

P1150499Je me suis offert le bouquin (d'occasion) le 15 septembre 2022. La Coupe d'Or est le premier livre qu'a publié en 1929 (sans succès à l'époque) John Steinbeck, alors âgé de 27 ans. L'oeuvre est difficilement classable. On peut croire qu'il s'agit d'une biographie du pirate Henry Morgan (personnage historique). Mais c'est beaucoup moins simple que cela. On hésite entre roman initiatique sur le sens de la vie, aventures picaresques, démonstration de l'inanité des choses, tentative de prouver que les pirates qui ont fait rêver tant de gamins (de lecteurs) n'étaient que de pauvres types pas très malins... Ainsi, dans ce roman, nous suivons toute la vie d'un ado attardé du XVIIe siècle qui, élevé au sein d'une famille aisée mais dominée par sa mère, n'a guère qu'une idée ou deux dans le crâne. Notamment, l'idée fixe d'aller courir l'aventure aux Antilles pour y trouver gloire et fortune avant de revenir cueillir l'amour au pays. Mais notre "embarqué volontaire" se heurte évidemment au principe de réalité, une fois arrivé aux Antilles: si la traversée se passe bien, il est vendu comme serviteur pour 5 ans par le capitaine avant même d'avoir quitté le navire. Avant ce terme, il aura trouvé à s'embarquer, cette fois comme boucanier, pour apprendre à mener navire et hommes. Et les années passent, à la poursuite de ses chimères. Il vieillit sans guère mûrir, tout en devenant craint, respecté, aimé? Le roman est rythmé par la manière dont il raconte les aventures que nous lui avons vu vivre, embellies par les ans à chaque récit (que ses interlocuteurs le croient ou non). Après avoir rencontré le Roi (Charles II, roi d'Angleterre) et été anobli, il mourra dans son lit, riche et tout autant insatisfait qu'au premier jour, si j'ai bien compris. Quand on parcourt cette oeuvre, on n'y retrouve guère le Steinbeck écrivain "réaliste" que l'on connaît. Et je ne vous ai même pas dit ce qu'est la "coupe d'or". Ces 303 pages se lisent vite, à vous de vous faire votre propre opinion! 

21 août 2022

Monsieur Papa - Patrick Cauvin

Encore un billet de Ta d loi du cine, squatter... sur un "vieux bouquin" chiné dans les bacs de librairies d'occasion.

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Monsieur Papa, Le Livre de Poche N°5699, 217 p.

J'ai acheté il y a quelques jours ce livre que je dois posséder par ailleurs dans ma propre pochothèque depuis quelques décennies [1996, vérification faite]. C'est le genre d'achats que j'effectue dans les bacs d'occasion avec des "classiques de poche" à 30 centimes d'euros (0,50 centimes d'euros les 3 - ça ne vaut plus rien, un livre!). J'avais dans l'idée de le mettre dans l'armoire à livres du hall de chez dasola. Et puis, tant que j'y étais, je l'ai relu. Et tant que j'y suis, j'en tire un billet (mon précédent sur un roman de Patrick Cauvin remonte à 2010 - déjà). 

Par comparaison avec une autre de mes lectures (le premier roman de Maryse Wolinski, que je chroniquerai dans quelque temps), j'ai trouvé ce livre d'"enfance" reposant. Patrick Cauvin l'a écrit en se glissant dans la peau d'un gamin de 10 ans (Laurent), dont les parents sont séparés (c'est récent). Laurent préfère rester avec son père, qu'il appelle "Franck" (et en particulier l'accompagner lors d'un voyage prévu à l'étranger) plutôt qu'aller passer les prochaines vacances d'été avec sa mère et son nouveau compagnon. Et ce gamin, plutôt intelligent mais pas spécialement surdoué, va commettre plusieurs bêtises (vol, fugue, ...), pas tant pour "se faire remarquer" que pour se donner les moyens de parvenir à ses fins. Le "roman à la première personne" raconté à hauteur d'enfant (en toute candeur) est plutôt reposant. Ici, on ne trouve pas de problématiques "lourdes" ou glauques (du genre inceste, viol, harcèlement, drogue ou autres addictions, ni même "dys" quelconque ou questions sur le genre). L'époque ne s'y prêtait pas, me direz-vous - ou bien ces sujets n'étaient pas encore à la mode, la société n'y était pas sensible, et il n'existait aucun "marché" encore à ce sujet... Bref, ça se lit très gentiment. 

J'ai trouvé quelques mots sur Monsieur Papa sur un vieux blog dont le principal intérêt est de compiler aussi plusieurs entretiens avec Patrick Cauvin. Plus intéressant, l'avis de Jake (2014). Ou celui de Milou (dernier billet en 2020). 

Je me dis que ce genre de livre, paru il y a déjà quelques décennies (1976...) peut éventuellement interpeller quelques blogueuses-documentalistes (en CDI, en collège), pas forcément nées à sa sortie, mais toujours intéressées par des bouquins à proposer à leur lectorat... (je pense à Doc Bird, mais il y en a d'autres). Il semble qu'on puisse encore trouver sans problème Monsieur Papa en neuf ou en occasion. Le livre avait été adapté au cinéma en 1977, je ne l'ai (encore) jamais vu.

19 septembre 2022

Sel - Jussi Adler Olsen

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Je viens de terminer Sel de Jussi Adler Olsen (Editions Albin Michel, 551 pages (! c'est juste le nombre minimun de pages demandé) lu dans le cadre du challenge du pavé de l'été organisé par Brize que je remercie une fois encore. Sel est la neuvième enquête de l'équipe du département V. Dans la série, je n'avais lu que le premier, Miséricorde, que j'avais trouvé haletant mais éprouvant. Dans ce neuvième tome, j'ai retrouvé, à Copenhague, le sous-commissaire Mork et son adjoint Assad tous deux mariés et pères de famille. Dans l'équipe, il y a aussi Rose et Gordon Taylor. Ce quatuor va être amené à enquêter sur des morts (accidents ou suicides) dont les premières datent des années 1980. Il se trouve que ce sont des assassinats déguisés. On en dénombre vingt-six, un tous les deux ans. Le point commun entre ces crimes, c'est le petit tas de sel de cuisine retrouvé sur les lieux des crimes. On a même retrouvé du sel à l'intérieur de certains corps. Les victimes étaient toutes des être nuisibles pour la société. On devine assez vite qui est le responsable des crimes et le pourquoi, ainsi que la symbolique biblique du sel. Le côté haletant du roman, c'est comment les membres du département V vont arriver à attraper le coupable, particulièrement intelligent mais d'une cruauté sans nom. Dans ce roman, il y a pas mal d'allusion à des choses qui se sont passées dans les romans précédents, et à la fin de ce tome, Carl Mork est arrêté par quelques-uns de ses collègues de la police. Je pense qu'il faut attendre le tome 10 pour en savoir plus. Mais je n'ai pas trouvé gênant de ne pas avoir lu les huit tomes précédents. Un roman que je recommande. Lire les billets de Shangols et Cannibal lecteur.

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8 août 2022

La gifle - Christos Tsiolkas

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Ca y est je suis arrivée au bout de mon pavé de l'été. Cette année, j'ai choisi La gifle (Editions 10/18, 593 pages) de l'écrivain australien d'origine grecque Christos Tsiolkas. Le roman a été publié il y a une dizaine d'années et l'histoire est contemporaine à la publication. Le roman se découpe en huit parties. Chaque titre de partie est le prénom d'un des personnages de l'histoire. La gifle est celle que donne Harry à un petit garçon nommé Hugo, âgé de trois ans, lors d'un barbecue entre amis. Cette gifle va avoir des conséquences sur les relations entre certains personnages qui réagissent de manière différentes selon leur sensibilité. L'histoire se passe à Melbourne dans un milieu "upper middle class" où se mélangent des personnes de la communauté grecque et des Australiens de souche. Ce que je retiens de ce roman, ce sont les personnages que j'ai trouvé tous assez antipathiques. Les rapports entre eux ne sont pas dans l'apaisement puisque les parents d'Hugo, Rosie et Gary (un buveur invétéré) vont porter plainte auprès d'un tribunal contre celui qui a giflé leur fils. On y parle de sexe, de drogue et d'alcool. Dans chaque chapitre, le lecteur apprend à connaitre certains personnages et leur caractère, comme Hector et Aisha (une vétérinaire d'origine indienne), les organisateurs du barbecue ; le cousin d'Hector, Harry, l'auteur de la gifle et qui a fait fortune en étant propriétaire de garages ; Rosie qui allaite encore son fils ; Anouk, une quadragénaire scénariste et romancière qui refuse d'être mère ; le père d'Hector, Manolis, un vieil immigré grec qui constate que les gens vieillissent et meurent autour de lui ; Connie et Richie, deux adolescents qui, occasionnellement, sont les baby-sitters d'Hugo. Malgré sa longueur, le roman se lit bien. Je ne peux pas dire que j'ai aimé ce roman mais je suis contente de l'avoir lu. Il a été adapté deux fois en mini-série pour la télévision en 2011 et 2015. Lire les billets d'Yv, Sylvie et Nelfe.

Merci de nouveau à Brize pour l'organisation de ce challenge.

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13 septembre 2022

Rattrape-le ! - Jake Hinkson

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Après L'Enfer de Church Street qui m'avait beaucoup plu, je viens de lire en deux jours Rattrape-le! de Jake Hinkson (Edition Gallmeister, 378 pages). L'écrivain a une fois de plus situé son histoire en Arkansas, près de Little Rock, où sévissent différentes églises évangélistes comme les Baptistes et les Pentecôtistes. Lily Stevens, âgée de dix-huit ans, est enceinte de cinq mois. Cette fille d'un pasteur pentecôtiste doit se marier avec Peter, le père de l'enfant. Malheureusement pour elle, Peter disparait la veille du mariage sans rien dire. Lily ne veut pas croire que Peter l'ait abandonnée. Elle est sûre qu'il lui est arrivé quelque chose. Si Peter ne reparaît pas, elle va se retrouver mère célibataire et cette situation est très mal vue dans l'église pentecôtiste à laquelle elle appartient. Son père doit démissionner de son poste de pasteur. Lily est une fille obstinée et après qu'elle soit allée porter plainte en vain à la police, elle décide de mener son enquête par elle-même. Elle entraîne avec elle un collègue de Peter, Allan Woodson, qui se trouve être le demi-frère de Peggy Stevens, la mère de Lily. Ce colosse de quarante-deux ans est chauve et homosexuel. Il s'occupe depuis des années de son vieux père. Je vous laisse découvrir ce qui est arrivé à Peter à la toute fin du roman. L'intrigue est assez noire et se passe dans cette Amérique profonde que j'ai du mal à comprendre, où la religion guide les actions et le comportement de beaucoup de gens à quelques exceptions près. Un très bon roman haletant que je conseille.

Lire les billets de Pierre Faverolle et Baz'art. 

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J'inscris ce billet pour Le mois américain 2022 en solitaire perpétué par Pativore et Belette2991 (créatrice des logos).

2 juin 2022

Visite à Guédelon le 28 mai 2022 / Maison de Colette

Nous avons fait une escapade culturelle en Bourgogne le week-end dernier. La visite nous a permis de constater que la construction du château prenait vraiment tournure. Avec mon ami Ta d loi du cine, nous étions allés sur le chantier de Guédelon dans l'Yonne (environ 180 km de Paris) en 2008. Quatorze ans plus tard, le château semble presque terminé même si la grosse tour maîtresse n'a pas encore atteint la taille prévue et n'a pas encore de toit, pas plus que la tour des essarteurs ou la tour de la carrière. A la différence de 2008, il n'y a plus de visite guidée et le prix d'entrée est de 14 euros au lieu de 9 euros. Le chantier devait se terminer entre 2022 et 2025, je pense que cela sera plutôt en 2025 au mieux.  

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Ce qui nous a paru la vraie nouveauté par rapport à notre visite de 2008, ce sont les ateliers animés avec les artisans en train de travailler: forgeron, carrier, tailleurs de pierre, tuilier, vannière, boulanger (accompagné de sa femme qui l'aide à ramasser des glands chaque année!), charpentiers (qui vous manipulent des grumes de chêne avec de simples câbles avant de les transformer en poutres), cordière, potière, gâcheurs (les "morteliers" qui préparent le mortier, la colle qui va permettre de sceller les pierres entre elles), sans oublier le moulin hydraulique qui est situé à quelques centaines de mètres du reste de l'ensemble.

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101A4694-A0F2-4DB7-830C-B5F40F00633E On a vu le moulin fonctionner. Il fournit la farine pour le château... quand l'eau daigne faire tourner la roue.

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C'est aussi à côté du moulin qu'opère le tourneur sur bois, pas très bavard (d'origine anglaise?), mais fabuleusement habile, et capable de faire sous nos yeux, d'une simple buche de bois vert qu'il commence par dégrossir à la hache, avant de s'aider d'un tour qu'il actionne lui-même au pied, un vrai bol en bois tourné (en vente pour 45 à 55 euros à la boutique).

Par-ci-par-là, il y avait quelques animaux comme des ânes, des brebis, des oies et deux coqs (ils n'arrêtaient pas de chanter), ainsi que des chevaux de trait.

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On est resté plus de six heures sur le chantier, on y a passé une très belle journée.

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A six kilomètres de Guédelon, nous avons été le lendemain visiter la maison où l'écrivain Colette est née, à Saint-Sauveur en Puysaye, en janvier 1873. Les visites sont guidées, à 11 euros l'entrée. La maison est gérée par une association depuis 2016. C'est assez émouvant de voir l'endroit où Colette est née et a vécu pendant les dix-huit premières années de son existence entre son père, sa mère Sido, sa demi-soeur et ses deux frères (sauf erreur de ma part). A l'intérieur, parmi les meubles et objets, certains viennent réellement de la famille de Colette, d'autres sont contemporains de ceux que la famille possédait (vendus aux enchères quand elle a été ruinée). C'est une très belle maison bourgeoise entourée d'un splendide jardin dont s'occupait Sido, la mère de Colette. La visite commence aussi par le "Jardin d'en-face", de l'autre côté de la rue (un petit terrain dont la possession permettait d'éviter la construction d'une maison en vis-à-vis).

Pas très loin de la maison, on peut aussi aller visiter le musée Colette qui rasssemble beaucoup de photos (entrée à tarif réduit par accord entre les deux structures). Il y a la reconstitution de l'appartement de Colette au Palais-Royal à Paris et on peut voir un documentaire de 45 minutes (Ecrivains de notre temps) qui narre la vie de Colette de sa naissance à sa mort en 1954. C'est une suite de témoignages où on l'entend elle-même avec sa voix à l'accent bourguignon, mais où s'expriment aussi son troisième mari, Maurice Goudeket, et Joseph Kessel. Avec mon ami, on a noté que ces personnes savaient manier à l'oral avec brio l'imparfait du subjonctif sans que cela soit ridicule. 

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P1140458 Un plat donné par la fille de Colette.

P1140459 Colette à 4 ans

P1140462 Le piano sur lequel Colette et les autres enfants ont étudié

P1140464 La salle à manger qui fut d'abord l'ancien bureau du père de Colette lorsqu'il était percepteur des impôts

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Ce devait être la troisième Maison d'écrivains que nous visitons ensemble (après Alexandre Dumas et Maurice Leblanc).

30 mai 2022

L'extinction de l'espèce humaine - H. G. Wells

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Bon, décidément, ce n'était pas un optimiste, H. G. Wells. Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) m'en suis aperçu en lisant le plus court des livres que je me suis récemment offerts, L'extinction de l'espèce humaine (Petite Biliothèque Payot classiques N°1081, 2018). Il ne s'agit pas vraiment de fiction, mais plutôt de considérations sur un avenir qui, à chaque fois, apparaît inéluctable... et peu désirable.

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Ce petit livre correspond à un recueil de cinq articles écrits entre 1891 et 1896 et publiés dans quatre journaux, revues ou magazines différents, en parallèle à ses oeuvres romanesques les plus connues. Des articles, Wells en a écrit plus de 200 entre 1887 et 1898, la plupart sous pseudonymes, selon la "note de l'éditeur" qui introduit l'ouvrage. J'inscrirai en tout état de cause ce recueil d'articles "inédits en français" tant dans le "Mois Wells" (co-organisé avec Sibylline) que dans le challenge "2022 en classiques" (co-organisé par Blandine et Nathalie). 

* Régression zoologique propose un paradoxe intéressant, en prenant appui sur la biologie et les similitudes de différentes espèces au stade embryonnaire, avant spécialisation des cellules et des organes (atrophie de ceux qui seront inutiles à telle ou telle espèce). En très gros, on peut retirer de ces 21 pages que nous sommes, nous humains, des poissons dégénérés, puisque nos ancêtres ont été "contraints" de s'adapter à la terre ferme. La preuve que le poisson est plus évolué que l'homme, selon Wells, est symbolisé par l'impossible capture des truites (ouf, un peu d'humour anglais!). Je retiens surtout ce que Wells rappelle, à savoir le bref laps de temps (aux échelles géologiques...) qui sépare l'apparition, le développement et la domination d'une espèce sur les autres, de sa disparition...
Avertissement sans frais: notre futur remplaçant n'est sans doute pas très loin de nous.

* À propos d'extinction rappelle, lui, que seuls les fossiles ont gardé le souvenir de tant de terribles lézards restés sans descendance. Plus proche de nous, il cite également les dégâts causés sur ce qu'il n'appelle pas encore les "écosystèmes" par le déferlement de l'homme civilisé (?) aux quatre coins du monde: dodo, bison, animaux endémiques d'Australie et de Nouvelle-Zélande... L'article finit par une image frappante: les deux derniers hommes présents sur terre à la suite d'une pandémie - puis le dernier, qui reste seul.
Cela m'a une fois de plus donné envie de relire La mort de la terre, écrit par Rosny ainé en 1912, près de deux décennies plus tard.

* L'homme dans un million d'années prévoit deux évolutions parallèles: celle de l'homme, qui abandonne peu à peu tout ce qui est contingences matérielles pour ne plus devenir qu'un cerveau dans une grosse tête dont la bouche minuscule n'absorbe plus que des liquides nutritifs, et celle de notre planète. Cette dernière refroidit, de sorte que nos lointains descendants sont amenés à se réfugier dans des galeries de plus en plus profondes sous la surface terrestre. Au passage, quelques pages anticipent presque le passage par le véganisme (l'abandon de la consommation de viande crue d'abord, des autres "fruits de la terre" ensuite), avant que l'Homme, n'ayant plus "besoin" d'autres créatures vivantes que lui-même, reste l'unique espèce sur terre. Et, là, le "penseur" (l'auteur) frissonne et quitte son rêve éveillé!
Cette fois-ci, c'est à l'épisode Echecs sur Mars du cycle de John Carter (des "êtres-cerveaux" qui se servent de "corps sans têtes" - des "animaux" bipèdes qu'ils contrôlent - pour se déplacer) que l'article m'a fait penser.

* L'extinction de l'espèce humaine imagine, non sans talent, l'homme confronté plus ou moins soudainement à une espèce qui progresse de manière inopinée (éventuellement en profitant d'une "erreur" de l'espèce humaine) pour sortir de sa niche écologique: les pieuvres (avec référence à Victor Hugo!), les fourmis légionnaires (évitons d'exterminer leurs prédateurs naturels!), ... ou - prémonition? - un germe inconnu (une maladie inédite) qui provoquerait une pandémie cataclysmique susceptible d'exterminer toute l'humanité.
Rappelons aux lecteurs contemporains que ce livre est paru chez Payot en 2018 (et non en 2020).

* De l'intelligence sur Mars prétend prouver, en s'appuyant sur la multitude de facteurs qui interviennent dans l'évolution des espèces, qu'il est rigoureusement impossible qu'existent sur la planète Mars des êtres conscients comparables aux humains. Ces 7 pages achèvent un peu abruptement le recueil.
Je relèverai juste que cet article-là a été publié le 4 avril 1896, tandis que La guerre des mondes l'a été en 1898.

J'espère avoir quelque peu attisé la curiosité de ceux qui, comme moi, n'avaient jamais lu d'articles de Wells, mais seulement ses oeuvres romanesques les plus connues. Je citerai enfin les quelques mots qui terminent la présentation en 4ème de couverture: [Wells] "fut un grand penseur du posthumanisme, annonçant la fin d'une espèce humaine dépassée par ses propres inventions". 

11 novembre 2022

Le cabaret de la belle femme / Les croix de bois - Roland Dorgelès

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Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) voulais présenter, à l'occasion du 11-Novembre, deux livres de Roland Dorgelès sur cette guerre de [19]14-18 désormais tellement lointaine que les humains déjà nés lorsqu'elle se déroulait se font de plus en plus rares... Les deux titres sont éligibles au challenge "2022 en classiques" (co-organisé par Nathalie et Blandine), même si Le cabaret de la belle femme bénéficie, en 2022, d'infiniment moins de notoriété que Les croix de bois pour le(s)quel(les) le grand public connaît encore Roland Dorgelès. Je ré-émets la même hypothèse que j'avais mise dans un billet précédent: peut-être faudra-t-il encore attendre 18 ans avant que le passage dans le domaine public entraîne des rééditions de ses titres moins susceptibles de générer de grosses ventes... Je l'inscris aussi pour le Challenge Première Guerre mondiale 2022 - De 14-18 à nous organisé par Blandine seule pour la 6ème année (il lui tient à coeur!).

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Le Livre de Poche (N°189-190 et 92). Mes deux volumes ont tous deux été imprimés en 1969.

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Je commence par le plus mince (248 pages), qui est aussi le moins connu des deux titres. Le cabaret de la belle femme contient un copyright 1928 chez Albin Michel (en "édition définitive"?), je ne saurai pas dire en quelle année il a été publié pour la première fois. Ce livre-là, je ne l'avais jamais lu "de ma vie", ni même n'avait eu l'occasion de le feuilleter (avc sa couverture "vieillotte" et datée, je ne sais pas si ce N°92 de la collection Le livre de Poche avait connu ou non un succès de librairie à l'époque de sa sortie? Il n'a jamais figuré en tout cas dans les pochothèques des "maisons de famille" que j'écumais pour y glaner de quoi lire durant mes vacances d'enfant puis d'adolescent (prolongé...). Je me le suis offert il y a quelques semaines après être tombé dessus dans une bouquinerie. Les 11 premiers chapitres peuvent apparaître comme des "nouvelles "plus ou moins indépendantes, ayant pour thématique la guerre de 14-18. Dans ce "récit à la première personne", l'auteur dit "nous" avant de passer au "je". Il se positionne comme un  témoin, qui décrit, qui "capte" les conversations entre "camarades". La nouvelle qui donne son nom au recueil arrive alors que les "désillusions" de la vie en campagne ont déjà commencé à être exposées. Dorgelès nous croque des personnages: le principal semble Lousteau, qui peut faire songer aux troupiers de Courteline (jusqu'à finir en apothéose?). Les épisodes alternent entre vie dans les tranchées et "repos" à l'arrière. Si tragique que puisse être la guerre, Dorgelès arrive à en mettre en exergue certains éléments comiques. D'autres pages peuvent décrire des guerriers rappelant le Capitaine Conan de Vercel (Cadinot). Les officiers supérieurs (jusqu'au général inclus) en prennent parfois pour leur grade (si je puis dire). D'ailleurs, les trois derniers chapitres sont présentés comme ayant été rédigés pour faire partie des Croix de Bois, mais (auto-)censurés. Je cite: "ces trois chapitres, qui figuraient dans la première version des Croix de bois, ne furent pas maintenus dans la version définitive. Le lecteur comprendra qu'il était difficile à l'auteur, alors simple caporal, de présenter quelques-unes de ces pages au visa de la censure militaire." Précisons encore qu'il en existe une édition plus récente (1979) avec une autre couverture. Ce bouquin-là, je vais me le garder pour moi dans une pile, pour pouvoir le relire à volonté, l'an prochain ou dans 10 ou 20 ans... 

J'ai trouvé quelques mots concernant ce livre sur le blog littéraire de Jean-Louis Le Breton (dernier billet en 2019). 

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Celui-ci, je me l'étais acheté en novembre 1985 (alors que le film Les croix de bois de 1932 était passé à la télévision le 11 novembre, d'après ce que j'avais marqué dans mon exemplaire). Le livre compte 475 pages, mais il est imprimé en corps plus gros. Il est divisé en 17 chapitres (il aurait donc dû y en avoir 20?). L'aspect "témoignage vécu apparaît tout à fait crédible. Je relèverai entre autre le "besoin" de partager ce qui a été vécu, mais uniquement avec les "frères d'armes", ceux qui peuvent "comprendre" et apprécier. p.253: "Au comptoir, dans un tumulte, les camarades parlaient interminablement de la tranchée: il n'y a que le soldat qui écoute sans lassitude les histoires de soldats. La bouche déjà gonflée de la réplique traditionnelle: c'est comme moi, figure-toi...", ils s'entendaient l'un l'autre, sans chercher à comprendre, et pensant seulement à placer leur récit." Je relèverai encore le constat grandiloquent, p.326: "Au secours! Au secours! On assassine des hommes!" (p.326). On lit des descriptions de massacres (inutiles, vus à hauteur de soldats qui se font tuer par les obus, faucher par les mitrailleuses...). Une compagnie massacrée pour quelques centaines de mètres "gagnés" (jusqu'à la prochaine contre-offensive ennemie), quelle utilité, peut-on penser aujourd'hui. Alors même que l'on sait maintenant que "le soldat" de 14 tiendra toujours, tant que l'industrie a encore assez de matières premières pour produire du matériel de guerre, de la main-doeuvre pour faire tourner les machines... malgré blocus d'un côté (contre les Allemands), guerre sous-marine à outrance de l'autre (contre les Alliés)... La question, vue de l'état-major pour renseigner le politique, n'était pas tant de savoir "comment vaincre l'ennemi" que "comment ne pas se faire vaincre soi-même"... 

Voici ce que j'ai trouvé sur la blogosphère: Isabelle du blog Ribambelle d'histoires, une lecture commune proposée par Blandine, un billet comparatif sur le blog Cercle des chamailleurs (dernier billet, d'ailleurs, en 2018), ou encore un article d'Elizabeth Bennet du blog Ars Legendi.

J'ai appris en rédigeant ma chronique qu'une BD avait été tirée des Croix de Bois, en 2020. Je ne l'ai pas lue (pas encore).

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Au final, à un siècle de distance, je trouve que ces deux livres rendaient bien justice (dès 1919) à ce que les héros morts ont gagné à cette guerre et aux sacrifices qu'elle a coûté: rien à titre individuel, et pour le pays (ou même pour notre Europe!), collectivement, des millions de morts. Aujourd'hui, la préoccupation de nos états-majors est de "réarmer le moral de la Nation" (à coup de soutien à la publication de bandes dessinées patriotiques!), tout en préparant l'opinion publique au fait que, en cas de "guerre de haute intensité", les morts français (de militaires professionnels) ne se compteront pas (plus) en dizaines comme cela pouvait être le cas lors des "opérations extérieures" de ces dernières décennies, mais en centaines, voire en milliers d'hommes. 

21 juillet 2022

La machine à explorer l'espace - Christopher Priest / L'amour et M. Lewisham - H. G. Wells

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Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente aujourd'hui, pour l'un de mes deux ou trois derniers billets dans le cadre de notre "Mois Wells" (co-organisé avec Sibylline), deux livres parlant de deux jeunes couples anglais. Mais les deux oeuvres sont assez différentes! 

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Folio SF N°69, 443 pages / Folio N°1050, 347 pages

Le second livre de ce billet, L'amour et M. Lewisham, a bien été rédigé par H. G. Wells. Le premier, lui, reconstitue un "chaînon manquant" entre deux des ouvrages d'H. G. Wells. La machine à explorer l'espace a été rédigé en 1976 par Christopher Priest. Seul ce livre-là peut s'inscrire dans le cadre du 13e Summer Star Wars proposé par le RSF Blog et au "10e challenge de l'Imaginaire" (de Ma lecturothèque). Les deux livres pourront par contre participer au Challenge "2022 en classiques" (co-organisé par Nathalie et Blandine)

P1150420La machine à explorer l'espace de Christopher Priest, auteur de SF, publié et traduit en français en 1976, reconstitue ce qu'on pourrait nommer un "chaînon manquant" entre La machine à explorer le temps et La guerre des mondes. L'auteur s'est efforcé de restituer l'ambiance et les mentalités du tout début du XXème siècle, époque où sont censées se dérouler les aventures de ses héros. Comment dire? On sent que, si l'auteur a une connaissance théorique des convenances et des conventions de l'époque (interdisant par exemple à un jeune homme de se trouver dans la chambre d'une jeune fille seul avec elle), il ne les "respecte" pas et même s'en moque gentiment. Jamais Maupassant n'aurait écrit ainsi. Bref. Le jeune Edward, voyageur de commerce, imagine (à tort) que le "contact" de celle qu'il prend pour une collègue pourra avancer ses affaires, et ce quiproquo l'amène à... passer la nuit dans la chambre de celle-ci (en tout bien tout honneur!). Leur hôtesse le fiche à la porte dès le lendemain. Par chance, il avait dû avoir le temps de donner son adresse personnelle, à laquelle la demoiselle lui envoie une invitation fort professionnelle. Elle travaille chez un inventeur... et bénéficie de toute sa confiance. Les véhicules à moteur que le savant a inventés ne l'intéressent déjà plus, il est passé à un autre projet. Et que pensez-vous qu'il va arriver? La demoiselle ne peut s'empêcher de "frimer"... (c'est mon interprétation masculine, en tout cas!). Et au lieu de ramener son invité à la gare dans le "véhicule à tout faire", les voici partis... à travers non seulement le temps, mais aussi l'espace: sur Mars. Ils vont y séjourner quelques temps, le temps de découvrir que les humanoïdes locaux travaillent, pour la plupart, comme des esclaves, si ce n'est pire, et d'être pris dans les remous de ce qui semble être une guerre entre cités martiennes (c'est un peu plus compliqué que cela). Toujours est-il qu'ils sont séparés. Quand Edward rejoint enfin Amelia (avais-je dit qu'elle se prénommait Amelia?), celle-ci est devenue l'égérie d'un mouvement visant à la libération des esclaves. Et c'est sous l'amicale pression des esclaves que la messie révolutionnaire et son nain osent enfin "passer à l'acte". Mais attention! L'invasion de la terre par des Martiens vampires se prépare: il est temps pour nos héros de regagner leurs pénates. Les révolutionnaires ayant infiltré la flotte d'invasion, les voici passagers clandestins, puis de retour sur terre, où la guerre va faire rage. Par chance, ils rencontrent un certain M. Wells, qui connaît très bien l'employeur (l'inventeur) d'Amelia. Il suffit donc de réunir leurs talents à tous trois pour contribuer à gagner la guerre (il est vrai aussi que boire le sang anglais ne réussit pas aux Martiens...).

Pour savoir "ce qui s'est passé ensuite", je suppose qu'il faudrait que je lise encore d'autres "continuations"... Je crains de ne pas avoir le temps de le faire avant la fin du "Mois Wells", mais je le ferai peut-être en 2023, dans le cadre d'un nouveau "Challenge de la planète Mars".

En lisant ce livre, je me suis dit qu'il faudrait vraiment que je reprenne l'écriture de nouvelles: après tout, en matière de "pastiches", j'arriverais peut-être à en rédiger, aussi, de pas trop mal?

En tout cas, j''ai identifié plusieurs blogs qui avaient déjà chroniqué ce livre. Liste non exhaustive: Le chien critique. Mr K, du blog Cafards at home. Spooky, du blog Ansible. Jean-Yves, du blog Mondes de poche. Enfin, AcrO, de Livrement, n'a pas aimé ce Priest-là (qu'il a dû lire en diagonale?). 

Passons maintenant à L'amour et M. Lewisham rédigé par H. G. Wells.

P1150421Ce livre a été publié en anglais en 1900 et traduit en français dès 1903. Wells, né en 1866, avait donc la trentaine bien avancée lorsqu'il a rédigé cette fiction sur les débuts dans la vie d'un jeune couple dont les deux protagonistes sont à peine âgés d'une vingtaine d'années. La première page pose que la situation présentée remonte à "il y a dix ans". Mr (Mister, en VO) Lewisham était alors âgé de 18 ans, et déjà jeune étudiant prometteur et qui s'était fixé tout un plan d'étude devant le mener à une carrière dans les sciences, grâce à un travail acharné (il est en même temps employé dans un établissement secondaire). Par malheur surgit une donzelle... mais il ne se passe rien. Deux ans plus tard, l'étudiant (devenu boursier) continue à étudier, croise le chemin du socialisme, mais n'en devient pas moins prétentieux pour autant (il s'imagine déjà leader éclairant la classe ouvrière sur le chemin de la lutte...). Mais quand il recroise par hasard la jeune fille qui lui avait tapé dans l'oeil, ça ne traîne pas: on séduit, on enlève, on épouse! Par contre, la réalité de l'époque est impitoyable: les dépenses d'un ménage de deux personnes excèdent celles qu'une bourse prévue pour soutenir les dépenses d'une personne suffit à peine à couvrir, c'est mathématique. Le jeune héros ne manque pas d'illusions sur sa propre valeur (intellectuelle, mais aussi "sur le marché"). Lorsqu'il cherche à augmenter ses revenus, il prend conscience bien tardivement du fait que son cas (jeune étudiant qui pense que grâce à ses diplômes et certificats les établissements d'enseignement, supérieur ou même secondaire, en pleine année scolaire, n'attendent que lui...) est extrèmement commun... et qu'il n'est pas "seul sur le marché". Ces soucis budgétaires ne sont pas sans répercussion sur la paix du ménage, d'autant plus que M. Lewisham doit aussi compter avec sa belle-famille. Et il lui manque sans doute un peu de dialectique et de cynisme pour répondre autre chose que "c'est pas bien!" à l'escroc jovial (beau-papa...) qui lui expose sa conception de la vie. Illusions perdues... J'ose espérer que, en bon écrivain, Wells n'a pas repris trop de faits autobiographiques, mais a su transposer et transmuter ce que lui-même, étudiant pauvre, avait pu vivre.

Ce récit m'ayant quelque peu fait penser au Petit Chose (d'Alphonse Daudet), lu naguère, j'y ai, du coup, jeté de nouveau un oeil. Le parallèle est moins pertinent que je ne croyais. "Le petit chose" se prend pour un poète, et fait par faiblesse de caractère le malheur de sa famille et de ceux qui l'entourent. Tandis que M. Lewisham se confronte, simplement, à la réalité sociale de son époque. Alors certes, il aurait pu laisser l'amour de côté tant que sa position n'était pas assurée. mais dans ce cas, il n'y aurait pas eu de livre!

Je n'ai pas réussi à trouver de blogs ayant parlé de L'amour et M. Lewisham. Mais j'ai en tout cas trouvé ce livre très "vrai", et bien plus facile à lire que Au temps de la comète que je n'ai pas encore terminé (peut-être parce que les caractères en sont plus petits?). 

4 juillet 2022

Voyage découverte en Sicile - 3

Après les temples grecs, je veux évoquer la Villa Romaine du Casale construite entre Agrigente et Catane à 5 km de Piazza Armerina. Cette somptueuse villa fut construite à la fin du IIIème siècle après J.-C. Elle resta habitée jusqu'en 1160. Ravagée par un incendie, elle fut enfouie pendant sept siècle sous un glissement de terrain. Elle fut remise au jour au XIXème et fit l'objet de fouilles dans les année 30. Cette villa inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco a conservé 3500 m2 de mosaïques que l'on peut admirer. 

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Une mosaïque qui date du IVème siècle, les jeunes filles en bikini (nous n'avons rien inventé).

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La suite du voyage, c'est pour bientôt.

25 juin 2022

Voyage découverte en Sicile - 2

Il n'y a pas que des églises ou des cathédrales à visiter en Sicile, il y a aussi des sites archéologiques à admirer ainsi que de beaux temples grecs. Je commencerai par le temple dorique de Ségeste qui date du Vème siècle avant J.-C. C'est un temple inachevé mais très bien conservé. 

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D'autres temples du côté de Selinonte ont été retrouvés par terre. Quelques-uns ont été remontés comme le temple d'Héra.

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Le temple de Zeus est complètement par terre. 

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Les temples ont subi certainement des pillages mais aussi vraisemblablement à cause de secousses sismiques. La Sicile a été victime de tremblements de terre. Le manque de volonté politique et surtout le manque d'argent font que certains temples resteront par terre.

Ci-dessous, le temple le mieux conservé de Sicile se situe dans la Vallée des Temples d'Agrigente: le temple de la Concorde.

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Ci-dessous, le temple de la Concorde vue du temple d'Héra à Agrigente.

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Et ci-dessous, le temple d'Héra (nettement en moins bon état que celui de Selinonte).

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Je terminerai mon billet avec des photos du village médiéval d'Erice.

A511AEFD-B2B4-4942-8062-D1E9B9D25730 L'église

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832A956E-4908-4424-A5F4-F74A229DA925 Une rue

8402B6E2-4750-4025-BE80-26944A571CAD Une rue

D71CCDE7-CEDE-4668-91AF-8CD4BFEBCFF2 Une rue avec le pavage ancien

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Un endroit où les amoureux doivent s'embrasser...

C'est sur cette petite note sympathique que je termine mon deuxième billet, d'autres vont suivre. 

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Petite précision à mes éventuels commentateurs: Canalblog, depuis quelque temps, est de plus en plus lent, même s'il fonctionne. Lorsque vous faites un commentaire, SVP, merci de bien attendre que l'enregistrement s'en soit fait avant de quitter la page. Un message doit s'afficher, en vert dans un cadre gris, avec deux phrases disant "Votre commentaire est enregistré. Il sera bientôt validé par les responsables de ce blog."
Je ne sais pas si les ralentissements du service, ces derniers mois, sont dûs à des problèmes de bande passante, ou de serveurs, ou de synchronisation entre ceux-ci, ou encore au format de certains des écrans de pub qui vous matraquent... mais je ne peux qu'espérer qu'ils soient transitoires et provisoires! 

13 juin 2022

Voyage découverte en Sicile - 1

Je pense que vous vous demandiez pourquoi je ne donnais plus signe de vie depuis quelques jours. La cause en est un voyage de huit jours en Sicile. J'ai fait un circuit qui a commencé à Palerme (ville qui m'a plu) et qui s'est terminé à Palerme (avec un goût de revenez-y). Le tour m'a emmnenée à Segeste, Agrigente et la vallée des Temples, Selinonte et Erice, Syracuse et son site archéologique. Nous avons visité aussi la villa romaine du Casale construite au IIIème siècle, comportant 3500 m2 de mosaïques et retrouvée 700 ans après son enfouissement dans la boue à la suite d'un glissement de terrain. Nous avons continué par une ascension partielle de l'Etna, un arrêt à Taormine (le célèbre théâtre grec était fermé à cause d'un tournage de film) puis un autre à Messine sans oublier Cefalù avec sa cathédrale.

La Sicile est la plus grande île de la Méditerranée avec une superficie de 25708 km2 et est peuplée de 5 millions d'habitants. Evidemment en sept jours, on est loin de tout voir et de tout connaître de cette île mais c'est un début. Pendant la semaine, les conditions climatiques étaient rudes: les quatre premiers jours, les températures sont montées jusqu'à 37° à 38°. Je n'ai jamais bu autant d'eau. A propos d'eau, on ne boit pas l'eau du robinet mais de l'eau en bouteille plastique ou en verre (ce n'est pas très cher). Les réserves d'eau sont à ciel ouvert dans des citernes et donc pas très potables. J'ai remarqué que l'essence était aussi chère qu'en France. Les commercants et les restaurateurs siciliens n'ont pas beaucoup de monnaie. Il fallait faire l'appoint le plus possible. Proposer de régler les achats par carte bleue n'est pas quelque chose de spontané. Des personnes de mon groupe ont trouvé que Palerme était sale. Cela ne m'a pas sauté aux yeux. En revanche, depuis dix ans, il semble que la ville a amélioré ses conditions de circulation en "piétonnisant" beaucoup de rues touristiques. On voit peu de cars et presque pas de poids lourds. Nous avons pas mal marché dans les rues de Palerme mais cela valait le coup malgré la chaleur. Et j'ai remarqué qu'il y avait encore des cabines téléphoniques dans les rues.

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La Sicile a été colonisée par les Phéniciens au VIIème siècle avant J.-C. Elle fut occupée ensuite par leurs successeurs les Carthaginois, puis les Romains, les Byzantins et les conquérants musulmans, sans oublier les Normands avec Roger II devenu roi de Sicile. Plus tard, à la fin du XIIème siècle, Palerme passa sous l'autorité des Haustaufen, puis de l'Anjou, ce qui se termina en bain de sang le 31 mars 1282 (quelques milliers de Français furent tués lors des "Vêpres siciliennes"). Enfin, il y a eu d'autres occupations, aragonaise, autrichienne et bourbonnaises. Plusieurs églises dans Palerme représentent bien ces différentes influences.

17CF6AFE-AE5A-4446-848F-160E1E14E3BE Le Palais des Normands date du XIème/XIIème siècle (façade)

CFDD4376-6EB9-4597-AC80-3CBEA0EFC900 Intérieur du Palais des Normands

B6F1A2AC-76AD-4CB2-8690-BBAD44152630 La chapelle palatine catholique construite pour Roger II de Sicile. Elle est entièrement recouverte de mosaïques sur fond doré. Il y en a qui diront que c'est un peu chargé.

672B7F16-277C-4AB1-A289-5B55D4943141 Le plafond de la chapelle

 

315E078A-1616-44DD-A7F3-E3A56921E409 La chapelle

 31351196-7D44-4FC5-8CF2-CA3C39050D41 La chapelle

B10C9614-0CF9-44AE-BBBB-B293E4E1B798 La chapelle

On a ensuite visité la cathédrale Notre-Dame de l'Assomption, que j'ai trouvée belle à l'extérieur mais beaucoup moins intéressante à l'intérieur. D'origine, elle date du XIIème siècle, avec des ajouts architecturaux au fur et à mesure que les siècles ont passé.

EC445A37-9A6B-40EB-906F-9FC47C4BE5BD La cathédrale

843475DC-035B-4B60-88C8-F01F21556283 Le portique

28BA7287-4395-4FE4-8275-3C241EF5D56C Un pilier à l'entrée où est gravé un verset du Coran 

164A8BC7-32C5-471D-81BC-0342A7936E4B La nef vue de l'extérieur

A huit kilomètres de Palerme, on arrive à la ville de Monreale où se trouve aussi une cathédrale, Sainte-Marie-la-Nouvelle, dans laquelle on trouve des mosaïques byzantine comme dans la Chapelle palatine.

D0CAB51D-364A-4F09-9CDA-8D57A3C3BDCA La façade

325DFBF7-A1B4-4798-8B26-848E21B4BE83 Une des absides

4D07C52A-CC5B-45D4-867D-5668DE19FDD5 Le portail en bronze

6631EDD2-1B71-4AE0-8934-5F9F4A732377 Le Choeur

21BA06D4-D5E1-468D-BEA6-5914BD350127 L'intérieur de la cathédrale

A9960391-8EE1-4224-903E-707FD71D1C29 Le plafond

27840BB0-241D-444A-9D99-835086DA9173

La suite très bientôt, mais je vous laisse admirer un jacarandas, ces arbres venus du Brésil aux fleurs violette, un kapokier avec des fleurs de kapok et un citronnier en pleine ville, un amandier, et je n'oublie pas un olivier qui est âgé de 600 ans!

8AEA4D0F-AA49-4134-BA1B-C853AD49C42C Un amandier avec des amandes

 CA3A9104-36C1-4CCB-8A16-84B1073E48B7 Un olivier vieux de 600 ans

9B4AB977-E2B7-44B2-98B8-64EC76EF3DDB Un citronnier

D293AD41-7E0C-482C-A74F-CEED4490D995 Un kapokier avec du kapok

5895C1C2-005B-4A92-944C-65D7ED5DDA18 Des jacarandas qui fleurissent deux fois par an.

21 juin 2022

Les vaisseaux du temps - Stephen Baxter / La machine à explorer le temps - H. G. Wells

wells_NOIR   10e_ChallengedeLImaginaire  logo-SSW-Obi-Wan-Kenobi   2022-en-classiques-Logo2  Le-Mois-anglais-2022

J'ai (ta d loi du cine, squatter" chez dasola) demandé aux deux blogueuses avec qui je me suis engagé en LC à pouvoir publier le présent billet ce 21 juin (et non le 20), afin que je sois en mesure de l'inscrire au 13e Challenge Summer Star Wars - Obi-Wan Kenobi proposé par le RSF Blog du 21/06 au 23/09/2022. Bien entendu, mon présent billet participe aussi à notre "Mois Wells" (co-organisé avec Sibylline) ainsi qu'au Challenge "2022 en classiques" (co-organisé par Blandine et Nathalie) et au "10e challenge de l'Imaginaire" (de Ma lecturothèque). 

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Les vaisseaux du temps - Stephen Baxter / La machine à explorer le temps - H. G. Wells

Qu'est-ce donc que la LC dont je parlais plus haut? Dans le langage des blogs, une LC (pour "lecture commune") a pour objectif la rédaction de billets sur une même oeuvre dans la même "fenêtre de tir". Mais comme je voulais attendre le début officiel du Summer Challenge Star Wars cité ci-dessus, j'avais demandé à Keisha [Edit: billet publié le 23 juin] et A_girl_from_Earth [Edit: billet publié le 28 juin], lorsqu'il s'est avéré que nous pouvions prévoir une LC concernant Les Vaisseaux du Temps de Stephen Baxter, si je pouvais publier mon billet seulement aujourd'hui. 

Les vaisseaux du temps a été rédigé comme une suite de La machine à explorer le temps d'H. G. Wells, suite imaginée par Stephen Baxter et publiée en 1995 (trad. française 1998). Ce roman rentre, à mon avis, dans le cadre du "planet opera" puisqu'il montre des "tranches de vies" sur notre planète terre en différents temps et lieux (et même davantage). Même si le présent billet porte principalement sur le livre de Mr Baxter que je n'avais encore jamais lu, je dirai quelques mots en fin de billet sur l'oeuvre d'origine, que j'ai relue en vitesse pour me remémorer les péripéties auxquelles le héros fait allusion. Après ces loooongs préliminaires, passons aux oeuvres elles-mêmes.Viasseaux_du_temps

A peine de retour dans son siècle d'origine, le "voyageur du temps" (non nommé dans l'oeuvre d'H. G. Wells) prend juste le temps d'une courte "remise en condition" avant de se dépêcher de repartir vers l'avenir qu'il croit avoir déjà connu, afin d'y modifier l'issue de ses malheureuses aventures. Bien entendu, en 634 pages (édition Le Livre de poche), rien ne se passera comme prévu.

Les "êtres du futur" qu'il rencontre ne sont pas ceux qu'il a connus lors de son tout premier voyage. C'est accompagné de l'un d'eux qu'il entamera une longue errance à travers les paradoxes temporels jusqu'à leur résolution (non sans être quelque peu aidé pour cela).

Son contact avec un "érudit" de cette civilisation-là n'est pas sans rappeler le "reportage" du professeur Cavor sur les Sélénites (dans Les premiers hommes sur la lune d'H. G. Wells). Il m'a également évoqué tel ou tel des Voyages de Gulliver. Par ruse, notre "voyageur" arrive à sauter sur sa machine pour repartir... non sans embarquer, à l'insu de son plein gré, le malheureux Nebogipfel! Mais l'intelligence de celui-ci lui permet de comprendre que le simple fait de "voyager" dans le présent ou le futur a modifié ceux-ci (comme disait déjà le philosophe grec, "on ne se baigne jamais deux fois dans la même eau"). Tout le roman est donc axé sur différences étapes uchroniques en lien, en cherchant à résoudre ce paradoxe temporel initial. Parti de 1891 (paraît-il), le héros est retourné vers l'an 1873, afin de se rencontrer lui-même, jeune et avant d'avoir construit sa machine. Celui-ci lui raconte (ce qu'ignore le lecteur) comment il a réussi à faire fonctionner celle-ci, grâce à une substance mystérieuse (qui n'est pas sans rappeler la "cavorite" du professeur Cavor dont j'ai parlé ci-dessus).

Peu après, une "autre" machine temporelle vient les capturer (l'explorateur N°1, son lui-même jeune, l'érudit des siècles futurs...), pour les emmener en... 1938 (troisième étape!), dans un univers en pleine guerre, alors que l'ennemi, pense-t-on, va lui-même acquérir la maîtrise du voyage dans le temps et tout détruire... Ennemi qui fait la preuve de sa puissance, et les contraint à chercher refuge, avec quelques soldats de 1938 (mais sans son malheureux jeune double), aux temps préhistoriques, dans le Paléocène. Heureusement, cette armée est mixte. Car, durant plus d'une centaine de pages, nos "robinsons du temps" vont s'évertuer à "reconstruire l'humanité", à partir de leur groupe de quelques dizaines d'hommes et femmes... (une robinsonnade qui se lit agréablement en elle-même). Notre explorateur, nouvel Enée, s'en arrache pourtant - car tel est son destin! - pour un nouveau retour vers le futur. Là, il va croiser des êtres "parfaits" (à peu près comme les robots d'Asimov). Avec leur soutien, notre explorateur va pouvoir "boucler la boucle" pour remettre son monde dans le bon ordre, et - il est obstiné, le bougre! - mener à bien la mission qu'il s'était donnée à la fin du roman d'H. G. Wells. 

J'ai relevé quelques "références" que Mr Baxter s'est manifestement amusé à glisser dans son livre. On entendu d'ailleurs parler d'un certain Orwell au détour d'une page, et tel ou tel univers n'est pas sans évoquer 1984. Plus subtilement, il est aussi question de "La guerre dans les airs", qui se serait déclenchée plus tard (en... 1914), et aurait tournée différemment en 1918. Notre explorateur du temps croise lors de son séjour en 1938 un ingénieur nommé Wallis (oui, celui qui a inventé les Tallboys et autres bombes classiques géantes "dans la vraie vie"), qui, ici, est très intéressé à découvrir, au profit de l'Angleterre impériale, le secret de la machine à voyager dans le temps, qui pourrait bouleverser le cours de cette guerre éternelle. Mais à quelles fins? Il ne semble pas afficher des idéaux très démocratiques (p.275). A se demander si Mr Baxter veut faire passer un message... 

Pour finir, voici quelques liens vers des blogs qui avaient parlé des Vaisseaux du Temps bien avant que germe l'idée de notre Mois Wells: 

Asmoderolle, Bardalyves (dernier billet en 2020), Bibiotrope (qui note assez sévèrement le livre), le blog Le chien critique, Faenor, Rachel17.

*

*          *

Maintenant, je voudrais aussi dire quelques mots de l'oeuvre "originelle". Encore une occasion de re-parcourir le vieux "Poche" qui figure à "W" dans ma pochothèque depuis 1982.

P1150314J'avais déjà montré la couverture de ma vieille édition de La machine à explorer le temps dans un billet précédent. Notre roman du jour y couvre les pages 7 à 191 (sur 437). Dans ce court roman publié en volume en juin 1895 en Angleterre (après avoir été publiée en feuilleton de janvier à mai 1895) Wells se donnait sans doute le personnage de l'Ecrivain. Il semble que la première idée sue ce thème lui était venue en 1888, mais Wells a racheté pour les détruire tous les exemplaires disponibles de sa première version. Le livre est traduit en français dès 1895 pour Le Mercure de France, et devient un classique de la littérature d'anticipation, pessimiste comme presque toujours chez Wells. 

Un hôte, après avoir régalé ses habituels convives, leur présente sa théorie sur ce qu'il nomme la quatrième dimension: le Temps. Puis, après les avoir "épatés", il les convie à un prochain rendez-vous chez lui, à Richmond. ils s'y retrouvent à 4 ou 5 le jeudi suivant (8 jours plus tard), mais doivent dîner sans leur hôte. Celui-ci ouvre soudain la porte... dans un état qui les étonne. Il leur promet de tout leur raconter une fois qu'il se sera changé et restauré. Le récit commence p.38.

Grâce à la machine qu'il a inventée, il a... exploré le temps. En fait, il a atterri en l'an huit cent deux mille sept cent un, dans le futur (il avait muni sa machine de cadrans susceptibles de lui fournir cette information). Et, "en ce temps-là", il a fait la connaissance des frêles et gentils Elois vivant à la surface de la terre, et des Morlocks, vivant sous terre, qui élèvent les précédents comme nous élevons du bétail... Après de tristes aventures, il a encore poursuivi sans véritable but son voyage vers le futur, avant de revenir vers "son" présent, à temps pour croiser ses convives. Mais... il repart (et le roman de Wells finit par un épilogue "philosophique" de deux pages, cependant que le chapitre qui le précède se finit comme suit: "L'explorateur du temps disparut il y a trois ans, et, comme tout le monde le sait maintenant, il n'est jamais reparu". 

Je crois qu'on a dû déjà proposer une grille de lecture assimilant les gentils Eloïs à la bourgeoisie intellectuelle "parasite" et futile, et les Morlocks, tapis dans l'ombre, au prolétariat qui fait "fonctionner le système"...

Voici quelques blogs qui ont évoqué, plus ou moins récemment, ce roman d'H. G. Wells (liste non exhaustive, classement par ordre alphabétique): 

A girl from Earth, Le blog l'Antre de la curiosité, Dona Swann, Faenor (encore), Keisha, Lorkhan, Marc, auteur des Chroniques du chroniqueur, Noctenbulle, Océane, Peluche0706 du blog Le temps de la lecture, Steven sur Maven Litterae, les Blablas de Tachan.   

Edit du 9 juillet 2022: je rajoute rétrospectivement le logo du "11e Mois anglais 2022"... qui avait lieu en juin!

18 juillet 2022

Voyage découverte en Sicile - 4

Mon dernier billet sur la Sicile date de 2 semaines, il est temps que je termine bientôt. Mon voyage découverte m'a permis de faire un tour en s'arrêtant dans des villes emblématiques comme Syracuse, Taormine, Messine, Cefalu et retour à Palerme. On a fait une halte à l'Etna qui est toujours en activité. Quand on y était, il y avait eu une éruption la semaine précédente. Les visites sont très cadrées, on ne peut pas aller au-dessus de 2900 mètres d'altitude. L'Etna qui s'étend sur 200 km en surface a une altitude de 3357 m (depuis 2021).

933870B1-8224-42B2-BB8B-FC9738EC2D27 Télécabine qui permet de monter à 2700 mètres d'altitude.

7C4FD624-4FF9-4012-80C3-8CC9036FE982 4x4 qui emmène les visiteurs un peu plus haut.

A889344F-9D1F-4A61-B8DC-C4350F3B3480 Pente de l'Etna où l'on voit de la glace.

A0ADE90A-CBE5-44B8-B18C-3E5671D7BD6A Une coccinelle sur une roche. Pendant ma mini-promenade, j'en ai vu deux. Il paraît que cet insecte se plait dans ce paysage désolé.

E37DB0EF-EBAC-4BFB-BD8E-F76F7D55CA92 Paysage vu de l'Etna.

D58E5B64-EB91-4D22-928C-42CC537804A2 Une pente de l'Etna lors de la redescente avec de l'Astracantha sicula.

98A4E140-4494-4B7F-B323-5AB53916CB9B Deux cratères du volcan.

Avant l'Etna, on a passé une journée à Syracasue qui vaut la peine d'être vue. La ville s'étend surtout sur l'île d'Ortygie et on a visité le site archéologique où se trouve l'Oreille de Denys, une grotte artificielle dans laquelle Denys l'Ancien enfermait ses prisonniers et dont l'acoustique permettait d'écouter les conversations. Nous sommes entrés dedans et c'est vrai qu'il y a une caisse de résonance.

335A131B-1F3C-4B1C-9BC6-F370BE562E5F L'entrée de la grotte.

F14B21C8-F4D7-47FE-B7D2-1A7A2335B281 Cette grotte mesure 65 mètres de long.

Quant à Syracuse, en voici quelques photos :

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6844FF7B-3A6E-4944-8E25-73123DA2DAD4 Un côté de la cathédrale.

5DCF28E2-35AA-4D6D-96E7-805C812C1E16 Le devant de la cathédrale.

BBF4FE90-7202-46D6-B131-4FBD4891C740

Nous avons poursuivi notre périple avec Taormine. Sur place, on nous a annoncé que le théâtre grec (le lieu emblématique de la ville) était fermé pour cause de tournage de film! Notre guide n'avait pas été prévenue.

445BFA46-4410-4687-94E9-BAF86D79D102 Taormine

F23E1BA3-C004-4F38-94A8-9B7BD7465B6A Taormine

On a continué par Messine, plusieurs fois détruite par des tremblements de terre. Du peu que j'ai vu, j'ai trouvé que c'était une ville à visiter. Je conseille la visite de la cathédrale avec son horloge astronomique, la plus grande du monde, construite en 1933.  Tous les quarts d'heure, on voit le déplacement des statues du carrousel des âges et un carillon sonne.

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428228C5-7A28-47BE-909B-9E68FE5D4784 Carrousel des âges.

ECCBB89D-D616-45AE-944C-4E2E68B58538 Le calendrier perpétuel.

7544F415-4B1B-40AF-8CE0-F6D636DCD657 Le planétaire qui représente le système solaire.

Avant de revenir à Palerme, on a fait une halte à Cefalù avec sa belle cathédrale dans le style arabo-normand qui date de l'époque de Roger II au XIIème siècle.

E7F36BCA-5696-4CF2-BD47-2A65D9671870 La façade de la cathédrale.

D5D66FA1-03F2-445E-ACB0-8A358A7E9FCC L'intérieur avec des mosaïques comme le Christ Pantecrator de style orthodoxe-byzantine.

 2268CC62-BB6D-416E-A7EE-78200C859CDE Cefalù et sa cathédrale.

A bientôt avec un billet sur Palerme.

15 juillet 2022

L'Ile du docteur Moreau (volume 1) - Tamaillon / Legars (bande dessinée d'après H. G. Wells)

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Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) fréquente régulièrement à une librairie spécialisée en BD d'occasion, et c'est grâce à l'un de ses vendeurs que j'ai pu mettre la main sur le premier tome d'une adaptation de L'île du Docteur Moreau. Je le chronique donc dans le cadre de notre "Mois Wells" (co-organisé avec Sibylline), même s'il s'agit seulement du tome 1 (sa parution date de moins d'un an, et j'espère que le tome 2 ne tardera pas trop?). Il pourra aussi participer au Challenge "2022 en classiques" (co-organisé par Nathalie et Blandine) et au "10e challenge de l'Imaginaire". Outre celui d'H. G. Wells, un quatrième nom est cité parmi les auteurs après ceux de Stéphane Tamaillon (scénario) et Joël Legars (dessin), à savoir celui d'Anna Conzatti (couleur).

P1150395  

L'Ile du docteur Moreau, volume 1, éd. Delcourt, coll. Ex-Libris, achevé d'imprimer en août 2021, 48 pages.

Je trouve cette couverture magnifique. A l'intérieur, l'adaptation est très fidèle à l'oeuvre de Wells. Trop, peut-être? Dans les planches que je cite ci-dessous, j'ai essayé de préserver les "mystères" des créatures (alors que l'album, en les dessinant, les "fige" trop précisément, avec un style qui hésite entre le réalisme et l'anthropomorphisme animal. Je pense que je préfère personnellement les planches où les créatures n'apparaissent pas, mais où planent les mystères, plutôt que leur révélation. Mais commençons par le commencement. La transposition en bande dessinée, en s'adaptant aux contraintes (nombre de pages limitées, nombre d'images par pages aussi...) est intelligente, avec deux premières pages du héros perdu en mer (Edward Prendick) presque muettes. Ses relations avec son sauveur ("simplement" Montgomery) sont très fidèles au livre, jusqu'à un moment (un ajout?) où l'on comprend (p.30) que les motivations de ce dernier peuvent être troubles... C'est seulement à ce moment qu'il avertit Prendick qu'il n'est pas recommandé de s'aventurer seul dans l'île mystérieuse du docteur Moreau. 

P1150396 p.27 (traqué... par qui?)

Un bref retour chez Montgomery, un réveil dans sa propre chambre, un affrontement avec Moreau, et voilà Prendick reparti à l'aventure...

P1150397 p.38 (extrait)

...jusqu'à la découverte d'une étrange communauté. Comme je l'évoquais plus haut, j'avoue n'être pas totalement convainu par son traitement graphique (soyons clair: je suis bien incapable de dessiner, à plus forte raison de créer une bande dessinée!). Mais je sais qu'il y a une énorme subjectivité dans l'appréciation d'une bande dessinée, a fortiori lorsqu'il s'agit d'adapter une oeuvre déjà connue sous une autre forme (livre, film...).

P1150398 p.44 (déjà presque la fin de l'album)

Alors que Prendick ne sait plus bien où il en est, on voit surgir Moreau et Montgomery, pour un nouveau face-à-face... et l'album s'achève avant qu'une explication puisse être donnée. Suite et fin dans le prochain épisode (comme précisé p.48). Je relève que, par rapport à mon édition de poche, ce premier volume a couvert 105 pages, et qu'il en reste quelque 137 pour le second.

En attendant, je précise que, chez Delcourt, cette collection Ex-libris (dirigée par Jean-David Morvan) semble ne plus être très loin de la quarantaine d'albums tirés d'oeuvres très diverses, par des dessinateurs qui ne le sont pas moins. Les adaptations sont livrées, le plus souvent, en un seul volume. On y trouve des titres aussi ecclectiques que La guerre des boutons, Les trois mousquetaires, Frankenstein, La ferme des animaux, Tartuffe, Candide... (bref, plutôt des classiques, en fait!).

***

Puisque on est sur de la BD, j'en profite pour montrer ces quelques pages de détournement, au hasard du troisième volume de la série Pacush blues de Ptiluc. L'intéressant est que nos héros rats sont assaillis, sur quelques pages, par des envahisseurs escargots, entre autres délires de cet album... La guerre de deux mondes, quoi. Mais ces molusques gastéropodes voient leur toute-puissance (juchés sur leurs ...tripodes) mise en défaut par un minuscule grain de sable imprévu: la sécheresse! 

P1150393   P1150394

Mises à part cette planche et demi, l'ensemble de l'album (46 pages tout de même), titré L'importance majeure des accords mineurs, est globalement délirant et/ou philosophique. 

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